L’Etat va-t-il encore continuer à priver de lits hospitaliers les héros en blouses immaculées ?

Bonjour

03/07/2020. Epidémie ou pas, la mécanique semble irréversible. Avec tous les risques que l’on peut imaginer. Quelques lignes de l’AFP en témoignent; lignes tirées d’un rapport publié ce vendredi 3 juillet par la Drees, le service statistique des ministères sociaux : « Les établissements de santé – édition 2020.

Où l’on apprend que les fermetures de lit se sont inexorablement poursuivies dans les établissements de santé français, publics et privés, qui avaient déjà franchi à la baisse la barre des 400 000 lits d’hospitalisation complète en 2017. C’est ainsi que 4 195 lits d’hospitalisation ont été supprimés en 2018 en France, tandis que les urgences ont enregistré 400 000 passages supplémentaires. Présentation du rapport:

« Cette édition présente les données de l’année 2018, dernière année complète disponible, relatives à la France métropolitaine et aux départements et régions d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe1, Guyane, La Réunion et Mayotte). Elle fournit les chiffres clés sur l’activité et les capacités des structures hospitalières, ainsi que sur les personnels et leur rémunération. L’ouvrage offre une analyse plus détaillée d’activités spécifiques comme la médecine, la chirurgie et l’obstétrique, la psychiatrie, l’hospitalisation à domicile, les soins de suite et de réadaptation ou encore la médecine d’urgence. Il présente également des indicateurs de qualité et de sécurité des soins, ainsi que des éléments de cadrage économique et financier ».

La Dress précise qu’en 2018, plus de 3 000 établissements de santé assurent le diagnostic, la surveillance et le traitement des malades. « Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population et l’augmentation des pathologies chroniques, explique-t-on, les structures hospitalières, dont le nombre continue de diminuer, s’adaptent et modifient en profondeur leur offre de soins, par le biais notamment du développement de l’hospitalisation à temps partiel ou de l’hospitalisation à domicile.

Plus de 21,8 millions de passages aux urgences, en hausse de 2 % en un an.

« Les 3 042 hôpitaux et cliniques français disposaient exactement de 395 670 lits fin 2018, selon le « panorama » annuel de la Drees. Cette perte de capacité d’accueil a été en partie compensée par la création de 1 845 places d’hospitalisation partielle (sans nuitée), portant leur nombre à près de 77 300 précise l’AFP Un rééquilibrage qui illustre le « virage ambulatoire » des soins hospitaliers, avec une nouvelle hausse des hospitalisations partielles (16,1 millions de journées, soit + 2 %) et un nouveau tassement des hospitalisations complètes (118,2 millions de journées, soit − 1 %). »

Toujours en 2018, onze maternités ont fermé leurs portes, le pays comptant désormais moins d’un demi-millier (492) de lieux de naissance. Dans un contexte de baisse de la natalité depuis plusieurs années, quelque 500 lits d’obstétrique ont été supprimés (15 400 au total). A l’inverse, la fréquentation des 709 services d’urgences a encore battu des records, avec plus de 21,8 millions de passages, en hausse de 2 % en un an.

On sait que c’est cette spectaculaire saturation des urgences qui a conduit quelques mois plus tard à une longue grève inédite des soignants, – mouvement qui s’est rapidement étendue à l’ensemble de l’hôpital public, sans que les plans successifs du gouvernement ne parviennent à enrayer ce mouvement social.

On sait aussi que nous en sommes aujourd’hui à un « Ségur de la santé » qui semble plus que jamais peiner à répondre aux attentes des soignants. Tout cela pendant l’épidémie et dans l’attente d’un nouveau gouvernement pour la fin du quinquennat.

A demain @jynau

Découverte d’une «absurdité administrative» à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris

Bonjour

28/06/2020. Encore une découverte due à l’épidémie ; une trouvaille qui réjouira celles et ceux qui entendent bien en finir avec un hôpital public devenu industrie 1. Cela se passe dans le plus grand ensemble hospitalier d’Europe : l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Et l’affaire est racontée dans le Journal du Dimanche par Martin Hirsch, directeur général de l’ensemble ; un petit papier en complément d’un autre (Anne-Laure Barret), édifiant, qui rapporte que les malades de la Covid-19 ne disposent pas de mutuelles « se voient réclamer des milliers d’euros après un passage en réanimation ». On découvre ainsi que l’épidémie met en lumière un phénomène jusqu’ici resté dans l’ombre, celui « des factures impayées qui gonflent la dette des établissements ».

C’est ici qu’intervient Martin Hirsch qui en appelle à « mettre fin à la folie de la paperasse ». Pour tardif qu’il soit, son appel mérite d’être entendu.

