Vérité sur l’hydroxychloroquine : la dernière étude du Pr Didier Raoult ? C’est «nul de chez nul !»

Bonjour

28/06/2020. Se faire désirer. De même que le désir peut loger chez une précieuse, la violence peut ne pas être absente chez les servants de la science. Force est ici de reconnaître que ces dernières semaines le Pr Didier Raoult est parvenu, depuis son Fort Vauban de Marseille, à faire sauter quelques couvercles. Il entrouvre les sombres coulisses d’un spectacle généralement parfaitement rôdé sur scène, impose des réactions violentes, dynamise l’ensemble de la troupe quand il ne la fracture pas.

Dernière représentation en date, 24 juin : Monsieur Loyal face à la commission d’enquête de l’Assemblée nationale. Un spectacle de plus de trois heures que l’on peut revoir, gratuitement, à l’envi et grâce à LCP, en cliquant ici. Trois heures … Nous étions passé trop vite sur un passage édifiant, trois minutes seulement avant la fin. Question du généticien reconnu et député  Philippe Berta (MoDem, Gard). Quand la plupart des députés minaudent, lui parle d’égal à égal avec l’omniscient directeur général de l’IHU Méditerranée Infections, cette « Rolls Royce »  de l’infectiologie obtenue, souligne-t-il, grâce au « grand emprunt ». Question :

 « (…) Pourquoi, mais pourquoi  n’avez-vous pas mené une étude clinique digne de ce nom, dès le départ, qui aurait pu définitivement répondre, oui ou non, l’hydroxychloroquine a un effet ? (….) Je connais tous vos travaux, votre science bien établie (…) Vous saviez très bien que ces pseudo-essais thérapeutiques, ces pseudos essais-cliniques n’étaient absolument pas recevables par qui que ce soit (…). Pourquoi ne l’avez-vous pas fait cet essai ? Cela nous titille tous dans notre communauté, dès le départ. »

« Je reste un grand scientifique après avoir publié ça ! »

 Visiblement surpris, dérangé, agacé par cette froide attaque le Pr Raoult a dit qu’il n’était « pas d’accord avec ça », expliqué que ce qu’il avait fait n’était que de l’ « éthique basale » (résumé : «l’éthique n’a rien à voir avec la méthodologie ; quand on a la preuve que quelque chose marche on arrête l’essai »). Puis, désolé des propos de son confrère, le microbiologiste a dit « aimer beaucoup son essai » (sic), avant d’asséner son coup de marteau : « Contrairement à ce que vous dites « moins il y a de gens dans un essai, plus c’est significatif. (…) Tout essai qui comporte plus de 1 000 personnes est un essai qui essaie de démontrer quelque chose qui n’existe pas. C’est de l’intox…. » Avant de poursuivre sa démonstration et de conclure  : « Je suis un très grand méthodologiste ! (…) J’étais, avant,  un grand scientifique et, après ça je reste un grand scientifique après avoir publié ça. »  Fin des débats parfaitement conduits par Brigitte Bourguignon (LREM, Pas-de-Calais) présidente de la Commission d’enquête

Puis rebondissement : le 25 juin, au lendemain de cet échange éclairant, le Pr Raoult publiait dans Travel Medicine and Infectious Disease (TMAID ;  revue très proche de l’lHU Méditerranée) une vaste étude portant sur 3 119 personnes traitées avec le « protocole Raoult » comparées à d’autres patients ayant bénéficié d’un autre traitement. Conclusion :

 « Les résultats suggèrent qu’un diagnostic, un isolement et un traitement précoces des patients Covid-19 avec au moins trois jours d’administration d’hydroxychloroquine et d’azithromycine conduisent à des résultats cliniques significativement améliorés et à une baisse de la charge virale plus rapide qu’avec d’autres traitements. »

Cette étude était très attendue, évoquée à plusieurs reprises par Didier Raoult comme une sorte de point d’orgue de ses travaux ; une « étude rétrospective » dont les conclusions sont toujours infiniment plus fragiles que le standard des « essais cliniques prospectifs ». Le Monde (Hervé Morin) a patiemment, méthodiquement, journalistiquement, cherché à en évaluer la valeur. Le bilan laisse plus que songeur.  « Nul de chez nul », résume Dominique Costagliola, directrice adjointe de l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (Sorbonne Université, Inserm) qui énumère les raisons pour lesquelles la comparaison entre les patients traités et les autres n’est en rien valide.

Mathieu Molimard (université de Bordeaux) pharmacologue et pneumologue : « Que peut-on dire ? On compare des choux et des carottes et même en ajustant la taille des feuilles cela reste des choux et des carottes. » 

Anton Pottegard, professeur de pharmaco-épidémiologie (University of Southern Denmark) qui a récemment contribué à définir des directives pour bien mener de telles études face à l’urgence liée au Covid-19 – directives approuvées par la Société internationale de pharmacoépidémiologie : « Pour faire court, je n’ai pas confiance dans les résultats de l’étude, indique-t-il. Pourquoi ? Parce qu’elle ne répond pas aux exigences les plus basiques auxquelles elle devrait souscrire. Il y a de nombreux problèmes, chacun étant très préoccupant. Pris ensemble, ils rendent cette étude 100 % inutile pour guider la pratique clinique. »

« Embrasser les patients sur le front pendant trois jours »

