Après le triomphe du «deuxième cerveau», les éditeurs vont-ils exploiter notre peau ?

 

Bonjour

Aujourd’hui, au courrier, un carton d’invitation. Nous sommes conviés, un jour prochain (gardons le secret) dans un restaurant de la bien charmante rue du Cherche-Midi, à deux pas de la tanière de l’ogre-géant Depardieu. Qu’est-ce qu’un ogre-géant, sinon un corps qui se distend, qui augmente le volume de ses intestins et la surface de sa peau ? Depardieu est-il un ogre ou un géant ? La Barbe bleue ou le Gargantua ? Gentil ou méchant ? Les deux ?

Le facteur. « Veuillez trouver ci-dessous une invitation à un déjeuner presse pour la sortie du livre « Dans ma peau, une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air » (Editions Solar). L’auteur, le Dr Yaël Alder sera parmi nous, un traducteur l’accompagnera. »

« Dans ma peau, Une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air » ? Voici le texte qui incitera (ou pas) à acheter :

« Elle nous entoure de toutes parts, mesure près de deux mètres carrés et enveloppe tout ce que nous portons en nous. La peau est notre lien avec le monde extérieur. Notre antenne. Elle peut émettre et recevoir. Elle nourrit nos sens. Elle est objet de désir, elle est notre zone frontière, le fascinant réceptacle de toute notre vie, et en même temps une gigantesque terre d’accueil pour les bactéries, les champignons, les virus et les parasites.

Pourtant, peu d’entre nous savent vraiment ce qu’est cet organe, comment il fonctionne et surtout quelles missions vitales il accomplit pour nous. Dans cet ouvrage, Yael Adler, dermatalogue, [on peut la voir ici] choisit de parler de la peau en faisant tomber tous les tabous qui lui sont associés. Celui de la nudité très souvent ? organes génitaux visibles ou sentiments de honte invisibles ?, mais aussi ceux des odeurs, un peu fortes ou carrément nauséabondes, des petits défauts, creux, bosses et taches, ou encore des sécrétions. Bref, bien des choses dont nous n’aimons pas parler ou que nous trouvons écoeurantes viennent de la peau : pellicules, cérumen, boutons, sébum, sueur, etc. Autre tabou : les maladies vénériennes, surtout quand il s’agit de savoir où on les a attrapées.

Pour elle, tout cela n’a rien de répugnant, bien au contraire. Elle pense et analyse avec ses sens : elle observe, gratte, presse et sent. Car la nature, la consistance et l’odeur d’une affection cutanée sont autant d’indices qui aident à démasquer le coupable.

La peau est un organe fascinant, le plus vaste du corps humain. Une pure merveille ! Aussi divertissant qu’instructif, cet ouvrage nous explique ce qu’il faut savoir sur cet organe essentiel qui nous relie au monde, aux autres et à nous-mêmes. »

Bourgeoisie discrète

L’éditeur nous dit encore que ce livre est, en Allemagne, un best-seller (100 000 exemplaires vendus). « Après l’intestin, la peau est le nouvel organe qui fascine grand public et professionnels » ajoute-t-il. Où l’on voit que les maisons d’éditions peuvent se marquer à la culotte, le phare dans ce domaine étant le succès historique, prodigieux (et qui perdure) d’Actes Sud avec son inimitable « Charme discret de l’intestin ». Un titre comme en rêvent tous les éditeurs et nombre d’auteurs ; un titre que nous imaginions (à tort nous assure l’éditeur) décalqué du non moins célèbre film de Luis Buñuel (et Jean-Claude Carrière).

« Dans ma peau, Une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air », donc. Est-ce un bon titre ? Consulté nous aurions penché pour Paul Valéry et sa célèbre formule superficiellement profonde : « Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau ».  On l’effleure dans « L’Idée fixe ou Deux hommes à la mer » (1933) lors d’un dialogue improvisé sur une plage entre un apprenti philosophe et un médecin assez désabusé. L’ouvrage est dédié au célèbre Pr Henri Mondor, et à tous les amis que compte Valéry dans le corps médical.

