« Violez ! Je viole ma femme tous les soirs … ! » Comment Alain Finkielkraut peut-il dire çà ?

Bonjour

Second degré ? Il est des émissions télévisées que nous ne regardons pas. Par exemple quand elles sont intitulées « Toutes les opinions sont-elles bonnes à dire ? ». C’était le cas de « La Grande Confrontation » diffusée le mercredi 13 novembre à 20 h 45 sur LCI (groupe TF1) ; une émission animée par un ancien présentateur de la messe publique du 20 heures : David Pujadas.

On imagine le décor : discuter de tout ce qui fâche ? Par exemple de la liberté d’expression et d’opinion en France. Pich :  « Université, médias, humour, politique… On entend de plus en plus qu’“on ne peut plus rien dire”. Le politiquement correct est-il en train d’étouffer la vie publique ? Ou bien faut-il au contraire saluer comme un progrès la sensibilité nouvelle aux expressions stigmatisantes, ou simplement blessantes ? » 

Pour, objectif sacré, faire de l’audience, le thème ne suffit pas. Il faut aussi des acteurs qui, sur la piste, viennent (plus ou moins gratuitement) pour en découdre. David Pujadas avait mitonné sa soirée, pariait sur des audiences cumulées : le philosophe et écrivain et animateur radio Alain Finkielkraut , la militante féministe Caroline de Haas, les célèbres avocats Georges Kiejman et Francis Szpiner, l’animateur (de la controversée RT France) Frédéric Taddeï, l’universitaire Maboula Soumahoro et la députée (LFI) Mathilde Panot.

Au programme : « les différentes affaires de viol relatées dans les médias ces derniers mois ». C’est alors, nous mande Le Monde, que M. Finkielkraut a développé son exposé sur le concept de « culture du viol » dans notre société :

« Il y avait autrefois les viols et il y a maintenant la culture du viol. Il y a toujours les viols. Autrefois on parlait des viols et, par les viols, on dénonçait le passage à l’acte, la pénétration forcée. Aujourd’hui, il y a la culture du viol. Cela englobe les blagues salaces, les dragueurs lourds, les attouchements et jusqu’à la galanterie. De nombreux chercheurs et chercheuses parlent de la galanterie comme une forme de culture du viol. Ainsi assiste-t-on à cette extension du concept de sexisme. Il y aurait, en France, énormément de violeurs en puissance. »

Les calvaires de la pensée

M. Finkielkraut conclut en dénonçant, une nouvelle fois,  le « politiquement correct » : « C’est la méfiance, l’insulte, l’anathème, c’est une manière de rendre une conversation civique impossible. C’est le calvaire de la pensée. »

« Vous êtes en train d’insulter les femmes victimes de viol ! », s’est alors indignée Mme de Haas, rappelant qu’en moyenne, chaque jour, « 250 femmes [sont] victimes de viol en France – c’est 94 000 par an. Il y a des viols en France, M. Finkielkraut ». Puis on en vient au point Bigard (Jean-Marie) du nom de l’humoriste a « blagué » aussi sur sur un  « viol médical » dans la célèbre émission « Touche pas à mon poste ! » (C8). 

« On ne peut ignorer que lorsqu’ils tiennent ce genre de propos, ils banalisent les violences », dénonce alors Mme de Haas avant, immanquablement, de faire référence à l’affaire Roman Polanski (évoquée plus tôt dans le « débat » par M. Finkielkraut) : « Quand on dit qu’“une fille de 13 ans, violée par un réalisateur, en l’occurrence Polanski, c’était pas vraiment un viol”, quand vous dites ça, M. Finkielkraut vous envoyez le message à toutes les petites filles que ce n’était pas grave. »

C’est à ce moment que l’écrivain s’est soudainement emporté: 

« Violez, violez, violez ! Je dis aux hommes : violez les femmes. D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs !Tous les soirs ! D’ailleurs elle en a marre… ».

