Génériques :  les médecins ne pourront bientôt plus avoir recours au « Non Substituable »

Bonjour

L’affaire couvait. Elle éclate et, après RTL, nombre de médias généralistes s’en font l’écho. On attend les réactions de la  profession médicale qui perd ici, une nouvelle fois, un peu de cette liberté de prescrire – une liberté qui n’était pas étrangère au prestige dont elle jouissait.

Résumons. C’est une mesure inscrite dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2019). Officiellement elle vise à  « renforcer le recours aux génériques ». Il faut ici savoir que le taux de substitution générique/princeps dépasse les 80 % en France mais que le gouvernement observe un « essoufflement ».

« Le problème, résume RTL, c’est que malgré la bonne volonté affichée (sic) des pharmaciens, le taux global de génériques vendus ne dépasse pas 36% des médicaments remboursables. Pire, les ventes de génériques ont reculé de 2,4% en 2017 en volume et de 3,9% en valeur. L’autre souci constaté par l’administration, c’est que les médecins apposent de plus en plus souvent la mention « non-substituable » sur leur ordonnance. Cette mention interdit aux pharmaciens de proposer un générique. »

« Fin mai, rappelle Le Quotidien du Médecin (Cyrille Dupuis), dans le cadre d’une affaire opposant un généraliste à sa caisse primaire dans l’Eure, un arrêt de la cour de Cassation avait jugé que la prescription assortie de la mention ‘’NS’’ devait pouvoir être « dûment » justifiée par le prescripteur lui-même, à chaque fois que la situation se présente. La Cour de cassation avait condamné le médecin… »

Fort de ce contexte, le gouvernement a décidé de rogner les ailes des prescripteurs en « clarifiant » les modalités de recours au « NS ».  Le gouvernement entend désormais encourager la substitution par le pharmacien en faisant reposer la justification de la mention non-substituable « sur des critères médicaux objectifs, définis en lien avec l’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé ».

Allergiques aux génériques

On peut le dire autrement : les autorités sanitaires fixeront une liste de cas et de situations (intolérances, allergies, etc.) pouvant justifier la mention « NS » et empêcher la substitution générique. C’est ce que confie l’entourage d’Agnès Buzyn au Quotidien du Médecin. Ces référentiels devraient être intégrés aux logiciels d’aide à la prescription. Dès lors fin de la mention manuscrite – la fréquence de non substituable sur les ordonnances étant en moyenne de 8,3 % sur l’année 2016.

Tout ceci sera associé à d’un malus financier destiné à favoriser un peu plus encore pour le recours aux génériques : « le remboursement d’un assuré qui ne souhaiterait pas, sans justification médicale, la substitution proposée par le pharmacien se fera désormais sur la base du prix du générique » (PLFSS 2019). « Sachant qu’un générique coûte en moyenne 40 % de moins que le princeps, le malade devrait y regarder à deux fois avant de refuser le générique pour des raisons de convenance » estime Le Quotidien du Médecin.

Commentaire du Dr Jacques Battistoni, président de MG France :

« On est satisfait car le fait d’écrire « non substituable » à la main était perçu comme une mesure vexatoire par les généralistes. Mais les critères médicaux objectifs justifiant le « NS », il n’y en aura pas beaucoup ! Les trois situations principales que l’on rencontre sont les médicaments à marge thérapeutique étroite, les patients qui nous disent qu’ils ne supportent pas le générique – c’est souvent invérifiable – et ceux qui mélangent les boîtes de génériques, ce qui est source de confusion… ».

Cette mesure ne s’appliquera à compter du 1er janvier 2020 : le temps nécessaire pour « accompagner sa mise en place auprès des patients ».

A demain

 

Homéopathie : que veut dire Agnès Buzyn quand elle affirme être «incroyablement rationnelle» ?

Bonjour

Le pouvoir exécutif est encore bien loin d’en avoir fini avec les charmes et les vertus de l’homéopathie. Avec, en première ligne Agnès Buzyn. La ministre des Solidarités et de la santé a dû, une nouvelle fois, traiter du sujet sur les ondes de France Inter dimanche 23 septembre.

