Brouillards tabagiques : comment ne pas interpréter les statistiques de l’année 2016

Bonjour

« Après une hausse en 2015, l’année 2016 marque un recul de 1,2 % des ventes de cigarettes en France. » Comment ne pas se réjouir ?  Juste sous la barre de 45 milliards de cigarettes livrées l’an dernier aux buralistes dans l’Hexagone – soit une baisse de 1,2 % par rapport à l’année précédente. Ce sont là les chiffres officiels du distributeur unique, Logista. En valeur, le recul des ventes de cigarettes est similaire et atteint 15,17 milliards d’euros.

 « Toute baisse de la vente de tabac correspond à une baisse de la consommation, donc on ne peut que s’en féliciter mais elle pourrait baisser encore plus vite si on augmentait les prix, si on appliquait les lois avec l’interdiction de fumer dans les lieux publics ou encore l’interdiction de vente aux mineurs » commente, auprès de l’AFP, le Pr Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme (CNCT).

L’or et l’argent de la contrebande 

Pour le Pr Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT), « ce recul des ventes est un bon signe, il y a un frémissement mais nous sommes encore en dessous des autres pays européens, qui voient leurs ventes de cigarettes et la consommation diminuer plus rapidement ». Il ajoute que « l’arrivée des paquets neutres sur le marché français dès l’automne, l’opération « Moi(s) sans Tabac » en novembre et l’essor de la cigarette électronique n’ont pas été sans avoir eu un effet sur les ventes de 2016.

Les Prs Dautzenberg et Martinet parlent d’or. Les professionnels du secteur parlent argent. Pour expliquer ces baisses ils accusent leur bête noire : la contrebande, le marché parallèle qui, selon eux, « ne cesse d’augmenter ». Selon une étude de KPMG publiée en juin 2016, il s’établissait, en 2015, à 27,1% de la consommation française. Ce qui est proprement ahurissant.  « Nous avons vraiment le sentiment qu’il s’agit d’un transfert de consommation qui se fait au profit des réseaux officieux car des études montrent que la consommation de tabac ne baisse pas tant que ça en France », observe Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes.

M. Montredon est toutefois quelque peu contredit par le « tableau de bord tabac » de l’Observatoire français des Drogues et Toxicomanies (OFDT). Novembre 2016 (correspondant à la première campagne « Moi(s) sans tabac ») aurait été marqué par une baisse de 3,1 % des ventes (officielles) de cigarettes et de 9,1 % sur le tabac à rouler. Mais l’OFDT pondère :

« Cette baisse doit cependant être interprétée avec précaution car novembre 2015 avait été marqué par une augmentation sensible des ventes de tabac liée probablement en partie à la déclaration de l’état d’urgence qui a réduit les déplacements dans les pays limitrophes ».

Emmanuel Macron et les addictions

Même les buralistes reconnaissent que, concernant les aides au sevrage, l’effet « Moi(s) Sans Tabac », « semble moins discutable ». Les ventes de substituts nicotiniques ont progressé de 28 % par rapport à novembre 2015 « poursuivant la tendance des derniers mois et aboutissant à une hausse en cumul depuis janvier qui atteint 17 % », précise l’OFDT. En novembre 2016, les Français ont aussi été plus nombreux à consulter un tabacologue. Le nombre de patients accueillis a ainsi augmenté de 24,4 % et les nouveaux patients ont également été plus nombreux (+ 6,3 %). La part de démarches personnelles à l’origine de ces visites est à la hausse (44 % en novembre 2016, contre 36 % en moyenne depuis le début de l’année 2016).

On peut voir là un nouveau symptôme de la volonté d’un nombre croissant de fumeurs de briser les chaînes qui les attachent à une substance dont l’Etat détient le monopole de la vente. Et regretter une nouvelle fois l’absence de réelle volonté politique et sanitaire de les aider massivement.

De ce point de vue le tout récent intérêt porté, dans les Hauts-de-France, par Emmanuel Macron à l’alcoolo-tabagisme en terres paupérisées pourrait être comme la première esquisse de prolégomènes d’une nouvelle politique de réduction des risques dans le champ prolifique des addictions. Un bulle d’espérance ? Prenons garde. C’est peut-être là prendre le risque de lendemains moins roses que ceux qu’aujourd’hui l’on nous chante.

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Emmanuel Macron n’est pas Zola : comment parler des gens du Nord et de l’alcoolo-tabagisme ?

