Faire la nique à Trump : le pronom neutre «they» vient d’être élu mot anglo-américain de l’année

Bonjour

Qu’en dirait Orwell ? En langue anglaise contemporaine « they » est (aussi) utilisé pour désigner les personnes dites «non-binaires», ne s’identifiant ni comme homme ni comme femme. « They » a, le 10 décembre 2019, été élu mot de l’année par le dictionnaire américain en ligne Merriam-Webster. « Aux Etats-Unis, de plus en plus d’Américains progressistes revendiquent leur droit de choisir par quel pronom ils souhaitent être désignés, indépendamment de leur sexe de naissance, un combat parfois affiché sur leurs cartes de visites, signatures d’e-mails et comptes sur les réseaux sociaux » nous résume l’Agence France Presse.

Désormais les personnes non-binaires revendiquent d’être désignées par le pronom neutre «they» (on se souvient qu’il est aussi le pronom de la troisième personne du pluriel en anglais). «Il n’y a aucun doute sur le fait que son utilisation est désormais entrée dans la langue anglaise, et c’est pourquoi nous l’avons ajouté à notre dictionnaire en septembre», explique Merriam-Webster sur son site, ajoutant que les recherches pour «they» avaient bondi de 313% en un an.

A savoir : les personnes non-binaires jouissent d’une représentation accrue dans les séries télévisées et chez les stars – grâce notamment à l’artiste britannique Sam Smith. Le géant Apple a aussi récemment ajouté des émoticônes «neutres», dont on ne distingue pas le genre, dans la dernière version de son système d’exploitation. On attend désormais, via Twitter, le commentaire binaire de l’homme le plus puissant de la planète.

A demain @jynau

« Faire la nique (à qqn/à qqc.)». Faire de la tête un signe de mépris ou de moquerie à l’encontre de quelqu’un ou quelque chose. Synon. se moquer.« Philippe sera écrasé un de ces jours », dit Larzac. « Est-ce bête de faire la nique aux taxis quand on n’a qu’une jambe! » (Bourget, Drame,1921, p. 126)

Messieurs, tout ce qu’il vous faut savoir avant le médicament contre la chute de vos cheveux

Bonjour

Que ferions-nous sans notre Agence du médicament ? L’ANSM publie aujourd’hui une fiche d’information « à destination des hommes qui prennent actuellement du Propecia® et génériques (finastéride) pour traiter la chute de leurs cheveux ou pour lesquels la prescription est envisagée ». Où l’on voit que la transparence progresse :

« Elaborée en concertation avec les associations de patients et les professionnels de santé concernés, cette fiche vise à renforcer l’information des patients sur le risque de survenue de certains effets indésirables, tels que des troubles psychiatriques et/ou de la fonction sexuelle associés à la prise de finastéride ». Cette fiche rappelle :

  • les bénéfices escomptés au regard des risques associés à la prise de ce médicament indiqué dans certaines formes peu évoluées de calvitie (alopécie androgénétique) chez l’homme âgé de 18 à 41 ans ;
  • l’intérêt de s’accorder un délai de réflexion avant de commencer ce traitement de longue durée ;
  • la conduite à tenir en cas d’effets indésirables (diminution de la libido, troubles de l’érection, problème d’éjaculation tel qu’une diminution du volume de l’éjaculat, dépression) ;
  • et notamment l’arrêt du traitement en cas de modification de l’humeur.

Destinée à être remise par le médecin lors de la consultation et par le pharmacien au moment de la délivrance, cette fiche est un outil de dialogue entre le patient et ses professionnels de santé. Elle est également téléchargeable sur le site de l’ANSM.

L’ANSM poursuit par ailleurs ses investigations dans le double objectif d’améliorer les connaissances sur les effets indésirables du finastéride et de renforcer la sécurité d’utilisation de ce médicament. L’utilisation du finastéride 1 mg fait actuellement l’objet d’une surveillance étroite tant au niveau européen que national. Il importe que les informations relatives à sa sécurité soient largement partagées.

Avant d’en arriver à son retrait ?

