Quatre ans après, un médecin s’est à nouveau suicidé au centre hospitalier de Châteauroux

Bonjour

La tragédie se poursuit. « Le corps sans vie d’un radiologue a été découvert ce mercredi 10 octobre, au petit matin, dans les locaux du centre hospitalier de Châteauroux (Indre). Le praticien a mis fin à ses jours, vient de rapporter La Nouvelle République du Centre Ouest.  « C’était un vrai défenseur du service public et un homme adorable », soupire l’un de ses collègues, des larmes plein les yeux. »

Ce médecin exerçait depuis plus d’une vingtaine d’années dans cet établissement hospitalier. Le quotidien régional précise que ce médecin avait été victime d’un burn out au printemps. « Reconnu et estimé il était de retour à l’hôpital depuis quelques semaines » ajoute-t-il. .

Gil Avérous, maire (LR) de Châteauroux, par ailleurs président du conseil de surveillance du centre hospitalier, a immédiatement réagi : « Mes premières pensées vont à la famille du défunt qui est confrontée à cette terrible épreuve, et à la communauté médicale dont il était un remarquable élément. Il est trop tôt pour commenter le contexte, l’enquête le dira. L’heure est au respect du deuil de la famille , les autres commentaires viendront quand les éléments complémentaires seront connus. » Évelyne Poupet-Sommier, directrice de l’établissement a précisé que tout était mis en place « pour prendre en charge les professionnels médicaux et non médicaux très affectés par ce décès ».

Précédent dramatique

La Nouvelle République rappelle un précédent dramatique : en mars 2014 le Dr Simona Zahan, médecin anesthésiste de 37 ans, avait mis à ses jours en s’injectant une dose mortelle de produits médicaux utilisés au bloc opératoire.

Elle s’était donné la mort dans la nuit du samedi 15 au dimanche 16 mars. A la fin de sa garde. Pas de justification écrite à son geste. «Toujours est-il qu’elle a attendu le moment où il régnait un calme absolu, dans son service, pour s’administrer une dose mortelle de produits, par intraveineuse, dans sa chambre de garde, avait alors rapporté le quotidien. C’est le collègue venu la relever, le dimanche matin, qui a fait la macabre découverte.»

Mise en place immédiate d’une cellule psychologique (sous la direction du chef du service de psychiatrie de l’établissement). «C’est une nouvelle brutale et effrayante, expliquait alors le directeur-adjoint du centre hospitalier. Nous sommes tous choqués. Que dire ? Nous allons tout faire pour apporter le soutien nécessaire au personnel, ainsi qu’à sa famille.»

Agée de 37 ans, le Dr Simona Zahan était mère d’un petit garçon en bas âge. Jusqu’ici praticien contractuel, elle venait tout juste d’obtenir le statut de praticien hospitalier. Elle faisait partie de l’équipe de huit anesthésistes du service de l’hôpital, qui fonctionne par successions de permanences, 24 heures sur 24. «La fonction d’anesthésiste, dans un hôpital, est très exigeante, très exposée, et impose de très grosses responsabilités, observait le directeur-adjoint. Mais elle était une excellente professionnelle, qui répondait parfaitement à la mission qui lui avait été confiée. Nous n’avons connaissance d’aucun conflit ou problème qui aurait pu justifier son acte.»

Conditions de travail ? Problèmes personnels ? Une infirmière du centre hospitalier : «Oui, c’est vrai que c’est un service soumis à un fort rythme. Mais il y a tellement de raisons qui peuvent pousser un être humain à se suicider… Elle était bien insérée professionnellement, respectée et appréciée de ses collègues. Elle était maman, mariée… Elle semblait avoir tout pour être heureuse.» Une enquête fut néanmoins demandée par le parquet.

Inspection du travail

Six mois plus tard, toujours La Nouvelle République du Centre Ouest : «L’inspection du travail met en cause le Centre hospitalier de Châteauroux dans le rapport concernant le suicide d’une anesthésiste survenu en mars dernier. La direction du centre hospitalier se défend avec la plus extrême fermeté.»

