Extinction. Pourquoi tant de sang au Trocadéro ? Et ces pressions sur les journalistes ?

Bonjour

Connaissez-vous, né en Grande Bretagne, le mouvement Extinction Rebellion ? Il exige « la reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles » et « une communication honnête sur le sujet ». Mais aussi « la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025 ». Et encore « l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres, à l’origine d’une extinction massive du monde vivant ». Sans oublier « la création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable ».

Des militants se réclamant de la branche française de cette mouvance ont déversé, dimanche 12 mai, du faux sang sur les marches du Trocadéro, à Paris. Vêtus de noir, jeunes gens pour la plupart, ils s’étaient munis de trois cents litres de « sang » – mélange de colorant alimentaire et de maïzena®. Puis ils ont déversé le rouge contenu de leurs bidons sous les yeux de nombreux touristes et des policiers présents dans le secteur.

Porteurs de grandes banderoles vertes « Extinction Rebellion » et d’un calicot noir « Stop à la 6e extinction de masse », ils se sont ensuite recueillis plusieurs minutes en silence – avant de commencer à éponger les marches innombrables.

A Bordeaux, six personnes se revendiquant du même mouvement ont été placées en garde en vue dimanche pour avoir participé à l’accrochage dans la nuit d’une grande banderole « Chirac reviens ! » sur des échafaudages de la Chambre de commerce et d’industrie, place de la Bourse, haut lieu touristique. Selon un organisateur, ce message visait d’abord à « interloquer les gens ».

Les six personnes ont été interpellées sur place pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui » (celle des passants sous l’échafaudage et des policiers et pompiers intervenus sur les lieux). La banderole a, le lendemain, été retirée par les pompiers.

Fin (humoristique) du journalisme

Extinction Rebellion France s’est structuré ces derniers mois, sur le modèle de celui né à l’automne 2018 en Grande-Bretagne où il prône la « désobéissance civile non violente » pour contraindre gouvernants et responsables à répondre à la crise climatique et écologique. Le trois mai dernier, à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, ce mouvement organisait « les funérailles du journalisme » ; « action satirique et non violente » qui s’inscrivait  dans le cadre de : « La reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles et une communication honnête sur le sujet ». Humour :

« Nous avons la douleur de vous faire part de la disparition du devoir d’information des journalistes. Nous vous présentons nos sincères condoléances et vous convions aux obsèques du journalisme. Force est de constater que face à l’Urgence des défis environnementaux & sociaux, du dérèglement climatique, de l’extinction massive d’espèces, des risques d’effondrement de nos sociétés, … vous ne remplissez pas votre devoir d’information et ne respectez pas la charte de déontologie journalistique et la déclaration des devoirs des journalistes (Charte de Munich 1971). »

Et de réclamer aux médias quatre preuves d’engagement : une rubrique quotidienne quelques soient leurs supports (presse / radio / TV) ; un bandeau en couverture : « Urgence climatique, regardons la vérité en face » ; dossier spécial : état du monde & perspectives ; la signature d’une charte d’engagement de ‘’Journalistes Authentiques, Réalistes & Honnêtes’’. Est-ce là, toujours, de l’humour ? Ou les premiers symptômes d’un mouvement qui au nom des meilleurs raisons écologiques du monde, ne pourra qu’évoluer vers les menaces, la contrainte et les actions violentes médiatisées. Sur le modèle des vegans anti-bouchers.

A demain

@jynau

La mort de Vincent Lambert est-elle désormais programmée ? Les mots vont nous manquer

Bonjour

Appelée à se prononcer pour la deuxième fois sur le cas de Vincent Lambert, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a, mardi 30 avril 2019, rejeté  la requête de ses parents contre le dernier arrêt du Conseil d’Etat.

Ce dernier ne s’était pas opposé à la décision dite « d’arrêt des traitements » (en réalité d’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation) prise le 9 avril 2018, par le Dr Vincent Sanchez, chef de l’unité de patients cérébrolésés du centre hospitalier universitaire de Reims.

Dans un communiqué, François, neveu de Vincent Lambert qui souhaite l’arrêt des « traitements », salue la décision de la CEDH. Selon lui, « il revient donc au médecin en charge de Vincent, et à ses hiérarchies, de mettre les moyens nécessaires pour que la décision puisse être appliquée et que Vincent puisse enfin partir ».

