L’urgentiste de Vire est condamné à dix mois de prison: son jeune patient s’était suicidé

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Lu dans La Manche Libre du 22 janvier 2020 : « Un homme de 55 ans a été jugé pour non-assistance à personne en danger. Urgentiste à l’époque, il n’avait pas pris assez rapidement le patient suicidaire en charge. Le jeune homme s’est effectivement suicidé dans la nuit sans que sa fuite du centre hospitalier ne soit signalée.

Dans la nuit du 18 au 19 octobre 2012, un homme se présente aux urgences de l’hôpital de Vire, en faisant part de ses envies suicidaires. Le médecin urgentiste de garde choisit néanmoins de finir de remplir ses dossiers administratifs en cours. Lorsqu’il veut s’en occuper, le patient est parti de l’hôpital sans que sa fuite soit signalée à qui de droit. Il se suicidera en sautant sur les voies ferrées au passage d’un train. Le 17 décembre 2019, le tribunal correctionnel de Caen a traité cette affaire de non-assistance à personne en danger, et l’a mise en délibéré au 16 janvier 2020.

L’ancien urgentiste de 55 ans écope de dix mois de prison avec sursis, peine qui ne figurera pas sur son casier judiciaire B2. »

Il y a un an on pouvait retrouver l’hôpital de Vire dans La Voix-le-bocage : « Une page se tourne à l’hôpital de Vire Normandie. Cette fois, les choses sont claires, Vire Normandie (Calvados) n’a plus d’hôpital général. C’est la filière gériatrique qui va notamment se développer. » Un an plus tard, à lire son annuaire, il ne semble pas que ce soit vraiment le cas.

A demain @jynau

Affaire Kulik. Tentative de suicide et découverte d’un poison interdit mais toléré : le Temik®

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Un cas hors du quotidien des salles de justice. Le 6 décembre 2019, quelques secondes après l’énoncé du verdict par la présidente de la cour d’assises d’Amiens le condamné Willy Bardon avale du Temik®, (Bayer). L’enquête ouverte par le parquet doit notamment déterminer comment il a pu se procurer cette substance, et  «si c’est un acte qui avait été prémédité, organisé et de quelle manière». Il avait confié à un proche qu’il «attenterait à ses jours s’il était condamné».

Cet accusé de 45 ans comparaissait libre. Il  avait toujours clamé son innocence – mais venait d’être condamné à 30 ans de réclusion pour l’enlèvement et la séquestration suivis de mort et le viol d’Elodie Kulik, une employée de banque de 24 ans, en janvier 2002 à Tertry (Somme). Comateux le condamné a aussitôt été transféré dans le service de réanimation du CHU de la ville.

«Le produit ingéré (…) est un pesticide appelé le Temik®. C’est un produit extrêmement dangereux dont la commercialisation est extrêmement réglementée sur le territoire français et européen et qui a des effets à la fois sur le système nerveux et le système cardio-vasculaire», a peu après indiqué le procureur d’Amiens Alexandre de Bosschère. Il a des effets en une dizaine ou une quinzaine de minutes. Il n’est normalement pas en accès pour des personnes qui ne correspondent pas à la réglementation.»

Interdit mais autorisé pour des usages « sur betteraves »

Autorisé pour la première fois en 1970 le Temik® a pour principe actif l’aldicarbe – famille chimique des carbamates –  effet insecticide et nématicide ; essentiellement utilisé dans la culture de la betterave. Ce pesticide du géant allemand Bayer a progressivement été interdit dans les années 2000.

Aujourd’hui, en France, cette substance active n’est pas autorisée dans la composition de préparations bénéficiant d’une AMM. Un délai dérogatoire est toutefois accordé pour des usages « sur vignes et betteraves ». Selon un avis paru au Journal Officiel du 18 avril 2003, cette dérogation s’applique au produit Cardinal®, à base d’aldicarbe et de fipronil, pour des utilisations sur betterave, au produit Témik® 10 G, à base d’aldicarbe, pour des utilisations sur betterave et vigne,

Il ne doit pas être très difficile de parvenir à se procurer ce poison. Notamment dans le nord de la France, pays de betteraves. Le Figaro rappelle ainsi que le Temik® a été évoqué dans des affaires d’empoisonnement d’animaux. En 2013, une dizaine de chats en avaient été victimes à Haisne (Pas de Calais). En 2018, les deux chiens d’une famille d’Emmerin (Nord) avaient également été empoisonnés au Temik : seul l’un des deux avait pu être sauvé.

