Suicides à l’AP-HP : tout ce que Martin Hirsch dit à « L’Obs » ; et tout ce qu’il ne lui dit pas

Bonjour

Poursuivant la promotion de son dernier ouvrage Martin Hirsch a accordé un entretien à L’Obs (sur abonnement). Depuis quatre ans déjà à la tête de l’AP-HP, le directeur général estime qu’il faut « réhumaniser » l’hôpital. A la fois un aveu et un programme.

Il évoque brièvement les impossibles urgences, la perversité de la tarification à l’activité, la vie qui n’a pas de prix et les soins qui ont un coût, des besoins infinis et un budget qui ne l’est pas. Il dénonce la « loi Bachelot de 2009 » et ses « pôles » –  défend une vision plus humaine via les « conseils de service ».

Et puis cette question : «  Depuis le début de l’année, des infirmiers se sont suicidés à Cochin, à Saint-Louis, à Pompidou … En décembre 2015, c’est un cardiologue, le Pr Jean-Louis Mégnien qui s’était lui aussi donné la mort à Pompidou. Quelles mesures ont été prises pour éviter que de tels drames ne se reproduisent ? »

Réponse : « Au-delà des premières actions mises en œuvre pour mieux détecter, mieux signaler et faire intervenir des personnes neutres quand un conflit se déclenche, nous avons encore beaucoup à faire. Des propositions ont été transmises aux organisations syndicales et passeront devant nos instances d’ici à la fin de l’année. »

Harcèlement moral

Fin octobre, après des déclarations du directeur général sur le harcèlement hospitalier, le bureau de l’association nationale Jean-Louis Mégnien avait publié un communiqué. Extraits :

« L’AP-HP connaît un grand nombre d’affaires de harcèlement moral. Certaines ont eu une fin tragique, comme celle qui a touché le Pr Jean-Louis Mégnien, alors qu’une alerte sur le harcèlement présumé dont il a été victime avait été lancée directement auprès de M. Martin Hirsch. Plusieurs autres situations de harcèlement moral ont valu à l’AP-HP d’être condamnée, et ce de façon définitive dans au moins deux cas récents, l’un à l’hôpital Ambroise Paré, l’autre à l’hôpital Henri Mondor (…) »

Les responsables de cette association précisaient avoir écrit à deux reprises au directeur général de l’AP-HP (avec copie à la ministre) : la première fois en février 2017 (copie à Marisol Touraine) ; a deuxième en juin 2017 (copie à Agnès Buzyn). L’association s’étonnait que les personnes désignées par la justice administrative comme auteurs de faits de harcèlement moral n’aient été en aucune manière sanctionnées.

Cœur ouvert

« M. Martin Hirsch ne nous a pas répondu, précisaient-ils. L’attitude de la direction générale de l’AP-HP n’est pas acceptable car elle ne fait qu’encourager de tels agissements. Nous constatons aussi des actes de maltraitance de la part de certains hauts responsables administratifs, sans réaction de la part de leur hiérarchie. L’un d’eux accusé de harcèlement sexuel a même été promu. »

Plus généralement, et au-delà des cas individuels, l’association s’interrogeait sur la détérioration des conditions de travail à l’hôpital public. « La gestion des ressources humaines est marquée par la dureté, la déshumanisation, la soumission brutale aux impératifs comptables plutôt qu’au respect de l’Etat de droit, de la qualité des soins et de la dignité des personnels, concluaient les responsables. La succession de suicides d’agents de l’hôpital public en est le symptôme le plus inquiétant. Il est grand temps de remettre en cause ces pratiques managériales pathogènes. »

L’ouvrage du directeur général a pour titre « L’hôpital à cœur ouvert ».

A demain

 

Le « Mois sans tabac » sera sans cigarette électronique. Invraisemblable déni politique

Bonjour

Ne pas se lasser: mesurer ce que peut-être la profondeur abyssale d’un déni. Résumons. Le ministère des Solidarités et de la Santé et « Santé publique France » (en partenariat avec l’Assurance Maladie) viennent de lancer la 2e édition de #MoisSansTabac. Mais que serait un lancement sans un communiqué de presse rédigé par des « communicants » ? Le voici : « Mois sans tabac, 2e édition : pour arrêter de fumer ensemble et en équipe ».