Bonjour

Né à Amiens la veille de Noël 1977, Emmanuel Macron n’est pas, précisément, un nordiste. C’est un Picard. Pouvait-il, dès lors, parler comme il l’a fait le samedi 14 janvier dans le Nord-Pas-de-Calais ? Toujours en lévitation, sur les nuages des sondages, le candidat d’En marche ! à l’élection présidentielle y a peint, samedi 14 janvier, un tableau sombre de la situation sanitaire et sociale de l’endroit. Il faut, ici, lire, L’Avenir de l’Artois :

« 15h16 : Emmanuel Macron arrive à la cité minière du fond de Sains, rue de Madagascar. (…) L’ancien ministre visite ensuite une deuxième maison, habitée cette fois-ci. La locataire les invite à rentrer. Il prend le temps de s’intéresser à ses conditions de vie. Un troisième logement doit être vu, situé une rue plus loin. Sur le chemin, une riveraine l’interpelle de sa fenêtre. Il prend le temps d’aller lui serrer la main. Discute, et fait de même avec d’autres riverains. « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » demande-t-il. Emmanuel Macron continue de s’intéresser de près à leur situation et les questionne sur leur emploi car « ici, c’est un secteur où il y a beaucoup de chômage».

Selon lui, la région a été délaissée par l’État par le passé et « la République n’a pas toujours été à la hauteur ». L’ancien ministre souhaite changer les choses. « Après la fermeture des mines, rien n’a été fait. Il est très important de rendre hommage aux personnes qui y ont travaillé. » Pour lui, ce territoire est un lieu stratégique car « c’est une région au cœur de l’Europe ». Elle est cependant face à certains problèmes selon lui : « l’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier. Tout comme l’échec scolaire. Il faut traiter cela en urgence afin de rendre le quotidien de ces personnes meilleur. »

Après deux heures de visite, le leader du mouvement « En marche » se rendait à Hénin-Beaumont. »

Front national et Parti communiste français

N’est pas Zola qui veut. « L’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier »… Du « mépris de classe », selon le maire d’Hénin-Beaumont, Steeve Briois, du « mépris social », selon Florian Philippot. « Qui méprise le peuple, méprise la France » pour secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, sur Twitter.

Du mépris ? A coup sûr l’incompréhension, par le bourgeois, de ce que le pauvre supporte ou pas (il y avait déjà eu, en 2015, l’affaire de l’illettrisme salariés de l’abattoir de porcs Gad, dans le Finistère.). A ce titre M. Macron vient de commettre une faute politique. Restait le rationnel épidémiologique. L’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée a tenté de répliquer dans un communiqué, citant les « territoires paupérisés » et un article de La Voix du Nord de 2015 affirmant que la surmortalité dans le Nord et le Pas-de-Calais atteignait « 29 % chez les hommes par rapport à la moyenne nationale et 22 % chez les femmes » ; c’était s’enfoncer.

Maladresse politique

Et l’ancien ministre de l’Economie de citer des propos tenus par le Dr Jean-Yves Grall (un Breton) alors directeur de l’Agence régionale de santé du Nord-Pas-de-Calais : « une forte précarité socio-économique (RSA, chômage), des habitudes de vie, notamment alimentaires, liées à la précarité, avec leurs conséquences (diabète, obésité), beaucoup d’addictions (alcool, tabac, drogue), qui sont d’ailleurs des marqueurs de la précarité ».

Mieux conseillé Emmanuel Macron aurait pu citer le syndrome d’alcoolisation fœtale décrit pour la première fois au monde (après le Dr Paul Lemoine à Nantes) par le Dr P. Dehaene à Roubaix. On pourrait additionner les chiffres et les publications. Ils n’effaceraient ni la maladresse de l’homme politique jamais élu, ni la sensation d’agression vécue par une population ainsi visée.

A demain

Cigarette électronique et prix du tabac : courage néo-zélandais, inimitable humour français

Bonjour

C’est une information importante glanée sur le site des buralistes – une information venue des antipodes – une information qui vient souligner l’incapacité politique française à oser véritablement lutter contre le fléau esclavagiste du tabac. Après l’Australie c’est la Nouvelle-Zélande qui engage un match capital contre le tabac. Triple Haka : paquet neutre, cigarette électronique et hausse massive des prix. Une hausse que les buralistes qualifient de « disproportionnée ».

