Stress post-traumatique: nouvelles lumières cérébrales sur les «résurgences intempestives»

Bonjour

Voici, plus de cinq ans après les « attentats de Paris et Saint-Denis », une publication de Science . Un travail dirigé par Francis Eustache et Pierre Gagnepain (université de Caen/Normandie, CHU de Caen, GIP Cyceron, Neuropsychologie et Imagerie de la Mémoire Humaine). Une recherche dont les fruits ne seront pas simples à vulgariser par les médias généralistes – en dépit du travail effectué par le service de presse de l’Inserm.

Ce dernier nous rappelle que les attentats du 13 novembre 2015 « ont laissé des marques durables, non seulement sur les survivants et leurs proches, mais aussi sur la société française dans son ensemble ».  Fut alors mis en place le « Projet 13-Novembre » : un programme de recherche transdisciplinaire porté par HESAM Université, le CNRS et l’Inserm. Co-direction assurée par le neuropsychologue Francis Eustache et l’historien Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS.

Objectif : étudier la construction et l’évolution de la mémoire après les attentats du 13 novembre 2015, et en particulier l’articulation entre mémoire individuelle et mémoire collective de ces événements traumatiques – et plus généralement mieux comprendre les facteurs protégeant les individus du stress post-traumatique.

Dans ce cadre, une étude d’imagerie cérébrale intitulée « Remember » s’intéresse aux réseaux cérébraux impliqués dans le Trouble de stress post-traumatique. Ce sot ces travaux qui donnent lieu aujourd’hui à une publication dans la revue Science, le 14 février 2020. Les auteurs se sont penchés sur le phénomène de la résurgence intempestive des images et pensées intrusives chez les patients atteints de stress post-traumatique. Cette résurgence est généralement attribuée à une « défaillance de la mémoire ». Selon les chercheurs français elle serait également liée à un « dysfonctionnement des réseaux cérébraux qui la contrôlent ».

Eclairer en amont, se rapprocher au plus près de la réalité cellulaire sinon moléculaire. De manière, en suivant cette piste à mieux comprendre le substrat de certaines souffrances. Et espérer identifier ainsi de nouvelles pistes de traitement. Plus de cinq ans après l’horreur du 13 novembre.

A demain @jynau

1 Mary A, Dayan J, Leonne G et al, Resilience after trauma: the role of memory suppression, Science, 14 février 2020

Coronavirus et volte-face du patron de l’OMS : «C’est une très grave menace pour le monde»

Bonjour

A quoi joue le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus ? Après avoir, soutenant Pékin, freiné des quatre fers le voici qui,  soudain, accélère. Le coronavirus constitue une « très grave menace » pour le monde, a assuré mardi 11 février, le Directeur général de l’OMS. « Avec 99 % des cas en Chine cela reste une grande urgence pour ce pays, mais cela constitue aussi une très grave menace pour le reste du monde », a-t-il déclaré lors de l’ouverture à Genève d’une conférence de l’OMS sur cette nouvelle pathologie. Une rencontre lors de laquelle quatre-cents scientifiques étudieront durant deux jours les moyens de combattre l’épidémie et la transmission virale – sans oublier les espoirs thérapeutiques.

« Ce qui importe le plus, c’est d’arrêter l’épidémie et de sauver des vies (sic). Avec votre soutien, c’est ce que nous pouvons faire ensemble », a déclaré le chef de l’OMS aux participants. Il a notamment appelé tous les pays à faire preuve de « solidarité » en partageant les données dont ils disposent. « C’est particulièrement vrai pour ce qui concerne les échantillons et le séquençage du virus, a-t-il ajouté. Pour vaincre cette épidémie, nous avons besoin d’un partage équitable. »

 La veille il déclarait : « Ces derniers jours, nous avons vu quelques exemples de transmission ultérieure à partir de personnes ne s’étant pas rendues en Chine, comme les cas signalés en France hier et au Royaume-Uni aujourd’hui. La détection de ce petit nombre de cas pourrait être l’étincelle qui devient un plus gros incendie. Mais, pour l’instant, ce n’est qu’une étincelle. »

Etincelle ? Gros incendie ? « Une très grave menace pour le reste du monde » ? Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus en dit beaucoup trop, ou pas assez. Il lui faudra, un jour prochain s’expliquer

A demain @jynau 

Coronavirus et charité : Pékin donnera-t-il un million d’euros à l’Institut Pasteur de Paris ?

