Publicité : des plantes injectées en sous-cutané et 149 euros pour ne plus jamais smoker®

Bonjour

C’est un message adressé aux médias : avec les trois premiers StopSmoking Centers® en France la StopSmokingTherapy® est désormais accessible en France. « Situées à Villepinte (Seine-Saint-Denis), Le Plateau d’Assy (Haute-Savoie) et Castelmaurou (Haute-Garonne), ces trois cliniques sont les premiers établissements médicaux français habilités à dispenser la StopSmokingTherapy®, « thérapie de sevrage tabagique par injection auriculaire sous-cutanée ».

Ecran publicitaire I :

« La StopSmokingTherapy® est une solution de sevrage tabagique contenant des substances actives à base de plantes, permettant un arrêt du tabac efficace, durable et sans effets secondaires. Sa formule a été inventée et brevetée par le Professeur Robert Aboudaram, professeur en chirurgie maxillo-faciale, addictologie et stomatologie, après trente ans de recherches

« La thérapie consiste en plusieurs injections intra-auriculaires sous-cutanées sur des points spécifiques liés à l’addiction, effectuées lors d’une seule et même séance. Ces injections sont exclusivement réalisées dans le cadre des StopSmoking Centers®, par du personnel médical formé spécifiquement à ce geste.

« Sur dix patients traités, neuf disent ne plus ressentir l’envie de fumer après une seule séance de StopSmokingTherapy®. Ayant acquis le brevet auprès du Professeur Robert Aboudaram, Edelweiss Laboratory S.A., société spécialisée notamment dans la recherche en addictologie 1 est désormais détentrice de cette formule. C’est dans ce cadre qu’elle œuvre au référencement de cliniques et médecins experts, qui, une fois formés, peuvent administrer le traitement en toute sécurité et le rendre accessible au plus grand nombre de Français.

Dans ce cadre Edelweiss Laboratory S.A. a formalisé des partenariats avec des cliniques spécialisées en addictologie. L’un d’eux, signé avec un groupe hospitalier européen de premier plan, a permis l’ouverture sur le territoire national des trois premiers StopSmoking Centers®. Les rendez-vous sont réalisés exclusivement au sein de ces cliniques partenaires, afin d’offrir aux fumeurs un accompagnement et un encadrement médical adaptés dans le cadre de leur sevrage tabagique. »

Ecran publicitaire II :  

« La StopSmokingTherapy®, comment ça marche ?

« 1/ En quelques clics, le fumeur localise, via la plateforme internet (https ://www.stopsmokingtherapy.com/), le StopSmoking Center® le plus proche de son domicile, et réserve un rendez-vous au créneau de son choix.

2/ Il règle en ligne (paiement sécurisé) un forfait de 149 euros, comprenant : – Un entretien médical individuel, réalisé le jour J au sein du StopSmoking Center®. Celui-ci permet notamment de répondre à toutes les questions du patient. – Les injections intra-auriculaires sous-cutanées par le personnel médical spécifiquement formé à la StopSmokingTherapy®.

3/ Le jour J, le fumeur se rend au StopSmoking Center®. Sur place, il est pris en charge par l’équipe médicale.

 4/ Une fois les injections réalisées, quelques recommandations : – Il est interdit de conduire dans l’heure qui suit, aussi vaut-il mieux être accompagné sur place.  Pendant les dix jours suivants, le patient doit boire trois litres d’eau par jour, et s’abstenir de consommer du café, du thé et de l’alcool. »

On observera que rien n’est dit quant aux plantes à l’origine des « substances actives ». Rien non plus quant au nombre et à la localisation des points d’injections intra-auriculaires. On postulera que les autorités sanitaires françaises et la si sourcilleuse DGCCRF ont autorisé cette pratique et ces allégations. Comment, sérieusement, pourrait-il en être autrement ?

