Abandonner d’urgence la vape pour le tabac ! Comment en arriver à proférer tant d’absurdités ?

Bonjour

« Le poumon, le poumon vous dis-je ». Qui ne veut pas désespérer des médias ne devait pas, ce 7 septembre, regarder le journal de 13 heures de France 2. On y traitait des morts américains et de la cigarette électronique. Avec sujet en plateau. Absence totale de distance. Confusion générale et conclusion immanquable : détruire sa cigarette électronique, si possible en diffusant les images sur les réseaux sociaux. Puis revenir à la seule nicotine qui vaille : celle du tabac.

Mais comment a-t-on pu en arriver là ? Et comment, en tenant de tels propos, parvenir à faire comprendre que le vapotage n’est en rien une panacée ? Que la cigarette électronique n’est qu’un vecteur ? Que la réduction des risques n’est pas la disparition de ces mêmes risques ? Que le sevrage est un objectif supérieur au vapotage mais que le vapotage est incomparablement favorable à l’esclavage tabagique ?

Tout ceci devrait sans difficulté pouvoir être expliqué dans les journaux télévisés. Par des journalistes ou par des invités spécialisés. Pourquoi n’est-ce pas le cas ? Osera-t-on avancer que « c’était mieux avant » ? Et que les caricatures régressives que ces journaux nous offrent ne sont pas étrangères à la désaffection progressive vis-à-vis de ces mêmes journaux ? Pour l’heure les personnes intéressées par le sujet peuvent aussi, loin de France 2, se pencher sur The New England Journal of Medicine : Pulmonary Illness Related to E-Cigarette Use in Illinois and Wisconsin — Preliminary Report. Conclusion :

« Case patients presented with similar clinical characteristics. Although the features of e-cigarette use that were responsible for injury have not been identified, this cluster of illnesses represents an emerging clinical syndrome or syndromes. Additional work is needed to characterize the pathophysiology and to identify the definitive causes. »

Ils se pencheront ensuite sur le peu banal éditorial qui l’accompagne : Vaping-Induced Lung Injury. Conclusion :

« Until the investigation into the cause of this epidemic of vaping-induced respiratory injury is complete, no conclusions can be drawn as to which compound or compounds are the causes of injury. In light of these cases, however, efforts should be made to increase public awareness of the harmful effect of vaping, and physicians should discourage their patients from vaping. »

IgnorantusignorantaIgnorantum.  On attend toujours, à l’adresse des vapoteurs français, les réflexions-recommandations officielles. Sinon celles de la ministre des Solidarités, du moins du Directeur Général de la Santé.

A demain @jynau

«Aux Etats-Unis, cinq morts liées à la cigarette électronique» Le Monde (7 septembre 2019)

Bonjour

Cinq mille signes. L’Agence France Presse ne fait pas dans la dentelle pour couvrir l’affaire. « Aux Etats-Unis, cinq morts liées à la cigarette électronique » titre Le Monde, qui reprend la dépêche. Cinq morts, près de cinq cents cas et dans le même temps des enquêteurs fédéraux qui ne précisent pas « les marques ou substances susceptibles d’avoir causé les graves difficultés respiratoires ». Et l’affaire commence à se transformer en un équation sanitaire autant que politique : « principe de précaution » versus « réduction des risques tabagiques ».

Vendredi 6 septembre 2019. Les autorités sanitaires américaines font savoir qu’ « au moins » cinq utilisateurs de cigarettes électroniques sont morts, le nombre de malades frappés par de graves difficultés respiratoires a par ailleurs doublé pour atteindre 450 dans le pays. « Outbreak of Lung Illness Associated with Using E-cigarette Products. Investigation Notice. Posted September 6, 2019 at 9:50pm ET ».

Brouillard entretenu quant aux marques ou substancesprésentes  dans les liquides de vapotage, mais un dénominateur commun fréquent : inhalation de produits contenant du THC, substance active du cannabis. Et, parfois des personnes (relativement) âgées et en mauvaise santé. C’était le cas des deux victimes dont les décès annoncés le 6 septembre par les autorités sanitaires locales en Californie et dans le Minnesota.