Martin Hirsch : « Il y a un paradoxe en France : on cotise beaucoup pour l’Assurance maladie, mais les soins les plus critiques et les plus coûteux ne sont pas les mieux couverts. Et si cette faiblesse n’est pas perceptible pour une grande partie de la population, elle peut être catastrophique pour certains patients, sans mutuelle. Ce problème me préoccupe depuis de nombreuses années. J’avais, avec d’autres, plaidé pour un ‘bouclier sanitaire’ quand j’étais Haut-commissaire aux solidarités actives, en 2007. Un rapport a été vite enterré. » L’auteur ne dit malheureusement pas qui, il y a treize ans, a procédé à l’enterrement. Ni s’il a, depuis, remis l’ouvrage sur le métier.

« Débureaucratiser l’hôpital »

Martin Hirsch, toujours : « Là, le problème devrait sauter aux yeux de tous : demander un ticket modérateur de plusieurs milliers d’euros à des patients qui sortent de réanimation après avoir été malades du ­Covid-19 ? N’est-ce pas absurde ? A l’heure où on cherche à tirer les leçons du ­Covid – dont il faut rappeler qu’il touche davantage les plus vulnérables socialement – et à ­’débureaucratiser’ l’hôpital, il y a là une occasion historique de résoudre un double problème : les inégalités d’accès aux soins et la folie de la ­paperasse. A ­l’AP-HP, on a plus de personnel pour s’occuper de ces formalités administratives – 1.500 employés – que de manipulateurs radio pour faire des radiothérapies, des scanners et des IRM.»

L’idéal, selon lui, serait de supprimer ce ticket modérateur à l’hôpital. L’Assurance maladie pourrait payer la totalité du séjour et se faire rembourser auprès des mutuelles ce qui leur revient. « C’est demandé, dit-il par tous les acteurs hospitaliers car ça simplifierait grandement la vie de l’hôpital et consoliderait ses finances. » Le sujet est-il acté au « Ségur de la santé » ? Le ministre Olivier Véran, ancien hospitalier est-il informé de cette absurdité ?

On croit ne pas avoir bien saisi. On relit : « A ­l’AP-HP, on a plus de personnel pour s’occuper de ces formalités administratives – 1.500 employés – que de manipulateurs radio pour faire des radiothérapies, des scanners et des IRM. » Depuis quand ? Pourquoi le découvre-t-on maintenant ? Et l’on voudrait que les soignants ne soient pas en colère ? Quinze jours après une première journée de mobilisation très suivie, les hospitaliers annoncent qu’ils battront à nouveau le pavé, mardi 30 juin, pour réclamer plus de moyens.

A demain @jynau

1 « L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme » (Editions Gallimard, collections Tracts) du Pr Stéphane Velut, chef du service de neurochirurgie du CHU de Tours.

Chloroquine et déontologie : l’Ordre des médecins condamnera-t-il le Pr Christian Perronne ?

Bonjour

21/06/20020. Au départ, un pamphlet doublé d’un premier entretien médiatisé pour le lancer : « Covid et chloroquine: un spécialiste dénonce ‘’l’union de l’incompétence et de l’arrogance’’ ». Auteur : le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches, personnalité controversée, a été président de la Commission spécialisée Maladies Transmissibles du Haut Conseil de santé publique.  

C’est un pamphlet nourri d’une colère tenant à la «chloroquine» : l’administrer sous une forme préventive aux patients fragiles aurait selon lui permis de réduire le nombre de morts. « J’en suis convaincu. Il était criminel de ne pas la prendre au sérieux, alors qu’on savait par la Chine et par les résultats, certes insuffisants au début, de Raoult, qu’elle était efficace. Encore fallait-il l’administrer de la bonne manière. J’ai été sidéré par le nombre d’études bidon qui étudiaient ses effets dans des conditions défiant tout bon sens. »

Le Pr Perronne accuse d’autre part des membres du Conseil scientifique ou du Haut Conseil de la santé publique d’avoir écarté la chloroquine à cause de liens d’argent avec des laboratoires concurrents. Puis il s’attaque au Conseil scientifique du gouvernement (et à son président) dont il moque les « avis contradictoires » et les « commentaires évasifs ».

« Quelles suites pourront connaître ces différentes accusations ? » nous demandions-nous le 14 juin.  Une semaine plus tard voici qu’une pétition cible l’auteur.  

« Nous interpellons le Conseil National de l’Ordre des Médecins sur les propos inacceptables du Professeur Perronne, chef du service de maladies infectieuses à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Celui-ci affirme que « 25 000 morts » auraient pu être évités en France si la combinaison hydroxychloroquine et l’azithromycine avait été prescrite massivement. Il poursuit en prétendant que le service de maladies infectieuses du CHU de Nantes et les médecins de l’hôpital auraient « laissé crever son beau-frère ». Christian Perronne accuse ainsi directement, à de multiples reprises, sans aucune retenue ni preuve médicale ou scientifique, des collègues médecins d’avoir refusé de prescrire un traitement et laissé « crever » des gens du fait d’intérêts financiers, entretenant ainsi l’idée que ses collègues sont des « criminels » au service de l’industrie pharmaceutique. »
 
Et de citer Sud Radio le 16/06 (https://www.youtube.com/watch?v=crbITXQTo24&feature=youtu.be ainsi que  
C News le 18/06 (https://www.youtube.com/watch?v=j_oR4gXc4WA .

