Flambées d’IST à gonocoque et Chlamydia : pourquoi le préservatif n’est-il  plus utilisé ?

Bonjour

C’est donc un combat qui n’en finira pas. Santé publique France vient de publier les derniers chiffres disponibles concernant les infections sexuellement transmissibles (IST). Bilan : le nombre de nouveaux diagnostics d’infections à Chlamydia et à gonocoque est en très nette augmentation – enquête LaboIST.

Cette enquête révèle notamment que les jeunes de 15-24 ans restent particulièrement touchés par ces IST souvent asymptomatiques mais aux conséquences parfois lourdes. Les données montent que le nombre de diagnostics d’infection à Chlamydia et à gonocoque en 2016 a triplé par rapport aux estimations de l’année 2012.

Pourquoi ? « La forte augmentation des diagnostics de ces infections constatée en 2016 peut être due à plusieurs facteurs. Elle peut s’expliquer tout d’abord par une sous-estimation des cas diagnostiqués en 2012 mais aussi par une intensification du dépistage et l’amélioration de la sensibilité des tests utilisés et enfin, par l’augmentation de l’incidence de ces IST elles-mêmes. » précise Florence Lot, responsable de l’unité VIH/sida, hépatites B et C, IST à Santé publique France.

Reste une certitude : chez les moins de 25 ans, la prévalence élevée des infections à Chlamydia et à gonocoque est la conséquence d’un nombre de partenaires plus important couplé à une « utilisation non systématique du préservatif » (sic). « Si la plupart des jeunes utilisent un préservatif lors du premier rapport sexuel avec un partenaire, 48 % des étudiants et 20 % des lycéens déclarent ne pas en utiliser à chaque rapport sexuel, selon l’enquête de la mutuelle Smerep sur la santé des étudiants fin juin citée par Le Monde. De plus, 71 % des étudiants et 80 % des lycéens ne se font pas systématiquement dépister lors d’un changement de partenaire, et même jamais pour respectivement 41 % et 62 % d’entre eux. »

La gratuité pour réduire les risques

Il faut aussi compter avec la résurgence de la syphilis et la poursuite des contaminations par le VIH – environ 6 000 personnes ont découvert leur séropositivité en 2016, selon Santé publique France. Le même phénomène est observé au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Et selon l’OMS plus d’un million de personnes contracteraient, chaque jour, une IST dans le monde.

Que faire d’autre que repartir au combat ? Et, un jour prochain, reposer publiquement la question de la gratuité au nom de la réduction des risques. Pour l’heure Santé publique France lance,  jusqu’au 18 août, une « campagne digitale » pour « promouvoir l’utilisation du préservatif auprès des jeunes ».

« En phase avec leurs codes, cette campagne repose sur le concept du « life hacking », des astuces et des techniques que l’on partage pour faciliter le quotidien, qui sont très répandues sur Internet et très prisées des jeunes. La campagne met en scène de manière ludique le préservatif en démontrant ses qualités intrinsèques (résistance, imperméabilité…). Le but est de faire de lui l’accessoire indispensable du quotidien.

« La campagne se décline sous forme de vidéos dans lesquelles les jeunes pourront découvrir en quelles circonstances, autre que l’acte sexuel, le préservatif peut s’avérer utile comme par exemple : allumer un feu, maintenir ses objets aqua phobiques au sec, faire bouillir de l’eau… Et sous forme de posts créatifs relayant en mode ‘’survie’’ des messages informatifs sur le préservatif et les infections sexuellement transmissibles. Ces « Life cards » seront postées sur Instagram et Facebook pendant l’été dans l’objectif de faire réagir les jeunes. »

Slogan : « Un préservatif ça peut te sauver la vie. Gardes-en toujours sur toi ».

Jusqu’à quand ?

A demain

« Comportements sexuels compulsifs » : l’OMS au secours du malade Harvey Weinstein ?

Bonjour

A la lisière de l’addictif : l’impulsif, le craving, la raison qui se dissout conduisant au passage à l’acte. C’est un phénomène au cœur de bien des dossiers de santé publique. On le retrouve aujourd’hui traité par plusieurs médias américains (The InquirerUSA Today) repris par Slate.fr : « Les «comportements sexuels compulsifs» sont désormais reconnus comme des maladies mentales par l’OMS ».

