Mais pourquoi diable les soignants sont-ils à ce point désespérés quant à l’avenir de leur métier ?

Bonjour

Perte de sens. Tout est sombre. « J’aime mon métier mais je ne conseillerais pas à mes enfants de l’exercer ». On commence à entendre l’antienne. La voici à nouveau confirmée par d’inquiétantes données chiffrées 1 : deux médecins sur trois ne recommanderaient pas à un proche de devenir soignant. Idem pour cinq infirmiers sur dix des infirmiers et presque autant pour les aides-soignants font le même constat. « Ces résultats sont en parfaite osmose avec le sentiment des carabins sur l’avenir de la médecine, ajoute Le Quotidien du Médecin. Une enquête dévoilée la semaine dernière par l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) montre que 46,5 % des carabins partagent cette opinion.

Sur le panel de médecins pessimistes, l’immense majorité redoute les conséquences de la réduction du personnel et de la stagnation voire de la baisse des budgets  sur leur métier au quotidien. Plus de neuf médecins sur dix estiment que la relation patient-praticien n’évoluera pas dans le bon sens pensent que le patient verra de plus en plus le soignant comme un « prestataire de santé ». Pour les rares optimistes la relation patient-praticien évoluera positivment et ce notamment grâce à l’expertise du patient sur sa pathologie. Résumé :

« L’étude  dresse, une fois de plus, le portrait d’un système de santé en déclin. Les répondants déclarent à 66,8% être en souffrance physique et/ou morale alors qu’ils étaient 58% en 2018. Les résultats mettent en exergue le peu d’espoir que les soignants ont en une amélioration de leurs conditions de travail : 86,6% des soignants se déclarent pessimistes quant à l’avenir quand seuls 13,4% d’entre eux se déclarent optimistes.

« ‘’Un burn-out à 28 ans, après 5 ans d’exercice … donnez-nous les moyens de rester humains !’’ – G., infirmer, Eure-et-Loir.  66,8% des soignants interrogés déclarent être en souffrance physique et / ou morale. C’est une augmentation importante au regard de l’année 2018 où 58% des soignants déclaraient ressentir un épuisement moral et physique.

« En avril 2018, une étude de l’Ordre national des Infirmiers montrait que près de 10 % des infirmiers avaient très souvent ou quelques fois des idées suicidaires et qu’ils étaient près de 60 % à craquer très souvent ou quelques fois en raison de leur travail. Le baromètre 360 medics corrobore cette étude puisque 79,9% des aides-soignants et 69,1% des infirmiers déclarent aujourd’hui être en souffrance physique et/ou morale. Ce résultat édifiant traduit une réalité du monde médical : les soignants sont massivement exposés aux risques psychosociaux, et le nombre de suicides de soignants ne cesse d’augmenter. Une enquête de l’association Soins aux Professionnels de Santé (SPS) révélait, en 2017, que sur la moitié des 700 professionnels de santé interrogés (médecins, pharmaciens, infirmiers, aides-soignants, salariés comme libéraux), plus de 40% d’entre eux disent connaître un confrère qui a fait une tentative de suicide. »

Voilà les derniers chiffres. Il reste à aller au-delà du constat. Qui s’y attaquera ?

A demain @jynau

1 « Enquête sur le moral des soignants 2019 » de « 360 medics ». Elle a été réalisée sur la base d’un questionnaire autoadministré sur le web auprès de la communauté d’étudiants en santé et de professionnels de santé́ en exercice du 18 septembre au 11 octobre 2019. 6 956 répondants ont été pris en compte. L’analyse statistique et la pondération par type d’exercice professionnel ont été réalisés par AplusA à partir des données fournies par la DRESS. Parmi les répondants, 47,7% d’infirmiers, 17,6% de médecins, et 15% d’aide soignants, 19,7% issus d’autres professions de santé. 59,4% exercent en structure publique, 23,2% en structure privée et 17,4% exercent en libéral. 55,3% ont entre 25 et 45 ans, 24,5% d’entre eux ont moins de 25 ans et 20,2% d’entre eux ont plus de 45 ans.