« (…) Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau, — en tant qu’il se connaît. Mais ce qu’il y a de… vraiment profond dans l’homme, en tant qu’il s’ignore… c’est le foie (…). »

Tout est là, y compris de bons titres. On attend l’éditeur qui nous débitera de l’hépatique. Irons-nous rue du Cherche-Midi. Grignote-t-on calmement à l’ombre d’un géant ?

A demain

PS. Plusieurs lecteurs lettrés (mais trop timides pour se dévoiler) nous signalent l’heureux rapprochement qui eût résulté d’une référence au psychanalyste-psychologue Didier Anzieu et à son célèbre Moi-Peau. C’est ainsi: Paul Valéry tire encore trop souvent la couverture à lui. Que ces lettrés soient, ici, chaudement remerciés.

 

Polémique cœur artificiel : CARMAT n’avait pas dit ce que tout le monde avait bien compris

Bonjour

Comment mettre de l’eau dans son vinaigre ? La société CARMAT, qui publiait ce 14 février ses résultats annuels, fait in fine savoir qu’elle va bientôt déposer une demande à l’Agence nationale du médicament (ANSM) pour une reprise de son étude PIVOT interrompue après la mort du premier volontaire. Il en allait différemment il y a quelques jours, quand Stéphane Piat, directeur général, accusait dans Le Parisien l’ANSM de ne pas saisir ce que CARMAT voulait ; que l’innovation réclamait parfois des arrangements avec le pointillisme éthique. Puis de révéler que le dernier greffé était responsable de sa mort .

Aujourd’hui le ciel est redevenu serein ; es menaces voilées n’ont jamais existé, même voilées. Jamais le directeur général n’a déclaré que la société allait quitter la France pour des latitudes plus accommodantes. Carmat restera en France tout en prospectant à l’étranger où de nouveaux patients seront enrôlés. Entendre : les ponts seront vite reconstruits avec l’ANSM dont CARMAT salue le travail. C’est à peine si la société formule a minima un appel pour « plus de pragmatisme sur l’innovation de rupture » (sic) ; message-jargon  qui semble presque être entendu côté ministère de la Santé.

La vie des affaires

Pour le reste, c’est la vie habituelle des affaires avec ce langage qui n’appartient qu’à elles :

« A compter du 1er septembre 2016, Stéphane Piat a pris la fonction du Directeur général de la société. Son expertise reconnue dans le domaine des dispositifs médicaux, acquise au sein de grands groupes de cardiologie nord-américains, constitue un atout majeur dans l’exécution de la stratégie clinique et d’accès au marché de CARMAT

« Conformément à sa stratégie clinique, CARMAT confirme travailler sur l’ouverture de l’étude PIVOT à d’autres pays de la zone européenne en plus de la France. L’objectif est d’accélérer le recrutement de l’étude et surtout de sélectionner au mieux le profil des patients afin de maximiser les chances de succès de l’étude. Par ailleurs, CARMAT étudie dès à présent les opportunités de développement sur le marché américain et a pris contact avec la FDA (Food and Drug Administration), le marché américain disposant du potentiel le plus important pour les assistances circulatoires mécaniques.

« La levée de fonds réalisée l’an dernier a permis également de lancer des investissements ciblés sur le développement des processus de production. Ces derniers donneront des résultats en termes de qualité et de productivité dès le début du premier semestre de cette année. »

A l’horizon, bientôt : les débats éthiques sur les indications exactes confrontées à celle des greffons (gratuits), la fixation du prix et celle du remboursement par l’assurance maladie.

A demain

 

 

Révoltes citoyennes contre la disparition des généralistes : l’éclairant abcès de Fumel

 

Bonjour

A Fumel (Nouvelle-Aquitaine), on sait ce que violence veut dire. La guerre de Cent Ans, celles de Religion, la Libération de 1944 ont laissé des traces. Nous sommes ici à proximité de la Bouriane sur une colline surplombant les vallées du Lot, de la Thèze et de la Lémance. C’est le paradis sur Terre dans sa version Lot-et-Garonne. Compter environ 12 000 habitants. Et puis, soudain, une pétition angoissée. La population souffre par anticipation  du départ de plusieurs généralistes. Et si rien n’est fait, ils ne seront pas remplacés.