Il s’explique : « Ceux qui sont traités sont comparés à ceux qui ne le sont pas. Le principal problème est que ceux qui ne survivent pas au traitement sont classés comme non traités. » Il propose une comparaison : « Je pourrais proposer un nouvel essai clinique : embrasser les patients sur le front pendant trois jours. Je comparerais ceux qui auraient reçu les trois baisers à ceux… qui n’auraient pas survécu pour les recevoir. L’effet du traitement serait formidable : aucun des patients ayant reçu mon traitement ne serait mort. » 

Le Monde rapporte encore que Didier Raoult, qui avait espéré faire paraître ses travaux dans The Lancet, nettement plus prestigieux que son TMAID – mais que le journal médical britannique l’avait rejetée d’emblée. Il est vrai, conspirationnisme ou pas que The Lancet, en raison de son tropisme anti-Trump et donc antihydroxychloroquine avait préféré publier une étude défavorable à cette molécule ; étude controversés puis rétractée, qualifiée de «foireuse » par Didier Raoult qui avait ensuite évoqué les « Pieds nickelés » du Lancet et les failles majeures du système de relecture-validation des publications de cette -toujours- prestigieuse revue.

Le dernier clou marseillais est enfoncé depuis le Danemark. « Bien que ça me chagrine, je dois en conclure que sa publication [du Pr Raoult] est un nouvel exemple d’une faillite complète du système de relecture par les pairs » déclare Anton Pottegard. Contactés par Le Monde pour réagir à ces critiques (qui les transforment en arroseurs arrosés) le Pr Didier Raoult et son équipe n’avaient pas répondu au moment du lancement des rotatives numérisées. Cela ne saurait tarder.

A demain @jynau

Philippe de Villiers accuse le Pr Jean-François Delfraissy d’avoir pris le pouvoir politique

Bonjour

09/06/2020. Le déconfinement autorise toutes les surprises. Ainsi, ce matin, sur RTL le vicomte ancien ministre Philippe de Villiers nous parlant de sa tendresse et de son amitié pour Emmanuel Macron – tendresse et amitié qu’il exprime dans son dernier livre traitant des « Gaulois réfractaires » qui « demanderaient des comptes au Nouveau Monde » (Editions Fayard).   

« De tendresse et d’amitié oui. Parce que en réalité, Emmanuel Macron est venu au Puy du Fou en août 2016, il a découvert le Puy du Fou, […] et depuis il n’a cessé de manifester des intentions pour cette œuvre qu’il considère comme un fleuron français. 

« C’est une amitié dans la vérité, je vais être très précis. […] En même temps je lui demande de sauver le Puy du Fou, en même temps je lui demande de sauver la France. Ça va bien pour la première chose mais pas pour la seconde. »

On se souvient peut-être que « Gaulois réfractaires » est un concept forgé par Emmanuel Macon et présenté en août 2018 à Copenhague pour évoquer le peuple français 1. Emmanuel Macron, à la hauteur de la crise ?

« Ce n’est pas une question de personne, c’est plus grave que ça, ça remonte à plus loin. Quand la mort revient, la mort de masse, ou la guerre, alors les peuples se tournent vers les états, vers les nations, vers la souveraineté. »

« L’impréparation c’est simple. Depuis Maastricht, quand vous décidez de brader votre souveraineté, que vous n’êtes plus souverain […] vous n’avez plus de notion de prévoyance. C’est l’affaire des masques, c’est l’affaire des tests. »

L’articulation entre le savoir scientifique et le pouvoir politique

Et c’est ici que l’on en vient  au Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique du gouvernement – structure voulue par Emmanuel Macron et créée dans le secret le plus complet. Jean- François Delfraissy convoqué sur le pré par Philippe de Villiers :

« On a eu un confinement qui était une erreur et on a un déconfinement trop lent. Il fallait faire un confinement ciblé, comme on fait beaucoup de pays. […] Si on avait fait ça […] on aurait épargné ce qu’on va vivre maintenant : c’est la deuxième vague. Et la deuxième vague elle n’est pas sanitaire, elle est économique.  Quand le masque s’avérait nécessaire on nous a interdit d’en porter, et voilà que maintenant on nous oblige à en porter quand ce n’est plus nécessaire. C’est absurde. »

Concernant  Jean-François Delfraissy et le Conseil scientifique, ce message au président de la République et aux responsables politiques :

« On ne doit pas donner le pouvoir quand on l’a, à d’autres.  Si vous donnez le pouvoir à des médecins, à des scientifiques, ils prennent le pouvoir. Jean-François Delfraissy en fait, il a pris le pouvoir et on a vu que les scientifiques se trompaient largement autant que les hommes politiques.  C’est le conseil scientifique qui a poussé le gouvernement à décider le confinement. »

C’est là une nouvelle pièce à transmettre aux commissions d’enquête du Sénat et de l’Assemblée nationale. Un occasion, aussi, de dire toute l’importance qu’il faut ici accorder à la nature exacte de l’articulation entre le savoir scientifique et le pouvoir politique. Jean-François Delfraissy a-t-il, ici, un instant, « pris le pouvoir » ? Si oui l’a-t-il, déjà, rendu ?

A demain @jynau

1 Devant la reine de Danemark, Margrethe II, Emmanuel Macron s’était amusé, mercredi 29 août 2018, à comparer les Danois, « peuple luthérien » ouvert aux transformations, aux Français, des « Gaulois réfractaires au changement ». Evoquant son admiration pour le modèle danois de « flexisécurité », il avait alors admis que les différences culturelles entre les deux nations ne permettaient pas de le répliquer à l’identique.

