« Suicidez-vous ! » : partie de Paris, l’épidémie a atteint la gendarmerie de Landivisiau

Bonjour
Jusqu’où ? Des tags aux « messages explicites » ont, le dimanche de Pâques, été trouvés  sur les murs de la gendarmerie de Landivisiau –  information révélée par Le Télégramme. On pouvait lire « suicidez vous », « flics suicidés ; flics à moitié pardonnés » ou encore « ACAB » (all cops are bastards,  « tous les policiers sont des salauds »).

« Laurence Claisse, la maire de la commune bretonne a été prévenue en début de matinée, vers 9 h. Elle s’est rendue sur place et ne cache pas sa colère, rapporte FR3 Bretagne (Emilie Colin).  Jointe par téléphone elle se dit « scandalisée ». « Les gendarmes sont des humains, ils sont là pour nous servir, nous protéger. Je suis solidaire évidemment. » Elle ajoute avoir croisé plusieurs habitants. Tout comme elle, ils n’ont pas caché leur écœurement. Des enquêteurs d’investigation criminelle se sont rendus sur les lieux. Les services techniques municipaux ont ensuite entrepris le nettoyage dès le matin. »
Soutien des plus hautes autorités

Interrogé, le commandant du groupement de gendarmerie du Finistère, le colonel Duvinage reste réservé quant aux motivations du ou des auteurs. « Il peut s’agir soit d’un individu isolé, soit d’un groupe d’individus. La seule chose qu’on peut dire c’est qu’il y a une signature anarchiste, souligne-t-il (notamment les mentions « ACAB »). Ces faits « inacceptables » ont suscité chez les gendarmes « dans un premier temps de la surprise – ce n’est pas habituel d’avoir des tags dans ces termes – et une très grande détermination à identifier les individus et les présenter devant la justice. Nous avons reçu le soutien des plus hautes autorités, ce qui nous renforce dans notre détermination et dans notre action. Ce n’est pas comme cela qu’on impressionne des gendarmes. Des gendarmes ne se laissent pas impressionner par quelques tags. »

Après ses propos de samedi sur l’ « ignominie » Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, a une nouvelle fois vivement réagi  : « Ces faits sont d’une extrême gravité. Les banaliser, ce serait donner raison à leurs auteurs qui doivent être identifiés et livrés à la Justice. J’y veillerai. Indéfectible soutien à nos policiers et gendarmes à qui nous devons -tous- respect et gratitude ».

Le parquet de Brest a ouvert une enquête pour « dégradations graves sur un bien d’utilité publique et outrages sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». Et une nouvelle fois cette question : pourquoi ne pas ouvrir pour « incitation au suicide » ?

A demain

@jynau

PS Un Gilet Jaune âgé de 69 ans a été placé en garde à vue à la gendarmerie de Caussade (Tarn-et-Garonne) révèle France Bleu Occitanie. Il avait affiché sur la lunette arrière de sa camionnette le slogan « flic suicidé, à moitié pardonné ». Il devait être présenté le 23 avril devant le parquet de Montauban pour « outrage à personnes dépositaires de l’autorité publique » et risque un an de prison.

Gilets Jaunes et «ignominie»: les auteurs seront-ils poursuivis pour provocation au suicide ?

Bonjour

Pâques 2019. Comprendre comment et pourquoi ? En rester au constat ?   Ignoble, honteuxabject : Après l’ignominie de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, les mots manquent aux représentants de la classe politique pour dire leur indignation après les « Suicidez-vous ! Suicidez-vous ! » lancés aux forces de l’ordre samedi 20 avril à Paris durant de l’acte XXIII des Gilets Jaunes.

Dans le désordre :

François-Xavier Bellamy, jeune tête de liste LR pour les élections européennes :  « Ils crient : “suicidez-vous”. Depuis janvier, 28 policiers se sont suicidés. Deux fois plus que l’an dernier. Autant de familles détruites, auxquelles ce cri inhumain doit retourner le cœur… Aucun de ceux qui ont crié cela ne doit rester impuni. Aucun ».

