La farce et les dindons français : comment l’Etat pourrait-il en finir un jour avec le tabac ?

Bonjour

12 avril 2019. Chercher l’erreur. « Un euro de plus sur chaque paquet de cigarettes, ça rapporte gros, observe  aujourd’hui Solveig Godeluck (Les Echos). L’augmentation de la fiscalité sur les produits du tabac a permis de prélever 900 millions d’euros de plus en 2018, d’après les chiffres du programme de stabilité transmis par Bercy à Bruxelles.  A l’automne 2017, dans le projet de budget de la Sécurité sociale, le gouvernement avait inscrit une recette supplémentaire de 510 millions d’euros sur l’année. »

Au total, les taxes sur les tabacs ont rapporté près de 13 milliards d’euros (hors TVA) en 2018 contre 11,9 milliards en 2017. « Cette bonne surprise pour le budget est un peu moins réjouissante pour la santé publique et pour les comptes de la Sécurité sociale à long terme, poursuivent Les Echos. Cela signifie que la consommation légale de tabac a un peu moins baissé que prévu. Les volumes de cigarettes ont néanmoins diminué de 9,1 % en 2018, a calculé l’association ‘’Droits des non-fumeurs’’, une baisse substantielle. » Mais l’Etat s’attendait à un recul plus important encore de la consommation compte tenu de l’ampleur du renchérissement des taxes. Gouverner c’est, aussi, calculer.

Cigarette électronique/réduction des risques

Résumons. Il y a un an se mettait en place, à l’initiative du gouvernement, un programme d’augmentation par étapes des prix/relèvement de la fiscalité jusqu’en 2020. Il s’agissait, officiellement de lutter contre la consommation de tabac en annonçant que le paquet de cigarettes atteindrait un minimum de 10 euros en 2020. On observe d’autre part (et en dépit du déni gouvernemental quant aux vertus de la cigarette électronique/réduction des risques) que les tentatives pour arrêter de fumer sont sur une pente croissante encouragées par une meilleure prise en charge des substituts nicotiniques par la collectivité.

C’est dans ce contexte que les pouvoirs publics/autorités sanitaires ont annoncé (sans jamais fournir de données statistiques objectives) une diminution, en un an et demi, de 1,6 million de fumeurs.  « De leur côté, notent Les Echos, les industriels du tabac ont vu leur chiffre d’affaires augmenter de 3,9 % en 2018 du fait de l’augmentation du prix moyen, en dépit de la baisse des volumes, note ‘’Droits des non-fumeurs’’. Un chiffre d’affaire qui s’est élevé à 15,65 milliards. » Sans parler des ventes parallèles, des achats à l’étranger et de la contrebande qui, par définition, ne figure pas dans les statistiques officielles. Où est l’erreur ?

A demain

@jynau

 

80 km/h et e-cigarette : Edouard Philippe va-t-il sauver des vies ou remplir des caisses ?

Bonjour

Les a -t-il lui-même écrites, ces lignes qui disent tant du politique et de la santé publique ? Edouard Philippe, Premier ministre rendait ce lundi 8 avril les premières conclusions du Grand Débat National. Il est revenu à cette occasion sur sa mesur-polémique : « l’abaissement de la limitation de la vitesse sur les routes ». À cette occasion, le chef du gouvernement a publiquement regretté la « défiance » qui a accompagné l’instauration des 80 km/h sur les routes secondaires.

On peut voir et entendre Edouard Philippe ici.

« Parfois la bonne fois ne suffit pas. La bonne foi, c’est celle qui m’a par exemple conduit à instaurer les 80 km/h, parce que je ne pouvais pas accepter l’hécatombe quotidienne qui brise des vies, des familles, des existences … Je voulais sauver des vies, on m’a accusé de vouloir remplir des caisses…

« Je ne me résigne pas à abandonner cette ambition en matière de sécurité routière. C’est une grande politique publique au service de nos concitoyens, elle est indispensable

« Mais je dois apprendre à composer avec l’incompréhension ou le rejet de certains de nos concitoyens. Renouer avec une forme de confiance c’est le grand défi de notre génération politique. »

Où l’on redoute de comprendre : que signifie « ne pas se résigner à abandonner » mais aussi, en même temps,  « apprendre à composer » ? C’est poser, simplement l’équation générale de la politique de réduction des risques. Elle vaut tout particulièrement pour les 80 000 morts prématurées annuelles du tabagisme . Oublions Agnès Buzyn. Quand Edouard Philippe s’emparera-t-il, enfin, de la promotion de la cigarette électronique ?

