Homéopathie : jusqu’en 2018 Agnès Buzyn croyait qu’il s’agissait de «principes actifs»

Bonjour

C’est juré : jusqu’en août dernier, elle ignorait que l’on buvait de l’alcool dans les loges VIP. Il y a quelques jours la ministre des Solidarités et de la Santé faisait une nouvelle confidence, de taille, sur sa connaissance de l’homéopathie. Un éclairage a contrario sur les vertus de faire venir au sein de l’exécutif d’éminents acteurs de la société civile.

Il faut, pour bien comprendre, remonter au 12 avril 2018. Ce jour-là Agnès Buzyn est l’invitée du perfide Jean-Jacques Bourdin dans la matinale de RMC/BFM TV. Deux mois auparavant, dans Le Figaro le 19 mars, des médecins s’en étaient pris avec virulence à l’homéopathie. D’autres praticiens, plus que favorables à cette pratique, ont répliqué en portant plainte devant l’Ordre des médecins contre leurs confrères signataires.

Continuer à rembourser ou pas ? L’homéopathie continuera à être remboursée avait, en souriant, assuré Agnès Buzyn. Et ce même si c’est « probablement un effet placebo » (sic).  « Les Français y sont attachés, si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques (re-sic), je pense nous y gagnons collectivement …. ça ne fait pas de mal ! ». Et Mme Buzyn de précise que parmi les médecines « non conventionnelles » l’homéopathie était « aujourd’hui  la seule à être remboursée ». Tollé immédiat chez les militants de la médecine fondée sur les preuves. Embarras en haut lieu. C’était le début d’une longue et passionnante affaire médicale, pharmaceutique et politique (que nous rapportâmes ici-même et sur Slate.fr) – une affaire qui se conclut finalement, dans la douleur, par la programmation du déremboursement des spécialités homéopathiques.

Foie de canard et piscine olympique

Comment une ministre longtemps médecin hospitalier, puis accumulant les responsabilités à la tête d’institutions sanitaires avait-elle pu s’exprimer ainsi sur l’homéopathie ? Le Point (Thomas Malher et Géraldine Woessler) revient sur cet édifiant épisode dans un portrait élogieux consacré à la ministre : « Agnès Buzyn, la meilleure d’entre eux ?». « Incollable sur les techniques de greffe et les immunosuppresseurs, l’élève brillante d’est fait recaler sur les granules appréciées des Français » écrit Le Point.

« Je viens d’une spécialité traitant de maladies graves, et l’homéopathie n’était pas dans mon champ de vision, se défend Agnès Buzyn. Et, nous dit Le Point, elle jure : « Je croyais qu’on diluait un principe actif ». Vraiment ? Avant de découvrir, « consternée », « qu’on prend un extrait de foie de canard et qu’on le dilue dans une piscine olympique, qui elle-même est diluée à l’échelon de la galaxie ».  On comprendra qu’il s’agit ici d’une liquide métaphore hépatique et interstellaire qui fait l’économie du « mal contre le mal » et de la « dynamisation ». Une métaphore qui n’explique pas que ce dossier éminemment politique n’ait pas en amont été travaillé, comme il se devait, par son cabinet.

Le Point : « Assise toute droite dans le lumineux bureau de son ministère, face à la tour Eiffel, Agnès Buzyn s’anime, écartant les bras sur le mode : que vouliez-vous que je fasse ? ».  Agnès Buzyn : « Une fois que j’ai su, je ne pouvais plus lâcher prise, ou bien je perdais  toute crédibilité dans le champ médical ». On connaît la suite, qui vit la ministre (enfin) informée de son dossier politique ne plus lâcher prise et, ainsi, ne pas perdre de crédibilité dans le champ médical – du moins dans le champ qui ne soigne pas, parfois, grâce à l’homéopathie.

