Cannabis tricolore ? Au pied du Tourmalet, Emmanuel Macron n’ose ni le oui ni le non

Bonjour

Gouverner c’est, parfois, ne pas mentir. C’est aussi se faire filmer et ne pas répondre aux questions que l’on ne devrait pas vous poser. La France entière le sait : Emmanuel Macron jouait au pseudo-régional de l’étape du Tour, samedi 20 juillet, à Bagnères-de-Bigorre. Sourire éclatant et bain de foule virevoltant, spontané, improvisé. Le président de la République française, confiant, avait « demandé à son équipe de sécurité d' »ouvrir les barrières » afin de laisser les Français s’approcher de lui » (sic). 

Les citoyens français, rapportent les envoyés spéciaux des gazettes sportives et politiques ont « sauté sur l’occasion pour interroger Emmanuel Macron sur différents sujets ». « De l’affaire François Goullet de Rugy à celle de la disparition de Steve Maia Caniço à Nantes, les Français n’ont pas laissé de répit au Président, rapportent les journalistes (dont celui de La Libre Belgique). Mais une question n’est pas passée inaperçue. Un passant a ainsi questionné le chef d’Etat français sur… la légalisation du cannabis. » Une aubaine pour buzz. Echange  

« – Emmanuel Macron (jouant l’interloqué) : Vous seriez pour, vous ?

Le jeune français (nullement démonté) : – Je serais pour, parce que ça ferait plus de boulots pour les gens … Le  pays est en crise.

Emmanuel Macron : C’est vrai. Mais je ne vais pas vous mentir, même si on légalisait le cannabis, cela ne créerait pas des dizaines ou des centaines de milliers d’emplois ». 

Puis le Président a ainsi présenté « plusieurs alternatives » au jeune français, désireux de travailler – comme les secteurs de la restauration et du bâtiment. Mauvaise pioche : « Je ne trouve justement pas d’emploi dans le bâtiment » a conclu l’interlocuteur du chef de l’Etat.

Pour le reste ce fut une bien belle étape que la 14ème. Elle conduisit le Président, le Maillot Jaune, les coureurs et la caravane réduction des risques depuis Tarbes jusqu’au col du Tourmalet (117,5 km) : 1. Thibaut Pinot (Groupama-FDJ) en 3h10’20 » 2. Julian Alaphilippe (Deceunick-Quick Step) + 6 » (…). Classement général : 1. Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) en 56h11’29 » (…).

Le Tour quittera bientôt les Pyrénées. Rendez-vous sur les Champs-Elysées, à l’ombre du Palais de l’Elysée.

A demain @jynau

Opium et Tramadol® : pour la première fois les forçats du Tour n’y ont plus droit. Pourquoi ?

Bonjour  

6 juillet 2019. Cette fois c’est bien l’été : L’Equipe est imprimée sur papier jaune (type Midi Olympique) et le Tour de France s’élance depuis le Manneken-Pis. On fête le centenaire du Maillot Jaune et le cinquantenaire victorieux de saint Eddy Merckx. On retrouve le vieux mythe sans cesse revivifié, on applaudit la course-poursuite du gendarme-sain et du voleur-dopé.  

L’Equipe, page 12, rayon antidopage, nous apprend que la nouveauté, cette année, c’est l’interdiction du Tramadol®. « Son usage est interdit par le biais du règlement santé » précise le quotidien sportif. Mais encore ? Que savoir sur ce médicament anti-douleur dérivé de l’opium développé depuis un demi-siècle mais qui existait depuis des millénaires sr le sol africain 1 ?

Tramadol® (chlorhydrate de tramadol) :  Traitement des douleurs modérées à intenses de l’adulte. La dose devra être adaptée à l’intensité de la douleur et à la sensibilité individuelle de chaque patient. La posologie minimale efficace doit généralement être utilisée. Douleurs aiguës : la dose d’attaque est de 100 mg (2 comprimés) suivie de 50 ou 100 mg (1 ou 2 comprimés) toutes les 4-6 heures sans dépasser 400 mg/24 h (8 comprimés). Douleurs chroniques :la dose d’attaque est de 50 ou 100 mg (1 ou 2 comprimés) suivie de 50 ou 100 mg (1 ou 2 comprimés) toutes les 4-6 heures sans dépasser 400 mg/24 h (8 comprimés). » Nombreux effets secondaires indésirables psychiatriques (notamment confusion mentale ou hallucinations) neurologiques (dont vertiges, somnolence et convulsions) et gastro-intestinaux (nausées et vomissements).

