Nouveau: Le Maire n’est plus hostile à une reprise des 30 milliards de la dette hospitalière

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Souvent ministre macronien varie. Ainsi l’inflexible et puissant ministre de l’économie, Bruno Le Maire, n’exclut plus une reprise de la dette des hôpitaux publics – dette estimée à trente milliards d’euros. Il l’a révélé, dimanche 17 novembre, dans l’émission « BFM Politique » de BFM-Le Parisien.

Il y a quelques jours encore la chose semblait impossible, toute ouverture dans ce domaine étant perçu par ce ministre comme nouvelle et massive menace pour les finances publiques. Tel n’est plus désormais le cas. Bruno Le Maire :

 « Je suis ouvert à toutes les solutions du moment qu’elles sont rapides, efficaces et qu’elles concernent les personnels hospitaliers en priorité.  Il faut mettre le paquet sur l’hôpital (…)  nous ne compterons pas notre effort. Le ministère de l’Economie et des Finances est parfaitement lucide sur la nécessité qu’il y a (…) de leur donner les moyens de fonctionner bien ».

Colère et indignation

Où l’on apprend que notre ministre de l’Economie n’est pas hostile à donner aux établissements hospitaliers publics français les moyens de bien fonctionner. Ce qui n’est pas une mauvaise nouvelle citoyenne. Faut-il percevoir ici le premier fruit concret de la puissante manifestation de colère des soignants hospitaliers ? La conséquence directe de la récente audition retrouvée du président de la République depuis Epernay :

« Nous, Français, savons ce que nous devons aux personnels soignants, médecins, sages-femmes, infirmiers et aides-soignants. J’ai entendu votre colère face à des conditions de travail devenues parfois impossibles : salaires compressés, rythmes effrénés et difficultés matérielles. La colère et l’indignation des femmes et des hommes travaillant en hôpital public ont été entendues. Elles ne resteront pas sans réponse. »

Dimanche, Bruno Le Maire a précisé que des discussions auraient lieu « lundi ou mardi » entre « les ministres concernés ». Quelques heures pour un gros lot trente milliards d’euros : où l’on comprend que l’exécutif a (peut-être enfin) perçu, sinon le vent du boulet, du moins (comme dit si bien le Président), le souffle de la colère et de l’indignation hospitalières.

A demain @jynau

«Aujourd’hui, l’hôpital ne tient plus qu’à un fil» : Emmanuel Macron et sa paire de ciseaux

Bonjour

14 novembre 2019. Mobilisation historique des personnels hospitaliers français. Personne, dans les médias, ne s’étonne de l’absence criantes des directeurs d’hôpitaux ? Ne mèneraient-ils pas le même combat ?  Seraient-ils consubtantiellement allergiques à la grève ?

Et puis ce message de la Fédération Hospitalière de France (FHF, 1 000 hôpitaux et 3 800 établissements sociaux et médico-sociaux). Il nous annonce que « dans le cadre de la mobilisation des hospitaliers prévue aujourd’hui, son Conseil d’administration « vient d’adopter à l’unanimité une motion rappelant la place majeure de l’hôpital public ». Et la FHF de « proposer au gouvernement quatre mesures d’urgence concrètes et pragmatiques pour sortir de la crise ». Attention : la FHF « exige des réponses fortes et cohérentes à ces propositions » – et ce  « au plus haut niveau de l’État ». Extrait de cette motion (nous soulignons):

«  La santé est devenu le sujet de préoccupation prioritaire des Français. L’hôpital assume ses missions de service public pour tous les patients. Il est au coeur de notre pacte social, aujourd’hui fortement en danger. Il est porteur de valeurs et créateur de richesses. La communauté hospitalière est en permanence mobilisée pour faire vivre 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, un des piliers de notre République.

Aujourd’hui, l’hôpital ne tient plus qu’à un fil. 

A un moment charnière pour les hôpitaux, qui connaissent des tensions graves et inédites (budgétaires, sociales, médicales…), le Conseil d’Administration de la FHF, composé d’élus, de médecins, de représentants des usagers et de directeurs, souhaite, solennellement et à l’unanimité, interpeller le Président de la République pour que soit réaffirmée la place de l’hôpital dans le système de santé.

Pour nous, des mesures d’urgence s’imposent pour garantir aux citoyens une offre de santé pérenne, sécurisée et de qualité. Ces mesures permettront aussi de redonner confiance aux hospitaliers, du sens à leur engagement et de faire revivre un projet collectif aujourd’hui fortement altéré. 

