Cigarette électronique : les buralistes sont-ils les mieux placés pour lutter contre le tabagisme ?

Bonjour

C’est une photo du tonnerre. On y voit Gérard Darmanin et Philippe Coy : le ministre des Comptes public coude-à-coude avec  le patron des buralistes – sous les ors de la mairie de Tourcoing. Et ce dernier d’arborer une grande affiche : « Chez votre buraliste, Novembre le mois de la Vape » Une cigarette électronique et ce sous-titre : « Le vapotage c’est aussi notre métier ». Ainsi donc le diable est dans ce détail, dans cet « aussi » qui sous-entend précisément son contraire.

Gérard Darmanin a-t-il été piégé, à Tourcoing, par le patron des buralistes ? Quelle est la position de l’exécutif sur ce sujet ? Où sont les choix politiques opérés en matière de santé publique sur ce chapitre essentiel de l’addiction fiscalisée ? Silence total.

Reste ainsi, entière, la question de la cigarette électronique, de sa distribution et de l’apprentissage de son usage. C’est là une question au cœur de la Révolution des Volutes ; une question soudain réactivée par Philippe Coy et son puissant réseau. La grande majorité des buralistes français est bien décidée, autant que faire se peut, à ne pas laisser échapper ce marché jusqu’ici le plus souvent développé par des militants experts dans le maniement de cet outil majeur de réduction des risques tabagiques.

Marisol Touraine et Agnès Buzyn

Une fraction des buralistes a compris l’ampleur du défi de leur survie. Celle-ci passe-t-elle par la cigarette électronique ? On peut très raisonnablement en douter. Buralistes et réduction des risques ne riment qu’en surface. Il leur faudra trouver ailleurs et avec l’aide de la puissance publique des raisons d’espérer. Elles ne manquent pas dans les territoires désertés.

Reste la découverte, l’apprentissage, le maniement de la cigarette électronique, le lent cheminement de cette itinérance mémorielle que sont ces  douloureuses désaccoutumances. C’est un sujet éminemment addictologique, éminemment politique. Jamais traité comme tel par l’exécutif (Cf Marisol Touraine et Agnès Buzyn) qui se suicide dans la fiscalisation des addictions légales.

« Photo du tonnerre », superbe cliché parlant. Contrairement à certaines lectures affûtées Coy n’a nullement « piégé » Darmanin. Le ministre des Comptes publics est consubstantiel du patron des buralistes. Une seule question : jusqu’à quand ?

PS. Conseil de lecture signé Sébastien Béziau , vice-président de Sovape:  la déclaration, majeure, de Ghyslain Armand,  de Vaping Post : « Indépendant de l’industrie du tabac Notre position face à la présence de l’industrie du tabac dans le monde de la vape »

A demain

@jynau

 

 

 « Tabac chauffé » : l’invraisemblable micmac de Big Tobacco et des autorités de santé

Bonjour

Faire le chemin de la frontière, jusqu’à Ferney-Voltaire pour mieux dissiper les brouillards français.  Ainsi ce papier édifiant de la Revue Médicale Suisse : « Produits du tabac ‘’chauffé’’ : que faut‑il savoir ? »1. Il s’agit ici de lIQOS™ , du gloTM  et du PloomTM Tech des trois géants mondiaux du tabagisme.

Huit spécialistes de santé publique de Lausanne décryptent ici un sujet essentiel – un sujet sur lequel les hauts responsables sanitaires français (et les autres) n’ont pas encore jugé de se pencher : le micmac du « tabac chauffé ». Résumé :

« Face à la diminution constante des ventes de cigarettes conventionnelles, l’industrie du tabac a développé et mis sur le marché depuis 2015 un nouveau type de produits qui ne « brûlent » pas le tabac, dits produits du tabac « chauffé » (heated tobacco products ou HTP). Ils sont vendus comme des produits à risques potentiellement réduits, du fait de leur capacité technique à limiter le processus de combustion et la génération de composés toxiques.