Face aux nombreuses réactions critiques, le chef de l’Etat avait expliqué le lendemain au cours d’une conférence de presse en Finlande, que ces propos étaient « un trait d’humour » : « Il faut prendre un peu de distance avec la polémique et les réseaux sociaux. J’aime la France et les Français, n’en déplaise, et je l’aime dans toutes ses composantes. Je les aime, ces tribus gauloises, j’aime ce que nous sommes. »

Hydroxychloroquine : mais pourquoi diable le Christ s’est-il arrêté à Marseille ?

Bonjour

31/05/2020. Jour de Pentecôte. Questions : Comment lutter contre la promesse d’un traitement miraculeux ? Comment sortir du face-à-face entre un professeur au discours de gourou et des scientifiques aux airs de rats de laboratoires ? Elles sont posées, dans Libération par le Pr. Frédéric Adnet, chef de service des urgences de l’hôpital Avicenne, chef du SAMU 93. Edifiant.

Moins bien connu du plus grand nombre que le microbiologiste de Marseille, le Pr Adnet est néanmoins apparu, ces derniers temps, dans les médias télévisés, où il sait parler haut, clairement, et fort – comme après des propos inexcusables du préfet de police Lallement sur le confinement.

Aujourd’hui, dans Libération il s’attaque à une autre montagne. Il nous confie sa découverte, via une vidéo YouTube, du Pr Didier Raoult. « Dans un cours ‘’improvisé’’, celui-ci expliquait, doctement, les éléments d’un traitement miraculeux du Covid-19 : l’hydroxychloroquinen raconte-t-il. Devant nos yeux ébahis, nous assistions, dès l’administration de ces molécules, à l’effondrement des courbes de charges virales ! Étudiée de plus près, d’un point de vue rationnel et au regard de la rigueur scientifique, la démonstration était… catastrophique. De quoi jeter sa copie au nez d’un interne négligent. Peu importe ! Le ton était donné. D’un côté, l’intuition du professeur, étayé par une communication professionnelle et un sens aigu de la vulgarisation ; de l’autre, des scientifiques, à l’expression austère, prudente, et peu enclins à se faire mettre en pièces par les réseaux sociaux. En un mot, un discours de gourou face au murmure de rats de laboratoires. »

Comment lutter contre une réponse simple à une question complexe ? Comment, en ce jour de Pentecôte, lutter contre un miracle attesté « par une multitude de scientifiques autoproclamés, des professeurs retraités à la recherche d’une ultime heure de gloire, de politiciens flairant le bon coup, faux spécialistes mais vrais communicants, avides de s’associer à une des nombreuses découvertes fracassantes sur la prise en charge de la Covid-19. » ?

On lira la tonique tribune du Pr Adnet dans Libé : « Hydroxychloroquine : le Christ s’est arrêté à Marseille ». Extraits :

« Plus fort que l’absence de méthode scientifique, il y a la méthode de persuasion, toujours la même, l’appel à des bribes d’observations plus ou moins crédibles qu’un rapide raccourci transforme en un lien de causalité pour aboutir à une conclusion logique, mais fausse, et surtout jamais soumise à une expérimentation comparative. On pourrait appeler cela un sophisme rigoureusement scientifique. (…)

« Aller vite ! Cet argument a été invoqué par le Pr Didier Raoult lors de la présentation des 1 061 patients inclus dans une recherche observationnelle. Mais pourquoi ne pas avoir inclus un groupe de patients «contrôle» obtenu par tirage au sort (randomisation) ? La comparaison des deux groupes aurait pu donner une réponse définitive. Sa réponse ? L’intuition, toujours l’intuition, encore l’intuition, tellement forte qu’elle devient force de loi scientifique ! Ne restait plus qu’à trouver LE médicament miracle…

« En médecine, cela existe, comme on l’a vu lors de la découverte de la pénicilline, mélange de hasard et de rigueur scientifique, et non due à la seule intuition ! (…) Le problème, majeur, se pose quand la seule intuition, et une communication à grand spectacle veulent tenir lieu de preuve. Et que face à un quasi divin fondé sur la croyance – «je sens, je sais, donc tu dois croire» – la médecine officielle et ses contre-pouvoirs paniquent en réagissant d’une façon tout aussi maladroite. »

Et le Pr Adnet de revenir sur le dernier et spectaculaire épisode de la série :  la publication dans The Lancet, d’une étude observationnelle rétrospective associant surmortalité et traitement par l’hydroxychloroquine.  Les auteurs soulignaient qu’il s’agissait d’une étude à bas niveau de preuve (absence de lien de causalité) et concluaient que, seule, une étude randomisée prospective pourrait répondre au lien entre hydroxychloroquine et efficacité/dangerosité dans le traitement de la Covid-19.

« Bref, l’article donnait certes une piste importante, mais ne permettait pas de trancher… résume le Pr Adnet. Peu importe ! La réponse de nos tutelles OMS et ANSM, a été immédiate et radicale : interdiction des essais sur la chloroquine ! Une réponse couperet qui n’aura évidemment comme conséquence que d’éterniser le débat et d’enraciner des théories obscurantistes ou complotistes. Ainsi, on ne pourra plus démontrer que son protocole ne marche pas, voire qu’il peut être dangereux… Un beau cadeau à la médecine fondée sur la croyance. Quelle aberration ! C’est la victoire totale du Pr Didier Raoult. »

Ainsi donc le Christ a bien fait une halte à Marseille. « La grande victime de cette spectaculaire et brutale confrontation est donc bien au final la médecine conclut l’urgentiste. Pas celle de la croyance, grande gagnante de ce spectacle, mais bien l’autre médecine, la nôtre, celle fondée sur les preuves. » 

A demain @jynau

A lire également, sur ce thème : Essais cliniques au cours de la pandémie Covid-19 : Cibles thérapeutiques, exigences méthodologiques, impératifs éthiques Académie nationale française de médecine, 29 mai 2020

Covid-19 : la nicotine pourrait-elle vraiment, un jour prochain devenir une thérapeutique ?