« Non seulement ces propos sont scandaleux, inacceptables et totalement faux, médicalement et scientifiquement, mais ils contreviennent au code de déontologie médicale et au code de la santé publique, écrivent les pétitionnaires. En effet, de tels propos, tenus par un professeur de médecine, chef d’un service hospitalier, sont à même d’attiser la haine du public envers les médecins visés et mettent en danger des collègues, exposés à la vindicte populaire sur la base d’arguments fallacieux. »

Pour eux le Pr  Perronne contrevient à l’article 39 du code de déontologie médicale (article R.4127-39 du code de la santé publique) qui dispose que « les médecins ne peuvent proposer aux malades ou à leur entourage comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. ». De même, ces propos ne tiendraient pas compte de l’article 13 du code de déontologie médicale (article R.4127-13 du code de la santé publique) qui rappelle que « lorsque le médecin participe à une action d’information du public de caractère éducatif et sanitaire, quel qu’en soit le moyen de diffusion, il doit ne faire état que de données confirmées, faire preuve de prudence et avoir le souci des répercussions de ses propos auprès du public ».  Tous ces éléments seraient à même de déconsidérer la profession de médecin, ce qui est contraire à l’article 31 (article R.4127-31 du code de la santé publique) : « Tout médecin doit s’abstenir, même en dehors de l’exercice de sa profession, de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci. ». 
 
Et les signataires de demander instamment au Conseil National de l’Ordre des Médecins de « réagir en urgence » en » condamnant les propos de M. Perronne, et en le convoquant afin qu’il s’explique et rende des comptes ».

On peut aussi, sur ce thème, lire le Pr Axel Kahn : « (…) le professeur Christian Perronne, a non seulement pris fait et cause pour le traitement préconisé par Didier Raoult, ce qui est admissible. Mais il a de plus déclaré que ceux qui ne l’utilisaient pas, voire dont les essais cliniques disqualifiaient l’hydoxychloroquine, sont des assassins. Et que les incrédules du conseil scientifique Covid-19 sont vendus aux majeurs de l’industrie pharmaceutique (…)  imaginez ce que représente une telle accusation, dénonciation, calomnie ? Sans doute passible de poursuites pénales, en l’occurrence. Mais auparavant, au plan déontologique ? (…) Il ne me revient pas de me mêler de l’aspect judiciaire de l’affaire. En revanche, j’ai établi, quelque soient les critiques que l’on puisse faire au Conseil de l’Ordre des médecins, l’évidence d’une instance déontologique pour ce métier qu’est la médecine. Et alors expliquer mon incompréhension qu’elle ne se saisisse pas de cette affaire. »

Que fera l’Ordre ? Quelles suites une telle affaire connaîtra-t-elle ? Quelles suites devrait-elle, raisonnablement, connaître ?

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : comme le discret parfum d’un début de commencement de la fin

Bonjour

20/06/2020. Tout se délite, à qui se fier ?  A Marseille Didier Raoult revient sur ses premières annonces quant à une possible « nouvelle vague ». Et à Bâle le géant pharmaceutique suisse Novartis annonce qu’il met fin à l’essai clinique avec l’hydroxychloroquine pour traiter des malades du Covid-19.  Le 20 avril, ce géant avait annoncé avoir conclu un accord la Food and Drug administration américaine, pour procéder à des essais cliniques de phase III de l’hydroxychloroquine sur des malades souffrant de Covid-19 hospitalisés. Ces essais visaient à évaluer l’utilisation de ce traitement auprès d’environ 440 malades sur une dizaine de sites aux Etats-Unis.

Effet ou pas des convictions chloroquinesque de Donald Trump la FDA avait donné le 28 mars son feu vert pour que la chloroquine et l’hydroxychloroquine puissent être prescrits, uniquement à l’hôpital, à des patients souffrant de la Covid-19. contaminés par le nouveau coronavirus.

Or dans un communiqué publié le 19 juin, Novartis explique avoir pris «la décision d’arrêter et de mettre fin à l’essai clinique avec l’hydroxychloroquine contre la Covid-19 – et ce en raison de graves difficultés de recrutement de participants, rendant «impossible» la finalisation de l’étude. Le groupe précise qu’au cours de l’étude, «aucun problème de sécurité n’a été signalé», et qu’elle n’a pas permis «de tirer des conclusions sur l’efficacité» de l’hydroxychloroquine contre le nouveau coronavirus.

Il y a quelques jour l’Organisation mondiale de la santé a renoncé aux essais qu’elle dirigeait, arrivant à la conclusion que l’hydroxucloroqiuen ne réduisait pas le taux de mortalité des malades hospitalisés. « La France, conclut l’AFP, où un médecin controversé, le Pr Didier Raoult, a défendu l’hydroxychloroquine, en a officiellement banni l’usage contre le Covid-19 . » C’était le 27 mai via un décret publié au Journal officiel,  à la suite d’un avis défavorable du Haut Conseil de la santé publique.

