Renaissance : des biologistes hollandais sont proches de la source de l’eau de Jouvence

Bonjour

Aux antipodes du politique, la biologie peut encore nous faire rêver. C’est le cas aujourd’hui avec une publication signée d’un groupe de chercheurs hollandais dirigés par Peter L. J. de Keiser (Department of Molecular Genetics, Erasmus University Medical Center Rotterdam) et qui ouvre de nouvelles perspectives quant à la maîtrise des mécanismes de sénescence. On trouve cette publication dans la revue Cell : « Targeted Apoptosis of Senescent Cells Restores Tissue Homeostasis in Response to Chemotoxicity and Aging ». Elle vient d’être reprise par la BBC : « Drug ‘reverses’ ageing in animal tests ». Et elle est développée dans Science par Mitch Leslie : « Molecule kills elderly cells, reduces signs of aging in mice ».

Le biologiste Peter de Keizer s’intéresse aux stratégies développées, à l’échelon moléculaire, par les cellules sénescentes pour rester ou non vivantes. C’est dans ce cadre, exploré depuis plusieurs décennies, qu’il explique avoir découvert une nouvelle piste via la protéine FOXO4 dans ses rapports avec celle, bien connue sous le nom de p53. Ils expliquent, schématiquement, avoir conçu une molécule, un peptide, qui en jouant sur ces mécanismes, permettrait de contrer l’évolution depuis toujours irréversible, vers la sénescence. On l’aura compris c’est là une autre manière de parler, à Rotterdam, de l’eau de la fontaine de Jouvence.

Plaisirs de fureter

Le peptide de Rotterdam a été testé sur des souris de laboratoire et les biologistes en décrivent les effets en des termes stupéfiants. Les rongeurs testés vivent environ la moitié du temps que les souris normales. Après quelques mois d’existence leurs poils commencent à tomber, leur fonction rénale se dégrade et ils entrent en léthargie. Or l’administration du peptide amplifie soudain la densité de leur pelage, rétablit la fonction rénale et les voit à nouveau se dépenser dans leurs cages. Et des phénomènes du même type sont, nous dit-on, observés chez des souris normales prenant de l’âge qui semble redécouvrir les plaisirs de fureter.

Rien n’est acquis bien sûr. Science et la BBC interrogent d’autres biologistes, enthousiastes ou réservés. Les biologistes comme les horlogers savent, depuis toujours, que l’on ne touche pas sans risque au grand balancier du temps qui passe. Pour autant, à Rotterdam, dans l’université qui porte le nom d’Erasme, on se souvient de la Renaissance et de la Jouvence : des essais cliniques devraient bientôt être menés sur des humains.

On peut, loin du désenchantement politique, préférer les horizons et les rêves des biologistes.

A demain

 

 

Où l’on reparle soudain de la vache folle et d’un embargo chinois levé sur les viandes de France

 

Bonjour

Au cœur des tourmentes politiques qui déchirent la gauche de gouvernement (Hamon ou Macron ?), Stéphane Le Foll a retrouvé son double micro de ministre de l’Agriculture et de porte-parole du Gouvernement. Il vient ainsi de « saluer » l’annonce par la Chine de la levée partielle de l’embargo sur la viande bovine française. C’est là, nous explique-t-on, une décision qui fait suite à la visite du Premier ministre français Bernard Cazeneuve en Chine.

Cette décision, ajoute M. Le Foll,  est prise près de neuf ans après la reconnaissance par l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) du statut de pays « à risque maîtrisé » de la France. Elle s’appliquera à la « viande désossée des bovins âgés de moins de 30 mois ». Cette annonce du gouvernement chinois fait suite à celle de plusieurs pays depuis 2015, notamment le Vietnam, l’Afrique du Sud et Singapour. « C’est une très bonne nouvelle et conforte les efforts continus du gouvernement pour la promotion à l’international de l’élevage français » commente M. Le Foll. Rien pourtant n’est encore acquis : « le gouvernement français restera pleinement mobilisé pour que toutes les conditions soient réunies afin de permettre une reprise des exportations dans les meilleurs délais » .