A demain @jynau

Mediator® : l’Agence du médicament promet de concourir à la manifestation de la vérité

Bonjour

C’est un peu banal communiqué de presse que vient de publier la direction générale de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Une initiative aux frontières du superfétatoire sinon du mélange des genres. Le voici :

« Le procès du Mediator s’ouvrira lundi 23 septembre 2019 au tribunal de grande instance de Paris. L’ANSM attend de ce procès que les souffrances des victimes et de leurs familles soient reconnues et que justice leur soit rendue (sic).

« L’ANSM a été créée en 2011 par la loi, en réponse au drame du Mediator, dans le cadre d’une continuité juridique avec l’Afssaps. Cette nouvelle structure a pour principal objet de renforcer la sécurité sanitaire afin qu’une telle affaire ne puisse se reproduire. L’ANSM, par la voix de son directeur général le Docteur Dominique Martin, participera aux débats judiciaires dans la transparence la plus totale, afin de concourir à la manifestation de la vérité et d’assumer sa responsabilité d’établissement public.

« La loi a doté l’ANSM de règles de gouvernance et de fonctionnement fondamentalement différentes de celles de l’Afssaps : les règles de déontologie et de gestion des conflits d’intérêt sont plus exigeantes en vue d’une parfaite transparence. A cette fin, l’agence a mis en œuvre des mesures extrêmement strictes visant à assurer son indépendance. Ainsi, elle ne reçoit aucun financement des industries de santé, qui par ailleurs ne participent à aucune instance de gouvernance.

« Enfin, l’ANSM échange en permanence avec les professionnels de santé et les patients, de manière à les impliquer dans les processus de décision et à garantir un accès sécurisé aux produits de santé. La préoccupation constante et quotidienne de l’ANSM et de ses agents est, et demeure, d’assurer la sécurité des patients. »

On rappellera, avec Le Monde, que conformément aux réquisitions du parquet, sont renvoyées devant le tribunal correctionnel quatorze personnes physiques et onze personnes morales, dont les Laboratoires Servier et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), les premiers pour « tromperie aggravée » et la seconde pour « homicides et blessures involontaires ».

Où l’on voit donc, aujourd’hui,  que pour l’ANSM, le Mediator® est synonyme de « drame ». Pour sa part Prescrire, célèbre mensuel indépendant de l’industrie pharmaceutique qui joua un rôle non négligeable dans la prise de conscience 1 qualifie aujourd’hui cette affaire de « désastre » – quand chacun, dans les médias, use aisément du terme de « scandale ».

Le communiqué de presse de l’ANSM aura-t-il un impact sur les juges ? Faut-il s’attendre désormais à un communiqué des Laboratoires Servier ? Qui s’opposerait, quarante-trois ans après la mise sur le marché du médicament, à la manifestation de la vérité ?

A demain @jynau

1 Prescrire fait la promotion de « Visages du Mediator », un ouvrage qui recueille, les portraits et les blessures de cinquante-deux personnes reconnues victimes à l’issue d’une expertise médicale – ainsi qu’une préface d’Irène Frachon, un résumé de l’histoire du Mediator et une postface du mensuel. Un ouvrage « sensible, fort et juste » commente le mensuel et dont la publication «  s’inscrit dans le droit fil des actions de Prescrire pour informer et sensibiliser, afin d’assurer à tous les patients un accès à des soins de qualité ». Prescrire s’engage d’autre part à affecter les bénéfices générés par la vente de cet ouvrage au dispositif « Abonnés Solidaires », qui vise à aider les soignants des pays à faibles revenus et les professionnels de santé en formation à obtenir une (in)formation pharmacothérapeutique de qualité. 208 pages – 195 x 265 mm – 24,50 €

Naloxone® pour ne pas mourir, en France, d’une overdose aux opiacés : qui ment, qui dit la vérité ?

