Suicides au travail : la SNCF est-elle menacée par le syndrome de France Telecom ?

 

Bonjour

C’est une longue dépêche de l’Agence France Presse. Elle coïncide avec l’annonce du nouveau nom donné par la SNCF à ses prestigieux TGV : un invraisemblable « inOui » faux palindrome et ridicule véritable 1. La dépêche, elle, ne prête pas à sourire.

L’AFP rappelle qu’en avril, la CGT-cheminots posait la question : « Y a-t-il un syndrome SNCF ? » comparable à la souffrance des salariés de France Télécom et la série de suicides de 2008-2009. Le premier syndicat de la SNCF y voit des « ressemblances frappantes ». Si toutes ne font pas le parallèle, les quatre organisations représentatives (CGT, Unsa, SUD, CFDT) ont demandé ensemble mi-avril une « table ronde sur les risques psychosociaux ».

Stabilité de l’anxiété

Quels sont les symptômes ? Un malaise diffus et des arrêts maladie qui ont augmenté de 8 % entre 2008 et 2015, quand les effectifs diminuaient de 6 %. Un premier trimestre 2017 marqué « par un nombre exceptionnel de drames », accidents graves du travail ou suicides, soulignent les syndicats. Au moins six suicides pouvant avoir un lien avec le travail ont été recensés sur les trois premiers mois par SUD-Rail, dont celui d’un de ses délégués à Saint-Lazare. Un chiffre contesté par l’entreprise qui assure à l’AFP que la situation « ne s’aggrave pas » ; elle  souligne qu’un seul suicide a été reconnu comme accident du travail par la Sécurité sociale en 2016.

Que dit la médecine ? On cite ici le Pr Michel Lejoyeux (AP-HP), spécialiste de psychiatrie et responsable, à la SNCF, de la « cellule psychopathologique ». Tous les deux ans elle « sonde l’état mental des cheminots ». Selon le Pr Lejoyeux le dernier baromètre (renseigné anonymement en 2015 par 2 000 agents à l’issue de leur visite médicale) montre « une stabilité du taux d’anxiété et de dépression » et « un niveau comparable » aux autres entreprises. Il n’observe « pas d’épidémie d’anxiété à la SNCF au sens de maladie anxieuse, mais il est tout à fait possible que les salariés se sentent plus malheureux, mon tamis ne permet pas de le mesurer ». Le Pr Lejoyeux changera-t-il de tamis ? Pour l’heure il estime que l’entreprise est à la pointe en matière de prévention des risques psychosociaux (RPS).

« Recréer de l’humain »

Que dit la direction ? Elle parle d’« un dispositif de prévention des risques psychosociaux conséquent, sans doute le plus abouti en France » : plus de 125 médecins du travail, une trentaine de psychiatres, des psychologues répondant au téléphone jour et nuit, et 10 000 managers formés. Néanmoins, la direction a proposé aux syndicats de discuter des risques psychosociaux (RPS) le 1er juin lors du prochain comité national d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CNHSCT).

Que disent les leaders syndicaux ? Ils pointent « beaucoup d’incertitudes, de mécontentements, de colère, de la démotivation, voire une réelle détresse ». Les cheminots se demandent si « demain, ils vont changer de métier » ou devront « aller travailler dans une filiale », explique Cédric Robert (CGT). Ils estiment également que le mal-être ambiant résulte d’une « dégradation des conditions de travail », conséquence de la suppression de 100 000 postes depuis le début des années 1980 et des « réorganisations incessantes » pour gagner en productivité. Près de 27 000 salariés ont vécu un changement d’organisation du travail en 2015. Ce qui n’est pas sans rappeler  l’affaire de la « vague de suicides » de France-Telecom de janvier 2008 à mars 2010 … avant de devenir Orange.

L’affaire sera, le 1er juin, au cœur du prochain comité national d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de la SNCF. La nouvelle organisation voulue par la direction a un objectif affiché : « recréer de l’humain ». Invraisemblable, la formule résume tout.

