«Plus belle la vie» : faire une croix sur la GPA à la télévision comme on le fit sur le tabac ?

Bonjour

On n’attend plus, sur ce sujet, que l’avis médiatique éclairé de l’omniprésente Marlène Schiappa. Où il est question de « Plus belle la vie », célèbre série diffusée sur France 3.  Onze ans déjà que la France (cinq millions de téléspectateurs quotidiens) découvre cette mise en scène du quotidien des habitants d’un quartier imaginaire de Marseille : « le Mistral ». Une fiction à la française avec deux types d’intrigues : la vie personnelle des habitants (joies, peines, amours etc.) et de sombres intrigues policières marseillaises sans accent. Joli succès d’audience (presque salué par … Le Monde diplomatique et dénoncé par … Libération) ). Une fiction régulièrement pimentée de polémiques (cannabis, triolisme, poppers, inceste, viol, mariage pour tous, transidentité etc.). Et aujourd’hui : la GPA.

« Dans l’épisode du 23 juillet dernier, rapporte France Inter (Clément Polyn)l’un des personnages principaux de la série, Céline, qui ne peut pas avoir d’enfant, révèle à l’un de ses amis avoir fait appel à une mère porteuse britannique et à un donneur de sperme anonyme. Son ami lui rappelle alors que la gestation pour autrui est interdite en France. Mais l’héroïne décide tout de même de se tourner vers une médecin favorable à la GPA. »

Aussitôt tonnerre de condamnations. A commencer par celle d’un sénateur (Les Républicains, Vendée). Bruno Retailleau :« On peut attendre autre chose du service public qu’il utilise l’argent des Français pour faire la promotion de la marchandisation du corps humain. Pouvoir acheter un enfant ne sera jamais la marque d’un progrès de la civilisation. »

Mais il y a plus, comme l’observe Le Figaro (Agnès Leclair) . La série «vise à rendre acceptable une pratique d’exploitation du corps des femmes, interdite en France et dans la plupart des pays d’Europe», jugent les associations féministes réunies sous la bannière de la Ciams (Coalition internationale pour l’abolition de la maternité de substitution) 1. Où l’on perçoit que l’opposition à la GPA réunit bien des énergies.

Corps des femmes en esclavage

«Nous voulons alerter l’opinion publique sur le traitement favorable de la GPA. La série présente la pratique de “location d’utérus” sous un angle socialement admissible. Elle ne rappelle jamais que cette pratique repose sur un système d’exploitation et d’instrumentalisation du corps des femmes et qu’elle relève de la vente d’enfant», précise Ana-Luana Stoicea-Deram, présidente du Collectif pour le Respect de la Personne.

La Ciams dénonce la «banalisation» du recours à la GPA «par le biais d’arguments fallacieux», notamment dans un dialogue où une jeune femme médecin évoque des cas de GPA «où tout s’est bien passé» ou encore dans la mise en avant «d’une avocate brillante et spécialisée dans les causes justes» comme mère d’intention.

«Ces propos s’appuient toujours sur des situations individuelles présentées comme positives mais masquant la situation réelle de la GPA dans le monde: un système d’exploitation des plus pauvres au profit des plus riches par le biais du tourisme procréatif, renouvelant les pratiques de trafic triangulaire», s’insurge encore la Ciams dans un communiqué.

Les associations reprochent également à la série «l’utilisation des vieux poncifs sur le dévouement féminin ainsi que sur la nécessité de la maternité». Quant à la «pirouette» des scénaristes, qui ont choisi de clore cette séquence en racontant que cette GPA était une escroquerie, elle «n’exonère pas la production de sa responsabilité», estiment-elles.

« Le collectif demande notamment à la société de production de rappeler ‘’de façon explicite’’ l’interdiction de la GPA, ajoute Le Figaro.  La députée (Calvados, PS) Laurence Dumont, qui s’est jointe à cette initiative, a de son côté écrit au ministre de la Culture et à la présidente de France Télévisions pour les alerter. »

Interdire (de montrer) ou débattre (du sujet). C’est, désormais toute la question à laquelle doit répondre ceux qui gouvernent la télévision.

