L’espérance de vie des Français.e.s plafonnerait. Est-ce une bonne raison pour désespérer ?

Bonjour

C’est un scoop-manchette du Monde (Nathaniel Herzberg) : « Pourquoi l’espérance de vie ne progresse plus ». Entendre l’espérance de vie des Français. Compteur bloqué : 79,4 ans pour les hommes, 85,3 pour les femmes en 2018.  Après un gain de trente ans au XXe siècle, ce coup d’arrêt surprend. Environnement, alimentation, niveau de vie : comment expliquer ce plafonnement ? Où l’on sous-entend, bien évidemment, que l’immortalité n’est pas une hypothèse à exclure d’emblée.

 

Que nous dit le quotidien vespéral qui devrait, cette année, célébrer ses 75 ans ? Qu’au XXe siècle, l’espérance de vie des Français a gagné trente ans, en passant de 45 à 74 ans pour les hommes et de 49 à 82 ans pour les femmes. Pourquoi ? Recette connue : amélioration globale de l’état sanitaire du pays, réformes sociales réduisant la pénibilité du travail, « mais aussi et surtout une succession de progrès médicaux majeurs ». La médecine, ses progrès et ses failles, au cœur de tous les espoirs, de toutes les craintes. Ainsi les statisticiens usent-ils de trébuchets pour évaluer l’impact des vagues de grippes hivernales sur cette espérance vitale plafonnante. Sans doute faudrait-il aussi tenter de mesurer les apports des vaccins, des antibiotiques et autres avancées thérapeutiques médicamenteuses et chirurgicales.

On peut aussi privilégier les modes de vie privilégiant l’hygiène aux excès, ce qui expliquerait les diférences longtemps observées entre les hommes et les femmes. Des différences de moins en moins marquées du fait, notamment, de l’augmentation de la consommation de tabac chez ces dernières.

Cent euros de plus par mois = une rallonge de 0,8 ans

 Autre piste : socio-économique.  « Une étude rendue publique en février 2018 par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a ventilé l’espérance de vie, non plus suivant les catégories socioprofessionnelles, mais en fonction du niveau de vie, résume Le Monde. L’espérance de vie des 5 % d’hommes les plus aisés culminait à 84,4 ans ; celle des 5 % les plus pauvres (470 euros de niveau de vie, soit le revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation) plafonnait à 71,7 ans. Un écart de treize ans (huit ans chez les femmes), d’autant plus marqué que l’on descend dans l’échelle des revenus‘’Aux alentours de 1 000 euros par mois, 100 euros supplémentaires sont associés à 0,9 an d’espérance de vie en plus chez les hommes, 0,7 an chez les femmes’’, indique ainsi l’étude. » Le Monde, toujours :

« Si l’on ajoute, toujours selon l’Insee, qu’entre 2008 et 2016 le revenu disponible a diminué en moyenne de 1,2 %, il est tentant de conclure, avec l’épidémiologiste américain Philip Landrigan, du Boston College, que « la montée des inégalités est la première cause de cette stagnation de l’espérance de vie ». « Même dans un pays comme la France, avec son accès universel aux soins, l’augmentation du nombre de pauvres va tirer l’espérance de vie vers le bas, ajoute-t-il. D’autant que ce sont aussi eux qui subissent le plus lourdement les effets de la pollution de l’air’’. ».

Désespérer ? Sans soute pas. Que les Gilets Jaunes lisent ou pas Le Monde sur les ronds-points, ce sont là autant d’éléments à haute valeur politique et qui, à ce titre, devraient trouver leur place dans le Grand Débat.

A demain

@jynau

 

 

Alcool – tabac : le pouvoir a renoncé à faire respecter les interdits de vente aux adolescents 

Bonjour

« L’interdiction de vente aux mineurs peut donc être considérée comme non respectée ».  La phrase est officielle. Elle est signée de François Bourdillon, directeur général de Santé publique France. Et elle est extraite de l’éditorial publié dans le dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) thématique consacré à l’alcool en France ; éditorial au goût d’oxymore titré « Alcool et réduction des risques » 1.

On dispose sur ce thème des résultats de l’enquête « Escapad – OFDT » menée chez les jeunes mineurs de 17 ans 2.  On y apprend que les jeunes mineurs, en France, « n’éprouvent aucune difficulté à s’approvisionner en alcool ». Ceux qui déclarent avoir bu des boissons alcooliques « les ont achetées en magasin pour 91% d’entre eux ». Mieux : «  ils sont même 77,5% à en avoir consommé dans un débit de boisson » précise François Bourdillon.

