Tremblerez-vous, demain, à la pose de micro-capteurs chimiques au sein de votre cerveau ?

Bonjour

Avoir peur ou faire confiance ? Dirigée par Charles Chatard et Stéphane Marinesco (Inserm, Cnrs, Lyon) une équipe de chercheurs français est parvenue réussi à mettre au point une nouvelle génération de capteurs chimiques permettant de « surveiller le métabolisme du cerveau » -tout particulièrement lors d’accidents vasculaires cérébraux, de traumatismes ou de crises épileptiques. D’une taille inférieure à 15 µm, ces outils permettent de « suivre ce qui se passe dans le cerveau », et ce « en minimisant les lésions du tissu nerveux » afin « d’obtenir des données beaucoup plus fiables et représentatives des échanges neurochimiques ».

Les détails de cette prouesse technique viennent d’être publiés dans la revue ACS Central Science : « Minimally Invasive Microelectrode Biosensors Based on Platinized Carbon Fibers for in Vivo Brain Monitoring »

Postulat : l’analyse du « liquide interstitiel du cerveau » peut révéler des informations chimiques importantes sur l’état du système nerveux central. « Détecter, au fil du temps, les concentrations de métabolites caractéristiques de l’énergie cérébrale (comme le glucose) peut aider à déceler l’apparition de lésions cérébrales afin de permettre aux médecins d’agir avant qu’il ne soit trop tard, résume le service de presse de l’Inserm. De plus, l’activation des réseaux neuronaux qui entraîne une libération de neurotransmetteurs peut aussi être détectée dans le fluide interstitiel. »

Ruptures des petits vaisseaux du cerveau

Pour autant la taille des sondes (et les lésions locales dues à leur implantation) étaient des paramètres qui perturbaient jusqu’à présent la qualité des mesures pouvant être effectuées. La rupture des petits vaisseaux cérébraux pendant l’implantation de la sonde constituait notamment un déclencheur majeur de l’inflammation.

Tel n’est semble-t-il plus le cas. Invisibles à l’œil nu les nouveaux capteurs lyonnais ont un diamètre inférieur à 15 microns (contre 50 à 250 microns actuellement), soit inférieur à celui d’un cheveu. « Leur taille est inférieure à la distance moyenne entre deux capillaires du cerveau, donc ces derniers ne sont pas endommagés par le dispositif » explique Stéphane Marinesco (Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon).

Ces microélectrodes ont d’ores et déjà fourni des évaluations des taux de glucose, lactate ainsi que des concentrations d’oxygène plus fiables et plus précises que les résultats des capteurs conventionnels. De nombreux tests ont été réalisés sur ces nouvelles microélectrodes, notamment sur leur stabilité dans le temps puisqu’elles ont également été testées après six mois de stockage (température ambiante dans l’obscurité). Stéphane Marinesco :

 « Ce dispositif peu envahissant représente une avancée majeure dans notre capacité d’analyser le liquide interstitiel cérébral, ouvrant la voie à la mesure de nouveaux paramètres physiologiques et à de multiples applications. Ce nouvel outil pourrait être utilisé pour tester l’effet de certains médicaments sur le cerveau. Enfin, à plus long terme, le monitoring du cerveau humain pourrait fournir de précieuses informations aux médecins pour mieux comprendre comment un patient atteint de lésions cérébrales récupère après un traumatisme crânien ou un accident vasculaire cérébral. Ce dispositif pourrait également les aider à prendre les meilleures décisions thérapeutiques en fonction de l’évolution du patient ».

L’Inserm ne dit pas si de tels capteurs invisibles ont d’ores et déjà été implantées au sein des liquides interstitiels des cerveaux humains.

