Homéopathie déremboursée : c’est emballé et pesé. On n’attend que le clap de fin d’Agnès Buzyn

Bonsoir

Aucune surprise mais scoop défloré : la Commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé (HAS) a voté ce mercredi 26 juin à une très grande majorité (une seule voix contre) en faveur du déremboursement des spécialités homéopathiques. C’est une « info-Libé ». Cette décision (que ne dément pas le ministère de la Santé) ne sera annoncée officiellement que vendredi 28 juin par la présidente de la HAS, la professeur Dominique Le Guludec, au cours d’une conférence de presse – organisée (cela ne s’invente pas) à la « Maison de la Chimie ».

Et ensuite ? Officiellement, c’est écrit : Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé (et ancienne présidente de la HAS) a de longue date étrangement décidé qu’elle « s’en tiendrait à l’avis de la HAS ». On n’imagine mal que la ministre puisse, demain, se dédire – sauf à imaginer que l’action du groupe de pression pro-homéopathique ait pu convaincre ici ou là à Bercy, à Matignon ou au plus profond du Palais de l’Elysée.

A demain @jynau

Vertiges judiciaires de l’affaire Vincent Lambert : y a-t-il une liberté après la mort ?

Bonjour

25 juin 2019. Les patients du CHU de Reims, unité des cérébrolésés, souffrent-ils de la canicule qui fait trembler la France ?  Il faut, aujourd’hui, ouvrir Le Monde (Jean-Baptiste Jacquin) pour prendre le pouls su sujet : « Affaire Vincent Lambert : la Cour de cassation sommée de mettre fin à la cacophonie ». Où l’on apprend que cette affaire a été qualifiée de « vertigineuse » par Guillaume Lecuyer, avocat de l’Etat, lors de l’audience du 24 juin de la Cour de cassation. Où l’on apprend, aussi, que dans sa formation la plus solennelle, l’assemblée plénière composée de dix-neuf magistrats, cette prestigieuse institution judiciaire suprême va rendre, vendredi 28 juin, sa décision – décision sur les pourvois de l’Etat et de l’hôpital de Reims contre l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 20 mai ordonnant la reprise de l’alimentation de cet homme de 42 ans, en état végétatif depuis plus de dix ans.

Vertiges assurés, à coup sûr, pour qui a suivi, depuis le départ, ces interminables entrelacs médicaux, judiciaires et médiatiques. Trente-quatre décisions juridictionnelles, des déchirements récurrents, des médecins encadrés puis déboutés. Une loi incomprise sinon détournée de son esprit. Des parents qui s’opposent à l’arrêt de l’alimentation au nom du droit à la vie, quand l’épouse soutient la décision de l’équipe médicale prise au nom de la non-obstination déraisonnable inscrite dans la loi Claeys-Leonetti de 2016. Le Monde :

« A l’issue de deux heures de débats, le procureur général François Molins, qui a choisi cette affaire pour « monter à l’audience » pour la première fois depuis son arrivée Quai de l’horloge en novembre 2018, a tenu à circonscrire la question soumise à la Cour. ‘’Elle n’est pas saisie de la question de la fin de vie de Vincent Lambert ni du bien-fondé des décisions médicales prises à son égard. Ce procès n’est pas non plus celui de la loi Leonetti’’, a-t-il souligné.

Ce procès est celui de l’arrêt de la cour d’appel du 20 mai, où trois juges saisis en référés avaient tenu une audience après 17 heures avant de rendre leur décision le soir même, semblant prendre le contre-pied de toutes les décisions de justice précédentes, jusqu’à celles du Conseil d’Etat et de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Le raisonnement retenu par la cour d’appel a été mis à mal. »

Raisonnement anthropomorphique

Comment comprendre cette justice qui ne cesse de sembler se désavouer ? Pour s’estimer légitimes sur ce dossier, les juges de référés de la cour d’appel ont invoqué une « voie de fait » de l’administration (une violation manifeste d’une liberté individuelle par l’Etat) ; seule exception qui permet au juge judiciaire d’aller sur le terrain du juge administratif. L’arrêt estime que le droit à la vie a été violé par l’Etat. Et l’avocat du même Etat y voit un « raisonnement anthropomorphique spécieux basé sur l’idée que s’il n’y a pas de vie, il n’y a pas de liberté ».  Anthropomorphique ou pas, il est une question que l’on aimerait poser à Guillaume Lecuyer, avocat de l’Etat français  : selon lui, les morts sont-ils libres ? Le Monde :