A demain @jynau

Québec : autoriser l’«aide médicale à mourir» aux personnes «inaptes» à la demander ?

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Froid dans le dos ? Les médias généralistes n’ont pas encore, de ce côté de l’Atlantique, fait écho à ce qui se passe au Québec. Danielle McCann y est ministre de la Santé et des Services sociaux de Québec. Elle vient d’annoncer être favorable à l’ouverture d’un débat sur l’ouverture de « l’aide médicale à mourir » aux personnes « inaptes » 1. Entendre par là qui ne sont pas ou plus capables de donner leur consentement à l’acte euthanasique : personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, mais aussi toutes les personnes « souffrant de diverses formes de démence et de pertes cognitives », un phénomène « grandissant avec le vieillissement de la population ».

Au Québec, en vertu d’une loi adoptée en 2014, une personne apte à donner son consentement souffrant d’une maladie incurable et qui est en fin de vie peut obtenir une « aide médicale à mourir ». Mais une personne souffrant d’Alzheimer ou de démence qui se retrouve dans la même situation ne peut l’obtenir au motif qu’elle est incapable d’exprimer son consentement.

L’affaire est notamment rapportée par le Huffington Post (Jocelyne Richer) et par   La Presse.ca (Tommy Chouinard) :

Lesdéclarations de la ministre de la Santé et des Services sociaux font suite à une décision de justice : « la juge Hélène Di Salvo a envoyé Michel Cadotte derrière les barreaux pour deux ans moins un jour pour l’homicide involontaire de sa femme Jocelyne Lizotte. M. Cadotte disait avoir agi ‘’par compassion’’, afin de mettre fin aux souffrances de sa femme atteinte de la maladie d’Alzheimer ».

Danielle McCann n’a pas voulu commenter l’affaire Cadotte. Elle a néanmoins tenu à dire qu’’’il faut être sensible à ce que met en lumière cette situation-là et voir que, vraiment, nous devons avancer dans [le] dossier’’ de l’élargissement de l’aide médicale à mourir. ‘’ Le Québec est rendu à se pencher sur cette question-là : comment nous allons le faire, à quel moment nous allons le faire. Ce sont évidemment avec les recommandations du groupe d’experts qu’on va travailler’’, a-t-elle expliqué. Créé il y a quelques mois, le comité doit remettre son rapport prochainement. ‘’C’est sûr qu’on entend beaucoup dans la population qu’on souhaite qu’on élargisse. On entend ça, et je pense qu’on ne peut pas le nier. Mais on ne va pas s’avancer davantage sans attendre les recommandations du groupe d’experts.’’ .

La ministre n’a pas voulu donner son opinion personnelle – mais elle fait valoir que ses fonctions font qu’elle est « au service de la population ». « Et je sais que la population a des attentes par rapport à ce dossier. Nous avons une Commission sur les soins de fin de vie, des experts, et je dis à la population qu’on va s’occuper de ce dossier-là. Ce sera un dossier majeur pour nous, et nous serons à l’écoute de la population ».

Que dira « la population » ? Et qui décidera que l’on peut « aider à mourir » les personnes (de plus en plus nombreuses) qui n’auront pas les capacités de le demander ? Froid dans le dos ?

A demain

@jynau

1 « Inapte » 

« Suicidez-vous ! » : partie de Paris, l’épidémie a atteint la gendarmerie de Landivisiau

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Jusqu’où ? Des tags aux « messages explicites » ont, le dimanche de Pâques, été trouvés  sur les murs de la gendarmerie de Landivisiau –  information révélée par Le Télégramme. On pouvait lire « suicidez vous », « flics suicidés ; flics à moitié pardonnés » ou encore « ACAB » (all cops are bastards,  « tous les policiers sont des salauds »).

