Orly : le terroriste était bien sous l’emprise d’alcool (0,93 g/l), de cannabis et de cocaïne

Bonjour

Son père avait vu juste. On connaît depuis peu (et de « source judiciaire ») les résultats des expertises toxicologiques pratiquée sur le corps de Ziyed Ben Belgacem, abattu le 18 mars par un militaire de l’opération « Sentinelle » dans l’aéroport d’Orly, au terme d’une course-poursuite avec les forces de l’ordre qui avait démarré à l’aube, en Seine-Saint-Denis.

Les analyses toxicologiques pratiquées sur l’attaquant ont mis en évidence la présence, dans le sang, d’alcool (0,93g par litre) et de stupéfiants (cannabis et cocaïne). Agé de 39 ans, il avait été tué après avoir tenté de s’emparer de l’arme de l’une des militaires en patrouille dans l’aéroport.

« Il boit »

Dimanche 19 mars, peu après avoir été relâché par la police,  son père avait déclaré sur Europe 1« Mon fils n’a jamais été un terroriste. Jamais il fait la prière : il boit. Et sous l’effet de l’alcool et du cannabis, voilà où on arrive. »  François Molins, procureur de la République de Paris avait quant à lui expliqué la veille que désormais le but de l’information judiciaire serait de tenter « d’expliquer le cheminement psychologique » de cet homme. Il a aussi observé que le choix de sa cible dans l’aéroport d’Orly (des militaires de l’opération Sentinelle) correspondait « aux mots d’ordre diffusés par les organisations terroristes djihadistes ». 

 Reste que la grande nouveauté, dans cette affaire, tient à l’évocation faite d’emblée du rôle possiblement joué par des substances psychotropes (alcool et cannabis notamment) dans le passage à l’acte. Jusqu’ici cette hypothèse n’était pas envisagée d’emblée, du moins pas publiquement.1 L’autre nouveauté tient au fait que les réponses toxicologiques n’ont pas tardé. L’association d’alcool, de cannabis et de cocaïne explique sans aucun doute « la fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur » observée par le procureur de la République de Paris.

Reste une autre question, autrement plus complexe : ce type de désinhibition massive et auto-induite modifie-t-il la qualification juridique de l’acte ?  Le droit interrogera-t-il, ici, les spécialistes de l’addictologie et ceux de la conscience ?

A demain

1 Sur ce thème : « Les analyses toxicologiques des corps des terroristes font aussi partie de l’enquête » Slate.fr 28 novembre 2015

Overdose : première personne officiellement sauvée en France après Nalscue® à domicile

 

Bonjour

Ne pas toujours désespérer. L’information n’est pas encore officielle mais elle est validée. Des spécialistes d’addictologie viennent d’être informés de la première administration réussie de Nalscue® en France – et ce dans le cadre officiel de son autorisation temporaire d’utilisation (ATU). Le prescripteur est un médecin éclairé du Puy-en-Velay.

Résumons : un patient, en région Auvergne-Rhône-Alpes avait été formé à l’utilisation de Nalscue® (naloxone 0,9 mg/0,1 ml en spray nasal) par son médecin lors de son inclusion dans l’ATU. Il vient de porter secours à un autre usager de drogues en lui administrant Nalscue® suite à une overdose aux opioïdes. L’usager est vivant, son pronostic vital n’est pas engagé.

Puy-en-Velay

C’est là une information à relayer, ne serait-ce que pour continuer à sensibiliser les professionnels de santé et les usagers à l’inclusion dans l’ATU pour avoir accès à ce traitement d’urgence.  C’est aussi la démonstration que, lorsqu’elle se met en place, la lourde machinerie pharmaco-administrative française peut, in fine, sauver des vies.

Et c’est, enfin, l’expression réitérée du regret que cette machinerie n’ait pu, pour des raisons obscures de cabinets, démarrer plus tôt.  Merci au prescripteur du Puy-en-Velay. Ne pas toujours désespérer.