De quoi parle-t-on ici ? :

« Les comportements sexuels évoluent et on observe actuellement certaines tendances : acceptation générale du sexe avant le mariage, augmentation de nombre de femmes qui prennent l’initiative en ce qui concerne la séduction, la sexualité et les pratiques sexuelles, augmentation du nombre des adeptes de pratiques sexuelles réputées minoritaires dans le passé (sexe oral, masturbation), augmentation notable du nombre de partenaires sexuels, large diffusion et forte consommation de la pornographie…

« Certains comportements sexuels peuvent toutefois relever de la pathologie. C’est le cas des ‘’comportements sexuels compulsifs’’. Le ‘’comportement sexuel’’ peut être considéré comme ‘’compulsif’’ quand il est répété dans le temps et quand il perturbe la vie quotidienne et les rapports avec les autres. Il concerne des patients qui entrent progressivement dans un état émotionnel et anxieux tellement grand que le passage à l’acte compulsif devient inévitable. Chez ces personnes, il y a un déséquilibre entre le rêve et la réalité, c’est à dire qu’ils subliment l’objet de leur désir sexuel, ce qui augmente la charge émotionnelle. Il s’en suit un effondrement émotionnel et une grande déception après le passage à l’acte quand vient le retour à la réalité.

En pratique il peut s’agir de la multiplication des partenaires sexuels, d’une insatiabilité sexuelle, d’un recours compulsif à la pornographie, à la masturbation incontrôlable, à l’exhibitionnisme, au voyeurisme ou la pédophilie…

 #MeToo versus addiction

Est-on là dans le champ de l’addiction gravement pathologique ? En juin dernier l’OMS a donc finalement inclus cette entité dans sa dernière révision de la Classification internationale des maladies  – rangeant ainsi les « comportements sexuels compulsifs » dans la catégorie des « désordres mentaux ».  Pour l’OMS, ces troubles sont «caractérisés par une perte de contrôle intense à résister à des impulsions ou à des besoins sexuels répétitifs, générant du stress et des déficiences» chez les personnes concernées.

 USA Today précise à ses (très nombreux) lecteurs que dans de tels cas, le sexe devient une «obsession, au point que la personne néglige sa santé et tout autre centre d’intérêt, activité, responsabilité». Quant à  The Inquirer il précise que nombre de personnes atteintes par ce désordre mental reste difficile à évaluer. « Si elle marque un pas dans la reconnaissance de tels troubles, cette classification ne va toutefois pas jusqu’à reconnaître le sexe comme une potentielle addiction  souligne Slate.fr 1.  « Peut-être qu’un jour, on dira, oui, c’est une addiction, mais nous n’en sommes pas encore à ce point », a expliqué l’un des experts de l’OMS, Geoffrey Reed, à l’AFP.

Ce même expert, dans The Inquirer, Reed rappelle toutefois que ces comportements «n’excusent pas les abus sexuels ou le viol, pas plus qu’être alcoolique n’excuse le fait de conduire une voiture en étant ivre. On est toujours maître de ses actes. » Telle est bien la question. Commettre un délit ou un crime sous l’emprise d’une « force incontrôlable » constitue-t-il une circonstance atténuante ou aggravante ?

 The Inquirer observe que les allégations de «dépendance au sexe» font de plus en plus la une des médias – et ce parallèlement au développement du phénomène et du mouvement #MeToo. C’est dire l’importance que l’on pourra accorder au verdict de la médecine et de la justice dans le cas emblématique « Harvey Weinstein ».

A demain

1 Sur ce thème : « Qu’est-ce que l’addiction au sexe ? » Slate.fr 15 mai 2011. « (…) S’intéresser à la bibliographie sur ce sujet, c’est découvrir que le domaine de la dépendance sexuelle est à la fois vaste et mouvant, objet de querelles de chapelles. Selon les spécialistes il englobe ou non, l’«hypersexualité», les «comportements sexuels compulsifs» ou les «troubles du contrôle des impulsions sexuelles». «Pour ma part, j’aurais plutôt tendance à situer l’hypersexualité à la lisière du monde des addictions, associant une forme de dépendance comportementale, de troubles de l’humeur et de dépendance affective», explique le Dr Willian Lowenstein, président de SOS Addictions (…) ».

 

Sida, politique et Truvada® : trente ans après, voici le retour médiatique de la polémique

Bonjour

Aux frontières de la virologie et du pouvoir exécutif l’Histoire – et cette étrange propension à  la réplication avec déperdition du sujet. Le Monde daté du 10 juillet 2018 fait ainsi état de l’existence d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) – document qu’il « s’est procuré » 1 – document dont les auteurs savent (mieux que d’autres) à quel point ils réveillent ici de vieux démons judiciaires et médiatiques.

