«La Cigarette du Buraliste» : une profession satisfaite , Marisol Touraine garde le silence

 

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Eventée à dessein dans la nuit l’affaire s’est confirmée dans la journée : le gouvernement français a donné sa bénédiction à une nouvelle marque de cigarettes qui ne sera vendue qu’en France par les buralistes français. Elle s’appellera « La Cigarette du Buraliste ». LCB. Slogan trouvé: « Demandez LCB, la cigarette du vrai fumeur français ! »

Le site des marchands de tabac vient de donner des détails sur l’objet. « Il s’agit d’une initiative forte en réponse au fatalisme qui prédomine par rapport au niveau scandaleux de marché parallèle du tabac que nous connaissons en France, martèlent les patrons de la Confédération. Avec le conseil d’administration, réuni en décembre dernier, nous avions pris à l’unanimité la décision de mettre à disposition du réseau des buralistes un produit destiné exclusivement au marché français. Celui-ci ne sera pas vendu en Andorre, ni aux frontières, ni sur Internet, ni ailleurs. »

Chaque buralistes commandera, ou pas, des cartouches de LCB. « Mais au moins nous avons pris nos responsabilités à travers cette démarche qui frappe tous les esprits, affirment les patrons. Aux pouvoirs publics, maintenant, d’en faire autant en prenant des décisions effectives contre ce marché parallèle qui gangrène nos activités ». Où l’on voit émerger un discours nouveau, les responsables de la Confédération des buralistes traitant d’égal à égal avec les pouvoirs publics.

Goût américain

Il n’est pas inintéressant de voir, ici, les limites étroites du nationalisme. Ainsi les patrons de la Confédération ont-ils traité, ici, directement avec Aziz Tayabi, directeur de la filiale française de la firme allemande Poeschl Tobacco, cinquième acteur du tabac, en volume, sur le marché français. En pratique la Confédération des buralistes est propriétaire de la marque LCB ; le fabricant est KTI (Kings Tobacco International), basé à Plovdiv en Bulgarie où il dispose « d’une usine très moderne » ; Poeschl Tobacco France en assure la promotion dans le réseau, les LCB étant, comme les autres cigarettes, livrées par Logista.

LCB ? Deux versions, rouge et bleu, goût américain. Le mélange comprendra notamment du tabac venant de France. On en sait pas dans quelles proportions. « Le produit apparaît sur la liste actuelle d’homologation des prix, au tarif de 6,60 euros » assure le site des buralistes ce qui laisse clairement entendre que les deux ministères concernés (Budget et Santé) étaient parfaitement informés de l’opération. LCB sera, enfin, lancé « d’ici la fin de l’année ».

Tombent les masques

Pour sa part le Comité national contre le tabagisme (CNCT), dénonce avec force cette initiative :

 « La Confédération des buralistes, qui se taguait d’être avec ses membres un acteur de santé publique, décide de produire directement avec un fabricant bulgare sa propre marque, c’est-à-dire au-delà de la vente contrôlée du produit, de concevoir un produit qui rend les gens gravement dépendants, les rend malades et tue la moitié de ses consommateurs. De surcroît, l’objectif avec un prix annoncé aussi bas est clairement de cibler les jeunes et les populations les plus démunies. Cette annonce révèle que la Confédération n’est pas uniquement porte-voix de l’industrie du tabac, elle est actrice à part entière de l’industrie du tabac. »

Pour le CNCT, les choses sont claires : les masques tombent et l’on voit que les marchands de tabac sont aussi des fabricants. Il est aussi des masques qui ne tombent pas. Ainsi les responsables du Programme national de réduction du tabagisme, Marisol Touraine au premier chef, qui ne commentent en rien cette initiative et son historique intra-gouvernemental. Pourquoi la transparence, tant vantée par ailleurs dans le champ sanitaire, n’est-elle pas, ici, respectée ?

