Pourquoi gendarmes et policiers se suicident-ils désormais beaucoup plus que par le passé ?

Bonjour

Il y a quelques jours un gendarme de la Garde républicaine mettait fin à ses jours dans les jardins de l’hôtel Matignon, résidence historique du Premier ministre et cœur battant de l’exécutif. « Malaise » écrivit Le Figaro (Jean Chichizola ).

Il y a quelques jours Maggy Biskupski, présidente de l’association des policiers en colère se suicidait – avec son arme de service à son domicile- au lendemain du 11 novembre. Malaise généralisé dans tous les espaces médiatiques et politiques français.

 « Vite une Commission d’enquête » sur les suicides des policiers et des gendarmes, pour « agir contre cette souffrance »réclama dans un tweet le député de La France insoumise Alexis Corbière – citant, pour l’année 2017, le chiffre de cent-trente-cinq suicides dans leurs rangs. Où l’on voit les Français insoumis en appeler à la mécanique dominante pour alléger la souffrance des gardiens des l’ordre.

Sur un tel sujet, Le Monde (Nicolas Chapuis) :

« Faut-il interpréter le choix du lieu (de travail) ou de l’arme (de service) comme un message sur les conditions de vie ou le mal-être des policiers et gendarmes ? Impossible à dire tant les raisons d’un passage à l’acte sont intimes, complexes et personnelles. Mais au-delà des situations individuelles, c’est bien le chiffre global qui envoie un avertissement clair chaque année : en 2018, on dénombre déjà 61 personnes qui se sont suicidées au sein des forces de l’ordre.

L’année est particulièrement difficile pour les gendarmes, qui comptent déjà 31 morts dans leurs rangs (contre 16 à la même époque en 2017). La police connaît, de son côté, un très relatif répit après la série noire de 2017 (46 morts en novembre dont une terrible semaine avec 8 décès), avec 30 morts à ce jour en 2018. Des variations statistiques macabres qui ont peu de sens, tant la tendance est lourde : depuis deux décennies, entre 60 et 70 membres des forces de l’ordre se suicident chaque année, sur une population de quelque 150 000 policiers et 100 000 gendarmes. Un chiffre bien supérieur à celui des victimes de crimes et d’accidents, une dizaine de morts par an. »

Souffrances

Les statistiques officielles ne sont pas nouvelles qui auraient pu conduire à de véritables politiques de réduction des risques. « Après la vague d’attentats de 1995, qui avait mis à l’épreuve les troupes, la police nationale s’était dotée l’année suivante d’un service de psychologues cliniciens, qui sont aujourd’hui 89 sur l’ensemble du territoire. La gendarmerie lui avait emboîté le pas en 1998, avec un dispositif d’accompagnement qui réunit à ce jour 38 personnes, rappelle Le Monde. Les plans ministériels se sont également succédé, depuis 2000, avec une dernière mouture en mai 2018 qui insiste sur la mobilisation de chacun (collègues, chefs de service, médecins…). La direction générale de la gendarmerie nationale a organisé jeudi 15 novembre une journée d’échanges sur le même thème. Mais rien n’y fait : le risque de suicide chez les forces de l’ordre est invariablement plus élevé que dans le reste de la population, de l’ordre de 36 %. »

Nombre de policiers pointent également du doigt la responsabilité politique, avec notamment la question des conditions de travail et le cumul de plusieurs millions d’heures supplémentaires, provoquant fatigue et découragement. Les forces de l’ordre tentent notamment de travailler autant sur la prévention que sur la « postvention ». Les équipes de psychologues se rendent dans les commissariats touchés par le suicide d’un collègue  – pour, écrit Le Monde, conjurer un éventuel « effet Werther »référence au phénomène des suicides mimétiques qui suivit la publication des  Souffrances du jeune Werther dans l’Europe du  XVIIIe siècle.

