« Cigarette électronique ? N’ayez pas peur, c’est le préservatif du fumeur ! » (publicité)

Bonjour

La polémique OMS/AFP ne connaît pas de frontières médiatiques. Elle a d’ores et déjà gagné le site aufeminin.com : « La vapoteuse dérange parce qu’elle permet d’arrêter de fumer dans le plaisir » (Anais Moine). Où l’on donne la parole à Jacques Le Houezec, scientifique et tabacologue reconnu, qui réfute les arguments (repris par denombreux médias) concernant « l’incontestable nocivité » de la cigarette électronique. Où l’on saisit, aussi, la place qu’il convient d’accorder au « plaisir » (ou de moindre souffrance) dans le champ de la lutte contre les addictions.

« Incontestablement nocive », la cigarette électronique ? « On ne dit pas que la cigarette électronique est sans danger, il ne faut pas non plus tomber dans l’effet inverse, mais on parle de réduction du risque … Avec le tabac, on connaît le risque, c’est un fumeur sur deux qui va mourir de son tabagisme. Or, lorsqu’on analyse les émissions de la vapoteuse, on est sur quelque chose qui est à mille lieues de la fumée de cigarette. Un rapport anglais de 2015 montre qu’on est au moins dans 95%, voire plus, de réduction du risque » explique Jacques Le Houezec aux lectrices.teurs du site.

Le grand problème, selon lui, réside dans le fait que la lutte contre le tabagisme demeure le dernier domaine de l’addictologie qui ignore le concept et la politique de la « réduction des risques ». De ce point de vue le vapotage constitue un extraordinaire levier pour aider à sortir les fumeurs de l’esclavage de la consommation de tabac. « Les antibiotiques aussi sont nocifs, au sens propre du terme, et ça ne nous empêche pas de les utiliser parce que ça sauve des vies, explique-t-il encore. Avec la cigarette électronique, le taux de risque est tellement faible que je suis convaincu qu’on n’arrivera jamais à démontrer sa nocivité ».

Mais ce n’est pas tout. « On a l’impression d’un combat d’arrière garde, parce que la vapoteuse dérange puisqu’elle permet d’arrêter de fumer dans le plaisir. C’est surtout ça qui gêne les gens, c’est que c’est la première fois dans l’histoire de l’arrêt du tabac que l’on peut arrêter dans le plaisir » ajoute-t-il. Concilier plaisir et réduction des risques, là est sans doute le hic – du moins dans une société pour une large part fondée sur le concept de péché et de rédemption.

Où l’on en vient, esprit d’escalier, à cette proposition de slogan pour l’exécutif : « Cigarette électronique ? Ne pas en avoir peur, c’est le préservatif du fumeur ! »®.

A demain @jynau

Panique sur vapotage et cigarette électronique: pourquoi Libé ne se mouille-t-il pas ?

Bonjour

On a connu, jadis, un Libé plus flamboyant 1.

La polémique fait rage et le journal compte les points. « La vapoteuse n’aiderait pas à arrêter de fumer et contiendrait même des particules nocives pour la santé, selon un rapport de l’OMS rendu public vendredi. Des médecins y voient pourtant un outil de réduction des risques » résume le quotidien de Sartre et de July (« E-cigarettes vapeur panique » – Louise Guibert). Libé parle ainsi du « jugement très sévère » de l’OMS sur les cigarettes électroniques. Et Libé de citer l’AFP elle-même au cœur de la polémique. Avant de définir le vapotage comme s’il s’adressait à des enfants sages. Et de faire comme s’il nexistait aucune bibliographie sur la question de la « porte d’entrée » :

« L’inquiétude de l’OMS vis-à-vis de ces produits concerne également leur adoption par des non-fumeurs, notamment les adolescents, cibles du marketing de nombreuses marques. Plusieurs études semblent montrer que les jeunes non-fumeurs qui se mettent au vapotage sont plus susceptibles ensuite de passer aux cigarettes. »

On a connu, il y a longtemps, un Libé moins plan-plan, plus proche des militants.