Perversité

« D’après les données de l’assurance maladie, près de dix millions de français ont eu une prescription d’antalgique opioïde en 2015, nous enseigne l’Agence nationale de sécurité du médicament. En 2017, l’antalgique opioïde le plus consommé en France est le tramadol puis la codéine en association et la poudre d’opium associée au paracétamol. Viennent ensuite la morphine, premier antalgique opioïde fort, l’oxycodone, à présent pratiquement autant consommé que la morphine, puis le fentanyl transdermique et transmuqueux à action rapide. »

Pourquoi interdire cet antalgique aux forçats de la route millésimés 2019 ? C’est une vieille histoire parfaitement racontée sur le site http://www.cyclisme-dopage.com. Uniquement pour des raisons de « santé », semble-t-il, plus que pour « lutter contre le dopage ». Et il semblerait, une fois n’est pas coutume, que l’Union Cycliste Internationale (UCI) est la première institution sportive à s’intéresser à la prévention via l’interdiction de ce dérivé de l’opium. Où l’on en conclut que, privés d’opium, les forçats du Tour 2019 souffriront un peu plus encore que leurs aînés. Pour la plus grande joie, cet été, des amateurs sur canapé.

A demain @jynau

1 Sur ce thème : Nau J-Y « L’arbre à tramadol existe : il prend racine en Afrique » Rev Med Suisse 2013; volume 9. 1862-1863

Cannabis et récréation : voici la Note présentée à Emmanuel Macron et Edouard Philippe

Bonjour

Depuis vingt-quatre heures les médias généralistes ne traitent plus, ou presque, que du cannabis. Le « thérapeutique » comme le « récréatif ». Au risque d’ajouter à la confusion générale. Dans ce brouillard, un document officiel est à verser à l’épais dossier : une « Note » du « Conseil d’analyse économique » (CAE) 1. Son titre ne manque pas d’intriguer. La voici : « Cannabis : comment reprendre le contrôle ? ». Pitch :

« En dépit d’une des politiques les plus répressive d’Europe, les Français, et en particulier les mineurs, figurent parmi les plus gros consommateurs de cannabis de l’Union Européenne. Le système actuel de prohibition ne fonctionne pas : il est inapte à protéger les plus fragiles, il pèse lourdement sur les dépenses publiques et il profite au crime organisé. Dans cette nouvelle « Note du CAE », Emmanuelle Auriol et Pierre-Yves Geoffard explorent les réformes à entreprendre pour reprendre le contrôle de ce marché.

« En s’appuyant sur l’analyse économique et l’étude des expériences étrangères récentes, ils défendent l’idée selon laquelle la légalisation du cannabis récréatif, strictement encadrée, permet à la fois de restreindre l’accès au produit pour les plus jeunes, de lutter contre la criminalité, et de développer un secteur économique créateur d’emplois et de recettes fiscales. »

Cette « Note » a été présentée aux cabinets du Premier ministre et du Président de la république, ainsi qu’à celui du Ministre de l’Economie le 4 juin 2019. Elle a également été présentée au directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur et à celui de la ministre de la Santé les 5 et 12 juin 2019. Nous sommes le 20 juin. Edouard Philippe, Christophe Castaner et Agnès Buzyn gardent un religieux silence. Pour l’heure le président Emmanuel Macron rend hommage à la mémoire, au savoir et à la carrière de Georges Pompidou (1911-1974).

A demain @jynau

1 Placé auprès du Premier ministre, le Conseil d’analyse économique réalise, en toute indépendance, des analyses économiques pour le gouvernement et les rend publiques. Il est composé d’économistes universitaires et de chercheurs reconnus.

