Drogues et sexualité à haut risque chez les gays : alerte rouge au « chemsex » dans Libé

 

Bonjour

Quarante ans plus tard. On trouvera dans le Libération de ce 14 juin 2017 un (remarquable) dossier, une « alerte sanitaire chez les gays » (Florian Bardou). L’affaire à un sigle : « chemsex ». « Cette pratique à risques où le sexe est associé à la prise de drogues – GHB, méthamphétamines ou cathinones, etc. s’est démocratisée depuis une dizaine d’années avec l’apparition des applications de rencontres gays géolocalisées comme Grindr ou Scruff, et de nouveaux produits de synthèse accessibles à bas coût sur Internet, explique le quotidien de Jean-Paul Sartre. Elle procure, selon ceux qui la pratiquent, un plaisir sexuel plus important et plus intense. »

Libé ouvre ses colonnes à Aurélien Beaucamp, président de Aides : « Ne regardons pas les hommes tomber » :

« La commercialisation à bas coût et sur Internet des nouvelles drogues de synthèse a ouvert pour les gays une ère de consommation, souvent dans le cadre de marathons sexuels, aussi appelés «chemsex» (pour chemical sex). Les situations de décrochage social et d’overdoses liés à cet usage de drogues se sont accrues ces dernières années, illustrées par les annonces fréquentes de perte de travail ou de décès aussi soudains que prématurés. Il s’agit bel et bien d’une crise sanitaire.

« Qu’elles soient le fruit d’une recherche de plaisir, de performance, de l’absence de perspective ou de l’expression d’un mal-être et de la solitude, peu nous importe dans l’immédiat. Notre communauté devra regarder ses démons en face mais, d’ici là, il est urgent de développer une prise en charge adaptée et spécifique. Il s’agit bien entendu de réduire les risques d’overdose, de contamination au VIH et à l’hépatite C. Surtout, il faut offrir un accompagnement communautaire, combiné à une prise en charge médico-psychologique. En effet, c’est le rejet, l’injonction de soins et une prise en charge médicale inadaptée qui sont souvent les seules réponses aujourd’hui apportées (…). »

Mollet droit devenu zone érogène

Quarante ans plus tard. La parole est aussi donnée au Dr Philippe Batel, coprésident du comité scientifique de SOS Addictions. Il faut lire le texte de ce spécialiste qui œuvra longtemps à l’hôpital Beaujon avant de rejoindre un établissement privé (qu’il vient de quitter). Il explique que « chemsex » se dit aussi  «PNP» (Party and Play), «plan planant», «plan def», «plan sous chems», «plan slam»… Selon lui tout ces mots désignent « une forme hardcore, fixée et sous-communautaire d’un comportement vieux comme le monde : « performer» sa sexualité avec des produits «aidants» ou censés aider ».

Hier l’alcool, les poppers et l’alcool, la cocaïne et l’ecstasy. Aujourd’hui la méthamphétamine – le crystal -, la kétamine ou le GHB. Puis les « cathinones » qui semblent avoir boosté l’usage du chemsex en le généralisant bien au-delà des pratiques fétichistes où il était initialement confiné. Il s’agit ici de drogues de synthèses décuplant les effets du cathinone, principe actif du khat, plante naturelle au pouvoir désinhibiteur mâchée autour de la péninsule arabique.

« Les cathinones présentent généralement deux types d’effets attractifs pour le sexe, bien que subjectifs et inconstants, explique à Libé le Dr Batel.  D’abord, elles sont ‘’empathogènes’’ : ‘’Tout le monde m’aime et j’aime tout le monde’’ – c’est la caricature du clubber sous ecstasy des années 90. Mais elles sont aussi ‘’entactogènes’’ : elles produisent un effet particulièrement agréable du contact physique, proche d’une hallucination cénesthésique sur la peau. Un des partenaires va par exemple effleurer une partie non génitale de l’autre sujet et celui-ci va découvrir que son mollet droit est une zone très érogène. En gros, en plus d’une augmentation du désir sexuel et de la levée des inhibitions que l’on retrouve avec les produits que vous avez cités, les patients décrivent une intimité confiante rapidement obtenue, une augmentation des sensations de plaisir, mais très souvent aussi une insatiabilité sexuelle. »

Moins de 10 euros le gramme

L’offre répond amplement à la demande, quand elle ne la stimule pas : internet, dark web via des sites qui ont des relais néerlandais pour des fabricants installés en Europe de l’Est et en Chine ; livraison en deux à huit jours selon le mode d’acheminement postal sélectionné. Moins de 10 euros le gramme de 3-MMC acheté en gros. Police inexistante, ou presque. Inhalation, ingestion « diluée de l’eau ou dans un ‘’parachute’’ – un baluchon de poudre confectionné avec du papier à cigarette et qu’on avale – elles peuvent aussi se prendre en intrarectal – ‘’booty-bump’’ – et enfin en injection intraveineuse : c’est la pratique dite du ‘’slam’’».

