Agnès Buzyn aimerait pouvoir tenter de lutter contre les pénuries croissantes de médicaments

Bonjour

Faute de prévoir, gouverner c’est, parfois, parler. Agnès Buzyn vient, ce lundi 8 juillet, d’évoquer comment elle pense pouvoir, dans l’avenir, réduire ce qu’il est convenu d’appeler « pénurie de médicaments » – un mal chronique et incongru dans un pays aussi riche que la France. La ministre des Solidarités et de la Santé ne cherche pas à minimiser la réalité : elle cite une « récente enquête réalisée par BVA pour France Assos Santé » : « près d’un Français sur quatre s’est déjà vu refuser la délivrance d’un traitement pour cause de pénurie ».

Mieux, entre 2008 et 2018, ce sont près de vingt fois plus de pénuries signalées, selon les données de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). « Ce phénomène s’accélère, particulièrement ces dernières années, ajoute-t-elle. Ce sont notamment certains vaccins, certains antibiotiques, les antiparkinsoniens et certains anticancéreux qui sont les plus touchés par des tensions ou des ruptures. »

C’est dire si le tableau est inquiétant. Que faire contre cette incurie ? Agnès Buzyn signe, sur ce thème, un long « éditorial » disponible sur le site de son ministère : « Lutter contre les pénuries et améliorer la disponibilité des médicaments en France ». On y lit des choses comme celles-ci :

« En tant que médecin et ministre des Solidarités et de la Santé, améliorer la disponibilité des médicaments pour tous les Français est ma priorité. Je sais que les professionnels de santé, prescripteurs et pharmaciens, en ville comme en établissements de santé, ont toujours su trouver des solutions permettant aux patients de poursuivre leur traitement. Je les remercie tous pour leur implication. 

« Face à la distorsion entre l’offre et la demande sans cesse croissante au niveau mondial, l’ensemble de la chaîne du médicament est impactée. Dans la lutte contre ces pénuries, plusieurs dispositifs juridiques ont été élaborés, pour encadrer et renforcer l’approvisionnement en médicaments. Ainsi, en 2012 puis en 2016, de nouvelles obligations incombant respectivement aux acteurs du circuit de distribution et de fabrication ont été instaurées. Toutefois, la mise en place de cet arsenal juridique renforcé n’a pas suffisamment permis de pallier les ruptures de stocks de médicaments. »

Dîner au Palais de l’Elysée

Où l’on découvre, aussi, sa « feuille de route 2019-2022 », la somme des réflexions et actions à venir d’ici la fin du quinquennat. Ou plus précisément le début de l’esquisse des premières pistes, les prolégomènes d’une politique qui devra s’enrichir des propositions des innombrables acteurs concernés par le sujet. Pour résumer, et dans l’attente des enrichissements quatre grands « axes » nourris de vingt-huit « actions ». Il s’agira notamment de « promouvoir la transparence et la qualité de l’information », de mener « des actions ciblées et adaptées à chacun des acteurs du circuit du médicament », et de « renforcer la coordination nationale et la coopération européenne ». Oo mettre en place, enfin, une « nouvelle gouvernance nationale » :

« La mise en œuvre et le suivi des actions de cette feuille de route feront l’objet d’un pilotage national, partenarial et concerté dans le cadre d’un comité de pilotage associant, pour la première fois, l’ensemble des acteurs concernés (action 25). Pour mieux tenir compte des enjeux interministériels, une ‘’task force’’ pilotée par la ministre des Solidarités et de la Santé pourra se réunir pour concerter les décisions stratégiques entre les différents ministères concernés (action 26). »

Tout ceci est d’ores et déjà dénoncé par l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament :

« En annonçant de simples « pistes » pour lutter contre les pénuries de médicaments, la ministre de la santé Agnès Buzyn montre qu’elle n’a pas mesuré l’importance vitale des enjeux et l’urgence de la situation. Le ministère de la santé ne peut se contenter d’être une simple chambre d’enregistrement des problèmes qui se présentent aux usager-es. Il doit les anticiper et s’y attaquer de façon systémique. 
    
Car dans le meilleur des cas, les pistes avancées dans la « feuille de route 2019-2022 » publiée aujourd’hui n’aboutiront qu’à améliorer la veille sur les ruptures de stocks, et non à s’attaquer réellement aux causes, notamment la gestion privée des produits de santé et des médicaments. L’action 4 est à ce titre révélatrice : « Enfin, une expertise sera menée sur l’opportunité de mettre en place un outil partagé de signalement des indisponibilités de médicaments (action 4).  » Cela revient à soumettre à l’expertise la pertinence….d’une meilleure connaissance des problèmes ! « 

Prochaine étape, 20 heures ce lundi 8 juillet : le Palais de l’Élysée et un dîner de travail des représentant-es de l’industrie pharmaceutique mondiale. La délégation sera conduite par les directeurs généraux de Roche et Sanofi. Emmanuel Macron, Agnès Buzyn, Frédérique Vidal, Bruno Le Maire ou la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runaché seront présent-es. Est-ce trop espérer que d’imaginer qu’au cours de ce dîner le sujet de la pénurie sera abordé ?