A demain

1 « inouï » [inwi] est présent dans la langue française depuis la fin du XVIIème. Le mot est issu de ouï, part. passé de ouïr : « qui n’a pas été entendu, sans exemple, inouï ».  Plus rare : « Inouïsme », subst. masc.,rare. Caractère de ce qui est inouï ; étrangeté.

 

Suicide en prison : les détenus souffrant d’addiction sont (aussi) des malades à surveiller

Bonjour

La réduction des risques en milieu carcéral verra-t-elle le jour en France ? Voici que cette question récurrente est à nouveau soulevée avec un jugement du tribunal administratif d’Amiens. Un jugement dont les attendus et la teneur nous est révélée par l’AFP.

Soit le cas d’un détenu âgé de 41 ans, qui avait été incarcéré en 2010 pour une peine de quatorze mois. Et qui avait été retrouvé mort dans sa cellule de la maison d’arrêt d’Amiens le 3 mars 2011. Il avait « avalé une boîte de médicaments ». Six ans plus tard la justice administrative vient de condamner l’Etat à verser 40 000 euros à sa famille, « en réparation du préjudice moral ».

« Les membres du personnel de surveillance, pourtant informés pour certains que M. C. suivait un traitement médicamenteux contre une addiction, ont (…) mal apprécié la situation en ne contactant pas immédiatement le service médical de garde », estime le tribunal.  Des rondes supplémentaires durant la nuit ont certes été mises en œuvre, nuance le tribunal. Mais, les requérants « sont fondés à soutenir que l’administration pénitentiaire a, en s’abstenant non seulement de prévenir le médecin le soir du 2 mars 2011 mais également de relater l’incident à l’équipe de jour le lendemain matin, commis une faute de vigilance (…) ».

Prêter assistance à personne en danger

Les plaignants réclamaient une somme globale de 330 000 euros, estimant que la mort de M.C. était imputable à l’administration pénitentiaire, en raison notamment de surveillants en sous-effectifs et de l’absence, la nuit, de personnel médical. L’AFP rappelle que le même tribunal administratif d’Amiens avait déjà, pour « faute de vigilance », condamné l’Etat en mars 2016 à verser 40 000 euros aux parents et au frère d’un détenu qui s’était pendu en 2012 dans la prison de Liancourt (Oise).

Dans l’affaire qui vient d’être jugée, un surveillant de la maison d’arrêt, condamné pour non-assistance à personne en danger, avait finalement été relaxé en 2015, rapporte France Bleu Picardie. « On n’est pas à l’abri de nouveaux drames comme celui de mars 2011 » prévient Franck Dropsy, le secrétaire local de l’Unsa justice Ufap. La prison amiénoise fait partie du « programme de rénovation » permanente : ce qui n’apporte ni place ni personnel supplémentaire, précise ce syndicaliste. L’établissement compte aujourd’hui 470 détenus et seulement 120 surveillants. La réduction des risques en milieu carcéral verra-t-elle le jour en France ?

A demain

 

 

Une infirmière âgée de 45 ans se suicide dans son service à l’hôpital Cochin (Paris). Silences

 

Bonjour

Poursuite de la tragédie. La direction générale de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) a, mardi 7 mars, « confirmé le suicide d’un agent, dans la matinée dans le département de l’information médicale (DIM) de l’hôpital Cochin sur son lieu de travail ». « Malgré l’intervention des secours, la victime n’a pas pu être réanimée » précise la direction de l’AP-HP.

Elle ajoute que, employé depuis « plus de vingt ans » cet « agent » était affecté au département de l’information médicale (DIM) de l’hôpital Cochin depuis six ans. Elle ajoute encore « prendre très au sérieux ce nouvel événement tragique ». Un événement « qui renforce sa détermination dans la prévention et la détection des risques psycho sociaux et l’amélioration des conditions de travail ». Cette précision est d’autant plus importante que ce « suicide sur le lieu de travail » survient « dans un service dans lequel des difficultés fonctionnelles et relationnelles avaient été identifiées ».