Les arbitrages budgétaires envisagés par les pouvoirs publics pour l’année 2020 mettent en péril l’hôpital. Par ailleurs, le plan « Ma Santé 2022 » ne pourra se faire ni dans la pénurie, ni se résumer à des actions de communication. La contradiction entre les annonces politiques d’Emmanuel Macron en septembre 2018 et les décisions budgétaires génère une incompréhension immense. Aider l’hôpital public, ce n’est pas un coût, c’est un investissement au service de notre pacte social et républicain.

Le sous-financement répété des établissements depuis plus de dix ans alimente le désenchantement, l’exaspération, voire la souffrance des professionnels de santé et des usagers. Il est urgent qu’aujourd’hui le Président de la République et le gouvernement entendent enfin les hospitaliers.

L‘hôpital ne peut plus attendre. Nous demandons au Président de la République un engagement ferme et immédiat à mettre en oeuvre ces quatre mesures d’urgence. Il s’agit de propositions responsables, équilibrées et réalistes, avec des effets concrets pour les professionnels de santé, les hôpitaux et la qualité des soins due aux patients. Valoriser l’hôpital au bénéfice de tous est un choix politique et sociétal. Ce choix est désormais vital (…) »

Après, hier, la métaphore de « l’hôpital qui s’écroule » voici donc, aujourd’hui, celle du fil qui soutient le tout. Agnès Buzyn avait quant à elle parlé devant les députés d’un hôpital public « trésor national ». On attend les images hospitalières que ne manqueront pas de forger le Premier ministre et le président de la République.

A demain @jynau

Mme Ndiaye n’ira pas voir le film de Polanski. Trouver quelques milliards pour l’hôpital public?

Bonjour

On n’écoute pas assez RTL. Le 28 octobre dernier on pouvait y retrouver le maître de Bercy. Et entendre son avertissement : « L’état de nos finances publiques justifie que, si l’on dépense de l’argent pour l’hôpital, nous trouvions des économies en face ». Bruno Le Maire avait tout dit de l’équation à laquelle le gouvernement est aujourd’hui confronté équation politique et économique clairement posée alors que les colères hospitalières n’ont jamais été aussi vives et publiquement exprimées. « La base, ce serait 1,5 milliard en plus, pas de nouvelles économies à l’hôpital et le plan urgences financé », réclame Anne Gervais, porte-parole du Collectif inter-hôpitaux. 

On ne lit pas assez Le Monde. « La journée de mobilisation des personnels paramédicaux, médecins, internes et étudiants en médecine, jeudi 14 novembre, pour ‘’sauver l’hôpital public’’ pourrait être d’une ampleur inédite depuis une dizaine d’années, prévient le dernier quotidien vespéral de la capitale (François Béguin Cédric Pietralunga et Audrey Tonnelier). Parmi les revendications des manifestants : une augmentation immédiate de 300 euros net mensuels de tous les salaires, l’arrêt des fermetures de lits d’hospitalisation et l’abandon de la tarification majoritaire à l’activité. » Et Le Monde cite les couloirs de Bercy : contrairement à ce que croyait savoir Le Journal du Dimanche la piste d’une reprise de la dette de 30 milliards d’euros des hôpitaux publics, comme un remède à la crise « n’est pas une option envisagée » par Bruno Le Maire.

Aussi l’équation comporte-t-elle un nombre croissant d’inconnues. Et la stratégie confiée à Agnès Buzyn atteint-elle aujourd’hui ses limites politiques. Depuis le mois de juin, la ministre des Solidarités et de la Santé, confrontée à un mouvement de grève incroyablement sous-estimé a déjà annoncé deux plans en faveur des urgences hospitalières. Sans aucun succès. « A Matignon comme à l’Elysée, on reconnaît que ces mesures n’ont pas suffi à calmer la colère des personnels soignants, croit savoir Le Monde.  Après avoir accordé en septembre aux urgences une rallonge de 750 millions d’euros sur trois ans, financée par des redéploiements de crédits, l’exécutif se dit aujourd’hui prêt à des concessions plus importantes, pour éteindre une bonne fois pour toutes la contestation. »

« C’est une excellente question »

On écoute trop France Inter. Invitée à l’aube de cette journée de contestation, Sibeth Ndiaye, porte-parole du Gouvernement. Les arbitrages du gouvernement sont en cours ? On attend des annonces fortes ? Est-ce bien vrai ? Pour quand ? Mme Ndiaye n’a rien à dire sur le sujet. Sinon que Mme Buzyn consulte beaucoup, qu’un plan pour l’hôpital se prépare, que Mme Buzyn est « une excellente ministre en charge de la Santé », que les gouvernement précédents se sont tous toujours trompés, qu’elle a accouché deux fois à la maternité de Saint-Denis et qu’elle avait pu, la deuxième fois, que des progrès avaient été accomplis … Ce sera tout, ce matin, sur ce sujet.