Le quotidien cite ensuite la réaction des fabricants de e-cigarettes qui « parlent ouvertement de « désinformation » ainsi que  de « certains spécialistes de la lutte contre le tabac, qui défendent l’efficacité de la cigarette électronique ». Evoque un « consensus scientifique » selon lequel « remplacer la cigarette par le vapotage est moins nocif ». Mais que vaut ce consensus si  l’OMS « se montre plus prudente »… ?

On aimerait connaître un Libé plus apte à defendre la cause de la réduction des risques.

Toujours et encore les pincettes : « pour l’OMS, la possibilité que les vapoteuses jouent un rôle dans l’aide au sevrage tabagique ‘’n’est pas claire’’ » et d’autres estiment que «ce n’est pas un outil magique en termes de sevrage du tabac». Sans oublier que « les chercheurs ont également peu de recul sur les cigarettes électroniques, vendues depuis le milieu des années 2000 ». Sans oublier non plus Santé publique France qui ne fait rien mais observe que « près de la moitié des vapoteurs français en 2017 continuaient à fumer des cigarettes, tous les jours (40 %) ou occasionnellement ».

Comment finir sans citer le « ministère de la Santé français » qui  « s’est toujours montré réticent vis-à-vis de la cigarette électronique, pratique qui a pour particularité d’avoir été imposée au début par les consommateurs eux-mêmes ». « Pour la ministre Agnès Buzyn, qui a fait de la lutte contre le tabac l’une de ses priorités, la baisse du nombre de fumeurs est surtout liée à l’augmentation des prix, au remboursement des patchs et gommes et à l’opération ‘’Mois sans tabac’’ » conclut le quotidien.

Ou comment un quotidien jadis militant en est venu à ne pas prendre position dans un combat majeur de santé publique mené, en France, contre le pouvoir exécutif et sous l’oriflamme médical et libertaire de la réduction des risques.

A demain @jynau

1 Et notament deux écrits sur le sujet de Laurent Joffrin, patron de Libération : « E-cigarette : Laurent Joffrin (Libération) dénonce l’obscurantisme de Marisol Tourain» (Journalisme et santé publique du 29 septembre 2014) et « Cigarette électronique: réplique à Laurent Joffrin et au ‘’pochetron invétéré’’, avec verre de vin » (Journalisme et santé publique du 20 mai 2016)

L’«incontestable nocivité» de la cigarette électronique : le silence de la ministre de la Santé

Bonjour

L’heure est incontestablement grave. C’est une déferlante contre un rapport de l’OMS doublée d’une levée de bouclier contre une dépêche de l’AFP.  Nous avions rapporté les prolégomènes du phénomène faisant songer à un « coup de Jarnac » Depuis quelques jours il ne cesse de prendre de l’ampleur. Ce sera l’un des chapitres de la première édition de la prochaine « Révolution des Volutes ».

En substance un  rapport de l’OMS (voir notamment page 56). Puis un communiqué de presse: « L’OMS présente un nouveau rapport sur l’épidémie mondiale de tabagisme. Et enfin d’une dépêche de  l’AFP reprise jusqu’à plus soif par les médias généralistes français. Extraits :

« Les cigarettes électroniques sont ‘’incontestablement nocives’’ et devront être régulées, selon un rapport présenté vendredi à Rio de Janeiro par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui déconseille ces dispositifs à ceux qui veulent arrêter de fumer (…) Leur popularité grandissante depuis leur apparition sur le marché, au milieu des années 2000, surtout auprès des jeunes, inquiète les législateurs et autorités sanitaires du monde entier, qui craignent que le vapotage ne conduise les jeunes à fumer du tabac. Bien que ces dispositifs exposent l’utilisateur à moins de substances toxiques que les cigarettes combustibles, elles présentent aussi des  ‘’risques pour la santé’’, assure le rapport de l’OMS, (…) ‘’Bien que le niveau de risque associé aux SEAN (système électroniques d’administration de nicotine) n’ont pas été mesurés de manière concluante, les SEAN son incontestablement nocifs et devront donc être régulés’’, indique l’OMS. Elle souligne également qu’il n’y a pas assez de preuves que les e-cigarettes soient efficaces pour arrêter de fumer. »