« En 2017, 85,7% des adolescents de 17 ans ont déclaré avoir déjà bu de l’alcool au cours de leur vie. L’usage régulier d’alcool (au moins dix fois dans le mois) concernait un jeune sur dix (8,4%) et 44 % des jeunes de 17 ans ont déclaré une alcoolisation ponctuelle importante (API) au cours du mois. Par ailleurs, malgré l’interdiction de vente aux mineurs, les adolescents qui ont déclaré avoir bu des boissons alcoolisées dans le mois étaient 91,0% à en avoir acheté en magasin et 77,5% à en avoir consommé dans un débit de boissons. La majorité d’entre eux (52,7%) a déclaré en outre n’avoir jamais eu à présenter de carte d’identité pour justifier de son âge lors d’un achat en bar ou en restaurant. »

Rappel de l’interdit quotidiennement bafoué :

 « PROTECTION DES MINEURS ET RÉPRESSION DE L’IVRESSE PUBLIQUE

Il est interdit de vendre de l’alcool à des mineurs de moins de 18 ans. La personne qui délivre la boisson peut exiger du client une preuve de sa majorité, notamment par la production d’une pièce d’identité. Il est interdit d’offrir de l’alcool à titre gratuit à des mineurs dans les débits de boissons et tous commerces ou lieux publics. Il est interdit de recevoir dans les débits de boissons alcooliques des mineurs de moins de seize ans qui ne sont pas accompagnés de l’un de leurs parents ou d’un majeur responsable. LE NON-RESPECT DE CES INTERDICTIONS EST PASSIBLE DE POURSUITES JUDICIAIRES. CODE DE LA SANTÉ PUBLIQUE : ART. L. 3342-1, L. 3342-3 ».

 Vendre du tabac à des enfants de 12 ans

On sait qu’il en va de même pour les ventes de tabac aux mineurs chez les buralistes. L’affaire est connue de longue date. Depuis 2003, en France, la vente de tabac est interdite aux mineursAfin d’évaluer l’application de cette mesure et pour connaître la perception des jeunes sur cette mesure deux enquêtes ont été menée pour le Comité national de lutte contre le tabagisme). Il est apparu que 62 % des buralistes étaient en infraction et ont vendu du tabac à des mineurs de 12 et 17 ans. Et plus d’un tiers des buralistes ont accepté de leur vendre du tabac à des enfants de 12 ans.  Et 60% des jeunes fumeurs indiquent qu’ils se procurent, sans difficulté, du tabac chez les débitants. Et faudrait-il rappler que plus d’un jeune de 17 ans sur trois consomme du tabac ?

Rappel de cet autre interdit quotidiennement bafoué :

« Interdiction de vente de tabac aux mineurs de moins de 18 ans Il est interdit de vendre ou d’offrir gratuitement, dans les débits de tabac et tous commerces ou lieux publics, à des mineurs de moins de dix-huit ans des produits du tabac ou leurs ingrédients, y compris notamment le papier et le filtre. La personne qui délivre l’un de ces produits, exige du client qu’il établisse la preuve de sa majorité.  CODE DE LA SANTÉ PUBLIQUE, ART. L.3512-12 et R.3515-5  Le non respect de cette interdiction est passible de poursuites judiciaires. »

Nous ne sommes plus, ici, à parler d’une politique de réduction des risques mais bien, compte-tenu de ce que l’on sait des addictions, d’un pouvoir politique qui, par démission, mène de facto une politique d’amplification des risques.

 A demain

@jynau

1 Bourdillon  F.  Éditorial. Alcool et réduction des risques. Bull Epidémiol Hebd. 2019;(5-6):88-9. http://invs.santepublique france.fr/beh/2019/5-6/2019_5-6_0.html

2 Philippon A, Le Nézet O, Janssen E, Cogordan C, Andler R, Richard  JB, et  al. Consommation et approvisionnement en alcool à 17 ans en France : résultats de l’enquête ESCAPAD 2017. Bull Epidémiol Hebd. 2019;(5-6):109-15. http://invs. santepubliquefrance.fr/beh/2019/5-6/2019_5-6_3.html

Tabac connecté et duplicité : savez-vous que Philip Morris s’intéresse à votre santé ?

