L’homéopathie déremboursée dès après-demain : la bien étrange intuition d’Agnès Buzyn

Bonjour

L’affaire de l’homéopathie n’est pas finie. Et il faudra décrypter les longues déclarations-justifications d’Agnès Buzyn en date de ce 10 juillet. D’abord dans Le Parisien (Florence Méréo et Elsa Mari), ensuite sur RTL (Elizabeth Martichoux) où la ministre a une nouvelle fois taclé Michèle Rivasi qui évoque le retour de l’Inquisition et des « guérisseurs sans formation » (sic). On y saisira un peu mieux les impasses dans lesquelles se débat la ministre des Solidarités et de la Santé, au croisement asphyxiant de la politique et de la science, du pouvoir et du savoir.

Pour l’heure résumons. A commencer par cette étrange confession au Parisien qui (enfin) lui demandait pourquoi elle avait radicalement changé d’avis. Rappelons (une nouvelle fois) que le 12 avril 2018, invitée de la matinale sur RMC-BFM TV, Agnès Buzyn annonçait, au début de la tourmente, que les spécialités homéopathiques continueraient à être remboursées par l’assurance maladie, même si c’est «probablement un effet placebo». «Les Français y sont attachés. Si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques, je pense nous y gagnons collectivement. Voilà, ça ne fait pas de mal ! », osait alors la ministre qui fut la cible d’innombrables moqueries sur les réseaux sociaux 1.

Aujourd’hui, Agnès Buzyn explique : « cette phrase que j’ai dite reposait sur une intuition ». « Depuis, les études ont parlé, ajoute-t-elle (sans dire lesquelles).Ne pas prendre d’homéopathie n’entraîne pas un report vers plus de médicaments ou d’examens. Les deux ne sont pas liés. Au contraire, les gros consommateurs d’homéopathie ont tendance à utiliser plus de soins en général. »

« Aspirine ou paracétamol, un point c’est tout »

Finalement, qui a tranché : elle ou Emmanuel Macron ? « Nous avons travaillé tous ensemble. Il s’agit d’une décision gouvernementale ». Pourquoi ne pas avoir fait un compromis en déremboursant à 15 %, comme le demandait son prédécesseur Xavier Bertrand ?

« Cela n’aurait pas de sens. Et signifierait que des médicaments dont l’efficacité clinique n’est pas prouvée pourraient quand même être remboursés. Dans ce cas-là, pourquoi ceux-là et pas d’autres ? Quand on est un homme ou une femme politique, on doit être prudent et ne pas aller contre un avis scientifique parce qu’on met alors à mal tout notre système d’évaluation du médicament. Nous devons être rigoureux pour que l’argent public, celui des Français, soit dépensé à bon escient. »

Les menaces à l’emploi des puissants Laboratoires Boiron ?  « Je suis la ministre de la Sécurité sociale, dont l’argent n’a pas vocation à soutenir des entreprises même si elles sont françaises » (sic). « Je ne crois pas pour autant que l’économie des trois laboratoires sera déstabilisée car les Français continueront à utiliser l’homéopathie. Sans compter que des marchés à l’international, notamment en Asie, sont en pleine expansion. »

Maladies qui guérissent « toutes seules »

Faut-il laisser les facultés françaises de médecine et de pharmacie continuer à enseigner un pratique qui n’a désormais, officiellement, aucune raison scientifique d’être ?

« Ce sont aux doyens des universités de trancher. Ce qui est sûr, c’est que nous avons le nombre de médecins homéopathes le plus important au monde : plus de 20 000, principalement des généralistes. Bien plus que l’Allemagne qui en compte 7 000. Mais la question qui se pose aujourd’hui est bien celle du remboursement : ni l’homéopathie, ni son enseignement n’ont vocation à être interdits. »

« Je ne passe pas tout mon temps sur Twitter où le débat s’est progressivement radicalisé, dit-elle encore. Je pense qu’il ne faut pas culpabiliser les Français qui croient en l’homéopathie. La décision de la rembourser en 1984 [par la ministre Georgina Dufoix] a favorisé leur engouement. Aujourd’hui, certains de nos concitoyens ont le sentiment que ce type de médecine complémentaire les soulage. Mon souhait est d’aller vers un usage plus raisonné, grâce à de la pédagogie. »

Et Agnès Buzyn de commencer à expliquer, pour sa part, que nombre de maladies « guérissent toutes seules ». Ainsi, pour finir, quand Le Parisien ose une question personnelle quant à savoir si la ministre est une adepte : « Non ! Je donnais d’ailleurs le moins de médicaments possible à mes enfants. Cela les énervait beaucoup quand je leur disais que la majorité des maladies se guérissent toutes seules. En cas de fièvre, ils avaient le droit à de l’aspirine ou du paracétamol, un point c’est tout. » Rien ne dit que ce soit là le point final.

