Confinement, alcool et violences familiales : non, l’Etat ne doit surtout pas interdire la vente

Bonjour

25/03/2020. Voilà le parfait exemple la fausse « bonne idée ». Le préfet de l’Aisne a pris la décision d’interdire toute vente d’alcool à emporter en cette période de confinement généralisé. Ce pour « éviter les troubles et les violences notamment intra-familiales ». « A part promouvoir, dans ce département, la distillation au domicile et surcharger les urgences et services hospitalier pour delirium tremens, je ne vois guère l’intérêt de cette mesure préfectorale » commente le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions.

« Cette décision, qui part de l’affichage d’une bonne intention, n’est pourtant pas aussi pertinente qu’on pourrait le penser a priori, explique l’Association nationale de prévention en alcoologie et en addictologie (ANPAA). En effet, si l’alcool est souvent impliqué dans la survenue de violences familiales, comme facteur favorisant ou causal, cela ne saurait justifier l’interdiction totale à l’ensemble d’une population. » Et ce pour cinq raisons majeures :

  1. Si le confinement peut exacerber les tensions familiales, et éventuellement les violences, dans certains couples, ce n’est évidemment pas le cas dans la très grande majorité des familles qui vivent cette période avec les difficultés que nous connaissons tous, mais sans verser dans l’agressivité envers son conjoint ou ses enfants.
  2. Certaines familles sont à risque de conflits aigus voire de violence, et le confinement, avec ou sans alcool, peut aggraver ces situations, mais il n’y a rien d’automatique, en tout cas rien de démontré.
  3. La cessation de la vente d’alcool va entraîner chez certains buveurs dépendants des phénomènes de sevrage aigu, pouvant aller jusqu’au delirium tremens, dont les conséquences peuvent être plus sérieuses que le maintien de la consommation, même excessive.
  4. Tous les buveurs dépendants ne sont pas violents et toutes les personnes violentes n’ont pas besoin de l’alcool pour passer à l’acte.
  5. Les buveurs, excessifs ou non, qui ne souhaitent pas arrêter, vont pour une partie aller dans le département voisin, au risque de rompre le confinement et de diffuser le virus, sans compter les éventuelles conséquences sur la sécurité routière si l’on commence à consommer sur le parking du supermarché avant de reprendre le volant, ou sur le trajet du retour au domicile. L’interdiction va avoir une incidence sur les personnes qui, même en cette période de confinement, respectent les repères de consommation et qui n’ont pas envie de se priver du plaisir indéniable que l’alcool peut procurer.

« Il est hors de question de minimiser le rôle de l’alcool dans les violences intra-familiales, mais la décision du préfet de l’Aisne n’apporte pas de véritable solution et crée de nombreux autres problèmes qui n’ont manifestement pas été pris en compte, observe fort justement l’ANPAA La maîtrise des risques, plutôt que la prohibition qui a démontré son inefficacité, paraît plus nécessaire que jamais. »

Il faut aussi, face à cette question majeure, prendre connaissance de la réflexion majeure menée par la Fédération Addiction sur le thème : « Usages et addictions en temps de confinement  » 1. Nous en publions des extraits ci-dessous :

«  En ces temps de confinement, la question des usages de substances se pose de façon accrue pour tout un chacun. On peut distinguer trois publics qui nécessitent chacun des postures et actions spécifiques .

« Pour les personnes malades : L’addiction est un enfermement, une prison dont les personnes peinent à s’extraire alors même que leur vie en devient impossible. On a longtemps cru les aider à en les enfermant dans des hôpitaux ou des asiles mais ça n’a pas marché… Le présent nous frappe.  Pour les millions de Français dépendants de substances, légales ou non, le confinement pose avec une nouvelle acuité l’éternel problème de gérer une dépendance dans un contexte de crainte de pénurie. La réponse peut paraitre simple : il suffit d’arrêter. Cette idée, illustrée par quelques réactions s’étonnant de voir l’accès au tabac et à l’alcool préservés alors qu’il est si difficile de trouver des masques, des gels HA et parfois même des produits de première nécessité, réactive le mythe du « ce n’est qu’une histoire de volonté » et de la prohibition comme solution. Le confinement en deviendrait l’instrument, une sorte d’abstinence obligée grâce à une claustration salvatrice. Or c’est l’inverse qui nous semble être nécessaire : il faut assurer une garantie absolue d’approvisionnement en produits de dépendance, pour pouvoir ensuite aider ceux qui le souhaiteront à réduire ou à arrêter.