Depuis  la fin mars, l’hydroxychloroquine pouvait être prescrite à titre dérogatoire en l’absence d’autre traitement, à titre compassionnel ou dans le cadre d’essais cliniques « sous la responsabilité d’un médecin, aux patients atteints de Covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile », selon un premier décret datant du mois de mars. Le nouveau décret annulait cette disposition.

Puis vint la publication, dans  The Lancet, d’une étude pointant son inefficacité et les risques entraînés par ce médicament qui devait précipiter son interdiction en France.  Puis l’étude du Lancet fut contestée, puis finalement rétractée. Puis les arrêts successifs des essais…. Comme le début du commencement de la fin d’une série bien trop mal engagée à Marseille. Une série certes addictive mais qui, finalement, n’aura sans doute que trop duré.

A demain @jyanu

« Hydroxychloroquine – Didier Raoult », la grande affaire française étrillée depuis Genève

Bonjour

04/06/2020. C’est acquis : l’affaire « Didier Raoult – Chloroquine » est devenue la grande affaire nationale française du moment. Elle intègre à merveille la peur et l’espoir, la médecine à la science, la croyance à la politique, le médiatique aux polémiques, les élites aux Gilets Jaunes. Jouant miraculeusement de l’étrange, l’homme parle où et quand il veut, délivre des messages, philosophe sur la médecine, cet art qui se nourrit de science, dénonce les vices de sa confrérie, accuse les méthodologistes-mathématiciens glorifie en permanence son parcours et ses compétences.

C’est sans précédent et cela dure, l’affaire s’auto-alimente. Pour autant, sauf à imaginer une rapide propulsion vers les sphères politiques (Didier Raoult, ministre de la Santé et/ou maire de Marseille) le sujet, bientôt, s’épuisera.

Pour l’heure, tout ceci intéresse-t-il au-delà de nos frontières ? Comment, par exemple, perçoit-on ce phénomène depuis Genève ? Donnons ici un extrait du « bloc-notes » 1 que tient le Dr Bertrand Kiefer dans la Revue Médicale Suisse dont il est le rédacteur en chef :

« Il était un savant de Marseille qui, depuis son bain de bulles, affirmait que la pandémie commençante serait moins mortelle que les accidents de trottinette. Il savait, avec certitude. Le même savant annonce ces jours la fin imminente de la pandémie. Il sait, là encore. Et c’est lui qui, enveloppé dans son immense savoir et télégénisé par son look ésotérico-rebelle, a entraîné le monde sur la piste savonneuse d’un antimalarique miracle.

« Avec ses disciples (groupe qui comprend une partie non négligeable de l’humanité, quantité de chefs d’État, plein de professeurs et de médecins de tous poils, et un quarteron de spécialistes fumeux), il affronte les autres, l’élite, les « bien-pensants », affirmant que l’urgence pandémique exige d’abandonner la servitude de la méthode et de l’éthique de la recherche scientifique. S’imposerait donc, selon lui, l’instinct, le savoir infus.

La bouée, le parachute et le savoir du gourou

« Quand quelqu’un se noie, on lui lance une bouée, sans d’abord vérifier son efficacité, ou encore, quand on saute d’un avion, on utilise un parachute, même s’il n’a jamais fait l’objet d’une recherche contre placebo (cet argument prend au sérieux un article du BMJ sur le sujet, publié dans l’un des numéros de Noël connus pour servir de défouloir annuel à l’humour british). Certes, mais comment savoir qu’on a bien affaire à une bouée ou un parachute ? Le gourou, lui, sait.

« En conséquence, tout a été fait à l’envers. Courant derrière l’engouement international, quantité d’études ont été lancées, impliquant des dizaines de milliers de patients dans le monde, sans coordination, avec des protocoles souvent bâclés. Il a fallu trois mois d’un immense effort pour que la marge d’ignorance se resserre. Résultat : l’antimalarique n’est en tout cas pas le médicament-miracle annoncé, celui qui devait sonner la « fin de partie » (selon le savant) ou s’imposer en « game changer » (selon un autocrate narcissique nord-américain). Mais l’argent et l’énergie drainés par ces études (sans compter la difficulté à recruter les patients : personne ne voulant plus prendre le risque de se trouver dans un bras autre ou placebo) ont empêché de tester d’autres hypothèses intéressantes, à l’efficacité a priori autant, voire davantage plausible. Un immense gâchis. »

Il nous restera à comprendrecomment une telle « flambée d’irrationnel » a pu se mondialiser à la vitesse de la pandémie. « Il faudrait analyser les ressorts archaïques qui meuvent les humains, même à l’ère des réseaux sociaux, écrit le Dr Kiefer. Besoin de croire, transes émotionnelles, attachement à la figure sacrée de la victime (le savant persécuté), violence mimétique antiscience et anti-establishment ? Les technologies de l’information sont de formidables machines à amplifier les vieux modèles. » Il ajoute :

« A quoi se reconnaît un pseudo-scientifique ? A ceci : il sait. Il est soit infatué, soit incompétent. Mais l’infatué ne cherche pas à savoir. Et savoir qu’on est incompétent demande d’être compétent. »

A demain @jynau

1 Kiefer B Science et doutes : le bazar Rev Med Suisse 2020; volume 16. 1068-1068

Cannabis médical reporté : comment qualifier la désinvolture de nos «autorités de santé» ?