« Laurence Claisse, la maire de la commune bretonne a été prévenue en début de matinée, vers 9 h. Elle s’est rendue sur place et ne cache pas sa colère, rapporte FR3 Bretagne (Emilie Colin).  Jointe par téléphone elle se dit « scandalisée ». « Les gendarmes sont des humains, ils sont là pour nous servir, nous protéger. Je suis solidaire évidemment. » Elle ajoute avoir croisé plusieurs habitants. Tout comme elle, ils n’ont pas caché leur écœurement. Des enquêteurs d’investigation criminelle se sont rendus sur les lieux. Les services techniques municipaux ont ensuite entrepris le nettoyage dès le matin. »
Soutien des plus hautes autorités

Interrogé, le commandant du groupement de gendarmerie du Finistère, le colonel Duvinage reste réservé quant aux motivations du ou des auteurs. « Il peut s’agir soit d’un individu isolé, soit d’un groupe d’individus. La seule chose qu’on peut dire c’est qu’il y a une signature anarchiste, souligne-t-il (notamment les mentions « ACAB »). Ces faits « inacceptables » ont suscité chez les gendarmes « dans un premier temps de la surprise – ce n’est pas habituel d’avoir des tags dans ces termes – et une très grande détermination à identifier les individus et les présenter devant la justice. Nous avons reçu le soutien des plus hautes autorités, ce qui nous renforce dans notre détermination et dans notre action. Ce n’est pas comme cela qu’on impressionne des gendarmes. Des gendarmes ne se laissent pas impressionner par quelques tags. »

Après ses propos de samedi sur l’ « ignominie » Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, a une nouvelle fois vivement réagi  : « Ces faits sont d’une extrême gravité. Les banaliser, ce serait donner raison à leurs auteurs qui doivent être identifiés et livrés à la Justice. J’y veillerai. Indéfectible soutien à nos policiers et gendarmes à qui nous devons -tous- respect et gratitude ».

Le parquet de Brest a ouvert une enquête pour « dégradations graves sur un bien d’utilité publique et outrages sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». Et une nouvelle fois cette question : pourquoi ne pas ouvrir pour « incitation au suicide » ?

A demain

@jynau

PS Un Gilet Jaune âgé de 69 ans a été placé en garde à vue à la gendarmerie de Caussade (Tarn-et-Garonne) révèle France Bleu Occitanie. Il avait affiché sur la lunette arrière de sa camionnette le slogan « flic suicidé, à moitié pardonné ». Il devait être présenté le 23 avril devant le parquet de Montauban pour « outrage à personnes dépositaires de l’autorité publique » et risque un an de prison.

Gilets Jaunes et «ignominie»: les auteurs seront-ils poursuivis pour provocation au suicide ?

Bonjour

Pâques 2019. Comprendre comment et pourquoi ? En rester au constat ?   Ignoble, honteuxabject : Après l’ignominie de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, les mots manquent aux représentants de la classe politique pour dire leur indignation après les « Suicidez-vous ! Suicidez-vous ! » lancés aux forces de l’ordre samedi 20 avril à Paris durant de l’acte XXIII des Gilets Jaunes.

Dans le désordre :

François-Xavier Bellamy, jeune tête de liste LR pour les élections européennes :  « Ils crient : “suicidez-vous”. Depuis janvier, 28 policiers se sont suicidés. Deux fois plus que l’an dernier. Autant de familles détruites, auxquelles ce cri inhumain doit retourner le cœur… Aucun de ceux qui ont crié cela ne doit rester impuni. Aucun ».

Christian Estrosi, maire LR de Nice : « Ignoble et abject ».

Eric Ciotti :  « Honteux et indigne ».

Nathalie Loiseau, tête de liste LRM et ancienne ministre des Affaires européennes : « Comment tenir de tels propos là où si souvent les Français se sont rassemblés dans la dignité et en hommage à la République ? Cette foule n’est pas le peuple. Condamnons ensemble ces paroles révoltantes ».

Marine Le Pen, dirigeante du Rassemblement national : « Comment peut-on scander suicidez-vous aux forces de l’ordre ? ! C’est honteux enfin ! Cette haine de la police est idéologique et hélas systématique dans les rangs des anarchistes ».

Emmanuel Grégoire, premier adjoint de la maire PS de Paris Anne Hidalgo : « Il n’est pas acceptable que des gens crient suicidez-vous à la police place de la République ».

Pâques 2019. L’incitation au suicide ?  Dans le code pénal français on peut lire ceci :

Section 6 : De la provocation au suicide.