A demain @jynau

Homéopathie française vilipendée : pourquoi n’enseigne-t-on pas l’astrologie à l’Université ?

Bonjour

Plus Agnès Buzyn tardera, plus l’incendie anti-rationaliste gagnera.  Plus le gouvernement atermoiera, plus les esprits s’échaufferont. Un nouveau stade a déjà été franchi : on ne parle plus seulement du déremboursement des spécialités homéopathiques mais bien de l’enseignement de cette pratique ; un exercice médical voué aux gémonies – traîné dans la boue par les esprits rationalistes ne voyant là, au mieux, qu’un effet placebo induit par de l’eau diluée dans de l’eau.

Objectif, donc, des « anti » : bouter l’enseignement homéopathique hors des amphithéâtres médicaux – le chasser hors de l’Université. Et certains médecins généralistes ne sont pas les derniers. Vendredi 5 juillet  le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) a pris officiellement position. Il l’a fait dans une lettre adressée non pas à Agnès Buzyn, mais à Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Frédérique Vidal.

Le Pr. Vincent Renard, président du CNGE, rappelle tout d’abord que  des enseignements d’homéopathie existent « encore » (sic)  dans la moitié des facultés de médecine en France et dans de nombreuses facultés de pharmacie.

« La Haute Autorité de Santé a rendu l’avis qui était attendu quant au déremboursement, tellement la situation est claire au plan scientifique. Cet avis corrobore l’avis de la communauté scientifique nationale et internationale, le point ayant été très bien résumé dans l’article de référence de la revue francophone de médecine générale 1 écrit-il. Au-delà même de cet avis, l’absence de tout modèle théorique sur lequel pourrait reposer l’homéopathie, invention datant du 18e siècle, l’absurdité des contenus de la ‘’médecine homéopathique’’, des indications comme des thérapeutiques, devrait imposer de protéger les étudiants contre ces déviances pseudo scientifiques. »

« On ne peut pas à la fois recommander à ces derniers des contenus fondés sur les données de la science, imposer qu’ils soient formés à la lecture critique, et en même temps leur proposer des enseignements véhiculant des aberrations grossières aux antipodes de la démarche scientifique. Une enquête sur les contenus de ces enseignements délivrés dans les murs des facultés serait la bienvenue car elle aurait des conclusions accablantes si jamais elle était conduite 2.

Les médecins généralistes universitaires sont très attachés à ce qu’il n’y ait plus de place pour l’homéopathie à l’université. Ce type de pratique nuit principalement à la médecine générale en détournant de jeunes médecins des bonnes pratiques et en véhiculant une image archaïque de la discipline. La responsabilité de l’université est également de ne pas encourager les patients dans de fausses croyances qu’il convient de discuter avec empathie sans les accréditer ; nous rappelons ici qu’un des produits homéopathiques les plus vendus est un pseudo vaccin contre la grippe détournant les patients des thérapeutiques efficaces.

La moitié des facultés de médecine propose encore des diplômes universitaires d’homéopathie ainsi que certaines facultés de pharmacie. Nous en demandons donc la suppression car il serait aujourd’hui coupable de continuer à délivrer ce type d’enseignement par l’Université, voire de délivrer des diplômes universitaires. Avec pour objectifs l’intérêt de l’Université, celui des patients comme celui des étudiants, nous comptons sur votre action. »

Agnès Buzyn n’a que trop tardé

Dans le camp adverse on s’active. « Il est important que l’homéopathie soit prescrite par des médecins et que son enseignement continue à être délivré dans un cadre universitaire », assurait, mi-juin, Charles Bentz, président du Syndicat national des médecins homéopathes français, lors de la présentation d’un « livre blanc » de l’homéopathie. Mieux encore les firmes (Boiron, Lehning et Weleda) associées aux organisations d’homéopathes, ce document préconise d’intégrer dans la formation des médecins, notamment généralistes, « un module d’enseignement sur les médecines complémentaires, dont l’homéopathie ».

Aujourd’hui cet enseignement n’est qu’optionnel et fait l’objet de diplômes universitaires (DU) ou interuniversitaires, (DIU).  Certaines y ont toutefois renoncé et l’AFP a mené l’enquête. En septembre dernier, la fac de Lille avait suspendu le sien dans l’attente de l’avis de la HAS, et celle d’Angers l’avait carrément supprimé. Depuis, Lille a décidé d’abandonner définitivement cette formation de deux ans. Pour sa part l’université François-Rabelais de Tours a décidé de fermer la première année du DIU homéopathie. Mais la seconde année est « encore maintenue » pour « permettre aux étudiants de terminer leur cursus ». Tours proposait jusqu’ici ce DIU conjointement avec Poitiers… Que fera Poitiers ? A Bordeaux, l’homéopathie n’est plus enseignée depuis 2009.

