Pédophilie : l’Eglise de France, son étrange échange en reconnaissance de la souffrance.

Bonjour

Quel bien étrange échange. Comment le comprendre ?  Les évêques français viennent de voter, à Lourdes, le principe d’une « somme forfaitaire » qui sera donnée aux victimes des actes de pédocriminalité. Pourquoi ? Cette somme est destinée à la « reconnaissance de la souffrance » a expliqué Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF). Quel montant ? Il n’a pas (encore) été fixé. Quelques milliers d’euros par cas, laisse-t-on entendre. Quelle origine ? Un appel aux dons semble-t-il.

Ce serait là « un geste qui se veut fort » à l’égard des victimes des prêtres pédophiles. Une reconnaissance de l’« agression subie » mais aussi, dans la foulée  le « silence, la négligence, l’indifférence, l’absence de réaction, de mauvaises décisions ou de dysfonctionnements au sein de l’Eglise ». Un mea culpa qui ne saurait être que sonnant et trébuchant ?

Les années 1950, 1960, 1970 …..

est désormais établi, via la « commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise »  (Ciase) que la « majorité des abus sexuels se sont produits dans les années 1950, 1960, 1970, beaucoup plus que dans les décennies ultérieures ». En cinq mois, « 2 800 signalements » ont été réalisés, par des appels téléphoniques, des e-mails et des courriers ; 800 personnes ont répondu à un questionnaire détaillé et une vingtaine de victimes ont été entendues.

Ces précisions chiffrées ont été apportées par Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’Etat aujourd’hui à la tête de la Ciase qui  réunit une vingtaine de membres chargés de faire la lumière sur les crimes commis par des clercs ou des religieux depuis les années 1950. Elle doit rendre des préconisations début 2021. Dans l’attente, quel bien étrange marché que cette « somme forfaitaire » donnée en « reconnaissance de la souffrance ».

A demain @jynau

Harcèlements sexuels : le corps des soignants français est bien loin d’être indemne

Bonjour

Qui, vers la fin du XXème siècle, aurait imaginé une « enquête sur le harcèlement sexuel dans le milieu médical en France » ? Nous sommes en 2019 et cette enquête vient d’être faite, ses résultats publiés 1. Seront-ils contestés ? Qu’apprend-on ? Ceci :

« Une femme médecin sur six a déjà été harcelée sexuellement par un autre professionnel de santé au cours des six dernières années. Tous sexes confondus, le harcèlement sexuel touche un médecin sur douze. Les praticiens les plus jeunes (- 45 ans) sont trois fois plus fréquemment victimes de harcèlement sexuel que leurs collègues plus âgés.

« Préoccupants et ‘’banalisés’’ ces actes de harcèlement ont des conséquences néfastes sur les victimes : 40% adoptent des mauvaises habitudes de vie (consommation d’alcool, de tabac ou de médicaments, etc.) et trois sur quatre reconnaissent que le harcèlement sexuel au travail a une incidence sur la qualité des soins prodigués aux patients.

« Dans plus de 70% des cas, les victimes ne dénoncent pas leur agresseur. Les médecins sont six fois plus fréquemment harcelés par un patient que par un collègue — 1/4 des victimes témoignent de comportements inappropriés comme des demandes de rendez-vous (42%), des tentatives d’attouchement (25%) ou des demandes de rapport sexuel (8%). En interne (15% des agressions), l’agresseur occupe une position hiérarchique supérieure à celle de la victime : il est médecin à 61%.

« Pour les 2/3 des personnes interrogées, le harcèlement sexuel de la part d’un collègue se traduit par des commentaires à connotation sexuelle sur le physique, et pour la moitié d’entre elles, par des propositions de relations sexuelles. Près du tiers ont cité des demandes répétées de rendez-vous ou un envahissement délibéré sur leur sphère personnelle.

« Une victime sur vingt a reçu des propositions de promotion en échange d’une relation sexuelle ou des menaces en cas de refus. Les infirmières sont également concernées : elles sont 51% à avoir été victimes ou témoins de harcèlement sexuel ces trois dernières années. Parmi les répondants, les personnes de moins de 45 ans sont aussi les plus touchées (44% victimes ou témoins) et beaucoup indiquent que c’est surtout en début de pratique ou en cours de stage que le risque est le plus grand.