A demain @jynau

Mutations du VIH : alerte aux premières contaminations sous prophylaxie pré-exposition

Bonjour

C’est une publication qui, au choix, rassurera ou sonnera comme une alerte : « Brief Report: Incidence of HIV in a Nationwide Cohort Receiving Pre-exposure Prophylaxis for HIV Prevention » (J Acquir Immune Defic Syndr. 2019 Dec 15;82(5):427-430.). Une information heureusement reprise par Le Quotidien du Médecin (Charlène Catalifaud).

Les auteurs américains rapportent six cas d’infection par leVIH chez des personnes sous prohylaxie pré-exposition (PrEP). Des données issue d’une « étude de cohorte rétrospective en vie réelle » menée sous l’égide de la Veterans Health Administration. Soit 825 personnes ayant démarré une PreP (emtricitabine/fumarate de ténofovir disoproxil, Truvada® et génériques) entre juillet 2012 et avril 2016 avec prise quotidienne – âge moyen 41 ans – durée médiane d’utilisation de la PreP : 8 mois.

Infectées malgré une prise correcte du traitement.

Quatre des personnes infectées ont fait état d’interruptions de traitement prophylactique allant de 4 à 162 jours. Elles ont été infectées au cours des périodes où elles n’étaient plus sous PrEP. Les deux autres personnes ont été infectées malgré une prise correcte du traitement. Et l’analyse génomique du VIH a montré que celui-ci était porteur d’une mutation appelée M184V au niveau de la transcriptase inverse, mutation associée à une résistance à l’emtricitabine, un des antirétroviraux de la PreP.

Rappelons qu’en France plus de 20 000 personnes ont depuis 2016 déjà eu recours à la PrEP  (derniers chiffres communiqués par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) 1.

« Les résultats actualisés montrent que la diffusion de la PrEP en France se poursuit et s’intensifie. Ainsi, le nombre de personnes de 15 ans et plus ayant initié un traitement par Truvada® ou générique pour une PrEP depuis 2016 atteint 20 478 au 30 juin 2019, soit le double du chiffre atteint fin juin 2018.  La grande majorité (80 à 85%) des utilisateurs renouvellent leur traitement d’un semestre à l’autre, suggérant un bon niveau de maintien de la PrEP  après son initiation.

« Les utilisateurs de la PrEP sont principalement des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), âgés de 37 ans en moyenne, résidant en Ile-de-France ou dans une grande métropole. L’utilisation de la PrEP reste rare dans les DOM-TOM où, par ailleurs, les nouveaux diagnostics de séropositivité sont les plus nombreux. Conformément aux conditions de prescription actuelles (sic) l’initiation de la PrEP est très majoritairement effectuée à l’hôpital  (dans 90% des cas). Il en est de même pour son renouvellement (85% des cas). »

 Autoriser les médecins généralistes à pouvoir prescrire ?

« Les chiffres illustrent la réelle appropriation de cette stratégie de prévention en France, en particulier parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), souligne l’ANSM. Toutefois, les efforts doivent être poursuivis afin d’assurer la plus grande accessibilité à la PrEP pour toutes les populations concernées en France. » C’est ainsi que le Conseil national de l’Ordre des médecins demande désormais (dans son dernier bulletin et par la voix du Dr Patrick Bouet, son président) que les généralistes puissent être, au plus vite, des «primo-prescripteurs ». Un décret en ce sens est annoncé pour le premier semestre 2020

S’inquiéter de la publication américaine et de la possible sélection de souches résistantes ? Rappeler l’essentiel, au risque de ne pas être entendu ? L’essentiel : l’utilisation du Truvada® dans la PrEP ne se comprend, raisonnablement, que  « dans une stratégie de prévention diversifiée de la transmission du VIH par voie sexuelle comprenant également la promotion de l’usage du préservatif,  le recours au dépistage régulier du VIH et des autres IST, la connaissance du statut virologique VIH du/des partenaires, le recours au « Treatment as Prevention (TasP) » chez le partenaire séropositif et le recours à la prophylaxie post-exposition ».

