Coronavirus et charité : Pékin donnera-t-il un million d’euros à l’Institut Pasteur de Paris ?

Bonjour

Les scientifiques sont recherchés dans les journaux et sur les ondes publiques. Hier le célèbre Didier Raoult dans les colonnes du Journal du Dimanche (« Ce coronavorus n’est pas si méchant »). Aujourd’hui Christophe d’Enfert, dès l’aube, sur RTL (Alba Ventura). Les questions sont on ne peut plus naïves, les réponses aussi précises que possible. Avec d’emblée, cette mise en abyme médiatique des médias invitant des spécialistes pour leur demander s’ils (« on », « nous », « les médias ») « ne s’emballent pas »… Réponse :

« Je pense qu’on ne s’emballe pas parce que nous avons rarement eu d’exemples récents d’une telle épidémie. On voit en Chine une progression très rapide avec chaque jour 3 000 cas supplémentaires, des décès supplémentaires, donc au niveau de la Chine c’est une véritable problématique. Au niveau international, l’OMS a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale qui reflète la présence de cas de plus en plus nombreux dans les pays. »

« Est-ce qu’il peut y avoir des personnes contaminées qui n’ont pas été prises en charge ? – Il n’y a pas eu d’interdiction d’entrée sur le territoire de personnes venant de Chine dans les 15 et 20 premiers jours de janvier. Là, nous avons confiné les Français qui sont rapatriés, mais nous n’avons pas confiné les personnes qui sont venues avant de Chine, donc il y a effectivement un risque qu’un certain nombre de personnes soient porteuses du virus et puissent être contagieuses. »

« Doit-on porter des masques pour se protéger ?Non, aujourd’hui ça ne se justifie pas, du moins en France, cette épidémie est loin d’être au niveau de celle de la grippe et nous ne conseillons pas à la population de porter des masques. »

« Sommes-nous au début de l’épidémie ou proche d’un pic de cette épidémie ? -On ne le sait pas. Il y a des travaux de modélisations qui sont en particulier réalisés dans nos équipes à l’Institut Pasteur ou par les équipes de l’INSERM. J’ai entendu qu’un pic épidémique pourrait avoir lieu fin mars, début avril […] on ne peut pas prédire exactement comment cette épidémie va évoluer. »

« Quel est le plus dangereux dans cette épidémie, la contagion ou la dangerosité ? – Je pense que sa dangerosité, on le voit aujourd’hui, on est à des niveaux de 2% à 3% de mortalité chez les personnes qui présentent des symptômes sévères, donc ça reste un taux de mortalité relativement faible comparé au SRAS […] par contre, nous avons beaucoup de questionnements sur la contagiosité, là c’est véritablement une inconnue.  On ne connait pas exactement le niveau de contagiosité, en particulier, à partir de personnes qui sont asymptomatiques. S’il y a de la contagiosité de ces personnes-là, on aura des inquiétudes parce que ça facilitera la propagation de l’épidémie. »

«  L’Institut a réussi hier à isoler le coronavirus : que recherchez-vous en priorité ?Nous avons […] quatre directions que nous voulons développer. Le développement d’outils pour détecter la présence d’anticorps qui sont dirigés contre le virus chez les personnes. Cela nous permettra d’avoir des informations sur l’épidémie. Le développement d’un vaccin. La compréhension de la manière dont ce virus est pathogène et comment on peut utiliser ces informations pour développer des approches thérapeutiques et finalement des approches de modélisation de l’épidémie. »

« Avons-nous un traitement ? Nous n’avons pas de traitement, c’est vrai. Il y a actuellement des études cliniques qui sont réalisées avec des antiviraux qui ont été utilisés dans d’autres contextes et dont au saura l’efficacité. Nous savons aujourd’hui que la vaccination est l’approche aujourd’hui la plus efficace pour se débarrasser d’une maladie virale et donc le développement d’un vaccin est quelque chose de crucial.Nous avons estimés que par exemple, sur l’approche que l’Institut Pasteur développe pour mettre au point un vaccin, on pourrait avoir un vaccin disponible, au mieux dans 20 mois. D’autres approches sont développées par des équipes dans le monde qui pourraient permettre d’avoir un vaccin peut être un petit peu plus tôt, mais globalement c’est entre 1 an et 1 an et demi, 2 ans. »

« Est-ce que la crise du coronavirus peut s’arrêter comme celle du SRAS ? -La crise peut s’arrêter. D’un coup, peut-être pas. Dans le cas du SRAS, ce sont des mesures de confinement d’une part, et d’autre part, l’identification du réservoir animal qui ont permis de contenir et de stopper finalement cette épidémie. »

 « Le coronavirus peut-il muter ? Peut-il devenir plus dangereux ou moins dangereux ? Oui. Il peut devenir plus dangereux, il peut aussi devenir moins dangereux. Les virus, en particulier ce type de virus, mutent assez facilement et donc on peut imaginer effectivement qu’il va acquérir des mutations qui vont le rendre peut-être plus contagieux ou plus pathogène. C’est impossible de le prédire. »

