Menaces de la Sécurité sociale sur le secret médical des salariés ? L’Ordre n’est pas inquiet

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L’affaire commence à faire un peu de bruit dans les médias. On se demande pourquoi.  Résumons : dans un entretien accordé à l’Express/L’Entreprise  le chef du département des « services aux assurés » de l’assurance-maladie, Laurent Bailly, annonce une expérimentation hardie en direction de cinq grandes entreprises de plus de 200 salariés ayant des taux d’absentéisme atypique (à Amiens, Bourg en Bresse, Marseille, Grenoble et l’une sur la Côte d’opale). Il s’agit d’alerter ces entreprises sur leur score record, tout en les informant sur les motifs d’absences de leurs salariés. Objectif affiché : « challenger » ces entreprises « pour faire amorcer une réflexion sur ses conditions de travail, en vue de faire baisser le taux d’absentéisme »,  justifie ce responsable du « service aux assurés ».

Il précise que pour encourager cette « prise de conscience », la Sécu communique d’abord à l’entreprise concernée les coûts d’absence en convertissant « les absences en coût direct (valeur des salaires versés) et en coûts indirects ».

« En cas de contrôle de l’assuré, le motif de l’arrêt est codifié, nous disposons donc de l’information. En l’absence de contrôle, nous parvenons à reconstituer la pathologie à partir des consultations et des remboursements de médicaments. Par exemple, si le salarié a vu un psychiatre et pris des antidépresseurs, on peut en conclure qu’il a été arrêté pour dépression. Ce sont des algorithmes qui font le travail. ».

Questionnement déontologique ? « On s’assure qu’il n’est pas possible, même de manière indirecte, de tracer les personnes. Par ailleurs, nous nous focalisons uniquement sur les établissements de plus de deux cent salariés. Dans les plus petites sociétés, l’employeur pourrait trop facilement établir un lien évident avec tel ou tel collaborateur. » C’est heureux.

Lombalgies, troubles psychosociaux et musculo-squelettiques

Quelques confrères, médecins ou journalistes, en viennent à s’inquiéter, voire à s’indigner. Secret médical potentiellement violé ? Interrogée par Le Quotidien du Médecin l’assurance-maladie affirme bien évidemment respecter les lois sur le secret médical et la protection des données personnelles :

« Sur les entreprises visitées, il y a en moyenne 14 000 jours d’arrêt de travail. Nous ne leur donnons des données agrégées et anonymisées que pour trois types de pathologies, lombalgies, troubles musculo-squelettiques et troubles psychosociaux. Il n’y a aucune donnée, salarié par salarié. Il est impossible de tracer en raison de la taille de ces entreprises. L’intérêt est de donner ces informations en les comparant avec d’autres entreprises du même secteur et de même taille. L’objectif est de les inciter à agir en prévention sur l’organisation du travail par exemple. ».

S’inquiéter ? Vendredi 26 janvier, le Conseil national de l’Ordre des médecins s’est exprimé, dit Le Monde, par la voix de son vice-président, Jacques Lucas : « Nous allons d’abord nous informer précisément et nous agirons ensuite le cas échéant, s’il existe un risque d’identification d’un salarié en particulier. Ce qui ne semble pas être le cas à la lecture intégrale de l’article. »

L’Ordre connaît bien le sujet : il vient de publier « un livre blanc et 33 propositions » pour  soutenir le développement d’une société numérique au service des soignants et des patients. Ne manque qu’un chapitre : « au service de l’entreprise et de ses dirigeants ». On l’attend.

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Post-vérité mentale : comment démontrer que Donald Trump est dans un état normal ?

Bonjour

Les vents tournent. Affirmer le normal après avoir nié le pathologique. Longtemps la question fut de de savoir si le locataire de la Maison Blanche, 71 ans, souffrait d’un trouble de nature psychiatrique. Une impasse. Aujourd’hui un livre rebat soudain les cartes : signé de Michael Wolff – « Fire and the Fury, Inside the Trump White House » (aujourd’hui seulement disponible en anglais). Un ouvrage d’ores et déjà explosif qui a conduit Rex Tillerson, le chef de la diplomatie américaine à monter en première ligne le 5 janvier, pour défendre l’aptitude mentale du président des Etats-Unis à gouverner le pays. De fait Wolff relance le débat sur certains aspects psychopathologiques de la personnalité du dirigeant de la première puissance mondiale.