Bonjour

Les surdoses ont, elles aussi, leur journée. Cela s’appelle « La Journée internationale de sensibilisation aux surdoses » (Overdose Awareness Day) – organisée la veille de la rentrée des classes, le 31 août. A cette occasion l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) a réalisé un point de situation sur l’offre thérapeutique des antidotes aux opioïdes en France. Une occasion, pour cette Agence de vanter son action :

« Depuis 2015, l’ANSM s’est mobilisée pour permettre aux usagers de drogues, aux patients en situation de surdosage et à leur entourage un accès large et facilité à la naloxone pour le traitement d’urgence des overdoses aux opioïdes médicamenteux tels que la morphine et la méthadone, ou illicites tels que l’héroïne ou les fentanyloïdes de synthèse, dans l’attente d’une prise en charge médicale. »

En vérité il fallut bien des atermoiements, bien des crises et des noms de certains oiseaux pour en arriver à la situation réglementaire présente :  deux autorisations de mise sur le marché (AMM) pour des kits de naloxone prête à l’emploi : depuis 2018 pour Nalscue ®, naloxone par voie nasale et, depuis mai 2019 pour Prenoxad ®, naloxone injectable. Et afin que les patients puissent les obtenir sans ordonnance obligatoire (ce qui est loin d’être un détail, l’ANSM a également proposé, après avis de la Commission des stupéfiants et des psychotropes, des modifications de la réglementation en ce sens.

Ainsi actuellement, officiellement, « sont disponibles en France et à la portée de tous via les kits prêts à l’emploi » :

Prenoxad ® solution injectable intramusculaire en seringue préremplie (0,9 mg/ml) : 
Disponible depuis mai 2019 dans les établissements de santé, en Centres de Soin, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA), en Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues (CAARUD). Il est également disponible dans les pharmacies de ville,   Nalscue ®, solution pour pulvérisation nasale en récipient unidose (naloxone 0,9mg/0,1mL) : Disponible dans les établissements de santé, les CSAPA et les CAARUD.  

D’autres kits de naloxone prête à l’emploi et sous forme de spray nasal (Nyxoid ®, Naloxone Adapt ® et Ventizolve ®) ont obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM européennes) et, assure l’ANSM, « vont être commercialisés ».

Loin de l’ANSM, une autre réalité

Dans le même temps d’autres voix se lèvent qui disent une autre réalité. Ainsi Aides. « La consommation d’opioïdes ayant plus que doublé en dix ans en France et les décès par surdose ne cessant d’augmenter » souligne l’assiociation qui lance une semaine d’actions spécifiques  partout en France, du 2 au 6 septembre dans tout son réseau. La « Semaine de la naloxone » sera, prévient-elle, l’occasion d’interpeller les pouvoirs publics sur la nécessité de rendre la naloxone, antidote puissant aux overdoses d’opioïdes, effectivement accessible et de sensibiliser les usagers-es et leurs proches. Ecoutons Aides :

« Aujourd’hui, en France, environ 400 personnes succombent à une surdose d’opioïdes – licites (traitement anti-douleurs) ou illicites – chaque année. Dans la palette de dispositifs de réduction des risques existants, la naloxone a une place particulière. En effet, la naloxone est un médicament qui permet de neutraliser les effets d’une surdose d’opioïdes et de sauver ainsi des vies.

« Morphine, méthadone, héroïne, fentanyl, tramadol, nombreux sont les produits licites et illicites à base d’opioïdes. En plus de l’injection intraveineuse et des médicaments l’associant à des traitements de substitution que peuvent délivrer des professionnels de santé habilités, deux formes de naloxone sont disponibles à la distribution aux usagers-es via les CAARUD (Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues) et les CSAPA (Centres de Soin, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie) : un spray nasal et une injection intramusculaire. »

Des vies qui ne sont pas sauvées

Et Aides de rappeler, en écho de l’ANSM, que la  naloxone est promue par le Plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 – un Plan qui préconise de « veiller à l’accessibilité physique et économique de la naloxone, faciliter en particulier la délivrance de la naloxone dite ‘’take home’’ par des structures spécialisées (CSAPA / CAARUD) et non spécialisées, et développer la formation des professionnels-les, des intervenants-es, des usagers-es concernés-es et de leurs proches ».  

