Pr Gilbert Lelord (1927-2017) : pionnier de la compréhension et du traitement de l’autisme

Bonjour

La médecine vient de perdre l’un de ses grands servants avec la disparition, le 4 janvier, du Pr Gilbert Lelord l’un des spécialistes internationalement reconnu de l’autisme et du développement de l’enfant. Ce psychiatre, ancien professeur de la faculté de médecine de Tours et ancien chercheur de l’Inserm fut le fondateur d’une école originale et réputée.

L’apport principal du Pr Lelord et de ses nombreux élèves (dont le Pr Catherine Barthelemy) réside dans une démonstration ; celle que les syndromes autistiques sont les conséquences directes de troubles du développement du système nerveux. De ce point de vue il restera comme l’un de ceux qui ont permis de (commencer à) mettre un terme aux dérives dangereuses d’une vision analytique à la fois parcellaire et envahissante.

Né le 24 janvier 1927 à Saint-Étienne-de-Montluc en Loire-Atlantique, Gilbert Lelord est le descendant d’une lignée de paysans et de marins. Il commence sa médecine à seize ans, devient interne en psychiatrie en 1951, à l’hôpital de Perray-Vaucluse où il est pour la première fois confronté à l’autisme.  Il s’oriente ensuite vers la physiologie (discipline dans laquelle il sera agrégé) avant de diriger le service de psychiatrie infantile du CHU de Tours. C’est cette triple approche, physiologique, neurologique et psychiatrique qui expliquera la richesse de sa carrière et, corollaire, celle de son école.

Elégance rare

 En 1983, à l’initiative de parents et de professionnels, il fonde l’ARAPI une association qui a pour but de promouvoir et de favoriser le développement de la recherche sur l’autisme et la diffusion des connaissances. Clinicien d’une grande finesse, enseignant hors pair il aura, durant plus d’un demi-siècle, puissamment aidé à mieux saisir la physiopathologie d’une affection qui a alimenté (et alimente toujours) de violentes polémiques. Des polémiques qu’il ne voulut jamais, dans sa sagesse, alimenter.

Les résultats originaux auxquels il est parvenu ont, en France mais aussi à l’étranger, alimenté un courant de recherches (allant de l’imagerie cérébrale à la biologie moléculaire)  visant à préciser les différentes composantes des troubles du spectre autistique. Son œuvre aura aussi permis d’élaborer des outils d’évaluation et de traitement, la « Thérapie d’Echange et de Développement – vidéo », dont l’efficacité repose sur la connaissance précise et individuelle des anomalies cérébrales.

Loin d’une approche scientiste et réductrice Gilbert Lelord incarnait à la perfection la rencontre de l’humanisme, de la science et de la médecine. Pour notre part nous garderons le souvenir d’un sourire, d’un humour et d’une élégance rare. Nous nous souvenons aussi de ce qui peut être résumé comme une « soif d’humanité ». Après l’autisme elle le conduisit, au crépuscule de sa vie, à étudier la vie des grands hommes et, parmi eux, celle  de ceux qui deviennent des saints.

A demain

 

 

François Roustang l’insoumis (1923-2016) : jésuite, psychanalyste, hypnothérapeute

 

Bonjour

François Roustang est mort dans la nuit du 22 au 23 novembre. Il avait 93 ans. Souvent qualifié de « dissident », ou de « loup solitaire », il fut tout à la fois  expert en psychopathologie, hypnothérapeute, philosophe, théologien… De ses vingt premières années, au lendemain de sa mort, les gazettes ne disent rien, ou presque. On le retrouve, à sa majorité, dans la Compagnie de Jésus. Il y poursuit des études de philosophie et de théologie avant d’être ordonné prêtre. Les mêmes gazettes se souviennent que, dans les années 1950, il participe de l’aventure d’une revue jésuite, Christus dont il deviendra directeur en 1964.

On réfléchit beaucoup, en France, dans ces années-là. François Roustang y fréquente des hommes au croisement de bien des chemins, à commencer par le jésuite Michel de Certeau. Pour sa part, il ne résiste pas à la psychanalyse, entame une cure (rapide) avec Serge Leclaire (1924–1994), devient membre de l’Ecole freudienne de Paris de Jacques Lacan (1901–1981).