Article 223-13 : Le fait de provoquer au suicide d’autrui est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende lorsque la provocation a été suivie du suicide ou d’une tentative de suicide. Les peines sont portées à cinq ans d’emprisonnement et à 75000 euros d’amende lorsque la victime de l’infraction définie à l’alinéa précédent est un mineur de quinze ans.

Article 223-14 modifié par Ordonnance n°2000-916 du 19 septembre 2000 – art. 3 (V) JORF 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002 : La propagande ou la publicité, quel qu’en soit le mode, en faveur de produits, d’objets ou de méthodes préconisés comme moyens de se donner la mort est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Article 223-15 : Lorsque les délits prévus par les articles 223-13 et 223-14 sont commis par la voie de la presse écrite ou audiovisuelle, les dispositions particulières des lois qui régissent ces matières sont applicables en ce qui concerne la détermination des personnes responsables. »

Pâques 2019. Au moins 52 personnes ont été tuées dimanche 21 avril au Sri Lanka dans une série d’explosions dans des hôtels et des églises où était célébrée la messe de Pâques. 280 personnes ont été blessées dans ces explosions, a par ailleurs annoncé le directeur de l’hôpital national de Colombo. Deux déflagrations se sont notamment produites dans l’église Saint-Anthony de Colombo et l’église Saint-Sébastien de Negombo, une localité au nord de la capitale. Au moins 160 personnes blessées dans l’explosion de l’église Saint-Anthony ont été admises à l’hôpital national de Colombo, a déclaré à l’AFP un de ses responsables.

A demain

 

 

 

 

Aujourd’hui, 20 avril 2019 place de la République: pourquoi une telle ignominie ?

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Il faudra bien comprendre comment et pourquoi on peut en arriver à une telle extrémité ? 20 avril 2019, place de la République à Paris, en marge du XXIIIème acte des Gilets Jaunes. Des violences, des flammes. Puis l’impensable.

« Suicidez-vous, suicidez-vous, suicidez-vous ! » ont hurlé certains manifestants aux forces de l’ordre. Des vidéos les montrent vêtus de gilets jaunes ou non, scander ces paroles face à des forces de l’ordre que l’on peut voir, casquées, à plusieurs mètres.

« Honte à ceux qui se sont livrés à une telle ignominie!  a réagi en début de soirée sur Twitter le ministre de l’Intérieur. Soutien total à nos forces mobilisées, et à leurs familles. L’immense majorité des Français sait ce qu’elle leur doit. »

Anatole France, l’état d’urgence

La veille les syndicats de forces de l’ordre appelaient à une mobilisation pour alerter sur le nombre élevé et croissants de suicides dans leurs rangs. Le même jour Eric Morvan, 62 ans,  directeur général de la police nationale (DGPN), dans une lettre envoyée à tous les policiers invitait la profession au dialogue et à la libération de la parole face ce phénomène – un sujet longtemps tabou chez les forces de l’ordre. Aujourd’hui Le Monde consacrait sa manchette au phénomène : « Suicides dans la police : l’état d’urgence »,

« Ignominie  : Action, parole basse et déshonorante. ‘’Nous vivons dans un âge fréquent en lâchetés, abondant en ignominies, fertile en crimes’’. » Une phrase signée Anatole France ; extraite de « Sur la pierre blanche », roman philosophique, à la fois historique et d’anticipation. L’œuvre traite dans son ensemble de l’évolution de l’Humanité et esquisse la possibilité d’une création des États-Unis du monde. Elle se termine par la description d’un idéal socialiste/communisme en l’an 2270, et par une remarque sur les limites biologiques et temporelles de l’espèce humaine, qui ont pour conséquence que non seulement l’Humanité disparaîtra, mais que d’autres espèces, peut-être plus intelligentes, prendront la suite.

L’ouvrage fut publié en 1905. Nous sommes en 2019, place de la République, à Paris.

A demain

@jynau

Suicides : le courage atypique du directeur général de la police nationale ; silence à l’hôpital

Bonjour

Il se nomme Eric Morvan, 62 ans. Né à Nevers, haut fonctionnaire, carrière ascendante exemplaire, occupe depuis près de deux ans le poste à haut risque de directeur général de la police nationale (DGPN) Fait sans précédent, il invite dans une lettre envoyée à tous les policiers, vendredi 19 avril, la profession au dialogue et à la libération de la parole face à la vague de suicides dans l’institution, un sujet tabou chez les forces de l’ordre.

