Coronavirus, mort et symbole : Dr Li Wenliang, premier martyr chinois de l’épidémie

Bonjour

Le vent tourne et, un jour prochain, Pékin devra rendre des comptes.  Il fut l’un des premiers à alerter sur les risques de propagation du nouveau coronavirus 2019-CNoV. Le Dr Li Wenliang, ophtalmologiste de 34 ans dans la ville de Wuhan – épicentre de l’épidémie -, avait tenté d’alerter des médecins chinois sur ce virus dès le 30 décembre 2019. Interpellé et visé par une enquête, il est décédé ce jeudi 6 février après avoir contracté lui-même le coronavirus, a indiqué l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

L’affaire est notamment rapportée en France par Le Figaro (Yohan Blavignat) :

« Alors que la rumeur de l’existence d’un mystérieux virus se propageait à Wuhan en décembre dernier, Li Wenliang a partagé ses soupçons dans une conversation privée avec ses collègues diplômés de l’école de médecine via la messagerie chinoise WeChat. Le médecin a notamment indiqué que sept personnes semblaient avoir contracté une maladie semblable au SRAS – la maladie respiratoire qui s’est propagée en Chine et dans une douzaine de pays, et fait des centaines de morts au début des années 2000. ‘’Un patient a été mis en quarantaine’’ dans l’hôpital où il travaillait à Wuhan, écrivait-il, selon le Washington Post , exhortant ses collègues à «faire attention».

« Mal lui en a pris. Li Wenliang et sept autres médecins présents dans le groupe privé où ils discutaient ont été convoqués par les autorités chinoises pour avoir propagé des ‘’rumeurs’’ sur des cas de type SRAS dans la région. Il fut l’un des premiers à sonner l’alarme sur ce nouveau coronavirus qui a, à l’heure actuelle, fait plus de 560 morts et contaminé plus de 28.000 personnes. »

Le 12 janvier, le Dr Li a été hospitalisé après avoir contracté le nouveau coronavirus au contact de ses nombreux patients. Une information qu’il confirmera sur le réseau social chinois Weibo le 1er février. Ce jeudi 6 janvier, l’OMS s’est dit sur Twitter «profondément attristé» par la mort de cet homme, poursuivant : «Nous devons tous célébrer le travail qu’il a accompli». Cette même OMS dont le Directeur général avait d’emblée fait confiance à Pékin.

Le vent tourne. L’ONG Human Rights Watch (HRW) accuse aujourd’hui Pékin de faire taire les critiques sur la riposte chinoise à l’épidémie de pneumonie virale, estimant que cette attitude ne faisait qu’aggraver la propagation de la maladie. Le directeur de HRW, Kenneth Rotha, a en particulier dénoncé l’«élimination» de rapports sur le virus en Chine au cours des premiers jours de l’épidémie, ainsi que les efforts de Pékin pour faire taire les critiques à son encontre sur les médias sociaux. «L’heure est à la transparence totale, même si elle est embarrassante, car la santé publique doit passer avant la préservation d’un pouvoir politique particulier. Malheureusement, ce n’est pas l’approche de Pékin», a-t-il dit.

Le gouvernement chinois a admis en début de semaine des «insuffisances» et des «difficultés» dans sa réaction à la crise sanitaire. Un jour prochain Pékin devra rendre des comptes.

A demain @jynau

Pourquoi cette injure faite aux alcooliques par le Premier Secrétaire du Parti socialiste ?

Bonjour

Qui connaît Olivier Faure ? Passionné de bandes dessinées, né au lendemain de la révolution française de 1968, il est aujourd’hui à la tête du Parti socialiste. Père français agent des impôts, mère vietnamienne qui exerce la profession d’infirmière. Après une enfance débutée sur l’île de la Réunion (sic), il grandit en métropole où il poursuit ses études. Ancien élève du lycée Pothier d’Orléans, titulaire d’un DEA en droit économique et d’un autre en sciences politiques.