A l’opposé d’autres facultés s’accrochent bec et ongles à leur diplôme d’homéopathie. Lyon-I qui propose un DIU en partenariat avec Brest et Reims, n’envisage pas sa fermeture « sans une demande officielle de la part de la Conférence des doyens ou du ministère ». « Les soins par l’homéopathie sont une réalité en France, il est donc du ressort de l’université de pouvoir accompagner des formations qui sinon seraient faites à l’extérieur sans aucun contrôle », fait valoir la faculté lyonnaise, voisine des puissants laboratoires Boiron. L’université de Strasbourg a déjà fait savoir qu’elle n’entendait pas mettre fin à son DU. Quant à Paris-XIII, elle, « attend une concertation entre tous les doyens de médecine pour une éventuelle prise de décision commune ».

Or les représentants des doyens des facultés de médecine et de pharmacie ont récemment jugé que l’homéopathie devait pouvoir continuer à être enseignée… Où l’on comprend que la rationalité n’est pas toujours, en France, la chose la mieux partagée au sein de l’Université.

Joint par Le Quotidien du Médecin le Pr Vincent Renard accuse :  « La Conférence des doyens préfère que ces enseignements se passent au sein de l’université que dehors. C’est une très mauvaise stratégie. C’est comme si on intégrait les enseignements de l’astrologie à ceux de l’astronomie ».

Voilà un bon sujet pour cet été : pourquoi n’enseigne-t-on pas l’astrologie à l’Université ? Pour l’heure le gouvernement soupèse l’affaire du déremboursement avec ses trébuchets :  Sibeth Daye, porte-parole tonitruante a expliqué sur RMC-BFMTV que la décision finale dépendait d’une « balance » entre les « considérations scientifiques et les conséquences sur l’emploi ». Aussitôt contredite, sur RTL, par Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics. Agnès Buzyn n’a que trop tardé, l’incendie a gagné. Qui osera jouer les pompiers ?

A demain @jynau

1 Denis Pouchain, Gérard Le Roux, Vincent Renard, Rémy Boussageon, et le Conseil scientifique du Collège national des généralistes enseignants « Approches théorique, scientifique et réglementaire de l’homéopathie ». exercer 2018 ; 148 : 460-4.

2 Précisément: pourquoi cette enquête n’a-t-elle jamais été menée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ?

Personnes intersexuées, mutilation, éthique et dignité : faut-il interdire d’opérer ?

Bonjour

Il arrive, parfois, que la presse généraliste pose clairement et calmement les termes d’un débat qui, ailleurs, fait polémique. C’est le cas dans Le Monde daté du 5 juillet qui ouvre ses colonnes à la question de la médicalisation des personnes « intersexuées ».A l’occasion de la révision des lois de bioéthique, est envisagée la proposition d’un article de loi visant « à ne plus autoriser la chirurgie précoce des enfants présentant une anomalie de différenciation génitale ». Il serait alors inscrit dans la loi que la chirurgie ne puisse être effectuée sans obtenir le consentement de l’enfant lui-même, le laissant jusqu’à ce choix dans une situation indifférenciée. L’enfant devrait alors se construire sans le repère que constitue une identité sexuelle.

Deux camps, deux conceptions, deux idéologies s’affrontent. Ceux qui jugent que la médecine doit ici avoir pleinement sa place. Et ceux qui plaident pour que la prochaine loi de bioéthique protège ces personnes en prohibant des « pratiques indignes ». Commençons par cette deuxième position défendue par un collectif de dix-sept signataires, dont quatre députés (trois macronistes) 1 : « Ces actes ne guérissent pas et peuvent être considérés comme des mutilations ». Extraits.

« Comment croire que, dans notre pays, des actes chirurgicaux et des traitements hormonaux irréversibles soient pratiqués sur des enfants, en l’absence de toute nécessité médicale et sans leur consentement ? C’est pourtant ainsi que sont traitées les personnes intersexuées. Celles-ci naissent avec des variations de leurs caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas aux caractéristiques typiques des hommes et des femmes. Ces variations sont naturelles et le développement de ces enfants demeure satisfaisant et sain.

Pourtant, notre société accepte que des actes invasifs et définitifs soient réalisés sur leur corps, souvent dans la petite enfance, ainsi que des traitements hormonaux tout au long de leur existence. Le but de ces traitements est simple : assigner ces corps à des idéaux types d’hommes et de femmes, dans une sorte de fiction médicale qui voudrait que la conformité anatomique soit nécessaire à l’éducation dans une catégorie ou dans l’autre. Ces actes ne guérissent pas. Ils ne résolvent aucun problème physique et ne permettent même pas d’apaiser une souffrance quelconque qu’auraient exprimée ces enfants. C’est en réalité l’inverse. »

Pour les signataires ces actes peuvent être considérés comme des « mutilations » – ainsi que l’a par exemple reconnu la Commission nationale consultative des droits de l’homme. Ils ajoutent que différentes organisations internationales de référence ont précisé que ces interventions revêtaient un caractère illégal. Telle est la position de la rapporteuse spéciale de l’ONU sur la torture, du Conseil de l’Europe ou encore, en France, du Conseil d’Etat qui, dans son Etude préparatoire sur les lois bioéthiques écrit que « la finalité thérapeutique des traitements en cause ne peut être reconnue indépendamment de l’expression de la volonté de l’intéressé ».

