Le paquet de Marlboro® atteint les 10 euros : mais à combien est-il sur les marchés parallèles ?

Bonjour

C’est, souligne l’AFP, est une « barre symbolique ». Le prix du paquet de Marlboro Red® (marque de cigarettes toujours la plus vendue en France) atteindra les dix euros le 1er mars (une augmentation de 70 centimes). Publié au Journal officiel mardi 11 février, un arrêté ministériel daté du 31 janvier fixe les nouveaux prix.

Les Winston® passent à 9,60 euros (le leader du marché a donc répercuté la hausse de 50 centimes, et augmenté par la même occasion, sa marge de 10 à 20 centimes par paquet. Chez Japan Tobacco International, le prix des Camel® sans filtre passe à 9,80 euros contre 9,10 euros.

« Le paquet de Marlboro n’est toutefois pas le plus cher vendu dans l’Hexagone : les Gauloises® brunes de Seita (filiale française du britannique Imperial Brands), qui coûtaient déjà 10 euros depuis le 1er novembre, passent à 10,60 euros, et les Gitanes® brunes à 11 euros, contre 10,50 euros auparavant » observe l’AFP.

Marché de dupes ? Il faut ici savoir que les géants de Big Tobacco fixent librement leurs prix de vente, mais l’Etat peut inciter à des augmentations en faisant varier les taxes (qui représentent …. plus de 80 % du prix de vente). Chaque fabricant décide ensuite de maintenir, rogner ou augmenter ses marges, en fonction de la concurrence et de sa politique de prix. Sans aucun souci, bien évidemment, de la santé publique.

C’est devenu une antienne politique et médiatique : après l’élection présidentielle de mai 2017, le gouvernement a mis fin à quatre ans de stabilité des prix, relevant nettement les taxes pour faire passer le prix du paquet aux alentours de 8 euros le 1er mars 2018, et procédant depuis à deux hausses annuelles de 50 centimes, programmées l’une en mars, l’autre en novembre – et ce dans le « but affiché » de réduire la consommation de tabac.

Le vapotage a fait ses preuves en termes de réduction des risques tabagiques

De fait ces hausses de prix ont officiellement fait chuter les ventes : de 9,32 % en 2018 et de 7,2 % l’an dernier. Mais ce n’est là qu’un affichage savamment distillé. Selon Big Tobacco ce renforcement de la fiscalité a pour premier et principal effet de faire exploser le marché parallèle. Comme le prouvent « des saisies douanières de tabac illicite de plus en plus nombreuses », explique à l’AFP, Pascal Marbois, directeur des affaires publiques de British American Tobacco France (Lucky Strike® Bleu Classic, Winfield Rouge®).

« La France continue de faire cavalier seul avec une politique de choc de taxes déconnectée des pays voisins », estime M. Marbois. Il appelle « les autorités à une politique plus pragmatique axée sur la réduction des risques et la promotion du vapotage » qui « a fait ses preuves en termes d’alternative au tabagisme ».

Du côté des antitabac radicalisés on applaudit à l’augmentation gouvernementale des prix – sans jamais s’intéresser aux coulisses du marché parallèle. On oublie aussi le rôle majeur du recours à la cigarette électronique – un outil essentiel de la réduction des risques tabagiques mais qui continue à être absent du discours sanitaire officiel. Où l’on en arrive à ce paradoxe qui voit Big Tobacco donner des leçons de santé publique à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

Chute de la dépêche de l’AFP : première cause de « mortalité évitable », le tabac tue prématurément, chaque année, environ 75 000 Français.

A demain @jynau

Après l'injure socialiste faite aux alcooliques : William Lowenstein réplique à Olivier Faure

Bonjour

Nous publions ci-dessous le texte que nous adressé le Dr William Lowenstein, interniste et addictologue, président de SOS Addictions en réponse aux propos tenus sur France Inter par Olivier Faure, Premier Secrétaire du Part Socialiste, sur les « alccoliques anobymes ».