Bonjour

Les scientifiques sont recherchés dans les journaux et sur les ondes publiques. Hier le célèbre Didier Raoult dans les colonnes du Journal du Dimanche (« Ce coronavorus n’est pas si méchant »). Aujourd’hui Christophe d’Enfert, dès l’aube, sur RTL (Alba Ventura). Les questions sont on ne peut plus naïves, les réponses aussi précises que possible. Avec d’emblée, cette mise en abyme médiatique des médias invitant des spécialistes pour leur demander s’ils (« on », « nous », « les médias ») « ne s’emballent pas »… Réponse :

« Je pense qu’on ne s’emballe pas parce que nous avons rarement eu d’exemples récents d’une telle épidémie. On voit en Chine une progression très rapide avec chaque jour 3 000 cas supplémentaires, des décès supplémentaires, donc au niveau de la Chine c’est une véritable problématique. Au niveau international, l’OMS a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale qui reflète la présence de cas de plus en plus nombreux dans les pays. »

« Est-ce qu’il peut y avoir des personnes contaminées qui n’ont pas été prises en charge ? – Il n’y a pas eu d’interdiction d’entrée sur le territoire de personnes venant de Chine dans les 15 et 20 premiers jours de janvier. Là, nous avons confiné les Français qui sont rapatriés, mais nous n’avons pas confiné les personnes qui sont venues avant de Chine, donc il y a effectivement un risque qu’un certain nombre de personnes soient porteuses du virus et puissent être contagieuses. »

« Doit-on porter des masques pour se protéger ?Non, aujourd’hui ça ne se justifie pas, du moins en France, cette épidémie est loin d’être au niveau de celle de la grippe et nous ne conseillons pas à la population de porter des masques. »

« Sommes-nous au début de l’épidémie ou proche d’un pic de cette épidémie ? -On ne le sait pas. Il y a des travaux de modélisations qui sont en particulier réalisés dans nos équipes à l’Institut Pasteur ou par les équipes de l’INSERM. J’ai entendu qu’un pic épidémique pourrait avoir lieu fin mars, début avril […] on ne peut pas prédire exactement comment cette épidémie va évoluer. »

« Quel est le plus dangereux dans cette épidémie, la contagion ou la dangerosité ? – Je pense que sa dangerosité, on le voit aujourd’hui, on est à des niveaux de 2% à 3% de mortalité chez les personnes qui présentent des symptômes sévères, donc ça reste un taux de mortalité relativement faible comparé au SRAS […] par contre, nous avons beaucoup de questionnements sur la contagiosité, là c’est véritablement une inconnue.  On ne connait pas exactement le niveau de contagiosité, en particulier, à partir de personnes qui sont asymptomatiques. S’il y a de la contagiosité de ces personnes-là, on aura des inquiétudes parce que ça facilitera la propagation de l’épidémie. »

«  L’Institut a réussi hier à isoler le coronavirus : que recherchez-vous en priorité ?Nous avons […] quatre directions que nous voulons développer. Le développement d’outils pour détecter la présence d’anticorps qui sont dirigés contre le virus chez les personnes. Cela nous permettra d’avoir des informations sur l’épidémie. Le développement d’un vaccin. La compréhension de la manière dont ce virus est pathogène et comment on peut utiliser ces informations pour développer des approches thérapeutiques et finalement des approches de modélisation de l’épidémie. »

« Avons-nous un traitement ? Nous n’avons pas de traitement, c’est vrai. Il y a actuellement des études cliniques qui sont réalisées avec des antiviraux qui ont été utilisés dans d’autres contextes et dont au saura l’efficacité. Nous savons aujourd’hui que la vaccination est l’approche aujourd’hui la plus efficace pour se débarrasser d’une maladie virale et donc le développement d’un vaccin est quelque chose de crucial.Nous avons estimés que par exemple, sur l’approche que l’Institut Pasteur développe pour mettre au point un vaccin, on pourrait avoir un vaccin disponible, au mieux dans 20 mois. D’autres approches sont développées par des équipes dans le monde qui pourraient permettre d’avoir un vaccin peut être un petit peu plus tôt, mais globalement c’est entre 1 an et 1 an et demi, 2 ans. »

« Est-ce que la crise du coronavirus peut s’arrêter comme celle du SRAS ? -La crise peut s’arrêter. D’un coup, peut-être pas. Dans le cas du SRAS, ce sont des mesures de confinement d’une part, et d’autre part, l’identification du réservoir animal qui ont permis de contenir et de stopper finalement cette épidémie. »