« 360 medics » se présente ainsi : c’est une startup lyonnaise lancée en 2014 ayant développé une application et une interface web qui réunissent toutes les ressources et tous les outils utiles à la pratique quotidienne des soignants. « 360 medics est aujourd’hui la seule application à œuvrer pour l’amélioration de la qualité des soins en mettant à disposition des soignants des informations médicales fiables, pertinentes et actualisées en temps réel ». Fondée par Grégoire Pigné (CEO), Clotilde Petit (COO) et Romain Bruckert (CTO), la startup a levé 1 million d’euros auprès de Kreaxi, Crédit Agricole Création et plusieurs « business angels » en 2017. L’application fédère à ce jour plus de 200 000 soignants parmi lesquels 80 000 médecins en France.

« AplusA » se présente ainsi : l’un des principaux acteurs à l’international – et le leader français – des études de marché Santé, intervenant dans plus de 75 pays. Depuis 1990, les équipes d’AplusA (riches de plus de 140 collaborateurs permanents uniquement dédiés aux marchés de la Santé) ont géré des études sur pratiquement l’ensemble des problématiques des industries de santé et développent constamment de nouvelles solutions et outils pour répondre à l’évolution des besoins de ses clients : industrie pharmaceutique, biotech, dispositifs médicaux, santé grand public, assurances, institutions telles que la CNAM…

Né en 1923, le Pr Louis Lareng, créateur éclairé du premier SAMU français, vient de décéder

Bonjour

Un grand servant de la médecine. C’était un descendant du baron Dominique-Jean Larrey, père de la médecine d’urgence et, sous Napoléon, promoteur des premières « ambulances volantes » (voitures à chevaux transportant deux à quatre blessés) : dispenser les premiers soins le plus tôt possible au plus près des victimes ; rapatrier ces dernières au plus vite dans un espace hospitalier.

Né le 8 avril 1923 à Ayzac-Ost (Haute-Pyrénées) le Pr Louis Lareng avait connu les premières heures de l’anesthésie-réanimation. Avant de créer sous ce nom, en 1968 à Toulouse, le premier service d’aide médicale urgente (SAMU) avec le Dr Madeleine Bertrand. Comme quelques autres esprits éclairés « il avaient fait le constat de la surprenante disproportion entre les moyens mis en œuvre lors de l’arrivée à l’hôpital d’un malade ou d’un blessé grave, et ceux toujours très sommaires ou archaïques utilisés avant la phase hospitalière dans les longues minutes qui suivent l’accident ou le malaise ».

Ces médecins trouvent alors des ambulances, les équipent à grande peine avec du matériel récupéré dans les unités hospitalières et se mettent à la disposition des services publics de secours, gendarmerie, police ou pompiers. Cette innovation fut d’emblée perçue comme dérangeante (comme oser transporter l’Hôpital hors les murs ? ) 1. Avant de devenir indispensable et, parfois, victime de son succès. Elle fut consacrée en 1986 lorsque Louis Lareng, devenu député (socialiste, Haute-Garonne), fera adopter la « loi Lareng sur la médecine d’urgence et les transports sanitaires ».

Depuis 1989, visant toujours plus loin, le Pr Lareng présidait la Société européenne de télémédecine et e-santé. Sur Twitter, plusieurs personnalités lui ont rendu hommage. Comme l’ancien premier vice-président de l’Ordre des médecins, le Dr Jacques Lucas, qui a salué « un homme engagé plein d’humour, combatif et grand humaniste ». On ne dira pas mieux.

A demain @jynau

1 On se reportera avec grand intérêt rétrospectif à la tribune du Pr Louis Lareng publiée dans Le Monde du 9 février 1977: « Une planification de l’urgence »

Note «secrète» de la Direction du Trésor: les médecins privés de la liberté de s’installer?

Bonjour

C’est une note sinon secrète, du moins largement passée inaperçue : « Comment lutter contre les déserts médicaux ? » Elle émane de la Direction générale du Trésor, Ministère de l’Économie et des Finances 139, rue de Bercy 75575 Paris CEDEX 12. Et elle vient d’être sortie du coffre en palissandre, époussetée et mise en lumière par « France Assos Santé, La voix des usagers ».

C’est une note qui va à contre-courant du discours dominant de tous les gouvernements : on ne touche pas à la liberté d’installation des médecins français. Liberté pleine et entière de « visser sa plaque » où bon lui semble. C’est une liberté de l’ordre du sacré, quand bien-même serait-elle en trompe-l’œil.