Faut-il raisonnablement, au XXIe, user ici du verbe « conjurer » ? Une « marche blanche » sera organisée place du Trocadéro à Paris, le 24 novembre, en mémoire de Maggy Biskupski

A demain

@jynau

 

Suspicions d’agressions sexuelles : à Rouen et à Gien, deux jeunes prêtres  se sont suicidés 

Bonjour

Troublante coïncidence. On évoquera, au choix, l’époque ou fatalité. On se bornera aux faits, ceux rapportés par l’AFP.

Il y a quelques jours, à Gien (Loiret), le père Pierre-Yves Fumery, 38 ans a été retrouvé pendu dans son presbytère. Il  était visé par une enquête préliminaire pour « suspicion d’agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans ». L’information a été donnée le 22 octobre à la fois auprès du diocèse d’Orléans et du parquet de Montargis. Le corps du père Pierre-Yves Fumery avait été découvert le samedi 20 octobre. « C’est un moment d’épreuve tragique et de souffrance », a déclaré devant la presse l’évêque d’Orléans, Mgr Jacques Blaquart.

 Selon Mgr Blaquart des paroissiens bien intentionnés avaient alerté la cellule « d’écoute des blessures » du diocèse le 7 septembre. Ils auraient, selon lui, été témoins de « comportements inappropriés envers des adolescents de 13-14 ans », notamment une « proximité physique », un « comportement pas ajusté avec une jeune fille qu’il a prise dans ses bras et raccompagnée plusieurs fois en voiture ».

Aucun des gestes mentionnés n’obligeait à saisir la justice, a toutefois précisé l’évêque. Il avait demandé au père Fumery de « prendre du recul et de se faire accompagner, de quitter Gien quelque temps ». Ce qu’a fait l’intéressé. Contacté par un correspondant de l’AFP le procureur de Montargis, Loïc Abrial, a confirmé qu’une enquête préliminaire pour « suspicion d’agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans » avait été ouverte le 21 septembre à la suite à d’« informations préoccupantes ».

« Le 8 octobre, il est revenu à Gien avec mon accord, mais n’a pas repris ses activités normales », a encore indiqué Mgr Blaquart. « Plusieurs auditions ont eu lieu (…) et le prêtre a été entendu le 15 octobre en qualité de témoin », en l’absence d’infraction pénale matérialisée, précise le magistrat. Il s’est pendu peu après.

« Désirer la femme d’autrui »

Un mois plus tôt, à Rouen, le prêtre Jean-Baptiste Sèbe, 38 ans, se suicidait dans une église de la ville après – avoir été accusé d’agression sexuelle et de comportement indécent. Aucune plainte n’avait été déposée contre lui. Ce jeune prêtre  était décrit comme « droit, généreux », apprécié des fidèles – et ce même s’il n’était pas « conventionnel ». Il faisait l’objet d’une dénonciation de la part d’une femme qui l’accusait de comportements indécents et d’agression sexuelle sur sa fille majeure – des faits remontant, selon elle, à au moins deux ans.

Lors d’une conférence de presse l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, a rappelé l’existence d’une « plainte à l’autorité diocésaine d’une maman disant que sa fille lui avait dit que le père Jean-Baptiste Sèbe avait eu, il y a deux ou trois ans, des gestes inappropriés envers elle. Cette dernière était majeure à l’époque des faits allégués. » L’archevêque avait convoqué le prêtre pour qu’il s’explique sur ces accusations. « Il a avoué une conduite inconvenante à l’égard de cette jeune fille. Nous avons échangé et convenu ensemble qu’il s’agissait d’imprudence dans la relation avec cette femme comme cela arrive à un certain nombre d’hommes ou de femmes », a-t-il poursuivi indiquant « qu’il n’y avait pas eu, par la suite, d’autres rencontres avec cette fille ». C’était la veille du suicide.

« Je me confesse tous les mois, a précisé l’archevêque. Moi aussi il m’arrive de mentir, moi aussi, parfois, je désire la femme d’autrui. Je suis archevêque de Rouen mais je ne suis qu’un homme ». Selon lui, « aucun signe ne pouvait laisser prévoir un tel geste de la part du père Jean-Baptiste Sèbe », faisant référence à son suicide. « Nous sommes dans l’incompréhension d’un tel geste même si je savais qu’il connaissait un moment difficile », avait-il écrit dans un courrier adressé mardi à l’ensemble des prêtres du diocèse.