« Toutefois, les principaux composés toxiques émis par la fumée de cigarette conventionnelle sont aussi présents. Actuellement, très peu de recherches indépendantes existent pour vérifier le niveau de risque des HTP, ce qui soulève d’importantes questions parmi la population et les acteurs de santé publique. Cet article fait le point sur ces produits. »

Allégations sans démonstration

Aurélie Berthet, Isabelle Jacot Sadowski, Karin Zürcher, Valentine Guenin, Aude Gendre, Reto Auer, David Vernez, Jacques Cornuz ont cherché à faire le tour de la question. Ils rappellent, point essentiel, que les produits HTP diffèrent de la vaporette/vapoteuse/cigarette électronique qui ne contient pas, elle, de tabac. L’absence de combustion ferait des HTP des « produits du tabac moins toxiques que les cigarettes ». Pour sa part, le géant Philip Morris International (PMI) a engagé auprès de l’US Food and Drug Administration (FDA) une demande de certification permettant de présenter son dispositif comme à risque réduit par rapport aux cigarettes classiques. Mais début 2018, le groupe consultatif de la FDA a conclu que l’entreprise « n’avait pas réussi à démontrer qu’une réduction de l’exposition aux produits chimiques pouvait raisonnablement se traduire par une réduction mesurable des maladies ou des décès ».

« L’offensive industrielle du tabac « chauffé » suscite une multitude de questions parmi la population et les acteurs de santé publique : comment ces produits fonctionnent-ils ? Quelle est la composition des émanations de ces produits ? Le tabac « chauffé » est-il véritablement moins à risque pour la santé des utilisateurs et des non-utilisateurs ? Quelles sont les conditions de commercialisation et d’usage de ces produits (cadres légaux) et quelles sont les stratégies marketing développées par les industriels ? »

Il faut ici lire la Revue Médicale Suisse qui esquisse quelques éléments de réponse. Sans oublier de décrypter la publicité de Big Tobacco :

« Les efforts de communication des entreprises vont dans le sens de reconnaître les risques sanitaires de la cigarette conventionnelle et de profiler les produits HTP comme des produits plus « propres » et moins nocifs, notamment par la mise en avant de nouvelles technologies. Des arguments tels que « réduction des émissions toxiques », « sans combustion », cleaner sont usités dans leurs communications marketing.

« Un accent particulier est également porté sur la mise en avant du confort des utilisateurs et de leur entourage (« pas de fumée », « moins d’odeur », « pas de cendre »), tout en permettant aux fumeurs de vivre une expérience très proche de celle procurée par la cigarette, avec du vrai tabac. De cette manière, l’industrie du tabac entend se présenter comme un partenaire fiable de santé publique, tout en conservant sa clientèle maintenue dépendante à la nicotine. »

Quelques premières études indépendantes attesteraient d’une quantité de composés toxiques inférieure à celle comprise dans la fumée de cigarettes conventionnelles,  mais sans pour autant pouvoir conclure que les HTP induisent moins de risques sur la santé que les produits de tabac classiques. « L’absence de combustion n’empêche ni la production de fumée ni la présence des principaux produits toxiques retrouvés dans la fumée de cigarette » résument les auteurs suisses.

Et d’ajouter que le nombre d’études indépendantes concernant les produits HTP est relativement faible, et qu’aucune n’inclut des personnes utilisatrices ou ne porte sur les effets potentiels sur la santé. « Il est donc impératif que d’autres études scientifiques indépendantes de l’industrie du tabac testent la véracité des informations avancées par cette dernière et analysent le contenu de la fumée émise par ces HTP » soulignent-ils.

Recrutement de nouveaux consommateurs

Où l’on retrouve, comme dans le cas de la cigarette électronique, l’invraisemblable passivité des autorités sanitaires nationales (sans parler de l’OMS) sur un sujet majeur de santé publique – un invraisemblable et coupable  désintérêt médical et scientifique pour cette question prioritaire de réduction des risques.

« Actuellement en Suisse et dans d’autres pays, les produits du tabac « chauffé » profitent des brèches laissées par les cadres légaux, notamment en matière d’avertissements sur les emballages, de taxation et d’usage dans les lieux publics. Les cigarettiers, tout en continuant de saper les efforts de prévention du tabagisme, déploient en outre pour les HTP des stratégies marketing renouvelées et sophistiquées 2. Cela laisse craindre le recrutement de nouveaux consommateurs, notamment parmi les jeunes.

