Cannabis : sur BFM-TV, la gauche socialiste en est restée aux questions de boutiquiers

 

Bonjour

Sympathique, le clown sympathique a assuré : « Oui j’en ai fumé… » Rires dans l’assemblée… « Mais pas ce soir… » Applaudissements dans les travées…. Le clown a pour fonction de faire redescendre la pression et Jean-Luc Bennahmias, décravaté, Vert aux yeux bleus délavés, y excelle.  M. Behnamias avait quatorze ans en 1968. Ancien  du Parti socialiste unifié (PSU) sans oublier la Ligue communiste il fut journaliste avant de s’exercer à la politique centriste et écologiste. C’est dire si on lui pardonne tout, et le reste. Il fait partie de la famille sans vraiment en être. Il fait le clown, aussi, pour y être admis, fût-ce sur une banquette.

Le cannabis ? On ne saura pas si les six autres candidats à la primaire en ont tâté. Encore trop risqué d’avouer, en 2017 et en France, quand on postule au poste suprême. Dimanche 15 janvier, sur BFMTV, on en est donc resté aux questions de boutiquiers qui, depuis l’adolescence de M. Bennahmias, déchirent les gauches françaises. Deux camps en présence avec un seul point fixe : Manuel Valls qui prône, crânement, les valeurs de l’interdit. Pour le reste c’est le ballet de la dépénalisation/légalisation, de la mainmise de l’Etat ou pas, de la vente en pharmacie ou dans les bureaux de tabac, de la commercialisation associée à la prévention de la consommation…

Trafics asséchés

On retiendra ce mot de Sylvia Pinel, envoyée à 39 ans sous la mitraille par la direction du PRG : « La vente de cannabis doit être encadrée pour assécher les trafics ».  Les dealers au rang des marais, en somme. François Henri Goullet de Rugy, ancien écologiste devenu socialiste et vice-président de l’Assemblée nationale : « On n’imagine pas une seconde de la prohibition sur le tabac et l’alcool (…) Dans les bureaux de tabac, on trouve tout ce qu’il faut pour faire un joint, sauf le cannabis ».

Benoît Hamon , né en 1967 : « Il faut légaliser la distribution de cannabis et mettre les moyens sur la prévention (…) Le cannabis peut conduire à des addictions extrêmement graves (…) ». Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education nationale (mai 2012-mars 2014) que l’on connut plus vaillant se borne à proposer un « débat sur la dépénalisation du cannabis avec les Français, en écoutant les personnels de santé et de sécurité ».

Hypocrisie psychoactive

Et puis Arnaud Montebourg. Il avait six ans en 1968. Aujourd’hui il botte en touche : « Ce n’est pas aux politiques publiques d’autoriser la consommation de produits nocifs (…) Je pense inutile que l’élection présidentielle se déroule autour d’un sujet de cette nature. »

On en restera là. Rien sur la réduction des risques et, au final la consommation massive d’un produit illicite considérée comme une fatalité. Aucune question sociologique et médicale sur les raisons qui, en amont, font que l’on en vient à fumer cette substance psychoactive. Aucune interrogation sur le fait que la consommation française est la plus importante du Vieux Continent. Est-ce l’offre qui nourrit la demande ? Serait-ce l’inverse ? Pourquoi fume-t-on… ? Pourquoi ce besoin de planer? Quand et chez qui survient le danger ? Non: la seule question : comment faire avec l’existant.

On rit quand Jean-Luc Bennahmias dénonça « 40 ans d’hypocrisie » face à ces « millions » de Français qui en ont déjà fumé. Et on rit de plus belle quand le clown fit mine de s’agacer : « La police a autre chose à faire que de s’occuper de petits dealers et de petits fumeurs ! ». Sacré Bennahmias… La pression redescendait. Le spectacle allait bientôt s’achever.