Interrogé pour savoir s’il avait saisi l’autorité judiciaire après avoir recueilli les aveux du prêtre, Mgr Lebrun a expliqué : « C’était une majeure. Il n’y avait pas d’obligation de signalement. » « Le vicaire général avait invité la plaignante à porter plainte si elle considérait que c’était une agression », a-t-il ajouté. Jean-Baptiste Sèbe avait été ordonné prêtre en 2005.

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@jynau

 

Quatre ans après, un médecin s’est à nouveau suicidé au centre hospitalier de Châteauroux

Bonjour

La tragédie se poursuit. « Le corps sans vie d’un radiologue a été découvert ce mercredi 10 octobre, au petit matin, dans les locaux du centre hospitalier de Châteauroux (Indre). Le praticien a mis fin à ses jours, vient de rapporter La Nouvelle République du Centre Ouest.  « C’était un vrai défenseur du service public et un homme adorable », soupire l’un de ses collègues, des larmes plein les yeux. »

Ce médecin exerçait depuis plus d’une vingtaine d’années dans cet établissement hospitalier. Le quotidien régional précise que ce médecin avait été victime d’un burn out au printemps. « Reconnu et estimé il était de retour à l’hôpital depuis quelques semaines » ajoute-t-il. .

Gil Avérous, maire (LR) de Châteauroux, par ailleurs président du conseil de surveillance du centre hospitalier, a immédiatement réagi : « Mes premières pensées vont à la famille du défunt qui est confrontée à cette terrible épreuve, et à la communauté médicale dont il était un remarquable élément. Il est trop tôt pour commenter le contexte, l’enquête le dira. L’heure est au respect du deuil de la famille , les autres commentaires viendront quand les éléments complémentaires seront connus. » Évelyne Poupet-Sommier, directrice de l’établissement a précisé que tout était mis en place « pour prendre en charge les professionnels médicaux et non médicaux très affectés par ce décès ».

Précédent dramatique

La Nouvelle République rappelle un précédent dramatique : en mars 2014 le Dr Simona Zahan, médecin anesthésiste de 37 ans, avait mis à ses jours en s’injectant une dose mortelle de produits médicaux utilisés au bloc opératoire.

Elle s’était donné la mort dans la nuit du samedi 15 au dimanche 16 mars. A la fin de sa garde. Pas de justification écrite à son geste. «Toujours est-il qu’elle a attendu le moment où il régnait un calme absolu, dans son service, pour s’administrer une dose mortelle de produits, par intraveineuse, dans sa chambre de garde, avait alors rapporté le quotidien. C’est le collègue venu la relever, le dimanche matin, qui a fait la macabre découverte.»

Mise en place immédiate d’une cellule psychologique (sous la direction du chef du service de psychiatrie de l’établissement). «C’est une nouvelle brutale et effrayante, expliquait alors le directeur-adjoint du centre hospitalier. Nous sommes tous choqués. Que dire ? Nous allons tout faire pour apporter le soutien nécessaire au personnel, ainsi qu’à sa famille.»

Agée de 37 ans, le Dr Simona Zahan était mère d’un petit garçon en bas âge. Jusqu’ici praticien contractuel, elle venait tout juste d’obtenir le statut de praticien hospitalier. Elle faisait partie de l’équipe de huit anesthésistes du service de l’hôpital, qui fonctionne par successions de permanences, 24 heures sur 24. «La fonction d’anesthésiste, dans un hôpital, est très exigeante, très exposée, et impose de très grosses responsabilités, observait le directeur-adjoint. Mais elle était une excellente professionnelle, qui répondait parfaitement à la mission qui lui avait été confiée. Nous n’avons connaissance d’aucun conflit ou problème qui aurait pu justifier son acte.»