A demain @jynau

1 Premières organisations signataires : Amicale du nid, CADAC Collectif des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception, Chiennes de garde, CNFF – Conseil National des Femmes Françaises, Coordination nationale de Osez le féminisme!, CQFD Lesbiennes féministes, Du Côté Des Femmes – DCDF, ELCEM, Encore féministes, Femmes libres / Radio libertaire, Femmes solidaires- Marseille, Forum Femmes méditerranée, Initiative Féministe Euromed IFE-EFI, L’Association Française des Femmes Médecins, AFFM,, La CLEF (Coordination française du Lobby Européen des Femmes), La ligue du droit international des femmes, La Marche Mondiale des Femmes, L’Assemblée des Femmes, Le CEL de Marseille, Le CoRP -Collectif pour le Respect de la Personne, les VigilantEs, LFID – Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie, Libres MarianneS, Osez le féminisme ! 13, Osez le féminisme Vaucluse, REFH – Réussir l’égalité femmes-hommes, Regards de femmes, Réseau Féministe « Ruptures », Zeromacho

Premières signatures individuelles : Laurence DUMONT (Députée socialiste du Calvados), Henriette AUBAY (Militante des droits de l’enfant), Françoise LAROCHE (Féministe – Var), Dr Annie Laurence GODEFROY  (Médecin – militante féministe), Dr Olivier MANCERON (humaniste pro-féministe), Claire DESAINT (vice-présidente de REFH), Fanny COHEN HERLEM (Psychiatre qualifiée en pédopsychiatrie- Travaille en Protection de l’Enfance), Blandine DEVERLANGES, Patricia MORIN (avocate – Lyon), Andrée SODJINOU (psychologue – Ile de France), Marie Jo. BONNET (spécialiste de l’histoire des femmes), Cécile BLUMENTAL, Nicole FOUCHE (Vice-présidente de REFH – Réussir l’égalité femmes-hommes), Yvette ROUDY (ancienne Ministre des droits des femmes).

Exercer le journalisme face à l’antisémitisme : l’édifiant arrêt d’une retransmission par FR3

Bonjour

C’est une affaire édifiante. Edifiante en ce qu’elle témoigne des impasses présentes et à venir de la pratique du métier de journalisme dans des espaces certes toujours démocratiques mais où la circulation des « informations » fait l’objet d’une dérégulation croissante via les célébrissimes « réseaux sociaux ». Une situation à très haut risque qui est bel et bien de l’ordre de la santé publique. On se gardera de tout commentaire.

Cela s’est passé en Alsace et les faits sont rapportés par les DNA. Elle explique que France 3 Alsace a indiqué,  mercredi 20 février, avoir suspendu mardi la retransmission en direct sur sa page Facebook de la visite du président Emmanuel Macron au cimetière juif profané de Quatzenheim, en raison de dizaines de commentaires « antisémites et racistes». Voici les explications de FR3 (Aymeric Robert, en charge du numérique) :

« Nous étions préparés. Tout journaliste sait qu’en 2019 et cela vaut pour n’importe quel média, il est toujours compliqué de retransmettre en Facebook live un événement impliquant la venue du chef de l’Etat. Dans un cimetière juif qui plus est, à l’heure où l’antisémitisme se répand comme un mauvais poison. Aujourd’hui, Emmanuel Macron, demain, un autre, mais nul doute qu’il sera soumis au même déchaînement de haine imbécile alimentée par de petits vengeurs de moins en moins masqués.

« Nous faisions partie de ceux qui pensaient encore l’exercice possible. Que le caractère odieux des actes antisémites de Quatzenheim, que le moment d’émotion et de stupeur des familles de ce village bas-rhinois, nous protégerait de ce flot d’immondices redouté. Que la notion de respect était encore vivace. Du respect de l’instant, des hommes et des femmes présents, du respect des morts, de la mémoire de ceux qui ont vécu sur nos territoires et ont forgé leur histoire et à défaut… du respect du cadre légal.

« Heil Hitler », « sales juifs »

« Raté. Au bout de quelques minutes, les commentaires ignobles et illégaux ont largement dépassé notre capacité à les modérer. Deux journalistes, ce n’est plus suffisant pour un tel exercice, sans doute que dix ou vingt non plus d’ailleurs. Que l’exercice n’est tout simplement plus possible en 2019. Une retransmission, d’accord, mais sans commentaire. Tant pis pour la libre parole.

