Pour un sommeil de qualité, ne pas se laisser embobeliner avec les objets connectés

Bonjour

22 mars 2019 : une nouvelle « Journée nationale du sommeil », la 19ème   qui voit l’émergence croissante des « objets connectés » dans les mondes de la nuit et de la sieste 1. Que dire, ici, qui ne soit pas une incitation à l’achats d’objets (qui se portent au poignet ou au doigt, se fixent sur la tête, ou se placent sous le matelas) présentés comme de nature à pallier un manque, une souffrance ?

On peut s’intéresser aux résultats de la recherche que vient de financer la Fondation MAIF 2 – travail conduit par le laboratoire « Adaptations Travail Individu » de l’Université Paris Descartes et la société Ergo-Centre.  Objectif : évaluer la réelle efficacité réelle des objets connectés vantés comme de nature à améliorer le sommeil de leur propriétaire ?

Les objets connectés s’inscrivent dans un courant qui se développe fortement avec les progrès du digital : le quantified self. Ces technologies reposent, pour la plupart, sur l’enregistrement de paramètres tels que les mouvements du corps, la fréquence cardiaque, la respiration, l’enregistrement sonore des ronflements. Les données sont recueillies à partir de capteurs généralement portés au poignet, insérés sous le matelas, l’oreiller ou tout simplement de ceux qui équipent nos smartphones.

Agendas de sommeil

Quelques rares dispositifs enregistrent directement l’activité cérébrale à partir d’électrodes insérées dans un bandeau. A partir de l’analyse croisée des données, des indicateurs sur la durée et la qualité du sommeil sont présentés à l’utilisateur sous formes de chiffres ou de graphiques directement disponibles sur son smartphone ou sa tablette

« Sept objets connectés ont été testés. Ils sont représentatifs du marché et fonctionnent selon plusieurs technologies.  30 testeurs ont été répartis dans plusieurs groupes afin que chaque sujet teste deux dispositifs. La durée d’étude a été fixée à 3 semaines : une première semaine « de référence », c’est-à-dire sans dispositif, puis deux fois une semaine d’observation avec l’utilisation d’un objet connecté.

« Des agendas de sommeil ont permis de « mesurer » le sommeil pendant les trois semaines. Des entretiens et des questionnaires portant sur l’usage des dispositifs ont permis d’analyser la praticabilité des objets connectés sur leur influence sur le sommeil et l’activité quotidienne des participants. Cette étude transversale a été complétée par une étude longitudinale avec 45 personnes utilisatrices d’objets connectés sur une période longue (d’un mois à plus d’un an). »

Hypnotiques/somnifères

 Résultats : seuls deux systèmes étudiés s’appuient sur des études de validation scientifique. Les autres sont donc susceptibles de produire « des résultats imprécis, voire faux ». « Les personnes utilisant des objets connectés depuis plusieurs mois déclarent qu’elles sont satisfaites de leur acquisition. Néanmoins, interrogées sur leur sommeil, à peine 22% déclarent mieux dormir alors que 42% déclarent l’inverse. Seuls 18% de ces utilisateurs familiers pensent que la qualité de leur réveil s’est améliorée et 41% pensent que non.

On peut le dire simplement :  les objets connectés peuvent, au mieux (et lorsqu’ils sont bien conçus) sensibiliser leurs utilisateurs à une donnée essentielle : l’hygiène d’un sommeil débarrassé des hypnotiques/somnifères. Encore faut-il que ces conseils soient clairs et personnalisés. Et que l’on sache raison garder.

Le plus important n’a rien de bien nouveau : respecter ses rythmes physiologiques, tous différents d’un individu à l’autre. Et garder en mémoire deux principes de base : ne pas alimenter sa dette de sommeil en respectant la durée quotidienne de sommeil ; ne pas dérégler les connections intimes que nous avons, chacun, avec cette horloge biologique personnelle qui, elle, n’a pas de prix.

A demain

@jynau

NB :  embobeliner.

1 Non, « la sieste n’appartient pas aux gens du sud » plaide Brice Faraut (Centre du sommeil et de la vigilance, Hôtel-Dieu de Paris) dans un récent et remarquable ouvrage pratique consacré à ce continent  : Sauvés par la sieste. Petits sommes et grandes victoires sur la dette de sommeil. Editions Actes Sud, 2019

2 La Fondation MAIF se présenta ainsi : « C’est une FRUP (Fondation Reconnue d’Utilité Publique). Organisme à but non lucratif, elle a pour mission d’étudier les comportements humains et le monde qui nous entoure afin de prévenir au mieux les risques qui affectent les personnes et les biens au quotidien. Elle est engagée sur quatre thématiques majeures : les risques liés à la mobilité, les risques de la vie quotidienne, les risques numériques et les risques naturels. »