«Licence IV»: le gouvernement va créer dix mille sites de consommation de boissons alcooliques

Bonjour

On attend (avec le plus vif intérêt) la réaction d’Olivier Véran, nouveau ministre des Solidarités et de la Santé. Edouard Philippe, Premier ministre entend « revitaliser » les déserts territoriaux français. A cette fin il vien d’annoncer   qu’il allait distribuer gratuitement 10 000 « Licence IV » pour les petites communes de moins de 3 500 habitants.

La licence IV est, dans la réglementation française, une autorisation créée le 24 septembre 1941 sous le régime de Vichy, pour les débits de boisson souhaitant vendre à consommer sur place les boissons de tous les groupes. La création de cette licence était jusqu’à peu interdite. Le seul moyen d’en obtenir consistait à l’acquérir, soit directement sur la commune concernée par le futur débit, soit sur une commune de la même région. Son prix varie en fonction de l’offre et de la demande sur la région ou la commune concernée. 

« Edouard Philippe veut permettre la création de 10 000 bistrots dans les campagnes » résume, en Bretagne, Le Télégramme :

« Edouard Philippe a choisi un café-restaurant, « Le P’tit campagnard », à Girancourt, dans les Vosges. Pas par hasard. D’abord, parce qu’il s’agit d’un établissement rural, situé à 15 minutes d’Epinal, qui était en vente depuis trois ans et qui risquait de disparaître. Et ensuite, parce que ce fameux café-restaurant est l’un des bénéficiaires de la seconde initiative du gouvernement : l’opération 1 000 cafés portée par le groupe d’économie sociale et solidaire SOS. En Bretagne, deux communes ont également été retenues : Guilligomarc’h (29) et Sains (35). »

Bistrots versus soignants

« Là où nous attendons des soignants, du service public de qualité, de l’emploi, de l’aide à la personne, nous aurons donc des bistrots ! Cette décision, qui ravira certainement le lobby alcoolier, envoie un message désastreux sur le plan de la santé publique. Car toutes les études démontrent que le niveau d’alcoolisation d’un pays est directement lié à l’offre et à l’accessibilité en boissons alcooliques. »

Alors que le succès du Défi de janvier/Dry January à la française a montré la prise de conscience de la population quant au risque alcool, le gouvernement a décidé de l’accroitre en incitant les gens à boire davantage sous prétexte de convivialité. Nul doute que les conséquences se feront sentir mécaniquement, de façon immédiate, sur le niveau des ivresses, le nombre d’accidents de la route dans ces zones où la voiture est souvent le seul moyen de locomotion, et à long terme sur les maladies, dont de nombreux cancers.

Un gouvernement en mal d’imagination pour revitaliser les zones rurales qui ne propose en dernier recours que l’alcool, synonyme dans ce cas de désespérance et d’aggravation des inégalités sociales de santé, et à terme de morts, de maladies, de handicaps et de violence. On pouvait souhaiter un meilleur départ au nouveau ministre de la Santé. »

« Convaincre , un peu ivre, son voisin que l’alcool est bon pour la santé. »

On peut aussi élargir la focale politique et addictologique. Comme le Dr William Lowenstein, président de SOS Addiction  qui rapproche cette annonce d’un papier du Monde citant une redoutable étude française (« Prescription Opioid Retail Sales and Socioeconomic Conditions in France »)  établissant un lien entre consommation d’antalgiques majeurs et pauvreté :

« La désertification s’imbrique avec la pauvreté. Retisser un réseau social, digne et protecteur, sans alcool et sans opioïdes, est-il possible pour « les pauvres »?  Notamment ds les campagnes françaises ? La question devrait même s’étendre au cannabis, dont la culture pourrait relancer quelques départements en difficulté.

Le gouvernement a tranché, sociologiquement sûr de sa recette. Comme d’habitude, la prévention des conduites addictives, ne saurait être une priorité. Une licence IV pour faire revivre les déserts français, qu’en penserait Saint-Exupery : « j’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant, quelque chose rayonne en silence. » ?