« Un possible lien a été établi entre certains malades et une huile de vitamine E, qui se consomme normalement en gélule ou en huile pour la peau, précise l’AFP. La vaporisation à haute température de cet additif pourrait avoir endommagé les poumons des vapoteurs. Les responsables sanitaires de l’Etat fédéral ont toutefois appelé à la prudence dans l’attente d’analyses plus complètes. ‘’Aucune substance ou molécule unique, dont l’acétate de vitamine E, n’a été identifiée dans l’ensemble des échantillons analysés’’, a insisté Mitch Zeller, directeur du centre pour le tabac de la Food and Drug Administration, qui teste au niveau national les produits impliqués.

La piste de l’huile de vitamine E

« Nous n’avons pas encore toutes les réponses », reconnaissent les responsables des CDC qui « par mesure de précaution » recommandent « dans l’immédiat » de ne pas utiliser de cigarettes électroniques, quelles qu’elles soient.

Les symptômes respiratoires de « pneumonie lipidique » sont particulièrement frappants quand ils apparaissent souvent subitement, chez des patients  jeunes et sans problème de santé. Dans l’Illinois, la moitié des patients ont moins de 19 ans. « Sean Callahan, pneumologue à l’hôpital de l’université de l’Utah, a traité l’un de ces malades en juillet, âgé de 20 ans. La détresse respiratoire était telle que le jeune homme a dû être placé plus d’une semaine dans une machine qui oxygène le sang du patient hors de son corps, tant ses poumons n’arrivaient plus à fonctionner, rapporte l’AFP. ‘’Je n’avais jamais vu cela auparavant, a raconté le Dr Callahan. Habituellement, les malades qui ont besoin de cette machine ont des formes très avancées de grippe ou de pneumonie, ou bien ils ont des systèmes immunitaires affaiblis à cause d’un cancer ou d’une chimiothérapie’’. » 

La piste de l’huile de vitamine E ? Les autorités de New York ont diffusé des photos des recharges impliquées : elles ont des emballages très colorés sous le nom de Dank Vapes, une « marque » qui ne correspond apparemment à aucune entreprise légitime, mais « se distribue » dans la rue et sur Internet. Le mort de l’Oregon, en revanche, avait acheté son produit dans un dispensaire de « cannabis légal ».

Ces maladies pulmonaires s’ajoutent à la pression sur les fabricants légaux de cigarettes électroniques, accusés par les autorités d’avoir promu leurs produits chez les jeunes comme une alternative saine et cool à la cigarette. « Principe de précaution » versus « réduction des risques tabagiques ».

A demain @jynau

En sortant de l’école, nous admirons les publicités qui nous poussent à boire de l’alcool

Bonjour

C’est la rentrée. Que la police ? Quelques mots glanés sur la Toile (@GuylaineBenech) :

« Spécial rentrée des classes. Ce matin j’ai accompagné mes deux petits garçons (CE1 et CM1). Nous habitons à 600 mètres du groupe scolaire. Sur le chemin nous avons croisé … trois publicités pour de l’alcool ! Entre la maison et l’école, il y a un collège. Et près de ce collège, une pub pour la marque ‘’Desperados’’ du groupe Heineken 1. Ce premix est un mélange de bière + tequila + énormément de sucre. Les premix sont surtout consommés par des ados en raison du goût très sucré qui masque l’alcool.  

« Juste à côté, une grande affiche publicitaire pour la marque de Gin « Gibson’s » 2 qui appartient au groupe français de Vin & Spiritueux « La Martiniquaise ». 37% d’alcool, et un concept marketing résolument adolescent surfant sur la vague « London ». Un peu plus loin, ns arrivons au groupe scolaire (maternelle et élémentaire) et de nouveau, face à l’école, cette affiche pr le Gin ‘’Gibson’s’’. Si l’objectif de La Martiniquaise est de familiariser les enfants dès le plus jeune âge, c’est gagné, leur petit cerveau enregistre tout… ».

