Cigarette électronique : les buralistes sont-ils les mieux placés pour lutter contre le tabagisme ?

Bonjour

C’est une photo du tonnerre. On y voit Gérard Darmanin et Philippe Coy : le ministre des Comptes public coude-à-coude avec  le patron des buralistes – sous les ors de la mairie de Tourcoing. Et ce dernier d’arborer une grande affiche : « Chez votre buraliste, Novembre le mois de la Vape » Une cigarette électronique et ce sous-titre : « Le vapotage c’est aussi notre métier ». Ainsi donc le diable est dans ce détail, dans cet « aussi » qui sous-entend précisément son contraire.

Gérard Darmanin a-t-il été piégé, à Tourcoing, par le patron des buralistes ? Quelle est la position de l’exécutif sur ce sujet ? Où sont les choix politiques opérés en matière de santé publique sur ce chapitre essentiel de l’addiction fiscalisée ? Silence total.

Reste ainsi, entière, la question de la cigarette électronique, de sa distribution et de l’apprentissage de son usage. C’est là une question au cœur de la Révolution des Volutes ; une question soudain réactivée par Philippe Coy et son puissant réseau. La grande majorité des buralistes français est bien décidée, autant que faire se peut, à ne pas laisser échapper ce marché jusqu’ici le plus souvent développé par des militants experts dans le maniement de cet outil majeur de réduction des risques tabagiques.

Marisol Touraine et Agnès Buzyn

Une fraction des buralistes a compris l’ampleur du défi de leur survie. Celle-ci passe-t-elle par la cigarette électronique ? On peut très raisonnablement en douter. Buralistes et réduction des risques ne riment qu’en surface. Il leur faudra trouver ailleurs et avec l’aide de la puissance publique des raisons d’espérer. Elles ne manquent pas dans les territoires désertés.

Reste la découverte, l’apprentissage, le maniement de la cigarette électronique, le lent cheminement de cette itinérance mémorielle que sont ces  douloureuses désaccoutumances. C’est un sujet éminemment addictologique, éminemment politique. Jamais traité comme tel par l’exécutif (Cf Marisol Touraine et Agnès Buzyn) qui se suicide dans la fiscalisation des addictions légales.

« Photo du tonnerre », superbe cliché parlant. Contrairement à certaines lectures affûtées Coy n’a nullement « piégé » Darmanin. Le ministre des Comptes publics est consubstantiel du patron des buralistes. Une seule question : jusqu’à quand ?

PS. Conseil de lecture signé Sébastien Béziau , vice-président de Sovape:  la déclaration, majeure, de Ghyslain Armand,  de Vaping Post : « Indépendant de l’industrie du tabac Notre position face à la présence de l’industrie du tabac dans le monde de la vape »

A demain

@jynau

 

 

Cholestérol et médiatisation : Philippe Even et Bernard Debré satisfaits de leur opération ?

Bonjour

Alerter ou applaudir ?  La proportion d’adultes traités par hypolipémiant a baissé de près de 30 % entre 2006 et 2015, révèle une étude sur le LDL-cholestérol (LDL-c) en France publiée dans le « Bulletin épidémiologique hebdomadaire » (BEH) et reprise dans Le Quotidien du Médecin (Dr Irène Drogou).

Chacun sait que l’hypercholestérolémie est un facteur de risque cardiovasculaire important  – pour autant elle n’est pas, loin s’en faut, toujours diagnostiqué ». En 2006, 18,8% des adultes avaient en France un cholestérol-LDL (LDL-c) supérieur à 1,6 g/l. Et depuis ? Les auteurs ont travaillé sur la base de l’étude Esteban – une étude transversale menée entre 2014 et 2016 sur un échantillon représentatif de la population de France métropolitaine (hors Corse). Elle incluait une enquête par questionnaires et un examen de santé avec un bilan lipidique chez les adultes de 18 à 74 ans. Conclusions :

« La proportion d’adultes avec un LDL-c >1,6 g/l, relativement élevée par rapport aux autres pays industrialisés, n’a pas évolué depuis 2006 ; la proportion d’adultes déclarant avoir déjà eu un bilan lipidique et celle des adultes traités par hypolipémiants ont diminué. Ce nouvel état des lieux témoigne d’une situation qui reste préoccupante en France, dans la mesure où l’hypercholestérolémie-LDL est souvent associée à d’autres facteurs de risque cardiovasculaire. (…) Il y a une tendance à l’augmentation à la fois du cholestérol moyen et de la proportion des patients ayant un taux très élevé de LDL-c > 1,9 g.»