« M. Molins a ainsi rappelé la jurisprudence du Conseil constitutionnel cantonnant la liberté individuelle, dont l’autorité judiciaire est la gardienne, à la question de la détention arbitraire. Le droit à la vie ou le droit au respect de la vie privée n’en font pas partie. La CEDH qui consacre le droit à la vie a d’ailleurs considéré que les modalités de la décision de l’arrêt des soins de M. Lambert ne le violaient pas et respectaient au contraire le droit à la dignité. ‘’La cour d’appel a créé une catégorie de liberté suprême qui n’a aucun fondement’’, a souligné le procureur général. Le juge judiciaire n’était donc pas compétent, conclut-il. »

Serait-ce si simple ? Me Claire Lebret-Desaché, avocate des parents de Vincent Lambert, a soulevé une autre question-vetige :  « Quelles raisons exceptionnelles pouvaient empêcher de prendre ces mesures conservatoires pour Vincent Lambert ? Il n’y a aucune urgence à le tuer, son état est stabilisé, il respire seul, il ne souffre pas ». L’avocate souligne tout simplement que le non-respect des mesures conservatoires empêcherait l’examen du recours par le comité de l’ONU, ce droit à saisine que la France a reconnu à ses citoyens. « La cour d’appel a pris la seule décision qui n’avait pas un effet irréversible », a-t-elle plaidé.

M. Molins a solennellement demandé aux dix-neuf magistrats de la haute juridiction de casser, sans renvoi, c’est-à-dire sans nouvel examen, l’arrêt de la cour d’appel. Sinon, a-t-il prévenu « cela remettrait en cause notre ordonnancement juridique », sans parler de la « remise en question immédiate de la loi Leonetti ou de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse ». Excessif sans doute. Vertigineux à coup sûr.

A demain @jynau

Nouveau : Dr Jean-Paul Escande, dermatologie, clinique des Cèdres, Brive-la-Gaillarde (Corrèze)

Bonjour

On l’avait connu au sommet de lé dermatologie française, dans les plus beaux quartiers de la capitale. On a retrouvé sa trace aux confins des déserts, clinique des Cèdres, Brive-la-Gaillarde (Corrèze). On avait connu un homme formidable d’énergie et de savoirs, pétillant de culture et soucieux de partage, charmeur et pédagogue, passionné de médecine jusqu’au bout des ongles. Les dernières nouvelles nous confirment qu’il n’a pas changé.

Le Pr Jean-Paul Escande, 80 ans, ponte de la dermatologie, et auteur à succèss’ennuyait ferme à la retraite. Il vient de relancer une activité de consultation au service des Brivistes « pour être utile, pour la médecine, et par passion pour sa profession ».  « Certains y voient une première : un spécialiste octogénaire de réputation internationale, qui ré-endosse la blouse blanche après quelques années de retraite, et se met plusieurs jours par semaine au service d’une patientèle locale en manque de spécialistes » résume Le Quotidien du Médecin (Jean-Pierre Gourvest)

Et Le Quotidien de résumer la biographie atypique de cet homme né à Brive en mars 1939 – tient de la saga médicale. Études à Paris, professeur à 35 ans à Cochin (AP-HP) où il fera toute sa carrière, chef de service de dermatologie à 44 ans, travaille sur les cancers de la peau et le mélanome malin. Diplômé d’immunologie à l’Institut Pasteur, chercheur en biologie, dirige un service consacré au sida lors de l’arrivée des premiers malades en France (1981). En 1975, un livre à succès « Les Médecins » (Bernard Grasset) le lance dans le grand bain. Confesse devenir alors « une petite vedette des médias de l’époque ». 