Quarante ans plus tard, les seringues. « Nous disposons de deux enquêtes françaises sur des patients séropositifs qui consultaient un service de maladies infectieuses, précise le Dr Batel. On observe chez eux une prévalence déclarative élevée du slam sur les six derniers mois – entre 4 et 5 %. Si on regarde les expérimentateurs c’est-à-dire ceux qui ont déjà essayé une fois, on est autour de 7 à 8 %. » Risques infectieux potentialisés avec des rapports non protégés mais aussi troubles psychiatriques (attaques de panique, accès maniaques, replis autistiques, bouffées délirantes aiguës, passages à l’acte auto ou hétéro-agressifs), insuffisances rénales aiguës, rhabdomyolyses, infarctus du myocarde, AVC, troubles dépressifs, syndromes paranoïaques, un isolement social, addiction sexuelle induite.

Directeur général de l’AP-HP

Il ajoute : « Dans les années 1980, les gays ne mouraient pas du sida mais de ‘’pneumonie’’. En 2017, ils ne meurent pas du chemsex mais ‘’d’arrêt cardiaque’’. Si je comprends cette pudeur, il y a un déni dans la communauté gay sur les dangers du chemsex. ».

Selon lui le phénomène est hors contrôle dans certaines métropoles aux Etats-Unis. En Europe, un épicentre majeur à Londres a conduit les autorités, la communauté gay et les associations à mettre en place un plan ambitieux, qui commence à porter ses fruits. Berlin, Bruxelles, Barcelone sont en train de s’organiser. Et en France ? « Avec Aides, le 190, les CoreVIH, le Réseau de prévention des addictions (Respadd), les Services des maladies infectieuses et tropicales (Smit) et les services d’addictologie de l’AP-HP nous avons mis en place un réseau informel, explique le Dr Batel. Mon sentiment est qu’il faut aller plus loin. Créer au plus vite un dispositif inspiré du modèle londonien. Une coordination allant d’une prévention de terrain à des centres spécifiques d’évaluations et de soins avec un hôpital de jour et de week-end et une articulation avec des soins de suite et de réadaptation (SSR). L’AP-HP devrait jouer un rôle central et expérimental dans ce dispositif. »

Quarante ans plus tard, le directeur général de l’AP-HP est-il abonné à Libé ?

A demain

 

La Cour de cassation confrontée à la neutralité de la sexualité. Que dira le droit français ?

Bonjour

L’affaire avait commencé en octobre 2015 avec une révélation de « 20 minutes ».  On apprenait qu’un magistrat du tribunal de grande instance de Tours (Indre-et-Loire) avait, le 20 août de la même année, ordonné à l’état civil de la mairie de cette ville de modifier l’acte de naissance d’une personne intersexuée mais enregistrée comme étant de sexe masculin – modifier pour y apposer la mention « sexe neutre ». Pour la première fois une juridiction française avait autorisé une personne, âgée de 64 ans, à sortir du système binaire masculin/féminin en ordonnant à un officier d’état civil de modifier son acte de naissance pour y faire figurer la mention sexe neutre. Une décision contraire à la loi 1.

Née, selon son médecin, avec un « vagin rudimentaire », un « micropénis » (mais pas de testicules) cette personne expliquait souffrir d’avoir été mise dans la « case masculine » dès sa naissance. « A l’adolescence, j’ai compris que je n’étais pas un garçon. Je n’avais pas de barbe, mes muscles ne se renforçaient pas… », avait-elle confié au quotidien gratuit.  Redoutant « que cette requête renvoie à un débat de société générant la reconnaissance d’un troisième genre » le parquet de Tours avait fait appel du jugement,

Et dans un arrêt rendu lundi 21 mars 2016, les magistrats de la cour d’appel d’Orléans sont revenus sur la décision du juge de Tours, estimant qu’«admettre la requête de monsieur X reviendrait à reconnaître, sous couvert d’une simple rectification d’état civil, l’existence d’une autre catégorie sexuelle ».

