Après la mort d’Isabelle Dinoire : quel est le prix à payer pour vivre avec un visage greffé ?

 

Bonjour

La remarquable série américaine « The Knick » 1 en témoigne à merveille : les grandes prouesses chirurgicales sont des objets de passion pure. Un siècle plus tard la première greffe du « visage » n’avait pas échappé à cette règle jamais écrite. C’était en 2005, au CHU d’Amiens-Picardie. Onze ans plus tard on garde en mémoire le tohu-bohu médiatique, le choc des Egos, les pauvres rumeurs sur les dessous-de-table, les digressions philosophiques et éthiques, les duels lexicographiques entre les tenants du visage et ceux de la face. Et l’espoir dans le progrès.

Isabelle Dinoire, donc. Né en 1967, totalement défigurée après avoir été mordue en mai 2005 par son labrador. A été greffée en novembre de la même année. Quinze heures de bloc. Première mondiale et considérable exploit technique. Equipe dirigée par les Pr Bernard Devauchelle, chef du service de chirurgie maxillo-faciale du CHU d’Amiens et Jean-Michel Dubernard, chef du service urologie et transplantations à l’hôpital Edouard Herriot de Lyon.

La greffe du triangle facial formé par le nez, la bouche et la mâchoire avait été réalisée à partir d’un greffon prélevé sur une donneuse en état de mort cérébrale encéphalique, avec l’autorisation de la famille. On avait, alors, retrouvé un peu des accents propres aux grands exploits chirurgicaux. Les premières greffes de rein, celle du cœur. Il y avait aussi eu en 1998 à Lyon (Pr Dubernard), la première main greffée Cette fois la face, mieux : la figure, le visage.

Belles âmes

 Isabelle Dinoire est morte le 22 avril 2016 à l’âge de 49 ans. On ne l’apprend que maintenant après une révélation du Figaro. Le délai de décence aura-t-il été respecté ? Mais déjà de nouvelles interrogations, un début de controverse, un soupçon de polémique. Quelle est la cause de la mort ? De belles âmes s’interrogent sur le prix qui devrait, ici, être raisonnablement payé.

On revient sur les suites de son calvaire, les contraintes des traitements immunologiques antirejet. L’hiver dernier, elle avait subi un nouveau rejet du greffon et, dit-on, perdu une partie de l’usage de ses lèvres. Par ailleurs, les lourds traitements antirejet qu’elle devait prendre à vie auraient « favorisé » la survenue de deux cancers. Le 6 septembre le CHU d’Amiens Picardie  avait confirmé la mort en évoquant simplement « une longue maladie » :

« Suite à la publication d’informations ce jour concernant Mme D, première patiente au monde ayant bénéficié d’une greffe faciale réalisée par le Pr Devauchelle et ses équipes le 27 novembre 2005, le CHU Amiens-Picardie confirme le décès de la patiente le 22 avril dernier, entourée de sa famille.

En accord avec la volonté de ses proches, aucun avis de décès n’avait alors été publié dans la presse, pour préserver leur légitime intimité en ces moments douloureux. Mme D. est décédée des suites d’une longue maladie. »

Résultats exceptionnels

Devant la somme des questions posées le CHU a ensuite précisé  que la morte était due à la « récidive d’une tumeur maligne » rare qui ne peut être « scientifiquement reliée » au traitement immunosuppresseur antirejet qui lui était administré. Ci-après le deuxième communiqué de presse :

« L’histoire de Mme D., la première patiente transplantée de la face pour une défiguration liée à une morsure de chien illustre parfaitement les enjeux de la transplantation faciale.  La réussite chirurgicale fut remarquable, la restauration du visage lui permettant de retrouver une identité, une vie sociale et toutes les fonctions de la face qui avait été détruite lors de la défiguration traumatique. Les résultats furent d’emblée exceptionnels, conduisant d’autres équipes à lancer des programmes de transplantation faciale à travers le monde.

Mais les complications de cette transplantation furent aussi celles de l’immunosuppression et du rejet : développement de certaines infections, d’une tumeur liée à l’immunosuppression qui a été traitée, maitrisée et suivie depuis 6 ans, diminution de la fonction rénale, et apparition d’une hypertension.

