Perversité ou pas, le pédophile tourangeau restera emprisonné loin des Philippines

Bonjour

Loin du Flore et de la littérature, c’est une scène de la justice ordinaire. Mandé depuis la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Orléans le papier est publié dans La Nouvelle République du Centre Ouest (Vincent Baranger). « Il avait filmé ses « ébats » avec une philippine de 9 ans » Pied de page 4, édition d’Indre-et-Loire.

L’affaire trouve ses racines antipodiques dans une cyber-enquête de la police australienne qui, en 2017 avait permis de remonter à deux hôtels ayant servi de lieu de tournage à des scènes de viol sur mineur. Sur une vidéo filmée avec un portable, les enquêteurs sont parvenus à identifier « un quadragénaire tourangeau ayant des relations sexuelles avec une fillette des Philippines, âgée de 9 ans ».

« Aujourd’hui âgé de 48 ans, l’homme soutient avoir accepté cette proposition d’exploitation sexuelle d’une mineure… par un souteneur, qui serait l’oncle de la victime, moyennant de l’argent ‘’pour subvenir aux besoins de la famille’’, rapporte le quotidien régional. Il ne conteste pas les faits mais les relativise :‘’J’étais attaché à cette jeune fille.’’ » On peut voir là un grand classique du déni.

Jusqu’ici jamais condamné, l’homme a subi deux expertises psychiatriques. On apprend que la première le présente comme « un déviant, un pervers », qui exploite sexuellement des mineurs vulnérables car défavorisés.  Quant à la seconde, plus nuancée, elle observe  « des tendances pédophiles mais pas de dangerosité psychiatrique ». Là encore, un grand classique pour qui s’intéresse à la définition de la perversité 1 et aux divergences idéologiques des experts de la psychiatrie médico-légale.

Pour la défense :  Me Louise Thome, assure que son client « a un sentiment de honte » et souligne que « l’incarcération actuelle n’est pas le seul moyen de réinsérer son client ». Et d’insister sur la nécessité de « soins plus poussés » en contrôle judiciaire. Il faut aussi tenir compte de son projet de sortie :un hébergement à La Riche (Indre-et-Loire), chez sa nouvelle compagne ; une promesse d’embauche. Ajoutons une caution de 30.000 € est proposée pour appuyer ses garanties de représentation et la remise de son passeport. 

Pour la partie civile : Me Emmanuelle Descot, conseil de la partie civile administrateur ad hoc « France Victimes 37 » craint une reprise de contact du suspect avec Internet « qu’il maîtrise ».

Pour l’avocat général : Alexandra Pethieu, s’oppose à la libération. Il entend prévenir « un renouvellement de l’infraction ». Il évoque une déviance pédophile « ancienne » (admise par le Tourangeau et par les deux experts psychiatriques) « déviance » qui s’est accentuée au fil du temps. Quant à la caution proposée, la magistrate aimerait détenir des garanties sur la situation financière. De plus, dans cette belle région de « tourisme sexuel » des Philippines, la dimension internationale de trouble à l’ordre public subsiste : « L’inconcevable a été réalisé ! » Elle requiert une confirmation de l’ordonnance de refus de liberté.

Le détenu : il clame sa volonté de rester en France et de ne pas récidiver, indiquant qu’« aux Philippines, c’est un contexte de prostitution ».

Loin des Philippines, du Flore, des médias nationaux et de toute forme de littérature la cour d’appel d’Orléans a rejeté la demande de mise en liberté.

A demain @jynau

1 Perversité(psychopathologie) : « Anormalité de la conduite générale et spécialement des comportements à l’égard d’autrui et de la Société conduisant à des actes asociaux et inhumains accomplis avec indifférence affective à l’égard de la souffrance d’autrui, absence complète de culpabilité et satisfaction personnelle » (Mucch. Psychol. 1969). « Il n’y a perversité véritable que dans une indifférence morale rebelle prolongée: il ne faut donc pas confondre avec les pervers, les impulsifs ou les nonchalants moraux » (Mounier, Traité caract.,1946, p.728).