« À la suite de l’incident, 20% des victimes ont envisagé de démissionner, 8% l’ont fait. »

Ces données seront-elles contestées ? Que peut-on, raisonnablement, ajouter ?

A demain @jynau

1 Enquête réalisée par Medscape (filiale de WebMD Health Corp).  1007 médecins pratiquant à plein temps en France ont témoigné de leur expérience à travers un sondage en ligne entre le 7 juin et le 13 août 2019. Un peu plus de la moitié étaient des hommes (55%), salariés (70%) et travaillant à l’hôpital (63%). Ont également répondu 88 internes/étudiants en médecine et 76 infirmières/sages femmes. Environ un répondant sur 7 était médecin généraliste. Les autres spécialités les plus représentées étaient la médecine d’urgence et la psychiatrie (10%), l’anesthésiologie (7%), et la cardiologie (6%).

Medscape a interrogé les professionnels de santé sur leur expérience en lien avec des abus, harcèlement ou inconduite à caractère sexuel, tels que décrits dans la loi du 6 août 2012 : « le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle, qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Est assimilé au harcèlement sexuel le fait, même non répété, d’user de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, au profit de l’auteur des faits ou d’un tiers. »

Papillomavirus : quand Mme Buzyn imposera-t-elle la vaccination de tous les petits garçons?

Bonjour

On attend la réaction de Michèle Rivasi et des anti-vaccination : la Haute Autorité de santé (HAS) souhaite étendre aux garçons la recommmandation vaccinale contre les papillomavirus humains (HPV) responsables de plusieurs types de cancers – dont celui du col de l’utérus. Etendre cette vaccination à  « tous les garçons de 11 à 14 ans, avec un rattrapage possible pour tous les adolescents et jeunes adultes de 15 à 19 ans révolus » 1.

En France, la vaccination est aujourd’hui recommandée et remboursée pour toutes les jeunes filles de 11 à 14 ans et entre 15 et 19 ans en cas de rattrapage. Elle est aussi recommandée jusqu’à l’âge de 26 ans chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) et chez des patients immunodéprimés. Or c’est un échec considérable : une couverture vaccinale inférieure à 20%  à rapprocher de l’objectif de 60 % du plan cancer 2014-2019.

Certains pays, comme les Etats-Unis, recommandent déjà que tous les préadolescents soient vaccinés contre les HPV avant d’y être exposés, à l’âge de 11 ou 12 ans. L’Académie nationale française de médecine ainsi qu’une cinquantaine de sociétés savantes et de syndicats médicaux se sont déjà récemment prononcés en faveur d’une extension de la vaccination aux garçons – sans craindre parfois d’être accusés de conflits d’intérêts.

Etendre la vaccination aux garçons ?

La HAS avait été saisie par Agnès Buzyn. Sa commission technique des vaccinations (CTV) élabore sur ce sujet une « recommandation vaccinale ».

« Cette recommandation vise à réévaluer le bien-fondé d’élargir aux garçons la vaccination contre les papillomavirus humains, alors que la couverture vaccinale des populations actuellement ciblées (jeunes filles et hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) par cette vaccination reste insuffisante en France. Elle a été élaborée avec l’appui d’un groupe préparatoire multidisciplinaire à l’issue d’une revue de la littérature. »

En pratique nous sommes au stade de la « consultation publique » ; l’une des dernières étapes de l’élaboration de cette recommandation avant la délibération du Collège de la HAS. « La HAS met ainsi en œuvre une réflexion concertée permettant d’établir un processus d’élaboration de recommandation vaccinale associant rigueur scientifique, transparence et concertation avec l’ensemble des acteurs de la vaccination » dit la HAS qui ne craint pas de vanter son travail. .

 Au travers de cette consultation publique, la HAS souhaite : recueillir l’expression des avis, y compris divergents, sur le projet de recommandation ; confronter les réflexions des experts réunis par la HAS aux opinions et aux pratiques des patients, usagers ou professionnels ; apprécier la lisibilité de la recommandation.

