Sevrage tabagique et pharmaciens d’officine : les prix libres et indécents du Nicopass®      

Bonjour

C’est une étude qui ne donnera pas la meilleure image des pharmaciens d’officine. Les prix des médicaments vendus sans ordonnance (prix libres) ont progressé en un an de 4,3 %, avec d’énormes disparités, rapporte le baromètre annuel de l’Observatoire Familles rurales – des résultats barométriques publiés mardi 12 décembre dans Le Parisien et résumés par l’Agence France Presse. L’affaire concerne les sites comme les officines.

« Dans les officines en dur l’association a constaté qu’environ 75% des boîtes de médicaments sans ordonnance sont dépourvues d’étiquette « prix ». Ceux-ci sont inscrits sur des présentoirs « pas toujours accessibles ou lisibles pour les consommateurs », surtout lorsqu’ils sont situés derrière le comptoir, a relevé la fédération qui craint une volonté délibérée de la part des pharmaciens de priver le consommateur d’une « possibilité de comparaison » des prix. Sur les douze médicaments analysés, Familles rurales a relevé un écart de prix moyen allant du simple au triple. »

« Vous pratiquez l’automédication ? N’oubliez surtout pas de comparer les offres, conseille Le Parisien. Car loin d’avoir favorisé la baisse des prix, la loi de 2008 qui autorise la vente en accès libre de médicaments sans ordonnance n’a fait qu’opacifier le marché et désorienter le consommateur. » Selon les relevés effectués dans 40 magasins et sur 43 sites internet en octobre, le prix du « panier » étudié a augmenté de 4,3 % en un an, alors que l’inflation n’était que de 1,1 %. »

« Un produit d’usage fréquent tel que l’Activir, utilisé contre l’herpès, a vu son prix moyen baisser de 7,1 % en 2016 puis s’envoler de 9,8 % cette année. Le Dacryum, solution de lavage oculaire, coûte 9,6 % de plus que l’an dernier. Dans certains endroits, il se trouve à 1,95 euros la boîte et dans d’autres à… 8,50 euros. Soit 3,4 fois plus cher », détaille l’étude. Sur les produits regardés à la loupe par Familles rurales, seuls deux sont en baisse : l’Imodium (− 2,2 %) et le Strepsils (– 1 %).

Affaire doublement politique

 L’étude relève que les variations de prix sont plus importantes dans les officines que sur les sites. Le Maalox oscille entre 2,75 € et… 9,10 € La boîte de Nicopass, « pour cesser de fumer », peut y être facturée 13,90 euros comme … 34,10 euros. C’est là un sujet doublement politique puisque le coût des substituts nicotiniques est (pour partie et de manière forfaitaire) pris en charge par l’assurance maladie 1. Cela s’appelle « accompagner l’arrêt du tabac ».

En pratique l’assurance maladie rembourse, sur prescription, les traitements par substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhaleur…) « à hauteur de 150 euros par année civile et par bénéficiaire », depuis le 1er novembre 2016. Point n’est besoin d’être fort en calcul (mental) pour saisir que cet « accompagnement-remboursement » n’est pas du même ordre selon les pharmaciens auxquels s’adressent les malades fumeurs réclamant d’en finir avec leur dépendance.

Où l’on en revient à cette situation incompréhensible, injustifiable : pourquoi, au vu du fléau que constitue le tabagisme, ces médicaments (devant être prescrits) disposent-ils d’un prix libre ? Pourquoi laisse-t-on des pharmaciens disposer d’une telle liberté ? Pourquoi ces médicaments ne sont-ils pas, intégralement pris en charge par l’assurance maladie ?

A demain

Vapotage : que faut-il savoir en pratique sur le « joint électronique » qui n’en est pas un ?

Bonjour

La petite polémique de décembre 2014 et les assurances données par Marisol Touraine n’auront servi à rien : le même problème est à nouveau soulevé avec Le Parisien :  « Cannabis : l’inquiétant succès du «joint» électronique ». Titre accrocheur mais par tout à fait exact comme on peut vite le lire : « une mode nouvelle fait fureur. Du e-liquide qui contient du CBD, une des molécules du cannabis, est disponible sur le Net et dans les boutiques de cigarettes électroniques. Au grand dam de médecins ».

