Petit rebondissement dans l’affaire de la vieille dame blessée tancée par Emmanuel Macron

Bonjour

Qui sait jusqu’où nous conduira le dossier Geneviève Legay ? Cette femme âgée de 73 ans femme a été blessée le 23 mars dernier lors d’une manifestation interdite organisée à Nice. D’emblée tancée par Emmanuel Macron, elle vient de répliquer en des termes violents et politiques au président de la République. Et puis, aujourd’hui voici un élément qui (souligne Le Monde dans un euphémisme dont il a le secret)  « inspire de nouvelles questions ». Mediapart (Pascale Pascariello) a révélé, lundi 8 avril, que la commissaire chargée des investigations est la compagne du commissaire Rabah Souchi, chargé des opérations le jour de la manifestation.

Or cette relation était connue du procureur de la République de Nice, Jean-Michel Prêtre. On avait peut-être trop rapidement estimé que ce dernier avait fait preuve d’indépendance et de transparence dans ce dossier. Il a affirmé auprès de Mediapart avoir été « tout à fait au courant, au moment de l’ouverture de l’enquête préliminaire, de [ces] liens de concubinage ». « Je ne vois pas en quoi cela pose problème », assure-t-il. Naïveté vraie ou ombre de duplicité ?

Deux jours après les faits, le procureur Prêtre avait assuré que la chute de la septuagénaire n’avait nullement été provoquée par un policier. Puis, après étude minutieuse des images, il avait  changé de version – pour reconnaître, le 29 mars, que « c’est bien le geste d’un policier qui est à l’origine de la chute de Mme Legay ».

La compagne du commissaire

Entre ces deux dates l’avocat de la famille de la manifestante avait déposé plainte pour « violences volontaires commises en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique, avec usage d’une arme, et sur personne vulnérable » et « subornation de témoin ». Puis septuagénaire d’expliquer avoir reçu, à l’hôpital, dès le lendemain de la manifestation, plusieurs visites de policiers, « placés sous l’autorité directe » de la compagne du commissaire Souchi selon Mediapart. « Ils ont surtout insisté pour me faire dire que c’était un journaliste qui m’avait poussée, détaille Mme Legay dans une interview au même site. Or, c’est faux. Je me rappelle avoir été poussée par un policier et je le leur ai dit. Mais ils insistaient sur le journaliste. Je sais que le policier qui m’a poussée a reçu des ordres de sa hiérarchie, du commissaire Souchi, du préfet de police, du ministère de l’intérieur.»

Et Mme Legay dit, par ailleurs, se rappeler « très bien, au début de la manifestation, de ce commissaire Souchi et de son regard. Il semblait animé de colère à notre égard. »

Tout ceci pourrait peut-être éclairer d’une nouvelle lumière les premiers  propos tenus, à l’endroit de Mme Legay, par Nicole Belloubet ministre de la Justice : « Je trouve tout de même curieux que lorsqu’une manifestation est interdite, comme c’était le cas à Nice, quelqu’un aille absolument avec la volonté de manifester à cet endroit-là. Il y avait quelques périmètres, dans certaines villes, où les manifestations étaient interdites. A la suite de sommations, une personne qui y reste est susceptible de commettre un délit et c’est dans ce cadre là que les événements se sont passés ».

Des propos ministériels qui avaient précédé ceux du président de la République souhaitant à la victime « un prompt rétablissement». Un prompt rétablissement et, osait-il,  « peut-être une forme de sagesse … »

« Je souhaite d’abord qu’elle se rétablisse au plus vite et sorte rapidement de l’hôpital, et je souhaite la quiétude à sa famille, avait-il ajouté. Mais pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable. Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci.»

A demain

@jynau

 

Médicaments, supermarchés et concurrence : Agnès Buzyn confrontée à ses incohérences

Bonjour

Jadis la pilule en vente dans les Monoprix. Demain les médicaments sans ordonnance dans les Grandes Surfaces ? C’est une polémique débutante. Agnès Buzyn, s’est dite opposée, vendredi 5 avril, à l’autorisation donnée à la grande distribution de vendre ces médicaments disponibles en vente libre dans les pharmacies. Or cette autorisation est désormais ouvertement prônée par l’Autorité de la concurrence .

