Affaire des prothèses/implants mammaires: l’Agence du médicament va-elle oser interdire ?

Bonjour

Suite d’une vieille affaire qui vient de retrouver le devant de la scène médiatique  française : celle des prothèses/implants mammaires. Le 7 février l’Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM) réunissait un comité de huit expertes 1 « chargé d’émettre un avis sur la place et l’utilisation des implants mammaires texturés en chirurgie esthétique et reconstructrice ». Dès le lendemain l’ANSM publiait les conclusions de ce comité :

« Conclusions du CSST « Consultation publique sur la place et l’utilisation des implants mammaires texturés en chirurgie esthétique et reconstructrice » (Séances des 7 et 8 février 2019)

« La pose d’implants mammaires texturés induit un certain nombre de risques connus et décrits, parmi lesquels le lymphome anaplasique à grandes cellules lié aux implants mammaires (LAGC-AIM).

Dans le cadre de la chirurgie reconstructrice, l’utilisation des implants texturés n’est pas indispensable mais demeure indiquée dans un certain nombre de situations dans lesquelles la texture de l’implant constitue un bénéfice avéré (en termes de forme anatomique, de stabilité, d’expansion tissulaire et de réduction du risque de la capsulite rétractile).

Dans le cadre de la chirurgie esthétique, l’utilisation des implants texturés n’est pas indispensable mais peut rester une option parmi d’autres dans un certain nombre de situations dans lesquelles la texture de l’implant constitue un bénéfice avéré (en termes de stabilité, d’expansion tissulaire et de réduction du risque de la capsulite rétractile).

« Dans le contexte de la recommandation faite par l’ANSM d’utiliser préférentiellement des implants lisses et compte tenu des doutes émis par les professionnels de santé, il convient d’interdire le recours à la texture Biocell d’Allergan. La plus grande prudence doit être réservée aux implants mammaires de textures équivalentes et aux implants polyuréthane. Le comité ne recommande toutefois pas d’explantation préventive de ces implants texturés.(…)

« Il convient que le registre national des implants mammaires dont la création vient d’être approuvée voit le jour rapidement. »

Et maintenant ? Sur la base de cet avis, l’ANSM prendra une décision dans les prochaines semaines sur l’utilisation des implants mammaires à enveloppe texturée en chirurgie esthétique et reconstructrice ».

Avoir les connaissances suffisantes

« Fin novembre 2018, l’ANSM avait recommandé aux professionnels de suspendre l’utilisation de ces implants. « C’était quelques jours avant la publication des « Implant Files », une enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), à laquelle Le Monde a participé »  rappelle Le Monde (Stéphane Horel)qui rapporte plusieurs détails asssez troublants, pour ne pas écrire édifiants, de la consultation publique de l’ANSM retransmise en direct (et toujours visible) sur la chaine YouTube de l’ANSM :

« (…) La première matinée a aussi été marquée par les manœuvres des fabricants. L’ANSM avait posé des règles claires : les représentants des firmes pouvaient être présents mais seules les organisations du secteur avaient le droit d’être auditionnées. Se présentant comme ‘’directrice médicale pour Allergan », Nathalie Mesnard a affirmé être là « en tant que représentante du groupe Snitem [Syndicat national de l’industrie des technologies médicales]’’. ‘’Elle n’appartient pas au Snitem’’, a assuré l’organisation, jointe au téléphone par Le Monde.

« Le syndicat des industriels allemands, BVMeD, a lui tenté de revenir sur cette règle au cours des auditions. Sa représentante s’est fait sèchement rappeler à l’ordre par l’ANSM, et l’employé du fabricant allemand Polytech a été contraint au silence. Son message : l’interdiction des « texturés » et l’angoisse qu’elle susciterait ‘’doubleraient le risque de réopération’’.

« Au cours de l’après-midi, réservée à la parole des patientes, la question du LAGC est devenue presque secondaire. Dans un silence bouleversé, douze femmes en colère ont livré le récit de leur calvaire. Reconstruction après un cancer ou intervention esthétique, elles avaient toutes en commun d’avoir manqué d’informations sur les risques encourus (…) 

« Vendredi, c’était le tour des chirurgiens esthétiques et de leurs sociétés savantes, sponsorisées par les fabricants. Cette fois, à l’exception d’une chirurgienne, la salle était remplie d’hommes. D’emblée, la compétence du comité d’expertes a été questionnée. ‘’Je m’interroge sur la commission qu’il y a en face de moi’’, les a défiées Bruno Alfandari, chirurgien à Bordeaux, les invitant à se demander, le moment venu, si elles possédaient ‘’les connaissances suffisantes’’ pour avoir une opinion. »

Qui, ici, possède les connaissances suffisantes ? On attend désormais, avec le plus grand intérêt, la décision de l’ANSM.