A demain @jynau

1 Voir « La guerre de l’homéopathie touche peut-être bientôt à sa fin » Slate.fr 4 avril 2019

Communiqué officiel:

 » En France, le bien fondé du remboursement des médicaments par l’assurance maladie est évalué par la Haute Autorité de Santé (HAS) afin de s’assurer qu’ils présentent un intérêt thérapeutique suffisamment important. La commission de la transparence (CT), composée d’experts indépendants, de la Haute Autorité de Santé a ainsi récemment évalué le service médical rendu par les médicaments homéopathiques, à la demande de la ministre.

À partir de l’ensemble des données médicales et scientifiques disponibles, elle a mis en évidence que ces médicaments n’avaient ni démontré leur efficacité dans les affections pour lesquels des données sont disponibles, ni démontré leur intérêt pour la santé publique notamment pour réduire la consommation d’autres médicaments

L’évaluation scientifique de la Haute Autorité de Santé a donc conclu que l’intérêt clinique de ces produits était insuffisant pour justifier leur prise en charge par la solidarité nationale.  Conformément à ses engagements, la Ministre des solidarités et de la santé suivra l’avis de la HAS et initiera dans les prochains jours la procédure visant à radier les médicaments homéopathiques de la liste des médicaments pris en charge par l’Assurance Maladie au 1er janvier 2021.

Une étape intermédiaire est prévue et consistera à abaisser le taux de remboursement de 30 à 15% au 1er janvier 2020. Cette démarche en 2 temps témoigne de la volonté de la Ministre de permettre aux patients, prescripteurs et industriels concernés de s’adapter progressivement au déremboursement total au 1er janvier 2021. La ministre recevra les industriels, les associations de patients et les professionnels de l’homéopathie dans les prochains jours. »

Incroyable mais vrai : quand le café décaféiné permet de faire œuvre de sérendipité

Bonjour

C’est l’archétype de l’histoire qui incite à faire un « bon mot ». Même la select Arte n’a pas pu résister en reprenant en boucle l’AFP (Paul Ricard) : «  Deux expressos contre une maladie orpheline, c’est fort de café ». C’est d’abord et surtout un bel exemple de sérendipité. A lire dans Annals of Internal Medicine : « Caffeine and the Dyskinesia Related to Mutations in the ADCY5 Gene ». Une lettre signée de quatre médecins exerçant dans deux hôpitaux parisiens, les Prs Aurélie Méret et Emmanuel Roze et les Drs Eavan McGovern  et Domitille Gras.   

Le cas clinique rapporté est celui d’un enfant de 11 ans, chez lequel est diagnostiqué l’an dernier une dyskinésie liée au gène ADCY5. Aucun traitement n’est scientifiquement validé contre cette maladie très dyskinésie génétique très rare et invalidante. « Les bras, les jambes et le visage se mettent à bouger de manière très importante. Cet enfant ne pouvait pas faire de vélo ni même rentrer à pied de l’école, car une crise pouvait survenir n’importe quand, explique le Pr Emmanuel Flamand-Roze, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) ».

En rester bouche bée

Les spécialistes prescrivent toutefois, depuis quelques années, le recours à la consommation de café – et ce « depuis que d’autres patients ont raconté que c’était très efficace contre les troubles du mouvements. Et c’est ainsi que cet enfant consommait une tasse d’expresso le matin et une autre le soir. « Les parents ne sont pas choqués, étant originaires de Madagascar, cette boisson est souvent utilisée comme remède à différents maux » précise l’AFP.  De fait, en pratique, l’efficacité est là : durant sept heures, les mouvements incontrôlés disparaissent presque totalement.

Puis les parents constatent que le breuvage ne fait plus effet, les mouvements anormaux involontaires sont de retour. Au bout de quatre jours, ils réalisent avoir donné par erreur du décaféiné. Une fois le caféiné réintroduit, les mouvements anormaux disparaissent à nouveau. Ou comment réaliser, involontairement et sur un cas unique, un test « en double aveugle contre placebo ».