« Nous ne parlons pas des commentaires bêtement stupides ou hors-sujets, ni même des commentaires anti-Macron. Vous avez le droit de critiquer le chef de l’Etat sur nos pages Facebook. Vous ne vous en privez pas. A dire vrai, nous nous réjouissons que vous puissiez le faire. C’est le signe d’une démocratie forte que de critiquer ses élus.
Non, nous parlons d’appels au meurtre explicites, de commentaires ouvertement antisémites et racistes, des « Heil Hitler », des « sale juif  » ou « sales juifs », qu’ils s’adressent à Emmanuel Macron ou aux représentants de la communauté juive.

Responsabilité juridique et morale

« Dégoût et sidération. Ces internautes, pas toujours anonymes à en juger par leur patronyme, savent-ils que ces écrits sont un délit ? Qu’on peut faire de la prison ferme pour un simple commentaire sur Facebook ? A quel moment, est-il devenu normal d’appeler publiquement à tuer quelqu’un, qu’il soit chef de l’Etat ou simple habitant d’un village alsacien ? Rappelons donc que Facebook, aussi virtuel soit-il, n’échappe pas au code pénal, que les internautes ont une responsabilité juridique qui engage France 3 Alsace. Mais au-delà de cette responsabilité juridique, nous refusons d’être un vecteur de haine.

« Ces commentaires sont le fruit pourri d’une minorité d’internautes. La plupart d’entre vous ont suivi ce live sans le commenter, d’autres ont exprimé leur émotion. Mais cette minorité nous interdit aujourd’hui de retransmettre certains événements en Facebook live.

« Ce n’est pas la fin du monde, juste un nouveau rétrécissement du champ d’action de notre métier. Un rétrécissement de la démocratie et de la liberté de jouir de nos droits, de tous nos droits. »

 France 3 Alsace a raison. Ce n’est pas la fin d’un monde. C’est un rétrécissement du champ d’action du métier de journaliste. De ce point de vue, Orwell l’a prophétisé, c’est un rétrécissement du monde.

A demain

@jynau

Les amphétamines de Bernard-Henri Lévy et les injections sanguines de la star Neymar

Bonjour

Du pain et des bleus. « 19-24 Désespérant » titre justement L’Equipe au lendemain d’un match catastrophe du XV de France cintre le XV de Galles. Où l’on pressent que le jeu de rugby, à l’échelon français, est une éponge du moral national. Et sans jamais pouvoir le démontrer on pourrait soutenir l’hypothèse que les violences inhérentes aux Gilets Jaunes ne sont pas étrangères aux malheurs des Bleus. Un vrai chef vous manque, et c’est le désespoir.

Nous avions laissé  Neymar da Silva Santos Júnior, 26 ans, souffrant d’une « élongation des adducteurs droits ». C’était en novembre. Nous voici en février, le gracile génie est à nouveau blessé. L’Equipe nous apprend que l’homme vient de faire un aller-retour en urgence à Barcelone. Là il a « reçu une injection de plasma riche en plaquettes (PRP) par leDr Ramón Cugat Bertomeu, chirurgien orthopédiste et spécialiste international de cette pratique régénératrice».

Traitement des tendinopathies chroniques

Chacun sait que Neymar s’est blessé contre Strasbourg (2-0) en Coupe de France, le 23 janvier. La star brésilienne salariée par le Qatar à Paris « souffre d’une pseudarthrose, c’est-à-dire un défaut de consolidation de la fracture du cinquième métatarsien du pied droit opéré en pars dernier par Rodrigo Lasmar, le médecin de la sélection brésilienne ». Pas d’intervention, cette fois, mais « un traitement conservateur à base de kiné, de magnétothérapie et d’injection de PRP ».

User ou pas du PRP ? On lit ceci dans la précieuse Revue Médicale Suisse, sous la signature de Jean-Luc Ziltener, Maxime Grosclaude et Lara Allet (Service d’orthopédie et traumatologie de l’appareil moteur, Hôpitaux Universitaires de Genève).

« Les tendinopathies chroniques chez le sportif sont fréquentes et pour certaines difficiles à traiter. La guérison et la régénération tendineuse sont sous le contrôle, entre autres, de nombreux facteurs de croissance. Il est actuellement possible de concentrer quelques facteurs de croissance autologues dans une fraction plasmatique du sang prélevé chez un sujet (plasma riche en plaquettes – PRP), et de la réinjecter au site lésionnel. La recherche de base et animale paraît plutôt prometteuse. Néanmoins, en clinique, le nombre d’études scientifiquement acceptables dans cette indication est faible. Actuellement, il n’est ainsi pas possible de recommander formellement ce type d’injections sanguines pour le traitement des tendinopathies chroniques chez l’homme. »

Passer chez Ruquier ou descendre une piste noire ?