A demain

Cannabis en vente demain chez les buralistes ? Surprises à venir dans le champ politique

 

Bonjour

Les gazettes sont devenues allergiques aux sondages politiques. Cela n’interdit pas les sociétaux- à commencer par le cannabis qui assure toujours de bonnes recettes médiatiques. Aujourd’hui c’est le site Atlantico qui, avec la complicité de l’Ifop, a cédé à la tentation. Ses résultats, repris par l’AFP, ne manqueront pas d’étonner. La proportion de Français favorables à la dépénalisation de sa consommation ne cesse d’augmenter. Et elle atteint désormais 43 % des citoyens en âge de voter.

Ce chiffre est en hausse constante : avril 2016 (41 %) contre 30% en 2012 et 26% en 1996. « En 2017, la moitié des moins de 35 ans sont favorables à la dépénalisation du cannabis, résume l’AFP. Entre juin 2011 et janvier 2017, il y a eu très peu d’évolution chez les plus jeunes et les plus vieux, mais l’étude montre qu’il y a une progression chez les classes d’âge intermédiaires vers l’adhésion à la dépénalisation (+ 13 points pour les 35-49 ans et + 14 points pour 50-64 ans).

Déchirements socialistes

Le temps passant, l’attirance pour le THC apparaît moins un marqueur de l’âge que des opinions politiques.   « Nous pouvons constater une adhésion très forte à la dépénalisation chez les proches du Front de gauche (69 %) et des écologistes tandis que l’électorat PS (50 %) est coupé en deux, explique Jérôme Fouquet, directeur du département opinion publique à l’Ifop. Par ailleurs, les personnes proches de la droite et du centre sont majoritairement contre la dépénalisation du cannabis, l’électorat FN (42 %) est plutôt contre mais moins opposé que les partisans de droite. »

Faut-il rappeler que l’usage du cannabis come des autres stupéfiants illicite est, en vertu de la loi du 31 décembre 1970, passible d’un an d’emprisonnement et/ou d’une amende de 3 750 euros ? Que 17 millions de personnes ont, en France, déjà expérimenté ses effets sur leur état de conscience ? Que près de 1,5 million de personnes en consomment au moins dix fois par mois (chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies) ?

Droit de l’homme

L’homme libre a-t-il le droit de consommer des drogues ? La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’est prononcée il y a quelques semaines sur ce sujet philosophique. Comme on peut le découvrir ici dans son rapport « Usages de drogues et droits de l’homme ».  Et la réponse est plutôt oui :

 « Une troisième alternative, qui trouve un certain écho en France, vise à  ouvrir un accès légal, mais restreint et contrôlé par l’Etat aux produits cannabiques,  sur le modèle de ce qui a été mis en place en Uruguay. Le récent rapport du  laboratoire d’idées Terra Nova préconise même de confier la vente de cannabis  à des détaillants agréés par une autorité de régulation spécialement créée,  l’Autorité de Régulation du CAnnabis (ARCA), dans « le réseau des débitants de tabac, celui des officines pharmaceutiques ou un nouveau réseau de magasins».

 « Comme pour le tabac, la commercialisation devrait alors être soumise à une interdiction aux mineurs, des « avertissements sanitaires et un packaging neutre», ainsi qu’à « une interdiction de la consommation dans les lieux à usage collectif  et de travail clos et couverts ». Quant à la production, elle « pourrait soit se faire par des agriculteurs français autorisés par des licences du ministère de l’agriculture, soit par des entreprises étrangères», avec un dosage en THC (delta-9-tétrahydrocannabinol) limité. »

Cannabis de la Sarthe

Dépénaliser le cannabis ? Restons au centre global de l’échiquier :

On imagine mal François Fillon accepter les champs de marijuana jouxtant son manoir sarthois. Jusqu’ici Manuel Valls ne voulait pas en entendre parler : « J’ai la conviction, comme le président de la République, que toute société doit savoir fixer des interdits. Je crois que la consommation du cannabis, parce qu’elle a un impact sur la santé publique, doit en rester un », avait-il déclaré le 13 avril 2016. Une porte fermée qui n’a pas empêché le débat de revenir par la fenêtre.