Où l’on retrouve la cigarette électronique, cette fois associée au CBD, ou cannabidiol, cannabinoïde présent dans le cannabis ; une molécule complexe nourrissant bien des rumeurs et présent dans quelques médicaments dont le célèbre Sativex® 1. Un médicament autorisé depuis des années à être sur le marché français mais qui n’y est toujours pas faute d’un accord entre le gouvernement et le fabricant.

Silence de la ministre de la Santé

Aujourd’hui c’est Agnès Buzyn qui, avec le papier du Parisien, se retrouve confrontée au même sujet. Elle garde le silence et les médias observent le grand flou qui, chez les autorités sanitaires, règne sur le sujet : apparente divergences entre l’Agence nationale de sécurité du médicament (plutôt pour l’interdiction) et le ministère de la Santé (plutôt pour le laisser-faire).

Sur LCI, l’addictologue et président de SOS Addiction William Lowenstein a expliqué qu’il « ne s’agit pas du tout de joint ». »Pour le commun des mortels, le joint, c’est le cannabis qui contient ces principes actifs, psychoactifs, les THC, ce qui fait « planer » et modifie la pensée ou encore le goût, précise-t-il. Seulement, dans le cannabis, il y a une centaine de molécules dont le CBD qui, même s’il a une structure assez proche des THC, n’a pas les mêmes effets psychoactifs ». Le CBD ? « Ce sont des effets plutôt sédatifs. Le risque du CBD est de baisser la vigilance, donc certains vont dire que cela va permettre de s’endormir. Cela va être quelque chose de plutôt anxiolytique, d’apaisant. (…) Il ne s’agit pas d’un stupéfiant, donc il n’est pas illégal, et chez nos voisins suisses, dans les bureaux de tabac, vous avez les pots de CBD entre les cigarettes et les Malabar. Tout ceci est une petite tempête dans un verre d’eau. »

D’autres, comme le tabacologue Bertrand Dautzenberg, réclament un encadrement : « a priori, il y a moins de dangers d’addiction qu’avec le THC, mais c’est un produit qui est mal connu et justement, il faut l’encadrer pour que cela soit surveillé et que l’on prenne le principe de précaution nécessaire pour pouvoir vérifier qu’il n’y a pas d’addiction. »

Ne pas être dupes

Une synthèse utile est ici fournie par le Pr Nicolas Authier (service de Pharmacologie Médicale, CHU de Clermont-Ferrand). La voici :

« La question du risque pour le CBD n’est semble-t-il pas à mettre au premier plan du fait de l’absence, pour l’instant, de données inquiétantes en lien avec cette molécule. D’autre part, il nous faut dépasser la seule question de la réglementation, qui pour l’instant n’autorise que la culture de certains plants destinés à un usage industriel et qui contiennent très peu (<0,2%) de THC.

« En revanche, en dehors d’un usage récréatif peu probable,  il faut être vigilant sur le risque d’allégations thérapeutiques : ‘’apaisant’’, ‘’tranquillisant’’ … (ce qui est interdit en dehors d’un statut de médicament) et ne pas faire croire à des patients, souvent atteints de maladies chroniques résistantes aux thérapeutiques disponibles, donc à la recherche légitime d’un moyen d’être soulagé, que le CBD va être LA solution ; peut être un outil pharmacologie supplémentaire dans une prise en charge globale et multimodale.

Et ne pas être dupe, non plus, sur un risque réel de charlatanisme et de business sous-jacent. »

On attend la position du gouvernement

A demain

 

Tous les articles de ce blog sur le Sativex® sont disponibles ici : https://jeanyvesnau.com/?s=Sativex

 

 

 

Addiction et sevrage tabagiques: personne n’avait encore songé aux chirurgiens-dentistes !