« Néanmoins concrètement rien n’est fait pour que ces recommandations soient suivies d’effets, bien au contraire ! accuse Aides. Le grand écart est visible à plusieurs endroits. Au niveau de l’offre tout d’abord, Indivior, le laboratoire qui produit  le seul spray nasal disponible aujourd’hui en France a annoncé la fin de sa commercialisation parce que non rentable financièrement. Pourtant reconnue par les professionnels-les de santé et les usagers-es pour sa facilité d’utilisation, fin 2020, les usagers-es seront donc privés-es d’une des deux modalités  de prise à leur disposition aujourd’hui. 

« Sur sa diffusion et son déploiement ensuite, ajoute l’association. Pour une efficacité optimale du dispositif, la distribution des kits doit être doublée d’une formation des personnes concernées, à la fois les usagers-es mais aussi leurs proches qui doivent être aptes à réagir rapidement et à administrer l’antidote le plus vite possible. A ce stade, et malgré la mobilisation des structures communautaires, la capacité à délivrer le produit et former les personnes reste trop faible. »  

Pour Aides, il est primordial que ces deux formes de naloxone demeurent disponibles en France, « avec une meilleure accessibilité effective aux personnes concernées ». Et Aides de dénoncer « l’absence de dotation de kits de naloxone aux services de premiers secours, malgré leurs demandes ». En tant que premiers acteurs du système de santé à entrer en contact avec les victimes de surdoses, ils doivent absolument être en mesure d’administrer la naloxone et ainsi assurer leur mission : sauver des vies.

A demain @jynau        

Cœur et non-profit : quand la Mayo Clinic vous pousse à adopter un chien de compagnie

Bonjour

Rochester. On ne présente plus la Mayo Clinic 1 symbole planétaire de la puissance de la médecine occidentale contemporaine. Clef de voûte sur un trépied familial :  William Worrall Mayo (1819-1911), William James Mayo (1861-1939) et Charles Horace Mayo (1865-1939). C’est aussi une oasis dans le désert du profit capitaliste ; il ne s’agit en rien d’une « clinique » mais bien d’un système de soins régional élargi (le Mayo Health System) offrant toute la gamme des soins ambulatoires et hospitaliers. C’est en outre une organisation de recherche médicale à l’échelle nationale. L’ancien nom n’aurait été gardé que pour des raisons historiques teintées de nostalgie.

Oasis au pays de Donald Trump : alors que dans la plupart des systèmes de soins les médecins sont payés à l’acte, à la Mayo Clinic les médecins perçoivent leur salaire indépendamment du nombre de leurs patients.

Et puis voici que l’on reçoit à en-tête de la Mayo, des communiqués de presse (en français) résumant et vantant les résultats de travaux publiés dans Mayo Clinic Proceedings. Comme celui-ci, claironnant : « Posséder un chien améliorerait votre santé cardiovasculaire ». Une traduction de l’analyse initiale des données issues de l’étude Kardiozive Brno 2030. Extraits :

« L’étude a établi pour la première fois une base de référence contenant des données sanitaires et socioéconomiques sur plus de 2 000 sujets dans la ville de Brno, en République tchèque, de janvier 2013 à décembre 2014. Des évaluations de suivi sont prévues tous les cinq ans jusqu’en 2030. Dans l’évaluation de 2019, l’étude a examiné 1 769 sujets ne présentant aucun antécédent de maladie cardiaque et les a notés sur la base des comportements et facteurs de santé idéaux selon Life’s Simple 7, tels que décrits par l’American Heart Association : indice de masse corporelle, régime alimentaire, activité physique, tabagisme, pression artérielle, glycémie et cholestérol total.

L’étude a comparé les notes obtenues en matière de santé cardiovasculaire par l’ensemble des propriétaires d’animaux de compagnie avec celles des personnes n’en possédant pas. Ensuite, elle a comparé les propriétaires de chiens à d’autres propriétaires d’animaux de compagnie et aux personnes n’en possédant pas. L’étude démontre un lien entre le fait de posséder un chien et la santé cardiaque, ce qui s’avère conforme à la déclaration scientifique de l’American Heart Association relative aux avantages de posséder un chien en termes d’activité physique, d’engagement et de réduction du risque de maladie cardiovasculaires. ».

