Que fera de la cigarette électronique le nouveau patron de la lutte contre les addictions ?

 

Bonjour

Il arrive à point nommé et son action politique sera décortiquée : le Dr Nicolas Prisse a été nommé, ce 8 février et en conseil des ministres, président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). A ce titre il pourrait contribuer à repenser la politique dans ce champ sanitaire – un champ d’une importance considérable si on y inclut cette drogue légale qu’est le tabac. Fera-t-il plus (et mieux) à ce poste politique que Mme Danièle Jourdain-Menninger (« fonctionnaire socialiste » selon Libé) en poste depuis septembre 2012?

Du Tchad à Ségur

Son passé plaide-t-il pour lui ? Le Dr Nicolas Prisse était depuis un an en charge de la santé publique au sein des cabinets de Marisol Touraine et de sa secrétaire d’Etat chargée des personnes âgées et de l’autonomie, Pascale Boistard. L’homme est titulaire d’un diplôme universitaire de médecine et santé tropicales (1993) et d’un diplôme spécial de santé publique (1994). Il est aussi diplômé (2004) de l’Ecole nationale de santé publique (ENSP). , aujourd’hui EHESP) (2004).

Mais encore ? Il a œuvré dans la coopération au Tchad (1992-1993) avant de devenir  médecin directeur du service communal d’hygiène et de santé de Bagnolet  (1995-1996) puis ingénieur de recherche (dans l’épidémiologie des cancers) à l’Inserm (1997-1998). Et ensuite ? Il devient coordinateur de Sida Info Services (1998-2000), chargé de la mise en place du nouveau dispositif de téléphonie « Hépatites info service » – et ce avant de rejoindre la direction des sports au ministère de la jeunesse et des sports en tant que chargé de mission (2000-2002).

Réduction des risques et cannabis

Puis viennent neuf ans (2003-2012) à la direction générale de la santé (DGS) où il a été conseiller médical chargé des déterminants sociaux de la santé (2003-2006) puis conseiller médical chargé des questions de toxicomanies (2006-2009) et responsable de l’appui à la programmation nationale et régionale et à l’évaluation, dans le bureau « programmation, synthèse, évaluation » du secrétariat général (2009-2012). De février 2012 à mars 2016, il a été chargé de mission auprès du secrétaire général des ministères chargés des affaires sociales. On peut le voir ici sur une brève vidéo.

L’homme arrive alors que Marisol Touraine va partir – au terme de cinq années malheureusement marquées par un refus obstiné de comprendre idéologiquement et pratiquement ce que pouvait être une véritable politique de réduction des risques dans le champ des addictions. Et ce jusqu’à l’absurde avec la cigarette électronique. Ce qu’une ministre de la Santé a raté, le nouveau patron de la Mildeca pourra- t-il le réussir ? Quid du cannabis sous la prochaine majorité? Seule certitude : il arrive à point nommé. Et son action politique sera décortiquée.

A demain

 

Anti-inflammatoires, danger ! Entre 5000 et 6000 femmes enceintes exposées chaque année

Bonjour

Grâce au service de presse de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) nous pouvons apporter quelques précisions sur l’alerte qui vient d’être lancée sur les anti-inflammatoires (dont l’aspirine) pendant la grossesse.

Il s’agit ici, plus précisément, du « troisième rappel » de ce type effectué par l’ANSM. Les deux premiers datent de 2003 et 2009. Comment justifier, sur un sujet aussi sensible, aussi important, qu’il faille ainsi réitérer les appels ? Où sont les failles ? Sur France Info la directrice adjointe des médicaments à l’ANSM, Nathalie Richard, insiste sur le fait que « ce n’est pas normal ». Comment résorber le pathologique ?

