Tabac « chauffé » : en Grande-Bretagne, il est nocif pour la santé ; en France on se tait. 

Bonjour

C’est une information importante qui vient d’être diffusée par la BBC : « Heat-not-burn tobacco ‘is a health risk’ ». Selon The Committee on Toxicity (Cot) , organisme scientifique indépendant en charge de conseiller le gouvernement et les institutions sanitaires britanniques, les produits du tabac «chauffés et non brûlés» sont nocifs pour la santé – et ce quand bien même ils pourraient apparaître (ou être vantés) moins dangereux que les cigarettes ordinaires (tabac « brûlé »).

The Cot estime que ces dispositifs produisent «un certain nombre de composés préoccupants», dont certains sont cancérogènes. Une conclusion conforme à celle des spécialistes suisses, indépendants de Big Tobacco, qui se sont penché sur ce sujet : « Heat-Not-Burn Tobacco Cigarettes – Smoke by Any Other Name » (Reto Auer, Nicolas Concha-Lozano ; Isabelle Jacot-Sadowski et al).

L’affaire n’est pas sans perversité. Elle a émergé en France en avril dernier. Philip Morris y annonçait alors « pour convaincre les fumeurs » d’arrêter la cigarette l’arrivée d’un système électronique de tabac à chauffer vendu chez les buralistes sous la marque IQOS et ses recharges « Heets ». Un objet présenté comme étant à « moindre nocivité » par rapport au tabac.

Mutisme officiel

Un objet sur lequel les autorités sanitaires françaises restaient étrangement muettes. Le Figaro :

« Révolution en vue dans les débits de tabac français. Obligés de ne vendre que des paquets neutres depuis janvier, les buralistes vont commercialiser dans les prochaines semaines un produit destiné… à remplacer la cigarette: IQUOS, un système électronique chauffant des sticks de tabac mais sans les brûler.

 « Son inventeur est le propriétaire de Marlboro, Philip Morris International, qui détient plus de 40 % du marché des cigarettes en France. Le groupe assure avoir investi 3 milliards de dollars depuis 2008 pour développer des produits du tabac moins nocifs, dont IQOS est le plus prometteur. Avec ce système, pas de fumée, pas de cendre, pas d’odeur, mais une sensation proche de celle de la cigarette. »

Cigarette électronique

Et les autorités sanitaires françaises, alors,  de laisser libre cours aux allégations de l’inventeur-commerçant. Comme celle-ci : « En brûlant des matières organiques à 800 ou 900 °C, on crée de la fumée avec plus de 6000 composants, dont certains (93 selon les autorités de santé américaines) peuvent avoir des effets nocifs sur la santé des fumeurs. En chauffant le tabac à moins de 300 °C, nous limitons significativement, voire évitons l’apparition de ces composants ».

Rien, depuis, n’a changé. Face au pragmatisme britannique, le silence et l’immobilisme français. Il en va de même pour la cigarette électronique, conseillée aux fumeurs par Public Health England , inconnue des autorités sanitaires françaises. Où l’on perçoit, une nouvelle fois, les dégâts que peut causer l’absence chronique d’une véritable politique de réduction de risques.

A demain

Sevrage tabagique et pharmaciens d’officine : les prix libres et indécents du Nicopass®      

Bonjour

C’est une étude qui ne donnera pas la meilleure image des pharmaciens d’officine. Les prix des médicaments vendus sans ordonnance (prix libres) ont progressé en un an de 4,3 %, avec d’énormes disparités, rapporte le baromètre annuel de l’Observatoire Familles rurales – des résultats barométriques publiés mardi 12 décembre dans Le Parisien et résumés par l’Agence France Presse. L’affaire concerne les sites comme les officines.

« Dans les officines en dur l’association a constaté qu’environ 75% des boîtes de médicaments sans ordonnance sont dépourvues d’étiquette « prix ». Ceux-ci sont inscrits sur des présentoirs « pas toujours accessibles ou lisibles pour les consommateurs », surtout lorsqu’ils sont situés derrière le comptoir, a relevé la fédération qui craint une volonté délibérée de la part des pharmaciens de priver le consommateur d’une « possibilité de comparaison » des prix. Sur les douze médicaments analysés, Familles rurales a relevé un écart de prix moyen allant du simple au triple. »