Perte de la partie inférieure

Enfin, même si la patiente n’a présenté que deux épisodes de rejet aigu la première année de transplantation, elle a développé au cours de la 9ème année de greffe un rejet chronique ayant conduit à une obstruction partielle des artères de son greffon et à une perte de la partie inférieure de son greffon facial en juin 2015 malgré les modifications du traitement immunosuppresseur qui avaient été introduites lors de l’apparition des premiers signes de rejet chronique en novembre 2014.

La prise en charge de la perte partielle de son greffon facial a fait l’objet d’une reconstruction chirurgicale en Janvier 2016 avec une issue favorable qui lui a permis de retrouver un état fonctionnel antérieur. Au printemps 2016, lors de bilans mensuels, a été révélée une récidive d’une tumeur maligne opérée à l’été 2015, cette fois malheureusement hors de toute ressource thérapeutique. Tumeur rare dont la nature ne peut être scientifiquement reliée au traitement immunosuppresseur.

 Madame D. est décédée dans le service de chirurgie  maxillo-faciale du CHU Amiens – Picardie   entourée des siens et de l’équipe le 22 avril 2016. »

Ne pas désespérer

Sans doute le CHU Amiens Picardie (ou l’équipe médicale) devra-t-il aller plus loin dans ces explications. Des doutes subsistent en effet quant à l’impact des traitements immunosuppresseurs administré au long cours. Depuis novembre 2005 des transplantations partielles ou totale de la face ont été pratiquée aux Etats-Unis, en Espagne, en  Chine, en Belgique, en Pologne et en Turquie Au total, trente-six greffes  dont dix en France : trois effectuées en collaboration par les équipes d’Amiens et de Lyon et sept par celle de l’hôpital Henri-Mondor.

La transplantation de la face donne en général des résultats fonctionnels et esthétiques très supérieurs à ceux offerts par la chirurgie conventionnelle réparatrice, notamment pour ce qui est de la récupération des fonctions de phonation, de déglutition et de mastication…

« Toutefois la transplantation faciale est encore en cours d’évaluation, souligne le CHU d’Amiens-Picardie. Elle s’inscrit dans des programmes de recherche clinique et ne peut pas être considérée comme une activité de routine. » Toujours la même question, éthique, celle du prix à payer 2. Ce prix est-il, ou non, trop élevé ? Sur cette question découvrir The Knick peut aider à ne pas désespérer.

A demain

1 Nous sommes à l’hôpital Knickerbocker de New York en 1900. Le Dr John Thackery (inspiré de William Halsted), récemment nommé à la tête du service de chirurgie, est (difficilement) rejoint par le Dr Algernon Edwards (inspiré de Marshall Taylor et Louis T. Wright, diplômé de Harvard et ayant pratiqué à Londres et Paris. Le premier se bat contre ses (puis les) addictions pour atteindre ses ambitions. Le second doit lutter contre les préjugés raciaux et gagner le respect de la population majoritairement blanche de l’hôpital et de la ville. Les loups, innombrables, rodent. La religion est dans la place, de même que l’alcool, l’opium et la prostitution. L’eugénisme est en gestation avancée. La chirurgie commence sa révolution. Clive Owen est en lévitation et Steven Soderbergh au zénith.

2 Dans un avis très controversé (« L’allotransplantation de tissu composite (ATC) au niveau de la face (Greffe totale ou partiale d’un visage » – n° 82 daté du 6  février 2004) le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) écrivait :

« Le traitement immunosuppresseur à vie fait passer la personne d’une situation de handicap majeur à celle d’un authentique risque vital. Dans les situations où il existerait cependant un consensus sur l’épuisement des possibilités d’autogreffe ou de prothèse, avec une demande très forte, et donc la possibilité d’une telle greffe, l’idée même d’un consentement informé est illusoire (…) Le traitement immunosuppresseur à vie, immédiatement toujours parfaitement accepté, risque de devenir à long terme insupportable, à l’occasion par exemple d’une maladie intercurrente ou du vieillissement. Qu’en sera t-il alors du prix à payer, c’est à dire d’une destruction rapide inéluctable de son visage ? »

 

 

Indemniser les victimes de la Dépakine® ? Marisol Touraine a utilisé le verbe «chipoter»

Bonjour

« Chipoter ». C’est le verbe assez familier (premier degré) utilisé par Marisol Touraine. Elle aurait pu dire « mégoter » 1. La ministre de la Santé s’exprimait aujourd’hui  au micro du « Grand Jury » RTL-LCI-Le Figaro. Il s’agissait ici de l’indemnisation (par l’Etat) des quelques milliers de victimes de la Dépakine®.