 On ne compte plus, depuis, les réactions de celles et ceux qui accusent : 1) l’OMS de n’avoir rien compris à la réduction des risques, 2) l’AFP d’avoir déformée et faussement relayé une fraction du rapport, 3) les journalistes d’avoir fait du copier-coller avec cette dépêche de l’AFP.

D’emblée un décryptage objectif avait été effectué sur le site Numerama (Marie Turcan). Puis tout fut parfaitement résumé dans un communiqué de l’association #sovape : « L’association SOVAPE, avec AIDUCE, s’élève contre la désinformation massive sur le vapotage :

« Nous assistons depuis le 26 juillet à un déferlement médiatique de fausses informations sur le vapotage qui confinent parfois au grotesque. Ces informations trompent gravement la population sur la perception des risques réels du vapotage et mettent en danger des dizaines de milliers de personnes.

« Affirmer à la population que le vapotage est « incontestablement nocif », « ne permet pas l’arrêt du tabac », « doit être réglementé comme toxique », « entraîne les jeunes dans le tabagisme » sans la moindre réserve ni pondération du consensus scientifique inverse est grave. Le rapport à l’origine de l’emballement ne constitue ni une position ni une recommandation de l’OMS. L’évaluation ne repose sur aucune preuve, selon les propres termes des auteurs. Il n’est d’ailleurs pas financé par l’Organisation.

« Des dizaines d’études contredisent de façon solide ces affirmations (….)  Le consensus médical et scientifique est total : vapoter est beaucoup moins risqué que fumer, mais encore le vapotage supprime tous les risques du tabagisme puisqu’on ne fume plus. Dans ce contexte exceptionnellement anxiogène, l’association SOVAPE souhaite rappeler les résultats d’une étude récente de FDA : la désinformation sur le vapotage contribue au maintien du tabagisme. Nous rappelons également que le dernier rapport de Santé publique France révèle que plus de 50% de la population pense que le vapotage est aussi, voire plus nocif que le tabagisme. Ce sentiment a augmenté de +10% entre 2014 et 2017 alors que les connaissances scientifiques et médicales sont, au contraire, de plus en plus nombreuses et rassurantes et les produits plus sûrs. »

Mutisme des autorités sanitaires françaises

L’heure est incontestablement grave. Les association SOVAPE et AIDUCE « appellent au discernement et à la retenue face aux enjeux de la lutte contre le tabagisme qui cause 75 000 morts par an en France ». « Sans monoxyde de carbone et sans goudron, le vapotage réduit massivement les risques cardiaques, pulmonaires et cancérigènes par rapport aux cigarettes, rappellent-elles Le rapport bénéfices/risques extraordinairement positif plaide sans appel en faveur du vapotage, sans risques avérés à long terme à ce jour. Elles ajoutent :

« La désinformation doit cesser. C’est une question de santé publique, de responsabilité et de déontologie des médias et des journalistes. Face au fléau du tabac, le vapotage est une chance historique, ne la gâchons pas. »

D’autres voix se lèvent pour exprimer, avec d’autres mots et d’autres intérêts, des positions équivalentes. Ainsi  France Vapotage, « fédération professionnelle des fabricants des produits de la vape », émanation de Big Tobacco, « déplore les dernières déclarations de l’OMS et s’inquiète de leurs répercussions sur la santé publique » :

« Qualifier la cigarette électronique « d’incontestablement nocive », c’est fragiliser une alternative au tabac plébiscitée par de nombreux fumeurs désireux d’arrêter. Elle s’étonne de cette prise de position qui entre en totale contradiction avec de très nombreuses études scientifiques publiées dont celles de Santé Publique France et appelle à̀ un débat apaisé, fondé non sur des préjugés, mais sur des approches et des connaissances scientifiques solides. »

