Vidéos, intimité, orfraies et réseaux sociaux : voici le temps de la mise en abyme du sordide

Bonjour

15 février 2020 Depuis plus deux jours les médias généralistes bruissent à l’unisson des émotions et ravages induits par des « vidéos-intimes-à-caractère-sexuel-postées-sur-les réseaux-sociaux ».

En parler ? S’indigner ? Dénoncer ? Comprendre ? Relativiser ? Observer la perversité ? Cris d’orfraies ?

Ou, comme notre confrère Denis Pessin sur Slate.fr, croquer en un seul trait la mise en abyme du sordide dans une société « hyperconnectée » : « Don’t Google ! ». Denis Pessin, journaliste, « éloge du pessimisme », quintessence du graphique au service de l’idée.

A demain

« Orfraie » : nom ambigu utilisé pour désigner certaines espèces de rapaces pêcheurs diurnes. « À l’orfraie des rivages, au corbeau de la plaine, succède peu à peu le vautour (Michelet,Hist. romaine, t.1, 1831, p.142). « Il n’avait point peur de l’avènement prochain de ces démocraties, qui faisaient pousser des cris d’orfraie à l’égoïsme d’une poignée de privilégiés (Rolland,J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1549).

Comment a-t-on osé faire des tests de grossesse secrets chez des joueuses de handball ?

Bonjour

Entre l’humain et la chose. Après les révélations de multiples affaires de violence sexuelles c’est un nouvel éclairage sur les coulisses du monde sportif. Le 13 février l’Association des Joueurs Professionnels de Handball (AJPH) a publié un communiqué dénonçant des « pratiques inacceptables qui se seraient déroulées au sein d’un club de Ligue Butagaz Énergie (championnat féminin de 1ère division). Dans le cadre des bilans biologiques de début de saison, l’analyse du taux de l’hormone béta HCG, visant à détecter un état de grossesse, aurait été prescrite par le médecin du club sans le consentement des joueuses. »

Dans son communiqué (à lire en intégralité ici), l’AJPH rappelle que «ce type de contrôle est totalement illégal et viole non seulement la vie privée des joueuses mais porte également une grave atteinte à leur intimité. »  L’association a adressé au club et au médecin un courrier et en a informé les instances ainsi que les partenaires sociaux.

Devenir une chose après avoir été un humain

Selon les informations de France Info, le club de Nantes Atlantique Handball (à ne pas confondre avec son voisin, le HBC Nantes), où évoluent notamment les internationales françaises Camille Ayglon-Saurina, Catherine Gabriel et Blandine Dancette, serait le club incriminé dans le communiqué. Contacté à plusieurs reprises, le président du NHA Arnaud Ponroy n’a pas souhaité répondre à ce média. 

« « Personne ne peut interdire de devenir maman’’ a déclaré à Ouest-France une joueuse de Division 1. On fait des pas en arrière sur la question de la grossesse des sportives de haut niveau. Un cas comme ça, ça peut créer une crainte chez les joueuses, ou à l’effet inverse engendrer de plus en plus de bébés dans le dos des présidents. En fait, on est peut-être juste devenues des choses et non plus des humains… » »

« Mais ce cas pose des questions, ajoute Ouest-France. Qu’aurait fait le club s’il avait découvert qu’une de ses joueuses était enceinte, sans que celle-ci ne soit au courant ? Cette question, tout le monde se la pose dans le milieu du handball. D’autant que ces dernières années quelques joueuses ont dû prendre un congé maternité non anticipé. « Certains clubs ont eu le sentiment de se faire avoir. Mais ce n’est pas pardonnable. Et que dire du médecin ? demande la joueuse. Il y a quand même le secret médical. Le docteur ne doit rien dire. » »

Le docteur a-t-il parlé ? Le docteur parlera-t-il ?