A demain

@jynau

1 La société se présente ainsi : Fondée en 1989, Edelweiss Laboratory S.A. est une société anonyme située à Sion, dans le Canton du Valais (Suisse). Elle est spécialisée notamment dans la recherche en addictologie, et est détentrice de différentes formules brevetées, dont celle de la StopSmokingTherapy®. Pour plus de précisions : http://www.edelweisslab.ch

Champix® versus cigarette électronique : quand le Dr Ivan Berlin s’expliquait, avant la polémique

Bonjour

Poursuivons notre série « Champix®, Pfizer vs cigarette électronique ». Et ce grâce au site Medscape édition française qui avait, en novembre 2018, publié un entretien (Aude Lecrubier) avec  le Dr Ivan Berlin (Pitié-Salpêtrière, AP-HP), médecin tabacologue et principal investigateur de l’étude ECSMOKE. « La cigarette électronique peut-elle aider au sevrage tabagique ? Si le Royaume-Uni considère que c’est le cas, la question, en France, reste très débattue et en réalité, il n’existe pratiquement aucune donnée scientifique, aucune étude prospective, contrôlée, randomisée sur le sujet, rappelait Medscape. D’où l’importance de l’essai ECSMOKE, destiné à évaluer scientifiquement l’intérêt de la cigarette électronique comme aide au sevrage tabagique en la comparant à un médicament ayant déjà l’AMM dans cette indication, la varénicline (Champix®, Pfizer). Lancée le 17 octobre par l’AP-HP, cette étude française est très attendue. »

Medscape observait aussi que cet essai suscitait des critiques sur sa méthodologie 1 et son coût, notamment de la part de ceux qui pensent qu’une telle étude est inutile alors que de nombreux fumeurs se tournent déjà spontanément vers la cigarette électronique pour arrêter de fumer. D’où sa décision de donner la parole au Dr Ivan Berlin « pour faire la lumière sur les dessous de l’étude et répondre aux différentes interrogations soulevées par ses détracteurs ». Cinq mois plus tard, alors qu’une controverse se développe sur les difficultés du recrutement des volontaires, cet entretien a conservé toute son actualité. Extraits :

« Quel est le rationnel de votre étude ?

Ivan Berlin : On attend cette étude dans le monde entier parce qu’il n’en existe aucune de ce type. Les cigarettes électroniques sont accessibles depuis 2012 environ. Pourtant, à ce jour, on ne compte que deux essais randomisés évaluant la cigarette électronique dans le sevrage tabagique (…) En revanche, il y a eu de nombreuses études observationnelles. Certaines ont conclu que la cigarette électronique aidait à arrêter et d’autres que la e-cigarette stimulait le tabagisme. Le problème des études observationnelles est qu’elles n’étudient pas des groupes homogènes. Les résultats vont donc dans tous les sens. Il fallait donc faire une étude pivot avec une randomisation correcte, avec très peu de critères d’exclusion qui permette d’avoir des données d’efficacité mais aussi de tolérance.

Quel est l’enjeu majeur de cet essai ?

– S’il s’avère que la cigarette électronique est non inférieure à la varénicline, cela voudra dire qu’elle fait aussi bien. Si c’est le cas, elle pourra devenir un traitement de première intention. Elle pourra être considérée comme un médicament, vendue en pharmacie, délivrée sous prescription…L’enjeu est énorme. Mais, rappelons qu’on ne pourra pas extrapoler nos conclusions à d’autres cigarettes électroniques, d’autres liquides, à des doses et à des populations différentes (les femmes enceintes ou allaitantes, les moins de 18 ans…).

Quels sont pour vous les points forts de l’étude ?

– Les forces de l’étude sont le double aveugle et le double placebo, la randomisation et l’effectif élevé.  Aussi, en comparaison de la majorité des études observationnelles qui recueillent les données de façon déclarative sur internet, ici, nous avons un contrôle biologique du tabac dans les urines. On sait vraiment si les participants fument ou pas. Enfin, cette étude est complètement indépendante de l’industrie du tabac et de l’industrie de pharmaceutique. Pfizer n’a pas souhaité nous fournir gratuitement les comprimés de varénicline (sic)

Pourquoi avoir choisi la varénicline comme référence et non les patchs nicotiniques ?

– D’une part parce que la varénicline est le traitement le plus efficace dans le sevrage tabagique. Mais aussi, parce qu’il est très compliqué de faire des placebos de patchs nicotiniques. Il s’agit de vieux produits et les fabricants n’en ont plus. Ils ne veulent pas s’engager à fabriquer des placebos parce que pour cela, il faut nettoyer les machines afin d’éviter toute contamination, contrôler, c’est fastidieux. Il est beaucoup plus simple de fabriquer des comprimés placebo. Dans cette étude, c’est la pharmacie centrale des essais cliniques de l’Assistance Publique qui a pris la responsabilité de la fabrication des comprimés de placebo (…)

Quelle cigarette électronique et quel e-liquide avez-vous choisi et pourquoi ?