« Difficultés relationnelles »

Des « difficultés fonctionnelles et relationnelles » qui avaient « conduit à une enquête administrative menée par la DRH, à l’initiative de la direction du groupe hospitalier Paris Centre (dont dépend l’hôpital Cochin) et à une expertise du CHSCT ». Que s’est-il passé ensuite ? « La situation semblait moins aigue, ajoute encore l’AP-HP. De premiers changements d’organisation avaient été mis en œuvre mais compte tenu de difficultés persistantes, il avait été décidé par le directeur du groupe hospitalier et le directeur général de procéder à un audit. La première réunion a eu lieu la semaine dernière. L’ensemble de ces éléments permettra de déterminer l’existence de liens entre les difficultés relevées dans le service et ce drame. » En « toute transparence ».

On n’avait jamais connu l’AP-HP fournir autant de précisions sur une affaire de ce type. On peut y voir une conséquence de cette autre tragédie que fur le suicide par défenestration du Pr Jean-Louis Mégnien à l’hôpital européen Georges-Pompidou – suivi d’un suicide d’infirmier. Les autres informations concernant Cochin émanent de sources syndicales qui précisent que la victime est décédée par pendaison dans son bureau. Des témoignages précisent que cet « agent » était une infirmière.

Hasard ou fatalité ce drame sur un lieu de travail hospitalier a coïncidé avec la journée de grève de l’ensemble des secteurs sanitaire, social et médico-social du public et du privé à l’appel des fédérations FO, CGT et SUD – grève pour dénoncer les conditions de travail et l’austérité.   Pour sa part l’Ordre national des infirmiers parle « d’une infirmière âgée de 45 ans ». « Depuis cet été, il s’agit du 8ème suicide d’un infirmier sur son lieu de travail ou présentant un lien avec sa situation professionnelle » rappelle l’Ordre.  Il ajoute :

Silence de Marisol Touraine

 « Les infirmiers vivent ces drames comme autant de symptômes d’un mal-être professionnel généralisé qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Le Président du Conseil national de l’Ordre des Infirmiers a déjà demandé à plusieurs reprises à être reçu par Madame la Ministre Marisol Touraine, en vain. Combien faudra-t-il de nouveaux drames humains pour alerter sur les difficultés de notre profession ?

« Au regard de la gravité de la situation et de l’absence de réponse de Madame la Ministre de la Santé, nous demandons officiellement à être reçu au plus vite par Monsieur le Président de la République afin que des mesures soient prises pour redonner à notre profession la reconnaissance qu’elle mérite. »

 Ne pas être reçu par Marisol Touraine et demander à être reçu par le président de la République ? Quelles mesures François Hollande pourrait-il, aujourd’hui, prendre pour enrayer la tragédie ?

A demain

 

Guerre des nerfs: les suites de l’affaire du suicide du Pr Jean-Louis Mégnien enveniment l’AP-HP

 

Bonjour

Jusqu’où iront les provocations ? Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a, lundi 13 février, annoncé le départ d’Anne Costa de la direction de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP). Un départ attendu, sinon plus que souhaité, dans les suites du suicide par défenestration, au sein de cet établissement, du Pr Jean-Louis Mégnien en décembre 2015. Mais cette annonce a aussi vu le directeur général apporter une nouvelle fois son « soutien indéfectible » (Le Quotidien du Médecin) à Mme Costa et ce en dépit (ou à cause) des reproches qui lui sont faits et des accusations dont elle fait l’objet. Comment comprendre, décrypter, justifier ?

C’est à l’occasion de l’inauguration de l’hôpital de jour de cancérologie de l’HEGP que Martin Hirsch a consacré un long moment de son discours à défendre la directrice générale des hôpitaux universitaires Paris Ouest (dont fait partie l’HEGP). Cette dernière est la cible directe de critiques depuis la parution (partielle) du rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) demandé après le suicide du cardiologue de l’HEGP. Sans la nommer directement (dans la synthèse de cinq pages rendue publique du rapport), les experts de l’IGAS ont en effet pointé des « manquements » dans la conduite du traitement du conflit entre le Pr Mégnien et certains de ses confrères. Par ailleurs, si l’on en croit  Le Figaro  un autre rapport de l’inspection du travail concluant à un « homicide involontaire » mettrait directement en cause la directrice dans le décès du médecin.