« Chipoter » ? Est-ce pour mieux se faire comprendre de la population ? Elle aurait aussi pu user d’ « ergoter », de « marchander », de « discuter avec mesquinerie », de « chicaner ». Non, c’est acté : l’Etat « ne chipotera pas ». On entend déjà la joie des avocats. Pour autant d’autres tremblent. Car ce même Etat se retournera vers d’autres responsables, si autres responsables il y a. Tous les yeux sont tournés vers le groupe français Sanofi – qui a déjà assuré de jamais avoir failli.

Gérard Bapt retoqué

Mais encore ? L’Etat français s’auto flagellera-t-il pour ne pas avoir su bâtir une « Agence du médicament » suffisamment vigilante ? Ira-t-il jusqu’à poursuivre des prescripteurs peu regardants ou n’ayant pas su suffisamment échanger avec leurs patientes épileptiques ou bipolaires ? Nul ne sait. Pour l’heure cela donne :

« Il faut que les victimes soient indemnisées rapidement et simplement. On ne va pas chipoter. Et s’il pense que d’autres responsables que l’Etat sont en jeu, alors il va se retourner contre eux. »

On savait qu’un fonds d’indemnisation sera voté au Parlement d’ici à la fin de l’année pour ces victimes. Mais on sait aussi, désormais, que l’idée d’un financement de ce fonds via une taxe sur tous les produits de santé est retoquée. Cette idée avait été préconisée il y a quelques jours par le député (socialiste) Gérard Bapt.  Marisol Touraine, contre toute attente, estime que cette solution ne serait « ni très juste, ni très morale ».

Argumentaire risqué

Comment cela ? « Je suis pour que ceux qui sont responsables paient et pas pour que tout le monde mette au pot » a expliqué la ministre de la Santé en citant l’exemple de la responsabilité du laboratoire Servier dans le scandale du Mediator®. Cet argumentaire est d’autant plus curieux que tout le monde s’accorde pour dire que, précisément, l’affaire de la Dépakine® est structurellement aux antipodes de celle du Mediator®. Qui, précisément est responsable dans l’affaire de la Dépakine® ? Et qui le dira ?

On ajoutera que cet argumentaire est politiquement à haut risque dans la mesure où de très nombreuses associations viennent de se prononcer pour que l’on prenne enfin « Big Pharma par les cornes ». Marisol Touraine a par ailleurs précisé les modalités de la mission confiée au début de l’année à deux magistrats concernant les modalités des indemnisations. Ces magistrats vont notamment « se prononcer sur le mécanisme de l’indemnisation, sur la date à partir de laquelle on va considérer que l’information devait être donnée, c’est-à-dire la date à partir de laquelle les données scientifiques étaient bien connues, et sur les éventuelles responsabilités des uns et des autres ».

Rude et vaste travail confié à ces deux magistrats. Qui les conseille ? On espère pour eux qu’il n’auront pas à trop ergoter.

A demain

1 « Chipoter », c’est aussi : Manger du bout des dents, lentement et sans appétit.  Nana chipota la viande, se contenta de sucer l’os (Zola, Nana,1880) ; Tâter, tripoter, examiner avec insistance et sans délicatesse. Où qu’elles s’amènent les crécelles pour chipoter la camelote, c’est plus qu’un massacre (Céline, Mort à crédit, 1936).

Quant à la chipoterie c’est une dispute sur des vétilles, souvent avec un esprit de chicane. Le système constitutionnel (…) c’est le gouvernement du juste-milieu, de la médiocrité, des chipoteries (Balzac, Petites misères de la vie conjugale,1846).

 

Chiffres officiels : le Baclofène est efficace près de six fois sur dix chez les malades alcooliques

 

Bonjour

Où l’on va reparler du baclofène, ce médicament passionnant et passionné. Du baclofène, de son efficacité, de son devenir. L’association Olivier Ameisen vient de diffuser un communiqué de presse qui fait état des  premiers résultats des quatre études cliniques européennes présentés aujourd’hui 3 septembre au Congrès mondial sur l’alcool et l’alcoolisme (ISBRA-ESBRA) qui se tient actuellement à Berlin.