Béatitude bousculée

Philosophie, théologie, psychopathologie, psychanalyse… L’homme ne craint pas de sortir des sillons tracés. Il y a un demi-siècle, on le voit bousculer la béatitude du Concile Vatican II. Il lui faudra quitter les Jésuites – il y était « écartelé ». Quitter la religion catholique pour migrer vers cette autre Eglise qu’est la psychanalyse. Autre Eglise, qui le débarrasse de toute croyance. Et pourtant autres étouffements. Ce n’est pas la libération en laquelle il croyait. Au contraire : l’homme est, dit-on, frappé de constater l’esprit de soumission qui règne au sein de l’Ecole freudienne. Voilà un bien bel objet d’étude : le voici qui, sacrilège, s’intéresse alors à la question des relations maître-disciple dans l’histoire des chapelles analytiques.

C’est le début de nouveaux déchirements : Un destin si funeste (1976), lecture critique des relations entre Sigmund Freud et certains de ses disciples évadés ; Suggestion au long cours (1978), étude du rôle de la suggestion dans la cure analytique. Son intérêt pour les dimensions thérapeutiques de la thermodynamique de l’inconscient va diminuant tandis que croît celui qu’il nourrit pour l’hypnose.

Saint des saints

En France, il est l’un des premiers à s’intéresser à cette pratique thérapeutique méconnue, toujours scrutée de loin avec beaucoup de suspicion. François Roustang remonte aux sources, met en évidence l’intérêt que porta Freud à l’hypnose à ses débuts. Il travaille et fait connaître les textes de l’Américain Milton H. Erickson, « père » de cette discipline qui commence seulement à entrer dans le saint des saints hospitalo-universitaire.

Peu avant l’annonce de sa mort, le neuvième colloque de l’Association française pour l’étude de l’hypnose médicale était consacré à ses travaux sur l’hypnothérapie. On y rappela qu’il avait cofondé le premier diplôme universitaire d’hypnose médicale à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière (Paris) au sein du département d’anesthésie-réanimation. C’était au début de ce siècle. Objectif : associer une réflexion médicale, thérapeutique, philosophique à la compréhension du phénomène hypnotique. « L’œuvre de François Roustang a permis de mieux définir le phénomène hypnotique, la place du thérapeute dans la relation patient-praticien et surtout de s’intéresser, en plus des moyens d’entrer en hypnose, à ce qui se passe dans la transe hypnotique, ce qu’il a appelé “la perceptude hypnotique” » soulignent ceux qui l’ont connu dans cet exercice.

Relation hypnotique

On y a rappelé, aussi, la place centrale du thérapeute dans la relation hypnotique – ce thérapeute qui « organise la rencontre » et crée un « espace de correspondance ». On y a éclairé son propos sur l’apprentissage de « l’expérience hypnotique » et l’acceptation de la confusion de la suggestion hypnotique. Et tous ont salué la richesse de ses visions, de ses écrits, de son enseignement. Certains, dont nous sommes, se souviennent d’un exercice à haut risque : user de l’image de Michel Platini (alors joueur de football) pour éclairer sur ce que peut être l’apport de l’hypnose sur le terrain de la thérapeutique.

C’était dans une émission télévisée alors animée par Bernard Pivot. 1 Nous étions en l’an 2000 et chacun se souvenait encore de Platini n° 10 distributeur de jeu : immergé dans l’action et pourtant capable de percevoir toutes les possibilités offertes. « Dormez, je le veux » : tout le contraire de l’enfermement, le symbole d’une libération, d’une ouverture à la conscience. Guérir ? C’est assez simple : s’ouvrir pleinement aux autres – et donc à soi-même.

Ruptures

« Successivement jésuite, psychanalyste et hypnothérapeute, cet homme inclassable avait consacré sa pratique et sa réflexion au mystère de la vie, vient d’écrire de lui La Croix, quotidien catholique et français. De l’extérieur, il fut incontestablement un homme de ruptures. De l’intérieur, il était celui d’une grande fidélité : une fidélité à la vie, qu’on écrirait presque avec une majuscule si cela ne risquait de masquer l’humilité de l’homme et son souci des vies toujours singulières, la sienne et celle de ceux qui venaient à lui – ou le lisaient – pour aller mieux. »