A demain

@jynau

 

Hystérie et cigarette électronique : aujourd’hui voici l’angoisse des « crises d’épilepsie »

Bonjour

A peine l’ombre d’un soupçon de la possibilité d’une hypothèse. A mille lieux d’une corrélation, à des années-lumières de la possibilité d’une causalité. Qu’importe. Roulements de tambour de la  Food and Drug Administration américaine : elle  enquête sur d’éventuels liens entre vapotage et convulsions épileptiques. « Some E-cigarette Users Are Having Seizures, Most Reports Involving Youth and Young Adults ». « On aura vraiment tout dit contre le vapotage », observe le site des buraliste français.

Au total, trente-cinq « cas » ont été rapportés à la FDA entre 2010 et le début de l’année 2019. «Des rapports indiquent que certaines personnes utilisant des cigarettes électroniques, en particulier des jeunes et de jeunes adultes, sont ultérieurement prises de convulsions», indique l’Agence dans un communiqué. Même si le nombre de signalements semble dérisoire au regard du nombre total de vapoteurs aux États-Unis, l’Agence estime que cela «justifie une enquête scientifique afin de déterminer s’il existe vraiment un lien ».

Parmi les cas rapportés, certains impliquent des personnes qui avaient déjà été victimes de convulsions par le passé. D’autres ont été observés chez des des vapoteurs qui consommaient également du cannabis ou des amphétamines. Et la FDA de préciser que  «certains des incidents signalés peuvent ne pas être directement liés à l’utilisation de cigarettes électroniques» – mais dus à une pathologie sous-jacente, ou à l’utilisation d’autres « substances ».

Tremblements récurrents des responsables sanitaires

«De nombreux facteurs peuvent conduire à des crises convulsives, indique la FDA. Par exemple, les concentrations de nicotine dans les e-liquides varient, et certaines caractéristiques de conception de la cigarette électronique peuvent permettre à un utilisateur d’obtenir rapidement des niveaux élevés de nicotine. Les comportements d’utilisation de la cigarette électronique varient également et les utilisateurs peuvent inhaler délibérément ou par inadvertance plus de nicotine que ce qui se produirait normalement».

La FDA précise toutefois savoir que la nicotine n’est pas une substance nocive, «notamment pour le développement cérébral des jeunes». « L’usage de cigarettes électroniques a explosé parmi les jeunes Américains au cours de la dernière décennie, dépassant même celui de la cigarette, rappellent Le Figaro (Cécile Thibert) et l’AFP.  Au total, le nombre de vapoteurs est passé de 1,5 à plus de 20% chez les lycéens de 2011 à 2018, tandis que le tabac «combustible», sous toutes ses formes, tombait de 22 à 14%. »

Où l’on en revient au croisement d du concept de la réduction des risques et du tremblement récurrent des responsables sanitaires devant des responsabilités qu’ils n’osent plus assumer. D’une part (sauf au ministère français de la Santé) un consensus scientifique sur le fait que le recours à la cigarette électronique est moins nocif que le tabagisme.  De l’autre ce lieu commun faisant valoir que  «la cigarette électronique n’est pas sans risque».

«Nous voulons préciser que nous ne savons pas encore s’il existe une relation directe entre l’utilisation de la cigarette électronique et le risque de convulser. Nous ne pouvons pas encore affirmer avec certitude que les cigarettes électroniques sont à l’origine de ces crises», insiste l’Agence américaine qui encourage le public à rapporter tous les effets indésirables liés à la cigarette électronique dont il pourrait faire l’objet.

Et si la FDA « partage cette information avec le public » c’est parce qu’il est de son rôle d’agence sanitaire de faite connaître tous ses sujets potentiels de préoccupations». Au risque, après-demain, d’être poursuivie pour préjudice d’anxiété ?

A demain

@jynau

 

Message au président de la République : non, les vapoteurs ne sont pas des enfants de chœurs !