« Le danger pour la femme enceinte arrive à partir du sixième mois de grossesse, même après une seule prise de ce médicament » explique-t-elle. C’est tout dire. Ces petites pilules « ont une image de médicaments anodins et sans danger. Il faut donc que les prescripteurs et les pharmaciens soient extrêmement vigilants » prévient Nathalie Richard. Certes. Mais elle ne dit pas comment faire pour augmenter le seuil de vigilance de ces professionnels. Sans parler de l’automédication…

Toujours lire les posters

Reste une question : pourquoi ce troisième rappel ? « Il s’appuie sur des données de l’assurance maladie qui montrent que 5 000 à 6 000 femmes par an sont exposées à des AINS à partir du début de leur sixième mois de grossesse » nous explique-t-on à l’ANSM. On fait ici référence à une étude conduite de 2011 à 2013. Plus précisément ces données proviennent d’un poster présenté aux 37èmes journées de pharmacovigilance de Nancy. C’était en avril 2016. Voici les références du document :

PM-025 « Analgesic drug dispensation patterns before and during pregnancy : a retrospective study in France ». Conclusions:

« Le paracétamol est l’antalgique le plus prescrit au cours de la grossesse (quel que soit le trimestre). Cette étude met surtout en évidence l’existence d’une pratique de prescription d’AINS à partir du 6ème mois (0,78 % des patientes), malgré la contre-indication absolue durant cette période, compte tenu des risques entre autres de fermeture prématuré du canal artériel et de toxicité rénale largement connus. Après extrapolation, cette situation concernerait entre 5000 et 6000 femmes par an en France, cette estimation basse ne prenant pas en compte l’automédication par AINS (notamment par ibuprofène). »

Le premier auteur est J. Delorme et le dernier le Pr Nicolas Authier, qui dirige le service de pharmacologie médicale du CHU de Clermont-Ferrand. On ne lit jamais assez les posters. Que les auteurs soient remerciés. Un prix serait justifié.

A demain

« Le charme discret de la guérison d’Alzheimer » Bientôt dans toutes les librairies

 

Bonjour

Un clone, ou presque. Après le raz-de-marée éditorial du «  Charme discret de l’intestin » voici « Guérir Alzheimer Comprendre et agir à temps ».

Couverture d’un même vert néo céladon, mêmes dessins en blanc et noir (Jill Enders), même titillement de la curiosité qui pousse à l’achat. Et même corps humain à mille et une facettes. Avec, au cœur, le cerveau. Hier il était en connexion directe avec les immensités obscures de notre tube digestif. Aujourd’hui il est en questionnement central sur lui-même.

A compter du 1er février les éditions Actes Sud (bientôt quarante ans) publient un texte provocateur du Dr Michael Nehls – traduit de l’allemand par Isabelle Liber (420 pages, 22,50 euros). L’auteur ? L’éditeur le présente ainsi :

« Après un doctorat de médecine et une thèse de génétique moléculaire, Michael Nehls a développé au sein de grandes entreprises pharmaceutiques, des médicaments soignant les maladies dites “ de civilisation ” comme le diabète ou les troubles cardiovasculaires. Il a collaboré à de nombreuses publications et dirigé des recherches dans plusieurs universités en Allemagne et aux Etats-Unis. Il est l’auteur de quatre ouvrages dont deux sur la maladie d’Alzheimer [Die Alzheimer-Lüge: Die Wahrheit über eine vermeidbare Krankheit. Heyne, 2014 / Alzheimer ist heilbar. Rechtzeitig zurück in ein gesundes Leben. Heyne, 2015]. »

Agir avant la maladie

Sa profession de foi : « En remédiant à temps aux carences existantes, on peut stopper la progression de l’Alzheimer. Et en intervenant encore plus en amont, il est même possible d’inverser le processus… et de guérir. » On explique qu’en 2013, aux Etats-Unis, lors d’études cliniques d’un genre nouveau, les premières « guérisons » de la maladie d’Alzheimer ont pu être constatées ; que « grâce à une thérapie ‘’systémique’’, les patients ont retrouvé toutes leurs facultés cognitives et une vie normale » ; que « ces résultats spectaculaires sont réalisables lorsque le traitement est entamé dès les premiers stades de la maladie ».

