Miossec et l’alcool, ou la chance d’avoir pu diviser sa vie en deux, « avant et après »

Bonjour

Christophe Miossec, 53 ans, auteur-compositeur-interprète-parolier, parfois acteur. Il est interrogé par Libé (Patrice Bardot) à l’occasion de la sortie d’un nouvel album. Intitulé « Les Rescapés » (« furia minimaliste post-punk traversée par instants par un surprenant groove radieux, quasi électronique …»). Rescapé, l’auteur en est un et ne s’en cache pas.

« Il y a ceux, nombreux, qui en arrêtant de boire observent, inquiets, leur inspiration s’assécher à son tour. Puis il y a Christophe Miossec, sobre depuis 2010, lorsque les médecins découvrent qu’il est atteint d’une maladie neuromusculaire qui modifie l’équilibre, la coordination des membres, explique Libé. Verdict : plus une seule goutte ou c’est la paralysie. Mais sa verve créatrice n’est jamais restée en rade. Le rythme continue d’être soutenu : un album quasiment tous les deux ans, suivi d’incessantes tournées. »

L’homme était devenu célèbre avec son premier album Boire, en 1995 – plus de 100 000 exemplaires vendus. Le diagnostic sera porté quatorze ans plus tard, présenté comme une forme d’ataxie « maladie orpheline chronique affectant le cervelet ». Miossec s’en explique volontiers, sans pathos ni afféterie. Pas plus qu’il n’a fait appel aux médias pour son sevrage.

LCI, en mai 2016 lui demande : « Vous avez souvent écrit sur le temps passe : « 30 ans », « En Quarantaine »… Cette fois, avec le titre « Les Mouches », vous évoquez directement la mort. C’est une angoisse ? » Miossec

« Ben oui. Il y a eu tellement de disparitions dernièrement: celle de mon pote Rémy Kolpa Kopoul (journaliste à Nova), celle de Bashung… Savoir qu’il ne sortira plus d’albums, ça me tue. J’aurais voulu savoir sur quel pied il danserait aujourd’hui. C’est terrible, on est là à fumer des clopes et puis un jour on disparait à cause d’elles… (il se roule une autre cigarette). [L’alcool aussi. On se souvient de concerts où vous arriviez sur scène fortement imbibé…]
« Ça, c’est terminé. Je n’aurais jamais du boire un seul verre d’alcool de ma vie. Je n’ai pas le cerveau pour. Aujourd’hui, je ne bois plus une goutte. Un verre de vin me fait autant de dégâts qu’une nuit d’ivresse. Quelle ironie pour un mec dont le premier disque s’appelait « Boire » ! Mais je n’aurais jamais pu monter sur scène sans boire avant. J’étais tétanisé par la timidité.

Chaise roulante

Les Inrocks en 2014 : « Tu ne bois plus depuis des années, as-tu participé à des réunions des Alcooliques anonymes ? »

« Pas du tout. Ma chance, c’est que mon cerveau ne supportait plus du tout l’alcool. A la fin, six ou sept verres et j’étais cuit. Tout le monde autour de moi pensait que je buvais en cachette. C’est venu graduellement, la pathologie se traduit aussi par des problèmes d’équilibre. La maladie, l’ataxie, a commencé par un grave mal aux genoux. Et un jour, à 11 heures du matin, un médecin m’a expliqué ce dont je souffrais. Il m’a dit : “Plus une goutte d’alcool ou c’est la chaise roulante.” J’ai dû fixer une date : celle de mon dernier verre. Le médecin m’a accordé une semaine de grâce, pendant laquelle je me suis offert les meilleurs vins. Et j’ai tenu. En partie pour emmerder mes détracteurs ! J’ai alors attaqué une nouvelle vie. C’était il y a quatre ans. »

 Libé, aujourd’hui :  « Avez-vous parfois le sentiment que votre maladie a été paradoxalement une bénédiction ? Miossec :

« Oui, avec l’âge on essaie de bien regarder la merde et de voir ce qu’elle peut nous apporter de positif. Mais s’il n’y avait pas eu la boisson, je n’aurais jamais eu le désir profond de monter sur scène, car ça désinhibe complètement. Je ne tenais pas l’alcool du tout, j’étais bourré hyper vite, je n’étais pas dans le club de ceux qui encaissent et qui sont en irrigation permanente.