 

Bonjour

Dans une époque qui prend l’eau le « retour aux fondamentaux » est un concept porteur. Y compris chez les chirurgiens-dentistes, comme nous le révèle Le Quotidien du Médecin. Et, parmi ces fondamentaux, la prise en charge du tabagisme en cabinet dentaire. Pourquoi l’avait-on oublié ? Et coment dire haut et fort que le dentiste n’est jamais très loin de l’addictologue ? Réveil, soudain, de l’Association Française Dentaire (AFD) :

« La prévention des maladies liées au tabac est en général associée au médecin généraliste, aux spécialistes mais rarement aux chirurgiens-dentistes. Or, ces derniers sont capables de repérer un fumeur en quelques secondes et peuvent montrer facilement à leurs patients les menaces visibles qui concernent l’esthétique, l’inconfort, le pathologique et le risque lié aux soins »

En première ligne, la bouche et l’émail : taches jaunes ou brunâtres sur les dents, mauvaise haleine, mélanose, hyposialie voire asialie entraînant l’accumulation de tartre ou le développement de mycose… Qui ne sait que la consommation régulière de tabac affaiblit aussi le système immunitaire de la cavité buccale, ce qui favorise l’augmentation de bactéries cariogènes de la salive et accroît le risque de pathologie parodontale ?

Face à ces  tableaux, à ces odeurs, le chirurgien-dentiste est, comme toujours, en première ligne. « La conséquence la plus grave du tabagisme reste l’apparition de leucoplasies, des lésions précancéreuses prenant la forme de zones blanches qui peuvent se transformer en lésions cancéreuses dans environ 17 % des cas », explique le Pr Philippe Bouchard. praticien hospitalier à l’hôpital Rothschild (Paris) et membre de l’Académie nationale de chirurgie dentaire. En fumant, les signes d’inflammation de la gencive vont être totalement masqués par le tabac qui diminue par ailleurs les effets des traitements, en particulier au niveau des caries dentaires et du parodonte. »

Professionnels des dentures

Où l’on pressent tout le poids potentiel du professionnel du maintien des dentures dans l’orientation vers le sevrage tabagique : de « brèves interventions de sensibilisation à l’arrêt du tabac » en marge de l’examen dentaire doublerait les chances d’arrêter de fumer par rapport à une démarche individuelle. « Une intervention plus intensive du chirurgien-dentiste qui inclut cinq visites en trois mois combinant des entretiens motivationnels et l’usage de deux substituts nicotiniques donnent de très bons résultats avec 36,4 % d’arrêt à 12 mois chez les patients bénéficiant de cet accompagnement », a expliqué le Pr Bouchard au Quotidien du Médecin. Après trois mois l’état de la muqueuse buccale s’améliore – et après un an, la santé des gencives redevient normale. »

A l’évidence l’affaire dépasse et dépassera le tabac. Qui rapprochera les professionnels dentaires de ceux de la lutte contre les addictions ? La réponse éclairée du Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions :

« Belle affaire qui ne concerne pas seulement le tabac ! Très intéressant d’élargir ces justes propos à l’alcool, au cannabis, à la coc et à la métamphétamine, aux opiacés (héroïne mais aussi le fameux sirop de méthadone) sans parler des addictions oro-sexuelles avec les méfaits des HPV. La stomatologie hospitalo-universitaire étant peu en verve – et encore moins accessible aisément- les dentistes ont un rôle fondamental. Ces professionnels peuvent être de formidables acteurs-relais  de santé s’ils veulent bien …ouvrir la bouche sur ce sujet après avoir été correctement informés. »

A demain

Un nouveau baclofène «spécial alcoolisme» : l’usine à gaz ad hoc de l’Agence du Médicament

Bonjour

C’est un nouveau chapitre dans une histoire dont on ne voit pas la fin – l’histoire du baclofène dans les soins apportés aux personnes souffrant d’une dépendance à l’alcool. Et c’est un chapitre édifiant quant à l’embarras que ce dossier peut susciter au sein de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Cette dernière explique aujourd’hui « évaluer la demande déposée par le laboratoire Ethypharm pour une autorisation de mise sur le marché (AMM) du baclofène dans le traitement de l’alcoolodépendance ». Où l’on découvre une procédure d’une incroyable complexité qui n’ira pas sans apporter de nouveaux arguments à celles et ceux qui estiment que l’ANSM fait tout pour (dramatiquement) compliquer la vie des malades et des prescripteurs.