A demain

@jynau

 

 

Le Monde publie une prestigieuse supplique savante pour que Science & Vie ne meure pas

Bonjour

Tempêtes capitalistiques continuelles sur la presse écrite. Aujourd’hui les nuages noirs foncent sur  Télé StarScience & VieAuto PlusGraziaCloserLe Chasseur français et Pleine Vie. Ces magazines, édités par Mondadori France, seraient sur le point d’être repris par le groupe Reworld Media. Et c’est peu dire que cette perspective inquiète fortement les salariés de ces titres. « Les syndicats de Mondadori France en appellent aux pouvoirs publics pour la gestion de ce dossier » précise 20 Minutes.  « Reworld Media, n’est pas vraiment un éditeur de presse. Ce qui l’intéresse, c’est de transformer les lecteurs en contacts pour les annonceurs, en priorité sur les supports numériques » l’intersyndicale CFDT-CGC-CGT-FO-SNJ. 700 emplois CDI ainsi que ceux de centaines de pigistes et précaires seront directement menacés. (…) Au-delà, compte tenu du poids de Mondadori dans la presse écrite, c’est toute la filière, déjà très ébranlée, qui en subirait les effets, des imprimeurs aux kiosquiers. »

Fin septembre, Reworld avançait dans un communiqué que cette éventuelle acquisition « vise à développer un groupe média international majeur, détenteur de solutions média et de marques média qualitatives à fort potentiel, ainsi qu’à associer des compétences complémentaires, des capacités et savoir-faire, afin de faire face aux défis du nouvel environnement de marché. »

 

Il y a peu la rédaction de Grazia s’est adressée dans une lettre ouverte à Pascal Chevalier, le président de Reworld Media. « Vos méthodes et la raison d’être de votre entreprise, décrites dans tous les articles qui vous sont consacrés depuis peu, sont aux antipodes des nôtres et de ce que nous sommes. Les simples mots « presse » et « journalisme » semblent absents de vos sites comme de vos déclarations », écrivaient les signataires.

« Passeur de science depuis plus de cent ans »

 C’est dans ce contexte que l’on découvre, dans Le Monde de ce jour une peu banale tribune : « Nous veillerons à ce que “Science & Vie” ne soit pas dénaturé ». Un prestigieux collectif de scientifiques et de médecins s’inquiète d’un éventuel changement de propriétaire du magazine, « relais d’informations précieux pour la diffusion des connaissances scientifiques et contre les ‘’fake news’’ ». C’est un texte d’une touchant et naïf, rempli de bonnes intentions, un texte sans précédent  qui rappelle que Science & Vie est un passeur de science essentiel depuis plus de cent ans. Extraits :

« Nous, chercheurs et personnalités du monde scientifique, avons tous lu un magazine Science & vie. En faisant émerger et en nourrissant la soif de comprendre et d’apprendre, il a même pu jouer un rôle dans la vocation de certains d’entre nous. Nos étudiants le lisent. Nos enfants, nos petits-enfants y sont abonnés… Chaque mois, ce sont des centaines de milliers de lecteurs à travers le monde, petits et grands, qui se plongent dans les pages de ces magazines.

« Les journalistes des magazines Science & vie nous ont fait part de leurs inquiétudes dans la perspective d’un changement de propriétaire de leur groupe de presse. Ils craignent que leur indépendance éditoriale soit remise en cause, que des groupes d’intérêt et des industriels peu scrupuleux puissent, à l’avenir, imposer leurs vues dans leurs magazines. Les premiers à en pâtir seraient évidemment les lecteurs, qui se retrouveraient, bien malgré eux, face à des articles biaisés, plus intéressés qu’intéressants.

« Dans une démocratie, c’est aux citoyens et à leurs représentants qu’il revient de décider de la manière dont les nouvelles connaissances et technologies doivent être mises en œuvre, dans l’intérêt de tous. Pour cela, il est nécessaire que le public le plus large dispose de sources d’information scientifique grand public objectives, pertinentes et exemptes de tout parti pris, traitant avec la même rigueur les progrès de la science et les éventuels dangers de ses applications.

