«Arrêt-maladie en un clic» : le promoteur allemand répond aux accusations de la France

Bonjour

On se souvient de l’affaire « arrêt-maladie en un clic » 1 Soit l’arrivée en France d’un système ubérisé de téléconsultation médicale (arretmaladie.fr) qui a soudain déclenché la colère de l’Assurance maladie, des syndicats médicaux et de l’Ordre des médecins. On se souvient notamment des accusations peu amènes de Nicolas Revel, directeur général de l’Assuramce maladie et du Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre. Des accusations qui visaient le Dr Can Ansay, avocat et docteur en droit de Hambourg, à l’origine de cette entreprise.

Nous avons demandé au Dr Ansay s’il acceptait de répondre aux accusations et aux poursuites dont il faisait l’objet. Nous publions ici ses réponses. En laissant grande ouvertes, s’ils le souhaitent, les portes de ce blog à Nicolas Revel et au Dr Patrick Bouet.

Etes-vous surpris des attaques dont vous faites l’objet en France (Assurance-maladie et Ordre des médecins)? « – Oui, j’ai été très surpris. Car contrairement à l’Allemagne, avant d’entrer sur le marché français, je m’assurais auprès des avocats français que notre prestation était 100% légale et que nos congés maladie étaient 100% valables. Ce sont des points cruciaux que personne n’a jamais remis en question.

« Il n’y a pas de critiques majeures, car toutes les personnes impliquées bénéficient des avantages de notre technologie. Parce que nous rendons les services médicaux beaucoup plus rapides, plus fiables, plus pratiques et moins chers en utilisant les technologies de l’information et l’intelligence artificielle. Nous l’avons déjà prouvé en Allemagne avec plus de 30 000 certificats d’arrêt de travail, nous n’avons reçu aucune plainte pour mauvais diagnostic ou abus.

« Notre service permet non seulement d’économiser beaucoup de temps aux patients et aux médecins. En augmentant l’efficacité et la qualité, nous pouvons également réduire considérablement les coûts pour le système de santé en ex. réduire le coût des congés de maladie à 5 €, que la CNAM pourra alors nous rembourser directement. Ce serait une économie pouvant atteindre 100 millions d’euros par an.

« Je suis surpris que certains critiques qualifient cette augmentation d’efficacité et de qualité de commercialisation contraire à l’éthique et l’évaluent négativement. Au contraire, je trouve contraire à l’éthique de ne pas utiliser ces grands avantages de notre technologie et, par exemple, pour forcer un patient souffrant de migraine dans le pays à se rendre simplement au bureau du médecin le plus proche pendant des kilomètres, même s’il connaît bien le diagnostic et les recommandations de thérapie.

« Au lieu de combattre notre service avantageux, en France, il vaut mieux combattre le présentisme où les Français sont champions d’Europe. Selon une étude, 62% des salariés français se rendent au travail malgré la maladie et nuisent ainsi à leur santé et à leur employeur (Le Monde du 11 janvier 2019)

« Par conséquent, tous les experts vous conseillent de rester à la maison avec un rhume léger, afin de ne pas infecter vos collègues. Malheureusement, le système en France oblige les travailleurs à se rendre au travail parce qu’ils ne peuvent pas se passer d’une perte de salaire. Au lieu de passer une journée à se détendre, les travailleurs se traînent pour aller au travail, puis abandonnent plusieurs jours par semaine plus tard. En témoigne le nombre de jours d’arrêt maladie en France d’environ 18 jours.

« Soit dit en passant, je trouve le système avec une seule compagnie d’assurance maladie bien meilleur qu’en Allemagne, où des centaines de compagnies d’assurance maladie ont été fondées dans le but d’augmenter la concurrence et l’innovation à travers la concurrence. Mais la CPAM / CNAM est beaucoup plus innovante car la transmission numérique des congés de maladie est déjà possible en France, ce qui ne sera pas possible en Allemagne pour longtemps. La prochaine fois que je rencontrerai le ministre allemand de la Santé, je recommanderai donc qu’il présente également le modèle français en Allemagne.