Bonjour

Certains le savaient 1 mais c’est désormais définitivement amplement confirmé outre-Manche. La ministre française des Solidarités et de la Santé continuera-t-elle à ne rien vouloir entendre ? Une étude, publiée mardi 2 avril, dans la revue spécialisée Thorax (l’une des revues spécialisées du British Medical Journal) vient confirmer les enseignements d’autres études parues ces dernières années et concluant que la cigarette électronique chez les adolescents n’est pas une « porte d’entrée » vers le tabac.

Agnès Buzyn pourra la découvrir ici : « Have e-cigarettes renormalised or displaced youth smoking? Results of a segmented regression analysis of repeated cross sectional survey data in England, Scotland and Wales ». Un travail dirigé par la Dre Britt Hallingberg, School of Social Sciences, Cardiff University. Un travail repris par The Guardian (Steven Morris). Un travail jamais mené en France où le déni constant du pouvoir exécutif prime sur le pragmatisme de la réduction des risques tabagiques.

Dénormalisation du tabac

Le sujet a néanmoins intéressé le site de buralistes français. Résumons :  un travail mené auprès de 250 000 jeunes britanniques entre 1998 et 2015  établit que le pourcentage de 13-15 ans ayant déjà fumé au moins une fois a chuté de 60  à 19 %  – la part de fumeurs réguliers passant de 19 % à 5 %. En d’autres termes l’émergence de l’intérêt pour la cigarette électronique ne s’est en rien opposée à la poursuite du déclin de l’usage du tabac chez les jeunes de cette tranche d’âge. Dans le même temps la « dénormalisation » du tabac : en 2015 seuls 27 % des jeunes adolescents britanniques jugeaient acceptable d’essayer la cigarette, contre 70 % 17 ans plus tôt. Et le développement massif du recours à la e-cigarette n’a en rien freiné la dégradation de l’image du tabac. Le « vapoteur » est aux antipodes du « fumeur ».

La ministre française des Solidarités et de la Santé apprendra peut-être sous peu que gouvernement britannique vient quant à lui de publier une mise à jour de ses données et recommandations en matière de vapotage. Il souligne à cette occasion  que les vapoteurs sont toujours quasi-exclusivement des adultes fumeurs et anciens fumeurs (l’abandon du tabac est la principale motivation des vapoteurs adultes) ; que  la cigarette électronique demeure l’outil le plus utilisé pour arrêter de fumer (notamment en raison de ses atouts psycho-comportementaux) ; que le vapotage régulier chez les jeunes demeure très faible (seuls 1,7% des moins de 18 ans sont concernés, dont la grande majorité est par ailleurs consommatrice de tabac). Seuls 0,2% des adolescents n’ayant jamais fumé auparavant utilisent un produit de la vape.

Brexit et cigarette électronique

« Ainsi, et contrairement à ce qui peut parfois être perçu dans un contexte où la cigarette électronique est trop souvent stigmatisée, la large promotion du vapotage par les pouvoirs publics britanniques ne conduit ni à une hausse de son usage chez les jeunes, ni à une augmentation du tabagisme, bien au contraire, résume France Vapotage qui représente des professionnels du secteur proches de Big Tobacco. Les pouvoirs publics britanniques confirment ainsi leur position, fondée sur :  la prise en compte de la cigarette électronique comme outil efficace dans une stratégie globale de réduction des risques et de diminution de la prévalence tabagique,  des études régulières et une veille attentive des modes de consommation pour s’assurer que ce produit s’adresse bien essentiellement aux fumeurs adultes désirant réduire ou arrêter leur consommation de tabac. »

Usant des outils médiatiques et de diplomatie, France Vapotage dit espérer que ces nouvelles données « viendront nourrir utilement la réflexion des pouvoirs publics français pour que notre pays, qui enregistre l’une des plus fortes prévalences tabagiques en Europe (plus de 30%), adopte une attitude pragmatique et saisisse enfin à son tour le vapotage comme une opportunité de santé publique ». On peut aussi espérer, Brexit ou pas, que cette approche britannique (également défendue avec force et constance par #sovape) soit victorieusement soutenue, auprès de la ministre et du président de la République, par le prochain directeur général de Santé publique France.