− P. méton., rare. Action, pratique immorale ou contre nature d’une telle personne. « L’une des perversités (…) en usage au commencement de ce siècle, était le luxe des rats. Un rat, mot déjà vieilli, s’appliquait à un enfant de dix à onze ans, comparse à quelque théâtre, (…) que les débauchés formaient pour le vice et l’infamie » (Balzac, Splend. et mis., 1844, p.18).

La Suisse vient de voter: pour ou contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ?

Bonjour

Tout peut changer. Même en Suisse. C’est fini : les restaurants, hôtels, entreprises de transports, cinémas ou piscines de la Confédération helvétique ne pourront plus refuser leur accès  en raison de l’orientation sexuelle d’une personne. Les Suisses ont largement approuvé dimanche 9 février, par référendum, une loi interdisant la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle – un texte combattu (sans surprise) par des formations conservatrices. Les résultats nationaux donnent 63 % de voix pour le « oui », avec des scores dépassant 70 % dans des villes comme Genève ou Bâle. A l’inverse, le « non » l’a emporté dans trois petits cantons germanophones du centre et de l’est.

Le texte prévoit des amendes ou des peines pouvant aller jusqu’à trois ans de prison. Cette réforme du code pénal « antihomophobie » élargit une législation déjà existante en matière lutte contre les discriminations et appels à la haine raciale ou religieuse – et ce en l’étendant à l’orientation sexuelle.

Adoptée en 2018, la loi s’était heurtée à l’opposition de milieux conservateurs et populistes (il en existe). Ces derniers ont lancé ce référendum dans l’espoir de faire barrage à une forme de « censure » et d’atteinte à « la liberté d’expression, de conscience et de commerce ». Les autres partis ont estimé que la protection contre la discrimination en raison de l’orientation sexuelle était insuffisante en Suisse, et appelé à voter « oui » au référendum.

« Les partisans du texte se sont aussi appuyés sur le fait que la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle était déjà sanctionnée dans d’autres pays européens, et que le Conseil de l’Europe comme l’ONU avaient demandé à la Suisse de renforcer son arsenal contre l’homophobie, précise l’AFP. La nouvelle loi punit le dénigrement public et la discrimination de toute personne en raison de son orientation sexuelle, ou toute attitude visant à attiser la haine à son égard, par l’écrit, la parole, des images ou des gestes. Elle ne réprime pas en revanche des propos tenus dans le cercle familial ou entre amis. »

Mathias Reynard, le parlementaire socialiste à l’origine de cette réforme du code pénal helvétique, a salué sur la chaîne RTS-1 « un jour historique » et « un signal magnifique pour toutes les personnes concernées ». Marc Frueh, du petit parti défenseur des valeurs chrétiennes UDF, qui a lancé ce référendum avec le soutien de l’Union démocratique du centre (UDC, droite populiste), premier parti du pays, a estimé le recours au vote était justifié – et ce en dépit de son échec. Ce référendum « a permis au peuple suisse de prendre une décision », a-t-il déclaré sur la même chaîne.

Rien de plus beau que la démocratie, en somme. Tout particulièrement en Suisse.

A demain @jynau

Assistants sexuels pour personnes handicapées : le Comité d’éthique va-t-il enfin dire oui ?

Bonjour

Ce serait le « dernier tabou » d’une société qui s’est largement évertuée à tenter de les briser. Et c’est une exclusivité du JDD (Emmanuelle Souffi) . Où l’ on apprend que Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat en charge des Personnes handicapées vient de saisir le Comité national d’éthique. Et ce « au sujet du droit aux relations intimes, dont sont souvent privées les personnes handicapées ». Et le JDD de donner des extraits de la lettre envoyée par Mme Cluzel à Jean-François Delfraissy, président de ce comité chargé de réfléchir à la morale en marche.