C’est la rentrée. Toujours sur la Toile, Axel Kahn, l’omniprésent nouveau président de la Ligue contre le cancer :

 « Voilà une situation scandaleuse que les comités départementaux de la @liguecancer et leurs partenaires NE DOIVENT PAS TOLERER. Dénoncer, porter plainte auprès du maire, du rectorat, de l’ARS, communiqué dans PQR, mobilisation des ligueurs et des parents … »

C’est la rentrée. Bientôt, dans les têtes et sur les cahiers, Prévert Jacques et Kosma Joseph :

« En sortant de l’école
nous avons rencontré
un grand chemin de fer
qui nous a emmenés
tout autour de la terre
dans un wagon doré.
Tout autour de la terre
nous avons rencontré
la mer qui se promenait
avec tous ses coquillages
ses îles parfumées
et puis ses beaux naufrages
et ses saumons fumés.
Au-dessus de la mer
nous avons rencontré
la lune et les étoiles
sur un bateau à voiles
partant pour le Japon
et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main
tournant la manivelle d’un petit sous-marin
plongeant au fond des mers
pour chercher des oursins.
Revenant sur la terre
nous avons rencontré
sur la voie de chemin de fer
une maison qui fuyait
fuyait tout autour de la terre
fuyait tout autour de la mer
fuyait devant l’hiver
qui voulait l’attraper.
Mais nous sur notre chemin de fer
on s’est mis à rouler
rouler derrière l’hiver
et on l’a écrasé
et la maison s’est arrêtée
et le printemps nous a salués.
C’était lui le garde-barrière
et il nous a bien remerciés
et toutes les fleurs de toute la terre
soudain se sont mises à pousser
pousser à tort et à travers
sur la voie de chemin de fer
qui ne voulait plus avancer
de peur de les abîmer.
Alors on est revenu à pied
à pied tout autour de la terre
à pied tout autour de la mer
tout autour du soleil
de la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture et en bateau à voiles. »

A demain @jynau

1 Informations pour consommateurs  « DESPERADOS® ORIGINAL Née en 1995 dans notre brasserie de Schiltigheim en Alsace, Desperados® est la première bière aromatisée tequila commercialisée en France.

  « Notre produit iconique, Desperados® Original, est aromatisé tequila et présente une robe d’un jaune soleil, limpide et brillante. De fermentation basse, brassée avec du malt d’orge, elle titre à 5,9 % vol. À déguster bien fraîche entre 4°C et 6°C, Desperados® Original offre un goût puissant et prononcé en bouche, avec de subtiles notes citronnées et quelques touches épicées. »

2 Informations pour consommateurs : « Le London Dry Gin GIBSON’S ® est élaboré en Angleterre à partir de céréales soigneusement sélectionnées et distillées en alambics selon la méthode traditionnelle. Les vapeurs d’alcool s’imprègnent ensuite des arômes de baies de genièvre, de coriandre, d’angélique et d’écorces d’oranges selon une recette unique, avant d’être recueillies et mises en repos quelques heures dans des cuves. Le degré alcoolique est réduit par dilution, puis le Gin GIBSON’S est filtré à froid avant sa mise en bouteille. »


Naloxone® pour ne pas mourir, en France, d’une overdose aux opiacés : qui ment, qui dit la vérité ?

Bonjour

Les surdoses ont, elles aussi, leur journée. Cela s’appelle « La Journée internationale de sensibilisation aux surdoses » (Overdose Awareness Day) – organisée la veille de la rentrée des classes, le 31 août. A cette occasion l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) a réalisé un point de situation sur l’offre thérapeutique des antidotes aux opioïdes en France. Une occasion, pour cette Agence de vanter son action :

« Depuis 2015, l’ANSM s’est mobilisée pour permettre aux usagers de drogues, aux patients en situation de surdosage et à leur entourage un accès large et facilité à la naloxone pour le traitement d’urgence des overdoses aux opioïdes médicamenteux tels que la morphine et la méthadone, ou illicites tels que l’héroïne ou les fentanyloïdes de synthèse, dans l’attente d’une prise en charge médicale. »

En vérité il fallut bien des atermoiements, bien des crises et des noms de certains oiseaux pour en arriver à la situation réglementaire présente :  deux autorisations de mise sur le marché (AMM) pour des kits de naloxone prête à l’emploi : depuis 2018 pour Nalscue ®, naloxone par voie nasale et, depuis mai 2019 pour Prenoxad ®, naloxone injectable. Et afin que les patients puissent les obtenir sans ordonnance obligatoire (ce qui est loin d’être un détail, l’ANSM a également proposé, après avis de la Commission des stupéfiants et des psychotropes, des modifications de la réglementation en ce sens.

