Confinement, alcool et violences familiales : non, l’Etat ne doit surtout pas interdire la vente

Bonjour

25/03/2020. Voilà le parfait exemple la fausse « bonne idée ». Le préfet de l’Aisne a pris la décision d’interdire toute vente d’alcool à emporter en cette période de confinement généralisé. Ce pour « éviter les troubles et les violences notamment intra-familiales ». « A part promouvoir, dans ce département, la distillation au domicile et surcharger les urgences et services hospitalier pour delirium tremens, je ne vois guère l’intérêt de cette mesure préfectorale » commente le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions.

« Cette décision, qui part de l’affichage d’une bonne intention, n’est pourtant pas aussi pertinente qu’on pourrait le penser a priori, explique l’Association nationale de prévention en alcoologie et en addictologie (ANPAA). En effet, si l’alcool est souvent impliqué dans la survenue de violences familiales, comme facteur favorisant ou causal, cela ne saurait justifier l’interdiction totale à l’ensemble d’une population. » Et ce pour cinq raisons majeures :

  1. Si le confinement peut exacerber les tensions familiales, et éventuellement les violences, dans certains couples, ce n’est évidemment pas le cas dans la très grande majorité des familles qui vivent cette période avec les difficultés que nous connaissons tous, mais sans verser dans l’agressivité envers son conjoint ou ses enfants.
  2. Certaines familles sont à risque de conflits aigus voire de violence, et le confinement, avec ou sans alcool, peut aggraver ces situations, mais il n’y a rien d’automatique, en tout cas rien de démontré.
  3. La cessation de la vente d’alcool va entraîner chez certains buveurs dépendants des phénomènes de sevrage aigu, pouvant aller jusqu’au delirium tremens, dont les conséquences peuvent être plus sérieuses que le maintien de la consommation, même excessive.
  4. Tous les buveurs dépendants ne sont pas violents et toutes les personnes violentes n’ont pas besoin de l’alcool pour passer à l’acte.
  5. Les buveurs, excessifs ou non, qui ne souhaitent pas arrêter, vont pour une partie aller dans le département voisin, au risque de rompre le confinement et de diffuser le virus, sans compter les éventuelles conséquences sur la sécurité routière si l’on commence à consommer sur le parking du supermarché avant de reprendre le volant, ou sur le trajet du retour au domicile. L’interdiction va avoir une incidence sur les personnes qui, même en cette période de confinement, respectent les repères de consommation et qui n’ont pas envie de se priver du plaisir indéniable que l’alcool peut procurer.

« Il est hors de question de minimiser le rôle de l’alcool dans les violences intra-familiales, mais la décision du préfet de l’Aisne n’apporte pas de véritable solution et crée de nombreux autres problèmes qui n’ont manifestement pas été pris en compte, observe fort justement l’ANPAA La maîtrise des risques, plutôt que la prohibition qui a démontré son inefficacité, paraît plus nécessaire que jamais. »

Il faut aussi, face à cette question majeure, prendre connaissance de la réflexion majeure menée par la Fédération Addiction sur le thème : « Usages et addictions en temps de confinement  » 1. Nous en publions des extraits ci-dessous :

«  En ces temps de confinement, la question des usages de substances se pose de façon accrue pour tout un chacun. On peut distinguer trois publics qui nécessitent chacun des postures et actions spécifiques .