A demain

Véridique : le gouvernement français donne sa bénédiction à «La Cigarette du Buraliste»

 

Bonjour

Le secret est enfin éventé. Tout vient d’être opportunément révélé par Le Figaro (Ivan Letessier) « Les buralistes lancent leurs propres cigarettes »  ainsi que sur RTL (Martial You). Où l’on découvre que derrière l’affichage officiel d’un « Programme de réduction du tabagisme » le gouvernement français ne veut mener aucune véritable politique pour contrer la dynamique d’un marché qui se joue de la santé publique. Et l’on franchit ici, au-delà de l’incurie, les frontières de l’absurdité.

Les faits. Lors d’un séminaire exceptionnel réunissant, aujourd’hui 29 mars, tous les présidents de chambres syndicales départementales de buralistes va être annoncé le lancement de « La Cigarette du Buraliste » : « la seule cigarette que l’on ne retrouvera que sur le marché français ». « Nous avons la garantie que cette cigarette ne sera commercialisée qu’en France, dans le réseau des buralistes, et pas dans les pays voisins aux frontières ni sur Internet, expliquera le président de la Confédération à ses confrères marchands de tabac. C’est un signe fort envoyé à ceux qui nous expliquent que l’on ne peut rien faire contre le marché parallèle. Nous n’avons pas l’intention de nous résigner devant ce que certains semblent considérer comme une fatalité ».

Allemagne et Bulgarie

La cigarette LCB sera produite en Bulgarie mais, dit-on, « en partie avec du tabac français ». « Le 1er février, la ministre de la Santé et le secrétaire d’État au Budget ont homologué quatre références de la marque LCB, qui sera commercialisée dans les prochaines semaines, révèle Le Figaro. ‘’La Cigarette du Buraliste’’ est une marque de distributeur (MDD) sur le modèle des groupes de distribution agroalimentaire qui développent des gammes au nom de leur enseigne (Carrefour, Casino, Monoprix Gourmet, U) et labels exclusifs (Marque Repère chez Leclerc, Reflets de France chez Carrefour, Jean Rozé chez Intermarché…). »

 

Le patriotisme a ses limites : les buralistes, nous dit Le Figaro, se sont associés à la filiale française de l’allemand Poeschl, cinquième acteur du tabac sur le marché français en volume, avec 4,9 millions d’euros chiffre d’affaires en 2015. Poeschl, qui exploitera LCB sous contrat de licence avec la Confédération des buralistes, est surtout connu pour sa marque « Corset », que Marisol Touraine a décidé de faire interdire à compter de janvier 2018. Et pour produire la LCB, Poeschl est associé à KT International, héritier du monopole bulgare du tabac.

Que penser d’une situation qui verra les buralistes, détenteur du monopole de la distribution de cigarettes, commercialiser leur propre marque ? Quel impact sur la santé publique ?  Interrogé par Le Figaro sur la dimension paradoxale de cette initiative, le cabinet de Christian Eckert, ministre du Budget a renvoyé sur celui de Marisol Touraine, qui a renvoyé sur celui de Christian Eckert… Les deux ministres garderont le silence. On ne saurait mieux dire l’incohérence. On ne saurait mieux dire l’incurie.

A demain

 

Cigarette électronique, tabac et réduction des risques : le quinquennat qu’il ne fallait pas

 

Bonjour

Une nouvelle étape, politique, vient d’être franchie dans la jeune histoire de la cigarette électronique. Les conclusions du deuxième « Sommet de la Vape » organisé le 20 mars à Paris 1 ont, estiment ses organisateurs, permis d’établir un « consensus absolu » entre (quelques) instances dirigeantes de santé publique, les sociétés savantes, les usagers et les professionnels du secteur. Et ce consensus peut être formulé en une phrase, à la fois médicale et politique : « la vape est un outil de réduction des risques tabagiques ».

« Il est remarquable de constater qu’il n’existe plus de discussions pour affirmer que vapoter est une réduction de risque très importante pour un fumeur, même s’il existe des divergences d’avis parmi les participants au sommet de la vape sur d’autres points. Recommander la vape à un fumeur comme moyen de sortie du tabac apparaît bénéfique au plan individuel pour l’ex-fumeur et pour la société.