A demain

Que fera de la cigarette électronique le nouveau patron de la lutte contre les addictions ?

 

Bonjour

Il arrive à point nommé et son action politique sera décortiquée : le Dr Nicolas Prisse a été nommé, ce 8 février et en conseil des ministres, président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). A ce titre il pourrait contribuer à repenser la politique dans ce champ sanitaire – un champ d’une importance considérable si on y inclut cette drogue légale qu’est le tabac. Fera-t-il plus (et mieux) à ce poste politique que Mme Danièle Jourdain-Menninger (« fonctionnaire socialiste » selon Libé) en poste depuis septembre 2012?

Du Tchad à Ségur

Son passé plaide-t-il pour lui ? Le Dr Nicolas Prisse était depuis un an en charge de la santé publique au sein des cabinets de Marisol Touraine et de sa secrétaire d’Etat chargée des personnes âgées et de l’autonomie, Pascale Boistard. L’homme est titulaire d’un diplôme universitaire de médecine et santé tropicales (1993) et d’un diplôme spécial de santé publique (1994). Il est aussi diplômé (2004) de l’Ecole nationale de santé publique (ENSP). , aujourd’hui EHESP) (2004).

Mais encore ? Il a œuvré dans la coopération au Tchad (1992-1993) avant de devenir  médecin directeur du service communal d’hygiène et de santé de Bagnolet  (1995-1996) puis ingénieur de recherche (dans l’épidémiologie des cancers) à l’Inserm (1997-1998). Et ensuite ? Il devient coordinateur de Sida Info Services (1998-2000), chargé de la mise en place du nouveau dispositif de téléphonie « Hépatites info service » – et ce avant de rejoindre la direction des sports au ministère de la jeunesse et des sports en tant que chargé de mission (2000-2002).

Réduction des risques et cannabis

Puis viennent neuf ans (2003-2012) à la direction générale de la santé (DGS) où il a été conseiller médical chargé des déterminants sociaux de la santé (2003-2006) puis conseiller médical chargé des questions de toxicomanies (2006-2009) et responsable de l’appui à la programmation nationale et régionale et à l’évaluation, dans le bureau « programmation, synthèse, évaluation » du secrétariat général (2009-2012). De février 2012 à mars 2016, il a été chargé de mission auprès du secrétaire général des ministères chargés des affaires sociales. On peut le voir ici sur une brève vidéo.

L’homme arrive alors que Marisol Touraine va partir – au terme de cinq années malheureusement marquées par un refus obstiné de comprendre idéologiquement et pratiquement ce que pouvait être une véritable politique de réduction des risques dans le champ des addictions. Et ce jusqu’à l’absurde avec la cigarette électronique. Ce qu’une ministre de la Santé a raté, le nouveau patron de la Mildeca pourra- t-il le réussir ? Quid du cannabis sous la prochaine majorité? Seule certitude : il arrive à point nommé. Et son action politique sera décortiquée.

A demain

 

Schizophrénie et maladies psychiatriques : ne pas diaboliser la molécule de nicotine

 

Bonjour

La lutte, vitale, contre le tabagisme ne doit pas conduire à diaboliser la nicotine. Outre dans les produits industriels induisant une redoutable dépendance cet alcaloïde présent dans les plantes de la famille des solanacées (dont le tabac) a des propriétés insecticides et fongicides. Une famille d’insecticides de synthèse (dénoncés par les écologistes), les néonicotinoïdes, est dérivée de la nicotine naturelle. Et sans doute les propriétés de la nicotine sont-elles encore à découvrir, voire ses usages amenés à s’élargir.