Il apparaît de plus, dans cette étude, que la proportion d’adultes avec un traitement hypolipémiant a significativement diminué entre 2006 et 2015 (-29,6%). « Cette diminution est cohérente avec les données publiées par l’Assurance maladie, qui a mis en place dès le début des années 2000 une communication sur les recommandations de prise en charge de l’hypercholestérolémie (démarrage du traitement après échec de mesures hygiéno-diététiques) écrivent les auteurs. La baisse significative de la proportion d’adultes avec un traitement hypolipémiant observée dans notre étude pourrait également être liée à la polémique sur les statines 2 (fortement médiatisée en France à partir de 2013) et à la défiance qu’elle a pu susciter à la fois chez les prescripteurs et chez les patients. Sans pouvoir établir de lien de causalité avec la polémique sur les statines, Bezin et coll. avaient déjà observé un arrêt des statines plus important en 2013 qu’en 2012 et 2011 chez tous les patients traités, avec un risque d’arrêt augmentant inversement au risque cardiovasculaire du patient 3. »

 Aujourd’hui en France le repérage d’une anomalie lipidique est recommandé dans le cadre d’une évaluation du risque cardiovasculaire global chez les hommes après 40 ans et chez les femmes après 50 ans, mais aussi lors d’une prescription d’une contraception hormonale œstroprogestative ainsi qu’en présence de certains événements de santé ou facteurs de risque (maladie cardiovasculaire, HTA, diabète, insuffisance rénale, tabagisme actuel ou arrêté depuis moins de trois ans, notamment). « Cette méconnaissance de l’hypercholestérolémie interroge sur le dépistage et/ou le suivi de l’hypercholestérolémie et sur l’information du patient après le dépistage et/ou sa compréhension des résultats » observent les auteurs.

Effet Mediator

Voir ici l’effet direct du discours amplement médiatisé des deux anciens mandarin ?  « Sans doute, une partie de la diminution de prescription lui est imputable, a expliqué au Quotidien du Médecin Valérie Olié, épidémiologiste à Santé publique France (SPF) et co-auteure de l’étude. Plus largement, il y a sans doute une défiance vis-à-vis des médicaments cardiologiques, suite au scandale du Mediator, comme cela a été constaté dans notre analyse précédente dans l’hypertension artérielle  . On n’aurait pas dû voir une baisse aussi importante et on ne se l’explique pas encore très bien.»

« Suite à la polémique des statines, beaucoup de médecins ont embrayé en ne prescrivant pas de statines en prévention primaire. L’argumentation scientifique est très faible : faut-il réellement attendre l’infarctus du myocarde (IDM) pour traiter ? Il faut vraiment abandonner l’idée simpliste de décider de traiter ou ne pas traiter en opposant prévention primaire/prévention secondaire et évaluer le risque cardiovasculaire global » explique pour sa part le Pr Jacques Blacher, cardiologue à (Hôtel-Dieu, AP-HP).

« Soyons pragmatiques, ajoute-t-il. Les médecins ne s’en servent pas, de l’échelle de risque de la HAS et il faut arrêter de recommander des outils peu utilisés. En revanche, tous les médecins savent reconnaître les facteurs de risque  cardiovasculaires, tels que le tabac, l’HTA, le diabète et les antécédents familiaux. La décision de traiter peut se prendre sur l’âge, le niveau du LDL-c et ces quatre facteurs de risque, plus ou moins associés au  niveau d’HDL-cholestérol. Avec cette cote mal taillée, charge aux médecins de discuter avec son patient du rapport bénéfices/risques et de l’informer qu’avec un hypolipémiant, il peut faire baisser de 30 % son risque d’accident cardiovasculaire. C’est une décision médicale individualisée. »

Les polémistes patentés feront observer que le Pr Jacques Blacher n’est pas sans liens d’intérêt.

A demain

@jynau

1 Cholestérol LDL chez les adultes en France métropolitaine : concentration moyenne, connaissance et traitement en 2015, évolutions depuis 2006

Camille Lecoffre1, Anne-Laure Perrine1, Jacques Blacher2,3, Valérie Olié1
1 Santé publique France, Saint-Maurice, France
2 Centre de diagnostic et de thérapeutique, Hôtel-Dieu, AP-HP, Paris, France
3 Université Paris-Descartes, Paris, France

Liens d’intérêt : Jacques Blacher déclare avoir des liens d’intérêt, en dehors du cadre de cette étude, avec les laboratoires Astra-Zeneca, BMS, MSD, Novartis, Pierre Fabre, Pfizer, Sanofi-Aventis et Servier, qui commercialisent des produits hypocholestérolémiants.

