Le corps et la testostérone des femmes athlètes appartiennent-ils aux juges-arbitres du sport ?

Bonjour

Jusqu’où la médecine, l’endocrinologie, l’industrie pharmaceutique peuvent-elles collaborer à une telle entreprise ? Depuis Lausanne (Suisse) le Tribunal arbitral du sport (TAS) a rejeté, mercredi 1er mai, le recours de la célèbre athlète sud-africaine Caster Semenya . Cette dernière contestait les règles de la Fédération internationale d’athlétisme – des règles qui imposent aux athlètes hyperandrogynes ( dont le corps produit naturellement des concentrations élevées de testostérone) à prendre des traitements pour « normaliser » leurs taux hormonaux.

On parle ici, officiellement, de « femmes DSD » (différences de développement sexuel), qui présentent un taux de testostérone supérieur à 5 nmol/L. Des femmes qui ne sont pas « malades ». Et on  sait que ces athlètes sont surreprésentées dans les épreuves mêlant force et endurance (du 400 m au mile). « Avantage inique, disent les unes – Don naturel, répondent les autres » résume l’AFP.

Dans sa décision de 160 pages, le TAS ne juge pas le règlement « invalide » comme le demandait la double championne olympique. Pour autant il émet notamment  de « sérieuses préoccupations au sujet de sa future application pratique »Il a demandé à Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) d’amender son règlement.

Trois points posent particulièrement problème aux experts : la difficulté d’appliquer un principe de responsabilité objective en fixant un seuil de taux de testostérone à respecter ; la difficulté de prouver un véritable avantage athlétique chez les athlètes hyperandrogènes sur les distances du 1 500 m et du mile ; les éventuels effets secondaires du traitement hormonal. Comment, en d’autres termes, fixer des frontières face à la variété biologique présente dans l’espèce humaine ?

« C’est du délire »

« La corrélation directe entre le taux de testostérone et les performances est une conception des années 1980. Ce sont des idées préconçues parce que cette ligne ne regarde la performance que par le prisme de la testostérone, expliquait au Monde (Anthony Hernandez) il y a un an,  Pierre-Jean Vazel, entraîneur d’athlétisme. Aujourd’hui, on sait que ce n’est pas juste. Les performances dépendent de plusieurs facteurs qui se combinent comme le taux, le caryotype XX ou XY, les différents gènes mais aussi les récepteurs androgènes… D’ailleurs, parmi les femmes « DSD », certaines présentent un syndrome d’insensibilité complète ou partielle, leurs récepteurs ne reconnaissent pas ou peu la testostérone qui circule dans leur corps dans des proportions impossibles à quantifier. Or, ces dernières sont mises dans le même sac que les autres. Cela illustre l’absurdité de tout ça. »

L’absurdité et le danger. «  L’IAAF est incapable de préserver le secret médical, ajoutait Pierre-Jean Vazel. En 2009, lors des Mondiaux de Berlin, ils avaient livré en pâture une jeune fille de 17 ans. Tout le monde pérorait sur les organes sexuels, sur le taux de testostérone et sur le corps de Caster Semenya. Cette catégorie ‘’DSD’’ ouvre la même boîte de Pandore. On n’a pas à savoir qui a un micropénis, des testicules pas descendus ou tel caryotype… C’est du délire. Cela ne regarde que ces athlètes et le CIO envisage de les faire concourir dans une catégorie troisième genre. Et ça va à l’encontre des statuts de l’IAAF censée protéger la santé des athlètes. »

A quel titre, de quel droit, pourrait-on imposer à Caster Semenya et à ses semblables de prendre des « traitements » pour réduire leurs taux sanguins de testostérone ?

A demain

@jynau

Publicité : heureuses comme Heineken® et Guinness® aux stades de l’inconscient humain

Bonsoir

« Faire de la publicité, c’est agiter un bâton dans l’auge à cochons ». On peut le dire autrement : expliquer que la publicité a un impact majeur sur nos consommation, notre santé, notre vie. Et les  amateurs de rencontres sportives n’y échappent pas, bien au contraire, via les incrustations publicitaires aux armes des marques de boissons alcooliques industriellement élaborées.

