Rhume, alcoolémies, embolies : où est le dossier médical complet de Michel Polnareff ?

 

Bonjour

Une seule certitude : le pronostic vital est désengagé. Michel Polareff, annoncé dans un état gravissime a quitté sa chambre de l’American Hospital of Paris le 16 décembre. Il se cache depuis dans la suite d’un palace de la région parisienne où le JDD l’a retrouvé (Renaud Revel). Le journal dominical fait son miel de cette affaire médicale.  Il y  une semaine il révélait la complexité du dossier. Aujourd’hui il apporte de nouveaux éléments qui ne peuvent pas ne pas troubler. Résumé en trois points.

1 L’ordinateur du van Mercedes utilisé par Michel Polnareff confirme que le samedi 3 décembre le véhicule a quitté le très chic hôtel Peninsula (19 avenue Kléber) à 14h 52 pour atteindre l’Hôpital Américain (Neuilly) à 15h05. Or des sites d’information évoquaient la maladie de la star et le diagnostic de son médecin dès 14h55. Peut-on poser un diagnostic d’embolie pulmonaire bilatérale avant l’examen approfondi du malade ? Si oui, comment ? Et, peut-on en faire publiquement état ? Le corps d’une star est-il du domaine public ?

2 L’exemplaire du dossier médical du chanteur transmis au producteur Gilbert Coullier, à sa demande, est (selon le JDD) « incomplet » : aucune IRM ni angiographie, aucun scanner thoracique ni radio pulmonaire (seuls examens susceptibles d’attester l’existence d’une embolie) n’ont été versés à ce dossier. Dans quelles conditions peut-on transmettre un dossier médical au producteur d’une star âgée de 72 ans ? Qui, dans le cas d’une hospitalisation à l’Américain, est habilité à effectuer une telle transmission ? Que pourra, confronté à ces interrogations, nous enseigner le Conseil de l’Ordre des Médecins ?

3 Le JDD évoque, une nouvelle fois et sans fards, l’appétence qu’aurait la star pour les boissons alcooliques, cocktails de palaces ou, dernièrement, vins de Champagne – et ce « dans une attitude peu conforme à la description inquiétante livrée par son entourage ».

Et maintenant ? « On peut considérer qu’il est guéri, mais il reste en mauvais état » a déclaré sur BFMTV le désormais célèbre Dr Philippe Siou, l’un de ses médecins personnels. Il n’est pas totalement remis. Il est parti en convalescence pour plusieurs semaines. » « Guéri » de quoi ? Quel est ce « mauvais état » ? Où est le dossier médical complet ? Quand la star sera-t-elle vraiment hors de tous les dangers ?

A demain

Affaire Polnareff : le Dr Siou (Hôpital Américain) «menacé». L’Ordre des médecins est saisi

 

Bonjour

Sur la foi des gazettes, on avait suspecté un retard au diagnostic. Puis vinrent les révélations du Journal du Dimanche. C’est aujourd’hui le diagnostic excessif, voire le certificat de complaisance qui sont dans la ligne de mire. Où l’on retrouve le célèbre Hôpital Américain de Paris/Neuilly.

Y avait-il bien une embolie pulmonaire bilatérale chez la star septuagénaire? Y a-t-il eu, ou non, imprégnation alcoolique massive ? Si oui cette dernière a-t-elle eu un rôle dans le tableau clinique décrit par le Dr Philippe Siou ? Après les éléments convergents laissant entendre que le chanteur pourrait avoir menti quant aux raisons de l’annulation de ses derniers concerts, le Dr Siou a réfuté tout traitement de complaisance dans un entretien donné au Parisien dimanche (on y voit la vidéo – « bord du précipice »). Ses propos, affirmatifs et troublants, valent d’être rapportés :

 Vaisseaux bouchés

« Je ne suis pas l’ami de Michel Polnareff, je suis médecin, un technicien, un praticien. Il a été victime d’une embolie pulmonaire et son pronostic vital était engagé. J’ai fait une déclaration écrite officielle lundi dernier qui m’engage, mais engage aussi l’hôpital sur la base d’examens complets. Je n’ai aucun état d’âme. Lorsqu’un expert sera nommé, il constatera sur les radios que ses vaisseaux pulmonaires étaient complètement bouchés. L’hôpital fonctionne avec un système à l’américaine, très légaliste, où tout ce que nous faisons est consigné. Je suis responsable de ce dossier, mais je ne suis pas seul à avoir pris en charge Michel Polnareff.» 