On sait que les personnes schizophrènes consomment du tabac plus fréquemment encore que la moyenne de la population – consommation associée à une forte dépendance à la nicotine 1. Pourquoi ? La question est rarement posée, sauf par quelques équipes 2. Elle ne l’est jamais par les responsables politiques en charge de la lutte contre le tabagisme qui, au mieux, regardent ce phénomène comme une fatalité psychiatrique. Selon des chercheurs de l’Institut Pasteur, du CNRS, de l’INSERM et de l’École normale supérieure (ENS), ce tabagisme intensif pourrait être favorisé par un « effet positif » de la nicotine sur le fonctionnement du cortex préfrontal.

Cortex préfrontal

Associés à des collègues étrangers ces chercheurs viennent de publier dans Nature Medicine une étude originale voire prometteuse permettant de visualiser, dans des modèles animaux, l’effet direct de la nicotine à l’échelon cérébral : « Nicotine reverses hypofrontality in animal models of addiction and schizophrenia »

Dirigés par Fani Koukouli et Uwe Maskos (Institut Pasteur de Paris, Neurobiologie Intégrative des Systèmes Cholinergiques)  ces chercheurs expliquent que le cortex préfrontal est une région dont les mécanismes physiologiques sont altérés chez certains malades psychiatriques, dont les schizophrènes. A l’état normal  l’activité du cortex préfrontal est modulée par des neurotransmetteurs (dont l’acétylcholine) via les récepteurs à acétylcholine (ou « nicotiniques »). Ces récepteurs sont impliqués dans de multiples processus dont le contrôle des mouvements volontaires, la mémoire, l’attention, la douleur ou l’anxiété.

Les auteurs ont créé un modèle murin spécial de schizophrénie via une mutation génétique humaine récemment identifiée comme potentiellement associée aux troubles cognitifs des schizophrènes et à la dépendance au tabac. Il s’agit d’une mutation sur le gène CHRNA5. La baisse d’activité cérébrale de ce modèle peut être comparée à celle de patients schizophrènes voire souffrant d’une addiction. Puis, via une technologie d’imagerie in vivo, les chercheurs ont observé (dans des zones spécifiques d’interneurones) une activité diminuée des cellules du cortex préfrontal chez les souris génétiquement modifiées.

Cigarette électronique

Est-ce une nouvelle cible thérapeutique ? On peut l’espérer. « L’administration répétée de nicotine rétablit l’activité normale du cortex préfrontal », explique Uwe Maskos. La fixation de la nicotine sur les interneurones « influence l’activité des cellules pyramidales du cortex préfrontal qui retrouvent un état d’excitation normal », précise la chercheuse Fani Koukouli. La molécule thérapeutique devra présenter une configuration voisine de la nicotine mais débarrassée de ses effets nocifs.

Dans l’attente, qui s’intéresse à la cigarette électronique chez les malades psychiatriques souffrant en outre d’une addiction tabagique ?

A demain

1 Sur ce thème, venu de Suisse : « Comment arrêter de fumer quand on souffre de troubles psychiatriques ? »

2  Sur ce thème, par exemple, dans la maladie de Parkinson : « Chronic high dose transdermal nicotine in Parkinson’s disease: an open trial ».

 

Cannabis : faut-il, désormais, être propriétaire pour dormir sur ses deux oreilles ?

 

Bonjour

Constitution et stupéfaction. Faudrait-il, désormais, être propriétaire pour détenir des drogues illicites tout en dormant sur ses deux oreilles ? C’est, résumée, la troublante question qui est posée à Laurent Fabius et aux membres du Conseil constitutionnel qu’il préside, sans vagues, depuis bientôt un an. Le trouble est d’autant plus grand que la question résulte de la loi « Egalité et Citoyenneté » adoptée par le Parlement le 22 décembre 2016. Un projet porté notamment par Emmanuelle Cosse, aujourd’hui étonnement « ministre du Logement et de l’Habitat durable » (sic).

La question est posée aux Sages par les associations AIDES, ASUD (Association d’auto-Support des Usagers de Drogues), DAL (Droit Au Logement) et Médecins du Monde.