Hier cette dernière a recommandé d’élargir la vente de ces médicaments aux parapharmacies et à la grande distribution. Une telle évolution devrait avoir pour cadre des espaces dédiés au sein des supermarchés, avec la présence « obligatoire et continue d’un pharmacien »responsable, selon l’Autorité. Mais elle a aussi souligné que l’installation de ces nouveaux lieux de dispensation devrait être encadrée par les autorités pour ne pas affaiblir le maillage territorial des pharmacies – « l’une des craintes majeures des syndicats du secteur » rappelle l’AFP.

Le conseil national de l’Ordre national des pharmaciens ? Aucune surprise. Ce serait « casser un modèle qui garantit la sécurité sanitaire des patients ». Selon Carine Wolf-Thal, sa présidente, le système actuel permet à la population de « bénéficier, en tout point du territoire, d’un accès, dans un lieu de santé, à des médicaments et des actes de biologie médicale sûrs et de qualité. Veillons à ne pas mettre en péril une organisation qui a toujours su s’adapter et répondre aux attentes de la population ! Elle garantit une proximité dont les Français ont plus que jamais besoin pour répondre aux difficultés d’accès à l’offre de soins ».

Le concept sacralisé de la concurrence

Ce matin la ministre des Solidarités était invitée à s’exprimer au micro d’Europe 1 :

« Quand on parle de la désertification médicale, de l’abandon des territoires, fragiliser les petites pharmacies en zone rurale qui sont souvent le premier recours pour les personnes malades, je pense que ça serait une très mauvaise idée et un très mauvais signal (…) considérer que les médicaments, ça s’achète comme n’importe quel produit de consommation alimentaire, je trouve ça problématique (…) Il y a toujours des effets secondaires quand on prend des médicaments, ça nécessite toujours un conseil et les pharmaciens sont là pour donner des conseils, orienter les gens. »

Ce sont là des arguments que l’on peut entendre, même si l’expérience montre quotidiennement que les officines (avec leurs espaces dévorants dévolus à la publicité, à la cosmétologie et à la parapharmacie) sont loin de toujours « conseiller » et « orienter les gens ».

Mais la polémique ne se borne pas là. Dans son avis, l’Autorité de la concurrence a également recommandé d’assouplir les modalités de vente sur Internet de ces fameux médicaments sans ordonnance.  Agnès Buzyn :

« Nous y travaillons, parce qu’il y a une demande, un besoin, nous avons un groupe de travail qui se réunit avec les pharmaciens.Mais là encore, pour moi, l’enjeu, c’est la sécurité (…) Il  faut que les pharmaciens, notamment de proximité, puissent bénéficier de cette vente en ligne et que ça ne soit pas au détriment de ce maillage territorial extraordinaire et du travail que font les pharmaciens au quotidien pour la santé publique ».

Des « pharmaciens de proximité » bénéficiant des ventes en ligne sur la Toile ? Internet facilitant le maillage territorial…. On bute ici sur les limites du célèbre « en même temps ». Comment, idéologiquement, défendre avec la Macronie, le concept sacralisé de concurrence et, politiquement, maintenir le privilège commercial de la pharmacie d’officine ? Moins qu’un paradoxe c’est une incohérence.

A demain

@jynau

 

Homéopathie et politique : la contre-attaque de l’industrie, le grand embarras d’Agnès Buzyn

Bonjour

On ne rit plus. « Dérembourser les médicaments homéopathiques ? C’est menacer directement un millier d’emploi ! ». Tel était, hier, le message délivré, sur  RTL et depuis Lyon, par la patronne des Laboratoires Boiron. Message à l’adresse des auditeurs de-la-première-radio-de-France, mais aussi à celle d’Agnès Buzyn, du gouvernement et du président de la République.

On n’entendait guère, jusqu’ici, cette industrie dans les médias. Il y a un an, elle était encore soutenue, de fait,  par Agnès Buzyn, ancienne hospitalo-universitaire 1. Puis, soudain, les vents ont tourné. Sa cote a baissé. Les attaques redoublées et médiatisée des rationalistes, la résurgence d’un front « anti », la montée en puissance des Académies de médecine et de pharmacie ont bouleversé la donne. Homéopathie nouvelle sidérurgie ?