 « Cette note fort bien documenté démonte certains des arguments phares des médecins et des politiques contre la remise en cause de la liberté d’installation, résume La voix des usagers. Elle plaide pour une limitation temporaire de cette liberté afin de mieux lutter contre les déserts médicaux. Des positions qui rejoignent en de nombreux points celles de France Assos Santé. »

Contexte. 226 000 médecins étaient en activité au 1er janvier 2018. Un record absolu. Sauf que les disparités entre territoires n’ont jamais été si fortes. Des disparités qui se sont accentuées sur la période 2007-2015 : les effectifs de médecins n’ont cessé de diminuer dans les départements les moins pourvus, et ont continué d’augmenter dans ceux dont la densité médicale dépassait déjà la moyenne nationale. Une aberration. Ainsi le délai médian pour obtenir un rdv chez un spécialiste peut varier du simple au double selon la zone où on se trouve : 79 jours d’attente pour un rdv ophtalmo dans les zones de faible accessibilité, contre 40 jours dans celles les mieux dotées.

« Inciter » financièrement  à l’installation ?  La note de Bercy juge également inefficaces les aides financières mises en place depuis 2013 pour favoriser l’installation dans les zones sous-dotées. Ces aides n’ont pas généré de hausse significative du pourcentage d’installation dans les zones fragiles. La Cour des comptes a d’ailleurs taxé ces dispositifs d’« inopérants et porteurs d’effets d’aubaine excessifs, au regard du volume très limité de nouvelles installations qu’ils ont suscitées». Et Bercy de conclure que « des réformes plus structurantes paraissent nécessaires pour augmenter significativement le nombre d’installations en zones sous-denses »

Faire une croix sur la liberté de s’installer. « Bercy ne le dit pas explicitement et prend moult pincettes sur ce sujet que l’on sait brûlant, commente La voix des usagers.  La remise en question de la liberté d’installation semble pourtant bien faire partie des mesures « structurantes » et « nécessaires » avancées par le ministère. Extrait :

« Pour que la première installation des prochaines générations de médecins tiennent davantage compte du contexte de déséquilibre entre offre et demande que la fin du numérus clausus ne pourrait résoudre à court-terme, une adaptation temporaire et ciblée du principe de libre installation pourrait être envisagée dans les zones particulièrement sur-dotées, afin d’éviter une accumulation de l’offre là où elle est déjà très forte. Par exemple, l’accès à certaines zones géographiques déjà fortement dotées en médecins pourrait temporairement être conditionné à la cessation d’activité d’un médecin exerçant la même spécialité.

« Le caractère temporaire de cette mesure serait lié à la nécessité de franchir la période durant laquelle la suppression du numérus clausus ne produira pas d’offre nouvelle. Cette mesure ne pourrait être mise en place que de façon progressive et en étroite concertation avec les médecins, afin de ne pas risquer d’affecter l’attractivité de l’exercice libéral.

« Le conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) avait déjà envisagé en 201232 la mise en place d’une mesure dérogatoire au principe de libre installation puisqu’elle consistait à rendre obligatoire, pendant 5 ans, l’exercice des jeunes médecins au sein de leur région de formation. Plus récemment, la Cour des comptes33 proposait de mettre en place un « conventionnement sélectif » dans les zones surdotées en médecins, où les nouveaux entrants n’auraient le droit de s’installer qu’en secteur 1, avec des tarifs plafonnés. Une adaptation temporaire telle que présentée supra apparaît bien moins contraignante. »

Pour sa part France Assos Santé se dit « ravie de constater que le ministère de l’Économie partage ses constats et certaines de ses recommandations ». « Nous rappelons que plus de 4 millions de personnes en France n’ont toujours pas accès à un médecin traitant, et qu’il faut dans certaines zones plus de six mois pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste. Au regard du problème majeur que constituent les déserts médicaux pour l’accès aux soins de millions de personnes en France, la question de la liberté d’installation ne doit plus être un tabou. Il en va de l’égalité devant le soin. »