Christian Estrosi, maire LR de Nice : « Ignoble et abject ».

Eric Ciotti :  « Honteux et indigne ».

Nathalie Loiseau, tête de liste LRM et ancienne ministre des Affaires européennes : « Comment tenir de tels propos là où si souvent les Français se sont rassemblés dans la dignité et en hommage à la République ? Cette foule n’est pas le peuple. Condamnons ensemble ces paroles révoltantes ».

Marine Le Pen, dirigeante du Rassemblement national : « Comment peut-on scander suicidez-vous aux forces de l’ordre ? ! C’est honteux enfin ! Cette haine de la police est idéologique et hélas systématique dans les rangs des anarchistes ».

Emmanuel Grégoire, premier adjoint de la maire PS de Paris Anne Hidalgo : « Il n’est pas acceptable que des gens crient suicidez-vous à la police place de la République ».

Pâques 2019. L’incitation au suicide ?  Dans le code pénal français on peut lire ceci :

Section 6 : De la provocation au suicide.

Article 223-13 : Le fait de provoquer au suicide d’autrui est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende lorsque la provocation a été suivie du suicide ou d’une tentative de suicide. Les peines sont portées à cinq ans d’emprisonnement et à 75000 euros d’amende lorsque la victime de l’infraction définie à l’alinéa précédent est un mineur de quinze ans.

Article 223-14 modifié par Ordonnance n°2000-916 du 19 septembre 2000 – art. 3 (V) JORF 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002 : La propagande ou la publicité, quel qu’en soit le mode, en faveur de produits, d’objets ou de méthodes préconisés comme moyens de se donner la mort est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Article 223-15 : Lorsque les délits prévus par les articles 223-13 et 223-14 sont commis par la voie de la presse écrite ou audiovisuelle, les dispositions particulières des lois qui régissent ces matières sont applicables en ce qui concerne la détermination des personnes responsables. »

Pâques 2019. Au moins 52 personnes ont été tuées dimanche 21 avril au Sri Lanka dans une série d’explosions dans des hôtels et des églises où était célébrée la messe de Pâques. 280 personnes ont été blessées dans ces explosions, a par ailleurs annoncé le directeur de l’hôpital national de Colombo. Deux déflagrations se sont notamment produites dans l’église Saint-Anthony de Colombo et l’église Saint-Sébastien de Negombo, une localité au nord de la capitale. Au moins 160 personnes blessées dans l’explosion de l’église Saint-Anthony ont été admises à l’hôpital national de Colombo, a déclaré à l’AFP un de ses responsables.

A demain

 

 

 

 

Aujourd’hui, 20 avril 2019 place de la République: pourquoi une telle ignominie ?

Bonjour

Il faudra bien comprendre comment et pourquoi on peut en arriver à une telle extrémité ? 20 avril 2019, place de la République à Paris, en marge du XXIIIème acte des Gilets Jaunes. Des violences, des flammes. Puis l’impensable.

« Suicidez-vous, suicidez-vous, suicidez-vous ! » ont hurlé certains manifestants aux forces de l’ordre. Des vidéos les montrent vêtus de gilets jaunes ou non, scander ces paroles face à des forces de l’ordre que l’on peut voir, casquées, à plusieurs mètres.

« Honte à ceux qui se sont livrés à une telle ignominie!  a réagi en début de soirée sur Twitter le ministre de l’Intérieur. Soutien total à nos forces mobilisées, et à leurs familles. L’immense majorité des Français sait ce qu’elle leur doit. »

Anatole France, l’état d’urgence

La veille les syndicats de forces de l’ordre appelaient à une mobilisation pour alerter sur le nombre élevé et croissants de suicides dans leurs rangs. Le même jour Eric Morvan, 62 ans,  directeur général de la police nationale (DGPN), dans une lettre envoyée à tous les policiers invitait la profession au dialogue et à la libération de la parole face ce phénomène – un sujet longtemps tabou chez les forces de l’ordre. Aujourd’hui Le Monde consacrait sa manchette au phénomène : « Suicides dans la police : l’état d’urgence »,