« Les mois se suivent et tristement se ressemblent, en France, quant à  notre retard culturel dans le champ de la Santé des Addictions. Nous avions eu le veto présidentiel du Dry January – sous pression du lobby alcoolier. Nous avons, en ce premier dimanche de février,  sous pression médiatique, le mépris du Secrétaire Général du Parti Socialiste (ou de ce qui reste de ce dernier) envers celles et ceux qui aident les personnes confrontées à cette maladie qu’est la dépendance à l’alcool. 

« Bonjour, je m’appelle Olivier, j’ai vécu mon enfance à La Réunion et pourtant je ne connais rien au SAF (syndrome d’alcoolisation fœtale) qui y sévit et dont les connaissances des méfaits tardifs sont largement encore sous-estimés…. »  aurait pu aujourd’hui déclarer Mr Olivier Faure sur l’antenne de France Inter.

Nullement. Mr. Faure a préféré traiter deux ministres d’« alcooliques anonymes »… ! Comment peut-on l’interpréter ? Faut-il voir là un symptôme de connaissances assez limitées ? Un déficit empathique et de respect compassionnel envers les citoyens que le Premier Secrétaire du Part Socialiste prétend vouloir éclairer, faute de pouvoir les gouverner ? 

« Un conseil Mr Faure, relisez (je ne doute pas que vous l’ayez déjà lu) Joseph Kessel en général – et tout particulièrement son « Avec les Alcooliques Anonymes » (Gallimard, Folio). Vous y comprendrez sans doute que la fraternité et l’égalité valent toujours infiniment mieux, en démocratie, que l’injure et les sales marécages d’un humour vaseux ».

A demain @jynau

Toxicomanie : en Suisse, soigner avec de l’héroïne pharmaceutique administrée par voie nasale

Bonjour

Question à mille francs : pourquoi la petite Suisse est-elle à ce point en avance sur la France quant la politique de réduction des risques ? Depuis un quart de siècle la prescription de diacétylmorphine (DAM ou « héroïne pharmaceutique ») fait partie de l’offre thérapeutique ordinaire comme alternative en cas de non-réponse au traitement agoniste opioïde classique.

En Suisse, 8% des personnes devenues gravement dépendantes à l’héroïne sont aisi soignée. Dispensé dans des centres spécialisés, le traitement consiste en l’administration (strictement réglementée et contrôlée) de diacétylmorphine – et ce dans le cadre d’un suivi médical et psychosocial. Il a été expérimenté pour la première fois en Suisse en 1994, dans le cadre d’une étude de cohorte. Et au vu des résultats positifs obtenus, il s’est imposé en tant que mesure thérapeutique. Mieux encore : il  a été inscrit dans la loi sur les stupéfiants en 2011. En 2016 environ 1.600 personnes dépendantes ont suivi un tel traitement dans vingt-et-un centres ambulatoires spécialisés et un centre pénitentier.

Pour autant – et bien que la forme galénique intraveineuse ait été complétée par des comprimés à libération immédiate et à libération prolongée-  une partie du « public cible » n’est pas atteinte. « En premier lieu, il existe souvent de graves lésions veineuses dues à la prise sur le long terme de substances issues du marché noir, peut-on lire dans le dernier numéro de la Revue Médicale Suisse (15 janvier 2020) 1. Certaines personnes s’injectent par voie intramusculaire, ce qui ne produit pas les mêmes effets qu’une injection intraveineuse: diffusion plus lente, effet moindre, et différé. D’autres personnes injectent dans des zones à haut risque comme la veine fémorale commune. Globalement, ces deux options ne sont médicalement pas adaptées. »

Les auteurs ajoutent que l’incidence de la bronchopathie chronique obstructive (BPCO) augmente en raison des années d’exposition à la fumée de tabac ou à d’autres substances. « Lors de l’injection d’opioïdes, une désaturation en oxygène peut alors survenir plus rapidement, expliquent-ils. Le passage aux comprimés n’est souvent pas satisfaisant en raison de l’absence d’effet « flash », avec le risque très important d’un retour à l’héroïne intraveineuse non médicale. »

L’exécutif français allergique à la réduction des risques

Enfin, un troisième groupe d’usagers ne consomme ni par voie intraveineuse ni par voie orale, mais en sniff. L’héroïne inhalée a une diffusion dans l’organisme plus lente que par voie intraveineuse, mais plus rapide que par voie orale, avec un effet subjectif de high. Si la recherche de cet effet est au premier plan, la prescription de comprimés sera perçue comme peu attractive.