Rappeler que, depuis le début de la bataille judiciaire en 2013, plusieurs juridictions – dont le Conseil d’Etat dès 2014 et la CEDH en 2015 – se sont prononcées en faveur de « l’arrêt des traitements » de Vincent Lambert ? Redire que ces décisions ont à chaque fois été contrecarrées par les requêtes successives des parents Lambert, pour qui leur fils « n’est pas en fin de vie », doit « être stimulé » et transférer dans une autre structure plus hospitalière ?

Préciser qu’outre le recours devant la CEDH qui vient d’être rejeté Pierre et Viviane Lambert ont annoncé par la voix de leurs avocats avoir également déposé un recours devant le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies. Et écrire que Caroline Lantero, avocate et maître de conférences en droit de la santé à l’université Clermont-Auvergne avait il y peu, interrogée par Le Monde, estimé que la décision de la CEDH pourrait marquer l’épilogue de l’affaire Lambert ?

« Même si humainement et politiquement c’est compliqué, le médecin pourra arrêter l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert et le basculer sur une sédation profonde jusqu’à son décès » avait-elle déclaré. Politiquement, on ne sait pas. Mais humainement on peut raisonnablement penser que cela sera même un peu plus que « compliqué ». On pourrait même ajouter que les mots, ici, vont nous manquer.

A demain

@jynau

 

Médecine et complémentaires : faut-il s’indigner du raz de marée annoncé de Deuxiemeavis.fr ?

Bonjour

Donner, de sa poche,  300 euros pour avoir un « deuxième avis médical » ? C’était il y a trois ans. A peine né le site « deuxièmeavis.fr » faisait scandale quoique lancé en toute discrétion. Comment mieux dire dire la sécheresse extrême du tissu médical français, prêt à s’embraser pour une étincelle, une menace, une innovation.

Ainsi donc, moyennant 295 euros, un « deuxième avis médical » quand la chose est, pour mille et une raison, devenue nécessaire. C’était déjà là une pratique courante, largement répandue; mais pratiquée sans être affichée. Une pratique presque toujours effectuée  sous la couverture de la Sécurité sociale.  La nouveauté, fin 2015, tenait dans l’affichage et la facturation – rien n’étant, cette fois, directement demandé à la collectivité.

Les syndicats de médecins libéraux, alors, étaient à l’affût. « C’est une démarche commerciale et dangereuse, qui n’honore pas les médecins qui se sont lancés dedans, condamnait le Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF). « Qui assurera le suivi et les interrogations complémentaires du patient, si ce n’est le médecin traitant court-circuité ?» demandait dans un communiqué la Confédération des syndicats des médecins de France (CSMF), scandalisée  par la démarche. Quant au Dr Jean-Paul Ortiz, président de ce premier syndicat de médecins, il ne décolérait pas. « A l’heure où l’on parle d’égalité d’accès aux soins pour tous, proposer sur Internet un pseudo-deuxième avis pour près de 300 € est scandaleux ».

« Sur les 295 € facturés, 120 € vont au médecin, 175 € servent à couvrir les frais du site » nous expliquait Pauline d’Orgeval, co-fondatrice du site avec Catherine Franc et Prune Nercy, diplômées d’HEC. Elle ajoutait que les « experts » (près d’une centaine) sont des spécialistes, volontaires, sélectionnés sur des critères arrêtés par  un comité scientifique 1. « En contact direct avec le patient ils sont incités à prendre contact avec son ou ses soignants du patient, notamment en cas de divergences diagnostiques ».