Des explications s’imposent. Les voici. Faute de bénitiers républicains le diable niche ici dans l’article 119 de cette loi. Il dispose ceci :

« Le contrat de location est résilié de plein droit, à la demande du bailleur, lorsque le locataire ou l’un des occupants du logement a fait l’objet d’une condamnation au titre d’une infraction sanctionnée à la section 4 du chapitre II du titre II du livre II du code pénal et concernant des faits qui se sont produits dans le logement, l’immeuble ou le groupe d’immeubles ».

Acquisition, transport ou détention

En pratique cette disposition permet l’expulsion de locataires y compris des familles avec leurs enfants à la demande du bailleur, privé ou social, si un occupant du logement a été condamné pour acquisition, transport ou détention de stupéfiants.

On peut aussi le dire autrement, comme les associations militantes qui sonnent à la porte des locataires du 2, rue de Montpensier, dans le 1er arrondissement de la capitale :

« Cet article remet indéniablement en cause l’objectif constitutionnel du droit au logement décent. Cette condamnation automatique et arbitraire s’appliquerait aux locataires et aux occupants indistinctement, car l’article vise l’ensemble d’une famille ou d’une colocation et le bail peut être résilié même si le locataire n’est pas concerné par la condamnation ou qu’il n’en a pas connaissance. »

« La loi nouvelle vise aussi bien le trafic que l’acquisition ou la détention de tout stupéfiant. Elle s’applique pour toutes les condamnations sans limitation tirée de la date des faits sanctionnés ou de la décision. Un bail pourrait donc être résilié sur le fondement de faits anciens même antérieurs au début du bail. Avec 1,4 millions de consommateurs réguliers de cannabis en France (OFDT, 2017), combien de foyers seraient concernés par cette mesure ? Faudrait-il dorénavant exiger de son futur colocataire un extrait de casier judiciaire ou encore le soumettre à son propriétaire ? »

On ajoutera, avec les militants, que cette mesure pécherait par son inefficacité : l’expulsion d’une personne n’empêchera nullement les activités illicites de se poursuivre dans un lieu où les « réseaux » sont implantés et qui sont d’ailleurs « de plus en plus tenus par des personnes non résidentes du lieu de trafic pour des raisons de rentabilité ».

Principes fondamentaux

Mais il y a plus grave : cet article de loi entre en totale contradiction avec les politiques de réduction des risques et de prévention de la récidive – sans même parler de la prévention des expulsions locatives et la lutte contre la grande exclusion. L’exemple de la salle se shoot parisienne démontre (s’il en était besoin…) que les usagers de drogue fréquentant les structures de réduction des risques et spécialisées en addictologie ont déjà difficilement accès au logement. Cette mesure aurait de bien malheureuses conséquences sur les « parcours de soins » des personnes souhaitant se réinsérer, notamment après une condamnation.

On peut, là aussi, le dire autrement : dans l’attente d’un « revenu universel », avoir un logement stable est une condition essentielle pour obtenir des droits qui permettent l’accès aux soins. C’est pour toutes ces raisons que les associations AIDES, ASUD, DAL et Médecins du Monde (épaulées par le Syndicat de la magistrature) font valoir que ce texte est contraire aux principes fondamentaux dont le Conseil constitutionnel est le gardien et le symbole. Dans un Paris glacé les locataires du 2, rue de Montpensier doivent rendre leur décision au plus tard le 27 janvier prochain

A demain.

 

Salle de shoot à Paris, trois mois après : parmi les usagers tous ne sont pas des « précarisés »

Bonjour

C’est simple : pas un. Même Emmanuel Macron que l’on commence (judicieusement) à rapprocher de la blancheur de Jean Lecanuet (1920-1993). Aucun des candidats à l’élection présidentielle ne s’exprime sur cet enjeu majeur qu’est la « politique de réduction des risques ». Vanter les mérites de la prévention, toujours. Traiter de la cigarette électronique, jamais. Discourir sur le cannabis, oui. Prendre des engagements comptables sur un programme de réduction drastique du tabagisme ? On verra…C’est là une forme de démission, d’absence de courage, qui n’est pas pour rien dans la désaffection grandissante des citoyens pour son personnel politique.