Bonjour

04/03/2020. Sans doute faudrait-il faire un effort, comprendre les difficultés de l’instant, les agendas perturbés, les responsables trop occupés … On peut, aussi, dire qu’il y a, dans le dernier communiqué de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), sur l’usage médical du cannabis , une forme de désinvolture que l’on peu tenir pour inacceptable vis-à-vis des malades concernés par le sujet. On lit ainsi :

«  Dans la continuité des travaux menés depuis 2018, la Direction générale de la santé (DGS) et l’ANSM restent pleinement engagés (sic) dans mise en place de l’expérimentation de l’usage médical du cannabis en France. Cependant, en raison de la nécessaire mobilisation des autorités de santé sur la gestion de l’épidémie de COVID-19, le début de l’expérimentation, initialement prévu en septembre 2020 est reporté au plus tard en janvier 2021. »

Nous disposons donc, en France, d’autorités de santé qui ne peuvent à la fois se mobiliser sur la « gestion d’une épidémie » et poursuivre un travail engagé depuis près de deux ans – un travail déjà accompli dans de multiples pays étrangers comparables à la France.

Autorités de santé beaucoup trop occupées

Tout était en place pour qu’enfin, une expérimentation puisse débuter en septembre prochain. Dans le jargon de l’ANSM, cela donne : « Conduits en concertation avec les membres du Comité scientifique de l’ANSM et les sociétés savantes concernées, les travaux pour la prochaine mise en place de l’expérimentation ont récemment permis de consolider différentes actions (…). ».Et l’on découvre aujourd’hui qu’il faut encore attendre « la publication d’un décret attendu d’ici l’été ».

L’ANSM a initié les travaux sur le cannabis « à usage médical » en septembre 2018. Il avait donc fallu près de deux ans pour programmer la première expérimentation  – et ce après avoir  jugé cet usage « pertinent pour les patients dans certaines situations cliniques et en cas de soulagement insuffisant ou d’une mauvaise tolérance des thérapeutiques accessibles, qu’elles soient ou non médicamenteuses ».

Cette expérimentation « permettant d’évaluer la faisabilité du circuit de mise à disposition du cannabis pour les patients » ? Elle attendra, pour commencer, le début de l’année 2021. En postulant que les « autorités de santé » ne seront pas, d’ici là, trop occupées.

A demain @jynau

Anakinra: après l’hydroxychloroquine, ses espoirs thérapeutiques vont-ils faire polémique ?

Bonjour

30/05/2020. Déjà, l’ouverture de France Info. Un médicament, l’anakinra (commercialisé sous la marque Kineret par la firme SWEDISH ORPHAN BIOVITRUM) initialement destiné à des maladies rhumatismales, donne des résultats « encourageants » dans les formes graves de Covid-19-  en réduisant le risque de décès et le besoin d’être mis sous respirateur en réanimation.

Jadis on se serait borné, dans les médias spécialisés, à expliquer que c’était la conclusion d’une étude française, parisienne, qui vient d’être publiée dans The Lancet Rheumatology : « Anakinra for severe forms of COVID-19: a cohort study » 1. On aurait expliqué de quoi il s’agissait. « L’anakinra neutralise l’activité biologique de l’interleukine-1alpha (IL-1alpha) et de l’interleukine-1ß (IL-1ß) par inhibition compétitive de la liaison de l’IL-1 à son récepteur de type I (IL-1RI), résume le Vidal. L’anakinra est utilisé dans la prise en charge de polyarthrites rhumatoïdes. »

Puis on aurait poursuivi. Expliquait que l’objectif, ici, était de contrer l’ « orage cytokinique », cette violente réaction inflammatoire incontrôlée observée dans les formes graves de pneumonie de la Covid-19 – phénomène qui évolue généralement vers un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) imposant l’assistance d’une ventilation artificielle avec l’utilisation de respirateur. Que ce travail a été mené via l’administration par injection sous-cutanée pendant dix jours d’anakinra à 52 patients atteints d’une forme grave de COVID-19 a permis une « réduction statistiquement significative du risque de décès et de passage en réanimation pour assistance respiratoire par ventilation mécanique ».