« Il existe un consensus pour affirmer que fumer et vapoter n’est pas un objectif à long terme et qu’il faut que les ‘’vapo-fumeurs’’ aient comme objectif (sans forcément de délai) l’arrêt complet du tabac. (NB : Des études sont nécessaires pour mieux connaître les moyens de devenir vapoteur exclusif – comme sur beaucoup de points). »

Perversité de la précaution

Tout n’est certes pas rose. Sur la question du « vapotage au long cours » il existe un désaccord. D’une part des vapoteurs affirment que vapoter leur permet de rester à l’écart de la consommation de tabac et leur sauve la vie. D’autre part des « acteurs de santé » affirment que bien que le danger soit très inférieur à celui du tabagisme, le risque n’est pas nul. A ce titre ils ne peuvent que recommander l’arrêt « un jour » de la vape.

S’il existe, aussi, un consensus pour que soient établies des règles concernant le vapotage dans les lieux à usages collectifs, des divergences fortes demeurent quant aux moyens pour parvenir à cet objectif : l’éducation et la civilité, le règlement des établissements, le marbre de la loi.

« La crainte de la population sur les dangers de la vape est totalement irrationnelle, ajoutent, en conclusions les organisateurs de ce Sommet. Cette peur irrationnelle prise au nom du ‘’principe de précaution’’ conduit de nombreux fumeurs à ne pas quitter le tabac, alors qu’arrêter de fumer sauve des dizaines de milliers de vie. Pour les autorités et acteurs de santé, respecter le ‘’principe de précaution’ c’est favoriser tout ce qui permet de sortir du tabac, et donc la vape. »

Remarquables absences

Il existe, enfin, un consensus des participants pour souhaiter que la vape ne soit pas un produit d’entrée en tabagisme chez les adolescents. Mais force est bien de constater, en ce début d’année 2017, qu’aucune donnée solide n’est venue conforter l’hypothèse que la vape constitue une augmentation du risque d’entrée en tabagisme.

Reste la dynamique: les divergences se sont beaucoup réduites depuis le premier sommet de la vape 2016.  Les organisateurs expliquent avoir « particulièrement apprécié les présences »  du Pr Benoît Vallet, Directeur général de la Santé (pour la deuxième fois) et du Dr Nicolas Prisse, Président de la MILDECA ». Etaient aussi, très remarquablement absents : la Haute Autorité de Santé, l’ANSES, Santé publique France et Tabac Info Service. Sans parler de Marisol Touraine, ministre de la Santé.

Autant d’absences qui doivent être interprétées comme d’éclairants symptômes. Ceux de la déconnexion, à bien des égards tragiques, du politique et de la réalité – déconnexion de l’action politique et du pragmatique. Et ce alors même que seul le dialogue entre les différents acteurs permettrait de prévenir, progressivement, un nombre considérable de morts prématurées dues à la consommation de tabac. De ce point de vue le quinquennat qui s’achève est la parfaite illustration de ce que le prochain ne doit pas reproduire.

A demain

1 « Sommet de la Vape » est un événement dont l’indépendance est assurée par un financement participatif organisé sur Internet par l’association SOVAPE auprès de citoyens donateurs, sans l’aide d’aucune industrie. Comité d’organisation : SOVAPE, Pr Didier Jayle, Jacques Le Houezec  et le Bertrand Dautzenberg. L’auteur de ces lignes a participé à l’animation de l’une des tables rondes.

Tabac : Nicolas Dupont-Aignan reste sec sur la santé publique et la cigarette électronique

Bonjour

La politique ? « Cabinet noir », trahisons et spectacles indignes de la télévision publique… Et puis, en marge de cette régression épidémique, les échanges entre les buralistes et les candidats à la magistrature suprême. Nous avons lu les lettres de François Fillon et d’Emmanuel Macron aux vendeurs de tabac. Aujourd’hui leur site nous offre, dans son intégralité, le message que vient de leur faire passer Nicolas Dupont-Aignan.

Nicolas Dupont-Aignan, 56 ans se réclame du gaullisme et du souverainisme. Il parle haut et fort, fut successivement membre du Rassemblement pour la République (RPR), du Rassemblement pour la France (RPF) et de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), avant de fonder et présider Debout la France (DLF), anciennement Debout la République.

