Cigarettes, vapotage, politique : le retour de Marisol Touraine et de son paquet-neutralité

Bonjour

Où l’on retrouve, prenant la parole, Marisol Touraine « ancienne ministre de la Santé de François Hollande et nouvelle récipiendaire de la Légion d’honneur » (sic). Celle a qui Agnès Buzyn succéda a été « sollicitée » par le Midi-Libre, aussi a-t-elle écrit un article intitulé « Le défi du Grand Débat » qu’elle a également publié sur son blog .

 On se souvient peut-être des hésitations sans fin de la ministre de François Hollande tentée par l’aventure macronienne. Les atermoiement semblent, chez elle, toujours d’actualité :

Acte I« La France est aujourd’hui engluée dans une crise profonde, que le gouvernement a aiguisée en écartant les élus locaux et les acteurs sociaux (…) Cette crise est préoccupante parce qu’aucune alternative politique n’émerge aujourd’hui et que l’esprit de responsabilité semble avoir déserté. La violence est inacceptable et doit être condamnée sans ambiguïté, par les élus de tous bords comme par les “gilets jaunes”. Mais de son côté, Emmanuel Macron a trop tardé à réagir et le gouvernement multiplie depuis les erreurs en ignorant les organisations syndicales réformistes ou en accumulant les couacs sur la taxe d’habitation pour ne prendre que ces exemples.

Acte II « (…) il faut cesser d’expliquer que le débat ne changera rien alors que des attentes s’expriment avec force et que prévaut le sentiment d’un manque de considération : c’est en associant les partenaires, en inventant une nouvelle articulation entre démocratie représentative et démocratie participative que le pouvoir ouvrira un débouché politique à la crise. »

Acte III « En cette période de vœux, je forme celui que le calme et le respect reviennent, permettant un débat de fond, un débat sans fard, sans faux-semblant, qui permette à chacun d’être entendu, à la justice sociale d’être notre boussole collective et à notre pays d’aller mieux. »

Et puis, simple hasard ou tenace fatalité, voici que deux années après l’entrée en vigueur du paquet neutre, Santé publique France publie, ce jeudi 17 janvier, une étude sur la perception du paquet de cigarettes par les fumeurs. On se souvient que ce « paquet neutre » fut le grand œuvre anti-tabagique d’une Marisol Touraine qui sera un jour condamnée pour ne pas avoir perçu la puissance du levier de la cigarette électronique dans le champ de la réduction des risques addictifs. Un dramatique déni politique sur lequel on espère, encore et toujours que l’ancienne ministre parviendra un jour à s’exprimer – sans même parler d’Agnès Buzyn qui suit le même dramatique chemin.

Santé Publique France, donc : « Perception du paquet de tabac neutre par les fumeurs : baromètres 2016 et 2017 »

A dire vrai c’est un peu court : « les résultats confirment que le paquet de tabac neutre est moins attractif pour l’ensemble des fumeurs ». Pauvrement court : « deux indica­teurs ont été utili­sés : le fait que l’aspect du paquet que les fumeurs achètent habituellement leur plaît, et la gêne qu’ils ont à sortir leur paquet à cause de son aspect ». Ce qui donne :

  • la part de fumeurs qui déclarent que l’aspect de leur paquet de cigarettes leur plaît a été divisée par trois en 2017 (16 %) par rapport à 2016 (53 %) ;
  • les fumeurs qui sont gênés de sortir leur paquet à la vue de tous à cause de son aspect sont deux fois plus nombreux en 2017 (12 %) qu’en 2016 (6 %) ;
  • l’appréciation du paquet a particulièrement diminué chez les 18-24 ans.

On résume : « le nouveau conditionnement des produits du tabac a eu un impact sur la perception par les fumeurs de leurs paquets de cigarettes et a probablement contribué, dans un contexte anti‑tabac particulièrement fort, à dénormaliser encore un peu plus les produits du tabac en France ».

Et, comme toujours chez Santé Publique France,  rien sur les vertus, en France, de la cigarette électronique en matière de santé publique.

A demain

@jynau

Cigarette électronique : sur France Info, le patron de Santé Publique France avala son chapeau

Bonjour

Comment tourner casaque sans avoir à prononcer le moindre mea culpa ? La question se pose à l’écoute de l’émission « Les mots de l’Info » de France Info du 5 janvier dernier.

Invités : le Dr François Bourdillon (directeur général de Santé Publique France) et le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue que l’on ne présente plus. Des propos repris sur le site des buralistes françaiset, pour partie, sur le site vapingpost.com : « La fin de la vape dix ans après la fin du tabac ? » (Guillaume Bailly).

