Attention : les polémiques sur l’homéopathie vont prendre de nouvelles dimensions

Bonjour

Gilets Jaunes et homéopathie déremboursée : le pouvoir peut-il entendre ce qui lui est inaudible ? Pour l’heure, convergence des tensions : pendant la crise violente des Gilets Jaunes on entend les colères récurrentes nourries par l’homéopathie, sa raison d’être, ses égarements, son remboursement.

Au moment où émerge un étonnant appel médiatisé de cent trente-et-un Académiciens anti-homéopathie voici un nouveau recul du politique. Où l’on apprend que la Haute Autorité de santé (HAS), chargée par la ministre Agnès Buzyn d’évaluer le « bien-fondé du remboursement de l’homéopathie, fait savoir qu’elle ne rendra pas son « avis » (consultatif) en février, comme annoncé. Ce sera plus vraisemblablement au printemps. Peut-être vers l’été. Voire, qui sait, en automne. Non pas une reculade assure la HAS mais bien en raison  du travail d’évaluation à accomplir.

« Nous faisons au mieux pour aboutir au plus près du délai affiché dans la saisine de la ministre. Nous tablons sur le printemps », confie la HAS – confirmant ainsi une information de L’Express ». C’est un travail immense d’évaluer l’homéopathie et son maintien au remboursement. » Une « immensité » alors même que tout a été dit, écrit et publié sur le sujet ? Assurément répond la HAS. Du moins dès lors que l’on entend évaluer avec « la plus grande rigueur » et ce dans un immense esprit « d’ouverture » – « pour ne pas passer à côté d’éléments qu’on pourrait lui reprocher ». Et la HAS de souligner qu’il existait plus de 1 000 souches de granules – et autant d’opérations de soupèsement sur d’étranges trébuchets.

Excommunications croisées

Résumons : la HAS a d’ores et déjà effectué une revue de la littérature scientifique internationale (études scientifiques, avis de sociétés savantes, recommandations d’autorités sanitaires d’autres pays, etc.). Mieux : elle  s’apprête à lancer « dans les jours qui viennent » un appel à contribution pour recueillir les arguments de toutes les parties prenantes. Où l’on entend déjà les mouvements de troupes, les tambours et les fifres, la rédaction des cahiers de doléances, les excommunications croisées, les accusations mille fois proférées de scientisme et d’obscurantisme.

Et après ? Le budget 2019 de la Sécurité sociale, adopté définitivement lundi 3 décembre par le Parlement, prévoit dans son article 42 que « les règles de prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques (…) sont définies par décret en Conseil d’État ». Ce décret précisera « notamment la procédure et les modalités d’évaluation ou de réévaluation de ces médicaments ». Un travail qui incombera à la HAS et un décret dont nul ne sait s’il sera, un jour, publié.

A demain

@jynau

Homéopathie : cent trente-et-un Académiciens partent en guerre. On attend Agnès Buzyn

Bonjour

Nous vivons des temps jaunes et étranges, le retour de la violence et la résurgence de polémiques jamais éteintes. Comme celle qu’alimente l’homéopathie.

Dans l’attente d’un verdict politique (toujours repoussé), le dernier épisode en date est académique : cent trente-et-un académiciens réclament publiquement son déremboursement. Membres des Académies des sciences, de médecine et de pharmacie ils s’expriment (à titre personnel) dans une tribune publiée le 4 décembre dans L’Express : « Homéopathie: « Il faut dérembourser » ».

« Non, l’homéopathie n’est pas un médicament actif, même si elle bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché et d’un remboursement. Un état de fait injustifié, car l’homéopathie, contrairement aux autres médicaments, n’a pas fait la preuve de son efficacité sur la base de démonstrations vérifiables et objectives reconnues par la communauté scientifique internationale.  

Non, les produits homéopathiques ne peuvent plus continuer à entretenir le flou sur leur composition, qui doit être indiquée sur leur conditionnement (quantité de préparations actives et excipients). De même, leurs indications doivent être précisées.

Non, l’homéopathie n’est pas plus efficace qu’un autre placebo, comme l’ont démontré toutes les études. Cet argument mis en avant pour justifier son « efficacité » démontre seulement qu’un granule de sucre peut faire de l’effet si le patient y croit et fait confiance à son médecin. 