« A défaut de culture scientifique partagée, comment parvenir collectivement à des choix éclairés sur des sujets aussi importants que la transition énergétique ou l’avenir de la thérapie génique ? Sans parler des « fake news » se propageant aussi vite que la lumière, ou des pseudosciences toujours plus séduisantes… »

Pour l’heure aucun collectif pour veiller à l’intégrité de Télé Star (1976) d’Auto Plus (1988)de Grazia (2009) ou de Closer (2005). Sans parler de l’antique Chasseur français (1885) et de ses célèbres annonces matrimoniales.

A demain

@jynau

1 Signataires : Isabelle Arnulf, neurologue, IHU@ICM – Faculté de médecine-Sorbonne Université ; Alain Aspect, professeur à l’Institut d’optique et à l’Ecole polytechnique ; Anouk Barberousse, philosophe des sciences à l’université de Lille ; Eric Buffetaut, paléontologue, directeur de recherche émérite au CNRS ; Georges Chapouthier, directeur de recherche émérite au CNRS ; Gilles Cohen-Tannoudji, physicien et philosophe des sciences, chercheur émérite au Laboratoire de recherches sur les sciences de la matière (Larsim CEA-université Paris-Saclay), conseiller scientifique auprès du directeur de la recherche fondamentale du CEA ; Claude Cohen-Tannoudji, Prix Nobel de physique, professeur émérite au Collège de France, Laboratoire Kastler Brossel, département de physique de l’ENS ; Françoise Combes, astrophysicienne, Observatoire de Paris, professeure au Collège de France, chaire galaxies et cosmologie, et membre de l’Académie des sciences ; Alain Connes, mathématicien, médaille Fields, professeur au Collège de France, à l’IHES et à l’université OSU, Columbus, aux Etats-Unis, membre de l’Académie des sciences ; Pierre Corvol, professeur émérite au Collège de France, membre de l’Académie des sciences ; Pascale Cossart, secrétaire perpétuelle de l’Académie des sciences, professeure de classe exceptionnelle à l’Institut Pasteur ; Hélène Courtois, astrophysicienne, université Lyon-I ; Frédéric Dardel, professeur de biologie moléculaire, président de l’université Paris-Descartes ; Jean-Paul Delahaye, mathématicien et informaticien, professeur émérite à l’université de Lille ; Jean-Paul Demoule, professeur émérite d’archéologie à l’université de Paris-I (Panthéon-Sorbonne) ; Francesco D’Errico, directeur de recherche au CNRS ; Jean Eisenstaedt, directeur de recherche émérite au CNRS ; Francis Eustache, directeur de l’unité Inserm-EPHE-UNICAEN, U1077, « Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine » (NIMH), pôle des formations et de recherche en santé (PFRS) ; Pierre Fayet, directeur de recherche émérite, CNRS-Ecole normale supérieure, Académie des sciences ; Albert Fert, Prix Nobel de physique 2007 ; Marc Fontecave, professeur au Collège de France, membre de l’Académie des sciences, président de la Fondation du Collège de France ; François Forget, planétologue, directeur de recherche CNRS, membre de l’Académie des sciences ; Nicolas Gisin, physicien, département de physique, université de Genève, Suisse ; Pierre-Henri Gouyon, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, à l’AgroParisTech, à l’ENS et à Sciences Po ; Jean Guilaine, professeur au Collège de France, membre de l’Institut ; Serge Haroche, Prix Nobel de physique, professeur émérite au laboratoire Kastler Brossel ; Fabrice Herpin, président de la Société française d’astronomie et d’astrophysique (SF2A) ; Jean-Jacques Hublin, director department of human evolution. Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology ; Jean Jouzel, climatologue ; Sabrina Kriefprimatologue ; Roland Lehoucqastrophysicien ; Henri Leridon, démographe, membre de l’Académie des sciences ; Thierry Lhermitte, comédien, parrain de la Fondation pour la recherche médicale ; Valérie Masson-Delmotte, CEA/LSCE, coprésidente groupe 1 du GIEC ; Michel Mayor, professeur honoraire d’astrophysique à l’université de Genève ; Alessandro Morbidelli, astrophysicien à l’Observatoire de la Côte d’Azur ; Marylène Patou-Mathis, directrice de recherche au CNRS ; Antoine Petit, professeur des universités de classe exceptionnelle, PDG du CNRS ; Thierry Philip, président de l’Institut Curie ; Martin Pickford, paléoanthropologue au Collège de France ; Gilles Pison, généticien et démographe, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et chercheur associé à l’INED ; Francis Rocard, CNES, responsable des programmes d’exploration du Système solaire ; Carlo Rovelli, astrophysicien et physicien ; Alain Schuhl, directeur général délégué à la science du CNRS ; Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et à l’université de Gdansk (Pologne), président de la Société botanique de France, membre de l’Académie d’agriculture de France ; Michel Spiro, vice-président de la Société française de physique ; Philippe Starck, designer ; Dominique Stoppa-Lyonnet, Institut Curie, université Paris-Descartes ; Patrick Tort, directeur de l’Institut Charles Darwin International, lauréat de l’Académie des sciences ; Cédric Villani, mathématicien, médaille Fields, député LRM.