Comment mener au mieux, ici, une politique efficace de réduction des risques ? Se rassurer à tout prix ou donner l’alerte ?

A demain @jynau

1 L’accès au Truvada® dans la PrEP a été possible en France dès janvier 2016 dans le cadre d’une RTU, et depuis le 1er  mars 2017, le Truvada® bénéficie d’une extension d’AMM dans la PrEP.

L’histoire de la femme qui trouve une bouteille de whisky bien entamée cachée dans le garage

Bonjour

Alors, que ferez-vous avec l’alcool en janvier ? Nous sommes à la croisée politique de la réduction des risques. « Dry January » à la française (interdit par le président de la République) versus « JanvierSøbre » (soutenu par le chef de cabinet du président de la République).

La polémique enfle qui éclairera peut-être certaines poussières laissées sous d’épais tapis de l’exécutif et des industriels des alcools. Dans l’attente ce texte édifiant publié sur Slate.fr Lucile Bellan.  Ce texte est publié dans la rubrique « C’est compliqué» – une affaire somme toute assez simple :

« Un courrier du cœur moderne » dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: cestcomplique@slate.fr. Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C’est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici. Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là. »

« Chère Lucile,

J’ai bientôt 40 ans et je suis en couple avec un homme depuis dix ans. Nous avons deux enfants âgés de 6 ans et 4 ans. J’ai découvert que mon compagnon avait un souci avec l’alcool il y a quatre ans, en tombant par hasard sur une bouteille de whisky bien entamée cachée dans notre garage. Des souvenirs me sont alors revenus, qui m’ont fait prendre conscience que le problème est là depuis bien longtemps, mais je ne m’étais rendu compte de rien. Avant même que nous ayons notre premier enfant, j’avais découvert une bouteille de whisky cachée au fin fond d’un placard dans la cuisine, mais à cette époque, je faisais repeindre le plafond et j’en avais déduit que c’était l’artisan (…) »

 La suite sur Slate.fr : « J’ai découvert que mon compagnon avait un souci avec l’alcool  [C’est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Sylvie, dont le compagnon alcoolo-dépendant refuse de se soigner et met sa famille en danger. »

A demain @jynau

Agressions sexuelles, attouchements d’enfants : sursis pour le pédopsychiatre expert judiciaire

Bonjour

Selon que vous serez expert judiciaire ou que vous ne le serez pas ? Il y a quelques jours un pédpsychiatre âgé de 71 ans comparaissait devant le tribunal correctionnel de Poitiers pour cinq agressions sexuelles – accusé de s’être livré à des attouchements notamment sur des enfants et adolescents. L’AFP nous apprenait alors que le parquet avait  requis cinq ans de prison pour «des actes décalés, inutiles à la pathologie des patients» à l’encontre de l’expert en pédopsychiatrie, Philippe Jouin.

Ce spécialiste de l’enfance avait effectué toute sa carrière au centre hospitalier de La Roche-sur-Yon (Vendée), s’était dit étonné qu’on puisse lui reprocher ces agressions sexuelles «par personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction», entre septembre 2010 et janvier 2014.

La justice avait dépaysé le dossier à Poitiers : le médecin (qui a réalisé près de 10.000 expertises pour les institutions judiciaires vendéennes pendant plus de trente ans) ne pouvait raisonnablement être jugé en Vendée. Des membres de son équipe avaient transmis en janvier 2014 à la direction de l’hôpital les curieux examens du Dr Jouin, radié par la suite en 2015 par son conseil de l’Ordre. Une enquête administrative avait par la suite fait état d’examens injustifiés, touchers rectaux ou vaginaux, sur des enfants et adolescents, filles et garçons vulnérables hospitalisés en psychiatrie dans l’unité psychiatrie infanto-juvénile dirigée par le Dr Jouin.