C’est là une décalque du « Stoptober » britannique lancé en 2012 – opération pleinement maîtrisée qui, cette année encourage ouvertement le recours à l’e-cigarette. En France (bilan catastrophique, 32% de fumeurs réguliers, plus de 75.000 décès prématurés) la cigarette électronique n’existe toujours pas dans la sphère politique sanitaire. De ce point de vue la politique d’Emmanuel Macron est un parfait copié-collé de celle de François Hollande. Et Agnès Buzyn a choisi les mêmes impasses que Marisol Touraine. Sans jamais la moindre justification.

#MoisSansTabac, donc. « Cette opération nationale, qui incite de manière positive (sic) les fumeurs à arrêter le tabac pendant 30 jours, se déroule durant tout le mois de novembre (…). Le collectif est au cœur de cette 2e édition qui invite les participants à arrêter de fumer en équipe. Pour renouveler le succès de la première édition de nouveaux moyens sont déployés : des équipes sur les réseaux sociaux, une Fan zone itinérante pour soutenir l’arrêt du tabac et un duo très médiatique (sic) prêt à relever le défi. »

« Fêtard ou pantouflard » ?

Le « duo très médiatique » ? Ce sera Laurent Romejko  coaché par Michel Cymes (que l’on ne présente plus depuis des années). « A travers une web série de six épisodes, les internautes pourront suivre les étapes de leur coaching ». Ce n’est pas tout. Le barnum et le jacobinisme ayant leur limites les cerveaux de  #MoisSansTabac s’appuient cette année « sur un élan collectif renforcé » avec la possibilité de « rejoindre une équipe pour partager et vivre ensemble ce moment (sic) ».

Le « concept » est de créer des « équipes / groupes » par « affinités / méthodes / régions ». On appréciera ici l’élégance des noms donnés aux groupes  qui se constitueront via Facebook ; « 16 équipes thématiques définissent avec humour les modes de vie des participants (fêtard ou pantouflard) ou leur type d’aide à l’arrêt (patché, coaché, vapoteur…) et les 17 équipes régionales leur appartenance géographique. Où l’on voit la cigarette électronique mise au rang des supplétifs humoristiques. Où l’on perçoit le postulat d’un humour qui aurait des vertus thérapeutiques. En l’absence de tout spécialiste de l’addiction tabagique. Le tout sous la férule tissulaire jacobine :

« Chaque région de France dispose d’un ambassadeur #MoisSansTabac. Son rôle en lien avec l’Agence Régionale deSsanté et le réseau des caisses d’Assurance Maladie est d’inciter à des actions collectives régionales : en entreprises, au sein des établissements scolaires, des hôpitaux, des fédérations sportives… ».

Sans oublier la langue de bois y afférent : « La première campagne française de marketing social, inspirée de l’opération anglaise Stoptober a fortement mobilisé les participants et a connu un large succès. 180 000 personnes se sont inscrites à la première édition et ont tenté d’arrêter de fumer ». Combien y sont parvenues ? Nul ne le sait. Et nul ne le saura jamais.

A demain

 

Paris : Neymar Jr. ne jouera pas avec les enfants perdus du square Alain-Bashung (18 ème)

Bonjour

On lit la presse, très sérieusement, quotidiennement ou presque. On désespère bien sûr. Et puis, ici ou là, une embellie, un véritable reportage, un souffle journalistique. Comme, aujourd’hui, celui, dans Le Monde, signé de Louise Couvelaire. Un œil, une plume, un croqué-vif. Et, en l’espèce, un symptôme politique : « A Paris, des enfants des rues, drogués et violents, laissent les services sociaux désemparés ».  Comment, ici, ne pas s’effacer ? Comment ne pas y songer ?

« Quelques-uns sont revenus, à moins qu’ils ne soient jamais partis. D’autres sont arrivés. Plus nombreux. Dans le petit square Alain-Bashung, situé au cœur du quartier de la Goutte-d’Or, à Paris (18e), ils sont une trentaine ce jour-là à traîner leur « misère », disent-ils, et leurs corps écorchés. Tous sont mineurs, isolés et originaires du Maroc. Le plus jeune garçon a 10 ans, le plus âgé, 17 ans. Il y a quelques mois, une quinzaine d’enfants et d’adolescents sont ainsi apparus pour la première fois dans les rues de la capitale.