 « En fait, les médecins se sont rendu compte que je fais partie des personnes qui n’auraient jamais dû boire une seule goutte en raison de cette maladie. C’est une chance d’avoir pu diviser sa vie en deux : avant et après l’alcool, même si j’ai commencé à boire tard. Il n’empêche que j’aime toujours aussi peu les buveurs d’eau et, en tournée, il y a toujours autant de boisson dans les loges. Ça ne me gêne pas de voir les autres picoler, au contraire je pousse à la consommation parce que j’aime bien entendre les conneries des gens bourrés (rires). »

 Tout au fond de la salle, Boris Vian, écrivain, parolier, chanteur, jazzant en écho : « Je bois ». C’était quarante ans avant le Boire de Miossec. Vian avait alors 35 ans. Il mourut quatre années plus tard 1. D’une crise cardiaque, lors de la projection de l’adaptation cinématographique de son « J’irai cracher sur vos tombes ».

A demain

1 De Philippe Boggio  : le passionnant Boris Vian, première éditions Flammarion 1993, réédition 1995 en livre de poche, dernière éditions mai 2009

 

Sevrage : l’efficacité de la e-cigarette peut-elle être démontrée par un marchand de tabac ?

Bonjour

Une étude, une confirmation et une question.

L’étude a été commanditée par Fontem Ventures (groupe Imperial Brands) – et a été publiée le 3 septembre dans le Journal of Environmental Research and Public Health : The Value of Providing Smokers with Free E-Cigarettes: Smoking Reduction and Cessation Associated with the Three-Month Provision to Smokers of a Refillable Tank-Style E-Cigarette. Elle est signée par le Pr  Neil McKeganey (Centre for Substance Use Research, West of Scotland Science Park, Glasgow).

Réalisée à l’aide de 72 fumeurs adultes elle a permis aux scientifiques l’ayant conduit d’affirmer que 36,5 % des fumeurs ayant eu à disposition une cigarette électronique de la marque « blu Pro» (ainsi que tous les arômes commercialisés qui vont avec) ont totalement cessé de fumer après 90 jours. La moyenne du nombre de cigarettes consommées quotidiennement est passée de 14,38 à 3,19. Une diminution du nombre moyen de jours par mois pendant lesquels les participants fumaient a été enregistrée, passant de 27,87/30 au départ à 9,22/30 jours après un mois et demi. La majorité des fumeurs ont affiché une réelle préférence pour les e-liquides  aromatisés (fruités, gourmands etc…). Tous les participants ont trouvé que les saveurs utilisées étaient importantes pour les aider à changer ou à réduire leur consommation de tabac,

A la suite de cette étude, 92 % des fumeurs pensaient que la cigarette électronique les avait aidés à réduire leur consommation de tabac, ou à s’en passer complètement. « Cette recherche, bien que financée par un industriel du tabac et limitée à une courte durée d’observation, renforce le rôle positif de la vape dans la lutte contre le tabagisme » résume le site vapingpost.com (Alistair Servet).

Changer de comportement

 « Nos données montrent qu’il est possible de faciliter un changement de comportement significatif de la part des fumeurs en leur donnant accès à des produits de cigarettes électroniques de haute qualité, au moins pour une courte période de temps » résume le Pr McKeganey. Et pour le Dr Grant O’Connell, directeur des affaires générales de Fontem Ventures ces résultats dépassent de loin ceux obtenus avec les traitements substitutifs à la nicotine.