« Pour les personnes malades : L’addiction est un enfermement, une prison dont les personnes peinent à s’extraire alors même que leur vie en devient impossible. On a longtemps cru les aider à en les enfermant dans des hôpitaux ou des asiles mais ça n’a pas marché… Le présent nous frappe.  Pour les millions de Français dépendants de substances, légales ou non, le confinement pose avec une nouvelle acuité l’éternel problème de gérer une dépendance dans un contexte de crainte de pénurie. La réponse peut paraitre simple : il suffit d’arrêter. Cette idée, illustrée par quelques réactions s’étonnant de voir l’accès au tabac et à l’alcool préservés alors qu’il est si difficile de trouver des masques, des gels HA et parfois même des produits de première nécessité, réactive le mythe du « ce n’est qu’une histoire de volonté » et de la prohibition comme solution. Le confinement en deviendrait l’instrument, une sorte d’abstinence obligée grâce à une claustration salvatrice. Or c’est l’inverse qui nous semble être nécessaire : il faut assurer une garantie absolue d’approvisionnement en produits de dépendance, pour pouvoir ensuite aider ceux qui le souhaiteront à réduire ou à arrêter.

« Cela repose sur un constat pragmatique : l’angoisse cardinale de l’addict est celle du manque. Et l’angoisse, le stress sont les moteurs essentiels du besoin irrépressible de consommer, du « craving ». Cette situation d’angoisse du manque est donc non seulement à calmer en soi pour apaiser le patient mais aussi pour réduire l’intensité du craving et donc les risques de débordements, d’agressivité, de troubles du comportement, de violences, de prises de risques, d’overdoses, etc.

« Nous avons donc approuvé sans réserve la poursuite de l’approvisionnement en tabac et en boissons alcoolisées, et regretté de n’être pas plus avancés sur une régulation du cannabis. Mais s’il faut garantir l’accès, il est tout aussi important d’accentuer et de garantir l’accès aux différentes aides : nous avons demandé et soutenu la réouverture des boutiques de « vape », tout en les invitant à organiser un accueil sécure des usagers, et avons demandé l’extension des dispositions de l’arrêté du 14/03/20 sur les traitements chroniques, aux Traitements de Substitution aux Opaciés (TSO) et même aux stupéfiants prescrits de manière chronique (Skenan, Ritaline…). Cela a été entendu rapidement et intégré dans le nouvel arrêté du 20/03 pour les TSO !

« Les accompagnements thérapeutiques ont été proposés sous forme de consultation téléphonique et autres supports virtuels. Souvent improvisés, ils ont immédiatement reçu un accueil favorable de patients dont l’angoisse est d’autant plus pesante que le confinement leur impose parfois une promiscuité des contextes familiaux problématiques. Et les questions sociales, notamment de perte de revenus, sont aussi traitées sur ce mode, en lien avec les administrations concernées. (…)

« Pour les personnes cumulant situation de précarité et addictions Le confinement des sans-abris ne déroge pas à ces principes : si l’on veut qu’ils intègrent les « Centres d’hébergement spécialisés » dits de « desserrement », il faut leur garantir l’approvisionnement en tabac, alcool, benzodiazépines, TSO, etc. C’est une condition sine qua non pour qu’ils acceptent d’y entrer et d’y rester et pour que les troubles du comportement soient limités. Cette approche de Réductions des Risques (RDR) pourra aider certains à souhaiter aller plus loin et à « décrocher ». Là encore, les retours de cette première semaine de confinement vont dans ce sens dans des Centres de Soins d’Accompagnement et de Préventions des Addictions (CSAPA) résidentiels réalisation un accompagnement RDR alcool (Ferme Merlet du CEID en Aquitaine, par ex.) : les niveaux de consommation d’alcool baissent, malgré le stress, parce que beaucoup de résidents confinés se disent que c’est l’occasion ou jamais d’arrêter. Et ils le pensent d’autant plus qu’on ne leur demande pas de le faire.