Vedette des médias, amoureux du rugby

 « Je n’ai jamais pris un centime à mes patientsrévèle-t-il aujourd’hui. Me contentant des salaires versés par la fonction publique, je n’avais aucun intérêt à me faire de la pub, mais j’adorais la communication. Je me suis retrouvé éditorialiste à Radio Monte Carlo, réalisateur télé, chroniqueur à France Inter. J’ai aussi écrit quelques livres. Par contre, j’ai toujours refusé de faire de la politique malgré les appels du pied de Jacques Chirac, occupé et passionné par mon métier. »

Cet amoureux du rugby tombé sous le charme de René Dubos est condamné à la retraite à 68 ans. Des remplacements durant huit ans avant de raccrocher en 2016. Puis revient à Brive occuper la maison de ses parents (son père est décédé à l’âge de 105 ans). « Je me sens en pleine forme. Honnêtement, à la retraite, je m’ennuyais », confie-t-il au Parisienainsi qu’à FR3. Et au Quotidien :

 « J’ai bien l’intention de me replonger dans la dermato. On a mis à ma disposition un cabinet que j’occuperai plusieurs jours par semaine, sous le statut de médecin libéral, hébergé par le centre de soins. Je suis payé à la consultation et mes gains seront ceux de la profession, au sein d’un univers médical débordé auquel j’espère donner un coup de main. Je crée un service qui n’existe pas aux Cèdres, mais que je vais développer. Mais je continuerai l’écriture, tout en pratiquant ! Je ne serais pas venu à Brive faire la guerre aux autresJe suis simplement heureux de me retrouver sur mes terres et de rendre service. » 

Pour combien de temps encore ? « A genoux, et prions… » rit-il. Il a signé avec la clinique briviste un contrat renouvelable chaque année. « La vie continue ». On applaudit.

A demain @jynau  

Sexualité, médecine, palpation et prévention: l’affaire du «DSK» obsédé de Tréguier

Bonjour

C’est un triste « fait divers », l’un de ceux qui n’intéressera guère les écrivains 1. Un médecin de Tréguier (Côtes-d’Armor) vient d’être condamné par le tribunal correctionnel de Saint-Brieuc : quatre ans de prison, dont un ferme. Et une interdiction définitive d’exercer associée à une amende de 10 000 €. Le tout pour des agressions sexuelles sur huit de ses patientes. Des faits commis entre 2008 et 2013. Trois patientes victimes devront également être indemnisées à hauteur de 2 000 € et 4 000 €.

L’affaire est rapportée par Ouest-France qui se souvient (Emmanuelle Métivier) de l’audience éprouvante (plus de dix heures) qui avait précédé cette comdamnation. Tout avait commencé en 2014, avec la plainte d’une jeune fille de âgée de 17 ans, interne au lycée Savina de Tréguier. Elle avait consulté le médecin (attaché à cet établissement scolaire) pour une sinusite. Or, selon ses déclarations, ce dernier avait pratiqué une palpation mammaire et lui avait touché le pubis.

« Cette plainte fait boule de neige, dit Ouest-France. L’apprenant, d’autres patientes de ce médecin généraliste et conseiller municipal de Tréguier s’étaient déclarées à leur tour auprès de la gendarmerie, pour des actes qui les avaient gênées ou choquées. Huit se sont portées parties civiles. ‘’Je me suis sentie salie’’, dit une jeune femme au tribunal correctionnel de Saint-Brieuc.

Ce médecin retraité exerçait encore à temps partiel dans un cabinet de Tréguier. Il nie toute agression sexuelle. Ces gestes, avait-il expliqué aux juges, il les avait pratiqués pour des raisons thérapeutiques précises. Non, il n’a pas touché les sexes mais pratiqué des palpations dans les « plis inguinaux » à la recherche d’éventuels ganglions. Seul maigre mea culpa : il a peut-être insuffisamment expliqué ce qu’il faisait.

Déshabillage et pétrissage

Malheureusement pour ce médecin il faut compter avec les déclarations féminines, souvent convergentes : « J’ai senti qu’il profitait de sa fonction pour que je me déshabille et qu’il me palpe les seins », dit une ex-patiente. Une autre, devenue infirmière, déclare : « Je connais la différence entre le palper et le pétrissage. Aucun autre médecin ne m’a jamais fait ça. »

Pétrir ou pas, pour la procureure de la République les gestes de ce médecin n’avaient aucun caractère médical et leur « intention sexuelle » ne fait aucun doute ; « les caractères de surprises et de contrainte sont bien présents » qui  caractérisent l’agression sexuelle. La procureure réclame une peine de trois ans d’emprisonnement dont deux assortis de sursis, ainsi que l’interdiction d’exercer.