Cannabis thérapeutique : l’Académie nationale de pharmacie a piteusement perdu la partie

Bonjour

S’en remettra-t-elle ?  Le 17 juin l’Académie nationale de pharmacie publiait un communiqué d’une particulière agressivité : « Cannabis ‘’thérapeutique’’ : une appellation abusive et dangereuse ». Cette institution entendait ainsi « mettre en garde contre une banalisation de préparations de cannabis qui trompe les attentes des patients en se faisant abusivement passer pour ‘’thérapeutique’’ ». Un réquisitoire partial d’un autre temps suivin e, retour, d’une volée de bois vert de quelques médecins experts, professionnels du sujet.

Deux jours plus tard, communiqué de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) qui poursuit, à son rythme (que l’on pourra trouver bien lent), son chemin : « Cannabis à visée thérapeutique en France : Projet de cadre de la phase expérimentale de mise à disposition – Point d’Information ». La démonstration, s’il en était besoin, que l’Académie nationale de pharmacie est désormais plus qu’isolée dans le paysage pharmaceutique français.

Sécuriser

Objectif principal de cette phase expérimentale : évaluer, en situation réelle, le circuit de prescription et délivrance ainsi que l’adhésion des professionnels de santé et des patients à ces conditions. Objectif secondaire : recueillir des premières données françaises d’efficacité et de sécurité.

Il s’agit de sécuriser au mieux la prescription et le suivi des patients. Sécurisation de la prescription : le traitement ne pourra être initié que par des médecins spécialistes des indications visées et qui exercent dans des centres de référence, sur tout le territoire. La participation se fera sur la base du volontariat ; les médecins prescripteurs devront obligatoirement avoir été formés au préalable pour pouvoir prescrire le cannabis. Sécurisation du suivi des patients : mise en place d’un registre national électronique exhaustif qui recueillera également les premières données cliniques françaises d’efficacité et de sécurité.

Brouilleurs de discours

Ce n’est pas tout : lors de sa dernière séance le Comité entendra « certains acteurs économiques français » qui lui présenteront leur projet de développement de cannabis thérapeutique. Cette séance sera filmée et les auditions seront retransmises en direct sur la chaîne Youtube de l’ANSM  . Le programme complet sera bientôt disponible. A l’issue de cette séance, les experts du comité rendront leur avis à l’ANSM sur l’encadrement de la phase expérimentale de la mise à disposition du cannabis à visée thérapeutique en France. Sa mise en place prendra au moins six mois. Certaines modifications réglementaires seront mises en place, notamment un registre dans lequel toutes les données des patients seront saisies par les médecins à chaque prescription. Tout le monde ne pourra pas prescrire du cannabis. Il y aura une formation préalable obligatoire pour les médecins volontaires. Les données seront analysées et un rapport sera fait et présenté via l’ANSM au ministère de la Santé. Se posera alors la question de pérenniser ou non ce système.

« Nous sommes dans une approche médicale, pour soulager des patients qui sont dans une souffrance réelle. On n’est pas en train de parler de shit, de résine ou d’herbe, mais de médicaments. Ceux qui viennent brouiller volontairement le discours sont malhonnêtes, accuse, dans Libération (Charles Delouche) le Pr Nicolas Authier (CHU de Clermont-Ferrand), président de ce Comité. En mélangeant intentionnellement l’usage récréatif, le bien-être et l’usage thérapeutique, l’Académie nationale de pharmacie fait de la désinformation dangereuse. Je les encourage à faire de la médecine, à rencontrer des patients qui souffrent et qui ont été soulagés par du cannabis. Il y a aussi ceux qui mélangent tout pour détruire le projet et ceux qui se dispersent dans leur combat, qui est plus économique que réellement thérapeutique. Autant être franc, le cannabis bien-être, c’est du business. Il n’y a aucun rapport avec le cannabis thérapeutique : aucun autre médicament en France ne sera prescrit avec autant de précautions. Il sera plus compliqué de prescrire du cannabis thérapeutique que de la morphine. »

Que répondront, le moment venu, les brouilleurs de discours, les malhonnêtes, les désinformateurs et autres pharmaciens académiciens ?

