Vapotage et citoyenneté : la leçon suisse donnée aux hôpitaux universitaires français

 

Bonjour

Le 31 mai prochain : « Journée mondiale sans tabac ». A cette occasion les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) organisent une conférence sur les risques et opportunités des nouveaux vaporisateurs de nicotine et de tabac ». Elle sera donnée par Jean-François Etter, professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Genève. « Jean-François Etter est un expert mondialement reconnu dans le domaine de la dépendance au tabac, soulignent les HUG. Il est l’un des pionniers en matière de recherche sur les cigarettes électroniques. Il donnera son avis sur ces nouvelles technologies. »

La France compte aussi quelques experts au profil similaire à celui de Jean-François Etter. Les CHU français savent-ils qu’ils existent ? La direction générale de l’AP-HP, premier groupe hospitalier d’Europe, s’intéresse-t-elle à la cigarette électronique, ce nouvel outil de lutte contre la première cause évitable de morts prématurées ?

« Une récente étude sur la consommation de cigarettes non-taxées en Suisse montre que la consommation de tabac est presque deux fois plus élevée que les chiffres habituellement admis, rappellent les HUG. En Suisse, près de 9.000 personnes meurent chaque année de maladies dues au tabagisme. Un décès d’adulte sur dix est aujourd’hui lié au tabac. Le tabac tue prématurément la moitié des personnes qui en consomment et fait perdre en moyenne de 18 à 20 années de vie aux fumeurs. »

Faute d’initiatives hospitalo-universitaires françaises Agnès Buzyn, nouvelle ministre de la Santé (et des Solidarités), parlera-t-elle le 31 mai prochain à ses concitoyens ? Si oui, parlera-t-elle de la cigarette électronique ?

A demain

En 2013, pour Agnès Buzyn, le tabac était une «bombe à retardement». Et maintenant ?

 

Bonjour

Le poids des mots, le choc du souvenir. C’était il y a quatre ans. La Pr Agnès Buzyn, inconnue du grand public présidait depuis deux ans déjà l’Institut national du cancer (INCa). La 31 mai ce cette année-là elle publiait  dans Le Monde une tribune qu’il est pas inintéressant de relire. A plus d’un titre. Elle jugeait alors utile de « repenser en profondeur notre système de lutte contre le tabagisme » ; un plaidoyer en faveur d’une « politique volontariste ».

Observant l’augmentation du tabagisme (chez les jeunes, les femmes et les personnes en situation de précarité) elle fustigeait le comportement des buralistes et dénonçait, après la Cour des comptes, « notre manque de cohérence et de stratégie globale en matière de lutte contre le tabagisme ». Elle rappelait (déjà) que la France n’avait pas (à la différence de de l’Australie, de la Grande Bretagne et des Etats-Unis) tenu ses engagements internationaux d’atteindre moins de 20 % de fumeurs. Et pensait, les coudées franches, que le tabagisme n’était en rien une fatalité.

Le tabac est une drogue

« Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 30 % des jeunes de 17 ans sont des fumeurs quotidiens et seront donc particulièrement dépendants au tabac à l’âge adulte ; le nombre de décès des femmes par cancer du poumon va dépasser celui du cancer du sein ; et plus d’un chômeur sur deux fume au détriment de son espérance de vie, creusant ainsi les inégalités. Ce constat doit nous faire réfléchir et agir. (…).

« Mais, culpabiliser les fumeurs n’est pas l’objectif. Le tabac est une drogue et le tabagisme doit donc être traité comme tel : les fumeurs doivent être aidés médicalement par un accompagnement au sevrage, la prévention doit s’adresser prioritairement aux jeunes, principale cible de l’industrie du tabac. (…) La vente de tabac ne devrait théoriquement bénéficier à personne… Or c’est là que le bât blesse. La France a été pendant longtemps un pays d’industrie du tabac, pouvant expliquer la prudence politique dans l’éradication de ce fléau. Mais elle ne l’est plus. Il est maintenant urgent que le tabac soit considéré avant tout comme un problème de santé publique et non plus comme un enjeu sociétal (défense des libertés individuelles) ou comme un enjeu économique (taxes et contrebande). »

