Troll : après le Royaume Uni, quand Philip Morris proposera-t-il d’aider notre Assurance maladie ?

Bonjour

Paradoxe : les industriels du tabagisme ne manquent vraiment pas d’air. On a peine à y croire et pourtant. C’est une information de The Independant reprise par Slate.fr : « Philip Morris trolle la sécurité sociale britannique ». Le géant mondial du tabac vient de s’adresser au secrétaire d’État à la SantéMatthew Hancock et aux responsables du National Health Service (NHS) : il propose son aide dans la lutte contre le tabagisme en faisant la promotion de son IQOS, un système de tabac « chauffé »  présenté comme étant à « moindre nocivité » par rapport au tabac « brûlé ». Une affirmation contestée au Royaume-Uni mais qui laisse les responsables sanitaires français sans voix.

Mark MacGregor, directeur des affaires générales de Philip Morris au Royaume-Uni et en Irlande s’adresse ainsi à ses correspondants :

«Pour fêter le soixante-dixième anniversaire du NHS, nous sommes ravis de vous proposer nos services afin d’aider les 73.000 fumeurs de votre institution à arrêter. Ce serait une campagne collaborative: vous fourniriez les conseils nécessaires pour arrêter d’être dépendant à la nicotine et pour ceux qui n’arriveraient pas à arrêter nous les aiderions à passer à un produit alternatif sans-fumée.»

Philip Morris (dont le siège opérationnel est à Lausanne) affirme que cette initiative est « totalement en accord » avec les règles de l’OMS. « Nous sommes convaincus que nous pouvons jouer un rôle essentiel afin de prodiguer des conseils et de permettre aux fumeurs de se tourner vers des alternatives comme les cigarettes électroniques ou le tabac chauffé». Pour sa part la sous-secrétaire d’État à la Santé, Steve Brine, a notamment affirmé, lors d’un débat à la Chambre des communes que l’action de Philip Morris était « totalement inappropriée et contre le protocole de l’OMS ». Pour certains activistes ces propos ne sont pas assez forts.

Communication honteuse

Des militants anti-tabac voient là un « coup de com’ honteux » et rappellent que les  règles de l’OMS disposent que « l’industrie du tabac n’a le droit d’être le partenaire d’aucune initiative allant dans le sens des politiques de santé publique étant donné que ces intérêts sont en conflit direct avec les objectifs de ces politiques.»

Il faut voir ici  la suite d’une stratégie méthodique. En janvier dernier Philip Morris avait acheté des espaces publicitaires dans un certain nombre de quotidiens britanniques. Il y vantait sa bonne résolution pour la nouvelle année : « nous essayons d’abandonner la cigarette ».  L’affaire avait alors intéressé au plus haut point le site des buralistes français – site qui s’est fendu d’une traduction de la publicité britannique :

« Philip Morris est connu pour ses cigarettes. Chaque année, beaucoup de fumeurs s’en débarrassent. C’est à notre tour, maintenant. Notre ambition consiste à arrêter de vendre des cigarettes au Royaume-Uni. Cela ne va pas être facile. Mais nous sommes déterminés à faire de notre ambition une réalité. Il y a 7,6 millions de fumeurs adultes au Royaume-Uni. La meilleure décision qu’ils peuvent prendre est d’arrêter de fumer. Beaucoup vont y arriver. »

« Mais beaucoup vont continuer de fumer. C’est pourquoi nous voulons remplacer la cigarette par d’autres produits, la cigarette électronique ou le tabac chauffé, qui représentent un meilleur choix pour les millions d’hommes et de femmes, au Royaume-Uni, qui néanmoins ne voudraient pas arrêter de fumer. »

Et le vieux géant toxique d’expliquer avoir investi 2,5 milliards de livres sterling en R & D pour son tabac « chauffé ». Et d’afficher, sur le sol britannique, ses engagements pour 2018 : lancer et promouvoir un site web – smokefreefuture –  visant à informer les fumeurs souhaitant arrêter ou se tourner vers des alternatives à la cigarette ; proposer notre aide aux autorités locales dans les zones où les taux de prévalence tabagique sont les plus élevés ; obtenir une autorisation gouvernementale pour insérer, directement dans nos paquets de cigarettes, des informations pour arrêter de fumer où se convertir à des produits alternatifs ; développer la disponibilité de nouveaux produits alternatifs au Royaume-Uni.