« Pour les personnes cumulant situation de précarité et addictions. Le confinement des sans-abris ne déroge pas à ces principes : si l’on veut qu’ils intègrent les « Centres d’hébergement spécialisés » dits de « desserrement », il faut leur garantir l’approvisionnement en tabac, alcool, benzodiazépines, TSO, etc. C’est une condition sine qua non pour qu’ils acceptent d’y entrer et d’y rester et pour que les troubles du comportement soient limités. Cette approche de Réductions des Risques (RDR) pourra aider certains à souhaiter aller plus loin et à « décrocher ». Là encore, les retours de cette première semaine de confinement vont dans ce sens dans des Centres de Soins d’Accompagnement et de Préventions des Addictions (CSAPA) résidentiels réalisation un accompagnement RDR alcool (Ferme Merlet du CEID en Aquitaine, par ex.) : les niveaux de consommation d’alcool baissent, malgré le stress, parce que beaucoup de résidents confinés se disent que c’est l’occasion ou jamais d’arrêter. Et ils le pensent d’autant plus qu’on ne leur demande pas de le faire.

Pour les personnes confrontées aux stress et angoisses du confinement Enfin, nous avons aussi le souci d’utiliser en population générale les acquis du Dry January pour aider à ne pas trop « consommer », dans un contexte anxiogène pour tout un chacun : les acquis de ce premier DJ aident à ne pas faire passer la lutte contre l’angoisse par les seuls e-apéro, à utiliser les groupes sur internet, comme aussi pour le tabac « Jenefumeplus » et autres Tabac InfoService, réactiver les stratégies apprises pour gérer ses moments sensibles. Sans donner de leçons ni stigmatiser, c’est une excellente occasion de réfléchir aux effets de la démesure humaine dans la crise actuelle et de ne pas persévérer dans l’erreur, en réapprenant la maîtrise de soi, l’écoute des émotions, notamment dans ces fins de journées, après ces stress d’un quotidien menaçant. »

A l’heure où nous écrivons ces lignes nous apprenons que le préfet de l’Aisne a finalement renoncé à sa décision d’interdire toute vente d’alcool à emporter. On le remerciera pour avoir, à son corps défendant, alimenté cette somme de réflexions sur le confinement imposé et l’esclavage des addictions.

A demain @jynau

1 Jean Michel Delile, Psychiatre, Président de la Fédération Addiction Jean Pierre Couteron, Psychologue, Porte-parole de la Fédération Addiction Christian Andréo, directeur Addixio, animateur réseaux sociaux dryjanuary

Vapotage : Olivier Véran a bien autorisé la vente des e-cigarettes dans les magasins spécialisés

Bonjour

18/03/2020. L’annonce, disons-nous, ne devait pas tarder. C’est fait : « Arrêté du 17 mars 2020 complétant l’arrêté du 14 mars 2020 portant diverses mesures relatives à la lutte contre la propagation du virus covid-19 ».

Olivier Véran, ministre de la Santé vient d’autoriser la poursuite de commercialisation des cigarettes électroniques et du matériel de vapotage dans les boutiques spécialisées. Une mesure salutaire car s’inscrivant pleinement dans une politique des réduction des risques – étant donné que les buralistes étaient autorisés, durant l’actuelle période de confinement contre un virus pathogène à fort tropisme pulmonaire, à poursuivre la commercialisation de tous les produits du tabac.

A demain @jynau

Olivier Véran devrait autoriser la réouverture des boutiques de cigarettes électroniques

Bonjour

17/03/2020. Dans le contexte de guerre sanitaire et de confinement c’est, aussi, une mesure de santé publique et de réduction des risques. Les arrêtés pris par le gouvernement concernant l’ouverture des commerces de détail autorisent la vente des produits du tabac chez les buralistes. Mais rien n’était dit quant aux commerces concernant les cigarettes électroniques et les produits de vapotage – une activité qui concerne plusieurs centaines de milliers de personnes et qui leur permet de ne pas consommer du tabac.