A demain @jynau

Non, Emmanuel Macron n’aura pas réussi à torpiller le «Janvier français désalcoolisé»

Bonjour

2 janvier 2020. S’il fallait une démonstration elle serait fournie par la une du Parisien : « Et si on se passait d’alcool ? ». Avec, une nouvelle fois, « l’alcool » symbolisé par une verre de vin (rouge). Et s’il en fallait une autre, plus politique, on la trouverait sur le site de France Inter : « Mois sans alcool : l’opération « Janvier sec » n’a finalement pas été coulée en France » (Simon de Faucompret). 

Où l’on retrouve l’ensemble des données exposées ces dernières semaines sur ce blog ainsi que sur Slate.fr. A commencer par le peu glorieux silence de l’agence Santé Publique France porteuse d’un beau projet avorté. « Ça faisait six mois que les équipes du ministère et de Santé publique France travaillaient dessus », a ainsi précisé l’addictologue Michel Reynaud au micro de franceinfo fin 2019. Rappeler aussi que tout avait semblé se nouer lors d’une rencontre dans un étoilé d’Epernay entre Emmanuel Macron et certains représentants du monde viticole : « Vous pouvez faire savoir qu’il n’y aura pas de Janvier sec, nous a-t-il dit [le Président] » , assurait le coprésident du Comité Champagne, Maxime Toubart, au site spécialisé Vitisphère. Un président étrangement muet, depuis, sur le sujet. Sans parler du pesant silence de la ministre des Solidarités et de la Santé qui, en toute logique, devrait porter haut et fort ce projet sans précédent en France.

Puis vinrent les « Bons Vivants » :  portées par le talentueux Philippe Claudel 42 personnalités dont Pierre Arditi, Cyril Lignac et Katherine Pancol ont signé une tribune dans e Figaro, pour dénoncer la « toquade anglo-saxonne et puritaine du Dry January ». Un défi (faussement) assimilé à la prohibition – au point de pousser les élus locaux d’Épernay l’effervescente à l’interdire purement et simplement dans leur conseil municipal du 16 décembre.

2 janvier 2020. On ouvre le pragmatique Parisien (Florence Méréo) et l’on comprend que l’on est loin de la prohibition.

« Pierre veut savoir quelle place il occupe dans son quotidien. Isilda espère montrer à ses fils qu’on peut faire la fête sans lui. Le point commun entre ce trentenaire et cette quinquagénaire? Tous deux vont participer au défi de Janvier sans alcool. Un mois où on lève le pied plutôt que le coude, pour régénérer son corps et interroger sa relation au verre à pied et à la chope. »

« En Angleterre, le Dry January fédère quatre millions de personnes, tandis qu’un Belge sur cinq paie sa Tournée minérale (au mois de février). En France pourtant, il fait sacrément débat entre ceux qui le conspuent, voyant en lui une toquade puritaine, et ceux qui brandissent les arguments de santé publique sur les dégâts sanitaires et sociaux que l’alcool provoque. Le gouvernement a, lui, enterré l’opération de sensibilisation officielle que les autorités de santé construisaient. Et vous, relèverez-vous le défi ? »

Aucune « injonction »

Pr Mickaël Naassila, directeur du groupe de recherche sur l’alcool et les pharmacodépendances à l’Inserm : « Fixer une abstinence pendant un temps donné permet de mettre la barre haut pour arriver ensuite à une réduction ». Aucune « injonction ».

Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions : il propose, dans Le Parisien, une approche progressive, notamment aux personnes qui consomment beaucoup d’alcool :  « La première semaine est un round d’observation. Notez chaque jour, sur votre téléphone ou un carnet, ce que vous avez bu, le nombre de verres et les circonstances (au travail, en famille, en soirée ou tout seul…). Les trois semaines qui suivent seront consacrées à la réalisation de l’objectif que vous vous êtes fixé. Si vous rencontrez des difficultés, il faut les inscrire pour ensuite les analyser et les contourner ».

Conscient que l’un des freins majeurs est la « pression sociale », le médecin conseille d’avoir dans sa poche trois phrases clés en main à dégainer : « Ouh là, je me suis mis une sacrée mine hier soir, aujourd’hui, je fais pause. Ou : Je suis sous antibiotiques. Ou encore : « Non, c’est bon, je suis bien comme ça ». « Cette dernière marche du tonnerre … ».