Repêcher les candidats recalés à la sélection des études de médecine ? Sur l’autre rive, le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF : « Les vieilles propositions, qui ont toujours échoué, sont de nouveau de mise. Pourtant, partout où la liberté d’installation a été supprimée, et où les autres pays ont tenté de réguler l’installation des médecins pour résoudre le difficile problème de l’accès géographique aux soins, ceci s’est traduit par un échec… Quant à vouloir repêcher les candidats recalés à la sélection des études de médecine en les envoyant dans les zones sous-denses, voilà un bien curieuse vision de l’égalité des Français devant la maladie et la bonne prise en charge que véhicule le ministère des Finances. »

Pour le Dr Ortiz, le médecins français sont attachés à une médecine de qualité, à des jeunes médecins formés dans les meilleures conditions, et à une valorisation de leur mode d’exercice. Or le statut libéral n’attire plus – ou peu. « Les jeunes médecins s’installent tard (38 ans), dit-il. C’est bien parce qu’ils ne connaissent pas le mode d’exercice libéral qu’ils s’en détournent souvent : il est indispensable que leur formation s’ouvre largement sur l’exercice professionnel, en particulier en médecine de ville et en pratique libérale. »

Voilà, selon lui, des pistes simples que le gouvernement ferait bien de mettre en œuvre plutôt que de s’attacher à des mécanismes coercitifs qui ont déjà échoué partout ailleurs.

Est-il raisonnable, sortant de la Faculté, de se mettre en frais pour des vis et une plaque ? On attend ici, venus de Bercy, les précieux conseil de la Direction générale du Trésor.

A demain @jynau

Mais qui sont donc ces médecins qui refusent de soigner les personnes les plus vulnérables ?

Bonjour

29 octobre 2019. L’Ordre des médecins se saisira-t-il de ces chiffres pour le moins embarrassants ? Le « Défenseur des droits » publie aujourd’hui les résultats d’un « test de situation ». Il est intitulé : « Les refus de soins discriminatoires liés à l’origine et à la vulnérabilité économique dans trois spécialités médicales ». Un « testing » réalisé, à la demande du Défenseur des droits et du Fonds CMU-C, par une équipe de recherche du TEPP-CNRS.

Contexte. Malgré l’existence de dispositifs visant à garantir un accès aux soins pour les plus démunis, tels que la Couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) ou l’Aide au paiement d’une complémentaire santé (ACS), l’étude démontre que les pratiques de certains professionnels de santé « freinent la pleine effectivité de l’accès aux soins » (sic).

L’enquête. Un testing téléphonique réalisé entre février et mai 2019 qui avait pour objectif de mesurer les différences de traitement dans l’accès aux soins auprès de chirurgiens-dentistes, gynécologues et psychiatres. Deux critères : l’origine supposée de la patiente (identifiée à travers son nom) et la vulnérabilité économique (identifiée par le fait de bénéficier de la CMU-C ou de l’ACS). C’était la première fois qu’une telle enquête était réalisée à l’échelle nationale. Plus de 1 500 cabinets de ces trois spécialités ont été testés, 4 500 demandes de rendez-vous et 3 000 tests ont été réalisés dans ce cadre.

Cette enquête a permis de tester pour la première fois l’accès aux soins des personnes qui bénéficient de l’ACS. Il en résulte que plus d’un cabinet sur dix a refusé de recevoir les personnes du fait qu’elles sont bénéficiaires d’une telle prestation : 9% des chirurgiens-dentistes, 11% des gynécologues et 15% des psychiatres.

Résultats. L’ACS apparaît plus pénalisante que la CMU-C dans les trois spécialités testées, avec jusqu’à deux fois plus de refus de soins discriminatoire pour les bénéficiaires de ce dispositif. Ces pratiques sont également plus marquées chez les professionnels du secteur 2 par rapport à ceux du secteur 1. L’étude révèle également, dans certaines régions seulement, des discriminations selon l’origine.

Commentaires. Le Défenseur des droits rappelle qu’un refus de soins discriminatoire à l’encontre d’un bénéficiaire d’une aide ciblée, du fait de sa situation de vulnérabilité économique ou de son origine, est un acte contraire à la déontologie et à l’éthique médicale, mais aussi un délit au regard de la loi.

On observera que, pour l’heure, la priorité de la ministre des Solidarités et de la Santé est de restreindre le champ d’application de l’Aide Médicale de l’Etat. On attend les commentaires de la section éthique et déontologie du Conseil national de l’Ordre des Médecins.

