Métaphore: les «Alcooliques Anonymes» vont-ils porter plainte contre le Parti socialiste ?

Bonjour

Des dangers de filer de mauvaises métaphores. Gaspard Gantzer, 39 ans, est un haut fonctionnaire, ancien militant socialiste, ancien de l’ENA, ancien conseiller de nombreux responsables politiques socialistes, avant de devenir, de  2014 à 2017, conseiller chargé des relations avec la presse et chef du pôle communication de François Hollande, alors président de la République. « L’archétype du bobo parisien cool, sûr de lui » selon Libération (Vincent Glad), qui connaît bien le sujet.

Un instant très proche d’Emmanuel Macron il dirige aujourd’hui une agence de conseil en communication et de relations publiques, multiplie les interventions dans les médias et vient d’annoncer qu’il sera candidat à la mairie de Paris – et, s’il est élu, détruira le périphérique « axe pollué qui coupe Paris en deux ».

Il y a quelques jours ce spécialiste de la communication s’en prenait à Olivier Faure, 51 ans, premier secrétaire du Parti socialiste. Le 13 mars, au micro de France Inter M. Gantzer est interrogé sur l’actualité douloureuse de son ancienne famille politique – et tout particulièrement sur l’inventaire du dernier quinquennat auquel procède, depuis février, M. Faure.

Cuisson préalable à la consommation

« Ça a un côté réunion d’Alcooliques Anonymes qui sont en train de se demander tous les jours : qu’est-ce qui c’est passé pourquoi, est-ce qu’on a fait ça …  Les thérapies collectives fonctionnent quand elles se font à huis clos » a déclaré M. Gantzer. Réponse de M.Faure (selon un indiscret publié par Le Journal du Dimanche ) « Si nous sommes des alcooliques, tu es sans doute responsable de la cuite »  aurait-il répondu par texto.

Comment oser de telles références ? Comment les justifier et comment les comprendre ? Qu’en diront les « Alcooliques Anonymes » 1 ? Qu’est-ce qu’une « thérapie collective à huis clos » ?  La « cuite » est-elle, comme certains l’avancent, une référence explicite à la fonction qu’occupait M. Gantzer de 2014 à 2017 – période durant laquelle le PS s’est coupé de sa base électorale à grande vitesse. Un phénomène qui, selon Olivier Faure, est en partie dû à la politique économique et sociale menée par François Hollande et ses gouvernements successifs.

Est-ce dire que M. Faure fait référence à la cuisson d’un aliment préalable à sa consommation ? Ou à celle que l’on « prend » avant de la subir puis de regretter amèrement les plaisirs, vertigineux et éphémères, des hautes ivresses ?

A demain

@jynau

1 Sur ce thème, l’indépassable « Avec les Alcooliques Anomymes » de Joseph Kessel (Editions Gallimard)

Les « éthylotests anti-démarrage » sont annoncés dans tous les tribunaux français

Bonjour

Un an après, c’est fait. En janvier 2018 un conseil interministériel de sécurité routière avait prévu une possible généralisation du recours aux éthylotests anti-démarrage (EAD) de préférence à une suspension de permis de conduire. Il fallait, pour cela, « une préfiguration réussie dans sept départements (Drôme, Finistère, La Réunion, Loiret, Manche, Nord et Vendée) ».

Aujourd’hui la Sécurité routière annonce, dans un communiqué : « Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, a adressé à tous les préfets une note les invitant à mettre en œuvre cette nouvelle possibilité. »

Ce dispositif est constitué d’un éthylotest couplé au circuit d’alimentation du véhicule automobile et  dans lequel le conducteur doit souffler pour pouvoir démarrer. Il concerne les personnes interceptées avec une alcoolémie relevant du tribunal correctionnel (supérieure à 0,8 g/l de sang) et qui ne sont pas en état de « récidive alcoolique ».

