Nouveauté dans la lutte contre le cannabis et les stupéfiants : des «amendes» de 250 à 600 euros

Bonjour

Comment faire semblant de résoudre une équation quand on sait qu’elle est sans solution ? Faute de vouloir envisager, officiellement, une dépénalisation de l’usage du cannabis, le gouvernement d’Emmanuel Macron se retrouve dans une situation inextricable, face à un « ce contentieux de masse », pour reprendre les termes de la ministre de la Justice.

Dernier épisode en date : mardi 3 avril Nicole Belloubet, a révélé que le gouvernement souhaitait désormais que l’usage de tous les stupéfiants illicites (et en particulier de cannabis) puisse prochainement être sanctionné d’une « amende forfaitaire délictuelle » d’un montant de 300 euros. « Le projet de loi [sur la réforme de la procédure pénale] que je présenterai dans les mois qui viennent devrait prévoir qu’une amende forfaitaire délictuelle de 300 euros pourra directement être prononcée par un policier ou un gendarme à l’encontre d’un usager majeur à l’issue d’un contrôle d’identité », a-t-elle déclaré.

La ministre de la Justice s’exprimait à l’assemblée nationale lors d’un débat sur le rapport consacré à « l’application d’une procédure d’amende forfaitaire au délit d’usage illicite de stupéfiants ». « Le montant de l’amende forfaitaire minorée serait de 250 euros et celui de l’amende forfaitaire majorée de 600 euros », a encore précisé Mme Belloubet.

Le projet du gouvernement prévoit d’exclure les mineurs du champ de cette amende forfaitaire qui pourra être dressée « y compris en cas de récidive ». On savait que le gouvernement avait choisi la solution de l’ « amende forfaitaire délictuelle » mais le montant envisagé semblait inférieur (entre 150 et 200 euros) à celui aujourd’hui annoncé. « Cette nouvelle procédure ne viendra pas se substituer aux autres types de réponses pénales déjà existantes », mais constituera une voie procédurale « complémentaire », « simplifiée et rapide » a fait valoir  Nicole Belloubet.

Absence d’Agnès Buzyn

Pourquoi ne pas avoir retenu la simple « contravention » pour sanctionner l’usage de stupéfiants illicites ? Nicole Belloubet a estimé que cette option aurait sur « le plan symbolique » envoyé « un message négatif dans l’opinion publique dans la lutte contre l’usage illicite de stupéfiants » et « aurait pu être perçue comme une étape vers la dépénalisation ».

Tous les stupéfiants seront-ils assimilés au cannabis ? C’est un peu plus compliqué que certains pouvaient le penser. Le recours à cette amende « pourra être circonscrit par les directives de politique pénale locale à certains types d’usage en fonction notamment, de la nature du stupéfiant saisi afin d’éviter que les personnes nécessitant vraiment un traitement sanitaire en fassent l’objet », a déclaré la garde des Sceaux.

Il faut ici rappeler que la loi du 31 décembre 1970 de lutte contre la toxicomanie ne sera pas modifiée. Rappeler que l’on recense, en France, 140 000 interpellations chaque année pour consommation de drogues. Rappeler que seules 3 098 peines de prison ont été prononcées en 2015 (dont 1 283 de prison ferme) alors que la loi prévoit jusqu’à un an de prison et 3 750 euros d’amende. Et, une nouvelle fois, observer l’absence, sur ce sujet, de la ministre de la Santé.

A demain

Stupéfiants : que veut exactement nous dire Edouard Philippe, Premier ministre?

 

Bonjour

L’interview – l’entretien – est un genre journalistique délicat. Longtemps codifié il se réduit souvent aujourd’hui à savoir qui l’emportera, de l’invité honoré ou du représentant des médias. Dernier exemple en date (déjà mémorable) : Laurent Wauquiez, ancien brillant normalien face à Ruth Elkrief (BFMTV).

Dans un genre plus calme : Edouard Philippe, Premier ministre, amateur de Louis-Ferdinand Céline, interrogé en exclusivité par Le Quotidien du Médecin. Extraits :

« Q.d.M. : Le gouvernement penche pour la contraventionnalisation de l’usage du cannabis. Cela signifie-t-il que le débat sur la dépénalisation est clos ? 