Une étude franco australienne à paraître dans la revue Drug and Alcohol Review  apporte sur ce thème de nouvelles et sombres lumières. Elle a mesuré ce qui résulte de  l’exposition des téléspectateurs aux logos alcooliques omniprésentes dans les stades et sur les écrans.« Il y a beaucoup de données déjà publiées sur la corrélation entre le temps d’exposition (aux marques de boissons alcooliques) et le niveau de consommation , explique Laurent Bègue, professeur de psychologie sociale à l’université de Grenoble et coauteur de l’étude. L’intérêt de ces recherches c’est de voir, au-delà de la corrélation, si on a un effet causal sur la perception des marques et de l’alcool en général».

On sait qu’en France la loi Evin interdit (en théorie et depuis près d’un quart de siècle) le « parrainage sportif » par des alcooliers. Pour autant les téléspectateurs peuvent y être exposés lors des compétitions internationales télévisées. Dernière démonstration en date : le sacre noir 1 de la Guinness, sponsor principal du dernier tournoi des VI Nations – désormais intitulé « Guinness Six Nations » – sauf (pour l’heure) en France : « L’exception française au cœur du « Guinness/Greatness Six Nations » » (MAGALI TÉZENAS DU MONTCEL, Les Echos)

Rassurer les alcooliers

Pour cette étude franco-australienne une centaine de citoyens français volontaires ont été répartis en trois groupes – groupes qui ont visionné un extrait de match de rugby où était visible soit la marque de bière Heineken, soit la marque néo-zélandaise Steinlager, moins connue en France, soit un sponsor n’ayant aucun lien avec l’alcool (la marque d’huile de moteur Castrol Edge). Puis on leur a ensuite demandé de classer de «très agréable» à «très désagréable» des images de boissons alcooliques (avec ou sans marque), des bouteilles d’eau ou des aliments et différents autres objets.

Les résultats rassureront, s’il en était besoin, alcooliers industriels et publicitaires ? Ils montrent que ceux qui ont visionné un extrait où une marque de bière était présente ont ensuite une évaluation indirecte plus positive de cette marque. Pour les chercheurs suggère «qu’elle est plus facilement accessible en mémoire, et qu’elle sera plus susceptible d’être prise en considération lorsque l’individu devra faire un choix».

Mieux : ces résultats sont également observés lorsque les participants ont au préalable effectué une tâche destinée à diminuer leurs capacités de concentration observent les auteurs de l’étude. « Cela implique que les processus sous-jacents à la publicité pour de l’alcool se produiraient de manière automatique, sans qu’il ne soit nécessaire de traiter volontairement et consciemment le message , estime Laurent Bègue. Ce résultat doit sensibiliser au fait qu’on peut être influencé par des images sans en être nécessairement conscient. Cette nouvelle étude est un argument supplémentaire pour que les pouvoirs publics mettent autant d’énergie à réguler la publicité pour l’alcool que celle pour le tabac. »

Où l’on voit qu’un spécialiste affûté de psychologie sociale peut ne pas connaître des véritables énergies qui animent les « pouvoirs publics ». « Faire de la publicité, c’est agiter un bâton dans l’auge à cochons » est de George Orwell.

A demain

@jynau

1 Extrait du discours des Gros Pardessus internationaux : « Ce sponsoring est un accord de six ans et renforce considérablement l’engagement de GUINNESS envers le rugby, et s’ajoute à un portefeuille qui compte déjà le Guinness PRO14, des partenariats avec les fédérations anglaises, irlandaises, écossaises et galloises ainsi que les provinces du Leinster et du Munster.

GUINNESS travaillera avec le Tournoi des Six Nations pour construire sur l’incroyable patrimoine de sa marque. En particulier, l’équipe GUINNESS essayera de soutenir l’expérience des joueurs et des supporters, et utilisera son sponsoring pour encourager les millions de supporters adultes qui regardent ou assistent aux matchs, de boire de manière responsable.