Le cas fut alors porté devant la Cour de cassation. Mardi 21 mars cette dernière a auditionné l’avocat de celui que la justice considère toujours comme une personne de sexe masculin. Et c rendra son arrêt le 4 mai. Dans l’attente l’affaire, ainsi que les innombrables questions de tous ordres qu’elle soulève, ont été longuement abordés dans différents médias.

Toutes ces questions viennent également d’être traitées dans un travail sénatorial original : « Variations du développement sexuel : lever un tabou, lutter contre la stigmatisation et les exclusions ». Plus généralement on sent, ici, la nécessité de décrire une réalité jusqu’ici cantonnée au médical et au pathologique. Corollaire : on sent poindre la revendication d’un nouveau droit – une revendication radicale puisqu’elle entend définir, au-delà des deux genres, une neutralité.

Séparation des pouvoirs

Devant la Cour de cassation l’avocat du plaignant a dénoncé le « principe de la binarité, de la limitation du sexe à deux : homme ou femme », qui est « une typologie, un artifice, une construction intellectuelle ». « La nature n’est pas binaire. Je ne vois pas pourquoi, là où la nature n’est pas binaire, le droit le serait », a-t-il plaidé dans l’une de ces formules qu’affectionnent les avocats. Face à lui, le marbre de la loi. « La dualité sexuelle, bien que ne faisant pas l’objet d’une définition légale spécifique, fait bien l’objet d’une prise en compte juridique généralisée », a objecté l’avocat général Philippe Ingall-Montagner qui, sans surprise, a demandé le rejet du pourvoi.

Et l’avocat de la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français d’en appeler au règlement d’une question aussi fondamentale par le législateur. « Il y aurait trop d’incertitude à faire autrement. Créer une nouvelle catégorie de personne, c’est quelque chose qui excède l’office du juge », a-t-il tranché.

Où l’on se souviendra que, dans leur infinie sagesse, les plus puissants des magistrats français respectaient toujours, en mars 2017, le principe sacré de la séparation des pouvoirs.

A demain

1 L’article 57 du code civil dispose que « l’acte de naissance énoncera le jour, l’heure et le lieu de la naissance, le sexe de l’enfant, les prénoms qui lui seront donnés, le nom de famille, […] ainsi que les prénoms, noms, âges, professions et domiciles des père et mère ». Si cet article n’impose pas de mentionner les sexes « féminin » ou « masculin », une circulaire du 28 octobre 2011 précise que : « Lorsque le sexe d’un nouveau-né est incertain, il convient d’éviter de porter l’indication ‘de sexe indéterminé’ dans son acte de naissance » et d’indiquer « le sexe qui apparaît le plus probable » au médecin. S’agissant de la carte nationale d’identité, la circulaire du 10 janvier 2000 indique que « Le sexe qui est mentionné sur l’acte de naissance (article 57 du code civil) doit être indiqué par la lettre M (masculin) ou F (féminin) » sur la carte.

Syphilis en France : les accusations d’un spécialiste face à une épidémie qui s’épanouit

 

Bonjour

C’est une communication-accusation percutante que vient de faire, rue Bonaparte à Paris, le Dr Michel Janier. Il a rappelé qu’en France la syphilis est réapparue à la fin des années 1990 et qu’elle continue de progresser. Elle touche aujourd’hui, dans 90% des cas, des patients homosexuels masculins. « Les bonnes intentions dont se gargarisent les autorités de santé ne sont malheureusement pas suivies d’actions coordonnées et efficaces » a-t-il ajouté devant ses confrères de l’Académie nationale de médecine. Au contraire, plusieurs faits récents contribuent, selon lui, à « laisser s’épanouir l’épidémie du fait de décisions irresponsables ». Au total sa communication est une assez belle démonstration de l’incurie qui peut prévaloir dans le champ de la lutte contre les germes sexuellement transmissibles.

Le Dr Michel Janier ne manque pas d’autorité pour traiter de ce sujet. Professeur au Collège de médecine des Hôpitaux de Paris il exerce dans le centre clinique et biologique des MST de l’Hôpital Saint-Louis (AP-HP) et dans le service de dermatologie de l’Hôpital Saint-Joseph à Paris.