L’Equipe, toujours (supplément papier glacé) et un « auto-portrait » glaçant (propos recueills par Estelle Lenartowicz – photo Roberto Frankenberg) de « Bernard-Henri Lévy, 70 ans, écrivain ». Où l’on en apprend un peu plus encore sur ses centaines de chemises toujours portées sans cravate (peur d’étouffer, « vieux truc d’enfant asthmatique ») ; sur ses modalités d’écriture dans une piscine (magnétophone, brasse papillon, un peu de dos crawlé) ; sur sa pratique, jeune, des sports de combat (judo, ju-jitsu, bâton japonais) ; sur le ski (« Passer chez Ruquier, c’est comme descendre une piste noire à ski » – sic).

Sans oublier le dopage aux amphétamines 2 :

« Jusqu’à il y a quinze ans, il m’est arrivé de me doper. Pour rendre plus pertinente cette partie du corps qu’est mon cerveau. Sous amphétamines, on se sent invincible, extralucide, invulnérable. Je ne regrette pas cette époque mais elle est derrière mois. Aujourd’hui j’ai besoin de bouger, de brûler mon énergie, de respirer. Je nage ».

Et L’Equipe de compléter : « 0 cigarette depuis trente ans après avoir fumé 5 paquets par jour. Au théâtre Antoine à Paris, le 20 mai, dans sa pièce ‘’Looking for Europe’’ ».

A demain

@jynau

1 Traitement des tendinopathies chroniques : intérêt des injections de plasma riche en plaquettes (PRP) Rev Med Suisse 2011; volume 7. 1533-1537

2 Dans Le Figaro daté du 3 juillet 2014 (Emilie Geffray), en réponse à la question de savoir s’il avait été gêné des  révélations sur France 2  (par sa femme Arielle Dombasle) de ses prise de « psychotropes » Bernard-Henri Lévy répondait : « Il y a une vraie tradition, vous savez, des écrivains consommateurs de substances. Artaud et le peyotl, Henri Michaux, Baudelaire et Théophile Gautier. À quoi sert un corps, pour un écrivain, sinon à produire le maximum de texte possible? Et de la meilleure qualité? Les amphétamines, parfois, m’y ont aidé. »

 

Grand Débat : Marlène Schiappa osera animer une émission télévisée avec Cyril Hanouna

Bonjour

Janvier 2019 : George Orwell, Guy Debord et Jean-Claude Michéa sont bel et bien là. Ce sera un atelier dans le cadre du débat national. Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, va « co-animer » vendredi 25 janvier avec Cyril Hanouna  une émission spéciale sur la chaîne C8  – propriété du groupe Canal+, filiale du groupe Vivendi qui a pour actionnaire majoritaire le groupe Bolloré, détenu par Vincent Bolloré).

Cela s’appellera « La parole aux Français » : un numéro spécial et en direct de la célèbre émission « Balance ton post ! ». Cela sera diffusé à 22 h 30 et « donnera la parole » (sic)  à des « retraités, infirmiers, demandeurs d’emploi, commerçants, enseignants, agriculteurs » (re-sic) qui « témoigneront de leur quotidien » (re-re-sic).

 « Ensemble, nous tenterons de transformer leurs problèmes en propositions », explique C8 qui  présente cette première comme « un échange citoyen avec des propositions concrètes » et non pas comme un « débat politique » : « Les téléspectateurs voteront en direct pour retenir sept idées qui seront transmises au gouvernement ».

Animal Farm

Désespérante l’affaire ne manque pas non plus d’être cocasse. Wikipédia observe ainsi qu’une « partie de la presse » a « remis en doute » certains des thèmes abordé par « Balance ton post ! » – et ce en dénonçant « une succession de débats surréalistes et de questions jugées absurdes ». Le 13 octobre dernier l’émission avait pour thème : « Pour ou contre l’IVG ? ». Marlène Schiappa avait alors « réagi sur les réseaux sociaux » en rappelant que l’entrave à l’interruption volontaire de grossesse est un délit puni par la loi.