Bonjour

22/04/2020. C’est une nouvelle découverte à fort potentiel médiatique et qui n’est pas sans risque : la nicotine aurait des vertus préventives contre la maladie Covid-19. L’information résulte d’une une étude menée par des chercheurs du CNRS, de l’Inserm, de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, de Sorbonne université, du Collège de France et de l’Institut Pasteur. Un travail  publié dans les Comptes Rendus de Biologie de l’Académie des sciences « A nicotinic hypothesis for Covid-19 with preventive and therapeutic implications » (Jean-Pierre CHANGEUXZahir AmouraFelix ReyMakoto Miyara).

« L’hypothèse des chercheurs est fondée sur la conjonction de deux approches scientifiques différentes mais complémentaires » résument les institutions sous l’égide desquelles ces travaux ont été menés. Un premier constat, fait dès la publication des séries initiales de patients Covid-19, est celui d’un taux faible de fumeurs dans cette population. » C’est  ce signal (dont l’interprétation était impossible en raison de nombreux biais méthodologiques) qui a suscité une première étude française prenant en compte ces facteurs confondants. Et cette étude « vient confirmer que les fumeurs actifs sont protégés contre l’infection par SARS-Cov-2 ». Attention : les raisons de cette protection ne sont pas établies mais la nicotine pourrait être un candidat.

Un second constat, complémentaire, suggère que l’infection par le SARS-CoV-2 fait intervenir le récepteur nicotinique de l’acétylcholine. « La forte prévalence des manifestations neuropsychiatriques au cours du Covid-19 est en faveur d’un neurotropisme de SARS-CoV-2, expliquent les chercheurs. Le SARS-CoV-2 pourrait se propager à partir de la muqueuse olfactive, puis des neurones du tronc cérébral, allant dans certains cas jusqu’aux centres respiratoires. »

Pourquoi ne pas mettre en garde contre le tabac ?

Cette invasion s’accompagnerait selon eux de la perte du sens de l’olfaction, et chez certains patients, de troubles neurologiques variés jusqu’à, éventuellement, un arrêt respiratoire brutal survenant de manière décalée. « L’état hyper-inflammatoire et l’orage cytokinique décrits chez les patients Covid-19 graves pourrait d’autre part s’expliquer par l’intervention du récepteur nicotinique, ajoutent-ils. L’acétylcholine exerce un effet régulateur de l’inflammation par son action sur le récepteur nicotinique macrophagique. Le dérèglement de ce récepteur entraine une hyperactivation macrophagique avec sécrétion de cytokines pro-inflammatoires comme on l’observe chez les patients Covid-19. Cette altération du récepteur nicotinique est à l’origine de l’état résiduel inflammatoire décrit au cours de l’obésité et du diabète, qui pourrait être amplifié en cas d’infection par le SARS-CoV2. Cette hypothèse expliquerait pourquoi ces deux comorbidités sont si fréquemment retrouvées au cours des cas graves de Covid- 19. »

Ce sont sur ces bases, et au vu de l’urgence sanitaire, que les auteurs de ces travaux estiment souhaitable d’évaluer rapidement l’impact thérapeutique des agents modulateurs du récepteur nicotinique, directs et/ou indirects, addictifs ou non-addictifs sur l’infection par SARS-CoV-2. Des études cliniques devraient être rapidement mises en place pour valider ce qui n’est pour l’heure qu’une hypothèse « Des patches nicotiniques vont être administrés a trois publics différents : des soignants en préventif, des patients hospitalisés et d’autres en réanimation » explique France Inter (Véronique Julia).

On regrettera, ici, que les responsables de la communication développée par tant de prestigieuses institutions (le CNRS, l’Inserm, de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, Sorbonne université, le Collège de France et l’Institut Pasteur) n’aient pas songé à mettre en garde contre la conséquence immédiate de cette vulgarisation scientifique : l’annonce des possibles vertus préventives de la nicotine justifiant la poursuite, voire la reprise ou le début de la consommation de tabac. Et quelle place réserver, ici, pour le vapotage ? On attend, sur ce sujet, les messages  du ministre de la Santé Olivier Véran et du directeur général de la Santé, Jérôme Salomon,  qui, dit-on, ont montré beaucoup d’intérêt pour ces premiers résultats.

A demain @jynau

Covid-19 : les élucubrations du Pr Montagnier, l’hypothèse d’un accident dans le P4 de Wuhan

Bonjour

189/04/2020. Jusqu’où ira-t-il, et pourquoi ? Le SARS-CoV-2 aurait été fabriqué en laboratoire à partir du VIH. La thèse est désormais avancée par celui qui fut très directement à l’origine, en 1983, de la découverte de ce même VIH (prix Nobel de médecine 2008). Le Pr Luc Montagnier l’affirmait il y a quelques jours dans un entretien au site pourquoidocteur.fr : le SARS-CoV-2 est une fabrication humaine. Il récidivait le 17 avril sur le plateau de Pascal Praud, sur Cnews :

« Nous en sommes arrivés à la conclusion qu’il y a eu une manipulation sur ce virus. Une partie, je ne dis pas le total – il y a un modèle qui est le virus classique, venant surtout de la chauve-souris, mais auquel on a ajouté par-dessus des séquences du VIH. Ce n’est pas naturel, c’est un travail de professionnel, de biologiste moléculaire, d’horloger des séquences. Dans quel but ? Je ne sais pas (…). Une de mes hypothèses est qu’ils ont voulu faire un vaccin contre le sida. »