Interrogé par vapingpost.com le Pr Bertrand Dautzenberg a fait ces commentaires :

« Cette étude a été réalisée sur un petit effectif (71 personnes dont 8 perdues en cours de route qui ne sont pas comptabilisées, alors qu’il faudrait les compter comme des échecs (le vrai chiffre à 90 Jours serait donc de 32,4 % et non 37 (63/72).  Il est également bon de savoir que les fumeurs sont payés en plus de se voir offrir le matériel et le remboursement des liquides qu’ils consomment. Les résultats sont donc seulement déclaratifs.

 « Finalement ceci n’apporte rien (« étude exploratoire » » disent les auteurs). Cependant, ses résultats restent plausibles puisqu’un tiers des fumeurs intéressés par la vape que l’on aide un peu ne fument en effet plus à 3 mois.  Une étude bien faite, indépendante de l’industrie du tabac, avec un groupe de contrôle ainsi qu’une vérification de l’abstinence, serait quand même la bienvenue ».

 Pour finir, la question : comment comprendre qu’aucun des organismes publics français en charge de la santé et de la recherche médicale n’ait encore conduit les travaux qui permettraient, en toute indépendance, de trancher ? Comment le justifier ?

A demain

 

La fumée sortant du flanc droit de Poelvoorde ; Anne Hidalgo et le tout Paris sans mégots

Bonjour

9 juillet 2018. Le tabac brûlé nous rapproche parfois de l’étrange. C’est le cas avec un film que ne goûtent guère les critiques bien pensant.e.s : « Au poste ! » de Quentin Dupieux. Une décalque surréaliste du « Garde à vue » de Claude Miller (1981). Une comédie au-delà des normes, une mise en abyme comme le cinéma n’en montre pas. Ou si peu.

Ventura et Serrault ne sont plus. Voici Benoît Poelvoorde (commissaire Buron) et Grégoire Ludig (suspect Fugain). Marc Fraize (Philippe) prend la place de Guy Marchand dans le placard. On ne gobe pas, ici. On croque. Le temps ne sait plus passer. Magritte. Bouffées de tragique et de rires. L’absurdité s’ouvre sous nos pieds. Les équerres servent à tuer au carré. (On peut ne pas aimer).

Interdiction étant faite de spoiler on taira, ici, la trouvaille qui permet à la cigarette de prendre toute la nouvelle place qui est la sienne, dans les corps malades comme dans la psyché collective. Une trouvaille qui vaut mille publicités sanitaires gouvernementales. Et qui vient incidemment ruiner le récent discours d’une ministre de la Santé voulant censurer la vision du tabac au cinéma.

Hors des salles obscures, la politique ne perd jamais ses droits. Le Conseil de Paris vient d’adopter un vœu, (déposé par le groupe radical de gauche, centre et indépendants) visant à expérimenter l’interdiction pendant quatre mois de la cigarette dans quatre parcs et jardins de la capitale.

Abattoirs de Vaugirard

C’est ici la décalque expérimentale de l’interdiction mise en place depuis le 1er juillet à Strasbourg dans tous les parcs et jardins publics de la ville. C’est aussi la poursuite d’une logique sans faille : elle fait suite à celle instaurée en France dans les lieux de travail et les lieux publics (centres commerciaux, aéroports, gares, hôpitaux et écoles) en février 2007, étendue en 2008 aux cafés, bars, restaurants, hôtels et discothèques.

Le Monde rappelle que la cigarette est déjà interdite dans les 500 aires de jeux des parcs parisiens depuis 2015. Quant à l’interdiction de la cigarette dans les parcs publics, elle est déjà en vigueur en Finlande, en Islande, au Royaume-Uni ou dans certaines villes des Etats-Unis. A Paris il s’agit de « lutter contre la banalisation de la cigarette chez les plus jeunes », de donner de « l’air frais » aux promeneurs et de lutter contre la pollution qu’entraînent les jets de mégots par terre.