La Pr Buzyn rappelait encore que le premier Plan cancer 2003-2007 (Jacques Chirac) avait fait de la diminution du tabagisme un objectif majeur. Que des mesures législatives, fiscales et éducatives avaient alors permis une augmentation du prix du tabac et l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Mais qu’elles avaient aussi abouti à des résultats manifestes laissant croire que la consommation de tabac était sur une pente descendante quasi naturelle. Que le deuxième Plan cancer avait, de ce fait, peu investi cet axe pourtant majeur de la prévention des cancers. Et que la prévalence était de nouveau en augmentation depuis 2010, la France comptant près de 32 % de fumeurs.

Extraits politiques :

« A l’heure où se construit le troisième Plan cancer, le pilotage de cette lutte doit revenir au ministère en charge de la santé avec un investissement marqué dans une politique de prévention. Celle-ci devrait se décliner par des actions spécifiques envers les jeunes à l’école, avant l’initiation. Les médecins traitants ont un rôle primordial de sensibilisation de leurs patients et les actes de prévention en médecine générale doivent être mieux valorisés. Il est également essentiel que l’aide au sevrage tabagique soit mieux remboursée. Mais surtout, les lois doivent être pleinement appliquées, en particulier celle de 2009 promulguant l’interdiction de la vente aux mineurs.

« Priorité à la prévention, protection de la jeunesse, hausse drastique des prix, paquets neutres, respect des lois, et réorganisation de la vente du tabac : nous devons repenser en profondeur notre système de lutte contre le tabagisme face à cette bombe à retardement sanitaire. La médecine est à court d’arguments, le temps est à la volonté politique ».

Un an plus tard François Hollande chargeait Marisol Touraine de mettre en place un Programme national de réduction du tabagisme. On sait malheureusement ce qu’il en fut. Relire la tribune signée de la Pr Buzyn est riche d’enseignements. Elle dit à sa façon, en creux, tout ce que Marisol Touraine n’a pas fait. L’auteure est aujourd’hui ministre de la Santé (et des Solidarités). Elle sait mieux que personne ce qui lui reste à faire. Nous le savons aussi.

A demain

Santé et post-vérité : la ministre Agnès Buzyn se souvient-elle de ce qu’elle a dit du tabac ?

 

Bonjour

Surprise, intrigue et parité. Ni le Dr Olivier Véran (député, ancien Parti socialiste), ni Arnaud Robinet (député, encore Les Républicains). Ce sera donc la Pr Agnès Buzyn, 54 ans, ministre des Solidarités et de la Santé. Jusqu’ici un parcours médical sans faute suivi d’une déjà longue carrière en marche vers les frontières du pouvoir politique social-démocrate. Pour autant encore mal connue de la sphère médiatique. Sur France Info les commentateurs hésitent encore sur la prononciation de son nom. « Tout semble lui réussir » commente, à gauche, un rubriquard santé qui ne cache pas être épaté.

Fille d’Élie Buzyn, chirurgien orthopédiste et d’Etty Buzyn, psychologue, psychanalyste et écrivaine. Fait sa médecine après l’Ecole alsacienne. Interne des hôpitaux de Paris, professeur à Paris-Descartes, spécialiste d’hématologie à l’hôpital Necker, responsable de l’unité de soins intensifs d’hématologie adulte et de greffe de moelle (1992-2011). Mariée en secondes noces à Yves Lévy, directeur général de l’Inserm. Ce qui ne manquera pas de soulever des interrogations quant à de possibles conflits d’intérêts.

