La fumée sortant du flanc droit de Poelvoorde ; Anne Hidalgo et le tout Paris sans mégots

Bonjour

9 juillet 2018. Le tabac brûlé nous rapproche parfois de l’étrange. C’est le cas avec un film que ne goûtent guère les critiques bien pensant.e.s : « Au poste ! » de Quentin Dupieux. Une décalque surréaliste du « Garde à vue » de Claude Miller (1981). Une comédie au-delà des normes, une mise en abyme comme le cinéma n’en montre pas. Ou si peu.

Ventura et Serrault ne sont plus. Voici Benoît Poelvoorde (commissaire Buron) et Grégoire Ludig (suspect Fugain). Marc Fraize (Philippe) prend la place de Guy Marchand dans le placard. On ne gobe pas, ici. On croque. Le temps ne sait plus passer. Magritte. Bouffées de tragique et de rires. L’absurdité s’ouvre sous nos pieds. Les équerres servent à tuer au carré. (On peut ne pas aimer).

Interdiction étant faite de spoiler on taira, ici, la trouvaille qui permet à la cigarette de prendre toute la nouvelle place qui est la sienne, dans les corps malades comme dans la psyché collective. Une trouvaille qui vaut mille publicités sanitaires gouvernementales. Et qui vient incidemment ruiner le récent discours d’une ministre de la Santé voulant censurer la vision du tabac au cinéma.

Hors des salles obscures, la politique ne perd jamais ses droits. Le Conseil de Paris vient d’adopter un vœu, (déposé par le groupe radical de gauche, centre et indépendants) visant à expérimenter l’interdiction pendant quatre mois de la cigarette dans quatre parcs et jardins de la capitale.

Abattoirs de Vaugirard

C’est ici la décalque expérimentale de l’interdiction mise en place depuis le 1er juillet à Strasbourg dans tous les parcs et jardins publics de la ville. C’est aussi la poursuite d’une logique sans faille : elle fait suite à celle instaurée en France dans les lieux de travail et les lieux publics (centres commerciaux, aéroports, gares, hôpitaux et écoles) en février 2007, étendue en 2008 aux cafés, bars, restaurants, hôtels et discothèques.

Le Monde rappelle que la cigarette est déjà interdite dans les 500 aires de jeux des parcs parisiens depuis 2015. Quant à l’interdiction de la cigarette dans les parcs publics, elle est déjà en vigueur en Finlande, en Islande, au Royaume-Uni ou dans certaines villes des Etats-Unis. A Paris il s’agit de « lutter contre la banalisation de la cigarette chez les plus jeunes », de donner de « l’air frais » aux promeneurs et de lutter contre la pollution qu’entraînent les jets de mégots par terre.

Dès aujourd’hui il est interdit d’allumer une cigarette dans l’un des six parcs ou jardins choisis par la Ville de Paris pour être des espaces sans tabac : Jardin Anne-Franck (3e) ; Jardin Yilmaz-Güney (10e) ; Square Trousseau (12e) ; Square Henri-Cadiou (13e) ; Parc Georges-Brassens (15e) ; Square des Batignolles (17e). Pas de verbalisation durant les quatre mois de l’expérimentation. Les agents des parcs et jardins rappelleront les fumeurs à l’ordre.

Ne plus jamais fumer dans le parc qui porte le nom de Georges Brassens aménagé à la place du marché aux chevaux de Vaugirard et de ses abattoirs. Entrons dans une salle obscure. Dans le commissariat le fumée de tabac sort du flanc droit du commissaire Buron. Qui nous dira pourquoi ?

A demain

Véridique et politique : gratuité annoncée des médicaments nicotiniques du sevrage tabagique

Bonjour

C’est un événement.  Ou plus précisément un événement à venir. Une mesure que certains (dont nous sommes) réclamaient depuis des années : la prise en charge intégrale, comme les autres médicaments) de substituts nicotiniques dans l’indication du sevrage tabagique. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a, enfin, abordé officiellement le sujet ce 26 mars 2018 en compagnie d’Edouard Philippe, Premier ministre.

On connaît le contexte : En France, plus de 13 millions de personnes fument et plus de la moitié des fumeurs souhaitent, aujourd’hui, arrêter de fumer. Le tabac est la source majeure de cancers, de maladies cardiovasculaires et d’insuffisance respiratoire, et est responsable de 73 000 décès prématurés chaque année. Il existe d’autre part, depuis quatre ans, un Plan national de réduction du tabac (PNRT) qui a pleinement fait la preuve de son inefficacité. Ce PNRT prévoit un « forfait à 150 euros par an » pour les substituts nicotiniques, traitement du sevrage tabagique.

