Gilets Jaunes vs Emmanuel Macron : mettre de l’huile sur le feu vs sortir la tête de l’eau ?

Bonjour

Tragédie médiatisée. Acte IV.  Désormais chaque mot pèse un peu plus lourd que la veille. Avant-hier « diesel », puis vinrent « moratoire », « jactance » et « entourloupe ». Sans oublier le militaire « bololo » d’Edouard Philippe. Hier « rafle ». Et voici, parallèlement à la « goutte d’eau qui fait déborder le vase », le grand retour du « feu » et de « l’huile » – et ce alors que le pays serait « au bord de la guerre civile ».

Le contexte. Alors que la tension et l’angoisse sont maximales au sommet de l’Etat, le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, a annoncé, vendredi 7 décembre, à l’AFP que « le président, lucide sur le contexte et la situation », avait décidé d’attendre avant de s’exprimer comme le réclament une partie de l’opposition et des manifestants. Afin de ne « pas mettre d’huile sur le feu », Emmanuel Macron ne s’exprimera qu’« en début de semaine prochaine ».

Faut-il en conclure que la prise de parole du président de la République aurait pour effet immédiat de pousser à la dispute, d’envenimer la situation, d’exacerber les tensions croissantes dans un pays   qui se trouve « au bord de la guerre civile » (si l’on en croit le propos de l’un des représentants des Gilets Jaunes, Benjamin Cauchy, à l’AFP).

Non pas l’huile consolante « versée sur les plaies » pour apaiser les souffrances. Non pas l’huile « mise dans les rouages », pour réduire les antagonismes, les difficultés, se montrer conciliant. (« Il me parut bon de mettre de l’huile aux rouages des relations franco-américaines à l’instant où les Anglais faisaient savoir officiellement qu’ils étaient prêts à attaquer les troupes françaises en Syrie » (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 182))

Huile et carburants

Mais bien l’huile versée sur un incendie né des carburants taxés. Un embrasement redouté avec, pour le 8 décembre, un dispositif « exceptionnel » de 89 000 membres des forces de l’ordre, dont 8 000 à Paris, déployé sur tout le territoire pour tenter d’éviter que ne se reproduisent les scènes d’émeutes qui ont eu le 1er,  à commencer autour et au sein de l’Arc de Triomphe.

Pour de journaliste-essayiste-réalisateur et député (Insoumis, Somme) François Ruffin « ceux qui jettent de l’huile sur le feu sont ceux qui disent que le cap est bon ».  L’AFP rapporte que des élus et leurs familles ont été « intimidés. » Que des  proches collaborateurs de M. Macron ont reçu des menaces de mort – jusque sur leur téléphone.  « La température est montée particulièrement haut », a déclaré sur LCI la bien jeune secrétaire d’Etat à la transition écologique, Brune Poirson, qui dit avoir échangé avec des préfets « dont les familles ont été menacées ». Une « partie du peuple est en train de se soulever », a pour sa part osé le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, allant jusqu’à décrire un président « inquiet ».

Muré en son Palais, le président de la République est plus que jamais la cible privilégiée des Gilets Jaunes. Sur tous les barrages ce ne sont qu’appels à la démission. Sur les réseaux sociaux, milliers de mots d’ordre évoquant un renversement des institutions  : « dissolution de l’Assemblée nationale »« Manu, on arrive ! »« Pot de départ de Macron ! » ou encore « Tous à la Bastille ».

Hugo pure player

Et le pure player Slate.fr de citer Victor Hugo (Les Misérables):

 «De quoi se compose l’émeute? De rien et de tout. D’une électricité dégagée peu à peu, d’une flamme subitement jaillie, d’une force qui erre, d’un souffle qui passe. Ce souffle rencontre des têtes qui parlent, des cerveaux qui rêvent, des âmes qui souffrent, des passions qui brûlent, des misères qui hurlent, et les emporte. Où? Au hasard. À travers l’État, à travers les lois, à travers la prospérité et l’insolence des autres. […] Quiconque a dans l’âme une révolte secrète contre un fait quelconque de l’état, de la vie ou du sort, confine à l’émeute, et, dès qu’elle paraît, commence à frissonner et à se sentir soulevé par le tourbillon.