– Les cigarettes électroniques que nous avons utilisées sont un standard. Il s’agit de la marque Eleaf, chinoise, comme toutes les autres. Le liquide est fabriqué par une société française qui s’appelle Gaiatrend, et qui est située à côté de Strasbourg. Il s’agit de l’une des deux seules sociétés qui a répondu à notre appel d’offre. Cette société n’a aucune relation avec l’industrie du tabac, elle contrôle la qualité des lots, et elle répond à certaines normes de sécurité, notamment sur la sécurisation des bouchons pour les enfants, des conditions importantes de notre cahier des charges

Certains mettent en doute l’aveugle avec les cigarettes électroniques en disant que le participant peut facilement sentir si sa cigarette électronique contient de la nicotine en raison du « throat hit » ?

– Aux visites, les participants seront soumis à un guess test. Nous allons leur demander s’ils pensent qu’ils sont dans le groupe « placebo-placebo », « varénicline » ou « cigarette électronique avec nicotine ». Il est possible qu’ils devinent dans quel groupe ils sont. Toutefois, pour minimiser les risques, nous avons fait fabriquer des flacons non transparents et acheté des cigarettes électroniques non-transparentes avec des clearomiseurs – réservoir de e-liquide – jaunes pour voir le niveau de liquide mais pas sa couleur car la nicotine peut devenir jaune avec le temps. Ce sont des détails très importants.

L’étude est aussi critiquée pour son coût, autour de 900 000 euros… Que répondez-vous ?

– Les essais thérapeutiques sont très onéreux. Cette étude est moins coûteuse que si elle avait été réalisée dans le privé. Nous avons acheté les comprimés de varénicline à Pfizer. Il fallait payer une société pour qu’elle fabrique le placebo, et conditionne tous les comprimés. Il a fallu aussi acheter les appareils de cigarette électronique, les résistances, le liquide. Rien qu’en matériel et médicament nous en avons eu pour pas loin de 500 000 euros. Et, comme il s’agit d’une vaste étude, plusieurs personnes y travaillent, il y a donc des salaires à couvrir. »

Au terme de cet entretien au terme Medscape précise que « le Dr Ivan Berlin déclare des liens d’intérêt avec Pfizer ».

A demain

@jynau

1 ECSMOKE devrait inclure au minimum 650 personnes fumant au moins 10 cigarettes par jour, âgées de 18 à 70 ans et souhaitant arrêter de fumer. Les femmes enceintes et allaitantes étaient exclues. Des médecins de 12 consultations de tabacologie de plusieurs hôpitaux à Angers, Caen, Clamart, Clermont-Ferrand, La Rochelle, Lille, Lyon, Nancy, Nîmes, Paris, Poitiers et Villejuif prendront en charge chaque participant pendant 6 mois.

Les participants seront randomisés en double aveugle entre 3 bras : groupe placebo : 4 comprimés de placebo/j et e-cigarette avec liquide sans nicotine ; groupe nicotine : 4 comprimés de placebo/j + e-cigarette avec nicotine (12 mg/mL) ; groupe varénicline (référence) : 4 comprimés de varénicline/j et e-cigarette sans nicotine

L’arrêt du tabac devra survenir dans les 7 à 15 jours suivant l’inclusion du participant dans l’étude. Une consultation aura lieu avant le démarrage de l’étude, puis 6 visites seront programmées. L’évaluation du sevrage tabagique se fera à travers des examens cliniques, biologiques et par questionnaires. Les patients qui seraient amenés à rechuter resteront dans l’étude avec le même suivi.

Le critère primaire d’évaluation est le taux d’abstinence tabagique continu au cours des quatre dernières semaines d’une période de traitement de 3 mois.

L’étude devrait permettre de répondre à deux questions : Est-ce que la cigarette électronique contenant de la nicotine est supérieure à son placebo ? Est-ce que la cigarette électronique contenant de la nicotine est non-inférieure au traitement de référence du sevrage tabagique qu’est la varénicline ?