Déni de la cigarette électronique

« L’un des freins majeurs actuels du recours aux traitements de sevrage est la nécessité de faire systématiquement l’avance de frais dans le cadre du forfait » reconnaît, enfin, le ministère de la Santé. L’objectif aujourd’hui affiché par Agnès Buzyn est de « développer l’accessibilité aux traitements d’aide à l’arrêt tabagique pour l’ensemble des fumeurs souhaitant arrêter de fumer, et en particulier les plus défavorisés ». «  Il s’agit aujourd’hui de franchir une nouvelle phase dans le soutien au sevrage tabagique : passer du forfait d’aide au sevrage de 150€ par an et par assuré à un remboursement classique comme pour tous les médicaments remboursables, explique la ministre. Cela permet à la fois de lever les freins liés à l’avance de frais systématique et d’avoir le même tarif pour un produit sur tout le territoire, tout en permettant une durée de traitement adaptée à la dépendance. »

Malheureusement ce mouvement sera progressif car il implique une démarche des firmes pharmaceutiques qui commercialisent ces médicaments du sevrage. « Un premier produit sera inscrit dès cette semaine au remboursement par le gouvernement, précise Mme Buzyn. Le forfait disparaîtra donc au profit d’une prise en charge classique plus accessible et efficace pour les fumeurs et plus simple pour les professionnels de santé. »

Cette mesure s’inscrit dans le cadre du prochain Plan de national de réduction du tabagisme qui sera annoncé prochainement par le Gouvernement qui renforcera les actions en faveur de la protection des jeunes et de l’accompagnement des fumeurs, notamment par le soutien du fonds de lutte contre le tabac. Agnès Buzyn en finira-t-elle, alors, avec son déni de la cigarette électronique ? Pourra-t-on, alors et enfin, applaudir ?

A demain

 

Cigarette électronique : ses bénéfices majeurs sont confirmés. Agnès Buzyn devra s’expliquer

Bonjour

La situation confine à l’absurde et au tragique. Et bientôt on envisagera des poursuites judiciaires contres celles et ceux qui auront gardé les yeux fermés. A Londres un nouveau rapport officiel vient de confirmer les bénéfices sanitaires majeurs de la cigarette électronique en terme de réduction des risques. Un travail scientifique exemplaire jamais conduit en France où le gouvernement, les services et les agences concernés s’enferrent dans le déni.

Résumons le sujet anglais. Le rapport officiel émane de Public Health England (PHE) 1 et il est diffusé à l’attention des médias par le gouvernement britannique :  « PHE publishes independent expert e-cigarettes evidence review ». Ce document porte sur  l’utilisation de la cigarette électronique chez les jeunes et les adultes, sur les attitudes du public, sur son impact quant à l’abandon du tabac, et actualise les risques pour la santé et le rôle de la nicotine. Il passe également en revue les produits du « tabac chauffé ».

Au final il conduit, pragmatique, à préconiser la prescription de la cigarette électronique en tant que méthode de sevrage du tabac, comme vient de le publier la BBC : « E-cigarettes ‘should be on prescription ». Observant que le e-cigarette permet, d’ores et déjà à 20 000 personnes d’abandonner le tabac Public Health England préconise une série de mesures pour la normaliser et en faire un outil thérapeutique pris en charge notamment par le NHS, vendu au sein des hôpitaux où les patients devraient pouvoir disposer de zones (ou de chambres dédiées) pour vapoter. Les mêmes dispositions devraient être adoptées au sein des entreprises. Des actions devraient en outre être menées pour faciliter l’obtention du statut de médicament.

Tragique

Toujours selon PHE rien ne permet d’affirmer, contrairement à des rumeurs récurrentes, que la cigarette électronique est une porte d’entrée vers le tabagisme. On estime à un peu moins de trois millions le nombre de vapoteurs au Royaume Uni ou le tabac est responsable d’environ 79 000 morts prématurées chaque année. Pour le PHE il y aurait quelque chose de tragique à imaginer que des milliers de fumeurs qui pourraient ne plus l’être ne disposent pas des véritables informations quant aux bénéfices que pourrait leur apporter la cigarette électronique.