Co-infections par le VIH

Incurie ? « La déclaration obligatoire des syphilis a été supprimée en 2000 au moment même où les dermato-vénéréologues du groupe Maladies Sexuellement Transmissibles (MST) de la Société Française de Dermatologie (SFD) alertaient les autorités de santé sur sa réémergence épidémique chez les homosexuels masculins – HM » rappelle-t-il.  Un signal pour le moins maladroit, même si cette déclaration était notoirement non respectée.

Par la suite un réseau de surveillance a été mis en place par l’InVS (Institut National de veille sanitaire), réseau appelé RésIST pour réseau IST (Infections Sexuellement transmissibles). Il regroupe essentiellement des centres MST volontaires répartis sur le territoire. « Aussi imparfait soit-il ce réseau a le mérite d’exister et de donner des tendances épidémiologiques, note le Dr Janier. Depuis 2000 les cas de syphilis précoce ne cessent d’augmenter (1100 cas en 2014 à centres participant constants contre 700 en 2012), la très grande majorité des cas survenant chez des HM (83%) dont 34% sont co-infectés par le VIH. »

Or il faut désormais compter avec le manque criant de moyens accordés à l’InVS : les derniers résultats disponibles sont ceux de 2014… Qui s’en inquiète ? Qui, sous les ors ministériels, écoute le Dr Janier devant l’Académie :

« La situation est préoccupante. Les sujets les plus jeunes sont très mal informés sur les MST. Les HM  multi-partenaires  plus âgés sont souvent en revanche bien informés mais ont moins peur des MST, considèrent qu’elles peuvent toutes être facilement traitées et ont des conduites à risque dès lors qu’ils considèrent qu’ils se protègent contre le VIH (serosorting pour sélection de partenaires séro-concordants),  TAP (treatment as prevention), sexe oral, PREP (pre-exposure prophylaxis) et particulièrement en cas d’utilisation de drogues déshinibitrices (chemsex). Or la syphilis est une maladie potentiellement mortelle ou pouvant conduire à des accidents précoces très graves, en particulier neurologiques, oculaires et auditifs. Elle se transmet particulièrement bien par le sexe oral qui est exceptionnellement protégé. »

Fin de l’Extencilline®

Incurie ? On a d’abord décidé de supprimer de la nomenclature en mai 2015 la recherche du germe Treponema au microscope à fond noir sous prétexte que sa sensibilité était faible et que plus personne ne savait le faire… Certes mais les techniques modernes de recherche de Treponema pallidum, beaucoup plus sensibles, n’ont pas été inscrites à la nomenclature du fait de leur coût. Et les médecins n’ont plus  aucun examen direct à leur disposition.

Incurie ? Les Laboratoires Sanofi qui commercialisaient l’Extencilline ® ont décidé d’en interrompre la commercialisation en 2013. « C’est là est une géniale invention du pharmacien Lester Szabo qui après des années de travail avait réussi à synthétiser en 1951 un sel de pénicilline G insoluble permettant avec une seule injection intramusculaire d’obtenir un taux de pénicilline circulante et tissulaire suffisant pour traiter toutes les syphilis précoces, rappelle le Dr Janier.  Après une période  de carence totale, le relais a été pris par une pénicilline retard importée d’Italie (Sigmacillina®) qui moyennant un coût multiplié par dix a permis de sauver la situation au prix de contraintes insupportables : nécessité de faire deux injections, conservation au réfrigérateur et surtout dispense uniquement hospitalière ; tout cela en pleine épidémie de syphilis avec comme conséquence délétère  l’encouragement à pousser les médecins de ville à la prescription de traitements oraux moins efficaces mais plus faciles à manier. »

« Le sort semble s’acharner sur cette maladie historique qui avec de telles décisions devrait s’épanouir durablement dans notre pays, a conclu le Dr Janier. Et ceci sans même parler des nouvelles structures mises en place au 1er janvier 2016 (les CeGIDD… centres gratuits d’information de dépistage et de diagnostic du VIH et des IST) d’où les dermato-vénérologues ont été gentiment exclus ou satellisés au profit des acteurs de la ‘’santé sexuelle’’. »

A demain

Avortement et vie affective : le Pr Nisand dénonce la démission radicale de l’école laïque

Bonjour

Quarante ans après: , nouvelles passions, nouvelles insultes, nouvelles suspicions. Fronts contre fronts. Comment avancer ? En partie avec Israël Nisand. Il était, hier, en bas de page du Figaro. Il trône aujourd’hui dans La Croix. Le gynécologue-obstétricien du CHU de Strasbourg est le coauteur, en 2006, d’un rapport sur la prévention de l’IVG chez les mineures, le Pr Nisand dénonce l’absence d’information sur la vie affective dans les écoles et l’absence d’engagement des responsables politiques.