Parcours classique d’apparatchik entamé à l’âge de 16 ans. Adhère au PS, milite à l’UNEF, colocataire estudiantin avec Benoît Hamon. A 23 ans, devient secrétaire général des jeunes rocardiens succédant à Manuel Valls. Successivement conseiller de Martine Aubry au ministère de l’Emploi, directeur adjoint du cabinet de François Hollande, rejoint Jean-Marc Ayrault et devient secrétaire général du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. On imagine alors la suite. Vint la déroute que l’on sait.

2 février 2020. Olivier Faure est l’invité de France Inter (Questions politiques). La voix n’est pas désagrable. Le propos politicien est raisonnable dans les limites de la social-démocratie. Détestation de l’extrême-droite. Possibles ententes avec l’extrême-gauche de Jean-Luc. Regrets des trahisons de ceux qui se cachaient dans son camp avant de faite leur « outing libéral » en marchant derrière un Emmanuel Macron bientôt triomphant.

Les traîtres, précisément. On parle désormais d’une « aile gauche de la majorité intitulée ‘’Territoire de Progrès’’». N’est-il pas toujours proche d’un Jean-Yves Le Drian en dépit de sa trahison ? C’est alors que le Premier Secrétaire ne se retient plus : « alcooliques anonymes ! ». Les journalistes (Ali Baddou et Yaël Goosz, France Inter, Françoise Fressoz, Le Monde, Nathalie Saint-Cricq, France Télévisions) flairent les reprises sur les réseaux sociaux, ils veulent, mordicus, la confirmation :

« Alcooliques anonymes, vraiment ? 

Et bien oui, quand je vois ce groupe se réunir après la gueule de bois, oui cela me donne le sentiment d’alcooliques anonymes …

Il y a deux ministres et vous dites alcooliques anonymes … ?

Et bien oui, cela donne ce sentiment d’être confronté à un club d’alcooliques anonymes qui, au petit matin se retrouve après la gueuele de bois et se disent ‘’Bonjour le m’appelle Jean …et volà j’ai découvert que j’ai trahi la Gauche … et c’est pas facile (…) .»

Que répondra le breton Le Drian au jeune cacique ? On peut cerets raisonnablement comprendre la colère d’Olivier Faure devant cette tentative de recaptage d’héritage 1. Pour autant comment lui pardonner l’usage qu’il fait d’un mouvement auquel, à l’évidence, il ne comprend rien pas plus qu’à la pathologie qu’il évoque 2. Un mouvement qui vient depuis des décennies en aide à celles et ceux qui souffrent d’une addiction aux boissons alcooliques. Un mouvement – les Alcooliques anonymes – souvent moqué pour mille et une raisons – à commencer par la peur de l’alcoolisme et de ses enfers 2. Un mouvement importé en France par le grand Joseph Kessel.

Un mouvement dont les responsables peuvent désormais, de même que tous les soignants œuvrant dans le champ de l’addiction alcoolique, demander des comptes associés à des excuses au Premier Secrétaire du Parti Socialiste. Faudrait-il rappeler à ce dernier que l’on ne peut pas rire de tout, ni dire n’importe quoi ?

A demain @jynau

1 Deux ministres macroniens, Jean-Yves Le Drian et Olivier Dussopt, ont lancé samedi 1er février 2020 à Pantin (Seine-Saint-Denis) avec d’autres ex-socialistes « Territoires de progrès », un mouvement à l’aile gauche de la majorité, en soutien au chef de l’Etat Emmanuel Macron.

Le manifeste affirme que « l’électorat de gauche qui a voté Emmanuel Macron à la présidentielle doit se retrouver pour ne pas laisser le champ libre au seul centre droit au sein de la majorité présidentielle ». « Nous sommes un peuple en jachère qui ne se reconnaît pas dans LREM et qui a envie de soutenir Emmanuel Macron », résume l’ex-député Gilles Savary cité par l’Agence France Presse.

Le mouvement n’accueille pas d’élus LREM et a constaté que « la gauche est la famille politique qui a constitué les deux tiers de l’électorat de Macron », explique encore Gilles Savary, qui ajoute que « dans les années à venir, la base politique LREM de Macron pourrait ne pas être suffisante ». Il ne s’agit pas, précise-t-il, d’être « béni-oui-oui, pour reprendre une expression de Jean-Yves Le Drian, mais de soutenir par conviction et de peser sur les réformes ». 