Vieux Continent

Peter Nixon (Managing Director de Philip Morris Limited) avait alors adressé un courrier à Theresa May, Premier ministre britannique, pour confirmer l’implication de son entreprise dans son nouveau message : « Nous sommes persuadés que nous avons un rôle important à jouer pour contribuer à rendre le Royaume-Uni un pays sans tabac (…) Les engagements que nous annonçons représentent des étapes pratiques qui peuvent contribuer à parvenir plus vite à cet objectif ».

On attend des initiatives similaires sur le Vieux Continent. Pour quand ? Philip Morris s’adressant aux dirigeants de notre Assurance maladie, à Agnès Buzyn, à Emmanuel Macron au nom de la prévention ?

Sans doute peut-on attendre. A la différence du Royaume Uni (où le nombre de fumeurs a été drastiquement réduit grâce notamment à une politique active de promotion de la cigarette électronique) la France demeure l’un des premiers consommateurs de tabac en Europe. Ne s’y sentant pas directement menacé Philip Morris peut se satisfaire de l’état actuel du marché.

Où l’on en viendrait presque, paradoxe, à souhaiter que ce cigarettier à la triste figure en vienne, après le Royaume-Uni, à chercher à démarcher nos responsables sanitaires et notre Assurance maladie.

A demain

 

 

La fumée sortant du flanc droit de Poelvoorde ; Anne Hidalgo et le tout Paris sans mégots

Bonjour

9 juillet 2018. Le tabac brûlé nous rapproche parfois de l’étrange. C’est le cas avec un film que ne goûtent guère les critiques bien pensant.e.s : « Au poste ! » de Quentin Dupieux. Une décalque surréaliste du « Garde à vue » de Claude Miller (1981). Une comédie au-delà des normes, une mise en abyme comme le cinéma n’en montre pas. Ou si peu.

Ventura et Serrault ne sont plus. Voici Benoît Poelvoorde (commissaire Buron) et Grégoire Ludig (suspect Fugain). Marc Fraize (Philippe) prend la place de Guy Marchand dans le placard. On ne gobe pas, ici. On croque. Le temps ne sait plus passer. Magritte. Bouffées de tragique et de rires. L’absurdité s’ouvre sous nos pieds. Les équerres servent à tuer au carré. (On peut ne pas aimer).

Interdiction étant faite de spoiler on taira, ici, la trouvaille qui permet à la cigarette de prendre toute la nouvelle place qui est la sienne, dans les corps malades comme dans la psyché collective. Une trouvaille qui vaut mille publicités sanitaires gouvernementales. Et qui vient incidemment ruiner le récent discours d’une ministre de la Santé voulant censurer la vision du tabac au cinéma.

Hors des salles obscures, la politique ne perd jamais ses droits. Le Conseil de Paris vient d’adopter un vœu, (déposé par le groupe radical de gauche, centre et indépendants) visant à expérimenter l’interdiction pendant quatre mois de la cigarette dans quatre parcs et jardins de la capitale.

Abattoirs de Vaugirard

C’est ici la décalque expérimentale de l’interdiction mise en place depuis le 1er juillet à Strasbourg dans tous les parcs et jardins publics de la ville. C’est aussi la poursuite d’une logique sans faille : elle fait suite à celle instaurée en France dans les lieux de travail et les lieux publics (centres commerciaux, aéroports, gares, hôpitaux et écoles) en février 2007, étendue en 2008 aux cafés, bars, restaurants, hôtels et discothèques.