« Je n’ai jamais remis en cause son aptitude mentale, je n’ai aucune raison de douter de son aptitude mentale, a déclaré M. Tillerson lors d’une interview sur CNN. Il n’est pas comme les présidents d’avant. » Certes. Mais encore ? L’AFP ajoute que M. Tillerson n’a toutefois pas démenti avoir personnellement traité, durant l’été 2017 et en privé, le président de « débile ».

Le livre ? A travers de nombreux témoignages, la plupart anonymes, Michael Wolff relate les dysfonctionnements de l’exécutif américain. Selon lui, tout l’entourage de Donald Trump s’interrogerait sur sa capacité à gouverner. « Ils disent qu’il est comme un enfant. Ce qu’ils veulent dire, c’est qu’il a besoin d’être immédiatement satisfait. Tout tourne autour de lui », vient-il d’affirmer dans une interview sur NBC. « Il est comme une boule de flipper, il part dans tous les sens », a-t-il ajouté. Et de donner comme exemple le fait que le président répète les mêmes histoires « trois fois en dix minutes », une tendance également observée dans ses interventions publiques. Tout cela suffit-il pour oser porter un diagnostic ?

Halte-garderie télévisée pour adultes

« En 336 pages, le récit détaille les aventures du clan Trump dans sa découverte des affaires publiques, puis sa tentative d’échapper à l’enquête du FBI, résume Corine Lesnes dans Le Monde. C’est une succession d’anecdotes, de coups de poignard, d’intrigues de palais : le script d’une série télévisée que seule la sombre personnalité de Steve Bannon, le conseiller en guerre éternelle avec les ennemis de l’Amérique, empêche de tomber tout à fait dans le soap opera. Le langage y est retransmis dans sa vulgarité originale – et intégrale. (…) Tous ses collaborateurs font de Donald Trump un portrait effrayant d’indigence intellectuelle. »

« Trump ne lit pas, écrit encore Michael Wolff dans Fire and Fury. Même pas en diagonale. Si c’est imprimé, ça pourrait aussi bien ne pas exister. » Certains de ses collaborateurs assurent qu’il est « post-lettré, totalement télévision », d’autres qu’il serait  « semi-analphabète »…

Ces critiques, ces inquiétudes, ces hypothèses psychiatriques ne sont certes pas nouvelles. Pour autant l’affaire semble prendre une nouvelle ampleur. Bob Corker, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat a pour sa part comparé la Maison Blanche à une « halte-garderie pour adultes ». « Je sais de source sûre que chaque jour, à la Maison Blanche, le but est de le contenir », a-t-il affirmé en octobre. L’AFP souligne qu’au Congrès, désormais, la question de l’état psychologique du dirigeant suprême est de moins en moins taboue. Plus d’une dizaine d’élus démocrates – et un républicain – ont ainsi consulté en décembre une psychiatre de l’université Yale qui s’interroge publiquement sur sa dégradation mentale.

« Risible », a répondu la porte-parole de la Maison Blanche. Pas de diagnostic confirmé. Qui rira en dernier ?

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Radicalisation et maladie mentale : Gérard Collomb déclenche une polémique psychiatrique

Bonjour

Repérer au plus vite, et grâce aux psychiatres, les individus a priori les plus susceptibles de commettre un acte terroriste. En osant cette proposition Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, savait-il qu’il déclencherait une polémique ? Au lendemain des attentats de Barcelone, dans une fin août caniculaire, l’ancien maire de Lyon connaît désormais les forces en présence. Il y eut tout d’abord la réaction solennelle du Conseil national de l’Ordre des médecins ; réaction vigoureuse rappelant ce qu’il en est, déontologiquement, de cette question.