Heureusement, des deux lettres de la CNAM et de la CNOM, il s’ensuit que la critique ne faisait référence qu’aux informations sur mon site que j’ai maintenant modifiées ou supprimées. Il est plus important pour moi que les experts approuvent arretmaladie.fr, par ex. Roland MICHEL (Délégué Général chez Stratégie Innovations Santé):
https://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/telemedecine-l-assurance-maladie-attaque-en-justice-le-site-arretmaladie-fr-1201-1214297.html


Que répondez-vous à l’accusation de « tromperie » (concernant le remboursement) ?« – J’ai supprimé les informations de remboursement pour examen juridique. J’ai affirmé sur le site Web que les frais étaient fondamentalement remboursables. Ce faisant, je me suis référé à un site ameli.fr, qui pour moi doit être compris de telle sorte que chaque patient reçoive au moins 30% de remboursement de la CPAM. Parce que sur le site il y a une photo d’une téléconsultation et il est dit ci-dessous que le patient reçoit un remboursement de 30% quel que soit le médecin qu’il consulte: https://www.ameli.fr/haute-saone/assure/remboursements/etre-bien-rembourse/medecin-traitant-parcours-soins-coordonnes

Que ferez-vous si la demande d’interdiction est prononcée par la justice ? Ferez-vous appel ?« – Je ne sais pas pourquoi notre site Web devrait être interdit car nous avons répondu à toutes les demandes CNAM / CNOM et modifié les informations sur notre site. Il n’est pas non plus légalement possible d’interdire notre site. Mais s’il devait y avoir un jugement interdisant notre site Web, je ferais bien sûr appel. Si mon site est interdit, livi.fr et qare.fr 2 doivent également être interdits, car ces sites proposent également des arrêts maladie en ligne, pour une longue durée et une fréquence illimitée et des maladies illimitées.

Quelles étaient (quelles sont) vos perspectives de développement en France ?«  – Dans les prochaines semaines, nous optimiserons notre service en France afin qu’il ait la même efficacité et qualité qu’en Allemagne. Ensuite, nous ajouterons les autres maladies comme cause de congé de maladie, de sorte que nous offrons un total de sept maladies. Nous voulons également que le patient ne nous paie pas directement, mais que l’assurance maladie nous paie directement un montant beaucoup moins cher. Cela signifie que beaucoup plus de patients peuvent bénéficier des avantages de notre service. Nous avons également développé un Symptom Checker, que nous lancerons prochainement en France.

Comment expliquez-vous la différence existant, sur ce sujet, en Allemagne et en France ?  «  – En Allemagne, seule la troisième plus grande compagnie d’assurance maladie a commenté nos débuts en Allemagne à l’époque et a déclaré que vous acceptez nos congés de maladie comme tout le monde. Cependant, 95% de nos patients en Allemagne sont légalement assurés et ne reçoivent aucun remboursement. les présidents des associations médicales des différents États allemands étaient très différents. La mentalité en France est également plus passionnée qu’en Allemagne, où les autorités et les fonctionnaires sont plus factuels.

A demain  @jynau

1 Nau J-Y « Pourra-t-on bientôt commander un arrêt maladie sans bouger de son lit ? » Slate.fr 13 janvier 2020

2 Pour sa part Hellocare (fondé en 2016) estime que le lancement d’arretmaladie.fr « a créé une telle virulence auprès de divers syndicats et auprès de l’Ordre des Médecins que l’image de la télémédecine en pâtit ».  Dans ce contexte, Mathilde Le Rouzic, COO de Hellocare – plateforme e-santé mettant en relation les professionnels de la santé et les patients –  explique « rejoindre les pouvoirs publics » et « s’efforcer à s’opposer à une ubérisation de la médecine ».  Mathilde Le Rouzic :

«  La vulgarisation de la téléconsultation – à travers les services délivrés par des acteurs tels que arretmaladie.fr – véhicule une très mauvaise image de notre métier, et ce au dépit de notre volonté d’être en conformité avec la réglementation. Nous sommes affligés de constater que certains s’engouffrent dans des brèches – et profitent d’un contexte sociale fragilisé par des grèves – pour développer leur visibilité. Le site arretmaladie.fr utilise un Hubspot pour collecter les données de santé. Ainsi, les données sensibles sont envoyées directement dans un CRM dont les bases sont hébergées sans le niveau de sécurité adéquat aux USA. Nous espérons une réponse rapide et ferme du gouvernement et pouvoirs publics ainsi qu’un meilleur encadrement de ces pratiques afin que l’image de ceux qui respectent la réglementation ne soit pas pénalisée. »