 « Le coronavirus peut-il muter ? Peut-il devenir plus dangereux ou moins dangereux ? Oui. Il peut devenir plus dangereux, il peut aussi devenir moins dangereux. Les virus, en particulier ce type de virus, mutent assez facilement et donc on peut imaginer effectivement qu’il va acquérir des mutations qui vont le rendre peut-être plus contagieux ou plus pathogène. C’est impossible de le prédire. »

« Est-ce qu’il vous faut des financements supplémentaires ? Faites-vous un appel aux dons au nom de l’Institut Pasteur ?Oui, nous avons décidé de lancer une collecte pour financer les travaux que nous réalisons à L’Institut Pasteur sur le coronavirus. Je recommande aux personnes qui nous écoutent de se rendre sur le site pasteur.fr, où elles trouveront comment soutenir notre Institut qui a pour but de lutter contre les maladies infectieuses, et en particulier pour cette épidémie. »

«  De combien avez-vous besoin ?En première approche, nous aimerions collecter 1 million d’euros, mais cela va aussi dépendre de la manière dont les choses évoluent. »

L’entretien est terminé. Au même instant on apprend que la Banque Centrale de Chine (PBOC) vient, pour contrer les conséquences économiques de l’épidémie, d’injecter 1,2 trillion de yuans d’argent frais dans l’économie du pays. Rappel : 1,2 trillion de yuans =  150 milliards d’euros. A retenir : pasteur.fr.

A demain @jynau

Jekyll et Hyde : une bien étrange découverte de chercheurs français au sein du sang humain

Bonjour

Le vivant est, en réalité, toujours un peu plus complexe qu’imaginé. La preuve nous en est aujourd’hui apportée par une équipe de chercheurs français travaillant (notamment) au sein d’une équipe de l’Inserm basée à Montpellier. Une preuve publiée dans The FASEB Journal : « Blood contains circulating cell‐free respiratory competent mitochondria » 1. Où l’on apprend qu’il existe, dans le sang humain circulant, des « mitochondries complètes et fonctionnelles ». « Ces organites responsables de la respiration des cellules n’étaient jusqu’à présent retrouvés hors de ces dernières que dans des cas très particuliers, résume l’Inserm. Ces résultats apportent des connaissances inédites en physiologie et ouvrent la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques. »

« Mitochondries » : Organites intracellulaires dont la fonction principale est de fournir aux cellules l’énergie dont elles ont besoin pour assurer leur survie et les fonctions qu’elles sont censées accomplir. Les cellules tirent leur énergie de molécules organiques (sucres, protéines, lipides) qu’elles puisent dans leur environnement. Ces molécules organiques une fois oxydées en présence d’oxygène fournissent des électrons à un ensemble de complexes protéiques formant la chaîne de transport des électrons encore appelée chaîne respiratoire. La chaîne respiratoire est localisée dans la membrane interne mitochondriale. Une deuxième fonction primordiale de la mitochondrie est sa participation active à la mort des cellules (apoptose ou mort cellulaire programmée). La mitochondrie a donc une double vie: elle assure la survie des cellules en leur fournissant de l’énergie sous forme d’ATP et, dans certaines circonstances, participe à leur destruction. C’est ‘le Dr Jekyll and Mr. Hyde’ de la cellule. (Pr Jean-Claude Martinou, Département de biologie moléculaire, Université de Genève).

On sait aussi que ces mêmes mitochondries, composées d’un ADN qui leur est propre, peuvent parfois être observées hors des cellules sous forme de fragments encapsulés dans des microvésicules. Dans certaines conditions très spécifiques les plaquettes sanguines sont également capables de libérer des mitochondries intactes dans l’espace extracellulaire

Les chercheurs de Montpellier gardaient en mémoire des observations antérieures montrant que le plasma sanguin d’une personne en bonne santé contenait jusqu’à 50 000 fois plus d’ADN « mitochondrial » que d’ADN « nucléaire ». Aussi ont-ils posé l’hypothèse que, pour être ainsi détectable et quantifiable dans le sang, l’ADN mitochondrial devait y être protégé par une structure suffisamment stable. Afin d’identifier cette dernière, une centaine d’échantillons de plasma sanguin ont été analysés.