Qui sait ? Peut-être faudra-t-il, demain, remercier Emmanuel Macron d’avoir tenté de torpiller notre premier « Janvier désalcoolisé ».

A demain @jynau

Extinction. Pourquoi tant de sang au Trocadéro ? Et ces pressions sur les journalistes ?

Bonjour

Connaissez-vous, né en Grande Bretagne, le mouvement Extinction Rebellion ? Il exige « la reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles » et « une communication honnête sur le sujet ». Mais aussi « la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025 ». Et encore « l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres, à l’origine d’une extinction massive du monde vivant ». Sans oublier « la création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable ».

Des militants se réclamant de la branche française de cette mouvance ont déversé, dimanche 12 mai, du faux sang sur les marches du Trocadéro, à Paris. Vêtus de noir, jeunes gens pour la plupart, ils s’étaient munis de trois cents litres de « sang » – mélange de colorant alimentaire et de maïzena®. Puis ils ont déversé le rouge contenu de leurs bidons sous les yeux de nombreux touristes et des policiers présents dans le secteur.

Porteurs de grandes banderoles vertes « Extinction Rebellion » et d’un calicot noir « Stop à la 6e extinction de masse », ils se sont ensuite recueillis plusieurs minutes en silence – avant de commencer à éponger les marches innombrables.

A Bordeaux, six personnes se revendiquant du même mouvement ont été placées en garde en vue dimanche pour avoir participé à l’accrochage dans la nuit d’une grande banderole « Chirac reviens ! » sur des échafaudages de la Chambre de commerce et d’industrie, place de la Bourse, haut lieu touristique. Selon un organisateur, ce message visait d’abord à « interloquer les gens ».

Les six personnes ont été interpellées sur place pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui » (celle des passants sous l’échafaudage et des policiers et pompiers intervenus sur les lieux). La banderole a, le lendemain, été retirée par les pompiers.

Fin (humoristique) du journalisme

Extinction Rebellion France s’est structuré ces derniers mois, sur le modèle de celui né à l’automne 2018 en Grande-Bretagne où il prône la « désobéissance civile non violente » pour contraindre gouvernants et responsables à répondre à la crise climatique et écologique. Le trois mai dernier, à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, ce mouvement organisait « les funérailles du journalisme » ; « action satirique et non violente » qui s’inscrivait  dans le cadre de : « La reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles et une communication honnête sur le sujet ». Humour :

« Nous avons la douleur de vous faire part de la disparition du devoir d’information des journalistes. Nous vous présentons nos sincères condoléances et vous convions aux obsèques du journalisme. Force est de constater que face à l’Urgence des défis environnementaux & sociaux, du dérèglement climatique, de l’extinction massive d’espèces, des risques d’effondrement de nos sociétés, … vous ne remplissez pas votre devoir d’information et ne respectez pas la charte de déontologie journalistique et la déclaration des devoirs des journalistes (Charte de Munich 1971). »

Et de réclamer aux médias quatre preuves d’engagement : une rubrique quotidienne quelques soient leurs supports (presse / radio / TV) ; un bandeau en couverture : « Urgence climatique, regardons la vérité en face » ; dossier spécial : état du monde & perspectives ; la signature d’une charte d’engagement de ‘’Journalistes Authentiques, Réalistes & Honnêtes’’. Est-ce là, toujours, de l’humour ? Ou les premiers symptômes d’un mouvement qui au nom des meilleurs raisons écologiques du monde, ne pourra qu’évoluer vers les menaces, la contrainte et les actions violentes médiatisées. Sur le modèle des vegans anti-bouchers.

A demain

@jynau

La mort de Vincent Lambert est-elle désormais programmée ? Les mots vont nous manquer

Bonjour

Appelée à se prononcer pour la deuxième fois sur le cas de Vincent Lambert, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a, mardi 30 avril 2019, rejeté  la requête de ses parents contre le dernier arrêt du Conseil d’Etat.