« Certains présentent à tort l’argument de la préservation de l’intérêt de l’enfant afin de favoriser ces opérations. Selon eux, il serait en effet nécessaire de le conformer à un corps masculin ou féminin afin qu’il développe l’identité correspondante ‘’non ambiguë’’ puisque notre société ne reconnaîtrait que l’existence des hommes et des femmes. Cet argument consiste pourtant à justifier la réalisation de meurtrissures par l’existence de discriminations. Ce sont au contraire les discriminations qui doivent être corrigées plutôt que les corps soient mutilés. En outre, lorsque ces actes sont réalisés, ils conforment arbitrairement l’enfant vers un corps masculin ou féminin, sans aucun égard pour son développement ultérieur. Il n’est surtout nullement prouvé que le fait de ne pas subir ces actes médicaux entraîne des troubles spécifiques chez l’enfant. Au contraire, les personnes ne les ayant pas subis témoignent à l’âge adulte de leur satisfaction. »

Dans ces conditions, la seule urgence, selon eux, consiste donc à modifier la loi « afin de rappeler, expressément, le caractère illicite de ces pratiques indignes lorsqu’elles concernent des enfants incapables de consentir ».

Epanouissement de la personne

Face à eux un collectif de vingt-quatre professeurs de médecine et chirurgiens 2 et cent-seize autres professionnels qui assurent, sur la foi de leur expérience, l’intérêt de la précocité du geste chirurgical, dans les premiers mois après la naissance : « L’absence systématique d’intervention chirurgicale précoce aurait de graves conséquences » ? Extraits :

Ils reconnaissent qu’il y a plusieurs décennies la prise en charge de ces enfants a, dans un certain nombre de cas, entraîné des souffrances physiques et psychologiques graves. Mais ils ajoutent aussitôt qu’une meilleure compréhension dans le domaine psychologique, le dialogue et l’accompagnement des parents, que les progrès réalisés dans le dépistage, les examens biologiques et génétiques associés aux progrès dans les techniques chirurgicales ont grandement changé la prise en charge de ces enfants. « Il est important, écrivent-ils, d’entendre les personnes adultes qui ont souffert d’anciens traitements inappropriés qui n’ont plus cours actuellement. Nous comprenons mieux, aujourd’hui, l’importance de ce que le jeune perçoit dans la construction de son identité sexuelle. Celle-ci, conséquence d’une cascade d’événements corporels, hormonaux, éducatifs, sociaux et psychologiques individuels, est essentielle pour l’épanouissement de sa personnalité. »

 « Si notre réflexion de médecins praticiens et nos connaissances en ce domaine méritent toujours d’être approfondies, l’observation de l’évolution de nos petits patients et de leur famille nous a montré combien était fondamental pour l’enfant et ses parents qu’il soit le plus tôt possible inscrit dans une identité sexuelle et que son corps corresponde à cette identité. Ainsi, pour de très rares cas où le choix de la meilleure option d’orientation physique pour l’enfant reste difficile, l’absence systématique d’intervention chirurgicale précoce induite par cette nouvelle loi aurait de graves conséquences pour la majorité des enfants concernés par ce problème.

Notre expérience de médecins et chirurgiens, qui accompagnons ces enfants et leurs familles au cours de l’enfance et jusqu’à l’âge adulte, nous a montré que la précocité du geste chirurgical, dans les premiers mois après la naissance, donne de meilleurs résultats. Cette précocité est un atout important pour que l’enfant, accompagné de ses parents informés de la situation et du projet proposé, ne soit pas marqué psychologiquement, ce qui est souvent le cas lorsqu’une chirurgie plus tardive est réalisée. »

On se gardera bien de conclure. On s’interrogera, en revanche, pour savoir comment, sur un tel sujet, députés et sénateurs peuvent, au mieux, s’informer avant de modifier, ou pas, la loi.

A demain @jynau

1 David Belliard, président du groupe écologiste au Conseil de Paris ; Florent Berdeaux, coprésident de l’Association française des avocats LGBT+ ; Xavier Bessouat, président des Progressistes LGBT+ ; Joël Deumier, président de SOS-Homophobie ; Emilie Duret, coprésidente de l’Association française des avocats LGBT+ ; Raphaël Gérard, député (LRM) ; Véronique Godet, coprésidente de SOS-Homophobie ; Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale, université Paris-Sud-Paris-Saclay ; Bastien Lachaud, député (LFI) ; Jean-François Mbaye, député (LRM) ; Blaise Meyrat, chirurgien pédiatre, Lausanne ; Benjamin Moron-Puech, enseignant-chercheur en droit privé ; Lil’r Nury, président.e du Collectif intersexes et allié.e.s-OII France ; Mila Petkova, avocat à la Cour ; Loé Petit, président.e du Réseau francophone de recherche sur l’intersexuation (Réfri) ; Benjamin Pitcho, avocat à la Cour ; Laurence Vanceunebrock-Mialon,députée (LRM).