A l’attention des malades souffrants et des toxicomanes : la nouvelle donne du Tramadol®

Bonjour

C’est une nouvelle étape dans la politique de réduction des risques inhérents aux médicaments. Après avoir (enfin) obtenu le retour du paracétamol et de l’aspirine derrière le comptoir du pharmacien d’officine, le directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient de réussir à réduire la durée de prescription de la pléiade de spécialités contenant du tramadol :

BIODALGIC, CONTRAMAL, MONOALGIC, MONOCRIXO, OROZAMUDOL, TAKADOL, TOPALGIC, ZAMUDOL, ZUMALGIC et TRAMADOL GENERIQUESIXPRIM, ZALDIAR, TRAMADOL/PARACETAMOL GENERIQUES. SKUDEXUM.

Détail : en 2017, 6,8 millions de Français avaient consommé au moins une fois dans l’année l’une de ces spécialités.

On rappelle à cette occasion que le tramadol est indiqué uniquement indiqué « dans le traitement des douleurs modérées à intenses » mais qu’il « ne doit pas être prescrit dans le traitement de la migraine ». « Pour limiter le risque de dépendance, il doit être prescrit pendant la durée la plus courte possible, ajoute l’ANSM. Pour éviter un syndrome de sevrage, la posologie doit être diminuée progressivement avant l’arrêt du traitement. » Sans oublier qu’il « expose à des risques de convulsions ».

Décision : la durée maximale de prescription des médicaments contenant du tramadol est réduite de 12 mois à 3 mois. Elle sera applicable à compter du 15 avril 2020. Au-delà de 3 mois, la poursuite d’un traitement par tramadol (voie orale) nécessitera une nouvelle ordonnance.
 

Il s’agit ici de « limiter le mésusage » ainsi que les risques de dépendance. Cette mesure découle notamment des enseignements émergents de l’Etat des lieux sur la consommation des opioïdes et de la feuille de route 2019-2022 publiée par le Ministère de la Santé « Prévenir et agir face aux surdoses d’opioïdes ». 

Il s’agit surtout de (tenter de) lutter contre ce que montrent plusieurs enquêtes du réseau d’addictovigilance (CEIP-A). Le tramadol est ainsi devenu, en France le premier antalgique opioïde cité à la fois chez les usagers de drogue mais également dans la population générale pour le traitement de la douleur.

Les « usages problématiques » observés sont notamment une dépendance avec des signes de sevrage survenant même lors de prises à doses recommandées et sur une courte période – dépendance entraînant « une prise persistante par des patients qui ne présentent plus de douleur ». C’est aussi le premier antalgique impliqué dans les décès liés à la prise d’antalgiques, devant la morphine. C’est encore le deuxième antalgique le plus fréquemment retrouvé sur les ordonnances falsifiées présentées en pharmacie, derrière la codéine.

« Les médecins connaissent mal la molécule et les patients ne reconnaissent pas toujours les signes de dépendance  explique, dans Le Monde (Chloé Hecketsweiler) Nathalie Richard, directrice adjointe des médicaments antalgiques et stupéfiants à l’ANSM. Nous souhaitons débanaliser la prescription du Tramadol, notamment à la sortie de l’hôpital, où l’on donne souvent des ordonnances pré-imprimées aux patients. ».

La codéine et la poudre d’opium

« Certains patients présentent des symptômes de dépendance après seulement un mois » ajoute le Pr Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie et du centre de la douleur du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand. En outre, le sevrage est complexe, car le tramadol agit à la fois comme un antidouleur et un antidépresseur.»

Des prescriptions, donc, qui ne pourront plus être de douze mois mais de trois seulement. Sera-ce suffisant face à un mal national qui semble autrement plus profond ?

