Conseil constitutionnel : de quel droit peut-on  punir  les client.e.s des travailleur.se.s sexuels ?  

Bonjour

La morale et le droit. La sexualité et la santé. Le droit de disposer et de faire commerce de son corps versus l’esclavage du proxénétisme. Il est bien des entrées pour traiter du sujet. En voici une nouvelle avec la décision que vient de rendre le Conseil d’Etat (statuant au contentieux n° 423892 – Médecins du Monde et autres).

« Une victoire  dans notre combat » commentent « neuf associations 1 et cinq travailleur-se-s du sexe ». La plus haute juridiction administrative a accepté de transmettre leur question prioritaire de constitutionnalité (QPC) au Conseil constitutionnel. Celui-ci aura désormais la charge de déterminer si la pénalisation des clients, une des mesures prévues par la loi adoptée en avril 2016, est conforme ou non aux droits et libertés garantis par la Constitution.

Il s’agit ici de la loi du n° 2016-444 du 13 avril 2016 « visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées ». Dans son chapitre V (« Interdiction de l’achat d’un acte sexuel ») elle dispose :

 « Art. 611-1.-Le fait de solliciter, d’accepter ou d’obtenir des relations de nature sexuelle d’une personne qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle, en échange d’une rémunération, d’une promesse de rémunération, de la fourniture d’un avantage en nature ou de la promesse d’un tel avantage est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe.  Les personnes physiques coupables de la contravention prévue au présent article encourent également une ou plusieurs des peines complémentaires mentionnées à l’article 131-16 et au second alinéa de l’article 131-17. »

Constats accablants

« Depuis plus de deux ans, nous dénonçons les effets de cette loi instituant la pénalisation des clients des travailleur.se.s du sexe (TDS). Nos réalités quotidiennes sont confirmées par l’enquête nationale, menée par Hélène Le Bail et Calogero Giametta, en avril 2018. Elle révèle les conséquences néfastes de cette loi sur la santé, l’intégrité physique, les droits et les conditions de vie des travailleur.se.s du sexe en France. »

Au regard de ces constats accablants ces militants avaient déposé, avec l’aide de Me Patrice Spinosi, un recours devant le Conseil d’Etat visant à transmettre cette QPC au Conseil constitutionnel. Pour convaincre le Conseil d’Etat de la nécessité d’interroger la conformité de cette mesure législative à la Constitution, ils avaient soulevé plusieurs arguments :

1 L’inefficacité des objectifs de cette mesure de protéger l’ordre et la santé publics dès lors que cette répression favorise l’isolement et la clandestinité, les violences et les pratiques à risques pour les travailleur.se.s du sexe ;

2 L’impact d’une telle mesure sur la situation économique et sociale des TDS, renforçant leur précarité et les éloignant des services de prévention, de soins et d’accès aux droits ;

3 L’incohérence de la pénalisation de clients d’une activité pourtant considérée comme licite.

Le Conseil constitutionnel décidera dans les trois mois de censurer ou non cette mesure législative. Il lui appartient donc d’apprécier la cohérence des choix législatifs au regard des exigences constitutionnelles. Vaste sujet quand on sait que cette  loi va, non seulement à l’encontre des objectifs annoncés par le Gouvernement de protection des personnes mais que bien au contraire elle porte atteinte à la santé, la sécurité et les droits des travailleur.se.s du sexe.

PS.  Sur ce thème : « Travail du sexe: et si pour une fois on écoutait les personnes concernées ? » (Lucile Bellan) Slate.fr 12 novembre 2018

A demain

@jynau

1 Médecins du Monde ; Fédération parapluie rouge ; STRASS (Syndicat du travail sexuel) ; Les Amis du bus des femmes ; Cabiria ; Griselidis ; Paloma ; Aides ; Acceptess-t

Alerte officielle : le Viagra ne doit pas être utilisé contre le retard de croissance intra-utérin

Bonjour

Aux frontières de l’étrange, cette information officielle « destinée aux gynécologues, obstétriciens, pneumologues et cardiologues ». L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) prend soudainement les devants et révèle au grand jour une situation inconnue du plus grand nombre : l’interruption prématurée (sic) d’un essai clinique visant à étudier l’effet du sildénafil (principe actif du Viagra et assimilés) dans le traitement du retard de croissance intra-utérin (RCIU). La raison : « un nombre plus important de cas d’hypertension pulmonaire du nouveau-né (HTPN) et d’une augmentation de la mortalité néonatale observés dans le bras sildénafil de l’étude comparativement au groupe placebo ».