A demain @jynau

Emmanuel Macron : il est «bouleversé» par la souffrance au travail des soignants hospitaliers

Bonjour

28 octobre 2019. Exercice présidentiel et politique à très haut risque…  Calmera-t-il la colère hospitalière ou amplifiera-t-il au contraire, en les justifiant,  les manifestations à venir ? Emmanuel Macron était ce matin l’invité exceptionnel non pas de France Inter mais bien de RTL (William Galibert. entretien enregistré). Extraits (à partir de 7 ‘) :

« Le problème qu’on a, je vais être très sincère avec vous, on fait une stratégie qui est très intelligente qui va mettre 5 à 10 ans à se déployer. On manque de médecins, par exemple, j’ai ouvert le numerus clausus… il faut dis ans pour former un médecin. Et nous payons aujourd’hui les non-réformes ou les mauvais choix qui ont été faits il y a dix, quinze ou vingt ans…. Et on se retrouve aujourd’hui avec quelque chose qui n’était pas prévisible, une situation où l’on a pas assez de médecins, donc de la désertification dans nos campagnes (…) et de l’autre côté des urgences qui sont saturées…

« Et cette crise elle arrive aujourd’hui. Or je ne peux pas former des médecins en six mois. Et donc ce qu’on est en train de finaliser, sans mauvais jeu de mots, c’est une réponse d’urgence où, soyons clairs, il va falloir qu’on remette des moyens parce qu’il faut qu’on réponde à la souffrance des personnels de santé. Une des choses qui me bouleverse le plus c’est quand je vois nos infirmières et nos infirmiers, nos aides-soignants, nos aides-soignantes, nos médecins qui sont en souffrance au travail alors qu’ils sont d’un dévouement incroyable, qu’ils ne comptent pas leurs heures, leur énergie et qu’ils sont mis dans des situations impossibles.

« Et patatras… »

« Pour moi ce cas , il est emblématique de la difficulté qu’on vit. On a fait un très gros travail pour penser l’hôpital et la santé de demain. Et patatras … ! On arrive au bout d’un modèle qui tirait sur la corde depuis dix, quinze, ans … et ça craque maintenant. Faut pas être injuste avec ceux qui ont construit le modèle futur qu’on a présenté … il faut continuer ce travail, l’accélérer et en même temps avoir, si je puis dire, une réponse d’urgence qui permette de traiter les souffrances immédiates. C’est ça que notre pays vit et que j’avais peut-être sous-estimé. On ne peut pas dire à une infirmière qui n’est pas assez payée, qui est en souffrance au travail, qui n’a pas assez de moyens : ‘’vous savez on va construire quelque chose de formidable ! Vous verrez dans dix ans ce sera super ! Non ! Il faut qu’on lui explique çà et où on va. Et je crois que ce sera beaucoup mieux dans dix ans .. dans cinq ans même, dans cinq ans… Mais il faut aussi qu’aujourd’hui on lui permette de mieux travailler.»

Comment ? Le président de la République ne l’a pas dit. Pas plus que Bruno Lemaire, ministre de l’Economie qui parlait après lui, également sur RTL. On attend ici Agnès Buzyn. Sur quelle chaîne ? A demain @jynau

Pour Agnès Buzyn les soignants hospitaliers ont besoin de brancards «qui ne sont pas cassés»

Bonjour

L’inconscient étant ce qu’il est, parler à la presse peut ne pas être sans danger. Agnès Buzyn était hier l’invitée de BFM TVRMC. Elle s’y est exprimée sur la grande misère des hôpitaux publics où la grogne chronique se transforme en véritable colère. Un «plan de soutien» pour l’hôpital sera «présenté dans le courant du mois de novembre» et «il y aura évidemment des moyens associés», a annoncé la ministre des Solidarités et de  la Santé, Agnès Buzyn. Et de préciser : « un plan pour l’hôpital public et l’hôpital en général »  (sic).

 Ce nouveau plan visera en premier lieu à assurer «un meilleur investissement courant», car «les gens ont besoin de travailler dans des conditions acceptables, avec des nouveaux matériels, avec des brancards qui ne sont pas cassés». Et Agnès Buzyn d’ajouter : «ça rend les soignants fous de travailler avec des conditions dégradées». Où l’on entend, sur RMC, la ministre parler comme le ferait un syndicaliste hospitalier.