A demain @jynau

Cannabis récréatif et politique: oui ou non, Emmanuel Macron est-il contre sa légalisation ?

Bonjour

Pour un peu le journaliste se lasserait. Des députés de quatre groupes politiques (dont certains macronistes) prônent désormais ouvertement une « légalisation contrôlée » du cannabis – et ce dans une proposition de loi transmise de mardi 18 juin à la presse. Ce texte sera officiellement déposé ce 19 juin.

Signataires : François-Michel Lambert, Sylvia Pinel, Paul Molac, Jean-Michel Clément, Jeanine Dubié, Frédérique Dumas, François Pupponi (Libertés et territoires), Delphine Bagarry, Annie Chapelier, Hubert Julien-Laferrière, Pierre-Alain Raphan et Cécile Rilhac (La République en marche), Régis Juanico (apparenté PS), ainsi qu’Eric Coquerel, Loïc Prud’homme (La France insoumise) et Sébastien Nadot (non inscrit).

« La constitution d’un monopole pour la production et la vente du cannabis par la création d’une société nationale, la SECA (Société d’exploitation du cannabis), permettra de réguler la production et la vente tout en contrôlant la consommation ». La SECA après la Seita (1926-1995), en somme.

Pernod-Ricard

 « La politique de forte répression est un échec complet », juge le député des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert, ex-macroniste issu des rangs écologistes, ancien de Pernod-Ricard et porte-parole de l’Union des démocrates et des écologistes). Le cannabis peut s’apparenter à de l’alcool ou du tabac sur les enjeux de toxicomanie. »

La vente, par les buralistes, serait interdite aux mineurs imagine cette proposition de loi. Un arrêté du ministre de la santé fixerait par ailleurs le taux autorisé de THC, principale substance psychoactive de la plante. Le produit des taxes sur le cannabis pourrait être pour partie (sic) « consacré aux politiques de prévention et de réduction des risques, notamment en direction des jeunes et des populations vulnérables » (re-sic).

Tir croisé : à la veille du dépôt de cette proposition de loi, soixante-dix personnalités ont également lancé mercredi 19 juin dans L’Obs 1 un appel pour la légalisation encadrée du cannabis. Médecins, élus, économistes estiment que « c’est précisément parce qu’il est nocif pour la santé, particulièrement celle des mineurs, qu’il faut en contrôler la production et la distribution ». « Quand la France acceptera-t-elle de regarder la réalité en face, de faire preuve de pragmatisme, face à cette impasse ? », s’interrogent les signataires de l’appel. En avril dernier, le Premier ministre, Edouard Philippe, avait estimé qu’il serait « absurde » de s’interdire d’étudier les possibilités du cannabis thérapeutique. Mais « il ne s’agit en aucun cas d’une légalisation de la vente de cannabis [récréatif]», avait aussitôt précisé Matignon.

Sur un sujet politique et médical aussi essentiel on attend, oui ou non, la profession de foi d’Emmanuel Macron. Pourquoi ne parle-t-il pas ?