Marisol Touraine ? La ministre de la Santé, s’est dernièrement prononcée favorable non pas à la dépénalisation, mais à « la tenue d’un débat sur la nature de la sanction » assortie à la consommation de cannabis.

Emmanuel Macron ? Dans son ouvrage « Révolution » (XO Editions, 17,90 euros) l’ancien secrétaire général-adjoint de l’Elysée écrit : « je plaide pour une dépénalisation de la détention en petite quantité du cannabis afin de désengorger les tribunaux ». C’est terriblement jésuite, un brin hypocrite – et radicalement flou sur la quantité. On réclame un trébuchet.

A demain

Stilnox®: trente ans après sa mise sur le marché il devient, officiellement, un «stupéfiant»

 

Bonjour

Zolpidem, mieux connu des insomniaques sous le nom de marque Stilnox® de la firme Sanofi-Aventis. Commercialisé depuis trente ans. Vient (enfin) d’être classé parmi les stupéfiants : dans 90 jours, les prescriptions de zolpidem devront se faire sur ordonnances sécurisées. Pourquoi ?  Pour « réduire le mésusage de cette molécule ». Pourquoi si tard ?

Le zolpidem est un sédatifhypnotique de la classe des imidazopyridines. C’est un somnifère puissant qui ne devrait être prescrit uniquement en cas d’insomnies sévères transitoire. Il est classé parmi les psychotropes qui sont bien connus pour faire l’objet « d’abus »  de nature à induire ou faciliter  une toxicomanie. En France le Stilnox® et ses génériques font l’objet d’un suivi renforcé en raison de leurs utilisations détournées (quête de ses effets secondaires à type d’hallucinations et/ou d’euphorie), C’est aussi l’hypnotique le plus prescrit en France.

Campagne médiatique percutante…

En 2014 la Commission de la Transparence de la Haute Autorité de Santé mettait en garde mais ne touchait à rien. Elle écrivait ceci :

« Le service médical rendu des spécialités Stilnox® et génériques est faible dans le traitement des « troubles sévères du sommeil dans les cas suivants : insomnie occasionnelle, insomnie transitoire. » Recommandations La Commission donne un avis favorable au maintien de l’inscription sur la liste des spécialités remboursables aux assurés sociaux dans l’indication « troubles sévères du sommeil dans les cas suivants : insomnie occasionnelle, insomnie transitoire. ».

« La Commission recommande : – une meilleure information du public sur les risques de l’utilisation chronique de ces médicaments et sur leur bon usage par la mise en œuvre d’une campagne médiatique percutante et répétée à destination du grand public, – de renforcer la formation initiale et continue des professionnels de santé sur le bon usage des benzodiazépines et leurs modalités d’arrêt, – de développer l’usage et l’accès aux prises en charge non médicamenteuses (thérapies cognitivo-comportementales), – de soutenir les mesures qui pourront être préconisées par l’ANSM, dans le cadre de ses missions pouvant permettre une meilleure utilisation de ces produits. »

Usage toxicomaniaque

« Campagne médiatique percutante» ? Qui s’en souvient d’avoir été percuté ?   Des centaines de millions de boîtes de Stilnox® /zolpidem) ont été été vendues en France. Plus de 11 millions de Français en auraient consommé au moins une fois.  « Des personnes se sont retrouvées accros malgré elles », explique le Dr William Lowenstein, président de SOS addictions, cité par Le Monde. Des toxicomanes font aussi différents usages de cette spécialité pharmaceutique. Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre national des pharmaciens aimerait voir cette décision sanitaire étendue aux médicaments voisins de la famille des benzodiazépines. « Moins les Français prendront ce type de médicament mieux ils se porteront », affirme-t-elle.

Mme Adenot parle d’or. Question : pourquoi tant de Français sont-ils mal au point d’en prendre si souvent – sur prescription médicale ?