« Par ailleurs, il sera très difficile scientifiquement d’évaluer l’impact réel des HTP sur la santé de leurs utilisateurs, en particulier pour celles et ceux qui ont au préalable fumé pendant plusieurs années des cigarettes traditionnelles. La part attribuable, respectivement à la consommation des HTP et à celle des cigarettes traditionnelles, sera méthodologiquement très complexe à apprécier. Quant à celles et ceux qui commenceraient leur exposition au tabagisme directement par la consommation de ces HTP, il faudra de nombreuses années de suivi pour en apprécier le véritable risque, en raison de la latence entre l’exposition et la survenue des cancers dus au tabac. »

A demain

@jynau

1 Aurélie Berthet, Isabelle Jacot Sadowski, Karin Zürcher, Valentine Guenin, Aude Gendre, Reto Auer, David Vernez, Jacques Cornuz Produits du tabac ‘’chauffé’’ : que faut‑il savoir ? Rev Med Suisse 2018; volume 14.1935-1941

2 « Philip Morris veut convaincre que son avenir se fera sans cigarettes ».  Le Temps, 2 octobre 2018

 

Après le «Mois sans Tabac» Buzyn et Blanquer oseront-ils, demain, le « Mois sans Cannabis » ? 

Bonjour

Premier jour de novembre 2018.

Pour cause de fatigue présidentielle 1 ce seront des chrysanthèmes sans/avec  inauguration officielle. Nous vivons des temps où, avec le temps qui passe, les rituels se déplacent. 1er novembre 2018 et nouveau rituel politico-sanitaire : ouverture du  « Mois sans tabac » festif et gouvernemental – on observera, cette année la disparition – sans explication- des absurdes parenthèses du « Moi(s) ».

Un mois, une nouvelle fois, pour une exhortation collective au sevrage tabagique. Sans aucune  garantie du gouvernement d’un Etat qui se nourrit des taxes sur la tabac. Un opération marquée par l’insupportable et récurrent déni de l’exécutif quant aux vertus de la cigarette électronique dans le champ de la réduction des risques. Un exécutif qui consent toutefois, pendant un mois, à laisser un strapontin aux chevau-légers de la Révolution des volutes. On s’en réjouira.

Premier jour de novembre 2018. Cette publication du « Journal of Clinical Psychiatry » : « One Month of Cannabis Abstinence in Adolescents and Young Adults Is Associated With Improved Memory ». Où l’on voit quatre-vingt-huit  adolescents et jeunes adultes ( de 16 à 25 ans) consommateurs réguliers de cannabis (au moins une fois par semaine) randomisés en deux groupes et suivis pendant un mois. Le premier groupe devait arrêter sa consommation (vérification du sevrage par test urinaire) ; 88,7 % d’entre eux ont complété le suivi. Le second poursuivait.

Un mois neuronal sans marijuana 

Un mois sans cannabis, un mois seulement  et voici que, neuronalement parlant, tout change. Cœur de l’étude : les capacités de mémorisation et d’attention étudiées à l’inclusion et chaque semaine pendant un mois. Révélation : dès la première semaine, le bénéfice de l’arrêt du cannabis a pu être mesuré, avec une amélioration de la mémorisation des nouvelles informations – une amélioration qui, stable, persiste au cours des semaines suivantes.

« Ces résultats confirment l’amélioration de la mémoire à l’arrêt du cannabis que l’on observe en pratique clinique a commenté, pour Le Quotidien du Médecin,  le Pr Amine Benyamina, psychiatre spécialiste des addictions (Hôpital Paul-Brousse, Villejuif.  Nous voyons bien, quand nous avons affaire à des jeunes, que les performances scolaires sont meilleures à l’arrêt du cannabis ». Bien beau constat. Qui en fait quoi ?

« Un essai plus vaste est en cours. Il inclut un groupe contrôle d’individus non consommateurs, ce qui sera essentiel pour déterminer si l’ampleur du changement de mémorisation au cours de la première semaine d’abstinence représente un retour total à la normale », annoncent les auteurs du Massachusetts General Hospital. 

Retour à la normale? Corriger le pathologique à la lumière, vacillante dès que politique, de la réduction des risques ?

Premier jour de novembre 2018.

A demain

@jynau

1 « Premières interrogations sur la santé d’Emmanuel Macron » Slate.fr 31 octobre 2018

Tabagisme : la belle voix hypnotique de la SNCF sait-elle que la cigarette électronique existe ?