 «On m’a averti avant même de prendre en charge samedi Michel Polnareff : « Attention, c’est une escroquerie ». Et on m’a menacé: « On va vous faire un procès ». Je peux vous dire que j’ai été doublement vigilant, que j’ai regardé d’encore plus près son état de santé. Je l’aurais récusé si j’avais eu le moindre doute. Il n’était pas ivre quand il est arrivé, pas même imbibé, il était juste très mal. Et j’ai fait un bilan hépatique qui concluait qu’il était totalement à jeun. S’il s’était pris une cuite la veille et même jeudi soir, il y aurait eu une trace sur les examens. Et ce n’est pas le cas, ils sont formellement négatifs. De toute façon, un état d’ébriété n’a jamais entrainé une embolie pulmonaire.»

Pronostic vital désengagé

Le Dr Siou décrit aujourd’hui son patient comme «mentalement stressé», voire «complètement traumatisé» par ce qui se passe, de la gravité de sa maladie aux accusations dont il fait l’objet. A-t-il été « menacé » ? «Le producteur de Michel Polnareff, Gilbert Coullier n’est pas quelqu’un de menaçant et n’a pas eu de contacts avec le Dr Siou», précisent les avocats de Gilbert Coullier. Ce dernier a ensuite annoncé qu’il allait déposer une plainte devant l’Ordre des médecins.

Dans un entretien accordé à Gala , l’attaché de presse de Michel Polnareff, Fabien Lecoeuvre, affirme, quant à lui, que le chanteur est « attristé » que son producteur « refuse de reconnaître sa maladie ». Où l’on comprend que le pronostic vital de la star n’est plus engagé. Où l’on découvre, aussi, le parcours du Dr Philippe Siou. Cet interniste exerçant  à l’Hôpital Américain 1 est aussi l’auteur d’un roman : Propofol (éditions Léo Scheer) 2. Il y narre des bribes de sa vie de « médecin de célébrités » – tout en prenant soin de mêler fiction et réalité afin de ne pas compromettre le secret professionnel. On lira ici un extrait : « quelques jours passés en compagnie de Michael Jackson à faire « la nounou » de la star ».

Sharon Stone et  Michael Jackson

On peut aussi lire, gratuitement, un entretien qu’il a accordé au site Egora (Sandy Berrebi-Bonin) dans lequel il évoque les relations dominants-dominés inhérentes à la spécialisation de « médecin des puissants ». Extraits :

« Je n’en suis pas à mon premier ouvrage. C’est en revanche le premier roman que je publie. J’en avais déjà écrit huit mais je ne les avais jamais proposés à la publication. Cette fois-ci, c’est l’éditeur, que je connaissais, qui est venu me trouver parce qu’il aimait bien ce que je faisais. Ce ne sont pas mes aventures de médecin avec des patients célèbres. Il se trouve que j’ai beaucoup navigué dans ces milieux et j’ai voulu en raconter l’esprit. Pour le faire, il fallait que je donne des exemples. Les exemples que j’ai donnés sont absolument non nominatifs.

« (…) Sharon Stone, je l’ai rencontrée à titre privé. Je ne raconte pas que je l’examine. Il y a quand même des problèmes de secret médical. Je me suis donc servi d’éléments purement biographiques et de connaissance du milieu pour raconter comment cela fonctionne. Pour ceux que je ne nomme pas, il s’agit d’aventures romancées. Si je racontais les événements, tels qu’ils se sont exactement passés, il ne s’agirait plus d’un roman mais d’un reportage (…) Pour ce qui est de l’atteinte à la vie privée, elle tombe lors du décès (…)

Savoir ne pas dire non

« Je suis médecin interniste et praticien hospitalier. Tous les PH ne sont pas capables de soigner les célébrités car les patients VIP sont très souvent directifs et autoritaires. Ils ordonnent souvent ce qu’ils veulent, bien que cela ne corresponde pas du tout à la réalité. Il faut savoir les gérer en ayant une capacité pédagogique. Il faut savoir ne pas leur dire non, tout en ne faisant pas n’importe quoi. Il faut avoir les arguments pour les convaincre de ce qu’il faut faire lorsque l’on n’est pas d’accord avec ce qu’ils veulent. Ces patients se donnent très peu de temps pour nous juger. S’ils estiment que le médecin est déficient, non pertinent voire pire, impertinent, il est viré. Tenir est un exercice… »