« L’émeute est une sorte de trombe de l’atmosphère sociale qui se forme brusquement dans de certaines conditions de température, et qui, dans son tournoiement, monte, court, tonne, arrache, rase, écrase, démolit, déracine, entraînant avec elle les grandes natures et les chétives, l’homme fort et l’esprit faible, le tronc d’arbre et le brin de paille.

Malheur à celui qu’elle emporte comme à celui qu’elle vient heurter! Elle les brise l’un contre l’autre. Elle communique à ceux qu’elle saisit on ne sait quelle puissance extraordinaire. Elle emplit le premier venu de la force des événements; elle fait de tout des projectiles. Elle fait d’un moellon un boulet et d’un portefaix un général.»

 Parler au nom des Français

Quant au vieux et solide Monde, il fait appel à une  professeure de littérature, sémiologue et sémioticienne : « Cécile Alduy : ‘’ Emmanuel Macron manifeste une absence totale d’empathie’’ » (Propos recueillis par Jean-Baptiste de Montvalon). Elle y analyse le choix des mots par le président de la République, leur signification et leur impact sur l’opinion. Eclairant. Précieux extraits :

 « L’action politique n’est visible et intelligible que si elle est dite, traduite et mise en récit. Seule la parole publique peut la faire exister, en enserrant les décisions dans un discours qui leur donne un sens, une logique, une visée. Les actes n’existent que d’être dits… Ce que les poètes de l’Antiquité exprimaient déjà ! Pour aller vite, dire, c’est faire, et faire sans dire, c’est ne rien faire, aux yeux du public. Mais il y a une autre fonction de la parole politique, notamment présidentielle : parler au nom des Français pour dire leur histoire, mettre des mots sur leurs souffrances, leurs espoirs et leurs doutes. Or, il semble que, depuis plusieurs mandats présidentiels, les candidats qui avaient su se faire les porte-parole des aspirations des Français oublient, une fois élus, cette fonction représentative et narrative. »

« Candidat, Emmanuel Macron a pleinement joué ce rôle de porte-voix, de raconteur d’une geste nationale en train de s’écrire, un « roman national » dont il était le dernier héros. Il a aussi su renouveler le discours politique dans la forme et le vocabulaire. Il a privilégié un récit orienté par l’idée même de mouvement – « avancer », « progresser », « marcher », « projet » –, plutôt que par un catalogue de mesures ou de valeurs traditionnelles du langage politique. Et il a emporté l’adhésion autour d’émotions mobilisatrices, comme l’optimisme, la bienveillance, l’espoir. Surtout, il est celui qui a le plus parlé d’un « nous » et donné un rôle à un « vous » qu’il appelait à agir.

« Dans un premier temps, son utilisation des symboles de la monarchie – comme son « intronisation » au Louvre, seul dans la nuit face au peuple – ou d’une autorité verticale lui a permis de balayer les doutes sur sa capacité à « faire président » à seulement 39 ans et sans aucune expérience d’élu. Il a imposé une image de force, de détermination, d’autorité. »

On connaît, ou on pressent, la suite.

« Mais ce qui était tout d’abord la marque d’une trempe de fer est devenu un signe de surdité, voire d’arrogance et de dédain. A force de dire que rien ne le fera plier et de prétendre avoir toujours raison, il a donné l’impression de mépriser les corps intermédiaires, et finalement tous les Français qui ne seraient pas ‘’premiers de cordée’’ . Il a confondu être un chef et être un leader : un chef ne veut qu’être obéi et est la seule source des décisions, au risque de l’arbitraire ; un leader sait faire vivre le groupe et lui insuffler une énergie, une capacité d’action et de dépassement fondée sur la confiance dans l’aptitude de chacun à prendre à bras-le-corps les défis.