Tout à l’heure il le redira au journal de 13 heures de France Inter. Bâton de pèlerin hospitalo-universitaire il prêche dans le désert laïc. Qui l’écoute ? Qui l’entend ? Qui le comprend ?

Pornographie et religions

Au cœur des passions : la proposition de loi socialiste visant à « l’extension du délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse ». On comprend que ce n’est là qu’un prétexte à conflit idéologique. Le vrai sujet est ailleurs. Il est notamment dans le nombre pratiquement constant d’IVG pratiquées chaque année  en France (218 100 en 2015). Il faut ici écouter quelques instants le Pr Nisand dans La Croix :

« Il est impossible de faire baisser le nombre d’IVG sans une information adaptée de nos jeunes dans les écoles. Il existe une loi de 2001 qui prévoit, dès l’âge de 4 ans, de faire trois heures d’information sur la vie affective. Or cette loi n’est pas appliquée, sans que cela n’ait jamais fait réagir un seul ministre.

 « Tous font le même constat: les associations de parents d’élèves s’opposent à cette information, sous la pression d’un certain nombre de courants religieux. Et je regrette que l’Église se soit toujours opposée à ce que ce travail de sensibilisation soit fait. La conséquence est catastrophique. Car à l’arrivée, c’est bien souvent la pornographie qui fait ce travail d’information auprès des jeunes, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer.

 « La solution serait de mobiliser tous les professionnels de santé, médecins, infirmières, sages-femmes, pour créer des réseaux locaux qui iraient faire de l’information auprès des jeunes et faciliteraient l’accès à la contraception. »

Maladies vénériennes

 Tout est dit de nos maux : l’incurie pédagogique, le manquement à la loi, le développement de la pornographie comme substitut au travail « ducatif des citoyens adultes. C’est là une accusation d’une particulière gravité. C’est aussi une démission de la laïcité. On s’étripe sur les fantasmagories du burkini, on laisse les écrans allumés, on n’informe pas sur la vie affective, ses substrats biologiques et organiques, ses innombrables dimensions psychologiques.

Historiquement « l’éducation à la sexualité » a fait son entrée dans les lycées français en 1973 – il s’agissait alors d’un enseignement facultatif, axé sur la contraception et les maladies vénériennes. Aujourd’hui l’éducation à la sexualité en milieu scolaire est (officiellement) obligatoire. La loi Aubry du 4 juillet 2001 prévoit ainsi trois séances annuelles d’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées :

« Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène. Ces séances présentent une vision égalitaire des relations entre les femmes et les hommes. Elles contribuent à l’apprentissage du respect dû au corps humain. Elles peuvent associer les personnels contribuant à la mission de santé scolaire (…) »

Education du citoyen

 Tout est écrit, détaillé à l’extrême dans une circulaire du 17 février 2003 signée Jean-Paul de Gaudemar, directeur de l’enseignement scolaire : « L’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées ». C’est un très beau texte. Il commence ainsi :

« L’évolution des mentalités, des comportements, du contexte social, juridique et médiatique dans le domaine de la sexualité, ainsi que des connaissances scientifiques liées à la maîtrise de la reproduction humaine a conduit les pouvoirs publics à développer l’éducation à la sexualité en milieu scolaire comme une composante essentielle de la construction de la personne et de l’éducation du citoyen. 

« Dans le cadre de sa mission d’éducation et en complément du rôle de premier plan joué par les familles, l’école a une part de responsabilité à l’égard de la santé des élèves et de la préparation à leur future vie d’adulte : l’éducation à la sexualité contribue de manière spécifique à cette formation dans sa dimension individuelle comme dans son inscription sociale. 

Infections sexuelles et transmissibles

« Cette démarche est d’autant plus importante qu’elle est à la fois constitutive d’une politique nationale de prévention et de réduction des risques – grossesses précoces non désirées, infections sexuellement transmissibles, VIH/ sida – et légitimée par la protection des jeunes vis-à-vis des violences ou de l’exploitation sexuelles, de la pornographie ou encore par la lutte contre les préjugés sexistes ou homophobes.

