Virginie D., Adèle H. et le 49-3 : pourquoi cette progression des violences en France ?

Bonjour

C’est un texte qui commence à faire date. « Césars :’’Désormais on se lève et on se barre’’, par Virginie Despentes. Publié il y a quelques heures dans Libération il est déjà cité par Le Monde qui en donne de larges extraits. L’autrice, écrit le dernier quotidien vespéral de la capitale, signe « un texte fort et incisif » contre la décision de l’Académie des Césars de récompenser Roman Polanski vendredi 28 février. Elle salue le geste d’Adèle Haenel qui a quitté la salle. « Fort et incisif » est un euphémisme.

«Il n’y a rien de surprenant à ce que l’Académie des Césars élise Roman Polanski meilleur réalisateur de l’année 2020. C’est grotesque, c’est insultant, c’est ignoble, mais ce n’est pas surprenant », écrit la redoutable romancière à propos de la récompense obtenue par le Franco-Polonais visé depuis trois mois par une nouvelle accusation de viol – et toujours poursuivi par la justice américaine pour relations sexuelles illégales avec une mineure en 1977.

« Où serait le fun d’appartenir au clan des puissants s’il fallait tenir compte du consentement des dominés ?, s’interroge-t-elle, acerbe(…) Les plus puissants entendent défendre leurs prérogatives : ça fait partie de votre élégance, le viol est même ce qui fonde votre style. La loi vous couvre, les tribunaux sont votre domaine, les médias vous appartiennent. »

Guy Debord et Vernon Subutex

Pour Virginie Despentes, la décision d’Adèle Haenel de quitter la Salle Pleyel devant les caméras de Canal + lors de la remise du prix du meilleur réalisateur est « la plus belle image en quarante-cinq ans de cérémonie ». « Quand Adèle Haenel s’est levée, c’était le sacrilège en marche, estime-t-elle. Une employée récidiviste, qui ne se force pas à sourire quand on l’éclabousse en public, qui ne se force pas à applaudir au spectacle de sa propre humiliation. »

« Ton corps, tes yeux, ton dos, ta voix, tes gestes tout disait : oui on est les connasses, on est les humiliées, oui on n’a qu’à fermer nos gueules et manger vos coups. Vous êtes les boss, vous avez le pouvoir et l’arrogance qui va avec, mais on ne restera pas assis sans rien dire. Vous n’aurez pas notre respect », dit encore Virginie Despentes.

« C’est la seule réponse possible à vos politiques, conclut l’autrice de Vernon Subutex qui évoque également le fait qu’Edouard Philippe vient d’avoir recours au 49-3 pour faire passer sans vote la réforme des retraites à l’Assemblée nationale. Quand ça ne va pas, quand ça va trop loin ; on se lève, on se casse, et on gueule, et on vous insulte, et même si on est ceux d’en bas, même si on le prend pleine face votre pouvoir de merde, on vous méprise, on vous dégueule (…) C’est terminé. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde. »

D’autres, insoumis à l’Assemblée nationale, assimilent depuis peu le 49-3 aux redoutables LBD utilisés par les forces françaises du maintien de l’ordre. On entend la puissance de l’écho et on s’interroge : pourquoi cette progression croissante de la violence en France ? Pour l’heure, on ne se lève ni ne se casse. On s’interroge. Relire « La Société du Spectacle » ou attendre la tribune suivante de Virginie Despentes ?

A demain @jynau

Coronavirus – symboles : au-delà de mille morts, le médecin martyr, la génuflexion de l’OMS

Bonjour

« 2019-nCoV » : Il est des images médiatisées qui impressionnent, qui prennent des valeurs de symboles. Des images virales. Il en va de même de certains chiffres. Le pouvoir exécutif en joue, jusqu’au moment où il est dépassé. 11 février 2020 : le nombre de morts en Chine  a dépassé la barre des mille (1 018 à l’heure où nous écrivons ces lignes). Les autorités sanitaires chinoises font fait état de 108 nouveaux décès en vingt-quatre heures, le plus lourd bilan quotidien enregistré à ce jour ; et plus de 42 000 personnes contaminées.