« Dans un régime de libertés, la coopération des médecins ne peut se faire qu’avec les autorités de justice. Il en va du respect des principes fondamentaux de notre République.  C’est sur ces bases que l’Ordre des médecins se tient prêt à dialoguer avec les autorités de l’Etat afin de garantir, aux médecins et aux patients, le respect du contrat déontologique qui les lie. »

Impuissance de la police

Dans la foulée l’Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique (IDEPP) fait part de son émotion. Tout en reconnaissant que « certains actes de terrorisme ont été commis par des individus souffrant de trouble psychique », ce syndicat affirme dit « ne [pas pouvoir] accepter la teneur des propos du ministre de l’Intérieur ». « La stigmatisation des malades mentaux ne peut apporter aucun élément de progrès, ni en général, ni sur ce sujet, souligne-t-il. L’amalgame entre le terrorisme et la psychiatrie n’est pas acceptable, pas plus que l’amalgame entre la criminalité et la psychiatrie. » Plus généralement l’IDEPP « condamne toute surenchère et toute tentative de pointer la population des malades mentaux comme vecteur de criminalité, dangerosité et de terrorisme en particulier ».

Contactée par le Quotidien du Médecin le Dr Rachel Bocher s’est dit pour sa part « outrée » des propos « extrêmement graves » du ministre de l’Intérieur. « Face à cette confusion entre le monde politique et le monde médical, j’en appelle au président de la République, fustige la présidente de l’INPH, psychiatre et chef de service au CHU de Nantes. Cette vision simpliste de la psychiatrie et ce renvoi de la problématique de la radicalisation et du terrorisme sur la scène médicale traduisent l’impuissance des services de police. »

Quant au Dr Maurice Bensoussan, président du Syndicat des psychiatres français (SPF), il appelle également à arrêter les amalgames et les confusions. « C’est très outrageant pour les personnes atteintes de troubles psychiatriques » souligne-t-il. Des cadres existent déjà, les psychiatres ont des obligations de signalement, peuvent déroger au secret médical dans certains cas très précis. Nous pouvons avoir une réflexion commune sur le sujet, mais chacun doit rester à sa place. »

Domination psychanalytique

Mais il faut également compter avec le point de vue dissonant du Dr Patrice Schoendorff, président de la Fédération française de psycho-criminalistique. Longuement interrogé par le Journal du Dimanche du 27 août. « Il y a urgence à agir sur ces sujets, mais malheureusement, les freins habituels sont tous là, à tous les étages, regrette- t- il. La psychiatrie française, longtemps dominée par la psychanalyse, s’arc-boute derrière le secret médical. Certes, mais travailler avec la justice ou la police ce n’est pas, en soi, violer le secret médical. Nous aurions besoin de davantage de pragmatisme. »

Le Dr Schoendorff ajoute que « l’école française de psychiatrie » a pour caractéristique de « détester le profilage ». « L’immense majorité de mes collègues ne veut pas entendre parler de profils de malades… Or tous les jours, nous sommes bien face à des attaques terroristes perpétrées par des personnes en souffrance psychologique manifeste. Il faudrait bien réfléchir à la question !

Réfléchir ? Le psychiatre précise que la Fédération française de psycho-criminalistique a d’ores et déjà isolé trois « profils », trois « catégories » de « terroristes » : « la première regroupe les idéologues embrigadés. Ceux- là ne concernent que la justice. Ils peuvent intéresser les psys uniquement s’ils cherchent ensuite à se faire passer pour fous. » La deuxième catégorie est celle des individus souffrant de troubles de la personnalité, de l’identité, des personnes fragiles qui peuvent basculer et passer à des actions violentes. « Ceux- là fréquentent un jour ou l’autre les urgences psychiatriques, ou une consultation… C’est sur cette catégorie, probablement celle du conducteur du camion de Nice, que nous devons le plus travailler. Sur laquelle il y a des choses à faire en amont.»