Non, l’homéopathie n’est pas forcément inoffensive. Si un produit à base d’eau et de sucre ne peut évidemment pas faire de mal, il peut faire perdre du temps, voire mettre la vie en péril en cas de maladie aiguë ou chronique dont le traitement ne peut pas attendre. 

Non, l’homéopathie ne saurait invoquer un effet thérapeutique. Sa publicité se fonde trop souvent sur de simples allégations. Ainsi, contrairement à certaines des affirmations de ses promoteurs, l’homéopathie ne prévient pas les états grippaux, et il n’existe pas de « vaccin » homéopathique, comme a dû le rappeler l’Agence nationale de sécurité du médicament en 2016. 

Non, l’homéopathie ne doit plus être enseignée dans les facultés de médecine et de pharmacie, qui se discréditent en cautionnant une doctrine restée en marge de la science. 

Non, l’homéopathie ne coûte pas moins cher à la collectivité que la médecine conventionnelle. Une récente étude internationale démontre même que les patients soignés à l’homéopathie coûtent en réalité 20 % de plus aux assurances sociales.  » 

C’est pourquoi les signataires  réfutent le terme de « médicament » pour un produit qui ne fait pas la démonstration de son efficacité et réclament la fin de  son remboursement par la collectivité nationale.

Pour le Quotidien du Médecin cette peu banale sortie apporte indéniablement du crédit aux médecins du « collectif anti-fake médecine » – dont certains sont poursuivis devant l’Ordre pour non-confraternité par le Syndicat des médecins homéopathes. Les 131 académiciens mettent également brutalement la pression sur la direction de la  Haute Autorité de santé qui doit « prochainement » remettre un avis sur l’évaluation de ces « médicaments ». Un avis sur lequel devrait ensuite s’inspirer la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, pour se prononcer sur leur « éventuel » déremboursement.

Où l’on verra le politique croiser la médecine, la science et la pharmacie.

A demain

@jynau

1 Yves Agid (S), Jean-Claude Alvarez (P), Raymond Ardaillou (M), Michel Arock (P), Marcel Assicot (P), Alain Astier (P), André Aurengo (M), Jean-François Bach (S, M, P), Danièle Barthès (P), Rui Batista (P), Etienne Baulieu (S, M), Adrien Bedossa (P), Pierre Bégué (M, P), Pierre Benoit (P), Patrick Berche (M), Yvonnick Bézie (P), Joël Bockaert (S), Dominique Bonnefont-Rousselot (P), Philippe Bouchard (M), Thomas Bourgeron (S), Serge Braun (P), François Bricaire (M), Alexis Brice (M), Gérald Bronner (M), Jeanne Brugère-Picoux (M), Catherine Buffet (M), Yves Buisson (M, P), André Capron (S, M), Jean-Pierre Cazenave (M), René Céolin (P), Jean-Pierre Changeux (S), Patrick Charnay (S), François Chast (P), Philippe Chatron (P), Jean-Marc Chéron (P), Claude Choisy (P, M), Pierre Corvol (S, M), Pascale Cossart (S), Michel Cosson (M), Dominique Costagliola (S), Jean Costentin (M, P), Patrick Couvreur (S, M, P), François Cuzin (S), Antoine Danchin (S), Martin Danis (M), Frédéric de Blay (P), Jean-Luc de Gennes (M), Stanislas Dehaene (S), Jean-Luc Delmas (P), Marc Delpech (M), Michel Delseny (S), François Denis (M), Christian Doreau (P), Gérard Dubois (M), Jean Dubousset (M), Roger Ducousso (P), Bernard Dujon (S), Jean-Marc Egly (S), Anne Ephrussi (S), Pierre Faure (P), Jean Féger (P), Alain Fischer (S, M), Maurice-Bernard Fleury (P), Martine Galliot-Guilley (P), Marc Gentilini (M), Michèle German-Fattal (P), Marc Girard (M), Jean-Paul Giroud (M), Claude Guidicelli (M), Jean-Pierre Goullé (M, P), Alain Gouyette (P), Liliane Grangeot-Keros (P), Michel Hamon (M, P), Georges Hazebroucq (P), Roger Henrion (M), Henri-Philippe Husson (P), Alain Israël (S), Claude Jaffiol (M), Denis Jérome (S), Claudine Junien (M), Eric Karsenti (S), Dominique Kerouedan (M), Brigitte Kieffer (S), Fabien Koskas (M), Philippe Kourilsky (S), Paul Lafargue (P), Marc Lambert (P), Jean-Paul Laplace (M), Martine Largeron (P), Armand Lattes (P), Bernard Lechevalier (M), Jean-Roger Le Gall (M), Jean-Marc Léger (M), Daniel Louvard (S), Roland Masse (M), Marcel Méchali (S), Dominique Meyer (S), Philippe Meyer (S), Jacques Milliez (M), Claude Monneret (P), Gérard Orth (S), Rissane Ourabah (M), André-Laurent Parodi (M), Charles Pilet (S, M), Stanley Plotkin (M, P), Dominique Porquet (P), Eric Postaire (P), Jacques Pouysségur (S), Catherine Regnault-Roger (P), Dominique Richard-Lenoble (M), Henri Rochefort (S, M), José Sahel (S), Philippe Sansonetti (S, M), Fernand Sauer (P), Valérie Sautou (P), André Sentenac (S), Alain Serrie (M), Jean-Claude Stoclet (P), Anne-Marie Taburet (P), Yvan Touitou (M, P), Patrice Tran Ba Huy (M), François Trivin (P), Jean-Michel Vallat (M), Marc Vasse (P), Michel Vidal (P), Richard Villet (M), Jean-Luc Wautier (P), Jean Weissenbach (S), Jean-Louis Wemeau (M), Eric Westhof (S), Moshe Yaniv (S).