Une lettre vient d’être adressée aux professionnels concernés. Elle rappelle que le sildénafil est la substance active des médicaments Revatio et Viagra. Et que le Revatio et ses génériques sont indiqués dans le traitement de l’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) chez les adultes et les enfants âgés de 1 à 17 ans.

« Le résumé des caractéristiques du produit de Revatio indique qu’il ne doit pas être utilisé chez la femme enceinte sauf en cas d’extrême nécessité dans le cadre du traitement de l’HTAP. Viagra et ses génériques sont indiqués chez les hommes adultes présentant des troubles de l’érection. Ils ne sont pas indiqués chez les femmes. »

Cinquante formes différentes

Elle précise aussi que ‘étude néerlandaise du groupe d’études STRIDER (Sildenafil TheRapy In Dismal prognosis Early-onset intrauterine growth Restriction) est un essai clinique institutionnel indépendant. Dans cet essai, les femmes enceintes étaient randomisées en deux groupes : sildénafil ou placebo. Le sildénafil était administré à raison de 25 mg trois fois par jour en traitement d’un retard de croissance intra-utérin sévère. La dose utilisée dans cette étude était supérieure aux doses recommandées pour Viagra et Revatio.

«  Cette étude était l’une des cinq  études indépendantes conduites dans le cadre d’un consortium international ayant pour objectif l’évaluation de l’effet du sildénafil dans cette indication hors AMM. Pfizer n’était pas le promoteur de ces études. Cette étude néerlandaise a été interrompue prématurément en raison d’un signal de sécurité rapporté chez les nouveau-nés du groupe traités par sildénafil. »

L’analyse intermédiaire réalisée par les investigateurs a mis en évidence un déséquilibre entre les deux groupes de traitement en termes d’augmentation des cas d’hypertension pulmonaire du nouveau-né (HTPN) (sildénafil 17/64 (26,6 %), placebo 3/58 (5,2 %)) et de la mortalité néonatale avant la sortie de l’hôpital (sildénafil 19/71 (26,8 %), placebo 9/63 (14,3 %)). Les résultats détaillés de cette analyse intermédiaire ne sont pas encore disponibles et une analyse par le comité scientifique de suivi des études STRIDER est en cours.

Aujourd’hui, en France, le Viagra/sildénafil/Revatio est commercialisé par dix firmes pharmaceutiques sous cinquante formes différentes.

A demain

@jynau

 

 

Suspicions d’agressions sexuelles : à Rouen et à Gien, deux jeunes prêtres  se sont suicidés 

Bonjour

Troublante coïncidence. On évoquera, au choix, l’époque ou fatalité. On se bornera aux faits, ceux rapportés par l’AFP.

Il y a quelques jours, à Gien (Loiret), le père Pierre-Yves Fumery, 38 ans a été retrouvé pendu dans son presbytère. Il  était visé par une enquête préliminaire pour « suspicion d’agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans ». L’information a été donnée le 22 octobre à la fois auprès du diocèse d’Orléans et du parquet de Montargis. Le corps du père Pierre-Yves Fumery avait été découvert le samedi 20 octobre. « C’est un moment d’épreuve tragique et de souffrance », a déclaré devant la presse l’évêque d’Orléans, Mgr Jacques Blaquart.

 Selon Mgr Blaquart des paroissiens bien intentionnés avaient alerté la cellule « d’écoute des blessures » du diocèse le 7 septembre. Ils auraient, selon lui, été témoins de « comportements inappropriés envers des adolescents de 13-14 ans », notamment une « proximité physique », un « comportement pas ajusté avec une jeune fille qu’il a prise dans ses bras et raccompagnée plusieurs fois en voiture ».

Aucun des gestes mentionnés n’obligeait à saisir la justice, a toutefois précisé l’évêque. Il avait demandé au père Fumery de « prendre du recul et de se faire accompagner, de quitter Gien quelque temps ». Ce qu’a fait l’intéressé. Contacté par un correspondant de l’AFP le procureur de Montargis, Loïc Abrial, a confirmé qu’une enquête préliminaire pour « suspicion d’agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans » avait été ouverte le 21 septembre à la suite à d’« informations préoccupantes ».