2 Premiers signataires : Pr Pierre Alessandrini, Pr Frédéric Auber, Dr Bernard Boillot, Pr Eric Dobremez, Pr Marc Fellous, Pr Patrick Fenichel, Pr Philippe Galinier, Pr Jacques Gonzales, Pr Jean-Michel Guys, Pr Frédéric Huet, Dr Nathalie Josso, PrMarc-David Leclair, Pr Jean-Louis Lemelle, Pr Guillaume Levard, Pr Agnès Liard-Zmuda, Dr Henri Lottmann, Pr Thierry Merrot, Dr Catherine Pienkowski, PrRaphaël Rappaport, Pr Philippe Ravasse, Pr Emmanuel Sapin, Pr Frédérique Sauvat, Pr Jeff Valla, Pr François Varlet

Homéopathie remboursée : Agnès Buzyn prochainement désavouée par le gouvernement ?

Bonjour

Il est des qui oreilles sifflent. La décision de dérembourser l’homéopathie est loin d’être acquise et les lobbies sont à la manœuvre. Tout dépend désormais d’une « balance » entre les considérations « scientifiques » et « économiques » -entendre par là  les conséquences sur l’emploi. C’est ce  qu’a annoncé, sans sourciller, le 2 juillet la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. Sur RMC-BFMTV. En ces termes :

« Il y a une balance qui doit être réalisée entre l’apport scientifique, ce qu’on sait scientifiquement de l’apport de l’homéopathie, des questions évidemment économiques, puisque derrière il y a des emplois, forcément, mais aussi (le) bien-être de la population française ».

Où l’on perçoit la complexité de l’équation à laquelle s’est soumis le pouvoir exécutif. La réponse scientifique a été apportée le 28 juin par la Haute Autorité de Santé (HAS). Après un an de travaux elle a (sans surprise) estimé que les produits homéopathiques « n’ont pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier d’un remboursement ». Agnès Buzyn avait dit haut et fort (après avoir déclaré le contraire) qu’elle se rangerait à cet avis et tout le monde avait compris que cela en était fini du remboursement.

C’était oublier sans le poids des lobbies et l’attachement déclaré d’une part importante de la population française à cette pratique dont les homéopathes refusent de dire qu’elle emprunte au magique et à l’effet placebo. C’était oublier, aussi, que la décision finale revient au gouvernement – qui peut suivre ou non l’avis de la HAS.

Wauquiez-Collomb-Bertrand-Boiron, même combat

Or les firmes homéopathiques assurent qu’un déremboursement menacerait 1.300 emplois (1.000 chez le français Boiron, leader mondial, et 300 chez les deux autres, le français Lehning et le suisse Weleda). Mieux encore ces firmes sont soutenues par des élus de poids : Laurent Wauuiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes et Gérard Collomb, toujours maire de Lyon et proche d’Emmanuel Macron (le siège de Boiron est en région lyonnaise), ainsi que Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France (où Boiron a un site).

La décision finale « n’a pas encore été prise par le gouvernement », a assuré Mme Ndiaye, en indiquant que ce dernier était « en train d’instruire » l’avis de la HAS, « y compris en interministérielle ». Les trois firmes ont demandé au gouvernement de « ne pas suivre » l’avis de la HAS. Elles réclament un « débat parlementaire, suivi d’un débat public », en jugeant les conclusions de la HAS « totalement incohérentes avec les enjeux majeurs de santé publique ».

Face à cette puissance homéopathique : le collectif de médecins anti-homéopathie Fakemed 1. Il appelle l’exécutif à « suivre l’avis » de la HAS et à « dérembourser l’homéopathie ». Une décision inverse « serait un revers majeur pour la crédibilité des institutions scientifiques de notre pays, a écrit le collectif dans une lettre ouverte à la ministre de la Santé Agnès Buzyn et au président Emmanuel Macron – lettre publiée par le journal L’Opinion. Cela « serait la preuve que le lobbying et la connivence peuvent avoir raison contre les intérêts de la population, contre la santé et contre les finances de la solidarité nationale ».

La HAS n’a pas, depuis la publication de son avis, pris la parole. Agnès Buzyn non plus. Bercy-Matignon-L’Elysée phosphorent. Sifflements d’oreilles.

A demain @jynau

1 Un des plus actifs « anti-homéopathie » est le Dr Mathias Wargon, médecin urgentiste et mari de la Secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Emmanuelle Wargon. « De quoi poser des questions sur l’impartialité gouvernementale dans ce dossier ultra-sensible » estime le site safe-med.fr

Auto-injection d’insuline de grévistes urgentistes. Fin de l’alimentation de Vincent Lambert

Bonjour

Que restera-il, à l’avenir, du mardi 2 juillet 2019 ? « Des membres du collectif ‘’Inter-urgences’’ se sont injecté cinq piqûres d’insuline lors de la manifestation des urgentistes pour forcer le gouvernement à répondre à leurs revendications, écrit L’Obs. Une dizaine d’urgentistes avaient prévu de procéder à des injections toutes les cinq minutes, de façon à faire baisser drastiquement leur taux de sucre dans le sang, tant que le ministère la Santé, à proximité duquel ils menaient leur action, n’aura pas satisfait leurs revendications. Ils ont procédé à cinq injections mais leur action a été interrompue par les forces de l’ordre qui les ont interpellés, a constaté Reuters. A forte dose, l’insuline peut tuer mais le personnel médical qui a pris en charge les urgentistes sur place a déclaré, après un test, que les doses étaient minimes. 