Aucune accusation de harcèlement

Or c’est dans ce contexte d’envenimement que Martin Hirsch a assuré que le rapport intégral de l’IGAS (dont il a été destinataire) « ne contient aucune mise en cause personnelle de la directrice d’HEGP ». Dénonçant des « fausses rumeurs », des « allégations mensongères » et des conclusions « détournées » par « diverses personnes », (périphrase qui désigne sans les nommer les médecins de l’association Jean-Louis Mégnien précise Le Quotidien du Médecin – Anne Bayle-Iniguez)  le patron de l’AP-HP s’est risqué à déclarer que l’IGAS « n’accuse en aucune manière [Anne Costa] de harcèlement et aucune recommandation du rapport ne préconise, de près ou de loin, de sanctionner son comportement ou de prendre des mesures administratives à son encontre. » Le rapport de l’inspection du travail évoqué par Le Figaro ? « Il n’a jamais été communiqué à l’AP-HP, à quelque niveau que ce soit », a assuré Martin Hirsch. Qui l’a communiqué, à qui et pourquoi ? Officiellement, on ne le sait pas.

Dans le même temps le directeur général s’est exprimé sur le départ d’Anne Costa, qui prend « dès maintenant la direction du groupe hospitalier de Paris Ouest Ile-de-France, avec les hôpitaux Ambroise-Paré, Raymond-Poincaré et celui de Berck ». Elle devrait être remplacée par la directrice de Robert-Debré, Stéphanie Decoopman. Le directeur général prévient ceux qui interpréteraient sa décision sans en connaître les véritables coulisses :  « ll ne s’agit pas d’une mutation disciplinaire, mais d’une mobilité tout à fait normale, qui s’effectue dans un contexte qui, pour les raisons que j’ai dites, a été anormalement violent. » Il s’agit non d’une sanction mais d’une action de prévention, une politique de réduction des risques en quelque sorte : éviter à Mme Costa de demeurer en position de « cible vivante et qu’on profite de la première occasion pour l’accuser de crimes qu’elle n’aurait pas commis. »

Signalements à la ministre et au procureur

En écho à ce discours qui ne peut manquer de susciter l’étonnement l’association Jean-Louis Mégnien a, mardi 14 février, publié un communiqué en résonance avec la violence contenue dans le discours directorial :

« L’association Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public s’étonne du discours surréaliste de la direction générale de l’AP-HP tenu le lundi 13 février 2017 à l’hôpital européen Georges Pompidou. Si l’association prend acte que la direction du groupe hospitalier dont fait partie l’HEGP est enfin renouvelée, mesure qui a été demandée par plusieurs membres de l’AP-HP dès le printemps 2014 en raison des multiples dérapages de cette direction, elle s’étonne des arguments utilisés pour défendre une action marquée par de nombreux scandales et plusieurs drames.

« En citant de façon partielle et donc partiale un rapport non communicable de l’Igas, la direction générale viole de façon délibérée le secret professionnel. Seule l’autorité de tutelle peut décider de rendre public ce rapport et elle a décidé de ne pas le faire en raison de l’article L311-6 du code des relations entre le public et l’administration. En ne respectant pas ses obligations, la direction générale de l’AP-HP s’expose à des poursuites. L’association va faire un signalement sur ce point à la ministre des Affaires sociales et de la Santé 1, ainsi qu’au procureur de la République de Paris.

« En protégeant la direction du groupe hospitalier, la direction générale cherche à se protéger elle-même, car elle a été mise en cause dans le suicide de Jean-Louis Mégnien, à propos duquel l’inspection du travail a employé les termes de harcèlement moral et d’homicide involontaire, mettant en cause notamment la directrice du groupe hospitalier, comme cela a été rapporté de façon digne de foi. »

Et après ? On ne voit plus, aujourd’hui, comment les différentes tutelles politiques pourraient, sans risque, laisser se développer un tel climat envenimé au sein du plus prestigieux des groupes hospitaliers français.