E.P. : Le gouvernement n’est pas favorable à la dépénalisation de l’usage des produits stupéfiants dont fait partie le cannabis. Par contre nous considérons que la prison n’est pas la réponse adaptée. Il nous faut également mettre l’accent sur la prévention avant tout chez les plus jeunes. »

On en restera là. Langue de bois ou piste à décrypter, la « dépénalisation » annoncée incluant le cannabis et les autres produits stupéfiants ?

Le tabac après le cannabis

« Q.d.M. : Après avoir lancé le plan « déserts médicaux » en octobre, vous êtes intervenu le 13 février pour annoncer un plan de transformation du système de santé. Cette implication personnelle signifie-t-elle que la réforme de la santé est une priorité pour le gouvernement ? Votre initiative ne risque-t-elle pas de réduire le leadership d’Agnès Buzyn sur ce dossier ?

E.P. : C’est mal me connaître. Agnès Buzyn a toute ma confiance et elle est aux avant-postes de cette réforme. Mon implication signifie que la santé est au cœur des priorités du gouvernement.

« Notre pays a la chance d’avoir un système de santé doté de professionnels de très grande valeur qui nous permet d’avoir l’une des meilleures espérances de vie au monde. Mais ce système n’est pas parfait, quand on voit par exemple la trop faible place de la prévention ou les difficultés d’accès aux soins que rencontrent certains de nos concitoyens. Il est donc essentiel de le transformer en profondeur en faisant évoluer les organisations, en ville comme à l’hôpital.

« C’est la mission d’Agnès Buzyn, qui a déjà en quelques mois su prendre plusieurs décisions courageuses, comme sur les vaccins ou sur le tabac. »

Plus généralement le Premier ministre estime que La République en Marche et son gouvernement « n’avanceront pas sans les médecins ». Laurent Wauquiez, lui, s’affiche comme une cible et dénonce ce qu’il qualifie de « cirque médiatique ». « Son plan média continue à parfaitement se dérouler, résume Slate.fr. Invité chez Ruth Elkrief pour dire sa vérité, il n’a en fait rien dit, ou rien dit de nouveau, énonçant son ‘’bullshit médiatique’’ avec brio. »

Comment traduit-on bullshit en français d’aujourd’hui ? Quant au cannabis, le pouvoir exécutif donnera-t-il un entretien pour nous en dire plus : que fera-t-il, concrètement entre son refus de la dépénalisation, son refus de la prison et son intérêt pour la prévention ?

A demain

 

 

 

Confidences radiophoniques d’Agnès Buzyn sur les vins, l’alcool et la cigarette électronique

Bonjour

Comment filtre-t-on les auditeurs admis à interroger l’invité de la Matinale de France Inter ? Aujourd’hui, 14 février et jour de la Saint-Valentin, c’est « Xavier, vigneron dans le Var » qui est admis à parler à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Un viticulteur qui, du fait des attaques de la ministre sur le vin, redoute d’être perçu, demain, comme un dealer. Et ce alors que dans le vin il y a, outre 12% d’alcool, de la culture, de la convivialité, de la passion et des paysages.

La ministre, elle, ne comprend pas : elle n’a parlé qu’une fois de l’alcool depuis qu’elle a pris la sucession de Marisol Touraine. Une seule fois : c’était sur France 2 lors d’une émission qui fera date. Et c’était pour souligner les dangers de l’alcoolisme, mettre en garde les jeunes contre les ravages du binge drinking – et les femmes enceintes contre toute forme de consommation d’alcool. Pourquoi ce buzz ? Et pourquoi dire qu’elle s’est attaquée au vin ?

Et la ministre de refaire de la pédagogie hépatique sur la « molécule alcool » (toujours la même où qu’elle se trouve) et les vertus que l’on peut concéder aux vins. « Par ailleurs j’aime beaucoup boire un verre de vin en situation conviviale, comme tout le monde » (2’). Le foie d’un côté, de l’autre la culture un patrimoine, du plaisir et beaucoup de talents.

Cannabis nocif et vapotage-plaisir

Le cannabis ? L’amende voulue par le président de la République sera probablement plus efficace, plus signifiante, que la situation actuelle qui laisse penser que la consommation est admise. Et rappel de la ministre : cette consommation est « interdite » et « néfaste ».