Ainsi actuellement, officiellement, « sont disponibles en France et à la portée de tous via les kits prêts à l’emploi » :

Prenoxad ® solution injectable intramusculaire en seringue préremplie (0,9 mg/ml) : 
Disponible depuis mai 2019 dans les établissements de santé, en Centres de Soin, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA), en Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues (CAARUD). Il est également disponible dans les pharmacies de ville,   Nalscue ®, solution pour pulvérisation nasale en récipient unidose (naloxone 0,9mg/0,1mL) : Disponible dans les établissements de santé, les CSAPA et les CAARUD.  

D’autres kits de naloxone prête à l’emploi et sous forme de spray nasal (Nyxoid ®, Naloxone Adapt ® et Ventizolve ®) ont obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM européennes) et, assure l’ANSM, « vont être commercialisés ».

Loin de l’ANSM, une autre réalité

Dans le même temps d’autres voix se lèvent qui disent une autre réalité. Ainsi Aides. « La consommation d’opioïdes ayant plus que doublé en dix ans en France et les décès par surdose ne cessant d’augmenter » souligne l’assiociation qui lance une semaine d’actions spécifiques  partout en France, du 2 au 6 septembre dans tout son réseau. La « Semaine de la naloxone » sera, prévient-elle, l’occasion d’interpeller les pouvoirs publics sur la nécessité de rendre la naloxone, antidote puissant aux overdoses d’opioïdes, effectivement accessible et de sensibiliser les usagers-es et leurs proches. Ecoutons Aides :

« Aujourd’hui, en France, environ 400 personnes succombent à une surdose d’opioïdes – licites (traitement anti-douleurs) ou illicites – chaque année. Dans la palette de dispositifs de réduction des risques existants, la naloxone a une place particulière. En effet, la naloxone est un médicament qui permet de neutraliser les effets d’une surdose d’opioïdes et de sauver ainsi des vies.

« Morphine, méthadone, héroïne, fentanyl, tramadol, nombreux sont les produits licites et illicites à base d’opioïdes. En plus de l’injection intraveineuse et des médicaments l’associant à des traitements de substitution que peuvent délivrer des professionnels de santé habilités, deux formes de naloxone sont disponibles à la distribution aux usagers-es via les CAARUD (Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues) et les CSAPA (Centres de Soin, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie) : un spray nasal et une injection intramusculaire. »

Des vies qui ne sont pas sauvées

Et Aides de rappeler, en écho de l’ANSM, que la  naloxone est promue par le Plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 – un Plan qui préconise de « veiller à l’accessibilité physique et économique de la naloxone, faciliter en particulier la délivrance de la naloxone dite ‘’take home’’ par des structures spécialisées (CSAPA / CAARUD) et non spécialisées, et développer la formation des professionnels-les, des intervenants-es, des usagers-es concernés-es et de leurs proches ».  

« Néanmoins concrètement rien n’est fait pour que ces recommandations soient suivies d’effets, bien au contraire ! accuse Aides. Le grand écart est visible à plusieurs endroits. Au niveau de l’offre tout d’abord, Indivior, le laboratoire qui produit  le seul spray nasal disponible aujourd’hui en France a annoncé la fin de sa commercialisation parce que non rentable financièrement. Pourtant reconnue par les professionnels-les de santé et les usagers-es pour sa facilité d’utilisation, fin 2020, les usagers-es seront donc privés-es d’une des deux modalités  de prise à leur disposition aujourd’hui. 

