Pourquoi une jeune chirurgienne en vient-elle à se suicider sur son lieu de travail ?

Bonjour

Pourquoi ?

Une jeune femme chirurgien âgée de 34 ans travaillant au Centre Paul-Strauss de Strasbourg, spécialisé dans la lutte contre le cancer, a été retrouvée morte sur son lieu de travail le vendredi 8 juin. La police nationale et la direction de l’établissement ont confirmé l’information au Quotidien du Médecin.

Le Dr Stéphanie Jost s’est « volontairement donné la mort » selon la police qui a ouvert une enquête. « Nous sommes tous profondément très tristes », a déclaré la direction du centre Paul-Strauss qui se refuse à tout autre commentaire.

Après un DES en gynécologie-obstétrique, le Dr Jost s’était spécialisée dans la chirurgie du cancer du sein. En janvier dernier, elle s’était exprimée sur la chaîne locale Alsace 20 pour expliquer la mise en place de la chirurgie ambulatoire au centre Paul-Strauss.

Pourquoi ?

« Âgée de 34 ans et mère de deux enfants, Stéphanie Jost était un praticien que l’hôpital qualifie de très apprécié et que, dans le personnel, on dépeint comme très dynamique, ‘’génial’’ même, précise L’Alsace. Le décès a été causé par un geste volontaire, ce qui suscite une énorme émotion dans cet établissement de lutte contre le cancer réputé et devenu centre de référence dans la région. Les soignants de sa génération notamment ont marqué une telle consternation que la direction de l’établissement a mis en place une cellule de soutien psychologique. »

Le Centre Paul-Strauss doit prochainement déménager et se rapprocher des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg pour créer le futur Institut régional du cancer (IRC) sur le site de Hautepierre « ‘C’est la stupeur, la consternation pour l’ensemble des salariés du centre, explique Philippe Sébastian délégué Force Ouvrière à France Bleu Alsace. Nous n’excluons pas que les conditions de travail, la souffrance au travail, aient pu être un facteur déclenchant’’. Le centre traverse une période extrêmement difficile. 600 salariés sont toujours en attente de réponses concrètes sur leur avenir au sein de l’Institut régional du cancer alors que nous sommes à quelques semaines du déménagement. »

Pourquoi ?

A demain

Suicide et addiction aux « réseaux sociaux » : les nostalgiques sont priés de changer de disque  

Bonjour

Les «c’était mieux avant» vont devoir changer de disque – regarder autrement les réseaux sociaux, les smartphones et ceux qui les utilisent. Christian Baudelot et Roger Establet sont deux professeurs émérites de sociologie qui se passionnent depuis peu pour ce sujet. Auteurs prolifiques, ils ont laissé leurs noms dans différents champs de leur discipline, à commencer par celui de l’éducation.

En 2006, ils signaient un ouvrage remarqué, Suicide. L’envers de notre monde. Douze ans plus tard, ils publient une nouvelle édition, actualisée, qui met en lumière et confirme un phénomène majeur, rarement évoqué: la baisse nette, régulière et de grande ampleur des taux de suicide, à l’échelon planétaire ou presque –un phénomène qui coïncide avec la croissance nette, régulière et de grande ampleur des nouveaux outils de communication. Et quand bien même corrélation n’est pas démonstration, cette contemporanéité ne peut manquer d’interpeller.

La suite sur Slate.fr : « Le lien entre réseaux sociaux et suicide n’est peut-être pas celui que vous croyez »

 

Transparence : « l’AP-HP confirme le suicide, vendredi, d’un de ses agents, à l’Hôtel-Dieu »

Bonjour

Symboliques. C’est un communiqué banalement tragique de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP). Il est disponible dans « espace presse » : « L’AP-HP confirme le suicide d’un de ses agents dans les locaux de son service central de Santé au Travail ».