Dépassés par leur jeune âge, leur forte consommation de drogue – ils sniffaient de la colle dans des sacs en plastique –, leur violence et leur refus de se soumettre aux règles des services de l’aide sociale à l’enfance, les pouvoirs publics et les habitants ont été pris de court. Les tentatives visant à les prendre en charge se sont soldées par des échecs. Un phénomène inédit. (…)

Le square Alain-Bashung est devenu le théâtre d’un sinistre défilé (…) La plupart vivaient déjà dans la rue au Maroc, ils sont arrivés à Paris en passant par Tanger, Melilla (Espagne), Barcelone ou Madrid (…) A part leurs survêtements usés, leurs baskets et leurs blousons à capuche, ils n’ont rien.  »Alors oui, admettent-ils sans détour, on vole. » Derrière le comptoir de sa petite supérette du coin de la rue, Faouzi Ben Omrane se désole.  »Ils font la misère au quartier, souffle-t-il. Ils sont de plus en plus nombreux, très jeunes et volent les sacs et les bijoux des femmes dans la rue ». »

Neymar Jr.

Que font la police et la maire de Paris ? « Depuis l’apparition des premiers mineurs isolés marocains il y a cinq mois, la Mairie de Paris et les différents services de protection de l’enfance tentent de les prendre en charge, sans parvenir, pour l’instant, à comprendre leur trajectoire exacte. Ni à déterminer s’ils sont sous la coupe de passeurs et de trafiquants » répond Le Monde. Et le quotidien qui en a tant et tant vu , tant raconté, depuis sa vieille rue des Italiens :

« La mairie du 18e, soulignant leur ‘’état de santé inquiétant’’ et l’’’exceptionnelle gravité’’ de la situation, a relancé les dispositifs d’urgence : maraudes, procédure en lien avec le parquet pour éloigner les jeunes filles… En attendant, alors que la nuit s’apprête à tomber, le square Alain-Bashung se vide. Ses jeunes occupants du jour se dispersent par petits groupes pour trouver un coin où dormir. »

Jeudi 3 août au matin, un homme s’est présenté à Madrid au siège de la Ligue espagnole de football. Il avait dans une main un chèque de 222 millions d’euros. Et il est reparti avec. Refus par la Liga du paiement de la clause libératoire permettant la rupture du contrat liant le Brésilien Neymar Jr. au FC Barcelone – un préalable à son engagement avec le club qatari du PSG. On peut, aussi, imaginer que la cour des Miracles du square voue un culte à Neymar.

A demain

Le lobby alcoolier vient-il aujourd’hui d’entrer en majesté dans le Palais de l’Elysée ?

Bonjour

Est-ce une simple conseillère affûtée ou le lobby alcoolier qui fait une entrée en majesté à l’Elysée ? Sommes-nous confronté à un conflit majeur d’intérêts face auquel la ministre de la Santé (et des Solidarités) apparaît comme désarmée ? Toujours est-il qu’Audrey Bourolleau, 37 ans, a été nommée, lundi 22 mai, « conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural » auprès du président de la République. Mme Bourolleau était il y a peu encore déléguée générale de « Vin et société ». C’est là un organisme particulièrement actif chargé de défendre les intérêts de la filière viticole française et dont nous avons été souvent amené à parler sur ce blog. Le Monde fait observer que cette nomination a été saluée par un communiqué de « Vin et société » :

« Audrey Bourolleau avait rejoint Vin & Société en tant que Déléguée Générale en novembre  2012. Sa mission était de mettre en  œuvre les actions sociétales et politiques de la filière  viticole. Audrey Bourolleau a  conçu et  mis en œuvre le volet consommation responsable, éducation et œnotourisme de Vin & Société. Elle a en particulier lancé le portail de la prévention en ligne, piloté la 1ère campagne d’information sur les repères de consommation en décembre 2015 (…) Audrey s’était mise en disponibilité le temps de la campagne présidentielle  durant laquelle  elle était référente agricole pour le mouvement En Marche !.  Elle a choisi de quitter ses fonctions le 2 mai dernier. »

Heineken

Diplômée de l’ESC de La Rochelle, Mme Bourolleau ne s’est pas passionnée que pour le vin. Le Monde rapporte qu’elle a (jusqu’ici) fait l’essentiel de sa carrière dans le monde du vin et de la bière 1. D’abord chez Baron Philippe de Rothschild France Distribution, puis chez Heineken, avant de prendre la direction de l’Union des Côtes de Bordeaux.