Dignité

« Force est de constater que certains de nos concitoyens, parce qu’ils sont en situation de handicap, en sont privés, pour certains à vie. Sans aucune solution adaptée, ils sont condamnés à vivre dans une abstinence non choisie, écrit la secrétaire d’État (…) » Où l’on est soudain replongé vers le passé. Sept ans et ce texte sur ce blog : « « Assistants sexuels » pour handicapés : le niet des gardiens de l’éthique tricolore ». Sept années et les mêmes questions :

– Quelles prestations la société serait-elle susceptible d’offrir pour atténuer les manques ressentis dans leur vie affective et dans leur vie sexuelle par les personnes handicapées et notamment celles « dont le handicap ne leur permet pas d’avoir une activité sexuelle sans assistance » et qui interrogent sur « la mise en place de services d’accompagnement sexuel ? »

– Quelle analyse faire alors sur la mise en place éventuelle de ces services par les professionnels du secteur sanitaire et médico-social, qu’en serait-il dans ce cadre du droit à la compensation ?

– Quel état des lieux et quelles propositions le CCNE pourrait-il faire sur les moyens susceptibles de promouvoir chez les personnels du secteur sanitaire et social les bonnes pratiques relatives à la vie privée, au respect de la liberté et de la dignité des personnes handicapées ?

Proxénétisme

Les réponses figuraient alors dans l’avis n° 118 intitulé « Vie affective et sexuelle des personnes handicapées ; question de l’assistance sexuelle ». Un avis ambigu, un refus de répondre clairement. En substance : la question posée est importante. Mais le Comité ne peut fournir aucune réponse. Il faudrait pour cela revoir la législation sur le proxénétisme.

« La déception est d’autant plus grande que l’interdit de facto de l’accès des personnes handicapées à des pratiques sexuelles  commence à soulever un vrai débat en France tant au sein des associations que des professionnels de santé concernés » écrivions-nous alors. Un débat qui entrait alors en résonance avec la diffusion du film américain The Sessions qui traite précisément de cette question question que nous venions de traiter dans ce blog    Et d’annoncer : « Nous y reviendrons ».

Sept ans après nous y voilà. Que pourront bien nous dire de différents les sages de l’éthique tricolore ? Que pense notre pouvoir exécutif du proxénétisme ?

A demain @jynau

Homosexuels et don du sang : pourquoi soudain reporter la date de l’assouplissement ?

Bonjour

Contretemps dans le don du sang. On savait depuis juillet que la période « d’abstinence » que doivent respecter les homosexuels allait passer d’un an à quatre mois 1. Et on savait aussi que cette modification (symboliquement importante) avait été fixée au 1er février 2020. Ce ne sera pas le cas comme on peut le lire dans un arrêté signé J. Salomon, Directeur général de la Santé, dans le Journal Officiel du lendemain de Noël : « Arrêté du 17 décembre 2019 fixant les critères de sélection des donneurs de sang ».

Tout est expliqué dans l’Annexe II

« Pour les hommes, rapport(s) sexuel(s) avec un autre homme : Dans le cas d’un don de sang total et d’aphérèse : Contre-indication de quatre mois après le dernier rapport sexuel considéré (sic). Dans le cas d’un don de plasma par aphérèse pour préparer du plasma sécurisé par quarantaine ou du plasma pour fractionnement : Contre-indication de 4 mois pour les hommes ayant eu plus d’un partenaire sexuel dans les quatre derniers mois après la fin de cette situation (re-sic). »

Or le présent arrêté n’entrera en vigueur que le 2 avril 2020, date à laquelle celui du 5 avril 2016 modifié sera abrogé. Pourquoi le 2 avril et non le 1er février comme l’avait annoncé, après Marlène Schiappa, Agnès Buzyn en juillet 2019.

Officiellement en raison …. du délai nécessaire pour imprimer la nouvelle version du questionnaire que doivent remplir tous les les candidats au don, explique la Direction générale de la santé (DGS), qui dépend du ministère. C’est dans ce questionnaire que figurent les critères sur l’activité et l’orientation sexuelles. Ainsi donc cinq mois n’auront pas suffit pour assurer l’impression de la nouvelle version. Ce qui pourrait laisser douter des capacités en matériel de la haute administration sanitaire française. «La date de fin de consultation des parties prenantes sur les projets définitifs d’arrêté et de questionnaire pré-don était mi-décembre, ce qui explique la publication de l’arrêté ce jour» temporise-t-elle auprès de l’AFP.