Microbiote : il nous faut désormais compter avec le charme discret, mais sans fin, de l’intestin 

Bonjour

Ce fut une thèse de médecine. Puis une anomalie éditoriale allemande. Puis un titre génial (en français). Puis un best-seller mondial. Puis une nouvelle édition augmentée. Et désormais, au rayon infini des déclinaisons, voici l’exposition.

Du 4 décembre 2018 au 4 août 2019, la Cité des sciences et de l’industrie présente à Paris l’exposition Microbiote, d’après Le charme discret de l’intestin de Giulia et Jill Enders (Actes Sud, 2015) vendu à 1 200 000 exemplaires en quarante langues.

Cet incroyable succès de librairie est aussi le reflet d’une série d’avancées et de nouveaux regards sur le corps : l’accélération de l’exploration du  microbiote  cette galaxie de micro-organismes (bactériesmicrochampignonsprotistesvirus) vivant dans le  microbiome . Et, pour ce qui nous concerne, dans un tube digestif, un ventre, devenu soudain une « deuxième cerveau ». La dernière en date de nos révolutions coperniciennes. L’espoir, peut-être, d’une « nouvelle médecine ». La garantie d’un nouveau regard sur le corps.

En attendant le film

Comment mettre en exposition un bouleversement microscopique ? Giulia et Jill Enders ont relevé le défi au sein de la Cité des sciences et de l’industrie. « Exposition originale qui bénéficie d’une scénographie expressive, nous assure-t-on. Comme un voyage au cœur de notre corps, pour découvrir l’une de ses régions les plus secrètes, ce “second cerveau” est d’une importance capitale pour notre santé. 600 m2. » Explications à l’entrée de l’exposition :

« Chacun possède son propre microbiote, véritable marqueur personnel en constante évolution à l’instar des empreintes digitales. Il faut ainsi se faire à l’idée que le corps humain est non seulement constitué de chair, de sang, d’os et de muscles, mais aussi de tout un monde de bactéries, de virus et de champignons hébergé en quasi-totalité par l’intestin, véritable écosystème! Le système digestif est en effet doté de son propre système nerveux et interagit avec l’organisme au cours de la digestion. Coach du système immunitaire, il entretient donc des relations étroites et déterminantes avec le cerveau. »

Une exposition conçue en partenariat avec l’Inra, Heureka (Helsinki) et le Pavillon de la connaissance (Lisbonne), avec la participation de l’afa Crohn RCH et le soutien du Biocodex Microbiota Institute, de Danone Research et de la Fondation Roquette pour la santé.

Du 4 décembre 2018 au 4 août 2019. En attendant le film.

A demain

@jynau

 

Expérimentation animale : s’indigner si l’homme fait se reproduire des singes en captivité ?