« Ignominie  : Action, parole basse et déshonorante. ‘’Nous vivons dans un âge fréquent en lâchetés, abondant en ignominies, fertile en crimes’’. » Une phrase signée Anatole France ; extraite de « Sur la pierre blanche », roman philosophique, à la fois historique et d’anticipation. L’œuvre traite dans son ensemble de l’évolution de l’Humanité et esquisse la possibilité d’une création des États-Unis du monde. Elle se termine par la description d’un idéal socialiste/communisme en l’an 2270, et par une remarque sur les limites biologiques et temporelles de l’espèce humaine, qui ont pour conséquence que non seulement l’Humanité disparaîtra, mais que d’autres espèces, peut-être plus intelligentes, prendront la suite.

L’ouvrage fut publié en 1905. Nous sommes en 2019, place de la République, à Paris.

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@jynau

Suicides : le courage atypique du directeur général de la police nationale ; silence à l’hôpital

Bonjour

Il se nomme Eric Morvan, 62 ans. Né à Nevers, haut fonctionnaire, carrière ascendante exemplaire, occupe depuis près de deux ans le poste à haut risque de directeur général de la police nationale (DGPN) Fait sans précédent, il invite dans une lettre envoyée à tous les policiers, vendredi 19 avril, la profession au dialogue et à la libération de la parole face à la vague de suicides dans l’institution, un sujet tabou chez les forces de l’ordre.

Dans sa lettre aux 150 000 fonctionnaires de police français (et dont l’Agence France-Presse a eu copie) Eric Morvan enjoint à parler du suicide – une démarche atypique qui ne va pas nécessairement de soi dans l’institution.

« Plusieurs de nos collègues ont mis fin à leurs jours. Certains penseront peut-être que ce dramatique enchaînement relève d’un facteur mimétique 1  et que, plus on parle du suicide, plus on prend le risque d’en susciter, dans un contexte rendu encore plus difficile par la charge opérationnelle ».

« Il faut en parler. Sans crainte d’être jugé. Il faut se confier, se persuader qu’avouer un mal-être n’est jamais une faiblesse (…)  La responsabilité humaine que l’on doit reconnaître à celui ou celle qui prend cette terrible décision ne nous exonère pas de la nôtre »

Le DGPN, qui évoque « un devoir collectif », y compris et surtout des chefs, dont le management est, nous dit l’AFP, « souvent pointé du doigt par les organisations syndicales de gardiens de la paix ».

Intérieur, Solidarités et Santé

Le Monde pascal, qui consacre sa manchette au phénomène : « Suicides dans la police : l’état d’urgence », donne la parole (Louise Couvelaire) à Sebastian Roché, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique et « spécialiste de la police ». Il a notamment publié De la police en démocratie (Grasset, 2016). Pour ce chercheur, le nombre important de suicides de policiers enregistrés depuis le début de l’année est un phénomène alarmant, mais difficile à analyser, faute d’études sur le sujet. Extraits :

«  Le taux de sur-suicides des policiers se maintient à un niveau élevé depuis longtemps. Cela fait quarante ans que l’on sait qu’il y a davantage de suicides chez les policiers que dans le reste de la population à structure égale, c’est-à-dire entre 35 ans et 45 ans et majoritairement masculine. En juin 2018, un rapport du Sénat pointait un taux de suicides dans la police supérieur de 36 % à celui de la population générale. Mais ce qui est certain, c’est que l’année 2019 est très mal partie, et c’est alarmant. Si le rythme se maintient, on pourrait atteindre le record de l’année 1996, ‘’ année noire ‘’ qui avait enregistré soixante-dix suicides.

Les causes de ce taux de « sur-suicides » ?

« On ne le sait pas justement. Et c’est bien le problème. Il n’existe aucune étude de fond du ministère de l’intérieur permettant d’analyser le phénomène. Il y a un défaut de volonté de comprendre. C’est une lacune historique et structurelle de Beauvau. Résultat, nous n’avons toujours pas réussi à identifier le problème ni été capables de mesurer l’efficacité des mesures mises en place jusqu’à présent. (…)

« La qualité de la relation avec la population joue probablement un rôle important. En 2016, elle était meilleure que les années précédentes, ce qui peut aider les policiers à donner un sens à leur engagement.

