Ubu roi des urgences : donner de l’argent à l’hôpital pour qu’il «réoriente» ses malades ?

Bonjour

Le Dr Olivier Véran est spécialiste de neurologie, député (LRM, Isère) et rapporteur général de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. C’est un homme qui connaît bien le monde hospitalier. Et c’est aussi lui qui, aujourd’hui, vient de faire une proposition paradoxale pour « désengorger les services hospitaliers d’urgence ». Son amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale propose d’intéresser financièrement ces services  pour qu’ils réorientent les patients présentant les pathologies les moins graves vers la médecine de ville.

On sait que la fréquentation des urgences hospitalières augmente de 2 % à 3 % chaque année (environ 23  millions de passages annuels) et que nombre de ces consultation (un quart selon le Dr Véran) auraient (théoriquement) parfaitement pu être pris en charge par un médecin généraliste.

« Pour inciter l’hôpital à renoncer à une source de revenus (chaque passage aux urgences rapportant en moyenne 161,50 euros, selon la Cour des comptes en 2014), le député propose de créer un  » forfait de réorientation  » de 20 à 60 euros, précise Le Monde (François Béguin). L’hôpital le toucherait pour chaque patient venu aux urgences à qui aurait été proposé un rendez-vous dans un bref délai chez un médecin de ville, dans une maison médicale de garde ou auprès d’une consultation hospitalière spécialisée. »

Curieuse idée

Le Dr Véran estime qu’un tel dispositif permettrait de réorienter jusqu’à six  millions de patients chaque année. Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) juge la proposition « irréaliste ».  Un « coup médiatique » selon lui.

« Voilà une bien curieuse idée, digne du pays d’Ubu, commente le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF.  La collectivité va financer une structure hospitalière pour qu’elle ne soigne pas complètement un patient ! L’hôpital concerné va engager sa responsabilité en réorientant le patient vers la prise en charge en médecine de ville. Cette orientation sera-t-elle faite par une infirmière d’orientation, ou par un médecin urgentiste ? Le médecin va recevoir le montant d’une consultation habituelle pour prendre en charge complètement le patient, avec prescription médicale, alors que l’hôpital perçoit un forfait nettement supérieur pour simplement l’orienter. Quelle logique ! Comment imaginer qu’un directeur d’établissement de soins préférerait facturer un forfait d’orientation plutôt qu’un forfait d’urgence qui lui rapporterait une somme bien supérieure ? »

Pour sa part le député de l’Isère assure que son initiative a le soutien d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé. « Ne serait-il pas plus simple de créer un forfait de prise en charge d’une urgence de ville lorsque des médecins libéraux sont organisés pour répondre à ce besoin de la population, demande le Dr Ortiz. Bien des structures regroupées, MSP, cabinet de groupe, centre médical, etc., seraient ainsi incités à s’organiser pour accueillir des ‘’urgences de ville’’ dans des conditions adéquates. »

Et ce syndicaliste, loin du surréalisme d’Alfred Jarry, d’appeler les parlementaires, médecins ou pas, à un minimum de bon sens.

A demain

Le 6 mars dernier une femme mourait après deux heures trente d’attente au CHU de Reims

Bonjour

C’était le 6 mars dernier. La pensionnaire de la maison de retraite Wilson était arrivée peu après 16 heures aux urgences du CHU de Reims les « jambes marbrées » rapportait L’Union, À 18 h 30, toujours sur un brancard aux urgences, cette femme de 73 ans faisait un arrêt cardiaque et ne pouvait être réanimée. Son fils s’interrogeait alors sur la prise en charge. « Cette attente lui a peut-être été fatale, je regrette qu’elle ait tant attendu… » témoignait-il auprès du quotidien. Une requête devait être déposée auprès du tribunal administratif  pour demander la nomination d’un expert. « On lui a pris les dix dernières années de sa vie », affirmait l’avocat du fils de la patiente, Me Emmanuel Ludot.

Pourtant, d’emblée, l’hôpital se défendait de tout dysfonctionnement. « Il y a eu, malheureusement, quatre urgences vitales à traiter en même temps que la septuagénaire, qui, à son arrivée, avait été diagnostiquée dans un état stable. Les soins appropriés lui ont été administrés quand son état s’est aggravé », expliquait à L’Union le CHU, tout en soulignant l’existence de  « pics épidémiques liés à la grippe et à la diarrhée aiguë ».

Plusieurs médecins ou membres du personnel hospitalier pointaient toutefois du doigt des urgences de l’hôpital de Reims « saturées ». Dans L’Union, des brancardiers dénoncent des « délais d’attente [qui] se sont dangereusement allongés depuis un an » et « toute la chaîne des urgences qui est ainsi prise en otage par une mauvaise gestion ». Au Figaro , Cédric Renard, secrétaire général FO au CHU de Reims, soulignait pour sa part le « manque de personnel ».