« Viols de mineur par personne ayant autorité »

« Ainsi, une jeune fille avait subi une pénétration digitale pour vérifier qu’il ‘’ne s’agissait pas de vaginisme’’, rapporte l’AFP. ‘’En aucun cas, ça ne fait partie de votre mission!’’, s’est indigné la présidente du tribunal correctionnel. ‘’Je suis assez méticuleux, je ne dis pas que j’ai bien fait mais il n’y avait pas d’autres moyens pour établir un diagnostic’’, s’est-il défendu. Une femme de 61 ans qui se plaignait de douleurs lombaires avait dû subir, lors d’une expertise, un examen vaginal poussé et prolongé du psychiatre. »

L’AFP ajoute que selon un collège d’experts, aucun doute n’était permis : le pédopsychiatre est largement sorti de sa sphère de compétence, osant pratiquer des examens intrusifs, injustifiés médicalement et qui plus est sur des patients souvent jeunes et vulnérables- des pratiques totalement étrangères aux missions d’expertises confiées par la justice. Le Dr Jouin, lui, a justifié les faits par des nécessités médicales ou des demandes émanant de ses patients.  Les faits de « viols de mineur par personne ayant autorité » reprochés au début des investigations, avaient été (pourquoi ?) requalifiés en « agression sexuelle ».

Etrange entre-soi médico-judiciaire. Le 21 novembre le pédopsychiatre a été condamné par le tribunal correctionnel de Poitiers à deux ans de prison avec sursis. Il devra verser 10.000 euros d’amende et plus de 15.000 euros aux parties civiles. Et devra aussi être inscrit au ficher des auteurs d’infractions sexuelles.

A demain @jynau 

«Violez les femmes !» Combien Finkielkraut devra-t-il payer pour son «second degré» ?

Bonjour

Quel est aujourd’hui le prix du second degré incompris ? On se souvient du déjà tristement célèbre « Violez, violez, violez ! Je dis aux hommes : violez les femmes. D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs ! », du philosophe Alain Finkielkraut, face à la militante féministe Caroline lors de « La Grande Confrontation » (mercredi 13 novembre, LCI). La séquence (quatre secondes), partagée sur les réseaux par l’organisation féministe «Nous Toutes», a été très vue et suscite depuis d’innombrables commentaires. Tandis que certains reprochent le caractère tronqué de l’extrait ou appellent à «voir l’ironie dans la phrase» de l’essayiste, d’autres s’indignent des propos tenus par ce membre de l’Académie française.

Le CSA a d’ores et déjà été saisi – et une pétition demande son éviction de France Culture, où l’écrivain produit et présente depuis des décennies l’émission « Répliques ». « Lorsqu’il prononce ces mots, à moitié en rigolant, il banalise la gravité du viol conjugal », soutient Caroline De Haas. « Non, ironiser, ce n’est pas banaliser, se défend l’écrivain. Je réagissais par l’absurde à une accusation monstrueuse, celle d’être un violeur parce que je refuse d’assimiler certaines pratiques, comme la drague lourde ou la galanterie, à la “culture du viol”. »

Quel sera le prix de l’ironie incomprise ? Quatre députés LFI ont saisi le procureur de la République de Paris après des propos d’Alain Finkielkraut tenus sur LCI sur le viol, indiquent-ils vendredi 15 novembre dans un communiqué :

«Mathilde Panot, députée du Val-de Marne, Danièle Obono, députée de Paris, Ugo Bernalicis, député du Nord et Bénédicte Taurine, députée de l’Ariège du groupe la France insoumise ont saisi aujourd’hui le procureur de la République de Paris sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale, pour les propos tenus par Alain Finkielkraut le 13 novembre 2019 lors de l’émission La grande confrontation sur LCI».

Elisabeth Badinter versus Caroline De Haas 

Ciblés, donc, les mots exacts : «Violez, violez, violez. Voilà ! Je dis aux hommes : violez les femmes. D’ailleurs je viole la mienne tous les soirs… mais tous les soirs. Elle en a marre, hein, elle en a marre…». Le philosophe avait auparavant, sur le ring, fustigé «le politiquement correct», qualifié de «calvaire de la pensée». Les quatre « insoumis » «considèrent que ces propos peuvent constituer un délit aux termes de l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 : provocation  »à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre »».