Le Monde rappelle que la cigarette est déjà interdite dans les 500 aires de jeux des parcs parisiens depuis 2015. Quant à l’interdiction de la cigarette dans les parcs publics, elle est déjà en vigueur en Finlande, en Islande, au Royaume-Uni ou dans certaines villes des Etats-Unis. A Paris il s’agit de « lutter contre la banalisation de la cigarette chez les plus jeunes », de donner de « l’air frais » aux promeneurs et de lutter contre la pollution qu’entraînent les jets de mégots par terre.

Dès aujourd’hui il est interdit d’allumer une cigarette dans l’un des six parcs ou jardins choisis par la Ville de Paris pour être des espaces sans tabac : Jardin Anne-Franck (3e) ; Jardin Yilmaz-Güney (10e) ; Square Trousseau (12e) ; Square Henri-Cadiou (13e) ; Parc Georges-Brassens (15e) ; Square des Batignolles (17e). Pas de verbalisation durant les quatre mois de l’expérimentation. Les agents des parcs et jardins rappelleront les fumeurs à l’ordre.

Ne plus jamais fumer dans le parc qui porte le nom de Georges Brassens aménagé à la place du marché aux chevaux de Vaugirard et de ses abattoirs. Entrons dans une salle obscure. Dans le commissariat le fumée de tabac sort du flanc droit du commissaire Buron. Qui nous dira pourquoi ?

A demain

Mondial, Neymar et Mbapé : pour vos tibias mieux vaut ne jamais avoir fumé de tabac

Bonjour

Dans un monde idéal, idéal et rond ce serait un message à diffuser auprès de tous les Neymar en herbe. On le trouve sur le site santelog.com.  « Nous connaissons tous certains des effets négatifs du tabagisme, mais son effet néfaste sur la guérison osseuse est moins connu, peut-on lire. L’étude souhaite donc sensibiliser les patients victimes de fractures à l’arrêt du tabac, afin de réduire le risque de complications liées à leur fracture.

L’étude ? Elle vient d’être publiée dans Journal of Orthopaedic Trauma : « Tibial Fracture Nonunion and Time to Healing After Reamed Intramedullary Nailing: Risk Factors Based on a Single-Center Review of 1003 Patients ».

Dirigés par Charles M. Court-Brown les auteurs (Department of Mechanical Engineering and Mechanics, Lehigh University, Bethlehem, PA) expliquent avoir suivi 1.003 personnesayant subi une fracture tibiale – suivi sur une période de vingt ans. Leur analyse révèle douze cas de « non-consolidation » ou « arrêt de la guérison ». « Des cas considérés comme une complication sévère dans la guérison d’une fracture, avec des conséquences majeure, résume le site. Les patients qui présentent une pseudarthrose peuvent ressentir la douleur, suivre un traitement prolongé d’opioïdes, voire une dépression. Seulement environ 60% des patients pourront reprendre leur travail. »

George Orwell et Vincent Duluc

On peut résumer : Le tabagisme n’augmente pas le risque de pseudarthrose, mais prolonge significativement le temps de consolidation osseuse. Ou le dire autrement : le tabagisme retarde considérablement la cicatrisation osseuse. « Autre résultat surprenant, les femmes plutôt jeunes, âgées de 30 à 49 ans, semblent être à risque accru de non-consolidation précise le site. Une conclusion sans explication biologique évidente mais qui suggère qu’il existe d’autres facteurs dont le mode et l’environnement de vie, l’emploi, les niveaux d’exercice et l’alimentation qui contribuent également à la guérison osseuse.