Interrogé sur le fait de savoir s’il préparait une suite à ce roman le Dr Philippe Siou répondait : « Oui il y aura effectivement une suite, parce qu’elle m’est demandée de toutes parts ! »

A demain

1 Doctolib : « Le Docteur Philippe Siou vous accueille au sein de l’Hôpital Américain de Paris à Neuilly-sur-Seine. (Merci de noter également que l’AHP (Hôpital Américain de Paris) est un établissement privé qui pratique des dépassements d’honoraires). Le médecin généraliste reçoit les enfants et les adultes pour tous types de soins médicaux généraux (consultation, contrôle annuel, vaccination, bilan de santé). Il traite également les maladies infectieuses et assure le suivi des nourrissons (pesée, mesure, vaccination). Conventionné secteur 1 Carte Vitale non acceptée. »

2  http://leoscheer.com/spip.php?page=presse&id_article=2372. Le propofol (diisopropylphénol) est un anesthésique général intraveineux de courte durée d’action. Il peut être utilisé dans l’induction et l’entretien de l’anesthésie générale et la sédation de patients ventilés dans les services de réanimation. Le propofol est aussi utilisé de manière courante en médecine vétérinaire.

 

 

 

 

Le mal étrange de Michel Polnareff : la double embolie pulmonaire était presque parfaite

 

Bonjour

Ainsi donc des médecins d’une star auraient flirté avec la vérité ? Telle est l’une des conclusions qui s’impose aujourd’hui à la lecture du Journal du Dimanche (Renaud Revel) : « Révélations sur l’étrange mal de Michel Polnareff ». Mal étrange …étrange enquête… étrange partie de billard… :

« L’état de santé de Michel Polareff, hospitalisé la semaine dernière, suscite le doute de ses producteurs. Le JDD retrace les trois jours qui ont fait vaciller la star.

L’hospitalisation en urgence de Michel Polnareff, le 3 décembre, cache-t-elle un imbroglio personnel, un litige financier et une intox médiatique? Alors que le chanteur a annulé les deux derniers concerts de sa tournée et que ses proches expriment toujours des inquiétudes sur son état de santé, les zones d’ombre et les contradictions de la version officielle suscitent la perplexité. Selon l’enquête du JDD, le producteur de ses spectacles a diligenté des vérifications qui l’ont conduit à saisir ses avocats. D’importantes sommes – le montant du remboursement des spectateurs pour les deux concerts annulés, soit près de 500.000 euros – sont en jeu. Si la star ne semble pas près de remonter sur scène, l’affaire pourrait s’achever devant un tribunal.

Soirée et nuit excessivement arrosée

 Le JDD reconstitue l’agenda du chanteur depuis son dernier concert, à Bordeaux le 30 novembre. Où l’on apprend que Polnareff  a passé une soirée très arrosée le jeudi 1er décembre, veille de son concert parisien. Qu’il s’est effondré sur la table. « C’était impressionnant, je ne l’avais jamais vu dans un tel état », raconte son garde du corps.

Le lendemain pourtant, « il était en pleine forme à son réveil ». Mais en début de soirée, alors que les spectateurs se massent déjà devant la salle Pleyel, Polnareff diffuse une vidéo sur Facebook pour déclarer forfait : « Je ne pourrai pas assurer le show ce soir, je suis dans un état d’épuisement total », s’excuse-t-il. Nul ne sait alors qu’auparavant, des tractations tendues ont eu lieu entre la production du spectacle et le chanteur. Et que la soirée de l’artiste a, encore une fois, été agitée…

Des annonces contradictoires et de nombreuses incohérences, que le JDD révèle, ont alimenté la méfiance des producteurs toute la semaine. Samedi, Michel Polnareff était toujours hospitalisé. Sa tournée est terminée. Une bataille judiciaire vient peut-être de commencer. (…) »

Entre la mort et la vie

On lira la suite dans le quotidien dominical. Ce dernier n’aborde toutefois pas la dimension plus proprement médicale de cette affaire. Nous avons vu, le 5 décembre, que les discours publiquement tenu par deux médecins  (et de ceux de l’Hôpital Américain) permettaient de conclure  à un syndrome infectieux doublé d’une double embolie pulmonaire. Un tableau séquentiel assez peu typique et un « pronostic vital engagé » qui soulevaient la question du site d’hospitalisation : pourquoi ne pas avoir choisi l’un des phares interniste et réanimateur des Hôpitaux de Paris ?