Dans sa lettre aux 150 000 fonctionnaires de police français (et dont l’Agence France-Presse a eu copie) Eric Morvan enjoint à parler du suicide – une démarche atypique qui ne va pas nécessairement de soi dans l’institution.

« Plusieurs de nos collègues ont mis fin à leurs jours. Certains penseront peut-être que ce dramatique enchaînement relève d’un facteur mimétique 1  et que, plus on parle du suicide, plus on prend le risque d’en susciter, dans un contexte rendu encore plus difficile par la charge opérationnelle ».

« Il faut en parler. Sans crainte d’être jugé. Il faut se confier, se persuader qu’avouer un mal-être n’est jamais une faiblesse (…)  La responsabilité humaine que l’on doit reconnaître à celui ou celle qui prend cette terrible décision ne nous exonère pas de la nôtre »

Le DGPN, qui évoque « un devoir collectif », y compris et surtout des chefs, dont le management est, nous dit l’AFP, « souvent pointé du doigt par les organisations syndicales de gardiens de la paix ».

Intérieur, Solidarités et Santé

Le Monde pascal, qui consacre sa manchette au phénomène : « Suicides dans la police : l’état d’urgence », donne la parole (Louise Couvelaire) à Sebastian Roché, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique et « spécialiste de la police ». Il a notamment publié De la police en démocratie (Grasset, 2016). Pour ce chercheur, le nombre important de suicides de policiers enregistrés depuis le début de l’année est un phénomène alarmant, mais difficile à analyser, faute d’études sur le sujet. Extraits :

«  Le taux de sur-suicides des policiers se maintient à un niveau élevé depuis longtemps. Cela fait quarante ans que l’on sait qu’il y a davantage de suicides chez les policiers que dans le reste de la population à structure égale, c’est-à-dire entre 35 ans et 45 ans et majoritairement masculine. En juin 2018, un rapport du Sénat pointait un taux de suicides dans la police supérieur de 36 % à celui de la population générale. Mais ce qui est certain, c’est que l’année 2019 est très mal partie, et c’est alarmant. Si le rythme se maintient, on pourrait atteindre le record de l’année 1996, ‘’ année noire ‘’ qui avait enregistré soixante-dix suicides.

Les causes de ce taux de « sur-suicides » ?

« On ne le sait pas justement. Et c’est bien le problème. Il n’existe aucune étude de fond du ministère de l’intérieur permettant d’analyser le phénomène. Il y a un défaut de volonté de comprendre. C’est une lacune historique et structurelle de Beauvau. Résultat, nous n’avons toujours pas réussi à identifier le problème ni été capables de mesurer l’efficacité des mesures mises en place jusqu’à présent. (…)

« La qualité de la relation avec la population joue probablement un rôle important. En 2016, elle était meilleure que les années précédentes, ce qui peut aider les policiers à donner un sens à leur engagement.

« Sur ce terrain, 2019 est une année conflictuelle et donc difficile. Les policiers sont mis en cause par une partie de la population qui jusque-là les soutenait. Pour répondre à leur détresse, il ne suffit pas d’ouvrir une ligne téléphonique, comme le prévoit le plan antisuicides, il faut multiplier les portes d’entrée pour appeler à l’aide, comme l’a fait la police de Montréal, au Canada, en formant la hiérarchie, les syndicats et des pairs référents. »

« Aucune étude de fond du ministère permettant d’analyser le phénomène … un défaut de volonté de comprendre ». Ce sont là des propos que l’on peut appliquer au ministère des Solidarités et de la Santé confronté aux suicides des soignants hospitaliers. Qui dira pourquoi le pouvoir exécutif se refuse à multiplier les portes d’entrée pour que l’on entende mieux ces agents salariés qui nous appellent à l’aide ?

A demain

@jynau

1 Le DGPN fait ici notamment référence à « l’effet Werther » ,phénomène qui tire son nom d’une spectaculaire vague de suicides s’étant produite en Europe après la parution (1774) du célèbre roman de GoetheLes Souffrances du jeune Werther, roman centré sur le suicide d’un jeune homme à la suite d’amours déçues