Chacun, ces derniers jours, a pu constater  que les boutiques de vape ne pouvaient plus recevoir de public, même si elles pouvaient, éventuellement prendre des commandes et livrer des clients. En d’autres termes elles étaient fermées – contrairement aux bureaux de tabac et à  nombreux autres commerces de détail : vendeurs de téléphones, vélos, blanchisseries…

Une décision ministérielle salutaire

Comment comprendre une telle situation, préjudiciable à la santé publique, alors même qu’Olivier Véran avait, peu avant d’être nommé ministre de la Santé, publiquement et courageusement a soutenu la pratique du vapotage au nom de la réduction des risques ? Comment comprendre que son ministère laisse se fermer toutes les boutiques spécialisées et laisser les consommateurs dans des situations critiques puisqu’actuellement 8% du marché de la vape se trouve chez les buralistes et 15% sur les sites de vente en ligne (qui risquent de souffrir rapidement des problèmes de livraison à domicile). Comment, en d’autres termes laisser plus de 75% des vapoteurs, habitués à aller vers les « boutiques physiques », rencontrer des difficultés croissante pour s’approvisionner.

Un exemple peut être suivi par le gouvernement français : en Italie, l’exécutif qui avait également décidé de telles fermetures, vient de les ré-autoriser suite à l’intervention de professionnels de santé. On nous indique aujourd’hui, de bonne source, que le ministre français de la Santé prendra, sous peu, la même mesure – et ce afin d’aider à les vapoteurs à ne pas céder à la tentation de reprise du tabagisme. On ne pourra, ici, que saluer la décision du ministre de la Santé.

A demain @jynau

Cigarette électronique : Michèle Rivasi fait-elle semblant de n’avoir toujours rien compris ?

Bonjour

On pourrait imaginer que militer en faveur de l’écologie équivaut à prendre fait et cause pour la « réduction des risques ». On pourrait, mais ce serait pécher par naïveté. La démonstration nous en est apportée, dans le champ du tabagisme, par Michèle Rivasi députée européenne. Celle-ci exige aujourd’hui « une réglementation plus sévère pour les cigarettes électroniques ». Et d’assimiler ici la e-cigarette et les « produits de tabac chauffé » ; soit mettre dans un panier unique une réduction du risque tabagique et un agent pathogène ripoliné par Big Tobacco.

La députée européenne verte s’exprime dans la perspective des révisions de la Directive Tabac et de celle sur les taxes applicables aux tabacs manufacturés. Membre du Groupe de travail parlementaire sur la révision de la Directive Tabac lancé avec le député européen PPE Cristian Busoï, Michèle Rivasi (Verts/ALE) rappelle fort justement que si l’objectif de cette Directive Tabac était la réduction du tabagisme chez les jeunes, celle-ci est un échec patant puisque plus du quart des jeunes de moins de 25 ans fument aujourd’hui en Europe. Pour autant elle se gared bien d’en tirer de conclusions politiques.

Et de reprendre l’antienne qui veut en ce qui concerne les cigarettes électroniques que « de nombreuses inconnues subsistent ». Et se ranger derrière le drapeau de l’OMS. « Les cigarettes électroniques sont peut-être pour les fumeurs un moyen de décrocher des cigarettes, mais l’OMS rappelle que les cigarettes électroniques peuvent être aussi ‘’inconstestablement nocives’’ et s’avèrent ‘’particulièrement risqués’’ pour les adolescents, avec des ‘’effets dommageables à long terme’’ liés à la nicotine contenue dans les cigarettes électroniques. » Un drapeau aujourd’hui bien défraîchi.

Vulgariser le concept de réduction des risques

Et Mme Rivasi d’user de « l’alerte sanitaire dramatiques de l’an passé : plus de 2400 malades pulmonaires et 52 décès aux Etats-Unis ». Des faits dont il est amplement démontré qu’ils ne sont en rien la conséquence directe de la e-cigarette.  « Nous manquons de recul, laissant les Etats membres se débrouiller pour jauger du risque… écrit-elle. C’est inacceptable et c’est pourquoi il est essentiel de faire preuve de la plus grande prudence avec ces produits dont on ne connaît absolument pas les nuisances à long terme. »

« Nous ne savons rien, ou malheureusement très peu, des effets des additifs chimiques utilisés dans les liquides des e-cigarettes, des résidus de leur combustion et de leurs effets combinés. Les professionnels de la filière eux-mêmes reconnaissent leur ignorance et souhaitent en savoir plus sur la conséquence réelle de leurs produits. »