On en venait même à imaginer une erreur de diagnostic. Que disait-on à la presse, alors ? «  Le docteur Jean Abitbol, qui est l’ORL de grandes stars comme Céline Dion 1 lui avait donné un traitement par piqûres intramusculaires pour soigner une  infection et qu’il puisse monter sur scène. Mais son état était plus grave qu’on ne le supposait.  Et on s’en est aperçu seulement à l’hôpital. »

Mal tourner

« Les nouvelles sont encourageantes dans la mesure où le diagnostic a été effectué. Il a une embolie pulmonaire bilatérale, c’est évidemment assez étendu. Son infection respiratoire avait été traitée il y a un peu plus d’une semaine et son état s’aggravait »,  confiait le Dr Philippe Siou à RTL. Selon ce médecin généraliste consultant à l’ « Américain », le chanteur ne se trouverait plus entre la vie et la mort : « Grâce à Dieu, il ne l’est plus, mais s’il n’avait pas été diagnostiqué, s’il n’avait pas été traité, effectivement, les choses auraient pu tourner mal. C’est quand même une cause très classique de mort subite ». Le pouvoir de la voix.

Il y avait aussi ce certificat de l’American Hospital of Paris établissant que Michel Polnareff avait été hospitalisé « dans le cadre d’un syndrome infectieux traité depuis une semaine ». Et que les examens pratiqués lors de son hospitalisation ont révélé une embolie pulmonaire bilatérale qui engage son pronostic vital ». Ce certificat avait été rendu public le 5 décembre par l’entourage de la star. Qui avait signé ce document ? A la lumière de l’enquête du JDD la réponse à cette question pourrait ne pas être sans intérêt.

A demain

1 Abitbol J. « Le pouvoir de la voix » Editions Allary Paris 2016

 

Au nom du Conseil d’Etat le patronat pourra examiner la salive de ses salariés

 

Bonjour

Sans la vigilance de l’Agence France Presse personne ne l’aurait su : en France, désormais, un employeur peut intégrer dans son règlement intérieur un contrôle de consommation de drogue de ses salariés. Cette disposition résulte d’un jugement rendu il y a quelques jours  par le Conseil d’Etat.

En mars 2012, l’inspection du travail du Gard avait exigé qu’une société de BTP retire de son règlement la possibilité que de tels tests soient réalisés par un supérieur hiérarchique et que, s’ils se révélaient positifs, ils puissent entraîner une sanction allant jusqu’au licenciement. Deux ans plus tard, le tribunal administratif avait donné raison à l’entreprise avant que le ministère du Travail porte l’affaire devant la Cour administrative d’appel de Marseille l’année suivante. Puis l’affaire arriva à Paris et le Conseil d’Etat vient de trancher.

Conscience altérée

Sur la réalisation des tests le Conseil d’Etat rappele qu’ « aucune règle ni aucun principe ne réservent le recueil d’un échantillon de salive à une profession médicale ». Pas besoin, donc, d’un médecin du travail pour user d’un écouvillon. Un supérieur hiérarchique est parfaitement  en droit de pratiquer des tests. Le licenciement pose une question plus délicate : celle de la liberté du salarié. Le code du travail (actuel) dispose que « nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché ».  

Que recherchera le « supérieur hiérarchique » chez son subalterne ? De la drogue bien sûr, et tout ce qui est de nature à altérer l’état de conscience et à mettre le salarié en danger. Et le code du travail exige de l’employeur de respecter la liberté du salarié mais aussi d’assurer sa sécurité. Corneille, en somme, et son dilemme. A l’ombre de la Comédie française les magistrats du Conseil d’Etat ont jugé que l’employeur-testeur du Gard n’avait pas attenté de manière disproportionnée aux droits des personnes et aux libertés individuelles. Feu vert, donc, aux tests salivaires – à commencer pour les employés des postes dit «hypersensibles» eu égard à la sécurité.