Clé sous la porte

Que peut dire aux buralistes celui qui a recueilli 1,79 % des suffrages exprimés à l’élection qui vit le sacre de François Hollande ? Des choses comme celle-ci :

« Un nombre accru d’entre vous, buralistes et représentants des buralistes de France m’alerte, mois après mois, sur votre situation devenue de plus en plus difficile. Je me dois donc de vous écrire afin de vous dire mon appui. Votre maillage important sur l’ensemble du territoire fait de vous un acteur de proximité social et économique essentiel, mais vous êtes toujours plus délaissés par la classe politique actuelle. »

 Ou encore ceci :

« Le matraquage fiscal mené par François Hollande vous étouffe et conduit bon nombre d’entre vous à mettre la clé sous la porte. Je me suis toujours battu à l’Assemblée nationale pour que les charges pesant sur les petites et moyennes entreprises soient réduites. Ce n’est pas à vous de payer les pots cassés de 30 ans de gestion hasardeuse des comptes publics. »

 Sans oublier l’incantation rituelle aux frontières et barrières douanières :

« Vous subissez l’impuissance de l’État et la réglementation européenne. Vous êtes exposés à une concurrence déloyale que je ne peux tolérer contrairement à nos actuels dirigeants. Les règles d’importation de tabac en UE et la suppression des frontières favorisent les trafics de tabac : la Cour de Justice de l’UE nous a imposé la suppression des seules barrières qui empêchaient le transport massif de tabac par les particuliers. »

Libération fraternelle

Ceci posé, que faire du tabac (80 000 morts prématurées chaque année) à l’intérieur de nos frontières retrouvées ? Organiser une libération fraternelle de celles et ceux devenus dépendants du fait, pour partie, de l’Etat ? Bâtir (enfin) une politique pragmatique de réduction des risques ? Agir en usant du puissant levier que pourrait être la cigarette électronique ? S’inspirer des modèles développer avec succès au Royaume-Uni ou en Australie ?

M. Dupont-Aignan à bien d’autres préoccupations. C’est la lutte (à intensifier) contre le marché parallèle. C’est aussi la sécurité (à renforcer avec police et vidéosurveillance) des buralistes. Sur ce sujet il a ce mot, terrible, dont on voit assez mal en quoi il peut s’inspirer du gaullisme et de la République  :

« De récents événements ont conduit certains de vos collègues à faire leur propre loi : je n’approuve bien entendu pas cette méthode, mais sachez que je la comprends. »

 Puis il aborde le seul sujet où le gouvernement a, ces cinq dernières années, tenter d’agir en matière de tabac : le paquet neutre. Cela donne ceci :

Deux paquets de tabac étranger

« Dans la concurrence internationale, la France doit combattre à armes égales. Le paquet neutre créé une distorsion de concurrence insupportable qui fragilise une filière économique entière. Nos dirigeants actuels sont si peu soucieux des intérêts des Français qu’ils sont prêts à prendre des décisions plus restrictives que les règles européennes sur le paquet neutre. »

Les buralistes auront bien compris le message. Avec, en prime, la future restriction à deux paquets par personnes pour ce qui est de européens l’importation de tabac des pays voisins. Un dernier message, pour la route :

« Les 23 avril et 7 mai a lieu l’élection présidentielle. Elles seront pour vous, professionnels buralistes, l’occasion de vous faire entendre et d’influencer les orientations que prendra votre activité pour les années à venir. On ne résout pas les problèmes avec ceux qui les ont causés ».

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Avant l’été Marisol Touraine aura libéré quelques terrasses de café de la fumée de cigarettes

 

Bonjour

« Ma terrasse sans tabac ». Voilà, une nouvelle fois, une bonne intention individuelle qui signe l’absence d’une réelle volonté politique. Et une nouvelle fois, des mots masquent l’essentiel du réel – quand ils ne le tordent pas.

« Ma terrasse sans tabac »… Que recouvre cette formule lancée dans l’attente du printemps ?

