Mystérieuse pathologie pulmonaire américaine: le vapotage est-il le coupable ou la victime ?

Bonjour

Depuis le 5 juin 1981 certaines alertes sanitaires américaines ne doivent plus être prises à la légère. Aujourd’hui, celle développée dans The Washington Post (Lena H. Sun and Lindsey Bever) : « Mystery lung illness linked to vaping. Health officials investigating nearly 100 possible cases ». Ou, en français, sur Vapingpost.com (Guillaume Bailly) :« Une maladie pulmonaire sévère causée par la vape ? »

Où l’on apprend qu’aux Etats-Unis quelques dizaines de personnes, principalement des adolescents, viennent d’être hospitalisés pour des troubles pulmonaires nécessitant parfois une admission en soins intensifs. Symptômes : toux, gênes respiratoires, douleurs thoraciques troubles digestifs. «Pour l’instant, le vapotage est le seul point commun entre toutes ces affaires, mais nous essayons d’étendre nos recherches pour déterminer avec certitude que nous n’oublions rien», a expliqué à l’AFP Thomas Haupt, spécialiste des problèmes respiratoires du service de Santé du Wisconsin. Cinq États sont plus particulièrement concernés : Californie, Illinois, Indiana, Minnesota et Wisconsin

Pour les CDC il n’existe aucune preuve cohérente que la cause soit d’origine infectieuse – ni même qu’il s’agisse d’une même entité pathologique. Les responsables reconnaissent qu’ils ne savent pas si les dispositifs de cigarette électronique (ou des ingrédients inhalés) sont en cause. Les patients avaient semble-t-il recours au vapotage de diverses substances : nicotine, marijuana, associations diverses. Soulignant l’inquiétude croissante dans l’opinion les responsables du CDC expliquent qu’ils organisent une surveillance spécifique dans l’ensemble du pays.

« La cigarette électronique a gagné en popularité au cours de la dernière décennie en dépit du peu de recherches sur leurs effets à long terme, souligne The Washington Post. Ces dernières années, les autorités sanitaires ont mis en garde contre une épidémie de vapotage chez les adolescents mineurs. La marque leader, Juul, a déclaré qu’elle assurait une veille et qu’elle disposait « des systèmes de surveillance de la sécurité robustes ». »

Beau titre et « putaclic »

Gregory Conley, président de l’American Vaping Association, qui défend les produits de vapotage, a quant à lui déclaré que chaque mois, environ dix millions d’adultes vapent de la nicotine sans problèmes majeurs. « Il semble beaucoup plus probable que les produits causant des dommages aux poumons soient des vapes de fabrication artisanale contenant du THC ou des drogues illégales, et non de la nicotine. » Un hypothèse réfutée par certains membres du corps médical.

« La législation américaine est de plus en plus sévère, orientant des consommateurs vers le marché noir, certains utilisent les e-cigarettes pour consommer de la drogue, ou bien, plus simplement, un lot présentant un problème, observe Vapingpost.com. Il convient de rappeler que les normes américaines en termes de vapotage sont, pour l’heure, beaucoup plus permissives que les européennes, mais qu’elles vont les rattraper, voire les dépasser, rapidement. » Et d’ajouter :

« Le problème est donc, peut être, causé par un produit du vapotage. Un parmi des millions consommés chaque jour par des vapoteurs à travers le monde, sans problèmes. Demander, par exemple, l’interdiction du vapotage en se basant sur cet exemple reviendrait à demander l’interdiction de tous les produits pouvant poser accidentellement des problèmes sanitaires.

« Que les causes soient l’inconscience, l’incompétence, la malhonnêteté, ou un simple accident, c’est possiblement un produit de la vape dans un secteur donné qui est en cause, et pas le secteur entier. Comme cela arrive toutes les semaines pour des produits de consommation courante.  Mais certains ne résistent pas à l’appel d’un beau titre, sans réfléchir aux conséquences pour toute une filière, et, plus grave encore pour ceux qui renonceront à cause de cela à se sevrer du tabac et en mourront. Parce que dans “putaclic”, il n’y a pas que “aclic”… »

A demain @jynau

 

Alcool avec cannabis ? Faute de pouvoir s’abstenir ne serait-il pas plus judicieux de choisir ?