Le Monde (Nicolas Truong) cite la philosophe Camille Froidevaux-Metterie, qui a publié Le corps des femmes : la bataille de l’intime (Philosophie magazine éditeur, 2018). Selon elle l’attitude de l’essayiste est « un cri de panique caractéristique de ceux qui voient leur monde s’effondrer », car le système patriarcal est en train de s’écrouler.

Rappelons que les propos d’Alain Finkielkraut avaient été prononcés aprèsun vif échange sur Roman Polanski accusé de viol en 1977 par Samantha Geimer, qui avait 13 ans à l’époque des faits. Lors d’une interview à France Inter en 2015, Alain Finkielkraut avait considéré que cet acte ne pouvait être qualifié de « viol » et ne pouvait être considéré comme « pédophile », notamment parce que Samantha Geimer « était une adolescente qui posait dénudée » pour Vogue Hommes à l’époque. Sur LCI, l’écrivain a assumé cette opinion en estimant que la jeune fille « n’était pas impubère ». 

 « Je suis admiratif du féminisme historique, qui accompagna notamment l’accès des femmes à tous les métiers, explique Alain Finkielkraut. Or le néoféminisme en est la trahison. En un mot, je préfère Elisabeth Badinter à Caroline De Haas. » On comprend qu’il ne s’agit pas, ici, de second degré. Aucun prix à payer.

A demain @jynau

« Violez ! Je viole ma femme tous les soirs … ! » Comment Alain Finkielkraut peut-il dire çà ?

Bonjour

Second degré ? Il est des émissions télévisées que nous ne regardons pas. Par exemple quand elles sont intitulées « Toutes les opinions sont-elles bonnes à dire ? ». C’était le cas de « La Grande Confrontation » diffusée le mercredi 13 novembre à 20 h 45 sur LCI (groupe TF1) ; une émission animée par un ancien présentateur de la messe publique du 20 heures : David Pujadas.

On imagine le décor : discuter de tout ce qui fâche ? Par exemple de la liberté d’expression et d’opinion en France. Pich :  « Université, médias, humour, politique… On entend de plus en plus qu’“on ne peut plus rien dire”. Le politiquement correct est-il en train d’étouffer la vie publique ? Ou bien faut-il au contraire saluer comme un progrès la sensibilité nouvelle aux expressions stigmatisantes, ou simplement blessantes ? » 

Pour, objectif sacré, faire de l’audience, le thème ne suffit pas. Il faut aussi des acteurs qui, sur la piste, viennent (plus ou moins gratuitement) pour en découdre. David Pujadas avait mitonné sa soirée, pariait sur des audiences cumulées : le philosophe et écrivain et animateur radio Alain Finkielkraut , la militante féministe Caroline de Haas, les célèbres avocats Georges Kiejman et Francis Szpiner, l’animateur (de la controversée RT France) Frédéric Taddeï, l’universitaire Maboula Soumahoro et la députée (LFI) Mathilde Panot.

Au programme : « les différentes affaires de viol relatées dans les médias ces derniers mois ». C’est alors, nous mande Le Monde, que M. Finkielkraut a développé son exposé sur le concept de « culture du viol » dans notre société :

« Il y avait autrefois les viols et il y a maintenant la culture du viol. Il y a toujours les viols. Autrefois on parlait des viols et, par les viols, on dénonçait le passage à l’acte, la pénétration forcée. Aujourd’hui, il y a la culture du viol. Cela englobe les blagues salaces, les dragueurs lourds, les attouchements et jusqu’à la galanterie. De nombreux chercheurs et chercheuses parlent de la galanterie comme une forme de culture du viol. Ainsi assiste-t-on à cette extension du concept de sexisme. Il y aurait, en France, énormément de violeurs en puissance. »

Les calvaires de la pensée

M. Finkielkraut conclut en dénonçant, une nouvelle fois,  le « politiquement correct » : « C’est la méfiance, l’insulte, l’anathème, c’est une manière de rendre une conversation civique impossible. C’est le calvaire de la pensée. »

« Vous êtes en train d’insulter les femmes victimes de viol ! », s’est alors indignée Mme de Haas, rappelant qu’en moyenne, chaque jour, « 250 femmes [sont] victimes de viol en France – c’est 94 000 par an. Il y a des viols en France, M. Finkielkraut ». Puis on en vient au point Bigard (Jean-Marie) du nom de l’humoriste a « blagué » aussi sur sur un  « viol médical » dans la célèbre émission « Touche pas à mon poste ! » (C8). 