2 Lire le récent et redoutable « Un détour par l’enfer » d’Erwan Gramand, préface du Dr Laurent Karila, porte parole de SOS Addictions.  erwangramand@gmail.com

Coronavirus français : Emmanuel Macron a parlé depuis Angoulême; un médecin est contaminé

Bonjour

C’est fait : le président de la République a parlé du coronavirus. Depuis le festival de la bande dessinée d’Angoulême Emmanuel Macron a déclaré :«Nous sommes dans la vigilance la plus extrême». Au même instant le Dr Jérôme Salomon, directeur général de la santé, a annonçait un sixième cas testé positivement en France. Il s’agit d’un médecin libéral qui «dès le début des symptômes s’est isolé lui-même», a-t-il affirmé.

Ce médecin est aujourd’hui à l’isolement dans un hôpital parisien. Une enquête épidémiologique est en cours concernant ses proches. Le directeur général de la santé a précisé que cet homme avait été «en contact avec un cas confirmé ensuite en Asie». Il a commenté : «On n’a pas, en France, de cas sans explication. Il y a toujours des relations».

On peut aussi renverser la proposition et rappeler que la priorité est moins d’assurer les explications que de réussir la prévention.

A demain @jynau

Affaire Vincent Lambert : comme annoncé, son médecin aura été relaxé. Clap de fin ?

Bonjour

Le tribunal correctionnel de Reims (Marne) a, le 28 janvier, relaxé le Dr Vincent Sanchez (CHU de Reims). Ce dernier était poursuivi pour « non assistance à personne en danger » par les parents de Vincent Lambert , décédé le 11 juillet 2019 – à la suite de la décision du Dr Sanchez de procéder à l’arrêt de la nutrition et des soins qui étaient prodigués à son patient depuis onze ans.

Le tribunal de Reims a (sans surprise) totalement suivi les réquisitions du procureur. Comme lui, il estime que le chef du service de soins palliatifs et de l’unité des cérébrolésés du CHU de Reims a « parfaitement respecté ses obligations légales ». Selon le tribunal, la procédure collégiale qui a amené à l’arrêt des soins prodigués à Vincent Lambert n’a pas porté atteinte à l’intégrité du patient qui était dans le coma (état pauci-relationnel) depuis 2008.

Le tribunal a observé par ailleurs (point souligné par l’AFP) que l’action des parents de Vincent Lambert n’avait pas d’autres « motifs que de s’opposer à la loi Leonetti-Claeys [créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie] ». Où l’on voit les frontières devant exister, en démocratie, entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif.

Clap de fin ? Rien n’est certain. « Il est très probable que nous relèverons appel de cette décision », a déclaré Me Jean Paillot, l’un des avocats de Viviane et Pierre Lambert , à l’issue de l’audience. 

A demain @jynau

«Arrêt-maladie en un clic» : le promoteur allemand répond aux accusations de la France

Bonjour

On se souvient de l’affaire « arrêt-maladie en un clic » 1 Soit l’arrivée en France d’un système ubérisé de téléconsultation médicale (arretmaladie.fr) qui a soudain déclenché la colère de l’Assurance maladie, des syndicats médicaux et de l’Ordre des médecins. On se souvient notamment des accusations peu amènes de Nicolas Revel, directeur général de l’Assuramce maladie et du Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre. Des accusations qui visaient le Dr Can Ansay, avocat et docteur en droit de Hambourg, à l’origine de cette entreprise.

Nous avons demandé au Dr Ansay s’il acceptait de répondre aux accusations et aux poursuites dont il faisait l’objet. Nous publions ici ses réponses. En laissant grande ouvertes, s’ils le souhaitent, les portes de ce blog à Nicolas Revel et au Dr Patrick Bouet.