« La première question c’est : est-ce qu’il faut continuer à rembourser à 30 % l’homéopathie alors que tous les médicaments remboursés aujourd’hui par la Sécurité sociale sont évalués pour leur efficacité. J’ai simplement demandé à la Haute Autorité de Santé qu’elle évalue l’homéopathie comme n’importe quel médicament. Si elle montre que c’est efficace, ça continuera à être remboursé. Mais ce n’est pas parce que ce n’est plus remboursé que ça ne pourra plus être prescrit. »

Ventouses

On lui demande : « Si l’on vient vous voir en consultation, Dr Buzyn, pouvez-vous prescrire de l’homéopathie ? » « Il y a peu de chances, répond-elle [« dans un sourire qui en dit long », observe Le Quotidien du Médecin ). Quand on connaît ma spécialité, la cancérologie et l’hématologie, l’homéopathie est assez peu utilisée… »

Prenant l’exemple d’un hôpital chinois visité lors d’un déplacement officiel elle explique y avoir vu vu « plein d’enfants avec des ventouses brûlantes dont sortaient énormément d’odeurs bizarres » (sic), Agnès Buzyn a ajouté :  « Je ne mets pas en doute la médecine chinoise mais pour autant, chaque culture a ses pratiques ancestrales, moi je fais confiance à ce qui est évalué scientifiquement. « Car je suis rationnelle. Je suis incroyablement rationnelle. Je crois en la science et donc je crois en la preuve scientifique. »

 Rationnel Qui appartient à la raison, relève de la raison. Ensemble des facultés intellectuelles, considérées dans leur état ou leur fonctionnement normal (« N’avoir plus toute sa raison ») ; Incroyablement  adverbe qui renvoie à incroyable Qui n’est pas croyable; difficile à croire. Qui dépasse les limites habituellement admises. Excessif.

A demain

 

 

Le vieux numerus clausus est mort et enterré ! Vive le nouveau numerus clausus masqué ! 

Bonjour

Cela sonne comme un slogan libérateur : « Fin du numerus clausus ! » – « Fin du gâchis humain ». Avec un film en toile de fond 1. Applaudissements sur tous les bancs. Mais encore ? Interrogée par Le Quotidien du Médecin, la réponse d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé à qui on demande par quoi cette guillotine sera remplacée :

«  Là, il nous faut une loi ! Des négociations auront lieu avec les étudiants. Nous voulons éviter l’immense gâchis humain de la PACES, et de tous ces très bons élèves qui se retrouvent en échec alors qu’ils ont un potentiel fou (sic).  Nous voulons diversifier les parcours, sélectionner de nouveaux profils, des étudiants provenant des sciences humaines et sociales, des ingénieurs. Nous allons donc créer davantage de passerelles entrantes et sortantes. Mais pas question d’ouvrir les vannes quantitativement, on ne peut pas former plus de 9000 à 10000 médecins par an. Mais nous laisserons davantage de souplesse aux universités pour former les jeunes. »

Compassion

On n’en saura pas plus sur la suite d’un dispositif mis en place en 1971 et qui limite le nombre de places ouvertes en fin de première année commune aux études de santé (Paces). Agnès Buzyn reconnaît que la fin du numerus clausus «  ne réglera pas le problème de la démographie médicale ».  Nous serions, ici, dans une forme de compassion. « Ça suffit de désespérer des générations entières de jeunes qui obtiennent le bac parfois avec une mention bien ou très bien, mais se voient refuser l’entrée dans des études de médecine et vivent cela comme un échec fondamental » a expliqué la ministre dans un entretien au Parisien.

Ne plus désespérer. Ne plus « gâcher ». Mais par quoi remplacer le mortel couperet ? Par de nouvelles procédures sélectives en fin de première, deuxième et troisième années d’études. « Le système restera sélectif, il n’est pas question de rogner sur l’excellence de la formation de nos étudiants en santé, a confié l’Elysée au Monde. Mais avec un appareil de formation globalement plus intelligent, moins académique et qui conduit moins au bachotage. » Ce qui, même si elle s’en défend, nécessitera la promulgation de la loi Buzyn en 2019.

