Rugby: la psychologie de Sébastien Vahaamahina, mais pourquoi a-t-il perdu son sang-froid ?

Bonjour

Il y avait eu le célébrissime « coup de tête » de Zidane Zinédine (9 juillet 2006). Il y aura le tragi-comique « coup de coude » de Vahaamahina Sébastien (20 novembre 2019).  Une nouvelle fois, dans les médias, on a invoqué le « coup de folie ». Avant que l’homme ne soit voué aux gémonies par une large fraction de l’Ovalie. Et ce pour ne pas avoir, devant les caméras, su garder son sang-froid 1.

L’Equipe, quotidien sportif cherche à comprendre. Et invite Meriem Salmi à éclairer notre gouverne : elle est « psychologue du sport ». « Il voulait probablement trop bien faire et il s’est laissé emporter. L’homme a débordé du joueur. Il n’y a pas d’intervention volontaire de faire mais simplement un débordement émotionnel qui n’a pas du tout été géré ».

Autre psychologue appelé au chevet : Christian Ramos qui a travaillé avec la Fédération Française de Rugby. Il nous par le mécanisme réflexe, du cerveau reptilien qui sommeille en nous, « siège de nos instincts de survie ». Il nous parle aussi de néocortex, plus lent que le reptilien. Il nous dit aussi que l’harmonie n’est que « le juste équilibre entre les intelligences émotionnelles, rationnelles et situationnelles ».

Ni Hasard ni Fatalité

Une page plus loin, toujours dans L’Equipe, notre toujours excellent et sévère confrère Pierre-Michel Bonnot. Il ausculte d’autres profondeurs. Selon lui, ce jour là, c’est l’inconscient qui, structuré comme un coude, parla chez Sébastien Vahaamahina. Le désir, finalement, de rentrer à Clermont-Ferrand, la fatigue de jouer dans un quinze national depuis longtemps à côté de ses souliers et sous la coupe de ses dirigeants contestés.

« Coup de folie » ? Peut-être pas. Mais beaucoup de non-dits. Finalement, un bien beau cadrage-débordement réussi du vieux reptilien sur le jeune néocortex. Et la France qui perd son sang-froid et le match contre les Gallois.

A demain @jynau

1 Sang-froid : Aptitude à garder, en toutes circonstances, présence d’esprit et maîtrise de soi; cette même possession de soi-même. Synon. aplomb, assurance, impassibilité; anton. Affolement

« Le sang-froid est une vertu curieuse et on a raison de la vanter, bien qu’elle implique un certain mépris de l’homme et une grande considération pour la fatalité » (Chardonne, Claire, 1931, p. 143).

 

Qui a tué le boxeur Patrick Day, où sont les véritables responsables et pourquoi est-il mort ?

Bonjour

On parle ici de « noble art » Et l’on réécoute Graeme Allwright s’interroger sur la mort de Davy Moore. Nous sommes ici à la lisière du sport et du combat, de l’argent et du spectacle. A deux pas des gladiateurs, à un doigt de l’inacceptable. « 17 octobre 2019. AFP-. Le boxeur américain Patrick Day, qui était dans un état critique depuis le violent K.O. dont il a été victime, est mort à 27 ans mercredi 16 octobre des suites de sa lésion cérébrale, a annoncé le promoteur de combats Lou DiBella. «Patrick Day est décédé aujourd’hui, le 16 octobre 2019, des suites de la lésion cérébrale traumatique qu’il a subie dans son combat» des super-welters contre son compatriote Charles Conwell, indique le communiqué. «Il était entouré de sa famille, d’amis proches et de membres de son équipe, dont son mentor, ami et entraîneur Joe Higgins. Au nom de la famille de Patrick, de son équipe et de ses proches, nous sommes reconnaissants pour les prières, le soutien et les marques d’amour adressés à Pat depuis sa blessure», a poursuivi Lou DiBella. »

C’est au 10e round que Patrick Day avait « subi son K.O. », le 12 octobre, dans la Wintrust Arena de Chicago, après un « terrible crochet gauche » de Conwell, sa tête ayant heurté lourdement le tapis. L’homme avait déjà vacillé juste avant sur une droite de son adversaire. Le boxeur américain a aussitôt été évacué inconscient sur une civière et transporté à l’hôpital Norhtwestern Memorial de la ville, où il a ensuite subi en urgence une opération de chirurgie cérébrale. Dans le coma depuis, il se trouvait dans le service de soins intensifs de l’hôpital.