« A partir du moment où il a perdu la maîtrise des connotations de classe de son parler supposément « disruptif ». Macron est son meilleur ennemi : avec toutes ces micro-polémiques sur ses apartés (« pognon de dingue », « fainéants », etc.), il a lui-même sapé sa tentative de réécriture d’une grande geste historique où l’action politique aurait eu du sens. (….)

Le Monde : le chef de l’Etat a récemment évoqué « nos classes laborieuses ». Que vous inspire cette expression ?

Cécile Alduy : « Elle m’a profondément choquée en raison de ses connotations. Un classique en histoire sociale, qu’Emmanuel Macron aura forcément lu en khâgne, s’intitule Classes laborieuses et classes dangereuses, de Louis Chevalier. L’expression ‘’classes laborieuses = dangereuses’’ reflète la vision négative, inquiète, des classes bourgeoises du XIXe siècle vis-à-vis des classes populaires en expansion démographique à Paris, et qui sont l’objet d’études « sociologiques » et médicales. On condamne alors leur malpropreté, leur tendance au crime, leur manque de moralité. Recourir à une expression à ce point située historiquement et socialement – même si « classes laborieuses » signifie aussi littéralement « classes qui travaillent » – témoigne bien de cette extériorité du président par rapport aux Français qui travaillent sans parvenir à sortir la tête de l’eau. »

Combien de temps, quand débordent les vases, les têtes peuvent-elles ne pas sortir de l’eau ?

A demain

@jynau

Maladie de Lyme : le «Téléphone sonne» toujours, mais plus personne ne se comprend

 

Bonjour

Mardi 10 janvier 2016. France Inter est depuis peu inaudible sur les « grandes ondes ». Au fond des forêts les non-connectés ne peuvent entendre ce qui demeurera un document historique dans la constitution d’un abcès. Hier maladie, Lyme est en train de devenir une « affaire ». Ce soir-là il fallait disposer de la fréquence modulée pour comprendre à quel point la communication peut devenir radicalement impossible.

Ainsi, donc, l’inoxydable « Téléphone sonne » (créé en  1978 par Gilbert Denoyan) traitait de la « maladie de Lyme ». Les tambours battaient, la polémique annoncée. Sur le ring : Pr Christian Perronne, de l’hôpital Raymond Poincaré (Garches), hétérodoxe. Face à lui : Dr François Bricaire de la prestigieuse Pitié-Salpêtrière, mandarin orthodoxe.  La banlieue compréhensive à l’assaut du la Bastille de l’infectiologie. Arbitres : Nicolas Demorand et Véronique Julia, journalistes. Parole donnée aux auditeurs souffrants. Spectacle garanti. Allait-on crever l’abcès ? Allait-on s’entendre ?

Trente-huit minutes d’anthologie

Brouillards diagnostiques et thérapeutiques… labyrinthes physiopathologiques… liens neuronaux entre Lyme et Alzheimer….  Mieux que des mots, mettre le son. Il faut, pour prendre le pouls de l’incompréhension, écouter ces 38 minutes d’anthologie médicale, médiatique et politique : « La maladie de Lyme : un diagnostic compliqué et un traitement aléatoire ». En voici la présentation :

« Après les Etats-Unis, la France promet un plan national de lutte contre la maladie qui devrait être opérationnel d’ici l’été prochain. Des centres régionaux spécialisés devraient voir le jour, ainsi qu’un protocole national de diagnostic et de soin.