Il y aurait quelque chose de plus tragique encore à voir perdurer le silence médiatique et l’atonie politique des responsables sanitaires français sur un tel sujet. Et ce d’autant que la prévalence des fumeurs de tabac est, en France, de tès loin supérieure à celle du Royaume-Uni. C’est dire si l’on attend avec intérêt le contenu du nouveau Programme national de réduction du tabagisme que la ministre des Solidarités et de la Santé doit présenter fin mars. Agnès Buzyn doit, ici, s’expliquer. Et réussir là où Marisol Touraine a, dans son déni, tragiquement échoué.

A demain

1 Public Health England a pour fonction de  protéger et d’améliorer la santé et le bien-être de la nation et de réduire les inégalités de santé. « Nous faisons cela à travers la science, le savoir et l’intelligence, le plaidoyer, les partenariats et la fourniture de services de santé publique spécialisés. Nous sommes une agence exécutive du ministère de la Santé et des Services sociaux, et une organisation distincte avec une autonomie opérationnelle. Nous fournissons au gouvernement, au gouvernement local, au NHS, au Parlement, à l’industrie et au public une expertise professionnelle et scientifique fondée sur des données probantes.Twitter: @PHE_uk et Facebook: www.facebook.com/PublicHealthEngland. »

Drogues : les ados français ne consomment plus pour transgresser mais pour être « normaux »

Bonjour

Dans un monde logique ce sont des résultats précieux dont le politique s’emparerait : ceux de l’étude ARAMIS, disponible depuis peu sur le site de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) 1. Soit un travail mené entre 2014 et 2017 (entretiens individuels et collectifs) auprès de 200 jeunes (13-18 ans) issus de milieux sociaux diversifiés en France métropolitaine. ARAMIS : Attitudes, Représentations, Aspirations et Motivations lors de l’Initiation aux Substances psychoactives.

Cette étude explore leurs motivations à consommer des drogues (principalement de l’alcool, du tabac et du cannabis), leurs perceptions selon les substances ainsi que leurs connaissances des risques. Elle retrace aussi les trajectoires de consommation. L’enquête ARAMIS souligne aussi la perception largement partagée par les jeunes d’un environnement (familial, amical, social mais aussi culturel, via, par exemple, l’impact de séries très populaires) favorable aux usages, marqué par l’omniprésence des occasions de consommer et l’offre des produits.

Ces éléments apparaissent d’autant plus incitatifs qu’ils vont de pair avec une relative facilité d’accès à des substances légalement interdites de vente aux mineurs (alcool et tabac) ou illicite (cannabis).

La rencontre avec les « produits » ?  Une expérience banalisée, à laquelle il est difficile de se dérober à l’adolescence. Avec cette observation :

« Dans ce contexte d’accessibilité aisée à des produits en théorie prohibés, les initiations relèvent davantage d’un désir de conformité sociale que d’une transgression. La curiosité, l’angoisse de passer à côté d’une expérience et surtout la volonté d’adhésion au groupe sont principalement évoquées à propos de l’envie de ‘’tester’’ ».

Derrière cet « enjeu central de sociabilité » et de « renforcement des liens avec les pairs » se cachent des différences selon les substances addictives :

Tabac : Le contact initial est toujours rapporté de façon négative – y compris parmi ceux qui se flattent d’avoir ensuite surmonté cette « épreuve » et leur répulsion initiale.

Alcool : Les jeunes relatent avoir le plus souvent d’abord goûté très jeunes – au sein du cercle familial. Les avis sont moins univoques, singulièrement quand il s’agit de l’initiation festive entre amis quelques années après la première expérience.

Cannabis : Sa découverte est plutôt jugée positivement par comparaison à celle du tabac – a fortiori quand il s’agit d’herbe.

Dans la « hiérarchie des dommages », le tabac est fortement stigmatisé alors que la nocivité de l’alcool ou du cannabis paraissent minimisées. D’où, malgré tout, cet espoir (lointain) de dénormalisation de la consommation de tabac (qui concerne toujours aujourd’hui un adolescent sur trois)  :

« Le tabac est en effet jugé très dangereux tant pour son pouvoir addictif que pour ses graves conséquences sanitaires (auxquelles de nombreux adolescents sont confrontés dans leur contexte familial). Il en résulte une représentation fortement dégradée du tabac et un processus de dénormalisation de son usage qui distingue cette génération des précédentes.