Voici l’appel :

« L’accès aux soins est un droit absolu ! Nous, habitants du Fumelois, des coteaux de la Lémance au bord du Lot, nous sommes menacés dans ce qui devrait pourtant être une priorité, l’accès à des soins efficaces dans un délai raisonnable.

« Nous sommes de plus en plus nombreux à rencontrer les pires difficultés pour nous soigner ! Le départ des médecins du territoire ou leur mise à la retraite ne permet plus à ceux qui restent de prendre de nouveaux patients. Face à cette situation, nous vous écrivons pour vous alerter sur la situation, et surtout pour que vous agissiez afin de : disposer d’un réseau de maisons de santé pour desservir tout le territoire ; renforcer la coopération médecine de ville/médecine hospitalière ; mettre en oeuvre un projet de santé innovant

« Comment, sans cela, attirer de nouveaux médecins, indispensables à l’attractivité du territoire? Merci de votre participation à cette pétition qui se veut citoyenne et sans parti pris ! »

Croiser les doigts

On pourrait imaginer ici une forme d’outrance. On aurait tort. « La situation est vraiment dramatique, confirme au Quotidien du Médecin le Dr Nathalie Pauliac, généraliste à Fumel. Nous étions quinze médecins il y a dix ans, nous ne sommes plus que six. En un an, nous avons perdu quatre généralistes : retraite, maladie, départs dans d’autres communes… Énormément de gens n’ont plus de médecins. Il faut quinze jours pour obtenir un rendez-vous, nous consultons jusqu’à 21h30, nos secrétaires sont épuisées. Nous ne pouvons prendre de nouveaux patients ; j’accepte les conjoints ou les enfants, mais pas au-delà. »

L’épouse du Dr Éric Guffond : « A 63 ans, mon mari s’épuise au travail, mais il n’a pas le cœur de refuser des patients sans médecin. On ne s’engage pas à les suivre d’une façon pérenne, mais on leur propose de venir à notre consultation libre ». Et puis ces doléances, en écho de la pétition :

  « Depuis le départ de notre médecin traitant, nous avons beaucoup de difficultés à faire soigner nos enfants en bas âge. » « Mon mari est diabétique insulino-dépendant et nous n’avons plus de médecin traitant. » « Notre médecin a pris sa retraite, nous sommes obligés d’aller à 20 km pour trouver un médecin de référence. Pour le moment, on peut encore conduire, mais après… » « Maman d’un petit garçon, sans permis de conduire, je n’ai plus de médecin à proximité. Reste à croiser les doigts pour qu’il n’arrive rien ! »

Chasseurs de tête

Le quotidien Sud-Ouest vient de donner de la voix . La « communauté de communes » recevra la pétition quand le quota sera atteint. Quant à La Dépêche, elle se souvient. C’était en septembre 2015, à Villeneuve, non loin de Fumel. A 66 ans le Dr Francis Cazeils partait à la retraite, sans successeur. Il tirait la sonnette d’alarme. La sonnette s’est tue.

« On a tout essayé, disait-il. Des petites annonces dans les revues spécialisées, prendre des stagiaires au cabinet. J’ai eu des contacts, notamment de confrères qui veulent changer de région mais ça n’a jamais abouti. Peut-être que mon chiffre d’affaires n’est pas assez attractif. Moi, il me suffit. Mais celui qui veut le développer, il lui suffit de laisser la porte ouverte, les patients vont s’y engouffrer. »

Pour l’heure, faute de s’engouffrer, les patients s’énervent. Sur place les élus estiment que c’est désormais à l’État de favoriser l’installation de médecins dans les zones rurales. Or l’Etat n’est, précisément, plus là. Dans l’ombre les agences de placement de généralistes étrangers affûtent leurs contrats plus ou moins léonins. Voici le temps venu des chasseurs de tête.

A demain

 

Agir en justice contre le burn out des soignants. Carte nationale des harcèlements hospitaliers

 

Bonjour

Est-ce une première ? Est-ce un signe ? En Touraine un collectif de dix-huit sages-femmes du Pôle Santé Léonard-de-Vinci ont assigné leur employeur devant le juge des référés du TGI de Tours pour « danger immédiat et permanent ». Elles réclament la création de trois postes. L’affaire vient d’être rapportée par La Nouvelle République.