« J’ai regardé l’émission car ma collègue Brune Poirson était invitée en plateau et je regarde dès que possible les passages de mes collègues, avait ensuite expliqué à 20 minutes la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Quand j’ai vu débarquer un militant anti-choix, j’ai immédiatement contacté Cyril Hanouna. Il a lu mes SMS en direct. J’ai notamment rappelé que l’entrave à l’interruption volontaire de grossesse est un délit, puni par la loi et cela a été lu en direct ».

De Orwell on peut relire « La Ferme des animaux » (Gallimard). Et de Jean-Claude Michéa « Le loup dans la bergerie – Qui commence par Kouchner finit toujours par Macron » (Flammarion).

A demain

@jynau

Gilets Jaunes : passé le temps de la jactance, une ferrandinade et pas de carabistouilles

Bonjour

Déclaration  spontanée ou travail de communicants ? Après l’Acte V des Gilets Jaunes voici Richard Ferrand dans un entretien au Journal du Dimanche. Le président de l’Assemblée nationale assure, dit France Info, « le service après-vente des annonces d’Emmanuel Macron ».

Voici Richard Ferrand et, avec lui, un nouveau terme destiné à faire parler, rire ou – une nouvelle fois- énerver.

Face à la colère des Gilets Jaunes « l’engagement du président sera tenu »  assure l’ancien journaliste et socialiste Richard Ferrand . « Il n’y aura pas de carabistouille »  ajoute-t-il, notamment l’augmentation de 100 euros pour tous les salariés au niveau du Smic. « L’enjeu, c’est que la totalité des salariés payés au Smic en bénéficient, bien au-delà de ceux qui touchent la prime d’activité. Crédit d’impôt, baisse des charges salariales… tout est à l’étude, souligne encore ce très proche du chef de l’Etat. Si nécessaire, nous modifierons la première tranche de l’impôt sur le revenu pour que personne ne soit pénalisé. On ne reprendra pas d’une main ce qui aura été donné de l’autre. »

Richard Ferrand aurait aussi pu parler d’entourloupe comme le fit le ministre de la Transition écologique François de Rugy sur BFMTV lors d’un ahurissant  débat (« Sortir de la crise ») avec quatre gilets jaunes. En ces termes : « Comme ça il n’y a pas d’entourloupe. Le président [de la République française] je l’ai eu au téléphone il y a quelques minutes. Il m’a dit: ‘’les gens ont eu l’impression qu’il y avait une entourloupe, qu’on leur disait c’est une suspension mais hop ça reviendra après’ » ».

Raymond Devos

L’entourloupe, on connaît bien en France (plaisanterie, mauvais tour, destiné à prendre avantage sur quelqu’un) – mais la carabistouille ? Richard Ferrand ou ses communicants savent-ils que c’est un belgicisme qui s’emploie surtout au pluriel (cf. H. Baetens Beardsmore, Le Français régional de Bruxelles, 1971, p. 400).

Sans doute eût-il mieux valu parler de calembredaine ou de galéjade. Mais Richard Ferrand use ici d’un mot qu’affectionne le président de la République. Ainsi Emmanuel Macron l’avait-il  utilisé (au pluriel) lorsqu’il était, en avril dernier, invité sur le plateau de Jean-Pierre Pernaut, «pour répondre aux questions que les Français se posent» :  « Il ne faut pas raconter de carabistouilles à nos concitoyens ». Le Figaro avait alors enquêté :

« Il serait dérivé de la contraction de deux termes ‘’cara’’, dont l’origine demeure obscure, et ‘’bistouille’’, c’est-à-dire le ‘’mauvais alcool’’. Un mot dont le suffixe ‘’-ouille’’ indique un usage dans le langage argotique, voire populaire.

Bien qu’aussi mystérieux que son confrère ‘’cara’’, le CNRTL tente une explication des racines du mot. Selon le dictionnaire, ‘’bistouille’’, né d’un dialecte du Nord à l’aube du XXe siècle serait probablement dérivé du préfixe ‘’bis’’ et du verbe ‘’touiller’’. »

 Mais Richard Ferrand ne s’arrête pas là. Concernant la suite du mouvement des « gilets jaunes », le président de l’Assemblée nationale dit respecter la liberté de manifester. Il ajoute toutefois : « Mais à force de rester sur les ronds-points on tourne en rond. » Ce qui n’est pas sans faire songer à un célèbre sketch de Raymond Devos centré sur le sens giratoire. Et qui pourrait conduire à l’éclosion d’un néologisme, dans l’ombre de la raffarinade, une ferrandinade ?