« L’un de ses principaux faits d’arme a été d’obtenir, lors de l’examen de la loi santé en 2015, le détricotage de la loi Evin qui encadre la publicité sur les boissons alcoolisées en France depuis 1991, ajoute le quotidien vespéral. Les parlementaires avaient fortement assoupli les conditions dans lesquelles il était possible de faire la promotion du vin en dépit de l’opposition de la ministre de la santé Marisol Touraine. Une mesure qui avait reçu la bénédiction du chef de l’Etat François Hollande et de son ministre de l’économie, Emmanuel Macron.» 

On se souvient peut-être des critiques d’une particulière virulence exprimées (dans L’Humanité) par l’actuelle ministre de la Santé, Agnès Buzyn – alors présidente de l’Institut national du cancer. Une vive polémique avait aussi opposé la Haute Autorité de Santé (qu’allait présider Mme Buzyn) à l’association « Vin et Société ».

Grain de raison

Audrey Bourolleau avait par ailleurs magistralement piloté une campagne de communication fin 2015 qui avait elle aussi suscité de très vives polémiques. Sous le slogan « Aimer le vin, c’est aussi avoir un grain de raison », cette opération se proposait de donner aux Français les « repères de consommation » de vin, baptisés « 2.3.4.0 ». Soit deux verres maximum par jour pour une femme, trois verres pour un homme, quatre en une seule occasion et 0 un jour par semaine. Des repères aujourd’hui revus à la baisse par les autorités sanitaires sur lesquelles la ministre de la Santé a la tutelle. Puis, l’été dernier, l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie avait accusé « Vin et société » de mensonges.

Est-ce une simple conseillère dynamique, compétente et affûtée ou le lobby alcoolier qui fait une entrée en majesté à l’Elysée ?

A demain

1 Même s’il existe certaines alliances entre les deux, il conviendrait de ne pas confondre systématiquement  lobby viticole et lobby alcoolier

 

Qui vissera sa plaque dans les dunes dorées de Saint-Lunaire, petit bijou balnéaire breton ?

 

Bonjour

Au départ il y a Saint Lunaire (vers 509 – vers 560-580). Un saint catholique par ailleurs armoricain. Parfois appelé Lenor, Launeuc ou Lormel (voire Léonard). Son culte s’étend de la pointe occidentale de l’Armorique jusqu’aux marches de Bretagne – voire à l’Avranchin.

Puis vint Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine). Station balnéaire située à l’ombre de Dinard. « Son bourg s’étend sur les dunes sablonneuses (mielles) accumulées entre deux massifs de granite (bien lire granite) et grès se jetant de manière subméridienne vers la mer de la Manche, les pointes du Nick, du Décollé et de la Garde Guérin, nous dit la Toile. Avec l’urbanisation, seules subsistent les plages de sable fin (découvertes de quelque 300 mètres à grande marée) dites Grand’Plage et plage de Longchamp, toutes deux barrées de digues construites pour la promotion immobilière à la fin du XIXe siècle et dans les années 1930. »

Aujourd’hui rien ne va plus à Saint-Lunaire. « La prochaine saison touristique donne des sueurs froides à la mairie, rapporte Le Quotidien du Médecin.  Le Dr Françoise Robert, généraliste libérale [conventionné secteur 1. Carte Vitale acceptée], est en effet sur le point de prendre sa retraite. Problème, elle est le seul omnipraticien de cette petite commune de 2 300 habitants. »

Plaquette de bienvenue

La municipalité, dirigée par Michel Penhouët, n’est pas inactive. « Une communication tous azimuts se met en place, via des annonces diverses et notre site Internet », indique-t-il à Ouest-France : « Saint-Lunaire en quête de médecin(s) généraliste(s) ». Une « plaquette de bienvenue aux médecins généralistes » a été confectionnée. Elle sera bientôt sur internet.

« Elle vante les qualités du site lunairien : l’accueil et l’attractivité de la commune (300 logements construits en dix ans), des commerces de proximité, un marché hebdomadaire, des associations nombreuses, des animations… Gage pour les candidats médecins d’une patientèle assurée. Pour les loisirs, la plaquette mentionne aussi le yacht-club flambant neuf, des courts de tennis, deux centres équestres, le centre culturel et le cinéma, un golf à proximité… »

Mieux encore, le médecin ne sera pas isolé, dans son cabinet mis à sa disposition gratuitement pendant deux ans. Ici sont déjà installés un dentiste, quatre kinés, un podologue, quatre infirmières, un psychologue, un psychothérapeute, un ostéopathe…. Que dire de plus ? La commune a aussi sa pharmacie et SOS médecins est présent pour les gardes. Les médecins, parents d’enfants, ont également deux écoles à leur disposition, publique et privée et un restaurant scolaire bio.