« Avec l’hypnose, François Roustang se fait l’avocat d’une nouvelle posture dans l’existence, plus souple, plus relâchée, plus détachée, poursuit La Croix. Pour lui, l’hypnose a pour but de déplacer le patient dans un autre état de conscience pour le faire habiter autrement sa vie. Elle fait cesser le flux du langage, la plainte, les ratiocinations diverses liées à la névrose. C’est un “exercice par lequel on cesse de vouloir la maîtrise de notre existence pour se couler dans le flot de la vie”, plaide François Roustang. Grâce à elle, l’humain cesse de “se regarder vivre et accepte de vivre, tout simplement”. »

De Socrate à René Girard

Dans le quotidien Libération, Robert Maggiori complète utilement ce portrait compliqué : « Polémiste né, d’une culture immense, qui allait de la pensée grecque et de Socrate (à ses yeux “trahi” par le Platon de la maturité) à Nietzsche, à Wittgenstein, à Kierkegaard ou à René Girard, il ne se satisfaisait d’aucune orthodoxie, cueillait ce qui lui semblait bon à des fins thérapeutiques aussi bien chez l’“autre père” de la psychanalyse Carl Gustav Jung que chez les théoriciens de l’école californienne de Palo Alto, entre autres Gregory Bateson, où les hypnothérapeutes américains disciples de Milton Erikson. »

Maggiori ajoute que l’auteur d’Un destin si funeste (1976) savait être sardonique, ironique, féroce ; qu’il avait subi durant sa vie autant de critiques qu’il en adressa à ses pairs. Quant au Monde, il rapporte la manière dont, un jour de 2005, il traita en une séance unique l’écrivain Emmanuel Carrère, qui lui rendit visite en songeant au suicide : « Oui, c’est une bonne solution », lui dit-il. Et il ajouta après un silence : « Sinon vous pouvez vivre. »

Redevenir vivant

Vivre c’était, expliquait-il en substance, respirer sur deux registres. Celui de la conscience et celui, organique, du vivant animal. Quant à soigner c’est faire comprendre au souffrant qu’il a une force en lui, la force énergétique de guérir. C’est là une autre dimension, une dimension hypnotique sans laquelle la psychothérapie ne saurait pleinement se pratiquer. Ne pas chercher à guérir mais redevenir, simplement, vivant. Comme une souche. Oublier, enfin, l’humain qui est en soi. Participer, magiquement,au vivant.

Dans son dernier opus  sont réunis quelques uns de ses écrits majeurs 2. Il nous explique que la meilleure manière de transformer sa vie, c’est d’effectuer un « retour au présent », de s’asseoir, de cesser de se lamenter sur son passé et, enfin, d’accepter sa souffrance pour mieux l’évacuer. Parvenir, de très loin, à entendre la voix de Socrate, guérisseur des maladies de l’âme.

A demain

1 Une extrait vidéo de cette émission est disponible à cette adresse http://www.ina.fr/video/I16334709 (Bouillon de culture, 18 février 2000).

On peut aussi l’entendre, sur France Culture, revenir sur son parcours,  lors d’un échange avec Laure Adler : https://www.franceculture.fr/emissions/hors-champs/francois-roustang (Hors Champ, 9 janvier 2012). On y entend aussi Michel de Certeau, Serge Leclaire et Léon Chertok.

2  Roustang F. « Jamais contre, d’abord, La présence d’un corps » Odile Jacob, Paris 2015.

 NB Ce texte a initialement été publié dans la Revue Médicale Suisse : « François Roustang (1923-2016) – jésuite, psychanalyste, hypnothérapeute »

 

Officiel : les compteurs électriques Linky® ne sont pas dangereux. Faut-il en avoir peur ?

 

Bonjour

Celles et ceux qui ne connaissent pas  Linky® seront de moins en moins nombreux. Tous les foyers français en seront (obligatoirement) équipés en 2021. Pour l’heure on en compte déjà deux millions (Tours et Lyon) et Enedis (anciennement ERDF) en installe plus de dix mille par jour. C’est la fin programmée d’un monde, l’entrée du vieux « compteur bleu » au rayonnage collector des téléphones en bakélite.

Certains voient là une intrusion. Parfois les Linky® font peur. Est-ce parce qu’ils communiquent « de façon filaire (via le réseau de distribution d’électricité) par la technologie « du courant porteur en ligne » (CPL) avec des points relais des informations de consommation » ?