A demain

@jynau

 

 

Jeu de rugby : trois jeunes morts en sept mois ; les vieux «Gros Pardessus» ne bougent pas

Bonjour

« Nicolas Chauvin : un sourire s’est effacé » titre L’Equipe. Et le quotidien sportif de consacrer deux pages édifiantes : « Morts au jeu » et un éditorial lumineux : « Urgences » (Alexandre Bardot). Trois morts, donc. Trois morts en sept mois : Adrien Descrulhes (17 ans, 20 mai), Louis Fajfrowski (21 ans, 10 août), Nicolas Chauvin (18 ans, 12 décembre).

L’émotion, bien sûr. Et de l’émotion collective à venir. La Fédération Française de Rugby et la Ligue Nationale de Rugby ont annoncé qu’une « minute d’applaudissements serait respectée cette semaine et ce week-end avant le coup d’envoi de toutes les compétitions de rugby amateur et professionnel ». Et ce « en hommage à Nicolas Chauvin, décédé mercredi ». Applaudir pour rendre hommage à un adolescent de 18 ans mort sur le pré ? On aurait, aussi, pu faire silence 1.

Mais encore ? Ceci : « la FFR a demandé à World Rugby la tenue immédiate d’une réunion exceptionnelle dédiée à la sécurité ». La belle affaire. Trois morts en sept mois ? Les Gros Pardessus s’émeuvent a minima mais ne bougent pas.

Les deux pages de L’Equipe du jour (Pierre-Michel Bonnot, Ollivier Bienfait) décryptent le sujet essentiel : les dangers inhérents à la pratique actuelle des plaquages « hauts » associés à l’évolution des gabarits : en quarante ans le joueur de rugby d’élite a pris 12,5 centimètres et 18 kg.

Suicide et fatalité

Aucune fatalité ici : il faut d’urgence modifier les règles du plaquage et interdire ceux, contre nature, pratiqués au-dessus de la taille. Et l’histoire montre, avec la mêlée, que les dirigeants du rugby ont su évoluer et s’engager dans une politique de réduction des risques – une politique loin de ruiner la beauté du jeu et du spectacle. Il en irait de même avec les interdits des « plaquages-hauts » qui contribueraient à fluidifier le jeu et à l’éloigner de son rapprochement suicidaire vers le « football américain ».

On peut, bien évidemment, soutenir une opinion contraire. Comme, toujours dans L’Equipe,  Grégory Lamboley, jouer retraité ou Brett Gosper, directeur général de World Rugby qui, sur Canal +, estime en substance que les morts sur le pré pèsent assez peu rapportés à la somme des bénéfices apportés par ce jeu.

Pour sa part Grégory Lamboley reprend l’antienne selon laquelle la vie humaine ne tient qu’à un fil et que la chance n’appartient guère à ceux qui, finalement, se trouvent au mauvais moment au mauvais endroit. Où l’on comprend que le rugby aide aussi à faire la part entre ceux qui plaident pour la  perpétuation de la jungle humaine et ceux qui plaident pour sa réduction. Au planchot français, trois morts. Dans la tribune d’honneur, légion du même nom sous l’hermine, les Gros Pardessus, immobiles.

A demain

@jynau

1 Sur les rapports et les évolutions entre « minute de silence » et « applaudissements »se reporter à : « Pourquoi les Niçois ont applaudi pendant la minute de silence » (Claire Digiacomi) HuffPost

 

 

Mantes-la-Jolie : l’« interpellation collective » de lycéens est-elle ou non une « rafle » ?

Bonjour

7 décembre 2018. Avant le « samedi de tous les dangers » c’est la grande affaire du jour, celle que personne n’attendait, une affaire scolaire qui « embrase les réseaux sociaux ». Elle est parfaitement résumée par Le Monde : « La vidéo de l’interpellation collective de dizaines de lycéens à Mantes-la-Jolie provoque de vives réactions. Les images montrent des rangées d’élèves à genoux, mains sur la tête, sous la surveillance de policiers casqués, armés de matraques et de boucliers. Une personne commente : ‘’Voilà une classe qui se tient sage !’’ » (Mattea Battaglia et Louise Couvelaire).