« Sur ce terrain, 2019 est une année conflictuelle et donc difficile. Les policiers sont mis en cause par une partie de la population qui jusque-là les soutenait. Pour répondre à leur détresse, il ne suffit pas d’ouvrir une ligne téléphonique, comme le prévoit le plan antisuicides, il faut multiplier les portes d’entrée pour appeler à l’aide, comme l’a fait la police de Montréal, au Canada, en formant la hiérarchie, les syndicats et des pairs référents. »

« Aucune étude de fond du ministère permettant d’analyser le phénomène … un défaut de volonté de comprendre ». Ce sont là des propos que l’on peut appliquer au ministère des Solidarités et de la Santé confronté aux suicides des soignants hospitaliers. Qui dira pourquoi le pouvoir exécutif se refuse à multiplier les portes d’entrée pour que l’on entende mieux ces agents salariés qui nous appellent à l’aide ?

A demain

@jynau

1 Le DGPN fait ici notamment référence à « l’effet Werther » ,phénomène qui tire son nom d’une spectaculaire vague de suicides s’étant produite en Europe après la parution (1774) du célèbre roman de GoetheLes Souffrances du jeune Werther, roman centré sur le suicide d’un jeune homme à la suite d’amours déçues

Policiers : vingt-huit suicides depuis le début de l’année. Christophe Castaner et la «fatalité»

Bonjour

Christophe Castaner est ministre de l’Intérieur. Vendredi 12 avril il visitait, à Paris, l’Hôpital des Gardiens de la Paix (35, boulevard Saint Marcel ; établissement de soins de suite et de réadaptation composé de 19 lits de soins de suite indifférenciés et 36 lits dans le secteur de prise en charge de l’appareil locomoteur et de 10 places d’hôpital de jour. » Une occasion de parler du suicide des policiers et des gendarmes. Des suicides qui, a affirmé le ministre de la République, ne sont pas une « fatalité ».

C’est là un phénomène inquiétant et en progression 1 vis-à-vis duquel le ministre s’est engagé à « mettre les bouchées doubles ». Il a insisté sur l’importance de la hiérarchie dans la prévention du suicide, estimant qu’elle devait être « une vigie attentive et bienveillante ». Une approche dont pourrait s’inspirer Agnès Buzyn confrontée, elle, aux suicides des soignants dans le monde hospitalier.

« La police et la gendarmerie ne sont pas malades du suicide », a encore affirmé Christophe Castaner, promettant un nouveau programme de lutte et de prévention des suicides – et une accélération dans la mise en œuvre du plan lancé en 2018 par son prédécesseur. Création, notamment, d’une « cellule alerte prévention suicide » pour la police nationale. Cette cellule sera pilotée par Noémie Angel, membre de l’Inspection générale de l’administration. Un numéro de téléphone dédié, disponible 24h/24, « permettra de signaler les risques et de mettre les personnes en souffrance en relation avec des psychologues. »

Vendredi 19 avril. Hasard ou fatalité ? Une semaine seulement après ces annonces l’ensemble des syndicats de police appelle à des rassemblements  et demande à être reçu « en urgence » par Christophe Castaner. La cause : deux nouveaux suicides de policiers, jeudi 18 avril – une capitaine de Montpellier et un policier de Paris.

La capitaine de police de la sûreté départementale de l’Hérault s’est suicidée dans son bureau à Montpellier avec son arme de service. Le suicide serait intervenu vers 8 heures à l’hôtel de police de Montpellier. Aucune détonation n’a été entendue, mais des collègues ont été alertés par une odeur de poudre. Ils ont alors découvert vers 9 heures cette femme de 48 ans, mère de deux fillettes, inanimée, une balle en plein cœur. La direction départementale de la sécurité publique de l’Hérault n’a pas souhaité communiquer à ce stade.