 Orwell

Qu’est-ce qu’un poste «hypersensible» ? Le Conseil d’Etat se limite à évoquer ceux pour lesquels «l’emprise de la drogue constitue un danger particulièrement élevé pour le salarié et pour les tiers». On voit là une possibilité pratiquement infinie d’extension de cette définition. Le salarié pourra toutefois s’opposer en cas de contrôle positif. Il lui serait possible de demander une contre expertise médicale à la charge de son employeur car, selon le Conseil d’Etat, les tests salivaires de détection de substances stupéfiantes présentent «des risques d’erreur».

La belle affaire. Ce ne sont là que des ajustements contingents. Qu’il le reconnaisse ou pas le Conseil d’Etat vient d’entrouvrir la porte, millésimée 1984, de Big Brother. Grâce à ses magistrats les employeurs peuvent avoir accès à des données biologiques de  leurs employés….

Jadis la gauche se serait révoltée devant une telle possibilité offerte au patronat. La gauche n’est plus là où elle était. Mais on peut aller plus loin : que dira le Conseil d’Etat lorsque la question se posera pour des employés du service public – à commencer par ceux du monde hospitalier. « Citoyen chirurgien, au nom du Conseil d’Etat nous allons, pour ton bien, te faire un test salivaire ! ».

A demain

 

Generali Vitality ® récompensera tous les salariés qui feront des efforts pour leur santé

Bonjour

Rien de plus beau qu’un assureur qui prend soin du corps de ses clients. Ainsi  Generali France  (filiale de l’assureur italien Generali )  qui présentait début septembre son nouveau programme d’assurance au comportement, « Vitality ».  C’est là une option proposée avec la complémentaire santé ou la prévoyance collective. On pourra souscrire à partir du 1er  janvier 2017. Les entreprises clientes pourront alors choisir d’activer le programme pour leurs salariés.

C’est une première en France et, en septembre, Le Monde (Jade Grandin de l’Eprevier) y consacra sa manchette. Sans doute nous étions-nous mal compris. Aucune entourloupe, ici. Aucun vide de forme, aucune atteinte aux droits de l’homme et à son intimité. C’est si vrai que Le Figaro (publicité) revient sur le sujet : « Vrai ou faux : le Quiz Generali Vitality ® : Pour mieux comprendre, focus et réponses sur quelques innovations. ».

Rappelons l’essentiel 

« Le salarié commence par faire un bilan de santé en ligne, en renseignant de multiples données : l’état civil, l’âge, le poids, la taille, mais aussi l’alimentation, la pratique d’activités physiques, la qualité de son sommeil, les derniers bilans sanguins…

« Il doit détailler sa situation par rapport au stress, sa consommation de tabac, sa fréquence de rencontres des professions médicales, etc. Le programme recueille aussi des données à partir des objets connectés (bracelet podomètre, balance connectée…) si le particulier en possède. L’utilisateur peut toutefois ne pas fournir certaines données sans que cela bloque le programme. »

Tout y est expliqué, aplani, simplifié. Qu’y apprend-on ? Que non, le tarif de l’assurance ne varie pas selon l’état de santé du salarié. Ce tarif de l’assurance santé « est absolument identique pour tous les salariés d’une même entreprise, quel que soit leur état de santé et qu’ils s’engagent ou non dans le programme Generali Vitality ®. »

Tarif unique

Faux également de laisser entendre que les données recueillies sur les salariés vont permettre d’augmenter le tarif de ceux qui sont en mauvaise santé, voire même de les exclure de l’assurance. « Le tarif est le même pour tous les salariés, jure l’assureur. Il n’y a donc à aucun moment de discrimination tarifaire liée à l’état de santé des salariés. » Tout cela est si vrai que dans les contrats santé d’entreprise, la réglementation interdit d’exclure des salariés : Generali France le voudrait-il qu’il ne le pourrait pas : il est obligé d’assurer tout le monde au même tarif.

De méchantes langues concurrentes laissent entendre que l’assureur pourrait avoir accès aux données offertes par les salariés dans le cadre du programme Generali Vitality ®. Faux : «  Le programme Generali Vitality ® est géré par une société indépendante. Les données qui y sont logées sont sécurisées et ni l’assureur, ni l’employeur ne peuvent y avoir accès. De toute façon, c’est formellement interdit par la loi française. Autre point important, le salarié peut à tout moment faire machine arrière et demander à ce que toutes ses données soient effacées.