Médecine ubérisée et complémentaires santé

Le Conseil national de l’Ordre des médecins ?  « Ce site pose le problème plus général de l’ubérisation de la santé qui passe par une plate-forme Internet sans respecter le vertueux parcours de soins défendu par les pouvoirs publics, déclarait alors au Parisien le Dr Jacques Lucas, chargé du dossier à l’Ordre dont il est le vice-président. J’ai cru comprendre que l’initiative de Deuxiemeavis.fr pourrait être soutenue par des complémentaires santé qui prendraient en charge la consultation. Il y aurait alors deux portes d’accès aux soins, celle qui passe par ces complémentaires et celle des autres patients, ce qui créerait une inégalité. »

Le Dr Lucas avait parfaitement saisi et les deux portes sont bien là. 30 avril 2019 : « J’ai le plaisir de vous adresser le communiqué de presse de Deuxiemeavis.fr qui annonce le chiffre de 13 millions de bénéficiaires avec comme ambition de faire du deuxième avis médical un droit pour tous les patients atteints d’une maladie grave » (nous soulignons) :

« Six mois après avoir levé 2,5 millions d’euros auprès de fonds à impact social, la plateforme deuxiemeavis.fr vient d’annoncer qu’elle est désormais accessible à près d’un Français sur cinq. Ce site  permet aux patients confrontés à un problème de santé grave d’obtenir un deuxième avis médical auprès de médecins experts de leur maladie. Un service pris en charge à 100 % par les complémentaires santé ou courtiers partenaires – Malakoff Médéric Humanis, Audiens, Santiane, Ociane, Gras Savoye, Energie Mutuelle, GAN, Mutuelle Les Solidaires – par le réseau Santé Clair et l’assisteur IMA assistance. La startup parisienne permet ainsi au patient et à son équipe médicale traitante de s’appuyer sur un deuxième avis médical – sous la forme d’un compte-rendu écrit et personnalisé – pour éclairer ou faciliter la prise de décision. »

Trois ans plus tard Le discours n’a pas changé. « Avec deuxiemeavis.fr, nous ne faisons qu’organiser de façon transparente une pratique répandue entre médecins, explique Pauline d’Orgeval, présidente et cofondatrice. D’ailleurs, dans 75 % des cas, il y a convergence entre le premier et le deuxième avis ». Et en prime, une interview vidéo du Pr Laurent Degos – président du conseil scientifique 1 – Deuxiemeavis.fr : https://youtu.be/fR3DBOMezzs

Mieux, fort de son succès affiché, la startup entend désormais « démocratiser l’accès à l’expertise médicale et participer au développement spectaculaire de la télémédecine dans notre pays ». Le site, nous affirme-t-on, devrait être accessible à 15 millions de Français à la fin de l’année. Les syndicats médicaux se sont tus. Et l’Ordre des médecins ne dit plus rien. Un symptôme éclairant ? Basée à Paris, l’entreprise est hébergée au sein de la « pépinière » Paris Santé Cochin.

A demain

@jynau

1 Le Conseil scientifique est constitué du Dr Laurent Degos, du Pr Dominique Franco, du Pr Pierre-Louis Druais, du Dr Laurent Mignot, du Dr Claire Bricaire, du Pr Philippe Denormandie, du Pr Charles de Riberolles et de Xavier Briffault, chercheur en sciences sociales et philosophie de la santé mentale au CNRS.

Suicides : le courage atypique du directeur général de la police nationale ; silence à l’hôpital

Bonjour

Il se nomme Eric Morvan, 62 ans. Né à Nevers, haut fonctionnaire, carrière ascendante exemplaire, occupe depuis près de deux ans le poste à haut risque de directeur général de la police nationale (DGPN) Fait sans précédent, il invite dans une lettre envoyée à tous les policiers, vendredi 19 avril, la profession au dialogue et à la libération de la parole face à la vague de suicides dans l’institution, un sujet tabou chez les forces de l’ordre.

Dans sa lettre aux 150 000 fonctionnaires de police français (et dont l’Agence France-Presse a eu copie) Eric Morvan enjoint à parler du suicide – une démarche atypique qui ne va pas nécessairement de soi dans l’institution.

« Plusieurs de nos collègues ont mis fin à leurs jours. Certains penseront peut-être que ce dramatique enchaînement relève d’un facteur mimétique 1  et que, plus on parle du suicide, plus on prend le risque d’en susciter, dans un contexte rendu encore plus difficile par la charge opérationnelle ».