Avant de bouter la bouter hors de la Faculté, tout s’est cristallisé sur la question du remboursement : en finir avec ce statut dérogatoire. Repousser dans l’ombre cette pratique née à la fin du XVIIIe siècle avec Samuel Hahnemann et ses trois préceptes: celui des «similitudes» (soigner le mal par le mal) et ceux des «hautes dilutions» et de leur «dynamisation». Tourner une page ouverte il y a trente-cinq ans, avec la publication au Journal Officiel d’un arrêté daté du 12 septembre 1984 signé par Georgina Dufoix. Alors ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale du gouvernement de Laurent Fabius, elle obtenait de faire rembourser à 65% nombre de spécialités homéopathiques n’ayant jamais fait la preuve de leur efficacité.

Avril 2019 : la Haute Autorité de Santé (HAS) se prononcera avant l’été sur la question sans fond de « l’efficacité » des spécialités homéopathiques. Evaluation des risques en somme. Puis il faudra gérer les risques et c’est bien le politique qui devra trancher. Et après bien des atermoiements Agnès Buzyn s’est médiatiquement engagée : en l’absence d’efficacité ces spécialités seront déremboursées.

C’était compter sans la résilience de la partie adverse. On assiste ainsi au début d’une vaste contre-attaque réunissant dix-huit acteurs du secteur (fabricants, syndicats, organisations professionnelles), comme le révèle Le Parisien (Florence Méréo). Le quotidien y donne la parole à Valérie Poinsot, directrice générale de Boiron, « leader français et mondial de l’homéopathie ».  Un site internet (MonHomeoMonChoix.fr) avec une pétition en ligne et un numéro gratuit permettra de recueillir les signatures des partisans. Des affiches sont distribuées aux médecins, pharmaciens, sages-femmes avec notamment un slogan- menace : « et si on respectait le choix des Français», qui seraient 56% à avoir déjà utilisé ce procédé thérapeutique.

Trente-cinq kilogrammes de documents

Valérie Poinsot explique avoir envoyé à la HAS un dossier de 35 kg de documents prenant la défense de l’homéopathie.

«  Nous sommes habitués à ce genre de pratique et de pression. Ce n’est pas leur première fois ! Moi, je vois là des Académies en total décalage avec la réalité du soin et avec les praticiens qui exercent au quotidien. Nous avons d’un côté, un professionnel sur deux qui considère comme bénéfique l’effet de l’homéopathie sur ses patients. Et de l’autre, des académiciens, qui ne sont pas au chevet du malade, mais qui se prononcent contre. »

« Ce n’est pas l’évaluation par la HAS qui nous gêne, mais la non-prise en compte de notre spécificité. La HAS évalue le service médical rendu d’un médicament par rapport à une indication et à une posologie. Or, l’homéopathie n’a pas une indication thérapeutique, mais plusieurs, en fonction de la maladie. Prenez Nux Vomica, un de nos produits phare : on peut l’utiliser pour faciliter la digestion. Mais avec une dilution différente, il est aussi utile contre la migraine ou les troubles du sommeil. Les critères doivent tenir compte de cela, sinon l’étude sera biaisée. »

Et la directrice générale de Boiron de faire de la politique expliquant qu’une partie de ceux qui consomment ses produits « ont un faible pouvoir d’achat ». « Le remboursement à hauteur de 30 % permet aussi aux mutuelles de compléter la prise en charge. Cela ne sera plus le cas s’il y a déremboursement, dit-elle encore au Parisien. Et surtout parce que dérembourser est un non-sens sur le plan de la santé publique. Les études (NDLR : financées par le laboratoire) montrent que les patients sous homéopathie consomment moins d’antibiotiques et d’anti-inflammatoires sans être moins bien soignés ». Campagne ou lobbying ? « Appelez cela comme vous voulez : pour les dix-huit acteurs de cette campagne, il s’agit de se mobiliser pour donner la parole aux Français. Ils sont les premiers concernés et ceux que l’on a le moins entendus ! »

Politiquement explosif

 Libération (Eric Favereau) a interrogé le Pr Bernard Bégaud, pharmacologue à l’université de Bordeaux qui « travaille depuis plus de trente ans sur l’utilisation des médicaments, leur intérêt et leurs risques ». « L’emballement actuel contre l’homéopathie ? Il surprend ce spécialiste.