Un autre policier a été retrouvé mort jeudi en début d’après-midi à son domicile à Villejuif (Val-de-Marne). Agent de la direction de l’ordre public et de la circulation de la préfecture de police de Paris, ce policier de 25 ans s’était suicidé avec son arme à feu. Il appartenait à la division régionale de la sécurité routière et intervenait dans les écoles.

« Le plan de lutte contre les suicides dans la police doit devenir une cause nationale et être décrété priorité ministérielle », réclame l’intersyndicale de la police dans un communiqué :

« DEUX NOUVEAUX FLICS NOUS ONT QUITTÉ DEPUIS CE MATIN

« Depuis le début de l’année 2019, 28 de nos collègues ont choisi d’en finir avec la vie et ont commis le geste irréparable. Les journées dramatiques s’enchaînent à un rythme insoutenable et jamais connu. Face à ce fléau, l’intersyndicale de tous les corps de la Police Nationale ne supporte plus de perdre autant de collègues. Des mesures fortes et immédiates doivent être prises sans délai. Malgré les propos du Ministre le 2 avril dernier, après le plan de 2009, celui de 2015, un troisième plan de mobilisation a vu le jour mais, de plans en réunions, nous en sommes toujours au même point.

« L’intersyndicale appelle, ce jour, l’ensemble des personnels, sans clivage syndical ni de corps, à se rassembler le vendredi 19 avril 2019, de 11h 30 à midi, en silence, devant leurs services respectifs en hommage à nos collègues. L’Intersyndicale demande à être reçue en urgence par le MINISTRE de l’INTÉRIEUR. Le plan de lutte contre les suicides dans la Police doit devenir une cause nationale et être décrété PRIORITÉ ministérielle. »

A demain

@jynau

1 « Pourquoi gendarmes et policiers se suicident-ils désormais beaucoup plus que par le passé ? » Journalisme et santé publique, 17 novembre 2018.

 

 

 

Suicides : quelques mots à propos des médecins hospitaliers et des personnes emprisonnées  

Bonjour

L’hôpital et la prison. Deux centrales syndicales hospitalières Action praticiens hôpital (APH) et Jeunes Médecins ont annoncé qu’elles saisiront désormais  « systématiquement » la justice après un suicide d’un confrère afin de mettre « les pouvoirs publics face à leurs responsabilités ».

JEUNES MEDECINS@JeunesmedecinsF Ça suffit. Dorénavant, « nous saisirons la justice » #suicides cc @Dr_moji @DrSabrinaaurora @gkierzek @EgoraInfo @leQdM @HOSPIMEDIA @lemondefr @EmanuelLOEB @F_Verdonk @Etienne_Pot @ISNItwit @HAS_sante @MinSoliSante

Les deux structures, reprend Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos) veulent mettre un terme à « l’omerta » qui règne selon elles autour de ces décès, qu’ils surviennent sur le lieu de travail ou à domicile. Le 3 mars 2019, le Dr Nicolas Siegler, un urologue de 37 ans exerçant dans le Gard, a mis fin à ses jours. Un mois plus tôt le Pr Christophe Barrat, chirurgien de 57 ans, s’est suicidé par défenestration dans les locaux de l’hôpital Avicenne (Assistance publique – Hôpitaux de Paris), à Bobigny. En 2018, un interne en psychiatrie  de 27 ans du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et un jeune assistant orthopédiste exerçant à l’hôpital de Castres se sont donné la mort. Trois autres suicides ont eu lieu à Châteauroux, à Eaubonne et à Strasbourg.