Sept mois plus tard

Nous sommes le 6 octobre de la même année. « Mme M. n’a été prise en charge que deux heures après son arrivée aux urgences pour un arrêt cardio-respiratoire non récupéré. Elle n’a bénéficié d’aucun accueil infirmier, d’aucune prise de constantes et donc d’aucune évaluation de son état », peut-on lire dans le pré-rapport d’expertise demandé par le tribunal administratif de Chalons-en-Champagne – rapport consulté par l’Agence France-Presse. Mme M., âgée de 73 ans et atteinte de la maladie d’Alzheimer, vivait depuis 2012 à l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ephad) Wilson de Reims, rappelle l’AFP. Le 6 mars, elle arrive en ambulance non médicalisée aux urgences du CHU à 16h06 pour des marbrures des membres inférieurs et une tachycardie. A 18h25, après être restée seule sur un brancard, elle est victime d’un arrêt cardiaque mortel.

« Il existe un manquement dans la prise en charge (…). Ce défaut d’évaluation initial de l’état de santé de Mme M. a été préjudiciable et relève d’un problème d’organisation au sein du service des urgences , poursuit le pré-rapport, révélé par France Info et l’Union. L’évolution de l’état de santé de Mme M., des premiers symptômes jusqu’à l’arrêt cardiaque, a été extrêmement rapide témoignant de la gravité de la pathologie sous-jacente ». Ce jour-là, quarante-six patients ont été enregistrés aux urgences entre midi et 16h20. Seuls six patients ont vu un infirmier d’accueil en moins de trente minutes, délai recommandé par la Société française de médecine d’urgence (SFMU). Le délai moyen était de 1 heure et 1 minute.

« C’est un rapport accablant pour l’hôpital. Elle était manifestement prioritaire, mais on ne l’a même pas regardée » commente Me Emmanuel Ludot. Cet avocat compte s’appuyer sur ce document pour chiffrer le « préjudice d’affection » de son client.  Le CHU n’a pas pu donner suite aux sollicitations de l’Agence France-Presse. Du moins dans l’immédiat.

A demain

Adama Traoré « médicalement condamné » avant même d’être rattrapé par les gendarmes ?

Bonjour

On se souvient de la mort d’Adama Traoré le 19 juillet 2016. Une mort suivie d’une intense polémique 1 concernant pour l’essentiel la cause du décès de  ce jeune homme de 24 ans lors de son interpellation par les forces de l’ordre (gendarmerie) à Beaumont-sur-Oise.  Plus de deux ans plus tard, et après deux autopsies médico-légales, l’affaire rebondit avec les résultats de l’expertise médico-légale « de synthèse », réalisée par quatre médecins et rendue aux deux juges d’instruction le 18  septembre. Ce nouveau – et probablement ultime – rapport n’apaisera pas la colère des membres de l’association –« Vérité et justice pour Adama ». Les quatre experts, dans ce document que Le Monde (Nicola Chapuis) a consulté, exonèrent les gendarmes de toute responsabilité.

« Les médecins commencent pourtant par battre en brèche les constatations de leurs confrères : non, Adama Traoré n’avait pas un cœur défaillant, contrairement à ce qu’avançaient les précédentes expertises. Sa taille importante était plus certainement due à sa pratique sportive intensive qu’à une malformation (sic). »

Pour expliquer le décès, les -médecins décrivent un surprenant « enchaînement de réactions ». Et font état des différentes pathologies dont souffrait Adama Traoré. Il était ainsi atteint d’un « trait drépanocytaire » qui avait été diagnostiqué de son vivant. On sait qu’il s’agit ici de la forme hétérozygote de la drépanocytose.  Cette caractéristique génétique est le plus souvent considérée comme asymptomatique et bénigne. Pour autant certains spécialistes estiment qu’elle pourrait être de nature à modifier le métabolisme et la structure musculaire de son porteur.

Outre ce « trait » Adama Traoré était atteint d’une « sarcoïdose »  dite « de stade 2 »  dont il ignorait l’existence. Il s’agit ici d’une « maladie multisystémique de cause inconnue caractérisée par la formation de granulomes immunitaires dans les organes affectés – le plus souvent les poumons ».

« L’évolution et la sévérité de la sarcoïdose sont très variables. Dans la plupart des cas bénins (régression spontanée dans les 24-36 mois), aucun traitement n’est nécessaire, mais le patient doit être suivi jusqu’à rémission complète. Dans les cas plus sévères, un traitement médical doit être prescrit initialement ou, selon les manifestations et leur évolution, à certaines périodes. Le principal traitement de la sarcoïdose est une corticothérapie systémique d’une durée minimum de 12 mois. » 

Cercle vicieux, cercle mortel

Pour les quatre experts auteurs de la « synthèse »  c’est la fuite du jeune homme – il avait échappé par deux fois aux gendarmes avant de se réfugier dans l’appartement où il sera interpellé – qui est à l’origine du processus fatal.  Les experts relèvent aussi le rôle qu’a pu jouer la température élevée (supérieure à 30 °C) du 19  juillet 2016 dans la région parisienne. Conséquence : Adama Traoré se serait donc retrouvé dans un état d’ « hypoxémie » majoré par sa sarcoïdose, de « déshydratation » due à la chaleur, d’ « hyperviscosité sanguine » provoquée par l’effort et de « stress majeur » dû à la poursuite dont il était l’objet.