A demain @jynau

Patrick Aeberhard Cardiologue, ex-président de Médecins du Monde Ingela Alger Economiste, chercheuse à la TSE*, directrice de recherche au CNRS Stefan Ambec Chercheur à la TSE*, directeur de recherche à l’Inra Gil Avérous Maire de Châteauroux (LR) Jean-Paul Azam Chercheur à la TSE*, professeur d’économie, université Toulouse-I Capitole Laurent Baron Maire du Pré-Saint-Gervais (PS) Jacques Bascou Président (PS) de la communauté d’agglomération de Narbonne Julien Bayou Conseiller régional, porte-parole (EELV) Esther Benbassa Sénatrice de Paris (EELV) Christian Ben Lakhdar Professeur d’économie à l’université de Lille Amine Benyamina Addictologue Ugo Bernalicis Député du Nord (LFI) Yann Bisiou Maître de conférences en droit privé à l’université Paul-Valéry Montpellier-III Jacques Boutault Maire du 2e arrondissement de Paris (EELV) Jean-Paul Bret Maire de Villeurbanne (PS) Frédéric Cherbonnier Economiste, chercheur à la TSE*, professeur à l’Institut d’Etudes politiques de Toulouse  Renaud Colson Juriste, maître de conférences à l’université de Nantes Alexis Corbière Député de Seine-Saint-Denis (LFI) David Cormand Député européen, secrétaire national d’EELV  Magali Croset-Calisto Psycho-addictologue  Gérard Cosme Président d’Est Ensemble  Jean-Pierre Daulouède Psychiatre addictologue  Marie Debrus Pharmacienne, Médecins du Monde  Philippe De Donder Chercheur à la TSE*  William Delannoy Maire de Saint-Ouen (UDI)  Karima Delli Députée européenne (EELV)  Jacques Delpla Economiste, professeur associé à la TSE* Tony Di Martino Maire de Bagnolet (PS) Caroline Fiat Députée de Meurthe-et-Moselle (LFI)  Michel Fourcade Maire de Pierrefitte-sur-Seine (PS)  Robert Gary-Bobo Professeur d’économie Crest-Ensae  Stéphane Gatignon Ancien maire de Sevran  Raphaël Glucksmann Député européen (PS-Place publique)  Christian Gollier Directeur général de la TSE*  Benoît Hamon Ancien ministre de l’Education nationale  Mathieu Hanotin Conseiller départemental de la Seine-Saint-Denis, ancien député de la Seine-Saint-Denis (PS)  Olivia Hicks Médecin et première adjointe au maire du 2earrondissement de Paris Touria Jaaidane Professeure d’économie à l’université de Lille Yannick Jadot Député européen (EELV)  Pierre Jouvet Président de Porte de DrômArdèche, porte-parole du PS  Laurent Karila Psychiatre Michel Kazatchkine Ancien directeur exécutif du Fonds mondial de Lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme Bertrand Kern Maire de Pantin (PS) Olivier Klein Maire de Clichy-sous‑Bois (PS)  Gaspard Koenig Président du think tank GenerationLibre Bernard Kouchner Ancien ministre de la Santé Annie Lahmer Conseillère régionale d’Ile-de-France (EELV) François-Michel Lambert Député des Bouches-du-Rhône (UDE, x-LREM) Bertrand Lebeau Addictologue William Lowenstein Médecin, président de SOS Addictions Thierry Magnac Chercheur à la TSE*, professeur d’économie à l’université Toulouse-I Capitole Patrick Mennucci Conseiller municipal de Marseille Alain Morel Psychiatre, addictologue, directeur général de l’association Oppelia Claire Nouvian Militante écologiste  Danièle Obono Députée de Paris (LFI) Mathilde Panot Députée du Val-de‑Marne (LFI) Pierre Person Député de Paris (LREM) Emmanuelle PeyretMédecin addictologue, hôpital Robert-Debré Eric Piolle Maire de Grenoble (EELV) Collectif Police contre la Prohibition (PCP) Adrien Quatennens Député du Nord (LFI) Jérôme Renault Chercheur à la TSE*, professeur en mathématiques appliquées à l’université Toulouse-I Capitole Régis Renault Professeur d’économie à l’université de Cergy-Pontoise Sabine Rubin Députée de Seine-Saint-Denis (LFI) Hervé Saulignac Député de l’Ardèche (PS) Paul Seabright Chercheur à la TSE* Guy Sebbah Médecin, membre du directoire du Groupe SOS Solidarités Béatrice Stambul Psychiatre Jennifer Stephenson Responsable de la communication de la Fondation JJ Laffont et de la TSE* SUD Intérieur Syndicat de policiers Aurélien Taché Député du Val-d’Oise (LREM) Bénédicte Taurine Députée de l’Ariège (LFI) Magalie Thibault Vice-présidente du département de Seine-Saint-Denis Sylvine Thomassin Maire de Bondy (PS) Khalid Tinasti Secrétaire exécutif de la Commission globale en matière de drogues Ludovic Toro Médecin et maire de Coubron (UDI), conseiller régional d’Ile-de-France, membre de la commission de coordination des politiques de santé auprès de l’ARS Marie Toussaint Députée européenne (EELV) Stéphane Troussel Président du département de la Seine-Saint-Denis (PS) 
Daniel Vaillant Ancien ministre de l’Intérieur (PS) Thierry Verdier Professeur d’Economie (ENPC-ParisTech et Ecole d’Economie de Paris) Michèle Victory Députée de l’Ardèche (PS)