Pour sa part le site Numerama avait rappelé avoir, ces huit derniers mois, « contacté le ministère de la Santé français à plusieurs reprises afin d’obtenir des informations sur l’état actuel de la recherche en France sur le sujet des cigarettes électroniques, et les mesures prises en place par le gouvernement pour encourager cette recherche ». « Nous n’avons eu que très peu de retours, précise-t–il dans un euphémisme. À ce jour, aucune étude de grande ampleur en cours n’est connue sur le sujet. Le ministère de la Santé ne nous a pas apporté d’éléments de réponse sur ce point. »

L’heure est incontestablement grave – et comme toujours sur ce sujet majeur de santé publique, les autorités sanitaires française sont muettes. Un mutisme, un déni, une frilosité, une incapacité chronique à mettre en oeuvre une politique de réduction des risques … autant d’éléments que l’on devrait retrouver dans plusieurs des chapitres de la première édition de la « Révolution des Volutes ».

A demain @jynau

E-cigarettes : à San Francisco, on a pulvérisé le degré zéro de la réduction des risques

Bonjour

Le conseil municipal de San Francisco a interdit récemment la vente (en ligne ou pas) de cigarettes électroniques sur le territoire de la commune (un peu moins de 900 000 habitants). Une mesure qui devrait entrer en vigueur début 2020. « Nous avons passé les années 90 à lutter contre le tabagisme, et maintenant nous voyons sa nouvelle forme via les e-cigarettes » dénoncent les édiles. Ils visent aussi directement le jeune géant de l’e-cigarette Juul Labs, dont le siège est à San Francisco.

« Pourquoi la ville serait-elle à l’aise avec le fait que des cigarettes combustibles soient sur les étagères alors que nous savons qu’elles tuent plus de 480 000 Américains par an, interroge Jull Labs dans un communiqué. Ils essaient de fermer une entreprise qui opère pacifiquement dans leur ville (…) Pendant ce temps, vous pouvez vous promener dans les rues de San Francisco – si vous ne marchez pas dans des excréments humains – et passer à côté de gens munis de diverses aiguilles suspendues. San Francisco pourrait avoir de plus grandes priorités. »

Et le site des buralistes français nous apprend qu’une pétition contre l’initiative des édiles vient d’être déclarée recevable par le département des élections et consultations de la ville – une pétition placée sous l’égide de la « Coalition for Reasonable Vaping Regulations » (créée par Juul) qui a recueilli un peu plus du double des 9 400 signatures nécessaires pour que son texte soit examiné par le conseil municipal. Une forme de RIC à l’américaine.

Stupidité au zénith

« On prête à Juul l’intention d’investir 1,5 million de dollars dans cette campagne d’opinion, ajoute le site. Les autres acteurs du vapotage ou des produits de nouvelle génération se faisant discrets jusqu’à maintenant. Ce qui donne cette impression surprenante de ‘’ San Francisco contre Juul ‘ ».

« Juul va encore s’acharner à adresser délibérément des messages tronqués aux résidents de San Francisco, dénonce le City Supervisor Shaman Walton. Mais je sais que nos concitoyens vont y voir clair dans leur propagande et se rendre compte que leur initiative se réduit à proposer une réglementation qui est déjà en vigueur ! »

Pour l’économiste Ted Egan l’interdiction municipale frappant les e-cigarettes va provoquer « un effet report » sur les produits du tabac traditionnel qui, pour leur part, resteront autorisés à la vente. Ted Egan a lancé, avec des collègues, une étude pour évaluer les effets de cet effet report. « Avec ou sans étude d’économiste, toute personne douée d’un minimum de bon sens se doute que le fait d’interdire la vente de l’outil le plus utilisé pour arrêter de fumer va avoir inévitablement avoir des conséquences positives sur le nombre de cigarettes fumées » souligne, pour sa part, Gregory Conley, président de l’American Vaping Association.