« Est-ce qu’il vous faut des financements supplémentaires ? Faites-vous un appel aux dons au nom de l’Institut Pasteur ?Oui, nous avons décidé de lancer une collecte pour financer les travaux que nous réalisons à L’Institut Pasteur sur le coronavirus. Je recommande aux personnes qui nous écoutent de se rendre sur le site pasteur.fr, où elles trouveront comment soutenir notre Institut qui a pour but de lutter contre les maladies infectieuses, et en particulier pour cette épidémie. »

«  De combien avez-vous besoin ?En première approche, nous aimerions collecter 1 million d’euros, mais cela va aussi dépendre de la manière dont les choses évoluent. »

L’entretien est terminé. Au même instant on apprend que la Banque Centrale de Chine (PBOC) vient, pour contrer les conséquences économiques de l’épidémie, d’injecter 1,2 trillion de yuans d’argent frais dans l’économie du pays. Rappel : 1,2 trillion de yuans =  150 milliards d’euros. A retenir : pasteur.fr.

A demain @jynau

Jekyll et Hyde : une bien étrange découverte de chercheurs français au sein du sang humain

Bonjour

Le vivant est, en réalité, toujours un peu plus complexe qu’imaginé. La preuve nous en est aujourd’hui apportée par une équipe de chercheurs français travaillant (notamment) au sein d’une équipe de l’Inserm basée à Montpellier. Une preuve publiée dans The FASEB Journal : « Blood contains circulating cell‐free respiratory competent mitochondria » 1. Où l’on apprend qu’il existe, dans le sang humain circulant, des « mitochondries complètes et fonctionnelles ». « Ces organites responsables de la respiration des cellules n’étaient jusqu’à présent retrouvés hors de ces dernières que dans des cas très particuliers, résume l’Inserm. Ces résultats apportent des connaissances inédites en physiologie et ouvrent la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques. »

« Mitochondries » : Organites intracellulaires dont la fonction principale est de fournir aux cellules l’énergie dont elles ont besoin pour assurer leur survie et les fonctions qu’elles sont censées accomplir. Les cellules tirent leur énergie de molécules organiques (sucres, protéines, lipides) qu’elles puisent dans leur environnement. Ces molécules organiques une fois oxydées en présence d’oxygène fournissent des électrons à un ensemble de complexes protéiques formant la chaîne de transport des électrons encore appelée chaîne respiratoire. La chaîne respiratoire est localisée dans la membrane interne mitochondriale. Une deuxième fonction primordiale de la mitochondrie est sa participation active à la mort des cellules (apoptose ou mort cellulaire programmée). La mitochondrie a donc une double vie: elle assure la survie des cellules en leur fournissant de l’énergie sous forme d’ATP et, dans certaines circonstances, participe à leur destruction. C’est ‘le Dr Jekyll and Mr. Hyde’ de la cellule. (Pr Jean-Claude Martinou, Département de biologie moléculaire, Université de Genève).

On sait aussi que ces mêmes mitochondries, composées d’un ADN qui leur est propre, peuvent parfois être observées hors des cellules sous forme de fragments encapsulés dans des microvésicules. Dans certaines conditions très spécifiques les plaquettes sanguines sont également capables de libérer des mitochondries intactes dans l’espace extracellulaire

Les chercheurs de Montpellier gardaient en mémoire des observations antérieures montrant que le plasma sanguin d’une personne en bonne santé contenait jusqu’à 50 000 fois plus d’ADN « mitochondrial » que d’ADN « nucléaire ». Aussi ont-ils posé l’hypothèse que, pour être ainsi détectable et quantifiable dans le sang, l’ADN mitochondrial devait y être protégé par une structure suffisamment stable. Afin d’identifier cette dernière, une centaine d’échantillons de plasma sanguin ont été analysés.

Sept années de travaux

Et ce sont ces analyses qui ont révélé la présence dans la circulation sanguine de structures hautement stables contenant des génomes mitochondriaux entiers. Après examen de leur taille, de leur densité ainsi que de l’intégrité de l’ADN mitochondrial qu’elles contenaient, ces structures observées en microscopie électronique (jusqu’à 3,7 millions par ml de plasma sanguin) se sont révélées être des mitochondries intactes et fonctionnelles, résume l’Inserm.

 « Lorsque l’on considère le nombre élevé de mitochondries extracellulaires que nous avons trouvées dans le sang, on peut se demander pourquoi cela n’a pas été découvert auparavant » remarque Alain R. Thierry, directeur de l’équipe de chercheurs. C’est aussi une question à laquelle il ne répond pas. « Les mitochondries extracellulaires pourraient effectuer plusieurs tâches en tant que messagers pour l’ensemble de l’organisme » précise-t-il toutefois.

Ces mitochondries voyageuses pourraient ainsi être impliquées dans de nombreux processus physiologiques et/ou pathologiques nécessitant une communication entre les cellules. « Dr Jekyll et Mr. Hyde » au carré, en somme. Le vivant est peut-être un peu plus étrange que ne l’avait imaginé Robert Louis Stevenson

A demain @jynau

1 Zahra Al Amir Dache , Amaëlle Otandault, Rita Tanos et al  « Blood contains circulating cell‐free respiratory competent mitochondria »  https://doi.org/10.1096/fj.201901917RRCes travaux ont bénéficié du soutien du SIRIC Montpellier Cancer (Inserm/CNRS/Université de Montpellier/Institut du Cancer de Montpellier/CHU de Montpellier/Université Paul Valéry) financé par l’Inserm, l’INCa et la DGOS.