En parallèle, les chercheurs espèrent recueillir des données sur les risques associés à la cigarette électronique, notamment chez les plus de 45 ans, âge à partir duquel la majorité des fumeurs a déjà un trouble de santé lié à son tabagisme.

 

 

 

Cigarette électronique contre Champix® : voici nos réponses à quelques méchantes critiques

Bonjour

Nous traitions ici même, il y a quelques heures de l’étude ECSMOKE ; étude lancée en octobre dernier financée par des deniers publics (un million d’euros) ayant pour objectif d’évaluer l’efficacité de la cigarette électronique (avec ou sans nicotine) par rapport à un médicament « aidant au sevrage tabagique » (varénicline, Champix®). Et nous nous interrogions sur les difficultés rencontrée par ses promoteurs pour recruter un minimum de 650 personnes volontaires « fumant au moins dix cigarettes par jour, âgées de 18 à 70 ans et souhaitant arrêter de fumer ». Et ce en dépit de la publicité faite sur le sujet par l’AP-HP.

Deux critiques n’ont guère tardé. Tout d’abord celle, courtoisement formulée sous forme de commentaire, d’Ivan Berlin (Pitié-Salpêtrière, AP-HP) coordinateur de cette étude :

« Cher Jean-Yves Nau,
Comme je vous ai déjà écrit, je veux bien présenter cette étude et ses enjeux à tous ceux qui s’y intéressent. Je refuse toute critique de la part des personnes qui ne connaissent pas ses détails méthodologiques.
Vous écrivez votre blog mais vous ne répondez jamais à ma demande de discussion ouverte.
C’est facile d’être négatif, faire des critiques sans connaitre les détails. Ça fait lire votre blog.
Par ailleurs, notre recrutement est excellent, nous souhaitons finir l’étude le plus tôt possible pour rendre public les résultats le plus tôt possible – d’où la nouvelle campagne de recrutement.
Ivan Berlin »

Ensuite celle postée sur Twitter, de Bertrand Dautzenberg (Pitié-Salpêtrière, AP-HP): « Contrairement à ce qu’affirme JY Naux [sic] sans vérifie [re-sic] les faits, le recrutement de l’étude ecsmoke fonctionne bien (recrutement plus rapide qu’anticipé). JY Nau insinue qu’il y a des conflits d’intérêts, c’est faux, merci à lui de préciser ou de se rétracter. »

Nos réponses

1 Le recrutement. Nous écrivions, en citant nos sources, qu’il manquait encore à cette étude lancée en octobre dernier  plus de 500 personnes sur les 650 nécessaires. Ivan Berlin et Bertrand Dautzenberg affirment l’un que le « recrutement est excellent », l’autre que ce recrutement « fonctionne bien »  et mieux : qu’il est « plus rapide qu’anticipé ». Dont acte.

Questions : Quel était le plan initial de recrutement ? Où en est-il précisément ? Quelles sont les modalités de la « nouvelle campagne de recrutement ? Quand cette étude sera-t-elle terminée ? Quand les résultats seront-ils rendus publics ?

Précisons qu’en octobre nous avions, sur ce blog, donné toutes les précisions pour aider les personnes intéressées à s’informer et, le cas échéant, à participer à cette étude.

2 Le conflit d’intérêt. Nous n’ « affirmons » ni n’ « insinuons ». Nous parlons d’une étude « potentiellement grevée de conflits d’intérêts » ; et ce en renvoyant à deux papiers publiés sur ce blog (l’un le 14 octobre 2018, l’autre le 17 octobre 2018) comportant des éléments permettant de soulever la question au regard de la promotion faire pour le Champix® de la multinationale pharmaceutique Pfizer. Ivan Berlin nous avait alors répondu fort courtoisement :

« Cher M. JY Nau, Je suis très content qu’un journaliste de renom comme vous s’intéresse à l’épidémie tabagique et au sevrage tabagique. Toutefois, il me semble que vous n’étiez pas présent à cette conférence de presse, en tout cas je ne vous ai pas vu. C’aurait été enfin une occasion de se parler et d’aborder plusieurs sujets dont vous écrivez. A votre disposition. »

A quel titre devrions-nous, dès lors, nous « rétracter » ?