Etes-vous surpris des attaques dont vous faites l’objet en France (Assurance-maladie et Ordre des médecins)? « – Oui, j’ai été très surpris. Car contrairement à l’Allemagne, avant d’entrer sur le marché français, je m’assurais auprès des avocats français que notre prestation était 100% légale et que nos congés maladie étaient 100% valables. Ce sont des points cruciaux que personne n’a jamais remis en question.

« Il n’y a pas de critiques majeures, car toutes les personnes impliquées bénéficient des avantages de notre technologie. Parce que nous rendons les services médicaux beaucoup plus rapides, plus fiables, plus pratiques et moins chers en utilisant les technologies de l’information et l’intelligence artificielle. Nous l’avons déjà prouvé en Allemagne avec plus de 30 000 certificats d’arrêt de travail, nous n’avons reçu aucune plainte pour mauvais diagnostic ou abus.

« Notre service permet non seulement d’économiser beaucoup de temps aux patients et aux médecins. En augmentant l’efficacité et la qualité, nous pouvons également réduire considérablement les coûts pour le système de santé en ex. réduire le coût des congés de maladie à 5 €, que la CNAM pourra alors nous rembourser directement. Ce serait une économie pouvant atteindre 100 millions d’euros par an.

« Je suis surpris que certains critiques qualifient cette augmentation d’efficacité et de qualité de commercialisation contraire à l’éthique et l’évaluent négativement. Au contraire, je trouve contraire à l’éthique de ne pas utiliser ces grands avantages de notre technologie et, par exemple, pour forcer un patient souffrant de migraine dans le pays à se rendre simplement au bureau du médecin le plus proche pendant des kilomètres, même s’il connaît bien le diagnostic et les recommandations de thérapie.

« Au lieu de combattre notre service avantageux, en France, il vaut mieux combattre le présentisme où les Français sont champions d’Europe. Selon une étude, 62% des salariés français se rendent au travail malgré la maladie et nuisent ainsi à leur santé et à leur employeur (Le Monde du 11 janvier 2019)

« Par conséquent, tous les experts vous conseillent de rester à la maison avec un rhume léger, afin de ne pas infecter vos collègues. Malheureusement, le système en France oblige les travailleurs à se rendre au travail parce qu’ils ne peuvent pas se passer d’une perte de salaire. Au lieu de passer une journée à se détendre, les travailleurs se traînent pour aller au travail, puis abandonnent plusieurs jours par semaine plus tard. En témoigne le nombre de jours d’arrêt maladie en France d’environ 18 jours.

« Soit dit en passant, je trouve le système avec une seule compagnie d’assurance maladie bien meilleur qu’en Allemagne, où des centaines de compagnies d’assurance maladie ont été fondées dans le but d’augmenter la concurrence et l’innovation à travers la concurrence. Mais la CPAM / CNAM est beaucoup plus innovante car la transmission numérique des congés de maladie est déjà possible en France, ce qui ne sera pas possible en Allemagne pour longtemps. La prochaine fois que je rencontrerai le ministre allemand de la Santé, je recommanderai donc qu’il présente également le modèle français en Allemagne.

Heureusement, des deux lettres de la CNAM et de la CNOM, il s’ensuit que la critique ne faisait référence qu’aux informations sur mon site que j’ai maintenant modifiées ou supprimées. Il est plus important pour moi que les experts approuvent arretmaladie.fr, par ex. Roland MICHEL (Délégué Général chez Stratégie Innovations Santé):
https://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/telemedecine-l-assurance-maladie-attaque-en-justice-le-site-arretmaladie-fr-1201-1214297.html


Que répondez-vous à l’accusation de « tromperie » (concernant le remboursement) ?« – J’ai supprimé les informations de remboursement pour examen juridique. J’ai affirmé sur le site Web que les frais étaient fondamentalement remboursables. Ce faisant, je me suis référé à un site ameli.fr, qui pour moi doit être compris de telle sorte que chaque patient reçoive au moins 30% de remboursement de la CPAM. Parce que sur le site il y a une photo d’une téléconsultation et il est dit ci-dessous que le patient reçoit un remboursement de 30% quel que soit le médecin qu’il consulte: https://www.ameli.fr/haute-saone/assure/remboursements/etre-bien-rembourse/medecin-traitant-parcours-soins-coordonnes