Passons au cas de l’étudiant qui s’est immolé par le feu à Lyon (et dont on ne rappelle pas qu’il est aujourd’hui hospitalisé, « entre la vie et la mort »). Le gouvernement peut-il décemment parler d’une « récupération par des groupuscules politiques » ? Drame personnel ou acte politique demande, suavement, la voix de Léa Salamé. « Dans l’état actuel de l’enquête, c’est difficile à dire répond la voix du gouvernement. Oui il a laissé un message qui laisse à penser que son  acte est politique. Moi, je nous appelle à beaucoup de prudence (sic) par ce qu’avoir un geste aussi fort, un geste aussi tragique ce n’est certainement pas exclusivement parce qu’on a une revendication politique.» 

Mme Ndiaye, qui « a battu beaucoup de pavés » en appelle à la décence et à la prudence, croit pouvoir évoquer « une souffrance personnelle très forte » qui a « poussé ce jeune homme à ce geste de désespoir ».

Terminons par l’essentiel : Mme Ndiaye ira-t-elle voir « J’accuse » le dernier film polémique de Roman Polanski ? « C’est une excellente question, répond-elle. Non, je n’irai pas le voir. Parce que j’ai besoin quand je vais assister à un spectacle de partager quelque chose avec celui qui l’a créé. Je crois pas partager grand-chose avec un homme qui porte de telles accusations sur lui. » Sans doute fallait-il, sur France Inter, que ce fût dit.

A demain @jynau

L’hôpital public s’écroule et Emmanuel Macron reste sourd à la grande colère hospitalière

Bonjour

Combien seront-ils demain 15 novembre en France, soignants et patients, à manifester pour sauver une institution chaque jour un peu plus en crise – un hôpital public français qui s’écroule sur ses fondations ?

Beaucoup a été dit, aujourd’hui sur France Inter par Tiphaine Morvan, infirmière à l’hôpital Saint-Louis (AP-HP), et Rémi Salomon, chef de service à l’hôpital Necker-Enfants malades (AP-HP). Beaucoup, à commencer par l’insupportable au quotidien ; ne pas pouvoir répondre à l’idée que l’on se fait de son métier de soignant ; ne pas pouvoir répondre à l’idée que l’on se fait de ce que l’on doit à ses patients ; observer, impuissants, au début de l’écroulement d’un système hospitalier qui depuis plusieurs décennies jouissait d’une renommée internationale tout en concourant puissamment à la cohésion nationale.

Et puis, dans la même journée, en écho, cette tribune publiée par Le Monde signée par soixante-dix (sur soixante-dix-sept) directeurs médicaux des départements médico-universitaires de l’AP-HP 1 : « L’hôpital public s’écroule et nous ne sommes plus en mesure d’assurer nos missions ». Une nouvelle et spectaculaire manière de dire au pouvoir exécutif que l’on se rapproche de l’effondrement. Extraits (nous surlignons) :

«  Nous, directeurs médicaux des départements médico-universitaires (DMU), nouvelles structures au sein de l’AP-HP, chargés de coordonner les services hospitaliers et piloter les projets hospitalo-universitaires, souhaitons vous informer des difficultés croissantes au sein de l’hôpital public, qui font craindre un point de rupture irréversible.

« L’hôpital public français a acquis depuis des décennies une réputation d’excellence et une renommée internationale assurant des missions de soins les plus modernes, pour les enfants et les adultes, accessibles pour tous, ainsi que les missions de recherche et de formation. Nous vous alertons car ce système s’écroule et nous ne sommes plus en mesure d’assurer nos missions dans de bonnes conditions de qualité et de sécurité des soins.