2 Sur ce thème : « L’affaire des statines pourrait être la première d’une longue série de nouvelles crises sanitaires » Slate.fr 26 juin 2018

3 Bezin J, Francis F, Nguyen NV, Robinson P, Blin P, Fourrier-Réglat A, et al. Impact of a public media event on the use of statins in the French population. Arch Cardiovasc Dis. 2017;110(2):91-8.

 « Tabac chauffé » : l’invraisemblable micmac de Big Tobacco et des autorités de santé

Bonjour

Faire le chemin de la frontière, jusqu’à Ferney-Voltaire pour mieux dissiper les brouillards français.  Ainsi ce papier édifiant de la Revue Médicale Suisse : « Produits du tabac ‘’chauffé’’ : que faut‑il savoir ? »1. Il s’agit ici de lIQOS™ , du gloTM  et du PloomTM Tech des trois géants mondiaux du tabagisme.

Huit spécialistes de santé publique de Lausanne décryptent ici un sujet essentiel – un sujet sur lequel les hauts responsables sanitaires français (et les autres) n’ont pas encore jugé de se pencher : le micmac du « tabac chauffé ». Résumé :

« Face à la diminution constante des ventes de cigarettes conventionnelles, l’industrie du tabac a développé et mis sur le marché depuis 2015 un nouveau type de produits qui ne « brûlent » pas le tabac, dits produits du tabac « chauffé » (heated tobacco products ou HTP). Ils sont vendus comme des produits à risques potentiellement réduits, du fait de leur capacité technique à limiter le processus de combustion et la génération de composés toxiques.

« Toutefois, les principaux composés toxiques émis par la fumée de cigarette conventionnelle sont aussi présents. Actuellement, très peu de recherches indépendantes existent pour vérifier le niveau de risque des HTP, ce qui soulève d’importantes questions parmi la population et les acteurs de santé publique. Cet article fait le point sur ces produits. »

Allégations sans démonstration

Aurélie Berthet, Isabelle Jacot Sadowski, Karin Zürcher, Valentine Guenin, Aude Gendre, Reto Auer, David Vernez, Jacques Cornuz ont cherché à faire le tour de la question. Ils rappellent, point essentiel, que les produits HTP diffèrent de la vaporette/vapoteuse/cigarette électronique qui ne contient pas, elle, de tabac. L’absence de combustion ferait des HTP des « produits du tabac moins toxiques que les cigarettes ». Pour sa part, le géant Philip Morris International (PMI) a engagé auprès de l’US Food and Drug Administration (FDA) une demande de certification permettant de présenter son dispositif comme à risque réduit par rapport aux cigarettes classiques. Mais début 2018, le groupe consultatif de la FDA a conclu que l’entreprise « n’avait pas réussi à démontrer qu’une réduction de l’exposition aux produits chimiques pouvait raisonnablement se traduire par une réduction mesurable des maladies ou des décès ».

« L’offensive industrielle du tabac « chauffé » suscite une multitude de questions parmi la population et les acteurs de santé publique : comment ces produits fonctionnent-ils ? Quelle est la composition des émanations de ces produits ? Le tabac « chauffé » est-il véritablement moins à risque pour la santé des utilisateurs et des non-utilisateurs ? Quelles sont les conditions de commercialisation et d’usage de ces produits (cadres légaux) et quelles sont les stratégies marketing développées par les industriels ? »

Il faut ici lire la Revue Médicale Suisse qui esquisse quelques éléments de réponse. Sans oublier de décrypter la publicité de Big Tobacco :

« Les efforts de communication des entreprises vont dans le sens de reconnaître les risques sanitaires de la cigarette conventionnelle et de profiler les produits HTP comme des produits plus « propres » et moins nocifs, notamment par la mise en avant de nouvelles technologies. Des arguments tels que « réduction des émissions toxiques », « sans combustion », cleaner sont usités dans leurs communications marketing.

« Un accent particulier est également porté sur la mise en avant du confort des utilisateurs et de leur entourage (« pas de fumée », « moins d’odeur », « pas de cendre »), tout en permettant aux fumeurs de vivre une expérience très proche de celle procurée par la cigarette, avec du vrai tabac. De cette manière, l’industrie du tabac entend se présenter comme un partenaire fiable de santé publique, tout en conservant sa clientèle maintenue dépendante à la nicotine. »

Quelques premières études indépendantes attesteraient d’une quantité de composés toxiques inférieure à celle comprise dans la fumée de cigarettes conventionnelles,  mais sans pour autant pouvoir conclure que les HTP induisent moins de risques sur la santé que les produits de tabac classiques. « L’absence de combustion n’empêche ni la production de fumée ni la présence des principaux produits toxiques retrouvés dans la fumée de cigarette » résument les auteurs suisses.