Vache salers

Une histoire et une énigme sans fin que celles de la vache folle et de la nouvelle forme de maladie de Creutzfeldt-Jakob.  Le dernier rebondissement datait d’il y a un an.  Le 24 mars 2016, un communiqué de presse du ministère de l’Agriculture nous a faisait faire comme une plongée dans un passé pathologique. On y apprenait la confirmation d’un cas de vache folle détecté chez une vache de race salers, âgée de 5 ans dans un élevage des Ardennes. Le 24 mars 2016, soit précisément vingt ans après la déclaration officielle par le gouvernement britannique (le 21 mars 1996) que la maladie bovine pouvait se transmettre à l’homme par voie alimentaire; l’annonce d’un franchissement de la «barrière des espèces» qui allait déclencher une crise sanitaire, politique et économique sans précédent.

En ce mois d’avril 2016, en France, la mécanique administrative reprenait : le cas était notifié à la Commission européenne et à l’OIE ; recherche de la descendance de l’animal atteint et abattage-destruction d’une fraction du troupeau; indemnisation de l’éleveur. Avec, comme conséquence à venir, la rétrogradation de la France dans le classement des pays concernés par l’ESB –rétrogradation accompagnée de fermetures plus ou moins opportunistes de marchés d’exportation. Requalifiée, en 2015, comme un pays à « risque négligeable» pour l’ESB par l’OIE, la France redevenait un pays à «risque maîtrisé» (comme la Grande-Bretagne, l’Irlande et l’Allemagne). Un statut qui, aujourd’hui, n’inquiète plus le gouvernement chinois. A supposer que d’autres considérations géopolitiques et économiques n’ont pas, ici, joué.

A demain

Des chercheurs britanniques annoncent avoir réussi à produire des embryons artificiels

 

Bonjour

Brexit ou pas, le Royaume-Uni semble voguer vers le transhumanisme. Pour l’heure il continue sa quête scientifique aux frontières des interdits éthiques du Vieux Continent.

Dernière illustration en date, cette publication de Science : « Assembly of embryonic and extra-embryonic stem cells to mimic embryogenesis in vitro ». Dirigée par Magdalena Zernicka-Goetz (Mammalian Embryo and Stem Cell Group, University of Cambridge)une équipe annonce avoir mis au point une technique inédite de production artificielle d’embryons. Non plus des embryons constitués, comme depuis la nuit des temps, de la fusion de deux cellules sexuelles mais de deux types de cellules-souches embryonnaires.

Ce n’est certes pas la première fois que des biologistes tentent de telles créations mais leurs entreprises échouaient du fait de la complexité de la machinerie cellulaire en action dans le processus de développement embryonnaire et la coordination de la morphogénèse. Les biologistes britanniques expliquent avoir ici réalisé dans une matrice extracellulaire en 3D, l’union de deux types de cellules-souches embryonnaires : d’une part celles qui formeront le blastocyste (5e-7e jour après la fécondation) et les différents stades du développement de l’organisme et, d’autre part, des cellules-souches trophoblastiques extra-embryonnaire d’où sont issus les organes annexes, dont le placenta.

Bioéthique

L’embryon artificiel ainsi obtenu, quoique non viable, est capable de se développer au-delà du stade de l’implantation utérine. Il s’agit ici d’une expérience (pour l’heure menée sur la souris) qui démontre la faisabilité de cette forme de création. Les chercheurs y voient la confirmation des échanges et communications moléculaires qu’entretiennent les deux types de cellules – communications qui assurent la formation de la structure embryonnaire. Ils soulignent aussi les similitudes existant entre les embryons naturels et leurs créations artificielles.

Bien évidemment cette équipe de biologistes espère pouvoir reproduire prochainement ces résultats à partir de des cellules-souches humaines. Il n’est pas dit que la réglementation britannique actuelle le permette. Mais cela pourrait être qu’une question rapidement réglée, comme l’explique le Pr Jonathan Montgomery (University College London) à la BBC : « Artificial ’embryos’ created in the lab ». Cette première ne manquera pas, en France, de relancer la controverse sur la légitimité de tels travaux sur l’humain. Nombre de chercheurs en biologie de la reproduction estiment être aujourd’hui pénalisés par le cadre imposé par la loi de bioéthique. Une loi qui devrait être prochainement révisée.

A demain

 

Pr Gilbert Lelord (1927-2017) : pionnier de la compréhension et du traitement de l’autisme

Bonjour

La médecine vient de perdre l’un de ses grands servants avec la disparition, le 4 janvier, du Pr Gilbert Lelord l’un des spécialistes internationalement reconnu de l’autisme et du développement de l’enfant. Ce psychiatre, ancien professeur de la faculté de médecine de Tours et ancien chercheur de l’Inserm fut le fondateur d’une école originale et réputée.