« Des centaines de lits d’hospitalisation de médecine et de chirurgie, des dizaines de salles d’opération à l’hôpital public fermés, et chaque semaine des unités de soin ferment. Les conséquences : des conditions d’accès aux soins dégradées, la qualité et la sécurité des soins sérieusement menacées.

« L’accès au diagnostic et aux soins médicaux et chirurgicaux à l’hôpital public est extrêmement difficile, et les équipes soignantes démotivées. Les délais de programmation des interventions s’allongent, les soins urgents ne sont plus réalisés dans des délais raisonnables. Les usagers sont de plus en plus obligés de se tourner vers les établissements privés. Trop peu de recrutements de soignants sont en vue pour espérer un retour à la normale du « système sanitaire ».

« Des centaines de postes de soignants (pourtant budgétisés) ne sont pas pourvus ; et, plus grave encore, des soignants quittent l’hôpital public. Cela concerne les infirmiers dans les services médicaux et chirurgicaux de l’hôpital (IDE), les infirmiers anesthésistes, de bloc opératoire, les aides-soignants, les professionnels de rééducation dont les masseurs-kinésithérapeutes, les manipulateurs en radiologie, en médecine nucléaire et en oncologie radiothérapie, les techniciens de laboratoire et les préparateurs en pharmacie. Cela concerne aussi les médecins dont les médecins anesthésistes-réanimateurs, les biologistes et d’autres catégories professionnelles.

« Le résultat est une surcharge de travail quotidien croissante et un épuisement des soignants restants ainsi que des cadres de santé, chargés de gérer au quotidien des équipes de soignants sous tension. Pour maintenir les lits ouverts et poursuivre l’accueil des patients, il est nécessaire de faire appel aux soignants restants en leur demandant de réaliser des heures de travail supplémentaires ou à des personnels soignants intérimaires extérieurs appelés au fil de l’eau pour combler les manques mais sans expertise dans les spécificités des différents services. La qualité de vie au travail est devenue un enjeu prioritaire des établissements de santé, car 49 % des professionnels de santé sont exposés au burn-out ; le manque de ressources et la surcharge de travail, les transports sont pour 64 % responsables de ces risques psychosociaux.

« La diminution chaque année de la valeur financière des séjours hospitaliers a obligé à « produire » toujours plus de séjours et à raccourcir leur durée. Cela a été aggravé par des plans d’efficience annuels successifs, avec réduction progressive des effectifs paramédicaux des services hospitaliers pour maintenir le budget de chaque hôpital.

« L’objectif national des dépenses d’assurance-maladie (Ondam), montant prévisionnel établi annuellement pour les dépenses de l’assurance-maladie et celui en particulier consacré à l’hôpital public, est revu insuffisamment à la hausse, ce qui aggravera la situation de l’hôpital public et fait craindre le pire pour demain dans un contexte de vieillissement de la population et d’augmentation de la fréquence des maladies chroniques.« L’absence d’attractivité de l’hôpital public  particulièrement est également le fait d’une non-revalorisation salariale des personnels paramédicaux (en premier lieux des infirmiers) depuis plusieurs années. C’est particulièrement vrai à l’AP-HP et plus largement en Ile-de-France, où les salaires actuels ne tiennent pas compte des coûts des loyers, de la vie, propres à la région.

« Les chirurgiens ne peuvent plus opérer faute d’accès au bloc opératoire, et sont de plus en plus nombreux à rejoindre des structures privées. Une disparité des salaires de base et du tarif des gardes (pour assurer la continuité de service toute l’année), de praticiens hospitaliers (PH) entre le public et le privé : jusqu’à trois fois plus dans les établissements privés. La fuite des médecins des hôpitaux universitaires met en péril la formation de toute la profession et, au-delà, le niveau de la santé en France.

« Nos revendications sont les suivantes : réviser à la hausse l’objectif national des dépenses d’assurance-maladie – le Parlement vote actuellement son montant (première lecture le 29 octobre) ; revaloriser le salaire des personnels paramédicaux, infirmiers en premier lieu, et des médecins, en plus de reconnaître et de valoriser les responsabilités exercées par ces professionnels ; améliorer l’attractivité, le maintien des conditions de vie des soignants, en facilitant l’accès aux logements à proximité des lieux d’exercice des agents et en créant des places en crèche.

« Outre ces mesures d’urgence, le collectif appelle à une refonte complète du mode de financement et de la place de l’hôpital public dans notre système de santé.