Conditions de travail ? Problèmes personnels ? Une infirmière du centre hospitalier : «Oui, c’est vrai que c’est un service soumis à un fort rythme. Mais il y a tellement de raisons qui peuvent pousser un être humain à se suicider… Elle était bien insérée professionnellement, respectée et appréciée de ses collègues. Elle était maman, mariée… Elle semblait avoir tout pour être heureuse.» Une enquête fut néanmoins demandée par le parquet.

Inspection du travail

Six mois plus tard, toujours La Nouvelle République du Centre Ouest : «L’inspection du travail met en cause le Centre hospitalier de Châteauroux dans le rapport concernant le suicide d’une anesthésiste survenu en mars dernier. La direction du centre hospitalier se défend avec la plus extrême fermeté.»

L’inspection du travail observe que la semaine précédant son décès, le Dr Zahan avait effectué 78 heures de travail, dont deux gardes de 24 heures, de mardi 11 à mercredi 12 mars, et de samedi 15 à dimanche 16 mars.

«Au terme de l’enquête et de tous les éléments recueillis, nous estimons que le non-respect, par l’employeur, de ses obligations a pu jouer un rôle dans la souffrance ressentie par Mme Zahan, et donc dans son suicide. De plus, même dans l’hypothèse (peu probable compte tenu des circonstances) où les conditions de travail de Mme Zahan n’auraient pas présidé à son geste, il est certain que son état de fatigue physique et mentale a contribué à abolir ou amoindrir ses capacités de discernement et, ainsi, priver MmeZahan de sa capacité à sortir de l’impasse.»

La direction du centre hospitalier s’était défendue: «Les griefs présentés dans ce rapport ne sont pas fondés et sont sans lien avec le suicide du Dr Zahan qui était parfaitement intégrée au sein de l’établissement et qui venait d’être reçue au concours national de praticien hospitalier. L’inspection du travail met gravement en cause la réputation et l’honneur de l’établissement en considérant, sur la base de pures conjectures, que ce dernier a pu jouer un rôle dans le suicide du Dr Zahan. Le centre hospitalier apportera prochainement une réponse argumentée à ce rapport.»

En mars, au lendemain du drame, Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, avait déclaré : «C’est une triste affaire mais, a priori, elle n’aurait aucun lien avec l’hôpital. Cette dame, d’origine roumaine, venait d’être titularisée, ce qui était plutôt une bonne nouvelle. En revanche, on croit savoir qu’elle se sentait loin de chez elle et qu’elle était mal dans sa peau.»

Il est toujours hasardeux de parler des raisons d’un suicide. Plus encore quand il se produit dans un centre hospitalier et que l’on est ministre de la Santé.

A demain

 

 

Dignité : la trop belle vidéo de Jacqueline qui se suicidera avant la fin du quinquennat

Bonjour

Trop beau pour être vrai ? Trop laid pour être faux ? Nous sommes ici aux antipodes de l’ode aux soignants de Nicolas Philibert. C’est une vidéo paradoxalement mortifère diffusée dans deux formats par Brut (3’01 ») et Kombini  (7’35 »).

Résumons la seconde version : un échange de salon post-café, sur sofa/canapé, entre Jacqueline Jencquel, 74 ans et le bien trop jeune Hugo Clément. Le second demande à la première pourquoi elle a programmé sa mort dans moins de deux ans – et ce alors qu’elle fait tout pour montrer qu’en dépit de ses trois quarts de siècle elle est en « pleine forme. » Association étudiée de langage châtié et de vulgarité.

Nous sommes ici entre Narcisse, le mythe, et Zénon, celui de Yourcenar. Elle veut « mourir debout ». Jacqueline Jencquel, donc, qui couche ses pensées sur son blog. Et qui choque son hébergeur : Le Temps, de Genève. Précisément, lisons, lentement, Le Temps (Sylvia Revello)

« En médiatisant sa mort, Jacqueline Jencquel choque. Après avoir ouvert un blog au ‘’Temps’’, la Française de 74 ans justifie sans états d’âme sa volonté de mourir dans des vidéos tournées pour Brut et Konbini. L’aspect à la fois intime et militant de sa démarche interpelle.