Bonjour

C’est une interrogation contemporaine de première ampleur : dépénaliser/légaliser la consommation de canabis réduit-il celle des boissons alcooliques ? Et qu’en est-il des effets des prises conjointes ? Publiée dans Substance Use & Misuse et reprise par la rédaction de santelog.com une étude fournit des éléments édifiants : « Simultaneous Use of Alcohol and Marijuana: Patterns and Individual Differences ». Elle a été dirigée par Ashley Linden-Carmichael, professeure au the Edna Bennett Pierce Prevention Research Center (Pennsylvania State University).

Ce travail a été conduit auprès de 1.017 participants âgés de 18 à 25 ans ayanf fourni des données quant à leur fréquence de consommation d’alcool, de cannabis et des deux substances combinées. Ils étaient également volontaires pour répondre à des questionnaires visant à évaluer leurs (éventuels) problèmes liés à l’alcool, leurs traits de personnalité et leur perception des habitudes de consommation d’alcool de leurs proches. Résultats, résumés par santelog.com :

  • environ 70% des personnes qui consomment simultanément de l’alcool et du cannabis, sont des usagers très réguliers des 2 substances : c’est le cas au moins une fois par semaine.
  • comparés aux personnes qui ne consomment que de l’alcool, les personnes qui consomment simultanément de l’alcool et du cannabis sont susceptibles de boire plus et plus souvent ; ces personnes sont également plus susceptibles de présenter des problèmes liés à l’alcool dont des troubles du comportement associés, comme l’impulsivité, par exemple ;
  • globalement, les personnes qui consomment simultanément de l’alcool et du cannabis encourent un risque disproportionné de consommation excessive, fréquente et problématique de substances.
  • les personnes qui consomment simultanément de l’alcool et du cannabis sont plus susceptibles d’être en recherche de sensations ; ils pensent également que leurs amis consomment de plus grandes quantités d’alcool, ce qui suggère que cette consommation est favorisée aussi par celle de leurs amis.

Expression d’un moine ermite breton

On peut le dire autrement : « Les personnes qui consomment plus de cannabis sont aussi celles qui consomment plus d’alcool, plus souvent et sur de plus longues périodes. La combinaison simultanée des deux substances est associée à des traits spécifiques de personnalité et à un risque plus élevé de troubles de l’humeur et de la maîtrise de soi. Ainsi, le cannabis semble exacerber les effets dangereux des excès d’alcool ».

Pour Ashley Linden-Carmichael, les programmes de prévention et d’intervention devraient prendre en compte non seulement l’alcool, mais également les autres substances consommées : « Actuellement, de nombreux programmes se concentrent sur l’abus d’alcool, et bien que parfois les patients soient interrogés sur leur consommation d’autres substances, ces substances ne sont pas prises en compte ensuite dans les interventions ».

C’est une autre manière de plaider en faveur d’une conception élargie et pragmatique de la réduction des risques. Et peut-être est-ce aussi une raison de se convaincre que, tout bien pesé, mieux vaudrait en France, autant que faire se peut 1, un cannabis légalisé de préférence à un un cannabis officiellement interdit mais massivement consommé.

A demain @jynau

1 On la retrouve cette expression dès 1486 dans «Le livre des prouffits champestres et rurauls» de Pietro de Crescenzi, sous la forme de «la meilleure apparence que faire se peut». À cette époque «se peut» représente le verbe pouvoir sous sa forme conjuguée. L’expression doit se comprendre comme «si jamais il est possible de faire quelque chose, alors faisons ce qui est en notre pouvoir». Certains érudits la prêtent, à l’ermite et moine breton Robert d’Arbrissel interrogé, à l’approche de sa mort sur sa pratique de la chasteté .

Friandises au cannabis, vodka radioactive: comment maximiser au mieux les risques

Bonjour

Est-ce une version moderne de l’entrée perverse et précoce dans la dépendance ? Un objet pour spécialistes de collapsologie ? Après les antiques « cigarettes au chocolat » (interdites depuis moins longtemps qu’on le croit) voici les « bonbons au cannabis ». L’émergence de ce nouveau risque est signalée non par l’exécutif mais, via une lettre au Lancet, par le centre antipoison et de toxicovigilance de Paris. « Marketing of legalised cannabis: a concern about poisoning ».