A demain

1 Sur ce thème, lire « Marisol Touraine soutiendra-t-elle Martin Hirsch contre les amis de Jean-Louis Mégnien ? » Journalisme et santé publique, 20 décembre 2016

 

A compter du 1er janvier, France Inter ne saura plus parler qu’aux seuls Français connectés

 

Bonjour

2017 : ne pas céder à la nostalgie. Ce sera parfois difficile. A compter du 1er janvier 2017, le service public radiophonique n’émettra plus en « grandes ondes ». La fin d’un monde. Que va devenir l’émetteur d’Allouis (Cher) et ses 162 kHz ? Où sont les postes qui trônaient sur les cheminées ? Qui se souvient de ceux qui se souvenaient de Paris-Inter ?

C’est annoncé, ce sera chose faite au 1er janvier : France Inter va faire une croix définitive sur la diffusion de ses programmes en « grandes ondes ». On connaît des vignerons qui, en Touraine, s’en désolent. Il en va de même des pêcheurs et de tous les vrais amoureux de la mer. Le Monde (qui est presque de la classe de France Inter) verse une larme sur « la fin d’un mode de propagation de la radio lancé au début du XXe siècle », sur la fin de  cette technique qui « permettait d’inonder la quasi-totalité du territoire, notamment les zones maritimes ». Et de pleurer sur de bulletin météo à forte consonance poétique qui, depuis 2008, n’était plus émis que sur cette fréquence.

116 avenue du Président-Kennedy, Paris

On grogne, en Touraine comme sur nos côtes. De nombreux auditeurs protestent (dans des lettres écrites sur des feuilles de papier et envoyées à Radio France 116 avenue du Président-Kennedy, Paris) contre la fin de cet univers à part dans le paysage radiophonique national. La belle affaire ! Les dirigeants intouchables de Radio France expliquent que la fin des programmes en grandes ondes permettra à la station de réaliser près de 13 millions d’euros d’économies par an. Ils répondent aussi que le service public couvre 97 % de la population avec ses fréquences FM, et que les 3 % restants peuvent écouter la radio grâce à Internet. On n’est pas loin de penser, en Touraine, en Auvergne et sur les côtes, que ces dirigeants se moquent ouvertement du monde.

Le vieux Monde parle à ses lecteurs de certains chroniqueurs de la station radiophonique qui ne partagent pas les choix de leur direction.  Soutenue par l’équipe de « Si tu reviens j’annule tout », l’humoriste Charline Vanhoenacker a rédigé une lettre ouverte pour dénoncer la fin de la diffusion de France Inter en ondes longues.

« A l’intérieur du pays, nos émissions ne parviendront plus dans les campagnes où la FM est capricieuse, et elles n’entreront plus dans les embarcations des marins qui choisissaient nos voix pour compagnie, et s’informaient de la météo marine. »

Cages à homards bleus

L’humoriste regrette au passage que sa chaîne n’ait pas pris le tournant de la RNT (radio numérique terrestre) qui aurait permis d’éviter que les auditeurs en ondes longues soient laissés pour compte. Et de conclure « Le service public continue sa mission d’utilité sociale, mais uniquement pour la société connectée. » Merci Charline, citoyenne belge.

 Vade retro nostalgie ! France Inter explique que de nombreux recours sont possibles pour continuer à écouter leur radio. L’arrêt de la météo marine ? La radio explique que cette pratique était tombée en désuétude, que les marins n’ont plus besoin de ce programme pour connaître les conditions de navigation. Comme si la poétique maritime n’existait pas. Les nostalgiques, écrit Le Monde, ont pu écouter la toute dernière météo marine dimanche 25 décembre, juste après le bulletin d’informations de 20 h. Des croix se dressent, désormais sur les zones maritimes internationales. C’en est fini de Circéo, Cromarty, Fisher, Iroise, Pazenn et Palos.