Dans un monde idéal, idéal et rond on expliquerait aux Mbapé en herbe que, chez les adultes, les fractures du tibia sont généralement fixées par implantation chirurgicale d’une tige de métal mince appelée « clou intramédullaire » dans l’espace creux de l’os. Un traitement généralement efficace pour les fractures tibiales.Mais pas toujours. Dans un monde idéal et rond, demain, au Celtic, nous lirions, dans L’Equipe, un papier signé du journaliste Vincent Duluc, qui nous expliquerait tout cela, tout ce qu’il sait sur les tibias, sur les chevilles qui enflent et celles qui n’enflèrent pas.

Mais ce serait dans un autre monde, sans pôles. La beauté orwelienne, en somme, d’un monde réduit à un ballon définitivement rond.

A demain

 

Tabagisme : va-t-on inscrire dans la Constitution le droit de pouvoir fumer à l’air libre ?

Bonjour

Régal des informations matinales. Aujourd’hui, 25 juin 2018 le conseil municipal de Strasbourg votera la généralisation de l’interdiction de fumer du tabac dans l’ensemble des parcs de la ville. Rien n’est dit quant à la cigarette électronique. L’interdiction pourrait ensuite être étendue aux « autres espaces verts puis aux forêts ».  D’abord limitée aux aires de jeux – puis testée depuis février 2014 dans trois parcs cette mesure fera de Strasbourg la première ville de France  à généraliser les « parcs sans tabac ». À la suite des premières expérimentations, une enquête avait établi que 71 % des non-fumeurs (mais aussi ….  57 % des fumeurs) étaient favorables à l’interdiction de fumer dans l’ensemble des parcs de de la ville.

Dans un premier temps la ville privilégiera « l’accompagnement » des contrevenants. Puis, à partir de janvier 2019,  l’amende prévue (68 euros) pourra commencer à être appliquée. Des cendriers seront installés aux entrées et les cigarettes ne pourront être consommées qu’à ces endroits. « Il n’est pas question d’empêcher ceux qui n’ont pas encore voulu ou réussi à être sevrés de ne plus pouvoir fumer sur l’espace public » a expliqué à 20 Minutes le Dr Alexandre Felz,  adjoint au maire en charge de la santé.

La municipalité strasbourgeoise prévoit aussi d’engager des « médiateurs santé » qui partiront à la rencontre des fumeurs dans les parcs et espaces concernés, et aborderont avec eux la question du tabac sur le modèle des « interventions brèves » effectués par les médecins. Ces « médiateurs santé » pourraient, dit-on, être recrutés parmi les étudiants en médecine effectuant leur « service national universel ».

L’objectif affiché est triple : aider les fumeurs à ne plus fumer, protéger les enfants et leurs parents fréquentant les parcs mais aussi améliorer la qualité de l’environnement. « Les filtres de cigarettes jetés dans la nature mettent 12 ans à se décomposer et un seul mégot avec ses composants chimiques peut polluer jusqu’ à 500 litres d’eau potable » a précisé à 20 Minutes Christel Kohler, adjointe au maire « en charge de ville en nature et ville nourricière ».

Révision de la Constitution

Tout cela ne va pas sans susciter quelques réactions à l’échelon national. Le site des buralistes rappelle ainsi que « les espaces verts sont, par définition, des lieux largement ouverts au public et à l’air libre » (sic). Et de poursuivre :

 « Que l’on prenne des dispositions pour assurer leur propreté est une chose. Et en l’espèce, il est normal que toutes les mesures soient prises pour y opérer correctement la collecte de mégots, au même titre que celle des emballages et déchets alimentaires par exemple. Tout comme il est souhaitable de sanctionner de façon significative les contrevenants. Mais interdire de fumer à l’air libre dans tous les parcs, sans laisser la moindre autorisation de le faire dans certains parcs – ou, à tout le moins, dans des zones délimitées à l’intérieur des parcs – en est une autre. Fumer de façon responsable, sans importuner, dans un parc, ce n’est pas « agresser les enfants et leurs parents. » C’est le droit légal de fumer qui est remis en cause. Le droit de fumer d’une façon responsable en prend un coup. »