« Ces annonces clarifient un peu une vive controverse scientifique. Sur la maladie de Lyme, le corps médical est divisé entre orthodoxes et hétérodoxes, les associations de malades sont exaspérées. Pour quelles raisons ? On ouvre le débat dans le téléphone sonne. »

Savoir manier l’empathie

Il faut ajouter que le Pr Christian Perronne sait prendre des accents dramatiques, fait sans cesse référence à la science et manie l’empathie. C’est le dernier en date des « lanceurs d’alerte » médiatisés. A ce titre il est admiré et défendu mordicus par plusieurs gazettes – au premier rang desquelles le progressiste L’Obs. Et qu’il vient de publier un ouvrage-profession de foi aux Editions Odile Jacob : « La Vérité sur la maladie de Lyme. Infections cachées, vies brisées, vers une nouvelle médecine »

« La maladie de Lyme, cette étrange infection déclenchée par une piqûre de tique, peut provoquer dermatoses, arthrites et jusqu’à des atteintes neurologiques. Pourquoi les patients sont-ils souvent abandonnés à leur souffrance ? Pourquoi ne traite-t-on pas plus efficacement cette maladie alors que des solutions thérapeutiques existent ?

Le professeur Perronne, médecin et chercheur de renom, le premier à avoir sensibilisé les pouvoirs publics, raconte dans ce livre de manière claire et précise tout ce qu’on sait aujourd’hui de cette maladie et comment la guérir. Il répond également aux multiples interrogations de ceux, de plus en plus nombreux, qui sont concernés par cette affection.

 Ce livre nous aide aussi à mieux comprendre et à savoir soigner cet ensemble de maladies mal connues dues à des infections cachées, comme la maladie de Lyme. »

Nous reviendrons, bientôt, sur cet ouvrage. Et on regrettera qu’aux fonds des forêts, exposés aux tiques, les non-connectés n’aient pu écouter France-Inter. Et qu’ils n’aient pu entendre que, sur certains sujets, des professeurs de médecine ne puissent se comprendre

A demain

 

 

Pr Gilbert Lelord (1927-2017) : pionnier de la compréhension et du traitement de l’autisme

Bonjour

La médecine vient de perdre l’un de ses grands servants avec la disparition, le 4 janvier, du Pr Gilbert Lelord l’un des spécialistes internationalement reconnu de l’autisme et du développement de l’enfant. Ce psychiatre, ancien professeur de la faculté de médecine de Tours et ancien chercheur de l’Inserm fut le fondateur d’une école originale et réputée.

L’apport principal du Pr Lelord et de ses nombreux élèves (dont le Pr Catherine Barthelemy) réside dans une démonstration ; celle que les syndromes autistiques sont les conséquences directes de troubles du développement du système nerveux. De ce point de vue il restera comme l’un de ceux qui ont permis de (commencer à) mettre un terme aux dérives dangereuses d’une vision analytique à la fois parcellaire et envahissante.

Né le 24 janvier 1927 à Saint-Étienne-de-Montluc en Loire-Atlantique, Gilbert Lelord est le descendant d’une lignée de paysans et de marins. Il commence sa médecine à seize ans, devient interne en psychiatrie en 1951, à l’hôpital de Perray-Vaucluse où il est pour la première fois confronté à l’autisme.  Il s’oriente ensuite vers la physiologie (discipline dans laquelle il sera agrégé) avant de diriger le service de psychiatrie infantile du CHU de Tours. C’est cette triple approche, physiologique, neurologique et psychiatrique qui expliquera la richesse de sa carrière et, corollaire, celle de son école.

Elégance rare

 En 1983, à l’initiative de parents et de professionnels, il fonde l’ARAPI une association qui a pour but de promouvoir et de favoriser le développement de la recherche sur l’autisme et la diffusion des connaissances. Clinicien d’une grande finesse, enseignant hors pair il aura, durant plus d’un demi-siècle, puissamment aidé à mieux saisir la physiopathologie d’une affection qui a alimenté (et alimente toujours) de violentes polémiques. Des polémiques qu’il ne voulut jamais, dans sa sagesse, alimenter.