« Cela repose sur un constat pragmatique : l’angoisse cardinale de l’addict est celle du manque. Et l’angoisse, le stress sont les moteurs essentiels du besoin irrépressible de consommer, du « craving ». Cette situation d’angoisse du manque est donc non seulement à calmer en soi pour apaiser le patient mais aussi pour réduire l’intensité du craving et donc les risques de débordements, d’agressivité, de troubles du comportement, de violences, de prises de risques, d’overdoses, etc.

« Nous avons donc approuvé sans réserve la poursuite de l’approvisionnement en tabac et en boissons alcoolisées, et regretté de n’être pas plus avancés sur une régulation du cannabis. Mais s’il faut garantir l’accès, il est tout aussi important d’accentuer et de garantir l’accès aux différentes aides : nous avons demandé et soutenu la réouverture des boutiques de « vape », tout en les invitant à organiser un accueil sécure des usagers, et avons demandé l’extension des dispositions de l’arrêté du 14/03/20 sur les traitements chroniques, aux Traitements de Substitution aux Opaciés (TSO) et même aux stupéfiants prescrits de manière chronique (Skenan, Ritaline…). Cela a été entendu rapidement et intégré dans le nouvel arrêté du 20/03 pour les TSO !

« Les accompagnements thérapeutiques ont été proposés sous forme de consultation téléphonique et autres supports virtuels. Souvent improvisés, ils ont immédiatement reçu un accueil favorable de patients dont l’angoisse est d’autant plus pesante que le confinement leur impose parfois une promiscuité des contextes familiaux problématiques. Et les questions sociales, notamment de perte de revenus, sont aussi traitées sur ce mode, en lien avec les administrations concernées. (…)

« Pour les personnes cumulant situation de précarité et addictions Le confinement des sans-abris ne déroge pas à ces principes : si l’on veut qu’ils intègrent les « Centres d’hébergement spécialisés » dits de « desserrement », il faut leur garantir l’approvisionnement en tabac, alcool, benzodiazépines, TSO, etc. C’est une condition sine qua non pour qu’ils acceptent d’y entrer et d’y rester et pour que les troubles du comportement soient limités. Cette approche de Réductions des Risques (RDR) pourra aider certains à souhaiter aller plus loin et à « décrocher ». Là encore, les retours de cette première semaine de confinement vont dans ce sens dans des Centres de Soins d’Accompagnement et de Préventions des Addictions (CSAPA) résidentiels réalisation un accompagnement RDR alcool (Ferme Merlet du CEID en Aquitaine, par ex.) : les niveaux de consommation d’alcool baissent, malgré le stress, parce que beaucoup de résidents confinés se disent que c’est l’occasion ou jamais d’arrêter. Et ils le pensent d’autant plus qu’on ne leur demande pas de le faire.

« Pour les personnes cumulant situation de précarité et addictions. Le confinement des sans-abris ne déroge pas à ces principes : si l’on veut qu’ils intègrent les « Centres d’hébergement spécialisés » dits de « desserrement », il faut leur garantir l’approvisionnement en tabac, alcool, benzodiazépines, TSO, etc. C’est une condition sine qua non pour qu’ils acceptent d’y entrer et d’y rester et pour que les troubles du comportement soient limités. Cette approche de Réductions des Risques (RDR) pourra aider certains à souhaiter aller plus loin et à « décrocher ». Là encore, les retours de cette première semaine de confinement vont dans ce sens dans des Centres de Soins d’Accompagnement et de Préventions des Addictions (CSAPA) résidentiels réalisation un accompagnement RDR alcool (Ferme Merlet du CEID en Aquitaine, par ex.) : les niveaux de consommation d’alcool baissent, malgré le stress, parce que beaucoup de résidents confinés se disent que c’est l’occasion ou jamais d’arrêter. Et ils le pensent d’autant plus qu’on ne leur demande pas de le faire.