Hypothèse : la caféine se fixe sur des récepteurs liés à la protéine ADCY5 anormale, « très présente dans une région profonde du cerveau et responsable des mouvements anormaux ». Elle reste à confirmer, ce à quoi les auteurs des Annals of Internal Medicine vont s’employer. Dans l’attente la prescription d’expresso va faire autorité. Où l’on voit que les mystères de la sérendipité peuvent laisser bouche bée.

A demain @jynau

Agnès Buzyn soudain face à Yannick Jadot, à Xavier Bertrand et à 900 000 Français proHoméo

Bonjour

C’est l’autre front politique, majeur, sur lequel Agnès Buzyn est en première ligne : en même temps que la crise ouverte des urgences, le déremboursement pré-annoncé des spécialités homéopathiques. « Les défenseurs de l’homéopathie remboursée ne désarment pas » observe Le Quotidien du Médecin  (Loan Tranthimy). La Haute autorité de santé (HAS) vient de demander aux journalistes de « réserver la date » : elle rendra son « avis définitif » le 28 juin. Ce qui réactive l’énergie  du collectif MonHoméoMonchoix  auréolé d’une pétition qui a récolté près de 900 000 signatures.

On sait que cette association ultra-pro-homéopathie est composée d’ « organisations professionnelles », de « sociétés savantes », d’ « associations de patients » – sans oublier les trois firmes très directement concernées (Boiron, Lehning et Weleda). C’est une forme original de lobbying qui cristallise la colère entretenue depuis la désormais célèbre « fuite médiatique » de l’avis provisoire du Comité de transparence de la HAS.

Officiellement l’avis définitif sera transmis au gouvernement qui tranchera. Or Agnès Buzyn a d’ores et déjà abandonné son pouvoir de décision en annonçant qu’elle suivrait l’avis de la HAS. Et elle l’a réaffirmé au Quotidien du Médecin :   les produits homéopathiques seront déremboursés « s’il s’avère qu’ils ne sont pas efficaces » car « ce n’est pas à la solidarité nationale de payer pour des thérapies sans effets scientifiquement prouvés ».

Effondrement et marginalité

« Le déremboursement inquiète fortement les patients car cela va toucher à leur pouvoir d’achat et pénaliser les plus fragiles. Mais il y a aussi la crainte de sortir l’homéopathie du champ du système de santé. Pour nous, cela est insupportable », répond en écho Joël Siccardi, président de l’association Homéo Patients France (AHP), créée en 1998, qui « réunit les utilisateurs d’homéopathie ». Quant au  Dr Charles Bentz, président du Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF) : « Notre préoccupation est l’avenir même de cette pratique thérapeutique. Un déremboursement créerait un effondrement de la formation, ou bien elle deviendrait marginale pour les médecins mais aussi pour les non-médecins. Là est notre grande crainte car nos patients courraient un grand risque ».

Sans oublier le Dr Antoine Demonceaux, président de l’association SafeMed qui dénonce le « biais scientifique » de la méthode d’évaluation de la HAS : « On parle de molécules ! Si un médicament n’a pas molécules, cela ne peut pas marcher. Si cela ne peut pas marcher, alors c’est inefficace… Mais on occulte les recherches physiques, biophysiques des médicaments homéopathiques qui ne sont certes pas des médicaments portant des molécules mais qui sont une réalité de médicaments. Les dés sont pipés à l’avance ».

L’effervescence dépasse de loin les soignants. Agnès Buzyn et le gouvernement doivent aussi désormais compter avec deux nouveaux poids lourds du paysage politique national. Xavier Bertrand tout d’abord qui n’a jamais caché sa position, plus économique que pro-homéopathique : « Le déremboursement de l’homéopathie est une fausse bonne idée et coûterait plus cher ! ». Xavier Bertrand existe politiquement. Ancien ministre de la Santé, aujourd’hui retiré dans son fief nordiste il est, débâcle de son camp oblige, amplement courtisé pour revenir aux affaires républicaines. On dit même qu’il a l’oreille du Président.