Exposant le cas d’une jeune femme récemment intoxiquée en région parisienne après une consommation de bonbons au cannabis fortement dosés en tétrahydrocannabinol (THC), le centre antipoison de Paris met publiquement en garde contre les dangers de ces produits, en particulier pour les enfants. Interviewé par Medscape édition française (Vincent Richeux) le Dr Jerôme Langrand, premier auteur, précise les risques pour les plus jeunes de ces produits, « y compris les liquides pour cigarettes électroniques contenant du THC ».

Gâteaux, mais aussi boissons, barres chocolatées, miel, bonbons de toute sorte ou encore liquides de cigarette électronique peuvent être enrichis en THC rappelle Medscape.  Aux Etats-Unis on assite (là où le cannabis à usage récréatif est autorisé) à une multiplication des produits à base de cannabis. Et en dépit des mesures de prévention (contraignant les fabricants à fabriquer des sachets difficiles à ouvrir pour des enfants) les cas d’intoxication pédiatriques au cannabis se multiplient outre-Atlantique.

En France, on le sait,  ces produits sont totalement interdits. Mais on sait aussi à quel point il est aisé de s’en procurer – à commencer par les « bonbons au cannabis », régulièrement en cause dans des intoxications de jeunes américains.

« Ce type de produit étant très attrayant pour les enfants, il est extrêmement dangereux d’en avoir chez soi. Il convient d’être vigilant, d’autant plus qu’on se retrouve face à une industrie qui se comporte comme celle du tabac dans les années 1950, en entretenant une image positive pour un produit toxique », commente pour Medscape édition française, le Dr Jerôme Langrand, du centre antipoison et de toxicovigilance de Paris.

Le cas rapporté dans The Lancet est celui d’une jeune adulte ayant goûté des bonbons-pastilles contenant 3,5 mg de THC. La jeune femme avait également consommé de l’huile de cannabis très concentrée (85% de THC). Elle a été prise en charge pour un malaise avec tachycardie sévère.  « Tout produit toxique potentiellement attractif pour l’enfant représente un danger. On avait déjà alerté sur le risque que représentent les mini-doses de lessive liquide, après des cas d’ingestion. Dans le cas du cannabis, il y a des décès chez l’enfant après consommation de boulettes de shit. On peut aisément imaginer le risque avec des bonbons au THC », souligne le Dr Langrand. Et ce dernier de faire le rapprochement avec … le danger potentiel des liquides pour cigarette électronique contenant du THC.

Entre 2010 et 2018, la moitié des cas d’intoxication par liquide de e-cigarette enregistrés par le centre antipoison parisien concernaient de jeunes enfants. « En général, les enfants se mettent à sucer les cartouches contenant le liquide. Souvent la quantité ingérée est faible, mais suffisante pour provoquer une intoxication à la nicotine », précise le Dr Langrand. Si les cartouches avaient contenu en plus du THC, « on aurait eu des intoxications sévères chez ces enfants », avertissent les auteurs. « Le risque de graves intoxications associé aux produits contenant du THC doit être envisagé et des mesures plus restrictives concernant ces nouveaux produits devraient être recommandées dans les pays qui prévoient de légaliser le cannabis, estime-t-il.Si on en vient à légaliser un jour le cannabis en France, il faudra être très vigilant sur l’accès à ces produits. »

Humour britannique et slavitude ukrainienne

Il faudra aussi faire preuve de la plus grande vigilance avec « Atomic », la première vodka élaborée sur le site de Tchernobyl ; trente-trois ans (sic) après la catastrophe que l’on sait.  L’affaire vient d’être rapportée par la BBC : (Victoria Gill) « Chernobyl vodka: First consumer product made in exclusion zone » et reprise par Le Monde (Maureen Songne) : « Atomik, la première vodka made in Tchernobyl ». On retrouvera là un parfum de slavitude, cette exacerbation de la sensibilité qui pousse à boire et à chanter – parfois à écrire pour se sauver 1.

Le breuvage alcoolique, apprend-on, est proposé par une équipe de scientifiques (re-sic), la « Chernobyl Spirit Company », constituée de « chercheurs britanniques et ukrainiens ». Fabriqué à partir de grains de seigle et d’eau provenant de la zone d’exclusion autour de la centrale nucléaire V.I. Lénine, cet alcool est le premier produit de consommation provenant des environs immédiats du réacteur de célèbre mémoire.