Bonjour

Comment s’y retrouver ? Jadis tout était simple : on fumait. Puis vint l’épidémiologie et la (tardive) démonstration des considérables dégâts du tabac les poumons, le cœur, les vaisseaux, le cerveau. Big Tobacco n’était plus un ami. Le combat s’engagea suivi par la (tardive) action du pouvoir politique. Un pouvoir qui engrangeait depuis toujours les (considérables) taxes inhérentes à cette dépendance. Big Tobacco freinait de tout son poids mais des lois furent (enfin) promulguées pour interdire la publicité.

C’est alors que surgit la cigarette électronique et la (rapide) prise de conscience que l’on disposait là d’un extraordinaire outil au service de la réduction des risques. Oublions un instant l’addiction à la nicotine et privilégions les bénéfices apportés aux poumons, au cœur, aux vaisseaux, au cerveau du fumeur adoptant le vapotage. On connaît la suite, le pérsent et (en France) le coupable déni du pouvoir politique vis-à-vis de cet outil.  C’set dans ce cadre qu’il faut replacer les actuelles stratégies de Big Tobacco. Comme celle que vient de rapporter l’AFP reprise sur le site des buralistes français : « Philip Morris, le plus grand fabricant de cigarettes au monde, veut utiliser la technologie contenue dans ses nouveaux produits de vapotage pour offrir des services de dépistage de santé à ses utilisateurs ».

Ecole Polytechnique de Lausanne

Où l’on nous rappelle qu’il y a trois ans, Philip Morris International (PMI) avait annoncé son intention de réduire sa production de cigarettes classiques pour les remplacer par une ligne de produits « sans fumée », comme les cigarettes électroniques et les articles qui « chauffent le tabac sans le brûler ». Le géant affirme que ces produits sont beaucoup moins nocifs, « même si le fabricant des célèbres Malboro n’a pas encore réussi à convaincre l’Organisation mondiale de la santé et la communauté médicale ».

Dans l’attente PMI va user de la technologie contenue dans ses nouveaux produits « pour proposer des services allant du suivi de santé à l’assurance vie ». André Calantzopoulos, 61 ans, ancien ingénieur électronicien de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne ey PDG de PMI :

« Dans le monde d’aujourd’hui, je vois (…) un écosystème que vous créez autour du produit, par exemple quels autres services vous offrez au consommateur en plus de votre produit phare. Nous avons de l’électronique dans ce nouveau produit, nous avons donc la possibilité de nous connecter aux consommateurs qui le transportent 16 à 17 heures par jour. »

L’un des premiers projets de PMI est de proposer une assurance vie aux utilisateurs de son produit le plus populaire, l’Iqos, qui-chauffe-le-tabac-au lieu-de-le-brûler. M. Calantzopoulos estime notamment que les consommateurs de produits sans combustion devraient bénéficier d’un rabais sur les assurances vie (sic) par rapport aux fumeurs traditionnels, qui doivent souvent payer deux fois plus cher que les non-fumeurs en raison des risques liés à leur addiction.

Bracelets détecteurs

Cette pratique soulèverait-elle  des questions de droit relatives à la vie privée ?  PMI observe  que des assureurs envisagent d’ores et déjà d’offrir des rabais aux fumeurs qui peuvent prouver qu’ils ont abandonné la cigarette traditionnelle pour les produits « sans fumée ». Et des bracelets connectés peuvent par exemple détecter les mouvements de la main selon que l’on fume une cigarette ou un produit électronique.

Le Dr Derek Yach (ancien de l’OMS) fondateur et président de la « Fondation pour un monde sans fumée » (entreprise controversée soutenue par PMI) défend cette initiative. « Je pense que les objets connectés sont la direction à suivre, a-t-il déclaré à l’AFP. Ils poussent déjà les gens à faire davantage d’exercice, à mieux manger et dormir. Ce qui manque, c’est aider les gens à arrêter de fumer. »

Certains font aussi appel au concept de duplicité. Ils se souviennent que Big Tobacco, affirmait déjà que leurs nouvelles cigarettes « à filtre » étaient bénéfiques pour la santé. L’aurait-on oublié ?