Du quinquennat finissant on gardera, entre mille sujets, la mémoire des « salles de shoot » (de « consommation à moindre risque). C’est là une expérience frontière et un parfait indicateur de la volonté politique d’agir dans un domaine où la pédagogie est essentielle. Il aura fallu, in fine, plus de quatre ans pour obtenir, après mille et une contorsions, que le premiers de ces espaces puisse être créé en France : dans des locaux attenants à l’hôpital Lariboisière (AP-HP). Cette salle fut inaugurée le mardi 11 octobre la ministre des Affaires sociales et de la Santé. Pour Marisol Touraine il fallait voir là « une avancée majeure pour la santé publique dans notre pays, une réponse innovante et courageuse à une situation d’urgence sanitaire ».

Trois mois après

Et maintenant ? Trois mois plus tard le président de l’association Gaïa, le Dr Jean-Pierre Lhomme fait un premier point d’étape dans un entretien publié par Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb).

« Il serait prétentieux et peu rigoureux de parler de bilan à seulement trois mois. Il s’agit plus d’un point d’étape encourageant. Nous pouvons faire un constat : 170 à 220 passages par jour. Ce sont donc 8 000 injections qui n’ont pas eu lieu dans l’espace public. On compte aussi 5 000 passages pour récupérer du matériel d’injection ou pour du conseil. Cela représente une file active de 500 personnes, ce qui est acceptable.

« Dès le premier jour, 65 personnes sont venues. Ces premiers usagers ont progressivement informé leurs connaissances. Il s’agit en partie d’usagers que l’on connaissait dans notre CAARUD (centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues) ou qui viennent d’autres CAARUD parisien, et en partie des consommateurs qui n’étaient intégrés à aucun dispositif. »

Le Dr Lhomme précise que les consultations médicales infirmières sont en place, que des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) du VIH et du virus de l’hépatite C (VHC) sont pratiqués, que des cas de contaminations par le VHC ont été identifiés. « Le diagnostic du VHC permet d’entamer une discussion autour du passage à des modes de consommation moins risqués, voire à des produits de substitution, explique-t-il.  La présence de postes d’inhalation favorise également le basculement de l’injectable vers le fumable, qui présente moins de risque. Nous pouvons aussi compter sur nos relais en soins somatiques, en addiction et en psychiatrie. Nos partenaires répondent rapidement à nos sollicitations. On est dans le mûrissement de l’intentionnalité de soin avant le passage du consommateur dans des structures ad hoc. »

Mains tendues

Le médico-médical n’est pas tout : il y a les demandes d’hébergement, celles d’aide à la récupération des droits. Aujourd’hui les horaires, le budget et le personnel permettent d’accueillir jusqu’à 350 personnes par jour dans de bonnes conditions. On comprend que tout n’est encore totalement réglé avec les riverains : « l’assise de la salle de consommation reste fragile. Il faut continuer le travail d’acceptation. Il y a eu une réunion du comité de voisinage, et les riverains nous font part des petits dysfonctionnements ».

Et puis le Dr Lhomme donne cette information : « On ne peut pas encore faire d’étude sociologique, mais nous n’avons pas que des usagers précarisés. Certains sont socialement bien intégrés mais l’offre proposée par la salle de consommation leur convient mieux. » Un élément qui pourrait être mal interprété – et peut-être même utilisé contre le principe même de ces espaces soignants d’un nouveau genre.

Mais c’est aussi là une donnée qui rappelle que les « usagers » (qu’ils soient ou non « précarisés ») sont avant tout des malades souffrant gravement d’addictions à des « produits ». La démonstration de la priorité qui doit être donnée à cette main tendue qu’est (aussi) une politique « courageuse » de réduction des risques. Qu’en dira Emmanuel Macron ? Qu’en aurait dit Jean Lecanuet ?