 Et le site de se demander qui pourrait empêcher une municipalité de prendre un arrêté d’interdiction de fumer, en plein air, sur tout un quartier ou dans certaines rues ? Sans parler des terrasses … « On regrettera qu’à Strasbourg, ou ailleurs, il n’existe pas association de défense des droits des fumeurs, conclut lemondedutabac.com. Non pour assurer la moindre promotion du tabac, première cause évitable et identifiée de mortalité prématurée. Mais pour faire respecter les droits du fumeur adulte, responsable, le faisant – à l’air libre – en connaissance de cause et après s’être procuré légalement des produits autorisés par la loi. »

Où l’on pressent l’émergence de la question de fond : faut-il inscrire les droits du fumeur adulte et responsable dans la prochaine et imminente révision de la Constitution ?

À demain

Si Big Tobacco doit disparaître, ce sera peut-être à cause des mégots de ses cigarettes

Bonjour

 « Mégot » :Bout de cigare, de cigarette non consumé. « Quand il avait fini une cigarette, il crachait son mégot devant lui et tentait à la volée, de le rattraper du pied » (Camus,Peste,1947, p.1413).

Peu connue du grand public Bruce Poirson, 35 ans, est secrétaire d’État auprès du ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire. Elle convoque ce jeudi 14 juin les industriels du tabac : le gouvernement veut les obliger à « collecter les mégots jetés dans la nature ». Mme Poirson s’en explique dans Le Parisien/Aujourd’hui en France (Frédéric Mouchon).

« J’ai convoqué un à un les cigarettiers pour leur demander de lutter contre une pollution qui est devenue un fléau : les mégots. C’est le principal déchet que l’on retrouve sur nos trottoirs et dans la nature. Il est aujourd’hui à la charge exclusive des villes. Rendez-vous compte qu’il se vend en France près de 50 milliards de cigarettes et que l’on estime que plus de 30 milliards finissent dans notre environnement. »

 Mme Poirson attend des géants de Big Tobacco qu’ils reconnaissent la pollution que génèrent les mégots de leurs cigarettes – et qu’ils  fassent des propositions d’engagements concrets avec des solutions efficaces d’ici septembre. « C’est à ce moment-là que je ramasserai les copies. Si je suis ferme sur les objectifs, je n’ai en revanche pas de religion sur les moyens d’y parvenir » assure-t-elle.

 Silence sur la cigarette électronique

 Le Parisien fait observer à Mme Poirson que Big Tobacco estime que ce n’est pas aux industriels de payer le coût lié au traitement des mégots. Retour de volée :

« Personne ne peut se défausser de sa responsabilité. Et sur ce dossier, le Premier ministre veut des résultats rapides. Certes il y a de l’incivisme de la part de fumeurs et cela doit changer. Mais les industriels du tabac ont à assumer une responsabilité qui va jusqu’au déchet de leur produit. Il leur appartient de se soucier de ce que deviennent les milliards de mégots qu’ils génèrent, tout comme le fabricant de votre machine à laver a la responsabilité de se soucier de ce que devient votre vieil appareil une fois que vous le jetez. Ça s’appelle la responsabilité élargie du producteur, ça fait presque trente ans que cela existe en France pour bon nombre de produits. »

Et gare aux géants qui ne voudraient pas mettre d’emblée la main au porte-monnaie ! Ils seraient alors soumis au principe de la responsabilité élargie des producteurs et devraient contribuer financièrement, comme les autres industriels, à la collecte et au traitement des déchets issus des produits qu’ils ont vendus. « Aujourd’hui, c’est l’environnement qui trinque et ce sont d’abord les contribuables qui paient pour le balayage des mégots à travers leurs impôts locaux, dit encore Mme Poirson. Ce n’est plus tolérable. »

 Tolérable ou pas, l’affrontement risque d’être frontal. Dans un communiqué publié à la veille de la rencontre Big Tobacco a opposé un non catégorique. « Ce n’est pas aux industriels, aux fumeurs ou aux citoyens de payer, par des taxes ou des impôts supplémentaires, le coût lié au traitement des mégots, estime ainsi le porte-parole de British American Tobacco Eric Sensi-Minautier. Les incivilités commises par une minorité ne doivent pas porter préjudice à la majorité ». Quant à créer une « éco-contribution » sur le prix du paquet de cigarette, cela « déresponsabiliserait les consommateurs inciviques, sans régler le problème à sa source ».

