A compter du 1er janvier, France Inter ne saura plus parler qu’aux seuls Français connectés

 

Bonjour

2017 : ne pas céder à la nostalgie. Ce sera parfois difficile. A compter du 1er janvier 2017, le service public radiophonique n’émettra plus en « grandes ondes ». La fin d’un monde. Que va devenir l’émetteur d’Allouis (Cher) et ses 162 kHz ? Où sont les postes qui trônaient sur les cheminées ? Qui se souvient de ceux qui se souvenaient de Paris-Inter ?

C’est annoncé, ce sera chose faite au 1er janvier : France Inter va faire une croix définitive sur la diffusion de ses programmes en « grandes ondes ». On connaît des vignerons qui, en Touraine, s’en désolent. Il en va de même des pêcheurs et de tous les vrais amoureux de la mer. Le Monde (qui est presque de la classe de France Inter) verse une larme sur « la fin d’un mode de propagation de la radio lancé au début du XXe siècle », sur la fin de  cette technique qui « permettait d’inonder la quasi-totalité du territoire, notamment les zones maritimes ». Et de pleurer sur de bulletin météo à forte consonance poétique qui, depuis 2008, n’était plus émis que sur cette fréquence.

116 avenue du Président-Kennedy, Paris

On grogne, en Touraine comme sur nos côtes. De nombreux auditeurs protestent (dans des lettres écrites sur des feuilles de papier et envoyées à Radio France 116 avenue du Président-Kennedy, Paris) contre la fin de cet univers à part dans le paysage radiophonique national. La belle affaire ! Les dirigeants intouchables de Radio France expliquent que la fin des programmes en grandes ondes permettra à la station de réaliser près de 13 millions d’euros d’économies par an. Ils répondent aussi que le service public couvre 97 % de la population avec ses fréquences FM, et que les 3 % restants peuvent écouter la radio grâce à Internet. On n’est pas loin de penser, en Touraine, en Auvergne et sur les côtes, que ces dirigeants se moquent ouvertement du monde.

Le vieux Monde parle à ses lecteurs de certains chroniqueurs de la station radiophonique qui ne partagent pas les choix de leur direction.  Soutenue par l’équipe de « Si tu reviens j’annule tout », l’humoriste Charline Vanhoenacker a rédigé une lettre ouverte pour dénoncer la fin de la diffusion de France Inter en ondes longues.

« A l’intérieur du pays, nos émissions ne parviendront plus dans les campagnes où la FM est capricieuse, et elles n’entreront plus dans les embarcations des marins qui choisissaient nos voix pour compagnie, et s’informaient de la météo marine. »

Cages à homards bleus

L’humoriste regrette au passage que sa chaîne n’ait pas pris le tournant de la RNT (radio numérique terrestre) qui aurait permis d’éviter que les auditeurs en ondes longues soient laissés pour compte. Et de conclure « Le service public continue sa mission d’utilité sociale, mais uniquement pour la société connectée. » Merci Charline, citoyenne belge.

 Vade retro nostalgie ! France Inter explique que de nombreux recours sont possibles pour continuer à écouter leur radio. L’arrêt de la météo marine ? La radio explique que cette pratique était tombée en désuétude, que les marins n’ont plus besoin de ce programme pour connaître les conditions de navigation. Comme si la poétique maritime n’existait pas. Les nostalgiques, écrit Le Monde, ont pu écouter la toute dernière météo marine dimanche 25 décembre, juste après le bulletin d’informations de 20 h. Des croix se dressent, désormais sur les zones maritimes internationales. C’en est fini de Circéo, Cromarty, Fisher, Iroise, Pazenn et Palos.

On peut vivre sans Cromarty et sans Iroise, bien sûr. Mais vit-on aussi bien dans les cages à homards bleus des hyperconnectés ? 2017 : surtout, ne pas céder à la nostalgie.

A demain

Marisol Touraine soutiendra-t-elle Martin Hirsch contre les amis de Jean-Louis Mégnien ?