« La liste ne cesse de s’allonger, soulignent les deux syndicats de praticiens hospitaliers. Les réactions des pouvoirs publics comme des établissements concernés minimisent l’impact des conditions de travail conduisant à ces drames, le plus souvent par des communiqués lapidaires et insupportables. » Action praticiens hôpital (APH) et Jeunes Médecins dénoncent l’absence d’une instance spécifique où ils siégeraient afin de participer à l’examen des conditions de travail, de la sécurité et de la santé de tous les praticiens

Comment relativiser

On apprend, dans le même temps, qu’en France le nombre de suicides de personnes détenues a atteint en 2018 un pic jamais égalé depuis au moins dix ans avec 131 personnes décédées – contre 117 en 2017. Le plus jeune avait 22 ans, le plus âgé en avait 68. L’essentiel de ces passages à l’acte intervient au sein de l’établissement pénitentiaire (119 contre 103 en 2017), tandis qu’un plus petit nombre (12 contre 14) a lieu hors des murs (à l’hôpital, en permission de sortir, etc.).

Selon une étude interne extrêmement détaillée que Le Monde (Jean-Baptiste Jacquin) s’est procurée, la direction de l’administration pénitentiaire relativise néanmoins ce constat en observant que par rapport au nombre de détenus, qui a lui aussi atteint un record en dépassant les 70 000, le taux de suicide (16 pour 10 000) est inférieur à ceux de 2016 (16,3 pour 10 000) ou 2009 (18,3 pour 10 000).

« L’administration pénitentiaire a pris ce sujet très au sérieux notamment depuis le plan d’action ministériel de 2009 relatif à la prévention du suicide des personnes détenues, précise le quotidien vespéral. Un audit mené en 2015 par l’Inspection des Services Pénitentiaires, l’Inspection de la Protection Judiciaire de la Jeunesse et l’Inspection Générale des Affaires Sociales avaient formulé des recommandations qui ont été mises en œuvre depuis, mais sans grand effet sur le taux de suicide.

Ce constat d’échec est mis en lumière par un collectif d’associations (Caritas France, l’Observatoire international des prisons, les Petits frères des pauvres) qui, nous apprend Le Monde,  organisaient jeudi 28 mars à Paris pour la onzième année consécutive un hommage aux morts de la prison. Ces associations font valoir que l’une des explications de ces suicides (essentiellement par pendaison dans la cellule) est à rechercher dans la dégradation des conditions de détention liées à la surpopulation carcérale. Pour Alexis Saurin, président de la Fédération des associations de réflexion action prison et justice, « l’administration pénitentiaire doit changer de modèle : « chercher à donner aux gens envie de vivre plutôt que de se contenter d’essayer d’empêcher le passage à l’acte ».

« Accidentés de la vie »

Huit pays de la grande Europe – dont la France –, affichent toujours de « graves problèmes de surpopulation » carcérale, selon une étude du Conseil de l’Europe rendue publique mardi 2 avril et résumée par l’AFP.  Outre la Russie, parmi les pays affichant le plus grand nombre absolu de détenus figurent le Royaume-Uni (84 373), la Pologne (73 822) et la France (69 596). La France enregistre également le plus haut taux de suicide (12,6 pour 10 000 prisonniers) et le plus grand nombre d’évasions (611).

 « On ne pourra pas faire baisser significativement le nombre de suicides à l’intérieur [des prisons] tant que l’on ne fera pas baisser les suicides à l’extérieur qui font quelque 10 000 morts par an », explique étrangement la direction de l’administration pénitentiaire. française Autrement dit, si la France a l’un des taux de suicide en détention le plus élevé d’Europe (après la Norvège ), c’est que ce chiffre dans la population non détenue y est aussi nettement plus élevé qu’ailleurs.

Et la difficulté dans l’analyse du taux de suicide en détention, sept fois plus que dans la population générale, est de quantifier la part qui s’expliquerait par les caractéristiques de la population concernée – marquée par des fragilités psychologiques, voire psychiatriques, et de nombreux « accidents de la vie ».

Cette lecture vaudrait-elle également pour les suicides de soignants ?

A demain

@jynau

Suicide du Pr Christophe Barrat : l’AP-HP n’a pas «à ce stade, d’autres éléments à apporter »

Bonjour

Véritable faute ou simple maladresse ? Pourquoi, au lendemain du suicide du Pr Christophe Barrat à l’hôpital Avicenne, l’AP-HP  a-t-elle fait état des problèmes de santé auxquels ce médecin était confronté ? Les différentes analyses que nous avons sollicitées convergent avec la lecture que fait l’Ordre des textes en vigueur : rien ne permet, en l’espèce, de justifier le non-respect du secret médical.