« Problème de sécurité des patients, risque de burn out des soignants : la maternité de la clinique de Chambray-les-Tours est devant la justice. Selon Rose-Lyne Verdier, représentante CGT au pôle santé Léonard-de-Vinci, le malaise couvait depuis décembre 2015. Les sages-femmes ont alerté la direction à plusieurs reprises sur leur manque d’effectif ». Devant l’inertie de leur hiérarchie, dix-huit de ces professionnelles de la naissance, regroupées en collectif, ont décidé de saisir la justice pour « danger immédiat et permanent ». Elles demandent notamment trois embauches supplémentaires ».

L’audience s’est tenue mardi 7 février devant le juge des référés du TGI de Tours. Une décision sera rendue le 21 février.

C’est une première réactualisée : la carte 1 mise à jour des signalements de maltraitance et de harcèlement reçus par l’association Jean-Louis Mégnien. Elle est disponible à l’adresse: http://associationjeanlouismegnien.fr/documentation/. S’y intéresser c’est, immanquablement, s’inquiéter : que se passe-t-il à Château-du-Loir, dans la Sarthe de François Fillon, à Amiens, cité d’Emmanuel Macron, à Bourgoin-Jallieu (Isère), qui vit naître le grand Frédéric Dard. On attend, déjà, la réactualisation de cette carte.

A demain

1 Cette carte fait état de signalements de maltraitance ou de harcèlement. En dehors de quelques exceptions, elle exclut toute condamnation définitive pour ces motifs d’un établissement hospitalier ou d’une personne physique. Il n’en demeure pas moins que les dossiers soumis à l’Association Jean-Louis Mégnien ou dont elle a eu connaissance et qui font l’objet d’un signalement sur cette carte, sont solidement argumentés. Ils s’appuient sur des documents et faits précis s’inscrivant souvent sur une longue période. Ils donnent lieu, pour beaucoup d’entre eux, à des procédures judiciaires en cours, administratives et/ou pénales, en première instance en appel ou en cassation. Les cas signalés ne représentent malheureusement qu’une partie seulement de la réalité des phénomènes de maltraitance et de harcèlement, beaucoup de personnels n’osant se signaler par peur de mesures de rétorsion et des conséquences négatives pour leur avenir professionnel.

En publiant cette carte, le but de l’Association Jean-Louis Mégnien n’est ni de régler de contentieux avec les établissements signalés ni de nuire à une personne physique ou morale. En alertant sur ces dérives managériales, l’association ne fait que remplir son objectif d’information du public sur les phénomènes de maltraitance et de harcèlement, dont l’ampleur ternit l’image de l’hôpital public, constitue une menace pour son avenir et tend à rompre le pacte de confiance du public vis-à-vis de son système de santé.

 

 

Que fera de la cigarette électronique le nouveau patron de la lutte contre les addictions ?

 

Bonjour

Il arrive à point nommé et son action politique sera décortiquée : le Dr Nicolas Prisse a été nommé, ce 8 février et en conseil des ministres, président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). A ce titre il pourrait contribuer à repenser la politique dans ce champ sanitaire – un champ d’une importance considérable si on y inclut cette drogue légale qu’est le tabac. Fera-t-il plus (et mieux) à ce poste politique que Mme Danièle Jourdain-Menninger (« fonctionnaire socialiste » selon Libé) en poste depuis septembre 2012?

Du Tchad à Ségur

Son passé plaide-t-il pour lui ? Le Dr Nicolas Prisse était depuis un an en charge de la santé publique au sein des cabinets de Marisol Touraine et de sa secrétaire d’Etat chargée des personnes âgées et de l’autonomie, Pascale Boistard. L’homme est titulaire d’un diplôme universitaire de médecine et santé tropicales (1993) et d’un diplôme spécial de santé publique (1994). Il est aussi diplômé (2004) de l’Ecole nationale de santé publique (ENSP). , aujourd’hui EHESP) (2004).