Ethique syndicale

Une question de nature éthique et syndicale : un  employeur peut-il sanctionner un salarié qui ne participerait pas au programme Vitality ® ? La réponse est bien évidemment négative : le programme est « totalement facultatif » pour les salariés. Mieux encore : l’employeur « ne sait pas nominativement » qui suit le programme Generali Vitality ® ou qui ne le suit pas. Il connaît simplement « la proportion de ses salariés qui se sont engagés dans le programme ».

« Imaginons que je m’engage, puis-je en sortir quand je veux ?

–  L’objectif est que le salarié se sente mieux, que son état de santé et son bien-être s’améliorent. Il est totalement libre de s’engager, puis de sortir du programme. A tout moment, sans avoir à se justifier ni auprès de son employeur ni auprès de l’assureur et bien sûr, sans sanction aucune.

Les récompenses sont-elles meilleures pour les salariés bien portants ?

Les récompenses dépendent de l’engagement de chacun. Une personne bien portante aura la même récompense qu’une personne moins bien portante si toutes deux ont fait l’effort de suivre leur programme personnalisé. C’est l’effort qui est récompensé, quel que soit l’état de santé du salarié concerné. »

Les récompenses ?

«  Si le salarié atteint les objectifs fixés par l’application (par exemple faire 10  000 pas par jour, réduire sa consommation de cigarettes, par exemple), il bénéficie alors de réductions chez les partenaires de Generali (comme l’enseigne de cartes cadeaux Wedoogift.com ou le Club Med). »

Et pour les salariés qui, quoique méritants, ne sont ni carte cadeau multi enseignes dématérialisée Wedoogift  ni joies du Club Méditerranée ?

A demain

Un généraliste condamné pour avoir eu une relation amoureuse et sexuelle avec une patiente

 

Bonjour

Flaubert et eaux troubles, ce matin, à la lecture du Quotidien du Médecin. On y append qu’un médecin généraliste  âgé de 57 ans (exerçant dans un département du nord de la France) a été condamné le 18 mai 2016 à trois mois ferme de suspension (et trois mois avec sursis) par la chambre disciplinaire de première instance de l’Ordre des médecins. Le fait date du 18 mai dernier. Pourquoi ? Quelle faute ? Ce praticien avait entretenu une liaison avec une patiente âgée de 34 ans, qui se trouvait dans une « relative fragilité physique et intellectuelle ». Le Quotidien assure avoir pu consulter le texte de la décision ordinale.

Patientèle

Cette relation condamnable a duré « du 19 mai au 23 juin 2015 ». Et il s’agissait, qui plus est, d’une relation « amoureuse et sexuelle, notamment au sein même de son cabinet médical ». De telles choses sont-elle fréquentes ? A partir de quand le consentement n’en est-il plus véritablement un ? Étant son médecin traitant  le praticien  pouvait-il feindre d’ignorer la fragilité de sa patiente (atteinte d’une pathologie rhumatismale chronique) ? Les sentiments qu’elle éprouvait à son égard (et qu’elle lui avait confiés quelques mois auparavant) étaient-ils une circonstance aggravante ou atténuante ? Et que dire du fait que la relation « a démarré à l’initiative de la patiente » ?

Qu’importe. La chambre disciplinaire a jugé que le comportement du praticien contrevient aux dispositions du code de déontologie, et notamment à ses articles 2 et 3. Ces derniers disposent que « le médecin exerce sa mission dans le respect de la vie humaine, de la personne et de sa dignité », et qu’il doit, « en toutes circonstances, respecter les principes de moralité, de probité et de dévouement indispensables à l’exercice de la médecine ».

Médecin affecté

A dire vrai, l’affaire semble un peu plus complexe que pourraient le laisser penser ces seules données. Une liaison d’un mois, donc. Puis le praticien a voulu y mettre un terme. « Il s’est dans ce but rendu au domicile des parents de sa patiente et, en l’absence de celle-ci, leur a remis son dossier médical, explique Le Quotidien.  La patiente étant majeure, ajoute la chambre, ce fait constitue une violation du secret médical auquel est astreint le praticien. Il est de plus reproché au médecin de n’avoir pris aucune disposition pour assurer à la jeune femme la continuité des soins que son état requerrait. »

Contactée, l’avocate du praticien condamné indique que son client, très affecté par cette affaire, ne souhaite pas s’exprimer, ni être nommément cité. Elle précise enfin que son client n’a pas voulu faire appel de la décision ordinale. Depuis le 1er septembre ce médecin peut à nouveau exercer. Où l’on comprend que le simple exposé des faits ne permet pas toujours de comprendre la réalité.