A demain

@jynau

1 Mmes BERGERET-GALLEY (Catherine), BRUANT-RODIER (Catherine), DE BIAIS (Dominique), FASSE (Leonor),  MANIGHETTT VIVES (Joëlle), MATHELIN (Carole), PERRET DU CRAY (Christine) et SALLE (Muriel) en qualité de présidente.

 

 

 

Grippe : épidémie générale, doutes sur l’efficacité du vaccin, embarras d’Agnès Buzyn

Bonjour

C’est une équation virologique, sanitaire et politique. Tous les chiffres convergent et Santé publique France résume : épidémie généralisée à l’ensemble des régions – s’intensifie en métropole tandis qu’elle débute aux Antilles. Tous les indicateurs de l’activité grippale sont au rouge. Forte augmentation des passages aux urgences et des hospitalisations. Parmi plus de douze mille patients qui se sont présentés aux urgences « pour grippe » la semaine dernière,  plus de 1 800 ont été hospitalisés (+70% par rapport à la semaine précédente).

Corollaire : un excès de mortalité toutes causes et tous âges confondus est observé sur les quatre premières semaines de janvier. Entre les semaines 01 à 03 cet excès est estimé à 8% soit près de 3 000 décès – et concerne principalement les personnes âgées de 85 ans ou plus, et dans une moindre mesure les 15-64 ans. Parallèlement, les premières estimations sur le nombre de décès attribuables à la grippe depuis le début de la surveillance (octobre 2018) et jusqu’en semaine 03, indiquent qu’environ 1 100 décès seraient liés à la grippe.

Cette épidémie est majoritairement due aux virus A(H3N2) et A(H1N1)pdm09. Or le bulletin épidémiologique hebdomadaire dédié à la grippe précise que les premières estimations de l’efficacité vaccinale indiquent une efficacité modérée contre ces deux virus 1.

« La couverture vaccinale des personnes à risque, sujets de tous âges atteints de certaines pathologies chroniques et personnes âgées de 65 ans et plus, est estimée par Santé publique France à partir des données de remboursement des vaccins contre la grippe, tous régimes d’assurance maladie confondus. Une première estimation au 30/11/2018 montre une légère progression des couvertures vaccinales en comparaison des estimations analogues effectuées au 30/11/2017. La couverture en France métropolitaine est passée de 41,3% à 42,9% (+1,6%) pour l’ensemble des sujets à risque.

« Efficacité vaccinale en médecine ambulatoire. Le Réseau Sentinelles produit une estimation de l’efficacité du vaccin à éviter une infection grippale conduisant à une consultation chez un médecin généraliste. Les résultats préliminaires disponibles en semaine 05 indiquent une efficacité vaccinale chez l’ensemble des personnes à risque de 59% [IC95%: 7—82] contre le virus A(H1N1)pdm09 et de 19% [IC95%: −43 – 54] contre le virus A(H3N2). Ces estimations seront affinées dans les semaines à venir. »

Cette situation a conduit Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé à rappeler sur Europe 1 toute l’importance que chacun doit accorder aux « gestes de protection face aux virus de l’hiver est rappelée (mouchoir à usage unique, port de masque jetable). Rappel de Santé publique France :

« Se laver fréquemment les mains à l’eau et au savon ou avec une solution hydroalcoolique ; éternuer dans son coude (plutôt que dans ses mains) ; utiliser un mouchoir à usage unique ; porter un masque jetable quand on présente un syndrome grippal, en particulier au contact des personnes fragiles (personnes âgées, immunodéprimées, jeunes enfants, femmes enceintes). »

Xavier Bertrand, treize ans après

Interrogée sur la faible efficacité vaccinale Agnès Buzyn a déclaré :  « Le problème est que chaque vaccin est un pari. On est obligé de parier sur les souches qui vont circuler, six mois avant que le virus apparaisse dans le monde. Donc, de temps en temps, le pari est gagné, de temps en temps il est moyennement gagné et parfois pas du tout. » Pour autant la ministre est revenue sur la question, récurrente, de l’obligation vaccinale antigrippale des soignants – une obligation que vient de réclamer la Cour des Comptes à laquelle Agnès Buzyn était jusqu’ici opposée. Or voici désormais la ministre qui menace :