Sept années de travaux

Et ce sont ces analyses qui ont révélé la présence dans la circulation sanguine de structures hautement stables contenant des génomes mitochondriaux entiers. Après examen de leur taille, de leur densité ainsi que de l’intégrité de l’ADN mitochondrial qu’elles contenaient, ces structures observées en microscopie électronique (jusqu’à 3,7 millions par ml de plasma sanguin) se sont révélées être des mitochondries intactes et fonctionnelles, résume l’Inserm.

 « Lorsque l’on considère le nombre élevé de mitochondries extracellulaires que nous avons trouvées dans le sang, on peut se demander pourquoi cela n’a pas été découvert auparavant » remarque Alain R. Thierry, directeur de l’équipe de chercheurs. C’est aussi une question à laquelle il ne répond pas. « Les mitochondries extracellulaires pourraient effectuer plusieurs tâches en tant que messagers pour l’ensemble de l’organisme » précise-t-il toutefois.

Ces mitochondries voyageuses pourraient ainsi être impliquées dans de nombreux processus physiologiques et/ou pathologiques nécessitant une communication entre les cellules. « Dr Jekyll et Mr. Hyde » au carré, en somme. Le vivant est peut-être un peu plus étrange que ne l’avait imaginé Robert Louis Stevenson

A demain @jynau

1 Zahra Al Amir Dache , Amaëlle Otandault, Rita Tanos et al  « Blood contains circulating cell‐free respiratory competent mitochondria »  https://doi.org/10.1096/fj.201901917RRCes travaux ont bénéficié du soutien du SIRIC Montpellier Cancer (Inserm/CNRS/Université de Montpellier/Institut du Cancer de Montpellier/CHU de Montpellier/Université Paul Valéry) financé par l’Inserm, l’INCa et la DGOS.

Dans des machines à sous des chercheurs français découvrent la source de notre créativité !

Bonjour

Jusqu’où peut aller la liberté de chercher ? C’est une publication scientifique de  Nature Neuroscience  1 signée par des chercheurs de l’Inserm – un Inserm que l’on n’imaginait pas pouvoir vagabonder aussi loin de ses bases médicales. Rappelons que cet Institut a pour mission l’étude de la santé humaine avec pour vocation d’investir le champ de la recherche biomédicale fondamentale et appliquée. 

Le travail a été mené par une équipe du Laboratoire de Neurosciences Cognitives et Computationnelles, Inserm U960, Département d’Études Cognitives, École Normale Supérieure) dirigée par Valentin Wyart. Extrait du communiqué :

« Où aller dîner ce soir : choisir son restaurant favori ou essayer un nouvel endroit ? Pour quelle destination opter pour ses prochaines vacances : la maison familiale que l’on connait par cœur ou une location à l’autre bout du monde ? Lorsque nous devons faire un choix entre plusieurs options, nos décisions ne se dirigent pas toujours vers l’option la plus sûre en se fondant sur nos expériences passées. Cette variabilité caractéristique des décisions humaines est le plus souvent décrite comme de la curiosité : nos choix seraient le reflet d’un compromis entre exploiter des options connues et explorer d’autres options aux issues plus incertaines. La curiosité serait même un attribut de l’intelligence humaine, source de créativité et de découvertes inattendues. Cette interprétation repose sur une hypothèse très forte, quoique rarement mentionnée explicitement, selon laquelle nous évaluons nos options sans jamais faire d’erreur.

(…) Pour étayer leurs soupçons, les chercheurs ont étudié le comportement d’une centaine de personnes dans un jeu de machines à sous qui consistait à choisir entre deux symboles associés à des récompenses incertaines. Ils ont analysé le comportement des participants à l’aide d’un nouveau modèle théorique tenant compte d’erreurs d’évaluation des symboles développé par Charles Findling, post-doctorant dans l’équipe et co-premier signataire de l’article. Les chercheurs ont ainsi découvert que plus de la moitié des choix habituellement considérés comme relevant de la curiosité était en réalité due à des erreurs d’évaluation. »

Valentin Wyart, directeur de l’équipe : « Ce résultat est important, car il implique que de nombreux choix vers l’inconnu le sont à notre insu, sans que nous en ayons conscience. Nos participants ont l’impression de choisir le meilleur symbole et non pas le plus incertain, mais ils le font sur la base de mauvaises informations résultant d’erreurs de raisonnement. »

