Suicides : le courage atypique du directeur général de la police nationale ; silence à l’hôpital

Bonjour

Il se nomme Eric Morvan, 62 ans. Né à Nevers, haut fonctionnaire, carrière ascendante exemplaire, occupe depuis près de deux ans le poste à haut risque de directeur général de la police nationale (DGPN) Fait sans précédent, il invite dans une lettre envoyée à tous les policiers, vendredi 19 avril, la profession au dialogue et à la libération de la parole face à la vague de suicides dans l’institution, un sujet tabou chez les forces de l’ordre.

Dans sa lettre aux 150 000 fonctionnaires de police français (et dont l’Agence France-Presse a eu copie) Eric Morvan enjoint à parler du suicide – une démarche atypique qui ne va pas nécessairement de soi dans l’institution.

« Plusieurs de nos collègues ont mis fin à leurs jours. Certains penseront peut-être que ce dramatique enchaînement relève d’un facteur mimétique 1  et que, plus on parle du suicide, plus on prend le risque d’en susciter, dans un contexte rendu encore plus difficile par la charge opérationnelle ».

« Il faut en parler. Sans crainte d’être jugé. Il faut se confier, se persuader qu’avouer un mal-être n’est jamais une faiblesse (…)  La responsabilité humaine que l’on doit reconnaître à celui ou celle qui prend cette terrible décision ne nous exonère pas de la nôtre »

Le DGPN, qui évoque « un devoir collectif », y compris et surtout des chefs, dont le management est, nous dit l’AFP, « souvent pointé du doigt par les organisations syndicales de gardiens de la paix ».

Intérieur, Solidarités et Santé

Le Monde pascal, qui consacre sa manchette au phénomène : « Suicides dans la police : l’état d’urgence », donne la parole (Louise Couvelaire) à Sebastian Roché, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique et « spécialiste de la police ». Il a notamment publié De la police en démocratie (Grasset, 2016). Pour ce chercheur, le nombre important de suicides de policiers enregistrés depuis le début de l’année est un phénomène alarmant, mais difficile à analyser, faute d’études sur le sujet. Extraits :

«  Le taux de sur-suicides des policiers se maintient à un niveau élevé depuis longtemps. Cela fait quarante ans que l’on sait qu’il y a davantage de suicides chez les policiers que dans le reste de la population à structure égale, c’est-à-dire entre 35 ans et 45 ans et majoritairement masculine. En juin 2018, un rapport du Sénat pointait un taux de suicides dans la police supérieur de 36 % à celui de la population générale. Mais ce qui est certain, c’est que l’année 2019 est très mal partie, et c’est alarmant. Si le rythme se maintient, on pourrait atteindre le record de l’année 1996, ‘’ année noire ‘’ qui avait enregistré soixante-dix suicides.

Les causes de ce taux de « sur-suicides » ?

« On ne le sait pas justement. Et c’est bien le problème. Il n’existe aucune étude de fond du ministère de l’intérieur permettant d’analyser le phénomène. Il y a un défaut de volonté de comprendre. C’est une lacune historique et structurelle de Beauvau. Résultat, nous n’avons toujours pas réussi à identifier le problème ni été capables de mesurer l’efficacité des mesures mises en place jusqu’à présent. (…)

« La qualité de la relation avec la population joue probablement un rôle important. En 2016, elle était meilleure que les années précédentes, ce qui peut aider les policiers à donner un sens à leur engagement.

« Sur ce terrain, 2019 est une année conflictuelle et donc difficile. Les policiers sont mis en cause par une partie de la population qui jusque-là les soutenait. Pour répondre à leur détresse, il ne suffit pas d’ouvrir une ligne téléphonique, comme le prévoit le plan antisuicides, il faut multiplier les portes d’entrée pour appeler à l’aide, comme l’a fait la police de Montréal, au Canada, en formant la hiérarchie, les syndicats et des pairs référents. »

« Aucune étude de fond du ministère permettant d’analyser le phénomène … un défaut de volonté de comprendre ». Ce sont là des propos que l’on peut appliquer au ministère des Solidarités et de la Santé confronté aux suicides des soignants hospitaliers. Qui dira pourquoi le pouvoir exécutif se refuse à multiplier les portes d’entrée pour que l’on entende mieux ces agents salariés qui nous appellent à l’aide ?