Eléments de contexte : le baclofène est un myorelaxant d’action centrale (décontracturant musculaire). Il dispose d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) depuis près de quarante ans dans le traitement de la spasticité musculaire. En raison d’une utilisation hors AMM du baclofène dans le traitement de l’alcoolo-dépendance et pour mieux l’encadrer, l’ANSM a élaboré le 17 mars 2014 une Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU) pour une durée de 3 ans. Cette RTU a été renouvelée le 17 mars 2017 pour une année. Elle est aussi au cœur d’une polémique récurrente.

En avril 2017, le laboratoire français Ethypharm a déposé une demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour une formulation spécifique du baclofène dans l’alcoolo-dépendance. Afin d’évaluer cette demande, l’ANSM prend en compte les données des essais cliniques menés sur le sujet – notamment Alpadir et Bacloville-  ainsi que les données de l’étude CNAMTS/INSERM/ANSM, les données de pharmacovigilance, les données de sécurité collectées dans le cadre de la RTU et les résultats de toutes les études et méta-analyses publiées.

Date indéterminée 

Rien que de très normal. Mais ce n’est pas tout : l’ANSM « a souhaité mobiliser une expertise externe, au travers d’un Comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) et va faire appel à une commission temporaire ad hoc ».

Le CSST sera chargé « d’examiner l’intégralité des données disponibles sur un plan méthodologique (documents, études et essais cliniques) » – et ce « afin de disposer d’un avis externe sur le rapport bénéfice/risque du baclofène dans le traitement des patients alcoolo-dépendants ». Ce CSST sera « constitué d’experts européens indépendants, compétents en évaluation du rapport bénéfice/risque des médicaments, en méthodologie des essais cliniques et en épidémiologie ». Il se réunira une première fois le 2 février 2018. D’autres réunions pourront éventuellement être demandées par les experts.

Puis son avis scientifique et méthodologique, en complément de l’évaluation interne, sera ensuite soumis à une commission temporaire ad hoc . Cette commission, qui rendra un  éclairage pluridisciplinaire, scientifique et sociétal sera composée de membres issus des trois commissions consultatives de l’ANSM : commission d’évaluation initiale du rapport bénéfice/risque des produits de santé ; commission de suivi du rapport bénéfice/risque des produits de santé ; commission des stupéfiants et psychotropes. Des auditions publiques seront organisées dans le cadre de cette commission.

Enfin, à une date indéterminée, la décision finale de l’ANSM intégrera l’ensemble des composantes scientifiques, méthodologiques et sociétales. S’ouvira alors un pénultième chapitre : celui de la fixation du prix de cette « nouvelle » spécialité.

Pourquoi une telle complexité ? « En raison des enjeux importants en termes de santé publique » dit l’ANSM. Des enjeux qu’elle n’a pas toujours perçus. Et qui précise que dans l’attente de sa position finale, la RTU en cours sera maintenue. Aurait-elle pu ne pas l’être ?

A demain

 

Sevrage : connaîtra-t-on jamais les véritables résultats des opérations «Moi(s) sans tabac» ?

 

Bonjour

Trop tôt !  Agnès Buzyn aurait-elle péché par excès officiel d’optimisme en évoquant une édition « prometteuse » 2017 de l’opération « Moi(s) sans tabac » lors de sa dernière communication au conseil des ministres ? Le site des buralistes français le pense : à en croire le compteur du site Tabac Info Service la communauté atteint 157 879 inscrits à J + 29. Soit moins que les 180 000 de 2016 – vif satisfecit public, alors, de Marisol Touraine.