On peut vivre sans Cromarty et sans Iroise, bien sûr. Mais vit-on aussi bien dans les cages à homards bleus des hyperconnectés ? 2017 : surtout, ne pas céder à la nostalgie.

A demain

Marisol Touraine soutiendra-t-elle Martin Hirsch contre les amis de Jean-Louis Mégnien ?

 

Bonjour

Un an après la situation, soudain, s’envenime. Et le venin est visible dans les colonnes du Quotidien du Médecin. Le 8 décembre dernier ce journal publiait l’intégralité d’une lettre ouverte de l’association Jean-Louis Mégnien, fondée par trois PU-PH à la suite du suicide par défenestration, en décembre 2015, du cardiologue du même nom au sein de l’hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP).

Cette tribune, virulente, se voulait une réponse aux propos tenus le 1er décembre par Michel Rosenblatt, ancien secrétaire général du Syndicat des directeurs, cadres, médecins et pharmaciens du secteur sanitaire et social (SYNCASS-CFDT) et relayés par l’APM. Elle faisait suite à une prise de position sans équivoque de l’association 1.

Or voici que l’on apprend aujourd’hui  que Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) s’insurge contre  cette lettre ouverte en ce qu’elle met directement la directrice de l’hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP) après le suicide du cardiologue, il y a un an sur son lieu de travail.

Dans un courrier daté du 14 décembre adressé à Marisol Touraine (dont Le Quotidien a eu copie) Martin Hirsch exhorte la ministre de la Santé à intervenir « pour faire cesser des propos inacceptables ». « Je souhaiterais que vous puissiez, soit par lettre ouverte, soit par communiqué, faire connaître que la responsabilité personnelle de la directrice n’est pas mise en cause par le rapport (de l’IGAS) qui vous a été remis, qu’il n’est pas acceptable de faire des références trompeuses et diffamatoires (…) », écrit le directeur général de l’AP-HP à sa ministre de tutelle. « Une information judiciaire est en cours, il convient de respecter la présomption d’innocence », ajoute Martin Hirsh.

L’association des amis de Jean-Louis Mégnien avait demandé que la directrice de l’HEGP soit « lourdement punie, comme tous ceux qui ont favorisé ce drame, médecins ou non », en réponse au SYNCASS-CFDT qui évoquait de son côté une « chasse aux directeurs des hôpitaux ».

Toujours selon Martin Hirsch, ces accusations sont « d’autant plus insupportables » que le rapport de l’IGAS remis au ministère de la Santé en septembre (mais qui, fort curieusement) n’a pas été rendu public – « ne met pas en cause la responsabilité personnelle de la directrice ». « Cette situation ne saurait se prolonger et appelle une réaction, tant à l’égard d’une directrice d’hôpital mise en cause injustement qu’à l’égard de l’ensemble de la communauté hospitalière », ajoute le patron de l’AP-HP.

Le Quotidien ajoute que, souhaitant éviter de nouveaux « débordements », Martin Hirsch prévient qu’en l’absence de « mise au point » de Marisol Touraine, il se référera « publiquement » au contenu du rapport de l’IGAS « dont les conclusions sont détournées ».

C’est là un bras de fer peu banal entre le directeur général de l’AP-HP et sa ministre de tutelle. Il en dit long sur l’état d’exacerbation qui prévaut actuellement entre quelques uns des principaux acteurs, médecins ou pas, de cette tragédie. Nous publions ci-dessous les principaux extraits de la lettre que l’association Jean-Louis Mégnien vient d’adresser à Marisol Touraine – lettre dont on comprendra qu’elle ne saurait longtemps rester sans suites :

« Madame la ministre des Affaires sociales et de la Santé,

(…) Dans une lettre venant de vous être adressée et qu’il a diffusée, le directeur général de l’AP-HP tempête et menace. Il attaque les prises de position de l’association concernant la directrice du groupe hospitalier des hôpitaux universitaires Paris Ouest (GH HUPO) et cherche à la laver de tout soupçon. Une fois de plus, monsieur Martin Hirsch perd son sang froid et prend une position que trouble son absence d’objectivité à propos du suicide sur son lieu de travail du professeur Jean-Louis Mégnien, décès dans lequel il a été mis personnellement en cause.