A demain

@jynau

1 Le DGPN fait ici notamment référence à « l’effet Werther » ,phénomène qui tire son nom d’une spectaculaire vague de suicides s’étant produite en Europe après la parution (1774) du célèbre roman de GoetheLes Souffrances du jeune Werther, roman centré sur le suicide d’un jeune homme à la suite d’amours déçues

Cannabis et exercice physique : souris et chocolat nous ouvrent des perspectives philosophiques

Bonjour

Quelle est l’ampleur véritable de notre libre arbitre ? Où se nichent le déterminisme et la prédétermination ? Tout est-il écrit ou nous reste-t-il quelques pages blanches ?  La question se pose à la lecture du titre d’un récent et très officiel communiqué de presse de l’Inserm : « Courir ou manger du chocolat, un choix dicté par les récepteurs cannabinoïdes ».

Exposé général des motifs :

« Les pathologies qui résultent de notre mode de vie sédentaire ont pour principale cause une inactivité physique, cette dernière étant souvent associée à une prise excessive de nourriture riche en sucres et/ou en gras. A l’opposé, une activité physique excessive aux dépens de la prise de nourriture peut également s’avérer nocive, comme l’illustrent des cas d’anorexie nerveuse. Ces données rendent donc cruciale la recherche des processus neurobiologiques contrôlant les motivations respectives pour l’activité physique et la prise alimentaire. Fruit de la collaboration entre des chercheurs de l’Inserm et du CNRS, une étude publiée le 07 Mars 2019 dans la revue JCI Insight révèle que les récepteurs cannabinoïdes CB1 jouent un rôle primordial dans le choix entre courir et consommer une nourriture chocolatée. »

Contexte du travail :

« Les auteurs de avaient précédemment rapporté que les récepteurs des cannabinoïdes CB1, présents sur plusieurs types de neurones, jouent un rôle clef dans les performances lors d’une activité physique chez la souris. Cette conclusion était basée sur les performances réalisées par des animaux ayant un accès libre à une roue d’activité, un modèle qui ne permettait pas de distinguer le mécanisme mis en jeu (motivation, plaisir…). »

Méthodologie :

« La motivation pour une récompense ne pouvant être estimée que par la mesure des efforts que l’individu, Homme ou animal, est prêt à fournir pour accéder à cette récompense, les chercheurs ont élaboré un modèle dans lequel chaque accès à la roue était conditionné par un effort préalable. Cet effort préalable consiste en l’introduction répétée du museau dans un réceptacle, condition sine qua none pour débloquer la roue. Après une période d’apprentissage de la tâche au cours de laquelle l’effort demandé était constant, les souris ont été confrontées à un test dans lequel l’effort demandé pour accéder à la roue a été augmenté de manière progressive. »

Résultats :

« Exposées à ce test, des souris dépourvues de récepteurs CB1 ont montré un déficit de 80 % dans l’effort maximal qu’elles étaient prêtes à fournir pour accéder à la roue, et ce sans diminution des performances lors de leurs accès à la roue. Ce résultat indique que les récepteurs CB1 jouent un rôle majeur dans le contrôle de la motivation pour l’activité physique. L’utilisation d’autres souris génétiquement modifiées a également permis aux chercheurs de démontrer que ces récepteurs CB1 contrôlant la motivation pour l’exercice sont localisés sur des neurones GABAergiques.

Les chercheurs ont ensuite examiné si les récepteurs CB1 dans les neurones GABAergiques contrôlent la motivation pour une autre récompense, de la nourriture chocolatée (au même titre que les humains, les souris en raffolent même si elles sont bien nourries). Alors que les récepteurs CB1 jouent également un rôle dans la motivation pour la nourriture, mais à un degré moindre que dans la motivation pour l’activité physique, les récepteurs CB1 localisés sur les neurones GABAergiques ne sont pas impliqués dans la motivation pour la prise de nourriture chocolatée. »

Perspectives addictologiques et philosophiques :

« Au-delà de ces résultats indiquant que le récepteur cannabinoïde est primordial pour la motivation pour l’activité physique, cette étude ouvre des perspectives pour pouvoir étudier les mécanismes neurobiologiques responsables d’augmentations pathologiques de cette motivation. Une illustration est fournie par l’anorexie nerveuse qui associe souvent une diminution de la motivation pour se nourrir à une augmentation de la motivation pour l’activité physique. »