Pour faire court ces résultats témoignent, selon cette association, « de l’efficacité du baclofène dans le traitement des troubles liés à l’usage de l’alcool ». Cette démonstration scientifique doit selon elle « balayer dorénavant les réserves antérieures sur le baclofène pour ouvrir enfin une offre de soin à la hauteur des besoins des trois millions de malades français ».

Réduction/abstinence

De quoi parle-t-on ? En pratique, l’objectif principal des quatre études cliniques (menées en France, Allemagne et Hollande) était de mesurer l’efficacité du baclofène dans la réduction de la consommation d’alcool et/ou le maintien de l’abstinence. « Si l’étude hollandaise à trop faibles doses et de courte durée affiche des résultats négatifs, pour deux autres, la supériorité du baclofène contre placebo est de plus de 20 points » résume l’association.

C’est la présentation de l’étude Bacloville qui était la plus attendue à Berlin par la communauté scientifique spécialisée.  Une étide financée par le ministère de la Santé ainsi que par un mystérieux don privé 1. « Nationale, pragmatique, en ambulatoire, randomisée en double aveugle (le médecin ne sait pas ce qu’il donne, et le patient ne sait pas ce qu’il prend), 60 médecins généralistes et 320 patients y ont participé, résume l’association Olivier Ameisen. Avec un maximum de 300 mg/jour, l’ascension posologique s’adaptait à chaque patient, avec pour objectif son indifférence à l’alcool et ce, sans obligation de sevrage préalable. » Bacloville affiche 56.8% de succès chez les patients prenant du baclofène contre 36.5% dans le groupe placebo. Ces 20.3 points de différence, associés à un risque que ces résultats soient dus au hasard de P = 0.004, prouvent l’efficacité du baclofène. »

Confraternels trébuchets

Ces résultats vont maintenant être soupesés, analysés, décortiqués, passés au trébuchet. Le baclofène alimente bien des passions et dérange quelque peu dans le paysage pharmaceutique traditionnel où il ne compte pas que des amis. Il n’en reste pas moins vrai que ces résultats marquent d’ores et déjà une étape importante dans ce qui constitue une saga – l’une de ces sagas dont la lutte contre la maladie alcoolique n’est pas avare.

Nous avons demandé un commentaire de ces premiers résultats au Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions :

« Le résultat de l’essai Bacloville ne  surprendra pas ceux qui connaissent l’engagement passionné des médecins qui y ont participé. Plus de  56%, soit vingt points de plus que le placebo…. un placebo, qui plus est, obtenant un score de …. 36% ! – ce qui souligne bien la magie de cet engagement ardent du médecin français prescripteur et de son patient. Nous pouvons être déjà soulagés par réalisme (et être tristes par utopie) de plus avoir à entendre ou lire que le baclofène traitait 100% des personnes concernées…. 

« 56% c’est bien ! C’est plus crédible et c’est  dans la continuité cohérente de la première  étude des Drs Jaury et de Beaurepaire présentée il y a trois ans au groupe ‘’T2RA’’ de la Direction Générale de la Santé. L’évaluation des effets secondaires « symptomatiques » (asthénie, somnolence, baisse de vigilance) continuera d’être importante à évaluer pour la qualité de vie. 

 « Au total voilà une bonne nouvelle, une nouvelle enfin crédible, avec la nécessité d’élargir « officiellement » l’accès à ce médicament et, surtout, de construire une évaluation épidémiologique  « simplifiée » sur une plus longue période. »

Situation ubuesque

Ce résultat remarquable de près de 60% résistera-t-il à l’immanquable épuisement progressif des passions ?  Les premiers pionniers prescripteurs dans cette indication toujours controversée garderont-il l’énergie qui leur a permis de résister à bien de quolibets ? L’important est moins dans la réponse à ces questions que dans la nécessité de définir un cadre légal de prescription.