L’association Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public a pour premier objet de défendre la mémoire de notre collègue disparu. Elle a mis en ligne en avril dernier une liste de faits et de documents qui attestent, selon elle et selon les spécialistes de cette question, que le Pr Jean-Louis Mégnien a été victime de harcèlement moral. Plusieurs personnes ont été nommément désignées dans ce document. Si l’une ou l’autre s’était sentie diffamée, il lui appartenait de saisir la justice : aucune ne l’a fait.

A la suite de la remise du rapport d’enquête de l’Igas sur le suicide de Jean-Louis Mégnien en septembre dernier, dont la synthèse pointe des « manquements » de la part de responsables locaux et centraux, le chef de l’Igas indique dans une lettre qui vous est destinée que ce rapport met en cause les « instances hospitalo-universitaires qui ont géré le conflit » et détecte des « lacunes ». Citant l’article L311-6 du code des relations entre le public et l’administration pour justifier son attitude de ne pas rendre public ce rapport, M. Pierre Boissier précise que « les lacunes relevées par la mission la conduisent à porter des critiques sur le comportement professionnel et personnel d’un grand nombre de personnes et à émettre à leurs propos des jugements de valeur dont la révélation publique serait de nature à leur porter préjudice ». Il précise que le magistrat instructeur qui instruit la plainte pour harcèlement moral consécutive au suicide de Jean-Louis Mégnien est destinataire du document et que « ne sont pas communicables les documents dont la communication pourrait porter atteinte au déroulement des procédures engagées (…) ». 

Il va de soi que parmi les nombreuses personnes désignées comme ayant été à l’origine de ces fautes (lacunes ou manquements) ne peut pas manquer de figurer la directrice du GH HUPO, dont le rôle de premier plan a été indiqué dans le document que l’association a fourni et qui découle de ses responsabilités de directrice de  GH : madame Costa assurait la gouvernance du GH HUPO avec le Pr Simon, autre harceleur présumé.

Ces éléments justifient la position de l’association qui irrite tant le directeur général de l’AP-HP. Il convient de souligner que la défense de madame Costa n’est pas sans interférer avec ses propres responsabilités et intérêts.

Nous nous étonnons de la protection dont jouit madame Costa. Son maintien à la tête du GH HUPO constitue une anomalie qui aurait dû être corrigée depuis longtemps, car elle est source de scandale. Premier rempart de la défense de M. Martin Hirsch, elle est soutenue au delà du raisonnable.

Dans le cadre de ce soutien, le directeur général de l’AP-HP envisage de publier ou de faire fuiter une partie, bien choisie, du rapport de l’Igas, dont il a eu connaissance et dont il semble détenir un exemplaire.

Ce rapport a été établi dans des conditions que l’association a contesté, notamment en ce qui concerne son caractère « contradictoire », puisque les responsables administratifs mis en cause en ont eu connaissance sans que ceux qui les mettaient en cause aient été placés dans la même situation. Ce document, non communicable en vertu de l’article sus-cité, est de plus désormais couvert par le secret de l’instruction, et tout ou partie de sa communication peut faire l’objet de poursuites. 

Personne n’est au dessus des lois et nous sommes trop attachés à la défense de la mémoire de Jean-Louis Mégnien pour ne pas nous offusquer encore de l’attitude déplacée de M. Martin Hirsch. Nous espérons que vous rappellerez ce dernier à son devoir de réserve et lui demanderez d’éviter toute initiative malencontreuse dans une affaire où il est en situation de conflit d’intérêts. S’il mettait ses menaces a exécution, nous réagirions immédiatement et publiquement avec la plus extrême détermination.(…)

A demain

1 « Maltraitance : les harceleurs de Jean-Louis Mégnien sont toujours en place. Pourquoi ? » Journalisme et santé publique du 5 décembre 2016.