Christophe Colomb et Henri Becquerel

Résumons. Pour comprendre d’où viennent ces erreurs, les chercheurs ont enregistré l’activité cérébrale d’une partie des participants en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Ils ont découvert que l’activité du cortex cingulaire antérieur, une région impliquée dans la prise de décision, fluctuait avec les erreurs d’évaluation des participants. L’Inserm le dit autrement : plus l’activité de cette région était grande au moment de l’évaluation des options, plus les erreurs d’évaluation étaient importantes. Pour Vasilisa Skvortsova, post-doctorante et co-première signataire de l’article, « ces erreurs d’évaluation pourraient être régulées via le cortex cingulaire antérieur par le système neuromodulateur de la noradrénaline, en contrôlant la précision des opérations mentales effectuées par le cerveau ». Autrement dit, notre cerveau utiliserait ses propres erreurs pour produire des choix vers l’inconnu, sans s’appuyer sur notre curiosité. « C’est une vision radicalement différente des théories actuelles qui considèrent ces erreurs comme négligeables », assure Valentin Wyart.

Fin du communiqué de l’Inserm : « Si ces résultats peuvent paraître surprenants, le sont-ils vraiment ? De nombreuses découvertes majeures sont le résultat d’erreurs de raisonnement : la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, qui croit avoir atteint les « Indes orientales » – une erreur de navigation de 10 000 km. Mais aussi la découverte de la radioactivité par Henri Becquerel, qui pense initialement que les radiations émises par l’uranium sont dues à la réémission de l’énergie solaire, ou encore la découverte du pacemaker par John Hopps en essayant de traiter l’hypothermie à l’aide d’une fréquence radio. En allant plus loin, « l’évolution des espèces repose elle aussi sur des variations aléatoires du génome, autrement dit des erreurs génétiques, dont certaines sont conservées par sélection naturelle », rappelle Valentin Wyart.  

Serait-ce là, tout bien pesé, la base moléculaire de la sérendipité ? On peut le postuler. Et ne pas s’étonner de penser que notre cerveau tire parti de ses erreurs pour sortir des sentiers battus. Comme le font les chercheurs de l’Inserm.

A demain @jynau

1 Computational noise in reward-guided learning drives behavioral variability in volatile environments Charles Findling, Vasilisa Skvortsova, Rémi Dromnelle, Stefano Palminteri et Valentin Wyart

Rigueur scientifique: comment tuer efficacement des souris grâce à la cigarette électronique

Bonjour

Tout (ou presque) est scientifiquement démontrable à qui entend scientifiquement démontrer. Ou quand l’objectif justifie les moyens techniques. Ainsi cette étude américaine publiée dans les prestigieux PNAS : « Electronic-cigarette smoke induces lung adenocarcinoma and bladder urothelial hyperplasia in mice » (Moon-shong Tang, Xue-Ru Wu, Hyun-Wook Lee, Yong Xia, Fang-Ming Deng, Andre L. Moreira, Lung-Chi Chen, William C. Huang, and Herbert Lepor).

Une étude reprise et heureusement décryptée par France Info : « Que penser de l’étude américaine qui fait le lien entre cigarette électronique et cancer chez les souris ? » (Marie-Jeanne Delepaul). Puis par vapingpost.com : « Vape, souris, et cancer : une nouvelle étude alarmiste pointe le bout de son museau » (Alistair). Ainsi que par Vapolitique « Alerte au nouveau bad buzz sur le risque de cancer chez des souris avec le vapotage » (Philippe Poirson).

On y apprend que 22,5 % des souris exposées à des vapeurs de cigarette électronique développent un cancer du poumon tandis que 57,5% développent des tumeurs de la vessie. Un travail mené sur quarante souris pendant 54 semaines Elles les respiraient les vapeurs quatre heures par jour, cinq jours par semaine.

Frileux politiques français

Pr Bertrand Dautzenberg, pneumo-tabacologue : « C’est un vapotage extrême en-dehors de toute réalité. »

Sébastien Anthérieu, enseignant-chercheur en toxicologie à l’université de Lille : « Ces doses paraissent très élevées, surtout pour une souris. Il s’agit d’une étude isolée portant sur un faible nombre de cas. »

Emmanuel Wiernik, chercheur en épidémiologie : « Même si une étude est bien faite pour l’animal, c’est compliqué de tirer des conclusions pour les humains »

Les humains, précisément, qu’observent-ils sur eux-mêmes ? « La difficulté, c’est que les personnes qui vapotent sont d’anciens gros fumeurs donc c’est compliqué d’analyser ce qui est en cause s’ils développent des cancers ou des pathologies, explique Emmanuel Wiernik à France Info. « Les études publiées sur la question sont pour la plupart biaisées, selon que les chercheurs soient pro ou anti cigarette électronique » accuse le Pr Dautzenberg. 