Humour ? Second degré ou pas, la sortie incongrue du philosophe consterna le plateau. Puis M. Finkielkraut de développer son propos :

« Cette jeune fille qui avait 13 ans et 9 mois, elle n’était pas impubère. Elle avait un petit ami ; elle a eu cette relation avec Polanski. Il a été accusé de viol. Aujourd’hui, elle s’est réconciliée avec lui. Elle supplie Caroline de Haas d’arrêter de le harceler (…). Au nom de la lutte contre les viols, on veut en finir avec le tribunal judiciaire car le tribunal judiciaire, c’est le contradictoire. (…) On invite les femmes à ne plus aller vers la justice. Le quatrième pouvoir [les médias] est en train de bouffer le troisième pouvoir [la justice]. Ce qui met Edwy Plenel dans un état de délectation. Il n’est plus journaliste, il est procureur, il est magistrat du siège (…) »

Cette « séquence » a bien évidemment aussitôt suscité de nombreuses « réactions » sur les « réseaux sociaux ». Déjà des voix se lèvent pour demander au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de se pencher sur le sujet. Second degré ?

A demain @jynau

Un fumeur passe à confesse, ou quand la dépendance ose enfin monter sur les planches

Bonjour

Lutter contre une dépendance impose-t-il toujours le recours au vieux concept du péché ? L’addictologue est-il le succédané du confesseur ? Le sevrage est-il le « prix à payer » des coupables jouissances du passé ?

Comédien, présentateur, chroniqueur, humoriste, auteur et réalisateur, Mathieu Ducrez interprète, sur les planches du Théâtre Montmartre Galabru (Paris), « Confessions d’un fumeur ». Le pitch (incroyable mais vrai) est rapporté sur le site des buralistes français : Mathieu, 15 ans, commence à fumer pour se prouver qu’il est un (enfin) homme. Trente ans plus tard, pour la même raison, il essaie (enfin) d’arrêter.

Redevenir libre

Sur scène, au début, le personnage tient (encore) une cigarette et va raconter sa vie « en fumée », avec humour et lucidité. Une porte ouverte pour comprendre les mécanismes de la dépendance au tabac, une prise de conscience qui va l’amener à « redevenir enfin libre ». « Co-écrit avec des anciens fumeurs, le spectacle se veut tragi-comique, délivrant souvenirs et anecdotes » nous explique le site des buralistes.

« La vie d’un fumeur est suffisamment absurde tordue et compliquée pour que tous les ingrédients de la comédie y soient réunis. Ce qu’on voulait absolument éviter c’était d’être moralisateur ou culpabilisateur, explique Mathieu. Vis-à-vis de la cigarette, chacun fait comme il veut ou plutôt comme il peut. Ce spectacle n’a pas la prétention d’être une énième méthode anti-tabac, mais si on peut donner quelques clés sur la dépendance à la nicotine et faire prendre conscience aux fumeurs qu’arrêter c’est possible. »

L’occasion, pour les anciens fumeurs de se remémorer, « leur vie d’avant ». Pour ceux qui côtoient des fumeurs « de mieux les comprendre ». Voire, pour ceux qui n’ont pas encore commencé mais qui sont (ou seront) tentés, de les en dissuader. Ce qui, péché ou pas, fera beaucoup de monde à l’entrée du théâtre Montmartre. Prière de réserver.

A demain @jynau

Ethique: un médecin français peut-il, en Corse, exercer avec un bracelet électronique ?

Bonjour

C’est un nouvel épisode dans une série faite de médecine et de politique, d’argent et de pouvoir. Sans oublier le journalisme. Entre prise de risques, tragédie et psychiatrie. On se souvient de Jérôme Cahuzac, chirurgien prometteur, ancien proche de Claude Evin, ancien ministre du Budget sous la présidence de François Hollande, condamné en 2018 pour fraude fiscale et qui souhaite pouvoir exercer à nouveau la médecine. Officiera-t-il bientôt au centre hospitalier de Bonifacio (Corse-du-Sud) ?