Homards bleus

Vous hésitez ? Dinard est à 3 km, Saint-Malo à 15 km, Rennes à 45 minutes, Paris à 2 h 30 en TGV, et Londres à 1 h 15 au départ de l’aéroport de Pleurtuit. Ici le « bassin de vie de Dinard » abrite trente-deux généralistes. Saint-Lunaire n’est donc pas un désert médical. Et en saison la population du bijou balnéaire breton est multipliée par dix. Hier encore on serait venu ici à bride abattue.

« J’étais persuadé qu’à Saint-Lunaire, comme le cadre est extraordinaire, que l’on aurait aucun mal à recruter un médecin. Je me trompais ! », a confié le maire à France Bleu . La France change, la Bretagne aussiBien au-delà des déserts, un cadre extraordinaire, du sable fin, des homards bleus et un restaurant bio ne suffissent plus à attirer les médecins généralistes. Pourquoi ?

A demain

 

 

 

Après le triomphe du «deuxième cerveau», les éditeurs vont-ils exploiter notre peau ?

 

Bonjour

Aujourd’hui, au courrier, un carton d’invitation. Nous sommes conviés, un jour prochain (gardons le secret) dans un restaurant de la bien charmante rue du Cherche-Midi, à deux pas de la tanière de l’ogre-géant Depardieu. Qu’est-ce qu’un ogre-géant, sinon un corps qui se distend, qui augmente le volume de ses intestins et la surface de sa peau ? Depardieu est-il un ogre ou un géant ? La Barbe bleue ou le Gargantua ? Gentil ou méchant ? Les deux ?

Le facteur. « Veuillez trouver ci-dessous une invitation à un déjeuner presse pour la sortie du livre « Dans ma peau, une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air » (Editions Solar). L’auteur, le Dr Yaël Alder sera parmi nous, un traducteur l’accompagnera. »

« Dans ma peau, Une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air » ? Voici le texte qui incitera (ou pas) à acheter :

« Elle nous entoure de toutes parts, mesure près de deux mètres carrés et enveloppe tout ce que nous portons en nous. La peau est notre lien avec le monde extérieur. Notre antenne. Elle peut émettre et recevoir. Elle nourrit nos sens. Elle est objet de désir, elle est notre zone frontière, le fascinant réceptacle de toute notre vie, et en même temps une gigantesque terre d’accueil pour les bactéries, les champignons, les virus et les parasites.

Pourtant, peu d’entre nous savent vraiment ce qu’est cet organe, comment il fonctionne et surtout quelles missions vitales il accomplit pour nous. Dans cet ouvrage, Yael Adler, dermatalogue, [on peut la voir ici] choisit de parler de la peau en faisant tomber tous les tabous qui lui sont associés. Celui de la nudité très souvent ? organes génitaux visibles ou sentiments de honte invisibles ?, mais aussi ceux des odeurs, un peu fortes ou carrément nauséabondes, des petits défauts, creux, bosses et taches, ou encore des sécrétions. Bref, bien des choses dont nous n’aimons pas parler ou que nous trouvons écoeurantes viennent de la peau : pellicules, cérumen, boutons, sébum, sueur, etc. Autre tabou : les maladies vénériennes, surtout quand il s’agit de savoir où on les a attrapées.

Pour elle, tout cela n’a rien de répugnant, bien au contraire. Elle pense et analyse avec ses sens : elle observe, gratte, presse et sent. Car la nature, la consistance et l’odeur d’une affection cutanée sont autant d’indices qui aident à démasquer le coupable.

La peau est un organe fascinant, le plus vaste du corps humain. Une pure merveille ! Aussi divertissant qu’instructif, cet ouvrage nous explique ce qu’il faut savoir sur cet organe essentiel qui nous relie au monde, aux autres et à nous-mêmes. »

Bourgeoisie discrète

L’éditeur nous dit encore que ce livre est, en Allemagne, un best-seller (100 000 exemplaires vendus). « Après l’intestin, la peau est le nouvel organe qui fascine grand public et professionnels » ajoute-t-il. Où l’on voit que les maisons d’éditions peuvent se marquer à la culotte, le phare dans ce domaine étant le succès historique, prodigieux (et qui perdure) d’Actes Sud avec son inimitable « Charme discret de l’intestin ». Un titre comme en rêvent tous les éditeurs et nombre d’auteurs ; un titre que nous imaginions (à tort nous assure l’éditeur) décalqué du non moins célèbre film de Luis Buñuel (et Jean-Claude Carrière).