En septembre dernier le Parlement néo-zélandais s’était prononcé en faveur du « paquet neutre » avec cent-huit voix pour et treize contre (pour rappel l’écart avait été de deux voix en France). Mais on sait, aux antipodes que l’effacement des images n’est rien sans la montée des prix. Aussi les cigarettes viennent-elles, dans ce pays de faire l’objet d’une augmentation de leur fiscalité de 10 %. Et trois autres hausses de la même importance sont programmées pour les trois prochaines années.

Vingt euros le paquet

L’objectif affiché par le gouvernement est clair et les esclaves du tabac le connaissent : obtenir un bond en avant du prix au consommateur d’un tiers en quatre ans. A ce rythme, le prix moyen du paquet frôlera l’équivalent des 20 euros en 2020. Pragmatisme aidant les pouvoirs publics néo-zélandais prévoient de faire voter une loi qui fera de la cigarette électronique une aide officielle au sevrage tabagique.

« De mémoire, la projection du film « A Billion Lives » a provoqué un électrochoc en Nouvelle Zélande, nous explique Sébastien Béziau, vice-président de Sovape. Entre la vape d’un côté et l’augmentation des prix de l’autre, il est probable que ça pourrait définitivement écraser la clope, par les deux bouts. »

« Environ 15 % de la population adulte néo-zélandaise fument au moins une fois par jour, les Maoris étant parmi les plus fumeurs, soulignent les buralistes ». L’objectif néo-zélandais est de passer sous la barre des 5 % en 2025.Où en sera, alors, la France – elle qui dépasse aujourd’hui les 30% ?

Marisol et son « cher Emmanuel »

 La France, parlons-en… On se souvient des quelques mots du jeune ancien ministre de l’Economie aujourd’hui donné presque favori à l’élection présidentielle : à Nevers Emmanuel Macron vient de se fixer comme « objectif national que la génération qui naît aujourd’hui soit une génération sans tabac ». Or c’était déjà, mot pour mot, le propos tenu par Marisol Touraine il y aura bientôt trois ans lorsqu’elle lança, à la demande de François Hollande, le « programme national de réduction du tabagisme ».

On sait désormais que ce programme est (pour l’heure) un échec total. La cigarette électronique est la grande oubliée du quinquennat, le pouvoir (politique et législatif) ne veut pas entendre parler de hausse des prix et le paquet neutre ne parviendra pas, à lui seul, à éloigner les esclaves de leurs linéaires favoris.

Emmanuel Macron a parlé tabac à Nevers ? Marisol Touraine lui répond aussitôt sur Twitter: « L’objectif est déjà fixé, cher Emmanuel ! Mais tu es le bienvenu. Je n’ai demandé aucun copyright sur cette belle ambition ». Et les buralistes de se gausser de cet échange entre responsables politiques se donnant ainsi en spectacle.

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Prévention : Emmanuel Macron désespérément sec sur l’alcool, le tabac et la e-cigarette

 

Bonjour

François Fillon à la peine, Emmanuel Macron en lévitation : les gazettes ont fait une croix sur les sondages. Elles scrutent désormais les girouettes. On en veut à Fillon d’avoir (presque) caché qu’il avait un manoir, des hectares et des fermiers au bord de la Sarthe. On s’inquiète de l’entendre, dans un mouvement réflexe, (re)dire qu’il est chrétien quand on le cherche sur la Sécurité Sociale.

Face à lui, un ange passe. Emmanuel Macron visitait hier l’hôpital Pierre-Bérégovoy de Nevers. A la clef, un discours fondateur sur ses visions quant à la santé. Deuxième meeting de campagne, des dizaines de journalistes et, au total, « une salle comble de près de mille personnes »… à Nevers… en hiver. Tout nous est rapporté par le site Egora : « Déserts, rémunérations, hôpital… Découvrez le programme santé de Macron ».

« Il a annoncé vouloir intensifier la prévention et modifier le mode de rémunération des médecins. Il souhaite encore ouvrir le numerus clausus et doubler le nombre de maisons pluridisciplinaires de santé. Enfin il veut transformer l’hôpital et généraliser la vente de médicaments à l’unité. »

Rester sur sa faim

Salle électrisée ou pas on reste sur sa faim. Emmanuel Macron, dit-on, séduit les « jeunes ». Il mettra en place un « service sanitaire de trois mois pour tous les étudiants en santé » :

« Ils auront au moins trois mois d’action de prévention. Ils iront dans les écoles, sensibiliser sur le tabac, dans des Ehpad, dans des quartiers défavorisés. Ce service pourra concerner plus de 40 000 étudiants chaque année, et cela ne coûte pas un euro de plus. Ils seront ainsi responsabilisés. »

Attendons. Et qu’en est-il de ce grand « chantier de la prévention » ? On en reste aux généralités exprimées dans un langage nouveau, hors-sol, aérien. La prévention ? Elle « doit permettre de faire de la prochaine génération, la première génération sans tabac ». C’était, déjà le propos tenu par Marisol Touraine il y aura bientôt trois ans lorsqu’elle lança, à la demande de François Hollande, le « programme national de réduction du tabagisme ». Echec radical.