L’apport principal du Pr Lelord et de ses nombreux élèves (dont le Pr Catherine Barthelemy) réside dans une démonstration ; celle que les syndromes autistiques sont les conséquences directes de troubles du développement du système nerveux. De ce point de vue il restera comme l’un de ceux qui ont permis de (commencer à) mettre un terme aux dérives dangereuses d’une vision analytique à la fois parcellaire et envahissante.

Né le 24 janvier 1927 à Saint-Étienne-de-Montluc en Loire-Atlantique, Gilbert Lelord est le descendant d’une lignée de paysans et de marins. Il commence sa médecine à seize ans, devient interne en psychiatrie en 1951, à l’hôpital de Perray-Vaucluse où il est pour la première fois confronté à l’autisme.  Il s’oriente ensuite vers la physiologie (discipline dans laquelle il sera agrégé) avant de diriger le service de psychiatrie infantile du CHU de Tours. C’est cette triple approche, physiologique, neurologique et psychiatrique qui expliquera la richesse de sa carrière et, corollaire, celle de son école.

Elégance rare

 En 1983, à l’initiative de parents et de professionnels, il fonde l’ARAPI une association qui a pour but de promouvoir et de favoriser le développement de la recherche sur l’autisme et la diffusion des connaissances. Clinicien d’une grande finesse, enseignant hors pair il aura, durant plus d’un demi-siècle, puissamment aidé à mieux saisir la physiopathologie d’une affection qui a alimenté (et alimente toujours) de violentes polémiques. Des polémiques qu’il ne voulut jamais, dans sa sagesse, alimenter.

Les résultats originaux auxquels il est parvenu ont, en France mais aussi à l’étranger, alimenté un courant de recherches (allant de l’imagerie cérébrale à la biologie moléculaire)  visant à préciser les différentes composantes des troubles du spectre autistique. Son œuvre aura aussi permis d’élaborer des outils d’évaluation et de traitement, la « Thérapie d’Echange et de Développement – vidéo », dont l’efficacité repose sur la connaissance précise et individuelle des anomalies cérébrales.

Loin d’une approche scientiste et réductrice Gilbert Lelord incarnait à la perfection la rencontre de l’humanisme, de la science et de la médecine. Pour notre part nous garderons le souvenir d’un sourire, d’un humour et d’une élégance rare. Nous nous souvenons aussi de ce qui peut être résumé comme une « soif d’humanité ». Après l’autisme elle le conduisit, au crépuscule de sa vie, à étudier la vie des grands hommes et, parmi eux, celle  de ceux qui deviennent des saints.

A demain

 

 

François Roustang l’insoumis (1923-2016) : jésuite, psychanalyste, hypnothérapeute

 

Bonjour

François Roustang est mort dans la nuit du 22 au 23 novembre. Il avait 93 ans. Souvent qualifié de « dissident », ou de « loup solitaire », il fut tout à la fois  expert en psychopathologie, hypnothérapeute, philosophe, théologien… De ses vingt premières années, au lendemain de sa mort, les gazettes ne disent rien, ou presque. On le retrouve, à sa majorité, dans la Compagnie de Jésus. Il y poursuit des études de philosophie et de théologie avant d’être ordonné prêtre. Les mêmes gazettes se souviennent que, dans les années 1950, il participe de l’aventure d’une revue jésuite, Christus dont il deviendra directeur en 1964.

On réfléchit beaucoup, en France, dans ces années-là. François Roustang y fréquente des hommes au croisement de bien des chemins, à commencer par le jésuite Michel de Certeau. Pour sa part, il ne résiste pas à la psychanalyse, entame une cure (rapide) avec Serge Leclaire (1924–1994), devient membre de l’Ecole freudienne de Paris de Jacques Lacan (1901–1981).

Béatitude bousculée

Philosophie, théologie, psychopathologie, psychanalyse… L’homme ne craint pas de sortir des sillons tracés. Il y a un demi-siècle, on le voit bousculer la béatitude du Concile Vatican II. Il lui faudra quitter les Jésuites – il y était « écartelé ». Quitter la religion catholique pour migrer vers cette autre Eglise qu’est la psychanalyse. Autre Eglise, qui le débarrasse de toute croyance. Et pourtant autres étouffements. Ce n’est pas la libération en laquelle il croyait. Au contraire : l’homme est, dit-on, frappé de constater l’esprit de soumission qui règne au sein de l’Ecole freudienne. Voilà un bien bel objet d’étude : le voici qui, sacrilège, s’intéresse alors à la question des relations maître-disciple dans l’histoire des chapelles analytiques.