Pour la défense, Me Catherine Glon, du barreau de Rennes réfute  « la théorie qui a prévalu à l’instruction selon laquelle mon client s’en prenait aux patientes jolies, jeunes et de passage ». Elle réfute aussi ces éléments aggravants que sont la contrainte et la surprise. « Quand on vient dans un cabinet médical, c’est pour se faire examiner. Il n’y a rien de surprenant à devoir se déshabiller. » Selon elle, c’est parole contre parole. « Que ce que disent ses patientes soit possible, vraisemblable, ne fait pas preuve. »

A peine reconnaît-elle, peut-être, « une obsession de la prévention en pratiquant assez systématiquement des palpations ». Et d’évoquer, sans s’attarder, une rumeur qui, en 2014, faisait de son client « le DSK de Tréguier » – entendre par là une rumeur qui aurait pu servir les intérêts des opposants politiques du médecin, alors candidat aux élections municipales. Dernier  argument de la défense : « Que les experts disent que ses actes ne servaient à rien n’en fait pas des agressions sexuelles. Si on commence à condamner des médecins dans une situation comme celle-là… » Trois points de suspension qui aimeraient en dire long. Peut-être, qui sait, demain, un écrivain…

A demain @jynau

1 Sur ce thème, on conseillera sans hésitation le remarquable ouvrage de Frédérique Toudoire-Surlapierre : « Le fait divers et ses fictions » Minuit (192 pp., 18 €).

Levothyrox® : l’Agence nationale du médicament peut-elle raisonnablement entendre les patients?

Bonjour

C’était écrit. En niant, comme elle vient de le faire, l’existence statistique d’une « affaire du Levothyrox® » l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ne pouvait que susciter l’ire des associations nées de cette affaire ou très directement concernées. Ainsi ce communiqué de l Association Française des Malades de la Thyroïde (AFMT) « la plus ancienne et la plus importantes association agréée de malades de la thyroïde ». Il nous est adressé par le Dr Philippe Sopena, conseiller scientifique de l’AFMT qui, sur France Info, accuse l’ANSM d’être « juge et partie » dans cette affaire :

« L’ANSM est à la fois juge et partie dans cette affaire. Elle a décidé ce changement de médicament pour des raisons qu’elle n’a d’ailleurs jamais expliquées. Elle est donc promoteur de ce médicament. Dire qu’il y avait quelque chose, c’était dire qu’elle s’était trompée. Elle est présidée par un énarque psychiatrique [Dominique Martin, diplômé de l’ENA et docteur en médecine], ce qui vous rend compte de la difficulté à reconnaître ses erreurs. » [sic]

Pour le Dr Sopena, aucun doute : la parole des victimes est à nouveau minimisée voire laissée de côté. « En plus, ce sont des femmes, pas de chance ! 85% de femmes, plus de soixante ans : typiquement le genre de personnes qui ne sont pas branchées sur internet, que l’on n’écoute pas, souligne-t-il. Cela faisait trente ans que l’on avait un médicament qui fonctionnait merveilleusement bien avec zéro plainte. On avait régulièrement à réguler un peu, augmenter ou baisser de 25 microgrammes pour maintenir un équilibre : l’hormone thyroïdienne est un genre de thermostat de l’organisme, parfois il faut l’augmenter, parfois le baisser. »

On peut le dire autrement. C’est là, selon lui, au terme « d’une étude massive, purement statistique », sur des « consommations de soins » « une nouvelle tentative pour  nier le vécu et la réalité des symptômes de milliers de patient(e)s ». Et de dénoncer une « erreur méthodologique fondamentale » qui conduit l’ANSM à ne pas prendre en compte un phénomène massif (hospitalisations, décès, arrêts de travail, recours aux soins ambulatoires, consommations d’antidépresseurs et de tranquillisants) qui est aujourd’hui analysé par l’institution judiciaire.   « Plus généralement, sur le fond, l’accusation porte sur le déni du « ressenti des malades ».