« Pour que chacun puisse profiter des espaces extérieurs des cafés et restaurants sans subir la fumée du tabac, Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, lance aujourd’hui l’opération ‘’Ma terrasse sans tabac’’. Ce dispositif inédit, auquel les représentants des professionnels de l’hôtellerie, de la restauration et des débits de boissons ont été étroitement associés, doit permettre aux Français d’identifier les terrasses qui proposent des espaces totalement ou partiellement libérés de la fumée. »

Participatifs

« Ma terrasse sans tabac » ? Le slogan s’appuie sur une charte signée par les cafetiers et restaurateurs. A travers elle, ces professionnels s’engagent à « créer un environnement non-fumeur sur leur(s) terrasse(s) ». Mais aussi et à sensibiliser leurs salariés sur les enjeux de la lutte contre le tabagisme. Et encore ? En contrepartie, les établissements signataires sont référencés gratuitement sur le site materrassesanstabac.com et sur l’application mobile disponible sur Apple Store et sur Google Play. « Participatifs, le site et l’application permettent à chacun de rechercher des établissements qui adhèrent à cette charte et disposent d’une terrasse sans tabac, mais également de proposer un lieu pour une future adhésion » explique la ministre à l’attention des connectés.

Les communicants sont comme toujours à la manœuvre :  un « kit de communication dématérialisé » (sic) destinés aux responsables d’établissements sera transmis aux établissements signataires. Dès le 22 mars, 72 000 « cart’com » visant à sensibiliser les clients des bars et restaurants et à promouvoir le dispositif seront diffusées dans trois cent-trente lieux à Paris et près de deux cent-cinquante à Bordeaux, Lyon, Marseille, Toulouse, Montpellier, Nantes et Strasbourg.

Essoufflement

S’auto-félicitant comme souvent, la ministre de la Santé ne craint pas de voir dans son opération « un outil précieux de soutien aux anciens fumeurs et aux personnes souhaitant arrêter le tabac ». Elle estime aussi, avec son opération-terrasses « compléter l’arsenal de mesures et dispositifs mis en place par le Gouvernement pour sensibiliser à l’arrêt du tabac ». Et de citer, en boucle, fois le « triplement du remboursement des substituts nicotiniques », « l’opération « Moi(s) sans tabac », ou encore « des mesures pour faciliter la démarche d’arrêt des femmes enceintes et éviter la reprise après la grossesse ».

Reste, au-delà des mots, l’essentiel,  comme vient de le rappeler la chronique de la cigarette électronique :  16 millions de fumeurs de tabac en France – 32% des personnes âgées de 15 à 85 ans. L’absence d’une volonté politique, le refus d’une action massive et durable sur les prix et d’une prise en charge globale de ceux qui veulent en finir avec cet esclavage addictif.

Cette « opération-terrasses » témoigne de cette incurie : elle se situe à l’extrême périphérie des actions législatives et réglementaires qui, en France et depuis un quart de siècle, ont avec succès éloigné la consommation de tabac des sphères collectives. De ce point de vue elle signe, paradoxalement, une impuissance, un essoufflement, la fin d’une politique.

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Cigarette électronique dans les espaces publics : honteux comme un vapoteur en France

 

Bonjour

C’est un communiqué de presse politique diffusé par une filiale d’un géant mondial du tabac (Imperial Brands, ex-Imperial Tobacco). Le géant a fait travailler un autre géant (Kantar Millward Brown) pour l’une de ses marques (« blu ») dont il dit qu’elle est en position de leader sur le marché mondial de l’e-cigarette 1. Où l’on apprend que les vapoteurs français seraient, au monde, les moins enclins à utiliser la cigarette électronique en public.