A l’unisson les médias expliquent, dans un euphémisme, que la thèse du Pr Montagnier est « loin de convaincre la communauté scientifique ». Que ce n’est là qu’une hypothèse qui ne repose que sur ces sables mouvants dont se nourrissent les complotistes. Quelques médias généralistes font l’effort de démontrer à leurs lecteurs que tout plaide contre cette lecture du réél. Le Monde, notamment, (William Audureau) souligne que la plupart des scientifiques spécialisés s’accordent sur le fait que le virus responsable du Covid-19 est d’origine animale – chauve-souris et/ou pangolin – comme l’ont encore reconfirmé récemment des études chinoisesbritannico-australo-américaine et américano-suisse

Pékin dément l’hypothèse de l’accident du « P4 » de Wuhan

Et encore. Nombre de médias interrogent consciencieusement des généticiens, des spécialistes de virologie. Beaucoup semblent gênés de devoir dire que leur confrère nobélisé est, une nouvelle fois, dans l’erreur. Beaucoup ; désormais, refusent de répliquer à Luc Montagnier – un homme qui depuis des années s’est exclu de la communauté scientifique à laquelle il appartenait  – un Nobel néanmoins, qui revient de temps à autre dans les phares de la médiatisation provocatrice.

Nous sommes en fait face à deux thèses principales pour expliquer cette émergence virale pathogène planétaire. La première, dominante, est celle d’une transmission naturelle à l’homme survenue via le marché aux animaux sauvages de Wuhan et un animal hôte – le pangolin dit-on. La seconde, relancée il y a quelques jours par les Etats-Unis, d’une contamination accidentelle qui serait survenue au sein du célèbre Institut de virologie de Wuhan.

C’est là une structure dotée d’un laboratoire « P4 » créé avec l’aide de la France et accrédité en février 2017 –  en présence de Bernard Cazeneuve, Premier ministre, accompagné de Marisol Touraine, ministre de la Santé et d’Yves Lévy président de l’Inserm. L’ambassade de France en Chine rappelait alors que ce projet devait permettre « à la Chine, en partenariat pionnier avec la France, de mieux comprendre et prévenir les épidémies et les pandémies y compris les plus dangereuses comme la grippe aviaire, pour protéger la population chinoise et la santé mondiale ».

Aujourd’hui Pékin dément formellement l’hypothèse de la contamination accidentelle.

A demain @jynau

Stress post-traumatique: nouvelles lumières cérébrales sur les «résurgences intempestives»

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Voici, plus de cinq ans après les « attentats de Paris et Saint-Denis », une publication de Science . Un travail dirigé par Francis Eustache et Pierre Gagnepain (université de Caen/Normandie, CHU de Caen, GIP Cyceron, Neuropsychologie et Imagerie de la Mémoire Humaine). Une recherche dont les fruits ne seront pas simples à vulgariser par les médias généralistes – en dépit du travail effectué par le service de presse de l’Inserm.

Ce dernier nous rappelle que les attentats du 13 novembre 2015 « ont laissé des marques durables, non seulement sur les survivants et leurs proches, mais aussi sur la société française dans son ensemble ».  Fut alors mis en place le « Projet 13-Novembre » : un programme de recherche transdisciplinaire porté par HESAM Université, le CNRS et l’Inserm. Co-direction assurée par le neuropsychologue Francis Eustache et l’historien Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS.

Objectif : étudier la construction et l’évolution de la mémoire après les attentats du 13 novembre 2015, et en particulier l’articulation entre mémoire individuelle et mémoire collective de ces événements traumatiques – et plus généralement mieux comprendre les facteurs protégeant les individus du stress post-traumatique.

Dans ce cadre, une étude d’imagerie cérébrale intitulée « Remember » s’intéresse aux réseaux cérébraux impliqués dans le Trouble de stress post-traumatique. Ce sot ces travaux qui donnent lieu aujourd’hui à une publication dans la revue Science, le 14 février 2020. Les auteurs se sont penchés sur le phénomène de la résurgence intempestive des images et pensées intrusives chez les patients atteints de stress post-traumatique. Cette résurgence est généralement attribuée à une « défaillance de la mémoire ». Selon les chercheurs français elle serait également liée à un « dysfonctionnement des réseaux cérébraux qui la contrôlent ».

Eclairer en amont, se rapprocher au plus près de la réalité cellulaire sinon moléculaire. De manière, en suivant cette piste à mieux comprendre le substrat de certaines souffrances. Et espérer identifier ainsi de nouvelles pistes de traitement. Plus de cinq ans après l’horreur du 13 novembre.

A demain @jynau

1 Mary A, Dayan J, Leonne G et al, Resilience after trauma: the role of memory suppression, Science, 14 février 2020

Coronavirus et volte-face du patron de l’OMS : «C’est une très grave menace pour le monde»

Bonjour

A quoi joue le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus ? Après avoir, soutenant Pékin, freiné des quatre fers le voici qui,  soudain, accélère. Le coronavirus constitue une « très grave menace » pour le monde, a assuré mardi 11 février, le Directeur général de l’OMS. « Avec 99 % des cas en Chine cela reste une grande urgence pour ce pays, mais cela constitue aussi une très grave menace pour le reste du monde », a-t-il déclaré lors de l’ouverture à Genève d’une conférence de l’OMS sur cette nouvelle pathologie. Une rencontre lors de laquelle quatre-cents scientifiques étudieront durant deux jours les moyens de combattre l’épidémie et la transmission virale – sans oublier les espoirs thérapeutiques.