Ce dernier ne s’était pas opposé à la décision dite « d’arrêt des traitements » (en réalité d’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation) prise le 9 avril 2018, par le Dr Vincent Sanchez, chef de l’unité de patients cérébrolésés du centre hospitalier universitaire de Reims.

Dans un communiqué, François, neveu de Vincent Lambert qui souhaite l’arrêt des « traitements », salue la décision de la CEDH. Selon lui, « il revient donc au médecin en charge de Vincent, et à ses hiérarchies, de mettre les moyens nécessaires pour que la décision puisse être appliquée et que Vincent puisse enfin partir ».

Rappeler que, depuis le début de la bataille judiciaire en 2013, plusieurs juridictions – dont le Conseil d’Etat dès 2014 et la CEDH en 2015 – se sont prononcées en faveur de « l’arrêt des traitements » de Vincent Lambert ? Redire que ces décisions ont à chaque fois été contrecarrées par les requêtes successives des parents Lambert, pour qui leur fils « n’est pas en fin de vie », doit « être stimulé » et transférer dans une autre structure plus hospitalière ?

Préciser qu’outre le recours devant la CEDH qui vient d’être rejeté Pierre et Viviane Lambert ont annoncé par la voix de leurs avocats avoir également déposé un recours devant le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies. Et écrire que Caroline Lantero, avocate et maître de conférences en droit de la santé à l’université Clermont-Auvergne avait il y peu, interrogée par Le Monde, estimé que la décision de la CEDH pourrait marquer l’épilogue de l’affaire Lambert ?

« Même si humainement et politiquement c’est compliqué, le médecin pourra arrêter l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert et le basculer sur une sédation profonde jusqu’à son décès » avait-elle déclaré. Politiquement, on ne sait pas. Mais humainement on peut raisonnablement penser que cela sera même un peu plus que « compliqué ». On pourrait même ajouter que les mots, ici, vont nous manquer.

A demain

@jynau

 

Médecine et complémentaires : faut-il s’indigner du raz de marée annoncé de Deuxiemeavis.fr ?

Bonjour

Donner, de sa poche,  300 euros pour avoir un « deuxième avis médical » ? C’était il y a trois ans. A peine né le site « deuxièmeavis.fr » faisait scandale quoique lancé en toute discrétion. Comment mieux dire dire la sécheresse extrême du tissu médical français, prêt à s’embraser pour une étincelle, une menace, une innovation.

Ainsi donc, moyennant 295 euros, un « deuxième avis médical » quand la chose est, pour mille et une raison, devenue nécessaire. C’était déjà là une pratique courante, largement répandue; mais pratiquée sans être affichée. Une pratique presque toujours effectuée  sous la couverture de la Sécurité sociale.  La nouveauté, fin 2015, tenait dans l’affichage et la facturation – rien n’étant, cette fois, directement demandé à la collectivité.

Les syndicats de médecins libéraux, alors, étaient à l’affût. « C’est une démarche commerciale et dangereuse, qui n’honore pas les médecins qui se sont lancés dedans, condamnait le Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF). « Qui assurera le suivi et les interrogations complémentaires du patient, si ce n’est le médecin traitant court-circuité ?» demandait dans un communiqué la Confédération des syndicats des médecins de France (CSMF), scandalisée  par la démarche. Quant au Dr Jean-Paul Ortiz, président de ce premier syndicat de médecins, il ne décolérait pas. « A l’heure où l’on parle d’égalité d’accès aux soins pour tous, proposer sur Internet un pseudo-deuxième avis pour près de 300 € est scandaleux ».

« Sur les 295 € facturés, 120 € vont au médecin, 175 € servent à couvrir les frais du site » nous expliquait Pauline d’Orgeval, co-fondatrice du site avec Catherine Franc et Prune Nercy, diplômées d’HEC. Elle ajoutait que les « experts » (près d’une centaine) sont des spécialistes, volontaires, sélectionnés sur des critères arrêtés par  un comité scientifique 1. « En contact direct avec le patient ils sont incités à prendre contact avec son ou ses soignants du patient, notamment en cas de divergences diagnostiques ».