L’inspection du travail observe que la semaine précédant son décès, le Dr Zahan avait effectué 78 heures de travail, dont deux gardes de 24 heures, de mardi 11 à mercredi 12 mars, et de samedi 15 à dimanche 16 mars.

«Au terme de l’enquête et de tous les éléments recueillis, nous estimons que le non-respect, par l’employeur, de ses obligations a pu jouer un rôle dans la souffrance ressentie par Mme Zahan, et donc dans son suicide. De plus, même dans l’hypothèse (peu probable compte tenu des circonstances) où les conditions de travail de Mme Zahan n’auraient pas présidé à son geste, il est certain que son état de fatigue physique et mentale a contribué à abolir ou amoindrir ses capacités de discernement et, ainsi, priver MmeZahan de sa capacité à sortir de l’impasse.»

La direction du centre hospitalier s’était défendue: «Les griefs présentés dans ce rapport ne sont pas fondés et sont sans lien avec le suicide du Dr Zahan qui était parfaitement intégrée au sein de l’établissement et qui venait d’être reçue au concours national de praticien hospitalier. L’inspection du travail met gravement en cause la réputation et l’honneur de l’établissement en considérant, sur la base de pures conjectures, que ce dernier a pu jouer un rôle dans le suicide du Dr Zahan. Le centre hospitalier apportera prochainement une réponse argumentée à ce rapport.»

En mars, au lendemain du drame, Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, avait déclaré : «C’est une triste affaire mais, a priori, elle n’aurait aucun lien avec l’hôpital. Cette dame, d’origine roumaine, venait d’être titularisée, ce qui était plutôt une bonne nouvelle. En revanche, on croit savoir qu’elle se sentait loin de chez elle et qu’elle était mal dans sa peau.»

Il est toujours hasardeux de parler des raisons d’un suicide. Plus encore quand il se produit dans un centre hospitalier et que l’on est ministre de la Santé.

A demain

 

 

Dignité : la trop belle vidéo de Jacqueline qui se suicidera avant la fin du quinquennat

Bonjour

Trop beau pour être vrai ? Trop laid pour être faux ? Nous sommes ici aux antipodes de l’ode aux soignants de Nicolas Philibert. C’est une vidéo paradoxalement mortifère diffusée dans deux formats par Brut (3’01 ») et Kombini  (7’35 »).

Résumons la seconde version : un échange de salon post-café, sur sofa/canapé, entre Jacqueline Jencquel, 74 ans et le bien trop jeune Hugo Clément. Le second demande à la première pourquoi elle a programmé sa mort dans moins de deux ans – et ce alors qu’elle fait tout pour montrer qu’en dépit de ses trois quarts de siècle elle est en « pleine forme. » Association étudiée de langage châtié et de vulgarité.

Nous sommes ici entre Narcisse, le mythe, et Zénon, celui de Yourcenar. Elle veut « mourir debout ». Jacqueline Jencquel, donc, qui couche ses pensées sur son blog. Et qui choque son hébergeur : Le Temps, de Genève. Précisément, lisons, lentement, Le Temps (Sylvia Revello)

« En médiatisant sa mort, Jacqueline Jencquel choque. Après avoir ouvert un blog au ‘’Temps’’, la Française de 74 ans justifie sans états d’âme sa volonté de mourir dans des vidéos tournées pour Brut et Konbini. L’aspect à la fois intime et militant de sa démarche interpelle.

« Planifier le jour de sa mort: le choix de Jacqueline Jencquel, 74 ans, choque, irrémédiablement. Elle qui ne souffre d’aucune maladie incurable ou dégénérative souhaite bénéficier d’un suicide assisté en Suisse en janvier 2020. La médiatisation volontaire de sa démarche interpelle d’autant plus. Après avoir entamé un blog sur le site du Temps, la Française a tourné deux vidéos pour Brut et Konbini, qui ont déclenché ce week-end des milliers de réactions, aussi contrastées les unes que les autres.