 A demain

@jynau

Agnès Buzyn : autosatisfaction des résultats contre le tabac, étrange éloge de l’insoumission

Bonjour

Achevant son discours lors des Rencontres de l’Institut national du cancer de ce 4 février, Agnès Buzyn a innové. La ministre des Solidarités et de la Santé a expliqué aux participants qu’ils venaient d’avoir la chance d’entendre Raphaël Enthoven. Ce dernier « proposait une analyse de la remise en cause de l’expertise médicale face aux croyances non fondée et créatrice de  ‘’fake news’’ ».

« Dans ses ‘’ Morales provisoires ‘’ ; il rappelle que ‘’ le courage, c’est se jeter à l’eau. C’est un geste sans cause, sans motif et sans explication. C’est une insurrection de l’individu, une façon de ne pas être soumis’’ a déclaré la ministre. Mesdames et messieurs, ne soyons pas soumis. Agissons ! »

Peu de temps Agnès Buzyn dressé un bilan des progrès accomplis dans le domaine de la lutte contres les maladies cancéreuses. Extraits :

« Quels sont les progrès dont nous pouvons nous prévaloir ? D’abord, cette année, nous avons pu objectiver la nette réduction de la prévalence tabagique en France, et j’en suis particulièrement heureuse et fière. Près d’un million de fumeurs quotidiens en moins entre 2016 et 2017, en particulier chez les personnes aux revenus les plus faibles avec un passage de 38,8 % en 2016 de fumeurs réguliers à 34 % en 2017. Nous avons donc aussi réussi à agir sur les inégalités de santé.

« Ces résultats sont le fruit d’une politique intégrée que nous avons tous défendue, et qui repose sur l’intervention auprès des populations les plus éloignées du système de santé, notamment via des appels à projets financés pour la première fois cette année par le fonds de lutte contre le tabac qui bénéficie d’une enveloppe de 100 millions d’euros. D’autres moyens y participent également, avec les augmentations successives du prix du paquet de cigarettes ainsi que les campagnes récurrentes d’information du grand public de l’Institut national du cancer et l’opération ‘’Mois sans tabac’’ ».

Sans nullement vouloir faire preuve d’inoumission, force est bien ici d’agir et de rappeler l’extrême fragilité du chiffre « d’un million de fumeurs quotidiens en moins entre 2016 et 2017 » -une donnée désormais reprise de manière récurrente depuis près d’un an par le pouvoir exécutif. D’où provient-il ? D’un texte signé de François Bourdillon, directeur général de Santé publique France dans le BEH daté du 29 mai 2018 : « Baisse du tabagisme en France : un million de fumeurs quotidiens de moins entre 2016 et 2017. Un succès pour la santé publique » :

« Selon les données du Baromètre santé 2017 de Santé publique France, enquête représentative de la population française, la baisse du tabagisme en France entre 2016 et 2017 est de 2,5 points, ce qui est considérable. Cela représente un million de fumeurs quotidiens de moins en un an. Ainsi, la prévalence du tabagisme quotidien passe de 29,4% en 2016 à 26,9% en 2017. Cette baisse touche particulièrement les jeunes hommes de 18 à 24 ans et les femmes de 55 à 64 ans. Elle est la plus marquée en Île-de-France et en Normandie en comparaison des données de 2014. Enfin, elle concerne particulièrement les personnes ayant les niveaux de diplômes et de revenus les moins élevés ainsi que les demandeurs d’emplois, ce qui permet de stopper, pour la première fois, l’accroissement observé depuis le début des années 2000 des inégalités sociales en matière de tabagisme. »

Un constat d’autant plus fragile et discutable que les autorités sanitaires français, comme l’expliquent les responsables de l’étude PETAL 1 n’ont pas mis en place d’ « évaluations robustes » et systématiques pour disposer d’éléments permettant de savoir si les mesures du Programme national de réduction du tabagisme ont été efficaces. Un programme lancé officiellement il y a, précisément, cinq ans.  Agissons !

A demain

@jynau

1 « Programme d’Etudes sur le Tabagisme des Adolescents en vue de sa Limitation » (PETAL). Ce projet vise à mieux comprendre les comportements liés au tabagisme des jeunes Français. L’objectif général est de documenter l’efficacité et l’équité de politiques publiques de lutte contre le tabagisme des jeunes et d’identifier des opportunités d’interventions pour le futur. PETAL mobilise des méthodes statistiques robustes afin de produire les résultats les plus justes possibles au regard des données disponibles actuellement.

