Dialyse rénale : l’Agence du médicament est confrontée à une troublante affaire sanitaire 

Bonjour

Des « centaines de personnes » dialysées sont-elles, en France, mortes prématurément ? C’est la grave question soulevée aujourd’hui par Le Monde (Pascale Santi) : « Alerte sanitaire sur un produit utilisé pour la dialyse. Une étude montre une surmortalité de 40 % pour des personnes traitées avec un liquide de dialyse contenant du citrate ».

Cette question se fonde sur une étude rétrospective pilotée par le Dr Lucile Mercadal ­ (Inserm, CESP 1018 et hôpital Pitié-Salpêtrière) et réalisée avec une équipe de néphrologues et de biostatisticiens français (REIN-Agence de la biomédecine ABM), à partir des données du registre national REIN – étude présentée le ­3 octobre dernier lors du congrès de la Société francophone de néphrologie, dialyse et transplantation (SFNDT). « Elle n’est pas encore publiée » précise Le Monde.

Le contexte : en France, environ 47 000 patients souffrant d’insuffisance rénale terminale sont traités par dialyse. Les patients entrent en dialyse à l’âge moyen de 70 ans, avec souvent d’autres maladies associées, et leur survie médiane est d’environ cinq ans. Plus de 20 % des patients dialysés sont traités avec un « dialysat au citrate ».

Problématique : les patients traités par ce liquide de dialyse présenteraient une surmortalité de 40 % par rapport à des personnes traitées avec d’autres produits plus anciens à l’acétate ou à l’acide chlorhydrique (HCl). Cette surmortalité aurait essentiellement une origine cardio-vasculaire.

Sujet : « Les centres qui ont utilisé le citrate ont une surmortalité, ceux qui ont utilisé le HCl ont une baisse de mortalité », précise le Dr Mercadal, citée par Le Monde. Une conclusion formulée après le croisement de différentes données et qui l’a conduite à stopper l’utilisation de ce produit début novembre au sein du centre de dialyse de la Pitié-Salpêtrière. Selon elle ce produit devrait « être retiré du marché, au nom du principe de précaution, en attendant d’autres études ».

Réaction officielle : Informée de cette étude par l’association de ­patients Renaloo fin novembre, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a ­convoqué une réunion d’urgence pour le mercredi ­ 5 décembre. « L’importance des résultats présentés amène l’ANSM à réunir l’ensemble des parties prenantes », indique l’agence dans son courriel adressé aux parties prenantes (et cité par Le Monde).

« Comment expliquer de tels chiffres ? Pour quelles raisons ni l’ABM, qui gère le registre REIN, ni la SFNDT, ni les industriels ni les médecins n’ont-ils pas prévenu l’ANSM à la suite du congrès du 3 octobre ? » demande le quotidien vespéral après avoir interrogé les deux principaux fabricants de ces dialysats : la société Fresenius et la firme Baxter.

 « Cela illustre la sous-déclaration notoire des ­effets indésirables des produits de la part des industriels comme des professionnels de santé », déplore l’ANSM. Mais encore ? On imagine assez mal qu’une telle Agence puisse se borner à déplorer. Rappelons la question qui lui est posée : des « centaines de personnes » dialysées sont-elles, en France, mortes prématurément ?

A demain

@jynau

 

Pour Noël, offrez des téléconsultations médicales : 6 euros la question, 2 euros la minute

Bonjour

Décembre, Gilets Jaunes, stress collectif exponentiel  – et cette nouvelle invite faite à la presse : « Noël arrive à très grands pas et beaucoup de Français profitent de cette période des fêtes pour se retrouver en famille. Mais, entre le froid, la neige ou la fatigue accumulée de l’année, c’est également à ce moment que beaucoup tombent malades.

«  Grâce à MesDocteurs.com, l’unique plateforme interactive de téléconseil et de téléconsultation médicale en France, docteurs et spécialistes répondent 7 j/7, 24 h/24, sans prise de rendez-vous ou de délai d’attente de diagnostic, à toutes les questions d’ordre médical ! » 1

Quelles spécialités ?