 Demain, on s’assiéra au bar, on entendra une chaîne d’info en continu au dessus des verres, on grattera des jeux dits de hasard et on pourra s’abreuver pour vivre ensemble, et parfois convaincre , un peu ivre, son voisin que l’alcool est bon pour la santé. »

On attend (avec le plus vif intérêt) la lecture d’Olivier Véran, nouveau ministre des Solidarités et de la Santé

A demain @jynau

NB Négrita®. Territoires désertifiés ou pas, les ondes radiophoniques diffusent depuis peu, à la veille des fêtes de Mardi-Gras (25 février) de lourdes incitations publicitaires à user de cette boisson lors l’élaboration de crêpes, beignets et autres gourmandises sucrées. Le site de la marque précise : « Petit-déjeuner, déjeuner, goûter, salée, sucrée, hivernale ou encore estivale : découvrez toutes les occasions pour réaliser des recettes avec le rhum Négrita! »

Suite à la mort de l'infirmière poignardée, le cri du «Printemps de la psychiatrie»

Bonjour

14 février 2020. Depuis l’aube les médias généralistes bruissent à l’unisson des ravages politiques induits par des « vidéos-intimes-à-caractère-sexuel-postées-sur-les réseaux-sociaux » 1. On trouve néanmoins quelques échos de la mort, le 13 février,  d’une infirmière, âgée de 30 ans mortellement poignardée à l’arme blanche par un patient d’une unité psychiatrique à Thouars, dans les Deux-Sèvres. Cette infirmière, mère de deux enfants, a été agressée par un patient, âgé de 20 ans, qui cherchait à quitter cette unité psychiatrique du Centre hospitalier Nord Deux-Sèvres. Il lui a porté un coup de couteau au thorax, manquant de blesser également une autre infirmière. Héliportée au CHU de Poitiers, la jeune femme est morte peu après.

Il y a quelques heures Le Monde renvoyait à « La psychiatrie ‘’au bord de l’implosion’’ en France » (18 septembre 2019). Il faut aussi, désormais, compter avec un texte du « Printemps de la psychiatrie » 2. Un exercice difficile puisque ses auteurs reconnaissent ne pas avoit les détails de l’enchaînement des faits, sur l’effectif du service, sur les conditions d’hospitalisation, sur l’état clinique de ce patient, sur l’état de saturation du service de l’hôpital … ce qui « les invite à la prudence ».

Pour autant ce texte (nous soulignons):

« Cette situation est inacceptable. Il est inacceptable qu’une professionnelle de santé meurt dans l’exercice de ses fonctions. Il est inacceptable qu’une personne hospitalisée pour des soins recourt à un tel acte de violence. Il est également inacceptable que toute cette horreur se produisent dans le climat de destruction de l’hôpital public et de la psychiatrie publique en particulier (…)

« Ce que nous savons, de manière générale, c’est que depuis 2008 l’augmentation des moyens en psychiatrie finance exclusivement du sécuritaire (chambres d’isolement, caméras de surveillance, renforcement de la hauteur des murs…). Aucun investissement dans des moyens humains n’a été fait sauf à créer des unités pour malades difficiles et des unités d’hospitalisation spécialement aménagées (UHSA) pour les détenus.

«  Douze ans plus tard, après des mois de lutte, les soignants sont toujours dans la rue pour dénoncer la honte quotidienne dans l’exercice de leur travail, l’indignité des conditions d’accueil et de soins des patients, les tensions régnantes à l’hôpital tant avec l’administration, entre collègues, avec les usagers etc.