« L’ANSM même si elle n’ose plus parler ‘’d’effet nocebo’’, continue de tenter de réduire cette crise sanitaire à un simple ‘’problème d’information’’ et donc, d’autant plus que ce sont massivement des femmes, à laisser entendre implicitement qu’elles ont imaginé ou majoré leurs symptômes.  Inacceptable. Au lieu de se contenter de répéter ‘’qu’elle n’en comprend pas les causes’’ l’ANSM aurait dû faire son métier : mettre tout en œuvre pour les trouver. »

Sans doute. Mais ne serait-ce pas ici, tout bien pesé, demander à cette « Agence du médicament » beaucoup plus que ce pourquoi elle a été créée – une institution qui, depuis sa création (il y a vingt-cinq ans, après les affaires du sang contaminé) semble encore, bien souvent, chercher toute sa place dans le paysage sanitaire français.

A demain @jynau

Incroyable mais vrai : quand le café décaféiné permet de faire œuvre de sérendipité

Bonjour

C’est l’archétype de l’histoire qui incite à faire un « bon mot ». Même la select Arte n’a pas pu résister en reprenant en boucle l’AFP (Paul Ricard) : «  Deux expressos contre une maladie orpheline, c’est fort de café ». C’est d’abord et surtout un bel exemple de sérendipité. A lire dans Annals of Internal Medicine : « Caffeine and the Dyskinesia Related to Mutations in the ADCY5 Gene ». Une lettre signée de quatre médecins exerçant dans deux hôpitaux parisiens, les Prs Aurélie Méret et Emmanuel Roze et les Drs Eavan McGovern  et Domitille Gras.   

Le cas clinique rapporté est celui d’un enfant de 11 ans, chez lequel est diagnostiqué l’an dernier une dyskinésie liée au gène ADCY5. Aucun traitement n’est scientifiquement validé contre cette maladie très dyskinésie génétique très rare et invalidante. « Les bras, les jambes et le visage se mettent à bouger de manière très importante. Cet enfant ne pouvait pas faire de vélo ni même rentrer à pied de l’école, car une crise pouvait survenir n’importe quand, explique le Pr Emmanuel Flamand-Roze, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) ».

En rester bouche bée

Les spécialistes prescrivent toutefois, depuis quelques années, le recours à la consommation de café – et ce « depuis que d’autres patients ont raconté que c’était très efficace contre les troubles du mouvements. Et c’est ainsi que cet enfant consommait une tasse d’expresso le matin et une autre le soir. « Les parents ne sont pas choqués, étant originaires de Madagascar, cette boisson est souvent utilisée comme remède à différents maux » précise l’AFP.  De fait, en pratique, l’efficacité est là : durant sept heures, les mouvements incontrôlés disparaissent presque totalement.

Puis les parents constatent que le breuvage ne fait plus effet, les mouvements anormaux involontaires sont de retour. Au bout de quatre jours, ils réalisent avoir donné par erreur du décaféiné. Une fois le caféiné réintroduit, les mouvements anormaux disparaissent à nouveau. Ou comment réaliser, involontairement et sur un cas unique, un test « en double aveugle contre placebo ».

Hypothèse : la caféine se fixe sur des récepteurs liés à la protéine ADCY5 anormale, « très présente dans une région profonde du cerveau et responsable des mouvements anormaux ». Elle reste à confirmer, ce à quoi les auteurs des Annals of Internal Medicine vont s’employer. Dans l’attente la prescription d’expresso va faire autorité. Où l’on voit que les mystères de la sérendipité peuvent laisser bouche bée.

A demain @jynau

Urgences en crise : la vérité enfin révélée sur la mort de «la patiente de Lariboisière»

Bonjour

11 juin 2019. Une centaine de service d’urgences en grève, montée en puissance des syndicats du secteur. Abcès collecté. Est-ce un hasard ? Le jour même où la contestation de la politique hospitalière prend un ampleur sans précédent, le voile est levé sur les causes de la mort, le 17 décembre 2018, de « la patiente de Lariboisière » : Micheline M., 55 ans, employée de la police municipale et originaire de Martinique.

Le 18 décembre dernier l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) avisait le procureur de la République de Paris de la survenue du « décès inexpliqué » d’une patiente, 55 ans – état sans gravité apparente, au sein du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière. Ce décès avait été constaté à 6 h 20. Cette femme avait été prise en charge la veille par la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris et amenée à l’hôpital Lariboisière vers 18 h 45. Elle a été accueillie par l’infirmière d’accueil et d’orientation et enregistrée dans le circuit de prise en charge du service. L’affaire de la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière commençait.