Dès aujourd’hui il est interdit d’allumer une cigarette dans l’un des six parcs ou jardins choisis par la Ville de Paris pour être des espaces sans tabac : Jardin Anne-Franck (3e) ; Jardin Yilmaz-Güney (10e) ; Square Trousseau (12e) ; Square Henri-Cadiou (13e) ; Parc Georges-Brassens (15e) ; Square des Batignolles (17e). Pas de verbalisation durant les quatre mois de l’expérimentation. Les agents des parcs et jardins rappelleront les fumeurs à l’ordre.

Ne plus jamais fumer dans le parc qui porte le nom de Georges Brassens aménagé à la place du marché aux chevaux de Vaugirard et de ses abattoirs. Entrons dans une salle obscure. Dans le commissariat le fumée de tabac sort du flanc droit du commissaire Buron. Qui nous dira pourquoi ?

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Véridique et politique : gratuité annoncée des médicaments nicotiniques du sevrage tabagique

Bonjour

C’est un événement.  Ou plus précisément un événement à venir. Une mesure que certains (dont nous sommes) réclamaient depuis des années : la prise en charge intégrale, comme les autres médicaments) de substituts nicotiniques dans l’indication du sevrage tabagique. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a, enfin, abordé officiellement le sujet ce 26 mars 2018 en compagnie d’Edouard Philippe, Premier ministre.

On connaît le contexte : En France, plus de 13 millions de personnes fument et plus de la moitié des fumeurs souhaitent, aujourd’hui, arrêter de fumer. Le tabac est la source majeure de cancers, de maladies cardiovasculaires et d’insuffisance respiratoire, et est responsable de 73 000 décès prématurés chaque année. Il existe d’autre part, depuis quatre ans, un Plan national de réduction du tabac (PNRT) qui a pleinement fait la preuve de son inefficacité. Ce PNRT prévoit un « forfait à 150 euros par an » pour les substituts nicotiniques, traitement du sevrage tabagique.

Déni de la cigarette électronique

« L’un des freins majeurs actuels du recours aux traitements de sevrage est la nécessité de faire systématiquement l’avance de frais dans le cadre du forfait » reconnaît, enfin, le ministère de la Santé. L’objectif aujourd’hui affiché par Agnès Buzyn est de « développer l’accessibilité aux traitements d’aide à l’arrêt tabagique pour l’ensemble des fumeurs souhaitant arrêter de fumer, et en particulier les plus défavorisés ». «  Il s’agit aujourd’hui de franchir une nouvelle phase dans le soutien au sevrage tabagique : passer du forfait d’aide au sevrage de 150€ par an et par assuré à un remboursement classique comme pour tous les médicaments remboursables, explique la ministre. Cela permet à la fois de lever les freins liés à l’avance de frais systématique et d’avoir le même tarif pour un produit sur tout le territoire, tout en permettant une durée de traitement adaptée à la dépendance. »

Malheureusement ce mouvement sera progressif car il implique une démarche des firmes pharmaceutiques qui commercialisent ces médicaments du sevrage. « Un premier produit sera inscrit dès cette semaine au remboursement par le gouvernement, précise Mme Buzyn. Le forfait disparaîtra donc au profit d’une prise en charge classique plus accessible et efficace pour les fumeurs et plus simple pour les professionnels de santé. »

Cette mesure s’inscrit dans le cadre du prochain Plan de national de réduction du tabagisme qui sera annoncé prochainement par le Gouvernement qui renforcera les actions en faveur de la protection des jeunes et de l’accompagnement des fumeurs, notamment par le soutien du fonds de lutte contre le tabac. Agnès Buzyn en finira-t-elle, alors, avec son déni de la cigarette électronique ? Pourra-t-on, alors et enfin, applaudir ?