« Vous pratiquez l’automédication ? N’oubliez surtout pas de comparer les offres, conseille Le Parisien. Car loin d’avoir favorisé la baisse des prix, la loi de 2008 qui autorise la vente en accès libre de médicaments sans ordonnance n’a fait qu’opacifier le marché et désorienter le consommateur. » Selon les relevés effectués dans 40 magasins et sur 43 sites internet en octobre, le prix du « panier » étudié a augmenté de 4,3 % en un an, alors que l’inflation n’était que de 1,1 %. »

« Un produit d’usage fréquent tel que l’Activir, utilisé contre l’herpès, a vu son prix moyen baisser de 7,1 % en 2016 puis s’envoler de 9,8 % cette année. Le Dacryum, solution de lavage oculaire, coûte 9,6 % de plus que l’an dernier. Dans certains endroits, il se trouve à 1,95 euros la boîte et dans d’autres à… 8,50 euros. Soit 3,4 fois plus cher », détaille l’étude. Sur les produits regardés à la loupe par Familles rurales, seuls deux sont en baisse : l’Imodium (− 2,2 %) et le Strepsils (– 1 %).

Affaire doublement politique

 L’étude relève que les variations de prix sont plus importantes dans les officines que sur les sites. Le Maalox oscille entre 2,75 € et… 9,10 € La boîte de Nicopass, « pour cesser de fumer », peut y être facturée 13,90 euros comme … 34,10 euros. C’est là un sujet doublement politique puisque le coût des substituts nicotiniques est (pour partie et de manière forfaitaire) pris en charge par l’assurance maladie 1. Cela s’appelle « accompagner l’arrêt du tabac ».

En pratique l’assurance maladie rembourse, sur prescription, les traitements par substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhaleur…) « à hauteur de 150 euros par année civile et par bénéficiaire », depuis le 1er novembre 2016. Point n’est besoin d’être fort en calcul (mental) pour saisir que cet « accompagnement-remboursement » n’est pas du même ordre selon les pharmaciens auxquels s’adressent les malades fumeurs réclamant d’en finir avec leur dépendance.

Où l’on en revient à cette situation incompréhensible, injustifiable : pourquoi, au vu du fléau que constitue le tabagisme, ces médicaments (devant être prescrits) disposent-ils d’un prix libre ? Pourquoi laisse-t-on des pharmaciens disposer d’une telle liberté ? Pourquoi ces médicaments ne sont-ils pas, intégralement pris en charge par l’assurance maladie ?

A demain

Quand Johnny Hallyday (1943-2017) parlait de ses alcools forts, de la coke et de la drogue dure

Bonjour

Nuit du 5 au 6 décembre 2017 : mort du chanteur Johnny Hallyday,  74 ans. Avant l’aube la France est en deuil et les médias sont à l’unisson. Le Palais de l’Elysée a été le premier à réagir. Un hommage national est évoqué. « On a tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday, a déclaré Emmanuel Macron, dans un long communiqué publié toutes affaires cessantes. De Johnny Hallyday, nous n’oublierons ni le nom, ni la gueule, ni la voix, ni surtout les interprétations, qui, avec ce lyrisme brut et sensible, appartiennent aujourd’hui pleinement à l’histoire de la chanson française. Il a fait entrer une part d’Amérique dans notre Panthéon national. » Suite de l’hommage présidentiel :

 « A travers les générations, il s’est gravé dans la vie des Français. Il les a conquis par une générosité dont témoignaient ses concerts : tantôt gigantesques tantôt intimes, tantôt dans des lieux démesurés, tantôt dans des salles modestes (…) Il n’a jamais vieilli parce qu’il n’a jamais triché. Parce qu’il est resté simple et amoureux de la vie. Et parce qu’il savait que le secret pour ne pas vieillir est d’avoir plusieurs vies. »

« Jusqu’au bout, libre dans sa tête, il aura été cette présence familière, cette voix tant de fois imitée, cette personnalité osant vivre pour le meilleur, et communiquant une énergie fraternelle à ce public qui en retour lui criait : Que je t’aime. Ce public aujourd’hui est en larmes, et tout le pays est en deuil. »

On ne compte plus, dans la foulée présidentielle, le nombre des réactions et des hommages. On oublie déjà la mort (annoncée hier) de Jean d’Ormesson. Un étrange phénomène qui n’est pas, toutes proportions gardées, sans rappeler la mort de Jean Cocteau comme effacée par celle d’Edith Piaf.