Confirmation d’un suicide, donc. Et un communiqué de presse qui ne laisse rien au hasard :

« Mardi 27 février 2018 à la mi-journée, l’agent avait informé une organisation syndicale et un média de l’imminence d’un ‘’événement tragique’’ la concernant ‘’au siège’’ de l’AP-HP. Ce message d’alerte laissait présager un passage à l’acte après une première tentative de suicide et plusieurs passages en hôpital psychiatrique. Transmis le jour même à la DRH de l’AP-HP, elle a [sic] été prise très au sérieux par l’AP-HP et les organisations syndicales. »

« L’agent » s’est donné la mort dans les locaux du service Central de Santé au Travail (SCST) situés à l’Hôtel Dieu. « En arrêt maladie depuis juillet 2017, cet agent avait rendez-vous avec une psychologue du service. Malgré l’intervention des équipes de l’Hôtel-Dieu, la victime n’a pas pu être réanimée, nous dit encore le service de presse de l’AP-HP.  La famille a été immédiatement prévenue. Une cellule de soutien psychologique a été mise en place et a accueilli les personnels qui le souhaitaient. Les services de police se sont immédiatement rendus sur place. L’AP-HP a présenté ses condoléances à la famille, aux proches et aux collègues de l’agent. »

Et cette même AP-HP de détailler les actions effectuées :

« Mardi 27 février, la direction des ressources humaines de l’AP-HP a rassemblé toutes les informations disponibles concernant le parcours administratif et la situation médicale de l’agent ; mercredi 28 matin, l’hôpital Tenon, auquel était rattaché cet agent, a mené toutes les démarches afin de s’assurer d’une réelle prise en charge médicale et d’un soutien de la famille.

«  Le jour même, deux assistantes sociales de l’hôpital Tenon – AP-HP ont effectué une visite au domicile de l’agent qui était absente. En interrogeant le voisinage, elles ont appris qu’elle était en province depuis quelques jours chez son père. Contacté, ce dernier n’a pas répondu. Toujours le mercredi 28, la « personne de confiance » de l’agent a été à plusieurs reprises en contact avec l’AP-HP et a indiqué qu’elle n’était jamais laissée seule ; elle était d’ailleurs accompagnée par une amie lors de son rendez-vous au service central de médecine du travail le vendredi 2 mars 2018.

« Mercredi 28 février 2018, une procédure de DGI – Danger Grave et Imminent – déposée par des membres du CHSCT de l’hôpital Tenon – AP-HP est levée le jour même ; les mesures mises en œuvre par l’AP-HP ayant été jugées adaptées à la situation. Le jeudi 1er mars au soir, la psychologue de la médecine du travail de l’AP-HP (contactée par l’agent en vue d’un rendez-vous), après un long échange, l’informe de l’ensemble des dispositifs de prise en charge et d’écoute existants près de son domicile. Il est convenu d’un rendez-vous pour organiser sa prise en charge dès le lendemain matin à 9h30 à son bureau situé à l’Hôtel-Dieu. Elle s’est assurée qu’elle était accompagnée.

« L’agent s’est rendue à ce rendez-vous qui lui avait été proposé, avec une amie. C’est à ce moment que le drame s’est produit. »

« Analyser les causes  en toute transparence ».

Peut-on savoir, pour tenter de comprendre, qui était cet « agent » ?

« L’agent a occupé plusieurs postes  à l’AP-HP. En 2007, après avoir été recrutée en CDD de cinq mois à l’hôpital Trousseau, une 1ère mise en stage en vue d’une titularisation dans la fonction publique hospitalière, à l’AP-HP lui a été proposée. En 2008, il a été mis fin à ce stage après passage devant la commission administrative paritaire. En 2013, elle effectue un remplacement de six mois à l’hôpital Robert-Debré.

Début 2016, après un CDD de près d’un an à l’hôpital Bicêtre, son CDD n’est pas renouvelé. Le jour où elle en est officiellement informée, elle commet une tentative de suicide dans son service. Cette tentative ne sera pas reconnue comme accident du travail par les organismes de sécurité sociale, car elle a été déclarée par l’agent bien au-delà du délai légal. En mars 2017, une seconde mise en stage [sic] lui a été proposée lors de son recrutement à l’hôpital Tenon où elle a travaillé cinq mois avant d’être placée en arrêt maladie. »

Un CHSCT central extraordinaire devait se réunir aujourd’hui jeudi 8 mars « pour analyser les causes  en toute transparence ». Le syndicat de personnels SUD Santé de l’AP-HP reproche à la direction générale un « manque de suivi médical et de protection de cet agent », qui avait déjà fait une tentative de suicide sur son lieu de travail en 2016. Ce syndicat précise qu’il s’agissait d’une « technicienne de laboratoire ». Et qu’elle s’est donné la mort le vendredi 2 mars. C’était dans les toilettes du service de la médecine du travail – hôpital de l’Hôtel-Dieu de Paris.