«  Il y a régulièrement des vagues de critiques, mais j’ai rarement assisté à des flots de prises de position incessantes venant d’associations aussi variées, savantes ou pas savantes. Et je m’interroge sur les raisons qui poussent tant de personnes éminentes à se mobiliser sur quelque chose qui n’est quand même franchement pas majeur. Pour moi, nous sommes encore une fois dans un combat entre la règle et la raison. Chaque fois que la règle s’impose à la raison, nous allons au-devant de problèmes.

« On ne peut pas dire que ceux qui réclament le déremboursement ont tort. Ils se situent dans la règle et il n’y a sans doute pas d’études convaincantes. Donc, on applique le règlement commun : on dérembourse. Mais en écho, la raison interroge : est-ce là une décision essentielle, concernant la politique des médicaments en France ? Quand je vois les prises de position sans appel de nombre de sociétés savantes, j’aimerais les entendre prendre position, par exemple, sur le mésusage des médicaments (par excès et par défaut) dont le coût pour la collectivité française est estimé à 10 milliards d’euros par an, ce qui est quand même considérablement plus que les quelque 100 millions d’euros de l’homéopathie. Surtout quand on pense aux conséquences graves et massives de ce mésusage pour les Français. Mais là, c’est plutôt un lourd silence qui prévaut (…)

 « Je suis pragmatique, je respecte la règle, mais je suis pour la raison. Il y a plus de 10 millions de gens qui achètent de l’homéopathie. Que vont-ils faire si le remboursement s’arrête ? Vont-ils continuer ? Vont-ils aller vers d’autres pratiques médicales parallèles, pour certaines inquiétantes ? Ou vers des médicaments classiques mais remboursés, et là n’y a-t-il pas un risque ? Il faudra se poser ces questions. Et si on dérembourse, on ne pourra plus éviter un grand débat sur l’ensemble des médicaments. »

Où l’on voit, Grand Débat ou pas, que le déremboursement des médicament homéopathiques est, d’ores et déjà, un dossier politiquement explosif.

A demain

@jynau

1 « La guerre de l’homéopathie touche peut-être bientôt à sa fin. Après de longs atermoiements, Agnès Buzyn devrait prochainement décider du déremboursement des médicaments homéopathiques. » Slate.fr, 4 avril 2019

 

 

 

Agnès Buzyn : comment espère-t-elle pouvoir déminer la fermeture des petites maternités ?

Bonjour

Pro domo. Qui mieux que soi pour défendre son bilan et, en même temps, son avenir ? Dans une tribune publiée ce 31 mars sur le JDD.fr (et non sur le JDD papier) – tribune qui doit paraître aussi dans la presse quotidienne régionale –  Agnès Buzyn « défend sa réforme de la santé, actuellement débattue au Parlement, face aux vives oppositions locales qu’elle soulève ». Le JDD explique que la ministre des Solidarités et de la Santé « cherche notamment à déminer le sujet sensible de la fermeture des petites maternités qu’elle assortit d’une série de garanties, notamment un renforcement des prises en charge et une permanence de sages-femmes « dans tous les territoires éloignés »».

Extraits choisis :

« Ces derniers mois, la question du maintien des petites maternités est devenue un emblème de l’accès aux services publics dans les territoires. Je veux être très claire : aucun service d’accouchement n’est fermé pour des raisons financières, nulle part en France. 

Chaque femme doit être assurée de la qualité des soins lors de son accouchement. Partout où la présence suffisante de pédiatres, gynécologue-obstétriciens, sages-femmes et anesthésistes permet de garantir la sécurité des mères et des enfants, nous maintenons les accouchements dans les maternités locales. Quand ce n’est pas le cas, elles sont transformées en centres de périnatalité, dans lesquels les femmes continuent de bénéficier des soins de suivi de la grossesse jusqu’à l’accouchement et juste après. 

Cette transformation est toujours au bénéfice des habitants. Maintenir localement une maternité sans médecins pour la faire tourner n’est ni un service à leur rendre ni l’idée que je me fais du service public. Mais je suis également consciente qu’accoucher un peu plus loin de chez soi peut être source d’angoisse, et que nous devons y répondre.