Loin de voir son permis suspendu, le contrevenant pourra être autorisé (par décision préfectorale) à continuer à conduire des véhicules équipés d’EAD – qu’il s’agisse du sien ou, par exemple, d’un véhicule d’entreprise. L’installation (1 300 euros environ ou location de 100 euros par mois) sera à la charge du contrevenant. « Ce dispositif (…) est responsabilisant et exemplaire, ce qui lui confère son efficacité, amplement démontrée à l’étranger », souligne la Sécurité routière.

Cette mesure préfectorale, d’une durée initiale maximale de six mois, peut être prolongée par un tribunal jusqu’à cinq ans. Le tribunal pourra également « choisir de moduler l’amende encourue – jusqu’à un maximum de 4 500 euros-  ce qui permettra de compenser le coût de l’installation de l’EAD à la charge de la personne en infraction ».

On rappellera que 1 035 personnes sont mortes en 2017 dans un accident de la circulation impliquant un conducteur alcoolisé au-delà du seuil autorisé. Et que  l’alcoolémie représentait 20,8 % des délits routiers.

A demain

@jynau

L’espérance de vie des Françaises recule. Les coupables sont connus. A quand le procès ?  

Bonjour

C’est à lire dans le prochain Population & Sociétés (mars 2019) de l’Ined : « Pourquoi l’espérance de vie augmente-t-elle moins vite en France ? » (Gilles Pison). De fait cette espérance à la naissance n’a augmenté que de 0,1 an entre 2017 et 2018, pour les femmes (85,4 ans) comme pour les hommes (79,5 ans), un gain « modeste » selon M. Pison.

On pourrait se contenter d’explications simples, virales, comme les épidémies de grippe saisonnière qui ces derniers hivers ont grignoté l’espérance de vie à la naissance.Mais ce ne serait pas suffisantM. Pison estime que, dans la lutte contre les cancers, les retombées en matière d’espérance de vie « ont été moins spectaculaires jusqu’ici que celles liées » aux progrès de la lutte contre les maladies cardiovasculaires, depuis les années 1970. Il souligne notamment une stagnation de la mortalité par cancer chez les femmes depuis quelques années, alors même qu’elle continue de baisser chez les hommes. Mais laissons la place à M. Pison :

« La mortalité due aux maladies du cœur et des vaisseaux a beaucoup diminué depuis un demi-siècle grâce à la « révolution cardiovasculaire » qu’ont constitué les progrès de la prévention et des traitements dans ce domaine. Quant à la mortalité par cancer, qui avait augmenté, elle régresse maintenant grâce aux diagnostics plus précoces, à l’amélioration des traitements, et à la réduction des comportements à risques comme le tabagisme. Le ralentissement des progrès de l’espérance de vie depuis une dizaine d’années est peut-être le signe que les retombées de la révolution cardiovasculaire sont en voie d’épuisement. Et les progrès futurs pourraient dépendre de plus en plus de la lutte contre les cancers qui sont devenus la première cause de décès. Si celle-ci engrange les succès, les retombées en termes d’espérance de vie ont été moins spectaculaires jusqu’ici que celles liées à la révolution cardiovasculaire.

Big Tobacco et ses affidés politiques

« La mortalité par cancer a beaucoup diminué chez les hommes et elle continue de baisser. Chez les femmes, où elle est moindre que chez les hommes, elle a diminué plus lentement, et a même cessé de baisser ces dernières années. L’une des raisons est la montée du tabagisme dans les années 1950 à 1980 dans les générations de femmes ayant 50  ans ou plus aujourd’hui. Elles en subissent les conséquences quelques décennies plus tard sous forme de montée des cancers liés au tabac. »

Le phénomène n’est pas spécifique à la France. Un même ralentissement des progrès de l’espérance de vie s’observe dans les pays d’Europe du Nord et de l’Ouest. Comme en France, il est plus marqué chez les femmes que chez les hommes.