Rappelons, au delà des addictions, que le libre arbitre est la faculté qu’aurait l’être humain de se déterminer librement et par lui seul, à agir et à penser. A l’opposé du spectre on trouve le déterminisme, voire le fatalisme, qui affirment que la volonté serait déterminée dans chacun de ses actes par des « forces » qui l’y nécessitent. Résumons. « Se déterminer à » versus « être déterminé par ». Entre le « destin » et la « liberté », faut-il choisir ou, au contraire, pouvons-nous saupoudrer ? Et les museaux de souris peuvent-ils, ici, nous éclairer ?

A demain

@jynau

« Je n’ai peur de rien » assure Agnès Buzyn, ministre déconnectée ou pas du terrain

Bonjour

Le suspense n’aura pas dépassé l’arrivée du printemps et le retour des chants : c’est Nathalie Loiseau qui a finalement été désignée par Emmanuel Macron pour voler vers Strasbourg et Bruxelles. Il restera à Patrick Rambaud, moderne Philippe de Commynes, à narrer, chez Grasset l’histoire d’un désaveu. Nathalie Loiseau, donc, ministre des Affaires européennes et non Agnès Buzyn ministre des Solidarités et de la Santé.

Longtemps « pressentie » elle avait progressivement, dans différents médias, distillé sa nouvelle ambition. Lasse d’évoquer les « vaccins », la « grippe » et les « urgences » elle souhaitait « sortir de son champ de compétences ». Et avait osé la métaphore de la cathédrale.

Comment faire contre mauvaise fortune bon cœur ? « Si j’avais dû partir pour l’Europe, je pense que j’aurais eu une forme de frustration de ne pas avoir été jusqu’au bout de ce que je souhaite faire dans ce ministère », vient-elle de déclarer à l’AFP, à la veille du vote de « sa loi Santé » à l’Assemblée nationale.

Des sujets de société absolument magnifiques

« Elle a été approchée par plein de gens, ça a résonné par rapport à son histoire et à ses convictions » raconte, cité par le Quotidien du Médecin un haut fonctionnaire, faisant allusion aux liens familiaux d’Agnès Buzyn avec Simone Veil. Mais, en plein vote de la loi santé, « ça aurait été un énorme gâchis de changer de ministre », d’autant qu’elle a « une forte crédibilité dans le secteur ».

Et le Quotidien du Médecin (Stéphane Long) d’ajouter ces quelques lignes : « Un sentiment moins partagé à la base du système hospitalier où les infirmières gardent en travers de la gorge quelques attitudes qualifiées de ’mépris de classe’’ : des yeux levés au ciel, un rictus lors d’une visite à Rouen… Un médecin parisien juge que la ministre est depuis trop longtemps ’déconnectée du terrain’’ »

D’autres se plaisent à raconter que certains n’auraient pas hésité à la retenir. « Ils ont tous fait une démarche auprès d’elle en disant “Vous ne pouvez pas nous laisser tomber”.  Ça l’a beaucoup touchée » distillerait  un pilier de la majorité.

Faire une croix sur le symbole d’un destin européen dans les pas de Simone Veil ? « Je trace mon propre chemin, en restant fidèle à ses valeurs », dit Agnès Buzyn. « Un chemin, rappelle Le Quotidien, qui la confrontera bientôt aux tabous d’une société : la bioéthique, les retraites, la dépendance. ‘’Ce sont des sujets de société absolument magnifiques et je n’ai pas fini le travail [au ministère], loin de là’’, dit la ministre. Redoute-elle une opposition farouche sur ces sujets clivants ? ‘’Je n’ai pas peur. En fait, je n’ai peur de rien’’. »

A demain

@jynau

 

Humour : Agnès Buzyn, sa loi Santé et l’accusation de «pied de nez» fait aux députés citoyens

Bonjour

Le temps passe bien vite dans le champ politique. « Agnès Buzyn la ministre qui veut se lâcher » titrait, le 11 février dernier, Le Journal du Dimanche. C’était alors l’envol programmé vers Strasbourg, Bruxelles, l’Union européenne. Six semaines plus tard la ministre plus attachée que jamais à ses dossiers – et défend jour et nuit devant l’Assemblée nationale un projet de loi auquel elle donnera peut-être un jour son nom : la loi « relative à l’organisation et à la transformation du système de santé ».