Pour les personnes confrontées aux stress et angoisses du confinement Enfin, nous avons aussi le souci d’utiliser en population générale les acquis du Dry January pour aider à ne pas trop « consommer », dans un contexte anxiogène pour tout un chacun : les acquis de ce premier DJ aident à ne pas faire passer la lutte contre l’angoisse par les seuls e-apéro, à utiliser les groupes sur internet, comme aussi pour le tabac « Jenefumeplus » et autres Tabac InfoService, réactiver les stratégies apprises pour gérer ses moments sensibles. Sans donner de leçons ni stigmatiser, c’est une excellente occasion de réfléchir aux effets de la démesure humaine dans la crise actuelle et de ne pas persévérer dans l’erreur, en réapprenant la maîtrise de soi, l’écoute des émotions, notamment dans ces fins de journées, après ces stress d’un quotidien menaçant. »

A l’heure où nous écrivons ces lignes nous apprenons que le préfet de l’Aisne a finalement renoncé à sa décision d’interdire toute vente d’alcool à emporter. On le remerciera pour avoir, à son corps défendant, alimenté cette somme de réflexions sur le confinement imposé et l’esclavage des addictions.

A demain @jynau

1 Jean Michel Delile, Psychiatre, Président de la Fédération Addiction Jean Pierre Couteron, Psychologue, Porte-parole de la Fédération Addiction Christian Andréo, directeur Addixio, animateur réseaux sociaux dryjanuary

Contre le fléau du tabagisme Olivier Véran se rangera-t-il du côté des militants intégristes?

Bonjour

La vie serait sans doute plus simple en noir et blanc, les gentils contre les méchants. Pour l’heure c’est fait : aujourd’hui 1er mars le paquet de Marlboro Red® (marque de cigarettes toujours la plus vendue en France) atteint les dix euros (augmentation de 70 centimes). Publié au Journal officiel mardi 11 février, un arrêté ministériel daté du 31 janvier avai fixé les nouveaux prix. Les Winston® passent à 9,60 euros. Chez Japan Tobacco International, le prix des Camel® sans filtre passe à 9,80 euros contre 9,10 euros.

Sans surprise l’Alliance contre le tabac « se réjouit de la poursuite de l’augmentation de la taxation du tabac ». Selon elle cette augmentation « démontre depuis trois ans qu’elle est un outil très efficace de santé publique pour réduire les ventes et la consommation de ces produits » – et ce  « aussi bien chez les plus précaires que pour le reste de la population » (sic). Et d’ajouter : « ces hausses successives des prix depuis 2017 constituent une réelle victoire pour poursuivre une baisse continue de la prévalence tabagique en France, celle-ci ayant déjà diminué de 2,5 points entre 2016 et 2018 passant de 29,4% en 2016 à 26,9% en 2017, soit un million de fumeurs quotidiens de moins en un an. » Des chiffres et des liens de causalité qui, on le sait, restent à démontrer.

Politique l’Alliance contre le tabac souhaite que le Dr. Olivier Véran, nouveau ministre de la Santé s’engage, dans la continuité des mesures prises ces dernières années : « poursuivre l’augmentation des prix du tabac au-delà de novembre 2020 à raison d’1€ par an pour parvenir en 2025 au prix symbolique de 15€ par paquet de 20 cigarettes. »

Comptable, l’Alliance contre le tabac tient par ailleurs à rappeler que les droits d’accise du tabac, générant des recettes de l’ordre de 13 à 15 milliards d’euros, sont versés en totalité à l’Assurance maladie. Une Assurance maladie qui,  elle, « supporte chaque année un coût exorbitant de plus de 29 milliards d’euros au titre de la prise en charge des effets délétères du tabac sur la santé des français ; une bien mauvaise affaire pour l’Etat ! ».