« L’opération Moi(s) sans tabac initiée en 2016 a lieu ce mois-ci et est renforcée, faisait valoir Agnès Buzyn le 27 novembre. Cette opération majeure a vocation à se répéter chaque année. L’édition 2017 apparaît d’ores et déjà prometteuse avec, en amont du démarrage effectif, plus de 100 000 inscrits à Tabac Info Service et plus de 3,5 millions d’outils commandés. »

 Les pré-inscrits étaient certes 100 000. Puis le 1er novembre a démarré avec 125 000 pour passer à 145 000 à J + 10. Pour finir à moins de 160 000. « Pourtant, la presse régionale a joué le jeu en couvrant largement les initiatives des partenaires en région (hôpitaux, associations, …) ou l’implantation des ‘’fans zones’’ » note le site des buralistes. Bien sûr, ce n’est qu’un indicateur. On attend surtout les données de l’Observatoire français des Drogues et Toxicomanies avec les statistiques de ventes de substituts, des consultations sur l’appli et des appels à Tabac Info Service. Dans l’attente, on peut s’interroger : le concept de défi collectif à la « Stoptober » (le modèle britannique) est-il duplicable au tempérament individualiste des Français ? »

De fait on peut, on doit, s’interroger. Moins sur la reproductibilité du modèle anglais que sur la forme donnée à l’entreprise française. Jacques Le Houezec, président de Sovape regrette que l’on « infantilise les fumeurs en leur proposant des jeux d’enfants plutôt que de réels conseils et une information honnête ».

« Au cœur du dispositif, j’ai la même analyse, les valeurs absolues parlent d’elles mêmes, ajoute Sébastien Béziau, vice-président de Sovape. A part le nom, l’opération n’a rien à voir avec le Stoptober. Là-bas on propose immédiatement aux participants les solutions pour arrêter de fumer, alors qu’en France, on ne leur propose que de « s’inscrire. » La « réussite » de l’opération se mesure donc au nombre d’inscrits. Que les gens qui veulent arrêter de fumer lèvent la main. Ok merci ! Tous va bien… Pathétique. On retiendra les conseils de la journée du 22 octobre, au choix parmi les 22 propositions pour repousser l’envie de fumer  « apprendre à faire un lama en ombre chinoise » ou encore « regarder une vidéo d’un chaton trop mignon »… On espère que l’agence de publicité aura été bien payée. »

Lamas et chatons trop mignons

« Le ‘’Moi(s)sans tabac’’ est une bonne idée mais tant qu’elle sera maniée par des autorités qui se donnent bonne conscience, les résultats ne seront pas au rendez-vous, estime Patrick Favrel spécialiste référent réputé en ‘’réduction des risques’’.   Quel est ce ministère et ses tutelles qui exigent à longueur de temps la mise en place et la tenue de critères d’évaluation pour toutes les structures incapables de restituer le nombre d’arrêt du tabac de 2016 ? Doit-on encore participer à une kermesse seulement parce qu’elle est caisse de résonance ? Quel a été le budget du ‘’Moi(s)sans tabac’’ (MST) pour 2017 ? Le ratio et les indicateurs sont pourtant simples : budget/Nb d’arrêt du tabac = Combien coûte un fumeur en moins par le biais du MST. »

Mêmes interrogations chez Jean-Paul Couteron, président de la Fédération Addiction : « Osera-t-on se remettre en cause chez nos décideurs ? L’ancien Programme National de Réduction du Tabagisme (PNRT)  n’a pas été un triomphe, le ‘’Moi(s) sans tabac’’ a du mal à être une fête, il associe encore trop les inévitables conférences sur le danger du tabac et autres fan zones  où des ‘’ambassadeurs’’ font autant leur pub que celle de l’action, et des ARS qui appliquent la loi et qui dans beaucoup d’endroit ont interdit les actions vapotage… Et le prochain PNRT est annonce ds 15 jrs et préparé par les mêmes etc.  Je continue de penser qu’un ‘’Moi(s) sans tabac’’ est une belle idee, mais il est dommage de ne pas plus en libérer la dynamique. Ceci dit attendons les données complètes ! »

Les données complètes, précisément… « Sur l’opération 2016, Santé Publique France (SPF) est toujours incapable de nous dire combien de personnes ont arrêté de fumer sur les 180000 « participants », observe Sébastien Béziau. Le Dr Philippe Arvers, addictologue et tabacologue administrateur de la Société Française de Tabacologie (SFT) ajoute : « au congrès de la SFT il y a deux semaines, François Bourdillon, directeur général de SPF,  a précisé que les résultats du ‘’Mois(s)sans tabac’’ 2016 seront donnés dans le BEH de mai 2018, pas avant.. ! ».