Cigarette électronique. Question d’une journaliste (12’) : « Il semblerait qu’il y a un rapport qui dit que le vapotage accroittrait le risque de tabagisme chez les jeunes… » Réponse de la ministre :

« Il y a beaucoup d’études sur la cigarette électronique et sur le vapotage. Elles ne sont pas toutes concordantes. L’une des raisons pour laquelle la cigarette électronique a été soumise aux mêmes règles que la cigarette (…) c’est qu’on pensait que cela pouvait faire entrer les jeunes dans le tabagisme, que cela pouvait être un début d’addiction aux gestes, et à la nicotine. C’est ce que dit cette enquête. D’autres enquêtes au contraire, notamment internationales, ne disent pas ça.

«  Moi je continue d’être prudente sur le vapotage. Nous ne savons pas à la fin la toxicité de tous ces produits… Certains sont en vente sur internet, on ne sait pas ce qu’il y a dedans…  Ce sera de toute façon moins toxique que la cigarette… C’est une certitude… parce que franchement … Cependant … de là à vapoter pour le plaisir et à penser que c’est anodin.. Je ne le crois pas. »

Où l’on voit que la ministre n’est malheureusement pas encore pleinement au fait des politiques de réduction des risques.

A demain

 

 

 

 

 

Méthadone mortelle, « chemsex » à la mode, alcools et conflits d’intérêts à l’Elysée  

Bonjour

Dernières nouvelles en provenance du font de la lutte contre les drogues et des addictions.

Méthadone. C’est un communiqué de presse de la Fédération Française d’Addictologie : « Risques d’overdoses et de décès liés à la méthadone ». Il y a quelques jours le bilan à neuf ans du suivi d’addictovigilance et de toxicovigilance (pour les formes sirop et gélule de la méthadone) a été présenté à la Commission des stupéfiants et psychotropes de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé : « Retour sur la séance du 1er février 2018 de la Commission des stupéfiants et psychotropes ».

La méthadone « forme sirop » est indiquée dans le « traitement substitutif des pharmacodépendances majeures aux opiacés dans le cadre d’une prise en charge médicale, sociale et psychologique ». Quant à la « forme gélule », elle est indiquée « en relais de la forme sirop chez des patients traités par la forme sirop depuis au moins un an et stabilisés, notamment au plan médical et des conduites addictives ».

Qu’apprend-on ? Que 5,9 % des consommateurs de méthadone l’ont obtenu illégalement en 2008 (contre 9,7 % en 2016) avec une augmentation des cas nécessitant une prise en charge hospitalière. Que l’on observe une augmentation, durant la neuvième année du suivi : de la consommation de méthadone par des sujets naïfs ou occasionnels, du nombre de patients ayant présenté un coma profond et du nombre de patients ayant fait une tentative de suicide.

On estime que le taux de décès par méthadone est de 2 décès pour 1 000 patients traités – six fois plus élevé avec la méthadone qu’avec la buprénorphine et 4,5 fois plus élevé qu’avec l’héroïne. L’analyse des données met également en évidence des prescriptions de méthadone hors AMM dans la douleur et dans certains cas ne respectant pas les recommandations de 2010 (douleurs rebelles en situation palliative avancée – complexité de la titration et extrême importance de la surveillance des patients). Une demande d’AMM pour la méthadone dans le traitement de la douleur est en cours d’instruction.

La Commission des stupéfiants et psychotropes « s’est interrogée sur l’accessibilité de la méthadone en France et plus particulièrement sur les raisons de son obtention illégale ».

« ChemSex » ; soit l’usage de substances psychoactives avant ou pendant les relations sexuelles afin d’améliorer performance, durée et plaisir sexuel. Le « Slam » désigne quant à lui l’injection de substances psychoactives psychostimulantes dans ce même contexte sexuel. Le « ChemSex » peut avoir des conséquences sanitaires individuelles (addictions, complications somatiques) et collectives  (transmission d’infections virales ou bactériennes) très importantes, rappellent les spécialistes. En 2016, un signal d’addictovigilance avec des décès en lien avec la pratique du « ChemSex » avait alerté l’ANSM. Au vu des risques liés à cette pratique et du nombre de décès rapportés au réseau d’addictovigilance, une mise à jour du rapport précité a été réalisée.