Et pour finir Michel Siegel, professeur à la Boston University’ s School of Public Health : « Je n’ai jamais vu de mesure de santé publique aussi stupide ».

A demain @jynau

«Incontestablement nocives» ? Les cigarettes électroniques victimes d’un coup de Jarnac

Bonjour

C’est une dépêche de l’AFP reprise jusqu’à plus soif par les médias généralistes français. Morceaux choisis :

« Les cigarettes électroniques sont « incontestablement nocives » et devront être régulées, selon un rapport présenté vendredi à Rio de Janeiro par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui déconseille ces dispositifs à ceux qui veulent arrêter de fumer. Le vapotage consiste à inhaler des vapeurs créées par le chauffage à haute température d’un liquide à l’intérieur de la cigarette électronique. La plupart du temps, ces liquides contiennent de la nicotine.

Leur popularité grandissante depuis leur apparition sur le marché, au milieu des années 2000, surtout auprès des jeunes, inquiète les législateurs et autorités sanitaires du monde entier, qui craignent que le vapotage ne conduise les jeunes à fumer du tabac. Bien que ces dispositifs exposent l’utilisateur à moins de substances toxiques que les cigarettes combustibles, elles présentent aussi des « risques pour la santé », assure le rapport de l’OMS, qui évalue les résultats des mesures gouvernementales (MPOWER) préconisées par la convention-cadre de l’institution pour endiguer l’épidémie (CMCT).

Les six stratégies pour décourager l’usage du tabac sont les suivantes: contrôles de la consommation de ces produits et politiques de prévention, protection du public contre la fumée, aides pour cesser de fumer, mises en garde contre les dangers du tabac, faire respecter des interdictions de publicités, promotion ou sponsorisation, et enfin augmentation des taxes. « Bien que le niveau de risque associé aux SEAN (système électroniques d’administration de nicotine) n’ont pas été mesurés de manière concluante, les SEAN son incontestablement nocifs et devront donc être régulés », indique l’OMS.

Elle souligne également qu’il n’y a pas assez de preuves que les e-cigarettes soient efficaces pour arrêter de fumer. « Dans la plupart des pays où elle sont disponibles, les utilisateurs (d’e-cigarettes) continuent en général de fumer des cigarettes combustibles en même temps, ce qui présente très peu, voire aucun impact positif » sur la réduction des risques sanitaires, selon le rapport présenté au Museu do Amanha (Musée de Demain). L’OMS met aussi en garde contre la « menace actuelle et réelle » que représente la désinformation véhiculée par l’industrie du tabac sur les vapoteuses. (…) »

PS : « La consommation de tabac fait chaque année quelque huit millions de morts dans le monde ».

On trouvera ici le communiqué de presse de l’OMS (aucune référence à la cigarette électronique) : « L’OMS présente un nouveau rapport sur l’épidémie mondiale de tabagisme. La lutte antitabac progresse mais il faut agir davantage pour aider les gens à cesser de consommer des produits mortels. »

On trouvera ici le rapport de l’OMS (voir notamment page 56).

On trouvera enfin, ici, quelques éléments explicatif sur le « coup de Jarnac » et sur l’évolution de ce concept depuis près de cinq siècles : « Coup de Jarnac ».

A demain @jynau

Dangers affichés sur les paquets de tabac : pourquoi l’Etat joue-t-il à ce point petit bras ?