Pour commenter ce nouveau partenariat, le PDG des Six Nations Benjamin Morel a dit : ‘’Nous sommes absolument ravis d’augmenter notre relation de longue date avec GUINNESS, et ce sera un super sponsor principal du Plus Grand Tournoi de Rugby. GUINNESS est un leader mondial et notre partenariat entre deux marques emblématiques va nous permettre d’atteindre de nouvelles audiences sur une échelle globale. On ne peut être plus enthousiastes de travailler avec l’équipe GUINNESS ces prochaines années pour développer de manières nouvelles et innovantes pour se connecter avec les supporters et les consommateurs. »

 

«Hidjab de running» : une forme d’hystérie tricolore sous les yeux de la presse anglo-saxonne

Bonjour

Ainsi donc, dans le sillage du burkini, la tornade du « hidjab de running ». Le 26 février 2019, après une journée de controverses, de débats radiophoniques et de pressions politiques la firme Decathlon a renoncé, a dit renoncer (pour l’instant) à commercialiser (en France) son « hidjab de running ». Déjà vendu au Maroc, ce fichu devait prendre place dans les rayons des Decathlon de France dans les prochaines semaines. Mercredi 27 février la ministre de la justice a regretté « qu’on a[it]beaucoup hystérisé le sujet ». Elle a rappelé que le choix commercial initialement fait par Decathlon était légal. Une tornade et un contradiction qui, comme l’observe judicieusement Le Monde, n’a pas échappé à la presse anglosaxonne qui y a vu l’éternel retour de l’obsession française pour « l’habillement des musulmanes ».

Le quotidien britannique The Guardian souligne ainsi qu’il ne s’agit pas de la première « tempête politique sur les vêtements des femmes musulmanes en France », habituée à ce genre de débats depuis 2010, quand « le gouvernement de Nicolas Sarkozy a interdit le port de la burqa en France et a été accusé de stigmatiser les femmes musulmanes ».

 « La question de l’habillement des femmes musulmanes en public a souvent suscité la controverse en France », note aussi la BBC, qui relève que, paradoxalement, le fabricant d’équipements sportifs Nike commercialise un hidjab de sport en France depuis 2017, disponible en noir, gris et blanc. Sans que cela ne pose de problème. Qui, en France, osera lancer un mouvement de boycott contre Nike ?

Pour la chaîne australienne ABC, cette controverse entourant le « hidjab de course » n’a rien d’étonnant. « En fait, l’entreprise elle-même a admis qu’elle avait soupçonné que le déploiement du produit allait faire “réagir” », note la chaîne, qui rappelle que « la France a été le premier pays européen à interdire ouvertement la burqa et le niqab dans les lieux publics ». D’autres observent que le buzz décathlonien survient alors que la célèbre firme française traverse quelques difficultés stratégiques et financières.

Hystérie française de conversion

A l’instar du Guardian, la BBC revient sur les règles françaises en matière de signes religieux – des standards bien éloignés de la culture anglo-saxonne. Le Guardian rappelle que le port du voile est interdit dans les écoles publiques depuis 2004. Et les agents de la fonction publique ne peuvent pas porter de voile ou de symboles religieux extérieurs au travail, car ils doivent être considérés comme neutres. L’occasion aussi de se remémorer la polémique qui avait agité la France en 2016, lorsque des dizaines de maires de villes côtières françaises avaient cru pouvoir interdire aux femmes musulmanes de porter des « burkinis » sur leurs plages.

Pour le Washington Post, la France sombre dans le registre « mélodramatique de ce que peuvent, ou ne peuvent pas porter les femmes de confession musulmane ». Le quotidien revient sur ce qui a commencé comme « la tempête habituelle sur Twitter avant de devenir une affaire d’Etat, avec des responsables politiques se sentant obligés de prendre position sur ce vêtement prétendument offensant ».

Et, ajoute Le Monde, pour souligner cette « hystérisation » du débat français, le quotidien américain le met en regard avec la diffusion par Nike, dimanche pendant la cérémonie américaine des Oscars, d’une nouvelle campagne de publicité intitulée « Dream Crazier » (« Rêvez avec plus de folie ») – campagne qui met en vedette plusieurs athlètes féminines qui ont brisé des barrières et qui ont été traitées de « folles » pour avoir osé le faire.

Parmi elles  l’escrimeuse Ibtihaj Muhammad, médaille de bronze par équipes aux championnats du monde en 2011, 2012 et 2013 et médaille de bronze par équipes lors des Jeux olympiques 2016 de Rio de Janeiro, au Brésil. Elle a été la première athlète américaine à participer aux Jeux olympiques avec un hidjab. Et plutôt que de susciter la polémique, ce spot publicitaire a été bien reçu par le public américain.