Peut-on raisonnablement, en 2019 imaginer en France une « Génération sans tabac » ?

François Bourdillon : « Oui, c’est l’effet d’une politique cohérente et d’un ensemble de mesures allant du paquet neutre au remboursement des substituts en passant par l’augmentation du prix du tabac et la grande opération de marketing social ‘’Mois sans Tabac’’. On a pris le tabac par les cornes. Tout le monde fume mais de moins en moins les jeunes. Et quand vous avez un million de fumeurs en moins, vous avez ceux qui ont arrêté et ceux qui ne sont pas rentrés dans le tabagisme ».

Un effet du « paquet neutre » ?  « Oui, ça a marché dans le sens où ça a diminué l’attractivité auprès des jeunes » estime François Bourdillon.

Un effet de l’augmentation du prix du tabac ? « C’est très efficace et le paquet neutre aussi (…) Depuis la forte augmentation de mars (de l’ordre de 13 à 14 %), on a une baisse de consommation plus importante qu’attendue, de l’ordre de 11 %. Et cela sous la conjonction d’autres mesures (…) » explique Bertrand Dautzenberg.

Çela veut dire quoi, exactement, « Génération sans tabac » ?

Bertrand Dautzenberg : « Moins de 5 % de fumeurs quotidiens dans une tranche de population. Moi, je travaille surtout sur Paris.. La baisse est colossale chez les jeunes et on devrait y arriver avant 2030. Ce sont les jeunes nés en 2012 qui seront non-fumeurs. En Ile-de-France, on fume moins que dans les régions frontalières qui ne « bénéficient » pas de l’augmentation du prix puisque les pays voisins sont moins chers. Ou qu’en Corse où les taxes sont de moins 21 % par rapport au continent : le nombre de cancer y est supérieur de 20 %. »

Hier encore adversaire acharné

On n’a pas parlé de la taxation sur le tabac lors du mouvement des « Gilets Jaunes » contre la fiscalité. Est-ce un signe que tout le monde l’accepte ? François Bourdillon : « C’est une grande victoire pour cette taxe comportementale. D’autant qu’elle est recyclée pour faire la promotion de la santé ».

Puis la grande question, celle de la place de la cigarette électronique dans une politique de lutte contre le tabagisme. Où l’on entend, médusé, le directeur de Santé Publique France (hier encore adversaire acharné)  déclarer :

« C’est le moyen le plus utilisé pour arrêter de fumer. C’est important à savoir. Aujourd’hui, il y aurait entre 2,5 à 3 % d’utilisateurs de cigarette électronique. C’est un bon moyen de réduction du risque. Après, elle peut comporter des risques et il faut suivre le comportement des Français afin de s’assurer qu’elle n’est pas détournée, et que ce ne soit pas un objet qui serve les fabricants pour promouvoir les cigarettes ».

Et c’est alors, dans le studio de France Info, le Pr Bertrand Dautzenberg rêva à haute voix:

« Je défends assez la cigarette électronique comme sortie du tabac. D’ailleurs, il n’y a qu’1 % des utilisateurs qui sont non-fumeurs. Cela dit, dix ans après la fin du tabac, je souhaiterais la fin de la vape ».

A demain

@jynau

 

 

 

Cigarette électronique : les buralistes sont-ils les mieux placés pour lutter contre le tabagisme ?

Bonjour

C’est une photo du tonnerre. On y voit Gérard Darmanin et Philippe Coy : le ministre des Comptes public coude-à-coude avec  le patron des buralistes – sous les ors de la mairie de Tourcoing. Et ce dernier d’arborer une grande affiche : « Chez votre buraliste, Novembre le mois de la Vape » Une cigarette électronique et ce sous-titre : « Le vapotage c’est aussi notre métier ». Ainsi donc le diable est dans ce détail, dans cet « aussi » qui sous-entend précisément son contraire.

Gérard Darmanin a-t-il été piégé, à Tourcoing, par le patron des buralistes ? Quelle est la position de l’exécutif sur ce sujet ? Où sont les choix politiques opérés en matière de santé publique sur ce chapitre essentiel de l’addiction fiscalisée ? Silence total.