Bonjour

« Fumer bouche vos artères » dit-on aux fumeurs – avec, en prime, un beau cliché de jambe amputée. Plus de place pour les cautères. Mais, en prime, un fait divers qui régale la presse régionale, française et européenne. Une histoire de notre époque : celle d’un sexagénaire albanais résidant à Metz (Moselle) et qui affirme s’être reconnu sur un message de prévention utilisé à grande échelle sur des paquets de cigarettes vendus dans l’Union européenne. C’est à lire, à voir et à entendre sur France Bleu (Magali FichterAntoine Barège) et dans Le Républicain Lorrain, (Kevin Grethen) :

« Sa photo s’affiche sur tous les paquets de cigarettes commercialisés en France et au Luxembourg. Peut-être dans l’ensemble des pays de l’Union européenne. Sa photo, disons plutôt celle du moignon de sa jambe gauche. Une image choc comme l’impose depuis 2016 la politique contre le tabac. Mais surtout choquante pour cet Albanais installé à Metz depuis quelques années. Il n’a signé aucune autorisation pour l’utilisation de ce cliché ». Plus curieux encore, il y a tromperie sur le message diffusé : ‘’Fumer bouche vos artères’’  dénonce la marchandise. Or, l’amputation de ce membre n’a aucun lien avec le tabagisme. 

« Le fils du sexagénaire est tombé le premier sur l’image. ‘’Il revenait du Luxembourg. Sans rien nous dire, il dépose une grosse boîte de tabac à rouler sur la table, raconte sa sœur qui joue la traductrice pour son père. On est restés interdits un moment… On n’y croyait pas. » La photo montre un tronc, une jambe coupée assez haut. Ils la connaissent assez pour n’avoir aucun doute. « C’est celle de notre père. Ses cicatrices sont caractéristiques.’’ L’avocat messin de la famille, Antoine Fittante, confirme : ‘’Chaque cicatrice est spécifique, unique. Cet homme a également des traces de brûlures sur l’autre jambe, c’est très net. Un expert n’aura aucune difficulté à identifier l’image.’’

Oublier la fusillade en Albanie

« Depuis son arrivée en France, et son installation auprès de ses enfants parfaitement intégrés, cet homme rêvait d’un appareillage pouvant l’aider à marcher sans béquilles. Et à oublier cette fusillade en Albanie qui l’a estropié à vie en 1997. Il y a cru lorsqu’un orthopédiste l’a envoyé en 2018 vers un spécialiste de l’hôpital militaire Legouest à Metz. Des photos – dont celle diffusée – ont été envoyées pour évaluer les possibilités. Le patient a passé une IRM. ‘’On avait espoir. Vraiment. Mon père vit avec des béquilles depuis plus de vingt ans. Il ne s’était jamais résigné. Il a toujours espéré retrouver de l’autonomie. Pour lui, c’était synonyme d’une nouvelle vie’’, sourit sa fille.

« La petite flamme s’est éteinte en même temps que la découverte de l’image sur les paquets. ‘’On n’a plus jamais eu de retour du médecin de Legouest.’’ Le patricien n’y travaille plus aujourd’hui.

« Les explications de la Commission européenne n’ont pas permis de retracer le parcours de la photo. Parce que ‘’ la personne dont vous nous avez communiqué le nom ne figure pas dans la bibliothèque de ces images destinées aux avertissements de santé’’, a-t-elle répondu. Cela soulève une autre question : quelqu’un a-t-il signé le document de consentement sous un autre nom ? ‘’La commission va devoir me produire ces éléments’’, prévient Me Fittante.

Le Monde et ses « Décodeurs » ont travaillé le sujet et concluent que ce témoignage « souffre de sérieuses incohérences » « La chronologie invalide la version des faits avancée par ce monsieur, sa famille et son avocat, estiment-ils. La présence de ces photographies sur les paquets de cigarettes est obligatoire depuis 2016. Selon la Commission européenne, le choix des quarante-deux images – qui ont été successivement utilisées à partir de 2016 – a été arrêté dès 2014. La directive, diffusée le 10 octobre 2014, inclut la ‘’ bibliothèque de mises en garde assorties d’images à appliquer sur les produits du tabac’’. La photographie de la personne unijambiste fait bien partie de la série, ce qui rend impossible la version du sexagénaire albanais qui affirme que le cliché date de 2018 ».