« Planifier le jour de sa mort: le choix de Jacqueline Jencquel, 74 ans, choque, irrémédiablement. Elle qui ne souffre d’aucune maladie incurable ou dégénérative souhaite bénéficier d’un suicide assisté en Suisse en janvier 2020. La médiatisation volontaire de sa démarche interpelle d’autant plus. Après avoir entamé un blog sur le site du Temps, la Française a tourné deux vidéos pour Brut et Konbini, qui ont déclenché ce week-end des milliers de réactions, aussi contrastées les unes que les autres.

« Pourquoi vouloir cesser de vivre? Celle qui milite pour la légalisation du suicide assisté en France depuis plusieurs années dévoile pléthore d’arguments: l’impression d’avoir fait le tour, la peur de devenir prisonnière de son corps, infantilisée, surmédicalisée, impuissante face à la vieillesse qui progresse inexorablement. Pas question pour elle d’entendre un jour la voix d’une infirmière lui murmurer à son réveil dans un mouroir: «Alors Madame Jencquel, il fait beau aujourd’hui, on est bien.» Elle l’avoue, elle est loin d’en être là, mais la perspective de subir cette inéluctable dégradation la rebute. 

« Courage d’affronter la mort ou caprice indécent face à ceux qui n’ont vraiment pas le choix: les avis des internautes sont partagés. Certains pointent un témoignage  »difficile à entendre », mais «tellement humain». D’autres fustigent une décision  »contraire au destin », un «choix cynique»,  »comble du nihilisme et de l’égoïsme ». C’est que la mort reste un tabou. Sans raisons majeures, la vie doit être vécue, presque par défaut. La décréter bonne à jeter sonne comme un affront incongru.

« Dans l’interview accordée à Konbini, Jacqueline Jencquel fait voler en éclats cette pudeur. Elle se montre goguenarde, presque vulgaire. C’est sur un ton provocateur qu’elle répond aux questions d’Hugo Clément.  »J’ai tout fait », lâche-t-elle, en se qualifiant de  »femme libre », lucide, qui refuse de  »faire l’amour avec un mec au bide énorme » ou de finir ‘’légume’’ dans un ‘’plumard’’. 

Pimpante, en baskets et ensemble rose poudré, elle toise la caméra, confortablement installée dans un sofa. Lorsque le journaliste lui demande si elle redoute le grand saut, elle rit aux éclats à l’idée de ‘’sucer’’ des ‘’beaux mecs comme Hugo pour l’éternité’’ au paradis. Quant à la date précise de sa mort, elle ne résulte que de l’agenda de son médecin, qui rentrera tout juste de vacances. »

Pour Le Temps cette surexposition médiatique sape toute crédibilité. Un mauvais coup, en somme porté aux volontés de « mourir dans la dignité ». Pourquoi faire étalage d’un choix dont la dignité réside, précisément, dans l’intimité ?  On lira aussi, dans le quotidien suisse, l’opinion éclairée de deux médecins:  Mort planifiée: une inquiétante mise en scène du suicide. Un texte signé des Drs Mélina Andronicos et Dr Laurent Michaud, membres du Groupe romand de prévention du suicide.

A demain

 

Pourquoi une jeune chirurgienne en vient-elle à se suicider sur son lieu de travail ?

Bonjour

Pourquoi ?

Une jeune femme chirurgien âgée de 34 ans travaillant au Centre Paul-Strauss de Strasbourg, spécialisé dans la lutte contre le cancer, a été retrouvée morte sur son lieu de travail le vendredi 8 juin. La police nationale et la direction de l’établissement ont confirmé l’information au Quotidien du Médecin.

Le Dr Stéphanie Jost s’est « volontairement donné la mort » selon la police qui a ouvert une enquête. « Nous sommes tous profondément très tristes », a déclaré la direction du centre Paul-Strauss qui se refuse à tout autre commentaire.