  • Médecine générale, mais aussi pédiatrie, gynécologie, ORL, dentaire, dermatologie ou encore psy… L’objectif premier de ‘’MesDocteurs’’ est de délivrer des informations médicales fiables, de mettre en contact des personnes en attente de conseils médicaux et des médecins qualifiés. Les médecins de la plateforme sont donc diplômés en France et garantissent évidemment le secret médical.

Combien vais-je devoir débourser ?

  • Via le chat, ou par téléphone, les tarifs vont de 1,9€ à 5,9€ par question et le site offre la première question. Le patient n’a rien à craindre pour ses données qui sont entièrement sécurisées. [Le site précise « 6 euros la question unique » et « 2 euros la minute de l’échange par chat, visio ou audio » »]

Puis-je me faire rembourser ?

  • Depuis le 15 septembre dernier, l’Assurance-maladie rembourse les téléconsultations pratiquées par les médecins traitants, au même tarif qu’une consultation classique : 25 euros pour un généraliste, 30 euros pour un spécialiste.  MesDocteursa, à cette occasion, développé son nouveau service, ‘’AvecMonDoc’’, qui permet aux médecins et à leurs patients d’effectuer des téléconsultations par visioconférence remboursées comme des consultations classiques.
  • Une ordonnance est délivrée dans le cadre d’une téléconsultation uniquement. La téléconsultation sur le site MesDocteurs.com est un service proposé uniquement en partenariat avec votre entreprise ou votre mutuelle. Vous pouvez cependant utiliser le service MesDocteurs sans passer par votre entreprise ou mutuelle, en revanche, les médecins ne pourront vous délivrer d’ordonnance.

A demain

@jynau

1 Cette initiative avait été détaillée en février 2016 par Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long) : « mesdocteurs.com : des médecins payés pour donner des conseils en ligne ».

2 L’affaire est, à dire vrai, un peu plus compliquée : « Télémédecine remboursée : l’Ordre des médecins met en demeure Qare d’arrêter ses publicités » Journalisme et santé publique du 8 octobre 2018.

NB « L’Ordre des médecins se félicite de constater que téléconsultation et télé-expertise vont s’inscrire pleinement dans l’organisation de l’accès aux soins dans la proximité du patient et dans le respect du parcours de soins coordonné. Pour autant, l’Ordre entend maintenir clairement son engagement contre toute ubérisation du système de santé via des moyens numériques. Cette ubérisation porte en effet, en elle-même, un risque fondamental d’atteinte au principe de la solidarité sur lequel est fondé notre système de soins et d’assurance maladie. »

Martin Hirsch choisira-t-il France Inter pour sa démission de la direction de l’AP-HP ?

Bonjour

C’est une tribune sans précédent. On la trouve sur le site du Journal du Dimanche, signée par plus d’une centaine de médecin de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris : « Martin Hirsch, faites comme Nicolas Hulot » 1. Une opération menée par un défenseur tenace et bien connu de l’hôpital public : le Dr André Grimaldi, professeur émérite d’endocrinologie-diabétologie à la Pitié Salpêtrière (Paris).

Cela commence ainsi :

« Cher Martin Hirsch, pour l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, les années se suivent et, hélas, se ressemblent. En 2017, l’AP-HP, que vous dirigez, enregistrait un déficit de près de 200 millions d’euros. Vous nous expliquiez alors que nous nous « focalisions » trop sur la question du financement en nous renvoyant gentiment à nos responsabilités en matière d’activité, d’organisation, d’animation d’équipe et d’amélioration de la qualité des soins… Votre plan de redressement financier misait sur une stabilité de la masse salariale et, de façon assez irréaliste, sur une reprise de l’augmentation de l’activité pour compenser la baisse autoritaire des tarifs. Vous avez, en fait, réussi à diminuer les effectifs de près de 500 agents, mais l’activité n’a pas augmenté.