Maison de la Chimie

Et puis, à ses côtés, Yannick Jadot, encore auréolé de son score aux élections européennes. Un écologiste qui entend bien conquérir le pouvoir exécutif et qui déclarait il y a peu sur France-Inter :

« Il y a aujourd’hui des millions de Français qui utilisent l’homéopathie. C’est un coût extrêmement faible, ça participe de soigner et je crois qu’on ne peut pas simplement analyser l’impact d’un médicament au regard de sa composition, c’est le résultat qui compte…. –Donc rembourser un placebo, s’il fonctionne, c’est bien  ? –L’enjeu, c’est de soigner. S’il est prouvé que l’homéopathie participe de soigner des personnes qui s’y retrouvent,  franchement, au regard du coût de l’homéopathie, c’est pas un sujet. »

Nous en sommes ici, à la confluence de la médecine et de la science, du pouvoir et de la croyance. La prochaine étape est fixée au 12 juin, date de l’audition des laboratoires par les experts de la Commission de la transparence. Puis, le 26 juin  cette Commission adoptera en séance plénière « l’avis définitif sur l’intérêt de maintenir le remboursement des médicaments homéopathiques en séance plénière». Enfin, le 28 juin  « exclusivement réservé aux journalistes », le bouquet final :  à 9h 15 une conférence de presse en présence du Pr Dominique Le Guludec, Présidente du Collège de la HAS, du Pr Christian Thuilliez,  Président de la Commission de la transparence et de Mathilde Grande – Cheffe du service évaluation des médicaments. Des membres de la Commission de la transparence seront également présents.

Une question, déjà, tracasse et alerte : comment interpréter le fait que, pour parler de l’homéopathie, on réunisse les journalistes au sein de la Maison de la Chimie ?

A demain @jynau

Sur les vaccins et l’homéopathie, Yannick Jadot sème plus d’ivraie que de bon grain

Bonjour

France Inter a (parfois) des auditeurs formidables. Ainsi, ce matin : « Guy, du côté de Toulouse », vieux militant écolo qui cette fois n’a pas voté EELV à cause des « engagements maladif »s « anti-vaccins » et « pro-homéopathie-Boiron » de Michèle Rivasi, bras droit de Yannick Jadot (et numéro 2 de sa liste). Pour Guy c’était  « devenu impossible ».

Et l’invité de France Inter Yannick Jadot, 51 ans, fonça comme un jeune taureau piqué au vif. Il a, sans nuance aucune, précisé la ligne de son parti. Au risque d’être accusé d’approximations, de contradictions, voire de mensonges. Au risque d’être catalogué (comme, depuis peu, Laurent Wauquiez) de cette nouvelle plaie : l’« insincérité ». Quelques heures plus tard Le Monde et ses « Décodeurs » corrigeaient le tir et les mots du nouveau poids lourd médiatique du paysage politique français. Extraits :

1. Michèle Rivasi a bel et bien fait circuler de fausses informations

Yannick Jadot : « Sur les vaccins, la ligne du mouvement EELV comme celle de Michèle Rivasi est très claire : nous sommes pour la vaccination. Nous défendons la vaccination comme une responsabilité individuelle et aussi comme une responsabilité collective. Il n’y a pas simplement un choix individuel, par exemple on le voit en ce moment sur la rougeole : le fait de choisir pour soi engage l’ensemble de la société. Donc nous sommes pro vaccins. »

Selon lui, il est en revanche indispensable de faire la transparence sur « le poids des lobbys pharmaceutiques dans la décision publique. (…) C’est notre seul combat ».

Le Monde : « L’écologiste Michèle Rivasi est eurodéputée depuis 2009 et a été réélue. Sa présence en deuxième place sur la liste conduite par Yannick Jadot pour la campagne de 2019 a néanmoins suscité des critiques contre le parti, notamment à cause de ses prises de position sur la vaccination. Elle y a répondu dans un communiqué publié le 12 mars, intitulé « oui aux vaccins, non aux lobbys ».

« En cela, sa position pourrait coller à la ligne « pro vaccins » prônée par Yannick Jadot sur France Inter. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas du seul impair de Michèle Rivasi sur cette question. Elle a en effet diffusé, dans des entretiens à la presse et sur son blog, un certain nombre de contre-vérités sur la vaccination, bien loin du discours du chef de file de son mouvement. Elle a par exemple : contesté la vaccination des enfants contre l’hépatite B sous le prétexte qu’il s’agirait d’une maladie exclusivement « sexuellement transmissible » (ce qui n’est pas le cas) ; dénoncé la présence de « nanoparticules métalliques dans des vaccins courants », une conclusion réfutée par l’Agence européenne des médicaments ; affirmé que « si une femme allaite son enfant, elle lui transmet les anticorps » contre la rougeole, ce qui rendrait la vaccination contre cette pathologie inutile (une affirmation réfutée par les spécialistes) ; dénoncé la présence d’aluminium dans les adjuvants de nombreux vaccins, occultant que les études menées sur le sujet n’ont pas établi un lien entre ce composé et  des troubles sur la santé. »

Pour résumer Michèle Rivasi, bras droit de Yannick Jadot,  a bel et bien contribué à faire circuler des informations erronées émanant d’opposants à la vaccination et à semer le doute à tort au sein de la population – « ce qui peut légitimement être reproché à une personnalité politique de premier plan » observe Le Monde.