Et d’ajouter que le nombre d’études indépendantes concernant les produits HTP est relativement faible, et qu’aucune n’inclut des personnes utilisatrices ou ne porte sur les effets potentiels sur la santé. « Il est donc impératif que d’autres études scientifiques indépendantes de l’industrie du tabac testent la véracité des informations avancées par cette dernière et analysent le contenu de la fumée émise par ces HTP » soulignent-ils.

Recrutement de nouveaux consommateurs

Où l’on retrouve, comme dans le cas de la cigarette électronique, l’invraisemblable passivité des autorités sanitaires nationales (sans parler de l’OMS) sur un sujet majeur de santé publique – un invraisemblable et coupable  désintérêt médical et scientifique pour cette question prioritaire de réduction des risques.

« Actuellement en Suisse et dans d’autres pays, les produits du tabac « chauffé » profitent des brèches laissées par les cadres légaux, notamment en matière d’avertissements sur les emballages, de taxation et d’usage dans les lieux publics. Les cigarettiers, tout en continuant de saper les efforts de prévention du tabagisme, déploient en outre pour les HTP des stratégies marketing renouvelées et sophistiquées 2. Cela laisse craindre le recrutement de nouveaux consommateurs, notamment parmi les jeunes.

« Par ailleurs, il sera très difficile scientifiquement d’évaluer l’impact réel des HTP sur la santé de leurs utilisateurs, en particulier pour celles et ceux qui ont au préalable fumé pendant plusieurs années des cigarettes traditionnelles. La part attribuable, respectivement à la consommation des HTP et à celle des cigarettes traditionnelles, sera méthodologiquement très complexe à apprécier. Quant à celles et ceux qui commenceraient leur exposition au tabagisme directement par la consommation de ces HTP, il faudra de nombreuses années de suivi pour en apprécier le véritable risque, en raison de la latence entre l’exposition et la survenue des cancers dus au tabac. »

A demain

@jynau

1 Aurélie Berthet, Isabelle Jacot Sadowski, Karin Zürcher, Valentine Guenin, Aude Gendre, Reto Auer, David Vernez, Jacques Cornuz Produits du tabac ‘’chauffé’’ : que faut‑il savoir ? Rev Med Suisse 2018; volume 14.1935-1941

2 « Philip Morris veut convaincre que son avenir se fera sans cigarettes ».  Le Temps, 2 octobre 2018

 

Après le «Mois sans Tabac» Buzyn et Blanquer oseront-ils, demain, le « Mois sans Cannabis » ? 

Bonjour

Premier jour de novembre 2018.

Pour cause de fatigue présidentielle 1 ce seront des chrysanthèmes sans/avec  inauguration officielle. Nous vivons des temps où, avec le temps qui passe, les rituels se déplacent. 1er novembre 2018 et nouveau rituel politico-sanitaire : ouverture du  « Mois sans tabac » festif et gouvernemental – on observera, cette année la disparition – sans explication- des absurdes parenthèses du « Moi(s) ».

Un mois, une nouvelle fois, pour une exhortation collective au sevrage tabagique. Sans aucune  garantie du gouvernement d’un Etat qui se nourrit des taxes sur la tabac. Un opération marquée par l’insupportable et récurrent déni de l’exécutif quant aux vertus de la cigarette électronique dans le champ de la réduction des risques. Un exécutif qui consent toutefois, pendant un mois, à laisser un strapontin aux chevau-légers de la Révolution des volutes. On s’en réjouira.

Premier jour de novembre 2018. Cette publication du « Journal of Clinical Psychiatry » : « One Month of Cannabis Abstinence in Adolescents and Young Adults Is Associated With Improved Memory ». Où l’on voit quatre-vingt-huit  adolescents et jeunes adultes ( de 16 à 25 ans) consommateurs réguliers de cannabis (au moins une fois par semaine) randomisés en deux groupes et suivis pendant un mois. Le premier groupe devait arrêter sa consommation (vérification du sevrage par test urinaire) ; 88,7 % d’entre eux ont complété le suivi. Le second poursuivait.