Dans des machines à sous des chercheurs français découvrent la source de notre créativité !

Bonjour

Jusqu’où peut aller la liberté de chercher ? C’est une publication scientifique de  Nature Neuroscience  1 signée par des chercheurs de l’Inserm – un Inserm que l’on n’imaginait pas pouvoir vagabonder aussi loin de ses bases médicales. Rappelons que cet Institut a pour mission l’étude de la santé humaine avec pour vocation d’investir le champ de la recherche biomédicale fondamentale et appliquée. 

Le travail a été mené par une équipe du Laboratoire de Neurosciences Cognitives et Computationnelles, Inserm U960, Département d’Études Cognitives, École Normale Supérieure) dirigée par Valentin Wyart. Extrait du communiqué :

« Où aller dîner ce soir : choisir son restaurant favori ou essayer un nouvel endroit ? Pour quelle destination opter pour ses prochaines vacances : la maison familiale que l’on connait par cœur ou une location à l’autre bout du monde ? Lorsque nous devons faire un choix entre plusieurs options, nos décisions ne se dirigent pas toujours vers l’option la plus sûre en se fondant sur nos expériences passées. Cette variabilité caractéristique des décisions humaines est le plus souvent décrite comme de la curiosité : nos choix seraient le reflet d’un compromis entre exploiter des options connues et explorer d’autres options aux issues plus incertaines. La curiosité serait même un attribut de l’intelligence humaine, source de créativité et de découvertes inattendues. Cette interprétation repose sur une hypothèse très forte, quoique rarement mentionnée explicitement, selon laquelle nous évaluons nos options sans jamais faire d’erreur.

(…) Pour étayer leurs soupçons, les chercheurs ont étudié le comportement d’une centaine de personnes dans un jeu de machines à sous qui consistait à choisir entre deux symboles associés à des récompenses incertaines. Ils ont analysé le comportement des participants à l’aide d’un nouveau modèle théorique tenant compte d’erreurs d’évaluation des symboles développé par Charles Findling, post-doctorant dans l’équipe et co-premier signataire de l’article. Les chercheurs ont ainsi découvert que plus de la moitié des choix habituellement considérés comme relevant de la curiosité était en réalité due à des erreurs d’évaluation. »

Valentin Wyart, directeur de l’équipe : « Ce résultat est important, car il implique que de nombreux choix vers l’inconnu le sont à notre insu, sans que nous en ayons conscience. Nos participants ont l’impression de choisir le meilleur symbole et non pas le plus incertain, mais ils le font sur la base de mauvaises informations résultant d’erreurs de raisonnement. »

Christophe Colomb et Henri Becquerel

Résumons. Pour comprendre d’où viennent ces erreurs, les chercheurs ont enregistré l’activité cérébrale d’une partie des participants en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Ils ont découvert que l’activité du cortex cingulaire antérieur, une région impliquée dans la prise de décision, fluctuait avec les erreurs d’évaluation des participants. L’Inserm le dit autrement : plus l’activité de cette région était grande au moment de l’évaluation des options, plus les erreurs d’évaluation étaient importantes. Pour Vasilisa Skvortsova, post-doctorante et co-première signataire de l’article, « ces erreurs d’évaluation pourraient être régulées via le cortex cingulaire antérieur par le système neuromodulateur de la noradrénaline, en contrôlant la précision des opérations mentales effectuées par le cerveau ». Autrement dit, notre cerveau utiliserait ses propres erreurs pour produire des choix vers l’inconnu, sans s’appuyer sur notre curiosité. « C’est une vision radicalement différente des théories actuelles qui considèrent ces erreurs comme négligeables », assure Valentin Wyart.

Fin du communiqué de l’Inserm : « Si ces résultats peuvent paraître surprenants, le sont-ils vraiment ? De nombreuses découvertes majeures sont le résultat d’erreurs de raisonnement : la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, qui croit avoir atteint les « Indes orientales » – une erreur de navigation de 10 000 km. Mais aussi la découverte de la radioactivité par Henri Becquerel, qui pense initialement que les radiations émises par l’uranium sont dues à la réémission de l’énergie solaire, ou encore la découverte du pacemaker par John Hopps en essayant de traiter l’hypothermie à l’aide d’une fréquence radio. En allant plus loin, « l’évolution des espèces repose elle aussi sur des variations aléatoires du génome, autrement dit des erreurs génétiques, dont certaines sont conservées par sélection naturelle », rappelle Valentin Wyart.  

Serait-ce là, tout bien pesé, la base moléculaire de la sérendipité ? On peut le postuler. Et ne pas s’étonner de penser que notre cerveau tire parti de ses erreurs pour sortir des sentiers battus. Comme le font les chercheurs de l’Inserm.