« Les risques du cannabis semblent pour leur part assez largement ignorés. À rebours de la disgrâce du tabac, le cannabis, et surtout l’herbe, bénéficient d’une image positive et dédramatisée. L’herbe en vient même à être valorisée pour ses vertus médicinales(…) une multiplicité de motivations sont mises en avant : relaxation, apaisement, distraction, endormissement, auto-thérapie… mais aussi des fonctions stimulantes pour affronter contraintes et difficultés. »

Et puis, encore, ceci, qui renvoie aux vieux propos marxistes sur la religion dans ses connexions avec l’opium et le peuple :

« D’autres jeunes gens, minoritaires en nombre mais qui portent un discours résolu, se tiennent délibérément à l’écart des usages. Leur démarche volontariste face à un certain conformisme ambiant peut correspondre au désir de s’opposer, par exemple, à un historique familial de consommations excessives et à des représentations négatives de personnes dépendantes.

 « L’abstinence à l’adolescence peut enfin être liée au facteur religieux. Concernant, les discours des jeunes de confession musulmane, l’enquête ARAMIS témoigne des tensions qui peuvent exister à propos de l’alcool entre une aspiration à consommer et l’interdit religieux relayé au sein du cercle familial; cet interdit est aussi évoqué à propos des usages de tabac et de cannabis. »

Dans une France logique ce sont là des résultats dont le politique laïc s’emparerait pour aider à bâtir un monde meilleur.

A demain

1 Ivana Obradovic, , « Représentations, motivations et trajectoires d’usage de drogues à l’adolescence », Tendances n°122, OFDT 2017, 8 p. https://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/eftxioy1.pdf

 

Sevrage tabagique et pharmaciens d’officine : les prix libres et indécents du Nicopass®      

Bonjour

C’est une étude qui ne donnera pas la meilleure image des pharmaciens d’officine. Les prix des médicaments vendus sans ordonnance (prix libres) ont progressé en un an de 4,3 %, avec d’énormes disparités, rapporte le baromètre annuel de l’Observatoire Familles rurales – des résultats barométriques publiés mardi 12 décembre dans Le Parisien et résumés par l’Agence France Presse. L’affaire concerne les sites comme les officines.

« Dans les officines en dur l’association a constaté qu’environ 75% des boîtes de médicaments sans ordonnance sont dépourvues d’étiquette « prix ». Ceux-ci sont inscrits sur des présentoirs « pas toujours accessibles ou lisibles pour les consommateurs », surtout lorsqu’ils sont situés derrière le comptoir, a relevé la fédération qui craint une volonté délibérée de la part des pharmaciens de priver le consommateur d’une « possibilité de comparaison » des prix. Sur les douze médicaments analysés, Familles rurales a relevé un écart de prix moyen allant du simple au triple. »

« Vous pratiquez l’automédication ? N’oubliez surtout pas de comparer les offres, conseille Le Parisien. Car loin d’avoir favorisé la baisse des prix, la loi de 2008 qui autorise la vente en accès libre de médicaments sans ordonnance n’a fait qu’opacifier le marché et désorienter le consommateur. » Selon les relevés effectués dans 40 magasins et sur 43 sites internet en octobre, le prix du « panier » étudié a augmenté de 4,3 % en un an, alors que l’inflation n’était que de 1,1 %. »

« Un produit d’usage fréquent tel que l’Activir, utilisé contre l’herpès, a vu son prix moyen baisser de 7,1 % en 2016 puis s’envoler de 9,8 % cette année. Le Dacryum, solution de lavage oculaire, coûte 9,6 % de plus que l’an dernier. Dans certains endroits, il se trouve à 1,95 euros la boîte et dans d’autres à… 8,50 euros. Soit 3,4 fois plus cher », détaille l’étude. Sur les produits regardés à la loupe par Familles rurales, seuls deux sont en baisse : l’Imodium (− 2,2 %) et le Strepsils (– 1 %).

Affaire doublement politique

 L’étude relève que les variations de prix sont plus importantes dans les officines que sur les sites. Le Maalox oscille entre 2,75 € et… 9,10 € La boîte de Nicopass, « pour cesser de fumer », peut y être facturée 13,90 euros comme … 34,10 euros. C’est là un sujet doublement politique puisque le coût des substituts nicotiniques est (pour partie et de manière forfaitaire) pris en charge par l’assurance maladie 1. Cela s’appelle « accompagner l’arrêt du tabac ».