A demain

@jynau

1 Lire notamment : « Le vapotage n’est pas une porte d’entrée dans le tabagisme pour les jeunes » du Dr Philippe Arvers, The Conversation, 28 novembre 2017

Pour votre addiction tabac : voici les pastilles de nicotine – zéro goudron, mais trois saveurs

Bonjour

Coûte que coûte faire de l’argent avec les addictions. Attention, publicité : « il ne s’agit pas de bonbons pour arrêter de fumer mais bien d’une nouvelle façon de consommer le tabac ». Le géant cigarettier Reynolds (groupe BAT) vient d’annoncer le lancement sur les marchés de Revel® : des pastilles à la nicotine (sans tabac, ni goudron) qui se dissolvent dans la bouche – vendues en trois saveurs.

C’est le premier nouveau produit lancé par l’entreprise, à une large échelle commerciale, depuis l’e-cigarette Vuse® en 2013 précise le site des buralistes français. Publicité : « Des petites pastilles en forme de losange qui se dissolvent sur la langue. Commercialisée sous la marque Revel®, les pastilles sont aromatisées à la menthe, aux fruits rouges ou à la crème. Oui, comme des bonbons. Mais à la nicotine. »

« Produit de cessation »

 « Nous ne positionnons pas cela comme un produit de cessation. C’est simplement un moyen simple pour les adultes de consommer la nicotine dans un format différent », a déclaré le  vice-president consumer marketing  de la firme. « Les pastilles s’adressent exclusivement aux adultes qui fument déjà » explique encore le site des buralistes français. Reynolds ferait ici un pari : qu’un grand nombre de ces clients recherchent « une manière plus simple et plus discrète d’utiliser la nicotine, en dehors des cigarettes traditionnelles et des e-cigarettes ».

Que diront, ici, les addictologues? Et  les producteurs de substituts nicotiniques vendus en pharmacie ? Et les militants radicaux de l’anti-tabac qui ne voient d’issue que dans le sevrage ?

Afin anticiper toute critique d’« appel aux jeunes », les pastilles Revel® seront vendues « hors linéaire apparent » et « conditionnées dans des emballages protégés ». Et les ventes en ligne ? Elles seront limitées à deux commandes par client, à la fois, et avec vérification de l’âge (21 ans) par un logiciel (sic). « Le marketing responsable est au cœur de la manière dont nous voulons rendre disponibles ces produits » a précisé le vice-president consumer marketing. Attention, ceci était une publicité.

A demain

@jynau

Cigarette électronique : AVC, coronaires bouchées, dépression, anxiété et … malhonnêteté

Bonjour

Papier édifiant autant que déprimant. Il est à retrouver sur Medscape France 1. Il n’est plus à prouver que la cigarette électronique est l’outil privilégié de la réduction des risques chez les tabagiques. Mais, en retour, que redouter ? « Lors du dernier congrès de l’American College of Cardiology 2019 (ACC), une des plus grandes enquêtes jamais réalisée sur les risques cardiovasculaires de l’e-cigarette a fait l’objet d’une présentation orale 2.

« Selon les réponses de plus de 96 000 patients américains à des autoquestionnaires, les vapoteurs ont plus de risque d’être victimes d’un infarctus, d’une maladie coronarienne ou d’une dépression, en comparaison de ceux qui ne vapotent pas » résume Medscape France. « Jusqu’à présent, on en savait peu sur les effets cardiovasculaires de l’utilisation d’e-cigarette. Ces données sont un appel à se réveiller et à être plus vigilants concernant les dangers de l’e-cigarette », indique le Dr Mohinder Vindhyal (University of Kansas), principal investigateur de cette étude dans un communiqué de presse 3.

Selon cette étude les vapoteurs auraient un risque augmenté de 56% d’être victimes d’un infarctus par rapport aux non-vapoteurs, et un risque majoré de 30% d’être victime d’un AVC. Sans perler des maladies coronariennes et des problèmes circulatoires, notamment des thromboses : 10 et 44 % de plus chez les vapoteurs. De même ceux-ci ont deux fois plus de risque de souffrir de dépression, d’anxiété et de problèmes émotionnels. Mohinder Vindhyal :

« Dans la mesure où le risque de faire un IDM augmente de 55 % parmi les utilisateurs d’e-cigarette par rapport aux non-fumeurs, je ne voudrais pas que mes patients ou des membres de ma famille vapotent. Quand on approfondit, on se rend compte que cela ne dépend pas de la fréquence d’utilisation de l’e-cigarette. Que ce soit tous les jours ou de temps en temps, les utilisateurs de cigarette électronique sont plus susceptibles d’être touchés par un infarctus ou une maladie coronaires ».