Et voici Agnès Buzyn cible  d’une tribune publiée dans Le Journal du Dimanche (24 mars).

Une tribune qui voit une nouvelle fois en quelques jours la gauche presque réunie dans l’Hémicycle : cinquante-sept députés dont André Chassaigne, Jean-Luc Mélenchon et Valérie Rabault – sans oublier François Ruffin 1. Et ces députés plus ou moins insoumis d’user de la vieille métaphore du « pied de nez » :

 « « La loi santé est un pied de nez fait aux Français qui défendent leurs services publics et qui s’inquiètent face à la désertification médicale croissante. Le Parlement a examiné cette semaine le texte présenté par Agnès Buzyn en Conseil des ministres le 13 février dernier. Cette loi, qui compte 7 ordonnances pour 23 articles, prétend supprimer le numerus clausus et redéfinir la carte hospitalière française conformément au souhait du président de la République de ‘’réformer structurellement le système de santé français’’. »

Les cinq petits doigts de la main qui gigotent

 Si les signataires partagent le constat (« il faut adapter notre système de santé aux évolutions de notre société ») ils sont   en désaccord profond sur les choix du gouvernement en la matière. Ils estiment que face à la désertification médicale, « tout n’a pas été essayé » (ils plaident pour un « conventionnement ­sélectif » des médecins) et que la refonte de la carte hospitalière ne peut se faire par ordonnance.

« Nous n’avons manifestement pas la même vision de ce que doit être le service public de la santé. En effet, sur ce sujet sensible, le gouvernement compte légiférer par ordonnances et ­demander au Parlement un blanc-seing pour éviter le débat d’idées, la confrontation projet contre projet (…) Il s’agit de savoir quels territoires verront leurs hôpitaux déclassés, leurs maternités déménagées, leurs services d’urgences fermés, leurs plateaux techniques abandonnés. Ce sujet ne peut échapper aux représentants du peuple, et plus largement aux citoyens eux-mêmes. »

Ainsi donc, pour des députés « viscéralement attachés à nos territoires et à une certaine idée du service public » il faudrait voir dans ce projet de loi un pied de nez fait à certains Français. Où l’on en revient à la signification véritable de cette expression. Geste de moquerie, sans doute, consistant à mettre son pouce sur son nez, la main tendue vers le haut, tout en agitant les doigts. Mais aussi geste prisé par les jeunes enfants – ce qui peut donner cette lecture pédo-psychiatrique (Paule Aimard, Les bébés de l’humour):

« Ce geste de moquerie, qui a une certaine drôlerie en soi, avec les cinq petits doigts de la main qui gigotent en prolongeant l’appendice nasal, est un affront à l’autorité, affront qui n’est pas envoyé de face, ouvertement, mais souvent en douce, dans le dos. Comme tirer la langue, un geste du plus faible qui ne peut ni lutter physiquement, ni envoyer ce qu’il pense à la figure du plus fort. Il y a du David et Goliath dans le pied de nez ». 

Où l’on voit, avec David et Goliath, que les signataires commettent sans doute, ici, un parfait contresens – sinon un lapsus. Il est vrai que tout passe si vite, dans les champs mêlés de la métaphore et du politique.

A demain

@jynau

1 Premiers signataires : Joël Aviragnet, député de Haute-Garonne, Pierre Dharréville, député des Bouches-du-Rhône, Caroline Fiat, députée de Meurthe-et-Moselle, responsables pour les groupes Socialistes et apparentés, Gauche démocrate et républicaine (GDR) et La France insoumise (LFI) sur le projet de loi santé ; André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme, Jean-Luc Mélenchon, député des Bouches-du-Rhône, et Valérie Rabault, députée de Tarn-et-Garonne, présidents des groupes GDR, LFI et Socialistes et apparentés.