« Il faut en parler. Sans crainte d’être jugé. Il faut se confier, se persuader qu’avouer un mal-être n’est jamais une faiblesse (…)  La responsabilité humaine que l’on doit reconnaître à celui ou celle qui prend cette terrible décision ne nous exonère pas de la nôtre »

Le DGPN, qui évoque « un devoir collectif », y compris et surtout des chefs, dont le management est, nous dit l’AFP, « souvent pointé du doigt par les organisations syndicales de gardiens de la paix ».

Intérieur, Solidarités et Santé

Le Monde pascal, qui consacre sa manchette au phénomène : « Suicides dans la police : l’état d’urgence », donne la parole (Louise Couvelaire) à Sebastian Roché, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique et « spécialiste de la police ». Il a notamment publié De la police en démocratie (Grasset, 2016). Pour ce chercheur, le nombre important de suicides de policiers enregistrés depuis le début de l’année est un phénomène alarmant, mais difficile à analyser, faute d’études sur le sujet. Extraits :

«  Le taux de sur-suicides des policiers se maintient à un niveau élevé depuis longtemps. Cela fait quarante ans que l’on sait qu’il y a davantage de suicides chez les policiers que dans le reste de la population à structure égale, c’est-à-dire entre 35 ans et 45 ans et majoritairement masculine. En juin 2018, un rapport du Sénat pointait un taux de suicides dans la police supérieur de 36 % à celui de la population générale. Mais ce qui est certain, c’est que l’année 2019 est très mal partie, et c’est alarmant. Si le rythme se maintient, on pourrait atteindre le record de l’année 1996, ‘’ année noire ‘’ qui avait enregistré soixante-dix suicides.

Les causes de ce taux de « sur-suicides » ?

« On ne le sait pas justement. Et c’est bien le problème. Il n’existe aucune étude de fond du ministère de l’intérieur permettant d’analyser le phénomène. Il y a un défaut de volonté de comprendre. C’est une lacune historique et structurelle de Beauvau. Résultat, nous n’avons toujours pas réussi à identifier le problème ni été capables de mesurer l’efficacité des mesures mises en place jusqu’à présent. (…)

« La qualité de la relation avec la population joue probablement un rôle important. En 2016, elle était meilleure que les années précédentes, ce qui peut aider les policiers à donner un sens à leur engagement.

« Sur ce terrain, 2019 est une année conflictuelle et donc difficile. Les policiers sont mis en cause par une partie de la population qui jusque-là les soutenait. Pour répondre à leur détresse, il ne suffit pas d’ouvrir une ligne téléphonique, comme le prévoit le plan antisuicides, il faut multiplier les portes d’entrée pour appeler à l’aide, comme l’a fait la police de Montréal, au Canada, en formant la hiérarchie, les syndicats et des pairs référents. »

« Aucune étude de fond du ministère permettant d’analyser le phénomène … un défaut de volonté de comprendre ». Ce sont là des propos que l’on peut appliquer au ministère des Solidarités et de la Santé confronté aux suicides des soignants hospitaliers. Qui dira pourquoi le pouvoir exécutif se refuse à multiplier les portes d’entrée pour que l’on entende mieux ces agents salariés qui nous appellent à l’aide ?

A demain

@jynau

1 Le DGPN fait ici notamment référence à « l’effet Werther » ,phénomène qui tire son nom d’une spectaculaire vague de suicides s’étant produite en Europe après la parution (1774) du célèbre roman de GoetheLes Souffrances du jeune Werther, roman centré sur le suicide d’un jeune homme à la suite d’amours déçues

Cannabis et exercice physique : souris et chocolat nous ouvrent des perspectives philosophiques

Bonjour

Quelle est l’ampleur véritable de notre libre arbitre ? Où se nichent le déterminisme et la prédétermination ? Tout est-il écrit ou nous reste-t-il quelques pages blanches ?  La question se pose à la lecture du titre d’un récent et très officiel communiqué de presse de l’Inserm : « Courir ou manger du chocolat, un choix dicté par les récepteurs cannabinoïdes ».