Sur François Hollande. Des journalistes devraient-ils écrire des phrases comme celles-là ?

Bonjour

Nous traversons des temps étranges: la désinhibition semble devenir la nouvelle norme dans les hautes sphères politiciennes. La campagne présidentielle américaine en fournit une preuve quotidienne, de même que celle des pré-primaires françaises.

Dans ce paysage automnal un point d’orgue semble atteint avec la publication d’un ouvrage sans précédent – son titre dit à lui seul l’invraisemblable que constitue son existence. Il est, depuis deux ou trois semaines, présenté dans les espaces médiatiques comme celui de « deux journalistes du Monde » – deux journalistes qui sont étrangement parvenus à recueillir les innombrables et ahurissantes confidences du président de la République en exercice.

Confidences ou confessions ? A quel titre, comment et dans quels buts ? Pourquoi maintenant ? Jusqu’où iront les déflagrations que cet ouvrage déclenche ? Quels diagnostics porter sur un tel phénomène ? Sans doute suffit-il d’attendre. La machinerie médiatique étant ce qu’elle est de nouvelles révélations éclaireront bientôt ce brûlot atypique, pathologiquement historique.

Morts-vivants

Certains avancent des explications de type analytique. Ils voient là l’expression d’un inconscient causeur chez un homme en perpétuelle représentation de lui-même. Ses propos, assure-t-il, sont parfois « sans rapport avec la réalité de sa pensée ». Comment, dès lors, ne pas trembler. D’autres, dans la même veine, y perçoivent une tentative, réussie, de suicide politique chez un homme qui n’a jamais caché ses troubles face à la mort. Pour l’heure,  le New York Times (Adam Nossiter) use de l’image du “mort-vivant” pour parler du président de la République française : “François Hollande, His Ratings Poor, Speaks Candidly. The Hole Gets Deeper”.

« Les morts-vivants hantent depuis longtemps la politique française. Certains ressuscitent après avoir frôlé la mort, alors que d’autres continuent d’exister politiquement alors qu’ils sont déjà morts. Le président français François Hollande appartient à cette deuxième catégorie (…) François Hollande, dont la carrière politique est quasiment terminée, a tout simplement choisi un dernier suicide. »

Confidences ou confessions ? Les « deux journalistes du Monde » s’expriment sur leur site. Cela s’appelle le « mot des auteurs » :

« Ce livre est une affaire d’Etat.  Cinq années passées à traquer la vérité des faits, d’un homme, au cœur du pouvoir suprême.  Voici le récit d’une enquête acharnée, d’une confrontation inédite entre deux journalistes d’investigation et un chef d’Etat, François Hollande. Une étrange relation, émaillée d’agacements réciproques et de fortes tensions.  

 « A l’arrivée, des révélations incroyables, des secrets éventés, des déclarations stupéfiantes. Jamais un président de la République n’avait été  poussé à se livrer, à ce point.  Langue de bois proscrite, conseillers restés à la porte, relecture refusée.   François Hollande n’aurait pas dû «  dire ça » ?  En tous cas, nous, nous devions l’écrire. »

 Sources sacrées

Nous n’en saurons pas plus. Du moins pour l’heure. A dire vrai un coin du voile est levé : quand, toujours sur leur site, les deux journalistes demandent à ce qu’on les contacte, qu’on leur écrive :

« Nous attendons vos questions, remarques, critiques, suggestions… Et bien entendu, tous types de documents ou informations inédits que vous pouvez détenir et susceptibles de nous intéresser, que vous soyez policier, magistrat, agent secret ou simple citoyen détenteur, qui sait, de lourds secrets ! Naturellement, votre anonymat est garanti, la protection de nos sources étant par nature sacrée. »

 Où l’on apprend, incidemment, que la protection des sources n’est plus du ressort de la loi mais qu’elle s’inscrit, désormais, dans le champ du sacré. Est-ce de l’humour ? Est-ce un progrès ?

A demain

1 Lire, de Philippe Boggio, « François Hollande, le président dévoré par la mort » (Slate.fr, 15 juillet 2016)