La situation actuelle est à bien des égards ubuesque. « Les prescriptions ‘’hors-AMM’’ de baclofène ont augmenté de façon exponentielle grâce aux associations de patients et médecins et avec le relais des médias, rappelle l’association Olivier Ameisen. La CNAMTS annonçait en janvier 2015 que 200 000 patients alcoolo-dépendants avaient bénéficié de prescriptions hors-AMM de baclofène entre janvier 2008 et décembre 2014. Les données de vente d’OpenHealth permettent d’estimer que 50 000 patients sont actuellement en traitement.

Effets indésirables

Bénéficiant d’une RTU (Recommandation Temporaire d’Utilisation) depuis mars 2014, le baclofène s’oriente (enfin…) vers une Autorisation de Mise sur le Marché (laboratoire Ethypharm qui vise la commercialisation de sa spécialité courant 2017). Une AMM dans un paysage enrichi d’une révolution. C’est l’association Olivier Ameisen qui rappelle aujourd’hui que « la mise sur le marché d’un médicament doit être associée à l’instauration d’une pharmacovigilance par le titulaire de l’AMM ». Elle ajoute :

« La saga du baclofène montre que cette pharmacovigilance a débuté dès 2010 avec l’arrivée des premières associations. Leurs forums Internet patients et médecins sont en effet des espaces d’échanges, de conseils, en relais d’une médecine de qualité et de proximité. Leurs milliers de membres produisant au fil du temps une somme de données conséquente et fiable, ouvrent aux associations une connaissance fine quant à la nature, la gestion et la prévention des effets indésirables.

 «  Un guide et une vidéo issus d’enquêtes auprès de plusieurs milliers de patients sont ; à ce titre, disponibles depuis juin 2016 2.  D’autres initiatives ont suivi. Cette mobilisation inédite témoigne de la responsabilité associative à assurer la sécurité sanitaire d’un traitement innovant, souvent complexe, mais efficace. »

Les volutes du 14 juillet

Tout ce mouvement n’est pas sans points communs avec ce que l’on observe dans cette autre « prise de la Bastille » 3 qu’est la cigarette électronique et la « révolution des volutes ».  Pour « mieux comprendre et préparer l’avenir » une conférence est organisée le 17 septembre à l’université de médecine Paris-Descartes . Au menu : nalyse et résultats complémentaires des quatre études, schéma thérapeutique, initiatives à l’étranger, état de la recherche, conséquences sociétales, débats, et discussions sont au programme de cette journée.

Les Pr. Didier Sicard et Jean Claude Ameisen apporteront leurs regards et leurs réflexions pour décrypter les défis engagés et à relever sur les plans médical, sociétal et éthique induits par cette découverte médicale de rupture. Celles et ceux qui s’intéressent aux révolutions regretteront de ne pas y avoir assisté.

A demain

1 Etude « Bacloville ».  Coordinating investigator: Pr Philippe Jaury (Department of General Medicine/ Paris Descartes); Scientific Committee: J.R.Le Gall, A.Benyamina, R. de Beaurepaire, H.Falcoff. S.Sidorkiewicz; Independent Data Safety Monitoring Board:  N.Simon, J.B.Trabut, L.Moachon; Chief Scientist: C. Le Jeunne.; Methodologists:  R. Porcher, L. Rigal, E. Perrodeau (J.Coste); Clinical Research Unit Paris Centre: J.-M. Treluyer (Chief Project S.Poignant); CRA: A.Bruneau, A.Clabaux; Pharmaceutical logistic (AGEPS) Chief Project S.Manin.

Sponsor: Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (Chief Project Y.Vacher).

Funding:  French Ministry of Health and JPM (private donation).

2  http://www.baclofene.org/wp-content/uploads/2016/06/GuideGestionEIBaclofene.pdf

http://www.baclofene.org/baclofene/les-effets-indesirables-du-baclofene

3 Un seul ouvrage lors de cette rentrée littéraire ? Les dés sont jetés : « 14 Juillet » d’Eric Vuillard. Editions Actes Sud. Virtuose. Vous n’en sortirez pas politiquement indemne. A lire, si possible avant les « primaires ». Ou après.