« Cette course sans fin à l’activité poussée jusqu’à l’absurde ne fonctionnera plus. À nouveau, l’AP-HP va connaître pour 2018 un déficit de près de 200 millions d’euros. Faute de pouvoir compter sur un accroissement des recettes, vous avez annoncé une poursuite de la diminution d’effectifs de 800 à 1.000 postes chaque année jusqu’en 2023. Le temps passé par les soignants au lit des malades va encore diminuer. Quelle que soit leur pertinence, les changements annoncés dans le plan de restructuration prévu pour la  ’’nouvelle AP-HP’’ n’y changeront rien. La diminution du nombre de services et la réduction des effectifs entraîneront inévitablement une baisse d’activité. (…)

Etre rémunéré pour éconduire

Suit une démonstration selon laquelle les hôpitaux français ne peuvent qu’enregistrer des déficits dans la mesure où le budget qui leur est alloué croît chaque année entre 2 et 2,5 % quand les dépenses programmées augmentent, elles, de plus de 4%. Dès lors les signataires de poser cette douloureuse question éthique à leur directeur général : le moment n’est-il pas venu, pour lui, de refuser d’appliquer une politique qui dégrade la qualité des soins ? Refuser d’appliquer une baisse automatique des tarifs, une sous-valorisation de la recherche, une réduction des dotations pour les maladies rares comme pour les patients précaires ?

Une politique menée aujourd’hui par Agnès Buzyn « sans aucune justification possible autre que le choix de transférer une partie du déficit de l’assurance maladie aux hôpitaux et la volonté de contraindre ces derniers à restreindre leur activité ». Et ce « quitte à réduire l’offre de soins et à en dégrader la qualité ». Sans même revenir sur cet ahurissant dernier avatar législatif d’une « rémunération des hôpitaux pour éconduire les patients arrivant aux urgences en les adressant à la médecine de ville ».

Martin Hirsch est ici quelque peu fragilisé par son dernier ouvrage : L’Hôpital à cœur ouvert (Stock), publié il y a un an. Il y professait notamment que le fil rouge de son action était la « qualité des soins ». Pour les signataires de la tribune, observateurs plus que privilégiés de l’action de leur DG cette qualité n’a cessé de se dégrader, parallèlement à l’aggravation des conditions de travail des aides-soignantes, des infirmières, des cadres de santé, des secrétaires, des internes et des médecins. Si Martin Hirsch n’en est évidemment pas personnellement et directement responsable il ne sautait expliquer que la faute en revient « aux personnels réfractaires au changement, accrochés à leur statut, à leurs routines et à leurs « privilèges » ».

Conclusion de la centaine de signataires hospitalo-universitaires:

« En tant que personnalité politique intervenant régulièrement sur la scène médiatique, vous vous posez sûrement la question : « Quelle est ma ligne rouge, celle que je n’accepterai pas de franchir pour ne pas trahir mes valeurs? » Nous ne connaissons pas votre réponse intime. Mais le moment n’est-il pas venu pour vous de refuser d’appliquer cette politique en plaçant le gouvernement face à ses responsabilités ? Par exemple, à l’occasion d’une intervention solennelle lors de la matinale de France Inter. »

A demain

@jynau

1 Hulot N.  « Je prends la décision de quitter le gouvernement » France Inter, 28 août 2018

 

 

VIH : Cinq ministres et un dîner d’exception au service du dépistage de l’infection  

Bonjour

Le temps passe certains rites parisiens demeurent. Ainsi vient-on de demander à la presse de faire savoir que le 10ème dîner « LINK pour AIDES » 1 se tiendra le lundi 3 décembre 2018,à partir de 19h, au Pavillon Cambon . Un dîner réalisé par Michel, César et Léo Troisgros et Pierre Hermé.


Cinq ministres français ont confirmé leur participation à ce dîner de gala exceptionnel : Agnès Buzyn (ministre de la Santé), Franck Riester (ministre de la Culture), Sébastien Lecornu (ministre des Collectivités territoriales), Mounir Mahjoubi (secrétaire d’Etat chargé du Numérique) et Gabriel Attal (secrétaire d’Etat chargé de la Jeunesse et de la Vie associative).

Les « acteurs-trices incontournables de la lutte contre le sida », ainsi que les « personnalités issues du monde économique » seront présents :  Accenture, AG2R La Mondiale, Alderville, AQUILA, Brimaral, Coty, Dior Parfums, France Brevets, Janssen, Jo Malone, Les Notaires du Trocadéro, Louis Vuitton, Maison Francis Kurkdjian, MHC, Michael Page, MSD, Natixis, Ordre des Géomètres-Experts, Pierre Cardin, RM conseil, Ruinart, Steele & Holt, Tête à Tête Arts, TGM, Vedreine, ViiV Healthcare, Voyageurs du Monde.