« Aujourd’hui, j’ai demandé un effort particulier notamment aux Ordres des médecins, des infirmiers, des kinésithérapeutes… pour qu’ils fassent une campagne pro-vaccin. Je verrai quel a été cette année le taux de couverture des soignants, j’espère qu’ils comprennent leur responsabilité. Si vraiment ça ne progresse pas, peut-être que nous en reviendrons à l’obligation »

Cette obligation, instaurée par le Code de la santé publique, avait été « suspendue » en 2006 par décret. Un décret signé par le ministre de la Santé et des Solidarités d’alors : Xavier Bertrand.  Aujourd’hui la couverture vaccinale antigrippale des personnels de santé est, officiellement, « de l’ordre de 25 % ». Il faudra songer, un jour prochain, à interroger Xavier Bertrand.

A demain

@jynau

1 Le sujet n’est pas neuf. Il y a quatre ans: « Grippe: faut-il continuer à se faire vacciner quand on n’est pas sûr de l’efficacité du vaccin? » Slate.fr 1er février 2015

«L’incendiaire : alcoolisée avec des antécédents psychiatriques» Dix morts, trente-trois blessés.

Bonjour

Moins de vingt-quatre heures après le drame et, déjà, les questions de fond. Des questions relatives à l’état de la psychiatrie en France, à la qualité de la prise en charge de malades mentaux, au rôle joué par l’alcool dans ce tragique incendie survenu dans la nuit du 4 au 5 février au 17 bis, rue Erlanger, à deux pas de la porte d’Auteuil dans un immeuble moderne du 16e arrondissement de Paris. Dix morts, trente-trois blessés, dont huit pompiers et un incendie « d’origine criminelle ». Ouverture d’une enquête pour « destruction volontaire par incendie ayant entraîné la mort ».

Tout va très vite. D’abord l’interpellation, durant la nuit et non loin de l’incendie, d’une habitante de l’immeuble aussitôt placée en garde à vue. Cette femme âgée de 40 ans essayait apparemment de mettre le feu à une voiture et à une poubelle. A l’issue d’un examen médical et d’un examen de comportement, elle a été placée à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police – garde à vue levée en fin de journée.

« Elle présente des antécédents psychiatriques », a précisé Rémy Heitz, procureur de la République de Paris. En conflit récurrent avec l’un de ses voisins, pompier, cette habitante de l’immeuble s’était disputée avec lui dans la soirée. La police s’était alors déplacée pour « un trouble de voisinage ». Le Parisien a recueilli le témoignage du voisin :

« Nous étions dérangés par ma voisine qui avait mis la musique très fort chez elle. […] Hier soir [lundi soir] ma compagne est allée frapper à sa porte, et elle s’est fait insulter. Je suis pompier professionnel à la BSPP [Brigade des sapeurs-pompiers de Paris] et c’est pour ça que j’ai appelé le 17, vers 23 h 50. J’ai attendu quarante minutes pour m’entendre dire que ce n’était pas une situation d’urgence. […] Les policiers m’ont dit de partir. Je suis sorti avec ma compagne, je voulais passer la nuit ailleurs. J’ai cru que les policiers l’avaient embarquée donc nous sommes revenus. Mais je suis tombée nez à nez avec ma voisine dans les escaliers. Les policiers étaient repartis. Après leur départ, ma voisine a essayé de défoncer ma fenêtre et ma porte pour se venger. Un voisin m’a expliqué qu’il y avait du papier devant ma porte avec du bois. Elle a dû mettre le feu chez moi pour se venger. Quand je l’ai croisée, elle m’a souhaité bon courage en me disant que j’étais pompier, et que j’aimais bien les flammes. Là, je sens l’odeur de brûlé. »

Deux témoins interrogés par BFMTV ont raconté avoir entendu dans la soirée une altercation entre la suspecte et un jeune homme. Ce dernier, qui habitait au deuxième étage, se plaignait de la musique trop forte qui émanait de l’appartement de sa voisine et cognait contre sa porte. Celle-ci lui aurait alors répondu: «Toute manière, tu es un pompier, je vais mettre le feu». «Elle hurlait, lui hurlait pour qu’elle arrête (de frapper contre la porte). Elle hurlait, elle a jeté des choses par la fenêtre, elle a jeté des assiettes».