Bonjour

Nous connaissons tous sa voix. Combien connaissent son visage ? « Simone la voix culte de la SNCF » se nomme, dans le civil,  Simone Hérault. Son timbre rythme la vie de plus de trois mille gares en France. Et ce depuis près de quarante ans, depuis que la SNCF a décidé de mettre à quai les « aboyeurs », préposés aux annonces en gare des années 1930.

« Née en 1950 dans le Val d’Oise, cette comédienne a très tôt irrigué les ondes de sa voix claire et apaisante, raconte la Société Nationale des Chemins de Fer. Dès 1972, Simone est animatrice radio chez France Inter Paris (FIP), où elle travaillera jusqu’en 2001. En 1981, après un casting SNCF parmi les ‘’dames de FIP’’, sa voix, ainsi que celle d’une autre animatrice, est retenue. C’est ainsi que les deux collègues commencent à enregistrer les annonces des différentes gares françaises. Au quotidien, elles renseignent ainsi les voyageurs sur les trains et les activités de la gare. Aujourd’hui, seule Simone continue à porter ces messages : SNCF a trouvé sa voix. »

Lèvres brûlées

Simone aura, au total, enregistré plus de 4 000 heures de messages dans le « studio-son » de la Société Nationale et raconté sur papier son parcours ferroviaire 1. Aujourd’hui une indiscrétion du Journal du Dimanche nous apprend que Simone a repris du service : cette voix iconique-hypnotique va pendant une semaine, à compter de ce 29 octobre, indiquer le nombre d’inscrits en temps réel à l’opération « Mois sans tabac ».

La belle voix de Simone invitera les passagers fumeurs (mais, on le sait, interdits de fumer 2) à les rejoindre. Un message diffusé à l’initiative de Médiatransports  (« leader de l’affichage transport ») 3 dans dix grandes gares de France : les quatre de Paris, Lyon Part-Dieu, Marseille Saint-Charles, Lille Flandres, Strasbourg, Rennes et Bordeaux.

Comment ne pas applaudir à cette initiative ? Et comment, soucieux de santé publique et de réduction des risques,  ne pas se poser la question qui brûle les lèvres : Simone et Médiatransports savent-ils que la cigarette électronique existe ?

A demain

1 « Grâce à ma voix »  Simone Hérault, Jacques Pagniez (interviewer), Claude Villers (préface) La Vie du Rail (2005).

2  «Pour nous, les choses sont d’une grande simplicité, indique le service de presse de la SNCF. Tout est interdit à bord des trains [fumer et vapoter]. Et dans les gares tout ce qui est autorisé pour le tabac l’est également pour le vapotage: interdiction dans les espaces clos, autorisation sur les quais à l’air libre.» Une précision en phase avec celles de l’Association indépendante des utilisateurs de cigarette électronique (Aiduce). (« La chasse aux fumeurs en plein air est ouverte: quid des vapoteurs ? » Slate.fr 23 août 2018)

3  Médiatransports est la régie publicitaire du groupe Publicis, 3e groupe mondial de communication. Acteur « incontournable » de la publicité dans les « univers » du métro, du bus et des gares, cette société est partenaire des trois plus gros opérateurs de transports RATP, SNCF et SNCF RESEAU ainsi que des autorités organisatrices de transports locaux.

Le baclofène est officiellement autorisé dans la maladie alcoolique. Demander Baclocur®

Bonjour

Beaucoup y verront l’aboutissement d’une longue guerre contre une administration médicamenteuse murée dans son invraisemblable déni. Les autres demanderont encore à voir de quoi il retourne face à cette hydre qu’est la maladie alcoolique.  Reste que c’est bien un événement. Dix ans après le message du Dr Olivier Ameisen, et après mille et une contorsions pincées, l’Agence du médicament (ANSM) a annoncé, mardi 23 octobre, avoir donné une autorisation de mise sur le marché (AMM) au baclofène pour le traitement de l’alcoolisme.

Tout ou presque est expliqué dans un bref communiqué : « L’ANSM octroie une autorisation de mise sur le marché pour une utilisation du baclofène dans l’alcoolo-dépendance ». Cette AMM a été « octroyée » au laboratoire Ethypharm, spécialisé dans la lutte médicamenteuse contre les addictions.

En pratique il s’agira du Baclocur® (10 mg, 20 mg et 40 mg) indiqué dans l’alcoolo-dépendance – à condition de respecter diverses recommandations et interdictions.