Moins d’exposition que le mobile

A celles et ceux qui sont effrayés, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) vient de répondre : « Compteurs communicants : des risques sanitaires peu probables ». Un seul paragraphe de l’avis de l’Anses devrait suffire à calmer les interrogations sinon les angoisses :

« Les compteurs Linky®, que ce soit en champ électrique ou magnétique, sont à l’origine d’une exposition comparable à celle d’autres équipements électriques déjà utilisés dans les foyers depuis de nombreuses années (télévision, chargeur d’ordinateur portable, table de cuisson à induction…). L’exposition à proximité d’un compteur de gaz ou d’eau est très faible, compte tenu de la faible puissance d’émission et du nombre réduit de communications (moins d’une seconde 2 à 6 fois par jour). L’exposition due aux compteurs est par exemple bien plus faible que celle due à un téléphone mobile GSM. »

Pour abonnés

On peut aussi soutenir que ce paragraphe est ne nature à inquiéter les innombrables utilisateurs exposés aux téléphones mobiles GSM … Demandé par la Direction Générale de la Santé, cet avis scientifique sera-t-il suffisant pour calmer les angoisses et les inquiétudes d’une partie de la population : « surcoût éventuel généré pour les abonnés », « respect de la vie privée », « utilisation des données personnelles »,  « exposition aux champs électromagnétiques émis par différents compteurs et objets connectés » ?

Nous serons bientôt en 2017. La nouvelle saison de l’étrange série Linky® ne fait que commencer. La regarder nécessite d’être abonné à l’électricité.

A demain

 

 

La puissance de l’antalgique sans le risque de dépendance : une morphine nouvelle est annoncée

Bonjour

Alcaloïde de l’opium, grand modulateur de la conscience, la puissante fée morphine est une image de l’ambivalence. En médecine, sa puissance antalgique est grevée par les risques inhérents à son potentiel addictif et les effets secondaires qui en résultent. Certains estiment que c’est là un prétexte pour ne pas en user comme il conviendrait – un vieux reliquat du temps où l’Eglise catholique évoquait en chaire le caractère rédempteur de la douleur. Qui sait ?

Le temps a passé. Décembre 2016, une publication de la revue Anesthesiology 1 ouvre de nouveaux horizons médicaux. Elle est signée par des chercheurs de Gustave Roussy, de l’Inserm, de l’Université Paris-Sud, de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (Hôpital Bicêtre) et de l’Institut Pasteur.

Dépressions respiratoires

La morphine et ses dérivés sont les antalgiques les plus puissants actuellement disponibles. Face à des douleurs rebelles, on augmente leur posologie. Et les augmentations progressives font redouter les problèmes respiratoires, les troubles confusionnels, somnolences, nausées et autres troubles digestifs. « La dépression respiratoire est l’effet le plus redouté de la morphine et ses dérivés. Elle peut entraîner l’arrêt de la respiration et le décès. Dans notre étude, nous avons montré que l’opiorphine et sa forme stabilisée, le STR-324 étaient sans effet sur la pression artérielle et sur la dépression respiratoire, tout en ayant les même propriétés analgésiques » dexplique  le Dr Philippe Sitbon, premier auteur de la publication Anesthesiology et anesthésiste-réanimateur à Gustave Roussy.

Les auteurs de ce travail expliquent aussi que l’opiorphine, et une forme stabilisée de celle-ci (appelée STR-324), sont aussi efficaces que la morphine sur les douleurs post-opératoires. STR-324 est un peptide naturellement produit par l’organisme découvert par le Dr Catherine Rougeot, chercheur de l’Institut Pasteur. (voir la vidéo pédagogique). Lors de précédents travaux, le Dr Rougeot avait démontré les propriétés analgésiques de l’opiorphine. Elle avait également montré l’absence de dépendance et de constipation (J Physiol Pharmacol. 2010 Aug;61(4):483-90).