« On ne peut ignorer que lorsqu’ils tiennent ce genre de propos, ils banalisent les violences », dénonce alors Mme de Haas avant, immanquablement, de faire référence à l’affaire Roman Polanski (évoquée plus tôt dans le « débat » par M. Finkielkraut) : « Quand on dit qu’“une fille de 13 ans, violée par un réalisateur, en l’occurrence Polanski, c’était pas vraiment un viol”, quand vous dites ça, M. Finkielkraut vous envoyez le message à toutes les petites filles que ce n’était pas grave. »

C’est à ce moment que l’écrivain s’est soudainement emporté: 

« Violez, violez, violez ! Je dis aux hommes : violez les femmes. D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs !Tous les soirs ! D’ailleurs elle en a marre… ».

Humour ? Second degré ou pas, la sortie incongrue du philosophe consterna le plateau. Puis M. Finkielkraut de développer son propos :

« Cette jeune fille qui avait 13 ans et 9 mois, elle n’était pas impubère. Elle avait un petit ami ; elle a eu cette relation avec Polanski. Il a été accusé de viol. Aujourd’hui, elle s’est réconciliée avec lui. Elle supplie Caroline de Haas d’arrêter de le harceler (…). Au nom de la lutte contre les viols, on veut en finir avec le tribunal judiciaire car le tribunal judiciaire, c’est le contradictoire. (…) On invite les femmes à ne plus aller vers la justice. Le quatrième pouvoir [les médias] est en train de bouffer le troisième pouvoir [la justice]. Ce qui met Edwy Plenel dans un état de délectation. Il n’est plus journaliste, il est procureur, il est magistrat du siège (…) »

Cette « séquence » a bien évidemment aussitôt suscité de nombreuses « réactions » sur les « réseaux sociaux ». Déjà des voix se lèvent pour demander au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de se pencher sur le sujet. Second degré ?

A demain @jynau

#MeToo et municipales : mode d’emploi pour pouvoir dénoncer sous couvert d’anonymat

Bonjour

« Dénonciation » ou « délation » ? Jusqu’où aller au nom de la prévention, de la réduction des risques et des bons sentiments ? C’est une plus que dérangeante tribune publiée par France Info. Une tribune aux motivations confuses et au titre étrange :   « A l’occasion des élections municipales : pour un #MeToo des territoires » ? Une tribune, qui plus est, signée par plus de 250 personnalités du monde politique et associatif qui exhortent « les formations politiques à prendre leurs responsabilités ». Objet de ce «  #MeToo des territoires » (sic) : « dénoncer les auteurs de violences sexistes et sexuelles au sein de certains conseils municipaux ».

Les signataires de cette tribune « proposent aux victimes de témoigner en écrivant directement aux partis politiques – et ce afin qu’ils enquêtent, et le cas échéant, n’accordent pas leur investiture à tel ou tel candidat incriminé. « Nous demandons aux partis de respecter ces lettres, et surtout l’anonymat des personnes qui auront le courage de dénoncer des faits », écrivent-ils. Comment peut-on en arriver à une telle extrémité ? Exposé des motifs :

« Les élections municipales se dérouleront les 15 et 22 mars prochains. A cette occasion, des centaines de milliers de femmes et d’hommes seront élu.es pour exercer les responsabilités de conseiller·e municipal·e, d’adjoint·e et de maire pendant six ans. Parmi eux, certains ont été auteurs de violences sexistes et sexuelles lors de précédentes fonctions. S’ils venaient à être légitimés par le suffrage, ils seraient confortés dans leurs pratiques délétères.