Exposé général des motifs :

« Les pathologies qui résultent de notre mode de vie sédentaire ont pour principale cause une inactivité physique, cette dernière étant souvent associée à une prise excessive de nourriture riche en sucres et/ou en gras. A l’opposé, une activité physique excessive aux dépens de la prise de nourriture peut également s’avérer nocive, comme l’illustrent des cas d’anorexie nerveuse. Ces données rendent donc cruciale la recherche des processus neurobiologiques contrôlant les motivations respectives pour l’activité physique et la prise alimentaire. Fruit de la collaboration entre des chercheurs de l’Inserm et du CNRS, une étude publiée le 07 Mars 2019 dans la revue JCI Insight révèle que les récepteurs cannabinoïdes CB1 jouent un rôle primordial dans le choix entre courir et consommer une nourriture chocolatée. »

Contexte du travail :

« Les auteurs de avaient précédemment rapporté que les récepteurs des cannabinoïdes CB1, présents sur plusieurs types de neurones, jouent un rôle clef dans les performances lors d’une activité physique chez la souris. Cette conclusion était basée sur les performances réalisées par des animaux ayant un accès libre à une roue d’activité, un modèle qui ne permettait pas de distinguer le mécanisme mis en jeu (motivation, plaisir…). »

Méthodologie :

« La motivation pour une récompense ne pouvant être estimée que par la mesure des efforts que l’individu, Homme ou animal, est prêt à fournir pour accéder à cette récompense, les chercheurs ont élaboré un modèle dans lequel chaque accès à la roue était conditionné par un effort préalable. Cet effort préalable consiste en l’introduction répétée du museau dans un réceptacle, condition sine qua none pour débloquer la roue. Après une période d’apprentissage de la tâche au cours de laquelle l’effort demandé était constant, les souris ont été confrontées à un test dans lequel l’effort demandé pour accéder à la roue a été augmenté de manière progressive. »

Résultats :

« Exposées à ce test, des souris dépourvues de récepteurs CB1 ont montré un déficit de 80 % dans l’effort maximal qu’elles étaient prêtes à fournir pour accéder à la roue, et ce sans diminution des performances lors de leurs accès à la roue. Ce résultat indique que les récepteurs CB1 jouent un rôle majeur dans le contrôle de la motivation pour l’activité physique. L’utilisation d’autres souris génétiquement modifiées a également permis aux chercheurs de démontrer que ces récepteurs CB1 contrôlant la motivation pour l’exercice sont localisés sur des neurones GABAergiques.

Les chercheurs ont ensuite examiné si les récepteurs CB1 dans les neurones GABAergiques contrôlent la motivation pour une autre récompense, de la nourriture chocolatée (au même titre que les humains, les souris en raffolent même si elles sont bien nourries). Alors que les récepteurs CB1 jouent également un rôle dans la motivation pour la nourriture, mais à un degré moindre que dans la motivation pour l’activité physique, les récepteurs CB1 localisés sur les neurones GABAergiques ne sont pas impliqués dans la motivation pour la prise de nourriture chocolatée. »

Perspectives addictologiques et philosophiques :

« Au-delà de ces résultats indiquant que le récepteur cannabinoïde est primordial pour la motivation pour l’activité physique, cette étude ouvre des perspectives pour pouvoir étudier les mécanismes neurobiologiques responsables d’augmentations pathologiques de cette motivation. Une illustration est fournie par l’anorexie nerveuse qui associe souvent une diminution de la motivation pour se nourrir à une augmentation de la motivation pour l’activité physique. »

Rappelons, au delà des addictions, que le libre arbitre est la faculté qu’aurait l’être humain de se déterminer librement et par lui seul, à agir et à penser. A l’opposé du spectre on trouve le déterminisme, voire le fatalisme, qui affirment que la volonté serait déterminée dans chacun de ses actes par des « forces » qui l’y nécessitent. Résumons. « Se déterminer à » versus « être déterminé par ». Entre le « destin » et la « liberté », faut-il choisir ou, au contraire, pouvons-nous saupoudrer ? Et les museaux de souris peuvent-ils, ici, nous éclairer ?

A demain

@jynau

« Je n’ai peur de rien » assure Agnès Buzyn, ministre déconnectée ou pas du terrain

Bonjour

Le suspense n’aura pas dépassé l’arrivée du printemps et le retour des chants : c’est Nathalie Loiseau qui a finalement été désignée par Emmanuel Macron pour voler vers Strasbourg et Bruxelles. Il restera à Patrick Rambaud, moderne Philippe de Commynes, à narrer, chez Grasset l’histoire d’un désaveu. Nathalie Loiseau, donc, ministre des Affaires européennes et non Agnès Buzyn ministre des Solidarités et de la Santé.