 « L’éducation à la sexualité à l’école est inséparable des connaissances biologiques sur le développement et le fonctionnement du corps humain, mais elle intègre tout autant, sinon plus, une réflexion sur les dimensions psychologiques, affectives, sociales, culturelles et éthiques. Elle doit ainsi permettre d’approcher, dans leur complexité et leur diversité, les situations vécues par les hommes et les femmes dans les relations interpersonnelles, familiales, sociales. »

C’est un très beau texte citoyen, laïque et républicain. Il est âgé de 13 ans. L’actuelle ministre de l’Education le connaît-elle ?

A demain

Avez-vous une idée de la fréquence des viols perpétrés en France ? Si non, L’INED vous répond

Bonjour

Jadis on ne posait jamais des questions comme celle-là : « Quelle aujourd’hui est la fréquence des viols et autres agressions sexuelles en France ? » « Dans quels contextes et à quels âges des femmes et des hommes sont-ils agressés sexuellement ? L’enquête « Violences et rapports de genre » (Virage), réalisée en 2015 par neuf chercheuses de l’Institut national d’études démographiques (INED) y répond. C’est là un tableau particulièrement inquiétant résultant des interrogatoires  d’un « vaste échantillon représentatif de la population âgée de 20 à 69 ans ».

« L’analyse de leurs déclarations permet de décrire en détail les violences sexuelles dont sont victimes les femmes et les hommes » assure l’INED :

Femmes âgées

« Les femmes rapportent des viols et des agressions sexuelles dans des proportions très supérieures à celles des hommes. D’après l’enquête Virage, 580 000 femmes (2,9 %) et 197 000 hommes (1,0 %) âgés de 20 à 69 ans sont victimes chaque année d’au moins une agression sexuelle, dont respectivement 62 000 femmes et 2 700 hommes  d’au moins un viol ou une tentative de viol (soit 1 femme sur 320 et 1 homme sur 10 000).

« Les agressions sexuelles – y compris les viols et tentatives de viol – au cours de l’année écoulée sont rapportées plus fréquemment aux jeunes âges : entre 20 et 34 ans, elles concernent une femme sur vingt, soit cinq fois plus qu’entre 50 et 69 ans. Toutefois, les femmes les plus âgées n’échappent pas aux violences : 1 % d’entre elles rapportent au moins un fait au cours des douze derniers mois. »

Viols de garçons avant 15 ans

L’analyse des agressions subies au cours de la vie laisse penser qu’une femme sur sept (14,5 %) et un homme sur vingt-cinq (3,9 %) ont, dans la France d’aujourd’hui, vécu au moins une forme d’agression sexuelle (hors harcèlement et exhibitionnisme).

En pratique c’est au sein de « l’espace privé », (dans les relations avec la famille, les proches, les conjoints et ex-conjoints, y compris les « petits amis ») que se produisent l’essentiel des viols et des tentatives de viol. Parmi les femmes victimes trois sur quatre ont été agressées dans ce cadre.

« La famille et l’entourage proche constituent un espace majeur de victimation : 5 % des femmes y ont subi au moins une agression depuis leur enfance et 1,6 % au moins un viol ou une tentative de viol. Ces violences se produisent principalement aux jeunes âges : 82 % des viols et des tentatives de viol subis dans la famille débutent ainsi avant les 15 ans de la victime. C’est également l’espace où les hommes déclarent le plus de viols et de tentatives de viol, qui débutent avant 15 ans dans près de 9 cas sur 10. »

Réduction des risques ?

A ne pas oublier : les violences dans le cadre des relations conjugales s’ajoutent aux violences subies dans la famille dès l’enfance et l’adolescence. Il en va de même pour les agressions sexuelles vécues tout au long de la vie dans le milieu du travail comme dans les espaces publics.

Reste, au-delà du malaise né de cette géographie chiffrée, les autres grandes questions : pourquoi en vient-on à agresser sexuellement autrui, pourquoi tente-t-on de le violer, pourquoi le viole-t-on ? Qui songe, au-delà des chiffres, à la prévention ? Peut-on imaginer, ici aussi, une politique de réduction des risques sexuels ? On ne pose jamais de  questions comme celles-ci. Pourquoi ?