« Il est urgent de retrouver les effectifs au complet dans les services hospitaliers pour permettre la réouverture des unités d’hospitalisation, des salles d’opération et consolider la sécurité, la qualité des soins et la formation professionnelle. »

L’hôpital public s’écroule. D’autres émissions radiophoniques le diront, d’autres médias, d’autre tribunes. Combien en faudra-t-il avant qu’Emmanuel Macron entende, en son Palais, monter la grande colère hospitalière ?

A demain @jynau

1 Premiers signataires de cette tribune :René Adam, chirurgien hépato-biliaire, DMU maladies et oncologies digestives, nutrition, transplantation, CHU Paul-Brousse, AP-HP – université Paris-Saclay David Adams, neurologue, DMU neurosciences et DMU psychiatrie, nutrition, addictologie CHU Bicêtre, AP-HP – université Paris-Saclay Frédéric Adnet, médecine d’urgence, DMU urgences et métabolisme, GH Paris Seine-Saint-Denis, AP-HP Nord – université de Paris, université-Paris-XIII Yannick Allanore, rhumatologue, DMU appareil locomoteur, AP-HP Centre – université de Paris Sylvie Bastuji Garin, santé publique, DMU santé publique – recherche – vigilances – pharmacie, CHU Henri-Mondor, AP-HP – hôpitaux universitaires Henri-Mondor Johann Beaudreuil, médecine physique et de réadaptation (MPR), CHU Lariboisière-Fernand-Widal, DMU locomotion, AP-HP Nord – université de Paris Liste complète des signataires.

Agnès Buzyn face à la colère hospitalière: curieuses confidences au Journal du Dimanche

Bonjour

La tempête gronde et nous vivons des temps médiatiques dominicaux ambigus.  Hier cette annonce à la veille de la manifestation nationale de jeudi 14 novembre des médecins et des personnels de l’hôpital public : « N’en jetez plus, la coupe est pleine. Chirurgiens, médecins, infirmières, psychologues… Dans trois tribunes publiées sur le site du Journal du Dimanche, ils jettent un regard cru sur l’évolution de leurs conditions de travail.

1 – « Notre mission de service public est de tout faire tout le temps, mais le gouvernement ne nous en donne pas les moyens. […] En épuisant les soignants, on les a fait fuir : spirale sociale infernale », écrivent Patrick Pelloux et treize praticiens de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

2 – Faute de personnel suffisant, « les blocs opératoires dysfonctionnent, au point que de nombreuses interventions programmées des mois à l’avance sont annulées le jour même », déplorent quinze praticiens réunis par Michel Tsimaratos de l’hôpital de la Timone à Marseille dans une lettre ouverte adressée aux parlementaires.

3 – Plus que de « malaise », Remy Nizard, chef de service du service de chirurgie orthopédique à l’hôpital Lariboisière à Paris, préfère parler « de désespérance ». Il s’interroge : « comment pouvons-nous collectivement accepter d’être l’un des pays de l’OCDE qui paye le moins bien ses infirmiers? »

A quoi joue le quotidien dominical ? Parallèlement aux trois tribunes il annonce « dévoiler les efforts d’Agnès Buzyn pour obtenir les moyens d’apaiser la fronde ». Cela donne, en Une « La guerre secrète d’Agnès Buzyn » (sic). Puis « Traitement de choc (Anne-Laure Barret et Hervé Gattegno avec le service politique) . Dévoiler ? Comment ? Extraits (nous soulignons) :

« Pour Agnès Buzyn, c’est l’heure de la revanche. Alors que médecins et soignants hospitaliers organisent jeudi une manifestation nationale, point d’orgue du mouvement né en mars, la ministre de la Santé semble avoir remporté un bras de fer engagé contre Bercy pour desserrer l’étau budgétaire. En septembre, ses annonces avaient fait un flop. La contestation n’a pas faibli depuis, au point d’inspirer à Emmanuel Macron la crainte d’une « coagulation » de la fronde des soignants avec celle des opposants à la réforme des retraites, à un mois de la grève reconductible du 5 décembre. C’est pourquoi la crise des urgences est redevenue une urgence.

« Les arbitrages n’étaient pas encore rendus samedi mais la décision essentielle est prise : l’exécutif va « ouvrir les vannes » (dixit une source gouvernementale) pour améliorer l’ordinaire des soignants et le fonctionnement des hôpitaux. « Primes », « investissements », « revalorisations » : ces termes ont fait leur réapparition dans les discussions entre les cabinets d’Agnès Buzyn et de Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, qui ont multiplié les réunions ces dernières semaines sous l’égide d’Edouard Philippe.