 À Paris, où 350 tonnes de mégots sont ramassées par les agents de la ville chaque année, la maire Anne Hidalgo appelle les cigarettiers à les ramasser et à les recycler. « Il est aujourd’hui possible de valoriser les mégots, souligne l’élue, en les transformant en mélasse capable d’accroître le pouvoir calorifique des fours à haute température où sont incinérés les déchets dangereux. » Mme Hidalgo n’a rien dit sur la cigarette électronique.

«Mégot(t)ier» : Ramasseur, vendeur de mégots; p. ext., clochard, mendiant; individu qui lésine ou qui fait preuve de mesquinerie. « Les mégottiers sont une corporation qui a son marché place Maubert » (Ch. Virmaitre, Dict. arg.,Suppl., 1899, p.136).

A demain

Blog, tabac et cigarette électronique : Marisol Touraine persiste dans son déni politique

 

Bonjour

Fidèle au Noble-Joué elle nous avait confié, l’avant-veille, sous les arbres de la préfecture d’Indre-et-Loire, qu’elle reprendrait bientôt le clavier. C’est fait. « Quelle belle occasion de reprendre le chemin de ce blog, écrit Marisol Touraine (28 mai).

« Depuis un an, je me suis imposé de ne pas commenter, sauf exception, les heurs et malheurs de la politique de santé dans notre pays. Mais aujourd’hui, comment ne pas dire ma joie devant les résultats annoncés par Santé-Publique France : 1 million de fumeurs en moins entre 2016 et 2017, grâce notamment à l’entrée plus tardive des jeunes dans le tabac, ce qui était précisément l’objectif du paquet neutre. (…) Et pour la première fois depuis 2000, le tabac recule aussi dans les catégories les plus modestes (sic). »

Puis, sans surprise, l’ancienne ministre de la Santé (2012-2017) de François Hollande de vanter les mérites de son action politique « volontariste » via le Programme national de réduction du tabagisme lancé à l’automne 2014. Confidences :

« Que n’ai-je entendu ! Cela ne marcherait jamais, j’étais liberticide, les seules mesures efficaces étaient celles que le gouvernement ne proposait pas…. Que n’ai-je subi ! La violence des débats a montré que les intérêts en jeu étaient immenses, que les exigences de santé publique avaient du mal à s’imposer en France, que les lobbys étaient d’une puissance redoutable. Aujourd’hui, seul compte le résultat. »

Un résultat obtenu, selon elle, grâce à ses actions : « le paquet neutre, bien sûr », mais aussi « la prise en charge améliorée du sevrage tabagique », le « matraquage » des slogans de santé publique et une « campagne de communication faite pour marquer les esprits », la « lutte contre la contrebande », la « valorisation des résultats positifs avec le lancement du ‘’Moi(s) sans tabac’’, campagne positive, de solidarité collective, inspirée de l’Angleterre, pionnière en Europe ».

Tout cela n’est pas faux, bien sûr. Pour autant ce propos est malheureusement incomplet 1. Où l’on observe, une nouvelle fois, la puissance du déni politique français quant à l’apport majeur, contre le fléau du tabagisme, de la cigarette électronique. Un exemple: comment Marisol Touraine peut-elle, citant l’Angleterre, passer sous silence ce levier massif de la réduction des risques ? Quand acceptera-t-elle, ici, de reconnaître ses failles passées ?