C’est dans ce contexte que des médecins du programme HegeBe (pour « Heroin gestützte Behandlung ») ont donc exploré la possibilité d’une administration intranasale de la DAM. L’inhalation de comprimés pilés est exclue en raison des excipients potentiellement nocifs. Une autre solution est envisagée: l’administration à l’aide d’un nébuliseur. « Ce traitement devrait être offert dans le cadre d’une étude observationnelle multicentrique » préccisent les Drs Marc Vogel et Hannes Strasser.

Les médecins du programme HegeBe espèrent les effets suivants: réduction des dommages par rapport aux injections intramusculaires ou intraveineuses inguinales, meilleure tolérance chez les personnes souffrant d’une BPCO, acceptabilité du traitement plus élevée qu’avec les comprimés pour le sous-groupe des personnes consommatrices par voie inhalée. Les résultats préliminaires sont attendus courant 2020.

Est-ce la Suisse qui est en avance dans la prise en charge de ces grands malades ? Ou est-ce la France qui tarde ?

« La France ? Léon Schwartzenberg devint le ministre de la Santé le plus éphémère … quand il évoqua la possibilité en France des traitements par DAM se souvient le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Aujourd’hui, de Liverpool à Liège, de l’Allemagne à la Suisse, nous ne manquons ni de recul, ni de travaux sur ce que peut apporter ‘’l’héroïne médicalisée’’ dans des indications précises – notamment après échec méthadone ou buprenorphine. Mais qui lit encore ce raport de l’Inserm ? C’est le même problème que les salles de consommation à moindre risque, le cannabis thérapeutique, la e-cigarette : il nous faut franchir nos résistances, nos morales (françaises) pour pouvoir développer l’accès aux stratégies de réduction des risques …. »

Dépassons la morale, allons jusqu’à l’éthique politique. Qui, au sein de l’exécutif français, s’intéresse encore au beau concept de réduction des risques ?

A demain @jynau

1 «Vers une homologation de l’héroïne pharmaceutique par voie inhélée : un projet pilote », Marc Vogel (Services psychiatriques de Thurgovie, Muensterlingen, Marc.Vogel@stgag.ch) et Hannes Strasser (Cliniques universitaires psychiatriques, Bâle, Hannes.Strasser@upk.ch ).

Cannabis-Urgent : recherche un bon producteur français (s’adresser à l’Agence du médicament)

Bonjour

Pour un peu on en rirait. Résumons. Régulièrement annoncée l’expérimentation (officielle) du cannabis thérapeutique en France devrait débuter en septembre. Cette fois l’annonce en a été faite, le 22 janvier 2020, par Christelle Ratignier-Carbonneil, depuis trois ans directrice générale adjointe de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). C’était sous les ors de l’Assemblée nationale, lors des premières auditions de la « mission d’information commune sur la réglementation et l’impact des différents usages du cannabis ».

« Septembre, c’est demain, c’est très proche », a fait observer la directrice générale adjointe, citée par l’AFP. Compte tenu de ce délai, l’ANSM envisage donc « plutôt d’avoir recours à des producteurs étrangers » pour fournir le cannabis nécessaire. Faut-il ici rappeler que la législation française interdit (actuellement) la culture des plants contenant des taux supérieurs à 0,2 % de THC ?

In ViVo et la Creuse bigrement intéressés

Pour autant la directrice générale adjointe ne néglige pas un certain pragmatisme surréaliste . « Si un producteur national est en capacité de répondre aux critères (…) , il pourra être retenu », a osé préciser Mme Ratignier-Carbonneil. Elle a même ajouré que « des réflexions sont actuellement en cours » entre, d’une part, le ministère des Solidarités et de la Santé et, de l’autre celui de l’Agriculture et de l’Alimentation pour permettre une production française. On attend ici, plus que celles d’Agnès Buzyn, les réflexions de Didier Guillaume toujours prolixe quand il s’agit de lutter contre les addictions et l’addictologie.