Ce projet a débuté en novembre 2017 et il est financé pour 24 mois par La Ligue contre le cancer dans le cadre de l’appel à projets 2017 Priorité Cancers Tabac de La Ligue contre le cancer et l’Institut national du cancer (INCA). Les équipes de recherche impliquées sont les unités mixtes de recherche 1178 (Santé mentale et santé publique, INSERM-Paris Descartes-Paris Sud) et U1136 (Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique, INSERM-Sorbonne Université), l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Santé Publique France, l’Université de Californie San Diego et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

 

Tabagisme : pour y entrer, les ados français n’ont pas besoin de cigarette électronique

Bonjour

Qui s’en souvient ? Il y a cinq ans, jour pour jour, François Hollande, président de la République lançait solennellement, à la Maison de la Chimie,  le troisième volet (2014-2019) du Plan Cancer et confiait à Marisol Touraine, ministre de la Santé, le soin d’élaborer un « Programme national de réduction du tabagisme ». Extrait du discours du président de la République :

« Le tabac est responsable de 30% des décès par cancer. C’est la première cause de mortalité pour les femmes, comme pour les hommes – mais de ce point de vue l’égalité est en marche, et ce n’est pas la meilleure ! Le second Plan Cancer [mis en œuvre par Nicolas Sarkozy, ndlr] avait fixé comme objectif une baisse de la prévalence du tabac, c’est-à-dire du nombre de fumeurs, de 30% à 20% dans la population. Le taux aujourd’hui est de 33%. Il y a plus de fumeurs qu’il n’y en avait il y a cinq ans. J’ai donc demandé à Marisol Touraine de présenter, avant l’été, un programme national de réduction du tabagisme, s’intégrant précisément dans la stratégie nationale de santé. Il sera élaboré par tous les acteurs concernés pour agir sur la consommation, qui devient une addiction .»

On sait ce qu’il en résulta. A commencer par un invraisemblable (et coupable) déni ministériel (et gouvernemental) du levier sanitaire que représentait, déjà, la cigarette électronique en tant qu’outil de réduction des risques tabagiques.

Cinq ans après, jour pour jour. C’est une information qui (pourquoi ?) a bien du mal à émerger : « Plus d’un ado sur deux a déjà testé la cigarette électronique » (RMC-BFM-TV). Une information qui, paradoxalement, semble gêner ceux qui la produisent. Une information reprise sur  le site des buralistes français : plus d’un adolescent de 17 ans sur deux (52 %) a déjà expérimenté la cigarette électronique, soit un pourcentage voisin de ceux qui ont expérimenté la cigarette de tabac (59 %). Ce sont là les premiers résultats d’une étude de l’Inserm, financée par la Ligue contre le Cancer, dans le cadre du programme dit « PETAL » 1 .

« Alors qu’un quart des jeunes de 17 ans fument tous les jours, seulement 2 % d’entre eux vapotent quotidiennement, et un sur six occasionnellement. Cette nouvelle étude semble écarter l’hypothèse d’une porte d’entrée du vapotage dans le tabagisme. Les jeunes de 17 ans qui testent la cigarette électronique ont déjà expérimenté le tabac auparavant. C’est toujours le tabac qui vient en premier et pas l’inverse.

 « La baisse de consommation de tabac chez ces ados ne serait pas plus liée à la cigarette électronique : 63 % des jeunes vapoteurs sont aussi des fumeurs réguliers ou quotidiens de cigarette. L’e-cigarette se cumulerait avec d’autres comportements à risque, tabac mais alcool et stupéfiants. S’il y a autant de filles qui fument des cigarettes que de garçons, toujours à 17 ans, les garçons ont davantage tendance à vapoter (21 % d’entre eux le font occasionnellement contre 13 % des filles). Autant de pistes et de données que les chercheurs vont continuer à approfondir, sachant que la vente de la cigarette électronique est interdite aux moins de 18 ans. »

Incurie gouvernementale et présidentielle

Tout ou presque est dit, ici, de l’incurie gouvernementale récurrente face à ce fléau. A commencer par l’exposé officiel du contexte dans lequel s’inscrit l’étude PETAL (nous soulignons):