Plusieurs hospitalisations à Sainte-Anne

Ce ne sera  qu’après 6 h 30 du matin, à l’issue de plus de cinq heures d’intervention, que les pompiers finissent par maîtriser le feu. « La France se réveille dans l’émotion »,  tweetera alors le président de la République tandis que le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, saluait, sur les lieux du sinistre, « l’immense mobilisation des sapeurs-pompiers ».

Moins de vingt-quatre heures après le drame les médias généralistes enquêtent sur le passé psychiatrique de cette femme, ses antécédents, ses traitements. La chaîne d’information LCI précise qu’elle « avait été hospitalisée plusieurs fois à Sainte-Anne et à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris ». LCI :

« Selon nos informations, la quadragénaire a séjourné en psychiatrie à plusieurs reprises ces dernières années, pour une durée totale de cinq ans. Elle a notamment été internée à l’hôpital Saint-Anne ainsi qu’à l’Institut psychiatrique de la préfecture de police de Paris. Elle est sortie de sa dernière hospitalisation le 23 janvier 2019. 

 « Le juge chargé d’étudier son cas avait alors estimé qu’elle ne présentait plus de danger pour elle ou pour les autres. Elle est donc retournée vivre chez elle, sans aucune mesure coercitive. Entre 2016 et fin 2017, cette quadragénaire avait été visée par trois procédures judiciaires, dont une pour vol dans un magasin qu’elle avait ensuite tenté d’incendier. A chaque fois, ces affaires ont été classées sans suites, notamment en raison d’un « état mental déficient ». 

« Selon nos informations, la suspecte, qui était alcoolisée au moment de son interpellation, a été vue en train d’essayer de mettre le feu à une voiture, puis a enflammé un carton pour incendier une poubelle en face de l’immeuble. Elle aurait ensuite mis le feu au 2e, au 7e et au 8e étages de l’immeuble. » 

Et demain ? Les mêmes médias généralistes ressortiront bientôt les archives récentes du grand mal de la psychiatrie française, de ses invraisemblables restrictions budgétaires, des souffrances de ses soignants et de ses patients, des ravages de l’alcoolisme … On passera, alors, du tragique fait divers au politique. Pour quelles suites ?

A demain

@jynau

 

 

Agnès Buzyn : autosatisfaction des résultats contre le tabac, étrange éloge de l’insoumission

Bonjour

Achevant son discours lors des Rencontres de l’Institut national du cancer de ce 4 février, Agnès Buzyn a innové. La ministre des Solidarités et de la Santé a expliqué aux participants qu’ils venaient d’avoir la chance d’entendre Raphaël Enthoven. Ce dernier « proposait une analyse de la remise en cause de l’expertise médicale face aux croyances non fondée et créatrice de  ‘’fake news’’ ».

« Dans ses ‘’ Morales provisoires ‘’ ; il rappelle que ‘’ le courage, c’est se jeter à l’eau. C’est un geste sans cause, sans motif et sans explication. C’est une insurrection de l’individu, une façon de ne pas être soumis’’ a déclaré la ministre. Mesdames et messieurs, ne soyons pas soumis. Agissons ! »

Peu de temps Agnès Buzyn dressé un bilan des progrès accomplis dans le domaine de la lutte contres les maladies cancéreuses. Extraits :

« Quels sont les progrès dont nous pouvons nous prévaloir ? D’abord, cette année, nous avons pu objectiver la nette réduction de la prévalence tabagique en France, et j’en suis particulièrement heureuse et fière. Près d’un million de fumeurs quotidiens en moins entre 2016 et 2017, en particulier chez les personnes aux revenus les plus faibles avec un passage de 38,8 % en 2016 de fumeurs réguliers à 34 % en 2017. Nous avons donc aussi réussi à agir sur les inégalités de santé.

« Ces résultats sont le fruit d’une politique intégrée que nous avons tous défendue, et qui repose sur l’intervention auprès des populations les plus éloignées du système de santé, notamment via des appels à projets financés pour la première fois cette année par le fonds de lutte contre le tabac qui bénéficie d’une enveloppe de 100 millions d’euros. D’autres moyens y participent également, avec les augmentations successives du prix du paquet de cigarettes ainsi que les campagnes récurrentes d’information du grand public de l’Institut national du cancer et l’opération ‘’Mois sans tabac’’ ».