«  Depuis plus d’une dizaine d’années, les rapports du contrôleur général des lieux de privation de liberté indiquent la déshumanisation globale qui règne dans la psychiatrie publique, le sous-effectif, le manque de formation, les maltraitances ordinaires…

« Quand allons-nous arrêter ces politiques criminelles qui sont un terrain propice à ce que le pire surgisse ? Politiques de santé qui non seulement n’arrangent rien mais aggravent encore plus la situation et sa brutalité. »

Sanctuaire couvert par la dissuasion nucléaire

S’ils ne savent rien des causes précises du drame deThouars, il connaissent bien, en revanche,  « la catastrophe qui sévit dans l’hôpital public dans son ensemble et dans les secteurs de psychiatrie en particulier ».  « Nous vivons au quotidien des drames : des personnes qui se suicident, des professionnels en burn-out, des usagers attachés et enfermés quand ils ne sont pas mis à la rue faute de structures ambulatoires, des familles qui ne sont pas entendues ni écoutées… »

Ils observent encore, depuis leur spécialité, que « la violence de la société s’infiltre dans tous les espaces de la société » et que « le monde du soin n’y échappe pas ».

Pour que des drames de la sorte ne puissent pas se répéter facilement, il faudrait, selon eux, « pouvoir prendre le temps de soigner, prendre le temps d’écouter et d’apaiser, avoir le temps de se soigner, créer un climat de confiance entre toutes les personnes présentes dans les lieux de soins… ». Il faudrait, au minimum, « sanctuariser les secteurs du lien humain et d’arrêter d’appliquer des logiques comptables, gestionnaires et déshumanisants qui renforcent toujours plus le terreau favorable au pire ».

Comment traduit-on, dans la novlangue managériale de l’hôpital décrite par le Pr Stéphane Velut 3 , le terme « sanctuariser » (Donner à un territoire le caractère d’un sanctuaire couvert par la dissuasion nucléaire) ?

A demain @jynau

1 Une affaire sordide autant que tristement éclairante quant au poids des « réseaux sociaux » dans le champ politique – une affaire dans laquelle réapparaît l’omniprésent et toujours inquiétant Dr Laurent Alexandre.

2 Voir ici le texte et les signataires du  manifeste « Pour un renouveau des soins psychiques »

3 Velut S,  L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme  Editions Gallimard. Collection Tracts. 3,90 euros

Pourquoi quatre millions de Français vivent-ils aujourd’hui dans des déserts médicaux ?

Bonjour

Quand les statisticiens officiels s’attaquent aux politiques en place. C’est un travail édifiant que vient de publier 1 la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Une visite chiffrée dans ce qu’il est convenu, depuis une à deux décennies, d’appeler les « déserts médicaux ». Pour les spécialistes de la recherche statistique cela se traduit par des phrases comme celles-ci :

« En raison d’un décalage croissant entre l’offre et la demande de soins, l’accessibilité géographique aux médecins généralistes a baissé de 3,3 % entre 2015 et 2018. En 2018, les Français ont accès en moyenne à 3,93 consultations par an et par habitant, contre 4,06 consultations en 2015. Les inégalités s’accentuent entre les communes les moins bien dotées et celles qui le sont le plus. »

Ou comme celles-là :

« Cette moindre accessibilité s’explique principalement par la baisse du temps médical disponible, du fait de la diminution globale du nombre de médecins en activité sous l’effet de nombreux départs à la retraite, que les nouvelles installations ne compensent pas quantitativement, en raison de l’effet prolongé des numerus clausus appliqués au cours de ces dernières décennies. Les stratégies visant la libération de temps médical utile (nouvelles organisations territoriales, protocoles de coopérations interprofessionnelles, recours au numérique, etc.) peuvent constituer un levier pour freiner cette tendance structurelle. »

Mesurée à l’échelle du « territoire de vie-santé », la part de la population française vivant « en zone sous-dotée en médecins généralistes » est passée, en quatre ans, de 3,8 % à 5,7 %. La baisse de l’accessibilité est plus marquée dans le centre de la France. De nouveaux territoires sont concernés par cette sous-densité, notamment du centre de la France vers le nord-ouest. C’est si vrai que l’on en vient à se demander, dans le Jardin de la France, si Tours ne va pas, bientôt souffrir cruellement de généralistes 2.  Tours, où trente chefs de service du CHU viennent de démissionner de leurs fonctions administratives.