Parité et société civile

Exerce progressivement de nombreuses fonctions au sein de société savantes et de conseils d’administrations : l’Agence de la biomédecine (ABM), l’Établissement français du sang (EFS) , l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le Comité à l’énergie atomique. Membre du conseil d’administration de l’Institut national du cancer (INCa) elle en devient la présidente en 2011. Aurait refusé en 2014 de devenir Directrice générale de la santé. Puis est nommée présidente du collège de la Haute Autorité de santé en mars 2016 (1).

S’était faite tancer il y a un an par Mediapart pour avoir jugé que, pour des médecins, avoir des liens d’intérêts avec des labos n’était pas obligatoirement répréhensible. La Dr Irène Frachon en avait été troublée. Un propos sur lequel la ministre devra, dorénavant, clairement s’expliquer. Le plus tôt sera le mieux si elle tient à assurer sa crédibilité dans un milieu où les sensibilités sont plus qu’exacerbées.

Aujourd’hui, donc, ministre des Solidarités et de la Santé. Au nom de la parité et de la société civile réunie ? Pour combien de temps ? Et pour faire quoi ? La Pr Buzyn sera-t-elle la ministre de la réduction des risques ? Prudente et, déjà, politique elle ne s’est jamais beaucoup exprimée sur le sujet. Même sur le tabac quand elle fut présidente de l’INCa.

Bombe à retardement sanitaire

Ce blog garde néanmoins la mémoire d’une tribune publiée en juin 2013 dans Le Journal du Dimanche. Elle écrivait ceci (nous surlignons):

« L’organisation de la vente du tabac est en partie responsable de nos difficultés à lutter contre le tabagisme. La France a longtemps été un pays d’industrie du tabac – d’où une certaine prudence politique dans l’éradication de ce fléau – mais les États-Unis, autre grand producteur, ne sont-ils pas passés sous la barre symbolique des 20% de fumeurs [34% en France] ?

À l’heure où se construit le troisième plan cancer, le tabac ne doit plus être considéré comme un enjeu économique (taxes et contrebande) mais comme un problème de santé publique. Une étude récente montre que 62% des buralistes se mettent hors la loi en vendant des cigarettes aux mineurs. Ils sont mêmes 38% à en fournir à des enfants de 12 ans ! Dans les autres pays, cette profession dédiée au tabac n’existe pas. Cette spécificité française est un frein car une baisse importante de la consommation, en réponse à un objectif sanitaire, pénaliserait ces professionnels. Il est temps d’ouvrir une concertation avec les buralistes pour réfléchir à une diversification ou à une reconversion de leur activité. Il faut réorganiser le système pour protéger la jeunesse contre cette bombe à retardement sanitaire. »

Elle avait aussi, parfois, appelé à une « hausse drastique » des prix du tabac. Ne fut jamais entendue. Jamais ne s’en offusqua. La nouvelle ministre se souvient-elle de tout cela ? Saura-t-elle, devenue ouvertement femme politique, travailler avec les avocats de la cigarette électronique, ceux de la lutte contre les addictions et de la réduction des risques ? Aura-t-elle le courage d’avancer là où Marisol Touraine avait, durant cinq ans, très largement échoué ? Avancer ou démissionner ? De nombreux témoignages permettent d’en douter. Peut-être en existe-t-il qui permettraient d’espérer.

A demain

1 Sur ce point : « Après l’INCa, le Pr Agnès Buzyn présidera la Haute Autorité de Santé. On ne saura pas pourquoi » (Journalisme et santé publique, 7 mars 2016)

 

Scientifiquement prouvé : le «paquet neutre» n’inciterait pas à fumer du tabac

Bonjour

Un travail de bénédictin : éplucher cinquante-et-une études publiées dans des revues scientifiques afin de (tenter) de savoir si le « paquet neutre » a un impact sur la consommation de tabac. Une aiguille dans une meule de feuilles. Puis, après avoir usé de mille trébuchets, découvrir qu’au final cinq études seulement pouvaient être retenues.  Cinq études et, en réalité, une seule. Une étude « observationnelle » et australienne ; menée auprès de 700 000 personnes, avant et après l’introduction du paquet neutre. Voilà l’objet d’une revue Cochrane publiée le 27 avril et citée par le site pourquoidocteur .fr.