 

Bonjour

Un an après la situation, soudain, s’envenime. Et le venin est visible dans les colonnes du Quotidien du Médecin. Le 8 décembre dernier ce journal publiait l’intégralité d’une lettre ouverte de l’association Jean-Louis Mégnien, fondée par trois PU-PH à la suite du suicide par défenestration, en décembre 2015, du cardiologue du même nom au sein de l’hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP).

Cette tribune, virulente, se voulait une réponse aux propos tenus le 1er décembre par Michel Rosenblatt, ancien secrétaire général du Syndicat des directeurs, cadres, médecins et pharmaciens du secteur sanitaire et social (SYNCASS-CFDT) et relayés par l’APM. Elle faisait suite à une prise de position sans équivoque de l’association 1.

Or voici que l’on apprend aujourd’hui  que Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) s’insurge contre  cette lettre ouverte en ce qu’elle met directement la directrice de l’hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP) après le suicide du cardiologue, il y a un an sur son lieu de travail.

Dans un courrier daté du 14 décembre adressé à Marisol Touraine (dont Le Quotidien a eu copie) Martin Hirsch exhorte la ministre de la Santé à intervenir « pour faire cesser des propos inacceptables ». « Je souhaiterais que vous puissiez, soit par lettre ouverte, soit par communiqué, faire connaître que la responsabilité personnelle de la directrice n’est pas mise en cause par le rapport (de l’IGAS) qui vous a été remis, qu’il n’est pas acceptable de faire des références trompeuses et diffamatoires (…) », écrit le directeur général de l’AP-HP à sa ministre de tutelle. « Une information judiciaire est en cours, il convient de respecter la présomption d’innocence », ajoute Martin Hirsh.

L’association des amis de Jean-Louis Mégnien avait demandé que la directrice de l’HEGP soit « lourdement punie, comme tous ceux qui ont favorisé ce drame, médecins ou non », en réponse au SYNCASS-CFDT qui évoquait de son côté une « chasse aux directeurs des hôpitaux ».

Toujours selon Martin Hirsch, ces accusations sont « d’autant plus insupportables » que le rapport de l’IGAS remis au ministère de la Santé en septembre (mais qui, fort curieusement) n’a pas été rendu public – « ne met pas en cause la responsabilité personnelle de la directrice ». « Cette situation ne saurait se prolonger et appelle une réaction, tant à l’égard d’une directrice d’hôpital mise en cause injustement qu’à l’égard de l’ensemble de la communauté hospitalière », ajoute le patron de l’AP-HP.

Le Quotidien ajoute que, souhaitant éviter de nouveaux « débordements », Martin Hirsch prévient qu’en l’absence de « mise au point » de Marisol Touraine, il se référera « publiquement » au contenu du rapport de l’IGAS « dont les conclusions sont détournées ».

C’est là un bras de fer peu banal entre le directeur général de l’AP-HP et sa ministre de tutelle. Il en dit long sur l’état d’exacerbation qui prévaut actuellement entre quelques uns des principaux acteurs, médecins ou pas, de cette tragédie. Nous publions ci-dessous les principaux extraits de la lettre que l’association Jean-Louis Mégnien vient d’adresser à Marisol Touraine – lettre dont on comprendra qu’elle ne saurait longtemps rester sans suites :

« Madame la ministre des Affaires sociales et de la Santé,

(…) Dans une lettre venant de vous être adressée et qu’il a diffusée, le directeur général de l’AP-HP tempête et menace. Il attaque les prises de position de l’association concernant la directrice du groupe hospitalier des hôpitaux universitaires Paris Ouest (GH HUPO) et cherche à la laver de tout soupçon. Une fois de plus, monsieur Martin Hirsch perd son sang froid et prend une position que trouble son absence d’objectivité à propos du suicide sur son lieu de travail du professeur Jean-Louis Mégnien, décès dans lequel il a été mis personnellement en cause.