« Pourquoi vouloir cesser de vivre? Celle qui milite pour la légalisation du suicide assisté en France depuis plusieurs années dévoile pléthore d’arguments: l’impression d’avoir fait le tour, la peur de devenir prisonnière de son corps, infantilisée, surmédicalisée, impuissante face à la vieillesse qui progresse inexorablement. Pas question pour elle d’entendre un jour la voix d’une infirmière lui murmurer à son réveil dans un mouroir: «Alors Madame Jencquel, il fait beau aujourd’hui, on est bien.» Elle l’avoue, elle est loin d’en être là, mais la perspective de subir cette inéluctable dégradation la rebute. 

« Courage d’affronter la mort ou caprice indécent face à ceux qui n’ont vraiment pas le choix: les avis des internautes sont partagés. Certains pointent un témoignage  »difficile à entendre », mais «tellement humain». D’autres fustigent une décision  »contraire au destin », un «choix cynique»,  »comble du nihilisme et de l’égoïsme ». C’est que la mort reste un tabou. Sans raisons majeures, la vie doit être vécue, presque par défaut. La décréter bonne à jeter sonne comme un affront incongru.

« Dans l’interview accordée à Konbini, Jacqueline Jencquel fait voler en éclats cette pudeur. Elle se montre goguenarde, presque vulgaire. C’est sur un ton provocateur qu’elle répond aux questions d’Hugo Clément.  »J’ai tout fait », lâche-t-elle, en se qualifiant de  »femme libre », lucide, qui refuse de  »faire l’amour avec un mec au bide énorme » ou de finir ‘’légume’’ dans un ‘’plumard’’. 

Pimpante, en baskets et ensemble rose poudré, elle toise la caméra, confortablement installée dans un sofa. Lorsque le journaliste lui demande si elle redoute le grand saut, elle rit aux éclats à l’idée de ‘’sucer’’ des ‘’beaux mecs comme Hugo pour l’éternité’’ au paradis. Quant à la date précise de sa mort, elle ne résulte que de l’agenda de son médecin, qui rentrera tout juste de vacances. »

Pour Le Temps cette surexposition médiatique sape toute crédibilité. Un mauvais coup, en somme porté aux volontés de « mourir dans la dignité ». Pourquoi faire étalage d’un choix dont la dignité réside, précisément, dans l’intimité ?  On lira aussi, dans le quotidien suisse, l’opinion éclairée de deux médecins:  Mort planifiée: une inquiétante mise en scène du suicide. Un texte signé des Drs Mélina Andronicos et Dr Laurent Michaud, membres du Groupe romand de prévention du suicide.

A demain

 

Pourquoi une jeune chirurgienne en vient-elle à se suicider sur son lieu de travail ?

Bonjour

Pourquoi ?

Une jeune femme chirurgien âgée de 34 ans travaillant au Centre Paul-Strauss de Strasbourg, spécialisé dans la lutte contre le cancer, a été retrouvée morte sur son lieu de travail le vendredi 8 juin. La police nationale et la direction de l’établissement ont confirmé l’information au Quotidien du Médecin.

Le Dr Stéphanie Jost s’est « volontairement donné la mort » selon la police qui a ouvert une enquête. « Nous sommes tous profondément très tristes », a déclaré la direction du centre Paul-Strauss qui se refuse à tout autre commentaire.

Après un DES en gynécologie-obstétrique, le Dr Jost s’était spécialisée dans la chirurgie du cancer du sein. En janvier dernier, elle s’était exprimée sur la chaîne locale Alsace 20 pour expliquer la mise en place de la chirurgie ambulatoire au centre Paul-Strauss.

Pourquoi ?

« Âgée de 34 ans et mère de deux enfants, Stéphanie Jost était un praticien que l’hôpital qualifie de très apprécié et que, dans le personnel, on dépeint comme très dynamique, ‘’génial’’ même, précise L’Alsace. Le décès a été causé par un geste volontaire, ce qui suscite une énorme émotion dans cet établissement de lutte contre le cancer réputé et devenu centre de référence dans la région. Les soignants de sa génération notamment ont marqué une telle consternation que la direction de l’établissement a mis en place une cellule de soutien psychologique. »

Le Centre Paul-Strauss doit prochainement déménager et se rapprocher des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg pour créer le futur Institut régional du cancer (IRC) sur le site de Hautepierre « ‘C’est la stupeur, la consternation pour l’ensemble des salariés du centre, explique Philippe Sébastian délégué Force Ouvrière à France Bleu Alsace. Nous n’excluons pas que les conditions de travail, la souffrance au travail, aient pu être un facteur déclenchant’’. Le centre traverse une période extrêmement difficile. 600 salariés sont toujours en attente de réponses concrètes sur leur avenir au sein de l’Institut régional du cancer alors que nous sommes à quelques semaines du déménagement. »

Pourquoi ?