« C’est ce que révèlent nos confrères de  Corse-Matin  ce vendredi 20 septembre. Selon le quotidien régional, l’ancien chirurgien esthétique aurait postulé pour un poste vacant au sein de l’hôpital de Bonifacio et sa candidature serait actuellement « en pourparlers », rapporte Le Quotidien du Médecin (Marie Foult). Aubaine, ce futur emploi serait situé non loin de la résidence des Cahuzac, située à Pianottoli-Caldarello, où le médecin purge tranquillement sa peine avec un bracelet  électronique (condamné en mai 2018 à quatre ans de prison dont deux avec sursis, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, il a bénéficié d’un aménagement de peine lui évitant la prison). » 

Les amateurs de la série se souviennent que depuis plus d’un an, l’ancien ministre demandait à exercer à l’hôpital de Bonifacio. Mais que la justice ordinale a eu bien des peines à parler d’une seule voix déontologique. Le conseil régional de l’Ordre des médecins de Corse y était favorable  (et avait validé son inscription au tableau insulaire) quand Paris bloquait – et qu’un étrange confrère faisait barrage évoquant l’hypothèse d’une radiation.

Des avis que l’on dit « partagés »  

« En juin dernier, la formation restreinte de l’Ordre national a finalement donné son aval et a jugé Jérôme Cahuzac « apte » à l’exercice de la médecine générale », résume Le Quotidien.

Selon Dominique Russo, directeur du centre hospitalier de Bonifacio, interrogé par Corse-Matin, le poste serait au « service de soins longue durée ». « Nous nous sommes déjà rencontrés. Nous faisons face à une pénurie de médecins dans la région et nous avons du temps médical disponible, des bras supplémentaires ne seraient pas de trop pour faire tourner la boutique », indique-t-il. D’après le conseil de surveillance de l’hôpital, les avis seraient en revanche plus « partagés », au sein du personnel. Corse-Matin :

« Le départ du docteur Isabelle Grimaldi, membre du conseil de surveillance et présidente du comité médical d’établissement de l’hôpital, a libéré du temps médical. Cette dernière, qui continuera à assurer des missions transversales au sein de l’établissement, a rejoint l’agence régionale de santé « au poste de conseillère médicale à la direction de l’offre de soin », confirme Corinne Orsoni, directrice du service de communication de l’ARS. Du côté des patients, la nouvelle de sa possible embauche au sein du service hospitalier est plutôt bien perçue. ‘’Je suis allée à la rencontre des patients pour qui ça ne pose pas de problème », assure Dominique Russo. »

La prise de fonction de Jérôme Cahuzac n’est pas encore officielle, et aucune date d’embauche précise n’a été arrêtée. Les discussions sont encore en cours, notamment sur les modalités d’exercice « liées aux contraintes de sa surveillance électronique », conclut Corse-Matin. Contactée, la direction du CH de Bonifacio n’a pas encore répondu aux questions du Quotidien. Pourquoi, dès lors, parle-t-elle à Corse-Matin ? La série peut continuer.

A demain @jynau

A l’attention des taureaux: pour votre bien les mineurs français seront interdit de corridas

Bonjour

Dans la foulée taurine de l’aficionado ministre Didier Guillaume, Aurore Bergé, 32 ans, porte-parole médiatique parisienne de LREM. Didier Guillaume se pique de corrida et en même temps, de bien-être animal ? Aurore Bergé va plus loin encore dans cette formidable maîtrise des contraires qui interroge quant au quotient intellectuel que le politique prête à ses électeurs.

« La question du bien-être animal ne se réduit pas à quelques bobos parisiens écervelés (sic). Je n’appartiens pas à une secte, je considère juste, comme une grande majorité des Français, que c’est une question sociétale majeure, a doctement déclaré, à l’aube et sur franceinfo, Mme Bergé. J’aimerais a minima qu’on puisse interdire la corrida aux mineurs. Est-ce que c’est 12 ans, 14 ans, 16 ans… Il faut avancer là-dessus ».

Pandore et le Minotaure

L’avancement est consubstantiel de LREM. On pourrait presque écrire ontologique. « Un certain nombre de films sont interdits aux mineurs, mais un film c’est une fiction. Or la corrida n’est pas une fiction, conclut Aurore Bergé qui n’appartient pas à une secte (re-sic). Je ne considère pas que ce soit un spectacle car à la fin quoi qu’il arrive, vous avez un animal victime de souffrances et qui meurt. »

Résumons : la corrida n’est pas un spectacle ; les films sont des spectacles ; certains films sont interdits aux mineurs ; donc il faut interdire la corrida aux mineurs 1. Où l’on en vient à se demander si, en démocratie, l’exercice de la politique est un spectacle pour tous les publics.