Et force est de constater le caractère glaçant des images ainsi proposées (et dont la véracité est attestée par Le Monde et l’AFP). Où l’on voit des dizaines d’adolescents, alignés en rangées, genoux à terre, en silence, mains derrière la nuque, têtes baissées, leurs sacs à dos de lycéens sur les épaules, encadrés par des policiers en tenue, debout, casqués, armés de matraques et de boucliers.

Cette vidéo a été filmée à Mantes-la-Jolie (Yvelines) le 6 décembre. 153 lycéens y ont été interpellés « collectivement » par les forces de l’ordre – et ce à la suite de différentes scène de violences en marge de « blocages » aux lycées Saint-Exupéry et Jean-Rostand, deux établissements situés à 500 mètres l’un de l’autre aux abords de la zone urbaine sensible du Val Fourré. « Ces images sont impressionnantes mais aucun jeune n’a été blessé, ni maltraité, nous n’avons enregistré aucune plainte » a tenu à souligner le préfet des Yvelines, Jean-Jacques Brot.

Ces images ont immédiatement suscité nombre de réactions politiques indignées. « Glaçant, inadmissible. Cela n’est pas la République. La jeunesse Française humiliée. Mais que cherche le pouvoir sinon la colère en retour ? », s’est interrogé Benoît Hamon leader de Génération.s, ancien candidat socialiste à la présidentielle, et ancien ministre de l’Education nationale sur Twitter« Intolérable », a commenté l’ancienne ministre de l’Egalité des territoires et directrice générale d’Oxfam France, Cécile Duflot« images inacceptables »a appuyé Ian Brossat, adjoint à la mairie de Paris. Le député (La France insoumise, Seine-Saint-Denis) Eric Coquerel a dénoncé une « violence inacceptable et humiliante ». « Effrayant. Et inacceptable d’un point de vue humain et démocratique », a posté également Clémentine Autain (La France insoumise, Seine-Saint-Denis). Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT: «  Le gouvernement joue avec le feu. On ne frappe pas des gamins».

« Ce que l’on voit dans la vidéo des jeunes à Mantes-la-Jolie ne se discute pas sous l’angle de ce qu’ils ont fait. Ils peuvent être interpellés et jugés, mais dans cette séquence, les policiers cherchent à obtenir leur soumission par l’humiliation –et c’est le meilleur moyen d’obtenir l’effet inverse » écrit Titiou Lecoq sur Slate.fr

Saint-Exupéry et Jean-Rostand

S’indigner en se souvenant d’horribles images du passé ?  Tenter de comprendre, et la misère du Val Fourré et les policiers ? « Comment 70 policiers maintiennent-ils au calme 150 jeunes ? Il leur fallait bien trouver des moyens pour les faire tenir tranquilles. Je ne connais pas d’autres méthodes », répond au Monde Thierry Laurent, directeur de cabinet du préfet, qui s’est rendu sur place. « Nous avons demandé aux policiers d’intervenir avec calme face à ce mélange de violences lycéennes et de violences urbaines, explique le préfet Brot. Et nous avons décidé avec le procureur de la République qu’il fallait faire des interpellations. »

Bilan de la journée : 190 gardés à vue dans tout le département des Yvelines, dont 153 à Mantes-la-Jolie. La plupart des 79 jeunes qui ont été relâchés sont des mineurs de moins de 16 ans.

Et déjà un mot circule qui attisera le tout : « rafle ». Un mot réfuté par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale invité ce matin sur France Inter .« Oui, l’image est forcément choquante, il y a eu des images choquantes parce qu’on est dans un climat de violence exceptionnelle » dit le ministre.

 « Rafle » : arrestation massive opérée par la police à l’improviste. Synon. descente* (de police), coup de filet* (fam.), razzia (vieilli). Rafles de prostituées sur la voie publique; la police opère des rafles; être pris, ramassé dans une rafle; les rafles de la Gestapo.

On apprend aussi, en classe de botanique, que la rafle est l’ensemble du pédoncule central ou axe et des ramifications d’une grappe de fruits, en particulier d’une grappe de raisins. L’apprend-on dans les lycées Saint-Exupéry et Jean-Rostand ?

A demain

@jynau