Longtemps « pressentie » elle avait progressivement, dans différents médias, distillé sa nouvelle ambition. Lasse d’évoquer les « vaccins », la « grippe » et les « urgences » elle souhaitait « sortir de son champ de compétences ». Et avait osé la métaphore de la cathédrale.

Comment faire contre mauvaise fortune bon cœur ? « Si j’avais dû partir pour l’Europe, je pense que j’aurais eu une forme de frustration de ne pas avoir été jusqu’au bout de ce que je souhaite faire dans ce ministère », vient-elle de déclarer à l’AFP, à la veille du vote de « sa loi Santé » à l’Assemblée nationale.

Des sujets de société absolument magnifiques

« Elle a été approchée par plein de gens, ça a résonné par rapport à son histoire et à ses convictions » raconte, cité par le Quotidien du Médecin un haut fonctionnaire, faisant allusion aux liens familiaux d’Agnès Buzyn avec Simone Veil. Mais, en plein vote de la loi santé, « ça aurait été un énorme gâchis de changer de ministre », d’autant qu’elle a « une forte crédibilité dans le secteur ».

Et le Quotidien du Médecin (Stéphane Long) d’ajouter ces quelques lignes : « Un sentiment moins partagé à la base du système hospitalier où les infirmières gardent en travers de la gorge quelques attitudes qualifiées de ’mépris de classe’’ : des yeux levés au ciel, un rictus lors d’une visite à Rouen… Un médecin parisien juge que la ministre est depuis trop longtemps ’déconnectée du terrain’’ »

D’autres se plaisent à raconter que certains n’auraient pas hésité à la retenir. « Ils ont tous fait une démarche auprès d’elle en disant “Vous ne pouvez pas nous laisser tomber”.  Ça l’a beaucoup touchée » distillerait  un pilier de la majorité.

Faire une croix sur le symbole d’un destin européen dans les pas de Simone Veil ? « Je trace mon propre chemin, en restant fidèle à ses valeurs », dit Agnès Buzyn. « Un chemin, rappelle Le Quotidien, qui la confrontera bientôt aux tabous d’une société : la bioéthique, les retraites, la dépendance. ‘’Ce sont des sujets de société absolument magnifiques et je n’ai pas fini le travail [au ministère], loin de là’’, dit la ministre. Redoute-elle une opposition farouche sur ces sujets clivants ? ‘’Je n’ai pas peur. En fait, je n’ai peur de rien’’. »

A demain

@jynau

 

Humour : Agnès Buzyn, sa loi Santé et l’accusation de «pied de nez» fait aux députés citoyens

Bonjour

Le temps passe bien vite dans le champ politique. « Agnès Buzyn la ministre qui veut se lâcher » titrait, le 11 février dernier, Le Journal du Dimanche. C’était alors l’envol programmé vers Strasbourg, Bruxelles, l’Union européenne. Six semaines plus tard la ministre plus attachée que jamais à ses dossiers – et défend jour et nuit devant l’Assemblée nationale un projet de loi auquel elle donnera peut-être un jour son nom : la loi « relative à l’organisation et à la transformation du système de santé ».

Et voici Agnès Buzyn cible  d’une tribune publiée dans Le Journal du Dimanche (24 mars).

Une tribune qui voit une nouvelle fois en quelques jours la gauche presque réunie dans l’Hémicycle : cinquante-sept députés dont André Chassaigne, Jean-Luc Mélenchon et Valérie Rabault – sans oublier François Ruffin 1. Et ces députés plus ou moins insoumis d’user de la vieille métaphore du « pied de nez » :

 « « La loi santé est un pied de nez fait aux Français qui défendent leurs services publics et qui s’inquiètent face à la désertification médicale croissante. Le Parlement a examiné cette semaine le texte présenté par Agnès Buzyn en Conseil des ministres le 13 février dernier. Cette loi, qui compte 7 ordonnances pour 23 articles, prétend supprimer le numerus clausus et redéfinir la carte hospitalière française conformément au souhait du président de la République de ‘’réformer structurellement le système de santé français’’. »

Les cinq petits doigts de la main qui gigotent

 Si les signataires partagent le constat (« il faut adapter notre système de santé aux évolutions de notre société ») ils sont   en désaccord profond sur les choix du gouvernement en la matière. Ils estiment que face à la désertification médicale, « tout n’a pas été essayé » (ils plaident pour un « conventionnement ­sélectif » des médecins) et que la refonte de la carte hospitalière ne peut se faire par ordonnance.