A demain

 

Cigarette électronique : ses bénéfices majeurs sont confirmés. Agnès Buzyn devra s’expliquer

Bonjour

La situation confine à l’absurde et au tragique. Et bientôt on envisagera des poursuites judiciaires contres celles et ceux qui auront gardé les yeux fermés. A Londres un nouveau rapport officiel vient de confirmer les bénéfices sanitaires majeurs de la cigarette électronique en terme de réduction des risques. Un travail scientifique exemplaire jamais conduit en France où le gouvernement, les services et les agences concernés s’enferrent dans le déni.

Résumons le sujet anglais. Le rapport officiel émane de Public Health England (PHE) 1 et il est diffusé à l’attention des médias par le gouvernement britannique :  « PHE publishes independent expert e-cigarettes evidence review ». Ce document porte sur  l’utilisation de la cigarette électronique chez les jeunes et les adultes, sur les attitudes du public, sur son impact quant à l’abandon du tabac, et actualise les risques pour la santé et le rôle de la nicotine. Il passe également en revue les produits du « tabac chauffé ».

Au final il conduit, pragmatique, à préconiser la prescription de la cigarette électronique en tant que méthode de sevrage du tabac, comme vient de le publier la BBC : « E-cigarettes ‘should be on prescription ». Observant que le e-cigarette permet, d’ores et déjà à 20 000 personnes d’abandonner le tabac Public Health England préconise une série de mesures pour la normaliser et en faire un outil thérapeutique pris en charge notamment par le NHS, vendu au sein des hôpitaux où les patients devraient pouvoir disposer de zones (ou de chambres dédiées) pour vapoter. Les mêmes dispositions devraient être adoptées au sein des entreprises. Des actions devraient en outre être menées pour faciliter l’obtention du statut de médicament.

Tragique

Toujours selon PHE rien ne permet d’affirmer, contrairement à des rumeurs récurrentes, que la cigarette électronique est une porte d’entrée vers le tabagisme. On estime à un peu moins de trois millions le nombre de vapoteurs au Royaume Uni ou le tabac est responsable d’environ 79 000 morts prématurées chaque année. Pour le PHE il y aurait quelque chose de tragique à imaginer que des milliers de fumeurs qui pourraient ne plus l’être ne disposent pas des véritables informations quant aux bénéfices que pourrait leur apporter la cigarette électronique.

Il y aurait quelque chose de plus tragique encore à voir perdurer le silence médiatique et l’atonie politique des responsables sanitaires français sur un tel sujet. Et ce d’autant que la prévalence des fumeurs de tabac est, en France, de tès loin supérieure à celle du Royaume-Uni. C’est dire si l’on attend avec intérêt le contenu du nouveau Programme national de réduction du tabagisme que la ministre des Solidarités et de la Santé doit présenter fin mars. Agnès Buzyn doit, ici, s’expliquer. Et réussir là où Marisol Touraine a, dans son déni, tragiquement échoué.

A demain

1 Public Health England a pour fonction de  protéger et d’améliorer la santé et le bien-être de la nation et de réduire les inégalités de santé. « Nous faisons cela à travers la science, le savoir et l’intelligence, le plaidoyer, les partenariats et la fourniture de services de santé publique spécialisés. Nous sommes une agence exécutive du ministère de la Santé et des Services sociaux, et une organisation distincte avec une autonomie opérationnelle. Nous fournissons au gouvernement, au gouvernement local, au NHS, au Parlement, à l’industrie et au public une expertise professionnelle et scientifique fondée sur des données probantes.Twitter: @PHE_uk et Facebook: www.facebook.com/PublicHealthEngland. »

Drogues : les ados français ne consomment plus pour transgresser mais pour être « normaux »

Bonjour

Dans un monde logique ce sont des résultats précieux dont le politique s’emparerait : ceux de l’étude ARAMIS, disponible depuis peu sur le site de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) 1. Soit un travail mené entre 2014 et 2017 (entretiens individuels et collectifs) auprès de 200 jeunes (13-18 ans) issus de milieux sociaux diversifiés en France métropolitaine. ARAMIS : Attitudes, Représentations, Aspirations et Motivations lors de l’Initiation aux Substances psychoactives.