« Notre seul objectif reste la qualité des produits qui doivent être mis à la disposition des patients » a encore souligné la directrice générale adjointe. Et l’AFP de préciser que « malgré l’interdiction actuelle, InVivo, l’un des premiers groupes agricoles coopératifs français, a déposé une demande auprès de l’ANSM pour se « positionner sur le marché ». On sait aussi que le département de la Creuse est intéressé et qu’à Guéret le Premier ministre n’avait pas dit non. .

Pour un peu, on en rirait ? Ce serait oublier que l’expérimentation du cannabis « à usage médical » doit concerner trois mille personnes qui souffrent de maladies graves – certaines formes d’épilepsie, de douleurs neuropathiques, d’effets secondaires de chimiothérapie, de soins palliatifs ou de scléroses en plaques. Oublier que le cannabis sera consommé sous forme d’huile ou de fleurs séchées (« la voie fumée a été écartée à cause des effets nocifs de la combustion sur la santé »). Oublier que ce cannabis sera prescrit « en dernière intention » (a rappelé Mme Ratignier-Carbonneil). Oublier, enfin, que les patients concernés « pourront bénéficier du cannabis gratuitement ».

A demain @jynau

A l’attention des malades souffrants et des toxicomanes : la nouvelle donne du Tramadol®

Bonjour

C’est une nouvelle étape dans la politique de réduction des risques inhérents aux médicaments. Après avoir (enfin) obtenu le retour du paracétamol et de l’aspirine derrière le comptoir du pharmacien d’officine, le directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient de réussir à réduire la durée de prescription de la pléiade de spécialités contenant du tramadol :

BIODALGIC, CONTRAMAL, MONOALGIC, MONOCRIXO, OROZAMUDOL, TAKADOL, TOPALGIC, ZAMUDOL, ZUMALGIC et TRAMADOL GENERIQUESIXPRIM, ZALDIAR, TRAMADOL/PARACETAMOL GENERIQUES. SKUDEXUM.

Détail : en 2017, 6,8 millions de Français avaient consommé au moins une fois dans l’année l’une de ces spécialités.

On rappelle à cette occasion que le tramadol est indiqué uniquement indiqué « dans le traitement des douleurs modérées à intenses » mais qu’il « ne doit pas être prescrit dans le traitement de la migraine ». « Pour limiter le risque de dépendance, il doit être prescrit pendant la durée la plus courte possible, ajoute l’ANSM. Pour éviter un syndrome de sevrage, la posologie doit être diminuée progressivement avant l’arrêt du traitement. » Sans oublier qu’il « expose à des risques de convulsions ».

Décision : la durée maximale de prescription des médicaments contenant du tramadol est réduite de 12 mois à 3 mois. Elle sera applicable à compter du 15 avril 2020. Au-delà de 3 mois, la poursuite d’un traitement par tramadol (voie orale) nécessitera une nouvelle ordonnance.
 

Il s’agit ici de « limiter le mésusage » ainsi que les risques de dépendance. Cette mesure découle notamment des enseignements émergents de l’Etat des lieux sur la consommation des opioïdes et de la feuille de route 2019-2022 publiée par le Ministère de la Santé « Prévenir et agir face aux surdoses d’opioïdes ». 

Il s’agit surtout de (tenter de) lutter contre ce que montrent plusieurs enquêtes du réseau d’addictovigilance (CEIP-A). Le tramadol est ainsi devenu, en France le premier antalgique opioïde cité à la fois chez les usagers de drogue mais également dans la population générale pour le traitement de la douleur.

Les « usages problématiques » observés sont notamment une dépendance avec des signes de sevrage survenant même lors de prises à doses recommandées et sur une courte période – dépendance entraînant « une prise persistante par des patients qui ne présentent plus de douleur ». C’est aussi le premier antalgique impliqué dans les décès liés à la prise d’antalgiques, devant la morphine. C’est encore le deuxième antalgique le plus fréquemment retrouvé sur les ordonnances falsifiées présentées en pharmacie, derrière la codéine.

« Les médecins connaissent mal la molécule et les patients ne reconnaissent pas toujours les signes de dépendance  explique, dans Le Monde (Chloé Hecketsweiler) Nathalie Richard, directrice adjointe des médicaments antalgiques et stupéfiants à l’ANSM. Nous souhaitons débanaliser la prescription du Tramadol, notamment à la sortie de l’hôpital, où l’on donne souvent des ordonnances pré-imprimées aux patients. ».