 

La liste intégrale des signataires.

 

2019 : allons-nous entrer dans le monde insensé des humains génétiquement modifiés ?

Bonjour

Le récente annonce chinoise fracassante de la création de bébés «résistants au sida» démontre l’inanité des interdits éthiques et législatifs pour lutter contre le transhumanisme. Que va-t-il désormais se passer?

Rappel. Le 26 novembre 2018 restera-t-il gravé comme la date de notre entrée dans l’ère de l’humanité génétiquement modifiée? Celle de l’avènement du transhumanisme triomphant? Ce jour-là, une dépêche de l’Associated Press donnait la parole à un chercheur chinois expliquant qu’il était parvenu à créer des embryons humains dont il avait modifié le patrimoine génétique. Une annonce aussitôt reprise par la MIT Technology Review avant d’être déclinée par d’innombrables sites et médias généralistes à travers le monde. «Cette nouvelle fracassante est une brusque accélération dans une controverse à la fois économique et éthique qui oppose la Chine à l’Occident au sujet d’une technologie qui va sans aucun doute révolutionner l’agriculture, la médecine, et peut-être l’espèce humaine», prévenait d’emblée Guillaume Levrier dans The Conversation.

La technique ne doit pas, ici, effrayer: l’affaire est assez simple à résumer. Profitant du Second International Summit on Human Genome Editing[«deuxième Sommet international sur l’édition du génome humain» en français] organisé à Hong Kong, He Jiankui, chercheur de la Southern University of Science and Technology de Shenzhen affirmait avoir obtenu la naissance de deux jumelles, «Lulu et Nana», dans le génome desquelles il avait greffé un gène de résistance à l’infection par le VIH. Son objectif n’était pas de «guérir» ou de «prévenir» mais bien de conférer un trait génétique indélébile et transmissible à la descendance des humains ainsi modifiés.

En d’autres temps, sous d’autres cieux, l’affaire aurait vite été classée au rayon des divagations. Tel ne peut plus être le cas. Quoique déjà parfois présenté comme un «Frankenstein chinois», le Dr He Jiankui n’est en rien un inconnu perdu dans ses délires. Bluff scientifique ou pas, l’affaire s’ancre pleinement dans le crédible (…)

La suite sur Slate.fr : « Bienvenue dans le monde insensé des humains génétiquement modifiés » (15 décembre 2018)

A demain

@jynau

OGM=Poisons : les toutes dernières révélations ! Un mea culpa du Nouvel Observateur ?

Bonjour

C’était il y a six ans. Septembre 2012 Une formidable tornade médiatique lancée par un Nouvel Observateur s’affranchissant de toutes les règles médiatiques relatives aux publications scientifiques. Et cette manchette jaune maïs :  « Exclusif : oui les OGM sont des poisons ! » . Images spectaculaires de rats atteints de tumeurs envahissantes. Commentaires à l’avenant. Artillerie en batterie, livre à suivre et pouvoir exécutif comme tétanisé. C’était le début de la triste autant que formidable « affaire Séralini ».