Visions

Les plus visionnaires croient percevoir les prémices des prolégomènes : en lieu et place d’un numerus clausus établi au niveau national chaque université modulerait le nombre d’étudiants admis dans les études médicales. Du Jacobin au Girondin, en somme. Y croire dans une Macronie plus centralisée que jamais ?

« Nous ne sommes pas favorables à une dérégulation totale, prévient déjà le Pr Jean Sibilia, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine. Il est nécessaire que le nombre de médecins augmente, mais dans une certaine limite. Une fourchette haute nous paraît surtout nécessaire pour -éviter une mise en concurrence des établissements entre eux, pour proposer le plus de places dans certaines -filières plus demandées que d’autres. »

Résumons. Le « concours d’entrée », dans sa version actuelle est voué à disparaître. Pour autant la sélection demeurera bin présente pour recruter les futurs étudiants en médecine, odontologie, pharmacie et maïeutique. Comment pourrait-il en être autrement ?  « Le système restera sélectif. Il n’est pas question de rogner sur l’excellence de la formation  » murmure-t-on au Palais de l’Elysée.

« Les capacités maximales de formation semblant déjà atteintes, n’y aura-t-il pas un numerus clausus déguisé sélectionnant sur les trois premières années et non plus sur une seule ? » demande une internaute au Monde. Réponse de l’auguste quotidien vespéral :

« Cela peut donner ce sentiment, si l’on imagine que la fin du numerus clausus signifie fin de toute sélection, ce qui, en effet, ne sera pas le cas. L’accès aux études menant aux professions médicales restera sélectif, mais d’une autre manière. Potentiellement à différents niveaux d’études, et avec des procédures de sélection diverses.

En effet, les capacités maximales de formation des facultés de médecine – et aussi le nombre limité de terrains de stages, à l’hôpital ou chez les médecins libéraux – limiteront, de facto, le nombre de places offertes, demain comme aujourd’hui. Néanmoins, le mot d’ordre général est celui d’une augmentation – dans des proportions limitées, très probablement – du nombre de professionnels de santé formés, dans les années qui viennent. »

Transhumances

Où l’on comprend que l’on comprend de moins en moins l’avenir proche 2. Impression confirmée par les explications données au Monde par Marc-Olivier Déplaude, chargé de recherche en sociologie à l’INRA. Un spécialiste s’il en est, auteur de La Hantise du nombre. Une histoire des numerus clausus de médecine (Les Belles Lettres, 2015).  Pour lui  « le système a volé en éclats avec la forte augmentation du nombre de médecins venant d’autres pays de l’Union européenne ». Des médecins « qui ont les mêmes droits que les médecins formés en France en matière d’installation et de conventionnement »

M. Déplaude est spécialiste des transhumances. Et nous rappelle quelques vérités essentielles :

« N’oublions pas que le coût de la formation des médecins est assuré par l’Etat, et que la majeure partie de leurs honoraires et prescriptions sont remboursés par l’Assurance-maladie. Il n’est donc pas insensé de demander en contrepartie des règles permettant une répartition plus équitable des médecins sur le territoire.

« Aujourd’hui, tous les nouveaux diplômés peuvent s’installer en libéral et demander à être conventionnés par l’Assurance-maladie : c’est le cas de la quasi-totalité des médecins libéraux en France. Il n’y a pas de numerus clausus au conventionnement. Or, si les universités deviennent libres de décider le nombre de médecins qu’elles souhaitent former, il faut s’attendre à ce que la Caisse nationale d’assurance-maladie dise qu’elle ne pourra pas conventionner tout le monde ! L’Assurance-maladie pourrait ainsi demander de pouvoir décider elle-même le nombre de médecins qu’elle souhaite conventionner, dans telle région ou telle spécialité. »

Où l’on voit que le numerus clausus aujourd’hui supprimé n’est, tout bien pesé, qu’une poudre aux yeux jetée.