Cosignataires : Clémentine Autain, Ericka Bareigts, Marie-Noëlle Battistel, Ugo Bernalicis, Gisèle Biémouret, Christophe Bouillon, Jean-Louis Bricout, Alain Bruneel, Marie-George Buffet, Luc Carvounas, Éric Coquerel, Alexis Corbière, Alain David, Jean-Paul Dufrègne, Laurence Dumont, Elsa Faucillon, Olivier Faure, Guillaume Garot, David Habib, Christian Hutin, Régis Juanico, Sébastien Jumel, Marietta Karamanli, Bastien Lachaud, Jérôme Lambert, Michel Larive, Jean-Paul Lecoq, Serge Letchimy, Josette Manin, Danièle Obono, Mathilde Panot, George Pau-Langevin, Stéphane Peu, Christine Pires Beaune, Dominique Potier, Loïc Prud’homme, Joaquim Pueyo, Adrien Quatennens, Jean-Hugues Ratenon, Muriel Ressiguier, Fabien Roussel, Sabine Rubin, François Ruffin, Hervé Saulignac, Bénédicte Taurine, Sylvie Tolmont, Cécile Untermaier, Hélène Vainqueur-Christophe, Boris Vallaud, Michèle Victory, Hubert Wulfranc.

 

Avez-vous une idée de l’audience télévisée du match « Macron contre Gilets Jaunes » ?  

Bonjour

Marqueront-elles une histoire politique sans cesse moins préhensible ? Douze minutes de face-à-face avec les Français. 10 décembre 2018, de 20h à 20h12, pour la deuxième fois de son quinquennat (hors vœux du 31 décembre) Emmanuel Macron, président de la République française  « s’est adressé directement à ses citoyens via une allocution télévisée ». Une allocution solennelle « face à la Nation ».

Une allocution quelque peu figée avec « télésouffleur ». Un spectacle qui, selon les médias spécialisés, a « drainé »  un flux inhabituel de téléspectateurs. L’intervention du chef de l’État a été suivie par 21,11 millions de Français. Dans le détail, 9,73 millions de personnes (34,3% de part d’audience) étaient « branchées » devant TF1. Elles étaient 8,27 millions (29,2% du public) à suivre l’allocution sur France 2. Enfin, 3,11 millions de téléspectateurs (11,0% de part d’audience) ont suivi l’intervention d’Emmanuel Macron sur M6.

France-Croatie

En volume, le cumul enregistré par l’allocution présidentielle est supérieur à l’audience de France-Croatie, la finale de la Coupe du monde de football, diffusée en juillet dernier sur TF1 et beIN Sports. Le match avait été suivi en linéaire et sur tous les écrans par 20,9 millions de personnes sur les deux chaînes. À titre de comparaison, le 16 octobre dernier, la précédente allocution d’Emmanuel Macron avait été suivie par 13,5 millions de Français sur TF1, France 2, M6 et les quatre « chaînes info ». Le précédent record datait du 11 mars 2007, date à laquelle Jacques Chirac a fait « son dernier discours aux Français ». Diffusé sur TF1, France 2, France 3 et M6, celui-ci avait été suivi par 22,43 millions de personnes.

Macron dépassera-t-il un jour l’audience de Chirac ? Si oui, contre quel adversaire ?

A demain

@jynau

 

Roger Cans (1945-2018) : journaliste au Monde, pionnier/prophète au service de l’écologie

Bonjour

Les nécrologies, de nos jours, ne tardent plus guère. Ainsi celle de Roger Cans, signée dans Le Monde, par notre confrère Benoît Hopquin.

« Roger Cans, qui est mort le 28 novembre à l’âge de 73 ans, est de ceux, chanceux ou obstinés, qui surent faire de leur passion un métier. Lui, Roger, notre ami, c’était la nature qui suscitait sa vénération, d’enfant curieux, puis d’adulte passionné et, enfin, de journaliste spécialisé. La nature et ses peuples innombrables, faunes et flores, l’émerveillaient de leur fragilité et de leur résilience. Il les a observés toute sa vie, au bout d’une jumelle ou le nez au raz de l’herbe. De cette patiente fréquentation, il avait acquis un savoir et même une science qu’il transmettait comme un jeu, un exercice sans prétention, aux lecteurs du Monde. »

Comment mieux écrire ?

Pour notre part nous avions découvert Roger Cans au sein du superbe vaisseau amarré 5-7, rue des Italiens. L’époque était alors -encore-  à l’affrontement des idées, aux éclairantes méchancetés nées des idéologies. Combien étions-nous, alors, journalistes rue des Italiens, à saisir que « l’écologie » deviendrait un sujet omniprésent sur le site d’un journal bientôt sans papier ?