« Le ralentissement est ancien chez les Suédoises. Alors que ces dernières bénéficiaient de l’une des espérances de vie les plus élevées d’Europe en 1980, elles ont été rattrapées puis distancées par les Françaises, les Espagnoles et les Italiennes, qui ont pris la tête. Si les femmes des pays nordiques ont connu plus tôt que les autres le ralentissement, c’est en partie parce qu’elles s’étaient mises à fumer plus tôt, et en ont donc subi plus précocement les conséquences en termes d’accroissement de la mortalité par cancers liés au tabac. »

Résumons : les Françaises connaissent donc avec retard le ralentissement qu’ont connu avant elles les habitantes des pays nordiques, pour les mêmes causes, à savoir le tabagisme, Big Tobacco et ses affidés politiques. Et aujourd’hui tous ceux qui sont dans le déni des avantages de la cigarette électronique et le refus d’une politique de réduction des risques. On n’attend plus que la date du procès.

A demain

@jynau

NB Il n’est pas sans intérêt, au vu des conclusions de l’Institut national d’études démographiques, de se pencher sur un ouvrage vieux de sept ans :« Interdire le tabac, l’urgence ! Le plus grand scandale de santé publique ». Signé de Martine Perez il a été publié en 2012 aux éditions Odile Jacob.

Stupéfiants: de quel droit imposer aux Français une « amende délictuelle » de 200 € ?  

Bonjour

Médicale, l’addictologie est, aussi, une discipline politique.

Dix-neuf organisations 1 demandent aujourd’hui au Conseil constitutionnel de censurer un article de la loi de programmation 2018-2022 de réforme pour la justice – selon elles contraire à la Constitution. L’article de cette loi  prévoit que le délit d’usage de stupéfiants peut désormais faire l’objet d’une « amende forfaitaire délictuelle de 200 €. Une initiative qui remonte à l’époque où Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur était très proche d’Emmanuel Macron – auteur d’un ouvrage trop peu connu intitulé « Révolution » 2.

 Ces organisations avaient déjà dénoncé en novembre dernier cette mesure à travers la parution d’un livre blanc inter-associatif. Pour le gouvernement, cette disposition a pour objectifs de renforcer une répression déjà unique en Europe et de faire des économies – ce dernier point restant à démontrer. Elle ne remet pas en cause le cadre légal en vigueur et ne constitue donc en rien une «dépénalisation».

« Au contraire, cette obstination répressive risque d’accentuer et d’aggraver les échecs de la France en matière de politique publique des drogues. Elle isole, aussi, un peu plus notre pays sur la scène internationale à l’heure où de nombreux Etats ont revu leur politique au bénéfice d’une régulation (dépénalisation, légalisation). Même, la France va à contre-courant de la déclaration commune de l’OMS et de l’ONU de 2017 en faveur d’une décriminalisation de la consommation et de la détention personnelles de drogues.

Désastre répressif

Et ces associations « d’alerter sur les conséquences néfastes et désastreuses de l’amende forfaitaire délictuelle étendue à l’usage de stupéfiants. Elles appellent à une autre politique des drogues – une politique qui mette au centre de toute action publique les usagers·ères, la santé et les droits. Ceci implique nécessairement d’abandonner une bonne fois pour toutes le « paradigme répressif ».

Aujourd’hui ces mêmes organisations démontrent auprès du Conseil constitutionnel que l’extension de l’amende forfaitaire au délit d’usage de stupéfiants porte une atteinte disproportionnée aux principes constitutionnels : de séparation des pouvoirs ; de séparation des autorités chargées de l’action publique et des autorités de jugement ; d’égalité devant la loi ; du droit à un procès équitable et à l’individualisation des peines ; et est contraire à un objectif à valeur constitutionnelle : l’accessibilité et l’intelligibilité de la loi.

Le Conseil constitutionnel a jusqu’au 21 mars 2019 pour rendre sa décision. L’addictologie est, aussi, une discipline constitutionnelle.