En pratique l’assurance maladie rembourse, sur prescription, les traitements par substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhaleur…) « à hauteur de 150 euros par année civile et par bénéficiaire », depuis le 1er novembre 2016. Point n’est besoin d’être fort en calcul (mental) pour saisir que cet « accompagnement-remboursement » n’est pas du même ordre selon les pharmaciens auxquels s’adressent les malades fumeurs réclamant d’en finir avec leur dépendance.

Où l’on en revient à cette situation incompréhensible, injustifiable : pourquoi, au vu du fléau que constitue le tabagisme, ces médicaments (devant être prescrits) disposent-ils d’un prix libre ? Pourquoi laisse-t-on des pharmaciens disposer d’une telle liberté ? Pourquoi ces médicaments ne sont-ils pas, intégralement pris en charge par l’assurance maladie ?

A demain

Vapotage : que faut-il savoir en pratique sur le « joint électronique » qui n’en est pas un ?

Bonjour

La petite polémique de décembre 2014 et les assurances données par Marisol Touraine n’auront servi à rien : le même problème est à nouveau soulevé avec Le Parisien :  « Cannabis : l’inquiétant succès du «joint» électronique ». Titre accrocheur mais par tout à fait exact comme on peut vite le lire : « une mode nouvelle fait fureur. Du e-liquide qui contient du CBD, une des molécules du cannabis, est disponible sur le Net et dans les boutiques de cigarettes électroniques. Au grand dam de médecins ».

Où l’on retrouve la cigarette électronique, cette fois associée au CBD, ou cannabidiol, cannabinoïde présent dans le cannabis ; une molécule complexe nourrissant bien des rumeurs et présent dans quelques médicaments dont le célèbre Sativex® 1. Un médicament autorisé depuis des années à être sur le marché français mais qui n’y est toujours pas faute d’un accord entre le gouvernement et le fabricant.

Silence de la ministre de la Santé

Aujourd’hui c’est Agnès Buzyn qui, avec le papier du Parisien, se retrouve confrontée au même sujet. Elle garde le silence et les médias observent le grand flou qui, chez les autorités sanitaires, règne sur le sujet : apparente divergences entre l’Agence nationale de sécurité du médicament (plutôt pour l’interdiction) et le ministère de la Santé (plutôt pour le laisser-faire).

Sur LCI, l’addictologue et président de SOS Addiction William Lowenstein a expliqué qu’il « ne s’agit pas du tout de joint ». »Pour le commun des mortels, le joint, c’est le cannabis qui contient ces principes actifs, psychoactifs, les THC, ce qui fait « planer » et modifie la pensée ou encore le goût, précise-t-il. Seulement, dans le cannabis, il y a une centaine de molécules dont le CBD qui, même s’il a une structure assez proche des THC, n’a pas les mêmes effets psychoactifs ». Le CBD ? « Ce sont des effets plutôt sédatifs. Le risque du CBD est de baisser la vigilance, donc certains vont dire que cela va permettre de s’endormir. Cela va être quelque chose de plutôt anxiolytique, d’apaisant. (…) Il ne s’agit pas d’un stupéfiant, donc il n’est pas illégal, et chez nos voisins suisses, dans les bureaux de tabac, vous avez les pots de CBD entre les cigarettes et les Malabar. Tout ceci est une petite tempête dans un verre d’eau. »

D’autres, comme le tabacologue Bertrand Dautzenberg, réclament un encadrement : « a priori, il y a moins de dangers d’addiction qu’avec le THC, mais c’est un produit qui est mal connu et justement, il faut l’encadrer pour que cela soit surveillé et que l’on prenne le principe de précaution nécessaire pour pouvoir vérifier qu’il n’y a pas d’addiction. »

Ne pas être dupes

Une synthèse utile est ici fournie par le Pr Nicolas Authier (service de Pharmacologie Médicale, CHU de Clermont-Ferrand). La voici :

« La question du risque pour le CBD n’est semble-t-il pas à mettre au premier plan du fait de l’absence, pour l’instant, de données inquiétantes en lien avec cette molécule. D’autre part, il nous faut dépasser la seule question de la réglementation, qui pour l’instant n’autorise que la culture de certains plants destinés à un usage industriel et qui contiennent très peu (<0,2%) de THC.