Les territoires les mieux dotés en médecins généralistes sont aussi les plus attractifs, tant du point de vue de la croissance démographique que des équipements (sportifs, culturels, commerciaux et scolaires). L’accessibilité aux médecins généralistes s’inscrit ainsi dans une problématique plus globale d’aménagement du territoire.

Repousser les déserts loin du périphérique parisien

Il y a un an Agnès Buzyn publiait le communiqué suivant :

« Alors que le nombre de médecins baisse fortement, l’accès aux soins pour tous et partout sur le territoire est plus que jamais au cœur des préoccupations des Français. Beaucoup de praticiens arrivent aujourd’hui à l’âge de la retraite et les nouvelles générations ne sont pas assez nombreuses pour compenser ces départs. Ce phénomène est notamment dû au niveau insuffisant du numerus clausus – c’est-à-dire le nombre d’étudiants en médecine accédant à la 2ème année – pendant les années 1990. Pour les patients, ceci se traduit par des difficultés croissantes à trouver un médecin traitant. Ceux qui en disposent voient les délais d’attente s’allonger pour obtenir un rendez-vous et les consultations sans rendez-vous sont parfois difficiles à obtenir.

Pour remédier à cette situation, une réforme globale des soins de proximité a été prévue. Le plan d’accès aux soins, présenté en octobre 2017 par le Premier ministre et la ministre des solidarités et de la santé, en posait les premiers jalons. La stratégie Ma Santé 2022 vient maintenant donner un nouvel élan à cette dynamique et la doter de nouveaux outils. Cette politique s’appuie sur la mobilisation des acteurs de terrain, à qui elle propose une palette d’outils variés qu’ils peuvent utiliser en fonction des spécificités de leurs territoires. »

Depuis, selon la Drees et la presse, les déserts progressent. Jusqu’où et jusqu’à quand ? Et Paris ? On apprend aujourd’hui que Benjamin Griveaux, candidat de LREM (La République en marche) aux élections municipales entend « mettre fin aux problèmes d’accès aux soins de premier recours dans la capitale ». Sa recette ? « Développer un réseau de maisons de santé, ouverts 7 jours sur 7, de 7 heures du matin à minuit ». Soixante-dix de ces structures seraient ainsi créées à Paris d’ici à 2026, selon les propos de l’équipe du candidat, recueillis par France Info. Objectif : que chaque parisien soit à dix minutes maximum en transport en commun de ces cabinets.

Repousser, en somme, les déserts médicaux loin du périphérique.

A demain @jynau

1 Blandine Legendre. « En 2018, les territoires sous-dotés en médecins généralistes concernent près de 6 % de la population » Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees)

2 Mariella Esvant, « Tours deviendra-t-elle un désert médical ? » La Nouvelle République du 12 février.

Stress post-traumatique: nouvelles lumières cérébrales sur les «résurgences intempestives»

Bonjour

Voici, plus de cinq ans après les « attentats de Paris et Saint-Denis », une publication de Science . Un travail dirigé par Francis Eustache et Pierre Gagnepain (université de Caen/Normandie, CHU de Caen, GIP Cyceron, Neuropsychologie et Imagerie de la Mémoire Humaine). Une recherche dont les fruits ne seront pas simples à vulgariser par les médias généralistes – en dépit du travail effectué par le service de presse de l’Inserm.

Ce dernier nous rappelle que les attentats du 13 novembre 2015 « ont laissé des marques durables, non seulement sur les survivants et leurs proches, mais aussi sur la société française dans son ensemble ».  Fut alors mis en place le « Projet 13-Novembre » : un programme de recherche transdisciplinaire porté par HESAM Université, le CNRS et l’Inserm. Co-direction assurée par le neuropsychologue Francis Eustache et l’historien Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS.

Objectif : étudier la construction et l’évolution de la mémoire après les attentats du 13 novembre 2015, et en particulier l’articulation entre mémoire individuelle et mémoire collective de ces événements traumatiques – et plus généralement mieux comprendre les facteurs protégeant les individus du stress post-traumatique.