A demain @jynau

1 Computational noise in reward-guided learning drives behavioral variability in volatile environments Charles Findling, Vasilisa Skvortsova, Rémi Dromnelle, Stefano Palminteri et Valentin Wyart

Rigueur scientifique: comment tuer efficacement des souris grâce à la cigarette électronique

Bonjour

Tout (ou presque) est scientifiquement démontrable à qui entend scientifiquement démontrer. Ou quand l’objectif justifie les moyens techniques. Ainsi cette étude américaine publiée dans les prestigieux PNAS : « Electronic-cigarette smoke induces lung adenocarcinoma and bladder urothelial hyperplasia in mice » (Moon-shong Tang, Xue-Ru Wu, Hyun-Wook Lee, Yong Xia, Fang-Ming Deng, Andre L. Moreira, Lung-Chi Chen, William C. Huang, and Herbert Lepor).

Une étude reprise et heureusement décryptée par France Info : « Que penser de l’étude américaine qui fait le lien entre cigarette électronique et cancer chez les souris ? » (Marie-Jeanne Delepaul). Puis par vapingpost.com : « Vape, souris, et cancer : une nouvelle étude alarmiste pointe le bout de son museau » (Alistair). Ainsi que par Vapolitique « Alerte au nouveau bad buzz sur le risque de cancer chez des souris avec le vapotage » (Philippe Poirson).

On y apprend que 22,5 % des souris exposées à des vapeurs de cigarette électronique développent un cancer du poumon tandis que 57,5% développent des tumeurs de la vessie. Un travail mené sur quarante souris pendant 54 semaines Elles les respiraient les vapeurs quatre heures par jour, cinq jours par semaine.

Frileux politiques français

Pr Bertrand Dautzenberg, pneumo-tabacologue : « C’est un vapotage extrême en-dehors de toute réalité. »

Sébastien Anthérieu, enseignant-chercheur en toxicologie à l’université de Lille : « Ces doses paraissent très élevées, surtout pour une souris. Il s’agit d’une étude isolée portant sur un faible nombre de cas. »

Emmanuel Wiernik, chercheur en épidémiologie : « Même si une étude est bien faite pour l’animal, c’est compliqué de tirer des conclusions pour les humains »

Les humains, précisément, qu’observent-ils sur eux-mêmes ? « La difficulté, c’est que les personnes qui vapotent sont d’anciens gros fumeurs donc c’est compliqué d’analyser ce qui est en cause s’ils développent des cancers ou des pathologies, explique Emmanuel Wiernik à France Info. « Les études publiées sur la question sont pour la plupart biaisées, selon que les chercheurs soient pro ou anti cigarette électronique » accuse le Pr Dautzenberg. 

Où l’on voit (une nouvelle fois) que la passion conduit à toutes les extrémités scientifiques. Et que chez les responsables frileux politiques français le principe de précaution vient contrecarrer l’indispensable réduction des risques tabagiques.

A demain @jynau

Cancer du sein et pesticides : voici, en résumé, pourquoi il ne faut plus écouter Ségolène Royal

Bonjour

S’autoriser à tout dire sur les sujets les plus graves – et ne pas être capable de reconnaître ses erreurs. Serait-ce le propre des hommes et des femmes de pouvoir ? Aujourd’hui le cas de Ségolène Royal est, de ce point de vue, tristement édifiant.

Invitée de BFM-TV vendredi 4 octobre, l’ancienne ministre de l’environnement a présenté les pesticides comme une cause majeure du cancer du sein : « Aujourd’hui, plus d’une femme sur dix est touchée par le cancer du sein, est-ce que vous vous rendez compte de ça ? C’est dû à quoi, cela ? C’est dû aux pesticides. »

Tollé immédiat dans les cénacles spécialisés. Le sujet est d’importance. Près de 60 000 nouveaux cas par an. Plus de onze mille décès prématurés dans le même temps. De nombreux facteurs de risques ont été identifiés parmi lesquels des antécédents familiaux et, corollaire, des prédispositions génétiques. L’alcool, le tabac et le surpoids font aussi partie des facteurs de risques parfaitement établis. Avec, en pointillé, les perturbateurs endocriniens. Pour ce qui est des « pesticides » aucune mis en évidence scientifique de possibles effets sur l’apparition du cancer du sein dans la population générale. Rien ne permet certes d’être définitif mais rien ne permet d’affirmer comme le fait l’ancienne ministre socialiste

Précaution et confusion

C’est ce qu’a aussitôt relevé le jeune président de la Ligue nationale contre le cancer, Axel Kahn, qui s’est étonné de ces déclarations sur Twitter

Hasard ou fatalité, Ségolène Royal (aujourd’hui ambassadrice  chargée de la négociation internationale pour les pôles arctique et antarctique) était de nouveau interrogée sur le sujet sur France Inter lundi 7 octobre. Allait-elle faire son mea-culpa radiophonique? « Est-ce que vous êtes allée trop vite en disant cela ? Est-ce que vous voulez rectifier ? », lui a demandé la journaliste, Léa Salamé. 

« C’était un peu résumé », a répondu l’intéressée, nullement gênée. Avant de dénoncer  l’existence d’une « loi du silence pendant des années sur les effets de la dégradation environnementale et notamment sur tous les produits chimiques qu’il y a dans l’air, dans les sols, dans l’alimentation ».

Selon Ségolène Royal, « dans l’aléa et dans le principe de précaution, si on attend que tout soit démontré, il n’y a plus de principe de précaution ». Une formulation qui témoigne à merveille d’une méconnaissance, voulue ou non, du concept du principe de précaution. On attend, sur ce sujet, les commentaires des journalistes militants écologistes.