Juillet 20018. Que nous dit Le Monde ?  Qu’ « entre 1 666 et 4 000 » contaminations auraient été évitées si l’Agence nationale de sécurité du médicament avait autorisé plus vite un médicament commercialisé sous le nom de Truvada®.

Le Monde (Paul Benkimoun) donne ici des extraits du rapport de la mission mandatée le 15  mars 2017 par Marisol Touraine, alors la ministre de la Santé – une mission confiée à deux inspecteurs de la prestigieuse institutions – deux « historiques » (MM. Gilles Duhamel et Aquilino Morelle) dont on aurait pu, dans un autre monde, imaginer qu’ils se seraient déportés. Ce qu’ils n’ont pas fait en dépit du concept envahissant de « conflits d’intérêts ».

Retour sur zone : Le Truvada® est un traitement anti-VIH qui peut (aussi) prévenir la contamination d’une personne séronégative lors de rapports sexuels à risques (prophylaxie pré-exposition – PrEP). Le hasard et la fatalité veulent aussi que ce médicament fasse aujourd’hui l’objet d’une peu banale campagne d’affichage par l’association Aides.

Où se nicherait, en cet été 2018, le scandale ? Dans le retard qu’aurait pris l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) à donner son feu vert. Sans ce retard, plusieurs milliers de contaminations auraient pu être évitées. Une sorte de petite réplique tectonique médiatique des retards fautifs pris durant l’été 1985 (sans parler des accélérations coupables décidées en haut lieu quant aux collectes de sang en prison). Autant de sujets que connaissent à la perfection (avec quelques autres) MM Gilles Duhamel et Aquilino Morelle.

Obscurités

« Les retards pointés par l’IGAS ont abouti à des contaminations qui auraient été évitables si la PrEP avait été mise en place, nous explique Le Monde. Pour en évaluer le nombre, la mission IGAS s’est fondée sur des chiffres de la Direction Générale de la Santé qui estimait que  » le nombre de contaminations évitées – grâce à la PrEP – serait potentiellement de 1 000 à 2 400 par an « . Considérant que  » l’instruction de la RTU par l’ANSM s’est anormalement prolongée d’environ vingt mois « ,  » le nombre de contaminations consécutives au retard accumulé  » se situe  » entre 1 666 et 4 000 « , selon les inspecteurs. Toutefois, le nombre de contaminations prévenues serait compris entre 625 et 1 500, du fait que la France n’a pas attendu l’extension de l’autorisation de mise sur le marché européenne du Truvada®, intervenue plus de sept mois plus tard, le 22 juillet 2016. ».

Le Monde, encore :

« La mission  » estime que dans le retard pris par l’ANSM, chacun – des acteurs – porte sa part, variable, de responsabilité « . L’IGAS souligne entre autres  » une faiblesse persistante de la santé publique en France « . La Direction Générale de la Santé est plus épinglée par le rapport pour n’avoir  » pas correctement anticipé les évolutions en termes de prévention de l’infection par le VIH que la chimioprophylaxie allait susciter « . Malgré des réformes depuis plus de vingt ans, cette administration connaît  » un déficit – quantitatif et qualitatif – de compétences et d’expertises qui continue à la pénaliser « . » 

Un verdict auquel  souscrivent les cinq anciens Directeurs Généraux de la Santé que la mission a rencontrés. » Signé : Gilles Duhamel et Aquilino Morelle. Plus d’un quart de siècle après. Conflit d’intérêts ?

A demain

1 Curieusement ce document n’est pas (actuellement) disponible sur le site de l’IGAS. Nul ne doute que ce  manquement à la transparence sera rapidement corrigé.

 

Humanitaire et prostitution : les accusations de la BBC réfutées par « Médecins sans Frontières »

 

Bonjour

Médecins sans Frontières (MSF), prix Nobel de la Paix 1999,  a déclaré, vendredi 22 juin, qu’« aucun élément » ne lui permettait de confirmer que certains de ses travailleurs humanitaires auraient eu recours à des prostituées lors de missions officielles. Cette réaction fait suite à une enquête de la BBC sur des travailleurs humanitaires qui auraient eu recours à des prostituées lors de missions. Dans un communiqué, l’organisation rappelle toutefois que « MSF n’est pas immunisée face à ces dérives, et nous nous efforçons de prendre chaque cas au sérieux ».