Lors de son officialisation en juillet, Agnès Buzyn avait présenté la réduction de cette période d’abstinence comme «une première étape» vers un alignement des conditions du don pour les homosexuels sur celles des hétérosexuels, envisagé « à l’horizon 2022 ». Une date que l’administration peut d’ores et déjà surligner dans ses calendriers.

A demain @jynau

1 Rappel synthétique. De 1983 à 2016, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) étaient exclu du don du sang en raison des risques de transmission du virus du sida. Ces conditions ont été assouplies en 2016 avec l’instauration d’un délai d’abstinence d’un an. Ce dernier avait toutefois suscité les critiques de certaines associations homosexuelles qui y voyaient une forme de discrimination injustifiée à l’agard des HSH.

Chaque année en France, 1,7 million de personnes donnent leur sang, générant 3 millions de dons. Et chaque année, il faut en moyenne recruter 170.000 nouveaux donneurs pour assurer les 10.000 dons par jour nécessaires pour répondre aux besoins des malades. Un million de patients par an sont soignés chaque année avec des produits sanguins. L’appel au don est tout particulièrement pressant en fin d’année : « Décembre…l’occasion d’une pause solidaire !»

Personnes intersexuées : les écouter, les informer, les soigner, ne jamais plus les mutiler

Bonjour

Longtemps la médecine les ignora. L’intersexualité n’avait de place que dans la mythologie, sous les traits d’Hermaphrodite et des androgynes. Ou dans les religions monothéistes avec les anges et les discussions éternelles quant à leur sexe. Puis, bien après la Renaissance, les considérables avancées de l’anatomie, de la chirurgie et de l’endocrinologie bouleversèrent progressivement la donne.

On redessina les frontières du normal et du pathologique; on entreprit de corriger ce qui était désormais perçu comme insupportable; on postulait qu’il y avait urgence à modifier l’apparence corporelle de personnes que l’on ne pouvait classer dans l’un des deux genres; que ces interventions leur permettraient de retrouver l’une des deux identités dont elles étaient privées depuis la naissance, privation qui ne pouvait être que source de souffrances.

Mais tout cela, c’était avant que l’on ne découvre, assez récemment, qu’en réalité tout était nettement plus compliqué, que la correction médico-chirurgicale était loin d’être la panacée, que l’on n’avait pas assez écouté les premièr·es concerné·es. Et que l’heure était venue de mieux entendre, collectivement, les différences.

A lire, sur Slate.fr : « Personnes intersexes: informer et soigner, sans jamais plus mutiler »

A demain @jynau

Faire la nique à Trump : le pronom neutre «they» vient d’être élu mot anglo-américain de l’année

Bonjour

Qu’en dirait Orwell ? En langue anglaise contemporaine « they » est (aussi) utilisé pour désigner les personnes dites «non-binaires», ne s’identifiant ni comme homme ni comme femme. « They » a, le 10 décembre 2019, été élu mot de l’année par le dictionnaire américain en ligne Merriam-Webster. « Aux Etats-Unis, de plus en plus d’Américains progressistes revendiquent leur droit de choisir par quel pronom ils souhaitent être désignés, indépendamment de leur sexe de naissance, un combat parfois affiché sur leurs cartes de visites, signatures d’e-mails et comptes sur les réseaux sociaux » nous résume l’Agence France Presse.

Désormais les personnes non-binaires revendiquent d’être désignées par le pronom neutre «they» (on se souvient qu’il est aussi le pronom de la troisième personne du pluriel en anglais). «Il n’y a aucun doute sur le fait que son utilisation est désormais entrée dans la langue anglaise, et c’est pourquoi nous l’avons ajouté à notre dictionnaire en septembre», explique Merriam-Webster sur son site, ajoutant que les recherches pour «they» avaient bondi de 313% en un an.