Il y a un an, le cas Jadot

Ségolène Royale n’est pas la seule à commettre de telles fautes jamais reconnues. Il y a un an Yannick Jadot, sur RTL,  faisait de même, accusant les pesticides d’être responsables du phénomène, toujours inexpliqué, des « bébés sans bras »:

 « Je suis absolument scandalisé par cette affaire, comme tous vos auditeurs, en tant que père de famille, on a tous été très touché, de voir ces enfants sans bras, sans main. On a des associations qui fonctionnent avec quasiment aucun moyen, et à qui on enlève les moyens, des associations qui font le registre des malformations. (…) On veut casser le thermomètre. »

 « Ce que l’on veut ne pas voir, c’est que il est très probable que ces malformations soient liées aux pesticides. Toutes les familles qui ont été touchées par ces malformations vivent à côté des champs de maïs et des champs de tournesols. On n’a jamais voulu savoir en France, on veut pas faire les études épidémiologiques autour des incinérateurs, autour des centrales nucléaires, on veut pas le faire sur les pesticides parce qu’on ne veut pas savoir. »

 M. Jadot n’avait aucune preuve quant à l’origine de ces malformations. Mais M. Jadot a des convictions politiques. Comme Mme Royal. Des convictions qui ajoutent ici gravement à la confusion générale et ajoute au discrédit du scientifique. C’est, aussi, une forme de populisme.

A demain @jynau

Chats clonés chinois et solitaires: qu’en diront les amoureux fervents et les savants austères ?

Bonjour

Un quart de siècle après Dolly. On nous annonce, depuis la Chine, la création par l’homme du premier chat cloné. Et nous voici comme projeté aux frontières de la transhumanité. Une première de l’entreprise pékinoise (sic) Sinogène. Une première qui n’est percue que comme la marche vers l’objectif ultime : le clonage du panda.

Sept mois seulement après la mort de son chat baptisé ‘’Garlic’’, son propriétaire, Huang Yu, a eu la joie de retrouver son protégé, qui a été cloné. Garlic » est le premier chat cloné par Sinogene, une entreprise qui a déjà réussi le clonage d’une quarantaine de chiens depuis 2017. ‘’Ils se ressemblent à plus de 90 %’’, assure le jeune Chinois de 23 ans. Compter 32 000 euros (contre 48 000 euros pour un berger allemand). Un marché promis à un formidable développement.

Sphinx allongés clonés

Plus de 90 % de ressemblance ? Sera-ce suffisant pour les amoureux fervents, sans parler de tous les savants austères, eux qui, nous écrit Charles Baudelaire, aiment également dans leur mûre saison cette puissante douceur qui fait l’orgueil de leur maison ? Plus de 90 %, certes, mais que restera-t-il de la frilosité et de la sédentarité, de la science et de la volupté, du silence et de l’horreur des ténèbres ?

Un chat cloné n’inclinera-t-il pas au servage ? L’Erèbe le prendra-t-il alors comme son coursier funèbre ? Le cloné prendra-t-il, à 90 % seulement, les nobles attitudes des grands sphinx allongés au fond des solitudes ? Et qui nous dit, d’ailleurs, que ces mêmes sphinx ne seront pas, eux aussi, de pâles copies clonées  incapables de rêver ? Un chat cloné ? Que restera-t-il des reins féconds d’origine, des gerbes d’étincelles magiques, du sable fin et des parcelles d’or ?

Où retrouverons-nous, chinois transhumanistes ou pas, l’insondable de leurs prunelles mystiques ?

A demain @jynau

C’est désormais scientifiquement démontré : non, il n’a jamais existé de «gène gay». Oui, mais …

Bonjour

L’affaire est au moins aussi vieille que la génétique : associer un gène à un comportement. A fortiori sexuel et plus encore quand on osait le tenir pour pathologique. Nature ou culture ? Pourquoi sommes-nous sexuellement ce que nous sommes et pas autrement ? Le sujet rebodit aujourd’hui avec une publication dans Science : « Large-scale GWAS reveals insights into the genetic architecture of same-sex sexual behavior » (Ganna A, Verweij K, Nivard M et al). Vingt auteur.e.s sans oublier la « 23andMe Research Team ». Publication et mise en perspective : « Genetics may explain up to 25% of same-sex behavior, giant analysis reveals » (Jocelyn Kaiser) .

« C’est la conclusion d’une analyse réalisée sur un demi-million de profils ADN par un groupe de chercheurs en Europe et aux Etats-Unis, et dont la publication, jeudi 29 août, par la prestigieuse revue Science  vise à enterrer l’idée, née dans les années 1990, qu’il existe un « gène gay » aussi prévisible que ce qui existe pour la couleur des yeux, résume l’AFP.  ‘’Il est de facto impossible de prédire l’orientation sexuelle d’une personne d’après son génome’’, souligne Benjamin Neale, membre du Broad Institute d’Harvard et du MIT, l’une des nombreuses institutions dont sont issus les auteurs. »

« Enterrer l’idée » ? Bigre.  L’orientation sexuelle a bien une composante génétique, selon ces chercheurs, confirmant des études précédentes plus petites, notamment sur des jumeaux. Mais cette composante dépend d’une myriade de gènes. « Il n’y a pas de gène gay unique, mais de nombreux petits effets génétiques répartis dans le génome », explique Benjamin Neale. A cela s’ajoute un facteur essentiel : l’environnement dans lequel une personne grandit et vit. Où l’on voit que rien n’est simple et que la génétique ne nous apprend rien de définitif. Ce qui autorise tous les interprétations, sinon tous les fantasmes.