Brigades vérificatrices

On aurait ajouté qu’un quart des patients traités avec l’anakinra ont été transférés en réanimation ou sont décédés, contre près de 73% de ceux n’ayant pas eu cette thérapie. Que le groupe témoin avait été constitué formé de 44 patients qui avaient été auparavant pris en charge dans la même institution. Et que dans le groupe recevant l’anakinra, une diminution rapide des besoins en oxygène a été également observée au bout de 7 jours de traitement.

On aurait cité, avec l’AFP, le Pr Jean-Jacques Mourad, (service de médecine interne, Hôpital Paris Saint-Joseph, Paris) co-signataire de l’étude :  « En l’absence d’accès à des essais thérapeutiques incluant des médicaments immunomodulateurs pour nos patients, la décision (…) prise de proposer l’anakinra, selon des critères de gravité décidés de manière consensuelle et a priori, a rapidement changé le visage de la maladie en salle. Le bénéfice était palpable au quotidien. » Et ajouté qu’une douzaine d’essais cliniques explorant le blocage de la cytokine IL-1 associée au syndrome de tempête inflammatoire sont actuellement menés.

Avec cette conclusion, tirée d’un commentaire du The Lancet Rheumatology 2 : « Cette étude apporte la preuve la plus probante à ce jour que l’anakinra peut bénéficier aux patients souffrant du syndrome de tempête de cytokines associé à la Covid-19. Dans l’attente de résultats d’essais contrôlés, l’anakinra donne de l’espoir pour ceux qui sont gravement touchés par la Covid-19 ».

Mais il faut désormais compter avec les accusations du Pr Didier Raoult quant à la compromission des plus grandes revues médicales internationales, à commencer par The Lancet. Attendre, donc, l’éventuelle polémique quant à la réalité des effets annoncés de l’anakinara. Ne pas croire qu’il y a là un travail honnête et une vérité qui permet de nourrir une espérance thérapeutique. Attendre, désormais, le verdict des brigades vérificatrices.

A demain @jynau

1 « Anakinra for severe forms of COVID-19: a cohort study » Thomas Huet, Hélène Beaussier, Olivier Voisin, Stéphane Jouveshomme, Gaëlle Dauriat, Isabelle Lazareth, Emmanuelle Sacco, Jean-Marc Naccache, Yvonnick Bézie, Sophie Laplanche, Alice Le Berre, Jérôme Le Pavec, Sergio Salmeron, Joseph Emmerich, Jean-Jacques Mourad, Gilles Chatellier, Gilles Hayem (Hôpital Paris Saint-Joseph, Paris, Hôpital Marie Lannelongue, Université de Paris, INSERM, Hôpital Européen Georges-Pompidou)

2 « Coronavirus is the trigger, but the immune response is deadly ». Commentaire signé  Randy Q Cron Children’s of Alabama, Division of Rheumatology, University of Alabama at Birmingham).

Emmanuel Macron, après la «médaille» aux soignants, songe au «Mémorial des victimes»

Bonjour

16/05/2020. Qui dira les dégâts causés par la métaphore présidentielle ? Pourquoi vouloir à tout prix vouloir faire une « guerre » d’une question sanitaire, aussi périlleuse complexe et majeure soit-elle ? Une fois forgée la métaphore de la guerre à l’ancienne fut filée : virent le « front », la « première ligne » et les suivantes, les « héros en blouses blanches », l’ « ennemi qui n’a pas de frontières », ou « pas de passeport ».

Il y a quelques jours surgirent d’autres idées, comme celle de la « réactivation » d’une « médaille de l’engagement » et d’un hommage rendu lors des cérémonies du 14 juillet – deux initiatives présidentielles qui ont plus irrité que séduit  dans le milieu des soignants. Précisons que la « médaille de l’engagement contre les épidémies » est une médaille française créée le 31 mars 1885, un an après la grave épidémie de choléra qui avait touché la France. Elle visait à « récompenser ceux qui s’étaient particulièrement dévoués pendant cette période », a rappelé Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, en expliquant les choix présidentiels.

Le mémoriel et l’émotion

Aujourd’hui, à la veille du lancement, par Emmanuel Macron dans l’Aisne d’une année de commémorations centrées sur le général Charles de Gaulle, voici qu’émerge l’idée d’un « Mémorial des victimes du coronavirus » – une idée qui lui aurait été soufflée par des membres de son Conseil scientifique, selon Le Parisien (Olivier Beaumont).

« Il n’y a pas de réflexion à ce stade sur ce point », précise le canal officiel de l’Élysée. En coulisses pourtant, ce projet de mémorial agite bel et bien quelques cerveaux autour d’Emmanuel Macron. Avec ses partisans… et ses détracteurs. « ‘’C’est séduisant sur le papier, mais le président n’a pas d’avis pour le moment. Il nous demande juste d’y réfléchir’’, confie un proche au Parisien. Un autre, pas vraiment fan, évoque plutôt ‘’une opération hasardeuse’’ : ‘’Avant de se lancer dans l’instauration d’une journée mémorielle Covid, ou de l’érection d’une sorte de monument, il faut peut-être voir comment tout cela va se terminer. Il n’y a rien de pire que de faire du mémoriel sur de l’émotion. Surtout quand l’histoire est encore en train de s’écrire’’. »

L’histoire n’est certes pas écrite. Le sera-t-elle, le 14 juillet, sur les Champs-Elysées ? « Faire du mémoriel sur de l’émotion » … : on retiendra l’expression.