Et que tout cela « confirme les travaux de recherche du Dr Michael Nehls » – des travaux qui mettent en évidence que la maladie d’Alzheimer serait une maladie « de civilisation » qui demande « une approche globale de ses causes et de son développement » et que « l’origine de la maladie n’est pas l’âge avancé des patients, mais un ensemble de carences dont souffre le cerveau ». Corollaire : si on « comble ces carences à temps », le bon fonctionnement cérébral « peut se rétablir ».

Sans commentaires

Le lecteur découvrira au fil des chapitres comment, fort de ces postulats, l’auteur détaille les « prescriptions non médicamenteuses combinées de la thérapie systémique » – mode de vie, alimentation, sommeil, sport, bon équilibre hormonal, stimulation cognitive etc. Il découvrira aussi comment, à chaque étape du traitement, une fiche conseil baptisée « ordonnance ». Extraits en ligne.

Actes Sud, une nouvelle fois, vise très très large :

« Ce livre, aussi rigoureux que stimulant, est un guide précieux pour les malades, pour leurs proches mais aussi pour les médecins. Prenant en compte toutes les dimensions d’Alzheimer, y compris anthropologiques, il invite à un véritable changement de paradigme (…).

« Ces résultats spectaculaires apportent la preuve que certaines prescriptions non-médicamenteuses combinées (mode de vie, alimentation, détox, sommeil, sport…) non seulement empêchent la progression de la maladie mais suppriment les symptômes déjà apparus. Un jour, de plus en plus de patients pourront dire : J’avais Alzheimer. »

Pour l’heure, sans commentaires.

A demain

 

Brouillards tabagiques : comment ne pas interpréter les statistiques de l’année 2016

Bonjour

« Après une hausse en 2015, l’année 2016 marque un recul de 1,2 % des ventes de cigarettes en France. » Comment ne pas se réjouir ?  Juste sous la barre de 45 milliards de cigarettes livrées l’an dernier aux buralistes dans l’Hexagone – soit une baisse de 1,2 % par rapport à l’année précédente. Ce sont là les chiffres officiels du distributeur unique, Logista. En valeur, le recul des ventes de cigarettes est similaire et atteint 15,17 milliards d’euros.

 « Toute baisse de la vente de tabac correspond à une baisse de la consommation, donc on ne peut que s’en féliciter mais elle pourrait baisser encore plus vite si on augmentait les prix, si on appliquait les lois avec l’interdiction de fumer dans les lieux publics ou encore l’interdiction de vente aux mineurs » commente, auprès de l’AFP, le Pr Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme (CNCT).

L’or et l’argent de la contrebande 

Pour le Pr Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT), « ce recul des ventes est un bon signe, il y a un frémissement mais nous sommes encore en dessous des autres pays européens, qui voient leurs ventes de cigarettes et la consommation diminuer plus rapidement ». Il ajoute que « l’arrivée des paquets neutres sur le marché français dès l’automne, l’opération « Moi(s) sans Tabac » en novembre et l’essor de la cigarette électronique n’ont pas été sans avoir eu un effet sur les ventes de 2016.

Les Prs Dautzenberg et Martinet parlent d’or. Les professionnels du secteur parlent argent. Pour expliquer ces baisses ils accusent leur bête noire : la contrebande, le marché parallèle qui, selon eux, « ne cesse d’augmenter ». Selon une étude de KPMG publiée en juin 2016, il s’établissait, en 2015, à 27,1% de la consommation française. Ce qui est proprement ahurissant.  « Nous avons vraiment le sentiment qu’il s’agit d’un transfert de consommation qui se fait au profit des réseaux officieux car des études montrent que la consommation de tabac ne baisse pas tant que ça en France », observe Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes.

M. Montredon est toutefois quelque peu contredit par le « tableau de bord tabac » de l’Observatoire français des Drogues et Toxicomanies (OFDT). Novembre 2016 (correspondant à la première campagne « Moi(s) sans tabac ») aurait été marqué par une baisse de 3,1 % des ventes (officielles) de cigarettes et de 9,1 % sur le tabac à rouler. Mais l’OFDT pondère :

« Cette baisse doit cependant être interprétée avec précaution car novembre 2015 avait été marqué par une augmentation sensible des ventes de tabac liée probablement en partie à la déclaration de l’état d’urgence qui a réduit les déplacements dans les pays limitrophes ».