A demain

Cannabis : sur BFM-TV, la gauche socialiste en est restée aux questions de boutiquiers

 

Bonjour

Sympathique, le clown sympathique a assuré : « Oui j’en ai fumé… » Rires dans l’assemblée… « Mais pas ce soir… » Applaudissements dans les travées…. Le clown a pour fonction de faire redescendre la pression et Jean-Luc Bennahmias, décravaté, Vert aux yeux bleus délavés, y excelle.  M. Behnamias avait quatorze ans en 1968. Ancien  du Parti socialiste unifié (PSU) sans oublier la Ligue communiste il fut journaliste avant de s’exercer à la politique centriste et écologiste. C’est dire si on lui pardonne tout, et le reste. Il fait partie de la famille sans vraiment en être. Il fait le clown, aussi, pour y être admis, fût-ce sur une banquette.

Le cannabis ? On ne saura pas si les six autres candidats à la primaire en ont tâté. Encore trop risqué d’avouer, en 2017 et en France, quand on postule au poste suprême. Dimanche 15 janvier, sur BFMTV, on en est donc resté aux questions de boutiquiers qui, depuis l’adolescence de M. Bennahmias, déchirent les gauches françaises. Deux camps en présence avec un seul point fixe : Manuel Valls qui prône, crânement, les valeurs de l’interdit. Pour le reste c’est le ballet de la dépénalisation/légalisation, de la mainmise de l’Etat ou pas, de la vente en pharmacie ou dans les bureaux de tabac, de la commercialisation associée à la prévention de la consommation…

Trafics asséchés

On retiendra ce mot de Sylvia Pinel, envoyée à 39 ans sous la mitraille par la direction du PRG : « La vente de cannabis doit être encadrée pour assécher les trafics ».  Les dealers au rang des marais, en somme. François Henri Goullet de Rugy, ancien écologiste devenu socialiste et vice-président de l’Assemblée nationale : « On n’imagine pas une seconde de la prohibition sur le tabac et l’alcool (…) Dans les bureaux de tabac, on trouve tout ce qu’il faut pour faire un joint, sauf le cannabis ».

Benoît Hamon , né en 1967 : « Il faut légaliser la distribution de cannabis et mettre les moyens sur la prévention (…) Le cannabis peut conduire à des addictions extrêmement graves (…) ». Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education nationale (mai 2012-mars 2014) que l’on connut plus vaillant se borne à proposer un « débat sur la dépénalisation du cannabis avec les Français, en écoutant les personnels de santé et de sécurité ».

Hypocrisie psychoactive

Et puis Arnaud Montebourg. Il avait six ans en 1968. Aujourd’hui il botte en touche : « Ce n’est pas aux politiques publiques d’autoriser la consommation de produits nocifs (…) Je pense inutile que l’élection présidentielle se déroule autour d’un sujet de cette nature. »

On en restera là. Rien sur la réduction des risques et, au final la consommation massive d’un produit illicite considérée comme une fatalité. Aucune question sociologique et médicale sur les raisons qui, en amont, font que l’on en vient à fumer cette substance psychoactive. Aucune interrogation sur le fait que la consommation française est la plus importante du Vieux Continent. Est-ce l’offre qui nourrit la demande ? Serait-ce l’inverse ? Pourquoi fume-t-on… ? Pourquoi ce besoin de planer? Quand et chez qui survient le danger ? Non: la seule question : comment faire avec l’existant.

On rit quand Jean-Luc Bennahmias dénonça « 40 ans d’hypocrisie » face à ces « millions » de Français qui en ont déjà fumé. Et on rit de plus belle quand le clown fit mine de s’agacer : « La police a autre chose à faire que de s’occuper de petits dealers et de petits fumeurs ! ». Sacré Bennahmias… La pression redescendait. Le spectacle allait bientôt s’achever.

A demain