Meilleur maillage au monde

La troisième catégorie regroupe ceux que le Dr Schoendorff appelle des copycats. « Ce sont nos malades habituels, dit-il en souriant (sic). Ils défraient aujourd’hui la chronique un couteau à la main, ou au volant d’une voiture, comme à une autre époque, ils ont défrayé la chronique en tuant des joggeuses quand les meurtres de joggeuses étaient médiatisés. »

Et puis on lit ceci, toujours dans Le Journal du Dimanche (Laurent Valdiguié) : « Le ministère de la Santé devrait immédiatement créer un centre référent pour ces questions. Il faut aussi constituer une banque de données sur ces cas », confie un directeur d’hôpital de la région lyonnaise, sous couvert d’anonymat. Dans son hôpital, il détecte chaque année « jusqu’à cinq cas de radicalisation islamiste ». Ce qui ferait 500 cas potentiels par an en France… « Dans les faits, aucun psychiatre n’est formé à détecter des personnes en cours de radicalisation, admet- il. Mais nous “estimons” des cas comme nous le pouvons et les signalons à la justice et à la préfecture. Mais après, il n’y a aucun retour. »

« En France, nous avons un des meilleurs maillages au monde pour suivre les personnes souffrant de troubles mentaux. Il y a l’hôpital, les consultations… Mais tout ce dispositif n’est pas mobilisé, ni même sensibilisé, à ces phénomènes. C’est navrant », conclut le Dr Patrice Schoendorff. Navrant ?

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Rhume, alcoolémies, embolies : où est le dossier médical complet de Michel Polnareff ?

 

Bonjour

Une seule certitude : le pronostic vital est désengagé. Michel Polareff, annoncé dans un état gravissime a quitté sa chambre de l’American Hospital of Paris le 16 décembre. Il se cache depuis dans la suite d’un palace de la région parisienne où le JDD l’a retrouvé (Renaud Revel). Le journal dominical fait son miel de cette affaire médicale.  Il y  une semaine il révélait la complexité du dossier. Aujourd’hui il apporte de nouveaux éléments qui ne peuvent pas ne pas troubler. Résumé en trois points.

1 L’ordinateur du van Mercedes utilisé par Michel Polnareff confirme que le samedi 3 décembre le véhicule a quitté le très chic hôtel Peninsula (19 avenue Kléber) à 14h 52 pour atteindre l’Hôpital Américain (Neuilly) à 15h05. Or des sites d’information évoquaient la maladie de la star et le diagnostic de son médecin dès 14h55. Peut-on poser un diagnostic d’embolie pulmonaire bilatérale avant l’examen approfondi du malade ? Si oui, comment ? Et, peut-on en faire publiquement état ? Le corps d’une star est-il du domaine public ?

2 L’exemplaire du dossier médical du chanteur transmis au producteur Gilbert Coullier, à sa demande, est (selon le JDD) « incomplet » : aucune IRM ni angiographie, aucun scanner thoracique ni radio pulmonaire (seuls examens susceptibles d’attester l’existence d’une embolie) n’ont été versés à ce dossier. Dans quelles conditions peut-on transmettre un dossier médical au producteur d’une star âgée de 72 ans ? Qui, dans le cas d’une hospitalisation à l’Américain, est habilité à effectuer une telle transmission ? Que pourra, confronté à ces interrogations, nous enseigner le Conseil de l’Ordre des Médecins ?

3 Le JDD évoque, une nouvelle fois et sans fards, l’appétence qu’aurait la star pour les boissons alcooliques, cocktails de palaces ou, dernièrement, vins de Champagne – et ce « dans une attitude peu conforme à la description inquiétante livrée par son entourage ».

Et maintenant ? « On peut considérer qu’il est guéri, mais il reste en mauvais état » a déclaré sur BFMTV le désormais célèbre Dr Philippe Siou, l’un de ses médecins personnels. Il n’est pas totalement remis. Il est parti en convalescence pour plusieurs semaines. » « Guéri » de quoi ? Quel est ce « mauvais état » ? Où est le dossier médical complet ? Quand la star sera-t-elle vraiment hors de tous les dangers ?