«Cette décision fait suite à un avis de 2019 de la commission des stupéfiants et psychotropes, nous a précisé le Pr Authier. L’alternative de mettre le tramadol en prescription sur ordonnancé sécurisée a été discuté mais pas retenue car cela aurait entraîné un report majeur des (primo)prescriptions d’antalgiques opioïdes vers la codéine et la poudre d’opium. Et donc une majoration des complications liées à ces deux molécules. Par ailleurs, passer les trois molécules sur ordonnances sécurisées risquait aussi de réduire significativement l’accès aux antidouleurs et provoquer une régression dans la prise en charge de la douleur en France.»

En revanche, il faudra selon lui probablement harmoniser cette mesure de limitation du renouvellement d’ordonnance à 3 mois à la codéine et à la poudre d’opium. Pour le Pr Authier cette mesure « rappelle la responsabilité du médecin, qui expose un patient à une substance potentiellement à risque de mésusage et pharmacodépendance, de réévaluer fréquemment la pertinence de ce traitement .»

Dont acte.

A demain @jynau

Inédit : voici comment la novlangue d'Orwell va étouffer le monde hospitalier français

Bonjour

Depuis quelques heures les médias généralistes amplifient l’écho de la démission annoncée de 1200 chefs de service. La colère et la rébellion hospitalières ne cessent de prendre de l’ampleur. Et la ministre Agnès Buzyn, au four des retraites et au moulin des soignants semble comme dépassée par les événements politiques et sociaux dont elle est en charge.

Au-delà du spectaculaire il nous faudra bien compendre, décrypter, analyser ce qui se passe dans le chaudron des établissements hospitaliers français. Deux ouvrages pour nous aider. Le premier est, à sa façon, un petit chef d’œuvre de clarté et d’écriture 1. Nous y reviendrons. Son auteur (le chef de service de neurochirurgie du CHU de Tours) éclaire une piste jusqu’ici ignorée (ou très largement sous exploitée) : celle du langage comme symptôme, ce langage « managérial » qui en quatre décennies a envahi la sphère d’un hôpital devenu industrie. A son corps défendant.

« Tenter de soustraire au maximum le facteur humain, trop humain, du système hospitalier, c’est prendre le risque que ce système s’effondre » prévient le Pr Stéphane Velut. Qui nous démontre comme la perverse novlangue de George Orwell (1984) trône en reine dans ce système qu’elle va étouffer. Nous y reviendrons.

« Tout juste soixante ans se sont écoulés depuis la création des Centres hospitaliers universitaires. Ces structures sont le cœur d’un système à la réputation excellente. Mais ce cœur s’est emballé. Le corps soignant s’épuise et les patients s’inquiètent. Les crises se succèdent avec leurs ordonnances de vains remèdes. Le mal est profond. Il s’entend dans le nouveau langage qui s’est imposé au sein des pratiques hospitalières. Tel est l’éloquent symptôme qui révèle le dessein de faire de l’hôpital une nouvelle industrie, au mépris de son humaine justification. Un dessein indicible, qui rêve de rabattre le soin dans la technicité abstraite et gestionnaire de notre société. »

Avec la complicité des plus hautes instances de l’État

Le second ouvrage 2 sera de facture plus classique, qui attagne la montagne par un autre versant, également politique. Il est signé par Hugo Huon et le Collectif Inter Urgences. Le premier est infirmier à l’hôpital Lariboisière (Paris) et il préside le second.   « Ce livre est notre combat, votre combat. Un combat qui a pour but d’éviter l’effondrement de notre système de santé, à l’heure où les patients sont en danger. Plutôt que de nous taire, nous, professionnels de santé, avons choisi de redoubler d’énergie pour sauver ce qui nous tient à cœur : l’accomplissement de notre mission de service public. »

« Réduction des coûts et des effectifs, services saturés, violences, burn-out du personnel soignant… Les urgences craquent et, depuis un an, un mouvement de grèves spectaculaire se propage. À sa tête, le Collectif Inter Urgences et son porte-parole, Hugo Huon, brisent l’omertà et se font l’écho des acteurs de terrain : les médecins, mais surtout les « sans voix », infirmiers et aides-soignants.

« Pour la première fois, ils livrent leurs témoignages, saisissants, courageux et, avant tout, humains. Face à la mise à mort de l’hôpital public avec la complicité des plus hautes instances de l’État, ce livre appelle à une mobilisation citoyenne… avant qu’il ne soit trop tard »

Cet ouvrage sera en librairie librairie le 12 février 2020. En soutien à la mission de service public défendue par le mouvement, une partie des droits de ce livre sera reversée au Collectif. Nous y reviendrons.