La dépression des particules fines

Acquiescer sans broncher ? Interrogé par Medscape édition française, le Pr Bertrand Dautzenberg (pneumo-tabacologue que l’on ne présente plus) « modère fortement la portée de ces résultats ». Il souligne avant tout qu’il s’agit d’une communication orale assortie d’un communiqué de presse, qui ne fait pas l’objet d’une publication scientifique. En outre, il pointe plusieurs biais méthodologiques importants. Au final, pour le spécialiste français, il s’agit « d’une information non scientifiquement valide ». Une « fausse nouvelle » en somme.

Egalement interrogé par Medscape édition française, le Pr Yves Martinet, pneumologue également connu (CHU Nancy) et président du Comité National contre le Tabagisme explique que « ces résultats sont intéressants mais pas surprenants : la nicotine contenue dans les e-cigarettes augmente la fréquence cardiaque et la pression artérielle et les particules fines contenues qu’on inhale avec l’e-cigarette ont des conséquences CV. Pour la dépression, c’est pareil ». Il ajoute toutefois :

« Les données sont fragiles et l’interprétation devrait être prise avec du recul. On a affaire à des phénomènes de consommation complexes. Dans les travaux liés au comportement avec de l’auto-déclaratif, il faut s’appuyer sur des grandes études menées dans différents pays pour minimiser les biais. Pour l’instant, ce travail, qui a le mérite d’avoir inclus un très grand nombre de personnes, est un élément de confirmation de ce qui nous paraît évident : l’e-cigarette n’est pas anodine (…) attention, avec l’arrivée de la ‘’Juul’’, de plus en plus de jeunes entrent dans la dépendance sans avoir fumé avant. Là aussi, les données vont devoir être affinées dans les années qui viennent ».

Pour sa part, le Pr Dautzenberg considère tous ces résultats comme irrecevables. Pour lui, « il aurait été honnête de comparer des vapoteurs, tous ex-fumeurs, aux ex-fumeurs : un résultat que les auteurs ne présentent pas dans les données qu’ils ont rendues publiques. » Une limite telle qu’elle apparaît pour ce qu’elme est : « foncièrement malhonnête ».

A demain

@jynau

1 Marine Cygler. « E-cigarette et risques cardiovasculaires : une étude à charge » – Medscape – 26 mars 2019.

2 Mohinder R. Vindhyal, Paul Ndunda, Cyrus Munguti et al IMPACT ON CARDIOVASCULAR OUTCOMES AMONG E-CIGARETTE USERS: A REVIEW FROM NATIONAL HEALTH INTERVIEW SURVEYS

Oral Contributions Room 225-226-227 Monday, March 18, 2019, 9:04 a.m.-9:14 a.m. Session Title: Highlighted Original Research: Prevention and the Year in Review Abstract Category: 32. Prevention: Clinical Presentation Number: 911-12

E-Cigarettes Linked to Heart Attacks, Coronary Artery Disease and Depression, communiqué ACC, 7 mars 2019.

Mystère sanitaire : où sont les 1 600 000 Français qui auraient soudain décidé de ne plus fumer ?

Bonjour

Hier, 25 mars 2019, annonce matinale fracassante des services du Premier ministre : on recense, en France 1,6 million de fumeurs en moins. Un chiffre pour mettre en appétit avant, dans l’après-midi, un « Comité interministériel pour la Santé » au cours duquel « seront présentés les résultats marquants obtenus suite aux décisions prises il y a un an par le Gouvernement ». Plus précisément 600 000 « fumeurs quotidiens » auraient « arrêté le tabac lors du premier semestre 2018 ». Ils s’ajouteraient à la baisse d’un million officiellement enregistrés en 2017  et qui, déjà, avait été auto-qualifiée d’ « historique » par le gouvernement d’Edouard Philippe. La méthodologie pour parvenir à ce chiffre était alors plus que fragile, reposant sur une simple enquête aléatoire du « Baromètre Santé » :