A demain

@jynau

1 Les organisations signataires expliquent « représenter la société civile française dans sa diversité (policiers, avocats, magistrats, usagers, consommateurs, citoyens, médecins, professionnels du secteur médico-social, acteurs communautaires) ». Il s’agit de AIDES ; ASUD (Autosupport des usagers de drogues) ; Cannabis sans frontières ; CIRC (Collectif d’information et de recherche cannabique) ; FAAAT ((For Alternative Approaches to Addiction, Think & do tank) ; Fédération Addiction ; Fonds pour la légalisation du cannabis ; GRECC (Groupe de recherche et d’études cliniques sur les cannabinoïdes) ; Ligue des droits de l’Homme ; Médecins du Monde ; NORML France ; OIP (Observatoire international des prisons) – Section française ; collectif Police Contre la Prohibition ; Principes Actifs ; Psychoactif ; SOS Addictions ; Syndicat de la Magistrature ; Syndicat SUD-Intérieur – Union syndicale Solidaires ; Techno+

2 Sur ce thème : «Amendes» sur cannabis et autres stupéfiants : le gouvernement des moulins à vent » Journalisme et santé publique , 4 avril 2018

Tabac connecté et duplicité : savez-vous que Philip Morris s’intéresse à votre santé ?

Bonjour

Comment s’y retrouver ? Jadis tout était simple : on fumait. Puis vint l’épidémiologie et la (tardive) démonstration des considérables dégâts du tabac les poumons, le cœur, les vaisseaux, le cerveau. Big Tobacco n’était plus un ami. Le combat s’engagea suivi par la (tardive) action du pouvoir politique. Un pouvoir qui engrangeait depuis toujours les (considérables) taxes inhérentes à cette dépendance. Big Tobacco freinait de tout son poids mais des lois furent (enfin) promulguées pour interdire la publicité.

C’est alors que surgit la cigarette électronique et la (rapide) prise de conscience que l’on disposait là d’un extraordinaire outil au service de la réduction des risques. Oublions un instant l’addiction à la nicotine et privilégions les bénéfices apportés aux poumons, au cœur, aux vaisseaux, au cerveau du fumeur adoptant le vapotage. On connaît la suite, le pérsent et (en France) le coupable déni du pouvoir politique vis-à-vis de cet outil.  C’set dans ce cadre qu’il faut replacer les actuelles stratégies de Big Tobacco. Comme celle que vient de rapporter l’AFP reprise sur le site des buralistes français : « Philip Morris, le plus grand fabricant de cigarettes au monde, veut utiliser la technologie contenue dans ses nouveaux produits de vapotage pour offrir des services de dépistage de santé à ses utilisateurs ».

Ecole Polytechnique de Lausanne

Où l’on nous rappelle qu’il y a trois ans, Philip Morris International (PMI) avait annoncé son intention de réduire sa production de cigarettes classiques pour les remplacer par une ligne de produits « sans fumée », comme les cigarettes électroniques et les articles qui « chauffent le tabac sans le brûler ». Le géant affirme que ces produits sont beaucoup moins nocifs, « même si le fabricant des célèbres Malboro n’a pas encore réussi à convaincre l’Organisation mondiale de la santé et la communauté médicale ».

Dans l’attente PMI va user de la technologie contenue dans ses nouveaux produits « pour proposer des services allant du suivi de santé à l’assurance vie ». André Calantzopoulos, 61 ans, ancien ingénieur électronicien de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne ey PDG de PMI :

« Dans le monde d’aujourd’hui, je vois (…) un écosystème que vous créez autour du produit, par exemple quels autres services vous offrez au consommateur en plus de votre produit phare. Nous avons de l’électronique dans ce nouveau produit, nous avons donc la possibilité de nous connecter aux consommateurs qui le transportent 16 à 17 heures par jour. »

L’un des premiers projets de PMI est de proposer une assurance vie aux utilisateurs de son produit le plus populaire, l’Iqos, qui-chauffe-le-tabac-au lieu-de-le-brûler. M. Calantzopoulos estime notamment que les consommateurs de produits sans combustion devraient bénéficier d’un rabais sur les assurances vie (sic) par rapport aux fumeurs traditionnels, qui doivent souvent payer deux fois plus cher que les non-fumeurs en raison des risques liés à leur addiction.