A demain @jynau

1 « L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme ». Stéphane Velut. Editions Gallimard. Collection Tract. 3,90 euros

2 « URGENCES Hôpital en danger Infirmiers, médecins, aides-soignants » Hugo Huon et le Collectif Inter Urgences Editions Albin Michel. En librairie le 12 février 2020

Rébellion : 1 200 chefs de service hospitaliers annoncent leur démission à Agnès Buzyn

Bonjour

C’est fait et ce sera, demain 14 janvier, la une de Libé : plus de 1 200 chefs de service et responsables hospitaliers annoncent dans une lettre à Agnès Buzyn leur démission de leur fonction d’encadrement si des négociations ne sont pas engagées. Un acte sans précédent pour dénoncer les conditions de travail au sein des établissements publics.

Autour du Pr André Grimaldi, le collectif Inter-Hôpital, initiateur du texte, va préciser depuis La Pitié quelle forme cette démission va prendre. » Cet acte de rébellion, qui couvait depuis plusieurs semaines, touche tous les services, toutes les régions et tous les hôpitaux » précise Libé (Eric Favereau).

Parallèlement à cette action, un texte de soutien aux démissionnaires, signé à ce jour par près de 5 000  soignants, est rendu public. «Nous, personnels hospitaliers de toutes catégories professionnelles, apportons notre soutien aux médecins, chefs de service, responsables d’unités de soins ou membres nommés ou élus de structures ayant décidé de démissionner collectivement de leurs fonctions d’administration, de gestion et de représentation, écrivent ces infirmières, cadres de santé ou médecins de base. Nous soutenons la demande d’un Grenelle de la santé. Les médecins démissionnaires ne demandent rien pour eux. Ils continuent à soigner. La population doit répondre à leur appel. Leur cri d’alerte doit être entendu par le gouvernement».

Voici le texte (publié par Libé) que les chefs de service démissionnaires adressent solennellement à Agnès Buzyn.

« Madame la ministre,

Nous signataires, chefs de service, responsables d’unité fonctionnelle, présidents et élus de commissions médicales d’établissement (CME et CMEL), responsables de pôles, ou de départements médico-universitaires, tenons à vous faire part de notre profonde déception face à l’insuffisance du plan d’urgence annoncée le 20 novembre. C’est trop peu, trop partiel, trop étalé dans le temps. Nous sommes conscients qu’on ne corrige pas les insuffisances ou les erreurs du passé en deux ans mais il y a urgence. La dégradation des conditions de travail des professionnels est telle qu’elle remet en cause la qualité des soins et menace la sécurité des patients. Il faut un plan avec un volet national et un volet régional. Le financement de ce plan doit être calculé en fonction des objectifs de santé. Le démantèlement en cours de l’hôpital public coûtera beaucoup plus cher à la société que l’investissement massif qui doit être réalisé. Le plan régional confié aux agences régionales de santé (ARS) devrait porter notamment sur la coordination entre l’hôpital et la médecine extra-hospitalière pour répondre aux besoins de santé dans les territoires, sur l’évaluation des embauches de personnels nécessaires et sur la réduction des disparités de revenus entre les professionnels libéraux et hospitaliers à qualification et activité comparables. Selon nous, le volet national de ce plan devrait comprendre trois mesures essentielles :

1) une revalorisation significative des salaires, en plus des diverses primes annoncées.

2) un objectif national des dépenses d’assurance maladie pour 2020 (Ondam) n’imposant pas de nouvelles économies aux hôpitaux. Pour ce faire, il manque 600 millions, en plus des 200 millions prévus par le nouveau plan hôpital du gouvernement (en effet sur les 300 millions annoncés, 100 millions sont attribués aux Ephad qui en ont bien besoin).

3) une révision profonde du mode de financement afin de permettre d’appliquer la règle du juste soin pour le patient au moindre coût pour la collectivité, d’inciter à la pertinence des prescriptions et des actes au lieu de rechercher à développer les activités rentables pour l’établissement, de donner un sens à une cogestion effective médico-administrative disposant d’une réelle autonomie grâce à une rénovation de la gouvernance impliquant médecins et gestionnaires, personnels et usagers.