19 septembre 2012. « Tumeurs mammaires chez les femelles, troubles hépatiques et rénaux chez les mâles, espérance de vie réduite sur les animaux des deux sexes… L’étude conduite par le biologiste Gilles-Eric Séralini (université de Caen) et à paraître dans la prochaine édition de la revue Food and Chemical Toxicology fait grand bruit : elle est la première à suggérer des effets délétères, sur le rat, de la consommation d’un maïs génétiquement modifié – dit NK603, commercialisé par la firme Monsanto – associé ou non au Roundup, l’herbicide auquel il est rendu tolérant. » pouvait-on lire ce jour-là dans Le Monde

Se souvenir

« Vous souvenez-vous ? » demande aujourd’hui, sur son blog, notre confrère Sylvestre Huet. Celles et eux qui l’ont vécue se souviennent de cette ahurissante affaire – une affaire qui vit  de solides confrères allant (pourquoi diable ?) jusqu’à signer de leur encre un pacte contre nature leur assurant une « exclusivité ». Le Monde écrivait ainsi alors, toute colère rentrée :

« De manière inhabituelle, Le Monde n’a pu prendre connaissance de l’étude sous embargo qu’après la signature d’un accord de confidentialité expirant mercredi 19 septembre dans l’après-midi. Le Monde n’a donc pas pu soumettre pour avis à d’autres scientifiques l’étude de M. Séralini. Demander leur opinion à des spécialistes est généralement l’usage, notamment lorsque les conclusions d’une étude vont à rebours des travaux précédemment publiés sur le sujet. »

Dès le 4 octobre 2012 l’Autorité européenne de sécurité des aliments avait jugé que ce travail était d’une «qualité scientifique insuffisante». Puis la publication fut, sanction grave, «rétractée» avant d’être publiée, sous une autre version, dans une autre revue. L’affaire conservait tout son mystère. Où était la vérité vraie ?

Puis le temps passa, l’aura du chercheur de Caen baissa en intensité, d’autres turbulences émergèrent sur le front des OGM, des herbicides toxiques et des convictions qui ne s’embarrassent guère de la raison scientifique. On attendait toutefois que la lumière soit faite. « Affaire Séralini: six ans après, l’heure des comptes » signions-nous en juillet dernier sur Slate.fr.  « Trois expertises, française et européennes, invalident alors les résultats et conclusions de l’étude de GE Séralini sur les maïs OGM » assurait alors l’Association française des biotechnologies végétales.

Derniers clous

Aujourd’hui c’est l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) qui enfonce les derniers clous : « Maïs OGM MON 810 et NK603 : pas d’effets détectés sur la santé et le métabolisme des rats »

« Un régime alimentaire à base de maïs transgénique MON 810 ou NK603 n’affecte pas la santé et le métabolisme des rats dans les conditions du projet GMO 90+. Cette étude inédite réalisée par un consortium de recherche piloté par l’Inra implique de nombreux partenaires dont l’Inserm. Les travaux ont été réalisés dans le cadre du programme Risk’OGM financé par le Ministère de la transition écologique et solidaire.

« Pendant six mois, des rats ont été nourris avec un régime contenant soit du maïs OGM (MON 810 ou NK603) soit du maïs non OGM, à différentes concentrations. Les chercheurs, par les techniques de biologie à haut débit, n’ont identifié aucun marqueur biologique significatif lié à l’alimentation au maïs transgénique. De même, ils n’ont observé aucune altération anatomo-pathologique du foie, des reins ou de l’appareil reproducteur des rats soumis aux régimes contenant ces OGM. Ces travaux, publiés le 10 décembre 2018 dans la revue Toxicological Sciences, ne mettent pas en évidence d’effet délétère lié à la consommation de ces deux maïs OGM chez le rat même pour de longues périodes d’exposition. »

Et Le Monde (Stéphane Foucart) de contextualiser: « OGM : six ans après l’’’affaire Séralini’’, une étude conclut à l’absence de toxicité sur les rats. En 2012, les photos de rongeurs déformés par des tumeurs avaient provoqué l’émoi et la controverse. Une étude d’ampleur prouve finalement l’innocuité des maïs transgéniques. C’est l’épilogue de l’’’affaire Séralini’’ ».