A demain @jynau

1 Le président de de l’Observatoire national des cultures taurines, André Viard, a aussitôt estimé que cette proposition posait la question de « la privation de son autorité parentale pour une communauté culturelle », ce qui « équivaudrait à ouvrir une boîte de Pandore dont on peut imaginer les effets dévastateurs dans de nombreux domaines ». Ouvrir la boîte de Pandore face au Minotaure ?  Une telle mesure, selon lui, irait aussi « à l’encontre de la Déclaration universelle des droits de l’enfant, dont la France est signataire, qui lui garantit de pouvoir être élevé dans la culture de ses parents ».

«Plus belle la vie» : faire une croix sur la GPA à la télévision comme on le fit sur le tabac ?

Bonjour

On n’attend plus, sur ce sujet, que l’avis médiatique éclairé de l’omniprésente Marlène Schiappa. Où il est question de « Plus belle la vie », célèbre série diffusée sur France 3.  Onze ans déjà que la France (cinq millions de téléspectateurs quotidiens) découvre cette mise en scène du quotidien des habitants d’un quartier imaginaire de Marseille : « le Mistral ». Une fiction à la française avec deux types d’intrigues : la vie personnelle des habitants (joies, peines, amours etc.) et de sombres intrigues policières marseillaises sans accent. Joli succès d’audience (presque salué par … Le Monde diplomatique et dénoncé par … Libération) ). Une fiction régulièrement pimentée de polémiques (cannabis, triolisme, poppers, inceste, viol, mariage pour tous, transidentité etc.). Et aujourd’hui : la GPA.

« Dans l’épisode du 23 juillet dernier, rapporte France Inter (Clément Polyn)l’un des personnages principaux de la série, Céline, qui ne peut pas avoir d’enfant, révèle à l’un de ses amis avoir fait appel à une mère porteuse britannique et à un donneur de sperme anonyme. Son ami lui rappelle alors que la gestation pour autrui est interdite en France. Mais l’héroïne décide tout de même de se tourner vers une médecin favorable à la GPA. »

Aussitôt tonnerre de condamnations. A commencer par celle d’un sénateur (Les Républicains, Vendée). Bruno Retailleau :« On peut attendre autre chose du service public qu’il utilise l’argent des Français pour faire la promotion de la marchandisation du corps humain. Pouvoir acheter un enfant ne sera jamais la marque d’un progrès de la civilisation. »

Mais il y a plus, comme l’observe Le Figaro (Agnès Leclair) . La série «vise à rendre acceptable une pratique d’exploitation du corps des femmes, interdite en France et dans la plupart des pays d’Europe», jugent les associations féministes réunies sous la bannière de la Ciams (Coalition internationale pour l’abolition de la maternité de substitution) 1. Où l’on perçoit que l’opposition à la GPA réunit bien des énergies.

Corps des femmes en esclavage

«Nous voulons alerter l’opinion publique sur le traitement favorable de la GPA. La série présente la pratique de “location d’utérus” sous un angle socialement admissible. Elle ne rappelle jamais que cette pratique repose sur un système d’exploitation et d’instrumentalisation du corps des femmes et qu’elle relève de la vente d’enfant», précise Ana-Luana Stoicea-Deram, présidente du Collectif pour le Respect de la Personne.

La Ciams dénonce la «banalisation» du recours à la GPA «par le biais d’arguments fallacieux», notamment dans un dialogue où une jeune femme médecin évoque des cas de GPA «où tout s’est bien passé» ou encore dans la mise en avant «d’une avocate brillante et spécialisée dans les causes justes» comme mère d’intention.

«Ces propos s’appuient toujours sur des situations individuelles présentées comme positives mais masquant la situation réelle de la GPA dans le monde: un système d’exploitation des plus pauvres au profit des plus riches par le biais du tourisme procréatif, renouvelant les pratiques de trafic triangulaire», s’insurge encore la Ciams dans un communiqué.