Le boxeur argentin Hugo Santillan est décédé en juillet après un combat à San Nicolas, au nord de Buenos Aires. Sa mort était survenue deux jours seulement après celle du Russe Maxim Dadashev des suites d’une lésion cérébrale subie au cours d’un combat contre le Portoricain Subriel Matias dans le Maryland. Dans son communiqué, le promoteur de combats DiBella a appelé indirectement les autorités à adopter des normes de sécurité plus strictes autour d’un combat de boxe. «Il est très difficile d’expliquer ou de justifier les dangers de la boxe dans un moment pareil, a-t-il déclaré. Cependant, l’heure est venue de passer à l’action. Bien que nous n’ayons pas les réponses, nous savons les nombreuses questions à poser et nous avons les moyens d’y répondre de manière responsable, pour rendre la boxe plus sûre pour tous les participants.»

Une boxe « plus sûre » ? Moins de sang versé ? Et l’on réécoute Graeme Allwright s’interroger sur la mort de Davy Moore.

A demain @jynau

Stades alcoolisés : de leurs effets sur l’altération des capacités d’un député macronien du Cher

Bonjour

Dans l’affaire, toujours pendante, des « stades alcoolisés » nous avions appris l’existence de François Cormier-Bouligeon. Député (LREM, Cher), 46 ans. Ancien socialiste (1990-2014) Ancien chef de cabinet adjoint du ministre de l’Économie Emmanuel Macron puis conseiller du ministre socialiste des sports Patrick Kanner, Au sein du groupe LREM, il figure parmi les partisans d’une laïcité républicaine stricte. Co-auteur d’un rapport original et intéressant remis il y a quelques mois au Premier ministre : « Faire de la France une vraie nation sportive ». 

M Cormier-Bouligeon est désormais assez bien connu de la communauté des addictologues comme étant le maître d’œuvre d’une proposition de loi fondée sur un « assouplissement de la loi Evin ». Une mesure permettant (#article18) une réalcoolisation des stades bien au-delà des seules loges VIP : c’est l’affaire des « stades alcoolisés ». Elle était plus ou moins en veille, un émissaire du Premier ministre étant parvenu à faire taire quelques opposants ignorant l’existence, en France, de la séparation des pouvoirs exécutif et législatif.

La force du ridicule

Et voici que l’affaire resurgit sur twitter. Porté par la Coupe du monde de rugby (il est « fan ») M Cormier-Bouligeon ose une liaison qu’un élève de sixième ne s’autoriserait pas : « Scandale ! En plein Japon, 2ème pays au monde en espérance de vie, de l’alcool en vente dans les stades #article18 »

F Cormier Bouligeon, @FCBDeputeduCher Député du Cher, Pdt Groupe d’et Sport de l’Ass. Nat. Comm. Des Aff  Culturelles La République en Marche  Fan de rugby et joueur du @XVParlementaire

Reprise de la balle twittée par William Lowenstein, président de SOS Addictions – puis beau cadrage-débordement mettant en lumière la pauvreté populiste du sophisme : « Scandale ! La population japonaise va décliner de 126 millions à 88 millions en 2065 : c’est à cause de l’alcool dans les stades #article18 » ; « Scandale ! Le Japon serait le premier pays au monde en espérance de vie si l’alcool n’était pas vendu dans les stades »

Essai de pénalité. On pourrait presque ajouter : « Le ridicule ne tue pas / Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort / Donc le ridicule nous rend plus fort »