Où l’on en vient à s’interroger : qui nous éclairera sur les raisons profondes qui, en France, pourraient expliquer ces phénomènes d’hystérie nationale de conversion.

A demain

@jynau

 

Deux anabolisants-amaigrissants sont à prohiber. Que fait la police du médicament ?

Bonjour

C’est une sérieuse alerte de l’Agence nationale française de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM » :  « Alerte sur les risques pour la santé des produits à visée anabolisante ou amaigrissante CLENOX® et STANOX-10® de Pacific Pharmaceutical Company LTD. Malay Tiger, vendus sur internet ».

Où l’on apprend que des analyses effectuées sur les produits vendus sous les noms de marque Clenox® et Stanox-10®. ont permis à l’ANSM d’identifier « la présence de substances non autorisées et dangereuses pour la santé ».

I Les résultats des analyses effectuées sur les comprimés de marque Clenox® 1 montrent la présence de clenbutérol à une teneur de 0,22 mg par unité pour une teneur annoncée sur le conditionnement secondaire de 0,04 mg par unité. Or il s’agit ici d’une substance qui n’est pas autorisée dans la composition de médicaments à usage humain ; une substance dangereuse qui présente des risques cardiaques graves. Une décision de police sanitaire de l’ANSM du 12 avril 2012 interdit l’importation, la préparation, la prescription et la délivrance de préparations magistrales, officinales et hospitalières définies à l’article L. 5121-1 du code de la santé publique, y compris de préparations homéopathiques, contenant cette substance. Et cette dernière figure sur la liste des substances et méthodes dont la détention par le sportif est interdite (Arrêté du 23 février 2018 et J.O. du 10 mars).

II Quant aux résultats des analyses effectuées sur les comprimés de marque Stanox-10® 2, ils montrent la présence de stanozolol à une teneur de 0,6 mg par unité pour une teneur annoncée sur le conditionnement secondaire de 10 mg par unité – une substance qui n’est pas autorisée dans la composition de médicaments à usage humain et qui  figure également sur la liste des substances et méthodes dont la détention par le sportif est interdite (Arrêté du 23 février 2018 et J.O. du 10 mars).

Impuissance

Les autorités sanitaires rappellent que « seul le circuit des pharmacies d’officine et de leurs sites internet autorisés pour la vente en ligne de médicaments, régulièrement contrôlés par les autorités sanitaires, apportent des garanties sur la qualité, l’efficacité et la sécurité des médicaments achetés ». Il est ainsi « vivement déconseillé d’acheter des médicaments en dehors des pharmacies ou de leurs sites internet autorisés pour la vente en ligne de médicaments dont la liste est disponible sur le site du Conseil de l’Ordre National des Pharmaciens » .

Reste une question qui concerne directement la police du médicament : pourquoi, simplement, ne pas interdire ces ventes sur internet ? Faut-il ici, entre les lignes, comprendre que cette police est, face à la Toile, devenue impuissante ? Et que Pacific Pharmaceutical Company LTD. Malay Tiger peut commercialiser, en marge des pharmacies d’officine, ce qu’elle veut et comme bon lui semble ?

A demain

@jynau

1 Voici comment est présenté Clenox® (39,99 euros) sur internet (site http://malaytiger-fr.com/fr):

«  Clen est le terme commun utilisé qui se réfère au bronchodilatateur populaire Clenbuterol Hydrochloride.Conçu dans le but de traiter l’asthme chronique Clen est également un puissant brûleur de graisse avec quelques ressemblances avec l’éphédrine mais beaucoup plus puissamment efficace.Bien que conçu pour traiter les problèmes respiratoires, c’est cette capacité de brûlage des graisses du médicament qui fait que c’est la raison numéro un d’acheter Clen en premier lieu.La raison est simple:Clen augmente considérablement votre activité métabolique totale en stimulant les récepteurs Beta-2.Une fois que ce processus est en jeu les résultats sont très simples nous utilisons maintenant les graisses corporelles stockées pour l’énergie à  un degré plus élevé. Alors que la combustion directe de graisse est le principal mode d’action en ce qui concerne ses propriétés d’activité métabolique, Clen a prouvé qu’il réduisait considérablement l’appétit total dans certains cas et pour certains l’appétit décroissant peut être utile pour ceux qui luttent pour perdre du poids.Le clenbutérol est un bronchodilatateur largement utilisé dans de nombreuses régions du monde. Le médicament est le plus souvent préparé en comprimés de 20mcg mais il est également disponible sous forme de sirop et injectable. Clenbuterol appartient à  un large groupe de médicaments connus comme sympathomimétiques. »