Les associations reprochent également à la série «l’utilisation des vieux poncifs sur le dévouement féminin ainsi que sur la nécessité de la maternité». Quant à la «pirouette» des scénaristes, qui ont choisi de clore cette séquence en racontant que cette GPA était une escroquerie, elle «n’exonère pas la production de sa responsabilité», estiment-elles.

« Le collectif demande notamment à la société de production de rappeler ‘’de façon explicite’’ l’interdiction de la GPA, ajoute Le Figaro.  La députée (Calvados, PS) Laurence Dumont, qui s’est jointe à cette initiative, a de son côté écrit au ministre de la Culture et à la présidente de France Télévisions pour les alerter. »

Interdire (de montrer) ou débattre (du sujet). C’est, désormais toute la question à laquelle doit répondre ceux qui gouvernent la télévision.

A demain @jynau

1 Premières organisations signataires : Amicale du nid, CADAC Collectif des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception, Chiennes de garde, CNFF – Conseil National des Femmes Françaises, Coordination nationale de Osez le féminisme!, CQFD Lesbiennes féministes, Du Côté Des Femmes – DCDF, ELCEM, Encore féministes, Femmes libres / Radio libertaire, Femmes solidaires- Marseille, Forum Femmes méditerranée, Initiative Féministe Euromed IFE-EFI, L’Association Française des Femmes Médecins, AFFM,, La CLEF (Coordination française du Lobby Européen des Femmes), La ligue du droit international des femmes, La Marche Mondiale des Femmes, L’Assemblée des Femmes, Le CEL de Marseille, Le CoRP -Collectif pour le Respect de la Personne, les VigilantEs, LFID – Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie, Libres MarianneS, Osez le féminisme ! 13, Osez le féminisme Vaucluse, REFH – Réussir l’égalité femmes-hommes, Regards de femmes, Réseau Féministe « Ruptures », Zeromacho

Premières signatures individuelles : Laurence DUMONT (Députée socialiste du Calvados), Henriette AUBAY (Militante des droits de l’enfant), Françoise LAROCHE (Féministe – Var), Dr Annie Laurence GODEFROY  (Médecin – militante féministe), Dr Olivier MANCERON (humaniste pro-féministe), Claire DESAINT (vice-présidente de REFH), Fanny COHEN HERLEM (Psychiatre qualifiée en pédopsychiatrie- Travaille en Protection de l’Enfance), Blandine DEVERLANGES, Patricia MORIN (avocate – Lyon), Andrée SODJINOU (psychologue – Ile de France), Marie Jo. BONNET (spécialiste de l’histoire des femmes), Cécile BLUMENTAL, Nicole FOUCHE (Vice-présidente de REFH – Réussir l’égalité femmes-hommes), Yvette ROUDY (ancienne Ministre des droits des femmes).

Exercer le journalisme face à l’antisémitisme : l’édifiant arrêt d’une retransmission par FR3

Bonjour

C’est une affaire édifiante. Edifiante en ce qu’elle témoigne des impasses présentes et à venir de la pratique du métier de journalisme dans des espaces certes toujours démocratiques mais où la circulation des « informations » fait l’objet d’une dérégulation croissante via les célébrissimes « réseaux sociaux ». Une situation à très haut risque qui est bel et bien de l’ordre de la santé publique. On se gardera de tout commentaire.

Cela s’est passé en Alsace et les faits sont rapportés par les DNA. Elle explique que France 3 Alsace a indiqué,  mercredi 20 février, avoir suspendu mardi la retransmission en direct sur sa page Facebook de la visite du président Emmanuel Macron au cimetière juif profané de Quatzenheim, en raison de dizaines de commentaires « antisémites et racistes». Voici les explications de FR3 (Aymeric Robert, en charge du numérique) :

« Nous étions préparés. Tout journaliste sait qu’en 2019 et cela vaut pour n’importe quel média, il est toujours compliqué de retransmettre en Facebook live un événement impliquant la venue du chef de l’Etat. Dans un cimetière juif qui plus est, à l’heure où l’antisémitisme se répand comme un mauvais poison. Aujourd’hui, Emmanuel Macron, demain, un autre, mais nul doute qu’il sera soumis au même déchaînement de haine imbécile alimentée par de petits vengeurs de moins en moins masqués.