Dans le même temps la Chine et le monde ont pu découvrir le président, Xi Jinping, apparaissant, pour la première fois à la télévision nationale, le visage recouvert d’un masque de protection. Six semaines après l’émergence du nouveau virus il s’est rendu dans un quartier résidentiel de Pékin pour assister aux efforts de lutte contre la contagion et visiter un hôpital. Et le maître de la Chine communiste « s’est aussi laissé prendre la température de l’avant-bras à l’aide d’un thermomètre électronique ». Traduire :  le chef suprême n’échappe pas au rituel anti-épidémique à l’entrée des lieux publics. Comment, une nouvelle fois, ne pas songer à George Orwell, à Simon Leys.

On peut, pour mieux comprendre, lire Frédéric Lemaître, correspondant du Monde à Pékin qui vient de répondre aux questions des internautes.

Croire l’OMS quand elle parle de stabilisation de l’épidémie ? « Le directeur général de l’OMS qui, depuis sa visite à Pékin le 28 janvier — où une photo le surprend en train de faire une génuflexion devant Xi Jinping — n’a pas manqué de couvrir la Chine d’éloges, semble en effet faire preuve de davantage de prudence. Il n’exclut pas, qu’au niveau international, ‘’nous ne voyons que la partie émergée de l’iceberg’’. Ce qui est une expression tout sauf rassurante. »

Croire la Chine et ses chiffres officiels ? « Si autant de personnes doutent des chiffres officiels, c’est que la Chine a perdu la bataille de la communication… Et c’est ce qui est en train de se produire pour trois raisons. La première est que la Chine a, durant plus de trois semaines, nié l’importance voire l’existence de la crise. La deuxième est qu’elle fait taire ceux qui veulent enquêter ou attirer l’attention sur des situations difficiles. La troisième raison est que les moyens déployés sont tels – notamment la mise en quarantaine de la province du Hubei mais aussi les restrictions imposées aux déplacements quotidiens dans nombre de villes du sud du pays – que beaucoup de gens se demandent ce que tout cela cache. Même s’il n’y a peut-être rien à cacher… Il y a une autre raison de se méfier des chiffres : les autorités ne sont sans doute pas non plus au courant de la situation réelle, car nombre de Chinois, en ce moment, hésitent à se rendre à l’hôpital. »

Que disent les médias officiels chinois ? « Pour le moment, le discours chinois consiste à dire : ‘’Vous pouvez remercier la Chine, nous contribuons à améliorer la santé dans le monde en ayant partagé toutes les informations sur le virus, en construisant un hôpital à Wuhan dans un temps record et en mettant en quarantaine près de 60 millions de personnes pour éviter la propagation du virus.’’ Sous-entendu : ‘’La Chine sacrifie une de ses provinces pour sauver le monde.’’

Notre confrère ajoute qu’au journal télévisé, les Chinois découvrent, tous les soirs, les messages de remerciements et de félicitations venus du monde entier ; que les ambassadeurs chinois sont très présents, tant sur les réseaux sociaux que dans les médias des pays où ils sont en fonction. « Mais s’il ne faut évidemment pas être dupe de ce discours, il n’est pas interdit de penser qu’il y a aussi une exploitation politique de cette crise par certains, notamment aux Etats-Unis. La crise du coronavirus est aussi une guerre de communication (…) il est faux de croire que le Parti ne tient pas compte de l’avis de la population. C’est toute l’ambiguïté de ce régime. Les dirigeants savent très bien que l’harmonie à laquelle ils aspirent – et qui leur assure de rester au pouvoir – ne peut être trouvée qu’en répondant à certaines demandes de la population. »

La mort du Dr Li Wenliang, médecin lanceur d’alerte ?  « Cette mort contribue à mettre le pouvoir en porte-à-faux vis-à-vis de son opinion. Elle renforce les critiques à son égard et elle donne un visage à cette épidémie. Elle lui donne aussi un martyr. »

Se laisser tuer plutôt que d’abjurer. Et graver son nom pour la postérité. Pourquoi cette génuflexion onusienne? Quels usages politiques peut-on, à Pékin en 2020, faire du symbole du martyr ?