Sans nullement vouloir faire preuve d’inoumission, force est bien ici d’agir et de rappeler l’extrême fragilité du chiffre « d’un million de fumeurs quotidiens en moins entre 2016 et 2017 » -une donnée désormais reprise de manière récurrente depuis près d’un an par le pouvoir exécutif. D’où provient-il ? D’un texte signé de François Bourdillon, directeur général de Santé publique France dans le BEH daté du 29 mai 2018 : « Baisse du tabagisme en France : un million de fumeurs quotidiens de moins entre 2016 et 2017. Un succès pour la santé publique » :

« Selon les données du Baromètre santé 2017 de Santé publique France, enquête représentative de la population française, la baisse du tabagisme en France entre 2016 et 2017 est de 2,5 points, ce qui est considérable. Cela représente un million de fumeurs quotidiens de moins en un an. Ainsi, la prévalence du tabagisme quotidien passe de 29,4% en 2016 à 26,9% en 2017. Cette baisse touche particulièrement les jeunes hommes de 18 à 24 ans et les femmes de 55 à 64 ans. Elle est la plus marquée en Île-de-France et en Normandie en comparaison des données de 2014. Enfin, elle concerne particulièrement les personnes ayant les niveaux de diplômes et de revenus les moins élevés ainsi que les demandeurs d’emplois, ce qui permet de stopper, pour la première fois, l’accroissement observé depuis le début des années 2000 des inégalités sociales en matière de tabagisme. »

Un constat d’autant plus fragile et discutable que les autorités sanitaires français, comme l’expliquent les responsables de l’étude PETAL 1 n’ont pas mis en place d’ « évaluations robustes » et systématiques pour disposer d’éléments permettant de savoir si les mesures du Programme national de réduction du tabagisme ont été efficaces. Un programme lancé officiellement il y a, précisément, cinq ans.  Agissons !

A demain

@jynau

1 « Programme d’Etudes sur le Tabagisme des Adolescents en vue de sa Limitation » (PETAL). Ce projet vise à mieux comprendre les comportements liés au tabagisme des jeunes Français. L’objectif général est de documenter l’efficacité et l’équité de politiques publiques de lutte contre le tabagisme des jeunes et d’identifier des opportunités d’interventions pour le futur. PETAL mobilise des méthodes statistiques robustes afin de produire les résultats les plus justes possibles au regard des données disponibles actuellement.

Ce projet a débuté en novembre 2017 et il est financé pour 24 mois par La Ligue contre le cancer dans le cadre de l’appel à projets 2017 Priorité Cancers Tabac de La Ligue contre le cancer et l’Institut national du cancer (INCA). Les équipes de recherche impliquées sont les unités mixtes de recherche 1178 (Santé mentale et santé publique, INSERM-Paris Descartes-Paris Sud) et U1136 (Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique, INSERM-Sorbonne Université), l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Santé Publique France, l’Université de Californie San Diego et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

 

Policiers et gendarmes ont-ils le droit de blesser avec leurs « Lanceurs de Balles de Défense »  ? 

Bonjour

Dramaturgie. Les Actes des Gilets Jaunes se suivent sans se ressembler. Le 2 février (Acte XII) devrait être marqué par un « Hommage national pour les victimes ». A Paris, après un temps de parole, les blessés ouvriront la marche. Pendant la manifestation, une pause aura lieu pour demander l’interdiction des armes type Flashball, LBD 40, etc. Il est demandé aux manifestants de bien vouloir venir en se mettant des pansements sur l’œil, des bandages, de mettre du rouge sur les gilets jaunes en guise de sang..

« Alors même que manifester est un droit de tout citoyen français, alors même que les manifestations sont déclarées, partout en France, à Paris comme dans chaque ville de province, le gouvernement d’Emmanuel Manon exerce sur le mouvement des GJ une répression policière d’une violence extrême, font valoir les organisateurs. Les armes utilisées par les forces de l’ordre contre les manifestants sont des flashballs, LBD 40, GLI F4, grenades GMD de désencerclement. »