* Toulouse School of Economics

Cannabis thérapeutique : l’activisme injustifiable de l’Académie nationale de pharmacie

Bonjour

Pour un peu on se gausserait. Sur le mode « l’Academie abuse la galerie ». Les faits : un communiqué de presse daté du 17 juin de l’Académie nationale de pharmacie : « Cannabis ‘’thérapeutique’’ : une appellation abusive et dangereuse ». Cette institution entend aujourd’hui « mettre en garde contre une banalisation de préparations de cannabis qui trompe les attentes des patients en se faisant abusivement passer pour ‘’thérapeutique’’ ». Extraits de ce réquisitoire que l’on pourrait tenir pour être d’un autre temps :

« 7 % des jeunes français de 17 ans sont dépendants au cannabis. Les intoxications au cannabis par ingestion accidentelle chez les enfants ont été multipliées par 2,5 de 2010 à 2014. Le cannabis est la 3ème cause de déclenchement d’infarctus du myocarde ; il est une cause largement sousestimée de mortalité y compris par cancer du poumon – usage sous forme de cigarettes (Nawrot TS, Perez L, Künzli N, et al. Public health importance of triggers of myocardial infarction: a comparative risk assessment. Lancet, 2011. Aldington S, Harwood M, Cox B, Weatherall M, Beckert L, Hansell A, Pritchard A, Robinson G, Beasley R; Cannabis and Respiratory Disease Research Group. Cannabis use and risk of lung cancer: a case-control study. Eur Respir J. 2008). Les parents consommateurs de cannabis exposent leurs enfants à une vulnérabilité accrue aux drogues (Szutorisz H, Hurd Y. Epigenetic effects of cannabis exposure. Biological Psychiatry, 2016). »

Et l’Académie de parler d’un « abus de langage ». « Des extraits de plantes fournissent les principes actifs de médicaments, comme la morphine extraite du pavot ou le tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD) du cannabis. Pour autant, même si la morphine ou la codéine entrent dans la composition de médicaments, l’opium ‘’thérapeutique’’ n’existe pas. Le cannabis ‘’thérapeutique’’ non plus, explique-t-elle. Mélange végétal composé de 200 principes actifs différents, variables en quantités et en proportions en fonction des modalités de culture, de récolte, de conservation, n’étant ni dosé, ni contrôlé, le cannabis dit thérapeutique ne peut apporter les garanties d’un médicament. »

Mieux encore elle dénonce un « abus de confiance ». Toute appellation « médicale » ou « thérapeutique » appliquée à un produit n’ayant pas suivi le « long processus réglementaire » de l’AMM est, selon elle, « abusive et illicite ». Et de rappeler quatre « médicaments » issus de cannabinoïdes de synthèse et d’un extrait pur de cannabis (cannabidiol), sont actuellement autorisés « dans certaines situations cliniques spécifiques et des conditions rigoureuses de prescription » : le THC de synthèse (Marinol®) et un dérivé synthétique du THC (Cesamet®), le cannabidiol (Epidyolex®) et le Sativex® (non commercialisé en France).

Et pour achever le tout l’Académie estime que l’on « abuse les patients » :

« Avec 1 300 000 usagers réguliers, la France est le premier pays européen consommateur de cannabis, malgré son statut illicite et les risques notoires qu’il fait courir sur les plans physique et psychique. Le THC stimule les récepteurs cannabinoïdes dans le cerveau, provoquant les effets bien connus des consommateurs, mais il produit surtout des effets délétères souvent irréversibles, notamment chez les plus jeunes : décrochage scolaire ; effets désinhibiteurs ; dépression, pouvant conduire au suicide ; déclenchement ou aggravation de la schizophrénie ; induction d’une polytoxicomanie ; responsabilité avérée dans les accidents de la route et en milieu professionnel ; augmentation du risque de cancer du poumon… ».