Bonjour

Alors que se multiplient, en France, les affrontements entre les militants vegans et bouchers-charcutiers, voilà un sujet qui renouvelle la question du spécisme et des droits à accorder (ou pas) à l’animal. Un sujet qui réveille, aussi, le vieux «principe du moindre mal». Entre deux maux, toujours choisir le moindre?

Au-delà de la consommation (par l’homme) de chairs animales – «ne mangeons plus de chose ayant eu vie» (Jean de La Fontaine, Le Loup et les Bergers) – le postulat de départ est connu, sinon toujours accepté: l’utilisation d’animaux vivants dans la recherche scientifique et médicale («l’expérimentation animale») est largement pratiquée dans le monde parce qu’elle est indispensable au progrès médical et thérapeutique. C’est aussi une activité controversée qui alimente une polémique récurrente. D’un côté, celles et ceux qui estiment que rien ne saurait justifier que l’on puisse martyriser des animaux. De l’autre, les défenseurs des avancées pharmaceutiques et scientifiques pour qui, tout bien pesé, la fin vient ici justifier les moyens (….)

La suite sur Slate.fr : « Pour expérimenter, est-il plus humain de faire se reproduire des singes en captivité ? »

A demain

@jynau

 

Cancers versus «aliments bio»: le syllogisme à haut risque de Stéphane Foucart (Le Monde)

Bonjour

On sait, notamment grâce à George Orwell et Simon Leys, comment le militantisme aveugle peut pervertir les plus beaux esprits. Nous rapportions il y a peu l’étonnante affaire de la couverture médiatique grand public d’une publication scientifique 1 de chercheurs français consacrée à l’ « alimentation bio » dans ses hypothétiques rapports avec les prévalences de certaines affections cancéreuses chez l’homme. Une affaire en gestation dans le  communiqué de presse de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) : « Moins de cancers chez les consommateurs d’aliments bio ? ».

«  Une diminution de 25% du risque de cancer a été observée chez les consommateurs « réguliers » d’aliments bio, par rapport aux personnes qui en consomment moins souvent. C’est ce que révèle une étude épidémiologique menée par une équipe de l’Inra, Inserm, Université Paris 13, CNAM, grâce à l’analyse d’un échantillon de 68 946 participants de la cohorte NutriNet-Santé. (…)»

L’affaire fut aussitôt relayée par les militants écologistes de Générations Futures qui remplacèrent, bonne guerre, le point d’interrogation par un autre, d’exclamation. « Une nouvelle étude INSERM/INRA montre que les consommateurs réguliers de bio ont un risque moindre de 25 % de développer un cancer par rapport aux non-consommateurs de produits bio ! ».  Puis  Le Monde (Stéphane Foucart, Pascale Santi) et sa manchette 2 amplifièrent la caisse de résonance : « L’alimentation bio réduit de 25 % les risques de cancer. »

Aujourd’hui notre confrère Stéphane Foucart revient, toujours dans Le Monde, sur le sujet. Comme pour  justifier  son traitement. Intitulé :« En matière de santé publique, le rigorisme scientifique est une posture dangereuse »( sic).

Passions militantes

Présentation du quotidien vespéral : « Sur certaines questions, la preuve parfaite ne pourra jamais être obtenue, estime Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », qui revient dans sa chronique sur l’étude parue dans « JAMA Internal Medicine » établissant un lien entre alimentation bio et cancer. Extraits signifiants :

« Rarement étude épidémiologique aura reçu une telle attention. Chacun à sa manière, la majorité des grands médias internationaux a rendu compte de ses résultats, publiés le 22 octobre dans JAMA Internal Medicine (…)  Quelques voix, y compris scientifiques, se sont élevées pour relativiser ces conclusions. L’écho donné à ces travaux aurait été excessif : l’échantillon de l’étude serait biaisé, il faudrait attendre d’avoir confirmation du résultat, il ne faut pas affoler les gens, la cigarette et l’alcool sont plus dangereux, une autre étude, britannique celle-ci et publiée en 2014, n’a pas montré de liens entre alimentation bio et cancer en général…