On retiendra, parmi les volontaires, la présence d’Ines Gay, infirmière de 28 ans à l’hôpital de Lariboisière, à Paris. Elle faisait partie de l’équipe de nuit qui avait retrouvé une patiente morte sur un brancard dans la salle d’attente de son service, en janvier dernier. « Ça a été un électrochoc. Ça nous a complètement démolis. Plus jamais on ne veut vivre ça », a-t-elle dit à Reuters.

 « Il y a des choses que j’ai acceptées pendant quatre ans et demi, qui sont contre mes valeurs. J’ai compris qu’il fallait compresser le temps d’attente. J’étais très bonne pour être très rapide. Je sais faire une piqûre en moins d’une minute, je sais m’occuper de quelqu’un en moins de dix minutes. Mais ça n’a pas de sens de faire ça. Le système est en train d’imploser. On crie des appels à l’aide depuis quinze ans. Je préfère me mettre en danger aujourd’hui devant le ministère que mettre en danger la vie des patients et des soignants pour les vingt ans à venir.»

Le médecin n’a pas craqué

Que restera-il, à l’avenir, du mardi 2 juillet 2019 ? Ce jour -là la nutrition et l’hydratation de Vincent Lambert ont de nouveau été « interrompus » (sic) – pour la troisième fois en six ans. Dans un courriel adressé à chacun des membres de la famille de cet ancien infirmier âgé de 42 ans le Dr Vincent Sanchez, chef de l’unité de patients cérébrolésés du CHU de Reims, a appelé « à la responsabilité de chacun pour que l’accompagnement de M. Vincent Lambert soit le plus paisible, intime et personnel possible ».

Depuis midi les médias généralistes sont en alerte ; les envoyés spéciaux devant le CHU. Tous croient savoir que l’épilogue de cette affaire qui déchire la famille Lambert depuis des années semble désormais approcher à grand pas. Ces mêmes médias précisent que le protocole mis en oeuvre aujourd’hui par l’équipe médicale doit entraîner la mort de Vincent Lambert en quelques jours. Une semaine peut-être. Ils ajoutent qu’une sédation profonde et continue jusqu’au décès « a dû être mise en place ». Et de conclure : « des antalgiques devaient également être administrés pour répondre à une éventuelle douleur ».  Une soeur de Vincent Lambert favorable à l’arrêt de la nutrition a déclaré à l’AFP :« Je suis rassurée que le médecin n’ait pas craqué et ne se soit pas senti menacé par les promesses de procès ».

C’était le 2 juillet 2019

A demain @jynau 

Crise des urgences : Agnès Buzyn condamnée à ne pas pouvoir aller au-delà de ses «avancées» ?

Bonjour

C’est un communiqué de presse qui sonne comme un aveu d’impuissance ministérielle. Il a été diffusé à la veille de la manifestation nationale de ce 2 juillet. Et il est titré ainsi : « Agnès Buzyn tient l’engagement du Gouvernement en faveur des professionnels des urgences ». Comment aurait-il pu en être autrement ? Lisons :

« Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, salue l’entrée en vigueur au 1er juillet 2019 de la prime individuelle de risque au bénéfice des professionnels des urgences, par un décret publié dimanche [ 30 juin] au Journal Officiel.

D’un montant de 100 € nets mensuels pour chaque professionnel, cette prime reconnait l’exposition à des risques particuliers et des conditions de travail spécifiques des agents (titulaires et contractuels) des services d’urgence et des SMUR: infirmiers et aides-soignants mais aussi brancardiers, agents administratifs…

 Effective depuis le 1er juillet, cette indemnité forfaitaire de risque est due à compter de cette date et sera versée si nécessaire avec effet rétroactif.  La prime fait partie de l’ensemble des mesures prises à hauteur de 70 millions d’€ dans le cadre de la stratégie d’évolution des services d’urgence, discutée le 14 juin dernier avec les représentants des professionnels concernés, des fédérations d’établissements, des ordres professionnels, des agences sanitaires et du collectif Inter-Urgences. Le décret publié le 30 juin précise en outre que la prime peut s’ajouter à l’indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants, dont le cumul était jusqu’alors impossible. »

Une attention toute particulière

On apprend encore que la ministre sera « également particulièrement attentive » aux propositions concrètes de refondation des services d’urgence qui lui seront proposées par le président du Conseil national de l’urgence hospitalière, le Pr Pierre Carli et le député (LREM) Thomas Mesnier à la tête de la mission nationale qu’elle a mandatée à cet effet.