Bracelets détecteurs

Cette pratique soulèverait-elle  des questions de droit relatives à la vie privée ?  PMI observe  que des assureurs envisagent d’ores et déjà d’offrir des rabais aux fumeurs qui peuvent prouver qu’ils ont abandonné la cigarette traditionnelle pour les produits « sans fumée ». Et des bracelets connectés peuvent par exemple détecter les mouvements de la main selon que l’on fume une cigarette ou un produit électronique.

Le Dr Derek Yach (ancien de l’OMS) fondateur et président de la « Fondation pour un monde sans fumée » (entreprise controversée soutenue par PMI) défend cette initiative. « Je pense que les objets connectés sont la direction à suivre, a-t-il déclaré à l’AFP. Ils poussent déjà les gens à faire davantage d’exercice, à mieux manger et dormir. Ce qui manque, c’est aider les gens à arrêter de fumer. »

Certains font aussi appel au concept de duplicité. Ils se souviennent que Big Tobacco, affirmait déjà que leurs nouvelles cigarettes « à filtre » étaient bénéfiques pour la santé. L’aurait-on oublié ?

 A demain

@jynau

Agnès Buzyn : autosatisfaction des résultats contre le tabac, étrange éloge de l’insoumission

Bonjour

Achevant son discours lors des Rencontres de l’Institut national du cancer de ce 4 février, Agnès Buzyn a innové. La ministre des Solidarités et de la Santé a expliqué aux participants qu’ils venaient d’avoir la chance d’entendre Raphaël Enthoven. Ce dernier « proposait une analyse de la remise en cause de l’expertise médicale face aux croyances non fondée et créatrice de  ‘’fake news’’ ».

« Dans ses ‘’ Morales provisoires ‘’ ; il rappelle que ‘’ le courage, c’est se jeter à l’eau. C’est un geste sans cause, sans motif et sans explication. C’est une insurrection de l’individu, une façon de ne pas être soumis’’ a déclaré la ministre. Mesdames et messieurs, ne soyons pas soumis. Agissons ! »

Peu de temps Agnès Buzyn dressé un bilan des progrès accomplis dans le domaine de la lutte contres les maladies cancéreuses. Extraits :

« Quels sont les progrès dont nous pouvons nous prévaloir ? D’abord, cette année, nous avons pu objectiver la nette réduction de la prévalence tabagique en France, et j’en suis particulièrement heureuse et fière. Près d’un million de fumeurs quotidiens en moins entre 2016 et 2017, en particulier chez les personnes aux revenus les plus faibles avec un passage de 38,8 % en 2016 de fumeurs réguliers à 34 % en 2017. Nous avons donc aussi réussi à agir sur les inégalités de santé.

« Ces résultats sont le fruit d’une politique intégrée que nous avons tous défendue, et qui repose sur l’intervention auprès des populations les plus éloignées du système de santé, notamment via des appels à projets financés pour la première fois cette année par le fonds de lutte contre le tabac qui bénéficie d’une enveloppe de 100 millions d’euros. D’autres moyens y participent également, avec les augmentations successives du prix du paquet de cigarettes ainsi que les campagnes récurrentes d’information du grand public de l’Institut national du cancer et l’opération ‘’Mois sans tabac’’ ».