« La vaste enquête #EntenduALaMairie a révélé la prégnance du sexisme au sein des conseils municipaux. Citoyennes, fonctionnaires territoriales, collaboratrices d’élus, journalistes et élues locales relatent des climats lourds, des propos déplacés, des regards insistants, du harcèlement, des agressions sexuelles et des viols. La presse s’est déjà fait l’écho de situations particulièrement graves, de Draveil à St-Nazaire, du Havre à Villeneuve-d’Ascq.

« Il existe pourtant un moyen simple pour éviter de nouvelles victimes dans les six ans à venir : la prévention. Les appareils politiques font le choix d’investir ou non tel ou tel candidat et ainsi de couvrir ou non des pratiques déjà connues. Afin que les partis puissent constituer leurs listes, ville par ville, en écartant les candidats sexistes et responsables de violences, nous proposons aux femmes qui estiment avoir été victimes de témoigner des faits en écrivant aux partis. »

Encourager la libération de la parole

Et les auteurs de cette initiative vont plus loin encore puisqu’il offre « une aide à la rédaction » (mise à disposition sur cette page) et ce  « pour encourager la libération de la parole » (re-sic). Mieux : les victimes qui en ont besoin y trouveront également des ressources en matière de soutien juridique et psychologique.

« Parce qu’un même agresseur s’en prend souvent à plusieurs victimes, nous devons nous unir afin que la peur change de camp. Nous demandons aux partis de respecter ces lettres, et surtout l’anonymat des personnes qui auront le courage de dénoncer des faits. Comme toute entreprise ou institution, ils pourront enquêter sur les faits dont ils auront ainsi connaissance et ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Il est temps pour les formations politiques de prendre leurs responsabilités pour garantir une ambiance de travail plus sereine dans les mairies, un fonctionnement plus apaisé de la démocratie locale et une plus grande sécurité pour les personnes victimes de violences. »

A demain @jynau

Retrouver ici la liste des signataires. On notera la présence de Manon Aubry, députée européenne France insoumise & co-présidente de la Gauche unitaire européenne, Clementine Autain, députée de Seine Saint Denis (LFI), Esther Benbassa, sénatrice EELV de Paris, Damien Carême, député européen, André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme, David Cormand, secrétaire national d’EELV et député européen, Sergio Coronado, écologiste, candidat à la mairie Bondy (Seine-Saint-Denis), Eva Darlan, comédienne, Nicolas Florian, maire de Bordeaux, Rémi Ink, journaliste, Yannick Jadot, député européen, Danièle Obono, députée de Paris, Audrey Pulvar, militante féministe, Laurence Rossignol, sénatrice de l’Oise, ancienne ministre ou encore Dominique Versini, maire-adjointe de Paris.

Pédophilie : l’Eglise de France, son étrange échange en reconnaissance de la souffrance.

Bonjour

Quel bien étrange échange. Comment le comprendre ?  Les évêques français viennent de voter, à Lourdes, le principe d’une « somme forfaitaire » qui sera donnée aux victimes des actes de pédocriminalité. Pourquoi ? Cette somme est destinée à la « reconnaissance de la souffrance » a expliqué Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF). Quel montant ? Il n’a pas (encore) été fixé. Quelques milliers d’euros par cas, laisse-t-on entendre. Quelle origine ? Un appel aux dons semble-t-il.

Ce serait là « un geste qui se veut fort » à l’égard des victimes des prêtres pédophiles. Une reconnaissance de l’« agression subie » mais aussi, dans la foulée  le « silence, la négligence, l’indifférence, l’absence de réaction, de mauvaises décisions ou de dysfonctionnements au sein de l’Eglise ». Un mea culpa qui ne saurait être que sonnant et trébuchant ?

Les années 1950, 1960, 1970 …..

est désormais établi, via la « commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise »  (Ciase) que la « majorité des abus sexuels se sont produits dans les années 1950, 1960, 1970, beaucoup plus que dans les décennies ultérieures ». En cinq mois, « 2 800 signalements » ont été réalisés, par des appels téléphoniques, des e-mails et des courriers ; 800 personnes ont répondu à un questionnaire détaillé et une vingtaine de victimes ont été entendues.