Reste ainsi, entière, la question de la cigarette électronique, de sa distribution et de l’apprentissage de son usage. C’est là une question au cœur de la Révolution des Volutes ; une question soudain réactivée par Philippe Coy et son puissant réseau. La grande majorité des buralistes français est bien décidée, autant que faire se peut, à ne pas laisser échapper ce marché jusqu’ici le plus souvent développé par des militants experts dans le maniement de cet outil majeur de réduction des risques tabagiques.

Marisol Touraine et Agnès Buzyn

Une fraction des buralistes a compris l’ampleur du défi de leur survie. Celle-ci passe-t-elle par la cigarette électronique ? On peut très raisonnablement en douter. Buralistes et réduction des risques ne riment qu’en surface. Il leur faudra trouver ailleurs et avec l’aide de la puissance publique des raisons d’espérer. Elles ne manquent pas dans les territoires désertés.

Reste la découverte, l’apprentissage, le maniement de la cigarette électronique, le lent cheminement de cette itinérance mémorielle que sont ces  douloureuses désaccoutumances. C’est un sujet éminemment addictologique, éminemment politique. Jamais traité comme tel par l’exécutif (Cf Marisol Touraine et Agnès Buzyn) qui se suicide dans la fiscalisation des addictions légales.

« Photo du tonnerre », superbe cliché parlant. Contrairement à certaines lectures affûtées Coy n’a nullement « piégé » Darmanin. Le ministre des Comptes publics est consubstantiel du patron des buralistes. Une seule question : jusqu’à quand ?

PS. Conseil de lecture signé Sébastien Béziau , vice-président de Sovape:  la déclaration, majeure, de Ghyslain Armand,  de Vaping Post : « Indépendant de l’industrie du tabac Notre position face à la présence de l’industrie du tabac dans le monde de la vape »

A demain

@jynau

 

 

 « Tabac chauffé » : l’invraisemblable micmac de Big Tobacco et des autorités de santé

Bonjour

Faire le chemin de la frontière, jusqu’à Ferney-Voltaire pour mieux dissiper les brouillards français.  Ainsi ce papier édifiant de la Revue Médicale Suisse : « Produits du tabac ‘’chauffé’’ : que faut‑il savoir ? »1. Il s’agit ici de lIQOS™ , du gloTM  et du PloomTM Tech des trois géants mondiaux du tabagisme.

Huit spécialistes de santé publique de Lausanne décryptent ici un sujet essentiel – un sujet sur lequel les hauts responsables sanitaires français (et les autres) n’ont pas encore jugé de se pencher : le micmac du « tabac chauffé ». Résumé :

« Face à la diminution constante des ventes de cigarettes conventionnelles, l’industrie du tabac a développé et mis sur le marché depuis 2015 un nouveau type de produits qui ne « brûlent » pas le tabac, dits produits du tabac « chauffé » (heated tobacco products ou HTP). Ils sont vendus comme des produits à risques potentiellement réduits, du fait de leur capacité technique à limiter le processus de combustion et la génération de composés toxiques.

« Toutefois, les principaux composés toxiques émis par la fumée de cigarette conventionnelle sont aussi présents. Actuellement, très peu de recherches indépendantes existent pour vérifier le niveau de risque des HTP, ce qui soulève d’importantes questions parmi la population et les acteurs de santé publique. Cet article fait le point sur ces produits. »

Allégations sans démonstration

Aurélie Berthet, Isabelle Jacot Sadowski, Karin Zürcher, Valentine Guenin, Aude Gendre, Reto Auer, David Vernez, Jacques Cornuz ont cherché à faire le tour de la question. Ils rappellent, point essentiel, que les produits HTP diffèrent de la vaporette/vapoteuse/cigarette électronique qui ne contient pas, elle, de tabac. L’absence de combustion ferait des HTP des « produits du tabac moins toxiques que les cigarettes ». Pour sa part, le géant Philip Morris International (PMI) a engagé auprès de l’US Food and Drug Administration (FDA) une demande de certification permettant de présenter son dispositif comme à risque réduit par rapport aux cigarettes classiques. Mais début 2018, le groupe consultatif de la FDA a conclu que l’entreprise « n’avait pas réussi à démontrer qu’une réduction de l’exposition aux produits chimiques pouvait raisonnablement se traduire par une réduction mesurable des maladies ou des décès ».