Médecine ubérisée et complémentaires santé

Le Conseil national de l’Ordre des médecins ?  « Ce site pose le problème plus général de l’ubérisation de la santé qui passe par une plate-forme Internet sans respecter le vertueux parcours de soins défendu par les pouvoirs publics, déclarait alors au Parisien le Dr Jacques Lucas, chargé du dossier à l’Ordre dont il est le vice-président. J’ai cru comprendre que l’initiative de Deuxiemeavis.fr pourrait être soutenue par des complémentaires santé qui prendraient en charge la consultation. Il y aurait alors deux portes d’accès aux soins, celle qui passe par ces complémentaires et celle des autres patients, ce qui créerait une inégalité. »

Le Dr Lucas avait parfaitement saisi et les deux portes sont bien là. 30 avril 2019 : « J’ai le plaisir de vous adresser le communiqué de presse de Deuxiemeavis.fr qui annonce le chiffre de 13 millions de bénéficiaires avec comme ambition de faire du deuxième avis médical un droit pour tous les patients atteints d’une maladie grave » (nous soulignons) :

« Six mois après avoir levé 2,5 millions d’euros auprès de fonds à impact social, la plateforme deuxiemeavis.fr vient d’annoncer qu’elle est désormais accessible à près d’un Français sur cinq. Ce site  permet aux patients confrontés à un problème de santé grave d’obtenir un deuxième avis médical auprès de médecins experts de leur maladie. Un service pris en charge à 100 % par les complémentaires santé ou courtiers partenaires – Malakoff Médéric Humanis, Audiens, Santiane, Ociane, Gras Savoye, Energie Mutuelle, GAN, Mutuelle Les Solidaires – par le réseau Santé Clair et l’assisteur IMA assistance. La startup parisienne permet ainsi au patient et à son équipe médicale traitante de s’appuyer sur un deuxième avis médical – sous la forme d’un compte-rendu écrit et personnalisé – pour éclairer ou faciliter la prise de décision. »

Trois ans plus tard Le discours n’a pas changé. « Avec deuxiemeavis.fr, nous ne faisons qu’organiser de façon transparente une pratique répandue entre médecins, explique Pauline d’Orgeval, présidente et cofondatrice. D’ailleurs, dans 75 % des cas, il y a convergence entre le premier et le deuxième avis ». Et en prime, une interview vidéo du Pr Laurent Degos – président du conseil scientifique 1 – Deuxiemeavis.fr : https://youtu.be/fR3DBOMezzs

Mieux, fort de son succès affiché, la startup entend désormais « démocratiser l’accès à l’expertise médicale et participer au développement spectaculaire de la télémédecine dans notre pays ». Le site, nous affirme-t-on, devrait être accessible à 15 millions de Français à la fin de l’année. Les syndicats médicaux se sont tus. Et l’Ordre des médecins ne dit plus rien. Un symptôme éclairant ? Basée à Paris, l’entreprise est hébergée au sein de la « pépinière » Paris Santé Cochin.

A demain

@jynau

1 Le Conseil scientifique est constitué du Dr Laurent Degos, du Pr Dominique Franco, du Pr Pierre-Louis Druais, du Dr Laurent Mignot, du Dr Claire Bricaire, du Pr Philippe Denormandie, du Pr Charles de Riberolles et de Xavier Briffault, chercheur en sciences sociales et philosophie de la santé mentale au CNRS.

Suicides : le courage atypique du directeur général de la police nationale ; silence à l’hôpital

Bonjour

Il se nomme Eric Morvan, 62 ans. Né à Nevers, haut fonctionnaire, carrière ascendante exemplaire, occupe depuis près de deux ans le poste à haut risque de directeur général de la police nationale (DGPN) Fait sans précédent, il invite dans une lettre envoyée à tous les policiers, vendredi 19 avril, la profession au dialogue et à la libération de la parole face à la vague de suicides dans l’institution, un sujet tabou chez les forces de l’ordre.