Dans ce cadre, une étude d’imagerie cérébrale intitulée « Remember » s’intéresse aux réseaux cérébraux impliqués dans le Trouble de stress post-traumatique. Ce sot ces travaux qui donnent lieu aujourd’hui à une publication dans la revue Science, le 14 février 2020. Les auteurs se sont penchés sur le phénomène de la résurgence intempestive des images et pensées intrusives chez les patients atteints de stress post-traumatique. Cette résurgence est généralement attribuée à une « défaillance de la mémoire ». Selon les chercheurs français elle serait également liée à un « dysfonctionnement des réseaux cérébraux qui la contrôlent ».

Eclairer en amont, se rapprocher au plus près de la réalité cellulaire sinon moléculaire. De manière, en suivant cette piste à mieux comprendre le substrat de certaines souffrances. Et espérer identifier ainsi de nouvelles pistes de traitement. Plus de cinq ans après l’horreur du 13 novembre.

A demain @jynau

1 Mary A, Dayan J, Leonne G et al, Resilience after trauma: the role of memory suppression, Science, 14 février 2020

Perversité ou pas, le pédophile tourangeau restera emprisonné loin des Philippines

Bonjour

Loin du Flore et de la littérature, c’est une scène de la justice ordinaire. Mandé depuis la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Orléans le papier est publié dans La Nouvelle République du Centre Ouest (Vincent Baranger). « Il avait filmé ses « ébats » avec une philippine de 9 ans » Pied de page 4, édition d’Indre-et-Loire.

L’affaire trouve ses racines antipodiques dans une cyber-enquête de la police australienne qui, en 2017 avait permis de remonter à deux hôtels ayant servi de lieu de tournage à des scènes de viol sur mineur. Sur une vidéo filmée avec un portable, les enquêteurs sont parvenus à identifier « un quadragénaire tourangeau ayant des relations sexuelles avec une fillette des Philippines, âgée de 9 ans ».

« Aujourd’hui âgé de 48 ans, l’homme soutient avoir accepté cette proposition d’exploitation sexuelle d’une mineure… par un souteneur, qui serait l’oncle de la victime, moyennant de l’argent ‘’pour subvenir aux besoins de la famille’’, rapporte le quotidien régional. Il ne conteste pas les faits mais les relativise :‘’J’étais attaché à cette jeune fille.’’ » On peut voir là un grand classique du déni.

Jusqu’ici jamais condamné, l’homme a subi deux expertises psychiatriques. On apprend que la première le présente comme « un déviant, un pervers », qui exploite sexuellement des mineurs vulnérables car défavorisés.  Quant à la seconde, plus nuancée, elle observe  « des tendances pédophiles mais pas de dangerosité psychiatrique ». Là encore, un grand classique pour qui s’intéresse à la définition de la perversité 1 et aux divergences idéologiques des experts de la psychiatrie médico-légale.

Pour la défense :  Me Louise Thome, assure que son client « a un sentiment de honte » et souligne que « l’incarcération actuelle n’est pas le seul moyen de réinsérer son client ». Et d’insister sur la nécessité de « soins plus poussés » en contrôle judiciaire. Il faut aussi tenir compte de son projet de sortie :un hébergement à La Riche (Indre-et-Loire), chez sa nouvelle compagne ; une promesse d’embauche. Ajoutons une caution de 30.000 € est proposée pour appuyer ses garanties de représentation et la remise de son passeport. 

Pour la partie civile : Me Emmanuelle Descot, conseil de la partie civile administrateur ad hoc « France Victimes 37 » craint une reprise de contact du suspect avec Internet « qu’il maîtrise ».

Pour l’avocat général : Alexandra Pethieu, s’oppose à la libération. Il entend prévenir « un renouvellement de l’infraction ». Il évoque une déviance pédophile « ancienne » (admise par le Tourangeau et par les deux experts psychiatriques) « déviance » qui s’est accentuée au fil du temps. Quant à la caution proposée, la magistrate aimerait détenir des garanties sur la situation financière. De plus, dans cette belle région de « tourisme sexuel » des Philippines, la dimension internationale de trouble à l’ordre public subsiste : « L’inconcevable a été réalisé ! » Elle requiert une confirmation de l’ordonnance de refus de liberté.