L’association Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public a pour premier objet de défendre la mémoire de notre collègue disparu. Elle a mis en ligne en avril dernier une liste de faits et de documents qui attestent, selon elle et selon les spécialistes de cette question, que le Pr Jean-Louis Mégnien a été victime de harcèlement moral. Plusieurs personnes ont été nommément désignées dans ce document. Si l’une ou l’autre s’était sentie diffamée, il lui appartenait de saisir la justice : aucune ne l’a fait.

A la suite de la remise du rapport d’enquête de l’Igas sur le suicide de Jean-Louis Mégnien en septembre dernier, dont la synthèse pointe des « manquements » de la part de responsables locaux et centraux, le chef de l’Igas indique dans une lettre qui vous est destinée que ce rapport met en cause les « instances hospitalo-universitaires qui ont géré le conflit » et détecte des « lacunes ». Citant l’article L311-6 du code des relations entre le public et l’administration pour justifier son attitude de ne pas rendre public ce rapport, M. Pierre Boissier précise que « les lacunes relevées par la mission la conduisent à porter des critiques sur le comportement professionnel et personnel d’un grand nombre de personnes et à émettre à leurs propos des jugements de valeur dont la révélation publique serait de nature à leur porter préjudice ». Il précise que le magistrat instructeur qui instruit la plainte pour harcèlement moral consécutive au suicide de Jean-Louis Mégnien est destinataire du document et que « ne sont pas communicables les documents dont la communication pourrait porter atteinte au déroulement des procédures engagées (…) ». 

Il va de soi que parmi les nombreuses personnes désignées comme ayant été à l’origine de ces fautes (lacunes ou manquements) ne peut pas manquer de figurer la directrice du GH HUPO, dont le rôle de premier plan a été indiqué dans le document que l’association a fourni et qui découle de ses responsabilités de directrice de  GH : madame Costa assurait la gouvernance du GH HUPO avec le Pr Simon, autre harceleur présumé.

Ces éléments justifient la position de l’association qui irrite tant le directeur général de l’AP-HP. Il convient de souligner que la défense de madame Costa n’est pas sans interférer avec ses propres responsabilités et intérêts.

Nous nous étonnons de la protection dont jouit madame Costa. Son maintien à la tête du GH HUPO constitue une anomalie qui aurait dû être corrigée depuis longtemps, car elle est source de scandale. Premier rempart de la défense de M. Martin Hirsch, elle est soutenue au delà du raisonnable.

Dans le cadre de ce soutien, le directeur général de l’AP-HP envisage de publier ou de faire fuiter une partie, bien choisie, du rapport de l’Igas, dont il a eu connaissance et dont il semble détenir un exemplaire.

Ce rapport a été établi dans des conditions que l’association a contesté, notamment en ce qui concerne son caractère « contradictoire », puisque les responsables administratifs mis en cause en ont eu connaissance sans que ceux qui les mettaient en cause aient été placés dans la même situation. Ce document, non communicable en vertu de l’article sus-cité, est de plus désormais couvert par le secret de l’instruction, et tout ou partie de sa communication peut faire l’objet de poursuites. 

Personne n’est au dessus des lois et nous sommes trop attachés à la défense de la mémoire de Jean-Louis Mégnien pour ne pas nous offusquer encore de l’attitude déplacée de M. Martin Hirsch. Nous espérons que vous rappellerez ce dernier à son devoir de réserve et lui demanderez d’éviter toute initiative malencontreuse dans une affaire où il est en situation de conflit d’intérêts. S’il mettait ses menaces a exécution, nous réagirions immédiatement et publiquement avec la plus extrême détermination.(…)

A demain

1 « Maltraitance : les harceleurs de Jean-Louis Mégnien sont toujours en place. Pourquoi ? » Journalisme et santé publique du 5 décembre 2016.

Sur François Hollande. Des journalistes devraient-ils écrire des phrases comme celles-là ?