« Le 8 octobre, il est revenu à Gien avec mon accord, mais n’a pas repris ses activités normales », a encore indiqué Mgr Blaquart. « Plusieurs auditions ont eu lieu (…) et le prêtre a été entendu le 15 octobre en qualité de témoin », en l’absence d’infraction pénale matérialisée, précise le magistrat. Il s’est pendu peu après.

« Désirer la femme d’autrui »

Un mois plus tôt, à Rouen, le prêtre Jean-Baptiste Sèbe, 38 ans, se suicidait dans une église de la ville après – avoir été accusé d’agression sexuelle et de comportement indécent. Aucune plainte n’avait été déposée contre lui. Ce jeune prêtre  était décrit comme « droit, généreux », apprécié des fidèles – et ce même s’il n’était pas « conventionnel ». Il faisait l’objet d’une dénonciation de la part d’une femme qui l’accusait de comportements indécents et d’agression sexuelle sur sa fille majeure – des faits remontant, selon elle, à au moins deux ans.

Lors d’une conférence de presse l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, a rappelé l’existence d’une « plainte à l’autorité diocésaine d’une maman disant que sa fille lui avait dit que le père Jean-Baptiste Sèbe avait eu, il y a deux ou trois ans, des gestes inappropriés envers elle. Cette dernière était majeure à l’époque des faits allégués. » L’archevêque avait convoqué le prêtre pour qu’il s’explique sur ces accusations. « Il a avoué une conduite inconvenante à l’égard de cette jeune fille. Nous avons échangé et convenu ensemble qu’il s’agissait d’imprudence dans la relation avec cette femme comme cela arrive à un certain nombre d’hommes ou de femmes », a-t-il poursuivi indiquant « qu’il n’y avait pas eu, par la suite, d’autres rencontres avec cette fille ». C’était la veille du suicide.

« Je me confesse tous les mois, a précisé l’archevêque. Moi aussi il m’arrive de mentir, moi aussi, parfois, je désire la femme d’autrui. Je suis archevêque de Rouen mais je ne suis qu’un homme ». Selon lui, « aucun signe ne pouvait laisser prévoir un tel geste de la part du père Jean-Baptiste Sèbe », faisant référence à son suicide. « Nous sommes dans l’incompréhension d’un tel geste même si je savais qu’il connaissait un moment difficile », avait-il écrit dans un courrier adressé mardi à l’ensemble des prêtres du diocèse.

Interrogé pour savoir s’il avait saisi l’autorité judiciaire après avoir recueilli les aveux du prêtre, Mgr Lebrun a expliqué : « C’était une majeure. Il n’y avait pas d’obligation de signalement. » « Le vicaire général avait invité la plaignante à porter plainte si elle considérait que c’était une agression », a-t-il ajouté. Jean-Baptiste Sèbe avait été ordonné prêtre en 2005.

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@jynau

 

« PMA » : l’interdire aux lesbiennes n’est nullement contraire à l’égalité devant la loi

Bonjour

Rien ne va plus au plus haut sommet de l’Etat. En marge de « l’affaire Collomb » (le départ précipité du ministre de l’Intérieur, désormais en froid avec le président de la République) voici une décision de droit qui réduit à néant l’un des arguments le plus souvent avancé par les partisans de la « PMA pour toutes » – une mesure officiellement soutenue par le président de la République ainsi que par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé.

Refuser d’accorder l’accès à une procréation médicalement assistée à deux lesbiennes n’est pas contraire au principe d’égalité devant la loi, estime le Conseil d’Etat dans une décision rendue publique mardi 3 octobre par l’Agence France Presse. La plus haute juridiction administrative a ainsi, le 28 septembre  arrêté que :

« La différence de traitement (…) entre les couples formés d’un homme et d’une femme et les couples de personnes de même sexe (…) n’est pas contraire au principe d’égalité. »

Pour les juges du Palais Royal « le principe d’égalité ne s’oppose ni à ce que législateur règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu’il déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général ».

Le Conseil d’Etat avait, début de juillet, été saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par un couple de femmes. Le centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse leur avait refusé leur demande de PMA (insémination artificielle avec sperme de donneur) en avril. Ce couple (dont des problèmes d’infertilité avaient été médicalement diagnostiqués) estimait que la loi de bioéthique actuelle, qui réserve la PMA aux couples infertiles composés d’un homme et d’une femme en âge de procréer infertiles ou risquant de transmettre une maladie à l’enfant) « méconnaît le principe d’égalité devant la loi ».