« Aujourd’hui est un jour qui rend optimiste pour l’avenir, écrit-elle. La fatalité n’existe pas, la volonté politique peut payer. » Certes. Mais rien n’interdit d’espérer qu’il en aille de même, au carré, avec la vérité vraie.

A demain

1 Marisol Touraine omet le travail diplomatique original mené par le Pr Benoît Vallet, alors à la tête de la Direction Générale de la Santé (DGS) via le « Groupe de Travail Vapotage ». Les responsables éclairés de ce sujet (réunis dans un groupe inter-associatif) demandent  aujourd’hui à Agnès Buzyn, et au  Pr Jérôme Salomon, nouveau Directeur Général de la Santé, de continuer à donner à cet outil « la place qu’il mérite dans la sortie du tabagisme ». Ni Mme Buzyn, ni le Pr Salomon ne se sont, pour l’heure, publiquement manifestés.

Vape et cigarette électronique : Agnès Buzyn piégée par le prosélytisme des buralistes

 

Bonjour

Que restera-t-il, demain, de la « Révolution des Volutes » ? Pour l’heure télécrans et novlangue fonctionnent. Ainsi, aujourd’hui, la déclaration de Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes : « La baisse conséquente du nombre de fumeurs qui vient d’être annoncée est une bonne nouvelle pour tous. Il faut aller plus loin, à partir des expériences reconnues, pour accompagner les fumeurs qui souhaitent arrêter ou réduire leur consommation vers le vapotage, c’est l’un des engagements forts des buralistes ». Une déclaration du patron des vendeurs de tabac faite à la veille de la Journée mondiale sans tabac 2018.

Ce n’est pas tout. Ainsi :

« La Confédération des buralistes est engagée aux côtés de l’État dans les politiques de santé publique. Elle a encouragé les buralistes à renforcer la qualité de leur gamme de produits de vapotage pour ceux qui souhaitent réduire, voire arrêter, leur consommation de tabac. Le vapotage est une des alternatives les plus efficaces au tabac et la première solution utilisée par des fumeurs ayant tenté d’arrêter de fumer lors du dernier ‘’Mois sans Tabac’’ ».

Où l’on apprend que la profession (de buraliste) se mobilise via son programme «Buraliste de la Vape» pour les aider à accompagner leurs clients vers le vapotage (conseils, coaching, formations) et, d’autre part, en s’associant au « Mois Sans Tabac », en novembre prochain, « conformément au protocole signé avec l’État ».  Ainsi les buralistes travailleraient-ils désormais au futur « Mois de la Vape ». Et ce, « pour sensibiliser leurs clients fumeurs à des alternatives moins nocives » (sic).

Toujours tentés par la victimisation, les mêmes buralistes s’affichent aussi, aujourd’hui, comme des « entrepreneurs responsables ». Ils rappellent avoir conclu, en début d’année, un « protocole d’accord avec l’État pour accompagner la transition de leur métier vers un nouveau modèle économique de commerce de proximité́ ». Où l’on découvre que, grâce aux buralistes, la cigarette électronique entre de plain-pied dans le paysage officiel, politique et économique – là, précisément, où les pionniers de la « Révolution des Volutes » avaient jusqu’ici toujours échoué. Un échec dû, pour l’essentiel, à l’invraisemblable déni de Marisol Touraine ministre en charge des affaires sanitaires (2012-2017) – déni suivi de celui 1, d’Agnès Buzyn (2017-….).

A demain

 1 Agnès Buzyn : « Un dispositif comme la cigarette électronique, qui n’induit pas forcément un arrêt complet du tabac, ne joue pas le rôle que l’on souhaite. Parce que nous souhaitons (…) faire en sorte que les gens ne fument plus du tout (…) ».

Où l’on confirme que la ministre demeure dramatiquement allergique au concept, médical et politique, de « réduction des risques ».