On peut donc espérer que les résultats de 2017 seront connus en mai 2019.

A demain

Cigarette électronique : comment observer son efficacité sans parvenir à la conseiller

Bonjour

Les statistiques décrivent-elles la réalité ? Peuvent-elles peser sur elle ? Le dernier numéro du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) consent à se pencher sur la cigarette électronique 1. Et parvient à ne pas répondre à une question sanitaire essentielle : la e-cigarette est-elle un outil efficace pour l’arrêt du tabac ?

« La réponse à cette question reste à ce jour controversée : d’un côté, les deux essais contrôlés randomisés publiés à ce jour montrent que la e-cigarette peut être efficace pour aider à l’arrêt du tabac, de l’autre, des études de cohorte en population générale sont plus réservées quant à son efficacité, résume Anne Pasquereau (Santé Publique France), première auteure. Dans ce contexte, cette étude est la première à apporter des résultats sur le rôle de la e-cigarette parmi les fumeurs Français. Notre objectif était d’évaluer si l’utilisation régulière d’e-cigarette parmi les fumeurs quotidiens était associée 6 mois plus tard à l’arrêt du tabac. »

L’étude publiée dans le BEH est, modestement, une étude observationnelle (devenir des fumeurs en conditions réelles) et non pas stricto sensu une étude d’efficacité. Les auteurs ont interrogé à six mois d’intervalle (en septembre 2014 et mars 2015) 2 057 fumeurs âgés de 15 à 85 ans, représentatifs des fumeurs français selon la méthode des quotas. Les fumeurs qui vapotaient régulièrement – 252 « vapo-fumeurs » (sic)-  ont été comparés aux 1805 fumeurs exclusifs. Les profils socio-économiques et les caractéristiques de consommation de tabac des fumeurs ont été pris en compte dans les analyses statistiques.

Réduire sans arrêter

Voici les trois principaux constats :

. Les vapo-fumeurs sont plus nombreux que les fumeurs exclusifs à avoir réduit de moitié ou plus leur consommation quotidienne de cigarettes : 26 % versus 11 %.

. Les vapo-fumeurs sont plus nombreux que les fumeurs exclusifs à avoir tenté d’arrêter de fumer au moins 7 jours au cours du dernier mois : 23 % versus 11 %.

. Concernant l’arrêt du tabac d’au moins 7 jours à 6 mois, il n’y avait pas de différence significative entre vapo-fumeurs et fumeurs exclusifs.

Conclusions des auteurs : « Parmi les fumeurs, ceux qui utilisaient régulièrement une e-cigarette ont plus souvent essayé d’arrêter de fumer et réduit leur consommation de cigarettes au suivi à 6 mois. L’efficacité de l’e-cigarette pour arrêter de fumer reste en débat ». Conclusion de 20 minutes : « Le vapotage permet de réduire sa consommation de cigarettes, mais pas d’arrêter de fumer ».

E-cigarette gratuite

Anne Pasquereau est prudente : « Comme toute étude scientifique, celle-ci comporte aussi des limites qu’il convient de rappeler : la durée du suivi est relativement courte, l’échantillon de vapo-fumeurs est de taille modeste. Enfin le fait d’être devenu vapo-fumeur peut refléter une volonté initiale de cesser de fumer qui se traduit in fine par des tentatives d’arrêt plus fréquentes ». Et elle ajoute ceci :

« Cette étude porte sur des fumeurs de la population générale suivis en conditions réelles. Un contexte différent des essais cliniques où les fumeurs sont suivis de près et où la e-cigarette est fournie gratuitement et peut être perçue comme l’outil qui va enfin permettre d’arrêter de fumer, ce qui peut influencer le comportement des fumeurs. »