Bonjour

Nous traversons des temps étranges: la désinhibition semble devenir la nouvelle norme dans les hautes sphères politiciennes. La campagne présidentielle américaine en fournit une preuve quotidienne, de même que celle des pré-primaires françaises.

Dans ce paysage automnal un point d’orgue semble atteint avec la publication d’un ouvrage sans précédent – son titre dit à lui seul l’invraisemblable que constitue son existence. Il est, depuis deux ou trois semaines, présenté dans les espaces médiatiques comme celui de « deux journalistes du Monde » – deux journalistes qui sont étrangement parvenus à recueillir les innombrables et ahurissantes confidences du président de la République en exercice.

Confidences ou confessions ? A quel titre, comment et dans quels buts ? Pourquoi maintenant ? Jusqu’où iront les déflagrations que cet ouvrage déclenche ? Quels diagnostics porter sur un tel phénomène ? Sans doute suffit-il d’attendre. La machinerie médiatique étant ce qu’elle est de nouvelles révélations éclaireront bientôt ce brûlot atypique, pathologiquement historique.

Morts-vivants

Certains avancent des explications de type analytique. Ils voient là l’expression d’un inconscient causeur chez un homme en perpétuelle représentation de lui-même. Ses propos, assure-t-il, sont parfois « sans rapport avec la réalité de sa pensée ». Comment, dès lors, ne pas trembler. D’autres, dans la même veine, y perçoivent une tentative, réussie, de suicide politique chez un homme qui n’a jamais caché ses troubles face à la mort. Pour l’heure,  le New York Times (Adam Nossiter) use de l’image du “mort-vivant” pour parler du président de la République française : “François Hollande, His Ratings Poor, Speaks Candidly. The Hole Gets Deeper”.

« Les morts-vivants hantent depuis longtemps la politique française. Certains ressuscitent après avoir frôlé la mort, alors que d’autres continuent d’exister politiquement alors qu’ils sont déjà morts. Le président français François Hollande appartient à cette deuxième catégorie (…) François Hollande, dont la carrière politique est quasiment terminée, a tout simplement choisi un dernier suicide. »

Confidences ou confessions ? Les « deux journalistes du Monde » s’expriment sur leur site. Cela s’appelle le « mot des auteurs » :

« Ce livre est une affaire d’Etat.  Cinq années passées à traquer la vérité des faits, d’un homme, au cœur du pouvoir suprême.  Voici le récit d’une enquête acharnée, d’une confrontation inédite entre deux journalistes d’investigation et un chef d’Etat, François Hollande. Une étrange relation, émaillée d’agacements réciproques et de fortes tensions.  

 « A l’arrivée, des révélations incroyables, des secrets éventés, des déclarations stupéfiantes. Jamais un président de la République n’avait été  poussé à se livrer, à ce point.  Langue de bois proscrite, conseillers restés à la porte, relecture refusée.   François Hollande n’aurait pas dû «  dire ça » ?  En tous cas, nous, nous devions l’écrire. »

 Sources sacrées

Nous n’en saurons pas plus. Du moins pour l’heure. A dire vrai un coin du voile est levé : quand, toujours sur leur site, les deux journalistes demandent à ce qu’on les contacte, qu’on leur écrive :

« Nous attendons vos questions, remarques, critiques, suggestions… Et bien entendu, tous types de documents ou informations inédits que vous pouvez détenir et susceptibles de nous intéresser, que vous soyez policier, magistrat, agent secret ou simple citoyen détenteur, qui sait, de lourds secrets ! Naturellement, votre anonymat est garanti, la protection de nos sources étant par nature sacrée. »

 Où l’on apprend, incidemment, que la protection des sources n’est plus du ressort de la loi mais qu’elle s’inscrit, désormais, dans le champ du sacré. Est-ce de l’humour ? Est-ce un progrès ?