Cette étude australienne a montré une baisse d’un « demi-point de pourcentage » dans la proportion de consommateurs de tabac après l’introduction du paquet neutre. Mais rien n’est statistiquement bien certain.  Deux autres études ont cherché à déterminer si les fumeurs consommaient un nombre différent de cigarettes – dont une à l’aide d’enquêtes auprès de 8811 fumeurs actifs. Résultat : aucun changement.

Soit la confirmation d’une triste évidence : les personnes devenues dépendantes au tabac sont aussi devenues insensibles aux arguments publicitaires (comme aux horreurs imagées). Qu’importe le flacon pourvu qu’il soit là et que l’on ne souffre pas.

Trait d’humour

Les auteurs, méthodiques, ajoutent que la confiance dans les résultats étudiés est « limitée ». Et ils ajoutent, sans rire, « nous n’avons trouvé aucune donnée suggérant que le paquet neutre pourrait augmenter la consommation de tabac ». On hésite à voir là un trait d’humour. Les mêmes expliquaient en préalable que « le meilleur moyen de réduire le tabagisme consiste à empêcher les gens de consommer du tabac et à encourager et aider les fumeurs à s’arrêter ».

Réduire le tabagisme ? Ils expliquent que le solution repose sur des politiques à l’échelle nationale touchant le plus grand nombre, « avec une offre de traitement individuel et d’aide à l’arrêt du tabac pour les consommateurs ». En France, où le paquet neutre est en place, cette offre thérapeutique individuelle demeure terriblement chaotique et bien en dessous de ce qu’elle devrait être – 80 000 morts prématurées chaque année.

Nous savons que le paquet neutre n’augmente pas la consommation de tabac. Le précédent gouvernement l’a mis en place. Le prochain ministre de la Santé cherchera-t-il à savoir si, comme on peut le redouter, il ne la fera pas baisser.

A demain

Le prochain ministre de la Santé se doit de rembourser la nicotine pour arrêter de fumer

 

Bonjour

Mardi 16 mai. L’annonce de la composition du nouveau gouvernement est repoussée (vérification de la situation fiscale des ministrables). Après Dr Olivier Véran (député, ancien Parti socialiste) voici que le rumeur annonce Arnaud Robinet (député, encore Les Républicains) au ministère de la Santé.

L’un ou l’autre (ou un(e) autre) devra prendre la parole le 31 mai, à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac. Il pourra, d’ici là, méditer les résultats de l’enquête inédite Ifop/Pfizer France qui viennent de paraître. Des résultats qui disent la souffrance et la solitude des fumeurs voulant et ne pouvant pas briser les chaînes de leur addiction au tabac. Des résultats qui disent la schizophrénie de l’Etat et l’incurie chronique des autorités sanitaires.

Après d’autres, cette enquête établit que 69% des fumeurs affirment avoir essayé d’arrêter de fumer – dont 42%, à plusieurs reprises. Lors de leur dernière tentative de sevrage tabagique, plus d’un sur deux déclare avoir tenté seul, sans accompagnement. Seuls 11% ont été suivis par un professionnel de santé. Les 37% restants ont eu recours à diverses méthodes comme la sophrologie, l’hypnose ou… les substituts nicotiniques vendus en pharmacie.

Absurdité sanitaire

Pourquoi pensez-vous avoir échoué ? Ils évoquent principalement le stress (37%)1 et la peur du manque (15%). Et pour réussir à arrêter de fumer définitivement, 51% des fumeurs seraient disposés à recourir à un traitement médical plus ou moins accompagnés d’un professionnel de santé. Pour les 49% restants le remboursement du traitement médical pourrait aider.