A demain @jynau

Stades alcoolisés : reprise de volée de cent députés macronistes contre le pouvoir exécutif

Bonjour

Nous écrivions il y a peu que contrairement à la joie prématurée de trois joueurs mal préparés la partie des « stades alcoolisés » était loin d’être gagnée  . Le président de la Fédération française d’addictologie (FFA), le Pr Amine Benyamina, venait alors de rendre public ces lignes à lui adressées :

« Le Premier ministre tient à vous confirmer, ainsi que l’ont fermement exprimé Agnès Buzyn, ministre de la Santé, et Roxana Maracineanu, ministre des Sports, que le gouvernement n’envisage pas de modifier la réglementation en vigueur relative à l’interdiction de vente d’alcool dans les stades, telle qu’inscrite dans la loi Evin ».

Nous rappelions aussi que la séparation des pouvoirs fait que l’exécutif ne saurait étouffer la volonté du législatif. Et voici que la proposition de loi (longtemps tenue secrète) vient d’être enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale. On la découvrira ici : « PROPOSITION DE LOI visant à faire de la France une nation sportive ». Et ci-dessous les noms des cent-deux députés soutenant cette volonté 1.

Où l’on retrouve, bien présent, le désormais célèbre article 18 qui « vise à assouplir, de manière encadrée, l’application de la loi Évin dans les stades en étendant l’octroi d’autorisations temporaires de vente d’alcool aux sociétés sportives ». Il s’agit donc bel et bien, « d’assouplir  de manière encadrée » (sic) une loi qui perdrait alors un peu plus de sa substance au profit des grands alcooliers et de leurs publicitaires.

On attend, ici, la réaction des trois joueurs qui pensaient, trop tôt, avoir partie gagnée : Amine Benyamina (FFA), Bernard Basset (Anpaa) et Axel Kahn (Ligue contre le cancer). Puis la décision du juge-arbitre du Palais de l’Elysée.

A demain @jynau

1 François CORMIER-BOULIGEON, Cédric ROUSSEL, Belkhir BELHADDAD, Lénaïck ADAM, Fannette CHARVIER, Éric GIRARDIN, Pierre HENRIET, Alexandre FRESCHI, Sébastien CAZENOVE, Bertrand SORRE, Caroline JANVIER, Cathy RACON-BOUZON, Stéphanie RIST, Bertrand BOUYX, Jean-François PORTARRIEU, Hubert JULIEN-LAFERRIÈRE, Emmanuelle FONTAINE-DOMEIZEL, Stéphane MAZARS, Éric POULLIAT, Pascal BOIS, Patricia MIRALLÈS, Danièle CAZARIAN, Denis MASSÉGLIA, Stéphane BUCHOU, Vincent THIÉBAUT, Yannick KERLOGOT, Jean TERLIER, Fabienne COLBOC, Céline CALVEZ, Patrick VIGNAL, Yaël BRAUN-PIVET, Anne GENETET, Christophe BLANCHET, Christophe LEJEUNE, Stéphane CLAIREAUX, Saïd AHAMADA, Jean-Marc ZULESI, Jean-Marie FIÉVET, Olivier GAILLARD, Véronique RIOTTON, Hugues RENSON, Carole BUREAU-BONNARD, Florian BACHELIER, Stéphane TESTÉ, Corinne VIGNON, Philippe CHALUMEAU, Jean-Michel MIS, Sereine MAUBORGNE, Francis CHOUAT, Danièle HÉRIN, Stéphanie KERBARH, Jacqueline DUBOIS, Olivier DAMAISIN, Guillaume GOUFFIER-CHA, Martine WONNER, Michèle PEYRON, Béatrice PIRON, Jacques MARILOSSIAN, Nicole DUBRÉ-CHIRAT, Jean-Bernard SEMPASTOUS, Didier PARIS, Cécile MUSCHOTTI, Raphaël GÉRARD, Stéphanie ATGER, Sandra MARSAUD, Jean-François CESARINI, Patrice PERROT, Christine CLOAREC-LE NABOUR, Richard LIOGER, Isabelle RAUCH, Françoise DUMAS, Pieyre-Alexandre ANGLADE, Christophe JERRETIE, Fadila KHATTABI, Martine LEGUILLE-BALLOY, Daniel LABARONNE, Carole GRANDJEAN, Hervé BERVILLE, Gwendal ROUILLARD, Alain PEREA, Ramlati ALI, Laetitia AVIA, Nathalie SARLES, Didier BAICHÈRE, Grégory BESSON-MOREAU, Benoit POTTERIE, Yolaine de COURSON, Jean-Luc FUGIT, Christophe AREND, Liliana TANGUY, Frédérique LARDET, Catherine OSSON, Fabien GOUTTEFARDE, Alexandra VALETTA ARDISSON, Buon TAN, Damien ADAM, Pierre-Alain RAPHAN, Anne-Laure CATTELOT, Blandine BROCARD, Jean-Charles LARSONNEUR, Laurent SAINT-MARTIN, Sylvie CHARRIÈRE,