A demain

1 Auteures : Christelle Hamel, Alice Debauche, Elizabeth Brown, Amandine Lebugle, Tania Lejbowicz, Magali Mazuy, Amélie Charruault, Sylvie Cromer et Justine Dupuis

 

Sida : le mythe du « patient zéro » Gaëtan Dugas peut (enfin) voler définitivement en éclats

 

Bonjour

« Ah, la légende du patient « zéro »… ! Combien de fois avons nous colporté cette croyance, à nos externes ou internes, en conférence ou à nos proches … Je crois même me souvenir que Mirko Dražen  Grmek, dans son « Histoire du sida » (1989) l’avalisa…. La légende s’écroule …? Tant mieux… C’est bien pour la mémoire du steward… c’est bien pour Air Canada …et c’est essentiel pour l’Histoire du sida… »

C’est un ancien interniste de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris qui parle.  Le Dr William Lowenstein résume à merveille la leçon qui nous reste collectivement à tirer d’une formidable publication de Nature du 26 octobre 2016.  Un travail de génétique posthume mené par une équipe de l’Université de l’Arizona et des chercheurs de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni). Les auteurs ont travaillé à partir du matériel génétique dégradé du VIH de huit échantillons sanguins vieux de près de 40 ans (1978-1979).

Remontons dans notre temps. Le début des années 1980, une nouvelle maladie « venue des Etats-Unis »… une épidémie… le « cancer des homosexuels »… les « quatre H »… et bientôt les « sidaïques »… les frayeurs ancestrales revisitées… Puis, sur l’autre face, le lent décryptage de la raison raisonnante… la volonté de comprendre… la puissance du hasard et de la virologie … le travail parisien mené autour du Pr Luc Montagnier…  La découverte du LAV-VIH ne changea pourtant rien à certaines affaires, bien au contraire… A commencer par l’affaire « Gaëtan Dugas ».

La messe était presque dite

Il restera à comprendre l’enchaînement des raisons (peu glorieuses) qui firent naître la légende, le mythe du « patient zéro », cette confusion entre un « cas index » et le « premier cas ‘’Out of Calfornia’’ ». Il y eut ensuite, pour solidifier le tout, ‘’And the Band Played On: Politics, People and the Aids Epidemic’’ du journaliste Randy Shilts. Nous étions en 1987 et cet ouvrage qui entendait retracer les premiers temps de l’épidémie du sida aux Etats-Unis fut amplement salué. Un best-seller. En 1988 son auteur remportait le prix Stonewall, qui récompense des livres dont les thématiques concernent la communauté LGBT.  La messe était dite. Ou presque.

Cold case. C’était donc compter sans les progrès considérables à venir de la biologie moléculaire et la mémoire glacée des échantillons biologiques. Au début des années 2010 il fut établi que le virus du sida avait émergé en Afrique noire environ un siècle plus tôt. En mars 2016, comme le rapporta Slate.fr (Emeline Amétis), une publication établit que que Gaëtan Dugas n’était pas le-steward-homosexuel-d’Air Canada- qui-a-importé-le sida-aux Etats-Unis. C’était, dans Science, « ‘Patient Zero’ no more » de notre confrère Jon Cohen.

Injustement villipendé

 Tout est aujourd’hui scientifiquement décrypté dans Nature. Et repris dans Le Journal de Montréal :

« L’agent de bord québécois Gaëtan Dugas, surnommé le «patient zéro», a été injustement accusé au milieu des années 1980 d’être le premier responsable de l’épidémie du sida aux États-Unis, confirme une étude publiée mercredi. Le virus, responsable d’un total de quelque 650 000 morts aux États-Unis, a fait un «saut» des Caraïbes à New York vers 1970, devenue la plaque tournante à partir de laquelle il s’est ensuite répandu, rapportent les chercheurs dans la revue scientifique Nature.

Vilipendé à titre posthume comme l’épicentre de l’épidémie américaine, Gaëtan Dugas n’était qu’une des nombreuses victimes de la maladie. Il a d’ailleurs fait des efforts pour aider les responsables de la santé à comprendre comment le sida s’était propagé en nommant des dizaines de ses nombreux partenaires sexuels avant sa mort en 1984, alors que d’autres ne pouvaient retrouver qu’une poignée de noms. La publication Nature qui devrait mettre fin au mythe popularisé dans le monde du «patient zéro» repose sur une solide analyse historique et génétique. »

La diabolisation et le Vatican

 Les auteurs de Nature n’ont trouvé ainsi «ni preuve biologique ni historique que le « patient zéro » ait été le premier cas aux États-Unis» « Dugas est l’un des patients les plus diabolisés dans l’histoire», constate Richard McKay (Cambridge), historien de la santé publique et l’un des deux principaux auteurs de l’étude. »

La génétique moléculaire ne nous dit pas comment on dédiabolise les patients. Pour les exorcistes il faut généralement s’adresser au Vatican. Un Vatican qui, en matière de sida et de préservatifs, tarde durablement à faire son immense mea culpa. Ayons confiance : c’est écrit, cela viendra.