Premiers essais cliniques

Pour schématiser, lorsqu’on l’injecte la morphine va se fixer au niveau de tous les récepteurs opioïdes de l’organisme – avec des effets secondaires multiples selon les organes où se trouvent ces récepteurs. L’opiorphine et sa forme stabilisée n’ont pas exactement le même mécanisme d’action que la morphine. Elles bloquent la dégradation des enképhalines, « morphine humaine naturelle ». L’opiorphine agit uniquement là où il y a production importante d’enképhalines donc uniquement sur les voies de la douleur lorsqu’il y a une stimulation douloureuse

Aujourd’hui la publication de cette équipe établit les bons résultats obtenus sur les douleurs post-opératoires sur des modèles animaux – des résultats qui « encouragent le développement du STR-324 chez l’homme ». Les premiers essais cliniques devraient débuter fin 2017. A terme le STR-324 pourrait venir soulager d’autres types de douleurs comme les douleurs neuropathiques souvent difficiles (ou impossibles) à calmer par les antalgiques classiques.

On peut voir là, rédemption ou pas, un message d’espoir terrestre.

A demain

1  “STR-324, a Stable Analog of Opiorphin, Causes Analgesia in Postoperative Pain by Activating Endogenous Opioid Receptor–dependent Pathways

Philippe Sitbon, M.D., Alain Van Elstraete, M.D., Leila Hamdi, Ph.D., Victor Juarez-Perez, Ph.D.,

Jean-Xavier Mazoit, M.D., Ph.D., Dan Benhamou, M.D., Catherine Rougeot, Ph.D.

Anesthesiology, 2016; 125:1017-1029

François Hollande : on se souviendra d’un président qui avait voulu «réparer les vivants»

 

Bonjour

2 décembre 2016. Il gèle sur la France et le pays n’a plus de président. C’est la première fois depuis bien longtemps que le chef de l’Etat en place laisse, symboliquement, son trône vacant. Symboliquement et volontairement. Jean-Marie Colombani, sur Slate.fr est le premier à avoir observé que ce président a publiquement invoqué sa «lucidité » pour justifier son suicide au sommet.

« Il est vrai qu’il est un personnage double: capable à la fois d’agir et de se regarder agir. C’est ainsi qu’en se confiant à deux journalistes du Monde tout au long de son quinquennat, François a commenté Hollande. Et l’Histoire retiendra sans doute que, ce faisant, François a tué Hollande. »

Cette mise en abyme était-elle de nature pathologique ? Pour l’heure la situation est, proprement, bouleversante. Elle est aussi, et pour six mois, institutionnellement abracadabrante. On songe à des Brutus invoquant les errements de Néron pour justifier le sang qui, immanquablement, coulera. C’est l’histoire, éternellement recommencée, du pouvoir,  des mains qui sont sales et de celles qui ne le sont pas.

Pleurer les victimes

Une phrase, une seule peut-être, émergera vraiment de ce quinquennat de pluies et de brouillards. C’était un vendredi, en l’Hôtel des Invalides, cœur battant de Paris. Nous étions le 27 novembre 2015. Un an, précisément.

« Vendredi 13 novembre, ce jour que nous n’oublierons jamais, la France a été frappée lâchement, dans un acte de guerre organisé de loin et froidement exécuté. Une horde d’assassins a tué 130 des nôtres et en a blessé des centaines, au nom d’une cause folle et d’un dieu trahi.

 Aujourd’hui, la Nation tout entière, ses forces vives, pleurent les victimes. 130 noms, 130 vies arrachées, 130 destins fauchés, 130 rires que l’on n’entendra plus, 130 voix qui à jamais se sont tues. Ces femmes, ces hommes, incarnaient le bonheur de vivre. C’est parce qu’ils étaient la vie qu’ils ont été tués. C’est parce qu’ils étaient la France qu’ils ont été abattus. C’est parce qu’ils étaient la liberté qu’ils ont été massacrés.

 En cet instant si grave et si douloureux, où la Nation fait corps avec elle-même, j’adresse en son nom notre compassion, notre affection, notre sollicitude, aux familles et aux proches réunis ici, dans ce même malheur. Des parents qui ne reverront plus leur enfant, des enfants qui grandiront sans leurs parents, des couples brisés par la perte de l’être aimé, des frères et des sœurs pour toujours séparés. 130 morts et tant de blessés marqués à jamais, marqués dans leur chair, traumatisés au plus profond d’eux-mêmes.