Le détenu : il clame sa volonté de rester en France et de ne pas récidiver, indiquant qu’« aux Philippines, c’est un contexte de prostitution ».

Loin des Philippines, du Flore, des médias nationaux et de toute forme de littérature la cour d’appel d’Orléans a rejeté la demande de mise en liberté.

A demain @jynau

1 Perversité(psychopathologie) : « Anormalité de la conduite générale et spécialement des comportements à l’égard d’autrui et de la Société conduisant à des actes asociaux et inhumains accomplis avec indifférence affective à l’égard de la souffrance d’autrui, absence complète de culpabilité et satisfaction personnelle » (Mucch. Psychol. 1969). « Il n’y a perversité véritable que dans une indifférence morale rebelle prolongée: il ne faut donc pas confondre avec les pervers, les impulsifs ou les nonchalants moraux » (Mounier, Traité caract.,1946, p.728).

− P. méton., rare. Action, pratique immorale ou contre nature d’une telle personne. « L’une des perversités (…) en usage au commencement de ce siècle, était le luxe des rats. Un rat, mot déjà vieilli, s’appliquait à un enfant de dix à onze ans, comparse à quelque théâtre, (…) que les débauchés formaient pour le vice et l’infamie » (Balzac, Splend. et mis., 1844, p.18).

Fin de vie: l'Hypnovel® -midazolam sera bientôt dans toutes les pharmacies (Agnès Buzyn)

Bonjour

10 février 2020. Tout été donc bien anticipé, préparé, ficelé. Et le journaliste fut dépassé. Après les recommandations publiées ce matin par la Haute Autorité de Santé (HAS) sur la fin de vie à domicile, l’annonce cet après-midi de la ministre des Solidarités et de la Santé : elle « permettra d’ici quatre mois la dispensation en ville du midazolam injectable aux médecins qui prennent en charge des patients en fin de vie à leur domicile ».

« Le midazolam injectable, est selon la HAS, le médicament de première intention pour la sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès, souligne Agnès Buzyn. Sa dispensation en ville permettra aux professionnels de santé de répondre à la demande des patients et de leurs familles de pouvoir choisir de finir leurs jours à domicile.  Pour permettre sa dispensation, l’ANSM procédera à une modification de son AMM. »

Humaniser notre collectivité

Puis le ministère des Solidarités et de la Santé « définira un parcours sécurisé ». Ce parcours prévoiera notamment, pour les situations nécessitant une démarche collégiale, l’obligation pour le prescripteur de passer convention avec une équipe mobile ou un service hospitalier de soins palliatifs afin de garantir la collégialité de la décision ainsi que l’accompagnement et le suivi des patients.

Et Agnès Buzyn de reconnaître que « l’accès aux médicaments dans les situations de fin de vie à domicile constitue un des leviers d’un meilleur accompagnement de la fin de vie ».  Rappel : près de quatre français sur dix décèdent à domicile ou en EHPAD.  Et la ministre d’euphémiser : « il existe encore de nombreuses situations où les soins palliatifs ne sont pas mis en oeuvre,ou trop tardivement constituant une perte de chance pour la personne et son entourage ».

10 février 2020. Où l’on voit que, quand il le veut, le pouvoir exécutif peu parfois (à moindre coût) humaniser notre collectivité.

A demain @jynau

Hypnovel® et fin de vie: Agnès Buzyn osera-t-elle en finir avec l’hypocrisie nationale ?

Bonjour

C’est une nouvelle étape dans la maîtrise raisonnée des pratiques médicales dites « de fin de vie ». Une étape à laquelle les médias seraient restés insensibles sans l’affaire qui voit deux médecins normands interdits d’exercice et poursuivis par la justice. Une affaire qui a suscité un mouvement sans précédent au sein du corps des médecins généralistes 1. Un mouvement mené, non sans courage, par le Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France via une pétition de soutien.