Je généraliserai cette année le pack de services ‘Engagement maternité’ garanti pour chaque femme dont le domicile se trouve à plus de 30 minutes d’une maternité. Il comprend le remboursement par l’Assurance maladie du transport sécurisé vers la maternité en urgence ou pas, de l’hébergement des femmes et de leur famille en hôtel près de la maternité quelques jours avant le terme de la grossesse si elles le souhaitent, et de toutes les consultations de la grossesse à domicile ou non suivant les besoins de chacune. »

Les pharmaciens d’officine ne sont pas oubliés :

« Nous allons aussi confier à des professionnels de santé bien répartis dans les territoires des tâches simples qu’ils n’ont pas le droit de faire aujourd’hui. Des infirmières pourront bientôt suivre des patients confiés par un médecin pour une maladie chronique, comme le diabète, en adaptant les traitements suivant leurs besoins. Autre exemple, les pharmaciens vaccineront contre la grippe partout en France dès cet automne. » 

Haute voltige :

Agnès Buzyn rappelle encore à ceux qui l’ignoreraient « qu’elle a lancé une stratégie de transformation complète et nécessaire de notre système de santé, baptisée ‘Ma Santé 2022’ ». « La santé est au cœur de notre pacte social, conclut-elle. Facteur de qualité de vie pour les femmes et les hommes, elle améliore la vie en société et consolide les liens qui nous unissent. Elle est un bien commun auquel chacun doit avoir accès, où que l’on habite en France. Le Président de la République s’y est engagé, le système de santé doit tenir cette promesse pour devenir l’un des piliers de notre Etat-providence du 21e siècle. Je m’y engage à ses côtés et avec les soignants, qui savent mieux que quiconque qu’un pays qui soigne bien est un pays qui peut guérir. » »

Comment interpréter cette dernière image ? Est-ce la France qui est malade ? Une certitude : la ministre est à la fois aux côtés du président de la République et, en même temps, avec les soignants. On peut voir là un exercice de très haute voltige politique.

A demain

@jynau

 

Homéopathie : les Académies de médecine et de pharmacie enfoncent un poignard unique

Bonjour

Nous évoquions hier les deux coups de poignards académiques portés dans le dos de la pratique homéopathique. C’est fait. Voici aujourd’hui, publiquement et solennellement exposée, la position unique de l’Académie nationale de médecine et de l’Académie nationale de pharmacie 1. Avec, d’emblée, ce rappel :

« L’homéopathie a été introduite à la fin du XVIIIe siècle, par Samuel Hahnemann, postulant deux hypothèses : celle des similitudes (soigner le mal par le mal) et celle des hautes dilutions. L’état des données scientifiques ne permet de vérifier à ce jour aucune de ces hypothèses. Les méta-analyses rigoureuses n’ont pas permis de démontrer une efficacité des préparations homéopathiques. » 
 
C’est ici le dernier épisode en date d’un long combat. L’homéopathie est l’objet de débats récurrents, remis à l’ordre du jour par la publication en 2017 d’un rapport du Conseil des Académies des Sciences Européennes (EASAC) sur ses produits et ses pratiques 2 et de la méta-analyse de Mathie et al. sur son efficacité 3.

Depuis, plusieurs instances et groupes professionnels ou académiques ont fait connaitre leur avis par des tribunes ou prises de position publiées par la presse généraliste ou sur internet. Leurs déclarations remettent en cause : – la dérogation réglementairement accordée aux préparations homéopathiques qui permet de les enregistrer sans preuve de leur efficacité, sous réserve de ne pas revendiquer d’indication thérapeutique – leur remboursement par l’assurance-maladie – leur usage par les professionnels de santé en l’absence de réserves liées à cet usage – l’information imprécise du public, notamment par l’étiquetage et la promotion – et la délivrance de diplômes universitaires d’homéopathie.

« Données sociétales »

Vieille ennemie de l’homéopathie l’Académie nationale de médecine s’était depuis longtemps exprimée clairement sur plusieurs de ces points, dans des rapports et communiqués de 1984, 1987 et 2004. Et que les choses soient claires : il n’existe pas selon elle « de nouvel argument de nature scientifique qui amène à revenir sur ces prises de position, ni sur les arguments qui les fondent ».