Les données de cette mise à jour qui porte sur les risques liés à la pratique du « ChemSex» (Slam inclus) sur la période de janvier 2014 à août 2017 font état : – d’une augmentation du nombre de cas notifiés ; – d’une population plus jeune ; – d’une répartition géographique nationale plus homogène ; – d’une évolution des substances psychoactives utilisées ; – de risques cardiovasculaires, neuropsychiques (suicides) et d’addiction plus importants ; – de comas et décès plus nombreux. Aucun chiffre n’est ici malheureusement donné.

L’alcool et l’Elysée. Alerte de plusieurs associations de lutte contre les addictions.  L’affaire remonte à mai 2017 et concerne Audrey Bouroleau nommée au Palais de l’Elysée après avoir été déléguée générale de « Vin et Société ». Nous avions alors évoqué ce qui avait été présenté comme une percée du lobby alcoolier.

« Huit mois plus tard, ce risque est confirmé alors que la filière vin se félicite du rôle joué par l’ex-lobbyiste pour aider la filière à obtenir ce qu’elle « n’avait jamais obtenu précédemment, écrivent les associations. Les professionnels du vin ont remis le 29 janvier 2018 leur plan de filière. Depuis le 15 décembre, ils refusaient de le transmettre au Ministre de l’Agriculture tant qu’ils n’auraient pas obtenu une « clarification de la politique de santé publique à l’égard du vin ». En cause, la Stratégie nationale de santé 2018-2022 qui inclut l’alcool – et non le vin pris isolément – dans les « substances psychoactives licites ou illicites » au même titre que le tabac . Une vérité scientifique alors que l’alcool est à l’origine chaque année en France de près de 50 000 décès prématurés et la 2ème cause de mortalité routière.

« Grâce à l’action de Audrey Bourolleau, ‘’ conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural’’ du Président de la République, ces professionnels se félicitent aujourd’hui d’avoir eu gain de cause et même au-delà. Selon l’un des porte-paroles de la filière, un courrier du Président de la République aurait répondu à leurs attentes et notamment d’obtenir ‘’deux points majeurs, que nous n’avions jamais obtenus précédemment’’. En l’occurrence, la reconnaissance des acteurs du vin comme des acteurs de prévention et donc un acteur légitime auprès du ministère de la Santé. »

Les associations « ne remettent pas en cause le droit des producteurs d’alcool à faire valoir leurs arguments sur leur situation économique ou les normes des productions ». En revanche elles « alertent sur le danger d’en faire des acteurs de prévention ». Conflits d’intérêts ? Pour l’heure le Palais de l’Elysée est muet – et le ministère de la Santé se tait.

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Cannabis en libre service : voici la liste des prix disponible sur le site des buralistes français

Bonjour

Le progrès est, par essence, un concept assez difficile à arrêter. Ainsi ces quelques lignes chiffrées glanées sur le site, toujours riche, des buralistes français . 1 Où l’on apprend que Seedo est « une entreprise spécialisée dans les fournitures permettant de cultiver de la marijuana chez soi à des fins médicinale ou récréative : avec un dispositif complètement automatisé ».

Où l’on apprend aussi que « Seedo vient de constituer un indice, établi sur le coût du cannabis à travers le monde »et ce que son achat « soit légalisé ou pas ». Vous ne le saviez pas : Tokyo est la ville où le cannabis  est le plus cher : l’équivalent de 26,10 euros le gramme. Pourquoi ? Vous ne le saurez pas. En Équateur nous sommes au plancher : de l’ordre d’un euro le gramme.

Phosphorescences

Lemondedutabac.com ne résiste pas à nous offrir les différentiels français : Montpellier : 7,76 euros le prix moyen du gramme ; Nice : 7,52 euros ; Paris : 7,44 euros ; Marseille : 6,95 euros ; Toulouse : 6,90 euros ; Strasbourg : 6,68 euros ; Lyon : 6,56 euros.