A demain

1 « Fin du numerus clausus, fin des annuaires qui volent et de la concurrence sadique » Slate.fr 18 septembre 2018

2 La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a expliqué que les modalités d’accès aux futures études de santé seront discutées avec les acteurs du secteur et «précisées d’ici Noël».

 

 

 

« Ma santé 2022 »: Macron soutiendra-t-il longtemps la comparaison avec de Gaulle ?

Bonjour

Immodestie. Ainsi donc cela s’appellera « Ma santé 2022 » (sic). Une fois de plus l’étouffante mise en scène médiatiquement programmée. Il y avait eu Charles de Gaulle et la création, discrète et révolutionnaire, des CHU. Soixante ans plus tard voici Emmanuel Macron. Non plus une création mais une réorganisation a minima. Un ensemble de pansements incitatifs ; un « nouveau souffle » que le président entend donner à un « système de santé » qui ne cesse d’en manquer. Et une fanfare médiatique à vous tournebouler.

De Gaulle ? C’est l’actuel président de la République qui a placé la barre au niveau de celle de son illustre prédécesseur, expliquant que son  rendez-vous avec l’ hôpital « était aussi important que celui de 1958 » 1. Un saut à très haut risque – le premier étant de montrer au grand jour que le pouvoir exécutif français n’est plus ce qu’il avait été et fait.

Résumons le catalogue macronien : une cinquantaine de mesures touchant aussi bien l’organisation de la médecine libérale que de l’hôpital, 400 millions d’euros supplémentaires en 2019, une nouvelle « loi santé Buzyn » dans quelques mois. Un inventaire plus qu’une révolution. Un ajustement dans les limites d’un maigre possible. Soit, en pratique :

« . Un objectif national de dépenses d’assurance-maladie relevé de 0,2 point, le portant à 2,5 % en 2019, soit 400 millions d’euros supplémentaires. . 400 médecins généralistes vont être salariés par des centres hospitaliers de proximité ou des centres de santé situés dans les « déserts médicaux ». 

 . 4 000 postes d’assistants médicaux vont être créés pour décharger les médecins d’une partie du travail administratif ou des actes simples. . Des communautés professionnelles territoriales de santé seront créées afin de regrouper les professionnels de santé libéraux et mettre fin à l’exercice isolé. Ils devront répondre aux « urgences de ville » non vitales jusqu’à 20 heures.

. Des établissements hospitaliers seront répartis en trois catégories – soins de proximité, soins spécialisés et soins ultra-spécialisés – impliquant aussi le secteur privé. Des activités cesseront dans certains établissements. . Un financement des hôpitaux qui va évoluer pour passer de la tarification à l’acte à une tarification « au forfait », dans un premier temps pour deux pathologies chroniques : le diabète et l’insuffisance rénale chronique. En parallèle, l’enveloppe dédiée à récompenser la qualité des soins devrait passer de 60 à 300 millions d’euros dès 2019. »

Voir là une réorganisation « systémique »du système français de distribution des soins ? On ne peut oublier que rien n’était préparé, que tout s’est fait dans l’urgence. Que l’exécutif a été contraint à ouvrir un chantier auquel il n’était pas préparé mais qui s’est imposé au fil des crises dans les services d’urgences, des grèves dans les hôpitaux psychiatriques, des angoisses d’une population de plus en plus angoissée pour sa « santé ».

Les objectifs de la réforme sont nobles autant que nombreux. Pour autant on peine à trouver un fil rouge dans le catalogue macronien. Les annonces élyséennes sont bien loin de répondre à l’ampleur des objectifs visés : renforcer l’offre de soins pour permettre à tous les Français d’être pris en charge par la médecine de ville, désengorger des urgences hospitalières saturées, améliorer la qualité de la prise en charge et enfin répondre au malaise de soignants en perte de sens dans des hôpitaux perdus dans une course mortelle à l’activité.