A demain @jynau

« Violez ! Je viole ma femme tous les soirs … ! » Comment Alain Finkielkraut peut-il dire çà ?

Bonjour

Second degré ? Il est des émissions télévisées que nous ne regardons pas. Par exemple quand elles sont intitulées « Toutes les opinions sont-elles bonnes à dire ? ». C’était le cas de « La Grande Confrontation » diffusée le mercredi 13 novembre à 20 h 45 sur LCI (groupe TF1) ; une émission animée par un ancien présentateur de la messe publique du 20 heures : David Pujadas.

On imagine le décor : discuter de tout ce qui fâche ? Par exemple de la liberté d’expression et d’opinion en France. Pich :  « Université, médias, humour, politique… On entend de plus en plus qu’“on ne peut plus rien dire”. Le politiquement correct est-il en train d’étouffer la vie publique ? Ou bien faut-il au contraire saluer comme un progrès la sensibilité nouvelle aux expressions stigmatisantes, ou simplement blessantes ? » 

Pour, objectif sacré, faire de l’audience, le thème ne suffit pas. Il faut aussi des acteurs qui, sur la piste, viennent (plus ou moins gratuitement) pour en découdre. David Pujadas avait mitonné sa soirée, pariait sur des audiences cumulées : le philosophe et écrivain et animateur radio Alain Finkielkraut , la militante féministe Caroline de Haas, les célèbres avocats Georges Kiejman et Francis Szpiner, l’animateur (de la controversée RT France) Frédéric Taddeï, l’universitaire Maboula Soumahoro et la députée (LFI) Mathilde Panot.

Au programme : « les différentes affaires de viol relatées dans les médias ces derniers mois ». C’est alors, nous mande Le Monde, que M. Finkielkraut a développé son exposé sur le concept de « culture du viol » dans notre société :

« Il y avait autrefois les viols et il y a maintenant la culture du viol. Il y a toujours les viols. Autrefois on parlait des viols et, par les viols, on dénonçait le passage à l’acte, la pénétration forcée. Aujourd’hui, il y a la culture du viol. Cela englobe les blagues salaces, les dragueurs lourds, les attouchements et jusqu’à la galanterie. De nombreux chercheurs et chercheuses parlent de la galanterie comme une forme de culture du viol. Ainsi assiste-t-on à cette extension du concept de sexisme. Il y aurait, en France, énormément de violeurs en puissance. »

Les calvaires de la pensée

M. Finkielkraut conclut en dénonçant, une nouvelle fois,  le « politiquement correct » : « C’est la méfiance, l’insulte, l’anathème, c’est une manière de rendre une conversation civique impossible. C’est le calvaire de la pensée. »

« Vous êtes en train d’insulter les femmes victimes de viol ! », s’est alors indignée Mme de Haas, rappelant qu’en moyenne, chaque jour, « 250 femmes [sont] victimes de viol en France – c’est 94 000 par an. Il y a des viols en France, M. Finkielkraut ». Puis on en vient au point Bigard (Jean-Marie) du nom de l’humoriste a « blagué » aussi sur sur un  « viol médical » dans la célèbre émission « Touche pas à mon poste ! » (C8). 

« On ne peut ignorer que lorsqu’ils tiennent ce genre de propos, ils banalisent les violences », dénonce alors Mme de Haas avant, immanquablement, de faire référence à l’affaire Roman Polanski (évoquée plus tôt dans le « débat » par M. Finkielkraut) : « Quand on dit qu’“une fille de 13 ans, violée par un réalisateur, en l’occurrence Polanski, c’était pas vraiment un viol”, quand vous dites ça, M. Finkielkraut vous envoyez le message à toutes les petites filles que ce n’était pas grave. »

C’est à ce moment que l’écrivain s’est soudainement emporté: 

« Violez, violez, violez ! Je dis aux hommes : violez les femmes. D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs !Tous les soirs ! D’ailleurs elle en a marre… ».