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Suicide et addiction aux « réseaux sociaux » : les nostalgiques sont priés de changer de disque  

Bonjour

Les «c’était mieux avant» vont devoir changer de disque – regarder autrement les réseaux sociaux, les smartphones et ceux qui les utilisent. Christian Baudelot et Roger Establet sont deux professeurs émérites de sociologie qui se passionnent depuis peu pour ce sujet. Auteurs prolifiques, ils ont laissé leurs noms dans différents champs de leur discipline, à commencer par celui de l’éducation.

En 2006, ils signaient un ouvrage remarqué, Suicide. L’envers de notre monde. Douze ans plus tard, ils publient une nouvelle édition, actualisée, qui met en lumière et confirme un phénomène majeur, rarement évoqué: la baisse nette, régulière et de grande ampleur des taux de suicide, à l’échelon planétaire ou presque –un phénomène qui coïncide avec la croissance nette, régulière et de grande ampleur des nouveaux outils de communication. Et quand bien même corrélation n’est pas démonstration, cette contemporanéité ne peut manquer d’interpeller.

La suite sur Slate.fr : « Le lien entre réseaux sociaux et suicide n’est peut-être pas celui que vous croyez »

 

Transparence : « l’AP-HP confirme le suicide, vendredi, d’un de ses agents, à l’Hôtel-Dieu »

Bonjour

Symboliques. C’est un communiqué banalement tragique de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP). Il est disponible dans « espace presse » : « L’AP-HP confirme le suicide d’un de ses agents dans les locaux de son service central de Santé au Travail ».

Confirmation d’un suicide, donc. Et un communiqué de presse qui ne laisse rien au hasard :

« Mardi 27 février 2018 à la mi-journée, l’agent avait informé une organisation syndicale et un média de l’imminence d’un ‘’événement tragique’’ la concernant ‘’au siège’’ de l’AP-HP. Ce message d’alerte laissait présager un passage à l’acte après une première tentative de suicide et plusieurs passages en hôpital psychiatrique. Transmis le jour même à la DRH de l’AP-HP, elle a [sic] été prise très au sérieux par l’AP-HP et les organisations syndicales. »

« L’agent » s’est donné la mort dans les locaux du service Central de Santé au Travail (SCST) situés à l’Hôtel Dieu. « En arrêt maladie depuis juillet 2017, cet agent avait rendez-vous avec une psychologue du service. Malgré l’intervention des équipes de l’Hôtel-Dieu, la victime n’a pas pu être réanimée, nous dit encore le service de presse de l’AP-HP.  La famille a été immédiatement prévenue. Une cellule de soutien psychologique a été mise en place et a accueilli les personnels qui le souhaitaient. Les services de police se sont immédiatement rendus sur place. L’AP-HP a présenté ses condoléances à la famille, aux proches et aux collègues de l’agent. »

Et cette même AP-HP de détailler les actions effectuées :

« Mardi 27 février, la direction des ressources humaines de l’AP-HP a rassemblé toutes les informations disponibles concernant le parcours administratif et la situation médicale de l’agent ; mercredi 28 matin, l’hôpital Tenon, auquel était rattaché cet agent, a mené toutes les démarches afin de s’assurer d’une réelle prise en charge médicale et d’un soutien de la famille.

«  Le jour même, deux assistantes sociales de l’hôpital Tenon – AP-HP ont effectué une visite au domicile de l’agent qui était absente. En interrogeant le voisinage, elles ont appris qu’elle était en province depuis quelques jours chez son père. Contacté, ce dernier n’a pas répondu. Toujours le mercredi 28, la « personne de confiance » de l’agent a été à plusieurs reprises en contact avec l’AP-HP et a indiqué qu’elle n’était jamais laissée seule ; elle était d’ailleurs accompagnée par une amie lors de son rendez-vous au service central de médecine du travail le vendredi 2 mars 2018.