«  Compte tenu des lourdes conséquences sanitaires du tabagisme et du potentiel addictif des produits du tabac, sa consommation par les adolescents et les jeunes adultes constitue un enjeu primordial de santé publique. En France, le Programme National de Réduction du Tabagisme 2014-2019 vise en premier lieu la prévention de l’initiation tabagique chez les adolescents. Au cours de la dernière décennie, certaines mesures de lutte contre le tabagisme étaient spécifiquement destinées aux jeunes, comme l’interdiction de fumer dans les établissements scolaires en 2007, l’interdiction de vente de tabac étendue à l’ensemble des moins de 18 ans en 2009 et la mise en place du paquet neutre. Dans la mesure où des évaluations robustes n’ont pas été systématiquement menées, les décideurs disposent de peu d’éléments permettant de savoir si ces mesures ont été efficaces. »

Ce projet de recherche inclut notamment deux objectifs : évaluer l’efficacité et l’équité de l’interdiction de vente de tabac aux moins de 16 ans puis aux moins de 18 ans, comprendre le rôle de l’e-cigarette dans les trajectoires d’initiation tabagique chez les jeunes en France.

« L’utilisation de l’e-cigarette chez les jeunes s’est rapidement développée ces dernières années. Plusieurs études récentes ont évoqué son possible rôle dans l’initiation tabagique. Dans le cadre de la prévention du tabagisme des jeunes, il apparaît donc important de comprendre le rôle de l’e-cigarette dans les trajectoires d’initiation tabagique chez les jeunes en France. »

Les premiers résultats officiels sont donc là, qui confirment mille et une observations ponctuelles. Combien faudra-t-il encore d’années avant que les autorités sanitaires et politiques françaises acceptent la réalité, organisent et amplifient des stratégies de réduction des risques tabagiques, se plient à la loi du pragmatisme ? Combien de temps, en un mot, avant que l’actuel président de la République, champion de la prévention avant de prendre la place de François Hollande, accepte de prendre modèle sur la politique britannique ?

A demain

1 « Programme d’Etudes sur le Tabagisme des Adolescents en vue de sa Limitation » (PETAL). Ce projet vise à mieux comprendre les comportements liés au tabagisme des jeunes Français. L’objectif général est de documenter l’efficacité et l’équité de politiques publiques de lutte contre le tabagisme des jeunes et d’identifier des opportunités d’interventions pour le futur. PETAL mobilise des méthodes statistiques robustes afin de produire les résultats les plus justes possibles au regard des données disponibles actuellement.

Ce projet a débuté en novembre 2017 et il est financé pour 24 mois par La Ligue contre le cancer dans le cadre de l’appel à projets 2017 Priorité Cancers Tabac de La Ligue contre le cancer et l’Institut national du cancer (INCA). Les équipes de recherche impliquées sont les unités mixtes de recherche 1178 (Santé mentale et santé publique, INSERM-Paris Descartes-Paris Sud) et U1136 (Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique, INSERM-Sorbonne Université), l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Santé Publique France, l’Université de Californie San Diego et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

Les amphétamines de Bernard-Henri Lévy et les injections sanguines de la star Neymar

Bonjour

Du pain et des bleus. « 19-24 Désespérant » titre justement L’Equipe au lendemain d’un match catastrophe du XV de France cintre le XV de Galles. Où l’on pressent que le jeu de rugby, à l’échelon français, est une éponge du moral national. Et sans jamais pouvoir le démontrer on pourrait soutenir l’hypothèse que les violences inhérentes aux Gilets Jaunes ne sont pas étrangères aux malheurs des Bleus. Un vrai chef vous manque, et c’est le désespoir.

Nous avions laissé  Neymar da Silva Santos Júnior, 26 ans, souffrant d’une « élongation des adducteurs droits ». C’était en novembre. Nous voici en février, le gracile génie est à nouveau blessé. L’Equipe nous apprend que l’homme vient de faire un aller-retour en urgence à Barcelone. Là il a « reçu une injection de plasma riche en plaquettes (PRP) par leDr Ramón Cugat Bertomeu, chirurgien orthopédiste et spécialiste international de cette pratique régénératrice».

Traitement des tendinopathies chroniques

Chacun sait que Neymar s’est blessé contre Strasbourg (2-0) en Coupe de France, le 23 janvier. La star brésilienne salariée par le Qatar à Paris « souffre d’une pseudarthrose, c’est-à-dire un défaut de consolidation de la fracture du cinquième métatarsien du pied droit opéré en pars dernier par Rodrigo Lasmar, le médecin de la sélection brésilienne ». Pas d’intervention, cette fois, mais « un traitement conservateur à base de kiné, de magnétothérapie et d’injection de PRP ».