« L’offensive industrielle du tabac « chauffé » suscite une multitude de questions parmi la population et les acteurs de santé publique : comment ces produits fonctionnent-ils ? Quelle est la composition des émanations de ces produits ? Le tabac « chauffé » est-il véritablement moins à risque pour la santé des utilisateurs et des non-utilisateurs ? Quelles sont les conditions de commercialisation et d’usage de ces produits (cadres légaux) et quelles sont les stratégies marketing développées par les industriels ? »

Il faut ici lire la Revue Médicale Suisse qui esquisse quelques éléments de réponse. Sans oublier de décrypter la publicité de Big Tobacco :

« Les efforts de communication des entreprises vont dans le sens de reconnaître les risques sanitaires de la cigarette conventionnelle et de profiler les produits HTP comme des produits plus « propres » et moins nocifs, notamment par la mise en avant de nouvelles technologies. Des arguments tels que « réduction des émissions toxiques », « sans combustion », cleaner sont usités dans leurs communications marketing.

« Un accent particulier est également porté sur la mise en avant du confort des utilisateurs et de leur entourage (« pas de fumée », « moins d’odeur », « pas de cendre »), tout en permettant aux fumeurs de vivre une expérience très proche de celle procurée par la cigarette, avec du vrai tabac. De cette manière, l’industrie du tabac entend se présenter comme un partenaire fiable de santé publique, tout en conservant sa clientèle maintenue dépendante à la nicotine. »

Quelques premières études indépendantes attesteraient d’une quantité de composés toxiques inférieure à celle comprise dans la fumée de cigarettes conventionnelles,  mais sans pour autant pouvoir conclure que les HTP induisent moins de risques sur la santé que les produits de tabac classiques. « L’absence de combustion n’empêche ni la production de fumée ni la présence des principaux produits toxiques retrouvés dans la fumée de cigarette » résument les auteurs suisses.

Et d’ajouter que le nombre d’études indépendantes concernant les produits HTP est relativement faible, et qu’aucune n’inclut des personnes utilisatrices ou ne porte sur les effets potentiels sur la santé. « Il est donc impératif que d’autres études scientifiques indépendantes de l’industrie du tabac testent la véracité des informations avancées par cette dernière et analysent le contenu de la fumée émise par ces HTP » soulignent-ils.

Recrutement de nouveaux consommateurs

Où l’on retrouve, comme dans le cas de la cigarette électronique, l’invraisemblable passivité des autorités sanitaires nationales (sans parler de l’OMS) sur un sujet majeur de santé publique – un invraisemblable et coupable  désintérêt médical et scientifique pour cette question prioritaire de réduction des risques.

« Actuellement en Suisse et dans d’autres pays, les produits du tabac « chauffé » profitent des brèches laissées par les cadres légaux, notamment en matière d’avertissements sur les emballages, de taxation et d’usage dans les lieux publics. Les cigarettiers, tout en continuant de saper les efforts de prévention du tabagisme, déploient en outre pour les HTP des stratégies marketing renouvelées et sophistiquées 2. Cela laisse craindre le recrutement de nouveaux consommateurs, notamment parmi les jeunes.

« Par ailleurs, il sera très difficile scientifiquement d’évaluer l’impact réel des HTP sur la santé de leurs utilisateurs, en particulier pour celles et ceux qui ont au préalable fumé pendant plusieurs années des cigarettes traditionnelles. La part attribuable, respectivement à la consommation des HTP et à celle des cigarettes traditionnelles, sera méthodologiquement très complexe à apprécier. Quant à celles et ceux qui commenceraient leur exposition au tabagisme directement par la consommation de ces HTP, il faudra de nombreuses années de suivi pour en apprécier le véritable risque, en raison de la latence entre l’exposition et la survenue des cancers dus au tabac. »

A demain

@jynau

1 Aurélie Berthet, Isabelle Jacot Sadowski, Karin Zürcher, Valentine Guenin, Aude Gendre, Reto Auer, David Vernez, Jacques Cornuz Produits du tabac ‘’chauffé’’ : que faut‑il savoir ? Rev Med Suisse 2018; volume 14.1935-1941

2 « Philip Morris veut convaincre que son avenir se fera sans cigarettes ».  Le Temps, 2 octobre 2018

 

Après le «Mois sans Tabac» Buzyn et Blanquer oseront-ils, demain, le « Mois sans Cannabis » ? 

Bonjour

Premier jour de novembre 2018.

Pour cause de fatigue présidentielle 1 ce seront des chrysanthèmes sans/avec  inauguration officielle. Nous vivons des temps où, avec le temps qui passe, les rituels se déplacent. 1er novembre 2018 et nouveau rituel politico-sanitaire : ouverture du  « Mois sans tabac » festif et gouvernemental – on observera, cette année la disparition – sans explication- des absurdes parenthèses du « Moi(s) ».