Qui, dans la vieille et superbe bâtisse, avait pris la mesure des apocalypses précédemment  signées Pierre Fournier (1937-1973) dans le Charlie Hebdo de Choron ? Qui se souvient des premiers vagissements de La Gueule ouverte, « le journal qui annonce la fin du monde ». Et qui aurait pu penser qu’un jour un président de la République établirait (oubliant le copyright citoyen)  un lien entre la « fin du monde » et la « fin du mois » ?

Benoît Hopquin, aujourd’hui, dans Le Monde :

« Né le 7 février 1945 à Maule (Yvelines) d’un père agronome et d’une mère assistante sociale, élevé dans une famille de tradition protestante, Roger Cans  passe son temps entre le grand jardin de la maison au bord de la Mauldre et la campagne de Mayenne où il traîne ses étés. Il apprend les noms et les caractéristiques des oiseaux et des plantes, des poissons et des insectes, les regarde avec la même admiration candide et la même cruauté juvénile que Marcel Pagnol quand, par exemple, il offre en festin dans son aquarium diptyques ou sangsues aux tritons ou aux épinoches.

Les sciences naturelles et le dessin le passionnent plus que les maths, cette discipline de malheur qui lui fermera le métier d’ingénieur forestier. A 14 ans, la lecture de Jules Verne démultiplie son horizon. Il part très vite sur les routes comme l’intiment ses 20 ans et les années 1960 : Gabon, Maroc, Grèce, Asie, Sicile, Israël, etc.

Après une licence de lettres à la Sorbonne, il atterrit au Centre de formation des journalistes. Professeur de français à Phnom Penh, il envoie ses premiers articles à l’hebdomadaire protestant Réforme. Revenu en France, il travaille pour Nice-Matin, puis reprend son baluchon et s’installe à Washington comme employé de la « Voix de l’Amérique » et correspondant de La Tribune de Lausanne. Il envoie quelques papiers transocéaniques au Monde. Il est embauché, en 1976, au service Education. En 1983, il reprend la rubrique Environnement, inaugurée dans le journal par Marc Ambroise-Rendu.

Autre temps… La protection de la nature, ainsi qu’on résumait alors l’écologie, est considérée comme une contingence, voire une lubie, une douce rêverie un peu attardée, au sein de la rédaction. Il faut se battre pour imposer ses sujets. Il se voit ainsi retoquer une série sur l’agriculture bio, jugée alors marginale et sans avenir. Pendant treize ans, il va contribuer à donner ses lettres de noblesse à l’environnement et à en élargir la compétence. Il s’intéresse aux méfaits de l’amiante, à une époque où des scientifiques de renom en proclament sans sourciller l’innocuité.

Dix ans après que René Dumont a provoqué l’éclat de rire en brandissant son verre d’eau, lors de la campagne présidentielle 1974, déclarant la ressource menacée, Roger Cans soulignera au long d’articles et de livres la pollution et le gaspillage de cette ressource. Il embarquera également des semaines sur un bateau de Greenpeace et rendra compte de la campagne antinucléaire dans le Pacifique.

Défenseur de l’environnement sans nul doute, le journaliste prendra cependant une distance prudente et même agacée avec l’écologie politique, moquant avec aigreur sa récupération et voyant dans Les Verts une auberge espagnole autant qu’une pétaudière. Ses modèles sont à chercher parmi les scientifiques épris de nature : Théodore Monod, Haroun Tazieff ou Jacques-Yves Cousteau, trois figures dont il troussera les biographies dans des livres.

Dans la nébuleuse écolo, Roger Cans se rangera toujours dans le camp des naturalistes, là où l’avaient mené ses rêves d’enfant. En 1996, quand il quitte le quotidien, il poursuit ses grands voyages (son seul regret sera de n’avoir jamais vu les îles Galapagos), écrit, filme sans relâche la nature, dans l’air, sur terre, sous l’eau, s’en émerveille comme aux premiers temps. Toute sa vie, il peindra aussi, sans se lasser, oiseaux, petits mammifères, poissons, arbres, fleurs ou champignons, collectionnera roches, coquillages, crâne et même mues de serpent qu’il rassemblera dans un cabinet de curiosités chez lui, dans le vieux prieuré de Saint-Jean-de-la-Motte (Sarthe), près du Mans, au milieu de cette nature qui aura été, plus que sa respiration, sa vie. »

Comment mieux écrire ces fractions de notre  passé? Comment mieux dire les angoisses de notre possible avenir  ?