Formons nos bataillons

Emmanuel Macron était secrétaire général adjoint de la Présidence de la République française lorsque François Hollande lança, le 4 février 2014, ce programme. Il était ministre de l’Economie quand Marisol Touraine tenta de le mettre en œuvre- contre la volonté des ministères de Bercy opposés à une augmentation des prix.

Pas de plus beau sujet que le tabac quand on veut parler de santé et de prévention (80 000 morts prématurées par an, première cause de morts évitables). A Nevers Emmanuel Macron n’a pas parlé de politique de réduction des risques. Il n’a pas eu un mot pour la cigarette électronique.

C’était, déjà, la fin. « Les vraies réformes, nous ne les ferons pas contre les Français, en réduisant leurs droits, mais en donnant une place à leur énergie, en la faisant réussir sur nos territoires. (…) Je veux que nous soyons fiers de notre santé, de ce qu’elle doit être au 21ème siècle » a conclu Emmanuel Macron sous les applaudissements. Puis, à Nevers, La Marseillaise fit ce qu’elle sait faire: retentir.

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Paquet neutre : Michèle Delaunay confond déjà le cowboy de Marlboro et le chameau de Camel

 

Bonjour

Les buralistes ne détestent pas brocarder l’une de leur meilleure ennemie : Michèle Delaunay, ancienne ministre aujourd’hui députée (PS, Gironde). Mme Delaunay ne redoutant pas la bagarre cela peut donner quelques échanges musclés. Aujourd’hui le site des buralistes se gausse de l’un des post du blog de la présidente d’Alliance contre le Tabac. Il y est question des innombrables vertus du paquet neutre désormais présents chez dans tous les linéaires des buralistes français.

Ecoutons Mme Delaunay :

« A quoi sert-il ? A diminuer l’attractivité du tabac et à débanaliser ce produit dangereux.

« Le premier effet est évident. Les emballages « anciens » par leur couleur, par leur marque qui a été pendant des années soutenue par des publicités séduisent de manière inconsciente (beau cowboy de Camels, course automobile pour Marlboro..). Les emballages « neutres » prennent à l’inverse et contrairement à leur nom clairement position. Ils sont en effet illustrés par des exemples des pathologies multiples dues au tabac et portent la mention « Fumer tue ». J’ai plaidé à plusieurs reprises pour que cette mention soir remplacée par « le tabac tue un fumeur sur deux », qui laisse moins penser que ce ne sont que « les autres » qui sont concernés mais la formule était sans doute un peu trop longue.

Cette perte d’attractivité joue surtout sur les nouveaux fumeurs, en particulier les jeunes et les femmes, premières victimes actuellement en France des pièges des cigarettiers, en particulier par leur mise en place de produits dans les films. Reconnaissons que le paquet neutre aura peu d’effet sur les fumeurs invétérés. 

La « débanalisation » du produit a un impact plus profond et concerne tout le monde, fumeurs ou pas. Personne n’aurait l’idée de vendre de la mort aux rats dans de jolis emballages couverts de fleurs printanières. Pardon de cet exemple un peu raide, mais c’est exactement symétrique : un produit qui tue un fumeur sur deux peut-il être vendu comme un produit quelconque, sur des linéaires identiques à ceux où l’on vend des bonbons, des shampooings ou encore des livres de poche ? Non, bien sûr. Ce produit ne devrait plus avoir cours dans quelque magasin que ce soit, mais nous en sommes pas encore là, même si c’est inéluctable. »

Psychanalystes en herbe

Les buralistes ont lu Mme Delaunay, et psychanalystes en herbe, ces dealers croient pouvoir percevoir son inconscient. . Ils relèvent le « beau cowboy de Camels ». « On ne lui en tiendra pas rigueur, un lapsus est toujours pardonnable. Ce n’est révélateur que d’un léger trouble. Le cow-boy ? » écrivent-ils.