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Affaire Polnareff : le Dr Siou (Hôpital Américain) «menacé». L’Ordre des médecins est saisi

 

Bonjour

Sur la foi des gazettes, on avait suspecté un retard au diagnostic. Puis vinrent les révélations du Journal du Dimanche. C’est aujourd’hui le diagnostic excessif, voire le certificat de complaisance qui sont dans la ligne de mire. Où l’on retrouve le célèbre Hôpital Américain de Paris/Neuilly.

Y avait-il bien une embolie pulmonaire bilatérale chez la star septuagénaire? Y a-t-il eu, ou non, imprégnation alcoolique massive ? Si oui cette dernière a-t-elle eu un rôle dans le tableau clinique décrit par le Dr Philippe Siou ? Après les éléments convergents laissant entendre que le chanteur pourrait avoir menti quant aux raisons de l’annulation de ses derniers concerts, le Dr Siou a réfuté tout traitement de complaisance dans un entretien donné au Parisien dimanche (on y voit la vidéo – « bord du précipice »). Ses propos, affirmatifs et troublants, valent d’être rapportés :

 Vaisseaux bouchés

« Je ne suis pas l’ami de Michel Polnareff, je suis médecin, un technicien, un praticien. Il a été victime d’une embolie pulmonaire et son pronostic vital était engagé. J’ai fait une déclaration écrite officielle lundi dernier qui m’engage, mais engage aussi l’hôpital sur la base d’examens complets. Je n’ai aucun état d’âme. Lorsqu’un expert sera nommé, il constatera sur les radios que ses vaisseaux pulmonaires étaient complètement bouchés. L’hôpital fonctionne avec un système à l’américaine, très légaliste, où tout ce que nous faisons est consigné. Je suis responsable de ce dossier, mais je ne suis pas seul à avoir pris en charge Michel Polnareff.» 

 «On m’a averti avant même de prendre en charge samedi Michel Polnareff : « Attention, c’est une escroquerie ». Et on m’a menacé: « On va vous faire un procès ». Je peux vous dire que j’ai été doublement vigilant, que j’ai regardé d’encore plus près son état de santé. Je l’aurais récusé si j’avais eu le moindre doute. Il n’était pas ivre quand il est arrivé, pas même imbibé, il était juste très mal. Et j’ai fait un bilan hépatique qui concluait qu’il était totalement à jeun. S’il s’était pris une cuite la veille et même jeudi soir, il y aurait eu une trace sur les examens. Et ce n’est pas le cas, ils sont formellement négatifs. De toute façon, un état d’ébriété n’a jamais entrainé une embolie pulmonaire.»

Pronostic vital désengagé

Le Dr Siou décrit aujourd’hui son patient comme «mentalement stressé», voire «complètement traumatisé» par ce qui se passe, de la gravité de sa maladie aux accusations dont il fait l’objet. A-t-il été « menacé » ? «Le producteur de Michel Polnareff, Gilbert Coullier n’est pas quelqu’un de menaçant et n’a pas eu de contacts avec le Dr Siou», précisent les avocats de Gilbert Coullier. Ce dernier a ensuite annoncé qu’il allait déposer une plainte devant l’Ordre des médecins.

Dans un entretien accordé à Gala , l’attaché de presse de Michel Polnareff, Fabien Lecoeuvre, affirme, quant à lui, que le chanteur est « attristé » que son producteur « refuse de reconnaître sa maladie ». Où l’on comprend que le pronostic vital de la star n’est plus engagé. Où l’on découvre, aussi, le parcours du Dr Philippe Siou. Cet interniste exerçant  à l’Hôpital Américain 1 est aussi l’auteur d’un roman : Propofol (éditions Léo Scheer) 2. Il y narre des bribes de sa vie de « médecin de célébrités » – tout en prenant soin de mêler fiction et réalité afin de ne pas compromettre le secret professionnel. On lira ici un extrait : « quelques jours passés en compagnie de Michael Jackson à faire « la nounou » de la star ».