A qui s’adresse la consultation publique ? La démocratie sanitaire a ses limites :

« Tous les acteurs concernés par la politique vaccinale sont invités à donner leur avis : associations agréées ou non de patients et d’usagers du système de santé, collèges nationaux professionnels et sociétés savantes, institutions publiques, agences sanitaires, syndicats, industriels, centres de vaccination (centres de protection maternelle et infantile, centres de vaccination) et autres structures de santé publique, … »

« Un seul avis par organisme, association ou institution est attendu et sera pris en compte. Les particuliers ne peuvent pas répondre à titre individuel et sont donc invités à se rapprocher de leurs organisations associatives ou professionnelles. Tous les avis recueillis serviront à aboutir à la version finale de la recommandation. La consultation publique se déroule du 30 octobre 2019 au 27 novembre 2019. Les réponses ne seront pas prises en compte si elles parviennent à la HAS après la date limite du 27 novembre 2019. »

Démocratie ? A dire vrai tout indique que les jeux sont déjà faits. La HAS appuie ainsi sa recommandation sur des arguments médicaux, soulignant que « les premières données disponibles sont en faveur d’une possible efficacité des vaccins dans la prévention des cancers de la sphère ORL ». Mais elle soulève aussi le fait que « la vaccination contre les HPV limitée aux filles et aux HSH pose des questions d’éthique, d’égalité d’accès à la vaccination et de stigmatisation liée à l’orientation sexuelle et au non-respect de la vie privée ».

Les coûts en santé des infections aux HPV en France représentent plus de 500 millions d’euros par an, insistait  l’Académie de médecine dans un rapport publié fin septembre et  déplorant que la vaccination des filles – inférieure à 20 % –, soit « la plus basse d’Europe ». 

Où l’on en vient à cette interrogation : quand Agnès Buzyn imposera-t-elle la vaccination de toutes les petites filles et de tous les petits garçons ? Pourquoi, en d’autres termes en rester à la recommandation quand on impose, déjà, onze vaccinations ? La HAS répondra-t-elle à cette question essentielle ? Si tel ne devait pas être le cas, on attendra les explications de la ministre des Solidarités et de la Santé.

A demain @jynau

1 Sur ce thème : Nau J-Y : « Papillomavirus et vaccination : l’heure a-t-elle sonne pour les garçons ? » Rev Med Suisse 2019; volume 15. 406-407

Prostitution et cohésion sociale : pourquoi tant de différences entre Strasbourg, Paris et Narbonne?

Bonjour

Après celle dite périphérique, comment décrire la vieille France profonde ? Faute de s’adonner aux riches joies du reportage les médias, depuis quelques décennies déjà, privilégient les travaux des sociologues. Moins coûteux en « notes de frais ». Tenus pour être sinon plus objectifs, du moins plus proches d’une réalité chiffrée dotés des apparences du scientifique.

Aujourd’hui un bien intéressant papier du Monde (Solène Cordier) consacré à la prostitution 1. Où l’on revient sur la loi n° 2016-444 du 13 avril 2016 « visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées » : abrogation du délit de racolage ; pénalisation des « clients ». Où l’on revient, aussi, sur le credo gouvernemental (Marlène Schiappa) actuel fondé sur des chiffres discutables (environ 30 000 prostitué.e.s en France ; 85 % de femmes dont 93% étrangères) :

« La prostitution en France recouvre des manifestations très diverses : prostitution de rue ou via Internet, prostitution étudiante, prostitution de femmes, d’hommes ou de personnes transgenre… Si le phénomène est difficile à quantifier, il ressort cependant des données existantes que les personnes prostituées sont principalement des femmes, et que l’immense majorité de celles qui sont prostituées sur la voie publique par un proxénète ou un réseau de traite à des fins d’exploitation sexuelle.

« La prostitution a progressivement cédé la place depuis une quinzaine d’années à l’exploitation sexuelle et la traite des êtres humains, dominée par des réseaux criminels internationaux qui utilisent de multiples modalités de contrainte. La précarité et la vulnérabilité sont des facteurs déterminants d’entrée et de maintien dans la prostitution. La prostitution est un univers marqué par des violences d’une extrême gravité et des séquelles psychologiques et physiologiques majeures. La prostitution est considérée comme une violence en soi, plus précisément une violence faite aux femmes. »

Les nostalgiques du délit de racolage

Le Monde résume le travail des  sociologues Hélène Pohu et Jean-Philippe Guillemet – travail effectué pour le compte de la Fondation Scelles (favorable à la loi) et de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS). Et montre l’hétérogénéité de la situation dans un pays pourtant nettement plus jacobin que la moyenne.