« La nouvelle analyse statistique a permis de découvrir cinq positions précises sur nos chromosomes, appelées locus, qui apparaissent clairement liées à l’orientation sexuelle, bien qu’ayant chacune une influence ‘’très petite’’ précise encore l’AFP.. Biologiquement, il se trouve qu’un marqueur est aussi associé à la perte de cheveux, ce qui suggère un lien avec la régulation des hormones sexuelles (sic). Vraisemblablement, il existe des centaines ou des milliers d’autres marqueurs, que de futures analyses sur de plus grandes banques ADN pourraient un jour découvrir. »

« C’est un comportement complexe où la génétique joue un rôle, mais probablement de façon minoritaire. L’effet de l’environnement existe, mais on n’arrive pas à le mesurer exactement », ajoute Fah Sathirapongsasuti, scientifique de 23andme.com (qui a donc contribué à l’étude avec des profils génétiques de ses clients – volontaires). Le gros de l’analyse a été fait sur des hommes et femmes de la banque britannique UK Biobank, en majorité d’origine européenne, qui avaient répondu à la question : « avez-vous déjà eu une relation sexuelle avec une personne du même sexe ? ». Ce qui ne manquera pas d’alimenter de vastes interrogations méthodologiques sinon psychanalytiques et/ouphilosophiques.

« Les auteurs ont conscience de la délicatesse du sujet, et les deux chercheurs cités ont pris soin de rappeler, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes, qu’ils étaient eux-mêmes gays. Désireux d’éviter toute mauvaise interprétation, ils sont allés jusqu’à consulter des associations LGBT sur la façon de communiquer leurs résultats, qu’ils ont résumés sur un site spécial, geneticsexbehavior.info, ajoute l’AFP ». L’association américaine Glaad a salué des travaux confirmant qu’« être gay ou lesbienne est une partie naturelle de la vie humaine ». On progresse: en 1993, une étude sur quarante familles avait cru identifier un lieu unique, le gène Xq28, définissant l’orientation sexuelle. La nouvelle analyse réfute ce modèle simpliste. 

Attention : une donnée chiffrée avancée dans Science produit est susceptible de créer la confusion. Les chercheurs estiment que « 8 à 25 % » des différences d’orientation sexuelle dans la population testée sont dues à des variations génétiques. Il ne faut voir ici qu’un concept statistique et ne pas comprendre  qu’entre 8 et 25 % de l’orientation d’une personne dépend de ses gènes. Et comme rien ne saurait être simplifié dans le champ de la sexualité les chercheurs ajoutent : « Supposer que plus on est attiré par quelqu’un du même sexe, moins on est attiré par l’autre sexe est une simplification excessive ». Et l’on sait, dans ce domaine, tous les dangers des excès.

A demain @jynau

Science avec ou sans conscience : l’activité cérébrale humaine a été recréée en laboratoire

Bonjour

C’est la rentrée des classes et des cours de morale. L’affaire s’infiltre dans le fil de l’AFP, se glisse dans les titres des médias généralistes. « Des mini-cerveaux créés en laboratoire s’activent, une première » (20 minutes). Un soupçon d’espérance dans un océan d’angoisse. Ou l’inverse.

Les spécialistes en apprendront plus en gagnant le site de Cell Stem Cell : «Complex Oscillatory Waves Emerging from Cortical Organoids Model Early Human Brain Network Development » (Trujillo et al.). « Une découverte qui pourrait faire avancer la recherche sur les maladies neurologiques complexes… Mais qui pose quelques questions éthiques, résume l’AFP. Pour la première fois, des scientifiques ont détecté dans des cerveaux minuscules  minuscules développés in vitro à partir de cellules-souches une activité électrique ressemblant à celle des humains.Les scientifiques pensent que les cerveaux ne sont pas conscients (sic), car ils ressemblent à ceux de bébés prématurés (re-sic), mais ne peuvent pas le prouver, ce qui en soi soulève de nouvelles questions éthiques (re-re-sic). »

On parle ici d’ « organoïdes », structures tridimensionnelles qui reproduisent la micro-anatomie d’un organe. « Si vous m’aviez demandé il y a cinq ans si je pensais qu’il serait possible qu’un organoïde cérébral développe un réseau sophistiqué capable de générer des oscillations, j’aurais dit non »,  Alysson R. Muotri, l’un des auteurs de cette création (University of California San Diego, Stem Cell Program, School of Medicine, Dept. Pediatrics/Rady Children’s, La Jolla). Où l’on comprend qu’aujourd’hui il dit oui.