Interrogée par Le Parisien, la Commission a assuré que la photographie a été acquise et utilisée dans le respect des droits de la personne à l’image, qui ne serait pas le sexagénaire qui s’est exprimé dans la presse : « Nous disposons de l’identité, de l’accord et des droits pour toutes les personnes photographiées pour cette campagne. Au vu des informations dont nous disposons, nous pouvons affirmer sans aucun doute que cet individu n’en fait pas partie. »

Pourquoi en rester là ?

De nombreuses preuves confirment que l’image date d’avant « mai ou juin 2018 » et n’a donc pas pu être prise lors du séjour du sexagénaire à l’hôpital. Des documents officiels émanant de la Commission européenne, ou encore de l’agence suédoise de santé publique et hébergé sur de nombreux sites, par exemple le site spécialisé Tobaccolabels.ca  et datés de 2014, 2015 ou 2016 comportent ainsi la photo en question.

Qui dit la vérité vraie ? Et comment conclure ? Par exemple en observant les limites de ces affichages « sanitaires », l’inefficacité de ces clichés tenus pour effrayer celles et ceux qui sont devenus esclaves de l’addiction au tabac. Des esclaves rapidement devenus insensibles à des images de corps souffrants, horreurs qu’ils ne voient plus, slogans-choc qu’ils ne lisent plus.

Pourquoi en rester là ? Pourquoi jouer à ce point petit bras ? Pourquoi, par exemple, ne pas indiquer sur toute la surface du paquet, le montant exact des taxes prélevées par l’Etat sur ce toxique addictif en vente libre ?

A demain @jynau

Médias et e-cigarette : pourquoi ne pas dire clairement qu’elle favorise l’arrêt du tabac ?

Bonjour

Quel est l’intérêt médiatique de produire du doute dans le public ?

Communiqué de #SOVAPE : « Coup sur coup, deux études de suivi de cohortes publiées cette semaine montrent que le vapotage favorise l’arrêt du tabac. La première menée en France par l’Inserm, publiée dans le JAMA Internal Medicine 1 , montre que l’apparition de la vape en 2010 s’accompagne d’un bond de l’arrêt du tabac chez les fumeurs qui ont choisi ce nouveau produit. Ils ont eu près de 1,7 fois plus de chance d’arrêter de fumer que ceux qui ont opté pour d’autres méthodes. Seconde étude : celle des chercheurs de la Harvard School à Boston, publiée dans Nicotine & Tobacco Research 2. Le suivi de la cohorte PATH de fumeurs américains ayant opté pour la vape entre 2013 et 2015 montre que les vapoteurs au quotidien ont eu 77% plus de succès après deux ans d’arrêt de la cigarette que les fumeurs optant pour d’autres méthodes. »

Commentaire : « En 2010, les ex-fumeurs qui avaient accès à des produits encore rudimentaires étaient plus nombreux à rechuter que ceux qui avaient opté pour d’autres méthodes, mais en 2013, c’est l’inverse, ils avaient plus de chance de succès (HR 0.84) que les autres. Cette évolution est très probablement liée à une évolution majeure du matériel survenue à partir de 2012, l’explosion du nombre de boutiques spécialisées et de la scène d’entraide des vapoteurs. Ces deux études montrent que l’apparition du vapotage a encouragé des fumeurs, au profil plus dur (plus de cigarettes fumées par jour, plus de problèmes psychiques, plus de rechutes précédentes, etc.), à tenter l’arrêt de la cigarette, et que l’évolution technique de la vape a permis à un plus grand nombre d’entre eux de sortir du tabac fumé. »

Tout pourrait donc aller pour le mieux au sein de la Révolution des Volutes. Ce serait compter sans les pincettes de nombreux médias généralistes qui ne parviennent pas à accepter la place prise par la cigarette électronique dans le paysage de la réduction des risques tabagiques. Ainsi ces quelques mots : « L’association SOVAPE appelle à la vigilance quant au traitement de l’information sur le vapotage. Il est en effet malheureux que l’évolution survenue entre 2010 et 2013 démontrée par les données de l’Inserm soit occultée, et que soit passée sous silence l’étude similaire dans son objet publiée dans Nicotine & Tobacco Research. »