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1 « Arrêté du 7 janvier 2017 portant application d’une partie de la réglementation des stupéfiants »

 

Cannabis : Marseille et ses quartiers gangrenés réclament à Paris une «légalisation contrôlée»

 

Bonjour

Qu’en aurait dit Gaston Deferre ? On attend une réponse de MM. Mélenchon, Fillon et Macron. C’est une tribune originale publiée ce 8 janvier par le Journal du Dimanche : « Cannabis : 150 personnalités marseillaises demandent la « légalisation contrôlée » ». Première personnalité : Patrick Mennucci, député socialiste et membre du parti depuis 1969.

Que nous disent les signataires, parmi lesquels plusieurs médecins, soignants et le Dr Béatrice Stambul, présidente d’honneur de l’Association Française de Réduction des Risques? Que la prohibition du cannabis est directement responsable, à Marseille, de réseaux, de trafics très organisés, qui brassent des sommes considérables et gangrènent de nombreux quartiers. Les règlements de comptes (2014 : 15 faits, 10 décès, 2015 : 13 faits, 14 décès, 2016 : 34 décès) sont très majoritairement liés au trafic de cannabis. 20% de l’activité policière concerne le trafic de cannabis (9.095 procédures pour infraction à la législation sur les stupéfiants en 2015, à 90% pour le cannabis, contre 6.808 en 2012, soit une augmentation de 25%). Et encore :

Caisses de l’Etat

« Nous, Marseillais, conscients du désastre que cause le trafic dans notre ville, appelons aujourd’hui à une légalisation contrôlée de la production, de la vente et de la consommation, telle qu’elle existe déjà dans plusieurs pays, comme la solution raisonnée que nous devons choisir.

« La fin de la prohibition aurait de nombreux effets positifs : la fin des réseaux mafieux qui prospèrent sur l’interdit, et qui tuent ; les économies substantielles qui bénéficieront à notre économie ; une taxation légitime sur la vente qui ferait rentrer de l’argent dans les caisses de l’État ; la réorientation de l’activité de la police et de la justice vers d’autres actions de sécurité ; l’amélioration de la santé des jeunes consommateurs parfois piégés dans un usage nocif ou une dépendance, et une vraie politique de prévention qui serait connexe à la légalisation ; la sortie de l’exclusion et une amélioration de la citoyenneté des personnes qui consomment et que la criminalisation de leur comportement rejette dans l’illégalité ; une organisation nouvelle de la production qui créera des emplois dans l’agriculture. »

French Connection

La nouveauté est moins dans l’expression des arguments généraux en faveur de la légalisation que dans le fait que cette tribune soit marseillaise. Et ce près d’un demi-siècle après le démantèlement de la French Connection.

« Il est temps d’agir, concluent les auteurs de la tribune (qui ne disent rien sur les raisons qui font que l’on consomme tant dans leur ville).  Marseille souffre des dommages causés par la prohibition du cannabis. Nous voulons porter le changement et appeler à une politique plus efficace et plus humaine. C’est pourquoi nous lançons de Marseille cet appel à la France, pour que, dans la période électorale qui arrive, le débat sur la légalisation du cannabis soit ouvert. »

L’histoire montre qu’il faut toujours écouter Marseille quand Marseille en appelle à la France.

A demain

Voir plus loin : la fumée du cannabis altérerait les capacités rétiniennes des fumeurs

 

Bonjour

Le cannabis attise les passions politiques plus ou moins libératrices. On le verra bientôt lors des débats de la Primaire de la Gauche. Le cannabis n’est pas seul dans l’affaire : il en va de toutes les substances qui modifient les états de conscience : quelles limites la puissance publique doit-elle (ou non) fixer quant à leurs consommations ? Quels bénéfices peut-elle tirer de leur commerce ?

Le cannabis alimente aussi la curiosité biologique et médicale. Quel est son impact exact sur le corps de celles et ceux qui s’adonne à ce qu’ils perçoivent comme un plaisir – plaisir parfois d’autant plus aigu qu’il est (en France) illicite. Le goût de silex, de pierre à fusil, du fié gris et du petit risque.