Emmanuel Macron et les addictions

Même les buralistes reconnaissent que, concernant les aides au sevrage, l’effet « Moi(s) Sans Tabac », « semble moins discutable ». Les ventes de substituts nicotiniques ont progressé de 28 % par rapport à novembre 2015 « poursuivant la tendance des derniers mois et aboutissant à une hausse en cumul depuis janvier qui atteint 17 % », précise l’OFDT. En novembre 2016, les Français ont aussi été plus nombreux à consulter un tabacologue. Le nombre de patients accueillis a ainsi augmenté de 24,4 % et les nouveaux patients ont également été plus nombreux (+ 6,3 %). La part de démarches personnelles à l’origine de ces visites est à la hausse (44 % en novembre 2016, contre 36 % en moyenne depuis le début de l’année 2016).

On peut voir là un nouveau symptôme de la volonté d’un nombre croissant de fumeurs de briser les chaînes qui les attachent à une substance dont l’Etat détient le monopole de la vente. Et regretter une nouvelle fois l’absence de réelle volonté politique et sanitaire de les aider massivement.

De ce point de vue le tout récent intérêt porté, dans les Hauts-de-France, par Emmanuel Macron à l’alcoolo-tabagisme en terres paupérisées pourrait être comme la première esquisse de prolégomènes d’une nouvelle politique de réduction des risques dans le champ prolifique des addictions. Un bulle d’espérance ? Prenons garde. C’est peut-être là prendre le risque de lendemains moins roses que ceux qu’aujourd’hui l’on nous chante.

A demain

Grippe : instruction ministérielle est donnée aux hôpitaux de faire ce qu’ils se doivent de faire

 

Bonjour

Ce n’est certes pas le « centralisme démocratique ». Disons que, décentralisation ou pas, c’est un héritage prégnant du vieux jacobinisme. Résumons :  alors que le pic de l’épidémie approche, « Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé vient de donner aux hôpitaux instruction de mettre en œuvre sans délai toutes les mesures nécessaires, y compris en déprogrammant des activités, pour renforcer les capacités d’hospitalisation et éviter la saturation des urgences ».

Lits ouverts

Est-ce dire que sans ce signal ministériel les directions hospitalières ne pourraient pas prendre les mesures nécessaires face à une épidémie de grippe saisonnière ? Est-ce dire que sans la ministre ces directions ne sauraient user des dispositifs gradués qui existent et permettent aux hôpitaux de déprogrammer des opérations, d’ouvrir des lits et de rappeler du personnel pour prendre en charge tous les patients qui ont besoin d’être hospitalisés ?

Et d’où vient ce besoin, dans chaque communiqué de presse ministériel de rappeler sans cesse la chronologie des mesures prises depuis la fin octobre et publiquement annoncées : alertes précoces et régulières des professionnels libéraux et des établissements hospitaliers pour assurer une prise en charge optimale des malades ; sensibilisation et suivi particulier des maisons de retraite ; rappel des mesures de prévention de protection à la population (diffusion quotidienne de spots sur les chaînes de télévision et de radio depuis plusieurs semaines) ?

Marisol Touraine, une fois encore : « La grippe n’est pas une maladie bénigne : chaque année, elle provoque de nombreux décès. Chaque malade doit être immédiatement pris en charge et hospitalisé si son état l’exige. C’est pourquoi, depuis plusieurs semaines, j’ai donné instruction aux hôpitaux de s’organiser pour éviter la saturation des urgences. Je m’assure que des lits d’hospitalisation restent partout disponibles. »

Déplacement télévisé

Et à nouveau, en catastrophe, un déplacement télévisé (Hôpital Ambroise Paré, Boulogne) « pour apporter son soutien aux personnels mobilisés»… La ministre craint-elle d’être en retard sur on ne sait quel échéancier politico-épidémique? Pressent-elle que le génie viral peut être plus fort qu’une somme de réponses pratiques mises en œuvre par le politique ?