« En revanche, en dehors d’un usage récréatif peu probable,  il faut être vigilant sur le risque d’allégations thérapeutiques : ‘’apaisant’’, ‘’tranquillisant’’ … (ce qui est interdit en dehors d’un statut de médicament) et ne pas faire croire à des patients, souvent atteints de maladies chroniques résistantes aux thérapeutiques disponibles, donc à la recherche légitime d’un moyen d’être soulagé, que le CBD va être LA solution ; peut être un outil pharmacologie supplémentaire dans une prise en charge globale et multimodale.

Et ne pas être dupe, non plus, sur un risque réel de charlatanisme et de business sous-jacent. »

On attend la position du gouvernement

A demain

 

Tous les articles de ce blog sur le Sativex® sont disponibles ici : https://jeanyvesnau.com/?s=Sativex

 

 

 

Addiction et sevrage tabagiques: personne n’avait encore songé aux chirurgiens-dentistes !

 

Bonjour

Dans une époque qui prend l’eau le « retour aux fondamentaux » est un concept porteur. Y compris chez les chirurgiens-dentistes, comme nous le révèle Le Quotidien du Médecin. Et, parmi ces fondamentaux, la prise en charge du tabagisme en cabinet dentaire. Pourquoi l’avait-on oublié ? Et coment dire haut et fort que le dentiste n’est jamais très loin de l’addictologue ? Réveil, soudain, de l’Association Française Dentaire (AFD) :

« La prévention des maladies liées au tabac est en général associée au médecin généraliste, aux spécialistes mais rarement aux chirurgiens-dentistes. Or, ces derniers sont capables de repérer un fumeur en quelques secondes et peuvent montrer facilement à leurs patients les menaces visibles qui concernent l’esthétique, l’inconfort, le pathologique et le risque lié aux soins »

En première ligne, la bouche et l’émail : taches jaunes ou brunâtres sur les dents, mauvaise haleine, mélanose, hyposialie voire asialie entraînant l’accumulation de tartre ou le développement de mycose… Qui ne sait que la consommation régulière de tabac affaiblit aussi le système immunitaire de la cavité buccale, ce qui favorise l’augmentation de bactéries cariogènes de la salive et accroît le risque de pathologie parodontale ?

Face à ces  tableaux, à ces odeurs, le chirurgien-dentiste est, comme toujours, en première ligne. « La conséquence la plus grave du tabagisme reste l’apparition de leucoplasies, des lésions précancéreuses prenant la forme de zones blanches qui peuvent se transformer en lésions cancéreuses dans environ 17 % des cas », explique le Pr Philippe Bouchard. praticien hospitalier à l’hôpital Rothschild (Paris) et membre de l’Académie nationale de chirurgie dentaire. En fumant, les signes d’inflammation de la gencive vont être totalement masqués par le tabac qui diminue par ailleurs les effets des traitements, en particulier au niveau des caries dentaires et du parodonte. »

Professionnels des dentures

Où l’on pressent tout le poids potentiel du professionnel du maintien des dentures dans l’orientation vers le sevrage tabagique : de « brèves interventions de sensibilisation à l’arrêt du tabac » en marge de l’examen dentaire doublerait les chances d’arrêter de fumer par rapport à une démarche individuelle. « Une intervention plus intensive du chirurgien-dentiste qui inclut cinq visites en trois mois combinant des entretiens motivationnels et l’usage de deux substituts nicotiniques donnent de très bons résultats avec 36,4 % d’arrêt à 12 mois chez les patients bénéficiant de cet accompagnement », a expliqué le Pr Bouchard au Quotidien du Médecin. Après trois mois l’état de la muqueuse buccale s’améliore – et après un an, la santé des gencives redevient normale. »

A l’évidence l’affaire dépasse et dépassera le tabac. Qui rapprochera les professionnels dentaires de ceux de la lutte contre les addictions ? La réponse éclairée du Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions :

« Belle affaire qui ne concerne pas seulement le tabac ! Très intéressant d’élargir ces justes propos à l’alcool, au cannabis, à la coc et à la métamphétamine, aux opiacés (héroïne mais aussi le fameux sirop de méthadone) sans parler des addictions oro-sexuelles avec les méfaits des HPV. La stomatologie hospitalo-universitaire étant peu en verve – et encore moins accessible aisément- les dentistes ont un rôle fondamental. Ces professionnels peuvent être de formidables acteurs-relais  de santé s’ils veulent bien …ouvrir la bouche sur ce sujet après avoir été correctement informés. »

A demain