Dans ce texte, les signataires reconnaissent avoir elles et eux aussi, «au cours de leur vie professionnelle, accompagné des patients en fin de vie pour les aider à partir dignement sans souffrance, parfois au prix d’entorses aux règlements en cours».

Document à forte teneur politique

Cette nouvelle étape, majeure, a aujourd’hui la forme d’un simple communiqué de presse de la Haute Autorité de Santé (HAS) : « Patient en fin de vie hospitalisé ou à domicile : quels médicaments et comment les utiliser ? ». C’est là une « recommandation sur les modalités d’utilisation des médicaments – y compris hors AMM – nécessaires pour accompagner les patients en fin de vie par une sédation ». Que cette sédation soit « proportionnée, profonde, transitoire ou maintenue jusqu’au décès ».

C’est aussi et surtout un document à forte teneur politique puisque la HAS « demande aux pouvoirs publics, sur la base de cette recommandation, de permettre la dispensation effective de ces médicaments aux médecins qui prennent en charge des patients en fin de vie à leur domicile ». On peut le dire autrement : la HAS demande à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé (qui présida cette même HAS) de modifier la réglementation pharmaceutique pour permettre aux médecins généralistes de pouvoir utiliser le midazolam (Hypnovel®) dans le cadre d’un processus de sédation terminale. Une révolution.
 

« Tous les médecins sont confrontés à l’accompagnement de patients en fin de vie, dont beaucoup demandent à pouvoir rester chez eux, reconnaît (enfin) la HAS. Ce sont toujours des situations singulières et complexes. » Dans le contexte de mise en œuvre de la loi Clayes-Leonetti du 2 février 2016 créant un droit à la sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès, la HAS a réfléchi : comment aider les professionnels de santé à prendre en charge ces patients dans les conditions les plus humaines et les moins douloureuses possibles. Elle a ainsi publié, en 2018, le guide parcours de soins « Comment mettre en œuvre une sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès ? ». Il s’agissait de « proposer des outils pour aider à la décision et à la mise en œuvre de cette sédation ». On y « évoquait » l’ensemble des médicaments utilisables en fin de vie pour réaliser une sédation profonde et continue, maintenue jusqu’au décès.

Désert médicamenteux français

Poursuite pragmatique du travail. Où l’on apprend qu’aucun médicament en France n’a aujourd’hui d’AMM pour la sédation profonde, continue et maintenue jusqu’au décès. Corollaire : les médicaments qui peuvent être utilisés sont hors AMM. Conséquence : aucune information n’est disponible sur leurs modalités d’utilisation dans cette situation.

Recommandations pratiques de la HAS : « Le midazolam injectable – qui dispose en France d’une AMM pour les anesthésies – est le médicament de première intention pour la sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès. S’il s’avère non-adapté à la situation ou au patient, viennent en seconde intention la chlorpromazine et la lévomépromazine (des antipsychotiques). » Dans la recommandation les posologies et modalités d’administration de ces médicaments sont détaillées pour une utilisation en ville comme à l’hôpital. L’objectif est de guider les professionnels de santé en réponse à la demande des patients et de leurs familles de pouvoir choisir de mourir chez soi.

Une précision de taille toutefois : la HAS rappelle que, conformément à la réglementation, la mise en place d’une sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès doit impérativement reposer sur une décision collégiale, quel que soit le lieu de prise en charge.

Et une question politique de première importance : Agnès Buzyn osera-t-elle (aura-t-elle l’autorisation de) modifier la réglementation pharmaceutique pour permettre désormais à tous les médecins, de ville comme hospitaliers, de mettre en place une sédation proportionnée ou profonde et continue comme le prévoit désormais la loi ?

A demain @jynau

1 Lire « Les généralistes veulent assumer leur rôle dans l’aide médicale à mourir » Slate.fr (20 janvier 2020)