Sans oublier des représentants de la culture, des médias et des associations.  Précisons que des « surprises et des animations » viendront agrémenter cette soirée d’exception animée par Marianne James et Christophe Beaugrand.

Rapports sexuels non protégés

On rappellera à tous que, pour mettre fin à l’épidémie en 2030, l’ONUSIDA a annoncé l’objectif à atteindre dès 2020 : 90 % des personnes infectées par le VIH connaissant leur statut, 90 % des personnes diagnostiquées sous traitement antirétroviral, 90 % des personnes traitées en charge virale indétectable.

On rappellera aussi qu’une personne séropositive sous traitement, dont la charge virale est devenue indétectable, ne transmet plus le VIH. A ce titre elle peut donc avoir des rapports sexuels « non protégés sans risque de transmettre du virus ». En d’autres termes si toutes les personnes séropositives avaient accès aux traitements, il n’y aurait donc plus de contaminations. Or aujourd’hui, en France, on estime à 25 000 le nombre de personnes porteuses du VIH et qui ne connaissent pas leur statut sérologique….

L’intégralité des fonds collectés lors de ce dîner sera reversée aux actions de dépistage rapide mis en œuvre par l’association AIDES.

A demain

@jynau

1 LINK est un fonds de dotation créé et animé par des entrepreneurs et cadres dirigeants d’entreprise, qui ont décidé de rassembler leur détermination et leurs moyens pour que soit enfin gagnée la bataille contre le sida. LINK s’appuie sur les ressources et le savoir-faire de ses membres pour identifier et financer, selon une approche innovante, philanthropique et solidaire, les programmes les plus pertinents pour vaincre le sida.
LINK a reversé plus de 2,5 millions d’euros à la lutte contre le sida depuis 2009.

AIDES Créée en 1984 à l’initiative du sociologue Daniel Defert, AIDES (reconnue d’utilité publique en 1990) est l’une des plus importantes associations européennes de lutte contre le sida. Dès son origine, l’objectif a été de réunir les personnes touchées directement ou indirectement par le sida afin de leur permettre de s’organiser face à ce nouveau fléau, d’initier et de mener des actions pour être associées aux grandes décisions de santé publique qui les concernent.

Cannabis thérapeutique : comment Agnès Buzyn peut-elle encore, éthiquement, s’y opposer ?

Bonjour

Quand l’éthique vient fort heureusement bousculer le pouvoir politique, cela donne : « Cannabis dans un contexte thérapeutique, une interdiction inéthique ? ». C’est un document essentiel publié par le Comité éthique et Cancer 1.

Nous avions rapporté, en mai dernier, que ce Comité avait été saisi par une personne atteinte de cancer, qui se disait soulagée par la consommation de cannabis et qui s’interrogeait  sur les barrières à son usage thérapeutique.  Dès lors, Madame A interrogeait le Comité éthique et cancer sur le caractère « inéthique » de son interdiction dans ce contexte.

Six mois plus tard nous disposons de la réponse. Ce Comité dit avoir constaté que la littérature scientifique sur les effets thérapeutiques du cannabis « restait insuffisamment concluante, notamment en raison de défauts méthodologiques des études jusqu’à présent réalisées ». Aussi recommande-t-il « l’évaluation rigoureuse des différents bénéfices potentiels des substances actives du cannabis ».

« De telles études, précise-t-il, permettraient seules de préciser les indications et les contre-indications de ces substances, les modalités de leur utilisation (voie d’administration, posologie) et les précautions à respecter. Il revient aux autorités de santé de les diligenter et d’en définir les conditions. » Où l’on en vient à se demander qui est responsable de ne pas avoir mené, depuis des décennies, de telles études. Quelle est notamment, ici, la responsabilité de l’Inserm et celle de l’Institut national du Cancer ?