La codéine et la poudre d’opium

« Certains patients présentent des symptômes de dépendance après seulement un mois » ajoute le Pr Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie et du centre de la douleur du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand. En outre, le sevrage est complexe, car le tramadol agit à la fois comme un antidouleur et un antidépresseur.»

Des prescriptions, donc, qui ne pourront plus être de douze mois mais de trois seulement. Sera-ce suffisant face à un mal national qui semble autrement plus profond ?

«Cette décision fait suite à un avis de 2019 de la commission des stupéfiants et psychotropes, nous a précisé le Pr Authier. L’alternative de mettre le tramadol en prescription sur ordonnancé sécurisée a été discuté mais pas retenue car cela aurait entraîné un report majeur des (primo)prescriptions d’antalgiques opioïdes vers la codéine et la poudre d’opium. Et donc une majoration des complications liées à ces deux molécules. Par ailleurs, passer les trois molécules sur ordonnances sécurisées risquait aussi de réduire significativement l’accès aux antidouleurs et provoquer une régression dans la prise en charge de la douleur en France.»

En revanche, il faudra selon lui probablement harmoniser cette mesure de limitation du renouvellement d’ordonnance à 3 mois à la codéine et à la poudre d’opium. Pour le Pr Authier cette mesure « rappelle la responsabilité du médecin, qui expose un patient à une substance potentiellement à risque de mésusage et pharmacodépendance, de réévaluer fréquemment la pertinence de ce traitement .»

Dont acte.

A demain @jynau

Alerte : le «kratom» est désormais une drogue (feuilles, extraits, poudres, liquides, résines) !

Bonjour

On l’ignorait. On ne le pourra plus. Le « kratom » (Mitragyna speciosa) est une espèce d’arbre d’Asie du Sud-Est. Ses feuilles sont dotée d’effets psychoactifs – effets dus aux nombreux alcaloïdes qu’elle contiennent, notamment la mitragynine et la 7-hydroxymitragynine, actifs sur les récepteurs opioïdes (récepteurs de la morphine).
 
Proposée à la consommation la substance se présente sous forme de feuilles broyées, de poudres, d’extraits secs ou liquides, de résines, plus ou moins concentrés, majoritairement consommés par voie orale. Et ce, nous dit-on, « principalement chez des hommes âgés en moyenne d’une trentaine d’années et obtenus via Internet ». Sa consommation à des fins dites « récréatives » est également en augmentation dans le monde, en particulier aux Etats-Unis où plusieurs dizaines de décès ont été récemment rapportés par la FDA en lien avec la prise de kratom.

Dépendance, sevrage, anorexie, décompensation psychotique etc.

En France cette consommation va devenir plus difficile -et le produit retrouver les circuits des mafias. Un arrêté du 23 décembre 2019  modifiant l’arrêté du 22 février 1990 l’a inscrit sur la liste des psychotropes – et ce « compte tenu des risques graves pour la santé liés à la consommation de cette plante ». Conséquence, leur détention et leur achat sont maintenant interdits. Plus précisément ce sont la mitragynine et la 7-hydroxymitragynine qui ont été inscrits sur la liste des substances psychotropes, « sur proposition du Directeur général de l’ANSM ».

« Cette mesure, explique l’Agence nationale française de sécurité du médicament fait suite aux résultats d’une enquête confiée par cette agence au réseau national d’addictovigilance (CEIP-A) sur la période 2007-2018. Elle a rapporté vingt cas de consommations de kratom avec une augmentation du nombre d’intoxications ces dernières années (14 cas depuis 2016), à l’origine de dépendance, de syndrome de sevrage, d’anorexie, de perte de poids, d’une décompensation psychotique et d’une hépatite toxique. Un décès a également été signalé dans un contexte de polyconsommation de drogues et médicaments. »

Désormais tous les professionnels de santé doivent déclarer tout cas grave d’abus, de dépendance ou d’usage détourné sur le site signalement-sante.gouv.fr ; et se rapprocher du centre d’addictovigilance (CEIP-A) de leur secteur géographique pour toute information complémentaire.