A demain

 

 

La célèbre clinique du Château condamnée après un suicide dans une cage d’escalier

 

Bonjour

Quatorze ans après. Le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné la Clinique du Château  (Garches, Hauts-de-Seine) à 200 000 euros d’amende pour homicide involontaire, après le suicide d’une de ses patientes en 2004.  La clinique a été condamnée en raison de l’existence, dans l’un de ses bâtiments, d’une cage d’escalier « béante », datant de 1930, c’est-à-dire non protégée, du haut de laquelle la victime s’est jetée le 22 juin 2004. Âgée de 75 ans, cette patiente souffrait « d’un syndrome dépressif et de crises d’angoisses » et avait été admise à la clinique du Château deux semaines auparavant, quelques jours après une tentative de suicide.

« L’organisation des services de psychiatrie est orientée vers la prévention des gestes suicidaires à travers la surveillance, mais aussi l’architecture des locaux. L’existence d’une cage d’escalier béante est en principe écartée dans ce type de service » avait souligné un expert lors de l’enquête. Cette cage d’escalier était à l’époque protégée d’un garde-corps, haut de 95 cm seulement. Depuis les faits, une vitre de protection a été installée.

« Depuis plusieurs années, Nightingale Hospitals Paris – Clinique du Château s’est affirmée comme un établissement de référence en psychiatrie, en Île-de-France, peut-on lire sur le site de cette clinique sous le logos de la HAS.  Nous sommes spécialisés dans le traitement les troubles psychiatriques tels que les troubles bipolaires, la dépression, le burn out, le TCA, les troubles du sommeil, les addictions et les troubles neuro-cognitifs.»

Renommée et clientèle internationales

Le site précise que cet établissement occupe, à la limite de Saint-Cloud, « un parc de cinq hectares, magnifiquement arboré, qui participe à faire de la Clinique un lieu de soins unique propice au ressourcement ». « La Clinique du Château de Garches, ancienne demeure de la famille d’Antoine de Saint-Exupéry, a été fondée en 1930 par Son Altesse la Princesse de Grèce, Marie Bonaparte, élève de Freud, et quelques médecins renommés parmi lesquels le Dr Rondepierre et le Dr Olivier Garand, explique-t-on encore. Ce dernier a dirigé l’établissement pendant plus de quarante ans, portant sa renommée au-delà des frontières. Soucieuse de poursuivre cette tradition et d’offrir à ses patients la meilleure qualité des soins dans un cadre d’exception, la nouvelle Direction, animée par une équipe dynamique, a engagé depuis 1998 des actions visant à améliorer en permanence la qualité des services, pour répondre au mieux aux attentes de ses patients. »

À l’audience, Philippe Cléry-Melin, président de l’entreprise et directeur du  groupe Sinoué (spécialisé dans le domaine de la santé mentale et la gérontopsychiatrie) a défendu son établissement, une clinique « de grande renommée et à la clientèle internationale ». « Il n’y avait jamais eu jusque-là de précipitation dans cet escalier, a-t-il rappelé, alors que la clinique a été fondée en 1930. » « On peut mettre toutes les vitres qu’on veut, il y a des gens qui, quand la volonté suicidaire est là, sont capables de trouver une énergie insoupçonnée », avait de son côté affirmé l’avocat des prévenus, Me Emmanuel Marsigny, pour qui il est très difficile de prévenir le risque de suicide 1.

Retentissement médiatique

Cet établissement avait déjà connu un suicide, « au fort retentissement médiatique », lorsque l’actrice et réalisatrice Christine Pascal s’était défenestrée en 1996 à l’âge de 42 ans. Elle avait alors été condamnée à verser des dommages et intérêts s’élevant de 5 000 à 30 000 euros pour chacune des parties civiles, pour un montant total de 65 000 euros. Toujours adns cette affaire le tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine) avait condamné un psychiatre de la clinique. Christine Pascal était soignée à Garches pour des troubles psychiatriques, s’était défenestrée.

« Un suicide que l’actrice, minée par la dépression, avait à maintes reprises évoqué auprès de différentes personnes, et notamment des infirmiers de la clinique, rapportait alors Le Parisien.  Pourtant, l’époux de Christine Pascal, persuadé que la sécurité de l’actrice n’avait pas été suffisamment préservée durant son séjour à la clinique, avait immédiatement déposé une plainte, déclenchant une enquête de gendarmerie. Puis l’ouverture d’une instruction qui a finalement mené le psychiatre et le directeur de l’établissement devant la justice. »

Au final relaxe pour l’établissement mais condamnation du psychiatre à un an de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende. Me Olivier Metzner, son avocat, avait alors qualifié cette condamnation de  « particulièrement choquante ». Il avait plaidé que son client « pensait pouvoir soigner Christine Pascal dans la confiance » et qu’il n’avait jamais failli à sa mission.