Pour autant, face à ces données scientifiques s’opposent des « données sociétales » que les deux Académies « ne peuvent ignorer » : selon une estimation récente 72% des Français croient aux bienfaits de l’homéopathie, 52% y ont recours 4 ; 43% des professionnels de santé (médecins, sages-femmes, dentistes) prescrivent des préparations homéopathiques 5, et les thérapies complémentaires, l’homéopathie incluse, sont utilisées en milieu hospitalier, notamment en tant que soins de support dans les centres et services d’oncologie. Il faut ici lire avec la plus grande attention le texte des deux Académies :

« Ces divergences entre l’engouement du public, la rigueur des scientifiques et l’opinion intermédiaire des praticiens peuvent s’expliquer par la connaissance insuffisante et/ou la sous- estimation de l’effet placebo avec attente, seule explication plausible, mais aussi suffisante, des effets de l’homéopathie en l’état actuel de la science, mais également des effets non spécifiques associés à tout acte thérapeutique 6.

« L’effet placebo avec attente est un phénomène neurobiologique scientifiquement établi, dont la réalité est attestée par des essais cliniques contrôlés, et les mécanismes éclairés par les neurosciences, notamment l’imagerie cérébrale. Il est prouvé que sa puissance dépend de l’attente du patient, de l’annonce qui lui est faite, et de ce qui lui est proposé (charisme du thérapeute, réputation de la méthode, complexité du dispositif). L’effet conditionnement est lié à la répétition d’expériences antérieures d’amélioration sous médicament actif, et dépend de structures cérébrales profondes comme l’amygdale cérébrale. Il est spécifique du symptôme traité et se reproduit sous placebo.

 Ces effets sont au cœur du ressenti bénéfique de l’acte d’homéopathie comme de tout acte thérapeutique bien mené, qu’il soit inclus ou non dans une thérapeutique complémentaire. »

Compatible, sous réserve, avec l’éthique

Ceci étant posé l’Académie nationale de médecine et l’Académie nationale de pharmacie  estiment :

  • qu’il n’est pas contraire à l’éthique ni aux bonnes pratiques d’user de préparations homéopathiques, dans les situations où l’emploi d’une thérapie complémentaire est souhaitée, à condition que celle-ci n’induise pas une perte de chance en retardant la procédure diagnostique et/ou l’établissement d’un traitement reconnu efficace, sous condition que le médecin soit conscient qu’il use d’un placebo avec attente ;
  • qu’il n’est pas acceptable d’user de l’homéopathie comme une « médecine alternative » dans les autres situations.

Corollaire, elles réclament :

  • qu’aucun diplôme universitaire d’homéopathie ne doit être délivré par les facultés de médecine ni par les facultés de pharmacie ;
  • qu’il importe par contre d’inclure ou de renforcer dans les études de médecine et de pharmacie un enseignement – obligatoire dans le 2ème cycle, optionnel dans les 3ème cycles – dédié à la relation médecin-malade, à ses effets non spécifiques, aux effets placebo avec attente, aux effets bénéfiques du conditionnement, et au bon usage des médecines complémentaires intégratives.

Et finalement recommandent :

  • qu’aucune préparation homéopathique ne puisse être remboursée par l’assurance maladie tant que la démonstration d’un service médical rendu suffisant n’en aura pas été apportée ;
  • qu’afin de fournir au public une information loyale, que les préparations homéopathiques délivrées en pharmacie portent la mention de leur composition, de leur dilution en termes compréhensibles, sans revendication thérapeutique ;
  • et, au vu de la confiance que feraient les Français usagers d’internet à un site officiel d’information labellisé  par l’État, d’instituer, sous une forme à définir, une base indépendante et actualisée d’information du public sur les thérapies complémentaires.

Introduite à la fin du XVIIIe siècle par Samuel Hahnemann l’homéopathie s’en remettra-t-elle ? La balle est désormais dans le camp du gouvernement.

A demain

@jynau

1 Daniel Bontoux*, Liliane Grangeot-Keros**, Christine Hache**, Bernard Laurent*au nom d’un groupe de travail rattaché à la commission XII (thérapies complémentaires – thermalisme – eaux minérales) (A. Autret, JC. Béani, D. Bontoux [coordonnateur], C. Jaffiol, B. Falissard, L. Grangeot-Keros, C. Hache, JP. Laplace, B. Laurent [secrétaire],D. Lecomte, RG. Legall, Y. Levi, G. Dubois, H. Julien, JP. Giroud, J.M. Mourgues, JP. Nicolas, JP. Olié, P. Queneau, CF. Roques, J. Sackur, R. Trèves) *Académie nationale de médecine **Académie nationale de pharmacie

2 Homeopathic products and practices : assessing the evidence and ensuring consistency in regulating medical claims in the UE.
https://easac.eu/publications/details/homeopathic-products-and-practices/

3 Robert T.Mathie , Nitish Ramparsad, Lynn Legg, Jurgen Clausen et al. Randomised double blind,placebo-controlled trials of non individualized homeopathic treatment : systematic review and meta analysis.  Systematic Reviews, 2017,6/63.