User ou pas du PRP ? On lit ceci dans la précieuse Revue Médicale Suisse, sous la signature de Jean-Luc Ziltener, Maxime Grosclaude et Lara Allet (Service d’orthopédie et traumatologie de l’appareil moteur, Hôpitaux Universitaires de Genève).

« Les tendinopathies chroniques chez le sportif sont fréquentes et pour certaines difficiles à traiter. La guérison et la régénération tendineuse sont sous le contrôle, entre autres, de nombreux facteurs de croissance. Il est actuellement possible de concentrer quelques facteurs de croissance autologues dans une fraction plasmatique du sang prélevé chez un sujet (plasma riche en plaquettes – PRP), et de la réinjecter au site lésionnel. La recherche de base et animale paraît plutôt prometteuse. Néanmoins, en clinique, le nombre d’études scientifiquement acceptables dans cette indication est faible. Actuellement, il n’est ainsi pas possible de recommander formellement ce type d’injections sanguines pour le traitement des tendinopathies chroniques chez l’homme. »

Passer chez Ruquier ou descendre une piste noire ?

L’Equipe, toujours (supplément papier glacé) et un « auto-portrait » glaçant (propos recueills par Estelle Lenartowicz – photo Roberto Frankenberg) de « Bernard-Henri Lévy, 70 ans, écrivain ». Où l’on en apprend un peu plus encore sur ses centaines de chemises toujours portées sans cravate (peur d’étouffer, « vieux truc d’enfant asthmatique ») ; sur ses modalités d’écriture dans une piscine (magnétophone, brasse papillon, un peu de dos crawlé) ; sur sa pratique, jeune, des sports de combat (judo, ju-jitsu, bâton japonais) ; sur le ski (« Passer chez Ruquier, c’est comme descendre une piste noire à ski » – sic).

Sans oublier le dopage aux amphétamines 2 :

« Jusqu’à il y a quinze ans, il m’est arrivé de me doper. Pour rendre plus pertinente cette partie du corps qu’est mon cerveau. Sous amphétamines, on se sent invincible, extralucide, invulnérable. Je ne regrette pas cette époque mais elle est derrière mois. Aujourd’hui j’ai besoin de bouger, de brûler mon énergie, de respirer. Je nage ».

Et L’Equipe de compléter : « 0 cigarette depuis trente ans après avoir fumé 5 paquets par jour. Au théâtre Antoine à Paris, le 20 mai, dans sa pièce ‘’Looking for Europe’’ ».

A demain

@jynau

1 Traitement des tendinopathies chroniques : intérêt des injections de plasma riche en plaquettes (PRP) Rev Med Suisse 2011; volume 7. 1533-1537

2 Dans Le Figaro daté du 3 juillet 2014 (Emilie Geffray), en réponse à la question de savoir s’il avait été gêné des  révélations sur France 2  (par sa femme Arielle Dombasle) de ses prise de « psychotropes » Bernard-Henri Lévy répondait : « Il y a une vraie tradition, vous savez, des écrivains consommateurs de substances. Artaud et le peyotl, Henri Michaux, Baudelaire et Théophile Gautier. À quoi sert un corps, pour un écrivain, sinon à produire le maximum de texte possible? Et de la meilleure qualité? Les amphétamines, parfois, m’y ont aidé. »

 

Voici la « liste noire » des 93 médicaments à écarter pour mieux soigner (Prescrire, Acte VII)

Bonjour

C’est un rituel médicamenteux comme il en est des littéraires ou des gastronomiques. A la différence près qu’il faut, ici, faire une croix tous ceux qui sont cités. Pour la septième année consécutive le mensuel Prescrire (depuis sa naissance indépendant de l’industrie pharmaceutique) vient de publier (dans son n° de février) son bilan « des médicaments à écarter pour mieux soigner ». Aucune légèreté dans cette mise à l’index : ce bilan recense « des cas documentés » de médicaments « plus dangereux qu’utiles ».

L’objectif affiché est ici « d’aider à choisir des soins de qualité, de ne pas nuire aux patients et d’éviter des dommages disproportionnés ». Toutes ces spécialités pharmaceutiques (il y en a au total quatre-vingt-treize dont quatre-vingt-deux commercialisées en France) sont, assure la revue, « à écarter des soins dans toutes les situations cliniques pour lesquelles ils sont autorisés ». Et ce raison des risques sanitaires « disproportionnés » qu’ils font courir aux malades qui pourraient être concernés.