On y apprend aussi que l’incurie politique française concernant la lutte contre le tabac fait que notre pays (16 millions de fumeurs de tabac – 32% des personnes âgées de 15 à 85 ans) constitue « un fort potentiel pour le développement de l’e-cigarette ». Le géant du tabac en sait plus sur le sujet que les autorités sanitaires françaises. Il nous dit aussi qui sont, en France, les utilisateurs de vaporettes : pour la plupart de jeunes adultes (43 % sont âgés de 18 à 34 ans, 40 % de 35 à 54 ans, avec un âge moyen de 37 ans) et plus de la moitié d’entre eux ont débuté leur consommation au cours des douze derniers mois.  Le géant sait aussi que les vapoteurs français s’avèrent les utilisateurs les plus réguliers, avec 49 % d’utilisateurs quotidiens.

 Réticences françaises

Et encore : « Cependant, les vapoteurs français sont les plus réticents à utiliser leur cigarette électronique en public alors même que 55% d’entre eux jugent l’e-cigarette socialement plus acceptable que le tabac. Seuls 45% des vapoteurs français se sentent à l’aise quand ils utilisent leur e-cigarette lors d’un concert ou d’un événement en plein air – contre 63% des vapoteurs américains (52% au Royaume-Uni). 51% des vapoteurs français se sentent à l’aise quand ils utilisent leur e-cigarette dans un lieu de plein air fréquenté par des non-fumeurs / vapoteurs – contre 60% des vapoteurs américains (54% au Royaume-Uni). 29% des vapoteurs français se sentent à l’aise pour vapoter au travail, un taux inférieur à tous les autres pays. »

Pour le géant du tabac les choses sont claires. Cette attitude, explique Sergio Giadorou, « directeur France » de « blu », est liée au climat qui entoure le marché. « En France plus qu’ailleurs, les autorités ne font pas de différences entre tabac et vapotage, explique-t-il.  Les vapoteurs sont soumis aux mêmes règles et pénalités, alors que de nombreuses d’études s’accordent à reconnaître les cigarettes électroniques comme nettement moins nocives que le tabac. Il est important que les vapoteurs français soient encouragés à poursuivre sur la voie de la e-cigarette Le fait de montrer au public que les autorités, comme en Grande- Bretagne, considèrent le vapotage comme préférable au tabac aidera à lever l’ambiguïté qui entoure cette catégorie de produits et augmentera la confiance ».

Modèle britannique

Le géant du tabac dit encore, au vu de du Royaume Uni, qu’un cadre légal plus favorable peut contribuer à changer la donne. « Au Royaume Uni, la législation tient compte des avis favorables sur la cigarette électronique émis par les autorités de santé nationales, souligne-t-il.  Et la réglementation résultant de la transposition de la Directive européenne établit une claire distinction entre le tabac et les produits de vapotage. Un document cadre publié en février 2017 par le « Committee of Adverstising Practice » (CAP) fait également la différence entre produits du vapotage contenant de la nicotine, ne contenant pas de nicotine et les produits de vapotage titulaires d’une licence médicale. » Et ce géant d’enfoncer le clou contre la France :

« Pour les produits de vapotage ne contenant pas de nicotine, la publicité est autorisée en Grande-Bretagne, sous réserve qu’elle ne fasse pas indirectement la promotion d’un produit nicotiné, opère une distinction entre cigarette électronique et cigarette conventionnelle, n’encourage pas les non-fumeurs à se mettre au vapotage et ne soit pas conçue pour plaire aux individus mineurs. Le vapotage est également autorisé dans presque tous les lieux publics.

 « Le fait de montrer au public que les autorités considèrent le vapotage comme préférable au tabac – en étant plus explicite sur l’autorisation de vapoter dans les lieux publics et en permettant davantage de publicité – aidera à lever l’ambiguïté qui entoure cette catégorie de produits et augmentera la confiance. Nous espérons que les autorités en France tireront les mêmes conclusions. »

Où l’on voit qu’un géant du tabac peut, au nom de ses propres intérêts, rejoindre la position de ceux qui œuvrent au service de la politique de réduction des risques. Et qu’étrangement les deux parties peuvent ne pas (encore) être entendues par celles et ceux qui ont en charge la santé publique.