Pour résumer Agnès Buzyn, par cet « accompagnement financier » et les « réflexions en cours » fait œuvre de pédagogie politique : elle « traduit de manière forte le soutien du Gouvernement apporté aux équipes hospitalières impliquées au quotidien et en première ligne dans la prise en charge de nos concitoyens ». En d’autres termes Bercy-Matignon-l’Elysée ne lui ont pas donné les moyens d’aller plus loin.

On imagine sans mal la traduction que fait de ce texte la communauté des soignants des urgences – soignants appelés à manifester pour « maintenir la pression » sur le gouvernement voire élargir le mouvement à tout l’hôpital d’ici à la rentrée. Communauté unifiée : l’intersyndicale CGT-SUD-FO et le collectif de paramédicaux Inter-Urgences en marche depuis  d le ministère des finances jusqu’à celui de la santé – où une délégation « devrait » être reçue. Un parcours symbolique et un conditionnel qui en dit long. Objectifs : « déverrouiller les cordons de la bourse » et « maintenir la pression »

Constat politique : Agnès Buzyn et le gouvernement ont été incapable de prévenir l’extension d’une colère largement comprise, nous disent les sondages, au sein de la population.  Selon le collectif Inter-Urgences, 153 services étaient en grève lundi, contre 106 le 14 juin lors de l’annonce du déblocage de 70 millions d’euros dont 55 millions pour financer une « prime de risque » de « 100 euros net mensuels » pour les 30 000 personnels (hors médecins) des urgences, et 15 millions pour « faciliter les recrutements » dans les services « en tension ». « La mobilisation continue », a assuré à l’Agence France-Presse Didier Birig (FO), fustigeant des « annonces insuffisantes au regard des revendications des agents » : 300 euros de hausse de salaire, des effectifs supplémentaires et un « moratoire » sur les fermetures de lits.

Pression versus incitation

Dégonfler la pression ? L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a offert de créer 230 postes dans ses vingt-cinq services d’urgences et  l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France a proposé « un contrat d’objectif  “zéro brancard” dans les couloirs » avec « une incitation financière » pour les hôpitaux concernés. « Martin Hirsch [directeur général de l’AP-HP] ne peut pas nous donner 230 postes d’un côté et maintenir son plan de retour à l’équilibre et la suppression (de plusieurs centaines) de lits de gériatrie », dénonce pour sa part le médecin urgentiste et cégétiste Christophe Prudhomme, interrogé par l’AFP. Une enquête pré-estivale de l’ARS francilienne estime qu’au moins mille « plages de 12 heures » sont « non pourvues » en médecins – et autant en infirmières – pour les mois de juillet et d’août.

Une nouvelle manifestation nationale semble peu probable en plein été mais, selon Christophe Prudhomme des « opérations coup de poing » pourraient avoir lieu localement. « Grévistes et autorités sanitaires tenteront localement de gérer le manque de personnel accentué par les vacances, résume l’AFP. Pour sa part Agnès Buzyn n’a a qu’un objectif estival : des services d’urgences sans « trou dans les lignes de garde ». C’est dire si les flux sont tendus. C’est dire, aussi, que l’heure est grave.

A demain @jynau

La «colère froide» de Nicolas Bonnemaison contre Jérôme Cahuzac et l’Ordre des médecins

Bonjour

« Deux poids, deux mesures ». C’est le titre d’une tribune peu banale publiée aujourd’hui dans Sud Ouest – un texte hors du commun signé de l’ex-médecin Nicolas Bonnemaison, jadis urgentiste à l’hôpital de Bayonne. L’homme réagit à la décision du Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) du 21 juin autorisant le Dr Jérôme Cahuzac à exercer la médecine. Extraits :

« Depuis le vendredi 21 juin 2019, je rumine une colère froide, ce qui n’est pourtant pas dans ma nature. En cause : une décision que vient de rendre le CNOM. Je m’explique. Je ne connais pas et je n’ai jamais rencontré le docteur Jérôme Cahuzac. Je n’ai évidemment rien de personnel contre l’ancien ministre délégué au Budget. Seulement voilà, la décision du CNOM qui le concerne, elle, m’intéresse au plus haut point. Resituons le contexte. Chirurgien de formation, le docteur Cahuzac a notamment exercé la médecine en posant des implants capillaires dans la clinique Cahuzac, fondée avec son épouse, puis en tant que « conseiller technique » pour des laboratoires pharmaceutiques au sein de la société Cahuzac conseil à partir de 1993. Par ailleurs, à la fin des années 1980, il se lance en politique, ce qui l’amène jusqu’à sa participation au gouvernement Ayrault, sous la présidence Hollande. »

On sait que l’histoire se termine assez mal. En mai 2018, celui qui était au départ promis à un brillant avenir chirurgical est condamné à quatre ans de prison, dont deux ans fermes, pour fraude fiscale et blanchiment. Il échappera à l’incarcération, bénéficiant, en avril 2019, d’un aménagement de sa peine avec port d’un bracelet. Il vit désormais en Corse et a exprimé le souhait d’y exercer la médecine. Après bien des péripéties fort peu confraternelles le Conseil régional de l’Ordre des médecins Corse s’y était montré favorable, mais le Conseil national avait suspendu, dans un premier temps, l’autorisation d’exercer du docteur Cahuzac, estimant qu’il n’avait pas le niveau et les connaissances requis.