Mais le Comité éthique et Cancer n’est pas resté à ce constat : il s’est attaché à déterminer s’il existe des raisons éthiques de s’opposer à la consommation de cannabis par des malades qui s’en disent soulagés. Conclusion :

« Aucun des arguments possiblement en défaveur d’une telle consommation ne lui est apparu de nature à continuer de l’interdire. En particulier, il n’a pu identifier d’effet néfaste avéré assez sérieux pour s’opposer à une semblable pratique par des personnes adultes atteintes d’une maladie grave, potentiellement mortelle, et qui déclarent en tirer bénéfice. (…). »

En juillet dernier nous rapportions la publication d’un communiqué médical du ministre de l’Intérieur britannique : « Cannabis-derived medicinal products to be made available on prescription ». L’équivalent, outre-Manche, de Christophe Castaner, Sajid Javid, annonçait alors que le cannabis thérapeutique allait être autorisé au Royaume-Uni – sur ordonnance et à partir de cet automne.

« Rendre le cannabis thérapeutique disponible sur ordonnance va améliorer la vie des patients qui souffrent actuellement en silence. Il n’y a rien de plus difficile que de voir ses proches souffrir, c’est pourquoi j’ai pris cette décision », expliquait le Castaner britannique sur Twitter. Précision : « Cela aidera les patients avec des besoins médicaux spécifiques mais cela ne constitue en aucun cas un premier pas vers la légalisation du cannabis à usage récréatif ».

A demain

@jynau

1 Installé depuis septembre 2008 par la ministre chargée de la Santé et le président de la Ligue nationale contre le cancer, le Comité éthique et Cancer est une institution « consultative et indépendante » qui émet des avis sur les questions dont il est saisi ou se saisit. A partir d’une réflexion transdisciplinaire, le Comité s’efforce de répondre aux interrogations des personnes malades et de leurs familles, ainsi que des personnes engagées dans le soin ou dans les activités de santé publique. Ce Comité est présidé par le Pr Axel Kahn, président honoraire de l’université Paris Descartes. Tous ses avis sont disponibles sur https://www.ethique-cancer.fr/

Gilets jaunes, infirmières, médecins hospitaliers : qui peut écouter ce lamento sans cesse amplifié? 

Bonjour

20 novembre 2018. La jacquerie des Gilets jaunes se poursuit et Paris serait menacé. Sur France 2, Christophe Castaner, jeune ministre de l’Intérieur, dénonce une « dérive totale » de ce mouvement. Nous serions selon lui passé insensiblement, alcool aidant, d’une  « manifestation bon enfant » a des « revendications qui ne sont plus cohérentes et qui vont dans tous les sens ».

Et le ministre d’évoquer «un très très grand nombre de blessés, y compris sur nos forces de l’ordre (…) En trois jours, il y a autant de blessés dans nos forces de l’ordre qu’en trois mois d’évacuation à Notre-Dame-des-Landes. Je ne souhaite pas que ça dure, les manifestants ont été entendus ».

Qui, aujourd’hui, entend qui ? Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian fait entendre une musique différente. Invité lundi soir sur Europe 1, l’ancien responsable socialiste et breton a évoqué la «souffrance [des «gilets jaunes»] qu’il faut entendre, comprendre et respecter». Il s’inquiète de cette grogne sociale, qui repose selon lui sur «un sentiment selon lequel la transition écologique est payée davantage par certaines catégories sociales» et sur «une forme d’inégalité face à la mobilité».

Qui, aujourd’hui, entend qui ? Les infirmières/infirmiers manifestent leurs colères. C’est, là aussi, un phénomène qui trouve mille et une raisons pour émerger et s’installer.  Ces soignants se vivent souvent comme « méprisés » et « oubliés ».  Et d’évoquer le silence du président Emmanuel Macron sur la place et le rôle de leur profession dans la réforme du système de santé, lors de la présentation du plan « Ma santé 2022 », le 18 septembre à l’Elysée. Une faute majeure que la ministre des Solidarités et de la Santé peinera à faire oublier – comme l’a démontrée son intervention peu compréhensible, en urgence, au journal de 13 heures de France Inter. La ministre entend la « souffrance » sans jamais parvenir à la faire oublier.