« Notre organisation dispose de mécanismes de signalement pour recueillir les plaintes sur ce type d’abus », a précisé l’ONG à l’AFP et au Monde.fr. Elle n’envisage pas l’ouverture d’une enquête sur la base des témoignages recueillis par la BBC, et ce faute d’« éléments concluants » :

« Nous avons investigué, dans la mesure du possible, chaque affirmation de la BBC, mais le manque de précisions a rendu la tâche extrêmement difficile. Nous n’avons pas été en mesure de trouver des preuves à l’appui des allégations présentes dans le rapport de la BBC. »

Médicaments versus faveurs sexuelles

MSF précise encore  avoir tenté, sans succès, de vérifier l’allégation selon laquelle un employé de MSF aurait dit qu’il était possible d’échanger des « médicaments » contre des « faveurs sexuelles » – mais sans y parvenir. « S’il s’avérait qu’un employé MSF avait tenté d’obtenir des services sexuels en échanges de médicaments, il s’agirait d’un abus de pouvoir inacceptable », assure l’ONG.

Selon la BBC, trois anciennes employées de MSF accuseraient des travailleurs humanitaires, en poste au Kenya, au Liberia et en Afrique centrale, d’avoir eu « recours à des prostituées ». Ces accusations interviennent après le scandale provoqué par les révélations d’abus sexuels commis, en 2011 en Haïti, par certains employés de la non moins célèbre ONG britannique Oxfam

Immunisation ? Dans les suites de ce scandale, MSF qui emploie plus de 40 000 personnes dans le monde, avait dit avoir reçu, en 2017, 146 plaintes ou signalements pour des « discriminations », « abus de pouvoir » ou « comportements inappropriés ». Parmi ces derniers :  24 cas de harcèlement ou d’abus sexuels avaient été identifiés, donnant lieu à 19 licenciements. Et au final, quel impact sur l’image de cette remarquable association âgée de 40 ans et sur le volume des dons qui la font vivre ?

A demain

 

« L’atteinte sexuelle avec pénétration » va-t-elle être jugée comme un simple délit ?

Bonjour

Les temps, en France, sont aux tribunes, aux pétitions, aux polémiques médiatisées. On peut voir là une conséquence de l’extinction progressive, réelle ou fantasmée, des contre-pouvoirs – extinction programmée dans l’ombre de l’omniprésence du chef de l’Etat. La dernière polémique en date est, de ce point de vue, symptomatique et riche d’enseignement : plus de deux cent cinquante personnalités (dont l’actrice Karin Viard et la militante féministe Caroline De Haas) viennent de lancer un appel à Emmanuel Macron pour que ce dernier pèse de tout son poids jupitérien sur le pouvoir législatif.

En pratique il s’agit de demander au président de la République de retirer l’article 2 du projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles, porté par Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes – et, en même temps, militante féministe. Officiellement ce projet de loi est présenté comme « le fruit d’un long travail de concertation ayant pour ambition d’améliorer la répression de ces violences, dont les femmes et les enfants sont encore aujourd’hui trop massivement victimes ».

Après plusieurs affaires récentes (où des fillettes avaient été considérées comme sexuellement consentantes par la justice) l’article prévoit de « renforcer la répression des infractions sexuelles sur mineurs ». Toutefois les signataires – militants d’associations, médecins, sages-femmes, universitaires -estiment que l’effet produit sera, paradoxalement, l’inverse de l’objectif affiché.

Extraits de l’appel :

« L’article 2 du projet de loi sur les violences sexuelles change la loi. Votre gouvernement crée un nouveau délit, c’est “l’atteinte sexuelle avec pénétration”. Vous avez bien lu. “Atteinte sexuelle avec pénétration”. On parle donc d’un viol. Pour votre gouvernement, ce n’est pas un crime, c’est un délit.

« Monsieur le Président, nous avons été bouleversés par le “verdict de Pontoise », qui avait requalifié en atteinte sexuelle et non jugé comme viol une relation sexuelle entre Sarah, 11 ans et un homme de 28 ans au prétexte que la relation sexuelle aurait eu lieu « sans violence, ni contrainte, ni menace, ni surprise ». Sarah tétanisée, avait simplement suivi le violeur.  Puis ce fut le tour de Justine, dont le violeur avait été acquitté faute de pouvoir prouver, encore une fois, que Justine n’était pas consentants. Puis de Susie, puis d’autres…

« Les procès qui requalifient des viols sur mineur.e.s en “atteinte sexuelle” sont courants. C’est justement ce type de jugement que nous voulions empêcher. Le gouvernement a choisi l’option inverse. Il valide le verdict de Pontoise. C’est une régression inacceptable pour la protection des enfants. Monsieur le Président, demain, combien de Sarah, de Justine, de Susie verront le viol qu’elles ont subi qualifié “d’atteinte sexuelle” ?