2. L’homéopathie, son efficacité et ses lobbies

Yannick Jadot : « Il y a aujourd’hui des millions de Français qui utilisent l’homéopathie. C’est un coût extrêmement faible, ça participe de soigner et je crois qu’on ne peut pas simplement analyser l’impact d’un médicament au regard de sa composition, c’est le résultat qui compte…. –Donc rembourser un placebo, s’il fonctionne, c’est bien  ? –L’enjeu, c’est de soigner. S’il est prouvé que l’homéopathie participe de soigner des personnes qui s’y retrouvent,  franchement, au regard du coût de l’homéopathie, c’est pas un sujet. »

Certes le coût des spécialités homéopathiques prescrites par des médecins est marginal : environ 0,3 % des remboursements de médicaments, en 2016  – soit environ 55 millions d’euros sur 18 milliards d’euros de prise en charge. Reste L’argumentaire de Yannick Jadot sur le fond du sujet est en revanche nettement plus surprenant : seul le « résultat » compterait. Un remboursement des médicaemnts associé à une obligation de résultats ? Rembourser dès lors que cela « participe de soigner » ? Oublier la somme des travaux qui concluent, au mieux à une efficacité équivaelnte à celle de l’effet placebo ?  

« Par ailleurs, la position de l’écologiste sur la question de l’homéopathie peut surprendre, tant elle entre en contradiction avec la ligne générale qu’il édictait quelques instants plus tôt, affirmant vouloir ‘’sortir les lobbys pharmaceutiques de la décision publique’’ » observe fort justement Le Monde.  Dans le cas de l’homéopathie, les Laboratoires Boiron sont, précisément un modèle-type de lobby pharmaceutique – défendant farouchement leurs intérêts  en remuant ciel et terre à la perspective d’un déremboursement.

« L’avis définitif de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur la question, qui devrait orienter le choix de la ministre de la santé, Agnès Buzyn, est attendu pour juin » conclut Le Monde. Ce n’est pas tout à fait exact : Agnès Buzyn a publiquement expliqué qu’elle suivrait l’avis de la HAS – laissant étrangement en cela son pouvoir politique de décision (et celui du gouvernement) entre les mains de cette institution qu’elle présida. On conclura en rappelant que Mme Buzyn tenait peu ou prou, il y a un an, les mêmes propos que Yannick Jadot aujourd’hui.

C’était le 12 avril 2018. Invitée de la matinale sur RMC-BFM TV, Agnès Buzyn annonçait alors que les spécialités homéopathiques continueraient à être remboursées par l’Assurance-maladie, même si c’est «probablement un effet placebo». «Les Français y sont attachés. Si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques, je pense nous y gagnons collectivement. Voilà, ça ne fait pas de mal !».

C’est dire si l’on attend, avec un vif intérêt, la suite.

A demain

@jynau

 

Européennes, corrida, cirque et politique: le «Parti animaliste» égale le Parti communiste

Bonjour

27 mai 2019. Tête de liste absente des écrans, programme et score radicalement oubliés des commentateurs : le « Parti animaliste ».  « Parmi les petites listes, c’est celle qui a le plus créé la surprise, résume Le Monde (Mathilde Gérard). Sans avoir été invité à aucun des débats entre candidats organisés sur les principales chaînes télévisées, le Parti animaliste a recueilli, selon les résultats quasi définitifs, 2,2 % des suffrages exprimés en France aux européennes de dimanche 26 mai. C’est plus que la liste « Urgence écologie », de Dominique Bourg (1,8 %), l’ »Union populaire républicaine », de François Asselineau (1,2 %) ou « Lutte ouvrière » (0,8 %), et presque autant que les voix qui se sont portées sur le Parti communiste, emmené par Ian Brossat (2,5 %). »

« Parti animaliste » ? Il n’a que trois ans et double aujourd’hui le score obtenu aux élections législatives de 2017 (1,1 %)  – et ce en dépit de l’absence de la distribution de ses bulletins dans certains bureaux de vote. Tête de liste : Hélène Thouy, avocate au barreau de Bordeaux ; intervient et conseille des associations et des militants engagés pour la cause animale depuis une dizaine d’années ; co-fondatrice de l’association Animal Justice et Droit ; engagée dans la défense des droits de l’homme ; a présidé l’Institut de Défense des étrangers du barreau de Bordeaux.