C’est le début de nouveaux déchirements : Un destin si funeste (1976), lecture critique des relations entre Sigmund Freud et certains de ses disciples évadés ; Suggestion au long cours (1978), étude du rôle de la suggestion dans la cure analytique. Son intérêt pour les dimensions thérapeutiques de la thermodynamique de l’inconscient va diminuant tandis que croît celui qu’il nourrit pour l’hypnose.

Saint des saints

En France, il est l’un des premiers à s’intéresser à cette pratique thérapeutique méconnue, toujours scrutée de loin avec beaucoup de suspicion. François Roustang remonte aux sources, met en évidence l’intérêt que porta Freud à l’hypnose à ses débuts. Il travaille et fait connaître les textes de l’Américain Milton H. Erickson, « père » de cette discipline qui commence seulement à entrer dans le saint des saints hospitalo-universitaire.

Peu avant l’annonce de sa mort, le neuvième colloque de l’Association française pour l’étude de l’hypnose médicale était consacré à ses travaux sur l’hypnothérapie. On y rappela qu’il avait cofondé le premier diplôme universitaire d’hypnose médicale à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière (Paris) au sein du département d’anesthésie-réanimation. C’était au début de ce siècle. Objectif : associer une réflexion médicale, thérapeutique, philosophique à la compréhension du phénomène hypnotique. « L’œuvre de François Roustang a permis de mieux définir le phénomène hypnotique, la place du thérapeute dans la relation patient-praticien et surtout de s’intéresser, en plus des moyens d’entrer en hypnose, à ce qui se passe dans la transe hypnotique, ce qu’il a appelé “la perceptude hypnotique” » soulignent ceux qui l’ont connu dans cet exercice.

Relation hypnotique

On y a rappelé, aussi, la place centrale du thérapeute dans la relation hypnotique – ce thérapeute qui « organise la rencontre » et crée un « espace de correspondance ». On y a éclairé son propos sur l’apprentissage de « l’expérience hypnotique » et l’acceptation de la confusion de la suggestion hypnotique. Et tous ont salué la richesse de ses visions, de ses écrits, de son enseignement. Certains, dont nous sommes, se souviennent d’un exercice à haut risque : user de l’image de Michel Platini (alors joueur de football) pour éclairer sur ce que peut être l’apport de l’hypnose sur le terrain de la thérapeutique.

C’était dans une émission télévisée alors animée par Bernard Pivot. 1 Nous étions en l’an 2000 et chacun se souvenait encore de Platini n° 10 distributeur de jeu : immergé dans l’action et pourtant capable de percevoir toutes les possibilités offertes. « Dormez, je le veux » : tout le contraire de l’enfermement, le symbole d’une libération, d’une ouverture à la conscience. Guérir ? C’est assez simple : s’ouvrir pleinement aux autres – et donc à soi-même.

Ruptures

« Successivement jésuite, psychanalyste et hypnothérapeute, cet homme inclassable avait consacré sa pratique et sa réflexion au mystère de la vie, vient d’écrire de lui La Croix, quotidien catholique et français. De l’extérieur, il fut incontestablement un homme de ruptures. De l’intérieur, il était celui d’une grande fidélité : une fidélité à la vie, qu’on écrirait presque avec une majuscule si cela ne risquait de masquer l’humilité de l’homme et son souci des vies toujours singulières, la sienne et celle de ceux qui venaient à lui – ou le lisaient – pour aller mieux. »

« Avec l’hypnose, François Roustang se fait l’avocat d’une nouvelle posture dans l’existence, plus souple, plus relâchée, plus détachée, poursuit La Croix. Pour lui, l’hypnose a pour but de déplacer le patient dans un autre état de conscience pour le faire habiter autrement sa vie. Elle fait cesser le flux du langage, la plainte, les ratiocinations diverses liées à la névrose. C’est un “exercice par lequel on cesse de vouloir la maîtrise de notre existence pour se couler dans le flot de la vie”, plaide François Roustang. Grâce à elle, l’humain cesse de “se regarder vivre et accepte de vivre, tout simplement”. »