Entre l’idéal rêvé et le possible souhaitable

Un monde en noir et blanc : l’Alliance entend « contrer les manœuvres d’une industrie du tabac agissant en dehors de toute éthique au prix de la vie d’un fumeur sur deux et qui contourne les interdictions en utilisant notamment les nouveaux moyens de communications pour attirer de nouveaux jeunes consommateurs ». On pourrait ajouter les ventes aux mineurs par la majorité des buralistes français. Que fait la police ? Que fait le gouvernement ? Que fera Olivier Véran ?

Depuis peu écologique l’Alliance contre le tabac observe que le tabac n’est pas seulement un enjeu de santé publique causant plus de deux cents décès prématurés par jour ; pas seulement un facteur aggravant de déficit public trop rarement désigné – engendrant un coût social annuel estimé à plus de 120 milliards d’euros. Mais que c’est aussi une source majeure de pollution de l’air, des sols et des eaux des rivières et des mers – « les mégots représentant en effet 40% des déchets présents dans la mer Méditerranée ».

Tout cela est très largement vrai. De même que le sont les impasses d’une politique se bornant à une augmentation constante et sans fin des prix du tabac. Une politique conduisant au développement de commerces illégaux et à l’enrichissement de réseaux mafieux – sans oublier  qu’elle pénalise les fumeurs les plus défavorisés sans nullement les aider à sortir de leur esclavage. Au risque d’attiser les colères 1. Ajoutons, corollaire, que les discours anti-tabac radicalisés sont dans le déni constant des vertus de la cigarette électronique en terme de réduction des risques tabagiques.

Où l’on voit se dessiner er une opposition politique, idéologique, philosophique : entre l’idéal rêvé et le possible souhaitable, entre le ciel enfin pur et le plafond des volutes. A ce titre il sera intéressant d’observer, après Marisol Touraine et Agnès Buzyn, quel camp choisira Olivier Véran.

A demain @jynau

1 Jérôme Fourquet, politologue, directeur du département Opinion et Stratégies d’entreprise de l’Ifop : « 80 km/h, hausse du prix du diesel et des cigarettes: le terreau des ‘’gilets jaunes’’» (Le Figaro).

Le paquet de Marlboro® atteint les 10 euros : mais à combien est-il sur les marchés parallèles ?

Bonjour

C’est, souligne l’AFP, est une « barre symbolique ». Le prix du paquet de Marlboro Red® (marque de cigarettes toujours la plus vendue en France) atteindra les dix euros le 1er mars (une augmentation de 70 centimes). Publié au Journal officiel mardi 11 février, un arrêté ministériel daté du 31 janvier fixe les nouveaux prix.

Les Winston® passent à 9,60 euros (le leader du marché a donc répercuté la hausse de 50 centimes, et augmenté par la même occasion, sa marge de 10 à 20 centimes par paquet. Chez Japan Tobacco International, le prix des Camel® sans filtre passe à 9,80 euros contre 9,10 euros.

« Le paquet de Marlboro n’est toutefois pas le plus cher vendu dans l’Hexagone : les Gauloises® brunes de Seita (filiale française du britannique Imperial Brands), qui coûtaient déjà 10 euros depuis le 1er novembre, passent à 10,60 euros, et les Gitanes® brunes à 11 euros, contre 10,50 euros auparavant » observe l’AFP.

Marché de dupes ? Il faut ici savoir que les géants de Big Tobacco fixent librement leurs prix de vente, mais l’Etat peut inciter à des augmentations en faisant varier les taxes (qui représentent …. plus de 80 % du prix de vente). Chaque fabricant décide ensuite de maintenir, rogner ou augmenter ses marges, en fonction de la concurrence et de sa politique de prix. Sans aucun souci, bien évidemment, de la santé publique.

C’est devenu une antienne politique et médiatique : après l’élection présidentielle de mai 2017, le gouvernement a mis fin à quatre ans de stabilité des prix, relevant nettement les taxes pour faire passer le prix du paquet aux alentours de 8 euros le 1er mars 2018, et procédant depuis à deux hausses annuelles de 50 centimes, programmées l’une en mars, l’autre en novembre – et ce dans le « but affiché » de réduire la consommation de tabac.