« Mercredi 28 février 2018, une procédure de DGI – Danger Grave et Imminent – déposée par des membres du CHSCT de l’hôpital Tenon – AP-HP est levée le jour même ; les mesures mises en œuvre par l’AP-HP ayant été jugées adaptées à la situation. Le jeudi 1er mars au soir, la psychologue de la médecine du travail de l’AP-HP (contactée par l’agent en vue d’un rendez-vous), après un long échange, l’informe de l’ensemble des dispositifs de prise en charge et d’écoute existants près de son domicile. Il est convenu d’un rendez-vous pour organiser sa prise en charge dès le lendemain matin à 9h30 à son bureau situé à l’Hôtel-Dieu. Elle s’est assurée qu’elle était accompagnée.

« L’agent s’est rendue à ce rendez-vous qui lui avait été proposé, avec une amie. C’est à ce moment que le drame s’est produit. »

« Analyser les causes  en toute transparence ».

Peut-on savoir, pour tenter de comprendre, qui était cet « agent » ?

« L’agent a occupé plusieurs postes  à l’AP-HP. En 2007, après avoir été recrutée en CDD de cinq mois à l’hôpital Trousseau, une 1ère mise en stage en vue d’une titularisation dans la fonction publique hospitalière, à l’AP-HP lui a été proposée. En 2008, il a été mis fin à ce stage après passage devant la commission administrative paritaire. En 2013, elle effectue un remplacement de six mois à l’hôpital Robert-Debré.

Début 2016, après un CDD de près d’un an à l’hôpital Bicêtre, son CDD n’est pas renouvelé. Le jour où elle en est officiellement informée, elle commet une tentative de suicide dans son service. Cette tentative ne sera pas reconnue comme accident du travail par les organismes de sécurité sociale, car elle a été déclarée par l’agent bien au-delà du délai légal. En mars 2017, une seconde mise en stage [sic] lui a été proposée lors de son recrutement à l’hôpital Tenon où elle a travaillé cinq mois avant d’être placée en arrêt maladie. »

Un CHSCT central extraordinaire devait se réunir aujourd’hui jeudi 8 mars « pour analyser les causes  en toute transparence ». Le syndicat de personnels SUD Santé de l’AP-HP reproche à la direction générale un « manque de suivi médical et de protection de cet agent », qui avait déjà fait une tentative de suicide sur son lieu de travail en 2016. Ce syndicat précise qu’il s’agissait d’une « technicienne de laboratoire ». Et qu’elle s’est donné la mort le vendredi 2 mars. C’était dans les toilettes du service de la médecine du travail – hôpital de l’Hôtel-Dieu de Paris.

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La célèbre clinique du Château condamnée après un suicide dans une cage d’escalier

 

Bonjour

Quatorze ans après. Le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné la Clinique du Château  (Garches, Hauts-de-Seine) à 200 000 euros d’amende pour homicide involontaire, après le suicide d’une de ses patientes en 2004.  La clinique a été condamnée en raison de l’existence, dans l’un de ses bâtiments, d’une cage d’escalier « béante », datant de 1930, c’est-à-dire non protégée, du haut de laquelle la victime s’est jetée le 22 juin 2004. Âgée de 75 ans, cette patiente souffrait « d’un syndrome dépressif et de crises d’angoisses » et avait été admise à la clinique du Château deux semaines auparavant, quelques jours après une tentative de suicide.

« L’organisation des services de psychiatrie est orientée vers la prévention des gestes suicidaires à travers la surveillance, mais aussi l’architecture des locaux. L’existence d’une cage d’escalier béante est en principe écartée dans ce type de service » avait souligné un expert lors de l’enquête. Cette cage d’escalier était à l’époque protégée d’un garde-corps, haut de 95 cm seulement. Depuis les faits, une vitre de protection a été installée.