4 –  Baromètre santé 360 – Les médecines alternatives et complémentaires.
http://www.odoxa.fr/?s=M%C3%A9decines+compl%C3%A9mentaires+

5 Michel Piolot, Jean-Paul Fagot, Sébastien Rivière et al. – Homeopathy in France in 2011-2012 according to reimbursements in the French national health insurance database (SNIIRAM). Fam Pract.2015 August;32(4):442-448.

6 Alain Autret – Les effets placebo. Des relations entre croyances et médecines. L’harmattan Paris

 

Grand âge : neuf milliards d’euros pour demain. Comment aurait-on fait sans Agnès Buzyn ?

Bonjour

Comment aurait-on fait si elle avait finalement été choisie pour partir vers Strasbourg et Bruxelles ? Aujourd’hui les médias généralistes ne parlent que de l’avenir et de la vieillesse. Dominique Libault, grand serviteur de l’Etat et président du Haut Conseil du financement de la protection sociale, a été missionné en septembre par le Premier ministre pour examiner « les différentes modalités de financement de la dépendance ». Et M. Libault vient de remettre son rapport à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Dans la foulée, le « discours de Madame Agnès Buzyn lors de la remise du rapport Libault le 28 mars 2019 ». Un discours important, un texte à conserver. Extraits (les gras ont été conservés) :

« Lorsque l’on est ministre des Solidarités et de la Santé, chaque jour et chaque moment sont importants, parce que derrière ces attributions, solidarités et santé, c’est de la vie quotidienne des Français que l’on parle, dans ses joies et ses peines. Reste que certains événements prennent une dimension toute particulière, et donnent aux femmes et aux hommes qui les vivent le sentiment, sinon d’écrire l’histoire, au moins de construire l’avenir. Je ne pense pas être la seule à éprouver ce sentiment aujourd’hui.

Parce que le sujet que nous évoquons aujourd’hui est hors-norme : il est à la fois universel et intime. A l’échelle de tous, le vieillissement et la perspective de la fin de vie sont des évidences absolues. A l’échelle de chacun, et lorsqu’ils concernent nos proches, ils composent une vérité refusée, parfois douloureuse. Est-ce en raison de ce paradoxe que nous n’avons pas encore su apporter à ce défi du vieillissement de la société, que nous voyons pourtant poindre depuis si longtemps désormais, une réponse à la hauteur de l’enjeu et de nos responsabilités ? (…)

Notre société peine à donner espoir à sa jeunesse, et considération, visibilité et soutien à ses aînés (…)  je veux saluer celles et ceux qui m’ont précédé au ministère et qui ont arraché d’aussi belles victoires que la création de l’allocation personnalisée d’autonomie en 2002 et de la caisse nationale de solidarité pour l’autonomie en 2004, ou des avancées de la loi d’adaptation de la société au vieillissement de 2015 (…)

Nous avons tâtonné un long moment. L’heure est venue de la grande prise de conscience. Nous ne pouvons plus fermer les yeux. Le mur est trop proche et demain il sera trop tard.

La société française de 2050, dans laquelle près de 5 millions de Français auront plus de 85 ans et dans laquelle le nombre d’aînés en perte d’autonomie aura presque doublé, cette société se construit aujourd’hui. C’est donc aujourd’hui qu’il nous faut agir, et sur tous les fronts, pour intégrer enfin le risque de la perte d’autonomie des personnes âgées dans la structure même de nos politiques sociales.

Nous allons à présent entrer dans un temps de préparation très concret et rythmé. Un temps au cours duquel nous allons bâtir une architecture nouvelle, une couverture publique du risque de dépendance lié au grand âge financée par la solidarité nationale. Cette couverture publique, nous devrons en définir le modèle, avec une offre, une gouvernance et un financement clairement établis. Cette couverture publique, je veux qu’elle puisse nous permettre de répondre aux questions extrêmement concrètes que j’entends tous les jours dans la bouche des Français qui participent au grand débat national. »

Et Agnès Buzyn de lister les sept questions concrètes 1 qui sont désormais publiquement soulevées. Des questions dont les réponses seront son  « seul ordre de mission dans les prochains mois ». Comment ferait-on si elle avait finalement été élue par le président pour s’envoler vers les sphères européennes ?