« Monsieur le Président, nous vous demandons de supprimer cet article du projet de loi : il minimise la gravité du viol, il ouvre la voie à une déqualification massive des viols de mineur.e.s, il met en danger les enfants. Monsieur le Président, vous ne pouvez pas faire du viol un délit. Supprimez l’article 2. »

 Ce projet de loi est examiné les 14 et 15 mai, en première lecture, par l’Assemblée nationale. Où l’on verra s’il faut, désormais en France, s’adresser directement au président de la République pour modifier le texte d’une proposition de loi.

A demain

Prostitué.e.s : bilan accablant de la loi visant à les aider en condamnant leurs clients

Bonjour

Nous étions alors dans l’ancien monde. Le président se nommait François Hollande. C’était le 13 avril 2016 et la promulgation de la loi « visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées », Au départ il s’agissait d’une proposition de loi présentée et soutenue par le groupe, alors dominant, des socialistes et apparentés.

Depuis deux ans cette loi repose sur trois dispositions principales : l’abrogation du délit de racolage public, l’interdiction d’achat d’acte sexuel et la création d’un parcours de sortie de la prostitution. On pouvait lire, dans l’exposé des motifs:

« Le chapitre IV instaure une interdiction d’achat d’acte sexuel en créant une contravention sanctionnant le recours à la prostitution (…) Sanctionner l’acte de recours à la prostitution, c’est se placer dans la continuité des législations ayant criminalisé le viol et fait du harcèlement sexuel une infraction correctionnelle : l’objectif est toujours de soustraire la sexualité à la violence et à la domination masculine. L’interdiction de l’achat d’un acte sexuel est à ce jour la mesure la plus efficace pour réduire la prostitution, et pour dissuader les réseaux de traite et de proxénétisme de s’implanter sur les territoires (…). En inversant le rapport de force à l’œuvre avec les clients de la prostitution, l’interdiction de l’achat d’un acte sexuel permettra aux personnes prostituées de dénoncer les violences ou risques sanitaires (acte sexuel sans préservatif, etc.) qu’ils peuvent leur imposer. »

De 1500 à 3750 €

Avec, in fine, la création d’une « contravention de cinquième classe » sanctionnant le recours à la prostitution d’une personne majeure.

« Le fait de solliciter, d’accepter ou d’obtenir des relations de nature sexuelle d’une personne qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle, en échange d’une rémunération, d’une promesse de rémunération, de la fourniture d’un avantage en nature ou de la promesse d’un tel avantage est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe [1500 € ].

« Lorsqu’il est commis en récidive dans les conditions prévues au second alinéa de l’article 132-11, le fait de solliciter, d’accepter ou d’obtenir des relations de nature sexuelle d’une personne qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle, en échange d’une rémunération, d’une promesse de rémunération, de la fourniture d’un avantage en nature ou de la promesse d’un tel avantage est puni de 3 750 € d’amende. »

Deux ans après, nombre de ceux qui votèrent cette loi ne sont plus aux affaires. Mais en même temps nombre d’autres y sont, sous la nouvelle étiquette du parti du président de la République. Tous perndront intérêt à découvrir les résultats d’une « enquête nationale menée auprès des travailleur.se.s du sexe » ; enquête menée par deux chercheurs Hélène Le Bail et Calogero Giametta,, en collaboration avec onze associations dont Médecins du Monde, Le Planning Familial et Aides. On trouvera ici l’enquête et sa synthèse .