Alcools, gradins et loges VIP: pourquoi le gouvernement ne nous dit-il pas, enfin, la vérité ?

Bonjour

Revenons un instant sur le texte signé, dans Le Figaro, par les Drs Amine Benyamina*, Bernard Basset** et Axel Kahn*** 1. Un étrange papier dans lequel les auteurs se réjouissent « que pour la première fois depuis vingt-cinq ans d’attaques incessantes contre la loi Évin, les alcooliers aient connu une défaite ». La suite et, pourrait-on croire, la fin de  l’édifiante affaire politique des stades pré-alcoolisés et des VIP champagnisées.

Résumons.Trois députés macroniens  François-Cormier-Bouligeon député (LREM, Cher), 46 ans – Cédric Roussel député (LREM, Alpes-Maritimes), 46 ans – Belkhir Belhadad député, (LREM, Moselle, 50 ans) sont à l’origine d’une proposition de loi « sportive » qui alimente depuis peu une violente polémique sanitaire et politique. Ils ont été rejoints par plus de soixante de leurs collègues. Certains les ont, depuis, quittés.

Quant à leur proposition « portant diverses dispositions pour faire de la France une Nation sportive » (sic) enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale le 24 juillet dernier, elle n’est toujours pas sur le site dédié de cette dernière.

Une affaire close comme le laisserait penser le satisfecit du triumvirat du Figaro ? Nullement. Et tout laisse malheureusement penser que le tweet unique d’Agnès Buzyn, loin du clairon victorieux, pourrait bien signer la fuite en rase campagne devant les députés macroniens sportifs marchant au pas cadencé des alcooliers industriels. Et puis, hier, ce tweet explicatif d’Axel Kahn :

« L’article contentieux 13 du projet de loi sur le sport semble avoir été retiré, les ministres de la santé et des sports se sont engagées par tweets et interviews, l’Élysée semble avoir donné des assurances. »

Où l’on notera l’usage du verbe sembler. Un verbe fragile, délicat à manier 2.

Un article d’une proposition de loi retiré par ses auteur-députés ? Et ce à la demande du locataire du Palais de L’Elysée ? L’exécutif pesant sur le législatif ? Il semble que cela mériterait d’être vérifié. Et officiellement, haut et fort, confirmé. Par exemple par la ministre des Solidarités et de la Santé. Ou par le Premier ministre étrangement absent de ce dossier. On attend.

A demain @jynau

1 * Médecin psychiatre-addictologue, chef du département de psychiatrie-addictologie groupe hospitalier Paul-Brousse (AP-HP), professeur à l’université Paris-Sud, président de la Fédération française d’addictologie (FFA). ** Médecin spécialiste en santé publique, vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), administrateur de la Fédération française d’addictologie. *** Généticien, président honoraire de l’université Paris-Descartes, président de la Ligue nationale contre le cancer.