Il s’agirait, assure le président de la République, , de « renforcer l’offre de soins  pour les cinquante années à venir ». Or force est bien de constater, aujourd’hui, que le pouvoir mouline, que l’exécutif est à la peine sur le réel, que l’appel à la « mobilisation générale » sonne pour partie dans le vide. Et que les parallèles d’Emmanuel Macron avec le de Gaulle et la France de 1958 ne sont, décidément, plus  de saison.

A demain

1 Sur ce thème : « A 60 ans, les CHU français montrent d’inquiétants signes d’essoufflement » Rev Med Suisse 2018; volume 14. 348-349. Egalement sur ce thème : Debré P. « Robert Debré Une vocation française ». 2018 Odile Jacob

Téléconsultations remboursées : quand le patron de l’assurance maladie nous dira-t-il la vérité ?

Bonjour

Effet d’aubaine et duplicité de la publicité. « Un cadre stable, des tarifs nationaux, un remboursement Sécu et une pléiade d’opérateurs : depuis samedi 15 septembre la téléconsultation (un des champs principaux de la télémédecine) a pris des quartiers dans l’exercice médical » explique Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos).

Et, depuis le 15 septembre, on y voit de moins en moins clair dans la jungle capitaliste et publicitaire. Ainsi, dans le Journal du Dimanche du 16 septembre, en page 15, cette page qqui ne manque pas d’air : « Téléconsultations médicales. Satisfaits et remboursés ». Une page achetée par Qare.

« Consultez un médecin en vidéo. Bénéficiez, depuis le 15 septembre 2018, des mêmes conditions de prise en charge et de remboursement que celles qui s’appliquent aux consultations en cabinet. Parlez en vidéo à un praticien en moins de 5 minutes, 7j/7 depuis votre ordinateur ou votre smartphone. Obtenez, si nécessaire, des ordonnances valables en France et dans toute l’Union Européenne. Vos données personnelles de santé sont stockées chez un Hébergeur Agréé de Données de Santé (HADS) et l’ensemble du service respecte le secret médical. »

Mieux encore :

« Nos médecins et professionnels de santé. Tous les médecins et les professionnels de santé Qare exercent en France. Ils sont recrutés et formés spécialement pour la pratique de la vidéo consultation. Les équipes médicales Qare sont disponibles pour vous livrer un diagnostic, vous donner un conseil ou tout simplement pour vous accompagner et vous rassurer. »

Et toujours plus fort :

« Les Offres Qare. Choisissez la formule qui vous convient le mieux. Nos Offres sont sans engagement et résiliables en ligne à tout moment Nos offres incluent toutes vos consultations vidéo avec des médecins et des professionnels de santé francais (en illimité et sans coût supplémentaire) ainsi que la délivrance, si nécessaire, d’ordonnances en ligne valables en France et dans toute l’Europe, un carnet de santé sécurisé mais aussi des services de prévention et de suivi personalisés.  Voir les spécialités proposées par Qare »

Douleurs et publicités

« Qare » ? Une jeune pousse qui montait avant de vouloir, soudain, grimper. « Enfant malade, douleur lancinante… Qui n’a jamais rêvé de pouvoir consulter un médecin sur-le-champ, quel que soit l’endroit ou l’heure ? C’est désormais possible avec Qare, un service de télémédecine qui s’est lancé en France en novembre dernier. Ce site permet, moyennant un abonnement mensuel sans engagement, de réaliser des consultations illimitées en vidéo avec des médecins, 7 jours sur 7 (précisions données en février dernier par Capital).  Son gros point fort : la possibilité de décrocher une consultation avec un généraliste en un temps record, de 9h à 23h du lundi au samedi et de 11h à 19h le dimanche. »

Nicolas Wolikow, fondateur et patron de Qare expliquait que cette « solution innovante » avait un « coût ». « Compter 29 euros par mois pour une seule personne, 49 euros pour toute la famille (conjoint et enfants), sachant que les 30 premiers jours sont gratuits. Pas négligeable, mais il est ensuite possible de solliciter autant de consultation que l’on souhaite, sans frais supplémentaire. » En février aucune prise en charge par une mutuelle ou la Sécurité sociale n’était possible. « Mais nous nous battons pour cela et suivons de près les discussions entre l’assurance maladie et les professionnels de santé qui viennent de s’ouvrir sur le sujet » confiait Nicolas Wolikow.