« Les scientifiques qui interviennent ainsi dans le débat public le font souvent avec les meilleures intentions. Avec, comme étendard, l’exigence de rigueur. Celle-ci est bien sûr louable. Mais, en matière de la santé publique, le rigorisme scientifique est une posture dangereuse. Sur ces questions complexes, la preuve parfaite ne sera jamais obtenue. Il est simplement impossible de mesurer avec un haut niveau de confiance, sur une longue durée, les habitudes alimentaires et les expositions à un grand nombre de contaminants d’une large population d’individus. Des biais, des limites expérimentales, des facteurs non contrôlés : il y en aura toujours. »

Question de l’auteur : Un biais ignoré pourrait-il être cause ? « C’est possible » se répond-il. Avant de se donner des raisons d’en douter. Et de se résumer : « à défaut d’une preuve formelle de causalité, qu’aucune étude épidémiologique ne fournira jamais, nous voici donc devant un faisceau d’indices concordants ». Et de jeter un œil sur un passé qu’il n’a pas directement connu : « à regarder rétrospectivement les grands scandales sanitaires ou environnementaux, on observe que, presque toujours, signaux d’alerte et éléments de preuve étaient disponibles de longue date, mais qu’ils sont demeurés ignorés sous le confortable prétexte de l’exigence de rigueur, toujours libellée sous ce slogan : ’ Il faut faire plus de recherches’’. »

Mauvaise foi

Certes. Mais à l’inverse combien de signaux d’alerte et d’éléments de preuves sans grands scandales sanitaires ? Aucune mauvaise foi, sans doute, ici. Et beaucoup de travail. Pour autant tous les méchants ingrédients du syllogisme qui, souvent, est le corollaire des passions sous-jacentes du militant raisonné.

Ainsi la santé publique, science molle, ne saurait justifier le rigorisme qui fait la noblesse des disciplines du haut du pavé. Il suffirait, en somme, de se fier à son instinct, à ses postulats, à ses croyances pour que l’évidence prenne les couleurs de la science. Une affaire qui n’est pas sans rappeler celle des « bébés sans bras » 3.

Où il nous faut bien revenir à une vérité première transdisciplinaire, celle qui veut qu’en dépit des apparences ni l’association ni la corrélation ne sont synonymes de causalité. Et à cette malheureuse évidence, trop souvent présente, qui fait que bien des entorses à la science sont nécessaires pour acquérir une audience massive, sinon de qualité.

« Prudence, prudence, prudence avec ces annonces, écrit Hervé Maisonneuve sur son blog spécialisé. Je vous suggère d’écouter tranquillement John P. A. Ioannidis (Stanford University School of Medicine) qui explique que la plupart des recherches en nutrition sont biaisées, voire fausses. Il faut des spins dans les communiqués de presse pour faire le buzz… ». Et c’est ainsi, qu’ici, le buzz se fit.

A demain

@jynau

1 The frequency of organic food consumption is inversely associated with cancer risk: results from the NutriNet-Santé prospective Cohort. JAMA Internal Medicine. 22 octobre 2018 (Julia Baudry, Karen E. Assmann, Mathilde Touvier, Benjamin Allès, Louise Seconda, Paule Latino-Martel, Khaled Ezzedine, Pilar Galan, Serge Hercberg, Denis Lairon & Emmanuelle Kesse-Guyot).

2 Foucart S, Santi P. L’alimentation bio réduit significativement les risques de cancer. Le Monde du 23 octobre 2018.

3 Les «bébés nés sans bras», un scandale politique pour un mystère scientifique Slate.fr 24 octobre 2018

 

 

Cancers et aliments biologiques : le dérangeant communiqué de la Recherche Agronomique

Bonjour

Refusant le conditionnel, le service de presse de l’Inra n’a pas résisté au point d’interrogation. Cela donne : « Moins de cancers chez les consommateurs d’aliments bio ? ». Et prenons le pari : c’est un communiqué de presse qui sera amplement repris. Comment pourrait-il en être autrement avec ce pitch :

«  Une diminution de 25% du risque de cancer a été observée chez les consommateurs « réguliers » d’aliments bio, par rapport aux personnes qui en consomment moins souvent. C’est ce que révèle une étude épidémiologique menée par une équipe de l’Inra, Inserm, Université Paris 13, CNAM, grâce à l’analyse d’un échantillon de 68 946 participants de la cohorte NutriNet-Santé. »