Le vapotage a fait ses preuves en termes de réduction des risques tabagiques

De fait ces hausses de prix ont officiellement fait chuter les ventes : de 9,32 % en 2018 et de 7,2 % l’an dernier. Mais ce n’est là qu’un affichage savamment distillé. Selon Big Tobacco ce renforcement de la fiscalité a pour premier et principal effet de faire exploser le marché parallèle. Comme le prouvent « des saisies douanières de tabac illicite de plus en plus nombreuses », explique à l’AFP, Pascal Marbois, directeur des affaires publiques de British American Tobacco France (Lucky Strike® Bleu Classic, Winfield Rouge®).

« La France continue de faire cavalier seul avec une politique de choc de taxes déconnectée des pays voisins », estime M. Marbois. Il appelle « les autorités à une politique plus pragmatique axée sur la réduction des risques et la promotion du vapotage » qui « a fait ses preuves en termes d’alternative au tabagisme ».

Du côté des antitabac radicalisés on applaudit à l’augmentation gouvernementale des prix – sans jamais s’intéresser aux coulisses du marché parallèle. On oublie aussi le rôle majeur du recours à la cigarette électronique – un outil essentiel de la réduction des risques tabagiques mais qui continue à être absent du discours sanitaire officiel. Où l’on en arrive à ce paradoxe qui voit Big Tobacco donner des leçons de santé publique à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

Chute de la dépêche de l’AFP : première cause de « mortalité évitable », le tabac tue prématurément, chaque année, environ 75 000 Français.

A demain @jynau

Après l’injure socialiste faite aux alcooliques : William Lowenstein réplique à Olivier Faure

Bonjour

Nous publions ci-dessous le texte que nous adressé le Dr William Lowenstein, interniste et addictologue, président de SOS Addictions en réponse aux propos tenus sur France Inter par Olivier Faure, Premier Secrétaire du Part Socialiste, sur les « alccoliques anobymes ».

« Les mois se suivent et tristement se ressemblent, en France, quant à  notre retard culturel dans le champ de la Santé des Addictions. Nous avions eu le veto présidentiel du Dry January – sous pression du lobby alcoolier. Nous avons, en ce premier dimanche de février,  sous pression médiatique, le mépris du Secrétaire Général du Parti Socialiste (ou de ce qui reste de ce dernier) envers celles et ceux qui aident les personnes confrontées à cette maladie qu’est la dépendance à l’alcool. 

« Bonjour, je m’appelle Olivier, j’ai vécu mon enfance à La Réunion et pourtant je ne connais rien au SAF (syndrome d’alcoolisation fœtale) qui y sévit et dont les connaissances des méfaits tardifs sont largement encore sous-estimés…. »  aurait pu aujourd’hui déclarer Mr Olivier Faure sur l’antenne de France Inter.

Nullement. Mr. Faure a préféré traiter deux ministres d’« alcooliques anonymes »… ! Comment peut-on l’interpréter ? Faut-il voir là un symptôme de connaissances assez limitées ? Un déficit empathique et de respect compassionnel envers les citoyens que le Premier Secrétaire du Part Socialiste prétend vouloir éclairer, faute de pouvoir les gouverner ? 

« Un conseil Mr Faure, relisez (je ne doute pas que vous l’ayez déjà lu) Joseph Kessel en général – et tout particulièrement son « Avec les Alcooliques Anonymes » (Gallimard, Folio). Vous y comprendrez sans doute que la fraternité et l’égalité valent toujours infiniment mieux, en démocratie, que l’injure et les sales marécages d’un humour vaseux ».

A demain @jynau

Toxicomanie : en Suisse, soigner avec de l’héroïne pharmaceutique administrée par voie nasale

Bonjour

Question à mille francs : pourquoi la petite Suisse est-elle à ce point en avance sur la France quant la politique de réduction des risques ? Depuis un quart de siècle la prescription de diacétylmorphine (DAM ou « héroïne pharmaceutique ») fait partie de l’offre thérapeutique ordinaire comme alternative en cas de non-réponse au traitement agoniste opioïde classique.