La loi, donc, trois ans après. Comment est-elle appliquée ? Constat : si les aspects les plus médiatisés de la loi (la pénalisation des clients et les parcours de sortie de la prostitution) sont bien identifiés, les autres mesures (stages de sensibilisation, prévention auprès de la jeunesse, lutte contre le proxénétisme sur Internet) sont souvent encore ignorées. Mais encore ? Une variété des pratiques et un inégal « degré de mobilisation » des acteurs locaux (préfets, procureurs, associations) entre Bordeaux, Paris, Narbonne et Strasbourg. Ici Paris fait figure de modèle en matière d’ « interdiction d’achat d’actes sexuels », d’accompagnement social des prostituées, de lutte contre le proxénétisme et de prévention des pratiques prostitutionnelles.

Sur 4 000 interpellations au niveau national, Paris à elle seule en recense 2 263, Bordeaux 300. A Narbonne, 88 clients ont été verbalisés, tandis qu’à Strasbourg, seules … trois interpellations ont eu lieu, en 2017 (la proximité de l’Allemagne, où la prostitution est légale ?). Les auteurs voient là une réticence de bon nombre de fonctionnaires de police (« nostalgiques du délit de racolage » – sic), à appliquer cette mesure.

La même hétérogénéité prévaut pour la mise en place du volet social de la loi. Dans les quatre villes étudiées, seules 83 personnes se sont engagées « dans un parcours de sortie de la prostitution » : (74 à Paris, 6 à Strasbourg, 3 à Bordeaux, aucune à Narbonne). Au niveau national global, on en compte 183, selon les données de la DGCS. Des chiffres d’une extrême faiblesse compte tenu du nombre de prostituées qui exercent en France. On attend désormais la publication (avant la fin de l’année) d’une évaluation nationale de la loi, coordonnée par les inspections générales des ministères de l’Intérieur, de la Justice et de la Santé.

Pour l’heure il n’est pas interdit de penser que la pratique du reportage permettrait de mieux comprendre ce qu’il en est de l’impact de la loi dans la France, profonde ou pas.

A demain @jynau

1 Prostituer (se) Accomplir par intérêt ou par obligation une tâche dégradante, déshonorante ou rebutante; renoncer à sa dignité pour des motifs d’intérêts. Homais inclina vers le pouvoir. Il rendit secrètement à M. le préfet de grands services dans les élections. Il se vendit enfin, il se prostitua (FLAUBERT., MmeBovary, t. 2, 1857, p. 205).

Se livrer aux désirs sexuels d’une personne, le plus souvent pour des motifs d’intérêt; en partic., se livrer à la prostitution publique. La femme Cuche, cette misérable abandonnée qui se prostituait à tous les hommes, dans les trous de la côte, pour trois sous ou pour un reste de lard (Zola, Joie de vivre,1884, p. 1004)

«PMA pour toutes» : à l’Académie de médecine la messe est encore bien loin d’être dite

Bonjour

On ne l’attendait plus, la voici : Depuis la rue Bonaparte l’Académie nationale de médecine vient (enfin) de prendre une « position officielle » quant au projet de loi de révision de la loi de bioéthique 1. Et nous sommes bien loin du consentement béat que le gouvernement semblait espérer dans le paysage « apaisé » que souhaitait le président de la République.