Humour ? Second degré ou pas, la sortie incongrue du philosophe consterna le plateau. Puis M. Finkielkraut de développer son propos :

« Cette jeune fille qui avait 13 ans et 9 mois, elle n’était pas impubère. Elle avait un petit ami ; elle a eu cette relation avec Polanski. Il a été accusé de viol. Aujourd’hui, elle s’est réconciliée avec lui. Elle supplie Caroline de Haas d’arrêter de le harceler (…). Au nom de la lutte contre les viols, on veut en finir avec le tribunal judiciaire car le tribunal judiciaire, c’est le contradictoire. (…) On invite les femmes à ne plus aller vers la justice. Le quatrième pouvoir [les médias] est en train de bouffer le troisième pouvoir [la justice]. Ce qui met Edwy Plenel dans un état de délectation. Il n’est plus journaliste, il est procureur, il est magistrat du siège (…) »

Cette « séquence » a bien évidemment aussitôt suscité de nombreuses « réactions » sur les « réseaux sociaux ». Déjà des voix se lèvent pour demander au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de se pencher sur le sujet. Second degré ?

A demain @jynau

Un fumeur passe à confesse, ou quand la dépendance ose enfin monter sur les planches

Bonjour

Lutter contre une dépendance impose-t-il toujours le recours au vieux concept du péché ? L’addictologue est-il le succédané du confesseur ? Le sevrage est-il le « prix à payer » des coupables jouissances du passé ?

Comédien, présentateur, chroniqueur, humoriste, auteur et réalisateur, Mathieu Ducrez interprète, sur les planches du Théâtre Montmartre Galabru (Paris), « Confessions d’un fumeur ». Le pitch (incroyable mais vrai) est rapporté sur le site des buralistes français : Mathieu, 15 ans, commence à fumer pour se prouver qu’il est un (enfin) homme. Trente ans plus tard, pour la même raison, il essaie (enfin) d’arrêter.

Redevenir libre

Sur scène, au début, le personnage tient (encore) une cigarette et va raconter sa vie « en fumée », avec humour et lucidité. Une porte ouverte pour comprendre les mécanismes de la dépendance au tabac, une prise de conscience qui va l’amener à « redevenir enfin libre ». « Co-écrit avec des anciens fumeurs, le spectacle se veut tragi-comique, délivrant souvenirs et anecdotes » nous explique le site des buralistes.

« La vie d’un fumeur est suffisamment absurde tordue et compliquée pour que tous les ingrédients de la comédie y soient réunis. Ce qu’on voulait absolument éviter c’était d’être moralisateur ou culpabilisateur, explique Mathieu. Vis-à-vis de la cigarette, chacun fait comme il veut ou plutôt comme il peut. Ce spectacle n’a pas la prétention d’être une énième méthode anti-tabac, mais si on peut donner quelques clés sur la dépendance à la nicotine et faire prendre conscience aux fumeurs qu’arrêter c’est possible. »

L’occasion, pour les anciens fumeurs de se remémorer, « leur vie d’avant ». Pour ceux qui côtoient des fumeurs « de mieux les comprendre ». Voire, pour ceux qui n’ont pas encore commencé mais qui sont (ou seront) tentés, de les en dissuader. Ce qui, péché ou pas, fera beaucoup de monde à l’entrée du théâtre Montmartre. Prière de réserver.

A demain @jynau

Ethique: un médecin français peut-il, en Corse, exercer avec un bracelet électronique ?