Conduite automobile

Cannabis et vision : il faut ici se pencher sur une étude française, pilote et originale, publiée en cette fin d’année par le JAMA Ophtalmology : Association Between Regular Cannabis Use and Ganglion Cell Dysfunction”. Elle a été menée par un groupe de sept chercheurs dirigés par le Dr Vincent Laprévote (Maison des Addictions, Centre Hospitalier Régional Universitaire Nancy, Pôle Hospitalo-Universitaire de Psychiatrie du Grand Nancy) 1.  Elle s’inscrit dans un cadre plus large dont objectif est d’évaluer «l’impact de l’usage de cannabis sur le cerveau humain au travers de la vision, une fonction impliquée dans la conduite automobile et les accidents de la voie publique ».

Cette étude pilote a réuni cinquante deux volontaires (fumeurs de cannabis réguliers et abstinents ne fumant ni cannabis, ni tabac) recrutés pour passer un électrorétinogramme. Ces volontaires avaient au préalable ils répondu à un questionnaire sur leurs habitudes de consommation. Ils avaient aussi accepté un test urinaire pour vérifier qu’ils n’étaient pas positifs à d’autres substances psychotropes.

Vingt joints par semaine

En moyenne, les consommateurs de cannabis fumaient depuis six ans, une vingtaine de joints par semaine. Aucun n’était sous l’effet du cannabis lors du passage du test. «Chez les consommateurs réguliers, nous avons mesuré un retard de traitement de l’information par leur rétine, a expliqué le Dr Vincent Laprévote au Figaro. En revanche, il n’y avait pas de baisse d’amplitude de ce signal.» Traduire : les personnes qui fument régulièrement du cannabis reçoivent le même signal rétinien que les non-fumeurs. Mais elles le captent au bout de 98.6 millisecondes, contre 88.4 millisecondes pour les personnes abstinentes.

Pourquoi, dira-t-on, se pencher sur la fonction visuelle quand on s’intéresse au cannabis ? Tout simplement parce que la vision est une fenêtre ouverte sur la machinerie cérébrale – et la rétine une forme d’extension neuronale. Et aussi parce que les effets du cannabis avaient déjà été démontrés sur des rétines de souris : « Cannabinoids modulate spontaneous synaptic activity in retinal ganglion cells ».

Réversible ou pas ?

« Il nous reste à définir si ce ralentissement a des conséquences sur le comportement des usagers, et si ces derniers ressentent qu’ils sont plus lents », prévient le Dr Vincent Laprévote. L’enjeu n’est pas mince : 10 millisecondes de retard à réagir, c’est près de 3 mètres parcourus par une voiture roulant à 100 km/h. Il faudra aussi savoir si cette effet est ou non réversible à l’arrêt de l’intoxication.

Et quid du tabac puisque vingt-et-un des vingt-huit consommateurs de cannabis étaient également des tabagiques ? Pour le Dr Laprévote il semble «peu vraisemblable d’affirmer que le facteur tabac puisse faire varier le temps de réaction de la rétine à la lumière.» Il n’y a pas «d’études qui viennent démontrer l’impact du tabac sur la vitesse de traitement de l’information de la rétine.»  Prochaine étape : une étude sur la persistance des effets rétiniens chez trente personnes qui sont en passe d’arrêter le cannabis. Des résultats qui alimenteront d’autres passions.

A demain

1 Cette étude fait partie d’un programme de recherche, «Causa Map», dirigé par l’équipe du CHRU de Nancy, financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les conduites addictives (MILDECA).

Drogues et ubérisation : Paris, Lille, Bordeaux, Rennes Marseille …- et le Naples de Gomorra

Bonjour

La drogue est-elle consubstantielle aux héros des séries télévisuelles de qualité ? Le paracétamol interniste amélioré (Dr House) – les opiacés chirurgicaux du Dr John « Thack » Thackery (The Knick )- des alcools comme s’il en pleuvait (Mad Men) – le tabac sectaire  The Leftovers )- les herbes résinées du clan Savastano & C° (Gomorra).