Un mois neuronal sans marijuana 

Un mois sans cannabis, un mois seulement  et voici que, neuronalement parlant, tout change. Cœur de l’étude : les capacités de mémorisation et d’attention étudiées à l’inclusion et chaque semaine pendant un mois. Révélation : dès la première semaine, le bénéfice de l’arrêt du cannabis a pu être mesuré, avec une amélioration de la mémorisation des nouvelles informations – une amélioration qui, stable, persiste au cours des semaines suivantes.

« Ces résultats confirment l’amélioration de la mémoire à l’arrêt du cannabis que l’on observe en pratique clinique a commenté, pour Le Quotidien du Médecin,  le Pr Amine Benyamina, psychiatre spécialiste des addictions (Hôpital Paul-Brousse, Villejuif.  Nous voyons bien, quand nous avons affaire à des jeunes, que les performances scolaires sont meilleures à l’arrêt du cannabis ». Bien beau constat. Qui en fait quoi ?

« Un essai plus vaste est en cours. Il inclut un groupe contrôle d’individus non consommateurs, ce qui sera essentiel pour déterminer si l’ampleur du changement de mémorisation au cours de la première semaine d’abstinence représente un retour total à la normale », annoncent les auteurs du Massachusetts General Hospital. 

Retour à la normale? Corriger le pathologique à la lumière, vacillante dès que politique, de la réduction des risques ?

Premier jour de novembre 2018.

A demain

@jynau

1 « Premières interrogations sur la santé d’Emmanuel Macron » Slate.fr 31 octobre 2018

Cigarette électronique : un million d’euros d’argent public au cœur d’une polémique

Bonjour

Fête de la Toussaint et, dans l’ombre des mille et une sorcières, début du nouveau rituel du « Mois dans tabac ». Avec cette  information à haut risque de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris : « L’AP-HP lance une étude nationale pour évaluer l’efficacité de la cigarette électronique, avec ou sans nicotine, comme aide au sevrage tabagique, en comparaison à un médicament ».

Il s’agit ici de l’étude ECSMOKE. Elle vise, très officiellement, « à évaluer et comparer l’efficacité des cigarettes électroniques par rapport à un médicament, la varénicline (Champix®), dans l’arrêt du tabac ». Cette étude randomisée, nationale, multicentrique est financée par les autorités de santé (PHRC 2015). Son coût : entre 900.000 et un million d’euros. Pitch 1 et 2 :

« L’objectif est d’inclure dans l’étude un minimum de 650 personnes fumant au moins dix cigarettes par jour, âgées de 18 à 70 ans et souhaitant arrêter de fumer. Elles pourront se rendre dans un des onze centres hospitaliers ou dans le dispensaire partenaires répartis dans douze villes en France. Les participants seront suivis durant six mois après l’arrêt du tabac. Les résultats de cette première étude en double aveugle sont attendus environ quatre ans après le démarrage des inclusions. Ils pourraient aider à déterminer si la cigarette électronique peut figurer parmi les dispositifs approuvés comme aide au sevrage tabagique. »

L’affaire, on le sait, est d’importance. En France, on estime à environ 1,7 million le nombre d’utilisateurs quotidiens de produits du vapotage (cigarette électronique – données 2016). Pour autant ( et du fait de l’invraisemblable et constant  déni du pouvoir exécutif et de l’Inserm), « les connaissances exactes et détaillées concernant l’efficacité de ces produits et le risque associé à leur utilisation manquent afin de proposer la cigarette électronique comme aide au sevrage tabagique ».

Et c’est ainsi que l’objectif (plus que tardif) de l’étude ECSMOKE (étonnamment promue par l’AP-HP) est désormais de répondre à une question d’ores et déjà définitivement  réglée au Royaume-Uni.

Réduction des risques et conflits d’intérêts

Nous avons demandé leur lecture d’ECSMOKE à plusieurs spécialistes du vapotage, de l’addictologie, et plus généralement de la réduction des risques. Leurs réponses :

Sébastien Béziau : « Toujours les mêmes remarques sur cette étude… Un seul matériel, un seul taux de nicotine (entre 12 et 16, donc pas le maxi pour être efficace), une seule saveur. Mix de « biais » qui dégradera forcément les résultats sur les performances de sevrage. En deux clic sur Internet, les participants pourront savoir qu’ils n’ont pas de nicotine dans leur liquide = pas de hit. Un biais de plus sur le placebo… Mesurer les risques, alors que l’on étudie des anciens fumeurs ? Causalité, vape vs tabac, comment faire la différence ?