Ces précisions chiffrées ont été apportées par Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’Etat aujourd’hui à la tête de la Ciase qui  réunit une vingtaine de membres chargés de faire la lumière sur les crimes commis par des clercs ou des religieux depuis les années 1950. Elle doit rendre des préconisations début 2021. Dans l’attente, quel bien étrange marché que cette « somme forfaitaire » donnée en « reconnaissance de la souffrance ».

A demain @jynau

Harcèlements sexuels : le corps des soignants français est bien loin d’être indemne

Bonjour

Qui, vers la fin du XXème siècle, aurait imaginé une « enquête sur le harcèlement sexuel dans le milieu médical en France » ? Nous sommes en 2019 et cette enquête vient d’être faite, ses résultats publiés 1. Seront-ils contestés ? Qu’apprend-on ? Ceci :

« Une femme médecin sur six a déjà été harcelée sexuellement par un autre professionnel de santé au cours des six dernières années. Tous sexes confondus, le harcèlement sexuel touche un médecin sur douze. Les praticiens les plus jeunes (- 45 ans) sont trois fois plus fréquemment victimes de harcèlement sexuel que leurs collègues plus âgés.

« Préoccupants et ‘’banalisés’’ ces actes de harcèlement ont des conséquences néfastes sur les victimes : 40% adoptent des mauvaises habitudes de vie (consommation d’alcool, de tabac ou de médicaments, etc.) et trois sur quatre reconnaissent que le harcèlement sexuel au travail a une incidence sur la qualité des soins prodigués aux patients.

« Dans plus de 70% des cas, les victimes ne dénoncent pas leur agresseur. Les médecins sont six fois plus fréquemment harcelés par un patient que par un collègue — 1/4 des victimes témoignent de comportements inappropriés comme des demandes de rendez-vous (42%), des tentatives d’attouchement (25%) ou des demandes de rapport sexuel (8%). En interne (15% des agressions), l’agresseur occupe une position hiérarchique supérieure à celle de la victime : il est médecin à 61%.

« Pour les 2/3 des personnes interrogées, le harcèlement sexuel de la part d’un collègue se traduit par des commentaires à connotation sexuelle sur le physique, et pour la moitié d’entre elles, par des propositions de relations sexuelles. Près du tiers ont cité des demandes répétées de rendez-vous ou un envahissement délibéré sur leur sphère personnelle.

« Une victime sur vingt a reçu des propositions de promotion en échange d’une relation sexuelle ou des menaces en cas de refus. Les infirmières sont également concernées : elles sont 51% à avoir été victimes ou témoins de harcèlement sexuel ces trois dernières années. Parmi les répondants, les personnes de moins de 45 ans sont aussi les plus touchées (44% victimes ou témoins) et beaucoup indiquent que c’est surtout en début de pratique ou en cours de stage que le risque est le plus grand.

« À la suite de l’incident, 20% des victimes ont envisagé de démissionner, 8% l’ont fait. »

Ces données seront-elles contestées ? Que peut-on, raisonnablement, ajouter ?

A demain @jynau

1 Enquête réalisée par Medscape (filiale de WebMD Health Corp).  1007 médecins pratiquant à plein temps en France ont témoigné de leur expérience à travers un sondage en ligne entre le 7 juin et le 13 août 2019. Un peu plus de la moitié étaient des hommes (55%), salariés (70%) et travaillant à l’hôpital (63%). Ont également répondu 88 internes/étudiants en médecine et 76 infirmières/sages femmes. Environ un répondant sur 7 était médecin généraliste. Les autres spécialités les plus représentées étaient la médecine d’urgence et la psychiatrie (10%), l’anesthésiologie (7%), et la cardiologie (6%).

Medscape a interrogé les professionnels de santé sur leur expérience en lien avec des abus, harcèlement ou inconduite à caractère sexuel, tels que décrits dans la loi du 6 août 2012 : « le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle, qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Est assimilé au harcèlement sexuel le fait, même non répété, d’user de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, au profit de l’auteur des faits ou d’un tiers. »