L’affaire est aussitôt relayée par les militants de Générations Futures qui remplace le point d’interrogation par un autre, d’exclamation. « Une nouvelle étude INSERM/INRA montre que les consommateurs réguliers de bio ont un risque moindre de 25 % de développer un cancer par rapport aux non-consommateurs de produits bio ! ». Puis reprise par Le Monde (Stéphane Foucart, Pascale Santi) : « L’alimentation bio réduit de 25 % les risques de cancer. Selon une étude menée sur 70 000 personnes, la présence de résidus de pesticides dans l’alimentation conventionnelle explique ce résultat. »

Possibles biais

 Tout cela en plein Salon international de l’innovation alimentaire organisé à Paris.  Pourquoi, dès lors, aller plus loin que les titres ? Qui ira jusqu’à lire le travail scientifique qui justifie le communiqué de presse : The frequency of organic food consumption is inversely associated with cancer risk: results from the NutriNet-Santé prospective Cohort. JAMA Internal Medicine. 22 octobre 2018 (Julia Baudry, Karen E. Assmann, Mathilde Touvier, Benjamin Allès, Louise Seconda, Paule Latino-Martel, Khaled Ezzedine, Pilar Galan, Serge Hercberg, Denis Lairon & Emmanuelle Kesse-Guyot). Résumé de l’Inra :

 « Le marché des aliments issus de l’agriculture biologique « bio » connaît un développement très important depuis quelques années. Au-delà des aspects éthiques et environnementaux, une des principales motivations de consommation est le fait que ces produits sont issus de modes de production sans produits phytosanitaires et intrants de synthèse et pourraient donc s’accompagner d’un bénéfice pour la santé. Toutefois, les rares données épidémiologiques disponibles ne sont pas suffisantes à l’heure actuelle pour conclure à un effet protecteur de l’alimentation bio sur la santé (ou un risque accru lié à la consommation des aliments issus de l’agriculture conventionnelle). Si la manipulation des intrants chimiques, en particulier via une exposition professionnelle chez les agriculteurs, a été associée à un risque accru de pathologies (en particulier cancer de la prostate, lymphome et maladie de Parkinson), le risque encouru via les consommations alimentaires en population générale n’est pas connu.

 « Des chercheurs du centre de recherche en Epidémiologie et Statistiques Sorbonne Paris Cité (Inra/ Inserm/Université Paris 13/CNAM) ont mené une étude épidémiologique basée sur l’analyse d’un échantillon de 68 946 participants (78% de femmes, âge moyen 44 ans) de la cohorte française NutriNet-Santé  1. Leurs données relatives à la consommation d’aliments bio ou conventionnels ont été collectées à l’inclusion, à l’aide d’un questionnaire de fréquence de consommation (jamais, de temps en temps, la plupart du temps) pour 16 groupes alimentaires.

 « Des caractéristiques socio-démographiques, de modes de vie ou nutritionnelles ont également été prises en compte dans cette analyse. Au cours des 7 années de suivi (2009-2016), 1 340 nouveaux cas de cancers ont été enregistrés et validés sur la base des dossiers médicaux. Une diminution de 25% du risque de cancer (tous types confondus) a été observée chez les consommateurs « réguliers » d’aliments bio comparés aux consommateurs plus occasionnels. Cette association était particulièrement marquée pour les cancers du sein chez les femmes ménopausées (-34 % de risque, score bio élevé versus bas) et les lymphomes (-76 % de risque). La prise en compte de divers facteurs de risque pouvant impacter cette relation (facteurs socio-démographiques, alimentation, modes de vie, antécédents familiaux) n’a pas modifié les résultats. »

Exclamation et « Nutrinautes »

Certes l’Inra précise que plusieurs hypothèses pourraient expliquer ces données : la présence de résidus de pesticides synthétiques beaucoup plus fréquente et à des doses plus élevées dans les aliments issus d’une agriculture conventionnelle, comparés aux aliments bio. Autre explication possible : des teneurs potentiellement plus élevées en certains micronutriments (antioxydants caroténoïdes, polyphénols, vitamine C ou profils d’acides gras plus bénéfiques) dans les aliments bio.