Après un DES en gynécologie-obstétrique, le Dr Jost s’était spécialisée dans la chirurgie du cancer du sein. En janvier dernier, elle s’était exprimée sur la chaîne locale Alsace 20 pour expliquer la mise en place de la chirurgie ambulatoire au centre Paul-Strauss.

Pourquoi ?

« Âgée de 34 ans et mère de deux enfants, Stéphanie Jost était un praticien que l’hôpital qualifie de très apprécié et que, dans le personnel, on dépeint comme très dynamique, ‘’génial’’ même, précise L’Alsace. Le décès a été causé par un geste volontaire, ce qui suscite une énorme émotion dans cet établissement de lutte contre le cancer réputé et devenu centre de référence dans la région. Les soignants de sa génération notamment ont marqué une telle consternation que la direction de l’établissement a mis en place une cellule de soutien psychologique. »

Le Centre Paul-Strauss doit prochainement déménager et se rapprocher des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg pour créer le futur Institut régional du cancer (IRC) sur le site de Hautepierre « ‘C’est la stupeur, la consternation pour l’ensemble des salariés du centre, explique Philippe Sébastian délégué Force Ouvrière à France Bleu Alsace. Nous n’excluons pas que les conditions de travail, la souffrance au travail, aient pu être un facteur déclenchant’’. Le centre traverse une période extrêmement difficile. 600 salariés sont toujours en attente de réponses concrètes sur leur avenir au sein de l’Institut régional du cancer alors que nous sommes à quelques semaines du déménagement. »

Pourquoi ?

A demain

Suicide et addiction aux « réseaux sociaux » : les nostalgiques sont priés de changer de disque  

Bonjour

Les «c’était mieux avant» vont devoir changer de disque – regarder autrement les réseaux sociaux, les smartphones et ceux qui les utilisent. Christian Baudelot et Roger Establet sont deux professeurs émérites de sociologie qui se passionnent depuis peu pour ce sujet. Auteurs prolifiques, ils ont laissé leurs noms dans différents champs de leur discipline, à commencer par celui de l’éducation.

En 2006, ils signaient un ouvrage remarqué, Suicide. L’envers de notre monde. Douze ans plus tard, ils publient une nouvelle édition, actualisée, qui met en lumière et confirme un phénomène majeur, rarement évoqué: la baisse nette, régulière et de grande ampleur des taux de suicide, à l’échelon planétaire ou presque –un phénomène qui coïncide avec la croissance nette, régulière et de grande ampleur des nouveaux outils de communication. Et quand bien même corrélation n’est pas démonstration, cette contemporanéité ne peut manquer d’interpeller.

La suite sur Slate.fr : « Le lien entre réseaux sociaux et suicide n’est peut-être pas celui que vous croyez »

 

Transparence : « l’AP-HP confirme le suicide, vendredi, d’un de ses agents, à l’Hôtel-Dieu »

Bonjour

Symboliques. C’est un communiqué banalement tragique de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP). Il est disponible dans « espace presse » : « L’AP-HP confirme le suicide d’un de ses agents dans les locaux de son service central de Santé au Travail ».

Confirmation d’un suicide, donc. Et un communiqué de presse qui ne laisse rien au hasard :

« Mardi 27 février 2018 à la mi-journée, l’agent avait informé une organisation syndicale et un média de l’imminence d’un ‘’événement tragique’’ la concernant ‘’au siège’’ de l’AP-HP. Ce message d’alerte laissait présager un passage à l’acte après une première tentative de suicide et plusieurs passages en hôpital psychiatrique. Transmis le jour même à la DRH de l’AP-HP, elle a [sic] été prise très au sérieux par l’AP-HP et les organisations syndicales. »

« L’agent » s’est donné la mort dans les locaux du service Central de Santé au Travail (SCST) situés à l’Hôtel Dieu. « En arrêt maladie depuis juillet 2017, cet agent avait rendez-vous avec une psychologue du service. Malgré l’intervention des équipes de l’Hôtel-Dieu, la victime n’a pas pu être réanimée, nous dit encore le service de presse de l’AP-HP.  La famille a été immédiatement prévenue. Une cellule de soutien psychologique a été mise en place et a accueilli les personnels qui le souhaitaient. Les services de police se sont immédiatement rendus sur place. L’AP-HP a présenté ses condoléances à la famille, aux proches et aux collègues de l’agent. »