A savoir : les personnes non-binaires jouissent d’une représentation accrue dans les séries télévisées et chez les stars – grâce notamment à l’artiste britannique Sam Smith. Le géant Apple a aussi récemment ajouté des émoticônes «neutres», dont on ne distingue pas le genre, dans la dernière version de son système d’exploitation. On attend désormais, via Twitter, le commentaire binaire de l’homme le plus puissant de la planète.

A demain @jynau

« Faire la nique (à qqn/à qqc.)». Faire de la tête un signe de mépris ou de moquerie à l’encontre de quelqu’un ou quelque chose. Synon. se moquer.« Philippe sera écrasé un de ces jours », dit Larzac. « Est-ce bête de faire la nique aux taxis quand on n’a qu’une jambe! » (Bourget, Drame,1921, p. 126)

Messieurs, tout ce qu’il vous faut savoir avant le médicament contre la chute de vos cheveux

Bonjour

Que ferions-nous sans notre Agence du médicament ? L’ANSM publie aujourd’hui une fiche d’information « à destination des hommes qui prennent actuellement du Propecia® et génériques (finastéride) pour traiter la chute de leurs cheveux ou pour lesquels la prescription est envisagée ». Où l’on voit que la transparence progresse :

« Elaborée en concertation avec les associations de patients et les professionnels de santé concernés, cette fiche vise à renforcer l’information des patients sur le risque de survenue de certains effets indésirables, tels que des troubles psychiatriques et/ou de la fonction sexuelle associés à la prise de finastéride ». Cette fiche rappelle :

  • les bénéfices escomptés au regard des risques associés à la prise de ce médicament indiqué dans certaines formes peu évoluées de calvitie (alopécie androgénétique) chez l’homme âgé de 18 à 41 ans ;
  • l’intérêt de s’accorder un délai de réflexion avant de commencer ce traitement de longue durée ;
  • la conduite à tenir en cas d’effets indésirables (diminution de la libido, troubles de l’érection, problème d’éjaculation tel qu’une diminution du volume de l’éjaculat, dépression) ;
  • et notamment l’arrêt du traitement en cas de modification de l’humeur.

Destinée à être remise par le médecin lors de la consultation et par le pharmacien au moment de la délivrance, cette fiche est un outil de dialogue entre le patient et ses professionnels de santé. Elle est également téléchargeable sur le site de l’ANSM.

L’ANSM poursuit par ailleurs ses investigations dans le double objectif d’améliorer les connaissances sur les effets indésirables du finastéride et de renforcer la sécurité d’utilisation de ce médicament. L’utilisation du finastéride 1 mg fait actuellement l’objet d’une surveillance étroite tant au niveau européen que national. Il importe que les informations relatives à sa sécurité soient largement partagées.

Avant d’en arriver à son retrait ?

A demain @jynau

Mutations du VIH : alerte aux premières contaminations sous prophylaxie pré-exposition

Bonjour

C’est une publication qui, au choix, rassurera ou sonnera comme une alerte : « Brief Report: Incidence of HIV in a Nationwide Cohort Receiving Pre-exposure Prophylaxis for HIV Prevention » (J Acquir Immune Defic Syndr. 2019 Dec 15;82(5):427-430.). Une information heureusement reprise par Le Quotidien du Médecin (Charlène Catalifaud).

Les auteurs américains rapportent six cas d’infection par leVIH chez des personnes sous prohylaxie pré-exposition (PrEP). Des données issue d’une « étude de cohorte rétrospective en vie réelle » menée sous l’égide de la Veterans Health Administration. Soit 825 personnes ayant démarré une PreP (emtricitabine/fumarate de ténofovir disoproxil, Truvada® et génériques) entre juillet 2012 et avril 2016 avec prise quotidienne – âge moyen 41 ans – durée médiane d’utilisation de la PreP : 8 mois.

Infectées malgré une prise correcte du traitement.

Quatre des personnes infectées ont fait état d’interruptions de traitement prophylactique allant de 4 à 162 jours. Elles ont été infectées au cours des périodes où elles n’étaient plus sous PrEP. Les deux autres personnes ont été infectées malgré une prise correcte du traitement. Et l’analyse génomique du VIH a montré que celui-ci était porteur d’une mutation appelée M184V au niveau de la transcriptase inverse, mutation associée à une résistance à l’emtricitabine, un des antirétroviraux de la PreP.