Citée une nouvelle fois par Pfizer le Dr Anne-Laurence Le Faou, responsable du centre ambulatoire d’addictologie de l’hôpital Européen Georges Pompidou) explique que des fumeurs « n’entreprennent pas de sevrage tabagique car les traitements ne sont encore pas remboursés ». « La prise en charge financière est un frein de moins pour entreprendre un sevrage, dit-elle. Le remboursement aide toujours, le médicament étant ainsi considéré comme faisant partie de la pharmacopée habituelle. »

On observera que le géant Pfizer vient, à la demande de Marisol Touraine, d’obtenir le remboursement par l’assurance maladie de son Champix® dans l’indication sevrage tabagique – après échec des substituts nicotiniques (sic). On se souviendra que Mme Touraine n’a jamais voulu peser de tout son poids politique pour décider du remboursement de ces mêmes substituts. On comprendrait mal que le Dr Olivier Véran, Arnaud Robinet (ou un(e) autre) ne mettent pas tout en œuvre, avec la Direction Générale de la Santé, pour en finir au plus vite avec cette inégalité doublée d’une absurdité sanitaire. Il lui restera ensuite à ouvrir, enfin, le dossier de la cigarette électronique.

A demain

 

Brigitte parlera-t-elle à Emmanuel du « tabac chauffé moins nocif » de Philip Morris ?

Bonjour

Longtemps Marisol Touraine ne daigna pas s’intéresser à la cigarette électronique. Puis elle trouva que cela ressemblait furieusement à la cigarette de tabac. On connaît (malheureusement) la suite. Tel ne fut pas le cas, on le sait, de Brigitte Macron. Mme Macron, future Première Dame à laquelle Le Monde vient de consacrer un portrait-pleine page tandis que Régis Debray apprécie, sur Arte, qu’elle ait été professeure de français.

Le changement de président (et ses innombrables effets connexes) coïncide avec le lancement, en France, de l’IQOS appareil à base de tabac « chauffé à moindre nocivité » commercialisé par le géant Philip Morris. Nous avons déjà évoqué l’affaire en dénonçant la passivité des autorités sanitaires. L’Agence France Presse revient fort utilement sur le sujet qui voit également sur les rangs les autres géants : Japan Tobacco International et sa Ploom (appareil en forme de stylo qui chauffe des petites capsules de tabac à usage unique) et British American Tobacco (et sa « chaufferette » rectangulaire Glo, dans laquelle on insère des bâtonnets de tabac).

Depuis quelques jours Philip Morris teste le marché français : IQOS est vendu sur internet (70 euros avec chargeur) et les recharges sont disponibles, sous la marque Heets, dans quatre-vingt dix bureaux de tabac en région parisienne et neuf à Nice.

22 long rifle et/ou kalachnikov

« Tabac chauffé à moindre nocivité ? » « Tout ça est absolument non avéré », avertit le Pr Albert Hirsch, pneumologue et vieux militant anti-tabac. Il faut valoir qu’il n’y a pas encore d’études indépendantes (pourquoi ?) et que l’on ne dispose pas d’un recul suffisant sur de tels produits (combien faudra-t-il attendre ?). « L’industrie du tabac nous a déjà fait le coup il y a 40 ans, avec le filtre, puis les cigarettes légères, et on s’est aperçu qu’il y avait des risques majeurs, donc il faut être extrêmement prudent », ajoute Yves Martinet ancien président de l’Alliance contre le tabac.

« Il est possible que ça soit moins toxique, mais qu’on se fasse tuer par un 22 long rifle ou par une kalachnikov, dans les deux cas, on est mort », attaque le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue-militant et spécialiste de la lutte contre le tabac. Même s’il y a « beaucoup moins de monoxyde de carbone dans l’air expiré qu’avec les cigarettes », il y en a quand même un peu, souligne-t-il. Il y a aussi des nitrosamines, substances cancérigènes naturellement présentes dans le tabac, sans même qu’il soit brûlé.