A demain

1 Lire, de Philippe Boggio, « François Hollande, le président dévoré par la mort » (Slate.fr, 15 juillet 2016)

 

L’histoire de la jeune mère qui a réussi à se tuer dans les toilettes des urgences de Bicêtre

 

Bonjour

Les faits, simplement les faits. Elle avait 32 ans et venait d’avoir un bébé. Une semaine plus tard, le 15 ocotobre, cette jeune mère a été admise aux urgences de l’hôpital Bicêtre (AP-HP). Elle a été retrouvée morte dans les toilettes. Le drame est rapporté dans les colonnes du Parisien, édition du Val-de-Marne (Lucile Métout, Denis Courtine) : « Elle se suicide à l’hôpital après un baby blues »

Officiellement elle avait été admise aux urgences pour anémie et dépression. Vers 18 heures l’infirmière en chef apprend que la patiente a disparu de sa chambre. Des recherches sont entreprises dans les couloirs de l’hôpital. En vain. Le personnel découvre alors que les « toilettes communes » des urgences sont « fermées à clé de l’intérieur ».

Suicide « inattendu »

Un serrurier est dépêché sur place. Il parvient à déverrouiller la porte. La jeune femme est retrouvée pendue au robinet d’un lavabo – et ce avec un drap. Un massage cardiaque est immédiatement prodigué. Il est trop tard. La mort date de plus d’une heure.

Son « maintien en observation » (sic)  était a priori motivé par l’anémie. Un puissant antidépresseur et des anxiolytiques avaient été prescrits dès son hospitalisation. « Un psychiatre lui a en effet rendu visite le vendrediconfirme le syndicat SUD-Santé. La patiente ne présentait apparemment aucune intention de passage à l’acte, et ne semblait pas se renfermer sur elle-même. Son acte était totalement inattendu. »

Zéro défaut

« A ce jour, aucun défaut de prise en charge n’aurait été mis en évidence et une enquête interne est actuellement menée par l’hôpital afin de préciser les circonstances exactes du décès, précisent la direction de l’établissement et l’AP-HP. Une prise en charge psychologique a été immédiatement proposée à la famille et à l’ensemble des professionnels présents dans le service au moment du drame. »

Un suicide dans un hôpital. Aucune faute à signaler. L’enquête a été confiée au commissariat de police du Kremlin-Bicêtre. Le mari de la défunte a expliqué qu’il avait confié le nouveau-né à sa grand-mère. La vie continue.

Tout cela n’est pas sans faire songer à une affaire jamais élucidée par la direction de l’AP-HP : celle de la femme retrouvée morte dans la salle d’attente des urgences de l’hôpital Cochin.

A demain

Innovation aux Pays-Bas : être légalement euthanasié quand on aura «accompli» sa vie

 

Bonjour

Quels diables habitent donc aux Pays-Bas ? Voulu par Charles Quint, ce pays voyage depuis quelques décennies aux frontières de ce qui pourrait devenir une nouvelle société. Il autorise ou tolère des modifications d’états de conscience (cannabis) qui nous semblent, en France, devoir demeurer hors-la-loi. Il fait de même avec les frontières de la mort : depuis quinze ans l’euthanasie est légale dans ce pays qui entend bien ne pas en rester là.

Les Pays-Bas envisagent désormais d’autoriser l’aide au suicide pour les personnes âgées qui ont le sentiment d’avoir « accompli » leur vie – et ce quand bien même elles ne souffriraient d’aucune pathologie. « Les personnes qui pensent, après avoir mûrement réfléchi, avoir achevé leur vie, doivent, sous de strictes conditions et selon des critères très précis, être autorisées à finir leur vie d’une manière qui leur semble digne », ont assuré les ministres de la Santé et de la Justice dans une lettre adressée au Parlement.

Quels démons au-delà du Quiévrain ? Quelles transcendances ? Avec la Belgique les Pays-Bas ont été, en 2002, le premier pays au monde à légaliser l’euthanasie. Quelques garde-fous avaient alors été dressés : deux médecins devaient avoir la conviction qu’il n’existait pas d’autre solution « raisonnable » pour la personne – et que sa souffrance était « insupportable et sans perspective d’amélioration ».