A demain

1 « blu » se présente comme « un pionnier de la cigarette électronique » et vante ses mérites en ces termes  :   « Lancée en 2009 dans une optique inconditionnelle de la satisfaction du consommateur et l’ambition d’être le meilleur, blu fait plus que d’offrir des produits de vapotage de haute qualité. La marque travaille avec soin à réellement satisfaire ses clients, en désignant des produits conçus pour le consommateur adulte. blu est disponible en ligne et en boutiques sur les quatre plus grands marchés de vapotage à travers le monde, USA, UK, France et Italie. Elle propose une diversité de saveurs qui peuvent être appréciées sous la forme de kits rechargeables ou jetables. La marque blu appartient à Fontem Ventures, une filiale du groupe Imperial Brands, dont les sièges internationaux se situent à Amsterdam (Pays-Bas) et Charlotte (Caroline du Nord, USA).»

Révélations: les promesses d’Emmanuel Macron et de François Fillon aux vendeurs de tabac

 

Bonjour

Lendemain du « grand ‘’débat’’ télévisé sans précédent sous la Vème République ». Exposés et catalogues, postures et quelques invectives. Une « pudeur de gazelle »… Les commentateurs décryptent, soupèsent les scores des acteurs. De quoi se souviendra-t-on ?

En marge de ce spectacle de masse existent, en coulisse, des échanges éclairants. Le site des buralistes révèle pour sa part les deux courriers adressés à Pascal Montredon, président de leur Confédération. Le premier est signé de François Fillon. Il faut lire, dans le détail, ce courrier. Extraits donnés par le site :

 « Le réseau des débitants a un rôle économique et social crucial à jouer (…) je suis très attaché au maintien de son monopole dans la distribution du tabac ainsi qu’au développement et à la diversification de vos activités (…)

 « Je souscris à votre proposition de grand plan de lutte contre le marché parallèle du tabac. Avec notamment une meilleure coordination entre les services douaniers et les autres forces de l’ordre sur le terrain ainsi qu’une vraie sensibilisation de l’opinion publique. Je souhaite engager la France, comme le préconise l’OMS, et conformément à la Directive européenne qui devra s’appliquer dans les meilleurs délais, dans une logique de traçabilité de l’origine des paquets de cigarettes jusqu’au buraliste (…)

 « Il faudra aussi évaluer la mise en place du paquet neutre pour en mesurer l’efficacité réelle. En fonction de cette évaluation, aucune option n’est à écarter. L’essentiel étant que nous soyons au même niveau de normes que nos voisins européens ».

Gazelles et cigarette électronique

 Le second courrier est signé d’Emmanuel Macron. Extraits :

 « Les buralistes sont au cœur des mutations professionnelles et sociales qui caractérisent notre époque. Ces mutations sont porteuses de risques pour vos diverses activités, mais elles sont également porteuses d’opportunités : c’est la raison pour laquelle, si je suis élu président de la Républiqueje souhaite vous accompagner dans cette transition (…)

 « Il existe aujourd’hui une part non négligeable du tabac, consommé dans notre pays, près de 30 % selon les études que vous m’avez adressées, qui provient du marché parallèle (…) En plein accord avec le traité de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) que l’Union européenne a ratifié cet été, j’entends faire de la lutte contre ces pratiques illégales une priorité (…)

« Je sais également votre préoccupation concernant la pérennité du monopole de distribution du tabac. Il est à mes yeux indispensable que cette exclusivité ne soit pas remise en cause (…) Les objectifs que j’ai fixés dans mon projet présidentiel en matière de lutte contre le tabagisme seront donc nécessairement atteints avec vous et grâce à vous (…)

 « De même, je suis sensible à votre volonté de diversifier vos activités. L’État a pris des engagements concernant cette diversification et je veux que nous puissions maintenant les mettre véritablement en œuvre (…) À ce titre, le succès du Compte Nickel démontre à quel point vos confrères peuvent être les acteurs d’innovations technologiques et sociales ».

Pudeurs de gazelles. Positions communes quant à la priorité donnée à la lutte contre le marché parallèle de tabac. Maintien du monopole. Rien sur la cigarette électronique ni sur une politique de réduction des risques contre la « première cause de mortalité prématurée évitable ». Pour qui voteront les 24 860 buralistes de France ?

A demain