« L’équipe de chercheurs a travaillé plusieurs années dans la zone d’exclusion pour étudier comment l’environnement avait évolué depuis la plus grave catastrophe nucléaire du XXe siècle. C’est ainsi que le projet Atomik a débuté, avec le lancement d’une plantation dans une ferme située dans la zone, rapporte Le Monde. Après avoir distillé des grains de seigle légèrement radioactifs et de l’eau provenant de l’aquifère de Tchernobyl, des tests ont été conduits sur le résultat par l’Institut hydro-météorologique d’Ukraine, les laboratoires géologie des universités de Southampton et de Portsmouth, ainsi qu’un laboratoire indépendant de tests de vin et d’alcool, précise l’université de Portsmouth sur son site Internet. »

Résultat ? « Il n’y a pas plus de radioactivité que dans n’importe quelle autre vodka » (re-re-sic), se félicite le Pr Jim Smith, de l’université de Portsmouth et membre de la Chernobyl Spirit Company. Toujours selon le Pr Smith, le projet de la Chernobyl Spirit Company ne vise pas uniquement à faire du profit en vendant la vodka « Atomik ». L’essentiel des profits sera redistribué aux habitants vivant autour de la zone d’exclusion, qui souffrent d’une situation économique toujours difficile.

On ne sait pas, vu de France, s’il faut entendre les propos du  Pr Smith comme une forme moderne du traditionnel humour britannique.

A demain @jynau

1 Sur ce thème le remarquable « J’aurais pu finir fou, j’ai préféré écrire des livres » de l’étonnant Laurent SagalovitschSlate.fr, 7 août 2019 — 

Fausse nouvelle: pourquoi la ministre Buzyn triple-t-elle le nombre des overdoses mortelles ?

Bonjour

C’est peu dire que le chiffre a choqué les spécialistes affûtés. Il figurait en bonne place d’un communiqué officiel consacré à la luute contre les addictions et à son financement. On y découvrait le décompte effectué par les services d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé : 11,5 millions de Français fument quotidiennement du tabac, 10,6 millions ont une consommation de boissons alcooliques « au-delà des nouveaux repères de consommation à moindre risque » ;  25% des usagers de cannabis (substance illicite) présentent un risque élevé d’usage problématique – soit plus d’un million de personnes. Chaque année en France le tabac tue (prématurément) 75 000 personnes, l’alcool 41 000 personnes et les drogues illicites 1 600.

Mille six cents, vraiment ? « D’où sort ce chiffre ? » demanda l’un des meilleurs cliniciens chevau-léger de la lutte contre les addiction .«  Quelqu’un a-t-il la référence ? ». Aucune référence donnée par un ministère en vacances post-caniculaire. Un autre spécialiste particulièreemnt au fait du sujet rencoya vers les derniers travaux de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) : « Décès directement liés aux drogues » Tendances n° 133, OFDT, 8 p.Juillet 2019.

« Le nombre de décès directement liés aux drogues (DDLD) a été évalué en 2017 à 537 décès au minimum dont 432 en relation avec l’abus de médicaments et de substances (survenant principalement chez des usagers de drogues) et 105 décès toxiques par antalgiques, catégorie qui concerne des consommations initiées dans le cadre de traitements contre la douleur. Les usagers de drogues qui décèdent, à 85 % des hommes, sont en moyenne âgés de 38 ans. Dans le second groupe, la moyenne d’âge est de 49 ans et les femmes sont presque autant concernées que les hommes.

« Les opioïdes sont en cause dans 78 % des décès en relation avec l’abus de médicaments et de substances, principalement les médicaments de substitution aux opioïdes (45 %, dont 37 % pour la méthadone et 8 % pour la buprénorphine) et l’héroïne (25 %). Le pourcentage des décès impliquant la cocaïne est de 26 %, il s’établit à 6 % pour le cannabis, autant pour les amphétamines et la MDMA et 3 % pour les nouveaux produits de synthèse (NPS). Dans 31 % des décès, plusieurs substances sont impliquées. Les opioïdes sont en cause dans la quasi-totalité des cas de décès de la seconde catégorie. »

Les chercheurs de l’OFDT (Anne-Claire Brisacier, Christophe Palle, Michel Mallaret – Centre régional de pharmacovigilance, CEIP-A de Grenoble) soulignent que le taux de décès par DDLD en France, 4 à 6 par million d’habitants, est l’un des plus faibles de l’Union européenne. Les pays dont les taux sont les plus élevés se situent en Europe du Nord : 130 décès par million d’habitants en Estonie et 92 en Suède. À titre de comparaison, ce taux s’établit actuellement à 217 aux États-Unis et 109 au Canada. Le taux est de 74 décès au Royaume-Uni et de 21 en Allemagne, deux pays économiquement ou culturellement proches de la France.