Du grain et de l’ivraie

Gagné, donc, pour cette start-up soutenue par Kamet Ventures, un fonds d’investissement appartenant à l’assureur Axa et qui avait levé 8,5 millions d’euros en 2017. Gagné ? Nicolas Revel, patron de l’assurance maladie vient de déclarer via Le Quotidien (Marie Foult) :  

« Il est formidable de voir que des publicités fleurissent sur des plateformes de téléconsultations commerciales en ligne, faisant croire que cela va être remboursé par l’assurance-maladie, alors que cela n’est pas le cas ! Nous allons continuer à communiquer pour dire que la télémédecine c’est entre un médecin et un patient qui se connaissent et se voient régulièrement (…) sinon pour moi c’est de la mauvaise médecine ».

Où l’on voit que M. Revel sait faire la part entre la bonne et la mauvaise médecine. Mais aussi et bien curieusement qu’il n’a pas su, en amont séparer le vrai bon grain de la méchante ivraie. Pourquoi ? Qui, désormais, s’y attelera ? De quel poids pèse et pèsera, ici, le géant Axa ?

A demain

« IVG=homicide »: à quoi le Dr de Rochambeau, chef des gynécos français sera-t-il condamné ?

Bonjour

Mesurait-il la vague qui suivrait ?  Le Dr Bertrand de Rochambeau est le président du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof). Aucune ambiguïté : c’est le seul syndicat des gynécologues médicaux, des gynécologues obstétriciens publics et privés. Il rassemble 1600 adhérents, « à jour de leur cotisation », « reflet satisfaisant de l’activisme des gynécologues français ». Son président est le Dr Bertrand de Rochambeau (hôpital privé de Marne Chantereine, Brou-sur-Chantereine).

Le Dr de Rochambeau vient de parler publiquement. C’était au micro d’une journaliste de l’émission « Quotidien ». (TMC) :

« Nous ne sommes pas là pour retirer des vies. » Le docteur Bertrand De Rochambeau est président du syndicat des gynécologues et il refuse de pratiquer des IVG. Il a accepté de répondre à @valentineoberti.#Quotidien 20:18 – 11 sept. 2018

« Moi, je fais un métier avec mes tripes. Je me lève à n’importe quelle heure. La nuit, je fais des opérations très difficiles, avec mes tripes. Et donc aux choses auxquelles je ne crois pas, je ne les fais plus », explique le médecin, estimant que « nous [les médecins] ne sommes pas là pour retirer des vies ».

La journaliste de TMC fait remarquer au Dr Bertrand de Rochambeau que « ce n’est pas un homicide 1 que de faire une IVG », le médecin répond : « Si, madame. »

« Toutes les femmes ne considèrent pas qu’avoir un embryon dans le ventre, c’est une vie », insiste la journaliste. Le gynécologue-obstétricien rétorque alors que c’est ici « son opinion »« Moi, en tant que médecin, je ne suis pas forcé d’avoir votre opinion. Et si je ne l’ai pas, la loi me protège et ma conscience aussi. »

Quelques minutes plus tard:

« Rien ni personne ne doit entraver »le droit à l’IVG a réagi Agnès Buzyn, ministres des Solidarités et de la santé. « Nous ne devons laisser passer aucune attaque, d’où qu’elle vienne, contre le droit des femmes à accéder librement à l’avortement », a aussitôt ajouté Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes. Et ce dans un communiqué commun qui « condamne fermement » les propos du Dr Bertrand de Rochambeau.