Confusions : Renaud votera bien François Fillon. RAS pour Patrick Pelloux et Michel Cymes

 

Bonjour

Il fallait être, le week-end dernier, en Touraine. Le Dr Michel Cymes (qui carabine désormais chaque matin sur RTL) y croisait son confrère Patrick Pelloux. Sous les charmilles, des elfes, Francis Lalanne, Jean-Claude Narcy, Luc Ferry, Claude Sérillon et tant d’autres encore. Tous vendaient leurs livres paraphés. Epicentre de l’événement : Renaud, le chanteur. C’était la Forêt des Livres, une création baroque de Gonzague Saint-Bris, interrégional narcissique de l’étape. Souvent imité, jamais égalé.

Absinthe

Renaud, donc, dont tous les observateurs ont noté, en pointillés, la « très grande fragilité ». « Renaud, le Verlaine de La Forêt des livres » ose Le Figaro (Charles Jaigu), ce vieux Figaro qui a connu le vrai Verlaine :

« Renaud, c’est notre Verlaine. On l’imagine bien, aussi, dans un tableau de Manet, tout roide devant son absinthe, infusé d’alcool et de mélancolie. Au mois d’octobre, il commence, après dix ans d’attente, une nouvelle tournée de concerts. Pendant le dîner à la belle étoile, près du Clos Lucé, la demeure de Léonard, il nous parle du court-métrage qui ouvrira son spectacle (…)

« C’est un anar, mais son adage n’est pas exactement ‘’ni Dieu ni maître’’. Pendant le dîner, il soulève son T-shirt et nous montre un tatouage qui couvre toute la largeur de son dos. Il représente le Christ, ceint d’une couronne d’épines. On peut lire ‘’Comme lui, j’ai aimé, comme lui, j’ai souffert’’.

Le visage de Renaud, perdu au milieu de ses cheveux gris et sales, zébré de coups de serpes, est médiéval. Ce soir là, dans la pénombre, il nous paraît soudain étrangement christique. Élevé dans le culte huguenot de l’austérité, il allait au temple tous les dimanches (…) En attendant, Renaud nous fait quelques confidences politiques: ‘’Je ne voterai plus jamais socialiste. Je voulais voter Hulot. C’est bête, ils l’ont menacé, il s’est retiré’’. » 

Krivine et Marchais

 « Ils » ont menacé Hulot et nous ne le savions pas…. Reste donc François Fillon, de deux ans son cadet.  «Fillon, c’est un mec bien, honnête, je voterais pour lui s’il gagnait la primaire».  Au printemps dernier, déjà, le célèbre chanteur avait déclaré sa flamme à ce « parfait honnête homme », à ce « vrai républicain ». Retour immédiat de baston en provenance de la gauche extrême. Jean-Luc Mélenchon apostrophant un artiste selon lui perdu. « Quand on est Renaud, on ne vote pas Fillon ! » lui avait-il lancé.  Qu’aurait lancé en son temps, Georges Marchais ? Ou Alain Krivine ?

« Gouvernement pourri »

Penaud, Renaud le Pénitent avait fait le voyage de Canossa.  « S’il y a un second tour Marine Le Pen / François Fillon j’irais bien évidemment voter François Fillon comme j’ai voté Chirac contre Le Pen en 2002. Mais s’il y a un second tour Sarkozy / Marine, j’irais à la pêche à la ligne ! ». Cohérence : Renaud parle au Figaro : « Je suis profondément désabusé par la politique, notamment celle dite de gauche de ce gouvernement pourri qui vote des lois que même la droite n’aurait pas osé voter, sur la réforme du Code du travail ou la déchéance de nationalité. »

Et François Fillon ? Il plastronne sur Facebook, où il a épinglé ce soutien chantant. Les mots de ce néo Bruant  fragilisé par l’alcool sont allés « droit au cœur » de cet enfant de la Sarthe.  Quoi d’autre ? Sous les charmilles tourangelles les journalistes n’ont pas demandé les futurs choix politiques de deux puissances de feu : Patrick Pelloux et Michel Cymes. S’exprimeront-ils avant les primaires ? Voici venu le temps des esprits confus. Toutes les surprises sont possibles.

A demain

 

 

Alzheimer : publication d’une étude préliminaire «alléchante». Un vaste essai clinique commence

 

Bonjour

Comme une promesse de rosée dans un désert thérapeutique. « Tantalising » trompettent les gazettes anglo-saxonnes. On peut, de fait, trouver l’affaire alléchante.