Puis l’assimilation : « N’attendons par la révision de la directive Tabac en 2021 pour demander des améliorations draconiennes de la législation sur le tabac chauffé et les cigarettes électroniques : vente et publicité mieux encadrées, analyse poussée des additifs et de leur effet cocktail, interdiction des arômes et mentions sanitaires obligatoire pour alerter les non-fumeurs des risques comme cela se fait pour les cigarettes traditionnelles. La vente aux mineurs doit également être interdite. »

On lira ici, les réponses-commentaires éclairés de Sébastien Béziau (#sovape) : « Michèle Rivasi, une députée européenne prête à ruiner le miracle du vapotage ». Un militant expert du sujet qui dénonce aussi les approximations avec la vérité du dernier communiqué de l’Alliance contre le tabac. Où l’on prend (une nouvelle fois) la mesure des difficultés inhérentes à une vulgarisation, fût-elle élémentaire, du concept de réduction des risques dans le champ du sanitaire.

A demain @jynau

Contre le fléau du tabagisme Olivier Véran se rangera-t-il du côté des militants intégristes?

Bonjour

La vie serait sans doute plus simple en noir et blanc, les gentils contre les méchants. Pour l’heure c’est fait : aujourd’hui 1er mars le paquet de Marlboro Red® (marque de cigarettes toujours la plus vendue en France) atteint les dix euros (augmentation de 70 centimes). Publié au Journal officiel mardi 11 février, un arrêté ministériel daté du 31 janvier avai fixé les nouveaux prix. Les Winston® passent à 9,60 euros. Chez Japan Tobacco International, le prix des Camel® sans filtre passe à 9,80 euros contre 9,10 euros.

Sans surprise l’Alliance contre le tabac « se réjouit de la poursuite de l’augmentation de la taxation du tabac ». Selon elle cette augmentation « démontre depuis trois ans qu’elle est un outil très efficace de santé publique pour réduire les ventes et la consommation de ces produits » – et ce  « aussi bien chez les plus précaires que pour le reste de la population » (sic). Et d’ajouter : « ces hausses successives des prix depuis 2017 constituent une réelle victoire pour poursuivre une baisse continue de la prévalence tabagique en France, celle-ci ayant déjà diminué de 2,5 points entre 2016 et 2018 passant de 29,4% en 2016 à 26,9% en 2017, soit un million de fumeurs quotidiens de moins en un an. » Des chiffres et des liens de causalité qui, on le sait, restent à démontrer.

Politique l’Alliance contre le tabac souhaite que le Dr. Olivier Véran, nouveau ministre de la Santé s’engage, dans la continuité des mesures prises ces dernières années : « poursuivre l’augmentation des prix du tabac au-delà de novembre 2020 à raison d’1€ par an pour parvenir en 2025 au prix symbolique de 15€ par paquet de 20 cigarettes. »

Comptable, l’Alliance contre le tabac tient par ailleurs à rappeler que les droits d’accise du tabac, générant des recettes de l’ordre de 13 à 15 milliards d’euros, sont versés en totalité à l’Assurance maladie. Une Assurance maladie qui,  elle, « supporte chaque année un coût exorbitant de plus de 29 milliards d’euros au titre de la prise en charge des effets délétères du tabac sur la santé des français ; une bien mauvaise affaire pour l’Etat ! ».

Entre l’idéal rêvé et le possible souhaitable

Un monde en noir et blanc : l’Alliance entend « contrer les manœuvres d’une industrie du tabac agissant en dehors de toute éthique au prix de la vie d’un fumeur sur deux et qui contourne les interdictions en utilisant notamment les nouveaux moyens de communications pour attirer de nouveaux jeunes consommateurs ». On pourrait ajouter les ventes aux mineurs par la majorité des buralistes français. Que fait la police ? Que fait le gouvernement ? Que fera Olivier Véran ?