Rappelons qu’en France plus de 20 000 personnes ont depuis 2016 déjà eu recours à la PrEP  (derniers chiffres communiqués par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) 1.

« Les résultats actualisés montrent que la diffusion de la PrEP en France se poursuit et s’intensifie. Ainsi, le nombre de personnes de 15 ans et plus ayant initié un traitement par Truvada® ou générique pour une PrEP depuis 2016 atteint 20 478 au 30 juin 2019, soit le double du chiffre atteint fin juin 2018.  La grande majorité (80 à 85%) des utilisateurs renouvellent leur traitement d’un semestre à l’autre, suggérant un bon niveau de maintien de la PrEP  après son initiation.

« Les utilisateurs de la PrEP sont principalement des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), âgés de 37 ans en moyenne, résidant en Ile-de-France ou dans une grande métropole. L’utilisation de la PrEP reste rare dans les DOM-TOM où, par ailleurs, les nouveaux diagnostics de séropositivité sont les plus nombreux. Conformément aux conditions de prescription actuelles (sic) l’initiation de la PrEP est très majoritairement effectuée à l’hôpital  (dans 90% des cas). Il en est de même pour son renouvellement (85% des cas). »

 Autoriser les médecins généralistes à pouvoir prescrire ?

« Les chiffres illustrent la réelle appropriation de cette stratégie de prévention en France, en particulier parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), souligne l’ANSM. Toutefois, les efforts doivent être poursuivis afin d’assurer la plus grande accessibilité à la PrEP pour toutes les populations concernées en France. » C’est ainsi que le Conseil national de l’Ordre des médecins demande désormais (dans son dernier bulletin et par la voix du Dr Patrick Bouet, son président) que les généralistes puissent être, au plus vite, des «primo-prescripteurs ». Un décret en ce sens est annoncé pour le premier semestre 2020

S’inquiéter de la publication américaine et de la possible sélection de souches résistantes ? Rappeler l’essentiel, au risque de ne pas être entendu ? L’essentiel : l’utilisation du Truvada® dans la PrEP ne se comprend, raisonnablement, que  « dans une stratégie de prévention diversifiée de la transmission du VIH par voie sexuelle comprenant également la promotion de l’usage du préservatif,  le recours au dépistage régulier du VIH et des autres IST, la connaissance du statut virologique VIH du/des partenaires, le recours au « Treatment as Prevention (TasP) » chez le partenaire séropositif et le recours à la prophylaxie post-exposition ».

Comment mener au mieux, ici, une politique efficace de réduction des risques ? Se rassurer à tout prix ou donner l’alerte ?

A demain @jynau

1 L’accès au Truvada® dans la PrEP a été possible en France dès janvier 2016 dans le cadre d’une RTU, et depuis le 1er  mars 2017, le Truvada® bénéficie d’une extension d’AMM dans la PrEP.

L’histoire de la femme qui trouve une bouteille de whisky bien entamée cachée dans le garage

Bonjour

Alors, que ferez-vous avec l’alcool en janvier ? Nous sommes à la croisée politique de la réduction des risques. « Dry January » à la française (interdit par le président de la République) versus « JanvierSøbre » (soutenu par le chef de cabinet du président de la République).

La polémique enfle qui éclairera peut-être certaines poussières laissées sous d’épais tapis de l’exécutif et des industriels des alcools. Dans l’attente ce texte édifiant publié sur Slate.fr Lucile Bellan.  Ce texte est publié dans la rubrique « C’est compliqué» – une affaire somme toute assez simple :

« Un courrier du cœur moderne » dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: cestcomplique@slate.fr. Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C’est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici. Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là. »