« Depuis plusieurs années, Nightingale Hospitals Paris – Clinique du Château s’est affirmée comme un établissement de référence en psychiatrie, en Île-de-France, peut-on lire sur le site de cette clinique sous le logos de la HAS.  Nous sommes spécialisés dans le traitement les troubles psychiatriques tels que les troubles bipolaires, la dépression, le burn out, le TCA, les troubles du sommeil, les addictions et les troubles neuro-cognitifs.»

Renommée et clientèle internationales

Le site précise que cet établissement occupe, à la limite de Saint-Cloud, « un parc de cinq hectares, magnifiquement arboré, qui participe à faire de la Clinique un lieu de soins unique propice au ressourcement ». « La Clinique du Château de Garches, ancienne demeure de la famille d’Antoine de Saint-Exupéry, a été fondée en 1930 par Son Altesse la Princesse de Grèce, Marie Bonaparte, élève de Freud, et quelques médecins renommés parmi lesquels le Dr Rondepierre et le Dr Olivier Garand, explique-t-on encore. Ce dernier a dirigé l’établissement pendant plus de quarante ans, portant sa renommée au-delà des frontières. Soucieuse de poursuivre cette tradition et d’offrir à ses patients la meilleure qualité des soins dans un cadre d’exception, la nouvelle Direction, animée par une équipe dynamique, a engagé depuis 1998 des actions visant à améliorer en permanence la qualité des services, pour répondre au mieux aux attentes de ses patients. »

À l’audience, Philippe Cléry-Melin, président de l’entreprise et directeur du  groupe Sinoué (spécialisé dans le domaine de la santé mentale et la gérontopsychiatrie) a défendu son établissement, une clinique « de grande renommée et à la clientèle internationale ». « Il n’y avait jamais eu jusque-là de précipitation dans cet escalier, a-t-il rappelé, alors que la clinique a été fondée en 1930. » « On peut mettre toutes les vitres qu’on veut, il y a des gens qui, quand la volonté suicidaire est là, sont capables de trouver une énergie insoupçonnée », avait de son côté affirmé l’avocat des prévenus, Me Emmanuel Marsigny, pour qui il est très difficile de prévenir le risque de suicide 1.

Retentissement médiatique

Cet établissement avait déjà connu un suicide, « au fort retentissement médiatique », lorsque l’actrice et réalisatrice Christine Pascal s’était défenestrée en 1996 à l’âge de 42 ans. Elle avait alors été condamnée à verser des dommages et intérêts s’élevant de 5 000 à 30 000 euros pour chacune des parties civiles, pour un montant total de 65 000 euros. Toujours adns cette affaire le tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine) avait condamné un psychiatre de la clinique. Christine Pascal était soignée à Garches pour des troubles psychiatriques, s’était défenestrée.

« Un suicide que l’actrice, minée par la dépression, avait à maintes reprises évoqué auprès de différentes personnes, et notamment des infirmiers de la clinique, rapportait alors Le Parisien.  Pourtant, l’époux de Christine Pascal, persuadé que la sécurité de l’actrice n’avait pas été suffisamment préservée durant son séjour à la clinique, avait immédiatement déposé une plainte, déclenchant une enquête de gendarmerie. Puis l’ouverture d’une instruction qui a finalement mené le psychiatre et le directeur de l’établissement devant la justice. »

Au final relaxe pour l’établissement mais condamnation du psychiatre à un an de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende. Me Olivier Metzner, son avocat, avait alors qualifié cette condamnation de  « particulièrement choquante ». Il avait plaidé que son client « pensait pouvoir soigner Christine Pascal dans la confiance » et qu’il n’avait jamais failli à sa mission.

A demain

1 En matière d’ « homicide involontaire », les personnes physiques, qui n’ont pas causé directement le dommage mais qui ont créé ou contribué à créer la situation qui a permis la réalisation du dommage ou qui n’ont pas pris les mesures permettant de l’éviter, sont responsables pénalement – dès lors qu’il est établi qu’elles ont, soit violé de façon manifestement délibérée une obligation particulière de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement, soit commis une faute caractérisée et qui exposait autrui à un risque d’une particulière gravité qu’elles ne pouvaient ignorer. Cour de cassation, chambre criminelle. Audience publique du mardi 12 juillet 2016. N° de pourvoi: 16-80337.  