Ce n’est pas tout. Le site des buraliste ajoute que Seedo s’est livré à un petit calcul – calcul établi en fonction de son estimation des volumes sur le marché du cannabis. Si les feuilles de la plante étaient taxées dans les mêmes proportions que le tabac, le fisc engrangerait chaque année 81,8 millions d’euros à Paris et 30 millions à Marseille. On n’imagine pas un seul instant que les plus brillants cerveaux de Bercy ne soient pas, sur ce sujet, en train de phosphorer.

A demain

1 Pour plus de précisions : « Le classement des villes où le cannabis est le moins cher au monde » Slate.fr, 1er février 2018

 

Crack et cocaïne : inquiétante progression du nombre des intoxications ; contravention ?

Bonjour

Etrange télescopage des informations sur les addictions.  Une étude du réseau national d’addictovigilane (ANSM) rapporte « une augmentation des signalements et de la gravité des intoxications liées à la consommation de cocaïne et de crack ». Cette information est publiée le ou même où le gouvernement fait savoir, par la voix du ministre de l’Intérieur, qu’il entend « forfaitiser » la consommation de substances stupéfiantes illégales sans pour autant toucher à un cheveu de la loi de 1970. Hasard, fatalité ou politique ?

« Entre janvier 2010 et juin 2017, 1 486 notifications de cas d’intoxications liées à l’usage de cocaïne ont été rapportées au réseau d’addictovigilance dans le cadre de l’étude du réseau national d’addictovigilane, dératille l’ANSM. L’évolution est marquée par une forte augmentation du nombre de cas sur cette période avec 68 cas en 2010 et 416 cas en 2016. Cette augmentation est majeure entre 2015 et 2016 et semble se maintenir en 2017. »

Poudre et « free base »

Dans les intoxications rapportées, la cocaïne poudre (chlorhydrate) est la substance consommée principalement, devant le « crack » ou « free base » (cocaïne base) et dans une moindre mesure l’association des deux. La forme  « crack » (qui possède un potentiel addictif plus important que la cocaïne poudre et dont le mode de consommation par inhalation expose à un risque de complications plus graves) voit sa part de consommation augmentée par rapport à la cocaïne poudre (33 % en 2017 contre 20 à 25 % entre 2013 et 2016).

Conséquence : augmentation des signalements de complications, des hospitalisations et des décès : 8 fois plus de cas graves en 2016 qu’en 2010.

«  Une augmentation des signalements des cas graves est observée avec 47 cas en 2010 et 375 cas en 2016.
Selon l’étude DRAMES  une augmentation du nombre de décès directement en lien avec l’usage de cocaïne est observée à partir de 2014 (25 cas en 2010 et 44 cas en 2015). Pour compléter, une analyse de la base nationale du PMSI de 2008 à 2014 a montré un doublement du nombre d’hospitalisations en relation avec l’usage de cocaïne (2 560 en 2008 et 5 316 en 2016). Les complications les plus fréquentes sont des complications psychiatriques (35 %), cardio-vasculaires (30 %) et neurologiques (27 %). Des complications infectieuses (12 %), des complications touchant le système respiratoire (8 %) et ORL (3 %) sont également rapportées. »

Démocratisation de la consommation

Le Parisien de ce 26 janvier monte ces chiffres en Une, soulignant que « nombre de professionnels s’attendent à les voir rapidement dépassés ». Il élargit aussi le sujet :

« Certes, le nombre de consommateurs augmente, ce qui s’explique notamment par la baisse des prix dans les années 2000 et de la vente de petites quantités d’environ 20 euros adaptée aux budgets serrés : selon l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT), 2,2 millions de Français en ont déjà pris et 450 000 en consomment au moins une fois par an. « Elle n’est plus réservée aux catégories privilégiées », analyse Thomas Nefau, pharmacien, chargé d’études à l’OFDT. Mais la cocaïne, à l’effet stimulant, est surtout plus pure qu’avant, car la « qualité » du produit, très prisée, est désormais le premier des arguments marketing. »

«En 2016, la teneur moyenne s’élevait à 51% », relève l’OFDT. «Pour certaines saisies, nous sommes à 80 voire 90 %, soit une drogue qui arrive quasi-pure, essentiellement depuis les Antilles et la Guyane», note le commissaire Antoine Moreau, numéro 2 de la brigade des stups de la PJ parisienne. Les «mules» sont de plus en plus nombreuses à faire le voyage, soit «cinq à 20 personnes par jour, estime le commissaire. Il y a une explosion de ce trafic de ‘’fourmis’’».