« Sur sa diffusion et son déploiement ensuite, ajoute l’association. Pour une efficacité optimale du dispositif, la distribution des kits doit être doublée d’une formation des personnes concernées, à la fois les usagers-es mais aussi leurs proches qui doivent être aptes à réagir rapidement et à administrer l’antidote le plus vite possible. A ce stade, et malgré la mobilisation des structures communautaires, la capacité à délivrer le produit et former les personnes reste trop faible. »  

Pour Aides, il est primordial que ces deux formes de naloxone demeurent disponibles en France, « avec une meilleure accessibilité effective aux personnes concernées ». Et Aides de dénoncer « l’absence de dotation de kits de naloxone aux services de premiers secours, malgré leurs demandes ». En tant que premiers acteurs du système de santé à entrer en contact avec les victimes de surdoses, ils doivent absolument être en mesure d’administrer la naloxone et ainsi assurer leur mission : sauver des vies.

A demain @jynau        

Antalgiques opiacés, esclavage pharmaceutique : un grand reportage dans les Appalaches

Bonjour

Karen Lajon. Profession : grand reporter au JDD. « Elle parcourt la planète depuis plus de trente ans et a couvert les principaux conflits contemporains, dit-on d’elle. Elle pratique un journalisme de terrain et donne la parole aux gens, loin de la communication officielle des gouvernements. »

Aujourd’hui elle signe « Les zombies des Appalaches ». La démonstration des vertus du reportage « de terrain », cette discipline journalistique que l’on dit en perdition. Epidémie amaricaine d’antalgiques opiacés ? On avait eu vent du scandale américain et de la culpabilité de Big Pharma –  et notamment Purdue Pharma, avec son tristement célèbre OxyContin. On savait que depuis les années 1990 la distribution-prescription  massive d’antidouleurs hautement addictifs avait fait des centaines de milliers de morts prématurées par overdose outre-Atlantique. On apprend ici comment des laboratoires pharmaceutiques ont délibérément ciblé les classes moyennes et inférieures blanches du « South East » désindustrialisé.

Karen Lajon, envoyée spéciale à Saint-Charles (Virginie), Welch (Virginie-Occidentale) et Louisville (Kentucky). Elle nous a mandé un long papier porteur des lumières que peut transmettre un grand reporter. Elle narre ce que l’on pourrait nommer « la malédiction des Appalaches ». C’est, écrit-elle, « une guerre qui ne dit pas son nom ». C’est là, dans un régal de montagnes et de forêts que s’est nouée « l’une des pires tragédies de l’histoire moderne américaine ». La Virginie-Occidentale : épicentre de la crise-scandale des opiacés, le « ground zero » de la hillbilly heroin. « Une métaphore de l’Amérique » écrit l’écrivain Ron Rash, auteur de deux nouvelles prémonitoires Back of Beyong et The Ascent.

Puis vinrent les révalations du Washington Post, en juillet dernier, fondées sur des données de la Drug Enforcement Administration (DEA). « De 2006 à 2012, une dizaine de grand groupes pharmaceutiques ont bel et bien ciblé la région des Apalaches, écrit Karen Lajon. ‘’Ils ont apréhendé ce territoire comme n’importe quel autre marché, s’insurge l’écrivain. Ils n’on jamais eu l’intention de soigner les gens, mais plutôt de faire un maximum de cash’’. » Un un maximum de casse humaine.

Le nouveau marché du Narcan®

Au fil de ce grand reportage on croise un autre grand écrivain, apallachien : David Joy. « Il y a toujours eu une culture de la drogue aux Eats-Unis, explique-t-il. Mais pour la première fois les classes moyennes et supérieures ont été touchées. Et l’on était plus dans le fun, mais dans le désespoir. Les grans industriels étrangers, aux Appalaches, nous ont colonisés. Ils ont pris le charbon, le bois, et maintenant la dernières ressources, les gens. » Une métaphore de l’Amérique, une métaphore du capitalisme, une résurgence de l’esclavage qui fiat un maximum de cash.

On découvrira, sous la plume de Karen Lajon les premières observations du Dr Art Van Zee, l’action du shérif Martin West aux chuassures remarquables de sophistication, et celle de Me Mark Troy, avocat de Charleston. Et partout ce mal rampant face auquel l’exécutif et les politiques sont ongtemps restés les bras ballants. Comme le rapporte un autre journaliste, du Guardian, Chris McGreal, auteur du remarquable American Overdose (Public Affairs), malheureusement non traduit en français.