Madame la ministre, vous avez connu l’excellence des hôpitaux publics pour la médecine de pointe et pour la recherche. Vous connaissez leur caractère irremplaçable pour la prise en charge de tous les patients quels que soient leurs maladies et leur statut social, vous ne méconnaissez pas leurs insuffisances en matière de qualité de vie au travail, de reconnaissance et de soutien aux équipes de soins. Notre système de santé, comme notre recherche, décroche dans les classements internationaux. L’hôpital doit être réformé, mais il n’y a pas de grande réforme possible sans moyens. C’est pour vous alerter solennellement que nous avons pris en toute responsabilité, la décision inédite et difficile de démissionner collectivement à partir de ce 14 janvier si à cette date des négociations ne sont pas engagées. Croyez, madame la ministre, à nos sentiments très respectueux et à notre dévouement au service public hospitalier. »

A demain @jynau

Les médecins généralistes français sont invités à augmenter leur patientèle (Nicolas Revel)

Bonjour

Savez-vous combien de Français n’ont (toujours pas) de « médecin traitant ? Chacun d’entre nous devrait pourtant en avoir un. Votre « médecin traitant » vous offre un double avantage : vous êtes « mieux soigné » (grâce à un suivi adapté à votre état de santé par un médecin qui vous connaît bien) ; vous êtes « mieux remboursé » (du moins si vous le consultez en priorité avant de vous adresser à un autre professionnel de santé).

Ecoutons ici l’Assurance maladie. Il vous soigne régulièrement (c’est lui que vous consultez en premier pour un avis sur votre santé, qui s’assure que votre suivi médical est optimal ; il vous oriente dans le parcours de soins coordonnés. Il est votre interlocuteur privilégié, il vous informe et vous met, si besoin, en relation avec d’autres professionnels de santé (autres médecins spécialistes, médecins hospitaliers…) ; il connaît et gère votre dossier médical. . Si vous avez ouvert votre Dossier Médical Partagé (ex Dossier Médical Personnel), il peut accéder à l’ensemble des données qui y sont intégrées par les professionnels de santé ; il assure une prévention personnalisée : suivi de la vaccination, examens de dépistage organisés (ex : dépistage du cancer colorectal), aide à l’arrêt du tabac, conseils santé en fonction de votre style de vie, de votre âge ou de vos antécédents familiaux, conseils en nutrition… ; etc.

Et pourtant :  5,4 millions de patients ne disposaient pas de médecin traitant en 2019, révèle le directeur général de l’Assurance maladie, Nicolas Revel, dans un entretien au magazine spécialisé Le Généraliste à paraître vendredi 10 janvier et dont l’AFP donne des extraits. « Il y a toujours eu, au cours des dernières années, environ 10 % de patients sans médecin traitant », rappelle M. Revel, un temps pressentit pour être ministre de la Santé mais reconduit à son poste en novembre pour un deuxième mandat de cinq ans.

Pas de double peine

Qui est concerné ? « Pour une part des patients plutôt jeunes et bien portants n’ont pas cherché à en trouver un, précise M. Revel. Mais plus de la moitié de nos concitoyens sans médecin traitant sont en recherche réelle d’un praticien attitré, faute souvent d’avoir pu en retrouver un au moment du départ à la retraite de leur généraliste. Nous sommes très attentifs à cette situation. D’autant que parmi les personnes concernées figure un nombre significatif de patients en ALD, de plus de 70 ans ou souffrant d’une pathologie chronique. »

Et demain ? « Si nous ne faisons rien, cette tendance va s’accroître inéluctablement dans les prochaines années ». Pour autant pas question de revoir ce dispositif prévient M. Revel, jugeant au contraire qu’il faut le « conforter » pour « améliorer la prévention » et « le suivi des pathologies chroniques ». Mieux vaut selon lui permettre aux médecins d’accroître leur patientèle (la médiane pour les généralistes traitants est actuellement de 850 patients) – notamment grâce au déploiement des assistants médicaux, nouveau métier pour lesquels, « depuis septembre, un peu plus de 500 contrats ont été signés ou sont en passe de l’être ».