A demain @jynau

Emmanuel Macron et l’abcès des contaminations non reconnues «maladies professionnelles»

Bonjour

13/04/2020.  Ce soir, après les applaudissements aux soignants, dans sa nouvelle adresse aux Français, Emmanuel Macron tranchera-t-il ce qui n’a que trop duré ? Un abcès qui, si rien n’est fait, deviendra scandale.

 Nous étions le 23 mars, peu après l’annonce de la mort du Dr Jean-Jacques Razafindranazy, médecin urgentiste de l’hôpital de Compiègne âgé de 67 ans victime du Covid-19 – suivie de celle de deux médecins originaires du Haut-Rhin et de Moselle décédés des mêmes causes. Le Syndicat national français des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs (Snphare) demandait alors que l’infection à Covid-19 soit inscrite dans la liste des maladies professionnelles des professionnels de santé

Quelques heures plus tard Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé prenait la parole :

«  Hier, deux nouveaux médecins, un médecin généraliste et un médecin gynécologue, ont trouvé la mort en faisant leur métier. Ils ont trouvé la mort parce qu’il était médecin. Pour ses deux confrères, j’ai une pensée particulière, qui éclaire d’une lumière dramatique la hauteur de l’engagement des soignants au service de leurs malades. Nous ne les oublierons. Nous ne les oublierons jamais.

D’autres médecins, soignants, personnes portant assistance aux plus fragiles contractent le virus chaque jour dans nos hôpitaux, dans leurs cabinets ou au domicile de leurs patients. Pour tous ces soignants qui tombent malades, je le dis : le coronavirus sera systématiquement et automatiquement reconnu comme une maladie professionnelle. C’est la moindre des choses. Il n’y a aucun débat là-dessus. » 

Après les applaudissements adressés aux soignants

Trois semaines plus tard, rien, en pratique, ne semble avoir avancé et Le Monde (Bertrand Bissuel) soulève la question au-delà des seuls soignants. Toutes les personnes qui ont été atteintes par le Covid-19 en exerçant leur métier pourront-elles bénéficier d’une prise en charge spécifique par la Sécurité sociale ? « Oui, mais pas toutes : le gouvernement semble, en effet, vouloir réserver un tel dispositif à certaines catégories, évoluant dans le monde de la santé » croit savoir le quotidien. Or plusieurs associations et organisations syndicales plaident, elles, pour une approche beaucoup plus large. Rappel du Monde :

« La reconnaissance d’une maladie professionnelle obéit à des règles complexes, qui se sont sédimentées depuis la fin du XIXe siècle. Lorsqu’une pathologie est considérée comme ayant un lien avec l’activité professionnelle, l’individu concerné a droit à des indemnités, qui diffèrent selon le régime de protection sociale auquel il est affilié. Si l’affection entraîne une incapacité, le dédommagement peut être durable. En cas de décès, les proches du défunt sont éligibles à une rente. »

Pour les soignants infectés on évoque, dans l’entourage d’Olivier Véran une reconnaissance automatique. Mais qu’en sera-t-il pour d’autres professions ? Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a d’ores et déjà exprimé le souhait qu’un traitement analogue soit réservé aux policiers :  le « lien » entre la pathologie et « le service » doit être « présumé » pour les fonctionnaires de son administration qui « ont assuré des missions en contact avec le public durant l’urgence sanitaire ». Une demande qui n’est que l’expression de l’attente de plusieurs syndicats des agents des forces de l’ordre. On recenserait 1 400 personnes, sur un total de « plus de 300 000 » relevant de la Place Beauvau, sont contaminées.

Après la révélation des prémices du déconfinement

Mais au-delà ? Le Monde cite la CFDT et l’Association des accidentés de la vie (Fnath) qui estiment qu’il conviendrait d’élaborer une solution extérieure au système des maladies professionnelles, au-delà des seuls fonctionnaires et travailleurs salariés de la sphère publique, les salariés du privé, les fonctionnaires, les indépendants ainsi que les bénévoles, qui ont apporté leur aide dans la lutte contre l’épidémie. L’équivalent, en somme de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam). Jusqu’à l’Académie de médecine qui, le 3 avril dernier, demandait au gouvernement des mesures équivalentes :  

« Que les professionnels de santé et les personnels travaillant pour le fonctionnement indispensable du pays (alimentation, transports en commun, sécurité…), qui ont été exposés et ont subi des conséquences graves du fait de Covid-19, soient pris en charge au titre des maladies professionnelles dues à des virus, en analogie avec différents tableaux de maladies professionnelles liées à des agents infectieux (tableaux 80, 76, 56 ou 45). »

Ce soir, après les applaudissements adressés aux soignants et sa révélation des prémices du déconfinement, il serait regrettable qu’Emmanuel Macron ne tranche pas, coûte que coûte, au nom de la solidarité, cette question qui n’a que trop duré.