Désinformation idéologique

Aucun hasard : cette sortie coïncide avec le processus mis en place en France pour (après des années de déni) pour organiser au mieux la délivrance raisonnée de « cannabis thérapeutique ». Un processus placé sous la direction du Pr Nicolas Authier (Service de pharmacologie médicale & CETD, CHU de Clermont-Ferrand ; Observatoire Français des Médicaments Antalgiques) dans le cadre de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Avec l’annonce, aussi, en mai dernier de la création d’Espoir (Im)patient,  premier lobby français dont l’action sera au service des malades qui pourraient être aidés par une version médicamenteuse du cannabis. Une initiative qui réunit une cinquantaine de patients, proches de patients et professionnels de santé (Amine Benyamina, William Lowenstein,  Olivier Bertrand, Bertrand Lebeau et Rodolphe Ingold). Et une action sera développée  dans le cadre des travaux conduits au sein de l’ANSM. 

Nous avons demandé au Pr Authier quelle lecture il faisait du communiqué de l’Académie nationale de pharmacie. Voici sa réponse :

« L’Académie nationale de pharmacie est le parfait exemple de cette désinformation  idéologique, jouant sur les peurs et les risques, faisait fi de la souffrance humaine et de la médecine. Des propos irresponsables qui n’honorent pas cette académie dont l’intégrité scientifique interroge. Des propos qui s’avèrent probablement plus dangereux vis à vis des populations jeunes et vulnérables aux addictions ou usages à risque. Ils participent plus à rendre attractif des préparations pharmaceutiques, qui ne les seront pas, et à une désinformation du grand public. Ne pas être en mesure de faire la différence entre un usage thérapeutique de préparations pharmaceutiques calibrées, prescrites pour soigner et rigoureusement surveillées, et un joint de résine ou d’herbe de cannabis obtenu illégalement en deal de rue pour faire la fête ou se défoncer, montre la totale méconnaissance clinique du sujet par les académiciens. »

Pour le Pr Authier ces Académiciens  « oublient volontairement de dire  qu’un médicament à plusieurs statuts possibles et que l’AMM n’est pas le seul moyen de rendre accessible un médicament (ATU, RTU, préparations pharmaceutiques et magistrales) ». « Pire encore, ajoute-t-il, ils mentent en expliquant que l’opium n’est pas un médicament en France : la poudre d’opium est consommée comme antalgique par plus de trois millions de français chaque année dans des spécialités pharmaceutiques (donc avec une AMM) comme Lamaline® et Izalgi®. Engager la responsabilité de toute une Académie en publiant des allégations fausses, hors sujet voire mensongères d’un groupe d’académiciens activistes interroge sur le (dys)fonctionnement de l’Académie de pharmacie et sa légitimité à s’exprimer sur de tels sujets. »

Pour le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions, aucune véritable surprise « Cet abus de position, pour dire n’importe quoi, dure depuis vingt ans, nous a-t-il déclaré. Être Académicien et mentir par activisme réactionnaire ne devrait pas exister – à la différence du cannabis à usage thérapeutique. » Cet activisme insoupçonné conduira-t-elle la vieille institution pharmaceutique à répliquer ? Aura-t-elle, Rodrigue moderne, assez de cœur pour descendre sur le pré ?

A demain @jynau

1 Sur ce thème, on peut se reporter avec le plus vif intérêt au texte du  Pr Nicolas Authier piblié sur le site The Conversation : « Pourquoi nous devrions expérimenter le cannabis thérapeutique en France ». 

E-Cigarette : elle détrône progressivement le tabac dans les collèges et lycées français

Bonjour

Mesurer l’entrée des adolescents français dans l’esclavage ambivalent des addictions. C’est une première : plus de 20 000 collégiens et lycéens représentatifs des adolescents scolarisés en France métropolitaine âgés de 11 à 18 ans ont, en 2018, répondu simultanément à un questionnaire en ligne à propos de leurs comportements de santé et de leurs consommations de substances psychoactives. Etude « EnCLASS » Les premiers résultats sont présentés dans le numéro 132 de la revue Tendances de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies 1.