En Suisse, 8% des personnes devenues gravement dépendantes à l’héroïne sont aisi soignée. Dispensé dans des centres spécialisés, le traitement consiste en l’administration (strictement réglementée et contrôlée) de diacétylmorphine – et ce dans le cadre d’un suivi médical et psychosocial. Il a été expérimenté pour la première fois en Suisse en 1994, dans le cadre d’une étude de cohorte. Et au vu des résultats positifs obtenus, il s’est imposé en tant que mesure thérapeutique. Mieux encore : il  a été inscrit dans la loi sur les stupéfiants en 2011. En 2016 environ 1.600 personnes dépendantes ont suivi un tel traitement dans vingt-et-un centres ambulatoires spécialisés et un centre pénitentier.

Pour autant – et bien que la forme galénique intraveineuse ait été complétée par des comprimés à libération immédiate et à libération prolongée-  une partie du « public cible » n’est pas atteinte. « En premier lieu, il existe souvent de graves lésions veineuses dues à la prise sur le long terme de substances issues du marché noir, peut-on lire dans le dernier numéro de la Revue Médicale Suisse (15 janvier 2020) 1. Certaines personnes s’injectent par voie intramusculaire, ce qui ne produit pas les mêmes effets qu’une injection intraveineuse: diffusion plus lente, effet moindre, et différé. D’autres personnes injectent dans des zones à haut risque comme la veine fémorale commune. Globalement, ces deux options ne sont médicalement pas adaptées. »

Les auteurs ajoutent que l’incidence de la bronchopathie chronique obstructive (BPCO) augmente en raison des années d’exposition à la fumée de tabac ou à d’autres substances. « Lors de l’injection d’opioïdes, une désaturation en oxygène peut alors survenir plus rapidement, expliquent-ils. Le passage aux comprimés n’est souvent pas satisfaisant en raison de l’absence d’effet « flash », avec le risque très important d’un retour à l’héroïne intraveineuse non médicale. »

L’exécutif français allergique à la réduction des risques

Enfin, un troisième groupe d’usagers ne consomme ni par voie intraveineuse ni par voie orale, mais en sniff. L’héroïne inhalée a une diffusion dans l’organisme plus lente que par voie intraveineuse, mais plus rapide que par voie orale, avec un effet subjectif de high. Si la recherche de cet effet est au premier plan, la prescription de comprimés sera perçue comme peu attractive.

C’est dans ce contexte que des médecins du programme HegeBe (pour « Heroin gestützte Behandlung ») ont donc exploré la possibilité d’une administration intranasale de la DAM. L’inhalation de comprimés pilés est exclue en raison des excipients potentiellement nocifs. Une autre solution est envisagée: l’administration à l’aide d’un nébuliseur. « Ce traitement devrait être offert dans le cadre d’une étude observationnelle multicentrique » préccisent les Drs Marc Vogel et Hannes Strasser.

Les médecins du programme HegeBe espèrent les effets suivants: réduction des dommages par rapport aux injections intramusculaires ou intraveineuses inguinales, meilleure tolérance chez les personnes souffrant d’une BPCO, acceptabilité du traitement plus élevée qu’avec les comprimés pour le sous-groupe des personnes consommatrices par voie inhalée. Les résultats préliminaires sont attendus courant 2020.

Est-ce la Suisse qui est en avance dans la prise en charge de ces grands malades ? Ou est-ce la France qui tarde ?

« La France ? Léon Schwartzenberg devint le ministre de la Santé le plus éphémère … quand il évoqua la possibilité en France des traitements par DAM se souvient le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Aujourd’hui, de Liverpool à Liège, de l’Allemagne à la Suisse, nous ne manquons ni de recul, ni de travaux sur ce que peut apporter ‘’l’héroïne médicalisée’’ dans des indications précises – notamment après échec méthadone ou buprenorphine. Mais qui lit encore ce raport de l’Inserm ? C’est le même problème que les salles de consommation à moindre risque, le cannabis thérapeutique, la e-cigarette : il nous faut franchir nos résistances, nos morales (françaises) pour pouvoir développer l’accès aux stratégies de réduction des risques …. »

Dépassons la morale, allons jusqu’à l’éthique politique. Qui, au sein de l’exécutif français, s’intéresse encore au beau concept de réduction des risques ?