3 La méthodologie. Ivan Berlin n’ignore pas qu’ECSMOKE fait l’objet de nombreuses critiques de spécialistes – non du Champix® mais de la réduction des risques et du vapotage.Une partie de ces critiques a été formulées sur ce blog le 31 octobre 2018 (par Sébastien Béziau, Jacques Le Houezec, Patrick Favrel, Jean-Pierre Couteron, William Lowenstein).

Aujourd’hui Ivan Berlin dit « refuser toute critique de la part des personnes qui ne connaissent pas les détails méthodologiques » de cette étude. Tout laisse penser que ces cinq spécialistes sont pleinement au fait de ces détails qui n’ont par aielleurs (et fort heureusement) rien de secret. Pourquoi se refuse-t-il, dès lors, à répondre à leurs critiques ?

4 L’absence de réponse. « Vous écrivez votre blog mais vous ne répondez jamais à ma demande de discussion ouverte » nous écrit Ivan Berlin. Nous prenons bonne note ce cette demande – la première après le commentaire du 17 octobre dans lequel M. Berlin expliquait être à notre disposition. Il sait, depuis, que notre blog lui est ouvert. Comme il l’est à Bertrand Dautzenberg.

5 L’audience de notre blog. « C’est facile d’être négatif, faire des critiques sans connaître les détails. Ça fait lire votre blog ». Le propos nous semble quelque peu excessif. S’il est, de fait, aisé d’être dans la négativité il nous semble connaître assez bien les détails du sujet.

Quant à l’audience de notre blog, elle est effectivement très nettement en pointe dès lors que nous traitons des questions médicales et politiques relatives à la cigarette électronique et à la réduction des risques. Faudrait-il se flageller ? Où se féliciter de voir là un symptôme de l’intérêt général pour ces questions – une donnée qui ne peut que nous inciter à persévérer. En cherchant, merci Sénèque, à éviter les erreurs et sans jamais diaboliser.

Bien cordialement

A demain

@jyanu

E-cigarette contre Champix® : un million d’euros d’argent public vont-ils partir en fumée ?

Bonjour

L’affaire, fort coûteuse, est bien mal partie. Elle a pour nom ECSMOKE : une étude nationale prévue pour être menée dans onze hôpitaux et un dispensaire. Objectif : évaluer l’efficacité de la cigarette électronique (avec ou sans nicotine) comparée à un médicament « aidant au sevrage tabagique » (varénicline, Champix®). Encore faut-il,  pour cela, obtenir la participation d’un minimum de 650 personnes « fumant au moins dix cigarettes par jour, âgées de 18 à 70 ans et souhaitant arrêter de fumer ». Ce qui ne devrait pas, en France, être bien difficile à trouver. Cette étude est financée par les autorités de santé (PHRC 2015). Son coût : entre 900.000 et un million d’euros. Bien lire : entre 900.000 et un million d’euros.

Pour nombre de spécialistes d’addictologie et de réduction des risques ECSMOKE souffre de nombreux défauts méthodologiques. Lancée bien trop tardivement, incroyablement coûteuse, potentiellement grevée de conflits d’intérêts, elle ne saurait selon eux répondre utilement aux questions soulevées. «  Dans cette étude, l’inconscient contre le vapotage est à ciel ouvert » nous résumait le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions en octobre dernier, au moment du lancement.

Nous sommes en avril de l’année suivante, et rien n’avance. En dépit de la publicité faite par l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris 1 le Dr Ivan Berlin (Pitié-Salpêtrière) peine à recruter : il manque encore …. 500 volontaires comme vient de l’indiquer France Bleu Paris (Mélodie Pépin), repris par Vap’You et Vap’News :

« L’AP-HP semble galérer depuis des mois pour trouver des volontaires. Pour rappel, contrairement à ce prétendent les communiqués, cette étude ECSMOKE ne compare LA vape, mais seulement un seul matériel, une seule saveur, deux taux de nicotine, zéro (!) et 12 mg/ml ce qui est potentiellement insuffisant pour la plupart des fumeurs. Donc une étude à 900.000€ (avec nos impôts) pour rien, ou peut-être juste pour essayer de montrer qu’un médicament (la varénicline) est ‘’aussi’’ efficace que la vape (avec des pré-requis d’usage complètement biaisés) ».

Au risque de choquer, la question doit être posée : ne conviendrait-il pas, tout bien pesé, d’arrêter les frais ?