Premiers constats : ce sont principalement les substances « licites », alcool et tabac, qui se diffusent au cours des « années collège » – substances illicites pour les mineurs… «  Tous niveaux de classes de collège confondus, 6 élèves sur 10 déclarent avoir déjà consommé une boisson alcoolisée et 1 sur 10 indique une ivresse alcoolique, résume l’OFDT. La diffusion du cannabis ne s’amorce [sic] qu’en  4e et atteint 16,1 % en 3e. Durant les  »années lycée », des usages plus réguliers s’installent. C’est le cas pour l’alcool,  singulièrement chez les garçons qui sont un tiers à déclarer ce comportement en terminale. La diffusion du tabagisme connaît une accélération : un élève de terminale sur 5 (21,5 %) fume quotidiennement. Quant à l’expérimentation du cannabis,  33,1  % des lycéens sont concernés. »

Un espoir toutefois : quand elle est possible, la comparaison avec les enquêtes précédentes témoigne d’un recul de l’ensemble des usages au collège. Au lycée c’est aussi le cas pour le tabac et le cannabis. Toutefois les niveaux de consommation d’alcool sont stables.

Les intégristes anti-nicotiniques

Restons au chapitre tabac. La comparaison des résultats d’EnCLASS 2018 avec ceux d’ESPAD 2015 fait apparaître une nette baisse des niveaux d’usages : l’expérimentation recule de 8 points (de 60,9 % à 53,0 %) et l’usage quotidien passe sous les 20 % (de 23,2 % à 17,5 %) « soulignant une certaine désaffection pour le produit dans ces jeunes générations ». « Dans le même temps, ajoute l’OFDT, l’expérimentation de la cigarette électronique semble bien plus commune ». Extrait de la publication :

« Les résultats d’EnCLASS témoignent d’une nette hausse de l’expérimentation de la cigarette électronique, confirmant les observations faites par ailleurs en population adulte et adolescente. L’expérimentation concerne près du tiers des élèves de 4e et 3e en 2018 (32,0 %), et plus de la moitié des lycéens (52,1 %, soit 57,2 % des garçons et 47,1 % des filles). L’expérimentation des lycéens s’est accrue de 17 points par rapport à 2015. L’usage au cours du mois chez ces derniers est passé de 10,0 % à 16,0 % en trois ans. Phénomène marquant, 9,8 % des lycéens l’ont expérimentée sans avoir fumé de cigarette auparavant, alors qu’ils n’étaient que 3,7 % dans ce cas en 2015 (ce phénomène concerne 4,9 % des collégiens en 2018). De la même manière, 5,6 % des lycéens déclarent avoir fumé exclusivement une cigarette électronique au cours du mois (7,0 % des garçons vs 4,2 % des filles), contre 2,7 % trois ans auparavant.

« Ces résultats laissent entendre que la pratique de la cigarette électronique tendrait, aujourd’hui, à se dissocier de plus en plus de l’usage de tabac en population adolescente. Néanmoins, la part des « abstinents » (n’ayant jamais fumé ni tabac, ni cigarette électronique) demeure stable à 35,7 % chez les lycéens. Parmi les lycéens qui ont déclaré avoir expérimenté à la fois le tabac et la e-cigarette (soit 42,6 % des élèves), l’expérimentation de tabac a précédé celle de la cigarette électronique dans 58,3 % des cas, l’expérimentation de la e-cigarette avant le tabac a toutefois concerné 13,4 % d’entre eux. »

En toute logique sanitaire ce constat devrait conduire à la fin du déni du pouvoir exécutif quant aux vertus de la cigarette électronique comprise comme le plus puissant des leviers d’une politique de réduction des risques tabagiques. On peut toutefois redouter que les intégristes anti-nicotiniques usent de ces chiffres à des fins radicalement opposées.

A demain  @jynau

1 « Usages d’alcool, de tabac et de cannabis chez les adolescents du secondaire en 2018 » Auteurs : Stanislas Spilka, Emmanuelle Godeau (EHESP), Olivier Le Nézet, Virginie Ehlinger (Inserm UMR 1027), Eric Janssen, Alex Brissot, Antoine Philippon, Sandra Chyderiotis