De Socrate à René Girard

Dans le quotidien Libération, Robert Maggiori complète utilement ce portrait compliqué : « Polémiste né, d’une culture immense, qui allait de la pensée grecque et de Socrate (à ses yeux “trahi” par le Platon de la maturité) à Nietzsche, à Wittgenstein, à Kierkegaard ou à René Girard, il ne se satisfaisait d’aucune orthodoxie, cueillait ce qui lui semblait bon à des fins thérapeutiques aussi bien chez l’“autre père” de la psychanalyse Carl Gustav Jung que chez les théoriciens de l’école californienne de Palo Alto, entre autres Gregory Bateson, où les hypnothérapeutes américains disciples de Milton Erikson. »

Maggiori ajoute que l’auteur d’Un destin si funeste (1976) savait être sardonique, ironique, féroce ; qu’il avait subi durant sa vie autant de critiques qu’il en adressa à ses pairs. Quant au Monde, il rapporte la manière dont, un jour de 2005, il traita en une séance unique l’écrivain Emmanuel Carrère, qui lui rendit visite en songeant au suicide : « Oui, c’est une bonne solution », lui dit-il. Et il ajouta après un silence : « Sinon vous pouvez vivre. »

Redevenir vivant

Vivre c’était, expliquait-il en substance, respirer sur deux registres. Celui de la conscience et celui, organique, du vivant animal. Quant à soigner c’est faire comprendre au souffrant qu’il a une force en lui, la force énergétique de guérir. C’est là une autre dimension, une dimension hypnotique sans laquelle la psychothérapie ne saurait pleinement se pratiquer. Ne pas chercher à guérir mais redevenir, simplement, vivant. Comme une souche. Oublier, enfin, l’humain qui est en soi. Participer, magiquement,au vivant.

Dans son dernier opus  sont réunis quelques uns de ses écrits majeurs 2. Il nous explique que la meilleure manière de transformer sa vie, c’est d’effectuer un « retour au présent », de s’asseoir, de cesser de se lamenter sur son passé et, enfin, d’accepter sa souffrance pour mieux l’évacuer. Parvenir, de très loin, à entendre la voix de Socrate, guérisseur des maladies de l’âme.

A demain

1 Une extrait vidéo de cette émission est disponible à cette adresse http://www.ina.fr/video/I16334709 (Bouillon de culture, 18 février 2000).

On peut aussi l’entendre, sur France Culture, revenir sur son parcours,  lors d’un échange avec Laure Adler : https://www.franceculture.fr/emissions/hors-champs/francois-roustang (Hors Champ, 9 janvier 2012). On y entend aussi Michel de Certeau, Serge Leclaire et Léon Chertok.

2  Roustang F. « Jamais contre, d’abord, La présence d’un corps » Odile Jacob, Paris 2015.

 NB Ce texte a initialement été publié dans la Revue Médicale Suisse : « François Roustang (1923-2016) – jésuite, psychanalyste, hypnothérapeute »

 

Officiel : les compteurs électriques Linky® ne sont pas dangereux. Faut-il en avoir peur ?

 

Bonjour

Celles et ceux qui ne connaissent pas  Linky® seront de moins en moins nombreux. Tous les foyers français en seront (obligatoirement) équipés en 2021. Pour l’heure on en compte déjà deux millions (Tours et Lyon) et Enedis (anciennement ERDF) en installe plus de dix mille par jour. C’est la fin programmée d’un monde, l’entrée du vieux « compteur bleu » au rayonnage collector des téléphones en bakélite.

Certains voient là une intrusion. Parfois les Linky® font peur. Est-ce parce qu’ils communiquent « de façon filaire (via le réseau de distribution d’électricité) par la technologie « du courant porteur en ligne » (CPL) avec des points relais des informations de consommation » ?

Moins d’exposition que le mobile

A celles et ceux qui sont effrayés, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) vient de répondre : « Compteurs communicants : des risques sanitaires peu probables ». Un seul paragraphe de l’avis de l’Anses devrait suffire à calmer les interrogations sinon les angoisses :

« Les compteurs Linky®, que ce soit en champ électrique ou magnétique, sont à l’origine d’une exposition comparable à celle d’autres équipements électriques déjà utilisés dans les foyers depuis de nombreuses années (télévision, chargeur d’ordinateur portable, table de cuisson à induction…). L’exposition à proximité d’un compteur de gaz ou d’eau est très faible, compte tenu de la faible puissance d’émission et du nombre réduit de communications (moins d’une seconde 2 à 6 fois par jour). L’exposition due aux compteurs est par exemple bien plus faible que celle due à un téléphone mobile GSM. »

Pour abonnés

On peut aussi soutenir que ce paragraphe est ne nature à inquiéter les innombrables utilisateurs exposés aux téléphones mobiles GSM … Demandé par la Direction Générale de la Santé, cet avis scientifique sera-t-il suffisant pour calmer les angoisses et les inquiétudes d’une partie de la population : « surcoût éventuel généré pour les abonnés », « respect de la vie privée », « utilisation des données personnelles »,  « exposition aux champs électromagnétiques émis par différents compteurs et objets connectés » ?