La Devinière, Chinon, 1483

Cette « percée » a été en partie obtenue par l’amélioration de la procédure et de l’environnement de culture des cellules-souches.  « Une autre avancée fut de donner plus de temps aux neurones pour se développer, tout comme les cerveaux des foetus dans le ventre » ajoute l’AFP qui cite le Pr Muotri :  « Les premières étapes du développement neurologique humain sont inscrites dans notre génome », explique Alysson Muotri. Les premières ondes ont été détectées dans les organoïdes au bout de deux mois. Les signaux étaient rares et gardaient une même fréquence, tout comme dans les cerveaux humains très immatures. Mais en continuant à croître, les ondes ont été produites à différentes fréquences, et à intervalles plus réguliers.

Puis, en comparant le développement de ces organoïdes aux courbes observées chez trente-neuf bébés prématurés, les scientifiques se sont aperçus que les trajectoires étaient similaires. Et maintenant ? Se réjouir que des organoïdes puissent être développés à partir de cellules-souches de personnes « atteintes de problèmes neurologiques tels que l’épilepsie et l’autisme » ? Peut-être.

Et relire le Dr François Rabelais qui, entre Pantagruel et Gargantua, créa une langue qui n’était pas sans morale. Rabelais (La Devinière, Chinon, 1483- Paris, 1553). Rabelais et sa conscience, immense écrivain, ecclésiastique et anticlérical, chrétien et considéré par certains comme libre penseur, médecin. Rentrée des classes.

A demain @jynau

Anti-vaccins. L’Ordre national des médecins contre le Pr Henri Joyeux, une affaire sans fin ?

Bonjour

C’est une affaire éminemment française, au croisement de la justice et de la médecine, de la déontologie, de la politique et de la santé publique. Dernier épisode en date : le Conseil d’État a annulé mercredi 24 juillet une décision concernant un médecin devenu omniprésent dans le paysage vaccino-septique national : le  Pr Henri Joyeux. Un dossier déjà vieux de trois ans.

En première instance, le 8 juillet 2016, ce chirurgien contesté par une large partie de la communauté médicale avait été radié par la chambre disciplinaire du conseil régional de l’Ordre des médecins de Languedoc-Roussillon. Ce médecin spécialiste en chirurgie viscérale et digestive et professeur honoraire de la faculté de médecine de Montpellier « avait largement diffusé par voie électronique, à compter de l’année 2014, des messages critiquant la vaccination obligatoire, notamment sous la forme de deux invitations à signer des pétitions respectivement intitulées  » NON à la vaccination massive des enfants contre les papillomavirus  » et  » Vaccin obligatoire : les Français piégés par la loi et par les laboratoires ! « . »

Prudence et discernement

Puis, par une décision du 26 juin 2018, la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins avait, sur appel du Pr Joyeux, annulé cette décision et rejeté la plainte du Conseil national de l’Ordre des médecins. Celui-ci s’était alors pourvu en cassation. Et le Conseil d’Etat vient de casser l’annulation de la radiation et de renvoyer l’affaire devant … la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins. Comprendra qui pourra.

Pour motiver sa décision, le Conseil d’État a contesté le point de vue de cette chambre disciplinaire nationale de l’Ordre selon lequel le Pr Joyeux « ne s’opposait pas aux vaccinations et se bornait à en préconiser l’usage avec prudence et discernement ». Et le Conseil d’État a également contesté l’argument selon lequel le Pr Joyeux aurait respecté « les obligations de prudence » d’un médecin lorsqu’il s’adresse au grand public, soulignant qu’il avait fait usage de « termes polémiques ».

« Figure de proue des anti-vaccins, Henri Joyeux se défend pourtant d’en être un lui-même, assurant n’être pas opposé à la vaccination mais seulement à ses ’abus’’, rappelle Le Quotidien du Médecin.. Peu après sa relaxe, six Académies nationales, dont celles de médecine et des sciences, avaient dénoncé les positions « scandaleuses » du Pr Joyeux contre les vaccins. Une affaire française.

A demain @jynau

L’homéopathie déremboursée dès après-demain : la bien étrange intuition d’Agnès Buzyn

Bonjour

L’affaire de l’homéopathie n’est pas finie. Et il faudra décrypter les longues déclarations-justifications d’Agnès Buzyn en date de ce 10 juillet. D’abord dans Le Parisien (Florence Méréo et Elsa Mari), ensuite sur RTL (Elizabeth Martichoux) où la ministre a une nouvelle fois taclé Michèle Rivasi qui évoque le retour de l’Inquisition et des « guérisseurs sans formation » (sic). On y saisira un peu mieux les impasses dans lesquelles se débat la ministre des Solidarités et de la Santé, au croisement asphyxiant de la politique et de la science, du pouvoir et du savoir.

Pour l’heure résumons. A commencer par cette étrange confession au Parisien qui (enfin) lui demandait pourquoi elle avait radicalement changé d’avis. Rappelons (une nouvelle fois) que le 12 avril 2018, invitée de la matinale sur RMC-BFM TV, Agnès Buzyn annonçait, au début de la tourmente, que les spécialités homéopathiques continueraient à être remboursées par l’assurance maladie, même si c’est «probablement un effet placebo». «Les Français y sont attachés. Si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques, je pense nous y gagnons collectivement. Voilà, ça ne fait pas de mal ! », osait alors la ministre qui fut la cible d’innombrables moqueries sur les réseaux sociaux 1.