Les intérêts des êtres dotés de sensibilité

Ce parti est soutenu par des « personnalités médiatiques » : une cinquantaine d’acteurs, animateurs, chanteurs, humoristes et inclassables  – Brigitte Bardot, Claude Lelouch, Laurent Baffie, Laura Smet, Virginie Lemoine, Anny Duperey, Dave, Stone … (et le Dr Colette Goujon, présidente du Comité de lutte contre la douleur du groupe hospitalier Henri Mondor) – ont signé une tribune appelant à « prendre le parti des intérêts des êtres sensibles » 1.

Programme : plus d’une centaine de mesures dans son programme, ciblant dans leur grande majorité la souffrance des animaux d’élevage – sans oublier la chasse, la corrida, les cirques ou les expérimentations scientifiques 1. « A Bruxelles, des organisations en défense de la cause animale se sont regroupées au sein d’une plate-forme, Eurogroup for animals, pour faire avancer leurs dossiers au sein du Parlement et de la Commission européenne, précise Le Monde.  Car c’est bien à l’échelon bruxellois que se jouent de nombreux dossiers affectant le bien-être animal, notamment à travers la politique agricole commune, mais aussi plusieurs directives déterminant les conditions de transport d’animaux d’élevage, ou les modalités de pêche, pisciculture ou d’expérimentation animale. »

Le score de la liste animaliste en France ne lui permet certes pas d’obtenir d’eurodéputé à Strasbourg, ni d’obtenir un remboursement de sa campagne. Mais en Allemagne,le Parti de la protection des animaux obtient deux sièges, tandis que la liste animaliste néerlandaise en occupera un, précieux.

Egaler le Parti communiste français …! Où l’on voit émerger en Europe, sur les décombres des partis antiques – et en marge des aspirations croissantes « écologiques »- une nouvelle idéologie, une idéologie de la « sensibilité ». A surveiller, comme le feu sous le lait.

A demain

@jynau

1 Extrait : « La soumission des animaux au régime des choses est entrée en crise parce qu’elle est entrée dans sa phase critique. Les efforts conjoints des filières, des lobbys et du marketing n’y pourront rien. Car, il faut insister, cette critique n’est pas le fait récent des « vegans » ou des « antispécistes », comme eux-mêmes, les médias ou leurs adversaires se plaisent à les appeler. Ces personnes forment la crête d’une vague bien plus large, qui porte une inquiétude contemporaine que nul n’exprima mieux que le philosophe Jacques Derrida. En 2001, il écrit : « Cette violence industrielle, scientifique, technique ne saurait être encore trop longtemps supportée, en fait ou en droit. Elle se trouvera de plus en plus discréditée. Les rapports entre les hommes et les animaux devront changer. Ils le devront, au double sens de ce terme, au sens de la nécessité “ontologique’’ et du devoir “éthique’’».

Le couple crise/critique traverse notre époque à la manière d’une lame de fond : elle vient des profondeurs. Le caractère virtuellement interminable de l’exploitation animale, que nos moyens scientifiques et techniques rendent désormais possible, tient dans le fait que le « stock » détruit est aussitôt renouvelé, et ainsi de suite. L’animal n’a pas eu le temps de vivre qu’il est déjà bon pour l’abattoir. Faut-il rappeler que, par exemple, un poulet de chair n’est maintenu en vie que durant les 40 jours nécessaires à son engraissement ? (…) La condamnation des violences envers les animaux n’a cessé de jalonner l’histoire de la pensée. Elle est portée par les plus grands noms de notre culture philosophique et littéraire. Ils offrent à la voix de ceux qui défendent les animaux une épaisseur culturelle dont leurs adversaires n’aiment pas entendre parler. (…) »2 Sur ce thème : « Pourquoi ces deux millions d’animaux utilisés ‘’pour la recherche’’, en France, en 2017 ? » Journalisme et santé publique, 17 mai 2019

Biologie synthétisée : Dieu est peut-être encore un peu plus compliqué qu’imaginé

Bonjour

Comment le vivant est-il structuré ? Traduction : comment est-il né ? Deux questions au cœur des entreprises de la biologie synthétique, cette nouvelle frontière biologique, religieuse et symbolique : créer un vivant spontanément, ex nihilo – l’Homme dépassant le Créateur.