  • le Baclocur® est indiqué « dans la réduction de la consommation d’alcool, en complément d’un suivi psychosocial, après échec des autres traitements, chez l’adulte » ;
  • il pourra être prescrit par tous les médecins ;
  • prévoir une augmentation progressive des doses pour arriver une posologie optimale adaptée à chaque patient, correspondant à la dose la plus faible, pour une bonne réponse thérapeutique et une tolérance acceptable
  • posologie maximale : 80 mg/jour (ce qui ne manquera pas d’être dénoncé et qui risque fort de ne pas être respecté.

« Un suivi renforcé de la spécialité Baclocur® est prévu dès sa commercialisation. Sur la base de cette surveillance et de l’évolution des données scientifiques disponibles, l’ANSM pourra être amenée à réviser les conditions d’utilisation du baclofène dans cette indication » souligne le Dr Dominique Martin, directeur général de l’ANSM. « Ce n’est pas un blanc-seing, dit-il. Ce médicament n’est pas anodin et doit être manié avec beaucoup de précautions. Si le bénéfice n’est pas celui qu’on attendait et s’il apparaît qu’il faut remettre l’AMM en cause, nous pourrions le faire à n’importe quel moment. »

On a connu, dans le passé, des mises sur le marché plus enthousiastes.

A demain

@jynau

 1 Le baclofène est un médicament prescrit depuis les années 1970 comme relaxant musculaire, mais dont l’usage a peu à peu été détourné vers le traitement de l’alcoolisme. Depuis 2014, il était autorisé pour cet usage grâce à une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) qui sera remplacée par l’AMM dès lors qu’un accord sur les prix sera obtenu entre Ethypharm et le gouvernement.

Tous les textes de ce blog sur le baclofène sont disponibles à cette adresse : « Journalisme et santé publique – baclofène »

Arrêter de fumer avec (ou sans) conflits d’intérêts : que s’est-il passé à l’OpenMind Kfé ?

Bonjour

Nous évoquions il y a peu la peu banale invitation adressée par la multinationale Pfizer aux journalistes de la presse spécialisée « santé ». Rendez-vous le 17 octobre 2018 de 9 h à 11h à « l’OpenMind Kfé », 165 Faubourg Saint Honoré, 75008 Paris.  Programme : « Regards croisés de deux experts de santé », par le Dr. Ivan Berlin & le Dr. Anne-Laurence Le Faou.

Nous sommes le 17 octobre. Que s’est-il dit, ce matin, qui méritait une telle rencontre. Pfizer (qui commercialise la varénicline – Champix®  indiqué dans le sevrage tabagique chez l’adulte remboursé depuis mai 2017 suite à une initiative de Marisol Touraine) a rappelé haut et fort « la possibilité d’un arrêt progressif du tabac pour réussir son sevrage tabagique ». « Dans le cadre du traitement de seconde intention, une étude a montré que la varénicline peut-être une des solutions thérapeutiques adaptée pour un sevrage progressif de la nicotine » a-t-on expliqué aux journalistes.

Financée par Pfizer cette étude (dite « Reduce To Quit ») date déjà de 2015 :  Effect of Varenicline on Smoking Cessation Through Smoking ReductionA Randomized Clinical Trial. JAMA. 2015;313(7):687–694. « On observe que la varénicline, molécule qui aide au sevrage tabagique en agissant directement sur la dépendance à la nicotine, est une solution thérapeutique adaptée dans le cadre d’un arrêt progressif de la cigarette, résume le commanditaire. Les événements indésirables les plus fréquents (>10%) avec la varénicline sont : nausées, rhinopharyngite, rêves anormaux, insomnies et céphalées. »

« Grâce à une prévention active et au remboursement des traitements nous observons une baisse notable des fumeurs en France : moins d’un million cette année [une donnée plus que fragile] a pour sa part expliqué, citée par Pfizer, Anne-Laurence Le Faou, présidente de la Société Francophone de Tabacologie, responsable du centre ambulatoire d’addictologie (Hôpital européen Georges-Pompidou. Cependant il en reste encore 12 millions ! Il faut donc continuer à encourager le sevrage tabagique et la prise en charge des fumeurs par les professionnels de santé ».