« S’y ajoute l’idée, étudiée à Bercy, d’une reprise (totale ou partielle) par l’Etat de la dette astronomique des hôpitaux – 30 milliards d’euros! Objectif : redonner de l’oxygène au système de santé et permettre aux directeurs d’établissements d’investir à nouveau dans les équipements et le matériel, dont la dégradation alimente la frustration des personnels au quotidien.

Ce qui a changé? Le climat social, qui s’est durci, principalement autour de la question des retraites. La radicalisation du mouvement hospitalier, aussi, sur laquelle Buzyn a plusieurs fois attiré l’attention de Macron et de Philippe, allant jusqu’à comparer les blouses blanches au Gilets jaunes : « Les syndicats sont d’accord avec moi mais la base ne veut rien entendre, leur a-t-elle dit. Ils sont complètement débordés. » Sans oublier l’inquiétude des élus locaux, toutes couleurs politiques confondues, qui s’alarment à 4 mois des élections municipales de voir la crise s’enraciner dans leurs hôpitaux, souvent les premiers employeurs de leur ville.

L’addition de ces causes a fini par produire son effet. « Le Président veut absolument tenir sur sa réforme, donc il est prêt à lâcher sur le reste ; Buzyn a poussé son avantage », analyse un ministre influent. Après un échange vif en réunion, Darmanin lui a fait porter un bouquet de roses. Cadeau de bienvenue dans le grand bain de la politique? La suite a plutôt tourné à l’avantage de Buzyn. (…) »

On n’en saura guère plus. Sinon qu’il n’est pas question, bouquet de roses ou pas, de toucher au « point d’indice de la fonction publique ». Pas question de satisfaire la revendication majeure et préalable du Collectif Inter Urgences (300 euros d’augmentation de salaires) : cela représenterait « 9 milliards d’euros par an ». Guère plus sinon que la ministre « n’aurait pas été très loin d’une menace de démission » si elle n’obtenait pas gain de cause sur le déremboursement de l’homéopathie – ce qui ne manquera pas d’étonner quand on connaît un tant soit peu le dossier 1.

Guère plus sinon qu’elle serait parvenue à « trouver les arguments pour convaincre Macron, fils d’un professeur de neurologie du CHU d’Amiens » (sic) – notamment en lui narrant le « rôle néfaste de grands mandarins » tout en plaidant pour redonner du pouvoir aux médecins dans la direction des hôpitaux qui, comme chacun sait, sont devenus des entreprises depuis dix ans et la loi Bachelot. Agnès Buzyn aurait eu ce mot à l’attention du fils du neurologue : « Il faut à tout prix éviter que l’hôpital sorte de son lit. Sinon on ne l’y fera pas rentrer ».

C’est métaphoriquement dit : l’heure est à la contention hospitalière. Et à la relecture des trois tribunes médicales dominicales.

A demain @jynau

Soins aux immigrés : la hiérarchie macronienne va-t-elle sanctionner treize de ses députés?

Bonjour

Combien de temps l’indignation démocratique durera-t-elle ? Sur RTL Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT vient de saluer la récente prise de position solennelle du Conseil national de l’Ordre des Médecins condamnant le gouvernement. C’est là un double événement  qui nous dit l’essentiel de la double faute, éthique et politique commise (avec son « délai de carence de trois mois ») par la ministre des Solidarités et de la Santé 1, le gouvernement d’Edouard Philippe et le président de la République.  

On connaît désormais le détail et l’analyse du scrutin organisé en urgence le 7 novembre : « Analyse du scrutin n° 2277 Deuxième séance du 07/11/2019 Scrutin public sur l’amendement n° 2156 (rect.) du Gouvernement après l’article 78 de la seconde partie du projet de loi de finances pour 2020 (première lecture) – Mission Santé »

Nombre de votants : 70 Nombre de suffrages exprimés : 64 Majorité absolue : 33 Pour l’adoption : 50 Contre : 14. On ajoutera que onze députés LREM avaient le même jour, co-signé jeudi 7 novembre une tribune pour s’opposer à la volonté gouvernementale : Jean-François Cesarini, Martine Wonner, Sonia Krimi, Albane Gaillot, Jennifer de Temmerman, Delphine Bagarry, Marion Lenne, Hubert Julien-Laferriere, Jean-François M’Baye, Pierre-Alain Raphan et Nathalie Sarles.