Se souvenir : « kratom ».

A demain @jynau

Mourir de la e-cigarette ? La vérité sur la «maladie sans nom» est publiquement dévoilée

Bonjour

Le rideau est enfin levé; un nom nous est donné. Spécialistes et observateurs affûtés le pressentaient mais l’affaire peut enfin être expliquée au plus grand nombre comme, fort heureusement  aujourd’hui dans les colonnes du  Figaro (Cécile Thibert).

Le contexte : depuis le début de l’été, les États-Unis font face à une épidémie sans précédent de cas d’atteintes pulmonaires graves et atypiques, parfois mortelles. Selon les derniers chiffres publiés par les CDC américains (Centers for disease control and prevention), 54 personnes sont décédées et on recense 2506 hospitalisations. « L’arme du crime ? La cigarette électronique. Ou plutôt, ce que les utilisateurs ont mis dedans » résume Le Figaro. C’est ainsi que la « maladies sans nom » du départ est désormais étrangement désignée : « E-cigarette, or vaping, product use associated lung injury » (EVALI). Une pathologie américaine  pour laquelle toutes les données disponibles sont dans le (toujours) prestigieux  New England Journal of Medicine.

« D’après cette étude, financée par les institutions sanitaires américaines, ces cas d’atteintes pulmonaires seraient liés à des liquides de vapotage achetés sur le marché noir et coupés avec de l’acétate de vitamine E, une substance potentiellement nocive, résume Le Figaro. les fluides pulmonaires de 51 autres patients ont été analysés: 94% contenaient de l’acétate de vitamine E à un niveau détectable. La quasi-totalité des échantillons n’ont pas révélé la présence d’autres substances toxiques. En parallèle, les scientifiques ont analysé les fluides de 99 personnes en bonne santé, dont 18 vapoteurs. Aucun ne contenait d’acétate de vitamine E. »

Exécutif allergique à la réduction des risques

Ce travail conforte pleinement l’hypothèse officielle des autorités sanitaires américaines. Début novembre, ces dernières avaient annoncé avoir retrouvé de l’acétate de vitamine E dans la totalité des échantillons de fluides pulmonaires prélevés sur 29 victimes. Cette substance est habituellement utilisée dans les produits cosmétiques ou en tant que complément alimentaire. Aucun danger. Mais quid de son inhalation ? On dispose désormais de la réponse à la question – sans connaître encore pleinement l’intimité de la cascade physiopathologique (altération directe des cellules pulmonaires par l’acétate ou via un gaz toxique produit lors du chauffage de la e-cigarette). Plusieurs études sont en cours (notamment chez l’animal) pour décrypter le sujet.

Dr Anne Schuchat, directrice adjointe des CDC :  «Compte-tenu de tous ces résultats, nous pouvons conclure que cette épidémie explosive de cas d’atteintes pulmonaires peut être attribuée à l’exposition à des produits de vapotage contenant du THC, qui contiennent également de l’acétate de vitamine E. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’autres substances dans la cigarette électronique ou dans les produits de vapotage qui ne provoquent pas d’atteintes pulmonaires. »

Aucun cas d’EEVALI en France. Où, après une vague de désinformations coupables, l’on comprend que la cigarette électronique n’est pas la cause mais, le cas échéant, le vecteur. Où l’on peut, aussi de féliciter de la récente mise au point éclairée de la vieille Académie nationale de médecine :

« Il ne faut pas accuser le contenant d’être nocif alors que c’est le contenu qui est en réalité nocif et responsable de l’alerte américaine. En France, nombre de fumeurs qui s’apprêtaient à passer à la vaporette au lieu du tabac ne doivent pas hésiter puisque l’HAS en a fait un produit utile à l’arrêt du tabac et qui a fait ses preuves. »

Un Académie aussitôt méchamment attaquée par les militants radicaux d’Alliance contre le tabac. Où l’on mesure, une nouvelle fois, la somme des énergies dont il faut disposer pour œuvrer dans le vaste champ de la réduction des risques – a fortiori quand le pouvoir exécutif s’y révèle, comme souvent aujourd’hui en France, radicalement allergique.

A demain @jynau