Sans nullement vouloir faire preuve d’inoumission, force est bien ici d’agir et de rappeler l’extrême fragilité du chiffre « d’un million de fumeurs quotidiens en moins entre 2016 et 2017 » -une donnée désormais reprise de manière récurrente depuis près d’un an par le pouvoir exécutif. D’où provient-il ? D’un texte signé de François Bourdillon, directeur général de Santé publique France dans le BEH daté du 29 mai 2018 : « Baisse du tabagisme en France : un million de fumeurs quotidiens de moins entre 2016 et 2017. Un succès pour la santé publique » :

« Selon les données du Baromètre santé 2017 de Santé publique France, enquête représentative de la population française, la baisse du tabagisme en France entre 2016 et 2017 est de 2,5 points, ce qui est considérable. Cela représente un million de fumeurs quotidiens de moins en un an. Ainsi, la prévalence du tabagisme quotidien passe de 29,4% en 2016 à 26,9% en 2017. Cette baisse touche particulièrement les jeunes hommes de 18 à 24 ans et les femmes de 55 à 64 ans. Elle est la plus marquée en Île-de-France et en Normandie en comparaison des données de 2014. Enfin, elle concerne particulièrement les personnes ayant les niveaux de diplômes et de revenus les moins élevés ainsi que les demandeurs d’emplois, ce qui permet de stopper, pour la première fois, l’accroissement observé depuis le début des années 2000 des inégalités sociales en matière de tabagisme. »

Un constat d’autant plus fragile et discutable que les autorités sanitaires français, comme l’expliquent les responsables de l’étude PETAL 1 n’ont pas mis en place d’ « évaluations robustes » et systématiques pour disposer d’éléments permettant de savoir si les mesures du Programme national de réduction du tabagisme ont été efficaces. Un programme lancé officiellement il y a, précisément, cinq ans.  Agissons !

A demain

@jynau

1 « Programme d’Etudes sur le Tabagisme des Adolescents en vue de sa Limitation » (PETAL). Ce projet vise à mieux comprendre les comportements liés au tabagisme des jeunes Français. L’objectif général est de documenter l’efficacité et l’équité de politiques publiques de lutte contre le tabagisme des jeunes et d’identifier des opportunités d’interventions pour le futur. PETAL mobilise des méthodes statistiques robustes afin de produire les résultats les plus justes possibles au regard des données disponibles actuellement.

Ce projet a débuté en novembre 2017 et il est financé pour 24 mois par La Ligue contre le cancer dans le cadre de l’appel à projets 2017 Priorité Cancers Tabac de La Ligue contre le cancer et l’Institut national du cancer (INCA). Les équipes de recherche impliquées sont les unités mixtes de recherche 1178 (Santé mentale et santé publique, INSERM-Paris Descartes-Paris Sud) et U1136 (Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique, INSERM-Sorbonne Université), l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Santé Publique France, l’Université de Californie San Diego et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

 

Voici la « liste noire » des 93 médicaments à écarter pour mieux soigner (Prescrire, Acte VII)

Bonjour

C’est un rituel médicamenteux comme il en est des littéraires ou des gastronomiques. A la différence près qu’il faut, ici, faire une croix tous ceux qui sont cités. Pour la septième année consécutive le mensuel Prescrire (depuis sa naissance indépendant de l’industrie pharmaceutique) vient de publier (dans son n° de février) son bilan « des médicaments à écarter pour mieux soigner ». Aucune légèreté dans cette mise à l’index : ce bilan recense « des cas documentés » de médicaments « plus dangereux qu’utiles ».

L’objectif affiché est ici « d’aider à choisir des soins de qualité, de ne pas nuire aux patients et d’éviter des dommages disproportionnés ». Toutes ces spécialités pharmaceutiques (il y en a au total quatre-vingt-treize dont quatre-vingt-deux commercialisées en France) sont, assure la revue, « à écarter des soins dans toutes les situations cliniques pour lesquelles ils sont autorisés ». Et ce raison des risques sanitaires « disproportionnés » qu’ils font courir aux malades qui pourraient être concernés.

Relaxant musculaire

Parmi les médicaments ajoutés cette année à cette « liste noire », on trouve notamment le célébrissime Décontractyl® (comprimés ou baume) « relaxant musculaire proposé pour soulager les douleurs dues aux « contractures ».