Un mois, une nouvelle fois, pour une exhortation collective au sevrage tabagique. Sans aucune  garantie du gouvernement d’un Etat qui se nourrit des taxes sur la tabac. Un opération marquée par l’insupportable et récurrent déni de l’exécutif quant aux vertus de la cigarette électronique dans le champ de la réduction des risques. Un exécutif qui consent toutefois, pendant un mois, à laisser un strapontin aux chevau-légers de la Révolution des volutes. On s’en réjouira.

Premier jour de novembre 2018. Cette publication du « Journal of Clinical Psychiatry » : « One Month of Cannabis Abstinence in Adolescents and Young Adults Is Associated With Improved Memory ». Où l’on voit quatre-vingt-huit  adolescents et jeunes adultes ( de 16 à 25 ans) consommateurs réguliers de cannabis (au moins une fois par semaine) randomisés en deux groupes et suivis pendant un mois. Le premier groupe devait arrêter sa consommation (vérification du sevrage par test urinaire) ; 88,7 % d’entre eux ont complété le suivi. Le second poursuivait.

Un mois neuronal sans marijuana 

Un mois sans cannabis, un mois seulement  et voici que, neuronalement parlant, tout change. Cœur de l’étude : les capacités de mémorisation et d’attention étudiées à l’inclusion et chaque semaine pendant un mois. Révélation : dès la première semaine, le bénéfice de l’arrêt du cannabis a pu être mesuré, avec une amélioration de la mémorisation des nouvelles informations – une amélioration qui, stable, persiste au cours des semaines suivantes.

« Ces résultats confirment l’amélioration de la mémoire à l’arrêt du cannabis que l’on observe en pratique clinique a commenté, pour Le Quotidien du Médecin,  le Pr Amine Benyamina, psychiatre spécialiste des addictions (Hôpital Paul-Brousse, Villejuif.  Nous voyons bien, quand nous avons affaire à des jeunes, que les performances scolaires sont meilleures à l’arrêt du cannabis ». Bien beau constat. Qui en fait quoi ?

« Un essai plus vaste est en cours. Il inclut un groupe contrôle d’individus non consommateurs, ce qui sera essentiel pour déterminer si l’ampleur du changement de mémorisation au cours de la première semaine d’abstinence représente un retour total à la normale », annoncent les auteurs du Massachusetts General Hospital. 

Retour à la normale? Corriger le pathologique à la lumière, vacillante dès que politique, de la réduction des risques ?

Premier jour de novembre 2018.

A demain

@jynau

1 « Premières interrogations sur la santé d’Emmanuel Macron » Slate.fr 31 octobre 2018

Tabagisme : la belle voix hypnotique de la SNCF sait-elle que la cigarette électronique existe ?

Bonjour

Nous connaissons tous sa voix. Combien connaissent son visage ? « Simone la voix culte de la SNCF » se nomme, dans le civil,  Simone Hérault. Son timbre rythme la vie de plus de trois mille gares en France. Et ce depuis près de quarante ans, depuis que la SNCF a décidé de mettre à quai les « aboyeurs », préposés aux annonces en gare des années 1930.

« Née en 1950 dans le Val d’Oise, cette comédienne a très tôt irrigué les ondes de sa voix claire et apaisante, raconte la Société Nationale des Chemins de Fer. Dès 1972, Simone est animatrice radio chez France Inter Paris (FIP), où elle travaillera jusqu’en 2001. En 1981, après un casting SNCF parmi les ‘’dames de FIP’’, sa voix, ainsi que celle d’une autre animatrice, est retenue. C’est ainsi que les deux collègues commencent à enregistrer les annonces des différentes gares françaises. Au quotidien, elles renseignent ainsi les voyageurs sur les trains et les activités de la gare. Aujourd’hui, seule Simone continue à porter ces messages : SNCF a trouvé sa voix. »

Lèvres brûlées

Simone aura, au total, enregistré plus de 4 000 heures de messages dans le « studio-son » de la Société Nationale et raconté sur papier son parcours ferroviaire 1. Aujourd’hui une indiscrétion du Journal du Dimanche nous apprend que Simone a repris du service : cette voix iconique-hypnotique va pendant une semaine, à compter de ce 29 octobre, indiquer le nombre d’inscrits en temps réel à l’opération « Mois sans tabac ».