Bonjour

C’est un nouvel épisode dans une série faite de médecine et de politique, d’argent et de pouvoir. Sans oublier le journalisme. Entre prise de risques, tragédie et psychiatrie. On se souvient de Jérôme Cahuzac, chirurgien prometteur, ancien proche de Claude Evin, ancien ministre du Budget sous la présidence de François Hollande, condamné en 2018 pour fraude fiscale et qui souhaite pouvoir exercer à nouveau la médecine. Officiera-t-il bientôt au centre hospitalier de Bonifacio (Corse-du-Sud) ?

« C’est ce que révèlent nos confrères de  Corse-Matin  ce vendredi 20 septembre. Selon le quotidien régional, l’ancien chirurgien esthétique aurait postulé pour un poste vacant au sein de l’hôpital de Bonifacio et sa candidature serait actuellement « en pourparlers », rapporte Le Quotidien du Médecin (Marie Foult). Aubaine, ce futur emploi serait situé non loin de la résidence des Cahuzac, située à Pianottoli-Caldarello, où le médecin purge tranquillement sa peine avec un bracelet  électronique (condamné en mai 2018 à quatre ans de prison dont deux avec sursis, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, il a bénéficié d’un aménagement de peine lui évitant la prison). » 

Les amateurs de la série se souviennent que depuis plus d’un an, l’ancien ministre demandait à exercer à l’hôpital de Bonifacio. Mais que la justice ordinale a eu bien des peines à parler d’une seule voix déontologique. Le conseil régional de l’Ordre des médecins de Corse y était favorable  (et avait validé son inscription au tableau insulaire) quand Paris bloquait – et qu’un étrange confrère faisait barrage évoquant l’hypothèse d’une radiation.

Des avis que l’on dit « partagés »  

« En juin dernier, la formation restreinte de l’Ordre national a finalement donné son aval et a jugé Jérôme Cahuzac « apte » à l’exercice de la médecine générale », résume Le Quotidien.

Selon Dominique Russo, directeur du centre hospitalier de Bonifacio, interrogé par Corse-Matin, le poste serait au « service de soins longue durée ». « Nous nous sommes déjà rencontrés. Nous faisons face à une pénurie de médecins dans la région et nous avons du temps médical disponible, des bras supplémentaires ne seraient pas de trop pour faire tourner la boutique », indique-t-il. D’après le conseil de surveillance de l’hôpital, les avis seraient en revanche plus « partagés », au sein du personnel. Corse-Matin :

« Le départ du docteur Isabelle Grimaldi, membre du conseil de surveillance et présidente du comité médical d’établissement de l’hôpital, a libéré du temps médical. Cette dernière, qui continuera à assurer des missions transversales au sein de l’établissement, a rejoint l’agence régionale de santé « au poste de conseillère médicale à la direction de l’offre de soin », confirme Corinne Orsoni, directrice du service de communication de l’ARS. Du côté des patients, la nouvelle de sa possible embauche au sein du service hospitalier est plutôt bien perçue. ‘’Je suis allée à la rencontre des patients pour qui ça ne pose pas de problème », assure Dominique Russo. »

La prise de fonction de Jérôme Cahuzac n’est pas encore officielle, et aucune date d’embauche précise n’a été arrêtée. Les discussions sont encore en cours, notamment sur les modalités d’exercice « liées aux contraintes de sa surveillance électronique », conclut Corse-Matin. Contactée, la direction du CH de Bonifacio n’a pas encore répondu aux questions du Quotidien. Pourquoi, dès lors, parle-t-elle à Corse-Matin ? La série peut continuer.

A demain @jynau

A l’attention des taureaux: pour votre bien les mineurs français seront interdit de corridas

Bonjour

Dans la foulée taurine de l’aficionado ministre Didier Guillaume, Aurore Bergé, 32 ans, porte-parole médiatique parisienne de LREM. Didier Guillaume se pique de corrida et en même temps, de bien-être animal ? Aurore Bergé va plus loin encore dans cette formidable maîtrise des contraires qui interroge quant au quotient intellectuel que le politique prête à ses électeurs.