Il y a un an Bertrand Jordan rapportait, dans l’une de ses rafraîchissantes « Chroniques génomiques » de l’aride Médecine/Sciences 1 un très très joli travail. Celui, réalisé au département de chimie du Scripps Research Institute (La Jolla, Californie) associé à l’entreprise Synthorx de la  synthése de deux nouvelles bases analogues aux classiques C, T, A et G et qui pouvaient former dans l’ADN une nouvelle paire de bases. 

« Ces chercheurs avaient même réussi à faire répliquer cet ADN par une bactérie, à assurer (grâce à diverses manipulations de haute volée) sa transcription et sa traduction et ainsi à insérer dans une protéine un acide aminé anormal (ne faisant pas partie des vingt acides aminés classiques) ajoutait-il. Bien que très intéressant et novateur, ce travail comportait une limite : les deux bases artificielles ne forment pas de liaisons hydrogène au sein de la double hélice de l’ADN (comme le font G et C, d’une part, A et T, d’autre part) et leur association repose sur la compatibilité de leurs formes. »

Or voici que Bertrand Jordan récidive 2 :

« Un article récemment publié dans la revue Science par un ensemble de laboratoires et d’entreprises démontre, lui, la possibilité de concevoir des bases alternatives qui peuvent s’associer par des liaisons hydrogène et respectent ainsi la structure de la double hélice 3. Ces auteurs obtiennent ainsi un système baptisé « hachimoji » comprenant huit (« hachi » en japonais) lettres (« moji ») — les quatre habituelles plus quatre nouvelles — et montrent qu’il possède les propriétés minimales nécessaires à un système biologique capable de porter de l’information. »

Le Vatican

Comment, au-delà de la technique, ne pas être pris de vertige ? « Sur un plan plus philosophique ce travail confirme que les bases C, A, T et G utilisées par tous les organismes terrestres ne sont pas les seules possibles, prolonge Bertrand Jordan. Leur ubiquité dans notre monde vivant reflète simplement le fait que nous descendons tous du même organisme qui s’est trouvé fonctionner avec ces éléments : le hasard de la constitution du premier « réplicateur » s’est combiné avec la nécessité de la sélection naturelle pour aboutir aux organismes d’hier et d’aujourd’hui. »

Et cette mise en garde :

« Nous aurions bien tort, dans nos tentatives de découvrir des traces de vie sur Mars, sur le satellite Europe (une lune de Jupiter) et peut-être, plus tard, sur des planètes extrasolaires, de cibler trop précisément nos analyses sur des molécules semblables à celles que nous connaissons. Même si une vie apparue ailleurs est fondée sur la chimie du carbone, de l’oxygène et de l’azote, même si elle utilise une molécule d’ADN comme mémoire génétique, il n’y a aucune raison pour s’attendre à ce que les bases alignées le long de cette molécule soient nos habituels C, A, T ou G… »

Aucune raison de ne pas croire aux miracles nés de l’alignement des planètes. Aucune raison d’imaginer que le Vatican ne figure pas sur la liste des abonnés de Médecine/Sciences et de ses transcendantes « Chroniques génomiques ».

A demain

@jynau

  1. Jordan B.. Bases alternatives et organismes synthétiques. Med Sci (Paris). 2018 ; 34 : 179–182. [CrossRef] [EDP Sciences] [PubMed] [Google Scholar]
  2. Jordan B Extension du domaine du codage : l’ADN hachimoji Med Sci (Paris) 2019 ; 35 : 483–485
  3. Hoshika, Leal NA, Kim MJ, et al. Hachimoji DNA and RNA: a genetic system with eight building blocks. Science 2019; 363 : 884–7. [Google Scholar]

Quand Libération et Le Figaro éclairent de manière exemplaire l’affaire Vincent Lambert

Bonjour

21 mai 2019. Il y a la solennité tragique du sujet. L’émotion nationale et internationale (« Vincent Lambert: Life support must resume after court reverses ruling », BBC) qu’elle suscite. Les rebondissements spectaculaire dont elle est l’objet. L’affaire Vincent Lambert a pour effet de conduire les médias généralistes à dépasser les propos attendus, à élargir leurs colonnes. C’est le cas aujourd’hui de Libération et du Figaro.