Que ferez-vous si la demande d’interdiction est prononcée par la justice ? Ferez-vous appel ?« – Je ne sais pas pourquoi notre site Web devrait être interdit car nous avons répondu à toutes les demandes CNAM / CNOM et modifié les informations sur notre site. Il n’est pas non plus légalement possible d’interdire notre site. Mais s’il devait y avoir un jugement interdisant notre site Web, je ferais bien sûr appel. Si mon site est interdit, livi.fr et qare.fr 2 doivent également être interdits, car ces sites proposent également des arrêts maladie en ligne, pour une longue durée et une fréquence illimitée et des maladies illimitées.

Quelles étaient (quelles sont) vos perspectives de développement en France ?«  – Dans les prochaines semaines, nous optimiserons notre service en France afin qu’il ait la même efficacité et qualité qu’en Allemagne. Ensuite, nous ajouterons les autres maladies comme cause de congé de maladie, de sorte que nous offrons un total de sept maladies. Nous voulons également que le patient ne nous paie pas directement, mais que l’assurance maladie nous paie directement un montant beaucoup moins cher. Cela signifie que beaucoup plus de patients peuvent bénéficier des avantages de notre service. Nous avons également développé un Symptom Checker, que nous lancerons prochainement en France.

Comment expliquez-vous la différence existant, sur ce sujet, en Allemagne et en France ?  «  – En Allemagne, seule la troisième plus grande compagnie d’assurance maladie a commenté nos débuts en Allemagne à l’époque et a déclaré que vous acceptez nos congés de maladie comme tout le monde. Cependant, 95% de nos patients en Allemagne sont légalement assurés et ne reçoivent aucun remboursement. les présidents des associations médicales des différents États allemands étaient très différents. La mentalité en France est également plus passionnée qu’en Allemagne, où les autorités et les fonctionnaires sont plus factuels.

A demain  @jynau

1 Nau J-Y « Pourra-t-on bientôt commander un arrêt maladie sans bouger de son lit ? » Slate.fr 13 janvier 2020

2 Pour sa part Hellocare (fondé en 2016) estime que le lancement d’arretmaladie.fr « a créé une telle virulence auprès de divers syndicats et auprès de l’Ordre des Médecins que l’image de la télémédecine en pâtit ».  Dans ce contexte, Mathilde Le Rouzic, COO de Hellocare – plateforme e-santé mettant en relation les professionnels de la santé et les patients –  explique « rejoindre les pouvoirs publics » et « s’efforcer à s’opposer à une ubérisation de la médecine ».  Mathilde Le Rouzic :

«  La vulgarisation de la téléconsultation – à travers les services délivrés par des acteurs tels que arretmaladie.fr – véhicule une très mauvaise image de notre métier, et ce au dépit de notre volonté d’être en conformité avec la réglementation. Nous sommes affligés de constater que certains s’engouffrent dans des brèches – et profitent d’un contexte sociale fragilisé par des grèves – pour développer leur visibilité. Le site arretmaladie.fr utilise un Hubspot pour collecter les données de santé. Ainsi, les données sensibles sont envoyées directement dans un CRM dont les bases sont hébergées sans le niveau de sécurité adéquat aux USA. Nous espérons une réponse rapide et ferme du gouvernement et pouvoirs publics ainsi qu’un meilleur encadrement de ces pratiques afin que l’image de ceux qui respectent la réglementation ne soit pas pénalisée. »

A l’attention des malades souffrants et des toxicomanes : la nouvelle donne du Tramadol®

Bonjour

C’est une nouvelle étape dans la politique de réduction des risques inhérents aux médicaments. Après avoir (enfin) obtenu le retour du paracétamol et de l’aspirine derrière le comptoir du pharmacien d’officine, le directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient de réussir à réduire la durée de prescription de la pléiade de spécialités contenant du tramadol :

BIODALGIC, CONTRAMAL, MONOALGIC, MONOCRIXO, OROZAMUDOL, TAKADOL, TOPALGIC, ZAMUDOL, ZUMALGIC et TRAMADOL GENERIQUESIXPRIM, ZALDIAR, TRAMADOL/PARACETAMOL GENERIQUES. SKUDEXUM.