« La mesure de la prévalence annuelle du tabagisme en France est appréciée par une enquête aléatoire représentative de la population des personnes âgées de 18 à 75 ans résidant en France métropolitaine, le Baromètre santé 2017 (A. Pasquereau et coll.). Elle a reposé en 2017 sur un échantillon de 25 319 personnes, permettant de disposer de données intégrant des variables d’âge, géographiques (régions) et de situation sociale. En 2017, la prévalence du tabagisme quotidien était de 26,9%, soit une baisse de 2,5 points par rapport à 2016, année où 29,4% des personnes déclaraient fumer quotidiennement. Cette baisse représente un million de fumeurs quotidien de moins en un an : c’est considérable ! »

Sobriété communicationnelle

« Un million » dans ces conditions et 600 000 supplémentaires, donc. Hier matin rien n’était dit par l’exécutif sur les consommations issues de la contrebande de cigarettes. Et rien, non plus, sur le rôle joué par ces phénomènes majeurs que sont  l’émergence de la cigarette électronique, la Révolution des volutes et le rôle des addictologues dans la diffusion en pratique du concept de réduction des risques. Mais du moins pouvait-on espérer que ces 600 000 soient consolidés. Or rien. Et ces quelques lignes sur le site des buralistes :

« On s’étonnera de la sobriété de la communication gouvernementale d’hier sur la baisse du nombre de fumeurs depuis 2016 (-1,6 million), avec une précision sur le seul premier semestre 2018 (-600 000) . Sachant qu’il s’agirait de fumeurs ayant effectivement abandonné le tabac traditionnel (et pas de fumeurs cherchant à s’approvisionner en dehors du réseau officiel). On ne peut que se réjouir de cette bonne nouvelle. Mais pour qu’elle soit confirmée et reste dans les esprits, il serait utile de bien comprendre. Les mêmes sources gouvernementales évoquent les prix, le remboursement des substituts nicotiniques et le Mois sans Tabac. Sans citer, le moins du monde, le passage au vapotage ou au tabac chauffé. Surprenant. Des explications plus complètes ne sauraient tarder. »

 Puis l’arrivée de Big Tobacco dans le paysage. Avec Éric Sensi-Minautier, Directeur des Affaires publiques et de la Communication de British American Tobacco / Europe de l’Ouest et son adresse aux médias :

 « British American Tobacco (BAT) soutient les politiques de santé publique raisonnables et efficaces [sic]. Or, aujourd’hui, le Gouvernement se félicite d’une baisse supposée de la prévalence tabagique après plusieurs années d’une politique anti-tabac acharnée dont le principal effet incontestable a été d’encourager la contrebande de cigarettes.

 « Cette baisse supposée de la prévalence nous paraît moins être le résultat des multiples interdictions (dont les fumeurs ont été la cible ces dernières années) que celui du développement de la cigarette électronique, seule alternative efficace à la cigarette traditionnelle [re-sic].  Rappelons, parmi d’autres éléments, que selon les chiffres du Ministère de la Santé lui-même, plus de 50 % des personnes qui arrêtent de fumer ont déclaré avoir eu recours à la cigarette électronique.

 « Dans ce contexte, il est regrettable que ce levier puissant reste superbement ignoré par les autorités françaises alors même qu’il permettrait d’accélérer le basculement des fumeurs vers cette alternative au tabac, ce que démontre l’exemple britannique. Plus que jamais, il apparaît urgent de s’orienter vers une politique de santé publique pragmatique basée sur la réduction des risques plutôt que de s’entêter dans des approches idéologiques. »

Dix minutes au téléphone

Reste donc la question de la crédibilité à accorder aux données chiffrées gouvernementales. Nous avons demandé à Santé publique France de bien vouloir nous éclairer. Où sont les références de ces données ? Réponse de l’Unité de valorisation presse (Direction de la communication et du dialogue avec la société) : « ces données sont issues du Baromètre de Santé publique France 2018 et l’ensemble des résultats sur le tabac sera publié à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac le 31 mai prochain ».

Il faudra donc encore attendre deux mois puisque les résultats du Baromètre de Santé publique France 2018 sont en cours de dépouillement. Seul élément connu : le « terrain de l’enquête ». Elle a été menée du 10 janvier au 25 juillet 2018, auprès de 9 076 personnes âgées de 18 à 75 ans. Les numéros de téléphone, fixes et mobiles, ont été générés aléatoirement. L’entretien téléphonique a duré en moyenne 10 minutes.

 Et, si l’on comprend bien la communication, c’est ainsi que l’on aurait conclu, par extrapolation, à la disparition de 600 000 fumeurs.

A demain

@jynau