2 Voici comment est présenté Stanox-10® (39,99 euros) sur internet  (site http://malaytiger-fr.com/fr):

« Qu’est-ce que c’est? Le Winstrol, connu également sous le nom de Stromba ou bien Winny, est un stéroïde anabolisant fait sous forme de comprimés oraux et injections intra-musculaires. Il a été développé par Winthrop Laboratories en 1962. Le nom de la matière active de ce produit est le stanozolol. La principale différence entre le Winstrol et un stéroïde anabolisant: il est vendu dans une solution aqueuse, pas en huileux.

Quels sont les bons effets? Le Winstrol n’est pas vraiment adapté à la croissance de la masse musculaire. Il favorise la force et la production de globules rouges qui le rend intéressant pour les sports dit aerobiques . Dans le body-building, Winny est généralement utilisé par ceux qui veulent facilement maintenir leur masse, même si l’accroissement n’est pas dramatique. Le Winstrol est particulièrement apprécié par les body-builders lors de la préparation d’une compétition mais également dans une phase de prise de masse, puisqu’il ne provoque aucune rétention d’eau, aide à la dégradation de la graisse et au gain de muscle. »

Greffe, argent et football : sept ans après, la sombre affaire du lobe de foie d’Eric Abidal

Bonjour

C’était une bien belle histoire, cela devient une trop sombre affaire. Une affaire qui vient rappeler la gangrène que peut générer l’argent dans le champ des greffes d’organes. L’Equipe du jour (Florent Torchur) rapporte, depuis Madrid, que la justice espagnole vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête sur la greffe de foie d’Eric Abidal 1 – une greffe pratiquée le 10 avril 2012 sur ce joueur de football, ancien international français aujourd’hui directeur sportif du FC Barcelone.

Nous avions, en mars 2012, évoqué cette transplantation hors du commun médiatisée avant même qu’elle ne soit pratiquée. « Les stars du football peuvent (elles aussi) servir la cause de la santé publique, écrivions-nous alors. Un exemple nous en est fourni aujourd’hui par Eric Abidal. L’émotion internationale que suscite l’annonce de sa prochaine greffe de foie est une formidable opportunité pour, via la sphère médiatique, (re) dire et (ré) expliquer ce qu’est l’activité de prélèvement et de greffe d’organe. » Et nous citions alors la chronique parue sur Slate.fr rédigée à partir d’un entretien avec Emmanuelle Prada Bordenave, directrice générale de l’Agence de la biomédecine. Extraits :

« Le footballeur Eric Abidal, 32 ans, défenseur international de l’équipe de France  et joueur du FC Barcelone est aujourd’hui  en attente d’une greffe de foie. L’information a été donnée par son club et amplement relayée par L’Equipe et de nombreux médias. Il avait subi une intervention chirurgicale il y a précisément un an –le 17 mars 2011-  pour une « tumeur au foie » (…) Dans le cas d’Eric Abidal cette transplantation hépatique  est d’ores et déjà programmée. Les responsables des activités de prélèvements et de greffes déplorent de manière récurrente la pénurie de dons d’organes et, corollaire, l’allongement des délais d’attente (…) En 2010 on a pratiqué près de 1100 greffes de foie en France alors que le nombre des personnes en attente était d’environ 2400. Dans le même temps on a pratiqué 2900 greffes de rein pour une liste d’attente de 11 600 personnes. »