« Sinistre mémoire » 

Des garde-fous bien fragiles : ces dispositions légales sont sujettes à de multiples interprétations et font régulièrement l’objet, aux Pays-Bas, de polémiques de nature médicale, éthique, philosophique. Et ne parlons pas du regard porté depuis certains pays étrangers. Peut-on « raisonnablement » interpréter la loi de telle manière que certaines maladies mentales peuvent être considérées comme induisant des « souffrances insupportables » ? Répondre positivement à des enfants (de plus de 12 ans) réclamant d’être euthanasiés ? N’est-ce pas s’engager là vers des pratiques qui, quoique démocratiquement adoptées, font immanquablement songer à certaines de pratiques eugéniques légalisées généralement qualifiées de « sinistre mémoire » ?

« En 2015, les Pays-Bas ont enregistré 5 516 cas d’euthanasie, soit 3,9 % des décès dans le pays, contre 3 136 cas cinq ans plus tôt. Parmi ces personnes, plus de 70 % souffraient de cancer et 2,9 % de maladies psychiatriques ou de démence, précise l’Agence France Presse. Le futur texte, qui sera élaboré après des discussions avec des experts, ne portera que sur les personnes âgées, mais le gouvernement n’a pas évoqué d’âge spécifique. »

En pratique le gouvernement néerlandais assure que les personnes potentiellement concernées « ne voient plus de possibilité pour donner un sens à leur vie, vivent mal leur perte d’indépendance, ont un sentiment de solitude ». « Mais pour pouvoir mettre en place leur fin de vie, elles ont besoin d’aide. » Un « assistant à la mort », une personne avec une éducation médicale et des formations spécifiques, devra autoriser la procédure terminale. Mais ce après avoir exclu qu’un traitement puisse faire disparaître ce « souhait de mort ». Le respect de l’ensemble du  processus sera examiné après le décès par une commission spécialisée.

On retrouve ici, toujours vaillants, les partisans pour le droit à mourir « dans la dignité » Ainsi Robert Schurink, président de l’Association néerlandaise pour une fin de vie volontaire estime que cette procédure « offre une solution ». Il l’affirme au quotidien populaire AD : certaines personnes « étaient contraintes à des mesures drastiques comme le suicide ou arrêter de manger et de boire quand elles ne voulaient plus vivre ».

#voltooidleven (#vieaccomplie)

L’Agence France Presse souligne pour sa part que l’aide au suicide est illégale aux Pays-Bas – mais qu’en 2013, un homme reconnu coupable d’avoir aidé sa mère de 99 ans à se suicider en lui procurant des médicaments n’avait pas été condamné, les juges estimant qu’il « avait agi par amour ». A la différence de la France les partis politiques d’opposition s’expriment sur le sujet. Le Parti socialiste notamment, estime qu’un éventuel texte ne peut que mener à « une pression sur les autres personnes âgées qui vont se sentir de trop dans la communauté ». Certains Néerlandais éprouvent la même inquiétude évoquant « les personnes fragiles, solitaires, désespérées ». Dans le même temps  alors que le hashtag #voltooidleven (#vieaccomplie) était en tête des tendances.

A la différence de la France la ministre de la Santé monte au créneau sur un tel sujet : elle s’est défendue à la télévision publique NOS, assurant qu’il ne s’agissait pas d’une « mort sur commande » : « Il faut organiser un processus très consciencieux. » « Il ne doit pas s’agir ici de personnes qui, par exemple, sont seules ou qui sont dépressives ou dont les problèmes peuvent être résolus d’une autre manière », a-t-elle précisé.