 Alors, je veux dire simplement ces mots : la France sera à vos côtés. Nous rassemblerons nos forces pour apaiser les douleurs et après avoir enterré les morts, il nous reviendra de ‘’réparer’’  les vivants. »

 Complémentaire santé

Annonçant son départ « lucide » de la tête de l’Etat le même homme a exposé aux Français le bilan de ce quinquennat amputé de six mois. Le texte de son discours est ici. Et la réparation des vivants était, là encore, bien présente, sous-jacente à l’action politique :

« Aujourd’hui, au moment où je m’exprime, les comptes publics sont assainis, la Sécurité sociale est à l’équilibre et la dette du pays a été préservée.

 « J’ai également voulu que notre modèle social puisse être conforté parce que c’est notre bien commun. Je l’ai même élargi pour permettre à ces travailleurs qui avaient commencé très tôt leur vie professionnelle de partir plus précocement à la retraite. J’ai fait en sorte qu’à chacune et à chacun, puisse être accordée une complémentaire santé. »

 « Guillemets »

On sait d’où vient cette image métaphorique : d’une formule empruntée à Anton Tchekov et  d’un ouvrage jouant de la gestuelle chirurgicale, de la solidarité nationale et de la transcendance royale. Un ouvrage poignant dont le titre fut repris à son compte par le locataire du palais de l’Elysée en l’Hôtel des Invalides. On observera à cet égard que le scribe des lieux aura placé des guillemets à « réparer ». C’est là un graphe qui n’a rien d’innocent : il dit les mortels dangers sous-jacents à cette métaphore. On n’assimile pas sans risques suicidaires le vivant à l’humain et l’humain à l’inerte.

Il gèle sur la France, et le pays est traversé de nouveaux soubresauts qualifiés, faute de mieux, de sociétaux.  Nous entrons dans une période de vacance politique inconnue, dans un semestre flottant et sans doute sociétalement passionnant.  On y traitera, publiquement et sous de nouveaux angles, de médecine et de sécurité sociale, des prix des médicaments et de prise en charge solidaire de la dépendance, d’addictions et de réédition du génome humain. De migrations, de laïcité et de religions. De science et de croyances.

De « réparer », le moment venu et autant que faire se peut, les vivants.

A demain

 

Grippe : les vaccins et les médicaments homéopathiques ne sont pas dans les pharmacies

 

Bonjour

Demain, décembre. Fillon est sacré roi par Le Figaro et il gèle sur la France. La gauche (de gouvernement) se délite. L’étrange remonte du sous-sol, soulève les couvercles de fonte, envahit les caves et les villes. Le nocturne débouche au grand jour, renverse les sondeurs et les vieux princes. Il révèle une existence d’en dessous, une résistance interne jamais réduite, une force à l’affût. Elle s’insinue dans les tensions de la société. Elle la menace ou la sauvera. Michel de Certeau, les Possédées, Grandier, sont là. Qui sera brûlé ?

L’étrange est dans les pharmacies. Il est aussi à Saint-Denis, siège de l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM). On lira ici son dernier libelle. Quelques extraits :

« Alors que la campagne de vaccination contre la grippe saisonnière est en cours, l’ANSM rappelle qu’aucun médicament homéopathique ne peut être considéré comme un vaccin. En France, trois vaccins grippaux inactivés sont commercialisés et pris en charge par l’Assurance maladie dans le cadre de la campagne 2016 (Influvac ®, Immugrip ® et Vaxigrip ®). Dans son avis relatif aux vaccins anti-grippaux , le Conseil supérieur d’hygiène publique de France rappelle que les médicaments homéopathiques ne peuvent se substituer à ces vaccins anti-grippaux notamment pour les personnes appartenant aux groupes pour lesquels cette vaccination est recommandée. »  

Granules influenzinum 9CH®

L’étrange veut que des « médicaments homéopathiques » (sic)  avec Autorisation de mise sur le marché (AMM) ont une indication dans la « prévention ou le traitement de l’état grippal ». Mais la raison entend que ces médicaments ne soient pas des vaccins. Ecoutons Saint-Denis :

« Il existe également des médicaments homéopathiques unitaires contenant des souches homéopathiques diluées (exemple granules influenzinum 9CH 1 [des célèbres laboratoires Boiron]) qui n’ont pas d’indications thérapeutiques. Il revient alors aux professionnels de santé d’en déterminer l’indication et la posologie en fonction des patients. »

Nous connaissons des professionnels qui apprécieront.