Miracle

Interrogée sur le fait de savoir si elle était ou non surprise par la rapidité avec laquelle on pu programmer une prochaine greffe de foie chez Eric Abidal la directrice générale de l’Agence de la biomédecine nous répondait : « Je ne connais aucunement ce dossier, je ne sais pas où cette greffe sera pratiquée et me garderai de tout commentaire. En revanche si l’émotion collective grandit sur ce sujet nous nous saisirons peut-être de ce cas pour faire au plus vite une campagne d’information rappelant quelles sont nos règles et nos pratiques, en France concernant l’organisation des listes d’attente et les critères de répartition des greffons. »

Miracle en août 2013 quand on découvre que le greffé du foie d’avril 2012 retrouve l’équipe de France à l’occasion du match amical Belgique-France (0-0) – une sélection qui n’était en rien un « cadeau » du sélectionneur Didier Deschamps, Abidal jouant (pleinement) les 90 minutes. Un solide message d’espoir.

Puis confidence de la star dans un portrait accordé à Libération en octobre 2014 :

« Un an plus tard : la rechute. Le Catalan reçoit du soutien de tous côtés. De Platini à Blatter, le machiavélique président de la Fifa. Il y a des connus, des reconnus et des anonymes. Tout le monde, sauf Raymond Domenech. Mais cette fois, il a besoin de plus pour s’en sortir : un donneur. Son cousin Gérard se propose, et donne une partie de lui : «Je lui suis redevable de beaucoup. Aujourd’hui, c’est le plus compliqué à gérer, ça me ronge de l’intérieur. Un foie, ça n’a pas de prix. Je ne sais pas comment le remercier en sachant que je n’ai pas le droit de le rémunérer, ni de lui acheter des biens.» 

Tabou

 Le remercier ? Le rémunérer ? Lui « acheter des biens » ? Nous sommes en février 2019 et rien ne va plus. Déjà, en juillet dernier, le parquet espagnol avait demandé l’ouverture d’une enquête sur cette greffe de foie après la publication d’informations sur un éventuel trafic d’organes. Ceci faisait suite à la transcription d’écoutes téléphoniques de l’ancien président du Barça Sandro Rosell – par ailleurs impliqué dans différentes affaires judiciaires – qui laissaient entendre que le club avait acheté illégalement un foie pour son ancien joueur. La justice avait enquêté durant un an sur un éventuel délit de trafic d’organes avant de classer l’affaire faute de preuves. L’ancien joueur français, le club et l’Hôpital Clinic de Barcelone, où la greffe avait été pratiquée, avaient alors démenti toute irrégularité lors de cette opération.

L’affaire rebondit aujourd’hui avec l’ouverture de cette enquête décidée par la cour d’appel de Barcelone. L’Equipe rapporte les propos et les silences des différents protagonistes. Le joueur et son cousin germain-donneur ne se parleraient plus, ce dernier supportant mal que l’on puisse imaginer qu’il a touché « un million d’euros » dans la transaction d’organe quand il n’a « pas touché un centime ». Un sujet devenu « tabou dans la famille ».

Quant à savoir si le lobe hépatique greffé a été acheté par le club sur le marché illégal la justice espagnole affirme qu’elle fera toute la lumière. Ce qui, sans préjuger de la suite, ne devrait guère, en théorie, soulever de difficultés biologiques.

 A demain

@jynau

1 Né à Saint-Genis-Laval (Rhône), formé à  l’AS Lyon-Duchère, club de CFA-2, Eric Abidal  rejoint  l’AS Monaco en 2000 puis gagne Lille (2002-2003) avant l’Olympique lyonnais et le maillot de l’équipe nationale en 2004. En 2007 il est transféré (pour environ seize millions d’euros) sur le couloir latéral gauche du FC Barcelone. Il s’ exprimera à merveille :  Ligue des champions,  championnat d’Espagne,  coupe d’Espagne,  supercoupe d’Europesupercoupe d’Espagne et coupe du monde des clubs.

 

Rougeoles savoyardes : avant de partir vers les neiges, prière de vérifier votre état vaccinal.  

Bonjour

C’est une « bouffée épidémique », un cluster rougeoleux qui fait tache, information virale peu banale. 8 février : 18 cas enregistrés. Le 12 février ont était passé à 26 cas. Et l’Agence régionale de santé (ARS) Auvergne Rhône-Alpes de sonner une nouvelle fois l’alerte. Une alerte reprise en chaîne par de nombreux médias : les vacances scolaires d’hiver viennent de débuter pour la zone B et Val Thorens va, comme chaque année accueillir de nombreux touristes skieurs, français et étrangers.