Comprendre qui fut celui qui vient de disparaître ? On lira, sur Slate.fr, « Johnny Hallyday, le demi-dieu d’une ‘’autre France’’» signé de notre ami et confrère Philippe Boggio :

« Ce n’est pas faire injure, mais à bien des égards, il a tardé. Il a abusé, Johnny. De lui, déjà, évidemment, par sa fréquentation assidue des urgences hospitalières; de lui, en inquiétant déjà son monde, il y a plusieurs décennies, silhouette, visage rafistolés de partout, après avoir épuisé la liste connue des opérations chirurgicales, des comas, des dépressions, des tentatives de suicide… mais qui insistait toujours, l’âge de la retraite et des paralysies physiques pourtant dépassé, pour remonter mourir en scène de la mort tragique des héros post-ados du rock, qui, on le sait, vous terrasse, au final, à bout de bagarres et de chagrins amoureux, sous la lumière multicolore des projecteurs de l’enfer (…) ».

On se souvient, ici, de l’exposition publique de ses souffrances, en décembre 2009 (« Johnny Hallyday, grand corps malade livré en pâture », Slate.fr). Paradoxalement l’homme était resté pudique sur ses abus. Avec une exception, récente. C’était en avril 2014 à l’occasion de la pénultième nouvelle version de Luivieux magazine pour homme. Nous avions alors donné quelques extraits de l’entretien qu’il avait  accordé à Fréderic Beigbeder. Cinq pages en ouverture du numéro d’avril 2014, numéro vendu 2, 90 euros, échange enregistré au bistrot-restaurant L’Ami LouisJohnny « engloutit des escargots et des poulets ».  Frédéric se souvient qu’il y a « une corrélation assez étroite entre la réussite d’une interview et le pourcentage d’alcool dans le sang ».

Calon Ségur 1988 associé à des escargots  

FB : « Je constate que tu bois du vin, alors qu’à une époque tu ne buvais plus de vin du tout. »

JH : « Là, je bois un peu de vin rouge mais je ne bois plus d’alcool fort . »

FP : « Tu fumes toujours tes trois paquets de Gitanes par jour ? »

JH : « Non, seulement dix cigarettes quand je suis en France et rien du tout quand je suis en Californie. Parce que là-bas, les Gitanes, y en a pas ! Et moi, j’aime pas les blondes (…)  Je vais te dire un truc. Sur le tournage de Salaud, je ne buvais rien du tout. Mais Eddy Mitchell avait dit à la maquilleuse de toujours garder au frais ses bouteilles de grappa. »

FB : « C’est vrai que tu hébergeais Jimmy Hendrix chez toi à Neuilly ? »

JH : « Hendrix était adorable. Il dormait avec sa guitare. A l’époque, il fumait quelques joints mais rien d’autre. »

FB : « Jim Morrison aussi tu l’as bien connu ? »

JH : « Lui, il était destroy. Morrison à sept du mat, devant le Rock’n’roll Circus c’était deux Mandrax et un verre de whisky. C’est un somnifère assez puissant que tu prends avec de l’alcool. »

FB : « Toi, tu n’es jamais vraiment tombé dans la drogue dure. »

JH : « Non, à part la coke que j’ai aimée. J’ai jamais succombé à l’héro, parce que je suis hyperactif. A l’époque, John Lennon voulait me faire essayer les buvards (LSD). Mais je n’ai jamais accepté. Par  contre, j’ai mangé des champignons avec M. »

On pourrait se moquer bien sûr. Et l’on se moquait un peu, alors, de tout cela. De cette mise en scène vieillissante pour enfants d’un autre âge. De ces souvenirs d’ivresses qui sonnaient un peu faux. Des mânes  de Hendrix et de Morrison réveillées par un Calon Ségur 1988 associé à des escargots.

Reste et restera l’insondable mystère Hallyday, un puits sans fin, une glace nationale avec et sans tain comme le montrait, déjà  Philippe Boggio dans son  Johnny (Flammarion, 2009). Hallyday, demi-dieu d’une « autre France », qui a fasciné bien des intellectuels. Johnny Hallyday dont Emmanuel Macron, président de la République, nous dit aujourd’hui que s’il n’avait jamais vieilli, c’est qu’il n’avait jamais triché. Ou qu’il avait su avoir « plusieurs vies ».

A demain

 

 

 

Censurer ou pas : quelle est, au fond, la signification du tabac sur les écrans de cinéma ?