2 « Supposons deux corps électrisés; bien qu’ils nous semblent en repos, ils sont l’un et l’autre entraînés par le mouvement de la terre » (H. Poincaré, Valeur sc., 1905, p. 185).

« Pour tous les événements qui dans la vie et ses situations contrastées se rapportent à l’amour, le mieux est de ne pas essayer de comprendre, puisque, dans ce qu’ils ont d’inexorable comme d’inespéré, ils semblent régis par des lois plutôt magiques que rationnelles » (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 501).

Agnès Buzyn et les stades pré-alcoolisés : comment ne pas confondre ses désirs et la réalité

Bonjour

Ils sont trois médecins: Amine Benyamina*, Bernard Basset** et Axel Kahn*** 1. Trois responsables qui signent un étrange papier dans Le Figaro. Un papier dans lequel ils se réjouissent « que pour la première fois depuis vingt-cinq ans d’attaques incessantes contre la loi Évin, les alcooliers aient connu une défaite » [sic]. Où l’on revient à l’édifiante affaire politique des stades pré-alcoolisés et des loges VIP bien champagnisées.

L’analyse des trois médecins ne diffère guère de celle de tous les spécialistes des luttes contre les addictions. Ils observent ici une nouvelle émergence de l’hydre du lobby des puissants alcooliers industriels. Avec un plan d’action bien rôdé :

« Instrumentaliser une activité sociale positive et populaire comme le sport pour dissimuler un cadeau au lobby alcoolier, de la bière en l’occurrence, qui réclame depuis longtemps des facilités pour abreuver d’alcool les spectateurs ; dissimuler cette stratégie derrière des éléments de langage standardisés censés rassurer et destinés à occulter la brutalité de la manœuvre («assouplir», «clarifier», «simplifier») ; ne pas se concerter à l’avance avec les acteurs de santé pour les prendre par surprise ; et enfin lancer les opérations en catimini au cœur de l’été pour profiter de l’inattention générale. C’est de cette manière qu’un tiers des députés de la majorité (LREM) ont annoncé que, pour promouvoir «une nation sportive», il fallait faciliter l’alcoolisation des spectateurs pendant les matchs, et donc, incidemment, «assouplir» la loi Évin. »

Prêcher le faux dans Le Figaro pour tenter de lever le voile sur le vrai

Mais pour les signataires cette « manœuvre grossière » aurait « échoué ». Et ce grâce, notamment, à la mobilisation immédiate des « acteurs de l’addictologie » et parce que « la société civile ne dort jamais ». « Le rapport à l’alcool est en train de basculer dans la population française, ajoutent-ils. La recherche de bien-être, les préoccupations de santé et écologiques, les progrès des connaissances scientifiques et la pédagogie inlassable du monde de la santé publique ont fait prendre conscience que toutes les boissons alcooliques étaient des produits à risques. L’incitation à boire pendant les compétitions, notamment pour les jeunes spectateurs, ne pouvait être acceptée aisément. »

Et de poursuivre leur analyse : « Une lettre ouverte de la Fédération française d’addictologie à la ministre de la Santé lui demandant de prendre position «publiquement et fermement» sur ce sujet a permis à Agnès Buzyn – probablement avec l’accord du gouvernement – [sic] de déclarer qu’il n’était nul besoin de nouvelles incitations à la consommation d’alcool et que la loi Évin ne serait pas modifiée. Elle a ajouté le 21 août que la meilleure solution serait que les tribunes VIP ne jouissent plus d’une exception [exception dont elle ignorait l’existence] ».

La vérité est qu’Agnès Buzyn ne s’est (timidement) exprimée sur le sujet que le 9 août et que l’on en reste à ce tweet ministériel :

« L’alcool tue 41 000 personnes chaque année dans notre pays. Chacun de ces décès est évitable. Ne laissons pas de nouvelles incitations à la consommation d’alcool se rendre complices de ce bilan. La ferveur n’a pas besoin d’alcool pour s’exprimer dans nos stades. »

C’est un peu court pour voir ici, comme les trois signataires, « un coup d’arrêt » à l’offensive du lobby alcoolier industriel » . Un peu court pour en tirer la conclusion que pour la première fois depuis un quart de siècle d’attaques incessantes contre la loi Evin, « les alcooliers ont connu une défaite ».