Le Monde observe pour sa part que, constatant la « saturation exceptionnelle » de certains de ses services d’urgence, la direction de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (comme celles de la plupart des centres hospitaliers universitaires en France) n’avait pas attendu Les consignes ministérielles. Dès le vendredi 6 janvier elle avait demandé à ses 39 établissements d’activer le niveau 3 du plan « hôpital en tension » qui permet de dégager des lits supplémentaires. La veille, le groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière avait organisé un « délestage » et refusé tout nouveau patient.

A demain.

 

La victoire de Donald Trump signe (aussi) le crépuscule de la puissance médiatique

 

Bonjour

A l’heure où nous écrivons ces lignes Donald Trump est assuré de s’installer à la Maison Blanche.  Fin d’une séquence proprement asphyxiante. Le candidat républicain déjoue ainsi mille et un sondages, mille et un commentaires, mille et une croyances. Pour reprendre son mode d’expression il fait un bras d’honneur à son adversaire, à l’establishment, aux « forces du progrès ». Il sera, aussi, applaudi et, au-delà des Etats-Unis, confortera tous les populismes.

Mille et un commentaires vont suivre, dans des médias qui avaient appelé à voter contre lui. Combien analyseront la situation dans laquelle ils se trouvent ? Combien tenteront d’expliquer que les médias généralistes traditionnels sont eux aussi (comme nombre de responsables politiques) comme déconnectés du réel ? Ils ne sont plus les leaders d’opinion qu’ils furent – ou qu’ils crurent être. Ils doivent composer avec une autre réalité, le populisme se nourrissant désormais des nouveaux outils de communication, ces « réseaux sociaux » qui prolifèrent dans les sphères démocratiques.

Addiction à l’émotion

La nouvelle situation américaine n’est pas sans faire songer à l’unanimisme médiatique français lors du dernier référendum « pour ou contre l’Europe de Maastricht ». Elle peut raisonnablement, faire trembler. Elle impose surtout de comprendre, d’analyser, d’expliquer, de tenter de convaincre. Certainement pas d’excommunier. Il faudra, pour cela, tenter de se garder de l’addiction à l’émotion qui caractérise l’actuel désarroi médiatique. On peut, aussi, s’inspirer du passé et relire Michel Certeau et son introduction de « La possession de Loudun » (Gallimard/Julliard):

« D’habitude l’étrange circule discrètement sous nos rues. Mais il suffit d’une crise pour que, de toutes parts, comme enflé par la crue, il remonte du sous-sol, soulève les couvercles qui fermaient les égouts et envahisse les caves, puis les villes. Que le nocturne débouche brutalement au grand jour, le fait surprend chaque fois ? Il révèle pourtant une existence d’en dessous, une résistance interne jamais réduite. Cette force à l’affût s’insinue dans les tensions de la société qu’elle menace. »

 A demain

 

 

Crèches de Noël républicaines et insémination post mortem. Jusqu’où ira le Conseil d’Etat ?

Bonjour

La France est encore un pays riche. 21 octobre 2016. Bientôt Noël. Rude journée, place du Palais Royal pour les magistrats du Conseil d’Etat réunis en « Assemblée du contentieux » : formation de 17 juges présidée par le vice-président du Conseil d’Etat. Solennité assurée.

Une question et deux affaires au programme de la matinée

« Une crèche de Noël est-elle un signe ou emblème religieux dont l’installation dans un bâtiment ou emplacement public est systématiquement interdite par les dispositions de la loi du 9 décembre 1905 garantissant le respect du principe de laïcité ? »

  1. Affaire n° 395122 :

La Fédération départementale des libres penseurs de Seine-et-Marne a demandé au tribunal administratif de Melun d’annuler la décision implicite par laquelle le maire de Melun a rejeté sa demande tendant à ce qu’il n’installe pas de crèche de la Nativité dans les lieux publics de la commune de Melun durant le mois de décembre 2012. Par un jugement du 22 décembre 2014, le tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande. Puis, par un arrêt  du 8 octobre 2015, la cour administrative d’appel de Paris, faisant droit à l’appel formé par la Fédération départementale des libres penseurs de Seine-et-Marne, a annulé ce jugement.