Il apparaît finalement que sur les 304 députés de La République en Marche seuls … 51 étaient présents dans l’Hémicycle. 42 ont votés pour, 5 se sont abstenus, un n’a pas voté (Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale) et 3 ont voté contre. Trois femmes issues de la « société civile » : Delphine Bagarry, 49 ans, médecin urgentiste de formation ; Fabienne Colboc, 48 ans, titulaire d’une licence de sociologie ; Martine Wonner, 59 ans, psychiatre.

Seront-ils tous les treize (onze plus deux) bientôt sanctionnés par leur hiérarchie politique pour avoir, peut-être au nom d’une certaine conception de la solidarité et de la médecine, ainsi enfreint les consignes du parti marcheur ? On en viendrait, presque, à le souhaiter. Pour que, dans notre espace démocratique, l’indignation ne soit pas vaine.

A demain @jynau

1 Extrait du Monde (Manon Rescan) rapportant le vote à l’Assemblée nationale : « Agnès Buzyn a fermement endossé le choix du gouvernement. ‘’Ce que je fais aujourd’hui je le fais avec rigueur, sans rien renier aux fondamentaux auxquels nous sommes tous attachés’’, aplaidé Mme Buzyn. Elle a assuré chercher, avec ces dispositions, à lutter contre une forme de ‘’tourisme médical’’ de personnes qui ‘’rentrent avec un visa touristique en France, qui, en prétextant qu’ils n’ont pas de papiers, demandent l’AME, obtiennent des soins et rentrent chez eux’’ ».

Le Monde n’a pas jugé nécessaire de faire un commentaire.

Soins aux immigrés : Agnès Buzyn devra rendre des comptes à l’Ordre des médecins

Bonjour

On l’avait oublié, le voici. Le Conseil national de l’Ordre des médecins vient de prendre clairement position dans la polémique née de la volonté du gouvernement de restreindre les soins offerts aux demandeurs s’asile (le désormais faemux « délai de carence de trois mois »). C’est un communiqué d’une particulière solennité qui s’adresse au gouvernement – et tout particulièrement au Dr Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« Le Conseil national de l’Ordre des médecins a pris connaissance des annonces du Gouvernement sur l’immigration, en matière de santé. Il tient à alerter les pouvoirs publics sur les conséquences de l’instauration d’un délai de carence de trois mois pour pouvoir bénéficier de la Protection universelle maladie (PUMa).

En 1945 fut consacré aux étrangers irréguliers un même accès à la couverture santé qu’aux Français et étrangers en situation régulière, couverture qui n’a jamais été définitivement remise en cause depuis. Fidèle à sa mission d’assurer le respect de l’éthique et de la déontologie, l’Ordre des médecins ne peut envisager qu’une fraction de la population soit à présent discriminée dans son droit à être soigné, sur le sol français.

En effet, les demandeurs d’asile devront désormais attendre trois mois avant d’accéder à une prise en charge des frais de santé. Quelles solutions leur seront proposées pour se soigner durant cet intervalle ? L’institution ordinale ne peut que mettre en garde sur les risques d’une telle décision en matière de santé individuelle pour cette population, mais aussi en matière de santé publique à l’échelle nationale. »

Plus grave encore l’Ordre estime que les annonces gouverneemntales interrogent également « le principe de solidarité qui est le fondement même de notre pays et de notre système de santé ». « Alors que l’hôpital vit une crise sans précédent, il serait par ailleurs incompréhensible d’orienter des patients supplémentaires vers des services d’urgence déjà surchargés, observe l’institution ordinale. Les médecins – qui ont fait le serment de protéger toutes les personnes, sans aucune discrimination, si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité – ont besoin d’explications. »

Question majeure : ces médecins seront-ils contraints, demain, de refuser de soigner cette population ? Préoccupé par cette situation, le CNOM demande au Gouvernement une clarification sur les conséquences à venir dans l’exercice professionnel des médecins, et pour la sécurité sanitaire de toute personne vivant sur notre territoire.

Les comptes sont demandés. Comment pourrait-on justifier que la ministre des Solidarités et de la Santé, qui a fait le serment ici évoqué, ne réponde pas en urgence aux graves préoccupation d’une institution en charge de la déontologie médicale ?

A demain @jynau