Selon les auteurs les résultats obtenus renforcent l’idée selon laquelle des personnes pourraient adopter, sauver ou acheter un chien – et ce dans un strict souci d’amélioration de leur santé cardiovasculaire – à la seule condition que le fait de posséder ce chein les amène à un mode de vie plus actif sur le plan physique. Où l’on perçoit que le chat ne convient pas.

Pour le Dr Francisco Lopez-Jimenez,  président de la division de cardiologie préventive au sein de Mayo Clinic,  le fait d’avoir un chien peut inciter les propriétaires à sortir, à se déplacer et à jouer avec leur chien régulièrement. Le fait de posséder un chien est également lié à une amélioration de la santé mentale dans d’autres études et à une diminution de la perception d’isolement social, deux facteurs de risque de crise cardiaque. Où l’on comprend que, finalement, le nec plus ultra serait, sous un même toit, de parvenir à faire s’entendre chien et chat.

A demain @jynau

1 Elle, se présente ainsi : « Mayo Clinic est une organisation à but non lucratif, engagée dans l’innovation dans la pratique, la formation et la recherche cliniques. Elle offre une oreille bienveillante et fournit une expertise et des réponses à tous ceux qui souhaitent guérir (sic). Rendez-vous sur Mayo Clinic News Network pour obtenir d’autres actualités de Mayo Clinic et Les coulisses de la Mayo Clinic pour en savoir plus sur Mayo

Méchante attaque contre la vape : après la pulmonaire, atteinte de la fonction vasculaire ?

Bonjour

Que serait une révolution si elle n’alimentait pas l’adversité ? Ici, celle des Volutes est aujourd’huiservie. Après les mystérieuses observations américaines concernant la fonction pulmonaire voici une étude microscopique qui ne manquera pas de faire du bruit. Elle vient tout juste d’être publiée dans « Radiology » – avec le soutien des Instituts nationaux de la santé américains (NIH). Et elle apporte du grain à moudre aux anti-vape :  « Acute Effects of Electronic Cigarette Aerosol Inhalation on Vascular Function Detected at Quantitative MR ». Une nouvelle attaque aussitôt reprise par le Daily Mail (Natalie Rahhal) : « Nicotine-free vaping can damage blood vessels and narrow them by up to a THIRD, study suggests ». Et, en France, par Le Quotidien du Médecin (Dr Irène Drogou) : « L’OMS se méfie du vapotage, une étude sur le risque vasculaire va en ce sens »

« Dans ce travail, résume notre consœur, les auteurs ont analysé les IRM réalisées chez trente-et-un volontaires sains avant et après vapotage. La cigarette électronique était remplie de liquide à base de propylène glycol et de glycérol avec des parfums mais sans nicotine. Les scientifiques ont étudié les flux sanguins au niveau de l’artère fémorale, du cerveau et de l’aorte. Au niveau de l’artère fémorale, ils ont constaté une réduction du flux sanguin avec une baisse de 34 % de la dilatation artérielle, de 17,5 % du pic de flux et de 25,8 % de l’accélération du flux. »

Vapeur d’eau et onde de pouls

Outre ces anomalies suggérant une altération de l’endothélium, une réduction de 20 % de la saturation veineuse en oxygène indique une perturbation de la fonction microvasculaire. Au niveau aortique, les chercheurs ont mesuré une diminution de 3 % de la vitesse d’onde de pouls. « Ces produits sont présentés comme inoffensifs et de nombreux utilisateurs de e-cigarette sont convaincus qu’ils inhalent seulement de la vapeur d’eau », explique la Dr Alessandra Caporale (Laboratory for Structural, Physiologic and Functional Imaging, Department of Radiology, University of Pennsylvania Perelman School of Medicine)  premier auteure. Sans surprise, forte de ses observations, elle met en garde quant aux effets vasculaires potentiels à long terme.