Plus de cow-boy Marlboro et plus de dromadaires-chameaux dans les linéaires tricolores. Ce dromadaire était né en 1913. Et ce cow-boy avait vu le jour un demi-siècle plus tard. Combien ont-ils entraîné de personnes dans l’esclavage du tabac ? Combien ont-ils tué de ces esclaves ? Les buralistes ne le disent pas.

A demain

Une ancienne ministre socialiste tape sur les doigts des journalistes et des buralistes

Bonjour

Les années passent, les fléaux demeurent. Celui du tabagisme comme celui de l’incapacité politique à trouver une thérapie à cette addiction de masse organisée par un Etat dissocié. Dernière pièce en date :

Acte I. Un entretien accordé au quotidien  Sud-Ouest par Jean-Luc Renaud secrétaire général de la Confédération des buralistes.

Acte II. Les commentaires faits, à la lecture de Sud Ouest, par Michèle Delaunay, ancienne ministre socialiste des  Personnes âgées, aujourd’hui députée (PS, Gironde) et présidente de l’Alliance contre le Tabac.

Acte III. Les commentaires de ces commentaires que l’on peut lire sur Le Monde du Tabac, site des buralistes.

Que dit le patron des buralistes ? Ceci :

 « Nous vendons le paquet neutre depuis le 20 novembre dernier et toutes nos inquiétudes se vérifient. Nous ne constatons pas de diminution de la vente de cigarettes. En revanche, pour nous, les buralistes, c’est un surcroît énorme de travail pour identifier les paquets, qui sont tous identiques, et les ranger. Sans compter le risque d’erreur pour nos clients.

« Si on veut protéger la santé, ce qui est légitime, menons alors une vraie politique de prévention comme en Allemagne, où le tabagisme diminue chez les jeunes alors qu’il n’y a pas de paquet neutre et que la publicité pour le tabac y est autorisée. Ce que nous demandons, surtout, c’est que les fumeurs achètent leur tabac chez nous et que l’État s’attaque vraiment au marché parallèle ».

Que répond Michèle Delaunay ? Cela :

 « Cet article rapporte l’ ‘’opinion’’ d’un buraliste sur le paquet neutre, alors que celui-ci n’est que très partiellement entré dans les linéaires de vente (première apparition le 20 novembre), les débitants ayant le droit d’écouler leurs stocks jusqu’au 31 décembre. On comprend à l’évidence que, utile ou non, il n’a aujourd’hui aucune chance d’avoir pesé le moins du monde sur le volume des ventes.

« Or notre buraliste affirme le contraire. Il a le droit, mais le journaliste a deux devoirs : 1-de l’interroger sur la brièveté du délai et son manque de signification 2- de ne pas mettre son affirmation en encadré au coeur de l’article « nous ne constatons pas de diminution de la vente de cigarettes depuis le paquet neutre ».

« Le contenu de l’interview est,  ‘’as usual’’, un résumé des éléments de langage fournis par les cigarettiers : approximations (« des milliards.. »), vérités falsifiées (1000 fermetures de bureaux de tabac par an alors que beaucoup sont des regroupements ou des relocalisations et que les bureaux de tabac sont les 3èmes commerces de sécurité les plus florissants), déformations de faits (l’efficacité de la prévention en Allemagne), contradictions (sur les ventes illicites)…

« Tout cela, sans avis contraire mis en face à face, comme on le trouve de plus en plus souvent dans les médias écrits, sans droit de réponse, sans question demandant des précisions ou opposant des faits. Le paquet neutre n’est pas LA solution contre le tabac, mais il ne sert certainement pas à rien.

Responsabilité électronique

 « Pourquoi je râle ? Parce que le sujet est trop sérieux pour qu’on accorde une demi-page à un buraliste sans aucun rétablissement des vérités démontrées, ni sans aucune mise en perspective. Parce que, tout simplement, le tabac tue en deux jours autant que l’insécurité routière en un an. Tous les médias aujourd’hui -à raison- insistent sur les risques encourus dans la nuit du 31 décembre et alertent les conducteurs. Devons-nous laisser « l’opinion » d’un seul peser sur l’Opinion en toute impunité ? Les médias ont aujourd’hui une considérable responsabilité concernant les grands enjeux de santé publique qui détruisent nos sociétés de l’intérieur (addictions en tête). Responsabilité qu’ils partagent avec les politiques et dont, les uns et les autres, ils devront répondre.  ‘’Vous saviez et vous n’avez rien fait’’.