A demain

1 En matière d’ « homicide involontaire », les personnes physiques, qui n’ont pas causé directement le dommage mais qui ont créé ou contribué à créer la situation qui a permis la réalisation du dommage ou qui n’ont pas pris les mesures permettant de l’éviter, sont responsables pénalement – dès lors qu’il est établi qu’elles ont, soit violé de façon manifestement délibérée une obligation particulière de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement, soit commis une faute caractérisée et qui exposait autrui à un risque d’une particulière gravité qu’elles ne pouvaient ignorer. Cour de cassation, chambre criminelle. Audience publique du mardi 12 juillet 2016. N° de pourvoi: 16-80337.  

 

Suicides hospitaliers : Agnès Buzyn dit entendre les souffrances des étudiants et des internes   

Bonjour

Du confortable déni à l’acceptation de la douloureuse réalité. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé semble décidée de ne plus fermer les yeux ; elle a annoncé le 7 février sur LCI qu’elle « rencontrerait impérativement dans les semaines qui viennent les étudiants en médecine et les internes en souffrance ». « Parler avec eux pour savoir exactement d’où vient cette souffrance au travail. »

L’annonce de cette rencontre fait suite à la publication, le 5 février, d’une lettre ouverte sur le site du magazine Elle :

« Elle s’appelait Marine et elle avait 26 ans. Interne en dermatologie à l’hôpital Cochin, elle a mis fin à ses jours le 23 janvier. Elle était vue par ses collègues comme « extrêmement investie et passionnée ». Sur les douze derniers mois, une dizaine de suicides d’internes sont à déplorer en France. « Nous attendons une intervention concrète du ministère, il y a vraiment urgence à agir », soulignait alors Sébastien Potier, vice-président de l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI). « La quantité de travail des internes est un facteur majeur des risques psychosociaux, mais aussi la situation tendue de l’hôpital public et la pression budgétaire », ajoutait-il. Et puis il y a la compétitivité : en 1996, on comptait 3 200 internes contre 8 000 aujourd’hui. Si les internes restent solidaires, ils veulent aujourd’hui qu’on les écoute, qu’on les entende, et surtout ne plus faire le décompte morbide des collègues qui s’en vont trop tôt. »

Agnès Buzyn semble ici prendre la mesure de la réalité et de l’ampleur de la tâche qui l’attend : « On sent une vraie souffrance au travail dans la profession. Les médecins ont de plus en plus de mal à trouver du sens dans leur métier, on leur demande énormément de tâches annexes, administratives et ils ne comprennent pas la gestion de l’hôpital ». Ce malaise général est aussi lié à « la gestion de l’hôpital qui a été très budgétaire », sur laquelle Agnès Buzyn affirme être « en train de travailler afin de  réformer l’hôpital public ». Vaste chantier. 1

Longueurs d’onde

Tout le monde hospitalier est-il ici sur la même longueur d’onde ? On peut en douter à la lumière de la polémique déclenchée par le Pr Jean Sibilia (CHU de Strasbourg), élu depuis peu à la tête de la conférence des doyens des facultés de médecine.  Dans un entretien à  What’s up doc, questionné sur le suicide des internes, il répond :

 « Les suicides réels sont très très rares. Les étudiants ont des idées noires et des difficultés mais je ne suis pas certain du tout que ce soit spécifique aux étudiants en médecine. Je crois que c’est l’expression de notre société, l’expression d’un mal-être plus global. Alors il ne faut jamais être dans le déni, mais il faut être juste, ne pas être dans l’instrumentalisation. Il y a intrinsèquement dans le métier de médecin quelque chose qui est stressant, mais ça n’a rien à voir avec l’organisation structurelle du système. »

 « Nous on est là 24/24, 7/7. On est là pour la continuité des soins et il faut que ça marche, pour les gens. Et ça a un coût : un coût humain, qu’il faut réguler le mieux possible, pour avoir le moins de souffrance possible. On a un boulot compliqué, en étant confronté régulièrement au malheur des gens. Et ça, il faut qu’on l’apprenne à nos étudiants, pour ne pas qu’ils le découvrent en fin d’études. Ce sont des valeurs à transmettre, mais ce n’est pas facile. »

Pour l’ISNI, ces propos traduisent un « déni de la réalité » alors que dix internes se sont donné la mort en un an. Ce syndicat met également en cause une « dialectique délétère, scientifiquement fausse », plusieurs études ayant mis en évidence la souffrance psychique accrue des médecins en formation et, chez eux, le taux particulièrement élevé de suicides.