Un sondage publié début 2016 a conclu que 64 % des Néerlandais sont aujourd’hui favorables à la mise à disposition d’une « pilule de fin de vie » pour les personnes âgées qui le désirent. Également interrogé par la NOS, Pieter Jiskoot, 95 ans, essaie depuis plusieurs années de se procurer de quoi mettre fin à ses jours. « J’ai perdu ma femme et ma fille, ma famille ne vient plus me voir et je ne peux plus lire », a expliqué ce lecteur assidu. « Je suis réduit à mes pensées et celles-ci tournent toujours vers le passé, a-t-il ajouté, l’avenir a disparu. » Réduit à des pensées ? Pieter Jiskoot ne nous dit pas si, en mourant, son passé disparaîtra.

A demain

Marisol Touraine est «attristée» par les récents suicides de plusieurs infirmiers hospitaliers

 

Bonjour

Comment en parler ? La ministre de la Santé l’a fait publiquement ce mercredi 28 septembre. C’était lors de la Quatorzième édition des Journées nationales d’étude des  directeurs des soins » 1. Thème : « Au cœur des réformes, partager des valeurs, manager dans la confiance » (sic). Cela se passait à Joué-les-Tours, en Indre-et-Loire, un « département cher » à Marisol Touraine. Nous étions. Voici ce que la ministre a déclaré aux « directeurs des soins » 1 :

« Je voudrais m’adresser, à travers vous, à toute la communauté soignante et leur dire combien j’ai été attristée d’apprendre le décès par suicide de plusieurs infirmiers au cours des dernières semaines. Je suis particulièrement mobilisée pour que ces actes tragiques soient considérés avec toute l’attention qui s’impose. Je sais aussi que face à ces drames, vous êtes en première ligne pour accompagner les équipes et renforcer les collectifs de travail, gage de solidarité et d’entraide. Je veux vous remercier pour votre engagement quotidien.

C’est pour apporter des réponses concrètes à cette situation particulièrement préoccupante que je présenterai très prochainement un plan pour l’amélioration de la qualité de vie au travail des professionnels de santé. Ce plan vous concerne directement dans l’attention que vous portez aux personnels pour mieux prendre en charge les risques psychosociaux et renforcer la prévention. C’est l’aboutissement du travail de fond que j’ai engagé sur cet enjeu qui nous concerne tous. Je veux que vous soyez associés à l’élaboration de son plan. »

Hymne hospitalier

« Attristée » ? Il n’est pas certains que ce soit le bon mot. Une fois encore on a pu observer la grande difficulté,  pour la ministre de la Santé, d’évoquer ce que peut représenter la mort pas suicide de soignants au sein de l’hôpital public. Il y eut la difficulté rencontrée après la mort, par défenestration, du Pr Jean-Louis Mégien à l’Hôpital européen Georges-Pompidou. Il y a aujourd’hui « le décès par suicide de plusieurs infirmiers au cours des dernières semaines ». « Attristée », vraiment ? « Préoccupée » ?

Pour le reste ce fut un bien beau discours ministériel, un hymne à l’hôpital et à la fonction hospitalière. Un discours truffé de concepts, de groupements et de territoires,  et de formules jargonesques. Un discours qui dit tout du grand trouble identitaire d’un monde hospitalier qui ne sait plus très bien ni qui il est, ni où il va.

A demain

1 Peu connu du grand public le « directeur des soins » est un fonctionnaire de catégorie A de la fonction publique hospitalière. Il est assimilé aux deux corps de direction de la fonction publique hospitalière que constituent les directeurs d’hôpital et les directeurs d’établissement sanitaire, social et médico-social.

Son statut est défini par le décret no  2002-550 du 19 avril 2002 modifié portant statut particulier du corps des Directeurs des soins de la fonction publique hospitalière. Le directeur des soins peut exercer son activité dans les établissements publics de santé, les hospices publics, les maisons de retraite publiques et le centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre.

Alcooliques : une grande émission de télévision; faire l’économie de l’enfer et des démons ?