Depuis peu écologique l’Alliance contre le tabac observe que le tabac n’est pas seulement un enjeu de santé publique causant plus de deux cents décès prématurés par jour ; pas seulement un facteur aggravant de déficit public trop rarement désigné – engendrant un coût social annuel estimé à plus de 120 milliards d’euros. Mais que c’est aussi une source majeure de pollution de l’air, des sols et des eaux des rivières et des mers – « les mégots représentant en effet 40% des déchets présents dans la mer Méditerranée ».

Tout cela est très largement vrai. De même que le sont les impasses d’une politique se bornant à une augmentation constante et sans fin des prix du tabac. Une politique conduisant au développement de commerces illégaux et à l’enrichissement de réseaux mafieux – sans oublier  qu’elle pénalise les fumeurs les plus défavorisés sans nullement les aider à sortir de leur esclavage. Au risque d’attiser les colères 1. Ajoutons, corollaire, que les discours anti-tabac radicalisés sont dans le déni constant des vertus de la cigarette électronique en terme de réduction des risques tabagiques.

Où l’on voit se dessiner er une opposition politique, idéologique, philosophique : entre l’idéal rêvé et le possible souhaitable, entre le ciel enfin pur et le plafond des volutes. A ce titre il sera intéressant d’observer, après Marisol Touraine et Agnès Buzyn, quel camp choisira Olivier Véran.

A demain @jynau

1 Jérôme Fourquet, politologue, directeur du département Opinion et Stratégies d’entreprise de l’Ifop : « 80 km/h, hausse du prix du diesel et des cigarettes: le terreau des ‘’gilets jaunes’’» (Le Figaro).

Tabac en France : la e-cigarette progresse, les ventes baissent, les achats augmentent

Bonjour

Et pendant l’épidémie émergente de coronavirus, qu’en est-il de celle, historique, du tabagisme ? Si l’on s’en tient aux ventes officielles de tabac (dans le réseau des buralistes français) elles reculent nettement en 2019 (près de 6,6 % à jours constants de livraisons comparé à 2018).

On en connaît les explications essentielles – à commencer par les augmentations des prix intervenues, cette année-là, en mars et novembre. Ces augmentations auraient eu un impact sur les ventes de cigarettes et de tabac à rouler (diminution de 7,1 % pour les premières et de 6,3 % pour les seconds à jours constants). Mais, mystère des chiffres et des comportements addictifs, les ventes des autres types de tabac (cigares, cigarillos, tabac à pipe, tabac à priser et à mâcher, etc.) font quant à elles l’objet d’une hausse (4,2 % à jours constants). Hypothèse : un niveau de taxation bien moindre, susceptible de favoriser le report de la consommation d’une partie des fumeurs.

C’est ici l’une des conclusions du remarquable travail que vient de publier l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) 1. Un travail qui comporte cette précision de taille : « la baisse globale des volumes vendus dans le réseau des buralistes français s’accompagne cependant très vraisemblablement d’une augmentation des achats de tabac dans les pays limitrophes ainsi que l’atteste la baisse des ventes nettement plus marquée qu’en moyenne dans les départements français qui bordent les frontières ». On regrettera toutefois l’absence de données exhaustives quant aux marchés de contrebande et à l’activité des mafias œuvrant dans l’ombre des bureaux de tabac.  

Seul enseignement : « 17 298 saisies ont été réalisées en 2019 (7 % de plus qu’en 2018), ce qui représente en volume plus de 360 tonnes de tabacs et de cigarettes contre 241 tonnes en 2018. Au total, les missions consacrées à la lutte contre les trafics de tabac ont augmenté de 25 % par rapport à 2018. Outre les zones frontalières, des saisies importantes ont été réalisées sur les grands axes routiers de l’est de la France ».