« La question du bien-être animal ne se réduit pas à quelques bobos parisiens écervelés (sic). Je n’appartiens pas à une secte, je considère juste, comme une grande majorité des Français, que c’est une question sociétale majeure, a doctement déclaré, à l’aube et sur franceinfo, Mme Bergé. J’aimerais a minima qu’on puisse interdire la corrida aux mineurs. Est-ce que c’est 12 ans, 14 ans, 16 ans… Il faut avancer là-dessus ».

Pandore et le Minotaure

L’avancement est consubstantiel de LREM. On pourrait presque écrire ontologique. « Un certain nombre de films sont interdits aux mineurs, mais un film c’est une fiction. Or la corrida n’est pas une fiction, conclut Aurore Bergé qui n’appartient pas à une secte (re-sic). Je ne considère pas que ce soit un spectacle car à la fin quoi qu’il arrive, vous avez un animal victime de souffrances et qui meurt. »

Résumons : la corrida n’est pas un spectacle ; les films sont des spectacles ; certains films sont interdits aux mineurs ; donc il faut interdire la corrida aux mineurs 1. Où l’on en vient à se demander si, en démocratie, l’exercice de la politique est un spectacle pour tous les publics.

A demain @jynau

1 Le président de de l’Observatoire national des cultures taurines, André Viard, a aussitôt estimé que cette proposition posait la question de « la privation de son autorité parentale pour une communauté culturelle », ce qui « équivaudrait à ouvrir une boîte de Pandore dont on peut imaginer les effets dévastateurs dans de nombreux domaines ». Ouvrir la boîte de Pandore face au Minotaure ?  Une telle mesure, selon lui, irait aussi « à l’encontre de la Déclaration universelle des droits de l’enfant, dont la France est signataire, qui lui garantit de pouvoir être élevé dans la culture de ses parents ».

«Plus belle la vie» : faire une croix sur la GPA à la télévision comme on le fit sur le tabac ?

Bonjour

On n’attend plus, sur ce sujet, que l’avis médiatique éclairé de l’omniprésente Marlène Schiappa. Où il est question de « Plus belle la vie », célèbre série diffusée sur France 3.  Onze ans déjà que la France (cinq millions de téléspectateurs quotidiens) découvre cette mise en scène du quotidien des habitants d’un quartier imaginaire de Marseille : « le Mistral ». Une fiction à la française avec deux types d’intrigues : la vie personnelle des habitants (joies, peines, amours etc.) et de sombres intrigues policières marseillaises sans accent. Joli succès d’audience (presque salué par … Le Monde diplomatique et dénoncé par … Libération) ). Une fiction régulièrement pimentée de polémiques (cannabis, triolisme, poppers, inceste, viol, mariage pour tous, transidentité etc.). Et aujourd’hui : la GPA.

« Dans l’épisode du 23 juillet dernier, rapporte France Inter (Clément Polyn)l’un des personnages principaux de la série, Céline, qui ne peut pas avoir d’enfant, révèle à l’un de ses amis avoir fait appel à une mère porteuse britannique et à un donneur de sperme anonyme. Son ami lui rappelle alors que la gestation pour autrui est interdite en France. Mais l’héroïne décide tout de même de se tourner vers une médecin favorable à la GPA. »

Aussitôt tonnerre de condamnations. A commencer par celle d’un sénateur (Les Républicains, Vendée). Bruno Retailleau :« On peut attendre autre chose du service public qu’il utilise l’argent des Français pour faire la promotion de la marchandisation du corps humain. Pouvoir acheter un enfant ne sera jamais la marque d’un progrès de la civilisation. »

Mais il y a plus, comme l’observe Le Figaro (Agnès Leclair) . La série «vise à rendre acceptable une pratique d’exploitation du corps des femmes, interdite en France et dans la plupart des pays d’Europe», jugent les associations féministes réunies sous la bannière de la Ciams (Coalition internationale pour l’abolition de la maternité de substitution) 1. Où l’on perçoit que l’opposition à la GPA réunit bien des énergies.