« La méphénésine par voie orale (Décontractyl®) expose à des somnolences, des nausées, des vomissements, des réactions d’hypersensibilité (dont des éruptions cutanées et des chocs anaphylactiques), et des abus et dépendances ; la pommade à base de méphénésine (Décontractyl baume®) expose à des atteintes cutanées graves, dont des érythèmes polymorphes et des pustuloses exanthématiques aiguës généralisées.

Prescrire dénonce aussi les risques présentés par de nombreux anti-tussifs. A commence par L’ambroxol (Muxol® ou autre) et la bromhexine (Bisolvon®), des « mucolytiques » autorisés dans la toux ou les maux de gorge, n’ont pas d’efficacité clinique démontrée au-delà d’un effet placebo.

« Or ils exposent à des réactions anaphylactiques et à des réactions cutanées graves, parfois mortelles, telles que des érythèmes polymorphes, des syndromes de Stevens-Johnson et des syndromes de Lyell »

Quant à l’oxomémazine (Toplexil® ou autre), un anti – histaminique H1 sédatif et atropinique du groupe des phénothiazines avec des propriétés neuroleptiques, il « expose à des effets indésirables disproportionnés dans le traitement symptomatique de la toux ».

Egalement mise à l’index, la pommade pour fissures anales Rectogesic® :

« Ce dérivé nitré autorisé dans les fissures anales, n’a pas d’efficacité démontrée au-delà de l’effet placebo pour guérir une fissure anale chronique, ni pour soulager la douleur associée. Il expose à des céphalées très fréquentes, et parfois sévères. Le traitement des douleurs liées à une fissure anale repose sur un antalgique par voie orale tel que le paracétamol et parfois sur la lidocaïne en application locale (Titanoréïne à la lidocaïne®) »

Cigarette électronique

A des degrés divers toutes les disciplines médicales sont concernées.  Notamment la psychiatrie, la cancérologie,  la gynécologie-obstétrique, ou la cardiologie. Et Prescrire prend notamment soin, en plein hiver, de  rappeler que nombre de médicaments contre le « rhume », comme les vasoconstricteurs décongestionnant par voies orale ou nasale (l’éphédrine, la naphazoline, l’oxymétazoline, la phényléphrine, la pseudoéphédrine, qui est contenue dans une dizaine de médicaments) exposent à un risque de troubles cardiovasculaires graves, voire mortels (poussées d’hypertension, AVC, troubles du rythme cardiaque). Il y a un an les autorités sanitaires françaises ont interdit la publicité destinée au grand public pour ces vasoconstricteurs, souligne Bruno Toussaint, directeur éditorial de Prescrire« C’est un petit pas qui montre que les autorités reconnaissent que ces produits posent problème, mais sans les retirer du marché », observe-t-il.

Mais tout ne va pas toujours dans le même sens. On observera ainsi que Prescrire dénonce le bupropion (Zyban®), une amphétamine autorisée dans le sevrage tabagique. Pas plus efficace que la nicotine ce médicament expose à des troubles neuropsychiques (dont des agressivités, des dépressions, des idées suicidaires), des réactions allergiques parfois graves (dont des angiœdèmes, des syndromes de Stevens-Johnson), des dépendances, et des malformations cardiaques congénitales en cas d’exposition de l’enfant à naître pendant la grossesse.

Préférer les substituts nicotiniques ? Sans doute. Mais on peut aussi choisir la cigarette électronique, et ce avec plus de chance de succès comme en témoigne une importante publication datée du 30 janvier du prestigieux New England Journal of Medicine : « A Randomized Trial of E-Cigarettes versus Nicotine-Replacement Therapy ».

Pour finir une question en forme d’espérance : l’année 2019 sera-t-elle celle qui verra, enfin, l’Agence nationale de sécurité du médicament débattre, en pleine transparence, avec Prescrire ; échanger quant aux raisons qui expliquent que cette Agence puisse maintenir sur le marché français des substances que la revue estime, preuves à l’appui, qu’elles devraient en être retirées ?

A demain