« Et nous sommes quatre ans avant les conclusions ! En attendant on fait quoi ? On ne recommande toujours pas officiellement ? Cette étude n’apportera aucune connaissance nouvelle. 1,7 millions de vapoteurs, et on est incapable de chercher à les questionner, savoir s’ils ont arrêté de fumer, tout simplement. Incompétence stupéfiante… sans parler des possibles conflits d’intérêt évoqués il y quelques jours »

Jacques Le Houezec : « Étude inutile et donc subvention mal utilisée. Imaginez ce que d’autres pourraient faire avec 900 000 € … Et quatre ans d’attente … Insoutenable »

Patrick Favrel : « Une étude qui se refuse à prendre en compte en plus d’autres modalités d’arrêt comme Vape + Patchs. Quant aux résultats quatre ans après avec un suivi de six mois  … Quid des consommations des personnes de l’étude (reprise du tabac, autres consommations en tout genre : chichas, joints etc.).  Quelles conclusions pourra-t-on en tirer ?»

Sébastien Béziau :  « Ce qu’on pourrait faire avec cet argent ? Avec nos modestes moyens, j’ai réussi à lancer une mini-campagne de pub sur Facebook (après plusieurs essais censurés)… D’après mes ratios, avec 900.000 € on pourrait attirer entre 200 et 400.000 personnes qui ont décidé de vapoter pour essayer d’arrêter de fumer et leur apporter les meilleurs conseils pour réussir. Une paille… Sans parler de l’effet de levier qu’apporterait un discours clair et honnête des autorités.  Comme en Angleterre : ‘’Time to switch’’ »

Jean-Pierre Couteron : « Quel dommage de dépenser de l’argent pour une étude qui de fait ne servira à rien, puisqu’elle part d’une pratique du vapotage qui n’existe pas.  Il me semble que ce type d’étude dessert la science, justement, elle éloigne des personnes qui ne se sentent pas respectés dans leurs pratiques. Comme le disent, Jacques, Sébastien et Patrick, en excluant de son champ la réalité de la pratique du vapotage, cette étude montre qu’elle ne cherche pas à les aider ou à les éclairer! Cette rigueur est regrettable! »

William Lowenstein : «  Dans cette étude, l’inconscient contre le vapotage est à ciel ouvert ».

A demain

1 Les fumeurs intéressés pour participer à l’étude peuvent contacter le centre coordinateur par téléphone : 0622938609 et/ou retrouver toutes les informations sur  aphp.fr. En pratique des médecins spécialisés dans le sevrage tabagique de douze consultations de tabacologie de plusieurs hôpitaux à Angers, Caen, Clamart, Clermont-Ferrand, La Rochelle, Lille, Lyon, Nancy, Nîmes, Paris, Poitiers et Villejuif prendront en charge chaque fumeur participant à l’étude pendant six mois en leur fournissant une cigarette électronique personnelle à puissance réglable et des liquides spécifiques saveur tabac blond (soit avec 12 mg/ml nicotine, soit sans nicotine) ; des comprimés de varénicline, médicament actif d’aide à l’arrêt du tabac, ou sa version placebo.

Les traitements seront mis à disposition gratuitement et la prise en charge inclura également des conseils d’aide à l’arrêt. Les participants seront répartis (tirage au sort en double-aveugle) dans trois groupes : groupe placebo : comprimés placebo + liquides sans nicotine ; groupe nicotine : comprimés placebo + liquides avec nicotine (12 mg/ml) ; groupe varénicline : comprimés de varénicline + liquides sans nicotine

2 A lire aussi : http://www.vapyou.com/etude-e-cigarette-france-appel-offres-ap-hp/ et  https://fr.vapingpost.com/tag/ecsmoke/

Tabagisme : la belle voix hypnotique de la SNCF sait-elle que la cigarette électronique existe ?

Bonjour

Nous connaissons tous sa voix. Combien connaissent son visage ? « Simone la voix culte de la SNCF » se nomme, dans le civil,  Simone Hérault. Son timbre rythme la vie de plus de trois mille gares en France. Et ce depuis près de quarante ans, depuis que la SNCF a décidé de mettre à quai les « aboyeurs », préposés aux annonces en gare des années 1930.