« Cet écart très important reflète certainement la forte sous-estimation en France, observent-ils. Mais il peut aussi, jusqu’à un certain point, traduire l’effet de la politique française en matière de mise en place des traitements de substitution aux opioïdes. Leur couverture est très élevée parmi les usagers à risque en France et on note la prédominance de la buprénorphine haut dosage (BHD), molécule qui présente des risques de surdose mortelle inférieurs à ceux de la méthadone (privilégiée en Allemagne et au Royaume-Uni) ».

Reste donc, entière et pendante, la question : comment passe-t-on de 537 DDLD à 1600 ? Les services d’Agnès Buzyn ne le révèlent pas. Pas plus qu’il ne nous disent pourquoi ils procèdent à de tels jonglages. C’est bien dommage.

A demain @jynau

Agnès Buzyn trahie par les siens: soixante-douze députés macroniens attaquent la loi Evin

Bonjour

C’était un communiqué ministériel parfait, un texte d’été destiné à la presse. Puis, dans la même heure et pour les mêmes journalistes, un second communiqué qui vient ruiner le premier. Résumé.

I Le message d’Agnès Buzyn. La ministre des Solidarités et de la Santé, publiquement, se félicite d’un texte qu’elle vient de faire signer par sa « cheffe de service des politiques d’appui au pilotage et de soutien » (V. Deffrasnes) : Arrêté fixant la liste des bénéficiaires et les montants alloués par le fonds de lutte contre les addictions liées aux substances psychoactives au titre de 2019.  Soit le déblocage de 120 millions d’euros (gérés par l’Assurance Maladie) destinés « à la lutte contre les addictions liées aux substances psychoactives » 1.

Et la liste des bénéficiaires et des montants alloués : plus de 46 millions investis dans « l’aide à l’arrêt du tabac » ; 32 millions pour soutenir « des projets en régions » ; près de 18 millions pour les « projets nationaux de la société civile » ; plus de 13 millions « investis dans la recherche » et 11 millions pour « la mise en place de nouvelles campagnes de marketing social ». Quelques mots de jargon : « dans la continuité de la dynamique instaurée en 2018, le fonds de lutte contre les addictions permet de lancer, grâce à un comité d’orientation réunissant tous les acteurs impliqués, de nouvelles actions au plus près des populations et de leurs besoins, répondant aux priorités des plans nationaux de prévention et de mobilisation contre les addictions ».

Sans oublier le rappel de l’essentiel : les conduites addictives demeurent un problème majeur de société et de santé publique. Chaque année en France le tabac tue (prématurément) 75 000 personnes, l’alcool 41 000 personnes et les drogues illicites 1 600. Aujourd’hui 11,5 millions de Français fument quotidiennement, 10,6 millions ont une consommation d’alcool au-delà des nouveaux repères de consommation à moindre risque. Et 25% des usagers de cannabis (substance illicite) présentent un risque élevé d’usage problématique – soit plus d’un million de personnes.

II Le communiqué de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA) 2. Un communiqué qui met en lie un papier de L’Equipe : « Loi sport : les députés LREM mettent la pression » (sic). Traduire, pour l’ANPAA : des députés macroniens appellent à une « nation sportive et alcoolisée » :

« Il y a quelques jours, 72 députés LREM ont déposé une proposition de loi dont l’article 18 : « vise à assouplir, de manière encadrée, l’application de la loi Evin dans les stades en étendant l’octroi d’autorisations temporaires de vente d’alcool aux sociétés sportives ». Sous le prétexte du soutien au sport, ces députés se font le relais fidèle du lobby alcoolier qui, année après année, rogne progressivement la plus grande loi de santé publique dont la France se soit dotée. Après avoir élargi les possibilités de communication publicitaire lors de la précédente mandature, le lobby parlementaire de l’alcool repart à l’assaut en faisant sauter un des derniers verrous de la loi Evin qui interdit le sponsoring du sport par les cigarettiers et les alcooliers. »