Les griffes académiques portent sur le titre 1er, consacré au thème de l’Assistance Médicale à la Procréation et tout particulièrement sur le chapitre de la « PMA pour toutes ». Ainsi donc il y aurait extension de l’accès à l’assistance médicale à la procréation aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Et le critère médical d’infertilité, qui aujourd’hui conditionne cet accès serait supprimé. Dans le même temps, la prise en charge par l’assurance maladie resterait identique et se trouverait étendue aux nouveaux publics éligibles. Voici la position (nous soulignons) de l’Académie nationale de médecine (ANM) : :

« L’extension de l’AMP aux couples de femmes et aux femmes seules relève davantage d’une loi sociétale s’inscrivant dans la suite des lois sur le Pacte civil de solidarité et du Mariage pour tous, que de la loi de bioéthique dans la mesure où les techniques utilisées sont anciennes et ne soulèvent pas de nouvelles questions d’ordre médical. S’agissant d’une mesure à caractère sociétal et au-delà des convictions de chacun, 1’ANM ne s’estime pas à même de donner un avis hors du champ de ses missions. En revanche, elle se sent impliquée et estime de son devoir de soulever un certain nombre de réserves liées à de possibles conséquences médicales.

« L’ANM reconnaît la légitimité du désir de maternité chez toute femme quelle que soit sa situation, mais elle veut souligner que si 1 ‘invocation de 1 ‘égalité des droits de toute femme devant la procréation est compréhensible, il faut aussi au titre de la même égalité des droits tenir compte du droit de tout enfant à avoir un père et une mère dans la mesure du possible. Sur ce point, il y a donc une rupture volontaire d’égalité entre les enfants.

« A ce titre, la conception délibérée d’un enfant privé de père constitue une rupture anthropologique majeure qui n’est pas sans risques pour le développement psychologique et l’épanouissement de l’enfant. L ‘argument régulièrement avancé pour rejeter le risque pour 1’enfant se fonde sur certaines évaluations, essentiellement dans quelques pays anglo-saxons et européens, faisant état de l’absence d’impact avéré sur le devenir de 1’enfant. L’ANM ne juge pas très convaincantes ces données au plan méthodologique, en nombre de cas et en durée d’observation sur des enfants n’ayant pas toujours atteint l’âgege des questions existentielles. Quoiqu’il en soit, 1’ANM rappelle que 1’incertitude persiste sur le risque de développement psychologique de ces enfants au regard du besoin souvent exprimé de connaître leurs origines.

« Cela conduit donc à souhaiter qu’il y ait des études en milieu pédopsychiatrique à partir d’enfants privés de pères, parmi lesquels ceux issus de 1’AMP pour des femmes seules ou en couples. Cela permettra d ‘évaluer le devenir de ces enfants au nom du principe de précaution si souvent évoqué pour des sujets d ‘importance moindre. II apparaît, à 1’ANM que cette disposition est contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989, ratifiée par la France. Celle-ci mentionne le droit de l’enfant à connaître ses parents en insistant sur le « bien de l’enfant » comme sur son « intérêt supérieur ».

« De fait, on quitte le domaine de la vraisemblance puisque deux parents du même sexe ne suffisent pas pour donner vie à un enfant. Il s ‘agira pour la première fois de permettre à deux femmes d’être les deux mères d’un même enfant. Pourtant, l’existence de deux mots distincts, père et mère, signifie que l’un ne peut se substituer à 1’autre car le rôle des mères et des pères ne sont pas équivalents. L’ANM estime que, de plus en plus malmenée par les évolutions sociétales, la figure du père reste pourtant fondatrice pour la personnalité de l’enfant comme le rappellent des pédopsychiatres, pédiatres et psychologues qui demeurent dans leur majorité pour le moins réservés sur cette innovation radicale. A la différence notoire des situations subies par certaines familles monoparentales, des réserves médicales sont également exprimées sur 1’extension de la procréation volontaire aux femmes seules en raison de 1’observation d’une vulnérabilité, source d’anxiété et de fragilité maternelle avec des couples mère/enfant qui peuvent être pathologiques comme cela a été souligné lors des auditions par la commission spéciale à 1’Assemblée nationale. Dans tous les cas d’extension de 1’AMP, on ne peut méconnaître la question de l’altérité et celle de la différence homme-femme. »

Plus généralement l’Académie nationale de médecine veut encore souligner que la « PMA pour toutes » (comme celle de l’autoconservation des ovocytes par volonté personnelle) correspondent à des demandes sociétales pour des femmes qui ne souffrent d’aucune pathologie de la reproduction. « II ne s’agit aucunement d’indications médicales conformes à la mission de la médecine qui est de soigner, souligne-t-on rue Bonaparte. Ce changement de nature de l’acte médical n’est pas sans soulever de sérieuses questions de fond pour 1’avenir de la pratique médicale. » A n’en pas douter, ces questions seront soulevées. Les réponses risquent de nous parvenir un peu trop tard.