Résumé des conclusions « accablantes » et « préoccupantes » :

« Violences : augmentation massive des violences multiformes, un exercice du travail du sexe de plus en plus dangereux, détérioration des relations avec les forces de police qui ne sont pas perçues comme protectrices voire contribuent à leur insécurité, amplification de la stigmatisation du travail du sexe ;

« Santé : amplification des prises de risques pour la santé avec notamment un recul de l’usage du préservatif et une donc une augmentation de l’exposition aux risques de contamination VIH et autres IST, conséquences néfastes sur la santé globale des personnes ;

« Conditions de travail : détérioration des relations des travailleu.ses.rs du sexe avec leurs clients qui, du fait du risque d’arrestation, en profitent pour négocier les tarifs à la baisse ou obtenir des rapports non protégés, répression indirecte des travailleu.ses.rs du sexe par l’utilisation d’arrêtés municipaux et multiplication des contrôles d’identités, isolement ;

« D’un point de vue social : appauvrissement inacceptable des personnes, dont la plupart étaient déjà en situation de précarité ; en termes d’accompagnement : Inefficacité, voire absence, du parcours de sortie de prostitution. »

« Ces résultats catastrophiques ne sont pas une surprise, expliquent les onze associations. Nous avons alerté les pouvoirs publics du danger d’une telle loi et ce depuis le début. (…) les décideurs.se.s politiques n’ont pas écouté les alertes émises par les associations qui travaillent directement auprès des travailleur.se.s du sexe. Ils n’ont pas voulu prendre en compte la gravité d’une telle législation pour la santé et les droits de ces personnes, déjà stigmatisées et victimes de violences, et l’impact sur la société toute entière. »

Et maintenant ? Les associations demandent le retrait de la loi et appellent « les citoyens-nes et et les décideurs-es à se rassembler pour lutter véritablement contre les violences, l’exploitation et la traite des êtres humains sans sacrifier les conditions de vie et de travail des personnes concernées ».

« Il n’est pas trop tard pour agir » assurent-elles. Il reste à interroger sur ce point celles et ceux qui ont voté cette loi et qui, aujourd’hui, sont très directement aux affaires. A commencer par Christophe Castaner et Stéphane Travert.

A demain

Un gonocoque totalement résistant aux antibiotiques identifié en Grande Bretagne

Bonjour

C’est un symptôme. C’est aussi une nouvelle et inquiétante étape dans la montée des résistances bactériennes aux antibiotiques : « First case of super-resistant gonorrhea reported » (CNN) ; « Man has ‘world’s worst’ super-gonorrhoea » (BBC). Tout est résumé à la perfection sur le site de Public Health England qui analyse le premier cas connu au monde d’infection par une  souche multirésistante de gonocoque (Neisseria gonorrhoeae) bactérie responsable de la blennoragie (ou « chaude pisse »).

Cette première concerne un homme hétérosexuel ayant une partenaire régulière en Grande Bretagne. Il  a contracté cette infection lors d’une relation sexuelle en Asie du Sud-Est, un mois avant l’apparition des premiers (et douloureux) symptômes. Il est alors rapidement apparu que la souche avait développé de fortes résistances contre les deux puissants antibiotiques habituellement utilisés avec succès contre elle (azithromycine et ceftriaxone),

« C’est la première fois qu’un cas présente une résistance aussi élevée à ces deux médicaments et à la plupart des autres antibiotiques couramment utilisés » a déclaré le Dr Gwenda Hughes, chef de la section des infections sexuellement transmissibles à Public Health England. Faute de solution disponible le malade est actuellement traité par voie intraveineuse avec l’antibiotique Ertapénem. Un premier bilan sera fait en avril.

Notre plus grande peur

« Nous suivons ce cas pour s’assurer que l’infection a été traitée efficacement avec d’autres options et le risque de transmission ultérieure est minimisé, souligne la Dr Hughes qui rappelle l’importance d’avoir recours à des préservatifs « régulièrement et correctement avec tous les nouveaux partenaires occasionnels ».

La siffusion de souches résistantes de Neisseria gonorrhoeae est une préoccupation de plus en plus vive chez les bactériologistes comme chez les spécialistes de la lutte contre les infections sexuellement transmissibles (IST).

L’OMS estime que 78 millions de personnes dans le monde sont chaque année infectées par la gonorrhée.  Aux États-Unis, les Centers for Disease Control et Prevention estiment qu’il y a 820 000 nouvelles infections à la gonorrhée chaque année. Le Royaume Uni semble tout particulièrement concerné par le phénomène de résistance, notamment chez des homosexuels masculins.

« Ce cas est une confirmation de plus de notre plus grande peur: la gonorrhée pharmacorésistante qui se propage dans le monde entier, a déclaré David C. Harvey, directeur exécutif de la Coalition nationale américaine des directeurs de STD. Ici aux États-Unis et ailleurs dans le monde, nous devons prendre au sérieux la gonorrhée pharmacorésistante et investir dans la recherche de nouveaux remèdes et la prévention des IST.»