A demain @jynau

1 «Vers une homologation de l’héroïne pharmaceutique par voie inhélée : un projet pilote », Marc Vogel (Services psychiatriques de Thurgovie, Muensterlingen, Marc.Vogel@stgag.ch) et Hannes Strasser (Cliniques universitaires psychiatriques, Bâle, Hannes.Strasser@upk.ch ).

Cannabis-Urgent : recherche un bon producteur français (s’adresser à l’Agence du médicament)

Bonjour

Pour un peu on en rirait. Résumons. Régulièrement annoncée l’expérimentation (officielle) du cannabis thérapeutique en France devrait débuter en septembre. Cette fois l’annonce en a été faite, le 22 janvier 2020, par Christelle Ratignier-Carbonneil, depuis trois ans directrice générale adjointe de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). C’était sous les ors de l’Assemblée nationale, lors des premières auditions de la « mission d’information commune sur la réglementation et l’impact des différents usages du cannabis ».

« Septembre, c’est demain, c’est très proche », a fait observer la directrice générale adjointe, citée par l’AFP. Compte tenu de ce délai, l’ANSM envisage donc « plutôt d’avoir recours à des producteurs étrangers » pour fournir le cannabis nécessaire. Faut-il ici rappeler que la législation française interdit (actuellement) la culture des plants contenant des taux supérieurs à 0,2 % de THC ?

In ViVo et la Creuse bigrement intéressés

Pour autant la directrice générale adjointe ne néglige pas un certain pragmatisme surréaliste . « Si un producteur national est en capacité de répondre aux critères (…) , il pourra être retenu », a osé préciser Mme Ratignier-Carbonneil. Elle a même ajouré que « des réflexions sont actuellement en cours » entre, d’une part, le ministère des Solidarités et de la Santé et, de l’autre celui de l’Agriculture et de l’Alimentation pour permettre une production française. On attend ici, plus que celles d’Agnès Buzyn, les réflexions de Didier Guillaume toujours prolixe quand il s’agit de lutter contre les addictions et l’addictologie.

« Notre seul objectif reste la qualité des produits qui doivent être mis à la disposition des patients » a encore souligné la directrice générale adjointe. Et l’AFP de préciser que « malgré l’interdiction actuelle, InVivo, l’un des premiers groupes agricoles coopératifs français, a déposé une demande auprès de l’ANSM pour se « positionner sur le marché ». On sait aussi que le département de la Creuse est intéressé et qu’à Guéret le Premier ministre n’avait pas dit non. .

Pour un peu, on en rirait ? Ce serait oublier que l’expérimentation du cannabis « à usage médical » doit concerner trois mille personnes qui souffrent de maladies graves – certaines formes d’épilepsie, de douleurs neuropathiques, d’effets secondaires de chimiothérapie, de soins palliatifs ou de scléroses en plaques. Oublier que le cannabis sera consommé sous forme d’huile ou de fleurs séchées (« la voie fumée a été écartée à cause des effets nocifs de la combustion sur la santé »). Oublier que ce cannabis sera prescrit « en dernière intention » (a rappelé Mme Ratignier-Carbonneil). Oublier, enfin, que les patients concernés « pourront bénéficier du cannabis gratuitement ».

A demain @jynau

A l’attention des malades souffrants et des toxicomanes : la nouvelle donne du Tramadol®

Bonjour

C’est une nouvelle étape dans la politique de réduction des risques inhérents aux médicaments. Après avoir (enfin) obtenu le retour du paracétamol et de l’aspirine derrière le comptoir du pharmacien d’officine, le directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient de réussir à réduire la durée de prescription de la pléiade de spécialités contenant du tramadol :

BIODALGIC, CONTRAMAL, MONOALGIC, MONOCRIXO, OROZAMUDOL, TAKADOL, TOPALGIC, ZAMUDOL, ZUMALGIC et TRAMADOL GENERIQUESIXPRIM, ZALDIAR, TRAMADOL/PARACETAMOL GENERIQUES. SKUDEXUM.