« Ce qui importe le plus, c’est d’arrêter l’épidémie et de sauver des vies (sic). Avec votre soutien, c’est ce que nous pouvons faire ensemble », a déclaré le chef de l’OMS aux participants. Il a notamment appelé tous les pays à faire preuve de « solidarité » en partageant les données dont ils disposent. « C’est particulièrement vrai pour ce qui concerne les échantillons et le séquençage du virus, a-t-il ajouté. Pour vaincre cette épidémie, nous avons besoin d’un partage équitable. »

 La veille il déclarait : « Ces derniers jours, nous avons vu quelques exemples de transmission ultérieure à partir de personnes ne s’étant pas rendues en Chine, comme les cas signalés en France hier et au Royaume-Uni aujourd’hui. La détection de ce petit nombre de cas pourrait être l’étincelle qui devient un plus gros incendie. Mais, pour l’instant, ce n’est qu’une étincelle. »

Etincelle ? Gros incendie ? « Une très grave menace pour le reste du monde » ? Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus en dit beaucoup trop, ou pas assez. Il lui faudra, un jour prochain s’expliquer

A demain @jynau 

Coronavirus et charité : Pékin donnera-t-il un million d’euros à l’Institut Pasteur de Paris ?

Bonjour

Les scientifiques sont recherchés dans les journaux et sur les ondes publiques. Hier le célèbre Didier Raoult dans les colonnes du Journal du Dimanche (« Ce coronavorus n’est pas si méchant »). Aujourd’hui Christophe d’Enfert, dès l’aube, sur RTL (Alba Ventura). Les questions sont on ne peut plus naïves, les réponses aussi précises que possible. Avec d’emblée, cette mise en abyme médiatique des médias invitant des spécialistes pour leur demander s’ils (« on », « nous », « les médias ») « ne s’emballent pas »… Réponse :

« Je pense qu’on ne s’emballe pas parce que nous avons rarement eu d’exemples récents d’une telle épidémie. On voit en Chine une progression très rapide avec chaque jour 3 000 cas supplémentaires, des décès supplémentaires, donc au niveau de la Chine c’est une véritable problématique. Au niveau international, l’OMS a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale qui reflète la présence de cas de plus en plus nombreux dans les pays. »

« Est-ce qu’il peut y avoir des personnes contaminées qui n’ont pas été prises en charge ? – Il n’y a pas eu d’interdiction d’entrée sur le territoire de personnes venant de Chine dans les 15 et 20 premiers jours de janvier. Là, nous avons confiné les Français qui sont rapatriés, mais nous n’avons pas confiné les personnes qui sont venues avant de Chine, donc il y a effectivement un risque qu’un certain nombre de personnes soient porteuses du virus et puissent être contagieuses. »

« Doit-on porter des masques pour se protéger ?Non, aujourd’hui ça ne se justifie pas, du moins en France, cette épidémie est loin d’être au niveau de celle de la grippe et nous ne conseillons pas à la population de porter des masques. »

« Sommes-nous au début de l’épidémie ou proche d’un pic de cette épidémie ? -On ne le sait pas. Il y a des travaux de modélisations qui sont en particulier réalisés dans nos équipes à l’Institut Pasteur ou par les équipes de l’INSERM. J’ai entendu qu’un pic épidémique pourrait avoir lieu fin mars, début avril […] on ne peut pas prédire exactement comment cette épidémie va évoluer. »

« Quel est le plus dangereux dans cette épidémie, la contagion ou la dangerosité ? – Je pense que sa dangerosité, on le voit aujourd’hui, on est à des niveaux de 2% à 3% de mortalité chez les personnes qui présentent des symptômes sévères, donc ça reste un taux de mortalité relativement faible comparé au SRAS […] par contre, nous avons beaucoup de questionnements sur la contagiosité, là c’est véritablement une inconnue.  On ne connait pas exactement le niveau de contagiosité, en particulier, à partir de personnes qui sont asymptomatiques. S’il y a de la contagiosité de ces personnes-là, on aura des inquiétudes parce que ça facilitera la propagation de l’épidémie. »

«  L’Institut a réussi hier à isoler le coronavirus : que recherchez-vous en priorité ?Nous avons […] quatre directions que nous voulons développer. Le développement d’outils pour détecter la présence d’anticorps qui sont dirigés contre le virus chez les personnes. Cela nous permettra d’avoir des informations sur l’épidémie. Le développement d’un vaccin. La compréhension de la manière dont ce virus est pathogène et comment on peut utiliser ces informations pour développer des approches thérapeutiques et finalement des approches de modélisation de l’épidémie. »

« Avons-nous un traitement ? Nous n’avons pas de traitement, c’est vrai. Il y a actuellement des études cliniques qui sont réalisées avec des antiviraux qui ont été utilisés dans d’autres contextes et dont au saura l’efficacité. Nous savons aujourd’hui que la vaccination est l’approche aujourd’hui la plus efficace pour se débarrasser d’une maladie virale et donc le développement d’un vaccin est quelque chose de crucial.Nous avons estimés que par exemple, sur l’approche que l’Institut Pasteur développe pour mettre au point un vaccin, on pourrait avoir un vaccin disponible, au mieux dans 20 mois. D’autres approches sont développées par des équipes dans le monde qui pourraient permettre d’avoir un vaccin peut être un petit peu plus tôt, mais globalement c’est entre 1 an et 1 an et demi, 2 ans. »