Où l’on voit (une nouvelle fois) que la passion conduit à toutes les extrémités scientifiques. Et que chez les responsables frileux politiques français le principe de précaution vient contrecarrer l’indispensable réduction des risques tabagiques.

A demain @jynau

Cancer du sein et pesticides : voici, en résumé, pourquoi il ne faut plus écouter Ségolène Royal

Bonjour

S’autoriser à tout dire sur les sujets les plus graves – et ne pas être capable de reconnaître ses erreurs. Serait-ce le propre des hommes et des femmes de pouvoir ? Aujourd’hui le cas de Ségolène Royal est, de ce point de vue, tristement édifiant.

Invitée de BFM-TV vendredi 4 octobre, l’ancienne ministre de l’environnement a présenté les pesticides comme une cause majeure du cancer du sein : « Aujourd’hui, plus d’une femme sur dix est touchée par le cancer du sein, est-ce que vous vous rendez compte de ça ? C’est dû à quoi, cela ? C’est dû aux pesticides. »

Tollé immédiat dans les cénacles spécialisés. Le sujet est d’importance. Près de 60 000 nouveaux cas par an. Plus de onze mille décès prématurés dans le même temps. De nombreux facteurs de risques ont été identifiés parmi lesquels des antécédents familiaux et, corollaire, des prédispositions génétiques. L’alcool, le tabac et le surpoids font aussi partie des facteurs de risques parfaitement établis. Avec, en pointillé, les perturbateurs endocriniens. Pour ce qui est des « pesticides » aucune mis en évidence scientifique de possibles effets sur l’apparition du cancer du sein dans la population générale. Rien ne permet certes d’être définitif mais rien ne permet d’affirmer comme le fait l’ancienne ministre socialiste

Précaution et confusion

C’est ce qu’a aussitôt relevé le jeune président de la Ligue nationale contre le cancer, Axel Kahn, qui s’est étonné de ces déclarations sur Twitter

Hasard ou fatalité, Ségolène Royal (aujourd’hui ambassadrice  chargée de la négociation internationale pour les pôles arctique et antarctique) était de nouveau interrogée sur le sujet sur France Inter lundi 7 octobre. Allait-elle faire son mea-culpa radiophonique? « Est-ce que vous êtes allée trop vite en disant cela ? Est-ce que vous voulez rectifier ? », lui a demandé la journaliste, Léa Salamé. 

« C’était un peu résumé », a répondu l’intéressée, nullement gênée. Avant de dénoncer  l’existence d’une « loi du silence pendant des années sur les effets de la dégradation environnementale et notamment sur tous les produits chimiques qu’il y a dans l’air, dans les sols, dans l’alimentation ».

Selon Ségolène Royal, « dans l’aléa et dans le principe de précaution, si on attend que tout soit démontré, il n’y a plus de principe de précaution ». Une formulation qui témoigne à merveille d’une méconnaissance, voulue ou non, du concept du principe de précaution. On attend, sur ce sujet, les commentaires des journalistes militants écologistes.

Il y a un an, le cas Jadot

Ségolène Royale n’est pas la seule à commettre de telles fautes jamais reconnues. Il y a un an Yannick Jadot, sur RTL,  faisait de même, accusant les pesticides d’être responsables du phénomène, toujours inexpliqué, des « bébés sans bras »:

 « Je suis absolument scandalisé par cette affaire, comme tous vos auditeurs, en tant que père de famille, on a tous été très touché, de voir ces enfants sans bras, sans main. On a des associations qui fonctionnent avec quasiment aucun moyen, et à qui on enlève les moyens, des associations qui font le registre des malformations. (…) On veut casser le thermomètre. »

 « Ce que l’on veut ne pas voir, c’est que il est très probable que ces malformations soient liées aux pesticides. Toutes les familles qui ont été touchées par ces malformations vivent à côté des champs de maïs et des champs de tournesols. On n’a jamais voulu savoir en France, on veut pas faire les études épidémiologiques autour des incinérateurs, autour des centrales nucléaires, on veut pas le faire sur les pesticides parce qu’on ne veut pas savoir. »

 M. Jadot n’avait aucune preuve quant à l’origine de ces malformations. Mais M. Jadot a des convictions politiques. Comme Mme Royal. Des convictions qui ajoutent ici gravement à la confusion générale et ajoute au discrédit du scientifique. C’est, aussi, une forme de populisme.

A demain @jynau