 

Suicides hospitaliers : Agnès Buzyn dit entendre les souffrances des étudiants et des internes   

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Du confortable déni à l’acceptation de la douloureuse réalité. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé semble décidée de ne plus fermer les yeux ; elle a annoncé le 7 février sur LCI qu’elle « rencontrerait impérativement dans les semaines qui viennent les étudiants en médecine et les internes en souffrance ». « Parler avec eux pour savoir exactement d’où vient cette souffrance au travail. »

L’annonce de cette rencontre fait suite à la publication, le 5 février, d’une lettre ouverte sur le site du magazine Elle :

« Elle s’appelait Marine et elle avait 26 ans. Interne en dermatologie à l’hôpital Cochin, elle a mis fin à ses jours le 23 janvier. Elle était vue par ses collègues comme « extrêmement investie et passionnée ». Sur les douze derniers mois, une dizaine de suicides d’internes sont à déplorer en France. « Nous attendons une intervention concrète du ministère, il y a vraiment urgence à agir », soulignait alors Sébastien Potier, vice-président de l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI). « La quantité de travail des internes est un facteur majeur des risques psychosociaux, mais aussi la situation tendue de l’hôpital public et la pression budgétaire », ajoutait-il. Et puis il y a la compétitivité : en 1996, on comptait 3 200 internes contre 8 000 aujourd’hui. Si les internes restent solidaires, ils veulent aujourd’hui qu’on les écoute, qu’on les entende, et surtout ne plus faire le décompte morbide des collègues qui s’en vont trop tôt. »

Agnès Buzyn semble ici prendre la mesure de la réalité et de l’ampleur de la tâche qui l’attend : « On sent une vraie souffrance au travail dans la profession. Les médecins ont de plus en plus de mal à trouver du sens dans leur métier, on leur demande énormément de tâches annexes, administratives et ils ne comprennent pas la gestion de l’hôpital ». Ce malaise général est aussi lié à « la gestion de l’hôpital qui a été très budgétaire », sur laquelle Agnès Buzyn affirme être « en train de travailler afin de  réformer l’hôpital public ». Vaste chantier. 1

Longueurs d’onde

Tout le monde hospitalier est-il ici sur la même longueur d’onde ? On peut en douter à la lumière de la polémique déclenchée par le Pr Jean Sibilia (CHU de Strasbourg), élu depuis peu à la tête de la conférence des doyens des facultés de médecine.  Dans un entretien à  What’s up doc, questionné sur le suicide des internes, il répond :

 « Les suicides réels sont très très rares. Les étudiants ont des idées noires et des difficultés mais je ne suis pas certain du tout que ce soit spécifique aux étudiants en médecine. Je crois que c’est l’expression de notre société, l’expression d’un mal-être plus global. Alors il ne faut jamais être dans le déni, mais il faut être juste, ne pas être dans l’instrumentalisation. Il y a intrinsèquement dans le métier de médecin quelque chose qui est stressant, mais ça n’a rien à voir avec l’organisation structurelle du système. »

 « Nous on est là 24/24, 7/7. On est là pour la continuité des soins et il faut que ça marche, pour les gens. Et ça a un coût : un coût humain, qu’il faut réguler le mieux possible, pour avoir le moins de souffrance possible. On a un boulot compliqué, en étant confronté régulièrement au malheur des gens. Et ça, il faut qu’on l’apprenne à nos étudiants, pour ne pas qu’ils le découvrent en fin d’études. Ce sont des valeurs à transmettre, mais ce n’est pas facile. »

Pour l’ISNI, ces propos traduisent un « déni de la réalité » alors que dix internes se sont donné la mort en un an. Ce syndicat met également en cause une « dialectique délétère, scientifiquement fausse », plusieurs études ayant mis en évidence la souffrance psychique accrue des médecins en formation et, chez eux, le taux particulièrement élevé de suicides.

A demain

1 « Notre système hospitalier est à bout de souffle et personne ne fait rien » Slate, 7 février 2018