« Née en 1950 dans le Val d’Oise, cette comédienne a très tôt irrigué les ondes de sa voix claire et apaisante, raconte la Société Nationale des Chemins de Fer. Dès 1972, Simone est animatrice radio chez France Inter Paris (FIP), où elle travaillera jusqu’en 2001. En 1981, après un casting SNCF parmi les ‘’dames de FIP’’, sa voix, ainsi que celle d’une autre animatrice, est retenue. C’est ainsi que les deux collègues commencent à enregistrer les annonces des différentes gares françaises. Au quotidien, elles renseignent ainsi les voyageurs sur les trains et les activités de la gare. Aujourd’hui, seule Simone continue à porter ces messages : SNCF a trouvé sa voix. »

Lèvres brûlées

Simone aura, au total, enregistré plus de 4 000 heures de messages dans le « studio-son » de la Société Nationale et raconté sur papier son parcours ferroviaire 1. Aujourd’hui une indiscrétion du Journal du Dimanche nous apprend que Simone a repris du service : cette voix iconique-hypnotique va pendant une semaine, à compter de ce 29 octobre, indiquer le nombre d’inscrits en temps réel à l’opération « Mois sans tabac ».

La belle voix de Simone invitera les passagers fumeurs (mais, on le sait, interdits de fumer 2) à les rejoindre. Un message diffusé à l’initiative de Médiatransports  (« leader de l’affichage transport ») 3 dans dix grandes gares de France : les quatre de Paris, Lyon Part-Dieu, Marseille Saint-Charles, Lille Flandres, Strasbourg, Rennes et Bordeaux.

Comment ne pas applaudir à cette initiative ? Et comment, soucieux de santé publique et de réduction des risques,  ne pas se poser la question qui brûle les lèvres : Simone et Médiatransports savent-ils que la cigarette électronique existe ?

A demain

1 « Grâce à ma voix »  Simone Hérault, Jacques Pagniez (interviewer), Claude Villers (préface) La Vie du Rail (2005).

2  «Pour nous, les choses sont d’une grande simplicité, indique le service de presse de la SNCF. Tout est interdit à bord des trains [fumer et vapoter]. Et dans les gares tout ce qui est autorisé pour le tabac l’est également pour le vapotage: interdiction dans les espaces clos, autorisation sur les quais à l’air libre.» Une précision en phase avec celles de l’Association indépendante des utilisateurs de cigarette électronique (Aiduce). (« La chasse aux fumeurs en plein air est ouverte: quid des vapoteurs ? » Slate.fr 23 août 2018)

3  Médiatransports est la régie publicitaire du groupe Publicis, 3e groupe mondial de communication. Acteur « incontournable » de la publicité dans les « univers » du métro, du bus et des gares, cette société est partenaire des trois plus gros opérateurs de transports RATP, SNCF et SNCF RESEAU ainsi que des autorités organisatrices de transports locaux.

Premières ivresses : l’exécutif rappelle que le «Virgin Mojito» ne contient ni rhum ni alcool

Bonjour

En direct, ou presque, de l’Assemblée nationale. On y traite de l’alcool et du financement de la Sécurité Sociale. Le 25 octobre, plusieurs amendements concernant la fiscalité alcoolisée ont été débattus. « Trois d’entre eux ont été retirés ou rejetés à la demande du rapporteur général et d’Agnès Buzyn ministre des Solidarité set de la Santé, nous rapporte l’ANPAA. Usant d’arguments de forme, ils ont reconnu l’importance des sujets soulevés, mais renvoyé à des travaux ultérieurs notamment dans le cadre du Plan gouvernemental de mobilisation contre les conduites addictives (plan Mildeca).»  Un plan qui embarrasse au plus au point le gouvernement tant les arbitrages se révèlent douloureux au sein d’un exécutif déchiré sur le sujet.

Cas d’école. Intéressons-nous à l’amendement n°1313, porté par la députée macronienne Audrey Dufeu-Schubert, 38 ans (Loire-Atlantique). Cette ancienne infirmière devenue directrice d’un établissement de santé souhaitait, avec nombre de ses collègues 1 la création d’une taxe sur d’étranges produits : ceux qui sont dotés d’une référence alcoolique mais qui ne contiennent pas d’alcool. Des produits qui, « en utilisant la boisson alcoolisée comme argument marketing, conduisent à une banalisation chez les plus jeunes de la consommation d’alcool ». Extrait du pitch (nous soulignons):

« Cet amendement vise à taxer les produits à référence alcooliques, produits pour lesquels l’alcool est utilisé comme argument de vente sans en contenir.

Sont considérés comme produits à référence alcoolique des produits dont le nom fait référence à une boisson alcoolique alors que cette boisson ne participe pas à sa fabrication. Cela peut concerner des boissons sans alcool (« Virgin Mojito »), mais également des bonbons, gels douche et autres produits où la référence à l’alcool est utilisée comme outil marketing et publicitaire. Cette taxe ne vise donc pas les alcooliers mais les producteurs de ces produits qui font la promotion de l’alcool.