Demain, décembre. Chaque hiver, la grippe saisonnière touche des millions de personnes en France et provoque des milliers de décès, notamment chez les personnes âgées de plus de 65 ans. L’efficacité de la stratégie vaccinale dépend à la fois de l’efficacité du vaccin et du taux de la couverture vaccinale.

Depuis Saint-Denis l’ANSM rappelle que les médicaments homéopathiques autorisés dans les indications de prévention et de traitement de l’état grippal ne peuvent être présentés en accès libre dans les pharmacies. On peut dénoncer à la maréchaussée les officines qui bafoueraient cette disposition de santé publique.

A demain

1 Disponible sur la Toile :

« Influenzinum désigne la biothérapique de l´Influenza, une autre dénomination de la grippe. Ce médicament est obtenu par dilution puis dynamisation des souches du vaccin de la grippe pour l´année en cours. Influenzinum se présente sous forme de globules qui se dissolvent sous la langue et des formats différents sont proposés en homéopathie, notamment 9 CH, 12 CH, 15 CH et 30 CH. Par ailleurs, ce produit trouve ses principales utilisations en infectiologie et plus particulièrement contre la grippe.

« Influenzinum est avant tout un remède destiné à prévenir et traiter la grippe, mais aussi à accélérer le rétablissement après un état grippal. Ce médicament est recommandé en tant qu´alternative au vaccin grippal et il se prend plusieurs semaines avant les périodes de prolifération de cette maladie. En outre, Influenzinum dispose d´une propriété qui réduit les effets iatrogènes de la vaccination contre la grippe.

« Cependant, Influenzinum est également indiqué pour les personnes qui présentent des symptômes de grippe, surtout en cas d´épidémie. En tant que nosode de la grippe, Influenzinum augmente considérablement l´activité des défenses naturelles du patient pour lui permettre de combattre efficacement les virus responsables de la grippe. Cette propriété permet également à l´organisme de mieux se préparer pour les attaques de virus et d´atténuer les symptômes en cas de maladie.

« Outre la grippe, Influenzinum est un médicament recommandé contre les troubles des voies respiratoires. En effet, ce remède homéopathique est indiqué pour les personnes qui souffrent de l´inflammation de la trachée ou encore celles atteintes de trachéo-bronchite. Les agents actifs de ce médicament permettent de lutter efficacement contre les bactéries responsables des inflammations dans les poumons.

« La prise d´Influenzinum se fait en l´absence de produits toxiques ou stimulants, notamment le café, la menthe ou encore le tabac. Les granules se prennent en dehors des repas et il suffit de les placer sous la langue et de les laisser fondre. Pour utiliser Influenzinum en tant qu´alternative au vaccin grippal, il faut prendre une dose hebdomadaire d´Influenzinum 9 CH pendant 3 semaines. En hiver, il faut continuer la prévention avec une dose mensuelle de ce médicament et en cas d´épidémie, le format recommandé est Influenzinum 15 CH.

« Pour traiter la grippe avec Influenzinum, la posologie indiquée est une dose d´Influenzinum 9 CH chaque matin pendant 4 jours successifs. Ce traitement peut être couplé avec la prise de Thymuline 9 CH le soir. Après un épisode grippal, il est par ailleurs recommandé de prendre 3 doses d’Influenzinum 30 CH en une semaine, et ce, plus particulièrement lorsqu’il existe une touxpersistante. Enfin, les effets secondaires du vaccin de la grippe peuvent être effacés grâce à la prise d´une dose d´Influenzinum 9 CH le premier jour puis d´une dose d´Influenzinum 15 CH les deux jours suivants. »

 

 

Entre nous, qui vous fait rêver : le mystérieux capitaine Nemo ou la star Thomas Pesquet ?

Bonjour

Les Océans ou les Etoiles ? Après le sombre capitaine Nemo, voici Thomas Pesquet, le lumineux. De « Vingt-mille lieues sous les mers » à la Station spatiale internationale. Un siècle et demi de distance dans la quête au merveilleux. Du premier, les amoureux de Jules Verne ne sauront rien, devineront tout. Quant au second les médias ont commencé leut lente entreprise de dissection.