 

Bonjour

Où l’on revient sur la polémique « Agnès Buzyn-censure tabac au cinéma ». Et ce avec un papier original, disruptif et dérangeant de notre confrère Jean-Michel Frodon, sur Slate.fr 1.

Le Dr William Lowenstein avait dit, croyait-on, l’essentiel sur le sujet -également sur Slate.fr : « Censurer le tabac au cinéma? Surtout pas! ». Mais il fallait, outre celui redoutable de l’addictologue, l’œil affûté du critique cinématographique. Extraits essentiels du papier de Frodon :

« Peut-être qu’au degré de déréliction de la politique où on est, une cause aussi bidon est de nature à capter une énergie protestataire qui ne sait plus où et comment s’employer. Pourtant, le mouvement autrement important et profond déclenché par l’affaire Weinstein aurait pu et dû absorber ces énergies. Mais justement, aussi fondé soit-il, il garde le défaut d’être politiquement correct. Tandis qu’avec la cigarette, on allait pouvoir être transgressif, s’éclater vraiment. Professionnels du cinéma, médias et réseaux sociaux tous unis derrière cette bannière frémissante s’en sont donnés à cœur joie. »

Dire tout et surtout n’importe quoi

Pour Frodon l’honneur du cinéma est d’être à la fois « un art, un loisir populaire et un observatoire du réel. » En l’occurrence, cela aura démultiplié les opportunités de dire tout et surtout n’importe quoi. On allait à la fois massacrer des chefs-d’œuvre et nous priver de nos doudous audiovisuels. On allait cacher le monde tel qu’il est.

« Aux barricades citoyens! L’État veut nous empêcher de montrer le monde tel qu’il est, s’exclamait ainsi une grande figure libertaire, et ardent combattant du réalisme en prise sur le monde tel qu’il est véritablement, Frédéric Goldsmith, délégué général de l’Union des producteurs de cinéma, dont les propos à l’AFP, relayés par tous les médias de l’Hexagone, fleuraient bon l’insurrection: ‘’Un film n’est pas là pour refléter la société telle que l’État voudrait qu’elle soit’’.»

Mais encore, au-delà des polémiques de l’entre-soi ? Frodon :

« Qui regarde les films se rendrait aisément compte que le problème existe pourtant. Pas parce qu’on y monte des gens en train de fumer. Parce que, outre les incitations plus ou moins amicales de l’industrie, le fait de fumer est devenu un poncif, une paresse de scénariste pour manifester un geste de liberté (…) Ce phénomène n’est pas propre à la France et au cinéma français d’ailleurs. Il se retrouve dans les films de tous les pays –États-Unis, Grande Bretagne, Japon, Scandinavie, etc.– où une politique de santé publique travaille à réduire les méfaits du tabac. »

« Alors que c’est dans tout le cinéma français que la clope est devenue un signe fort de liberté, d’affirmation de soi, de sens de valeurs plus importantes que la norme sociale.

Exemple du jour: dans le beau film de Robert Guédiguian, La Villa, qui sort cette semaine et dont on ne manquera pas de dire tout le bien qu’on en pense, lorsqu’enfin Ariane Ascaride se réconcilie avec elle-même et avec ses frères, qu’est-ce qu’elle fait? Elle allume une cigarette. Dans quinze jours sort un beau film indé américain, Logan, ultime apparition à l’écran de Harry Dean Stanton. Lorsque le vieil homme doit manifester son esprit resté libre malgré les atteintes physiques de l’âge, comment s’y prend-il (c’est-à-dire comment s’y prend le réalisateur pour exprimer ça)? Il impose le droit de tirer sur sa clope en plein bistrot.

Pour Jean-Michel Frodon la virulence de la levée de boucliers suite aux déclarations d’Agnès Buzyn aura simplement empêché qu’on se pose la moindre question sur le fait de continuer à faire de la cigarette, cette dépendance, un marqueur de liberté d’esprit. Liberté-esclavage ? Où l’on voit que les addictologues ne débattent malheureusement jamais avec les critiques de cinéma.

A demain

1 « La cigarette au cinéma, une paresse pour symboliser la liberté » Slate.fr, 1er décembre 2017

Vapotage : que faut-il savoir en pratique sur le « joint électronique » qui n’en est pas un ?