Cette étude explore leurs motivations à consommer des drogues (principalement de l’alcool, du tabac et du cannabis), leurs perceptions selon les substances ainsi que leurs connaissances des risques. Elle retrace aussi les trajectoires de consommation. L’enquête ARAMIS souligne aussi la perception largement partagée par les jeunes d’un environnement (familial, amical, social mais aussi culturel, via, par exemple, l’impact de séries très populaires) favorable aux usages, marqué par l’omniprésence des occasions de consommer et l’offre des produits.

Ces éléments apparaissent d’autant plus incitatifs qu’ils vont de pair avec une relative facilité d’accès à des substances légalement interdites de vente aux mineurs (alcool et tabac) ou illicite (cannabis).

La rencontre avec les « produits » ?  Une expérience banalisée, à laquelle il est difficile de se dérober à l’adolescence. Avec cette observation :

« Dans ce contexte d’accessibilité aisée à des produits en théorie prohibés, les initiations relèvent davantage d’un désir de conformité sociale que d’une transgression. La curiosité, l’angoisse de passer à côté d’une expérience et surtout la volonté d’adhésion au groupe sont principalement évoquées à propos de l’envie de ‘’tester’’ ».

Derrière cet « enjeu central de sociabilité » et de « renforcement des liens avec les pairs » se cachent des différences selon les substances addictives :

Tabac : Le contact initial est toujours rapporté de façon négative – y compris parmi ceux qui se flattent d’avoir ensuite surmonté cette « épreuve » et leur répulsion initiale.

Alcool : Les jeunes relatent avoir le plus souvent d’abord goûté très jeunes – au sein du cercle familial. Les avis sont moins univoques, singulièrement quand il s’agit de l’initiation festive entre amis quelques années après la première expérience.

Cannabis : Sa découverte est plutôt jugée positivement par comparaison à celle du tabac – a fortiori quand il s’agit d’herbe.

Dans la « hiérarchie des dommages », le tabac est fortement stigmatisé alors que la nocivité de l’alcool ou du cannabis paraissent minimisées. D’où, malgré tout, cet espoir (lointain) de dénormalisation de la consommation de tabac (qui concerne toujours aujourd’hui un adolescent sur trois)  :

« Le tabac est en effet jugé très dangereux tant pour son pouvoir addictif que pour ses graves conséquences sanitaires (auxquelles de nombreux adolescents sont confrontés dans leur contexte familial). Il en résulte une représentation fortement dégradée du tabac et un processus de dénormalisation de son usage qui distingue cette génération des précédentes.

« Les risques du cannabis semblent pour leur part assez largement ignorés. À rebours de la disgrâce du tabac, le cannabis, et surtout l’herbe, bénéficient d’une image positive et dédramatisée. L’herbe en vient même à être valorisée pour ses vertus médicinales(…) une multiplicité de motivations sont mises en avant : relaxation, apaisement, distraction, endormissement, auto-thérapie… mais aussi des fonctions stimulantes pour affronter contraintes et difficultés. »

Et puis, encore, ceci, qui renvoie aux vieux propos marxistes sur la religion dans ses connexions avec l’opium et le peuple :

« D’autres jeunes gens, minoritaires en nombre mais qui portent un discours résolu, se tiennent délibérément à l’écart des usages. Leur démarche volontariste face à un certain conformisme ambiant peut correspondre au désir de s’opposer, par exemple, à un historique familial de consommations excessives et à des représentations négatives de personnes dépendantes.

 « L’abstinence à l’adolescence peut enfin être liée au facteur religieux. Concernant, les discours des jeunes de confession musulmane, l’enquête ARAMIS témoigne des tensions qui peuvent exister à propos de l’alcool entre une aspiration à consommer et l’interdit religieux relayé au sein du cercle familial; cet interdit est aussi évoqué à propos des usages de tabac et de cannabis. »

Dans une France logique ce sont là des résultats dont le politique laïc s’emparerait pour aider à bâtir un monde meilleur.