En jeu le sponsoring de la Coupe du monde de rugby et des Jeux Olympiques à venir. A la manœuvre le député (LREM, Cher)  François-Cormier-Bouligeon. Ancien socialiste devenu proche d’Emmanuel Macron il était le co-auteur d’un rapport intéressant remis il y a quelques mois au Premier ministre : « Faire de la France une vraie nation sportive ». Hormis le sponsoring offert sur un plateau aux géants alcooliers c’est une proposition de loi qui est loin d’être sans intérêt 3.

Agnès Buzyn rappellera-t-elle à ces députés de son camp que la consommation d’alcool est incompatible avec le sport ? Tient-elle pour une fatalité le fait que deux de celles qui l’ont précédée à ce maroquin (Roselyne Bachelot puis Marisol Touraine) ont dû accepter de rogner la loi Evin sous la pression du lobby alcoolier ? En sera-t-il de même avec elle ?  

A demain @jynau

1 Ce « fonds de lutte contre les addictions », créé par la loi de financement de la sécurité sociale du 28 décembre 2018 succède au « fonds de lutte contre le tabac ».  Il vise à « renforcer et à poursuivre des programmes dédiés à la lutte contre le tabac et à déployer des actions de santé publique portant également sur les autres addictions, notamment l’alcool et le cannabis ».

2 L’ANPAA se présente ainsi : « acteur majeur du secteur français de l’addictologie avec plus de 90 établissements et équipes de prévention, de soins et d’accompagnement dans 72 départements et à l’Ile de la Réunion. Son domaine d’action « couvre l’ensemble des produits, activités et conduites addictives : usage, usage détourné et mésusage d’alcool, tabac, drogues illicites et médicaments psychotropes, pratiques de jeu excessif et autres addictions sans produit ».

3 L’article 3 « vise à changer le mode d’éducation des activités physiques et sportives en partant du niveau de chaque élève, puis en lui donnant les moyens de progresser, en basant la notation sur cette progression ».L’article 6 « exige la transparence des comptes des fédérations sportives ».L’article 10 « permet l’ouverture systématique des installations sportives des établissements scolaires pour les activités sportives hors cadre scolaire ».L’article 14 « permet l’allègement des contraintes administratives afin que la mise à disposition d’installations sportives ou la mise à disposition par l’employeur d’activités physiques et sportives ne soient pas considérées par l’URSSAF comme des avantages en nature ».

Cannabis tricolore ? Au pied du Tourmalet, Emmanuel Macron n’ose ni le oui ni le non

Bonjour

Gouverner c’est, parfois, ne pas mentir. C’est aussi se faire filmer et ne pas répondre aux questions que l’on ne devrait pas vous poser. La France entière le sait : Emmanuel Macron jouait au pseudo-régional de l’étape du Tour, samedi 20 juillet, à Bagnères-de-Bigorre. Sourire éclatant et bain de foule virevoltant, spontané, improvisé. Le président de la République française, confiant, avait « demandé à son équipe de sécurité d' »ouvrir les barrières » afin de laisser les Français s’approcher de lui » (sic). 

Les citoyens français, rapportent les envoyés spéciaux des gazettes sportives et politiques ont « sauté sur l’occasion pour interroger Emmanuel Macron sur différents sujets ». « De l’affaire François Goullet de Rugy à celle de la disparition de Steve Maia Caniço à Nantes, les Français n’ont pas laissé de répit au Président, rapportent les journalistes (dont celui de La Libre Belgique). Mais une question n’est pas passée inaperçue. Un passant a ainsi questionné le chef d’Etat français sur… la légalisation du cannabis. » Une aubaine pour buzz. Echange  

« – Emmanuel Macron (jouant l’interloqué) : Vous seriez pour, vous ?

Le jeune français (nullement démonté) : – Je serais pour, parce que ça ferait plus de boulots pour les gens … Le  pays est en crise.

Emmanuel Macron : C’est vrai. Mais je ne vais pas vous mentir, même si on légalisait le cannabis, cela ne créerait pas des dizaines ou des centaines de milliers d’emplois ». 