Le vrai est que rien n’est joué. Pour un peu on imaginerait que ces trois responsables prennent leur désir pour la réalité. A moins qu’ils ne jouent, qu’ils ne prêchent le faux dans Le Figaro pour tenter de lever le voile sur le vrai. Reste l’essentiel, politique, de ce dossier. Et ce  n’est pas le bien trop modeste tweet unique de la ministre de la Santé – mais la décision prise par l’ambigu Emmanuel Macron.

A demain @jynau

1 * Médecin psychiatre-addictologue, chef du département de psychiatrie-addictologie groupe hospitalier Paul-Brousse (AP-HP), professeur à l’université Paris-Sud, président de la Fédération française d’addictologie (FFA).

** Médecin spécialiste en santé publique, vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), administrateur de la Fédération française d’addictologie.

*** Généticien, président honoraire de l’université Paris-Descartes, président de la Ligue nationale contre le cancer.

Stades alcoolisés : bien avant les macroniens le patron du ruby français les réclamait !

Bonjour

En pied de la page 26. C’est là, le 18 août, que le Journal du Dimanche (Philippe Kallenbrunn) cachait son information la plus croustillante : « Laporte voulait de l’alcool dans les stades du Mondial 2023 ». Loin des blondeurs de Brigitte Macron (et des embrouillaminis investigationistes post-Kadhafi) on y retrouve le cocktail sport-politique-argent-santé publique – cette ferveur qui nourrit les rangs macronistes et face à laquelle Agnès Buzyn semble tétanisée. Sans parler de l’actuel Directeur Général de la Santé.

Où l’on apprend que les têtes pensantes de la Fédération Française de Rugby (FFR) avaient, dès le printemps 2017 fait le forcing pour obtenir l’autorisation de vendre de l’alcool dans les stades lors des quarante-huit matches du Mondial 2023. Le célèbre Bernard Laporte, flanqué du Dr Serge Simon, son omnipotent premier vice-président, « souhaite alors que le ministère de la Santé s’engage à adopter un décret en ce sens ‘’pour les boissons alcooliques de troisième groupe’’ (bère, vin, cidre) ».

« Addictologie et psychopathologie des sportifs »

C’est (on s’en souvient) Marisol Touraine qui est aux commandes. Et c’est le Pr Benoît Vallet, alors Directeur Général de la Santé qui, d’un élégant trait de plume sanitaire et rugbystique, règle l’affaire : « Le cadre législatif actuel ne constitue pas un frein à la candidature de la France » (15 mai 2017).

Six mois plus tard le Pr Vallet l’emporte haut la main devant le duo Laporte-Simon : World Rugby choisit la France pour le Mondial 2023, la France et ses stades sans alcools industriels (du moins hors loges-VIP…). « La semaine dernière l’ancienne ministre socialiste Michèle Delaunay, amie politique de longue date du premier vice-président de la FFR Serge Simo, confiait au JDD que ‘’la vente d’alcool dans les stades entraîne quasi systématiquement la sponsorisation’’ » explique l’hebdomadaire dominical, page 26.

Médecin ou pas, le citoyen aimerait mieux comprendre la position de la Dr Michèle Delaunay sur le sujet. Mieux comprendre, aussi et surtout, le jeu joué par l’étrange Dr Serge Simon dont la biographie officielle rappelle qu’il fut  à l’initiative de la création du Centre d’addictologie et de psychopathologie des sportifs au sein du CHU de Bordeaux.  Et puis, ancien joueur ou pas, le citoyen ne peut manquer, deux ans après, de saluer le cadrage-débordement du Pr Vallet.

A demain @jynau