A demain @jynau

1 Le rapport est signé: Jean-François Mattei (rapporteur) au nom du Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine. Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine: Catherine Barthélémy, Marie-Germaine Bousser, Jacques Bringer, Jean Dubousset, Gilles Crépin, Elisabeth Eléfant, Claudine Esper, Jean-Noël Fiessinger, Dominique Lecomte, Yves Le Bouc, Jean-Roger Le Gall, Jean-François Mattei, Dominique Poitout, Paul Vert.

L’Académie dans sa séance du mardi 18 septembre 2019, a adopté le texte de ce rapport par 69 voix pour, 11 voix contre et 5 abstentions.

«PMA pour toutes» : avant la «malédiction», le devoir de participer à la manifestation

Bonjour

Y aurait-il ici un grand architecte organisant la montée en pression médiatique ? Hier un philosophe catholique traite de la « malédiction » associée à la volonté gouvernementale de permettre « à toutes les femmes » (veuves exceptées) d’avoir accès aux techniques de procréation médicalement assistée (PMA). Aujourd’hui la voix au chapitre médiatique est prise par Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la la Conférence des évêques de France (CEF).

Cela s’est passé au célèbre Collège parisien des Bernardins. Un endroit, observe Le Monde (Cécile Chambraud)  qui « est en passe de devenir le cadre privilégié des relations entre l’Eglise catholique et la République macronienne ». Les fidèles des deux camps se souviennent encore que le 9 avril 2018le président de la République française y menait une étrange opération de séduction envers les catholiques – allant jusqu’à encourager ces derniers à nourrir de leurs réflexions critiques le débat sur la révision des lois de bioéthique.

Et c’est au même endroit que plusieurs « figures de l’épiscopat » ont exprimé, lundi 16 septembre, tout le mal qu’elles pensent du texte adopté samedi en commission par les députés, et qui viendra en séance publique à l’Assemblée nationale dès le 24 septembre.

Dissociation de la sexualité et de la procréation

« A ce stade du débat parlementaire, souligne Le Monde, le moment était propice pour s’adresser à l’opinion catholique et l’alerter en particulier contre l’extension de la PMA à toutes les femmes et contre les risques de manipulation du génome humain perçus dans les dispositions du projet de loi. Sur l’estrade du grand auditorium des bernardins, retransmis en direct par la chaîne de télévision KTO, le panel d’orateurs a élevé le ton. » A commencer par son président :

Mgr de Moulins-Beaufort : « Nous devons constater que nos responsables politiques restent aveugles aux enjeux de ce qu’ils vont décider et qu’ils ne tiennent pas vraiment compte du résultat des Etats généraux (…) On livre la procréation à la manipulation médicale et la filiation au bricolage que la sophistication de nos sociétés est capable d’imaginer par toute une ingénierie juridique ».

Dr Michel Aupetit, archevêque de Paris :  « Nous sommes dans l’ère du professeur Nimbus et des savants fous (…) Il faut donner un statut juridique à l’embryon humain ». 

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et spécialiste de la bioéthique à la CEF : « Une telle révolution dans le droit de la filiation est-elle voulue par le peuple français ? ».

Le devoir de le faire

Interrogé à l’issue de la réunion des Bernardins, Mgr de Moulins-Beaufort a apporté tout son soutien à la manifestation du 6 octobre à laquelle seront présents, à droite et plus, François-Xavier Bellamy et Marion Maréchal : « Je ne vois pas comment nous pourrions empêcher des citoyens, catholiques ou non, inquiets de ce projet de loi, de manifester s’ils pensent que c’est un moyen utile pour se faire entendre et pour faire progresser le débat. Et j’aurais tendance à dire qu’ils ont le devoir de le faire. » 

On aura compris qu’après son opposition séculaire à toute forme de dissociation de la sexualité et de la procréation humaines, la hiérarchie catholique française ne pouvait faire l’économie du combat contre l’extension de la PMA à « toutes les femmes » – en éclairant sur toutes les modifications qu’elle entraîne dans le champ de la parentalité avec la « suppression de l’ascendance paternelle ».