Mais encore ? Il a œuvré dans la coopération au Tchad (1992-1993) avant de devenir  médecin directeur du service communal d’hygiène et de santé de Bagnolet  (1995-1996) puis ingénieur de recherche (dans l’épidémiologie des cancers) à l’Inserm (1997-1998). Et ensuite ? Il devient coordinateur de Sida Info Services (1998-2000), chargé de la mise en place du nouveau dispositif de téléphonie « Hépatites info service » – et ce avant de rejoindre la direction des sports au ministère de la jeunesse et des sports en tant que chargé de mission (2000-2002).

Réduction des risques et cannabis

Puis viennent neuf ans (2003-2012) à la direction générale de la santé (DGS) où il a été conseiller médical chargé des déterminants sociaux de la santé (2003-2006) puis conseiller médical chargé des questions de toxicomanies (2006-2009) et responsable de l’appui à la programmation nationale et régionale et à l’évaluation, dans le bureau « programmation, synthèse, évaluation » du secrétariat général (2009-2012). De février 2012 à mars 2016, il a été chargé de mission auprès du secrétaire général des ministères chargés des affaires sociales. On peut le voir ici sur une brève vidéo.

L’homme arrive alors que Marisol Touraine va partir – au terme de cinq années malheureusement marquées par un refus obstiné de comprendre idéologiquement et pratiquement ce que pouvait être une véritable politique de réduction des risques dans le champ des addictions. Et ce jusqu’à l’absurde avec la cigarette électronique. Ce qu’une ministre de la Santé a raté, le nouveau patron de la Mildeca pourra- t-il le réussir ? Quid du cannabis sous la prochaine majorité? Seule certitude : il arrive à point nommé. Et son action politique sera décortiquée.

A demain

 

Anti-inflammatoires, danger ! Entre 5000 et 6000 femmes enceintes exposées chaque année

Bonjour

Grâce au service de presse de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) nous pouvons apporter quelques précisions sur l’alerte qui vient d’être lancée sur les anti-inflammatoires (dont l’aspirine) pendant la grossesse.

Il s’agit ici, plus précisément, du « troisième rappel » de ce type effectué par l’ANSM. Les deux premiers datent de 2003 et 2009. Comment justifier, sur un sujet aussi sensible, aussi important, qu’il faille ainsi réitérer les appels ? Où sont les failles ? Sur France Info la directrice adjointe des médicaments à l’ANSM, Nathalie Richard, insiste sur le fait que « ce n’est pas normal ». Comment résorber le pathologique ?

« Le danger pour la femme enceinte arrive à partir du sixième mois de grossesse, même après une seule prise de ce médicament » explique-t-elle. C’est tout dire. Ces petites pilules « ont une image de médicaments anodins et sans danger. Il faut donc que les prescripteurs et les pharmaciens soient extrêmement vigilants » prévient Nathalie Richard. Certes. Mais elle ne dit pas comment faire pour augmenter le seuil de vigilance de ces professionnels. Sans parler de l’automédication…

Toujours lire les posters

Reste une question : pourquoi ce troisième rappel ? « Il s’appuie sur des données de l’assurance maladie qui montrent que 5 000 à 6 000 femmes par an sont exposées à des AINS à partir du début de leur sixième mois de grossesse » nous explique-t-on à l’ANSM. On fait ici référence à une étude conduite de 2011 à 2013. Plus précisément ces données proviennent d’un poster présenté aux 37èmes journées de pharmacovigilance de Nancy. C’était en avril 2016. Voici les références du document :

PM-025 « Analgesic drug dispensation patterns before and during pregnancy : a retrospective study in France ». Conclusions:

« Le paracétamol est l’antalgique le plus prescrit au cours de la grossesse (quel que soit le trimestre). Cette étude met surtout en évidence l’existence d’une pratique de prescription d’AINS à partir du 6ème mois (0,78 % des patientes), malgré la contre-indication absolue durant cette période, compte tenu des risques entre autres de fermeture prématuré du canal artériel et de toxicité rénale largement connus. Après extrapolation, cette situation concernerait entre 5000 et 6000 femmes par an en France, cette estimation basse ne prenant pas en compte l’automédication par AINS (notamment par ibuprofène). »

Le premier auteur est J. Delorme et le dernier le Pr Nicolas Authier, qui dirige le service de pharmacologie médicale du CHU de Clermont-Ferrand. On ne lit jamais assez les posters. Que les auteurs soient remerciés. Un prix serait justifié.