Nous avons fait le choix d’exclure de cette taxe les produits composés d’un ingrédient alcoolique, afin de protéger les produits de territoire. L’objectif de cette taxe n’est pas de taxer des produits dont le nom fait référence aux produits qu’ils contiennent, mais de taxer des produits dont le nom fait référence à une boisson alcoolique qui ne participe pas au procédé de fabrication. Ainsi, les gels douche mojito seront taxés, mais pas le coq au vin.

La limitation au nom du produit exclut également les produits dont une caractéristique, telle que la couleur, pourrait renvoyer à une boisson alcoolique. En effet, la couleur est une caractéristique et n’est donc pas inscrite dans le nom du produit. La mention « bordeaux » sur un rouge à lèvres renvoie à une caractéristique du produit et non au nom du de celui-ci. Il ne sera donc pas soumis à la taxe présentée ici. »

Claude Evin versus Agnès Buzyn

Les auteurs de cet amendement expliquaient encore que la banalisation de références à des boissons alcooliques sur des produits de consommation courante « tend à rendre anodine la consommation de ces boissons dont on sait pourtant qu’elle est, en excès, dangereuse pour la santé ». « Cela conditionne dès le plus jeune âge et de manière insidieuse dans nos foyers une relation au produit alcool comme inoffensif, ajoutaient-ils. Or nous savons et beaucoup d’études médicales le démontrent que les effets sur la santé sont conséquents et dangereux. Nous devons préserver nos jeunes ! La mesure proposée s’inscrit dans le cadre de la prévention de l’alcoolisme et vise à décourager l’utilisation de l’alcool, ou de boissons alcoolisées, comme argument de communication pour les producteurs et distributeurs de produits. »

On rappellera que le mojito est un cocktail à base de rhum, de soda, de citron vert, et de feuilles de menthe fraîche. Inspiré du mint julep, c’est une variante des Ti-punch des AntillesDaïquiri, et autres Cuba libre.  Une  légende urbaine veut  que l’histoire du mojito remonte au début du xvie siècle lorsque Francis Drake, entre deux pillages de La Havane, sirotait des feuilles de menthe pilées avec du tafia. Puis il fut très apprécié par l’écrivain journaliste américain Ernest Hemingway qui venait régulièrement le déguster lorsqu’il vivait à Cuba entre 1939 et 1960, C’est aujourd’hui, avec ses cigares un emblème de la culture cubaine. En France, il a été « démocratisé » à partir des années 1990  par une importante campagne marketing financée par Pernod Ricard, propriétaire d’ Havana Club. Sur ce thème, lire « Pourquoi buvons-nous des mojitos? », Slate.fr,‎ 30 mai 2012.

Le Virgin Mojito ? « Coupez le citron vert pour en faire 6 quartiers que vous verserez directement dans le verre. Ajoutez les feuilles de menthe fraîche et écrasez le tout délicatement à l’aide d’un pilon. Ajoutez le jus de pomme et remplissez le verre de glace pilée (jusqu’en haut) et complétez avec l’eau gazeuse. » (Le Figaro Madame). C’est aussi une formule utilisée par une série de marques – parmi lesquelles le célèbre Schweppes.

On ne manquer de faire ici un parallèle avec les célèbres « cigarettes en chocolat » qui ne contenaient pas de tabac – friandises interdites car considérées comme un moyen de faire de la publicité ou de la propagande en faveur du tabac – au titre des articles L3511-3 et L3511-4 du code de la santé publique, délit punissable d’une amende de 100.000 euros.

L’amendement de la députée macronienne Audrey Dufeu-Schubert a été retiré à la demande du gouvernement. Où l’on observe qu’en matière de lutte politique contre les addictions (et contre la duplicité de la publicité) Agnès Buzyn est encore bien loin d’avoir accompli le chemin de Claude Evin.

A demain

@jynau

1 Mme Brugnera, M. Buchou, M. Daniel, Mme De Temmerman, Mme Fontenel-Personne, Mme Granjus, Mme Guerel, M. Jacques, Mme Josso, Mme Peyron, Mme Pompili, Mme Rist, Mme Rossi, M. Touraine, Mme Toutut-Picard, Mme Vanceunebrock-Mialon, M. Vignal, M. Zulesi, Mme Osson, Mme Pitollat, Mme Wonner, Mme Krimi, Mme Motin, Mme Valetta Ardisson, Mme Melchior, M. Bois, Mme Brunet, Mme Hennion et Mme Bono-Vandorme