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1 « Notre système hospitalier est à bout de souffle et personne ne fait rien » Slate, 7 février 2018

 

Plus de vingt-quatre personnes se suicident chaque jour en France métropolitaine

 

Bonjour

C’est un sujet difficile, à mi-chemin du libre-arbitre, de la psychiatrie et du politique. C’est aussi un objet statistique, comme en témoigne le troisième rapport de l’Observatoire national du suicide. Rapport signé Diane Desprat et Valérie Ulrich (DREES) et publié le 5  février par le ministère de la Santé et Santé publique France. Qu’y apprend-on ?

« Qu’en France métropolitaine 8 885 décès par suicide ont été enregistrés en 2014 par le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès de l’Inserm (CépiDcInserm), soit près de 24 décès par jour ; un suicide toutes les heures.

« Que ce chiffre sous-estimerait la réalité de 10 % car ne prenant en compte que les décès officiellement enregistrés comme morts volontaires. En incluant ceux pour lesquels il existe une « très forte certitude » (mais pas de certificat) on atteint les 10 000 morts – soit près de trois fois le nombre de personnes tuées la même année dans les accidents de la circulation.

« Que malgré une baisse de 26 % entre 2003 et 2014 (constatée dans toutes les régions) la France présente toujours, au sein des pays européens, un des taux de suicide les plus élevés derrière les pays de l’Est, la Finlande et la Belgique.

« Que la mort par suicide touche bien davantage les hommes que les femmes : 23,1 pour 100 000 pour les premiers contre 6,8 pour 100000 pour les secondes.

Agriculteurs et gardiens de prison

« Que si le suicide concerne tous les âges, le taux est nettement plus élevé chez les personnes âgées, notamment chez les hommes. Pour l’année 2014, alors que le taux de décès par suicide des 15-24 ans est de 7,5 pour 100 000 hommes, c’est entre 45 et 54 ans et après 74 ans qu’il est le plus important, respectivement 33,4 et 59,4 pour 100000 hommes.

« Que les modes de suicide les plus fréquents sont les pendaisons (57 %), les armes à feu (12 %), les prises de médicaments et autres substances (11 %) et les « sauts d’un lieu élevé » (7 %).

« Que parmi les professions les plus à risque on trouve les agriculteurs. Toutefois, alors qu’en 2010, il était constaté un excès de suicide de 20 % chez l’ensemble des hommes agriculteurs exploitants, en 2011, seuls les exploitants agricoles âgés de 45 à 54 ans présentaient un excès de mortalité par suicide significativement supérieur (de 33 %) à celui de la population générale d’âge similaire.

« Que d’autres professions sont également très touchées, comme les surveillants de prison qui ont connu une vague de suicide en 2009.

« Qu’en 2015 on a recensé 78 128 personnes (47 981 femmes et 30 147 hommes) ayant été hospitalisées dans des services de médecine et de chirurgie, pour tentative de suicide. Mais aussi que ce nombre est sans sans doute bien en dessous de la réalité car ne prenant pas en compte les cas passés aux urgences sans être ensuite hospitalisés – ni ceux hospitalisés en psychiatrie sans être passés auparavant par un service de médecine.

Et Le Monde d’ajouter qu’« afin d’améliorer la prévention et de faire diminuer le nombre de décès par suicide » Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a annoncé, le 26  janvier, lors d’un discours consacré à la psychiatrie, qu’elle allait étendre, ces deux prochaines années, le dispositif pour recontacter les « suicidants » à leur sortie des urgences ou d’hospitalisation – et mettre en place un numéro de secours pour les personnes en « détresse psychique extrême ».