Corps des femmes en esclavage

«Nous voulons alerter l’opinion publique sur le traitement favorable de la GPA. La série présente la pratique de “location d’utérus” sous un angle socialement admissible. Elle ne rappelle jamais que cette pratique repose sur un système d’exploitation et d’instrumentalisation du corps des femmes et qu’elle relève de la vente d’enfant», précise Ana-Luana Stoicea-Deram, présidente du Collectif pour le Respect de la Personne.

La Ciams dénonce la «banalisation» du recours à la GPA «par le biais d’arguments fallacieux», notamment dans un dialogue où une jeune femme médecin évoque des cas de GPA «où tout s’est bien passé» ou encore dans la mise en avant «d’une avocate brillante et spécialisée dans les causes justes» comme mère d’intention.

«Ces propos s’appuient toujours sur des situations individuelles présentées comme positives mais masquant la situation réelle de la GPA dans le monde: un système d’exploitation des plus pauvres au profit des plus riches par le biais du tourisme procréatif, renouvelant les pratiques de trafic triangulaire», s’insurge encore la Ciams dans un communiqué.

Les associations reprochent également à la série «l’utilisation des vieux poncifs sur le dévouement féminin ainsi que sur la nécessité de la maternité». Quant à la «pirouette» des scénaristes, qui ont choisi de clore cette séquence en racontant que cette GPA était une escroquerie, elle «n’exonère pas la production de sa responsabilité», estiment-elles.

« Le collectif demande notamment à la société de production de rappeler ‘’de façon explicite’’ l’interdiction de la GPA, ajoute Le Figaro.  La députée (Calvados, PS) Laurence Dumont, qui s’est jointe à cette initiative, a de son côté écrit au ministre de la Culture et à la présidente de France Télévisions pour les alerter. »

Interdire (de montrer) ou débattre (du sujet). C’est, désormais toute la question à laquelle doit répondre ceux qui gouvernent la télévision.

A demain @jynau

1 Premières organisations signataires : Amicale du nid, CADAC Collectif des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception, Chiennes de garde, CNFF – Conseil National des Femmes Françaises, Coordination nationale de Osez le féminisme!, CQFD Lesbiennes féministes, Du Côté Des Femmes – DCDF, ELCEM, Encore féministes, Femmes libres / Radio libertaire, Femmes solidaires- Marseille, Forum Femmes méditerranée, Initiative Féministe Euromed IFE-EFI, L’Association Française des Femmes Médecins, AFFM,, La CLEF (Coordination française du Lobby Européen des Femmes), La ligue du droit international des femmes, La Marche Mondiale des Femmes, L’Assemblée des Femmes, Le CEL de Marseille, Le CoRP -Collectif pour le Respect de la Personne, les VigilantEs, LFID – Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie, Libres MarianneS, Osez le féminisme ! 13, Osez le féminisme Vaucluse, REFH – Réussir l’égalité femmes-hommes, Regards de femmes, Réseau Féministe « Ruptures », Zeromacho

Premières signatures individuelles : Laurence DUMONT (Députée socialiste du Calvados), Henriette AUBAY (Militante des droits de l’enfant), Françoise LAROCHE (Féministe – Var), Dr Annie Laurence GODEFROY  (Médecin – militante féministe), Dr Olivier MANCERON (humaniste pro-féministe), Claire DESAINT (vice-présidente de REFH), Fanny COHEN HERLEM (Psychiatre qualifiée en pédopsychiatrie- Travaille en Protection de l’Enfance), Blandine DEVERLANGES, Patricia MORIN (avocate – Lyon), Andrée SODJINOU (psychologue – Ile de France), Marie Jo. BONNET (spécialiste de l’histoire des femmes), Cécile BLUMENTAL, Nicole FOUCHE (Vice-présidente de REFH – Réussir l’égalité femmes-hommes), Yvette ROUDY (ancienne Ministre des droits des femmes).