A demain @jynau

Covid-19 dans les Outre-mer : l’alerte rouge du Conseil scientifique au gouvernement

Bonjour

10/04/2020. Nouvel avis rendu public du Conseil scientifique du gouvernement qui regarde, cette fois, au-delà de l’Hexagone. Et à la veille d’une nouvelle allocution présidentielle qui traitera immanquablement des perspectives du déconfinement le Conseil considère pour sa part « indispensable le maintien strict du confinement dans les territoires d’outre-mer » et ce « jusqu’au décours du passage du pic épidémique ». Mais aussi, mais surtout, il « souligne la nécessité de mesures d’accompagnement pour les personnes en situation de précarité ». Dans l’attente, aucun doute n’est permis : « l’épidémie dans les territoires d’outre-mer va s’aggraver dans les semaines qui viennent ».

On sait que les territoires d’outre-mer sont frappés par l’épidémie de Covid-19 avec un décalage de plusieurs semaines dans le temps par rapport à la métropole. Pour autant, la France jacobine étant ce qu’elle peut être, le confinement général y a été décrété au même moment, le 17 mars.

« Les premiers cas de Covid-19 sont apparus dans les territoires d’outre-mer, à partir du 1er mars, d’abord à Saint-Barthélémy et Saint-Martin, puis en Guyane, Martinique, Guadeloupe, à la Réunion, en Polynésie française, à Mayotte et en Nouvelle-Calédonie » rappelle le Conseil scientifique. Les premières personnes infectées ont été des voyageurs ayant contracté l’infection hors des outre-mer, puis sont apparus des cas secondaires dans leur entourage immédiat. De plus en plus d’infections autochtones, sans lien avec les voyageurs, sont maintenant diagnostiquées. 

« Les Antilles sont aussi confrontées au risque de Covid-19 à bord des navires de croisière, ajoute le Conseil. Ainsi un bateau actuellement en quarantaine au large de Fort-de-France est touché par l’infection et a dû transférer certains membres de son équipage au centre hospitalier universitaire de Fort de France. En Guyane, sur le Haut-Maroni, les allées et venues de pirogues d’orpailleurs clandestins venus pour la plupart du Brésil, se multiplient, sans aucun respect du confinement. » Ces mouvements font craindre une propagation accélérée du virus parmi les amérindiens. Un autre sujet d’inquiétude, généralisé à l’ensemble des territoires tropicaux, est celui de la recrudescence de la dengue depuis quelques mois. La prise en charge des malades fébriles risque fort de s’en trouver compliquée.

Et ce Conseil de lancer un cri d’alarme pour Mayotte 

« La situation à Mayotte est particulièrement préoccupante : plus de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, 30 % des habitations n’ont pas l’eau courante et l’offre de soins est limitée. Cependant, 50 % des habitants ont moins de 18 ans et seulement 4% plus de 70 ans ; à tempérer par le fait que diabète et obésité, facteurs de risque de formes graves de Covid-19, touchent une partie importante de la population. Il faut anticiper que le système de santé, du fait de l’hyper-concentration de son service et de la méfiance d’une partie importante de la population envers l’administration, sera totalement dépassé lorsque les quartiers pauvres de Mamoudzou, comme le bidonville de Kaweni, seront touchés. »

Que faire ? « Pour être efficace, le confinement général doit être strictement mis en œuvre et bénéficier d’une large adhésion de la population, comme ceci semble être le cas, observe le Conseil scientifique pour les outre-mer.  Mais le stade précoce de l’épidémie et l’insularité de la plupart des territoires d’outre-mer rendent possibles d’autres mesures pour freiner la propagation de l’infection. »

Ces mesures pourraient être fondées « sur une utilisation plus large des tests de diagnostic » – et ce « avec un isolement des patients positifs » – sans oublier des « mesures de quarantaine des nouveaux arrivants ». Les situations des territoires d’outre-mer sont toutefois hétérogènes et les mesures, pour être opérationnelles, devront être réalistes et adaptées aux contextes. Elles devront aussi être différenciées selon les territoires et élaborées avec les autorités et les acteurs impliqués.

Dès maintenant le Conseil scientifique exhorte le gouvernement à « renforcer les capacités hospitalières », à « mettre en place dès maintenant une stratégie de tests diagnostiques (RT-PCR COVID) » et à rendre disponibles des masques et des équipements de protection individuelle. « Des commandes sont en cours, observe-t-il. Il est impératif d’éviter les ruptures de stock et de permettre une large utilisation des masques en privilégiant en cas de tension les personnels de santé. » Tenter de tout faire, en somme, pour éviter que l’on observe, au-delà des mers, une réplique de ce qui a pu être malheureusement observé sur le sol de la Métropole.

A demain @jynau