Sharon Stone et  Michael Jackson

On peut aussi lire, gratuitement, un entretien qu’il a accordé au site Egora (Sandy Berrebi-Bonin) dans lequel il évoque les relations dominants-dominés inhérentes à la spécialisation de « médecin des puissants ». Extraits :

« Je n’en suis pas à mon premier ouvrage. C’est en revanche le premier roman que je publie. J’en avais déjà écrit huit mais je ne les avais jamais proposés à la publication. Cette fois-ci, c’est l’éditeur, que je connaissais, qui est venu me trouver parce qu’il aimait bien ce que je faisais. Ce ne sont pas mes aventures de médecin avec des patients célèbres. Il se trouve que j’ai beaucoup navigué dans ces milieux et j’ai voulu en raconter l’esprit. Pour le faire, il fallait que je donne des exemples. Les exemples que j’ai donnés sont absolument non nominatifs.

« (…) Sharon Stone, je l’ai rencontrée à titre privé. Je ne raconte pas que je l’examine. Il y a quand même des problèmes de secret médical. Je me suis donc servi d’éléments purement biographiques et de connaissance du milieu pour raconter comment cela fonctionne. Pour ceux que je ne nomme pas, il s’agit d’aventures romancées. Si je racontais les événements, tels qu’ils se sont exactement passés, il ne s’agirait plus d’un roman mais d’un reportage (…) Pour ce qui est de l’atteinte à la vie privée, elle tombe lors du décès (…)

Savoir ne pas dire non

« Je suis médecin interniste et praticien hospitalier. Tous les PH ne sont pas capables de soigner les célébrités car les patients VIP sont très souvent directifs et autoritaires. Ils ordonnent souvent ce qu’ils veulent, bien que cela ne corresponde pas du tout à la réalité. Il faut savoir les gérer en ayant une capacité pédagogique. Il faut savoir ne pas leur dire non, tout en ne faisant pas n’importe quoi. Il faut avoir les arguments pour les convaincre de ce qu’il faut faire lorsque l’on n’est pas d’accord avec ce qu’ils veulent. Ces patients se donnent très peu de temps pour nous juger. S’ils estiment que le médecin est déficient, non pertinent voire pire, impertinent, il est viré. Tenir est un exercice… »

Interrogé sur le fait de savoir s’il préparait une suite à ce roman le Dr Philippe Siou répondait : « Oui il y aura effectivement une suite, parce qu’elle m’est demandée de toutes parts ! »

A demain

1 Doctolib : « Le Docteur Philippe Siou vous accueille au sein de l’Hôpital Américain de Paris à Neuilly-sur-Seine. (Merci de noter également que l’AHP (Hôpital Américain de Paris) est un établissement privé qui pratique des dépassements d’honoraires). Le médecin généraliste reçoit les enfants et les adultes pour tous types de soins médicaux généraux (consultation, contrôle annuel, vaccination, bilan de santé). Il traite également les maladies infectieuses et assure le suivi des nourrissons (pesée, mesure, vaccination). Conventionné secteur 1 Carte Vitale non acceptée. »

2  http://leoscheer.com/spip.php?page=presse&id_article=2372. Le propofol (diisopropylphénol) est un anesthésique général intraveineux de courte durée d’action. Il peut être utilisé dans l’induction et l’entretien de l’anesthésie générale et la sédation de patients ventilés dans les services de réanimation. Le propofol est aussi utilisé de manière courante en médecine vétérinaire.

 

 

 

 

Le mal étrange de Michel Polnareff : la double embolie pulmonaire était presque parfaite

 

Bonjour

Ainsi donc des médecins d’une star auraient flirté avec la vérité ? Telle est l’une des conclusions qui s’impose aujourd’hui à la lecture du Journal du Dimanche (Renaud Revel) : « Révélations sur l’étrange mal de Michel Polnareff ». Mal étrange …étrange enquête… étrange partie de billard… :

« L’état de santé de Michel Polareff, hospitalisé la semaine dernière, suscite le doute de ses producteurs. Le JDD retrace les trois jours qui ont fait vaciller la star.