L’association évoque notamment ici les traitements effectués  par L’Obs : « Les vapoteurs fument moins de cigarettes mais rechutent plus » ou par 20 minutes  « Les vapoteurs fument moins mais rechutent plus ».  Jusqu’à l’Inserm qui, selon elle, induit la même interprétation dans son communiqué (interrogatif) destiné à la presse :

« La cigarette électronique efficace pour réduire le tabagisme à long terme ? Cette étude porte sur 5400 fumeurs et 2025 ex-fumeurs de la cohorte Constances (2012-2016 ; arrêt du tabac à partir de 2010, année de mise en vente de la cigarette électronique en France). (…) En conclusion, la cigarette électronique permet aux fumeurs de réduire leur niveau de tabagisme ou d’arrêter de fumer, mais cet arrêt ne semble pas toujours durable, il est donc nécessaire de surveiller de près les personnes qui vapotent et conseiller l’arrêt complet du tabac pour limiter le risque de rechute. »

Tromperie sur la présentation

Il faut aussi tenir compte du traitement fait par Le Quotidien du Médecin (Coline Garré): « Utile dans le sevrage, la cigarette électronique présenterait plus de risques de rechute à long terme »  qui cite Ramchandar Gomajee, chercheur à l’Inserm et premier auteur de la publication du JAMA Internal Medicine.

Pour #SOVAPE, présenter les choses comme le fait Le Quotidien est trompeur par rapport à la façon dont les choses ont évolué. « Ce taux de rechute concerne une époque révolue, les dispositifs sur le marché étaient des  »cigalike » peu performants, les commerces spécialisés et les conseils avisés inexistants, sans mentionner l’essor considérable des groupes d’entraide autogérés qui a suivi. Une étude d’épidémiologie sans connaissance des réalités de terrain, notamment des usagers, est susceptible de conduire à de mauvaises interprétations des données. »

« M. Gomajee semble ne pas tenir compte que – selon son étude – les utilisateurs de vape étaient des fumeurs à profils plus durs avec un niveau nettement plus élevé en paquets/années de 16,9 contre 12,9 pour les autres ex-fumeurs, ainsi que des symptômes dépressifs plus prononcés (12,6 versus 10,9), observe Nathalie Dunand, présidente de #SOVAPE. Des indicateurs généralement considérés comme des indices de dépendance plus forte, comme signalé dans la publication. Le commentaire de M. Gomajee rapporté par Le Quotidien semble entrer en contradiction avec les résultats de son étude.

« Répétons-le: dans l’étude de l’Inserm à partir de 2013, les vapoteurs ont moins rechuté que les autres ex-fumeurs. Ceci correspond à un tournant de la technologie avec l’apparition de l’Ego, l’explosion des boutiques spécialisées et le moment où le mouvement d’entraide s’est développé, comme par exemple le Forum  E-cigarette. Brice Lepoutre, son fondateur, sera d’ailleurs au Sommet de la vape le 14 octobre à Paris pour parler de son expérience avec plus de 90.000 participants. »

Pour finir #SOVAPE pose une question :  « Quel est l’intérêt de produire du doute dans le public plutôt que des connaissances ? » C’est une assez bonne question.

A demain @jynau

1 Gomajee R, El-Khoury F, Goldberg M, et al. Association Between Electronic Cigarette Use and Smoking Reduction in France. JAMA Intern Med. Published online July 15, 2019. doi:10.1001/jamainternmed.2019.1483 https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/fullarticle/2737916

2 Sara Kalkhoran, Yuchiao Chang, Nancy A Rigotti, Electronic Cigarette Use and Cigarette Abstinence Over Two Years among U.S. Smokers in the Population Assessment of Tobacco and Health Study, Nicotine & Tobacco Research,