Et cette même AP-HP de détailler les actions effectuées :

« Mardi 27 février, la direction des ressources humaines de l’AP-HP a rassemblé toutes les informations disponibles concernant le parcours administratif et la situation médicale de l’agent ; mercredi 28 matin, l’hôpital Tenon, auquel était rattaché cet agent, a mené toutes les démarches afin de s’assurer d’une réelle prise en charge médicale et d’un soutien de la famille.

«  Le jour même, deux assistantes sociales de l’hôpital Tenon – AP-HP ont effectué une visite au domicile de l’agent qui était absente. En interrogeant le voisinage, elles ont appris qu’elle était en province depuis quelques jours chez son père. Contacté, ce dernier n’a pas répondu. Toujours le mercredi 28, la « personne de confiance » de l’agent a été à plusieurs reprises en contact avec l’AP-HP et a indiqué qu’elle n’était jamais laissée seule ; elle était d’ailleurs accompagnée par une amie lors de son rendez-vous au service central de médecine du travail le vendredi 2 mars 2018.

« Mercredi 28 février 2018, une procédure de DGI – Danger Grave et Imminent – déposée par des membres du CHSCT de l’hôpital Tenon – AP-HP est levée le jour même ; les mesures mises en œuvre par l’AP-HP ayant été jugées adaptées à la situation. Le jeudi 1er mars au soir, la psychologue de la médecine du travail de l’AP-HP (contactée par l’agent en vue d’un rendez-vous), après un long échange, l’informe de l’ensemble des dispositifs de prise en charge et d’écoute existants près de son domicile. Il est convenu d’un rendez-vous pour organiser sa prise en charge dès le lendemain matin à 9h30 à son bureau situé à l’Hôtel-Dieu. Elle s’est assurée qu’elle était accompagnée.

« L’agent s’est rendue à ce rendez-vous qui lui avait été proposé, avec une amie. C’est à ce moment que le drame s’est produit. »

« Analyser les causes  en toute transparence ».

Peut-on savoir, pour tenter de comprendre, qui était cet « agent » ?

« L’agent a occupé plusieurs postes  à l’AP-HP. En 2007, après avoir été recrutée en CDD de cinq mois à l’hôpital Trousseau, une 1ère mise en stage en vue d’une titularisation dans la fonction publique hospitalière, à l’AP-HP lui a été proposée. En 2008, il a été mis fin à ce stage après passage devant la commission administrative paritaire. En 2013, elle effectue un remplacement de six mois à l’hôpital Robert-Debré.

Début 2016, après un CDD de près d’un an à l’hôpital Bicêtre, son CDD n’est pas renouvelé. Le jour où elle en est officiellement informée, elle commet une tentative de suicide dans son service. Cette tentative ne sera pas reconnue comme accident du travail par les organismes de sécurité sociale, car elle a été déclarée par l’agent bien au-delà du délai légal. En mars 2017, une seconde mise en stage [sic] lui a été proposée lors de son recrutement à l’hôpital Tenon où elle a travaillé cinq mois avant d’être placée en arrêt maladie. »

Un CHSCT central extraordinaire devait se réunir aujourd’hui jeudi 8 mars « pour analyser les causes  en toute transparence ». Le syndicat de personnels SUD Santé de l’AP-HP reproche à la direction générale un « manque de suivi médical et de protection de cet agent », qui avait déjà fait une tentative de suicide sur son lieu de travail en 2016. Ce syndicat précise qu’il s’agissait d’une « technicienne de laboratoire ». Et qu’elle s’est donné la mort le vendredi 2 mars. C’était dans les toilettes du service de la médecine du travail – hôpital de l’Hôtel-Dieu de Paris.

A demain