 

Bonjour

Ce fut, mardi 20 septembre « en première partie de soirée sur France 5 », une émission de télévision comme on pourrait en rêver 1. Un documentaire fit d’intelligence et de respect (Marie Agostini) suivi d’un débat mené sous une bienveillante férule (Marina Carrère d’Encausse). Un alcoologue confessant ses erreurs passées (le Dr Philippe Batel). Une ancienne « cadre dirigeante » du BTP devenue alcoolique après la mort de son mari –  aujourd’hui ressuscitée (Laurence Cottet). Une médecin alcoologue éclairante travaillant dans le service addictologie de l’hôpital de Valence (Dr Christine Joly).

Et les membres lumineux d’un « Groupe de parole » lumineusement filmés. Nous étions aux antipodes des visages floutés et des caméras cachées. Une télévision faite de respect et de hauteur de vue comme on redoutait qu’il n’en existât plus.

Béquilles

Sujet : la « maladie alcoolique ». Ou plus précisément ce qui ce trame avant et après la prise en charge de la phase aigüe de cette maladie chronique. Les plaisirs infinis, l’angoisse de la rechute, la possible renaissance à la vie, le dégoût de soi sous-jacent, l’abrutissement auto-administré, les béquilles indéfiniment débouchées, décapsulées, les béquilles au goulot qui vous laissent bientôt allongés sur le plancher, la honte toujours recommencée.

Tout fut dit, compris, sous la caméra de Marie Agostini. Comment ne pas saluer le courage et la solidarité thérapeutique d’Etienne,  de Virginie, de Christine et de son mari, de Fabrice, de Thierry et de tous les autres ? Des gueules, des confidences, quelques pleurs, des rires, des rideaux de nostalgies. Jamais de voyeurisme. La classe de la documentariste. C’est elle qui fait comprendre, aux antipodes des sorties médiatiques autocentrées (cf  l’addictologue libérale Marie de Noailles), l’humanité,  les soins et l’apport soignant des « Groupes de parole » hospitaliers ?

Paroles et écrits

Chaque chapitre de la maladie alcoolique fut, sinon disséqué, du moins raconté : la honte, le déni, l’énergie considérable dépensée à prendre du plaisir, à cacher, à se mentir, à se brûler, à s’autodétruire, le sevrage, la rechute, la quête d’une explication dans le passé, la fragilité, les émotions à fleur de peau. Toute une sémiologie et, derrière les grands invariants diagnostiques, la puissance thérapeutique de la parole. Ce fut ainsi une émission où l’on ne parla pas des « médicaments antialcooliques » – hormis une petite pique, presque déplacée, du Dr Batel sur le baclofène.

Une émission où l’on parla de la parole mais aussi de l’aide, également puissante, de l’écrit. Et de ceux qui ont le pouvoir politique, dramatiquement impuissants quand isl ne sont pas complices.

Vade retro

Et puis, dans tout cela quelques touches métaphoriques récurrentes, comme des scories : « le démon de l’alcool », « l’enfer de la bouteille » etc. D’un côté que l’excès d’alcool n’est ni un vice, ni une tare, ni un manque de volonté. Pour autant on ne peut faire l’économie du péché, de la honte, du prix à payer. C’est une maladie certes, mais une maladie qui ne parvient pas à se séparer de la religion et tout particulièrement de la chrétienté. Il faut faire taire le démon qui est en soi. Pourquoi ? La métaphore aide-t-elle à soigner ? On évitera le terme guérir : chaque alcoolique a, tout bien pesé, suffisamment payé pour savoir que le paradis n’est pas ici.

«  De fait nous ne sortons pas des « paradis infernaux »,  du petit singe (ou démon) sur l’épaule, bref de  l’aliénation, résume le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Un Alien aujourd’hui, un démon jadis. Ce n’est pas moi, c’est un autre qui se révèle avec les substances que je consomme. Et cet autre est tout puissant – comme un mauvais copain de récréation…   Dur de passer de la Sorcellerie à la neurobiopsychologie sans garder une saveur d’inquisition, un peu de religion et beaucoup de morale. Demain, peut-être ? ». Demain, sans doute.

A demain

1 « La vie après l’alcool » France 5 (à voir ou revoir sur Pluzz)