Bonjour

La petite polémique de décembre 2014 et les assurances données par Marisol Touraine n’auront servi à rien : le même problème est à nouveau soulevé avec Le Parisien :  « Cannabis : l’inquiétant succès du «joint» électronique ». Titre accrocheur mais par tout à fait exact comme on peut vite le lire : « une mode nouvelle fait fureur. Du e-liquide qui contient du CBD, une des molécules du cannabis, est disponible sur le Net et dans les boutiques de cigarettes électroniques. Au grand dam de médecins ».

Où l’on retrouve la cigarette électronique, cette fois associée au CBD, ou cannabidiol, cannabinoïde présent dans le cannabis ; une molécule complexe nourrissant bien des rumeurs et présent dans quelques médicaments dont le célèbre Sativex® 1. Un médicament autorisé depuis des années à être sur le marché français mais qui n’y est toujours pas faute d’un accord entre le gouvernement et le fabricant.

Silence de la ministre de la Santé

Aujourd’hui c’est Agnès Buzyn qui, avec le papier du Parisien, se retrouve confrontée au même sujet. Elle garde le silence et les médias observent le grand flou qui, chez les autorités sanitaires, règne sur le sujet : apparente divergences entre l’Agence nationale de sécurité du médicament (plutôt pour l’interdiction) et le ministère de la Santé (plutôt pour le laisser-faire).

Sur LCI, l’addictologue et président de SOS Addiction William Lowenstein a expliqué qu’il « ne s’agit pas du tout de joint ». »Pour le commun des mortels, le joint, c’est le cannabis qui contient ces principes actifs, psychoactifs, les THC, ce qui fait « planer » et modifie la pensée ou encore le goût, précise-t-il. Seulement, dans le cannabis, il y a une centaine de molécules dont le CBD qui, même s’il a une structure assez proche des THC, n’a pas les mêmes effets psychoactifs ». Le CBD ? « Ce sont des effets plutôt sédatifs. Le risque du CBD est de baisser la vigilance, donc certains vont dire que cela va permettre de s’endormir. Cela va être quelque chose de plutôt anxiolytique, d’apaisant. (…) Il ne s’agit pas d’un stupéfiant, donc il n’est pas illégal, et chez nos voisins suisses, dans les bureaux de tabac, vous avez les pots de CBD entre les cigarettes et les Malabar. Tout ceci est une petite tempête dans un verre d’eau. »

D’autres, comme le tabacologue Bertrand Dautzenberg, réclament un encadrement : « a priori, il y a moins de dangers d’addiction qu’avec le THC, mais c’est un produit qui est mal connu et justement, il faut l’encadrer pour que cela soit surveillé et que l’on prenne le principe de précaution nécessaire pour pouvoir vérifier qu’il n’y a pas d’addiction. »

Ne pas être dupes

Une synthèse utile est ici fournie par le Pr Nicolas Authier (service de Pharmacologie Médicale, CHU de Clermont-Ferrand). La voici :

« La question du risque pour le CBD n’est semble-t-il pas à mettre au premier plan du fait de l’absence, pour l’instant, de données inquiétantes en lien avec cette molécule. D’autre part, il nous faut dépasser la seule question de la réglementation, qui pour l’instant n’autorise que la culture de certains plants destinés à un usage industriel et qui contiennent très peu (<0,2%) de THC.

« En revanche, en dehors d’un usage récréatif peu probable,  il faut être vigilant sur le risque d’allégations thérapeutiques : ‘’apaisant’’, ‘’tranquillisant’’ … (ce qui est interdit en dehors d’un statut de médicament) et ne pas faire croire à des patients, souvent atteints de maladies chroniques résistantes aux thérapeutiques disponibles, donc à la recherche légitime d’un moyen d’être soulagé, que le CBD va être LA solution ; peut être un outil pharmacologie supplémentaire dans une prise en charge globale et multimodale.

Et ne pas être dupe, non plus, sur un risque réel de charlatanisme et de business sous-jacent. »

On attend la position du gouvernement

A demain

 

Tous les articles de ce blog sur le Sativex® sont disponibles ici : https://jeanyvesnau.com/?s=Sativex

 

 

 

Addiction et sevrage tabagiques: personne n’avait encore songé aux chirurgiens-dentistes !