Nous serons bientôt en 2017. La nouvelle saison de l’étrange série Linky® ne fait que commencer. La regarder nécessite d’être abonné à l’électricité.

A demain

 

 

La puissance de l’antalgique sans le risque de dépendance : une morphine nouvelle est annoncée

Bonjour

Alcaloïde de l’opium, grand modulateur de la conscience, la puissante fée morphine est une image de l’ambivalence. En médecine, sa puissance antalgique est grevée par les risques inhérents à son potentiel addictif et les effets secondaires qui en résultent. Certains estiment que c’est là un prétexte pour ne pas en user comme il conviendrait – un vieux reliquat du temps où l’Eglise catholique évoquait en chaire le caractère rédempteur de la douleur. Qui sait ?

Le temps a passé. Décembre 2016, une publication de la revue Anesthesiology 1 ouvre de nouveaux horizons médicaux. Elle est signée par des chercheurs de Gustave Roussy, de l’Inserm, de l’Université Paris-Sud, de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (Hôpital Bicêtre) et de l’Institut Pasteur.

Dépressions respiratoires

La morphine et ses dérivés sont les antalgiques les plus puissants actuellement disponibles. Face à des douleurs rebelles, on augmente leur posologie. Et les augmentations progressives font redouter les problèmes respiratoires, les troubles confusionnels, somnolences, nausées et autres troubles digestifs. « La dépression respiratoire est l’effet le plus redouté de la morphine et ses dérivés. Elle peut entraîner l’arrêt de la respiration et le décès. Dans notre étude, nous avons montré que l’opiorphine et sa forme stabilisée, le STR-324 étaient sans effet sur la pression artérielle et sur la dépression respiratoire, tout en ayant les même propriétés analgésiques » dexplique  le Dr Philippe Sitbon, premier auteur de la publication Anesthesiology et anesthésiste-réanimateur à Gustave Roussy.

Les auteurs de ce travail expliquent aussi que l’opiorphine, et une forme stabilisée de celle-ci (appelée STR-324), sont aussi efficaces que la morphine sur les douleurs post-opératoires. STR-324 est un peptide naturellement produit par l’organisme découvert par le Dr Catherine Rougeot, chercheur de l’Institut Pasteur. (voir la vidéo pédagogique). Lors de précédents travaux, le Dr Rougeot avait démontré les propriétés analgésiques de l’opiorphine. Elle avait également montré l’absence de dépendance et de constipation (J Physiol Pharmacol. 2010 Aug;61(4):483-90).

Premiers essais cliniques

Pour schématiser, lorsqu’on l’injecte la morphine va se fixer au niveau de tous les récepteurs opioïdes de l’organisme – avec des effets secondaires multiples selon les organes où se trouvent ces récepteurs. L’opiorphine et sa forme stabilisée n’ont pas exactement le même mécanisme d’action que la morphine. Elles bloquent la dégradation des enképhalines, « morphine humaine naturelle ». L’opiorphine agit uniquement là où il y a production importante d’enképhalines donc uniquement sur les voies de la douleur lorsqu’il y a une stimulation douloureuse

Aujourd’hui la publication de cette équipe établit les bons résultats obtenus sur les douleurs post-opératoires sur des modèles animaux – des résultats qui « encouragent le développement du STR-324 chez l’homme ». Les premiers essais cliniques devraient débuter fin 2017. A terme le STR-324 pourrait venir soulager d’autres types de douleurs comme les douleurs neuropathiques souvent difficiles (ou impossibles) à calmer par les antalgiques classiques.

On peut voir là, rédemption ou pas, un message d’espoir terrestre.

A demain

1  “STR-324, a Stable Analog of Opiorphin, Causes Analgesia in Postoperative Pain by Activating Endogenous Opioid Receptor–dependent Pathways

Philippe Sitbon, M.D., Alain Van Elstraete, M.D., Leila Hamdi, Ph.D., Victor Juarez-Perez, Ph.D.,

Jean-Xavier Mazoit, M.D., Ph.D., Dan Benhamou, M.D., Catherine Rougeot, Ph.D.

Anesthesiology, 2016; 125:1017-1029