Le ministre de l’Intérieur entend-il appliquer indifféremment sa future « amende forfaitaire » au cannabis et à la cocaïne  ? Qu’en dira la ministre de la Santé, celui de l’Economie ? Combien de temps, encore, avant un grand ministère de la prise en charge des addictions ?

A demain

 

Cannabis : pour les ados le tabac c’est la mort, alors que l’herbe c’est bio et moins cher

 

Bonjour

Faut-il vraiment parler de « dénormalisation » du tabac chez les adolescents français ? Difficile quans on observe les attroupements devant les collèges et lycées ; et quand les statistiques font état d’un consommateur sur trois avant la majorité. Il faut pourtant compter avec les résultats de l’étude que vient de publier l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Selon Ivana Obradovic, directrice adjointe de l’OFDT et auteure de l’étude menée entre 2014 et 2017 on observerait un « dénormalisation massive du tabac » chez les collégiens et lycéens. Ces derniers ne feraient plus de la cigarette « un passage obligé» de la sociabilité ; un phénomène qui se serait  accéléré avec la hausse des prix depuis le début des années 2000.

Conséquence ou pas de cette « dénormalisation » du tabac, la « normalisation » du cannabis. Jugée « meilleure au goût » que le tabac, moins « dangereuse » et « plus saine », l’herbe de cannabis a désormais une image positive et « dédramatisée » auprès des adolescents. « L’initiation au cannabis est vécue comme une expérience positive, contrairement à la première cigarette », a expliqué à l’AFP Mme Obradovic. Cette génération d’adolescents, qui a grandi avec l’interdiction de la vente de cigarettes aux mineurs et de sa consommation dans les lieux publics, associe au tabac une image «résolument négative» liée à «la mort et la souffrance». L’AFP qui détaille ce travail dans une longue dépêche reprise par de nombreux médias généralistes – et par le site des buralistes.

Gouvernement muet

 « Le cannabis, ‘’moins cher et presque aussi facile à trouver en pratique’’ selon les jeunes interrogés, est perçu comme «un produit naturel, bio, moins chimique » sous forme d’herbe, laquelle est ‘’plus rassurante en terme de composition’’ que la résine, qualifiée de ‘’pneu’’ ou de ‘’dégueulasse’’, poursuit l’auteure.

L’étude, qui souligne ‘’l’omniprésence’’de l’alcool, du tabac et du cannabis dans l’entourage des jeunes, s’est également penchée sur le facteur religieux, notamment chez les jeunes musulmans, face à la multiplication des incitations à consommer ces substances psychoactives. »

«Pour certains, ces incitations sont trop fortes et ils développent des stratégies de dédoublement ou de minimisation pour garder à leurs yeux une image de respectabilité. Ils sont dans un vrai conflit intérieur», observe Ivana Obradovic. La chercheuse note encore que les jeunes sont « demandeurs de repères et de techniques d’autorégulation ». Aussi suggère-t-elle qu’une politique de prévention leur fournisse « des outils pratiques , des seuils », à partir desquels ils pourront déterminer si leur consommation est « normale ou excessive ».

Ivana Obradovic n’est pas seule à s’exprimer publiquement sur le sujet. « La dégradation de l’image [du tabac] pour les jeunes générations montre que l’action publique peut fonctionner et gagner la bataille de l’image, a déclaré à  l’AFP Nicolas Prisse, président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). Il faut maintenant avoir la même ambition et nous mobiliser pour mieux protéger les jeunes générations de l’alcool et du cannabis .»  Comment ? M. Prisse ne l’a pas dit. Et le gouvernement reste toujours aussi muet sur le sujet. De même que le président. En 2014, selon l’OFDT, 48% des jeunes de 17 ans avaient déjà expérimenté le cannabis et 9 % étaient, déjà, des consommateurs réguliers. Faut-il voir là le prix à payer pour un tabac dénormalisé ? Et si oui, que faire ?

A demain