« Est-ce que la crise du coronavirus peut s’arrêter comme celle du SRAS ? -La crise peut s’arrêter. D’un coup, peut-être pas. Dans le cas du SRAS, ce sont des mesures de confinement d’une part, et d’autre part, l’identification du réservoir animal qui ont permis de contenir et de stopper finalement cette épidémie. »

 « Le coronavirus peut-il muter ? Peut-il devenir plus dangereux ou moins dangereux ? Oui. Il peut devenir plus dangereux, il peut aussi devenir moins dangereux. Les virus, en particulier ce type de virus, mutent assez facilement et donc on peut imaginer effectivement qu’il va acquérir des mutations qui vont le rendre peut-être plus contagieux ou plus pathogène. C’est impossible de le prédire. »

« Est-ce qu’il vous faut des financements supplémentaires ? Faites-vous un appel aux dons au nom de l’Institut Pasteur ?Oui, nous avons décidé de lancer une collecte pour financer les travaux que nous réalisons à L’Institut Pasteur sur le coronavirus. Je recommande aux personnes qui nous écoutent de se rendre sur le site pasteur.fr, où elles trouveront comment soutenir notre Institut qui a pour but de lutter contre les maladies infectieuses, et en particulier pour cette épidémie. »

«  De combien avez-vous besoin ?En première approche, nous aimerions collecter 1 million d’euros, mais cela va aussi dépendre de la manière dont les choses évoluent. »

L’entretien est terminé. Au même instant on apprend que la Banque Centrale de Chine (PBOC) vient, pour contrer les conséquences économiques de l’épidémie, d’injecter 1,2 trillion de yuans d’argent frais dans l’économie du pays. Rappel : 1,2 trillion de yuans =  150 milliards d’euros. A retenir : pasteur.fr.

A demain @jynau

Jekyll et Hyde : une bien étrange découverte de chercheurs français au sein du sang humain

Bonjour

Le vivant est, en réalité, toujours un peu plus complexe qu’imaginé. La preuve nous en est aujourd’hui apportée par une équipe de chercheurs français travaillant (notamment) au sein d’une équipe de l’Inserm basée à Montpellier. Une preuve publiée dans The FASEB Journal : « Blood contains circulating cell‐free respiratory competent mitochondria » 1. Où l’on apprend qu’il existe, dans le sang humain circulant, des « mitochondries complètes et fonctionnelles ». « Ces organites responsables de la respiration des cellules n’étaient jusqu’à présent retrouvés hors de ces dernières que dans des cas très particuliers, résume l’Inserm. Ces résultats apportent des connaissances inédites en physiologie et ouvrent la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques. »

« Mitochondries » : Organites intracellulaires dont la fonction principale est de fournir aux cellules l’énergie dont elles ont besoin pour assurer leur survie et les fonctions qu’elles sont censées accomplir. Les cellules tirent leur énergie de molécules organiques (sucres, protéines, lipides) qu’elles puisent dans leur environnement. Ces molécules organiques une fois oxydées en présence d’oxygène fournissent des électrons à un ensemble de complexes protéiques formant la chaîne de transport des électrons encore appelée chaîne respiratoire. La chaîne respiratoire est localisée dans la membrane interne mitochondriale. Une deuxième fonction primordiale de la mitochondrie est sa participation active à la mort des cellules (apoptose ou mort cellulaire programmée). La mitochondrie a donc une double vie: elle assure la survie des cellules en leur fournissant de l’énergie sous forme d’ATP et, dans certaines circonstances, participe à leur destruction. C’est ‘le Dr Jekyll and Mr. Hyde’ de la cellule. (Pr Jean-Claude Martinou, Département de biologie moléculaire, Université de Genève).

On sait aussi que ces mêmes mitochondries, composées d’un ADN qui leur est propre, peuvent parfois être observées hors des cellules sous forme de fragments encapsulés dans des microvésicules. Dans certaines conditions très spécifiques les plaquettes sanguines sont également capables de libérer des mitochondries intactes dans l’espace extracellulaire

Les chercheurs de Montpellier gardaient en mémoire des observations antérieures montrant que le plasma sanguin d’une personne en bonne santé contenait jusqu’à 50 000 fois plus d’ADN « mitochondrial » que d’ADN « nucléaire ». Aussi ont-ils posé l’hypothèse que, pour être ainsi détectable et quantifiable dans le sang, l’ADN mitochondrial devait y être protégé par une structure suffisamment stable. Afin d’identifier cette dernière, une centaine d’échantillons de plasma sanguin ont été analysés.

Sept années de travaux

Et ce sont ces analyses qui ont révélé la présence dans la circulation sanguine de structures hautement stables contenant des génomes mitochondriaux entiers. Après examen de leur taille, de leur densité ainsi que de l’intégrité de l’ADN mitochondrial qu’elles contenaient, ces structures observées en microscopie électronique (jusqu’à 3,7 millions par ml de plasma sanguin) se sont révélées être des mitochondries intactes et fonctionnelles, résume l’Inserm.

 « Lorsque l’on considère le nombre élevé de mitochondries extracellulaires que nous avons trouvées dans le sang, on peut se demander pourquoi cela n’a pas été découvert auparavant » remarque Alain R. Thierry, directeur de l’équipe de chercheurs. C’est aussi une question à laquelle il ne répond pas. « Les mitochondries extracellulaires pourraient effectuer plusieurs tâches en tant que messagers pour l’ensemble de l’organisme » précise-t-il toutefois.