Selon les deux lesbiennes, cette « différence de traitement entre les couples souffrant d’une infertilité médicalement diagnostiquée, selon qu’ils sont de même sexe ou de sexe différent », n’est pas justifiée. Or les sages du Conseil d’Etat estiment que tel n’est pas le cas.

Invraisemblable

« C’est une décision invraisemblable, a aussitôt déclaré à l’AFP Me Caroline Mécary, l’avocate du couple. C’était au Conseil constitutionnel de dire si la loi était discriminatoire ou non. » En refusant de lui transmettre cette QPC, « le Conseil d’Etat a outrepassé ses pouvoirs et s’est érigé en censeur » accuse l’avocate. A l’autre extrémité, Ludovine de la Rochère, présidente de « La Manif pour tous » s’est réjouie de cette décision qui exclut le recours aux arguments du camp opposé :

« Cette décision du Conseil d’Etat conforte la nécessité d’un report sur le sujet de la PMA sans père. Compte-tenu de l’engagement du président de la République de ne pas avancer en l’absence de consensus, ce débat ne peut être que reporté : il ne répond à aucune urgence ni aucune discrimination ou atteinte au principe d’égalité comme vient de le rappeler le Conseil d’Etat. Et les implications et conséquences d’une telle mesure – notamment le risque de marchandisation de l’humain, le détournement de la médecine et du système de santé…  –, reconnues par les Etats généraux de la bioéthique comme par toutes les instances, ne sauraient être mises de côté sans réflexion plus approfondie. »

Il faut ici rappeler que dans un rapport rendu en juillet sur la révision des lois de bioéthique, le Conseil d’Etat avait fort prudemment choisi ne pas prendre parti : « Rien n’impose au législateur d’ouvrir aux couples de femmes et aux femmes seules » l’accès à la procréation médicalement assistée, mais rien n’impose non plus le « statu quo », avaient estimé les juges experts dans la résolution des litiges. Ils reviennent aujourd’hui indirectement sur le sujet en compliquant un peu plus le travail à venir du gouvernement et du président – et en facilitant celui des évêques de France partis en croisade contre la « PMA pour toutes ».

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Cannabis : femelles exposées durant la gestation, sociabilité altérée de la descendance mâle

Bonjour

Voilà bien une étude (qui semble) avoir été paramétrée pour faire parler d’elle – à commencer sur les sites de la presse plus ou moins généraliste. Tombons dans le piège de ce prière d’insérer à nous adressé par le service de presse de l’Inserm.

Or donc une équipe franco-italo-américaine révèle au monde que l’exposition prénatale aux cannabinoïdes a des effets spécifiques au sexe sur les descendants adultes. Tout est dit dans « Sex-dependent effects of in utero cannabinoid exposure on cortical function ». L’essentiel du travail a été mené au sein de l’Institut de Neurobiologie de la Méditerranée. Les auteurs suggèrent que l’usage de cannabis pendant la grossesse peut entraîner chez les mâles une diminution de la sociabilité et un accroissement de l’excitabilité neuronale.

Olivier Manzoni, directeur de recherche Inserm responsable de l’étude à l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée et Directeur du Laboratoire International Associé Inserm-Indiana University, CannaLab :

« Comme les cannabinoïdes traversent le placenta, ils risquent d’interférer au cours du neurodéveloppement avec le signalement endocannabinoïde fœtal, qui est impliqué dans la régulation de divers processus (plasticité synaptique, l’appétit, la sensation de douleur) et dans la médiation des effets pharmacologiques du cannabis. Ces interférences pourraient alors, à leur tour, être à l’origine de graves déficiences sur le long terme. Toutefois, en dépit du nombre croissant de signalements concernant la consommation de cannabis en cours de grossesse, les conséquences à long terme d’une exposition prénatale aux cannabinoïdes restent mal comprises. »

Cortex préfrontal médial

Pour « améliorer les connaissances dans ce domaine », les chercheurs travaillant à Marseille, à l’Université de Rome et de l’Indiana University ont cherché à comprendre comment l’exposition prénatale aux cannabinoïdes influençait les fonctions synaptiques et comportementales du cortex préfrontal médial – l’une des régions du cerveau souvent impliquée dans les troubles neuropsychiatriques – chez les rats adultes, mâles et femelles.