A demain

 

PMA et homosexualité : les contorsions éthiques et politiques de Nathalie Kosciusko-Morizet

 

Bonjour

L’impression, tenace, que rien n’avance en France. Quand tout ne recule pas.

Dimanche 16 octobre. Deux ans après sa dernière manifestation d’envergure, le collectif « La Manif pour tous » est attendu dans la rue à Paris. Les militants conservateurs vont défiler à partir à 13 heures, de la porte Dauphine au Trocadéro. Ils vont, une nouvelle fois, réclamer l’abrogation de la loi Taubira et le mariage pour les personnes homosexuelles. Mot d’ordre  d’essence paradoxalement libertaire : « Ne plus subir ! ». « La Manif pour tous » prie pour que le contexte politique actuel favorise sa mobilisation. Qui sait ?

Aux antipodes de « La Manif pour tous » : les partisans de la PMA pour les couples de femmes homosexuelles. Généralement de gauche ils sont retombés sur terre. Depuis 2012 le président Hollande F. et ses gouvernements ont tout fait pour repousser l’examen même de cette équation. De fait c’est non : on en reste à la loi de bioéthique – la PMA demeure une thérapeutique de la stérilité des couples hétérosexuels. Même le Comité national d’éthique semble s’être plié à la volonté présidentielle.

Même statu quo à droite. A une exception près : Nathalie Kosciusko-Morizet, 43 ans (et un long parcours de femme politique).  Candidate baroque aux primaires de son camp il lui faut faire parler d’elle. Les femmes homosexuelles et leur désir de maternité sont un bon sujet.

Opinions en temps réels

C’était en juin dernier. Mme Kosciusko-Morizet (« NKM ») avait osé dire assez haut ce qu’elle pense désormais L’ancienne deuxième benjamine de l’Assemblée nationale, membre du groupe d’amitié France-Pologne, présidente du groupe d’études santé et environnement, vice-présidente des groupes d’études sur les pollutions industrielles historiques et les nuisances aéroportuaires, auteure de propositions de lois  relatives à la pollution lumineuse et aux frais bancaires, aujourd’hui députée de la quatrième circonscription de l’Essonne l’a enfin dit: elle est favorable à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples homosexuels.

NKM s’exprimait lors d’un rendez-vous de « suivi des opinions en temps réels » (sic) organisé en partenariat avec BVA, Salesforce, la presse régionale et Orange. La députée de l’Essonne était même allée plus loin dans ses nouvelles confidences : « Je suis favorable au mariage pour tous, je suis favorable à l’adoption par les couples homosexuels, je suis favorable à la PMA pour les couples homosexuels ». Cela donna ceci :

« Il faut aller plus loin aujourd’hui, accepter que la PMA soit autorisée non pas seulement pour les couples hétéro mais aussi pour les couples homo, parce que je ne vois pas au nom de quoi on autorise l’adoption par les couples homo et on n’autorise pas la PMA pour les couples de femmes. »

Au nom de quoi ?

Le 4 février 2013, interrogée par Libération à la veille du vote sur la loi Taubira elle déclarait : « Je m’abstiendrai. Ce n’est pas un refus de choisir, mais une abstention militante et engagée. A la fois mon accord pour l’union de deux personnes du même sexe, et ma détermination contre la porte ouverte à la GPA [gestation pour autrui, ndlr] et la PMA (…) Je refuse d’être prisonnière d’une alternative qui ne me convient pas : entre approuver une loi qui entraînera PMA et GPA, et refuser une loi contre l’union de deux personnes de même sexe, je m’abstiens. »

Trois ans plus tard volte-face. L’ancienne ministre (Fillon III) « ne voit pas au nom de quoi » la loi de bioéthique « n’autorise pas la PMA pour les couples de femmes ». Qui peut un instant imaginer qu’elle n’a pas connaissance des motifs qui ont conduit à l’adoption des différents textes de loi qui, depuis plus d’un quart de siècle, interdisent en France cet usage de la PMA ? Et quand NKM nous dira-t-elle pourquoi elle est la seule de tous les candidats de droite à établir une équivalence entre « l’adoption par les couples homos » et « la PMA pour les couples de femmes » ? Pour prendre date ? Parce qu’elle est la plus « moderne » ?

A demain