A demain

« Le charme discret de la guérison d’Alzheimer » Bientôt dans toutes les librairies

 

Bonjour

Un clone, ou presque. Après le raz-de-marée éditorial du «  Charme discret de l’intestin » voici « Guérir Alzheimer Comprendre et agir à temps ».

Couverture d’un même vert néo céladon, mêmes dessins en blanc et noir (Jill Enders), même titillement de la curiosité qui pousse à l’achat. Et même corps humain à mille et une facettes. Avec, au cœur, le cerveau. Hier il était en connexion directe avec les immensités obscures de notre tube digestif. Aujourd’hui il est en questionnement central sur lui-même.

A compter du 1er février les éditions Actes Sud (bientôt quarante ans) publient un texte provocateur du Dr Michael Nehls – traduit de l’allemand par Isabelle Liber (420 pages, 22,50 euros). L’auteur ? L’éditeur le présente ainsi :

« Après un doctorat de médecine et une thèse de génétique moléculaire, Michael Nehls a développé au sein de grandes entreprises pharmaceutiques, des médicaments soignant les maladies dites “ de civilisation ” comme le diabète ou les troubles cardiovasculaires. Il a collaboré à de nombreuses publications et dirigé des recherches dans plusieurs universités en Allemagne et aux Etats-Unis. Il est l’auteur de quatre ouvrages dont deux sur la maladie d’Alzheimer [Die Alzheimer-Lüge: Die Wahrheit über eine vermeidbare Krankheit. Heyne, 2014 / Alzheimer ist heilbar. Rechtzeitig zurück in ein gesundes Leben. Heyne, 2015]. »

Agir avant la maladie

Sa profession de foi : « En remédiant à temps aux carences existantes, on peut stopper la progression de l’Alzheimer. Et en intervenant encore plus en amont, il est même possible d’inverser le processus… et de guérir. » On explique qu’en 2013, aux Etats-Unis, lors d’études cliniques d’un genre nouveau, les premières « guérisons » de la maladie d’Alzheimer ont pu être constatées ; que « grâce à une thérapie ‘’systémique’’, les patients ont retrouvé toutes leurs facultés cognitives et une vie normale » ; que « ces résultats spectaculaires sont réalisables lorsque le traitement est entamé dès les premiers stades de la maladie ».

Et que tout cela « confirme les travaux de recherche du Dr Michael Nehls » – des travaux qui mettent en évidence que la maladie d’Alzheimer serait une maladie « de civilisation » qui demande « une approche globale de ses causes et de son développement » et que « l’origine de la maladie n’est pas l’âge avancé des patients, mais un ensemble de carences dont souffre le cerveau ». Corollaire : si on « comble ces carences à temps », le bon fonctionnement cérébral « peut se rétablir ».

Sans commentaires

Le lecteur découvrira au fil des chapitres comment, fort de ces postulats, l’auteur détaille les « prescriptions non médicamenteuses combinées de la thérapie systémique » – mode de vie, alimentation, sommeil, sport, bon équilibre hormonal, stimulation cognitive etc. Il découvrira aussi comment, à chaque étape du traitement, une fiche conseil baptisée « ordonnance ». Extraits en ligne.

Actes Sud, une nouvelle fois, vise très très large :

« Ce livre, aussi rigoureux que stimulant, est un guide précieux pour les malades, pour leurs proches mais aussi pour les médecins. Prenant en compte toutes les dimensions d’Alzheimer, y compris anthropologiques, il invite à un véritable changement de paradigme (…).

« Ces résultats spectaculaires apportent la preuve que certaines prescriptions non-médicamenteuses combinées (mode de vie, alimentation, détox, sommeil, sport…) non seulement empêchent la progression de la maladie mais suppriment les symptômes déjà apparus. Un jour, de plus en plus de patients pourront dire : J’avais Alzheimer. »

Pour l’heure, sans commentaires.

A demain