Résultats : « les rats mâles exposés in utero aux cannabinoïdes étaient moins sociables que les animaux normaux et passaient moins de temps à interagir avec leurs congénères. Leurs comportements sociaux (interactions et jeux) étaient altérés, alors que le nombre d’attaques entre mâles demeurait inchangé. »

Anissa Bara, doctorante, et co-première auteure :

« Les effets délétères de l’exposition prénatale aux cannabinoïdes sur le comportement social étaient spécifiques aux descendants mâles uniquement. Toutefois, si l’interaction sociale était spécifiquement altérée chez les mâles, les fonctions locomotrices, l’anxiété et la cognition restaient identiques chez les rats mâles et femelles, suggérant des conséquences comportementales spécifiques au sexe. »

Espoir thérapeutique ?

Ce n’est pas tout : les résultats ont également révélé que l’expression du gène mGlu5 (un effecteur du système endocannabinoïde dans le cortex préfrontal) était réduite chez les mâles exposés in utero aux cannabinoides. Les chercheurs ont aussi découvert que l’amplification de la signalisation via mGlu5 « pourrait permettre de normaliser, en partie, les anomalies synaptiques et comportementales induites par l’exposition prénatale aux cannabinoïdes via une activation des récepteurs cannabinoïdes de type 1 (CB1R). »  « De même, des tests ultérieurs ont également permis de mettre en évidence que l’augmentation du taux d’anandamide (un type d’endocannabinoïde) chez les mâles exposés permettait de restaurer des comportements sociaux normaux via le récepteur CB1R » ajoute l’Inserm

« Dans leur ensemble, ces résultats prouvent sans équivoque les effets spécifiques au sexe d’une exposition prénatale aux cannabinoïdes, conclut la co-première auteure Antonia Manduca. Le fait que l’amplification de la signalisation mGlu5 et l’augmentation du taux d’anandamide permettent d’inverser, chez le rat, les effets négatifs d’une exposition précoce laissent également entrevoir la possibilité d’une nouvelle stratégie pharmacologique qui pourrait un jour faire l’objet d’essais chez l’homme ».

Et chez la femme ?

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Androcur® : le risque de méningiome augmente avec la durée du traitement. Que faire ?

Bonjour

C’est une alerte doublée d’une équation sans solution. L’affaire est parfaitement exposée sur le site de l’Agence nationale de sécuriré du médicament (ANSM).

Soit l’Androcur® présent sur le marché français depuis près de quarante ans (également commercialisé sous le nom générique d’acétate de cyprotérone). Ce médicament est un dérivé de la progestérone ayant des propriétés anti-androgéniques. Deux présentations :

Androcur® (comprimés à 50 mg) est indiqués chez la femme, dans le traitement de certaines maladies hormonales se manifestant par une augmentation du système pileux (hirsutisme). Chez l’homme, ce médicament est préconisé dans certaines formes de cancer de la prostate.

Androcur® (comprimés à 100 mg) peut notamment être indiqué dans la « réduction  des pulsions sexuelles dans les paraphilies en association à une prise en charge psychothérapeutique ».

On sait depuis près de dix ans que ce médicament peut ne pas être sans risque. « Depuis 2009, l’acétate de cyprotérone fait l’objet d’une surveillance particulière suite au signal émis par la France au niveau européen sur le risque d’apparition de méningiome 1. L’évaluation de ce signal par l’Agence européenne des médicaments (EMA) a conduit à faire figurer ce risque dans la notice du médicament en 2011 » rappelle l’ANSM.

Le méningiome est une tumeur, le plus souvent bénigne, qui se développe à partir des membranes qui enveloppent le cerveau et la moelle épinière (les méninges).

Etude réalisée auprès de 250 000 femmes

C’est ainsi qu’à partir de 2011 la notice du médicament a été modifiée de manière à faire figurer une contre-indication en cas d’« existence ou antécédents de méningiomes » ; une mise en garde précisant que « des cas de méningiomes (simples et multiples) avaient été rapportés en cas d’utilisation prolongée (plusieurs années) Androcur® à des doses de 25 mg et plus par jour.

Pouvait-on en savoir plus ? « Pour préciser la relation entre la prise du médicament et le risque de méningiome, l’Assurance maladie a mené une étude pharmaco-épidémiologique », explique l’ANSM. Cette étude a été menée en coopération avec le service de neurochirurgie de l’hôpital Lariboisière et réalisée auprès de 250 000 femmes exposées au cyprotérone, en comparant celles qui ont reçu de fortes doses (plus de 3 g sur six mois  puis poursuite du traitement) à celles faiblement exposée (moins de 3 g sur six mois, puis arrêt du traitement). La survenue d’un méningiome chez ces femmes a donc été surveillée pendant sept ans.