Le calibre de l’ânerie

Pour autant rien n’est acquis. « Dire que ces expériences prouvent que ‘’Les OGM ne sont pas des poisons’’ serait une ânerie de même calibre que l’affirmation inverse du Nouvel Observateur en septembre 2012, souligne fort justement Sylvestre Huet. Elles montrent seulement que les plantes transgéniques testées, et uniquement celles-là, ne sont pas des poisons. Ces expériences donnent raison une fois de plus aux biologistes qui estiment qu’il faut « une raison » (biochimique, biologique) de se demander si telle ou telle plante transgénique pose un problème de santé ou non et non supposer a priori que l’introduction d’un gène (ou sa manipulation à l’aide des nouvelles techniques disponibles comme CRISPR) représente un risque sanitaire plus élevé que, par exemple, un croisement artificiel utilisé en sélection de semences traditionnel. »

Puis notre confrère fait un rêve :  que les journaux, radios, télévisions, journalistes et ONG (ou responsables politiques) qui ont en chœur assuré à leurs publics, lecteurs, électeurs et militants que Gilles-Eric Séralini avait « prouvé » que « les OGM » sont des « poisons » mortels, vont consacrer autant d’efforts, de temps de paroles, de longueur d’articles et de propos publics à annoncer cette nouvelle  désormais bien établie.

Ce rêve n’a que bien peu chance de se réaliser :  cela ne susciterait guère d’écoute – et ne ferait guère vendre. « L’homme qui mord un chien, c’est une info, mais si c’est un chien qui mord un homme, c’est une info seulement s’il en meurt, rappelle-t-il. Une plante transgénique qui tue, c’est une information; elle se contente de nourrir, ce n’en est pas une. Et les près de 98% des journalistes qui ont écrit sur cette affaire sans lire l’article originel de G-E Séralini ne vont pas plus lire les résultats de ces expériences ni se voir incité à les présenter par des rédactions en chef qui n’y verront pas le motif d’un titre bien saignant. (…) Il est regrettable que l’affaire Séralini soit celle d’un lanceur de fausse alerte, puisque toute fausse alerte occupe une part de la citoyenneté et de l’expertise publique disponible pour une vraie alerte sanitaire ou environnementale. Certes, il vaut mieux se tromper de temps en temps et traiter une fausse alerte que de passer à côté d’une vraie mais ne pas se noyer dans les fausses alertes est indispensable.

Où l’on en revient à une histoire qui reste à écrire. Celle du journaliste qui criait toujours au loup et qui n’a pas été cru lorsque le vrai loup survint.

A demain

@jynau

Attention : les polémiques sur l’homéopathie vont prendre de nouvelles dimensions

Bonjour

Gilets Jaunes et homéopathie déremboursée : le pouvoir peut-il entendre ce qui lui est inaudible ? Pour l’heure, convergence des tensions : pendant la crise violente des Gilets Jaunes on entend les colères récurrentes nourries par l’homéopathie, sa raison d’être, ses égarements, son remboursement.

Au moment où émerge un étonnant appel médiatisé de cent trente-et-un Académiciens anti-homéopathie voici un nouveau recul du politique. Où l’on apprend que la Haute Autorité de santé (HAS), chargée par la ministre Agnès Buzyn d’évaluer le « bien-fondé du remboursement de l’homéopathie, fait savoir qu’elle ne rendra pas son « avis » (consultatif) en février, comme annoncé. Ce sera plus vraisemblablement au printemps. Peut-être vers l’été. Voire, qui sait, en automne. Non pas une reculade assure la HAS mais bien en raison  du travail d’évaluation à accomplir.