« Chère Lucile,

J’ai bientôt 40 ans et je suis en couple avec un homme depuis dix ans. Nous avons deux enfants âgés de 6 ans et 4 ans. J’ai découvert que mon compagnon avait un souci avec l’alcool il y a quatre ans, en tombant par hasard sur une bouteille de whisky bien entamée cachée dans notre garage. Des souvenirs me sont alors revenus, qui m’ont fait prendre conscience que le problème est là depuis bien longtemps, mais je ne m’étais rendu compte de rien. Avant même que nous ayons notre premier enfant, j’avais découvert une bouteille de whisky cachée au fin fond d’un placard dans la cuisine, mais à cette époque, je faisais repeindre le plafond et j’en avais déduit que c’était l’artisan (…) »

 La suite sur Slate.fr : « J’ai découvert que mon compagnon avait un souci avec l’alcool  [C’est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Sylvie, dont le compagnon alcoolo-dépendant refuse de se soigner et met sa famille en danger. »

A demain @jynau

Agressions sexuelles, attouchements d’enfants : sursis pour le pédopsychiatre expert judiciaire

Bonjour

Selon que vous serez expert judiciaire ou que vous ne le serez pas ? Il y a quelques jours un pédpsychiatre âgé de 71 ans comparaissait devant le tribunal correctionnel de Poitiers pour cinq agressions sexuelles – accusé de s’être livré à des attouchements notamment sur des enfants et adolescents. L’AFP nous apprenait alors que le parquet avait  requis cinq ans de prison pour «des actes décalés, inutiles à la pathologie des patients» à l’encontre de l’expert en pédopsychiatrie, Philippe Jouin.

Ce spécialiste de l’enfance avait effectué toute sa carrière au centre hospitalier de La Roche-sur-Yon (Vendée), s’était dit étonné qu’on puisse lui reprocher ces agressions sexuelles «par personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction», entre septembre 2010 et janvier 2014.

La justice avait dépaysé le dossier à Poitiers : le médecin (qui a réalisé près de 10.000 expertises pour les institutions judiciaires vendéennes pendant plus de trente ans) ne pouvait raisonnablement être jugé en Vendée. Des membres de son équipe avaient transmis en janvier 2014 à la direction de l’hôpital les curieux examens du Dr Jouin, radié par la suite en 2015 par son conseil de l’Ordre. Une enquête administrative avait par la suite fait état d’examens injustifiés, touchers rectaux ou vaginaux, sur des enfants et adolescents, filles et garçons vulnérables hospitalisés en psychiatrie dans l’unité psychiatrie infanto-juvénile dirigée par le Dr Jouin.

« Viols de mineur par personne ayant autorité »

« Ainsi, une jeune fille avait subi une pénétration digitale pour vérifier qu’il ‘’ne s’agissait pas de vaginisme’’, rapporte l’AFP. ‘’En aucun cas, ça ne fait partie de votre mission!’’, s’est indigné la présidente du tribunal correctionnel. ‘’Je suis assez méticuleux, je ne dis pas que j’ai bien fait mais il n’y avait pas d’autres moyens pour établir un diagnostic’’, s’est-il défendu. Une femme de 61 ans qui se plaignait de douleurs lombaires avait dû subir, lors d’une expertise, un examen vaginal poussé et prolongé du psychiatre. »

L’AFP ajoute que selon un collège d’experts, aucun doute n’était permis : le pédopsychiatre est largement sorti de sa sphère de compétence, osant pratiquer des examens intrusifs, injustifiés médicalement et qui plus est sur des patients souvent jeunes et vulnérables- des pratiques totalement étrangères aux missions d’expertises confiées par la justice. Le Dr Jouin, lui, a justifié les faits par des nécessités médicales ou des demandes émanant de ses patients.  Les faits de « viols de mineur par personne ayant autorité » reprochés au début des investigations, avaient été (pourquoi ?) requalifiés en « agression sexuelle ».

Etrange entre-soi médico-judiciaire. Le 21 novembre le pédopsychiatre a été condamné par le tribunal correctionnel de Poitiers à deux ans de prison avec sursis. Il devra verser 10.000 euros d’amende et plus de 15.000 euros aux parties civiles. Et devra aussi être inscrit au ficher des auteurs d’infractions sexuelles.

A demain @jynau