Par définition, Nemo n’avait pas de nom.Il était la science incarnée, le veuf, l’inconsolé dans son havre du Nautilus. Des traumatismes anciens comme s’il en pleuvait. Un renoncement à la société des hommes. Une soif inextinguible de revanche. Un terroriste anti-britannique en eaux profondes. Un schizophrène avant la psychanalyse. On sait comment il finit: expirant avec « Dieu et Patrie ».

Ceinture noire

Thomas Pesquet ? Il est né le 27 février 1978 dans la ville où Jeanne d’Arc a été brûlée  en 1431. Sa vie est écrite sans l’ombre d’un nuage. Mère institutrice et père professeur de mathématiques et de physique. L’homme  parle l’anglais, le russe, l’espagnol et l’allemand. Il pratique le parachutisme, la plongée. Il est aussi ceinture noire de judo et ingénieur  en dynamique des engins spatiaux pour des missions de télédétection. Recruté par le Centre national d’études spatiales (CNES). Il y travaille à l’autonomie des missions spatiales, la conception du futur segment terrestre de l’agence et l’harmonisation des technologies spatiales en Europe.

Changement de cap : ce pilote privé chevronné devient pilote de ligne sur Air France (plus de 2 000 heures de vol sur A 320). Puis nouveau virage dans le ciel : en 2009 sa candidature est retenue, il sera astronaute, française et européen. Sept ans plus tard la France le retrouve à Baïkonour en route vers la Station spatiale internationale où il séjournera  jusqu’en mai 2017.  Une star tricolore est née. « Le héros de notre automne » dit RTL.

Fontes des glaces

Tous les micros français, toutes les caméras, tous les envoyés spéciaux sont pour lui. On le polisse à l’infini. Il nous parlera quand on le souhaitera. On lui fera la fête à son retour. Plus intense qu’à l’ordinaire cette mise en scène médiatique n’est pas nouvelle. Elle est comme consubstantielle aux voyages, habités ou non, dans l’espace. Le premier Spoutnik soviétique (1957), le premier vol de Youri Gagarine et la pose du premier pied humain sur la Lune (1969) ont tour à tour alimenté l’appétit de merveilleux et la soif de puissance de l’Union soviétique et des Etats-Unis. Puis les glaces ont fondu, les acteurs et les vols se sont multipliés et l’intérêt des masses s’est petit à petit estompé.

C’est alors que l’on assisté à un phénomène nouveau : la scénarisation progressive des entreprises des vols dans l’espace : les séjours dans la Station spatiale internationale et, plus encore, les vols vers les infinis mystérieux, la présence de l’eau sur Mars, les traces de la vie aux confins des univers plus ou moins connus. A cet égard le feuilleton « Tchouri et Rosetta » fut un modèle du genre. D’autres sont en gestation, plus ou moins sur fond de « Guerre des Etoiles ».

Cibles financières

Lives, sujets pré-formatés, usages des réseaux sociaux, c’est la NASA qui, la première, a intensifié le spectacle, rejointe par l’Agence spatiale européenne (ESA), le Centre national d’études spatiales (CNES) et les autres opérateurs. La mise en scène de Thomas Pesquet s’inscrit dans ce contexte. Il s’agit bien moins, ici, de vulgarisation de la quête scientifique que de perpétuelle recherche de crédits. « Les organismes scientifiques ont ici de plus en plus besoin des Etats mais aussi des entreprises pour boucler leurs budgets, observe notre confrère Michel Alberganti, journaliste scientifique. D’où la nécessité de faire parler de leur travail, de forger une image positive et alléchante. Ils doivent ainsi passer par le grand public pour toucher leurs cibles financières. D’où les médias, les livres, les documentaires, Facebook, les tweets… ».

De ce point de vue les voyages dans l’espace répondent aux mêmes logiques que les plus célèbres des courses à la voile, Vendée Globe en tête. Mais cette starification précoce, cet accès facilité aux médias, ne sont paradoxalement pas synonymes d’une plus grande liberté de parole. Ces médiatisations outrancières sont, en coulisses, la résultante de mécanismes complexes incluant le renom d’institutions académiques, la quête des ressources financières etc. Les scientifiques n’entrent pas sans risque dans la société du spectacle et des orbes médiatiques.  A leur manière le capitaine Nemo et son Jules Verne étaient autrement plus libres de leurs gestes, de leurs rêves.

A demain