Et maintenant ? « La question clé est de comparer l’effet, dans les mêmes conditions, avec l’inhalation de fumée du tabac, commente le Dr Philippe Presle, tabacologue affûté et réactif, membre du conseil scientifique de SOS Addictions. Il faudrait aussi comparer avec l’inhalation de la vapeur d’eau. Nous n’avons aucun comparatif dans ce type d’étude. » D’autres commentaires sont attendus, à commencer par celui du Dr Konstantinos Farsalinos . Nous y reviendrons.

« La balance bénéfices/risques est loin d’être tranchée et la question de la place dans l’aide au sevrage reste entière » observe Le Quotidien du Médecin. De même, en France, que celle de la responsabilité des autorités sanitaires.  

A demain @jynau

Macron va-t-il attenter à la protection santé des étrangers précaires en situation irrégulière ?

Bonjour

C’est un triste serpent de mer : les attaques périodiques contre l’aide médicale d’Etat (AME) 1. Trois cent mile personnes concernées – un panier de soins contraint – un budget de près d’un milliard d’euros. A la différence de ses concurrents de droite le candidat Macron avait juré que, lui président, la bête ne réapparaîtrait pas. Or nous sommes à la moitié du quinquennat macronien et voici qu’elle rôde à nouveau.

On peut le dire autrement : « aujourd’hui, des signaux laissent penser que les lignes bougent » résume Le Monde (Julia Pascual).  

Symptôme signifiant : un rapport a été commandé à l’Inspection générale des finances (IGF) et à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) sur le sujet. A la manaoeuvre, trois inspecteurs de l’IGF (un préfet, un jeune énarque et un ingénieur des Mines) et d’une inspectrice de l’IGAS, Fabienne Bartoli, bien connue de certains médias, économiste spécialiste de l’industrie du médicament. La mission a déjà procédé à plusieurs auditions et son rapport est attendu pour la rentrée.

« Ils répondent à une commande politique, qui est de réformer l’AME pour en limiter les abus, croit comprendre une des personnes auditionnées, citée par Le Monde. Ils estiment que la France a le système le plus généreux en Europe. Ils posent des questions sur les filières d’immigration et nous ont parlé des Géorgiens, des Albanais et des Algériens qui viennent se soigner, notamment pour des pathologies coûteuses comme le cancer et l’hépatite B. » « J’étais étonné de constater à quel point le discours des inspecteurs était politique, confie une autre personne également auditionnée par la mission IGAS/IGF. Ils veulent rendre le dispositif plus acceptable pour éviter que le Rassemblement national ne s’empare du sujet. »

Le Monde souligne encore que certains voient dans la résurgence du serpent un écho à la déclaration de politique générale d’Edouard Philippe du 13 juin dernier. Le Premier ministre présentait alors l’acte II du quinquennat. Il déclarait notamment : « combattre les peurs du pays, montrer que nous gardons le contrôle, c’est avoir le courage d’affronter sans fausse pudeur certaines réalités, notamment concernant la pression migratoire ». Il allait falloir « lutter avec fermeté contre les abus » dans un contexte de hausse de la demande d’asile, dont le gouvernement considère qu’elle est alimentée par une demande illégitime en provenance du Caucase et des Balkans.

Les explications d’Agnès Buzyn

Trois pistes de réforme ont notamment été abordées au cours des auditions : la mise en place d’un ticket modérateur (un reste à charge pour le patient), des centres de santé dédiés ou encore la réduction du panier de soins pris en charge. L’exclusion des soins psychiatriques serait par exemple à l’étude.

Il faudra alors qu’Agnès Buzyn s’explique, elle qui expliquait jusqu’ici  que, « à chaque fois que l’on tente de raboter quelques euros sur l’AME (…), les bénéficiaires accèdent plus lentement aux soins, arrivent bien plus malades dans les hôpitaux, ce qui, in fine, coûte beaucoup plus cher, sans compter le risque d’exposition infectieuse de la population française ». Déjà le « pôle social » des députés macroniens s’inquiète.