Qu’attend Santé Publique France pour fournir gratuitement les cigarettes électroniques dans des essais cliniques qui permettraient, enfin, de sortir des insupportables impasses actuelles ? Et d’en finir avec cette antienne qui, une nouvelle fois, signe l’impuissance coupables de nos autorités sanitaires :

« Santé publique France continuera à suivre l’évolution de l’usage d’e-cigarette en France via ses enquêtes Baromètres santé. Ces données et celles du domaine de la recherche permettront d’avancer dans la réflexion sur la place de la e-cigarette dans le sevrage tabagique. »

A demain

1 « CIGARETTES ÉLECTRONIQUES, TENTATIVES D’ARRÊT ET ARRÊT DU TABAC : SUIVI À 6 MOIS »  Anne Pasquereau (anne.pasquereau@santepubliquefrance.fr), Romain Guignard, Raphaël Andler, Viêt Nguyen-Thanh Santé publique France, Saint-Maurice, France

* Adapté de : Pasquereau A, Guignard R, Andler R, Nguyen-Than V. Electronic cigarettes, quit attempts and smoking cessation: a 6-month follow-up. Addiction. 2017;112(9):1620-8.

Tabac : les substituts nicotiniques moins chers sont interdits dans les magasins Leclerc !

Bonjour

A la veille du « Moi(s) sans tabac » c’est, bien évidemment, une opération publicitaire . Soit la présence, à compter de ce 23 octobre, dans les gazettes quotidiennes, nationales et régionales (« ainsi que dans de nombreux titres de la presse grand-public », sic) de grands placards  qui voient le « Mouvement E.Leclerc » 1 interpeller les pouvoirs publics. Objectif :  « obtenir l’autorisation de vendre les substituts nicotiniques moins chers ».  Argumentaire :

« L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies fait apparaître sans équivoque l’impact du coût de ces substituts dans le choix des patients de tenter un sevrage tabagique. Le coût des substituts nicotiniques est un frein certain vers le sevrage. En novembre 2016, le remboursement forfaitaire de ces substituts est passé de 50 euros à 150 euros par an.

«Une action de santé publique salutaire qui a contribué à faire très sensiblement progresser la vente de traitements d’aide à l’arrêt au premier semestre 2017, en comparaison à la même période en 2016, soit + 36 % pour l’ensemble des traitements, et en particulier + 60 % pour les substituts sous forme de timbres transdermiques. »

Etat marchand de tabac

 Pour Leclerc la démonstration est limpide : si le taux de remboursement a un impact et encourage à l’arrêt du tabac, le coût d’achat du traitement y incite tout autant. D’où sa revendication : avoir le droit de vendre ces substituts moins chers dans son réseau de 250 parapharmacies, « toutes confiées à des docteurs en Pharmacie ».

Le marchand entreprenant rappelle que certaines de ses revendications ont déjà été entendues dans le passé : droit de vendre des tests de grossesse, des préservatifs ou encore des lentilles. D’autres, en revanche, restent pour le moment en attente : substituts nicotiniques et médicaments sans ordonnance aujourd’hui pourtant disponibles « n’importe où sur internet ». Distorsion de concurrence ?

Quelle que soit l’issue de ce combat commercial l’essentiel n’est pas là. Il est dans l’obtention de la gratuité des substituts nicotiniques à toutes celles et ceux qui veulent en finir avec l’esclavage tabagique. Or c’est là une mesure essentielle de santé publique que le pouvoir exécutif ne veut pas entendre. Il est vrai que l’Etat est un marchand de tabac.

A demain

1 « E. Leclerc » se présente ainsi : « Avec 662 magasins et 529 adhérents en France, E.Leclerc est leader de la distribution en France. L’enseigne a réalisé un chiffre d’affaires de 36,57 milliards d’euros (hors carburant) en 2016. Le leadership de l’enseigne est confirmé par une part de marché de 20,4 %. Ces performances résultent d’une politique menée depuis la création du Mouvement E.Leclerc en 1949 : son combat au quotidien pour des prix bas et un modèle économique unique, reposant sur une organisation décentralisée, coopérative et participative. »