A demain

1 Ivana Obradovic, , « Représentations, motivations et trajectoires d’usage de drogues à l’adolescence », Tendances n°122, OFDT 2017, 8 p. https://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/eftxioy1.pdf

 

Sevrage tabagique et pharmaciens d’officine : les prix libres et indécents du Nicopass®      

Bonjour

C’est une étude qui ne donnera pas la meilleure image des pharmaciens d’officine. Les prix des médicaments vendus sans ordonnance (prix libres) ont progressé en un an de 4,3 %, avec d’énormes disparités, rapporte le baromètre annuel de l’Observatoire Familles rurales – des résultats barométriques publiés mardi 12 décembre dans Le Parisien et résumés par l’Agence France Presse. L’affaire concerne les sites comme les officines.

« Dans les officines en dur l’association a constaté qu’environ 75% des boîtes de médicaments sans ordonnance sont dépourvues d’étiquette « prix ». Ceux-ci sont inscrits sur des présentoirs « pas toujours accessibles ou lisibles pour les consommateurs », surtout lorsqu’ils sont situés derrière le comptoir, a relevé la fédération qui craint une volonté délibérée de la part des pharmaciens de priver le consommateur d’une « possibilité de comparaison » des prix. Sur les douze médicaments analysés, Familles rurales a relevé un écart de prix moyen allant du simple au triple. »

« Vous pratiquez l’automédication ? N’oubliez surtout pas de comparer les offres, conseille Le Parisien. Car loin d’avoir favorisé la baisse des prix, la loi de 2008 qui autorise la vente en accès libre de médicaments sans ordonnance n’a fait qu’opacifier le marché et désorienter le consommateur. » Selon les relevés effectués dans 40 magasins et sur 43 sites internet en octobre, le prix du « panier » étudié a augmenté de 4,3 % en un an, alors que l’inflation n’était que de 1,1 %. »

« Un produit d’usage fréquent tel que l’Activir, utilisé contre l’herpès, a vu son prix moyen baisser de 7,1 % en 2016 puis s’envoler de 9,8 % cette année. Le Dacryum, solution de lavage oculaire, coûte 9,6 % de plus que l’an dernier. Dans certains endroits, il se trouve à 1,95 euros la boîte et dans d’autres à… 8,50 euros. Soit 3,4 fois plus cher », détaille l’étude. Sur les produits regardés à la loupe par Familles rurales, seuls deux sont en baisse : l’Imodium (− 2,2 %) et le Strepsils (– 1 %).

Affaire doublement politique

 L’étude relève que les variations de prix sont plus importantes dans les officines que sur les sites. Le Maalox oscille entre 2,75 € et… 9,10 € La boîte de Nicopass, « pour cesser de fumer », peut y être facturée 13,90 euros comme … 34,10 euros. C’est là un sujet doublement politique puisque le coût des substituts nicotiniques est (pour partie et de manière forfaitaire) pris en charge par l’assurance maladie 1. Cela s’appelle « accompagner l’arrêt du tabac ».

En pratique l’assurance maladie rembourse, sur prescription, les traitements par substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhaleur…) « à hauteur de 150 euros par année civile et par bénéficiaire », depuis le 1er novembre 2016. Point n’est besoin d’être fort en calcul (mental) pour saisir que cet « accompagnement-remboursement » n’est pas du même ordre selon les pharmaciens auxquels s’adressent les malades fumeurs réclamant d’en finir avec leur dépendance.

Où l’on en revient à cette situation incompréhensible, injustifiable : pourquoi, au vu du fléau que constitue le tabagisme, ces médicaments (devant être prescrits) disposent-ils d’un prix libre ? Pourquoi laisse-t-on des pharmaciens disposer d’une telle liberté ? Pourquoi ces médicaments ne sont-ils pas, intégralement pris en charge par l’assurance maladie ?

A demain