 

Bonjour

Dans une époque qui prend l’eau le « retour aux fondamentaux » est un concept porteur. Y compris chez les chirurgiens-dentistes, comme nous le révèle Le Quotidien du Médecin. Et, parmi ces fondamentaux, la prise en charge du tabagisme en cabinet dentaire. Pourquoi l’avait-on oublié ? Et coment dire haut et fort que le dentiste n’est jamais très loin de l’addictologue ? Réveil, soudain, de l’Association Française Dentaire (AFD) :

« La prévention des maladies liées au tabac est en général associée au médecin généraliste, aux spécialistes mais rarement aux chirurgiens-dentistes. Or, ces derniers sont capables de repérer un fumeur en quelques secondes et peuvent montrer facilement à leurs patients les menaces visibles qui concernent l’esthétique, l’inconfort, le pathologique et le risque lié aux soins »

En première ligne, la bouche et l’émail : taches jaunes ou brunâtres sur les dents, mauvaise haleine, mélanose, hyposialie voire asialie entraînant l’accumulation de tartre ou le développement de mycose… Qui ne sait que la consommation régulière de tabac affaiblit aussi le système immunitaire de la cavité buccale, ce qui favorise l’augmentation de bactéries cariogènes de la salive et accroît le risque de pathologie parodontale ?

Face à ces  tableaux, à ces odeurs, le chirurgien-dentiste est, comme toujours, en première ligne. « La conséquence la plus grave du tabagisme reste l’apparition de leucoplasies, des lésions précancéreuses prenant la forme de zones blanches qui peuvent se transformer en lésions cancéreuses dans environ 17 % des cas », explique le Pr Philippe Bouchard. praticien hospitalier à l’hôpital Rothschild (Paris) et membre de l’Académie nationale de chirurgie dentaire. En fumant, les signes d’inflammation de la gencive vont être totalement masqués par le tabac qui diminue par ailleurs les effets des traitements, en particulier au niveau des caries dentaires et du parodonte. »

Professionnels des dentures

Où l’on pressent tout le poids potentiel du professionnel du maintien des dentures dans l’orientation vers le sevrage tabagique : de « brèves interventions de sensibilisation à l’arrêt du tabac » en marge de l’examen dentaire doublerait les chances d’arrêter de fumer par rapport à une démarche individuelle. « Une intervention plus intensive du chirurgien-dentiste qui inclut cinq visites en trois mois combinant des entretiens motivationnels et l’usage de deux substituts nicotiniques donnent de très bons résultats avec 36,4 % d’arrêt à 12 mois chez les patients bénéficiant de cet accompagnement », a expliqué le Pr Bouchard au Quotidien du Médecin. Après trois mois l’état de la muqueuse buccale s’améliore – et après un an, la santé des gencives redevient normale. »

A l’évidence l’affaire dépasse et dépassera le tabac. Qui rapprochera les professionnels dentaires de ceux de la lutte contre les addictions ? La réponse éclairée du Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions :

« Belle affaire qui ne concerne pas seulement le tabac ! Très intéressant d’élargir ces justes propos à l’alcool, au cannabis, à la coc et à la métamphétamine, aux opiacés (héroïne mais aussi le fameux sirop de méthadone) sans parler des addictions oro-sexuelles avec les méfaits des HPV. La stomatologie hospitalo-universitaire étant peu en verve – et encore moins accessible aisément- les dentistes ont un rôle fondamental. Ces professionnels peuvent être de formidables acteurs-relais  de santé s’ils veulent bien …ouvrir la bouche sur ce sujet après avoir été correctement informés. »

A demain

Sevrage : connaîtra-t-on jamais les véritables résultats des opérations «Moi(s) sans tabac» ?

 

Bonjour

Trop tôt !  Agnès Buzyn aurait-elle péché par excès officiel d’optimisme en évoquant une édition « prometteuse » 2017 de l’opération « Moi(s) sans tabac » lors de sa dernière communication au conseil des ministres ? Le site des buralistes français le pense : à en croire le compteur du site Tabac Info Service la communauté atteint 157 879 inscrits à J + 29. Soit moins que les 180 000 de 2016 – vif satisfecit public, alors, de Marisol Touraine.