« Nous faisons au mieux pour aboutir au plus près du délai affiché dans la saisine de la ministre. Nous tablons sur le printemps », confie la HAS – confirmant ainsi une information de L’Express ». C’est un travail immense d’évaluer l’homéopathie et son maintien au remboursement. » Une « immensité » alors même que tout a été dit, écrit et publié sur le sujet ? Assurément répond la HAS. Du moins dès lors que l’on entend évaluer avec « la plus grande rigueur » et ce dans un immense esprit « d’ouverture » – « pour ne pas passer à côté d’éléments qu’on pourrait lui reprocher ». Et la HAS de souligner qu’il existait plus de 1 000 souches de granules – et autant d’opérations de soupèsement sur d’étranges trébuchets.

Excommunications croisées

Résumons : la HAS a d’ores et déjà effectué une revue de la littérature scientifique internationale (études scientifiques, avis de sociétés savantes, recommandations d’autorités sanitaires d’autres pays, etc.). Mieux : elle  s’apprête à lancer « dans les jours qui viennent » un appel à contribution pour recueillir les arguments de toutes les parties prenantes. Où l’on entend déjà les mouvements de troupes, les tambours et les fifres, la rédaction des cahiers de doléances, les excommunications croisées, les accusations mille fois proférées de scientisme et d’obscurantisme.

Et après ? Le budget 2019 de la Sécurité sociale, adopté définitivement lundi 3 décembre par le Parlement, prévoit dans son article 42 que « les règles de prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques (…) sont définies par décret en Conseil d’État ». Ce décret précisera « notamment la procédure et les modalités d’évaluation ou de réévaluation de ces médicaments ». Un travail qui incombera à la HAS et un décret dont nul ne sait s’il sera, un jour, publié.

A demain

@jynau

Homéopathie : cent trente-et-un Académiciens partent en guerre. On attend Agnès Buzyn

Bonjour

Nous vivons des temps jaunes et étranges, le retour de la violence et la résurgence de polémiques jamais éteintes. Comme celle qu’alimente l’homéopathie.

Dans l’attente d’un verdict politique (toujours repoussé), le dernier épisode en date est académique : cent trente-et-un académiciens réclament publiquement son déremboursement. Membres des Académies des sciences, de médecine et de pharmacie ils s’expriment (à titre personnel) dans une tribune publiée le 4 décembre dans L’Express : « Homéopathie: « Il faut dérembourser » ».

« Non, l’homéopathie n’est pas un médicament actif, même si elle bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché et d’un remboursement. Un état de fait injustifié, car l’homéopathie, contrairement aux autres médicaments, n’a pas fait la preuve de son efficacité sur la base de démonstrations vérifiables et objectives reconnues par la communauté scientifique internationale.  

Non, les produits homéopathiques ne peuvent plus continuer à entretenir le flou sur leur composition, qui doit être indiquée sur leur conditionnement (quantité de préparations actives et excipients). De même, leurs indications doivent être précisées.

Non, l’homéopathie n’est pas plus efficace qu’un autre placebo, comme l’ont démontré toutes les études. Cet argument mis en avant pour justifier son « efficacité » démontre seulement qu’un granule de sucre peut faire de l’effet si le patient y croit et fait confiance à son médecin. 

Non, l’homéopathie n’est pas forcément inoffensive. Si un produit à base d’eau et de sucre ne peut évidemment pas faire de mal, il peut faire perdre du temps, voire mettre la vie en péril en cas de maladie aiguë ou chronique dont le traitement ne peut pas attendre. 

Non, l’homéopathie ne saurait invoquer un effet thérapeutique. Sa publicité se fonde trop souvent sur de simples allégations. Ainsi, contrairement à certaines des affirmations de ses promoteurs, l’homéopathie ne prévient pas les états grippaux, et il n’existe pas de « vaccin » homéopathique, comme a dû le rappeler l’Agence nationale de sécurité du médicament en 2016. 