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Suicide et harcèlements au CHU de Grenoble : Agnès Buzyn s’empare, enfin, du dossier

Bonjour

Sortir du déni. Le 19 décembre, à l’Assemblée nationale, le médecin et député (LREM, Isère) Olivier Véran a posé une question à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Question délicate concernant les tensions et difficultés récurrentes qui prévalent au sein du CHU Grenoble Alpes. Réponse de la ministre :

« Il y a quelques semaines, le CHU de Grenoble a fait face à une situation dramatique : le suicide d’un praticien hospitalier. Dès que j’en ai été informée, j’ai diligenté le médiateur national, Edouard Couty, pour me faire un rapport sur la situation. Ce rapport, que je rendrai public prochainement, a  permis de mettre en lumière des situations de harcèlement au sein de cet établissement. Encore aujourd’hui, des praticiens nous ont fait remontrer des difficultés et des tensions, la pédiatrie étant la dernière en date. Je rencontrerai début janvier la directrice générale du CHU de Grenoble, le président de la commission médicale d’établissement et le doyen de la faculté de médecine.

 « Je leur demanderai de me proposer au plus tôt un plan d’actions conforme aux recommandations de M. Couty, face à la souffrance des soignants dans cet établissement. Je souhaite répéter avec force mon engagement contre toute forme de harcèlement à l’hôpital et je n’accepterai plus que des personnes, qui quittent les services où elles sont harcelées, soient obligées d’abandonner leur poste. C’est en ce sens que j’ai accepté la mutation d’une clinicienne réputée de Grenoble dans un autre établissement, avec son support de service. Ainsi, le service qui verra un professionnel partir pour de telles raison de harcèlement, ne verra pas son poste sanctuarisé dans le service concerné. »

C’est là un message clair, une prise de position forte, une attitude ministérielle qui tranche avec la position alambiquée de Marisol Touraine quand elle fut confrontée à une situation équivalente au sein de l’AP-HP. Peut-être pourra-t-on regretter une forme d’attentisme. L’association nationale Jean-Louis Mégnien à la suite des déclarations de la ministre de la santé à l’Assemblée nationale.

Sortir du déni

L’association nationale Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public ne s’y est pas trompée. On sait que cette association  a alerté depuis plusieurs mois les pouvoirs publics et l’opinion sur les nombreuses situations de maltraitance et de harcèlement qui lui ont été signalées – et notamment celles touchant le centre hospitalier et universitaire de Grenoble. « Trois dossiers avaient déjà étaient transmis par l’association au médiateur national avant novembre 2017. Il a fallu qu’un neurochirurgien mette fin à ses jours sur son lieu de travail pour qu’une enquête sur cet établissement soit diligentée par le ministère des solidarités et de la santé » soulignent les membres du bureau de cette association.

Observant qu’Agnès Buzyn confirme la gravité des faits de maltraitance et de harcèlement survenus au CHU de Grenoble elle ajoute constater « que la ministre sort du déni manifesté habituellement par les autorités sanitaires et les pouvoirs publics devant de tels faits ». « La ministre a le courage d’appeler ces faits par leur nom, de les dénoncer avec détermination et d’envisager des mesures énergiques pour y faire face » note-t-elle encore.

L’association demande non seulement que ceux qui ont commis de tels agissements soient sanctionnés, mais que le soient également « ceux dont c’était le devoir de les empêcher ».  Elle souhaite encore que les signalements dont elle a connaissance (voir sa « carte des signalements ») fassent l’objet d’une même attention et que des enquêtes indépendantes soient menées avant que ces situations se dégradent.

« Sortie du déni, libération de la parole, enquêtes, sanctions et médiation pour trouver des solutions dignes à ces drames humains doivent s’imposer dans les meilleurs délais, conclut-elle. Nous félicitons Mme Agnès Buzyn de s’être engagée dans cette voie et continuerons d’agir dans ce même sens. »

Psychopathologique et économie

Ce dossier sera loin d’être simple, notamment pour la ministre, tant le psychopathologique peut être intimement lié à l’économique. Ainsi cette lettre qui vient d’être publiée dans  « L’Humanité »  dans laquelle deux pédiatres du service endocrinologie-diabétologie pédiatriques du CHU de Grenoble, en arrêt maladie pour « épuisement professionnel » et « harcèlement économique » rappellent la pression qui pèse sur les épaules des professionnels de santé.  Ces deux médecins évoquent la politique de leur direction, qui serait à leurs yeux bien trop axée sur la rentabilité et la valorisation financière de l’activité médicale, au détriment de la qualité des soins apportés aux patients diabétiques dans leur service.

On attend, désormais, la publication du rapport sur le CHU de Grenoble demandé par la ministre au médiateur national. Le rapport et les mesures qui suivront.

A demain