Comment agir, comment prévenir sans déséquilibrer les recettes commerciales de la célèbre station – la plus haute d’Europe, 31 223 lits touristiques répartis dans 3 614 établissements ? L’ARS s’explique via un communiqué envoyé par l’intermédiaire de la mairie :

« L’objectif était de prévenir la population et les nombreux touristes, mais sans les inquiéter. La rougeole est une maladie très contagieuse, une personne contaminée par la rougeole peut en contaminer vingt autres, nous risquons d’autres nouveaux cas très rapidement. Nous avons expliqué la recrudescence des cas de rougeole et que la vaccination était le meilleur moyen de s’en protéger. Nous avons aussi rappelé qu’il faut être vigilant dès qu’il y a un cas suspect de rougeole : il est recommandé de porter un masque et de respecter les règles d’hygiène, en particulier le lavage des mains ».

De 85 % dans l’Ain à 71 % en Ardèche

« À ce jour, nous avons un foyer de 26 cas de rougeole sur la station de Val Thorens, indique le Dr Anne-Sophie Ronnaux-Baron, médecin responsable du pôle régional de veille sanitaire Auvergne Rhône-Alpes. Cette concentration de cas est préoccupante. L’épidémie touche essentiellement des professionnels saisonniers, qui ont entre 20 et 30 ans et qui côtoient des structures identiques (cafés, restaurants, hôtels), voire qui vivent dans la promiscuité. Un enfant est également concerné. Vendredi, nous en étions à 18 cas et ce mardi 12 février nous avons 8 cas supplémentaires. Nous expliquons que la maladie peut être grave, notamment chez les jeunes enfants de moins d’un an qui n’ont pas encore pu recevoir les vaccins, ainsi que chez les personnes fragiles immunodéprimées. Elle peut occasionner des atteintes respiratoires et neurologiques sévères pouvant être à l’origine de séquelles irréversible.s »

L’affaire à dire vrai dépasse Val Thorens, la Tarentaise et la Savoie. Au risque d’irriter les anti-vax on sait que la couverture vaccinale idéale est de  de 95 % – un objectif lointain, presqeu inaccessible en ces temps de méfiance généralisée. En région Auvergne Rhône-Alpes, elle varie de 85 % dans l’Ain à 71 % en Ardèche. Et les mêmes causes causant,, en altitude comme en plaine, les mêmes effets, la majorité des cas déclarés actuellement sont soit non vaccinés, soit vaccinés avec une dose seulement. « Nous recommandons à la population de vérifier sa vaccination et, si les personnes n’ont eu qu’une seule dose, elles doivent rapidement consulter leur médecin pour se faire vacciner pour la deuxième dose. Se faire vacciner dans les trois jours qui suivent le contact avec une personne ayant la rougeole permet encore de s’en protéger » assure l’ARS.

« Nous sommes également en train d’organiser une communication en anglais pour tous les touristes étrangers, annonce le Dr Ronnaux-Baron. Plus globalement, nous incitons toutes les personnes de la grande région Auvergne Rhône-Alpes à vérifier leur statut vaccinal et nous préconisons aux médecins de le vérifier systématiquement pour toutes les personnes qui consultent chez eux. »

En Ardèche tout particulièrement.

A demain

@jynau

Les amphétamines de Bernard-Henri Lévy et les injections sanguines de la star Neymar

Bonjour

Du pain et des bleus. « 19-24 Désespérant » titre justement L’Equipe au lendemain d’un match catastrophe du XV de France cintre le XV de Galles. Où l’on pressent que le jeu de rugby, à l’échelon français, est une éponge du moral national. Et sans jamais pouvoir le démontrer on pourrait soutenir l’hypothèse que les violences inhérentes aux Gilets Jaunes ne sont pas étrangères aux malheurs des Bleus. Un vrai chef vous manque, et c’est le désespoir.