La belle voix de Simone invitera les passagers fumeurs (mais, on le sait, interdits de fumer 2) à les rejoindre. Un message diffusé à l’initiative de Médiatransports  (« leader de l’affichage transport ») 3 dans dix grandes gares de France : les quatre de Paris, Lyon Part-Dieu, Marseille Saint-Charles, Lille Flandres, Strasbourg, Rennes et Bordeaux.

Comment ne pas applaudir à cette initiative ? Et comment, soucieux de santé publique et de réduction des risques,  ne pas se poser la question qui brûle les lèvres : Simone et Médiatransports savent-ils que la cigarette électronique existe ?

A demain

1 « Grâce à ma voix »  Simone Hérault, Jacques Pagniez (interviewer), Claude Villers (préface) La Vie du Rail (2005).

2  «Pour nous, les choses sont d’une grande simplicité, indique le service de presse de la SNCF. Tout est interdit à bord des trains [fumer et vapoter]. Et dans les gares tout ce qui est autorisé pour le tabac l’est également pour le vapotage: interdiction dans les espaces clos, autorisation sur les quais à l’air libre.» Une précision en phase avec celles de l’Association indépendante des utilisateurs de cigarette électronique (Aiduce). (« La chasse aux fumeurs en plein air est ouverte: quid des vapoteurs ? » Slate.fr 23 août 2018)

3  Médiatransports est la régie publicitaire du groupe Publicis, 3e groupe mondial de communication. Acteur « incontournable » de la publicité dans les « univers » du métro, du bus et des gares, cette société est partenaire des trois plus gros opérateurs de transports RATP, SNCF et SNCF RESEAU ainsi que des autorités organisatrices de transports locaux.

Le baclofène est officiellement autorisé dans la maladie alcoolique. Demander Baclocur®

Bonjour

Beaucoup y verront l’aboutissement d’une longue guerre contre une administration médicamenteuse murée dans son invraisemblable déni. Les autres demanderont encore à voir de quoi il retourne face à cette hydre qu’est la maladie alcoolique.  Reste que c’est bien un événement. Dix ans après le message du Dr Olivier Ameisen, et après mille et une contorsions pincées, l’Agence du médicament (ANSM) a annoncé, mardi 23 octobre, avoir donné une autorisation de mise sur le marché (AMM) au baclofène pour le traitement de l’alcoolisme.

Tout ou presque est expliqué dans un bref communiqué : « L’ANSM octroie une autorisation de mise sur le marché pour une utilisation du baclofène dans l’alcoolo-dépendance ». Cette AMM a été « octroyée » au laboratoire Ethypharm, spécialisé dans la lutte médicamenteuse contre les addictions.

En pratique il s’agira du Baclocur® (10 mg, 20 mg et 40 mg) indiqué dans l’alcoolo-dépendance – à condition de respecter diverses recommandations et interdictions.

  • le Baclocur® est indiqué « dans la réduction de la consommation d’alcool, en complément d’un suivi psychosocial, après échec des autres traitements, chez l’adulte » ;
  • il pourra être prescrit par tous les médecins ;
  • prévoir une augmentation progressive des doses pour arriver une posologie optimale adaptée à chaque patient, correspondant à la dose la plus faible, pour une bonne réponse thérapeutique et une tolérance acceptable
  • posologie maximale : 80 mg/jour (ce qui ne manquera pas d’être dénoncé et qui risque fort de ne pas être respecté.

« Un suivi renforcé de la spécialité Baclocur® est prévu dès sa commercialisation. Sur la base de cette surveillance et de l’évolution des données scientifiques disponibles, l’ANSM pourra être amenée à réviser les conditions d’utilisation du baclofène dans cette indication » souligne le Dr Dominique Martin, directeur général de l’ANSM. « Ce n’est pas un blanc-seing, dit-il. Ce médicament n’est pas anodin et doit être manié avec beaucoup de précautions. Si le bénéfice n’est pas celui qu’on attendait et s’il apparaît qu’il faut remettre l’AMM en cause, nous pourrions le faire à n’importe quel moment. »

On a connu, dans le passé, des mises sur le marché plus enthousiastes.

A demain

@jynau

 1 Le baclofène est un médicament prescrit depuis les années 1970 comme relaxant musculaire, mais dont l’usage a peu à peu été détourné vers le traitement de l’alcoolisme. Depuis 2014, il était autorisé pour cet usage grâce à une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) qui sera remplacée par l’AMM dès lors qu’un accord sur les prix sera obtenu entre Ethypharm et le gouvernement.

Tous les textes de ce blog sur le baclofène sont disponibles à cette adresse : « Journalisme et santé publique – baclofène »