« Dans ma peau, Une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air », donc. Est-ce un bon titre ? Consulté nous aurions penché pour Paul Valéry et sa célèbre formule superficiellement profonde : « Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau ».  On l’effleure dans « L’Idée fixe ou Deux hommes à la mer » (1933) lors d’un dialogue improvisé sur une plage entre un apprenti philosophe et un médecin assez désabusé. L’ouvrage est dédié au célèbre Pr Henri Mondor, et à tous les amis que compte Valéry dans le corps médical.

« (…) Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau, — en tant qu’il se connaît. Mais ce qu’il y a de… vraiment profond dans l’homme, en tant qu’il s’ignore… c’est le foie (…). »

Tout est là, y compris de bons titres. On attend l’éditeur qui nous débitera de l’hépatique. Irons-nous rue du Cherche-Midi. Grignote-t-on calmement à l’ombre d’un géant ?

A demain

PS. Plusieurs lecteurs lettrés (mais trop timides pour se dévoiler) nous signalent l’heureux rapprochement qui eût résulté d’une référence au psychanalyste-psychologue Didier Anzieu et à son célèbre Moi-Peau. C’est ainsi: Paul Valéry tire encore trop souvent la couverture à lui. Que ces lettrés soient, ici, chaudement remerciés.

 

Polémique cœur artificiel : CARMAT n’avait pas dit ce que tout le monde avait bien compris

Bonjour

Comment mettre de l’eau dans son vinaigre ? La société CARMAT, qui publiait ce 14 février ses résultats annuels, fait in fine savoir qu’elle va bientôt déposer une demande à l’Agence nationale du médicament (ANSM) pour une reprise de son étude PIVOT interrompue après la mort du premier volontaire. Il en allait différemment il y a quelques jours, quand Stéphane Piat, directeur général, accusait dans Le Parisien l’ANSM de ne pas saisir ce que CARMAT voulait ; que l’innovation réclamait parfois des arrangements avec le pointillisme éthique. Puis de révéler que le dernier greffé était responsable de sa mort .

Aujourd’hui le ciel est redevenu serein ; es menaces voilées n’ont jamais existé, même voilées. Jamais le directeur général n’a déclaré que la société allait quitter la France pour des latitudes plus accommodantes. Carmat restera en France tout en prospectant à l’étranger où de nouveaux patients seront enrôlés. Entendre : les ponts seront vite reconstruits avec l’ANSM dont CARMAT salue le travail. C’est à peine si la société formule a minima un appel pour « plus de pragmatisme sur l’innovation de rupture » (sic) ; message-jargon  qui semble presque être entendu côté ministère de la Santé.

La vie des affaires

Pour le reste, c’est la vie habituelle des affaires avec ce langage qui n’appartient qu’à elles :

« A compter du 1er septembre 2016, Stéphane Piat a pris la fonction du Directeur général de la société. Son expertise reconnue dans le domaine des dispositifs médicaux, acquise au sein de grands groupes de cardiologie nord-américains, constitue un atout majeur dans l’exécution de la stratégie clinique et d’accès au marché de CARMAT

« Conformément à sa stratégie clinique, CARMAT confirme travailler sur l’ouverture de l’étude PIVOT à d’autres pays de la zone européenne en plus de la France. L’objectif est d’accélérer le recrutement de l’étude et surtout de sélectionner au mieux le profil des patients afin de maximiser les chances de succès de l’étude. Par ailleurs, CARMAT étudie dès à présent les opportunités de développement sur le marché américain et a pris contact avec la FDA (Food and Drug Administration), le marché américain disposant du potentiel le plus important pour les assistances circulatoires mécaniques.

« La levée de fonds réalisée l’an dernier a permis également de lancer des investissements ciblés sur le développement des processus de production. Ces derniers donneront des résultats en termes de qualité et de productivité dès le début du premier semestre de cette année. »

A l’horizon, bientôt : les débats éthiques sur les indications exactes confrontées à celle des greffons (gratuits), la fixation du prix et celle du remboursement par l’assurance maladie.

A demain