« Associées à des stratégies de ‘’nassages’’ qui ne laissent aucune possibilité aux manifestants de partir (puisqu’ils se retrouvent encerclés par les forces de police), l’utilisation de ces armes, dont les tirs sont dirigés vers la tête pour les flashballs, occasionnent des blessures, très graves, qui sont qualifiées par les équipes médicales elles-mêmes de ‘’blessures de guerre’’ » ajoutent-ils. Des données confirmées par les équipes médicales spécialisées qui parlent de fractures graves mandibulaires et de pertes orbitaires 1

Abus individuels

Et les organisateurs de « demander instamment à Emmanuel Macron de cesser la répression de l’expression citoyenne et légale des Gilets Jaunes et l’utilisation des armes de type flashball LBD 40, Gli F4. grenades GMD de désencerclement. »

C’est dans ce contexte que le Conseil d’Etat devrait trancher quant à l’usage qui peut ou non être fait par la police et la gendarmerie du « Lanceur de Balle de Défense » (LBD). La plus haute juridiction administrative française vient d’être saisie de cette question  et rendra sa décision avant les manifestations du 2 février. « La section du contentieux, présidée par Edmond Honorat, devait examiner trois affaires distinctes : deux recours contre des décisions rendues par les tribunaux administratifs de Montpellier et de Paris et un référé liberté formé par la CGT, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, et soutenu par la Ligue des droits de l’homme et le Défenseur des droits » précise Le Monde (Nicolas Chapuis).

Pour les avocats des requérants il y là une « urgence extrême » puisque cet outil est, pour résumer, incompatible avec le droit fondamental de manifester sans risque pour son intégrité physique. La preuve par les chiffres : « 350 signalements de blessures », dont « 159 blessés à la tête ».  Question de fond : ces blessures sont-elle la conséquence d’un mauvais usage du LDB ou sont-elles consubstantielles à cet outil dans de telles circonstances  d’ « émeutes urbaines »?

Pour le ministère de l’Intérieur les choses sont claires : les « utilisations abusives individuelles » ne justifient pas la suppression de cet outil policier et relèvent « d’une enquête pénale ». Et ce ministère de préciser qu’il y avait eu 9 228 cas d’utilisation du LBD pour 111 signalements, soit « 9 117 tirs sans enquête judiciaire ». On peut, aussi, faire le calcul inverse. Que dira le Conseil d’Etat ?

A demain

@jynau

1 Une nouvelle vidéo amateur diffusée par l’émission de TMC « Quotidien » et le rapport d’un policier publié par Le Parisien relancent l’hypothèse d’un tir de lanceur de balles de défense (LBD) pour expliquer la blessure de Jérôme Rodrigues, samedi 26 janvier, place de la Bastille à Paris. Hospitalisé après avoir été touché à l’œil droit lors de l’acte XI de la mobilisation des « gilets jaunes », M. Rodrigues, une figure du mouvement, assure avoir été atteint par un tir de grenade et un autre de LBD.

L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », a été saisie et les autorités ont jusqu’à présent émis des réserves sur le scénario avancé par M. Rodrigues : le 27 janvier le secrétaire d’Etat à l’intérieur, Laurent Nuñez, avait affirmé ne pas disposer d’éléments attestant cette théorie, tout en appelant à être « prudent » et en ajoutant que dix-huit tirs de LBD avaient été recensés samedi place de la Bastille.

 

Gilets Jaunes et «LBD 40»  : graves fractures mandibulaires, perte possible du globe oculaire

Bonjour

Nous vivons des temps où la violence et ses conséquences émergent sous de nouvelles formes. A commencer par celles des désormais tristement célèbres LBD 40 – LBD pour «lanceur de balle de défense» (sic). Ce « lanceur » utilisé dans les unités de la police nationale française, est fabriqué par l’armurier suisse Brügger & Thomet. « Il utilise deux types de munition de 40 mm de diamètre, précise Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb). La puissance à l’impact est de 160 joules, pour des distances opérationnelles de 10 et 30 m ou de 25 et 50 m, selon la munition utilisée. À titre de comparaison, une balle de tennis servie à 200 km/h délivre une puissance de 90 joules. » Et à ce titre le LBD 40 alimente un polémique croissante  comme en témoignent les blessures causées par les forces de l’ordre lors des manifestations des Gilets Jaunes.