Détail : en 2017, 6,8 millions de Français avaient consommé au moins une fois dans l’année l’une de ces spécialités.

On rappelle à cette occasion que le tramadol est indiqué uniquement indiqué « dans le traitement des douleurs modérées à intenses » mais qu’il « ne doit pas être prescrit dans le traitement de la migraine ». « Pour limiter le risque de dépendance, il doit être prescrit pendant la durée la plus courte possible, ajoute l’ANSM. Pour éviter un syndrome de sevrage, la posologie doit être diminuée progressivement avant l’arrêt du traitement. » Sans oublier qu’il « expose à des risques de convulsions ».

Décision : la durée maximale de prescription des médicaments contenant du tramadol est réduite de 12 mois à 3 mois. Elle sera applicable à compter du 15 avril 2020. Au-delà de 3 mois, la poursuite d’un traitement par tramadol (voie orale) nécessitera une nouvelle ordonnance.
 

Il s’agit ici de « limiter le mésusage » ainsi que les risques de dépendance. Cette mesure découle notamment des enseignements émergents de l’Etat des lieux sur la consommation des opioïdes et de la feuille de route 2019-2022 publiée par le Ministère de la Santé « Prévenir et agir face aux surdoses d’opioïdes ». 

Il s’agit surtout de (tenter de) lutter contre ce que montrent plusieurs enquêtes du réseau d’addictovigilance (CEIP-A). Le tramadol est ainsi devenu, en France le premier antalgique opioïde cité à la fois chez les usagers de drogue mais également dans la population générale pour le traitement de la douleur.

Les « usages problématiques » observés sont notamment une dépendance avec des signes de sevrage survenant même lors de prises à doses recommandées et sur une courte période – dépendance entraînant « une prise persistante par des patients qui ne présentent plus de douleur ». C’est aussi le premier antalgique impliqué dans les décès liés à la prise d’antalgiques, devant la morphine. C’est encore le deuxième antalgique le plus fréquemment retrouvé sur les ordonnances falsifiées présentées en pharmacie, derrière la codéine.

« Les médecins connaissent mal la molécule et les patients ne reconnaissent pas toujours les signes de dépendance  explique, dans Le Monde (Chloé Hecketsweiler) Nathalie Richard, directrice adjointe des médicaments antalgiques et stupéfiants à l’ANSM. Nous souhaitons débanaliser la prescription du Tramadol, notamment à la sortie de l’hôpital, où l’on donne souvent des ordonnances pré-imprimées aux patients. ».

La codéine et la poudre d’opium

« Certains patients présentent des symptômes de dépendance après seulement un mois » ajoute le Pr Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie et du centre de la douleur du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand. En outre, le sevrage est complexe, car le tramadol agit à la fois comme un antidouleur et un antidépresseur.»

Des prescriptions, donc, qui ne pourront plus être de douze mois mais de trois seulement. Sera-ce suffisant face à un mal national qui semble autrement plus profond ?

«Cette décision fait suite à un avis de 2019 de la commission des stupéfiants et psychotropes, nous a précisé le Pr Authier. L’alternative de mettre le tramadol en prescription sur ordonnancé sécurisée a été discuté mais pas retenue car cela aurait entraîné un report majeur des (primo)prescriptions d’antalgiques opioïdes vers la codéine et la poudre d’opium. Et donc une majoration des complications liées à ces deux molécules. Par ailleurs, passer les trois molécules sur ordonnances sécurisées risquait aussi de réduire significativement l’accès aux antidouleurs et provoquer une régression dans la prise en charge de la douleur en France.»

En revanche, il faudra selon lui probablement harmoniser cette mesure de limitation du renouvellement d’ordonnance à 3 mois à la codéine et à la poudre d’opium. Pour le Pr Authier cette mesure « rappelle la responsabilité du médecin, qui expose un patient à une substance potentiellement à risque de mésusage et pharmacodépendance, de réévaluer fréquemment la pertinence de ce traitement .»