« Nous faisions partie de ceux qui pensaient encore l’exercice possible. Que le caractère odieux des actes antisémites de Quatzenheim, que le moment d’émotion et de stupeur des familles de ce village bas-rhinois, nous protégerait de ce flot d’immondices redouté. Que la notion de respect était encore vivace. Du respect de l’instant, des hommes et des femmes présents, du respect des morts, de la mémoire de ceux qui ont vécu sur nos territoires et ont forgé leur histoire et à défaut… du respect du cadre légal.

« Heil Hitler », « sales juifs »

« Raté. Au bout de quelques minutes, les commentaires ignobles et illégaux ont largement dépassé notre capacité à les modérer. Deux journalistes, ce n’est plus suffisant pour un tel exercice, sans doute que dix ou vingt non plus d’ailleurs. Que l’exercice n’est tout simplement plus possible en 2019. Une retransmission, d’accord, mais sans commentaire. Tant pis pour la libre parole.

« Nous ne parlons pas des commentaires bêtement stupides ou hors-sujets, ni même des commentaires anti-Macron. Vous avez le droit de critiquer le chef de l’Etat sur nos pages Facebook. Vous ne vous en privez pas. A dire vrai, nous nous réjouissons que vous puissiez le faire. C’est le signe d’une démocratie forte que de critiquer ses élus.
Non, nous parlons d’appels au meurtre explicites, de commentaires ouvertement antisémites et racistes, des « Heil Hitler », des « sale juif  » ou « sales juifs », qu’ils s’adressent à Emmanuel Macron ou aux représentants de la communauté juive.

Responsabilité juridique et morale

« Dégoût et sidération. Ces internautes, pas toujours anonymes à en juger par leur patronyme, savent-ils que ces écrits sont un délit ? Qu’on peut faire de la prison ferme pour un simple commentaire sur Facebook ? A quel moment, est-il devenu normal d’appeler publiquement à tuer quelqu’un, qu’il soit chef de l’Etat ou simple habitant d’un village alsacien ? Rappelons donc que Facebook, aussi virtuel soit-il, n’échappe pas au code pénal, que les internautes ont une responsabilité juridique qui engage France 3 Alsace. Mais au-delà de cette responsabilité juridique, nous refusons d’être un vecteur de haine.

« Ces commentaires sont le fruit pourri d’une minorité d’internautes. La plupart d’entre vous ont suivi ce live sans le commenter, d’autres ont exprimé leur émotion. Mais cette minorité nous interdit aujourd’hui de retransmettre certains événements en Facebook live.

« Ce n’est pas la fin du monde, juste un nouveau rétrécissement du champ d’action de notre métier. Un rétrécissement de la démocratie et de la liberté de jouir de nos droits, de tous nos droits. »

 France 3 Alsace a raison. Ce n’est pas la fin d’un monde. C’est un rétrécissement du champ d’action du métier de journaliste. De ce point de vue, Orwell l’a prophétisé, c’est un rétrécissement du monde.

A demain

@jynau

Les amphétamines de Bernard-Henri Lévy et les injections sanguines de la star Neymar

Bonjour

Du pain et des bleus. « 19-24 Désespérant » titre justement L’Equipe au lendemain d’un match catastrophe du XV de France cintre le XV de Galles. Où l’on pressent que le jeu de rugby, à l’échelon français, est une éponge du moral national. Et sans jamais pouvoir le démontrer on pourrait soutenir l’hypothèse que les violences inhérentes aux Gilets Jaunes ne sont pas étrangères aux malheurs des Bleus. Un vrai chef vous manque, et c’est le désespoir.