« Nous n’avons manifestement pas la même vision de ce que doit être le service public de la santé. En effet, sur ce sujet sensible, le gouvernement compte légiférer par ordonnances et ­demander au Parlement un blanc-seing pour éviter le débat d’idées, la confrontation projet contre projet (…) Il s’agit de savoir quels territoires verront leurs hôpitaux déclassés, leurs maternités déménagées, leurs services d’urgences fermés, leurs plateaux techniques abandonnés. Ce sujet ne peut échapper aux représentants du peuple, et plus largement aux citoyens eux-mêmes. »

Ainsi donc, pour des députés « viscéralement attachés à nos territoires et à une certaine idée du service public » il faudrait voir dans ce projet de loi un pied de nez fait à certains Français. Où l’on en revient à la signification véritable de cette expression. Geste de moquerie, sans doute, consistant à mettre son pouce sur son nez, la main tendue vers le haut, tout en agitant les doigts. Mais aussi geste prisé par les jeunes enfants – ce qui peut donner cette lecture pédo-psychiatrique (Paule Aimard, Les bébés de l’humour):

« Ce geste de moquerie, qui a une certaine drôlerie en soi, avec les cinq petits doigts de la main qui gigotent en prolongeant l’appendice nasal, est un affront à l’autorité, affront qui n’est pas envoyé de face, ouvertement, mais souvent en douce, dans le dos. Comme tirer la langue, un geste du plus faible qui ne peut ni lutter physiquement, ni envoyer ce qu’il pense à la figure du plus fort. Il y a du David et Goliath dans le pied de nez ». 

Où l’on voit, avec David et Goliath, que les signataires commettent sans doute, ici, un parfait contresens – sinon un lapsus. Il est vrai que tout passe si vite, dans les champs mêlés de la métaphore et du politique.

A demain

@jynau

1 Premiers signataires : Joël Aviragnet, député de Haute-Garonne, Pierre Dharréville, député des Bouches-du-Rhône, Caroline Fiat, députée de Meurthe-et-Moselle, responsables pour les groupes Socialistes et apparentés, Gauche démocrate et républicaine (GDR) et La France insoumise (LFI) sur le projet de loi santé ; André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme, Jean-Luc Mélenchon, député des Bouches-du-Rhône, et Valérie Rabault, députée de Tarn-et-Garonne, présidents des groupes GDR, LFI et Socialistes et apparentés.

Cosignataires : Clémentine Autain, Ericka Bareigts, Marie-Noëlle Battistel, Ugo Bernalicis, Gisèle Biémouret, Christophe Bouillon, Jean-Louis Bricout, Alain Bruneel, Marie-George Buffet, Luc Carvounas, Éric Coquerel, Alexis Corbière, Alain David, Jean-Paul Dufrègne, Laurence Dumont, Elsa Faucillon, Olivier Faure, Guillaume Garot, David Habib, Christian Hutin, Régis Juanico, Sébastien Jumel, Marietta Karamanli, Bastien Lachaud, Jérôme Lambert, Michel Larive, Jean-Paul Lecoq, Serge Letchimy, Josette Manin, Danièle Obono, Mathilde Panot, George Pau-Langevin, Stéphane Peu, Christine Pires Beaune, Dominique Potier, Loïc Prud’homme, Joaquim Pueyo, Adrien Quatennens, Jean-Hugues Ratenon, Muriel Ressiguier, Fabien Roussel, Sabine Rubin, François Ruffin, Hervé Saulignac, Bénédicte Taurine, Sylvie Tolmont, Cécile Untermaier, Hélène Vainqueur-Christophe, Boris Vallaud, Michèle Victory, Hubert Wulfranc.