A demain

@jynau

1 Pour notre part nous indiquions, dès novembre sur ce blog,  que les fumeurs intéressés pour participer à l’étude pouvaient contacter le centre coordinateur par téléphone : 0622938609 et/ou retrouver toutes les informations sur  aphp.fr. Nous ajoutions qu’en pratique des médecins spécialisés dans le sevrage tabagique de douze consultations de tabacologie de plusieurs hôpitaux à Angers, Caen, Clamart, Clermont-Ferrand, La Rochelle, Lille, Lyon, Nancy, Nîmes, Paris, Poitiers et Villejuif prendraient en charge chaque fumeur participant à l’étude pendant six mois en leur fournissant une cigarette électronique personnelle à puissance réglable et des liquides spécifiques saveur tabac blond (soit avec 12 mg/ml nicotine, soit sans nicotine), des comprimés de varénicline ou sa version placebo.

La farce et les dindons français : comment l’Etat pourrait-il en finir un jour avec le tabac ?

Bonjour

12 avril 2019. Chercher l’erreur. « Un euro de plus sur chaque paquet de cigarettes, ça rapporte gros, observe  aujourd’hui Solveig Godeluck (Les Echos). L’augmentation de la fiscalité sur les produits du tabac a permis de prélever 900 millions d’euros de plus en 2018, d’après les chiffres du programme de stabilité transmis par Bercy à Bruxelles.  A l’automne 2017, dans le projet de budget de la Sécurité sociale, le gouvernement avait inscrit une recette supplémentaire de 510 millions d’euros sur l’année. »

Au total, les taxes sur les tabacs ont rapporté près de 13 milliards d’euros (hors TVA) en 2018 contre 11,9 milliards en 2017. « Cette bonne surprise pour le budget est un peu moins réjouissante pour la santé publique et pour les comptes de la Sécurité sociale à long terme, poursuivent Les Echos. Cela signifie que la consommation légale de tabac a un peu moins baissé que prévu. Les volumes de cigarettes ont néanmoins diminué de 9,1 % en 2018, a calculé l’association ‘’Droits des non-fumeurs’’, une baisse substantielle. » Mais l’Etat s’attendait à un recul plus important encore de la consommation compte tenu de l’ampleur du renchérissement des taxes. Gouverner c’est, aussi, calculer.

Cigarette électronique/réduction des risques

Résumons. Il y a un an se mettait en place, à l’initiative du gouvernement, un programme d’augmentation par étapes des prix/relèvement de la fiscalité jusqu’en 2020. Il s’agissait, officiellement de lutter contre la consommation de tabac en annonçant que le paquet de cigarettes atteindrait un minimum de 10 euros en 2020. On observe d’autre part (et en dépit du déni gouvernemental quant aux vertus de la cigarette électronique/réduction des risques) que les tentatives pour arrêter de fumer sont sur une pente croissante encouragées par une meilleure prise en charge des substituts nicotiniques par la collectivité.

C’est dans ce contexte que les pouvoirs publics/autorités sanitaires ont annoncé (sans jamais fournir de données statistiques objectives) une diminution, en un an et demi, de 1,6 million de fumeurs.  « De leur côté, notent Les Echos, les industriels du tabac ont vu leur chiffre d’affaires augmenter de 3,9 % en 2018 du fait de l’augmentation du prix moyen, en dépit de la baisse des volumes, note ‘’Droits des non-fumeurs’’. Un chiffre d’affaire qui s’est élevé à 15,65 milliards. » Sans parler des ventes parallèles, des achats à l’étranger et de la contrebande qui, par définition, ne figure pas dans les statistiques officielles. Où est l’erreur ?

A demain

@jynau

 

Métaphore: les «Alcooliques Anonymes» vont-ils porter plainte contre le Parti socialiste ?

Bonjour

Des dangers de filer de mauvaises métaphores. Gaspard Gantzer, 39 ans, est un haut fonctionnaire, ancien militant socialiste, ancien de l’ENA, ancien conseiller de nombreux responsables politiques socialistes, avant de devenir, de  2014 à 2017, conseiller chargé des relations avec la presse et chef du pôle communication de François Hollande, alors président de la République. « L’archétype du bobo parisien cool, sûr de lui » selon Libération (Vincent Glad), qui connaît bien le sujet.