 « Les questions posées [par la mission IGAS/IGF] ne disent rien de ses conclusions, croit savoir le Dr Olivier Véran, député (LRM, Isère), conseiller santé du candidat Macron pendant sa campagne et défenseur de l’AME. Je regarde ça avec beaucoup d’attention, mais sans paniquer. Faire un état des lieux sur un dispositif qui coûte 1 milliard d’euros, ce n’est pas illégitime. »

Quel député oserait dire le contraire ? Pour autant dans un courrier du 25 juillet, l’Observatoire du droit à la santé des étrangers (ODSE), qui groupe notamment Médecins du monde (MDM), Aides et SOS-Hépatites, a sollicité un rendez-vous auprès du président de la République et fait état de son opposition à « toute nouvelle restriction » de l’AME. Pour commencer l’ODSE devait être reçu par le cabinet d’Agnès Buzyn , aujourd’hui jeudi 1er août.

A demain

1 L’aide médicale de l’État (AME) est destinée à permettre l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière au regard de la réglementation française sur le séjour en France. Elle est attribuée sous conditions de résidence et de ressources. Elle s’inscrit dans le cadre de la lutte contre les exclusions. Cette protection santé s’adresse aux ressortissants étrangers en situation irrégulière et précaire.

« Si vous êtes dans cette situation et que vous répondez aux conditions de ressources et de résidence stable en France, vous pouvez demander l’AME. Dès lors que votre demande d’AME est acceptée, vous serez alors convoqué par la caisse d’assurance maladie de votre lieu de résidence pour la remise de votre carte d’admission à l’AME.
À noter que le droit de timbre de 30 € a été supprimé depuis le 4 juillet 2012. Si ces conditions ne sont pas remplies, vous ne pourrez pas bénéficier de l’AME. Vous pourrez, sous certaines conditions, bénéficier d’une prise en charge de vos frais de santé au titre des soins urgents. L’AME peut aussi être accordée, exceptionnellement, à titre humanitaire. »

Dangers affichés sur les paquets de tabac : pourquoi l’Etat joue-t-il à ce point petit bras ?

Bonjour

« Fumer bouche vos artères » dit-on aux fumeurs – avec, en prime, un beau cliché de jambe amputée. Plus de place pour les cautères. Mais, en prime, un fait divers qui régale la presse régionale, française et européenne. Une histoire de notre époque : celle d’un sexagénaire albanais résidant à Metz (Moselle) et qui affirme s’être reconnu sur un message de prévention utilisé à grande échelle sur des paquets de cigarettes vendus dans l’Union européenne. C’est à lire, à voir et à entendre sur France Bleu (Magali FichterAntoine Barège) et dans Le Républicain Lorrain, (Kevin Grethen) :

« Sa photo s’affiche sur tous les paquets de cigarettes commercialisés en France et au Luxembourg. Peut-être dans l’ensemble des pays de l’Union européenne. Sa photo, disons plutôt celle du moignon de sa jambe gauche. Une image choc comme l’impose depuis 2016 la politique contre le tabac. Mais surtout choquante pour cet Albanais installé à Metz depuis quelques années. Il n’a signé aucune autorisation pour l’utilisation de ce cliché ». Plus curieux encore, il y a tromperie sur le message diffusé : ‘’Fumer bouche vos artères’’  dénonce la marchandise. Or, l’amputation de ce membre n’a aucun lien avec le tabagisme. 

« Le fils du sexagénaire est tombé le premier sur l’image. ‘’Il revenait du Luxembourg. Sans rien nous dire, il dépose une grosse boîte de tabac à rouler sur la table, raconte sa sœur qui joue la traductrice pour son père. On est restés interdits un moment… On n’y croyait pas. » La photo montre un tronc, une jambe coupée assez haut. Ils la connaissent assez pour n’avoir aucun doute. « C’est celle de notre père. Ses cicatrices sont caractéristiques.’’ L’avocat messin de la famille, Antoine Fittante, confirme : ‘’Chaque cicatrice est spécifique, unique. Cet homme a également des traces de brûlures sur l’autre jambe, c’est très net. Un expert n’aura aucune difficulté à identifier l’image.’’