Plus grave, IQOS est selon lui « fait pour créer de la dépendance ». « Une fois allumé, on doit prendre les 10 à 15 bouffées en cinq minutes contrairement à une cigarette électronique ». Cela entraîne des « pics de nicotine », phénomène qui augmente le nombre de récepteurs de la nicotine et « entretient la dépendance ». Voilà, avec la cigarette électronique, un bien beau dossier d’actualité pour le prochain ministre de la Santé et de la réduction des risques. A fortiori s’il est incité à s’en saisir depuis le Palais de l’Elysée.

A demain

 

 

Mémoire de buralistes: Brigitte aurait parlé de la cigarette électronique à Emmanuel

 

Bonjour

Que reste-t-il à découvrir chez Emmanuel Macron ? Tout nous est dit, confié, révélé, montré, sur son passé, ses succès, sa famille, ses amours. Lui-même semble ne jamais avoir barguigné pour se livrer. Comment une telle entreprise médiatique, inédite dans sa dynamique, va-t-elle évoluer ? Va-t-elle perturber la quête du symbole et de la nouvelle geste présidentielle qui, depuis la froide scénographie du Louvre, anime ostensiblement le jeune président ? Napoléon, déjà, perce-t-il sous Bonaparte ?

« Que pense vraiment cet homme pressé, doté d’une intelligence perçante, propulsé par une ambition sans limites et ayant su vite conquérir un vieux système dont il aura utilisé les clés, sans égards ? Que savons-nous d’Emmanuel Macron ? » s’interrogent les citoyens-buralistes. Et le site lemondedutabac.com de réveiller sa mémoire :

« Un certain après-midi de juin 2014, devant plusieurs témoins dans son bureau du premier étage de l’aile gauche de l’Élysée, Emmanuel Macron assure à Pascal Montredon et Jean-Luc Renaud que le paquet neutre ‘’n’est pas à l’ordre du jour du prochain plan de lutte contre le tabagisme, le président de la République ayant arbitré contre’’ »

Eté 2014. Nous attendions alors les grandes lignes du « Projet de loi Santé » par Marisol Touraine et bien des doutes subsistaient quant au maintien de « l’option paquet neutre » par le gouvernement. « Il semblait que les arbitrages de dernière heure et au plus haut niveau – à l’Élysée – ne soient pas allés dans le sens des partisans du paquet générique. François Hollande, lui-même, se serait montré dubitatif » rappelle le site des buralistes.

Sous les ors de l’Elysée

Sous ses ors, l’Elysée, alors, soupesait. Sur le trébuchet les « premiers retours peu convaincants de l’expérience australienne ; les « argumentations étayées de la Confédération des buralistes ; la « perspective de lourdes indemnisations que ne manqueraient pas de réclamer les fabricants ». Que savait, alors, le tout jeune secrétaire général adjoint de l’Elysée ? Quel rôle a-t-il ou non joué dans les fameux arbitrages secrets de la République ?

Trois mois plus tard Marisol Touraine annoncera sa victoire : le paquet neutre verrait bien le jour. « Entre-temps, Emmanuel Macron avait quitté ses fonctions de secrétaire général adjoint de l’Élysée pour quelques semaines sabbatiques et avec des projets dans la tête, avant de rejoindre le poste de ministre de l’Économie, à l’occasion de la constitution du gouvernement Valls II, rappelle lemondedutabac.com.  Dès lors, il va rencontrer à plusieurs reprises les représentants des buralistes : dans une ambiance toujours cordiale mais sur laquelle pesait le souvenir de l’épisode précédent. Le jeune ministre se risquant encore à évoquer la nécessité d’un report, hypothèse vite oubliée sous la pesanteur de la solidarité ministérielle … Dans ces échanges de l’époque, Emmanuel Macron ne parlait pas encore de l’urgence ‘’d’une génération sans tabac’’ et sa curiosité était surtout aiguisée par les avantages ou les inconvénients de la cigarette électronique : ‘’Brigitte m’en a parlé’’. »

La curiosité présidentielle restera-t-elle aiguisée ? Brigitte, sous les ors de l’Elysée, reparlera-t-elle ?

 

A demain