Gomorra précisément, et les liens séculaires qui réunirent des seigneurs d’Anjou au royaume de Naples. Nous étions après les Vêpres siciliennes  – soulèvement populaire à Palerme et Corleone  qui vit les ombrageux Siciliens préférer le tragique Aragon à la douceur angevine. Nous étions le 31 mars 1282, jour du mardi de Pâques.

Aujourd’hui la troublante Gomorra de  Roberto Saviano , adaptation de son livre homonyme sur la Camorra. Gomorra reproduisant par bien des aspects une Italie moyenâgeuse, sans pouvoir central. Une Naples livrée aux clans mafieux respectueux du pouvoir et (pour une petite partie) des rituels catholiques. Qui s’intéresse à l’addiction, à la tragédie et à l’Italie se doit de connaître Gomorra.

Exacerbation de la concurrence

Nous sommes fin décembre 2016. L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) vient de publier un rapport qui éclaire d’une bien étrange lumière napolitaine les cités de Paris,  Bordeaux, Lille, Marseille, Rennes, Metz ou Toulouse.  «Tendances récentes et nouvelles drogues» dresse un état des lieux de la consommation de substances psychoactives illicites dans différentes grandes villes de France. Ce travail décrit notamment « l’autonomisation des usagers les plus riches du trafic de rue, réservé désormais aux usagers précaires ».

L’OFDT décrit ainsi un phénomène de plus en plus prégnant: celui de «l’aller vers» des trafiquant de drogue. La conséquence d’une «concurrence de plus en plus exacerbée» entre les réseaux de trafic qui se traduit par «un climat de violences intensifié» et qui détourne les usagers des lieux de revente. «Si Marseille est confronté à de tels faits depuis de nombreuses années, Lille, Rennes ou Bordeaux signalent désormais eux aussi une rivalité appuyée autour de la tenue des points de vente», souligne l’OFDT :

« Face à ce climat de violence et de présence policière accrue du fait de l’état d’urgence, les usagers les plus insérés socialement répugnent de plus en plus à se rendre dans les lieux de deal, ce qui a conduit les trafiquants à continuer de «développer une stratégie consistant à aller vers les consommateurs»: prise de commandes par SMS, approvisionnement des clients dans des «drive» adossés à une cité où les clients peuvent s’approvisionner sans quitter leur véhicule, voire commandes de produits sur internet et livraison postale des marchandises. Une sorte d’«ubérisation» du trafic de drogue.

 «L’évolution la plus rapide semble concerner le développement des commandes de drogues illicites par le biais du dark web (NDLR: «web sombre», partie de la toile accessible en ligne mais non indexée par les moteurs de recherche, où se cachent les principaux sites de vente de drogue en ligne)». Internet permet aussi la diffusion de nouvelles drogues. En 2015, «quelque 50 nouvelles substances ont été identifiées en France pour la première fois», indique l’OFDT. »

Cristal, poudres et comprimés

Pour le reste, Uber ou pas, on notera, en France, le « succès croissant de la MDMA » dans les «espaces festifs électros» :

« Concernant les produits, le stimulant le plus recherché, notamment chez les jeunes, est laMDMA, sous forme de poudre, de cristal ou de comprimés (ecstasy), qui sont plus gros et plus fortement dosés, pris en particulier lors des ‘’espaces festifs électro’’  qui touchent un public désormais plus largement ouvert et plus jeune. Elle est en revanche très peu présente sur les marchés fréquentés par un public «précaire».

 « La MDMA, qui tire son nom de sa formule chimique (3,4-méthylènedioxy-méthamphétamine), avait connu un âge d’or dans les fêtes techno des années 1990, avant une baisse de notoriété au début des années 2000. Elle a de nouveau le ‘’vent en poupe’’. Si l’herbe et la résine de cannabis continuent à connaître une augmentation de leur taux de THC, «leurs publics se différencient sensiblement»: ‘’les usagers les plus insérés consommeraient majoritairement de l’herbe et participeraient au développement de l’auto-culture du cannabis’’, tandis que les consommateurs les plus défavorisés continuent à majoritairement acheter de la résine, dont le prix est inférieur.