Oublier la fusillade en Albanie

« Depuis son arrivée en France, et son installation auprès de ses enfants parfaitement intégrés, cet homme rêvait d’un appareillage pouvant l’aider à marcher sans béquilles. Et à oublier cette fusillade en Albanie qui l’a estropié à vie en 1997. Il y a cru lorsqu’un orthopédiste l’a envoyé en 2018 vers un spécialiste de l’hôpital militaire Legouest à Metz. Des photos – dont celle diffusée – ont été envoyées pour évaluer les possibilités. Le patient a passé une IRM. ‘’On avait espoir. Vraiment. Mon père vit avec des béquilles depuis plus de vingt ans. Il ne s’était jamais résigné. Il a toujours espéré retrouver de l’autonomie. Pour lui, c’était synonyme d’une nouvelle vie’’, sourit sa fille.

« La petite flamme s’est éteinte en même temps que la découverte de l’image sur les paquets. ‘’On n’a plus jamais eu de retour du médecin de Legouest.’’ Le patricien n’y travaille plus aujourd’hui.

« Les explications de la Commission européenne n’ont pas permis de retracer le parcours de la photo. Parce que ‘’ la personne dont vous nous avez communiqué le nom ne figure pas dans la bibliothèque de ces images destinées aux avertissements de santé’’, a-t-elle répondu. Cela soulève une autre question : quelqu’un a-t-il signé le document de consentement sous un autre nom ? ‘’La commission va devoir me produire ces éléments’’, prévient Me Fittante.

Le Monde et ses « Décodeurs » ont travaillé le sujet et concluent que ce témoignage « souffre de sérieuses incohérences » « La chronologie invalide la version des faits avancée par ce monsieur, sa famille et son avocat, estiment-ils. La présence de ces photographies sur les paquets de cigarettes est obligatoire depuis 2016. Selon la Commission européenne, le choix des quarante-deux images – qui ont été successivement utilisées à partir de 2016 – a été arrêté dès 2014. La directive, diffusée le 10 octobre 2014, inclut la ‘’ bibliothèque de mises en garde assorties d’images à appliquer sur les produits du tabac’’. La photographie de la personne unijambiste fait bien partie de la série, ce qui rend impossible la version du sexagénaire albanais qui affirme que le cliché date de 2018 ».

Interrogée par Le Parisien, la Commission a assuré que la photographie a été acquise et utilisée dans le respect des droits de la personne à l’image, qui ne serait pas le sexagénaire qui s’est exprimé dans la presse : « Nous disposons de l’identité, de l’accord et des droits pour toutes les personnes photographiées pour cette campagne. Au vu des informations dont nous disposons, nous pouvons affirmer sans aucun doute que cet individu n’en fait pas partie. »

Pourquoi en rester là ?

De nombreuses preuves confirment que l’image date d’avant « mai ou juin 2018 » et n’a donc pas pu être prise lors du séjour du sexagénaire à l’hôpital. Des documents officiels émanant de la Commission européenne, ou encore de l’agence suédoise de santé publique et hébergé sur de nombreux sites, par exemple le site spécialisé Tobaccolabels.ca  et datés de 2014, 2015 ou 2016 comportent ainsi la photo en question.

Qui dit la vérité vraie ? Et comment conclure ? Par exemple en observant les limites de ces affichages « sanitaires », l’inefficacité de ces clichés tenus pour effrayer celles et ceux qui sont devenus esclaves de l’addiction au tabac. Des esclaves rapidement devenus insensibles à des images de corps souffrants, horreurs qu’ils ne voient plus, slogans-choc qu’ils ne lisent plus.

Pourquoi en rester là ? Pourquoi jouer à ce point petit bras ? Pourquoi, par exemple, ne pas indiquer sur toute la surface du paquet, le montant exact des taxes prélevées par l’Etat sur ce toxique addictif en vente libre ?

A demain @jynau