Objectif : renforcer l’attractivité de l’hôpital, « qui est aujourd’hui clairement déficitaire en personnels», a-t-elle poursuivi, affirmant qu’actuellement «beaucoup de lits sont fermés faute de personnel». Moyens : «la revalorisation des salaires, notamment en début de carrière». En focalisant sur «les métiers en tension» ainsi que  «les grandes métropoles où il y a des difficultés de logement particulières».

Ce plan fera l’objet de discussion avec «tous les acteurs» du monde hospitalier: directeurs d’hôpitaux, médecins, syndicats, élus, parlementaires. «Je vais rencontrer tout le monde pour proposer un certain nombre d’axes, je vais voir leurs réactions et il sera présenté dans le courant du mois de novembre», a-t-elle ajouté. «Il y aura évidemment des moyens associés», a-t-elle assuré sans avancer de montant.

« La goutte d’eau qui fait déborder le vase de la souffrance »

A l’Assemblée nationale (où l’examen du budget 2020 de la Sécurité sociale est en cours) le député Jean-Carles Grelier (LR, Sarthe) a fait un rappel au règlement pour s’offusquer que la ministre «annonce un plan pour l’hôpital dans une interview télévisée». Il y voit «une mauvaise manière». A gauche, surprise : Adrien Quatennens (LFI, Nord) a dit sa «surprise» et sa «satisfaction» d’apprendre qu’il restait des marges de manœuvre dans «la besace».

A venir : le Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs Elargi aux autres spécialités (SNPHARE) annonce une vaste mobilisation des personnels hospitaliers le 14 novembre. Selon lui le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PFLSS) « asphyxie définitivement l’hôpital ». Il est « la goutte d’eau qui fait déborder le vase de la souffrance de l’hôpital public » (re-sic), et « conduit les médecins et les personnels paramédicaux à se réunir et préparer une mobilisation historique.

A venir également, des chiffres officiels établissant qu’en 2017, un agent de la fonction publique hospitalière (FPH) perçoit en moyenne 2 288 euros nets par mois en équivalent temps plein (moyenne qui prend en compte tous les salariés des hôpitaux et des établissements médico-sociaux, fonctionnaires, contractuels ou personnels médicaux. Les disparités salariales dans la FPH sont ainsi quasiment stables (en dépit d’un léger recul des salaires dans le haut de l’échelle). Le salaire net des femmes est inférieur de 20,5 % à celui des hommes (à caractéristiques identiques, l’écart salarial est de 3,5 %.)

Des salaires qui ne répondent en rien au fait de travailler dans des conditions inacceptables, avec des brancards cassés». Des salaires qui ne préviennent nullement le risque de devenir fou du fait de travailler dans des conditions dégradées.

A demain @jynau

Un bien étrange rebondissement anti-Alzheimer: la très profitable volte-face du géant Biogen

Bonjour

Si elle existe, où est la vérité statistique pharmaceutique face aux pathologies neurodégénératives ?

L’histoire commence il y a trois ans avec une promesse médicamenteuse alléchante. Soit une publication de Nature ; un clinique mené sur 165 personnes souffrant de maladie d’Alzheimer à partir de l’anticorps monoclonal aducanumab administré mensuellement par voie intraveineuse. Développée par le géant biotechnologique Biogen, cette molécule expérimentale était depuis quelque temps déjà présentée comme prometteuse dans cette indication. Son action vise, schématiquement, à « dissoudre » les agrégats de protéine bêta-amyloïde dans les tissus cérébraux l’un des signes caractéristiques de cette maladie neurodégénérative aujourd’hui incurable.

« Est-ce une action sur un symptôme ou sur la cause ? Tout est là… écrivions-nous en 2016. Les auteurs de la publication de Nature annonçaient avoir observé, après un an de traitement à doses élevées, des résultats positifs en terme de réduction des pertes de mémoire – résultats positifs également à l’imagerie cérébrale. Mais ils faisaient aussi état d’effets secondaires handicapants (céphalées) qui avaient conduit un quart des personnes à arrêter cet essai. »

Ces résultats mitigés devaient être suivis d’un essai clinique de phase III mené auprès de 2700 personnes à un stade très précoce de la maladie en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. On retenait, alors, le commentaire du Dr Tara Spires-Jones (Centre for Cognitive and Neural Systems at the University of Edinburgh) : « Je suis prudemment optimiste quant à ce traitement, mais en essayant de ne pas trop être excité parce que de nombreux médicaments ont donné des résultats à un stade précoce avant de se révéler des échecs lors d’essais plus importants ».  Ou encore la phrase de John Hardy, professeur de neurosciences à l’University College de Londres : «Ces nouvelles données sont alléchantes, mais elles ne sont pas encore définitives ».