 « La principale difficulté est que ces blessures sont annoncées par des hématomes et non par des plaies ouvertes, ce qui les rend plus difficiles à diagnostiquer », a expliqué au Quotidien le Pr Pierre Carli, président du Conseil national de l’urgence hospitalière (CNUH) et patron du SAMU de Paris. Le Pr Carli mène  actuellement un travail de recueil et d’analyse des blessés par LBD  traités par les services d’urgence en France. « Le but est de produire des protocoles visant à améliorer la prise en charge », explique-t-il. Les résultats sont attendus au cours de l’année 2019. Un travail qui complètera celui, méthodique, de l’écrivain et documentariste David Dufresne. « Vigie des violences policières, il recense et signale sur Twitter les blessés par les forces de l’ordre lors des manifestations des ‘’gilets jaunes’’, dit de lui Le Monde (Zineb Dryef). Il dénonce la répétition d’un mensonge d’Etat.

Le Quotidien a aussi interrogé la Pr Chloé Bertolus (service de chirurgie maxillo-faciale, hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP). Elle  dénombre à ce jour seize traumatisés faciaux hospitalisés dans les hôpitaux de l’AP-HP depuis le début des manifestations des Gilets Jaunes. Delon elle les LBD  « sont des armes non létales mais pas inoffensives » :

« Ces blessures sont des fractures comminutives mandibulaires ou du zygoma, avec une plaie en regard, mais sans pertes de substance comme on pourrait l’observer avec des armes à feu. Elles s’apparentent à des fractures obtenues suite à un choc par un objet contondant. Les blessures les plus délabrantes concernent l’orbite, avec une possible perte du globe oculaire. »

La prise en charge chirurgicale implique une opération de trois heures minimum pour une fracture isolée de la mandibule. « Certains patients ont eu des blocs beaucoup plus longs, et auront d’autres interventions chirurgicales » précise le Pr Bertolus.

David Dufresne vient quant à lui, sur le site de Médiapart, de dresser un état des lieux de l’ensemble des blessures occasionnées par les forces de l’ordre. Il estime que depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes les LBD seraient à l’origine d’une « centaine de blessures à la tête sur toute la France » – dont 18 éborgnements.

On ajoutera cet extrait de l’exposé des motifs d’une proposition de loi présentée par seize sénatrices et sénateurs « visant à interdire l’usage des lanceurs de balles de défense dans le cadre du maintien de l’ordre » :

« Depuis l’acte I des gilets jaunes (le 17 novembre 2018) le bilan ne cesse de s’alourdir. Deux mille blessés chez les manifestants, environ un millier parmi les forces de l’ordre, selon le ministère de l’Intérieur. Selon plusieurs observateurs, spécialistes du maintien de l’ordre, on dénombrerait, au 17 janvier, une centaine de blessés graves, parmi lesquels 71 liés à des tirs de lanceurs de balles de défense (LBD), pour nombre d’entre eux irréversibles.

«Le volume de tirs d’armes dites « intermédiaires » « à létalité réduite » ou encore « sublétales » a atteint un niveau historique ces dernières semaines. Pourtant, le Gouvernement persiste à nier l’évidence. La réponse des forces de l’ordre aurait été « proportionnée aux violences des manifestants » selon l’exécutif. En balayant la moindre critique, le ministre de l’Intérieur s’avance avec imprudence, avant même les conclusions des enquêtes judiciaires diligentées à la suite de blessures.

«L’Inspection générale de la Police nationale (IGPN), la police des polices, saisie des enquêtes les plus graves, comptait 81 procédures judiciaires au 15 janvier. ‘’Quand il y a des yeux perdus ou des blessures graves, il est nécessaire de se poser des questions, explique un membre de l’inspection. Il faut se réinterroger régulièrement sur la pratique et le régime juridique des armes intermédiaires.’’ 

Au contraire, le Gouvernement persiste et signe. Fin décembre, le ministère de l’Intérieur a passé commande de 1280 nouveaux LBD sur quatre ans. »

A demain

@jynau

Ehpad d’Orléans : on ne saura jamais si les deux soignants sont, ou non, morts de la grippe

Bonjour

Une certitude : ces deux soignants ne s’étaient pas fait vacciner contre la grippe. Une autre certitude : on ne saura jamais s’ils sont ou non morts d’une infection grippale. L’affaire de « l’Ehpad d’Orléans » restera comme une occasion manquée : celle de fournir la démonstration qu’un soignant non vacciné peut mourir de la grippe.