Quelques mandarins

Qui, dans la France d’aujourd’hui, entend qui ? Cette tribune importante publiée dans Le Monde, signée du Dr Thierry Philip, président du directoire de l’Institut Curie et de l’Organisation des instituts européens du cancer. Extraits :

«  La Sécurité sociale, financée par nos cotisations, accepte à travers le paiement à l’acte et les dépassements d’honoraires que les médecins libéraux du secteur privé soient mieux rémunérés que les médecins salariés pour faire le même métier, avec les mêmes outils et sans les contraintes de l’enseignement, de la recherche et des gardes… Dans ces conditions, la fuite des médecins vers le secteur privé est inéluctable et toute réforme de la filière non lucrative est vouée à l’échec. Le président de la République se doit d’ouvrir le seul chapitre de réforme qui peut sauver nos hôpitaux publics.

Paradoxalement, la crise a désormais atteint le fleuron de nos hôpitaux, les centres hospitaliers universitaires (CHU). D’une part, le titre de ‘’professeur’’ ne suffit plus à attirer les jeunes praticiens ; d’autre part, les professeurs nommés fuient en nombre vers le secteur privé, sans recherche et sans enseignement, où l’on peut vivre financièrement beaucoup mieux, sans gardes, en faisant du ‘’ programmé ‘’. Il faut rappeler qu’à l’exception de quelques mandarins pour qui il suffirait d’appliquer la loi, l’activité privée dans les CHU ne paye que la retraite des praticiens sur leur salaire hospitalier, et qu’il n’y a pas de privé dans les centres de lutte contre le cancer.

La réflexion sur les salaires est un préalable à toutes les réformes. (…) Si on veut réformer, il faut s’attaquer aux vrais problèmes, pas à des boucs émissaires. Aujourd’hui, la qualité n’est plus reconnue et n’est plus rémunérée à l’hôpital. »

Qui, aujourd’hui, entend qui ?

A demain

@jynau

Maladie d’Alzheimer: faut-il autoriser sa prédiction  grâce à l’Intelligence Artificielle ?

Bonjour

Progrès majeur ou impasse paradoxale ? Une équipe de chercheurs de l’Université de Californie vient d’annoncer avoir mis au point une procédure de dépistage qui permettrait, grâce aux techniques de l’Intelligence Artificielle, de prédire la survenue de la maladie d’Alzheimer « avec une sensibilité de 100 % » et ce plusieurs années avant l’apparition des premiers symptômes cliniques. Ce travail vient d’être publié dans Radiology : « A Deep Learning Model to Predict a Diagnosis of Alzheimer Disease by Using 18F-FDG PET of the Brain ». Il a été codirigé par le Dr Jae Ho Sohn et on peut en trouver un résumé ici.

« Nous avons développé un algorithme d’intelligence artificielle (IA) qui permet de prédire la maladie d’Alzheimer à partir de l’imagerie cérébrale TEP-FDG avec une spécificité de 82% et une sensibilité de 100%, en moyenne six ans avant le diagnostic clinique. Par comparaison, nos radiologues utilisant une approche clinique standard associée à des méthodes semi-automatiques obtiennent une sensibilité de 57% et une spécificité de 91% » a expliqué au Quotidien du Médecin (Dr Véronique Nguyen)  le Dr Jae Ho Sohn département de radiologie et d’imagerie biomédicale de l’Université de Californie à San Francisco). Il ajoute :

«En pratique, l’intelligence artificielle (IA) obtient des performances significativement supérieures à celles des lecteurs humains (radiologues), mais en réalité l’homme secondé par l’IA obtiendrait probablement de meilleures performances que l’un ou autre pris séparémentUn scénario possible serait d’utiliser l’IA pour dépister les patients, afin de s’assurer que les cas de maladie d’Alzheimer dans un futur proche ne sont pas manqués (vu la sensibilité de 100%). Puis les radiologues pourraient venir confirmer les cas afin de réduire les faux positifs (vu la spécificité a 82% – 18% de faux positifs) et de juger les cas exceptionnels».

Pour ces chercheurs ce deep learning algorithm associé à des tests biochimiques et d’imagerie outil ouvre la voie à une « prédiction précoce de la maladie d’Alzheimer » et ainsi à des « possibilités d’interventions thérapeutiques précoces ». Où l’on pressent, faute de possibilités thérapeutiques aujourd’hui validées,  la somme des dilemmes radiologiques et éthiques à venir.

A demain

@jynau