A demain

@jynau

 

 

Parkinson : «happening médicament » devant le ministère de la Santé. Avant le Palais de l’Elysée? 

Bonjour

Poujadisme ? C’est la suite, tristement logique, d’un insupportable cri d’alarme ; conséquence d’une non moins insupportable pénurie de médicaments utilisés quotidiennement par les personnes souffrant de la maladie de Parkinson. Dans quelques jours une « action de mobilisation » sera menée, à Paris, devant le bâtiment du ministère des Solidarités et de la Santé (14, avenue Duquesne, Paris 7ème). Une action lancée par le « Collectif Parkinson ».

La suite, aussi, de la récente pétition « Parkinson : non-assistance à personne en danger » (près de 30 000 signataires) visant à « alerter les pouvoirs publics sur le risque aigu que font porter les fréquentes ruptures de médicaments sur la santé des 200 000 malades en France ».  On peut l’entendre comme une supplique moderne dans les espaces républicains et démocratiques :

« Nous, malades de Parkinson, soutenus par toutes les personnes proches qui vivent au quotidien à nos côtés, par tous les professionnels qui partagent et comprennent la gravité de notre maladie, par toutes les personnes qui perçoivent ce qu’une rupture de traitement peut induire dans la maladie de Parkinson, appelons à une mobilisation massive, appelons au rassemblement pour dénoncer avec colère et inquiétude les ruptures récurrentes  de médicaments auxquelles nous sommes confrontés.

Après des épisodes répétés de rupture en début d’année il est maintenant annoncé une rupture pour une durée de 7 mois d’un médicament (Sinemet©, du laboratoire MSD) ! D’autres sont à venir, nous le savons ! Ce médicament est  un médicament de fond dans la prise en charge d’un grand nombre de personnes malades de Parkinson. Outre la gravité médicale, l’absence de ce traitement plonge le malade dans une détresse physique et morale terrible.

Nous alertons les pouvoirs publics sur le risque aigu que font porter ces ruptures sur la santé de personnes déjà durement touchées par la maladie. Nous demandons que cessent ces situations inacceptables ! Nous réclamons que des sanctions soient prévues envers les laboratoires ne remplissant pas leur devoir d’approvisionnement afin que cesse ce nouveau scandale sanitaire.   

Nous en appelons à la présidence de la République et au gouvernement afin que soit trouvée une réponse urgente à ces  problèmes qui mettent en danger les malades et en cause la crédibilité de nos instances politiques. »

 Jusqu’en mars 2019

On sait que le Sinemet©  a un « service médical rendu important dans la maladie de Parkinson et les syndromes parkinsoniens d’origine neurodégénérative ». Son indisponibilité ? Voici tout ce que dit aux patients l’Agence nationale de sécurité du médicament :

« Le laboratoire MSD rencontre actuellement des difficultés de production entraînant l’indisponibilité de certains dosages de Sinemet©. Les ruptures de stock ont débuté fin août 2018 et devraient se poursuivre jusqu’en mars 2019Les patients actuellement traités par Sinemet© sont invités à consulter leur médecin traitant afin qu’il évalue au cas par cas la conduite à tenir.  Ils ne doivent en aucun cas changer leur traitement sans avis médical. »

Pour le président de France Parkinson la situation actuelle est intolérable. Il annonçait il y a peu  que son association allait « faire du bruit ». « On va alerter encore et encore. Ce qui se passe est une non-assistance à personne en danger »  prévenait-il. C’est fait. Ce sera un  « happening » le mercredi 21 novembre à 10h. Seront présents des malades, des proches, des aidants et des acteurs associatifs avec un objectif commun :  « Poursuivre notre interpellation des autorités compétentes et dénoncer avec inquiétude les ruptures récurrentes de médicaments auxquelles sont confrontés les malades ».

A quand un « happening » non plus devant, mais bien sous les ors élyséens de la République ? Poujadisme ?

A demain

@jynau