Mais que les 5,4 millions se rassurent : l’Assurance maladie n’entend pas appliquer une « double peine » aux personnes qui ne trouvent pas de médecin traitant en les pénalisant financièrement. On remercie l’Assurance maladie.

A demain @jynau

Arrêt-maladie «en un clic» : le conseil de l'Ordre des médecins condamne et s’en explique

Bonjour

La médecine ubérisée envahira-t-elle en France ? L’affaire de l’arrêt-maladie « en un clic » fait polémique et une nouvelle étape a été franchie, le 8 janvier avec la publication d’un communiqué édifiant du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) : « ‘’Arretmaladie.fr’’: l’Ordre des médecins engage une action en référé, simultanément à la Caisse nationale de l’Assurance maladie ». Le texte, son contenu et son ton, ne laisse guère place au doute (nous soulignons) :

« Alerté sur les pratiques trompeuses et mercantiles du site « arretmaladie.fr », le Conseil national de l’Ordre des médecins a décidé d’engager une action en référé, en lien avec la Caisse nationale de l’Assurance Maladie. L’Ordre des médecins condamne fermement la mise en ligne récente du site internet « arretmaladie.fr », qui promeut un service de délivrance d’arrêt maladie sans se déplacer au cabinet d’un médecin, sur simple demande en ligne. Au moyen de formules accrocheuses, le site vante l’instantanéité du processus et suggère que toute demande d’arrêt maladie sera satisfaite, portant ainsi atteinte à l’image de la profession en assimilant l’activité médicale à une activité commerciale. »

L’Ordre ajoute que le site présente, de manière totalement mensongère et trompeuse, le dispositif comme « remboursable ». Or, rappelle l’instance ordinale, la prise en charge par l’Assurance Maladie des téléconsultations appelle le respect d’un certain nombre de conditions, strictement définies lors de la généralisation de la téléconsultation en septembre 2018. Et selon l’Ordre, ces conditions ne sont pas remplies en cas de recours à ce site (l’avenant n°6 à la convention médicale inscrivant pleinement les téléconsultations dans le parcours de soins coordonnés).

Tout ceci à une conséquence pratique : le CNOM a décidé « de mettre immédiatement en demeure le site de cesser ses activités ». En concertation avec la CNAM, il engagera une action en référé « dans les tous prochains jours » et « assignera le défendeur pour une même date d’audience ». On méditera, à ce stade la déclaration du Dr Patrick Bouet, président du CNOM :

« Si l’Ordre des médecins se place résolument dans une dynamique d’accompagnement des nouvelles voies offertes par l’e-santé, il condamne sans réserve toute velléité d’ubérisation de la médecine. Garant de la déontologie médicale, il défendra toujours l’idée selon laquelle la télémédecine doit être soumise aux mêmes obligations réglementaires et déontologiques que les autres formes de pratiques médicales, dans un parcours de soin coordonné, au service des patients. »  

Reste une question, essentielle quant à l’émergence de l’ubérisation dans le champ de la médecine française : lees responsables d’« arretmaladie.fr » seraient-ils poursuivis s’ils n’avaient pas évoqué la notion de remboursement ? On peut le dire autrement : qui, aujourd’hui  accepterait de payer, en ligne, 25 euros pour obtenir un arrêt maladie de trois jours ? Et ensuite ?

A demain @jynau

Arrêt de travail « obtenu en un clic » : la belle polémique lancée par www.arretmaladie.fr

Bonjour

L’affaire est lancée. Une bien belle affaire aux confins de l’économique, de la déontologie et du numérique. Une affaire qui vient bousculer les équilibres actuels, faire rugir les syndicats médicaux, irriter les chefs de l’Assurance maladie. Nous évoquions hier le lancement du site  www.arretmaladie.fr : « Nouveau en France: comment, en un clic, obtenir un véritable arrêt de travail (trois jours max) ».

Un concept du tonnerre, exporté d’Allemagne en France par le Dr Can Ansay, docteur en droit et avocat à Hambourg. La simplicité même : « À l’issue d’une  téléconsultation avec un médecin français et sous réserve de pouvoir effectuer un diagnostic fiable, le patient peut  obtenir un arrêt maladie de quelques jours (2 à 3 max) pour des pathologies simples et courantes : coup de froid, stress, douleurs menstruelles, gastro-entérite, etc. »

Précisions : en arrivant sur le site, « le patient est invité à remplir un questionnaire qui  permet de décrire ses symptômes et qui prépare la téléconsultation qui s’ensuivra ». Puis, « une fois que le patient accepte que ses données soient transmises à son médecin traitant ou à un autre praticien disponible il peut immédiatement prendre rendez-vous grâce à une plateforme de téléconsultation ».