Les résultats originaux auxquels il est parvenu ont, en France mais aussi à l’étranger, alimenté un courant de recherches (allant de l’imagerie cérébrale à la biologie moléculaire)  visant à préciser les différentes composantes des troubles du spectre autistique. Son œuvre aura aussi permis d’élaborer des outils d’évaluation et de traitement, la « Thérapie d’Echange et de Développement – vidéo », dont l’efficacité repose sur la connaissance précise et individuelle des anomalies cérébrales.

Loin d’une approche scientiste et réductrice Gilbert Lelord incarnait à la perfection la rencontre de l’humanisme, de la science et de la médecine. Pour notre part nous garderons le souvenir d’un sourire, d’un humour et d’une élégance rare. Nous nous souvenons aussi de ce qui peut être résumé comme une « soif d’humanité ». Après l’autisme elle le conduisit, au crépuscule de sa vie, à étudier la vie des grands hommes et, parmi eux, celle  de ceux qui deviennent des saints.

A demain

 

 

Humour : un ancien de Charlie dénonce le «bashing permanent» du Président Hollande

Bonjour

L’humour conduirait-il à tout ? Quelques heures avant la « déferlante Fillon » une soixantaine de « personnalités » signaient une tribune de soutien à François Hollande. Le texte est disponible sur le site du Journal du Dimanche. Extraits :

« Dès le départ, François Hollande a fait face à un incroyable procès en illégitimité. Ce dénigrement permanent met à mal toutes les institutions de la République et la fonction présidentielle. Il perdure encore aujourd’hui malgré la stature d’homme d’État que François Hollande a parfaitement incarnée, tant dans les crises internationales que lors des épouvantables tragédies que notre pays a traversées. »

Etc. Etc. Etc.

Et ce citer la somme de ce qui a été accompli sous ses (bientôt) cinq ans de présidence :

« Les créations de postes dans l’Éducation nationale, l’alignement du traitement des instituteurs sur celui des professeurs, l’augmentation du nombre de policiers et de magistrats, les emplois d’avenir, la garantie jeunes, le soutien à l’apprentissage, le compte personnel de formation, le compte pénibilité, la complémentaire santé pour tous, la généralisation du tiers payant, la prime d’activité, la retraite à 60 ans pour les carrières longues, la refondation de l’école, les droits rechargeables à l’assurance-chômage, le mariage pour tous, la sanctuarisation du budget de la culture, le renforcement de l’égalité professionnelle hommes-femmes, l’extension de la parité dans les conseils départementaux, le remboursement complet de l’IVG et de la contraception, une meilleure protection des femmes contre le harcèlement sexuel, la mise en œuvre concrète de la transition énergétique, le non-cumul des mandats, etc., etc. »

Ce n’est pas tout :

« Ajoutons un déficit public passé de 5,1% en 2011 à 3,5% en 2015, plus de compétitivité, et plus de marges pour les entreprises pour favoriser les embauches, plus de pouvoir d’achat pour les ménages, moins d’impôts et enfin la diminution amorcée du chômage ».

Pour les auteurs de ce Bouclier de Brennus de papier tout cela est ignoré, déformé, gommé, remplacé par un procès quotidien, instruit à charge par des injures et des mensonges ignobles. «Artistes, sportifs et créateurs, penseurs, chercheurs, entrepreneurs et citoyens indépendants»  (sic) ils dénoncent «cet acharnement indigne qui entraîne le débat politique dans une dérive dangereuse pour la démocratie».

On pressent la passion. On perçoit aussi les différentes raisons qui peuvent conduire à signer, aujourd’hui,  ce texte. La fidélité, sans doute. Les médailles, peut-être. Des médailles qui ne tiennent qu’avec des épingles. Et retrouver ici le nom d’un ancien pilier du journal jadis fondé par le Pr Choron ne manque pas de piquant.

A demain

«Mal des cockpits» chez Easyjet : de quoi le «syndrome aérotoxique » est-il le diagnostic ?