Sud Ouest répondra-t-il à l’ancienne ministre ? Le Monde du Tabac s’y emploie « D’ici que Michèle Delaunay émette une proposition de loi imposant la publication d’un avertissement sanitaire chaque fois qu’un buraliste s’exprime dans la presse, il n’y a qu’un pas ». Qui le fera ? Pourquoi Mme Delaunay ne dit-elle rien, elle qui sait, sur sa propre responsabilité quant à son absence d’intérêt pour la cigarette électronique ?

A demain

 

Distribution de drogue : le Conseil d’Etat accepte finalement les paquets neutralisés vert olive

 

Bonjour

L’armée des pro-tabac a perdu une bataille. Les magistrats du Conseil d’Etat a débouté Japan Tobacco International, Philip Morris France, la très vieille Seita, British American Tobacco France, la société Republic Technologies France (sans oublier la Confédération nationale des buralistes de France). Tous demandaient au Conseil d’État l’annulation des quatre décrets et arrêtés qui précisaient « les modalités de mise en place du paquet neutre de cigarettes, prévu par la loi du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé ».

Tout est expliqué sur le site des magistrats du Palais-Royal : « Le Conseil d’État rejette les recours dirigés contre les dispositions relatives au paquet neutre de cigarettes » et sur celui des buralistes en colère .

Passé maître, depuis des siècles,  dans le règlement jésuitique des litiges le Conseil d’État estime que si la mesure « constitue une limitation au droit de propriété en ce qu’elle réglemente l’usage des marques », elle est cependant « proportionnée à l’objectif de santé publique poursuivi par la mise en place du paquet neutre » et qu’elle est « conforme au droit de l’Union européenne ». Qui plus est « cette interdiction ne s’étend pas aux marques nominatives et à la dénomination commerciale qui y est associée, ce qui permet aux acheteurs d’identifier avec certitude les produits concernés ».

Esclavage neurobiologique

Depuis le 20 mai, ces paquets sans logo, de couleur vert olive, voulus par la ministre de la Santé, Marisol Touraine peuvent  être vendus dans l’Hexagone. Les premiers paquets sont arrivés début octobre dans les bureaux de tabac. A partir du 1er janvier on ne verra plus qu’eux sur les présentoirs des buralistes. Le postulat est que celles et ceux qui souffrent d’une addiction au tabac s’en détourneront au motif que la marque n’est plus visible.  C’est là un postulat qui ne résiste guère à tout ce que l’on sait de l’esclavage neurobiologique dans lequel sont les fumeurs de tabac.

Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes dit « prendre acte de cette décision, qui ne nous ravit pas ». « La vente de paquets neutres est une vraie punition au quotidien pour notre réseau en termes de logistique et constitue un risque supplémentaire de marché parallèle » affirme-t-il.  Il faut ici écouter Eric Sensi-Minautier, nouveau directeur juridique (et des affaires institutionnelles) de British American Tobacco :

 « Ce n’est pas vraiment une surprise, dans la mesure où le Conseil constitutionnel avait déjà il y a plusieurs mois validé le paquet neutre. Après, on n’est pas entièrement convaincu, car cette décision revient à dire que l’atteinte au droit de propriété est proportionnée dans la mesure où elle répond à un besoin de santé publique. Mais pour que cela soit justifié, il faudrait encore que le paquet neutre soit efficace. Or l’expérience précédente menée en Australie a montré que cela n’avait pas eu d’effet sur la consommation de tabac. »

Total échec

Peu d’effet ou aucun effet ? Pour les buralistes  «  jamais personne n’a pu apporter la preuve de son efficacité ». Et de citer le dernier sondage en date sur le sujet : 76% des Français estiment que l’instauration du paquet neutre pour lutter contre le tabagisme est inefficace (sondage Odoxa pour Le Parisien / Aujourd’hui en France novembre 2016).

On aimerait, ici, savoir quelle évaluation est prévue sur ce sujet. Qui nous dira si cette mesure aura un impact sur la consommation de tabac ? Le saura-t-on avant les élections présidentielles ? Même si le gouvernement ne le reconnaît pas encore chacun sait, désormais, que le « Programme national de réduction du tabagisme » (lancé il y aura bientôt trois ans par François Hollande) est un échec total. En 2016 environ 80 000 personnes seront mortes prématurément, en France, des conséquences de leur consommation de tabac. Paquet neutre ou pas.

A demain