Pour Libé nous venons de citer le remarquable « message aux Français » du Pr  Steven Laureys, spécialiste belge de neurologie, à la tête  Coma Science Group centre pionnier du  CHU de Liège et expert de renommée internationale (on trouvera ici sa biographie résumée). Extrait

« Mon deuxième message est d’inviter chaque citoyen à rédiger un testament de vie ou des directives anticipées, ou à choisir une personne qui saura dire votre souhait si vous n’êtes plus en état de l’exprimer. C’est essentiel que la personne soit entendue et que, par exemple, le choix de Vincent Lambert soit entendu. Mais pourquoi est-il si difficile d’avoir un débat démocratique sur ces sujets ? Les situations ne sont jamais ni toutes noires ni toutes blanches. Avec Vincent, l’histoire s’est tant polarisée qu’elle est devenue une affaire de lobbys. Et cela des deux côtés. On oublie la complexité, la réalité biologique.

« Il n’y a pas un droit à la vie ou la mort, mais un droit à la qualité de vie. En vingt ans, j’ai fait un cheminement, je ne juge plus. Qui suis-je pour dire le bon choix ? C’est triste que ce débat soit si difficile en France. Vous avez d’excellents hôpitaux, des soins intensifs remarquables, mais il y a des choses qui nous échappent. Là est le défi : avoir un débat serein.»Et en écho, dans Le Figaro un texte également remarquable : « Vincent Lambert, l’otage de nos peurs ». Il est signé de Laurence de Charrette. Extrait

«  Vincent Lambert est la victime de cette grande opération de dénégation qu’a entreprise l’homme moderne, qui croit vaincre la mort en la donnant lui-même, ou bien la nie en chassant les mourants des maisons comme autrefois on éloignait les lépreux dont on craignait la contagion. Il est l’exutoire d’une nouvelle poussée de cet hygiénisme hostile à toutes les formes de faiblesse, vues comme autant d’affronts au progrès et d’obstacles à l’épanouissement. Et, plus profondément, il est l’otage de nos peurs

« Dans cette conception manichéenne du monde amputée de transcendance, les ‘’gentils’’ sont ceux qui nous feraient la politesse de s’en aller proprement, vite fait bien fait, s’il vous plaît – «dignement», nous dit-on. Non parce qu’ils seraient forcément si las de cheminer sur la terre, même lorsqu’il leur faut emprunter des sentiers escarpés, mais bien parce que, nous, nous ne voulons pas voir sur leurs visages et dans leurs corps les signes des maladies ou du temps qui passe et nous attend, quelque part, à notre heure.

« Les ‘’méchants’’, quant à eux, chercheraient à imposer une vie monstrueuse à des êtres déchus pour lesquels l’existence serait une humiliation – à moins que ce ne soit l’inverse, et que ce ne soit eux que l’on juge humiliants pour le monde. Ces rustres seraient pleins de cruauté pour les plus faibles et de ridicule dans leur obstination à chercher la grandeur de l’humanité dans ses blessures. Sans doute Romain Gary, si merveilleux poète des fragilités dont on loue l’entrée dans la ‘’Pléiade’’, devrait-il aujourd’hui être classé du côté obscur de la Force…« Aveuglés par cette sorte de dolorisme masochiste – qu’on attribue aux catholiques notamment -, les ‘’méchants’’, toujours, issus d’une caste désuète et ignorante qui n’aurait pas été suffisamment éclairée par les lumières du progrès, nourriraient un appétit malsain pour la souffrance – surtout chez les autres. Peu importe, aux yeux de leurs accusateurs, que de grands établissements de soins palliatifs, comme l’institut Jeanne-Garnier, où Jean Vanier s’est éteint il a deux semaines, aient été au contraire fondés sous l’impulsion des chrétiens… (…)

« Il ne faut pas s’étonner que cette vision tronquée et cruellement privée de compassion de l’humanité conduise à glisser, un jour ou l’autre, du désir d’«accompagner la fin de vie sans faire obstacle à la mort» (soins palliatifs) à la volonté de provoquer la mort en faisant obstacle, cette fois, à la vie. L’euthanasie, qui est au cœur du débat que soulève l’affaire Vincent Lambert, sorte de raccourci magique qui permettrait de passer de vie à trépas en court-circuitant l’agonie, serait ainsi une assurance contre toutes souffrances, espèrent ses partisans. Ils en font ainsi une ‘’liberté’’ (fondamentale, forcément), se refusant à admettre que, par nature, la liberté ne peut déprendre d’un événement et qu’elle ne se conquiert que par la voie intérieure. »

21 mai 2019. Il n’est pas interdit de lire le plus vieux quotidien de France encore en vie et, en même temps, celui créé par Jean-Paul Sartre. Pas plus qu’il est interdit d’imaginer que le message à nous adressé par le Pr Steven Laureys n’est pas incompatible avec les convictions exprimées par Laurence de Charrette.

A demain

@jynau