 

Bonjour

Voici le temps venu des pathologies étranges, des jeunes entités mal démembrées, des tâtonnements sémiologiques. Est-ce un beau lièvre ou un méchant lapin que lève le « Journal du Dimanche » : « Le mystérieux mal des cockpits devant la justice » (sur abonnement) ? Marie-Christine Tabet nous y apprend qu’un pilote d’avion a, pour la première fois en France, déposé plainte contre sa compagnie. Il estime que l’air circulant dans les avions provoquerait un « syndrome aérotoxique« .

L’affaire est parfaitement orchestrée. Lundi 17 octobre Eric B., commandant de bord chez EasyJet, va déposer une plainte contre X « pour atteintes involontaires à l’intégrité physique, mise en danger de la vie d’autrui et… tromperie sur la qualité de l’air ». Il est, nous dit le JDD convaincu d’avoir été « empoisonné à petit feu » dans son cockpit. A 53 ans, il est l’un des plus anciens pilotes de la compagnie low cost : il y est entré en février 2002. Depuis la fin de l’année 2009, il souffre d’une symptomatologie incertaine : nausées, migraines, gastro-­entérites, fatigue, hyperventilation, tremblements… Corollaire : arrêts-maladies en série

Airbus et Air France rassurent

Eric B., assure le JDD, n’est pas le seul pilote dans cet état : d’autres ont des symptômes qui ressemblent étrangement à ceux d’Eric B. Et depuis une dizaine d’années, des collectifs de navigants et de passagers, (appuyés par un réseau de médecins et chercheurs) se sont organisés au Royaume-Uni, en Allemagne ou encore en Australie. Ils ont donné un nom à leur combat : le « syndrome aérotoxique » (également nommé « scandale de l’amiante de l’aviation »)

« Tout ce qui concerne la gestion de l’air dans les cabines d’avion relève de normes qui sont fixées par l’EASA et la FAA, les agences européenne et américaine de l’aviation. L’air de la cabine est renouvelé toutes les deux à trois minutes. Nous savons que certains équipages ou passagers doutent de la qualité de l’air mais aucune analyse en notre possession ne permet de mettre en évidence de tels problèmes » a expliqué  au JDD un porte-parole d’Airbus.

On rassure également tous azimuts chez Air France : « Il n’y a aucun argument pour dire qu’il existe un risque d’intoxication chronique. Les mesures réalisées par l’Ineris, organisme indépendant, en décembre 2015, ont montré que les niveaux de concentration mesurés, lors du fonctionnement nominal d’un avion, sont nuls ou proches de zéro pour les composants organiques volatils. »

Marie-Odile Bertella-Geffroy

Ainsi en serait-il pour le normal. Mais, précisément qu’en est-il pour l’anormal ?  Mais ce sont justement les situations « anormales » qui inquiètent les navigants. Il faut ici lire le JDD pour prendre la mesure de la construction collective d’un mal sans entité diagnostique. Eric B. « commandant de bord chez Easyjet » nous explique que « c’est une affaire de santé publique ». Où l’on retrouve, aussi, l’avocate de Eric B. : c’est Marie Odile Bertella-Geffroy qui, l’âge venant, a dû quitter le « pôle de santé publique » du tribunal de Paris.

« Retraitée de la magistrature, elle a ouvert son cabinet et siège depuis 2015 au conseil régional d’Ile-de-France » nous dit le JDD. Cabinet rue Salvator Allende (Nanterre) cette élue verte ne semble guère avoir changé. « Le lien de causalité est toujours très difficile à prouver » dit-elle – avant de faire, ici, le parallèle avec l’amiante.

Eric B., depuis son cockpit, est-il un nouveau lanceur d’alerte ? Sommes-nous ici à la lisère de la thèse complotiste, du délire de persécution ? De quoi le « syndrome aérotoxique » est-il le nom ?

A demain