Nous avions laissé  Neymar da Silva Santos Júnior, 26 ans, souffrant d’une « élongation des adducteurs droits ». C’était en novembre. Nous voici en février, le gracile génie est à nouveau blessé. L’Equipe nous apprend que l’homme vient de faire un aller-retour en urgence à Barcelone. Là il a « reçu une injection de plasma riche en plaquettes (PRP) par leDr Ramón Cugat Bertomeu, chirurgien orthopédiste et spécialiste international de cette pratique régénératrice».

Traitement des tendinopathies chroniques

Chacun sait que Neymar s’est blessé contre Strasbourg (2-0) en Coupe de France, le 23 janvier. La star brésilienne salariée par le Qatar à Paris « souffre d’une pseudarthrose, c’est-à-dire un défaut de consolidation de la fracture du cinquième métatarsien du pied droit opéré en pars dernier par Rodrigo Lasmar, le médecin de la sélection brésilienne ». Pas d’intervention, cette fois, mais « un traitement conservateur à base de kiné, de magnétothérapie et d’injection de PRP ».

User ou pas du PRP ? On lit ceci dans la précieuse Revue Médicale Suisse, sous la signature de Jean-Luc Ziltener, Maxime Grosclaude et Lara Allet (Service d’orthopédie et traumatologie de l’appareil moteur, Hôpitaux Universitaires de Genève).

« Les tendinopathies chroniques chez le sportif sont fréquentes et pour certaines difficiles à traiter. La guérison et la régénération tendineuse sont sous le contrôle, entre autres, de nombreux facteurs de croissance. Il est actuellement possible de concentrer quelques facteurs de croissance autologues dans une fraction plasmatique du sang prélevé chez un sujet (plasma riche en plaquettes – PRP), et de la réinjecter au site lésionnel. La recherche de base et animale paraît plutôt prometteuse. Néanmoins, en clinique, le nombre d’études scientifiquement acceptables dans cette indication est faible. Actuellement, il n’est ainsi pas possible de recommander formellement ce type d’injections sanguines pour le traitement des tendinopathies chroniques chez l’homme. »

Passer chez Ruquier ou descendre une piste noire ?

L’Equipe, toujours (supplément papier glacé) et un « auto-portrait » glaçant (propos recueills par Estelle Lenartowicz – photo Roberto Frankenberg) de « Bernard-Henri Lévy, 70 ans, écrivain ». Où l’on en apprend un peu plus encore sur ses centaines de chemises toujours portées sans cravate (peur d’étouffer, « vieux truc d’enfant asthmatique ») ; sur ses modalités d’écriture dans une piscine (magnétophone, brasse papillon, un peu de dos crawlé) ; sur sa pratique, jeune, des sports de combat (judo, ju-jitsu, bâton japonais) ; sur le ski (« Passer chez Ruquier, c’est comme descendre une piste noire à ski » – sic).

Sans oublier le dopage aux amphétamines 2 :

« Jusqu’à il y a quinze ans, il m’est arrivé de me doper. Pour rendre plus pertinente cette partie du corps qu’est mon cerveau. Sous amphétamines, on se sent invincible, extralucide, invulnérable. Je ne regrette pas cette époque mais elle est derrière mois. Aujourd’hui j’ai besoin de bouger, de brûler mon énergie, de respirer. Je nage ».

Et L’Equipe de compléter : « 0 cigarette depuis trente ans après avoir fumé 5 paquets par jour. Au théâtre Antoine à Paris, le 20 mai, dans sa pièce ‘’Looking for Europe’’ ».

A demain

@jynau

1 Traitement des tendinopathies chroniques : intérêt des injections de plasma riche en plaquettes (PRP) Rev Med Suisse 2011; volume 7. 1533-1537

2 Dans Le Figaro daté du 3 juillet 2014 (Emilie Geffray), en réponse à la question de savoir s’il avait été gêné des  révélations sur France 2  (par sa femme Arielle Dombasle) de ses prise de « psychotropes » Bernard-Henri Lévy répondait : « Il y a une vraie tradition, vous savez, des écrivains consommateurs de substances. Artaud et le peyotl, Henri Michaux, Baudelaire et Théophile Gautier. À quoi sert un corps, pour un écrivain, sinon à produire le maximum de texte possible? Et de la meilleure qualité? Les amphétamines, parfois, m’y ont aidé. »