« Un arrêt maladie et une pizza ! »

Enfin, à l’issue de la téléconsultation et en fonction du cas, le médecin prescrit (ou pas) un arrêt maladie et dépose trois exemplaires sous forme de fichiers PDF dans l’espace sécurisé du patient. Le patient règle la consultation en ligne (25€); il peut ensuite récupérer les 4 fichiers PDF en les téléchargeant depuis son espace de données. Grâce au site ameli.fr, il envoie à son employeur et à la CPAM les documents habituels. » 

Une difficulté, toutefois : les patients ne peuvent bénéficier que « d’un nombre limité d’arrêts par an » – et ce uniquement à un intervalle d’au moins trois semaines et pour des arrêts d’une durée maximum de 2 à 3 jours. Nous avons demandé pourquoi. Réponse de www.arretmaladie.fr : « pour limiter le risque de fraude et s’assurer qu’ils se rendent chez le médecin s’ils ont des maladies autres que de simples pathologies dites du quotidien ».

« Les patients seront-ils remboursés ? –La décision du 10 juillet 2018 de l’Union nationale des caisses d’assurance maladie intègre la « consultation à distance réalisée entre un patient et un médecin dit téléconsultant » dans la liste des actes et prestations pris en charge par l’assurance maladie. Le niveau de remboursement dépend des règles habituelles de respect du parcours de soins coordonnés. »

« Qui sont les médecins répondants ? –Nous travaillons avec différents médecins français indépendants »

« Combien sont-ils rémunérés ? – 200€/heure »

Sur Twitter, cette plateforme n’a pas tardé à faire polémique. Le Dr Jérôme Marty, président de l’UFML-Syndicat, dénonce une « marchandisation » et un « détournement » du système sanitaire. DrMartyUFML-S@Drmartyufml

Président de la FMF, le Dr Jean-Paul Hamon s’inquiète ce mardi de la « désorganisation » croissante du parcours de soins et exhorte l’Ordre à prendre position. MG France épingle lui aussi cette initiative. MG FRANCE@MG_France :

« Certains sites proposent maintenant des arrêts maladie en ligne en quelques clics… comme une pizza !!! « Remboursable » ? Ce n’est pas notre lecture. Cc @nicolasrevel @ameli_actu Ne jouons pas aux dés avec la santé ! Pour les soins, exigeons la vraie qualité ! »

Epidémie de gastro-entérite

Contactée, la CNAM a précisé au Quotidien du Médecin (Marie Foult)   avoir été « alertée » sur l’existence de ce site « dont la communication promotionnelle semble à la fois mensongère dans son contenu et critiquable dans son principe ». « Il n’est pas exact que les téléconsultations proposées aux patients puissent être prises en charge et il est inacceptable de faire la promotion d’un site de prise de rendez-vous médicaux en ligne à partir d’une promesse d’obtention d’un arrêt de travail », rappelle l’Assurance-maladie qui, selon Le Quotidien, s’apprête à déposer un référé pour tromperie.

Le site arretmaladie.fr, assure pour sa part que ses plateformes de téléconsultation sont agréées comme hébergeurs de données de santé à caractère personnel et respectent les règles de la CNIL. Il est édité par une société allemande, baptisée « Dr. Ansay AU-Schein » et dont le siège est à Hambourg. Président : le Dr Can Ansay, 42 ans.

« Forte de cette expérience allemande, nous souhaitons explorer le service en France en lançant un service similaire, mais adapté à la législation française, répond dans un communiqué la société Docteur Sécu (sic), en réponse à la polémique naissante. La société de Can Ansay nous a contactés pour une mission de conseils concernant la législation française. » 

« Tromperie » ? En pleine épidémie française de gastro-entérite attend, désormais, le point de vue éclairé des spécialistes affûtés du Conseil national de l’Ordre des médecins.

A demain @jynau