Dans sa lettre aux 150 000 fonctionnaires de police français (et dont l’Agence France-Presse a eu copie) Eric Morvan enjoint à parler du suicide – une démarche atypique qui ne va pas nécessairement de soi dans l’institution.

« Plusieurs de nos collègues ont mis fin à leurs jours. Certains penseront peut-être que ce dramatique enchaînement relève d’un facteur mimétique 1  et que, plus on parle du suicide, plus on prend le risque d’en susciter, dans un contexte rendu encore plus difficile par la charge opérationnelle ».

« Il faut en parler. Sans crainte d’être jugé. Il faut se confier, se persuader qu’avouer un mal-être n’est jamais une faiblesse (…)  La responsabilité humaine que l’on doit reconnaître à celui ou celle qui prend cette terrible décision ne nous exonère pas de la nôtre »

Le DGPN, qui évoque « un devoir collectif », y compris et surtout des chefs, dont le management est, nous dit l’AFP, « souvent pointé du doigt par les organisations syndicales de gardiens de la paix ».

Intérieur, Solidarités et Santé

Le Monde pascal, qui consacre sa manchette au phénomène : « Suicides dans la police : l’état d’urgence », donne la parole (Louise Couvelaire) à Sebastian Roché, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique et « spécialiste de la police ». Il a notamment publié De la police en démocratie (Grasset, 2016). Pour ce chercheur, le nombre important de suicides de policiers enregistrés depuis le début de l’année est un phénomène alarmant, mais difficile à analyser, faute d’études sur le sujet. Extraits :

«  Le taux de sur-suicides des policiers se maintient à un niveau élevé depuis longtemps. Cela fait quarante ans que l’on sait qu’il y a davantage de suicides chez les policiers que dans le reste de la population à structure égale, c’est-à-dire entre 35 ans et 45 ans et majoritairement masculine. En juin 2018, un rapport du Sénat pointait un taux de suicides dans la police supérieur de 36 % à celui de la population générale. Mais ce qui est certain, c’est que l’année 2019 est très mal partie, et c’est alarmant. Si le rythme se maintient, on pourrait atteindre le record de l’année 1996, ‘’ année noire ‘’ qui avait enregistré soixante-dix suicides.

Les causes de ce taux de « sur-suicides » ?

« On ne le sait pas justement. Et c’est bien le problème. Il n’existe aucune étude de fond du ministère de l’intérieur permettant d’analyser le phénomène. Il y a un défaut de volonté de comprendre. C’est une lacune historique et structurelle de Beauvau. Résultat, nous n’avons toujours pas réussi à identifier le problème ni été capables de mesurer l’efficacité des mesures mises en place jusqu’à présent. (…)

« La qualité de la relation avec la population joue probablement un rôle important. En 2016, elle était meilleure que les années précédentes, ce qui peut aider les policiers à donner un sens à leur engagement.

« Sur ce terrain, 2019 est une année conflictuelle et donc difficile. Les policiers sont mis en cause par une partie de la population qui jusque-là les soutenait. Pour répondre à leur détresse, il ne suffit pas d’ouvrir une ligne téléphonique, comme le prévoit le plan antisuicides, il faut multiplier les portes d’entrée pour appeler à l’aide, comme l’a fait la police de Montréal, au Canada, en formant la hiérarchie, les syndicats et des pairs référents. »

« Aucune étude de fond du ministère permettant d’analyser le phénomène … un défaut de volonté de comprendre ». Ce sont là des propos que l’on peut appliquer au ministère des Solidarités et de la Santé confronté aux suicides des soignants hospitaliers. Qui dira pourquoi le pouvoir exécutif se refuse à multiplier les portes d’entrée pour que l’on entende mieux ces agents salariés qui nous appellent à l’aide ?

A demain

@jynau

1 Le DGPN fait ici notamment référence à « l’effet Werther » ,phénomène qui tire son nom d’une spectaculaire vague de suicides s’étant produite en Europe après la parution (1774) du célèbre roman de GoetheLes Souffrances du jeune Werther, roman centré sur le suicide d’un jeune homme à la suite d’amours déçues