Les spécialistes de déontologie médicale font notamment observer qu’un membre de la famille (en l’espèce il s’agit de l’épouse du chirurgien) ne pouvait en aucun cas délier des médecins du secret professionnel qui s’imposait à eux. « Le principe est qu’il n’existe pas de dérogation au profit de l’épouse du vivant du patient, le patient lui-même ne pouvant délier les médecins du secret médical » résume un avocat spécialisé.

Insinuations

Véritable faute ou simple maladresse, cette décision a eu un effet immédiat : donner l’impression que l’AP-HP cherchait, d’emblée, à minimiser son éventuelle part de responsabilité dans cette fin tragique. Le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARe) avait ainsi rapidement dénoncé la « communication désastreuse »  de l’AP-HP et accusé cette dernière de « violer le secret professionnel en laissant fuiter dans la presse qu’il luttait depuis plusieurs mois contre une maladie grave ». « Il s’agit d’un suicide réalisé sciemment sur le lieu de travail et cela ne mérite pas de telles insinuations » déclarait-il. Et à la lumière des précisions apportées par l’AP-HP (invoquant l’accord donné par l’épouse du chirurgien) la  Dr Anne Geffroy-Wernet, présidente de ce syndicat maintenait ses accusations.

« Je suis outré par la communication de l’hôpital qui parle d’une longue maladie, avait pour sa part commenté le Dr Christophe Prudhomme,  médecin urgentiste à l’hôpital Avicenne et responsable CGT. Je trouve assez scandaleux que l’on se défausse de cette manière. »

Eléments en ligne

Comme nous le précisions sur ce blog le 7 février avons demandé à l’AP-HP, via son service de presse, quelle était, sur ce sujet, sa position et ses commentaires. Réponse : « à ce stade, nous n’avons pas d’autres éléments à vous apporter que ceux en ligne dans notre espace médias. » Ces éléments avaient, le 7 février été apportés par Didier Frandji, Directeur des Hôpitaux Universitaires Paris Seine Saint Denis, la Pr Nathalie Charnaux, Directrice et Doyen de la Faculté Santé, médecine et biologie humaine et le Pr Yves Cohen, Président de la Commission médicale d’établissement locale.

Le 8 février le cabinet du directeur général de l’AP-HP diffusait le message suivant :

« Nous avons la profonde tristesse de vous annoncer le décès du Pr Christophe Barrat, responsable de l’activité de chirurgie bariatrique et métabolique du groupe hospitalier Hôpitaux Universitaires Paris Seine-Saint-Denis, survenu le dimanche 3 février 2019, dans sa 57ème année. 

Il a intégré l’AP-HP en mai 1993 en qualité d’interne puis de Chef de clinique assistant à La Pitié Salpêtrière. Il est entré à l’hôpital Jean-Verdier en novembre 1995 en tant que Chef de clinique assistant au sein du service de chirurgie digestive et métabolique. Nommé PU-PH en 2003, il fut Chef de service de chirurgie digestive et métabolique de l’hôpital Jean-Verdier. Il a conduit brillamment sa mission de Chef du pôle AIAN des Hôpitaux Universitaires Paris Seine-Saint-Denis de 2011 à 2017.

Le Pr Christophe Barrat incarnait l’excellence de sa spécialité et avait une reconnaissance nationale dans le domaine de la chirurgie bariatrique. Il était un professionnel respecté et apprécié de ses équipes, de ses patients et de la communauté hospitalière dans son ensemble. 

Nous nous associons à la douleur de sa famille, à qui nous adressons nos sincères condoléances. L’ensemble de la communauté hospitalière gardera le souvenir de ce grand nom de la médecine. »

Un moment de recueillement en hommage au Pr Christophe Barrat aura lieu le mercredi 13 février dans les hôpitaux Avicenne, Jean-Verdier et René-Muret.

A demain

@jynau