« L’opération Moi(s) sans tabac initiée en 2016 a lieu ce mois-ci et est renforcée, faisait valoir Agnès Buzyn le 27 novembre. Cette opération majeure a vocation à se répéter chaque année. L’édition 2017 apparaît d’ores et déjà prometteuse avec, en amont du démarrage effectif, plus de 100 000 inscrits à Tabac Info Service et plus de 3,5 millions d’outils commandés. »

 Les pré-inscrits étaient certes 100 000. Puis le 1er novembre a démarré avec 125 000 pour passer à 145 000 à J + 10. Pour finir à moins de 160 000. « Pourtant, la presse régionale a joué le jeu en couvrant largement les initiatives des partenaires en région (hôpitaux, associations, …) ou l’implantation des ‘’fans zones’’ » note le site des buralistes. Bien sûr, ce n’est qu’un indicateur. On attend surtout les données de l’Observatoire français des Drogues et Toxicomanies avec les statistiques de ventes de substituts, des consultations sur l’appli et des appels à Tabac Info Service. Dans l’attente, on peut s’interroger : le concept de défi collectif à la « Stoptober » (le modèle britannique) est-il duplicable au tempérament individualiste des Français ? »

De fait on peut, on doit, s’interroger. Moins sur la reproductibilité du modèle anglais que sur la forme donnée à l’entreprise française. Jacques Le Houezec, président de Sovape regrette que l’on « infantilise les fumeurs en leur proposant des jeux d’enfants plutôt que de réels conseils et une information honnête ».

« Au cœur du dispositif, j’ai la même analyse, les valeurs absolues parlent d’elles mêmes, ajoute Sébastien Béziau, vice-président de Sovape. A part le nom, l’opération n’a rien à voir avec le Stoptober. Là-bas on propose immédiatement aux participants les solutions pour arrêter de fumer, alors qu’en France, on ne leur propose que de « s’inscrire. » La « réussite » de l’opération se mesure donc au nombre d’inscrits. Que les gens qui veulent arrêter de fumer lèvent la main. Ok merci ! Tous va bien… Pathétique. On retiendra les conseils de la journée du 22 octobre, au choix parmi les 22 propositions pour repousser l’envie de fumer  « apprendre à faire un lama en ombre chinoise » ou encore « regarder une vidéo d’un chaton trop mignon »… On espère que l’agence de publicité aura été bien payée. »

Lamas et chatons trop mignons

« Le ‘’Moi(s)sans tabac’’ est une bonne idée mais tant qu’elle sera maniée par des autorités qui se donnent bonne conscience, les résultats ne seront pas au rendez-vous, estime Patrick Favrel spécialiste référent réputé en ‘’réduction des risques’’.   Quel est ce ministère et ses tutelles qui exigent à longueur de temps la mise en place et la tenue de critères d’évaluation pour toutes les structures incapables de restituer le nombre d’arrêt du tabac de 2016 ? Doit-on encore participer à une kermesse seulement parce qu’elle est caisse de résonance ? Quel a été le budget du ‘’Moi(s)sans tabac’’ (MST) pour 2017 ? Le ratio et les indicateurs sont pourtant simples : budget/Nb d’arrêt du tabac = Combien coûte un fumeur en moins par le biais du MST. »

Mêmes interrogations chez Jean-Paul Couteron, président de la Fédération Addiction : « Osera-t-on se remettre en cause chez nos décideurs ? L’ancien Programme National de Réduction du Tabagisme (PNRT)  n’a pas été un triomphe, le ‘’Moi(s) sans tabac’’ a du mal à être une fête, il associe encore trop les inévitables conférences sur le danger du tabac et autres fan zones  où des ‘’ambassadeurs’’ font autant leur pub que celle de l’action, et des ARS qui appliquent la loi et qui dans beaucoup d’endroit ont interdit les actions vapotage… Et le prochain PNRT est annonce ds 15 jrs et préparé par les mêmes etc.  Je continue de penser qu’un ‘’Moi(s) sans tabac’’ est une belle idee, mais il est dommage de ne pas plus en libérer la dynamique. Ceci dit attendons les données complètes ! »

Les données complètes, précisément… « Sur l’opération 2016, Santé Publique France (SPF) est toujours incapable de nous dire combien de personnes ont arrêté de fumer sur les 180000 « participants », observe Sébastien Béziau. Le Dr Philippe Arvers, addictologue et tabacologue administrateur de la Société Française de Tabacologie (SFT) ajoute : « au congrès de la SFT il y a deux semaines, François Bourdillon, directeur général de SPF,  a précisé que les résultats du ‘’Mois(s)sans tabac’’ 2016 seront donnés dans le BEH de mai 2018, pas avant.. ! ».

On peut donc espérer que les résultats de 2017 seront connus en mai 2019.

A demain