Non, l’homéopathie ne doit plus être enseignée dans les facultés de médecine et de pharmacie, qui se discréditent en cautionnant une doctrine restée en marge de la science. 

Non, l’homéopathie ne coûte pas moins cher à la collectivité que la médecine conventionnelle. Une récente étude internationale démontre même que les patients soignés à l’homéopathie coûtent en réalité 20 % de plus aux assurances sociales.  » 

C’est pourquoi les signataires  réfutent le terme de « médicament » pour un produit qui ne fait pas la démonstration de son efficacité et réclament la fin de  son remboursement par la collectivité nationale.

Pour le Quotidien du Médecin cette peu banale sortie apporte indéniablement du crédit aux médecins du « collectif anti-fake médecine » – dont certains sont poursuivis devant l’Ordre pour non-confraternité par le Syndicat des médecins homéopathes. Les 131 académiciens mettent également brutalement la pression sur la direction de la  Haute Autorité de santé qui doit « prochainement » remettre un avis sur l’évaluation de ces « médicaments ». Un avis sur lequel devrait ensuite s’inspirer la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, pour se prononcer sur leur « éventuel » déremboursement.

Où l’on verra le politique croiser la médecine, la science et la pharmacie.

A demain

@jynau

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Microbiote : il nous faut désormais compter avec le charme discret, mais sans fin, de l’intestin 

Bonjour

Ce fut une thèse de médecine. Puis une anomalie éditoriale allemande. Puis un titre génial (en français). Puis un best-seller mondial. Puis une nouvelle édition augmentée. Et désormais, au rayon infini des déclinaisons, voici l’exposition.

Du 4 décembre 2018 au 4 août 2019, la Cité des sciences et de l’industrie présente à Paris l’exposition Microbiote, d’après Le charme discret de l’intestin de Giulia et Jill Enders (Actes Sud, 2015) vendu à 1 200 000 exemplaires en quarante langues.

Cet incroyable succès de librairie est aussi le reflet d’une série d’avancées et de nouveaux regards sur le corps : l’accélération de l’exploration du  microbiote  cette galaxie de micro-organismes (bactériesmicrochampignonsprotistesvirus) vivant dans le  microbiome . Et, pour ce qui nous concerne, dans un tube digestif, un ventre, devenu soudain une « deuxième cerveau ». La dernière en date de nos révolutions coperniciennes. L’espoir, peut-être, d’une « nouvelle médecine ». La garantie d’un nouveau regard sur le corps.

En attendant le film

Comment mettre en exposition un bouleversement microscopique ? Giulia et Jill Enders ont relevé le défi au sein de la Cité des sciences et de l’industrie. « Exposition originale qui bénéficie d’une scénographie expressive, nous assure-t-on. Comme un voyage au cœur de notre corps, pour découvrir l’une de ses régions les plus secrètes, ce “second cerveau” est d’une importance capitale pour notre santé. 600 m2. » Explications à l’entrée de l’exposition :

« Chacun possède son propre microbiote, véritable marqueur personnel en constante évolution à l’instar des empreintes digitales. Il faut ainsi se faire à l’idée que le corps humain est non seulement constitué de chair, de sang, d’os et de muscles, mais aussi de tout un monde de bactéries, de virus et de champignons hébergé en quasi-totalité par l’intestin, véritable écosystème! Le système digestif est en effet doté de son propre système nerveux et interagit avec l’organisme au cours de la digestion. Coach du système immunitaire, il entretient donc des relations étroites et déterminantes avec le cerveau. »

Une exposition conçue en partenariat avec l’Inra, Heureka (Helsinki) et le Pavillon de la connaissance (Lisbonne), avec la participation de l’afa Crohn RCH et le soutien du Biocodex Microbiota Institute, de Danone Research et de la Fondation Roquette pour la santé.

Du 4 décembre 2018 au 4 août 2019. En attendant le film.

A demain

@jynau