Dont acte.

A demain @jynau

Inédit : voici comment la novlangue d'Orwell va étouffer le monde hospitalier français

Bonjour

Depuis quelques heures les médias généralistes amplifient l’écho de la démission annoncée de 1200 chefs de service. La colère et la rébellion hospitalières ne cessent de prendre de l’ampleur. Et la ministre Agnès Buzyn, au four des retraites et au moulin des soignants semble comme dépassée par les événements politiques et sociaux dont elle est en charge.

Au-delà du spectaculaire il nous faudra bien compendre, décrypter, analyser ce qui se passe dans le chaudron des établissements hospitaliers français. Deux ouvrages pour nous aider. Le premier est, à sa façon, un petit chef d’œuvre de clarté et d’écriture 1. Nous y reviendrons. Son auteur (le chef de service de neurochirurgie du CHU de Tours) éclaire une piste jusqu’ici ignorée (ou très largement sous exploitée) : celle du langage comme symptôme, ce langage « managérial » qui en quatre décennies a envahi la sphère d’un hôpital devenu industrie. A son corps défendant.

« Tenter de soustraire au maximum le facteur humain, trop humain, du système hospitalier, c’est prendre le risque que ce système s’effondre » prévient le Pr Stéphane Velut. Qui nous démontre comme la perverse novlangue de George Orwell (1984) trône en reine dans ce système qu’elle va étouffer. Nous y reviendrons.

« Tout juste soixante ans se sont écoulés depuis la création des Centres hospitaliers universitaires. Ces structures sont le cœur d’un système à la réputation excellente. Mais ce cœur s’est emballé. Le corps soignant s’épuise et les patients s’inquiètent. Les crises se succèdent avec leurs ordonnances de vains remèdes. Le mal est profond. Il s’entend dans le nouveau langage qui s’est imposé au sein des pratiques hospitalières. Tel est l’éloquent symptôme qui révèle le dessein de faire de l’hôpital une nouvelle industrie, au mépris de son humaine justification. Un dessein indicible, qui rêve de rabattre le soin dans la technicité abstraite et gestionnaire de notre société. »

Avec la complicité des plus hautes instances de l’État

Le second ouvrage 2 sera de facture plus classique, qui attagne la montagne par un autre versant, également politique. Il est signé par Hugo Huon et le Collectif Inter Urgences. Le premier est infirmier à l’hôpital Lariboisière (Paris) et il préside le second.   « Ce livre est notre combat, votre combat. Un combat qui a pour but d’éviter l’effondrement de notre système de santé, à l’heure où les patients sont en danger. Plutôt que de nous taire, nous, professionnels de santé, avons choisi de redoubler d’énergie pour sauver ce qui nous tient à cœur : l’accomplissement de notre mission de service public. »

« Réduction des coûts et des effectifs, services saturés, violences, burn-out du personnel soignant… Les urgences craquent et, depuis un an, un mouvement de grèves spectaculaire se propage. À sa tête, le Collectif Inter Urgences et son porte-parole, Hugo Huon, brisent l’omertà et se font l’écho des acteurs de terrain : les médecins, mais surtout les « sans voix », infirmiers et aides-soignants.

« Pour la première fois, ils livrent leurs témoignages, saisissants, courageux et, avant tout, humains. Face à la mise à mort de l’hôpital public avec la complicité des plus hautes instances de l’État, ce livre appelle à une mobilisation citoyenne… avant qu’il ne soit trop tard »

Cet ouvrage sera en librairie librairie le 12 février 2020. En soutien à la mission de service public défendue par le mouvement, une partie des droits de ce livre sera reversée au Collectif. Nous y reviendrons.

A demain @jynau

1 « L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme ». Stéphane Velut. Editions Gallimard. Collection Tract. 3,90 euros

2 « URGENCES Hôpital en danger Infirmiers, médecins, aides-soignants » Hugo Huon et le Collectif Inter Urgences Editions Albin Michel. En librairie le 12 février 2020