Relaxant musculaire

Parmi les médicaments ajoutés cette année à cette « liste noire », on trouve notamment le célébrissime Décontractyl® (comprimés ou baume) « relaxant musculaire proposé pour soulager les douleurs dues aux « contractures ».

« La méphénésine par voie orale (Décontractyl®) expose à des somnolences, des nausées, des vomissements, des réactions d’hypersensibilité (dont des éruptions cutanées et des chocs anaphylactiques), et des abus et dépendances ; la pommade à base de méphénésine (Décontractyl baume®) expose à des atteintes cutanées graves, dont des érythèmes polymorphes et des pustuloses exanthématiques aiguës généralisées.

Prescrire dénonce aussi les risques présentés par de nombreux anti-tussifs. A commence par L’ambroxol (Muxol® ou autre) et la bromhexine (Bisolvon®), des « mucolytiques » autorisés dans la toux ou les maux de gorge, n’ont pas d’efficacité clinique démontrée au-delà d’un effet placebo.

« Or ils exposent à des réactions anaphylactiques et à des réactions cutanées graves, parfois mortelles, telles que des érythèmes polymorphes, des syndromes de Stevens-Johnson et des syndromes de Lyell »

Quant à l’oxomémazine (Toplexil® ou autre), un anti – histaminique H1 sédatif et atropinique du groupe des phénothiazines avec des propriétés neuroleptiques, il « expose à des effets indésirables disproportionnés dans le traitement symptomatique de la toux ».

Egalement mise à l’index, la pommade pour fissures anales Rectogesic® :

« Ce dérivé nitré autorisé dans les fissures anales, n’a pas d’efficacité démontrée au-delà de l’effet placebo pour guérir une fissure anale chronique, ni pour soulager la douleur associée. Il expose à des céphalées très fréquentes, et parfois sévères. Le traitement des douleurs liées à une fissure anale repose sur un antalgique par voie orale tel que le paracétamol et parfois sur la lidocaïne en application locale (Titanoréïne à la lidocaïne®) »

Cigarette électronique

A des degrés divers toutes les disciplines médicales sont concernées.  Notamment la psychiatrie, la cancérologie,  la gynécologie-obstétrique, ou la cardiologie. Et Prescrire prend notamment soin, en plein hiver, de  rappeler que nombre de médicaments contre le « rhume », comme les vasoconstricteurs décongestionnant par voies orale ou nasale (l’éphédrine, la naphazoline, l’oxymétazoline, la phényléphrine, la pseudoéphédrine, qui est contenue dans une dizaine de médicaments) exposent à un risque de troubles cardiovasculaires graves, voire mortels (poussées d’hypertension, AVC, troubles du rythme cardiaque). Il y a un an les autorités sanitaires françaises ont interdit la publicité destinée au grand public pour ces vasoconstricteurs, souligne Bruno Toussaint, directeur éditorial de Prescrire« C’est un petit pas qui montre que les autorités reconnaissent que ces produits posent problème, mais sans les retirer du marché », observe-t-il.

Mais tout ne va pas toujours dans le même sens. On observera ainsi que Prescrire dénonce le bupropion (Zyban®), une amphétamine autorisée dans le sevrage tabagique. Pas plus efficace que la nicotine ce médicament expose à des troubles neuropsychiques (dont des agressivités, des dépressions, des idées suicidaires), des réactions allergiques parfois graves (dont des angiœdèmes, des syndromes de Stevens-Johnson), des dépendances, et des malformations cardiaques congénitales en cas d’exposition de l’enfant à naître pendant la grossesse.

Préférer les substituts nicotiniques ? Sans doute. Mais on peut aussi choisir la cigarette électronique, et ce avec plus de chance de succès comme en témoigne une importante publication datée du 30 janvier du prestigieux New England Journal of Medicine : « A Randomized Trial of E-Cigarettes versus Nicotine-Replacement Therapy ».

Pour finir une question en forme d’espérance : l’année 2019 sera-t-elle celle qui verra, enfin, l’Agence nationale de sécurité du médicament débattre, en pleine transparence, avec Prescrire ; échanger quant aux raisons qui expliquent que cette Agence puisse maintenir sur le marché français des substances que la revue estime, preuves à l’appui, qu’elles devraient en être retirées ?

A demain