Ces mitochondries voyageuses pourraient ainsi être impliquées dans de nombreux processus physiologiques et/ou pathologiques nécessitant une communication entre les cellules. « Dr Jekyll et Mr. Hyde » au carré, en somme. Le vivant est peut-être un peu plus étrange que ne l’avait imaginé Robert Louis Stevenson

A demain @jynau

1 Zahra Al Amir Dache , Amaëlle Otandault, Rita Tanos et al  « Blood contains circulating cell‐free respiratory competent mitochondria »  https://doi.org/10.1096/fj.201901917RRCes travaux ont bénéficié du soutien du SIRIC Montpellier Cancer (Inserm/CNRS/Université de Montpellier/Institut du Cancer de Montpellier/CHU de Montpellier/Université Paul Valéry) financé par l’Inserm, l’INCa et la DGOS.

Dans des machines à sous des chercheurs français découvrent la source de notre créativité !

Bonjour

Jusqu’où peut aller la liberté de chercher ? C’est une publication scientifique de  Nature Neuroscience  1 signée par des chercheurs de l’Inserm – un Inserm que l’on n’imaginait pas pouvoir vagabonder aussi loin de ses bases médicales. Rappelons que cet Institut a pour mission l’étude de la santé humaine avec pour vocation d’investir le champ de la recherche biomédicale fondamentale et appliquée. 

Le travail a été mené par une équipe du Laboratoire de Neurosciences Cognitives et Computationnelles, Inserm U960, Département d’Études Cognitives, École Normale Supérieure) dirigée par Valentin Wyart. Extrait du communiqué :

« Où aller dîner ce soir : choisir son restaurant favori ou essayer un nouvel endroit ? Pour quelle destination opter pour ses prochaines vacances : la maison familiale que l’on connait par cœur ou une location à l’autre bout du monde ? Lorsque nous devons faire un choix entre plusieurs options, nos décisions ne se dirigent pas toujours vers l’option la plus sûre en se fondant sur nos expériences passées. Cette variabilité caractéristique des décisions humaines est le plus souvent décrite comme de la curiosité : nos choix seraient le reflet d’un compromis entre exploiter des options connues et explorer d’autres options aux issues plus incertaines. La curiosité serait même un attribut de l’intelligence humaine, source de créativité et de découvertes inattendues. Cette interprétation repose sur une hypothèse très forte, quoique rarement mentionnée explicitement, selon laquelle nous évaluons nos options sans jamais faire d’erreur.

(…) Pour étayer leurs soupçons, les chercheurs ont étudié le comportement d’une centaine de personnes dans un jeu de machines à sous qui consistait à choisir entre deux symboles associés à des récompenses incertaines. Ils ont analysé le comportement des participants à l’aide d’un nouveau modèle théorique tenant compte d’erreurs d’évaluation des symboles développé par Charles Findling, post-doctorant dans l’équipe et co-premier signataire de l’article. Les chercheurs ont ainsi découvert que plus de la moitié des choix habituellement considérés comme relevant de la curiosité était en réalité due à des erreurs d’évaluation. »

Valentin Wyart, directeur de l’équipe : « Ce résultat est important, car il implique que de nombreux choix vers l’inconnu le sont à notre insu, sans que nous en ayons conscience. Nos participants ont l’impression de choisir le meilleur symbole et non pas le plus incertain, mais ils le font sur la base de mauvaises informations résultant d’erreurs de raisonnement. »

Christophe Colomb et Henri Becquerel

Résumons. Pour comprendre d’où viennent ces erreurs, les chercheurs ont enregistré l’activité cérébrale d’une partie des participants en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Ils ont découvert que l’activité du cortex cingulaire antérieur, une région impliquée dans la prise de décision, fluctuait avec les erreurs d’évaluation des participants. L’Inserm le dit autrement : plus l’activité de cette région était grande au moment de l’évaluation des options, plus les erreurs d’évaluation étaient importantes. Pour Vasilisa Skvortsova, post-doctorante et co-première signataire de l’article, « ces erreurs d’évaluation pourraient être régulées via le cortex cingulaire antérieur par le système neuromodulateur de la noradrénaline, en contrôlant la précision des opérations mentales effectuées par le cerveau ». Autrement dit, notre cerveau utiliserait ses propres erreurs pour produire des choix vers l’inconnu, sans s’appuyer sur notre curiosité. « C’est une vision radicalement différente des théories actuelles qui considèrent ces erreurs comme négligeables », assure Valentin Wyart.

Fin du communiqué de l’Inserm : « Si ces résultats peuvent paraître surprenants, le sont-ils vraiment ? De nombreuses découvertes majeures sont le résultat d’erreurs de raisonnement : la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, qui croit avoir atteint les « Indes orientales » – une erreur de navigation de 10 000 km. Mais aussi la découverte de la radioactivité par Henri Becquerel, qui pense initialement que les radiations émises par l’uranium sont dues à la réémission de l’énergie solaire, ou encore la découverte du pacemaker par John Hopps en essayant de traiter l’hypothermie à l’aide d’une fréquence radio. En allant plus loin, « l’évolution des espèces repose elle aussi sur des variations aléatoires du génome, autrement dit des erreurs génétiques, dont certaines sont conservées par sélection naturelle », rappelle Valentin Wyart.  

Serait-ce là, tout bien pesé, la base moléculaire de la sérendipité ? On peut le postuler. Et ne pas s’étonner de penser que notre cerveau tire parti de ses erreurs pour sortir des sentiers battus. Comme le font les chercheurs de l’Inserm.

A demain @jynau

1 Computational noise in reward-guided learning drives behavioral variability in volatile environments Charles Findling, Vasilisa Skvortsova, Rémi Dromnelle, Stefano Palminteri et Valentin Wyart