Fin annoncée de l’aventure

Puis, en mars dernier, fin de l’aventure.  « Biogen et son partenaire japonais Eisai ont annoncé l’arrêt des essais de leur médicament expérimental contre la maladie d’Alzheimer, l’aducanumab, et le laboratoire américain voit partir en fumée quelque 18 milliards de dollars de sa capitalisation boursière jeudi à Wall Street, rapportait Reuters (Julie Steenhuysen à Chicago, Tamara Mathias à Bangalore, Takashi Umekawa à Tokyo et Caroline Humer à New York, Dominique Rodriguez pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten). Les essais de l’aducanumab en étaient arrivés à la phase 3, qui précède une éventuelle commercialisation, après une phase 2 qui s’était révélée prometteuse et avait suscité un optimisme prudent de la part des investisseurs, échaudés par de nombreux échecs précédents de différents laboratoires contre la maladie d’Alzheimer. »

L’action Biogen abandonnait alors près de 30%, sa plus forte baisse depuis février 2005. Biogen et Eisai expliquaient alors l’abandon de ce traitement expérimental en invoquant une efficacité insuffisante et non des questions de sécurité. « Cette nouvelle décevante confirme la complexité du traitement de la maladie d’Alzheimer et la nécessité de faire progresser les connaissances en neurosciences » reconnaissait le PDG de Biogen Michel Vounatsos. Et Eisai et Biogen de préciser qu’ils continueraient à travailler sur d’autres traitements contre la maladie d’Alzheimer

« Tout traitement efficace contre la maladie d’Alzheimer, qui touche environ 5,7 millions d’Américains, est pratiquement assuré de devenir l’un des médicaments les plus vendus au monde, ajoutait Reuters.  Mais les traitements expérimentaux ont eu jusqu’ici un bilan négatif, avec plus d’une centaine d’échecs. »

Relecture opportune des données passées

23 octobre 2019. Rebondissement spectaculaire : à  la surprise générale, les laboratoires Biogen et Eisai ont annoncé aujourd’hui qu’après consultation auprès des autorités de santé américaines, Biogen va demander une autorisation de mise sur le marché pour son traitement expérimental : l’aducanumab.

Comment comprendre ? « Suite à l’abandon de deux essais cliniques en phase 3, Biogen annonce une nouvelle analyse des résultats précédents en prenant en compte des données supplémentaires. Ainsi, ces nouveaux résultats montrent que l’aducanumab serait actif sur le plan pharmacologique et clinique chez des patients atteints de la maladie d’Alzheimer à un stade léger, explique le site de Vaincre Alzheimer. Les deux études de phase 3, EMERGE (1 638 patients) et ENGAGE (1 647 patients), visaient à évaluer l’efficacité et la sécurité de différentes doses mensuelles d’aducanumab pour réduire les déficiences cognitives et fonctionnelles chez les malades d’Alzheimer à un stade précoce. »

Il semblerait que suite à ces deux abandons, des données supplémentaires seraient devenues disponibles qui auraient permis d’élargir la base de données et de montrer que les premières analyses étaient « incorrectes ». L’essai EMERGE aurait finalement atteint son objectif principal : réduire de 23% le déclin clinique dans le groupe ayant reçu le traitement, comparé au groupe placebo.

Le second essai, ENGAGE, n’a toujours pas atteint ce critère, mais Biogen a déclaré que « les résultats d’un sous-ensemble de participants ayant bénéficié d’une exposition suffisante à l’aducanumab à haute dose, étayaient les conclusions d’EMERGE ».

Hier, à Wall Street, l’action de Biogen s’envolait de 26, puis 37%.Si elle existe, où est la vraie vérité face aux pathologies neurodégénératives ?

A demain @jynau