Rappelons les données disponibles. On apprenait il y a quelques jours qu’un patient de l’Ehpad Les Ombrages (La Chapelle-Saint-Mesmin, Loiret) était mort au centre hospitalier régional d’Orléans-La Source. Un décès liée à l’épidémie de grippe qui avait déjà causé la mort de cinq personnes en quelques jours. Parmi ces cinq personnes figuraient deux soignants, salariés d’un centre de soins voisin (CRF des Coteaux) décédés à leur domicile le 24 janvier. Un décès, précisaient les autorités sanitaires, « vraisemblablement » dû à un « syndrome grippal » ; syndrome pour lequel elles étaient en « arrêt maladie ».

Puis, dans un communiqué diffusé dans l’après-midi du 29 janvier, l’ARS Centre-Val de Loire apportait les précisions suivantes :

« Parmi les six décès, le virus de la grippe a été isolé chez un résident. Il s’agit d’un des virus circulants de l’épidémie actuelle de grippe saisonnière, faisant partie des virus inclus dans le vaccin cette année. Il ne s’agit en aucun cas de la grippe aviaire. 

«  La cause du décès ne sera pas formellement établie pour les deux personnes membres du personnel de l’établissement. Leurs décès sont vraisemblablement liés à cette épidémie. Ces personnes, qui n’étaient pas vaccinées, ont présenté des symptômes respiratoires ou pulmonaires, dans le contexte d’un foyer grippal confirmé au sein de l’établissement et de circulation active des virus grippaux dans la région. »

 Mais encore ? Contactée, l’ARS nous précise qu’elle ne donnera pas plus d’éléments concernant ces deux décès. A la fois parce qu’elle ne le peut pas mais aussi parce qu’elle ne dispose pas de plus d’informations quant à la cause de ces deux morts. On peut le dire autrement : aucun prélèvement biologique n’a été fait, en temps et en heure, qui permettrait de rattacher l’issue fatale à une infection grippale.

Etrangeté vs exemplarité

Pourquoi ? On ne le saura sans doute pas. Reste un « faisceau d’indices » et deux points d’interrogation. Et ce commentaire de l’un de nos fidèles lecteur (U. Ucelli) :

« Deux soignants (donc âgés de moins de 65 voire de moins de 60 ans) qui meurent à domicile avec des signes de syndrome grippal, c’est très mystérieux.  On s’attend à ce que les complications de la grippe amènenent à consulter et les malades non abandonnés par la famille ou la société, s’ils meurent meurent à l’hôpital en service réanimation éventuellement sous curculation extracorporelle.

« Habituellement avec la grippe si on en meurt c’est à l’hopital ou dans les 30 jours suivant la sortie, https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5632265/ .. de pneumonie, de staphylococcies, autres surinfections, d’infarctus du myocarde, d’encephalite, myocardite, de défaillance multiviscérale, mais je ne pense pas que ça prenne soudainement les gens dans leur sommeil à la maison. Sauf erreur d’évaluation de la gravité par l’entourage ou le médecin. Mais là deux travailleurs d’un Ehpad quasi simultanément morts chez eux, ce peut être un hasard mais c’est étrange. »

Aujourd’hui, à Orléans,  l’ARS « rappelle que la vaccination des professionnels soignants n’est pas obligatoire mais qu’elle est recommandée, pour protéger leurs patients et se protéger eux-mêmes ». On peut aussi rappeler que  ce sujet avait été abordé lors d’une conférence de presse, en janvier 2017, par le Pr Benoît Vallet, alors Directeur Général de la Santé 1. L’Etat français peut contraindre les soignants à se faire vacciner, au nom de la santé publique et dans leur propre intérêt.

Cette obligation existe déjà aujourd’hui pour un certain nombre de vaccinations, comme celle contre l’hépatite virale de type B. Mais bien que prévue par l’article L. 3111-4 comme une obligation vaccinale pour les professionnels de santé, l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure toutefois fortement recommandée pour les professionnels concernés, en particulier pour les protéger des grippes saisonnières. » Le décret suspensif du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé et des Solidarités d’un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin.  Puis, pendant cinq ans Marisol Touraine n’avait pas jugé bon d’abroger ce décret.

Quant à Agnès Buzyn, qui lui a succédé, elle enjoint régulièrement « les professionnels de santé à adopter une conduite exemplaire ». Sans les y contraindre. Et sans grand succès.

A demain

@jynau

1 Sur ce thème  « Il faut obliger tous les soignants à se faire vacciner contre la grippe » Slate.fr, 12 janvier 2017