A demain

@jynau

1 Les sept questions : « Vers qui dois-je me tourner pour évaluer mes besoins ou ceux de mon proche, connaître mes droits et mes options ? » ;  « Ai-je la liberté de choisir mon lieu de vie et le mode de prise en charge qui me correspond le mieux, quels que soient mes moyens ? » ; « Comme puis-je éviter de peser sur mes enfants ou mes petits-enfants ? » ; « Vais-je priver mes enfants et petits-enfants de leur héritage si je reste dépendant très longtemps ? » ; « Y aura-t-il suffisamment de personnes bien formées pour prendre soin de moi ou de mon proche, à domicile ou en établissement ? » ; « Professionnel du grand âge ou jeune en recherche d’orientation professionnelle, les conditions sont-elles réunies pour que mon métier ou mon futur métier ait du sens ? » ; « Comment puis-je rester ou aider mon proche à rester autonome le plus longtemps possible ? »

 

Gilets Jaunes : quand Emmanuel Macron fait la leçon à la vieille dame gravement blessée

Bonjour

Cela sera un épisode fameux du prochain « Emmanuel le Magnifique » de Patrick Rambaut. Où comment l’affaire de Geneviève Legeay prend, soudain, une dimension nationale. Geneviève Legay : 74 ans, porte-parole de l’association Attac grièvement blessée, samedi 23 mars, lors d’une charge de la police, à Nice, contre une manifestation de « Gilets Jaunes ». Hospitalisée, elle souffrirait, selon l’une de ses filles, de plusieurs fractures au crâne et d’hématomes sous-duraux. Et sa famille a annoncé, par le biais de son avocat Me Arié Alimi, vouloir porter plainte « pour violences volontaires en réunion avec arme par personnes dépositaires de l’autorité publique et sur personne vulnérable »

Après la décision du procureur de la République d’ouvrir une enquête il y avait eu les étranges propos de Nicole Belloubet ministre de la justice :

« Je trouve tout de même curieux que lorsqu’une manifestation est interdite, comme c’était le cas à Nice, quelqu’un aille absolument avec la volonté de manifester à cet endroit-là. Il y avait quelques périmètres, dans certaines villes, où les manifestations étaient interdites. A la suite de sommations, une personne qui y reste est susceptible de commettre un délit et c’est dans ce cadre là que les événements se sont passés ».

L’affaire prend aujourd’hui une nouvelle dimension nationale avec les propos d’Emmanuel Macron. Dans un entretien accordé à  Nice-Matin et publié ce 25 mars le président de la République souhaite à la victime « un prompt rétablissement». Un prompt rétablissement et, ose-t-il,  « peut-être une forme de sagesse »…

 « Je souhaite d’abord qu’elle se rétablisse au plus vite et sorte rapidement de l’hôpital, et je souhaite la quiétude à sa famille. Mais pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable. Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci.»

Où l’on en revient, avec ce sermon présidentiel, à la question de l’autonomie qui peut ou non être laissée aux personnes devenant, décidément, trop âgées. A Nice la manifestation avait été interdite car le pouvoir exécutif redoutait des débordements à la veille de l’arrivée du président chinois Xi Jinping qui effectue une visite d’Etat à Monaco – et ce avant un dîner prévu avec Emmanuel Macron dimanche soir à Beaulieu-sur-Mer (villa Herylos) 1. Et sur les soixante-et-une personnes placées en garde à vue après ces manifestations, vingt ont été libérées a encore précisé le procureur de la République de Nice.

Geneviève Legeay, elle, est toujours hospitalisée.  Fragile, ignorait-elle qu’elle risquait, en scandant ‘’Liberté de manifester !’’, de se faire méchamment bousculer ?

A demain

@jynau

1 Nice Matin et l’AFP nous apprennent qu’à cette occasion Emmanuel Macron a offert à son homologue une traduction de Confucius en français datant du XVIIe siècle – un manuscrit illustrant notamment les débuts de la sinologie européenne. M. Xi lui a quant lui offert un vase précieux spécialement conçu pour l’occasion, associant des images représentant leurs deux pays, notamment un « panda et un coq » (sic)