Puis vint, dans sa nouvelle sagesse 2, le Conseil national de l’Ordre des médecins :

«Le Dr Bertrand de Rochambeau a fait état publiquement de son opposition à
l’interruption volontaire de grossesse, qu’il rattache à un homicide. Cette opinion
personnelle ne peut effacer le fait que le Dr de Rochambeau est également président du
Syndicat national des gynécologues-obstétriciens, ce qui pose le problème de la portée
de ses propos tenus dans une émission de grande écoute. 

« A cet égard le Conseil national de l’Ordre des médecins rappelle que toute femme, majeure ou mineure, ne souhaitant pas poursuivre une grossesse peut demander à un médecin l’interruption de celle-ci conformément à la loi. 

« Le médecin contacté a parfaitement le droit d’invoquer sa clause de conscience personnelle. Toutefois le code de déontologie précise que, lorsqu’il se dégage de sa mission, quel qu’en soit le motif, le médecin doit impérativement en avertir le patient,
et transmettre sans délai à un autre médecin désigné par ce patient, toutes les
informations utiles à la poursuite de la prise en charge. 

« La clause de conscience ne saurait donc être un moyen de se soustraire à la loi et aux dispositions de la déontologie médicale qui sont parfaitement claires.»

Pour sa part le Dr de Rochambeau estime avoir été «piégé» par la journaliste de l’émission «Quotidien» . «A plusieurs reprises, j’ai rappelé que je m’exprimais en mon nom propre, mais cela a été coupé. J’ai été son trophée , déplore-t-il. Il y a eu manipulation de ce que j’ai dit pour faire le buzz.»

A demain

1 Homicide: action de tuer un autre être humain.

2 En février 1973 le Pr Jean-Louis Lortat-Jacob, alors président du Conseil de l’Ordre dénonçait  ouvertement les médecins partisans du droit des femmes à avorter. Sur ce sujet : « L’Ordre et l’avortement : la question de l’oubli et celle de l’hypocrisie ».

 

Smokitten®: arrêter le tabac en jouant sur son portable. A quand l’équivalent pour l’alcool ?

Bonjour

Le studio de développement DOWiNO vient de sortir Smokitten, un jeu sur téléphone portable destiné à aider celles et ceux qui tentent d’arrêter de fumer. Smokitten (disponible sur l’App Store et sur Google Play au prix de 4,99 euros) a été rendue possible grâce à une campagne de financement participatif qui a rapporté 25 000 euros.

Jeu et écran : une porte ouverte sur de nouvelles espérances thérapeutiques ? Lors de sa première connexion, le patient entre un certain nombre de données sur sa fréquence et son type de consommation de tabac. Un questionnaire de Fagerström est également réalisé pour évaluer le niveau de dépendance à la nicotine. Le jeu récompense le joueur en débloquant jusqu’à huit mini-jeux à mesure que s’allonge sa durée d’abstinence. Dans chaque jeu, le but est de collecter des pièces d’or destinées à acheter de quoi embellir l’île qui sert de maison à un chat compagnon. Si l’utilisateur tient 222 jours sans fumer, les développeurs lui promettent de « découvrir le secret de l’île ».

« Au-delà de son aspect mignon et décalé, Smokitten veut s’inscrire dans une démarche de santé publique et s’appuie sur l’expertise du centre Hygée (plateforme de santé publique du cancéropôle Lyon Auvergne-Rhône-Alpes), nous explique Le Quotidien du médecin (Damien Coulomb). Si l’utilisateur ressent un besoin irrépressible de fumer, un bouton ‘’HELP’’ envoie une notification à ses proches et au reste de la communauté des joueurs qui peuvent lui adresser en retour des messages d’encouragement. S’il ‘’craque’’, une autre icône déroule un questionnaire élaboré par des tabacologues, destiné à analyser quand, comment et pourquoi il a allumé une nouvelle cigarette. »

Le studio DOWiNO, spécialisé dans les « serious game » n’est pas un inconnu dans le champ médical. Il s’était fait connaître en 2015 avec « A Blind Legend », un jeu sans image pour personne mal voyantes. Peut-on imaginer de prochaines innovations dans la lutte contre les addictions ?

A demain