Fin programmée des mentholées

Cette année ? Le marché devrait être « impacté » par la poursuite de la hausse des prix (50 centimes en mars et 40 centimes en novembre, portant le paquet de la marque la plus vendue à 10 euros au 1er mars), ainsi que par les conséquences de l’interdiction de toutes les références de cigarettes et tabac à rouler mentholés dans le réseau buraliste (à partir du 20 mai). Cette dernière concernera tous les fabricants et s’appliquera à l’ensemble de l’Union européenne. Le marché représente actuellement 8 % des ventes en France (soit un million de consommateurs).

Autres chiffres : en France le nombre de fumeurs baisserait aussi bien chez les adultes que chez les jeunes. Le tabagisme quotidien est ainsi de 25,4 % en 2018 contre 26,9 % en 2017 chez les 18 à 75 ans. La même tendance à la diminution des usages s’observe chez les jeunes de 17 ans en 2017 et chez les collégiens et lycéens en 2018, ce qui laisse présager d’une pérennisation de la diminution de la consommation de tabac. Corollaire encourageant : à la baisse des usages répond une hausse importante des ventes de traitements d’aide à l’arrêt du tabac. Elles représentent près de 4,3 millions d’équivalent « patients traités » – soit un tiers de plus qu’en 2018 – dans un contexte de mise en place (enfin !) du remboursement de ces traitements par l’Assurance maladie, à hauteur de 65 % (sulement !).

Et puis, en dépit des dénis récurrents et de l’aveuglement coupable de l’exécutif, la poursuite d’un phénomène majeur :  le nombre d’utilisateurs de la cigarette électronique continue de croître (3,8 % de vapoteurs quotidiens en 2018 chez les adultes contre 2,7 en 2017, pour 3 007 boutiques spécialisées au 20 octobre 2019). Pour l’OFDT, l’évolution du marché sera aussi à suivre en 2020, en lien avec le rôle grandissant des buralistes dans la vente de ces produits. Et, ajoutera-t-on, le rôle moteur que l’on désormais raisonnablement en droit d’espérer de la part d’Olivier Véran, nouveau ministre de la Santé qui devrait rompre avec la politique suivie ici (depuis 2012) avec constance par Marisol Touraine et Agnès Buzyn.

A demain @jynau

1 Tabagisme et arrêt du tabac en 2019 Marc-Antoine Douchet, OFDT

Covid-19 et fausses nouvelles franco-chinoises : fumer pour être protégé contre l’infection

Bonjour

Tout est permis, par temps de pandémie. A commencer par les écrans de fumée. Comme cette « rumeur » évoquée par le site des buralistes français. Une rumeur dont l’écho serait véhiculé via l’application chinoise de messagerie et de réseau social WeChat. En substance : les fumeurs de tabac sont moins susceptibles d’être contaminés par l’agent du Covid-19 que les non-fumeurs. Ceci aurait émergé « d’un article faisant état d’une statistique basée sur 1 085 patients contaminés en cours de traitement : 927 étant non-fumeurs, 21 anciens gros fumeurs et 137 fumeurs ».

« Cette relativement faible représentation des fumeurs a conduit à certaines conclusions qui se sont vite répandues dans le contexte émotif que l’on devine là-bas » explique le site de nos buralistes. Site qui évoque une réaction immédiate des milieux anti-tabac chinois dénonçant que ces données soient diffusées hors de leur contexte. Pour Zhang Jiangshu (président de Beijing Cigarette Control Association), il est scandaleux que l’on puisse utiliser « le climat de panique actuel pour faire la promotion de l’industrie du tabac ».

« Et un pneumologue de Pékin de se répandre dans les médias pour affirmer qu’aucune donnée ne pouvait permettre d’établir que la nicotine puisse avoir un effet anti-viral ou de prévention » ajoute le site des buralistes français. Pourquoi, ici, user du « se répandre » ? Pourquoi oublier que se tromper de mot c’est, souvent, ajouter au malheur du monde ?

A demain @jynau