Certes Le Monde souligne que l’une des difficultés de l’exercice est de corriger l’analyse de nombreux biais possibles :

« En particulier, des travaux antérieurs montrent que les consommateurs d’aliments bio ont en moyenne une alimentation plus saine, pratiquent plus régulièrement de l’exercice physique ou encore appartiennent à des catégories sociales plus élevées que la moyenne. Autant de facteurs qui influent sur le risque de contracter diverses maladies – dont le cancer. »

 Certes Le Monde convient que « d’autres études doivent être menées pour préciser le lien de cause à effet ». Et L’Inra corrige en soulignant que « le lien de cause à effet ne peut être établi sur la base de cette seule étude ». Reste les points, d’interrogation et d’exclamation, de préférence au mode conditionnel.

 A demain

1 L’étude NutriNet-Santé est une étude de cohorte nationale réalisée sur une large population d’adultes volontaires (qui deviennent des « Nutrinautes » (sic) après inscription) lancée en 2009, dont l’objectif est d’étudier les relations nutrition-santé. Dans le cadre de cette étude NutriNet-Santé, le volet BioNutriNet s’intéresse à l’impact potentiel de la consommation des aliments en fonction de leurs modes de production (bio versus conventionnel) sur l’état nutritionnel, sur des marqueurs toxicologiques, sur l’environnement et sur la santé des individus.

Le recrutement de nouveaux volontaires pour participer à l’étude NutriNet-Santé se poursuit. Il suffit pour cela de s’inscrire en ligne (www.etude-nutrinet-sante.fr) et de remplir des questionnaires, qui permettront aux chercheurs de faire progresser les connaissances sur les relations entre nutrition et santé et ainsi d’améliorer la prévention des maladies chroniques par notre alimentation.

 

Nouvelle PDG à l’Inserm : Claire Giry succède à Yves Lévy nommé conseiller d’Etat extraordinaire

Bonjour

On songe immanquablement aux changements du Guépard. Le médecin et scientifique Yves Lévy, à la tête de l’Inserm depuis 2014, a été nommé mercredi 10 octobre en conseil des ministres « conseiller d’Etat extraordinaire », sur proposition du ministre de la justice. On se souvient de l’affaire, à la frontière des conflits d’intérêts – une longue affaire qui avait conduit in fine, M. Lévy à renoncer à maintenir sa candidature à un nouveau mandat de PDG de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), compte tenu de la fonction de son épouse (Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé).

Son maintien à la tête de l’organisme public de recherche médicale, après la nomination de Mme Buzyn au gouvernement en 2017 – puis  l’hypothèse de sa reconduction pour un nouveau mandat de quatre ans –  avaient valu des critiques à la ministre et au gouvernement. Mme Buzyn s’est constamment défendue, sans toujours convaincre, en faisant valoir que la tutelle de l’Inserm lui avait été retirée par décret, au profit du Premier ministre.

« M. Lévy exercera pour cinq ans des ‘’fonctions consultatives’’ pour le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative française. En clair, il endossera le rôle de conseiller juridique du gouvernement,  précise Le Figaro. À 61 ans, il hérite aujourd’hui d’une nouvelle fonction convoitée, que n’occupent que douze conseillers d’État. Il touchera à ce titre une somme fixe de 1 558 euros bruts par mois, et une somme variable de 4 583 euros bruts maximum par mois, en fonction de son assiduité aux séances, selon un arrêté de février 2018. Soit jusqu’à 6 100 euros bruts par mois.

Un lot de consolation, alors que le docteur en médecine devra conseiller le gouvernement sur la conformité des projets de loi au droit, sans ne l’avoir jamais étudié ? »

Et après ? C’est la directrice générale déléguée de l’Inserm, Claire Giry, qui prend  la présidence par intérim de l’Inserm annonce un arrêté publié samedi 13 octobre au Journal officiel. Claire Giry est docteure en biologie moléculaire et cellulaire et directrice générale déléguée de l’Inserm depuis décembre 2017. Auparavant elle était, depuis juillet 2016, responsable du programme « Centres d’excellence » du Commissariat général à l’investissement (CGI). Elle était précédemment Directrice adjointe de la recherche fondamentale du CEA et Directrice du centre de Fontenay-aux-Roses, centre de recherche principalement dédié aux sciences du vivant. Entre 2012 et 2014, elle avait dirigé le Département des partenariats et relations extérieures de l’Inserm (partenariats nationaux, européens et internationaux).

A demain