Détail : en 2017, 6,8 millions de Français avaient consommé au moins une fois dans l’année l’une de ces spécialités.

On rappelle à cette occasion que le tramadol est indiqué uniquement indiqué « dans le traitement des douleurs modérées à intenses » mais qu’il « ne doit pas être prescrit dans le traitement de la migraine ». « Pour limiter le risque de dépendance, il doit être prescrit pendant la durée la plus courte possible, ajoute l’ANSM. Pour éviter un syndrome de sevrage, la posologie doit être diminuée progressivement avant l’arrêt du traitement. » Sans oublier qu’il « expose à des risques de convulsions ».

Décision : la durée maximale de prescription des médicaments contenant du tramadol est réduite de 12 mois à 3 mois. Elle sera applicable à compter du 15 avril 2020. Au-delà de 3 mois, la poursuite d’un traitement par tramadol (voie orale) nécessitera une nouvelle ordonnance.
 

Il s’agit ici de « limiter le mésusage » ainsi que les risques de dépendance. Cette mesure découle notamment des enseignements émergents de l’Etat des lieux sur la consommation des opioïdes et de la feuille de route 2019-2022 publiée par le Ministère de la Santé « Prévenir et agir face aux surdoses d’opioïdes ». 

Il s’agit surtout de (tenter de) lutter contre ce que montrent plusieurs enquêtes du réseau d’addictovigilance (CEIP-A). Le tramadol est ainsi devenu, en France le premier antalgique opioïde cité à la fois chez les usagers de drogue mais également dans la population générale pour le traitement de la douleur.

Les « usages problématiques » observés sont notamment une dépendance avec des signes de sevrage survenant même lors de prises à doses recommandées et sur une courte période – dépendance entraînant « une prise persistante par des patients qui ne présentent plus de douleur ». C’est aussi le premier antalgique impliqué dans les décès liés à la prise d’antalgiques, devant la morphine. C’est encore le deuxième antalgique le plus fréquemment retrouvé sur les ordonnances falsifiées présentées en pharmacie, derrière la codéine.

« Les médecins connaissent mal la molécule et les patients ne reconnaissent pas toujours les signes de dépendance  explique, dans Le Monde (Chloé Hecketsweiler) Nathalie Richard, directrice adjointe des médicaments antalgiques et stupéfiants à l’ANSM. Nous souhaitons débanaliser la prescription du Tramadol, notamment à la sortie de l’hôpital, où l’on donne souvent des ordonnances pré-imprimées aux patients. ».

La codéine et la poudre d’opium

« Certains patients présentent des symptômes de dépendance après seulement un mois » ajoute le Pr Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie et du centre de la douleur du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand. En outre, le sevrage est complexe, car le tramadol agit à la fois comme un antidouleur et un antidépresseur.»

Des prescriptions, donc, qui ne pourront plus être de douze mois mais de trois seulement. Sera-ce suffisant face à un mal national qui semble autrement plus profond ?

«Cette décision fait suite à un avis de 2019 de la commission des stupéfiants et psychotropes, nous a précisé le Pr Authier. L’alternative de mettre le tramadol en prescription sur ordonnancé sécurisée a été discuté mais pas retenue car cela aurait entraîné un report majeur des (primo)prescriptions d’antalgiques opioïdes vers la codéine et la poudre d’opium. Et donc une majoration des complications liées à ces deux molécules. Par ailleurs, passer les trois molécules sur ordonnances sécurisées risquait aussi de réduire significativement l’accès aux antidouleurs et provoquer une régression dans la prise en charge de la douleur en France.»

En revanche, il faudra selon lui probablement harmoniser cette mesure de limitation du renouvellement d’ordonnance à 3 mois à la codéine et à la poudre d’opium. Pour le Pr Authier cette mesure « rappelle la responsabilité du médecin, qui expose un patient à une substance potentiellement à risque de mésusage et pharmacodépendance, de réévaluer fréquemment la pertinence de ce traitement .»

Dont acte.

A demain @jynau