On lira la suite de ce remarquable grand reportage et le quotidien des anciens narcodépendants, la distribution de seringues, celles et ceux qui carburent désormais à l’héroïne ou à la meth, la proposition faite du Narcan ® (naloxone) qui, comme on le sait, permet de « récupérer » des overdoses. Les ventes de Narcan® sont passée de 21 millions de dollars en 2011 à 274 millions en 2016. Nouvel esclavage. Après le scandale, le marché continue.

A demain @jynau

Ecstasy : combien de temps avant qu’on l’utilise pour lutter contre la dépendance à l’alcool ?

Bonjour

Rien de tel qu’un bon verre pour aguicher les médias. Ainsi Le Monde (Raphaëlle Bacqué), depuis Biarritz et Espelette : C’est « à la demande de l’équipe de communication de la Maison Blanche », assure l’Elysée, que la First Lady américaine a goûté, chez un caviste basque, un verre d’irouléguy, alors même que son mari menace de surtaxer les vins français. Irouléguy : un goûteux timbre poste sur le chemin des pèlerins de Saint-Jacques ; deux cents hectares sur quinze commune ; classé AOC depuis 1970 ; rouge et rosés à base des cépages  tannatcabernet franc et cabernet sauvignon ; vins blancs issus de courbu blanc, du petit courbu B, de petit manseng et gros manseng.

Dans le même temps ou presque, à l’autre bout de la chaîne, The Guardian (Helena Blackstone) : « MDMA treatment for alcoholism could reduce relapse, study suggests. Researchers say drug is safe and appears more effective than conventional treatments ». Des informations glanées lors de l’International Conference on Psychedelic Consciousness (Londres, 16-18 août) – reprises et développées par Medscape France (Stéphanie Lavaud) : « Résultats prometteurs pour la 1re étude à tester la MDMA (ecstasy) dans l’alcoolisme ».

« MDMA » cette reine de la nuit 1 ? « Un ‘’revival’’ thérapeutique, rappelle Medscape. Ce produit qui a été largement utilisé de façon thérapeutique entre les années 70 et 1985. La molécule synthétique provoque des effets euphorisants et créé une vision positive et empathique des choses et des gens, ce qui lui a valu le surnom de ‘’pilule de l’amour’’. Si on ne sait pas exactement par quels mécanismes elle agit dans le cerveau, elle doit son action à un dérivé d’un produit actif tiré de la mescaline (la methylenedioxy-amphetamine or MDA). Moins hallucinogène et moins toxique que la MDA, la MDMA a connu son heure de gloire au sein du « Boston group ». A partir de 1976, ce cercle influant comprenant un chimiste, des personnes intéressées par la spiritualité et des chercheurs en intelligence artificiel du MIT (Boston), a répandu l’usage du MDMA à visée thérapeutique auprès de psychiatres et  de thérapeutes. Comme avec le LSD, l’usage a par la suite débordé le champ de la psychiatrie. Devenue très en vogue dans les clubs newyorkais en 1983, la MDMA a fini par être classée sur la liste des molécules « Schedule 1 » et interdite en 1985 par le gouvernement américain, même à titre médical. »

Aujourd’hui, donc, focus sur la maladie alcoolique. L’étude présentée à Londres portait sur huit semaines et comprenait deux sessions avec de la MDMA. Les auteurs rapportent une bonne tolérance du traitement, sans conséquences néfastes physiques ou psychiques chez les premiers participants à avoir terminé l’étude. Et The Guardian rapporte les résultats, non encore publiés, onze patients avec un suivi de neuf mois.

Zéro black Monday/blue Tuesday

« Nous avons une personne qui a totalement rechuté, revenant à sa consommation d’alcool d’origine, 5 personnes qui ne boivent plus une goutte d’alcool, et 4 ou 5 personnes qui boivent encore 1 ou 2 verres mais pour lesquelles ne s’applique plus le diagnostic de trouble alcoolique » a rapporté le Dr Ben Sessa, psychiatre, chercheur en neuropsychopharmacologie (Imperial College London) et premier auteur de l’étude. En utilisant ce que la médecine propose de mieux, 80% des gens boivent dans les trois ans qui suivent leur cure de sevrage. Et pas de black Monday ou de blue Tuesday, peu importe comment les ravers l ’appellent. De mon point de vue, [la descente que décrivent les ravers au lendemain et sur-lendemain de la prise] est un artefact du raving, mais ce n’est pas dû à la MDMA. »