Pour en savoir plus, prière de se reporter au dernier livre en date rédigé par Mgr d’Ornellas, Bioéthique, quel monde voulons-nous ? (Codédition Bayard, les Editions du cerf, MAME). En attendant de manifester, ou pas.

A demain @jynau

Interdire la PMA «post mortem» : Agnès Buzyn remporte in extremis la première manche

Bonjour

C’est la polémique inversée que l’on n’attendait pas : Agnès Buzyn défendant haut et fort la « PMA pour toutes » et voulant, dans une forme de réflexe « paternaliste », interdire la « PMA post mortem. Elle s’en expliquait le 8 septembre sur France Inter :

« La logique serait de dire, acceptons-le. Si on accepte la PMA pour les femme seules, acceptons-le pour les spermatozoïdes de leur conjoint. Ce que je ne souhaiterais pas, c’est que des femmes vulnérables, en situation de deuil et parce que c’est permis par la loi, se trouvent sous une pression sociétale ou familiale (…) ‘’vous avez ces gamètes… si vous aimez votre mari faites donc un bébé … j’aimerais tant avoir un petit-fils ….’’ Mon inquiétude c’est cette pression de la famille sur des femmes qui sont dans un travail de deuil et qui n’auraient pas d’autres choix que de faire un bébé alors que, peut-être, certaines souhaitent refaire leur vie autrement. C’est cette vulnérabilité là que je souhaite faire partager avec les députés. »

Trois jours plus tard elle vient de remporter une première manche. » La commission spéciale sur la de bioéthique de l’Assemblée nationale s’est prononcée contre l’ouverture du droit, pour les femmes veuves, à disposer des gamètes de leurs maris défunts, nous apprend La Croix (Béatrice Bouniol). Un sujet qui divise jusqu’au sein de la majorité. Le débat a été long et le vote serré. Cette disposition, qui ne figure pas dans le projet de loi initial, cristallise les oppositions entre le ‘’techniquement possible’’ et ‘’l’éthiquement souhaitable’’ ».

« Si le texte prévoit, dans son article premier, l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, la PMA post mortem n’y figurait pas, observe  Libération (Laure Equy) . Il ne s’agit en aucun cas d’un oubli du gouvernement, a insisté Agnès Buzyn la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, en pointant les ‘’risques pour la construction de l’enfant’’ et la possibilité de pressions familiales sur la veuve. Mais une quinzaine d’amendements, dont ceux du co-rapporteur (LREM) Jean-Louis Touraine, ancien socialiste, visaient à l’autoriser. Il est question de permettre l’insémination ou l’implantation d’un embryon à une femme, engagée avec son conjoint dans une démarche de PMA, après la mort de ce dernier. Jean-Louis Touraine proposait de demander, au début du parcours de PMA, le consentement en cas d’un éventuel décès et de fixer des bornes dans le temps. »

Reprise de la polémique fin septembre

En 2016, le Conseil d’État a autorisé une femme à disposer et à exporter les gamètes de son mari défunt pour pratiquer une PMA en Espagne, pays où cette pratique est autorisée. Est-ce là une brèche qui pourrait inciter d’autres femmes à saisir la justice ?  Où l’on retrouve aussi, effet domino, celles et ceux qui évoquent l’« impasse éthique » que constituerait l’ouverture de la PMA non pas aux « couples de femmes » mais bien aux « femmes seules ». Comment pourra-t-on justifier que l’on puisse autoriser une femme veuve à recourir éventuellement à une PMA grâce au don d’un tiers, mais lui refuser l’accès au don de l’homme avec lequel elle a eu un projet parental ? Sans même parler de la question des embryons conservés par congélation et qui, en cas de disparition du conjoint doivent être détruits ou donnés. 

« La PMA pour les femmes seules n’entraîne pas la PMA post-mortem », croit toutefois pouvoir avancer la députée macronienne Aurore Bergé coresponsable LREM sur le projet de loi. Ce qui, comme le souhaitait le gouvernement, fut confirmé, d’extrême justesse par le vote des députés de la commission. Reprise de la polémique devrait se poursuivre lors du passage du texte dans l’hémicycle, fin septembre.

A demain @jynau