Puis, vendredi 21 juin, plusieurs médias ont fait savoir que le CNOM a fait volte-face. Après avoir à nouveau siégé, le 13 juin, le Conseil national est en effet revenu sur son premier jugement, autorisant finalement Jérôme Cahuzac à exercer la médecine. Nicolas Bonnemaison :

« Moi qui suis, aujourd’hui, dans la résilience, et depuis longtemps, je pensais que toutes ces péripéties ne m’atteindraient plus. Mais ces derniers jours, le CNOM a réussi à réveiller la colère que j’avais reléguée aux tréfonds de mes pensées et sentiments. Ce n’est pas Jérôme Cahuzac – il se bat et c’est légitime – qui fait resurgir cette colère, c’est le sentiment d’injustice. J’ai exercé la médecine hospitalière de 1989 à 2011, avec des responsabilités au sein de mon service et de mon pôle médical, pendant plusieurs années. Puis en août 2011, dès mon arrestation pour suspicion d’euthanasie, le Conseil de l’ordre m’a évidemment suspendu. J’ai traversé deux procès d’assises. Acquitté à Pau en 2014, j’ai été condamné à deux ans de prison avec sursis à Angers en octobre 2015, au terme d’un procès que j’ai (mal) vécu comme joué d’avance. »

Cinq ans d’emprisonnement avec sursis requis

L’ancien praticien encourait la réclusion criminelle à perpétuité – accusé d’avoir abrégé, au moyen d’injection de sédatifs (ou de curare), la vie de sept de ses patients âgés et atteints de maladies incurables. Les faits s’étaient passés en 2010 et 2011 dans son service de l’hôpital de Bayonne.En juin 2014 la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques l’avait acquitté. Le parquet général avait alors fait appel et l’affaire avait été dépaysée.

A Angers (comme à Pau) l’avocat général avait requis cinq ans de prison avec sursis. Les avocats de Nicolas Bonnemaison avaient appelé les jurés à l’acquitter une seconde fois. La cour d’assises du Maine-et-Loire n’avait, finalement,, retenu la culpabilité de l’ancien médecin que pour une seule des sept morts à l’origine de l’accusation d’empoisonnement

« J’ai purgé mon sursis, puis le Conseil de l’ordre départemental des Pyrénées-Atlantiques et le Conseil régional d’Aquitaine m’ont autorisé à reprendre mon activité, et je les en remercie de tout cœur. Mais c’était sans compter sur le Conseil national, qui a fait appel de ces décisions. Il a finalement mis fin à tous mes espoirs en maintenant ma radiation au motif que je n’apportais pas suffisamment de gages du maintien à niveau de mes connaissances, soit exactement ce qui était aussi reproché à Jérôme Cahuzac !

« Mais le Conseil national me paraît avoir été moins regardant avec lui, dont la suspension a finalement été levée, d’où ma colère devant ce que je considère comme une injustice flagrante. Pourtant, depuis 2011, je n’ai jamais cessé de m’intéresser à la médecine, parce qu’elle a toujours été et reste une passion. Je me suis appliqué à entretenir mes connaissances et à me familiariser avec les avancées médicales. Le Conseil national en a douté. Mais il semble que, pour pouvoir réexercer la médecine après une suspension ou une radiation, il serait plus important, dans certains cas, d’avoir un carnet d’adresses plutôt que le soutien des Conseils de l’Ordre départemental et régional. »

Et pour finir :

« Aujourd’hui, huit ans après mon arrestation, je suis toujours interdit d’exercer. Je pensais en avoir pris mon parti, mes soutiens de la première heure, mes proches, ma famille et mes filles m’aidant à aller de l’avant. En fait ce n’est pas si simple… Depuis octobre 2018, je travaille à temps plein au centre hospitalier de Bayonne, où j’ai été chaleureusement accueilli. Cet emploi, bien qu’évidemment purement administratif, est cependant fondé sur l’analyse de dossiers médicaux. Mes connaissances médicales m’aident chaque jour, et chaque jour je continue à les approfondir davantage. Mais contrairement au docteur Cahuzac, le Conseil national me considère toujours comme un docteur en médecine inapte à exercer son métier. Au bout du compte, que penser de tout cela ? Ma colère pourrait-elle être, finalement, constructive ? »

Et Nicolas Bonnemaison de se demander ca qu’il adviendrait si le CNOM, se penchaat à nouveau sur « le cas Bonnemaison » dans les mêmes dispositions que pour le cas Cahuzac. Comparaison peut-elle être raison ? L’Ordre se penchera-t-il sur le cas de l’ancien médecin ?

A demain @jynau