Un médicament qui fonctionne très bien

Et de citer une étude datant, déjà,  de 2014 ( Baha M, Le Faou AL. Gradual versus abrupt quitting among French treatment-seeking smokers ) tendant à démontrer qu’une stratégie de réduction avant arrêt complet peut être bénéfique notamment chez des fumeurs ayant un profil sévère : gros fumeurs avec ancienneté importante du tabagisme et moindre confiance en eux pour l’arrêt.

« La varénicline permet surtout d’éviter les difficultés souvent rencontrées par les patients lors d’un arrêt brutal : la forte envie de fumer et l’apparition de symptômes de sevrage. Il est remboursé à 65% par la Sécurité Sociale et reste un médicament qui fonctionne très bien dans le cadre d’un sevrage tabagique » a pour sa part expliqué, cité par Pfizer, le Dr  Ivan Berlin (Hôpital de la Pitié-Salpêtrière).

Le Dr Berlin est secrétaire général adjoint chargé de la recherche de la Société Francophone de Tabacologie. Il conduit sur fonds publics (900 000 euros), l’étude ECSMOKE qui cherche à comparer les effets de la cigarette électronique contenant de la nicotine à la cigarette électronique sans nicotine et à la varénicline- Champix®.

A demain

 

 

 

Comment peut-on  laisser  Big Tobacco faire la publicité sanitaire de ses tabacs «chauffés» ?

Bonjour

Que se passe-t-il à Genève, au sein de la 8e édition du sommet anti-tabac de l’OMS (COP 8). Un sommet fermé à la presse et autres oreilles affûtées 1. Le sujet intéresse au plus haut point le site des buralistes français : « COP 8 / Sommet anti-tabac de l’OMS : les arguments de Philip Morris sur les produits de nouvelle génération … face à l’obstruction ».  A Genève on examine, dit-on, les résultats obtenus dans la lutte contre le tabagisme ainsi que … « les stratégies pour lutter contre l’émergence de nouveaux produits du tabac et l’ingérence de l’industrie du tabac dans les efforts de lutte anti-tabac(sic)».

Moira Gilchrist est la vice-présidente de la communication scientifique de Philip Morris International. Elle voit dans la réunion de Genève une rencontre « historique ». « Pour la première fois toute la gamme des nouveaux produits sans fumée, développés depuis trois ans, peut être évaluée, dit-elle. Nous pensons que nos produits réduisent de manière drastique les risques pour la santé par rapport aux cigarettes traditionnelles ».

 Invraisemblable

Et la scientifique Gilchrist de demander tout simplement à débattre de ce sujet. Et de rappeler que d’après diverses estimations, le seul vapotage concernerait aujourd’hui de 10 à 20 % des fumeurs réguliers en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis notamment. Les chiffres de Philip Morris International confirment cette tendance. En 2017, ses nouveaux produits à « tabac chauffé » représentaient 13 % des ventes du géant mondial – et ils vont compter à hauteur de 16 % cette année.

 « Il n’y a que 2,5% des fumeurs qui arrêtent de fumer chaque année » explique encore la responsable de Philip Morris International. Elle a plus ou moins compté : à ce rythme, il faudrait au moins un siècle pour l’éradication tabagique. « Dès lors, il est effectivement utile de trouver des moyens de substitution pour accélérer la démarche de ceux qui veulent sortir de l’addiction à la cigarette, ose le site des buralistes français. Un argument qui va bien finir par prendre toute sa place, malgré les polémiques auxquelles sont contraints de se livrer les tenants du discours dominant en la matière. »

Que de confusions savamment entretenues. Faudrait-il ici encore rappeler que les nouveaux produits à  « tabac chauffé » ne sont en rien comparable à la cigarette électronique ? Qu’ils n’ont nullement fait la preuve de leur intérêt en termes de réduction des risques ? Que les meilleurs experts soutienne une opinion contraire ? Et que, de manière invraisemblable les autorités sanitaires françaises se désintéressent radicalement du sujet – laissant ainsi le champ libre à toutes la approximations-manipulations des puissants marchands de tabac.

A demain

1 Sur ce sujet lire le délicieux compte-rendu de Philippe Poirson : « #COP8FCTC Premier jour, première boulette: Anne Bucher, nouvelle DG santé Européenne, croit que la vape est du tabac ». Où l’on découvre, sur ce sujet, les compétences et étranges convictions de Mme Anne Bucher, nouvellement nommée à la tête de la direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire (DG SANTE) de la Commission européenne.