Résumons. Il s’agit d’une publication de Nature daté de ce 1er septembre . Un essai clinique mené sur 165 personnes souffrant de maladie d’Alzheimer à partir de l’anticorps monoclonal aducanumab administré mensuellement par voie intraveineuse. Développée par la société américaine de biotechnologie Biogen cette molécule expérimentale est depuis quelque temps déjà présentée comme prometteuse dans cette indication. Des résultats préliminaires avaient déjà été présentés l’an dernier à Nice lors d’une conférence internationale sur la maladie d’Alzheimer.

Son action vise, schématiquement, à « dissoudre » les agrégats de protéine bêta-amyloïde dans les tissus cérébraux l’un des signes caractéristiques de cette maladie neurodégénérative aujourd’hui incurable. Est-ce une action sur un symptôme ou sur la cause ? Tout est là… Les auteurs de la publication de Nature annoncent avoir observé, après un an de traitement à doses élevées, des résultats positifs en terme de réduction des pertes de mémoire – résultats positifs également à l’imagerie cérébrale. Mais ils font aussi état d’effets secondaires handicapants (céphalées) qui ont conduit un quart des personnes à arrêter cet essai.

Frisson de fièvre

Ces résultats mitigés seront suivi d’un essai clinique de phase III qui inclura 2700 personnes à un stade très précoce de la maladie en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. L’enthousiasme des promoteurs de ce travail (la société Biogen et la société suisse Neurimmune ) tranche avec les commentaires prudents de spécialistes recueillis par quelques titres de la presse anglo-saxonne comme la BBC ou encore The Guardian.

On retiendra le commentaire du Dr Tara Spires-Jones (Centre for Cognitive and Neural Systems at the University of Edinburgh) : « Je suis prudemment optimiste quant à ce traitement, mais en essayant de ne pas trop être excité parce que de nombreux médicaments ont donné des résultats à un stade précoce avant de se révéler des échecs lors d’essais plus importants ».  Ou encore la phrase de John Hardy, professeur de neurosciences à l’University College de Londres : «Ces nouvelles données sont alléchantes, mais elles ne sont pas encore définitives ».

« Alléchantes » ? En 1899, dans Les Morts qui parlent le vicomte Marie-Eugène-Melchior de Vogüé  écrit : « ‘’Nouvelles révélations sur le Panama. Demandes de poursuites contre plusieurs députés. Séance sensationnelle. ‘’ − Sous ces titres alléchants, les rédacteurs s’efforçaient de communiquer au public le frisson de fièvre qui secouait leur prose. »

A demain

Transparence : les femmes allemandes devront dire la vérité sur l’origine de leurs maternités

 

Bonjour

Les gazettes françaises en restent coites. Le conseil des ministres allemand a adopté, mercredi 31 août, un projet de loi hors du commun. Présenté par Heiko Mass, ministre allemand de la Justice, il vise (le cas échéant) à contraindre les femmes à avouer à leur conjoint (contestant leur paternité) le nom du géniteur d’un enfant né d’une relation extraconjugale. Aucun romantisme échevelé ici : il s’agit d’obtenir que le géniteur participe aux frais d’entretien de sa progéniture.

On peut le dire autrement. Un homme contestant sa paternité pourra contraindre sa partenaire à dévoiler le(s) nom(s) du (ou des) amant(s) fréquenté(s) au moment de la conception d’un enfant. Et ainsi disposer d’une base à partir de laquelle il pourra établir qui est le père biologique.

Maris trompés mais indemnisés

« Nous voulons assurer davantage de droits et de moyens de recours légaux aux « faux pères »», a expliqué Heiko Mass. La mère ne doit pouvoir garder le silence que s’il y a des raisons très sérieuses de ne pas identifier le père biologique». Que faut-il comprendre ? Et quid de la génétique ? Rien n’est dit pour les couples binationaux.

Les maris trompés pourront, selon ce texte, exiger un remboursement des frais d’entretien de l’enfant auprès de son géniteur – et ce sur un période allant jusqu’à deux ans. Le ministre n’a pas dans l’immédiat précisé quelle sanction pourrait viser une femme refusant de révéler l’identité du père biologique de son enfant. Il n’a pas non plus communiqué de chiffres permettant d’évaluer le nombre des familles concernées.