Un mois plus tard, l’AP-HP publie un long communiqué politiquement plus que correct. Une ombre de mea culpa et la pleine lumière sur tout ce qui sera mis en œuvre faute de l’avoir été auparavant. Où l’on découvre les résultats de l’enquête interne diligentée par l’AP-HP. Rapport remis le 12 janvier 2019.

Dramatiquement exemplaire

En janvier dernier on apprenait l’existence d’un « œdème pulmonaire » aux conséquences fatales. Aujourd’hui ce sont les résultats de l’enquête préliminaire sont dévoilés par Le Monde (Cécile Bouanchaud). Où l’on apprend que Selon le rapport d’autopsie, les causes de la mort de Micheline M. sont « compatibles » avec une méningite, elle-même cause de l’embolie pulmonaire.

L’histoire est dramatiquement exemplaire. A plusieurs titres. Le 17 décembre 2018, Micheline M. souffre depuis la veille de douleurs aux mollets et de maux de tête. Elle ne se rend pas directement aux urgences mais va consulter au centre médical de Stalingrad, non loin de chez elle, dans le 19e arrondissement de Paris. A 18 heures elle fait un malaise devant l’établissement, sur le point de fermer. Un agent de sûreté travaillant dans le bâtiment est alors prévenu et se rend auprès de la patiente à qui il propose son aide.

Elle réclame, « tremblante », d’être reçue par un médecin – en vain. Contre la volonté de la patiente, qui souhaite rentrer se reposer chez elle, l’agent de sécurité appelle les pompiers, qui arrivent sur place vers 18 h 20. Les sapeurs-pompiers de Paris procèdent à un bilan de santé, notant sur une fiche d’intervention les symptômes dont souffre la quinquagénaire.  Arrivé à l’hôpital vers 18 h 50 avec la patiente, le chef d’équipe des pompiers transmet la fiche d’intervention.

Vers 19 heures, la patiente est brièvement examinée. L’infirmière constate alors une fièvre de 40,1° et lui administre un Doliprane. Lorsqu’elle lui demande de décliner son identité, cette dernière prononce « quelque chose d’inaudible », avant de confirmer en hochant la tête que le nom inscrit sur le bracelet d’admission est le bon, alors qu’il est erroné – un bracelet qui sera perdu après sa mort précise Le Monde.

Il est 19 heures passées lorsque la patiente est conduite, sur un brancard, dans la salle où se trouvent de nombreuses autres personnes alitées. Commence alors une longue attente. Ce n’est qu’à 23 h 55 qu’elle est finalement appelée, sous une mauvaise identité, pour une consultation avec un médecin.

Selon les éléments de l’enquête, une infirmière l’appelle une première fois en salle d’attente, puis à l’accueil, avant de réitérer son appel dans la salle du circuit court. Faute de réponse, Micheline M. est alors inscrite dans le logiciel comme « ne répondant pas à l’appel ». A 1 h 18, elle est déclarée « en fugue » par un membre du personnel médical qui n’a pas pu être identifié.

Rejet de l' »erreur humaine« 

 A 4 heures du matin, une infirmière l’inscrit comme « définitivement sortie », l’excluant alors officiellement du circuit. Deux heures plus tard la patiente est découverte inanimée par une infirmière qui la pensait endormie. Après quinze minutes de tentative de réanimation, elle est déclarée morte. En regardant dans ses affaires, les membres du personnel découvrent alors que la victime avait été enregistrée sous une mauvaise identité.

« A l’unisson, les personnels hospitaliers interrogés soulignent ‘’une charge de travail très importante la nuit du drame’’, souligne Le Monde. Rejetant ‘’une erreur humaine’, ils privilégient une explication structurelle sur l’organisation des urgences, ‘’saturée en permanence’’.». Sans surprise, le directeur des ressources humaines de l’hôpital estime, lui, que le personnel était ‘’en nombre suffisant’’ ce soir-là, quand le DRH des médecins précise pour sa part que les effectifs de sa section étaient respectés. 

La famille de la défunte a déposé plainte, le 14 janvier,pour « homicide involontaire » et « omission de porter secours à personne en danger ». Ce drame révèle-t-il les coulisses d’une organisation hospitalière à bout de souffle ?

A demain @jynau