L’hospitalisation en urgence de Michel Polnareff, le 3 décembre, cache-t-elle un imbroglio personnel, un litige financier et une intox médiatique? Alors que le chanteur a annulé les deux derniers concerts de sa tournée et que ses proches expriment toujours des inquiétudes sur son état de santé, les zones d’ombre et les contradictions de la version officielle suscitent la perplexité. Selon l’enquête du JDD, le producteur de ses spectacles a diligenté des vérifications qui l’ont conduit à saisir ses avocats. D’importantes sommes – le montant du remboursement des spectateurs pour les deux concerts annulés, soit près de 500.000 euros – sont en jeu. Si la star ne semble pas près de remonter sur scène, l’affaire pourrait s’achever devant un tribunal.

Soirée et nuit excessivement arrosée

 Le JDD reconstitue l’agenda du chanteur depuis son dernier concert, à Bordeaux le 30 novembre. Où l’on apprend que Polnareff  a passé une soirée très arrosée le jeudi 1er décembre, veille de son concert parisien. Qu’il s’est effondré sur la table. « C’était impressionnant, je ne l’avais jamais vu dans un tel état », raconte son garde du corps.

Le lendemain pourtant, « il était en pleine forme à son réveil ». Mais en début de soirée, alors que les spectateurs se massent déjà devant la salle Pleyel, Polnareff diffuse une vidéo sur Facebook pour déclarer forfait : « Je ne pourrai pas assurer le show ce soir, je suis dans un état d’épuisement total », s’excuse-t-il. Nul ne sait alors qu’auparavant, des tractations tendues ont eu lieu entre la production du spectacle et le chanteur. Et que la soirée de l’artiste a, encore une fois, été agitée…

Des annonces contradictoires et de nombreuses incohérences, que le JDD révèle, ont alimenté la méfiance des producteurs toute la semaine. Samedi, Michel Polnareff était toujours hospitalisé. Sa tournée est terminée. Une bataille judiciaire vient peut-être de commencer. (…) »

Entre la mort et la vie

On lira la suite dans le quotidien dominical. Ce dernier n’aborde toutefois pas la dimension plus proprement médicale de cette affaire. Nous avons vu, le 5 décembre, que les discours publiquement tenu par deux médecins  (et de ceux de l’Hôpital Américain) permettaient de conclure  à un syndrome infectieux doublé d’une double embolie pulmonaire. Un tableau séquentiel assez peu typique et un « pronostic vital engagé » qui soulevaient la question du site d’hospitalisation : pourquoi ne pas avoir choisi l’un des phares interniste et réanimateur des Hôpitaux de Paris ?

On en venait même à imaginer une erreur de diagnostic. Que disait-on à la presse, alors ? «  Le docteur Jean Abitbol, qui est l’ORL de grandes stars comme Céline Dion 1 lui avait donné un traitement par piqûres intramusculaires pour soigner une  infection et qu’il puisse monter sur scène. Mais son état était plus grave qu’on ne le supposait.  Et on s’en est aperçu seulement à l’hôpital. »

Mal tourner

« Les nouvelles sont encourageantes dans la mesure où le diagnostic a été effectué. Il a une embolie pulmonaire bilatérale, c’est évidemment assez étendu. Son infection respiratoire avait été traitée il y a un peu plus d’une semaine et son état s’aggravait »,  confiait le Dr Philippe Siou à RTL. Selon ce médecin généraliste consultant à l’ « Américain », le chanteur ne se trouverait plus entre la vie et la mort : « Grâce à Dieu, il ne l’est plus, mais s’il n’avait pas été diagnostiqué, s’il n’avait pas été traité, effectivement, les choses auraient pu tourner mal. C’est quand même une cause très classique de mort subite ». Le pouvoir de la voix.