Conclusion : « les résultats de cette étude suggèrent que le risque de méningiome est multiplié par 7 pour les femmes traitées par de fortes doses sur une longue période (plus de 6 mois) et par 20 après cinq années de traitement. » Les résultats complets seront disponibles « ultérieurement ».

Que faire ?  Au regard de ces nouvelles données l’ANSM a décidé de créer un comité scientifique spécialisé temporaire composé d’endocrinologues, endocrinologue-pédiatres, gynécologues, neurochirurgiens et dermatologues. Objectif : discuter des conditions d’utilisation et de prescription de ces médicaments afin de limiter ce risque. Les recommandations seront discutées lors d’une prochaine réunion de ce comité.

En pratique, pour toute question, les patients concernés « sont invités à se rapprocher de leur médecin ou de leur pharmacien ». « Ils ne doivent en aucun cas arrêter leur traitement sans l’avis d’un médecin ». L’équation trouvera-t-elle sa solution ?

A demain

1 La question avait initialement fait l’objet d’une publication scientifique en 2008 (« Does cyproterone acetate promote multiple meningiomas ? ») signée par un groupe de neuro-chirurgiens et de médecins dirigé par le Pr Jean-Louis Schlienger (CHU de Strasbourg).

 

Homosexualité à traiter par la psychiatrie : le pape François irresponsable ou coupable ?

Bonjour

La démonstration vient d’en être faite par le pape François : il est désormais possible de faire le buzz depuis un aéroplane. A un journaliste qui, dans son avion, lui demandait ce qu’il répondrait à des parents découvrant les orientations homosexuelles de leur enfant, le souverain pontife a répondu qu’« il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses ». Plus précisément :

« Je leur dirais premièrement de prier, ne pas condamner, dialoguer, comprendre, donner une place au fils ou à la fille. Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après vingt ans. Je ne dirai jamais que le silence est un remède. Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. »

Ceci fut dit entre Ciel et Terre, le 26 août 2018, entre Dublin et Rome. Acté par des journalistes qui, statistiquement, ne peuvent tous être mécréants. Des mots qui, depuis quelques heures, alimentent le subconscient des infernaux réseaux sociaux internationaux. Dans ce ciel mêlé, au grand jour français : les associations tricolores de défense des droits LGBT (lesbiennes, gays, bi, trans). Elles viennent de dénoncer des propos papaux « irresponsables ».

Où l’on en revient au gouffre, religieux et républicain, séparant la responsabilité assumée de la culpabilité auto-refusée (Georgina Dufoix – affaires du sang contaminé).

Et les LGBT de rappeler, fort justement et avec le soutien de l’AFP, que l’homosexualité ne figure plus sur la liste des maladies mentales de l’OMS. Depuis longtemps ? Pas vraiment…  Depuis 1990. Pour Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT, les propos du pape « renvoient à l’idée que l’homosexualité est une maladie. Or, s’il y a une maladie, c’est cette homophobie ancrée dans la société qui persécute les personnes LGBT ».

Soigner sans savoir

Clémence :  « Ces paroles sont choquantes car elles ciblent les enfants. Des études ont démontré que le risque de suicide était plus élevé que la moyenne chez les jeunes LGBT ». « Graves et irresponsables ces propos incitent à la haine des personnes LGBT dans nos sociétés déjà marquées par des niveaux élevés d’homophobie et de transphobie », a par ailleurs réagi #SOS Homophobie.

 « J’aimerais que le pape François n’utilise pas les homosexuels pour qu’on cesse de parler des prêtres pédophiles », commente encore Catherine Michaud, présidente de GayLib, mouvement LGBT de centre droit, qualifiant les mots papaux « d’irresponsables, outranciers et homophobes ». Quant à l’Association des familles homoparentales :

« Il est très étonnant d’entendre régulièrement des conseils et des jugements moraux de l’Eglise au sein de laquelle certaines personnes sont incapables de dénoncer des actes pédo-criminels commis par des prêtres, qui devraient être les premiers à bénéficier de soins psychiatriques ».

On attend désormais la lecture des propos papaux par les servants de la pratique psychiatrique. Une discipline que l’on espère, loin du Vatican, sinon athée, du moins solidement agnostique – à des fins thérapeutiques.

A demain