Nous avions laissé  Neymar da Silva Santos Júnior, 26 ans, souffrant d’une « élongation des adducteurs droits ». C’était en novembre. Nous voici en février, le gracile génie est à nouveau blessé. L’Equipe nous apprend que l’homme vient de faire un aller-retour en urgence à Barcelone. Là il a « reçu une injection de plasma riche en plaquettes (PRP) par leDr Ramón Cugat Bertomeu, chirurgien orthopédiste et spécialiste international de cette pratique régénératrice».

Traitement des tendinopathies chroniques

Chacun sait que Neymar s’est blessé contre Strasbourg (2-0) en Coupe de France, le 23 janvier. La star brésilienne salariée par le Qatar à Paris « souffre d’une pseudarthrose, c’est-à-dire un défaut de consolidation de la fracture du cinquième métatarsien du pied droit opéré en pars dernier par Rodrigo Lasmar, le médecin de la sélection brésilienne ». Pas d’intervention, cette fois, mais « un traitement conservateur à base de kiné, de magnétothérapie et d’injection de PRP ».

User ou pas du PRP ? On lit ceci dans la précieuse Revue Médicale Suisse, sous la signature de Jean-Luc Ziltener, Maxime Grosclaude et Lara Allet (Service d’orthopédie et traumatologie de l’appareil moteur, Hôpitaux Universitaires de Genève).

« Les tendinopathies chroniques chez le sportif sont fréquentes et pour certaines difficiles à traiter. La guérison et la régénération tendineuse sont sous le contrôle, entre autres, de nombreux facteurs de croissance. Il est actuellement possible de concentrer quelques facteurs de croissance autologues dans une fraction plasmatique du sang prélevé chez un sujet (plasma riche en plaquettes – PRP), et de la réinjecter au site lésionnel. La recherche de base et animale paraît plutôt prometteuse. Néanmoins, en clinique, le nombre d’études scientifiquement acceptables dans cette indication est faible. Actuellement, il n’est ainsi pas possible de recommander formellement ce type d’injections sanguines pour le traitement des tendinopathies chroniques chez l’homme. »

Passer chez Ruquier ou descendre une piste noire ?

L’Equipe, toujours (supplément papier glacé) et un « auto-portrait » glaçant (propos recueills par Estelle Lenartowicz – photo Roberto Frankenberg) de « Bernard-Henri Lévy, 70 ans, écrivain ». Où l’on en apprend un peu plus encore sur ses centaines de chemises toujours portées sans cravate (peur d’étouffer, « vieux truc d’enfant asthmatique ») ; sur ses modalités d’écriture dans une piscine (magnétophone, brasse papillon, un peu de dos crawlé) ; sur sa pratique, jeune, des sports de combat (judo, ju-jitsu, bâton japonais) ; sur le ski (« Passer chez Ruquier, c’est comme descendre une piste noire à ski » – sic).

Sans oublier le dopage aux amphétamines 2 :

« Jusqu’à il y a quinze ans, il m’est arrivé de me doper. Pour rendre plus pertinente cette partie du corps qu’est mon cerveau. Sous amphétamines, on se sent invincible, extralucide, invulnérable. Je ne regrette pas cette époque mais elle est derrière mois. Aujourd’hui j’ai besoin de bouger, de brûler mon énergie, de respirer. Je nage ».

Et L’Equipe de compléter : « 0 cigarette depuis trente ans après avoir fumé 5 paquets par jour. Au théâtre Antoine à Paris, le 20 mai, dans sa pièce ‘’Looking for Europe’’ ».

A demain

@jynau

1 Traitement des tendinopathies chroniques : intérêt des injections de plasma riche en plaquettes (PRP) Rev Med Suisse 2011; volume 7. 1533-1537

2 Dans Le Figaro daté du 3 juillet 2014 (Emilie Geffray), en réponse à la question de savoir s’il avait été gêné des  révélations sur France 2  (par sa femme Arielle Dombasle) de ses prise de « psychotropes » Bernard-Henri Lévy répondait : « Il y a une vraie tradition, vous savez, des écrivains consommateurs de substances. Artaud et le peyotl, Henri Michaux, Baudelaire et Théophile Gautier. À quoi sert un corps, pour un écrivain, sinon à produire le maximum de texte possible? Et de la meilleure qualité? Les amphétamines, parfois, m’y ont aidé. »