Il y avait aussi ce certificat de l’American Hospital of Paris établissant que Michel Polnareff avait été hospitalisé « dans le cadre d’un syndrome infectieux traité depuis une semaine ». Et que les examens pratiqués lors de son hospitalisation ont révélé une embolie pulmonaire bilatérale qui engage son pronostic vital ». Ce certificat avait été rendu public le 5 décembre par l’entourage de la star. Qui avait signé ce document ? A la lumière de l’enquête du JDD la réponse à cette question pourrait ne pas être sans intérêt.

A demain

1 Abitbol J. « Le pouvoir de la voix » Editions Allary Paris 2016

 

Au nom du Conseil d’Etat le patronat pourra examiner la salive de ses salariés

 

Bonjour

Sans la vigilance de l’Agence France Presse personne ne l’aurait su : en France, désormais, un employeur peut intégrer dans son règlement intérieur un contrôle de consommation de drogue de ses salariés. Cette disposition résulte d’un jugement rendu il y a quelques jours  par le Conseil d’Etat.

En mars 2012, l’inspection du travail du Gard avait exigé qu’une société de BTP retire de son règlement la possibilité que de tels tests soient réalisés par un supérieur hiérarchique et que, s’ils se révélaient positifs, ils puissent entraîner une sanction allant jusqu’au licenciement. Deux ans plus tard, le tribunal administratif avait donné raison à l’entreprise avant que le ministère du Travail porte l’affaire devant la Cour administrative d’appel de Marseille l’année suivante. Puis l’affaire arriva à Paris et le Conseil d’Etat vient de trancher.

Conscience altérée

Sur la réalisation des tests le Conseil d’Etat rappele qu’ « aucune règle ni aucun principe ne réservent le recueil d’un échantillon de salive à une profession médicale ». Pas besoin, donc, d’un médecin du travail pour user d’un écouvillon. Un supérieur hiérarchique est parfaitement  en droit de pratiquer des tests. Le licenciement pose une question plus délicate : celle de la liberté du salarié. Le code du travail (actuel) dispose que « nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché ».  

Que recherchera le « supérieur hiérarchique » chez son subalterne ? De la drogue bien sûr, et tout ce qui est de nature à altérer l’état de conscience et à mettre le salarié en danger. Et le code du travail exige de l’employeur de respecter la liberté du salarié mais aussi d’assurer sa sécurité. Corneille, en somme, et son dilemme. A l’ombre de la Comédie française les magistrats du Conseil d’Etat ont jugé que l’employeur-testeur du Gard n’avait pas attenté de manière disproportionnée aux droits des personnes et aux libertés individuelles. Feu vert, donc, aux tests salivaires – à commencer pour les employés des postes dit «hypersensibles» eu égard à la sécurité.

 Orwell

Qu’est-ce qu’un poste «hypersensible» ? Le Conseil d’Etat se limite à évoquer ceux pour lesquels «l’emprise de la drogue constitue un danger particulièrement élevé pour le salarié et pour les tiers». On voit là une possibilité pratiquement infinie d’extension de cette définition. Le salarié pourra toutefois s’opposer en cas de contrôle positif. Il lui serait possible de demander une contre expertise médicale à la charge de son employeur car, selon le Conseil d’Etat, les tests salivaires de détection de substances stupéfiantes présentent «des risques d’erreur».

La belle affaire. Ce ne sont là que des ajustements contingents. Qu’il le reconnaisse ou pas le Conseil d’Etat vient d’entrouvrir la porte, millésimée 1984, de Big Brother. Grâce à ses magistrats les employeurs peuvent avoir accès à des données biologiques de  leurs employés….

Jadis la gauche se serait révoltée devant une telle possibilité offerte au patronat. La gauche n’est plus là où elle était. Mais on peut aller plus loin : que dira le Conseil d’Etat lorsque la question se posera pour des employés du service public – à commencer par ceux du monde hospitalier. « Citoyen chirurgien, au nom du Conseil d’Etat nous allons, pour ton bien, te faire un test salivaire ! ».

A demain