Aujourd’hui, Agnès Buzyn explique : « cette phrase que j’ai dite reposait sur une intuition ». « Depuis, les études ont parlé, ajoute-t-elle (sans dire lesquelles).Ne pas prendre d’homéopathie n’entraîne pas un report vers plus de médicaments ou d’examens. Les deux ne sont pas liés. Au contraire, les gros consommateurs d’homéopathie ont tendance à utiliser plus de soins en général. »

« Aspirine ou paracétamol, un point c’est tout »

Finalement, qui a tranché : elle ou Emmanuel Macron ? « Nous avons travaillé tous ensemble. Il s’agit d’une décision gouvernementale ». Pourquoi ne pas avoir fait un compromis en déremboursant à 15 %, comme le demandait son prédécesseur Xavier Bertrand ?

« Cela n’aurait pas de sens. Et signifierait que des médicaments dont l’efficacité clinique n’est pas prouvée pourraient quand même être remboursés. Dans ce cas-là, pourquoi ceux-là et pas d’autres ? Quand on est un homme ou une femme politique, on doit être prudent et ne pas aller contre un avis scientifique parce qu’on met alors à mal tout notre système d’évaluation du médicament. Nous devons être rigoureux pour que l’argent public, celui des Français, soit dépensé à bon escient. »

Les menaces à l’emploi des puissants Laboratoires Boiron ?  « Je suis la ministre de la Sécurité sociale, dont l’argent n’a pas vocation à soutenir des entreprises même si elles sont françaises » (sic). « Je ne crois pas pour autant que l’économie des trois laboratoires sera déstabilisée car les Français continueront à utiliser l’homéopathie. Sans compter que des marchés à l’international, notamment en Asie, sont en pleine expansion. »

Maladies qui guérissent « toutes seules »

Faut-il laisser les facultés françaises de médecine et de pharmacie continuer à enseigner un pratique qui n’a désormais, officiellement, aucune raison scientifique d’être ?

« Ce sont aux doyens des universités de trancher. Ce qui est sûr, c’est que nous avons le nombre de médecins homéopathes le plus important au monde : plus de 20 000, principalement des généralistes. Bien plus que l’Allemagne qui en compte 7 000. Mais la question qui se pose aujourd’hui est bien celle du remboursement : ni l’homéopathie, ni son enseignement n’ont vocation à être interdits. »

« Je ne passe pas tout mon temps sur Twitter où le débat s’est progressivement radicalisé, dit-elle encore. Je pense qu’il ne faut pas culpabiliser les Français qui croient en l’homéopathie. La décision de la rembourser en 1984 [par la ministre Georgina Dufoix] a favorisé leur engouement. Aujourd’hui, certains de nos concitoyens ont le sentiment que ce type de médecine complémentaire les soulage. Mon souhait est d’aller vers un usage plus raisonné, grâce à de la pédagogie. »

Et Agnès Buzyn de commencer à expliquer, pour sa part, que nombre de maladies « guérissent toutes seules ». Ainsi, pour finir, quand Le Parisien ose une question personnelle quant à savoir si la ministre est une adepte : « Non ! Je donnais d’ailleurs le moins de médicaments possible à mes enfants. Cela les énervait beaucoup quand je leur disais que la majorité des maladies se guérissent toutes seules. En cas de fièvre, ils avaient le droit à de l’aspirine ou du paracétamol, un point c’est tout. » Rien ne dit que ce soit là le point final.

A demain @jynau

1 Voir « La guerre de l’homéopathie touche peut-être bientôt à sa fin » Slate.fr 4 avril 2019

Communiqué officiel:

 » En France, le bien fondé du remboursement des médicaments par l’assurance maladie est évalué par la Haute Autorité de Santé (HAS) afin de s’assurer qu’ils présentent un intérêt thérapeutique suffisamment important. La commission de la transparence (CT), composée d’experts indépendants, de la Haute Autorité de Santé a ainsi récemment évalué le service médical rendu par les médicaments homéopathiques, à la demande de la ministre.

À partir de l’ensemble des données médicales et scientifiques disponibles, elle a mis en évidence que ces médicaments n’avaient ni démontré leur efficacité dans les affections pour lesquels des données sont disponibles, ni démontré leur intérêt pour la santé publique notamment pour réduire la consommation d’autres médicaments

L’évaluation scientifique de la Haute Autorité de Santé a donc conclu que l’intérêt clinique de ces produits était insuffisant pour justifier leur prise en charge par la solidarité nationale.  Conformément à ses engagements, la Ministre des solidarités et de la santé suivra l’avis de la HAS et initiera dans les prochains jours la procédure visant à radier les médicaments homéopathiques de la liste des médicaments pris en charge par l’Assurance Maladie au 1er janvier 2021.

Une étape intermédiaire est prévue et consistera à abaisser le taux de remboursement de 30 à 15% au 1er janvier 2020. Cette démarche en 2 temps témoigne de la volonté de la Ministre de permettre aux patients, prescripteurs et industriels concernés de s’adapter progressivement au déremboursement total au 1er janvier 2021. La ministre recevra les industriels, les associations de patients et les professionnels de l’homéopathie dans les prochains jours. »