En France les rédactrices du Figaro Madame confient à leurs lectrices « qu’elles ont du mal à suivre ». Valkyries ou pas, l’Allemagne a toujours été un pays difficile à saisir.

A demain

 

Intelligence et politique : Emmanuel Macron sait-il que le Q.I. des Français est menacé ?

 

Bonjour

Rentrée. Un jeune ancien ministre est sur tous les écrans. Statique, souriant, il nous dit qu’il marche. Blond, ancien philosophe, ancien banquier, il nous semble surtout planer. Un soupçon d’Urbain Grandier. Pour un peu il léviterait. Il rentre d’Orléans (Jeanne d’Arc) et du Puy-du-Fou (Philippe de Villiers et Jeanne d’Arc). « Mr Hyde et Dr Jekyll » dira Alain Juppé. Où va-t-il ?

A la messe de 20 heures, sucré lisse, il ne répond pas aux questions, simples, de Gilles Bouleau. Il nous montre, entend nous montrer, qu’il est animé d’une flamme intérieure. Corollaire : il se garde comme la peste, nous dit-il, du narcissisme. TF1 nous le montre parler aisément anglais, la langue de l’occupant. Puis, lustrant ses mots, il bute très malencontreusement sur une liaison française. C’est un bon élève qui est déjà à la place du maître.

Ile de Ré

Rentrée. Le Monde se remplume. Les chroniqueurs  reviennent de la plage. Bronzés comme jamais.  En tête : Laurent Alexandre qui avait causé quelques petites frayeurs éthiques l’an passé. Il est toujours là. Aujourd’hui nous traitons du cerveau humain, de tout ce qui y entre – et de l’intelligence qui peut en sortir.  Au tableau : l’effet Flynn, du nom du chercheur (James R. Flynn) qui l’isola : le QI a eu tendance à s’élever depuis un siècle, un peu partout dans le monde. Pourquoi diable une telle élévation ? Ecoutons :

« Cela semble dû au fait que les individus ont bénéficié d’un environnement intellectuellement plus stimulant qu’autrefois avec l’allongement de la durée des études, l’égalité homme-femme et une plus grande attention parentale. La société propose à l’enfant plus d’informations et de défis intellectuels. Le gain moyen de points de QI est compris entre trois et sept points par décennie, selon les études. Les Pays-Bas, qui disposent des tests effectués sur les appelés au service militaire, enregistrent une progression du QI de 21 points entre 1952 et 1982. »

Effondrement

Cela ne pouvait durer : depuis quinze ans, l’effet Flynn semble s’être inversé dans les pays développés. La moyenne du QI français a, par exemple, chuté de quatre points entre 1999 et 2009… Considérable…! Tous les pays sont touchés et la vitesse de cette chute exclut une évolution génétique. Qu’en pense le Pr Alexandre ?

« Certains accusent Internet et les réseaux sociaux, sans apporter de preuves convaincantes. Plus sérieusement, de nombreux chercheurs incriminent divers polluants et notamment les perturbateurs endocriniens, qui exposent le cerveau dès la vie fœtale à une pollution chimique diffuse. Les perturbateurs endocriniens interfèrent notamment avec les hormones thyroïdiennes qui modulent l’expression des gènes ­pilotant la formation de structures cérébrales majeures comme l’hippocampe. »

Esprits connectés

Un ouvrage récent apparaît ici essentiel pour saisir l’ampleur de la menace 1.  « Peut-on rester passif face au déclin de nos capacités intellectuelles, au moment où l’intelligence artificielle (IA) fait des pas de géants » nous demande le Pr Alexandre. On jurerait qu’il connaît la réponse. Il nous parle d’un industriel plus ou moins philanthrope  (Elon Musk ) qui propose depuis peu « une interface entre le cerveau humain et le cerveau numérique » : un « système branché à la veine jugulaire qui distillerait des nanocomposants dans le cerveau, ce qui nous transformerait en êtres symbiotiques où le numérique communique avec notre esprit ».

Esprits connectés êtes-vous bien là ? L’avenir est à la jugulaire. « En Marche ! ». C’est (nous avons compris) le slogan d’Emmanuel Macron

A demain

1 « Le cerveau endommagé. Comment la pollution altère notre intelligence et notre santé mentale » de Barbara Demeneix (Odile Jacob, 2016)