 MM Fillon, Macron et Mélenchon

On notera encore, avec ou sans Uber, « l’inquiétante pratique du «chemsex» dans la communauté homosexuelle masculine » :

« L’OFDT décrit un phénomène marginal mais préoccupant en termes de santé publique: la consommation de produits (cocaïne, GHB, mais surtout des nouveaux stimulants de synthèse acquis sur internet) en contexte sexuel, dit ‘’chemsex’’, dans une frange de la communauté homosexuelle masculine. 

 « La pratique du ‘’slam’’, l’injection de stimulants dans le but d’améliorer les sensations lors de relations sexuelles, apparue à Paris au début de la décennie 2010, est ainsi désormais observée à Bordeaux, Toulouse, Marseille et Rennes. ‘’La présence du matériel d’injection en quantité le plus souvent insuffisante donne lieu à des réutilisations, voire à des échanges de seringues qui accroissent les risques de contaminations bactériologiques et virales’’. »

Comment, dans cette nouvelle économie de marché et des ivresses, élaborer une politique de réduction des risques ? On attend les projets de MM Fillon, Macron et Mélenchon.

A demain

Noël 2016 : Nalscue®, spray nasal pour prévenir des morts par overdose. Pourquoi si tard ?

 

Bonjour

Pourquoi si tard ? L’affaire devait être réglée depuis (au moins) la fin juillet 1. Combien faudra-t-il pour que quelques responsables de cabinets ministériels  saisissent de quoi ils sont, très concrètement, responsables ? Ici : autoriser la possible mise à disposition d’un spray nasal pour prévenir les morts par overdoses aux opioïdes. Au final trente mois depuis que l’Agence de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a octroyé (5 novembre 2015) une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) pour la spécialité Nalscue® (naloxone 0,9 mg/0,1 ml en spray nasal).

Trente mois pour un spray nasal sauvant des vies…. Pourquoi si tard, en dépit de l’énergie dépensée par des addictologues, des universitaires et autres esprits éclairés quant aux dispositifs de réduction des risques ?  L’annonce officielle vient seulement d’être faite sur le site de l’ANSM : « Mise à disposition élargie du spray nasal de naloxone (Nalscue®.) » A la veille des fêtes de Noël :

 « Dans le cadre de son autorisation temporaire d’utilisation (ATU), Nalscue® peut dorénavant être dispensé dans un centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) quel que soit son mode de gestion (associative ou hospitalière avec ou sans pharmacie à usage intérieur)  ainsi que par des centres et structures disposant d’équipes mobiles de soins aux personnes en situation de précarité ou d’exclusion gérés par des organismes à but non lucratif. »

Pourquoi si tard ?

Ce médicament est indiqué chez l’adulte et l’enfant dans le traitement d’urgence des surdosages aux opioïdes, connus ou suspectés, se manifestant par une dépression respiratoire et dans l’attente d’une prise en charge par une structure d’urgence Le Protocole d’utilisation thérapeutique et de recueil d’informations (PUT) est disponible en cliquant ici  ou sur demande au laboratoire Indivior France (nalscue@mapigroup.com)

L’ANSM rappelle encore qu’une formation à son utilisation est un prérequis indispensable avant sa délivrance et qu’il ne se substitue pas aux soins d’urgence dispensés par une structure médicale. Par conséquent, les secours (15 ou 112) doivent être appelés immédiatement et systématiquement.

Faut-il rappeler, auprès du cabinet de la ministre de la Santé, le cluster d’overdoses (dont, dit-on, sept fatales) observées en novembre dernier dans les départements de la Drôme et de l’Ardèche. Oui, vraiment, pourquoi si tard ?

A demain

1 « Ne pas mourir d’une overdose à domicile, c’est désormais possible » Slate.fr 29 juillet 2016