Puis le Président a ainsi présenté « plusieurs alternatives » au jeune français, désireux de travailler – comme les secteurs de la restauration et du bâtiment. Mauvaise pioche : « Je ne trouve justement pas d’emploi dans le bâtiment » a conclu l’interlocuteur du chef de l’Etat.

Pour le reste ce fut une bien belle étape que la 14ème. Elle conduisit le Président, le Maillot Jaune, les coureurs et la caravane réduction des risques depuis Tarbes jusqu’au col du Tourmalet (117,5 km) : 1. Thibaut Pinot (Groupama-FDJ) en 3h10’20 » 2. Julian Alaphilippe (Deceunick-Quick Step) + 6 » (…). Classement général : 1. Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) en 56h11’29 » (…).

Le Tour quittera bientôt les Pyrénées. Rendez-vous sur les Champs-Elysées, à l’ombre du Palais de l’Elysée.

A demain @jynau

Opium et Tramadol® : pour la première fois les forçats du Tour n’y ont plus droit. Pourquoi ?

Bonjour  

6 juillet 2019. Cette fois c’est bien l’été : L’Equipe est imprimée sur papier jaune (type Midi Olympique) et le Tour de France s’élance depuis le Manneken-Pis. On fête le centenaire du Maillot Jaune et le cinquantenaire victorieux de saint Eddy Merckx. On retrouve le vieux mythe sans cesse revivifié, on applaudit la course-poursuite du gendarme-sain et du voleur-dopé.  

L’Equipe, page 12, rayon antidopage, nous apprend que la nouveauté, cette année, c’est l’interdiction du Tramadol®. « Son usage est interdit par le biais du règlement santé » précise le quotidien sportif. Mais encore ? Que savoir sur ce médicament anti-douleur dérivé de l’opium développé depuis un demi-siècle mais qui existait depuis des millénaires sr le sol africain 1 ?

Tramadol® (chlorhydrate de tramadol) :  Traitement des douleurs modérées à intenses de l’adulte. La dose devra être adaptée à l’intensité de la douleur et à la sensibilité individuelle de chaque patient. La posologie minimale efficace doit généralement être utilisée. Douleurs aiguës : la dose d’attaque est de 100 mg (2 comprimés) suivie de 50 ou 100 mg (1 ou 2 comprimés) toutes les 4-6 heures sans dépasser 400 mg/24 h (8 comprimés). Douleurs chroniques :la dose d’attaque est de 50 ou 100 mg (1 ou 2 comprimés) suivie de 50 ou 100 mg (1 ou 2 comprimés) toutes les 4-6 heures sans dépasser 400 mg/24 h (8 comprimés). » Nombreux effets secondaires indésirables psychiatriques (notamment confusion mentale ou hallucinations) neurologiques (dont vertiges, somnolence et convulsions) et gastro-intestinaux (nausées et vomissements).

Perversité

« D’après les données de l’assurance maladie, près de dix millions de français ont eu une prescription d’antalgique opioïde en 2015, nous enseigne l’Agence nationale de sécurité du médicament. En 2017, l’antalgique opioïde le plus consommé en France est le tramadol puis la codéine en association et la poudre d’opium associée au paracétamol. Viennent ensuite la morphine, premier antalgique opioïde fort, l’oxycodone, à présent pratiquement autant consommé que la morphine, puis le fentanyl transdermique et transmuqueux à action rapide. »

Pourquoi interdire cet antalgique aux forçats de la route millésimés 2019 ? C’est une vieille histoire parfaitement racontée sur le site http://www.cyclisme-dopage.com. Uniquement pour des raisons de « santé », semble-t-il, plus que pour « lutter contre le dopage ». Et il semblerait, une fois n’est pas coutume, que l’Union Cycliste Internationale (UCI) est la première institution sportive à s’intéresser à la prévention via l’interdiction de ce dérivé de l’opium. Où l’on en conclut que, privés d’opium, les forçats du Tour 2019 souffriront un peu plus encore que leurs aînés. Pour la plus grande joie, cet été, des amateurs sur canapé.

A demain @jynau

1 Sur ce thème : Nau J-Y « L’arbre à tramadol existe : il prend racine en Afrique » Rev Med Suisse 2013; volume 9. 1862-1863