A demain

 

Big Brother avance ses pions : « Chez Generali, pour payer moins, comportez-vous mieux ! ».

Bonjour

Le géant français Axa est dépassé. Mardi 6  septembre : Generali France (filiale de l’assureur italien Generali) a présenté son nouveau programme d’assurance au comportement, « Vitality ». C’est une option proposée avec la complémentaire santé ou prévoyance collective. Elle est développée en partenariat avec la société sud-africaine Discovery. On pourra souscrire à partir du 1er  janvier 2017. Les entreprises clientes pourront alors choisir d’activer le programme pour leurs salariés, qui seront libres de le rejoindre ou non. C’est une première en France et Le Monde (Jade Grandin de l’Eprevier) y consacre opportunément sa manchette. Tous les médias suivent déjà.

Quel est le mode de fonctionnement ? Où sont les pièges ?

« Le salarié commence par faire un bilan de santé en ligne, en renseignant de multiples données : l’état civil, l’âge, le poids, la taille, mais aussi l’alimentation, la pratique d’activités physiques, la qualité de son sommeil, les derniers bilans sanguins… Et ce n’est pas tout, il doit détailler sa situation par rapport au stress, sa consommation de tabac, sa fréquence de rencontres des professions médicales, etc. Le programme recueille aussi des données à partir des objets connectés (bracelet podomètre, balance connectée…) si le particulier en possède. L’utilisateur peut toutefois ne pas fournir certaines données sans que cela bloque le programme.

Les médecins restent à leur place

La machine se met alors en marche : le salarié reçoit un score et des recommandations. Il peut être orienté vers un partenaire de Generali (comme Weight Watchers ou … Tabac Info Service !).

Yanick Philippon, directeur des assurances collectives chez Generali France a ce mot délicieux : « Nous ne voulons pas faire le travail des médecins à leur place ».

«  Si le salarié atteint les objectifs fixés par l’application (faire 10  000 pas par jour, réduire sa consommation de cigarettes, par exemple), il bénéficie alors de réductions chez les partenaires de Generali (comme l’enseigne de cartes cadeaux Wedoogift.com ou le Club Med). En Allemagne, où le programme est couplé à une assurance santé individuelle, les clients profitent de réductions sur leur prime d’assurance, ce que ne permet pas la réglementation française. » 

M. Philippon a une autre formule, tout aussi charmante : « Il est aussi interdit par ce biais de réaliser une sélection médicale déguisée, en clair évincer les assurés jugés à risques pour maximiser les profits ». On s’interroge : qui connaîtra les données de santé des salariés ? « Ni l’assureur, ni l’employeur, ni l’intermédiaire d’assurance n’ y ont accès » affirme Generali. Une « société de services » traite les informations et joue le rôle d’intermédiaire en attribuant les scores et les réductions. On respire…

S’arrêter de fumer

S’émouvoir ? S’indigner ? Le Monde nous rappelle que les Etats-Unis sont, dans ce domaine, autrement plus  « laxistes » :

« Dans la santé, de grands groupes comme Aetna, Humana, UnitedHealth et Anthem favorisent les assurés au comportement vertueux en leur versant du cash, en leur attribuant des bons de réduction, ou en baissant leur prime d’assurance.  »

« Il faut néanmoins distinguer les données sur lesquelles l’assuré peut ou ne peut pas agir. Les comportements à risques, comme le fait de fumer par exemple, ne peuvent pas être traités sur le même plan que les maladies héréditaires » estime Pascal Demurger, directeur général de la MAIF. M. Demurger en est-il certain ? D’où dire-t-il cette affirmation ? L’addiction serait-elle dissociée de la génétique ?

On pressent bien que les géants de l’assurance s’approchent à grande vitesse de ce qui était jusqu’à présent du strict ressort de notre intimité, de notre intimité corporelle, cérébrale, moléculaire. Qui va placer les barrières de la frontière ? Qu’en pense Emmanuel Macron ? A quoi songe Marisol Touraine ? Qui va, le premier, saisir le Comité national d’éthique ?

A demain