Un instant très proche d’Emmanuel Macron il dirige aujourd’hui une agence de conseil en communication et de relations publiques, multiplie les interventions dans les médias et vient d’annoncer qu’il sera candidat à la mairie de Paris – et, s’il est élu, détruira le périphérique « axe pollué qui coupe Paris en deux ».

Il y a quelques jours ce spécialiste de la communication s’en prenait à Olivier Faure, 51 ans, premier secrétaire du Parti socialiste. Le 13 mars, au micro de France Inter M. Gantzer est interrogé sur l’actualité douloureuse de son ancienne famille politique – et tout particulièrement sur l’inventaire du dernier quinquennat auquel procède, depuis février, M. Faure.

Cuisson préalable à la consommation

« Ça a un côté réunion d’Alcooliques Anonymes qui sont en train de se demander tous les jours : qu’est-ce qui c’est passé pourquoi, est-ce qu’on a fait ça …  Les thérapies collectives fonctionnent quand elles se font à huis clos » a déclaré M. Gantzer. Réponse de M.Faure (selon un indiscret publié par Le Journal du Dimanche ) « Si nous sommes des alcooliques, tu es sans doute responsable de la cuite »  aurait-il répondu par texto.

Comment oser de telles références ? Comment les justifier et comment les comprendre ? Qu’en diront les « Alcooliques Anonymes » 1 ? Qu’est-ce qu’une « thérapie collective à huis clos » ?  La « cuite » est-elle, comme certains l’avancent, une référence explicite à la fonction qu’occupait M. Gantzer de 2014 à 2017 – période durant laquelle le PS s’est coupé de sa base électorale à grande vitesse. Un phénomène qui, selon Olivier Faure, est en partie dû à la politique économique et sociale menée par François Hollande et ses gouvernements successifs.

Est-ce dire que M. Faure fait référence à la cuisson d’un aliment préalable à sa consommation ? Ou à celle que l’on « prend » avant de la subir puis de regretter amèrement les plaisirs, vertigineux et éphémères, des hautes ivresses ?

A demain

@jynau

1 Sur ce thème, l’indépassable « Avec les Alcooliques Anomymes » de Joseph Kessel (Editions Gallimard)

Les « éthylotests anti-démarrage » sont annoncés dans tous les tribunaux français

Bonjour

Un an après, c’est fait. En janvier 2018 un conseil interministériel de sécurité routière avait prévu une possible généralisation du recours aux éthylotests anti-démarrage (EAD) de préférence à une suspension de permis de conduire. Il fallait, pour cela, « une préfiguration réussie dans sept départements (Drôme, Finistère, La Réunion, Loiret, Manche, Nord et Vendée) ».

Aujourd’hui la Sécurité routière annonce, dans un communiqué : « Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, a adressé à tous les préfets une note les invitant à mettre en œuvre cette nouvelle possibilité. »

Ce dispositif est constitué d’un éthylotest couplé au circuit d’alimentation du véhicule automobile et  dans lequel le conducteur doit souffler pour pouvoir démarrer. Il concerne les personnes interceptées avec une alcoolémie relevant du tribunal correctionnel (supérieure à 0,8 g/l de sang) et qui ne sont pas en état de « récidive alcoolique ».

Loin de voir son permis suspendu, le contrevenant pourra être autorisé (par décision préfectorale) à continuer à conduire des véhicules équipés d’EAD – qu’il s’agisse du sien ou, par exemple, d’un véhicule d’entreprise. L’installation (1 300 euros environ ou location de 100 euros par mois) sera à la charge du contrevenant. « Ce dispositif (…) est responsabilisant et exemplaire, ce qui lui confère son efficacité, amplement démontrée à l’étranger », souligne la Sécurité routière.

Cette mesure préfectorale, d’une durée initiale maximale de six mois, peut être prolongée par un tribunal jusqu’à cinq ans. Le tribunal pourra également « choisir de moduler l’amende encourue – jusqu’à un maximum de 4 500 euros-  ce qui permettra de compenser le coût de l’installation de l’EAD à la charge de la personne en infraction ».

On rappellera que 1 035 personnes sont mortes en 2017 dans un accident de la circulation impliquant un conducteur alcoolisé au-delà du seuil autorisé. Et que  l’alcoolémie représentait 20,8 % des délits routiers.

A demain

@jynau