Pour le Dr Ben Sessa, la MDMA n’a rien de dangereux, qui a été prescrite aux Etats-Unis (entre 1970 et 1985) et en Suisse (jusqu’en 1993) pour augmenter l’efficacité de certaines psychothérapies et qui est parfois utilisées dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique. «Il reste désormais à étudier la possibilité de mener un essai clinique randomisé versus placebo, pour véritablement s’assurer de l’efficacité du traitement » souligne, sagement, Medscape. Peut-on raisonnablement espérer, manseng ou pas, que ces travaux puissent, aussi, être menés en France ?

A demain @jynau

1 Merlo S, Jamme S, Gatner B et al Drogues festives : quand « récréation » rime avec « consultation » Rev Med Suisse 2019; volume 15.1394-1396

Méchante attaque contre la vape : après la pulmonaire, atteinte de la fonction vasculaire ?

Bonjour

Que serait une révolution si elle n’alimentait pas l’adversité ? Ici, celle des Volutes est aujourd’huiservie. Après les mystérieuses observations américaines concernant la fonction pulmonaire voici une étude microscopique qui ne manquera pas de faire du bruit. Elle vient tout juste d’être publiée dans « Radiology » – avec le soutien des Instituts nationaux de la santé américains (NIH). Et elle apporte du grain à moudre aux anti-vape :  « Acute Effects of Electronic Cigarette Aerosol Inhalation on Vascular Function Detected at Quantitative MR ». Une nouvelle attaque aussitôt reprise par le Daily Mail (Natalie Rahhal) : « Nicotine-free vaping can damage blood vessels and narrow them by up to a THIRD, study suggests ». Et, en France, par Le Quotidien du Médecin (Dr Irène Drogou) : « L’OMS se méfie du vapotage, une étude sur le risque vasculaire va en ce sens »

« Dans ce travail, résume notre consœur, les auteurs ont analysé les IRM réalisées chez trente-et-un volontaires sains avant et après vapotage. La cigarette électronique était remplie de liquide à base de propylène glycol et de glycérol avec des parfums mais sans nicotine. Les scientifiques ont étudié les flux sanguins au niveau de l’artère fémorale, du cerveau et de l’aorte. Au niveau de l’artère fémorale, ils ont constaté une réduction du flux sanguin avec une baisse de 34 % de la dilatation artérielle, de 17,5 % du pic de flux et de 25,8 % de l’accélération du flux. »

Vapeur d’eau et onde de pouls

Outre ces anomalies suggérant une altération de l’endothélium, une réduction de 20 % de la saturation veineuse en oxygène indique une perturbation de la fonction microvasculaire. Au niveau aortique, les chercheurs ont mesuré une diminution de 3 % de la vitesse d’onde de pouls. « Ces produits sont présentés comme inoffensifs et de nombreux utilisateurs de e-cigarette sont convaincus qu’ils inhalent seulement de la vapeur d’eau », explique la Dr Alessandra Caporale (Laboratory for Structural, Physiologic and Functional Imaging, Department of Radiology, University of Pennsylvania Perelman School of Medicine)  premier auteure. Sans surprise, forte de ses observations, elle met en garde quant aux effets vasculaires potentiels à long terme.

Et maintenant ? « La question clé est de comparer l’effet, dans les mêmes conditions, avec l’inhalation de fumée du tabac, commente le Dr Philippe Presle, tabacologue affûté et réactif, membre du conseil scientifique de SOS Addictions. Il faudrait aussi comparer avec l’inhalation de la vapeur d’eau. Nous n’avons aucun comparatif dans ce type d’étude. » D’autres commentaires sont attendus, à commencer par celui du Dr Konstantinos Farsalinos . Nous y reviendrons.

« La balance bénéfices/risques est loin d’être tranchée et la question de la place dans l’aide au sevrage reste entière » observe Le Quotidien du Médecin. De même, en France, que celle de la responsabilité des autorités sanitaires.  

A demain @jynau