Par un pourvoi, la commune de Melun demande aujourd’hui au Conseil d’État d’annuler cet arrêt : en clair, comme de juste, la Fédération départementale des libres penseurs de Seine-et-Marne ne veut pas de crèche de la Nativité dans les lieux publics de la commune de Melun.

  1. Affaire n° 395223 :

La Fédération de la libre pensée de Vendée a demandé au tribunal administratif de Nantes d’annuler la décision implicite par lequel le président du conseil général de la Vendée a rejeté sa demande tendant à ce qu’il s’abstienne de mettre en place tout élément de culte dans les locaux de l’hôtel de ce département durant la période des fêtes de la fin de l’année 2012. Par un jugement du 14 novembre 2014, le tribunal administratif de Nantes a fait droit à la demande que lui avait présentée la Fédération de la libre pensée de Vendée. Puis,  par un arrêt du 13 octobre 2015, la cour administrative d’appel de Nantes, faisant droit à l’appel formé par le département de la Vendée, a annulé ce jugement.

La Fédération de la libre pensée de Vendée demande aujourd’hui au Conseil d’État d’annuler cet arrêt : en clair, comme de juste, elle ne veut pas de crèche de la Nativité au seil du conseil général de la Vendée (ce qui ne va pas sans réveiller de douloureux souvenirs…)

Réponse de la rapporteure du Conseil d’Etat, Aurélie Bretonneau :

Elle  recommande de ne pas s’opposer aux crèches de Noël dans les mairies. Selon elle le principe de neutralité « n’interdit pas d’installer des crèches sur le domaine public », sauf quand une « intention religieuse » préside à une telle manifestation. Aussi a-t-elle  recommandé, vendredi 21 octobre, d’autoriser, sous conditions, l’installation de crèches de Noël dans les bâtiments administratifs, au nom du principe de laïcité. Les avis de ce magistrat, qui dit le droit, sont généralement suivis par l’institution, qui devrait se prononcer dans l’après-midi.

Selon Aurélie Bretonneau, l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 et plus généralement le principe de neutralité « n’interdit pas d’installer des crèches sur le domaine public », sauf quand une « intention religieuse »préside à une telle manifestation. Les jésuites apprécieront. Installer une crèche dans une mairie ne peut être autorisé qu’à trois conditions, que cette exposition soit « temporaire », qu’elle ne s’accompagne d’aucune manifestation de « prosélytisme religieux » et enfin qu’elle revête le « caractère d’une manifestation culturelle ou au moins festive », a nuancé le rapporteur.

« Nous ne croyons pas que le contexte de crispations sur la laïcité vous impose d’instruire par principe le procès de la crèche », a conclu Mme Bretonneau, insistant sur la « dimension pacificatrice de la laïcité ». Faire la part, en somme, entre le cultuel et le culturel

Affaire Vincent Lambert

C’est aussi le conseil d’Etat réuni en son « Assemblée du contentieux » (avec la même rapporteure publique) qui, il y a peu, avait autorisé l’exportation vers l’Espagne de paillettes de sperme congelé – et ce à des fins d’autorisation post mortem (une pratique interdite en France 1.

Et c’est encore le Conseil d’Etat qui avait jugé, dans l’affaire Vincent Lambert, que l’on pouvait ne plus nourrir et ne plus faire boire un malade dans un coma profond – dès lors que ces « soins » pouvaient être qualifiés d’ « acharnement thérapeutique ».

Vice-président de la plus haute juridiction administrative française, Jean-Marc Sauvé avait alors eu ce mot, terrible : « Nous ne voyons le monde que régi par la loi ».

A demain

1 Sur ce thème, on peut lire : « Les trois histoires de femmes qui voulaient procréer avec leurs maris morts » (Slate.fr, 21 octobre 2016)