Un « cercle vicieux » en somme – qui aurait déclenché une «  crise drépanocytaire aiguë avec syndrome thoracique »  proquant  peu à peu à « une anoxie tissulaire » et à la mort du jeune homme. « Le décès de M. Adama Traoré résulte donc de l’évolution naturelle d’un état antérieur au décours d’un effort », concluent les médecins légistes qui, de manière surprenante, estiment que « son pronostic vital était déjà engagé » à son arrivée dans l’appartement.

Oublié, donc, la mort causée par l’interpellation musclée du jeune homme et la technique spécifique d’immobilisation (avec genoux dans le dos) qui a bel et bien provoqué une « compression thoracique ». Cette dernière était, assurent les exeprts, « insuffisante pour avoir joué un rôle significatif dans le décès de M. Adama Traoré ». Un homme condamné avant même d’être rattrapé par les gendarmes ?

« Les gendarmes auteurs de l’interpellation y verront la preuve de leur innocence, conclut Le Monde. La famille d’Adama Traoré interprétera le ton catégorique du rapport comme la confirmation qu’ils se heurtent à un mur judiciaire. »

A demain

1 Tous les articles de ce blog concernant l’affaire Adama Traoré sont disponible à cette adresse : https://jeanyvesnau.com/?s=traor%C3%A9

 

Cannabis français : comment peut-on justifier l’augmentation des cas d’intoxications de bébés ?  

Bonjour

C’est une alerte peu banale. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient d’annoncer, rayon cannabis, que les intoxications accidentelles d’enfants (souvent de moins de 2 ans) ne cessent d’augmenter. L’ANSM parle d’une hausse constante, depuis 2014, du nombre de ces intoxications. Elle se fonde ici sur deux séries de données : l’une couvrant la période 2010 à 2014, l’autre la période janvier 2015 – septembre 2017. Au total « 2,5 fois plus d’intoxications » avec 194 cas sur 33 mois pour la seconde enquête, contre 140 cas sur 60 mois pour la première.

Les enfants âgés de moins de 2 ans restent les plus concernés (le plus jeune avait 7 mois, le plus âgé 5 ans). L’ANSM observe aussi « deux fois plus d’hospitalisations » : 120 enfants sur 140 hospitalisés (sur 60 mois) contre 140 enfants sur 194 (sur 33 mois). Dix enfants ont été hospitalisés plus de quarante-huit heures, dont un pendant onze jours. L’ANSM relève également « cinq fois plus de cas graves ».

Parmi les hospitalisations, le nombre de cas graves avec mise en jeu du pronostic vital (nécessitant une admission en réanimation) est passé de 9 enfants (sur 60 mois) à 27 enfants (sur 33 mois). Pour autant  « aucun décès n’a été rapporté ». Les risques sont d’autant plus importants que la teneur en THC du cannabis français est élevée – or cette teneur a triplé en dix ans.

Les principaux signes de l’intoxication : somnolence (56 %), agitation (30 %), dilatation des pupilles (27 %), hypotonie (20 %). Accélération du rythme cardiaque (10 %), détresse respiratoire, convulsions (8 %), voire coma (10 %) sont en outre relevés.

Stage parental de sensibilisation

En cas d’ingestion ou de suspicion d’ingestion de cannabis, les structures d’urgences (SAMU, Centres 15) doivent être immédiatement prévenues, conseille-t-elle. Les services d’urgences pédiatriques doivent faire une recherche systématique de cannabis (dans les urines, le sang ou les cheveux) en cas de signes cliniques évocateurs de cette intoxication.

Comment comprendre ? Ces intoxications surviennent le plus souvent dans un cadre familial. Elles sont plus fréquentes « en période estivale » et « lors des fêtes de fin d’année ». Toutes les hypothèses peuvent être avancées.

En 2015, lançant déjà (sans succès) une première alerte sur le même thème, l’ANSM rappelait « qu’en vertu de l’article L3421-1 du Code la santé publique la consommation de cannabis est interdite en France ». Elle ne le fait pas cette année. Il n’en reste pas moins toujours vrai que l’usage illicite de l’une des substances ou plantes classées comme stupéfiants est puni d’un an d’emprisonnement et de 3750 euros d’amende. Et que les personnes coupables de ce délit encourent également, à titre de peine complémentaire, l’obligation d’accomplir un stage de sensibilisation aux dangers de l’usage de produits stupéfiants.

L’ANSM ne nous dit pas, non plus, si les parents des enfants ainsi intoxiqués ont ou non été sensibilisés.

A demain

Décryptage du scandale du SAMU de Strasbourg : Agnès Buzyn et le média alsacien

Bonjour

#JusticePourNaomi. La ministre a tenu parole : le dossier ne restera pas dans un tiroir d’acajou. Conformément à son engagement Agnès Buzyn rend public le rapport d’enquête sur les circonstances ayant conduit au décès d’une jeune patiente à la suite des appels adressés au Samu de Strasbourg le 29 décembre 2017. Le rapport a été remis hier à la famille.

Chaque citoyen doté d’Internet peut en prendre connaissance à cette adresse :« Enquête sur les circonstances ayant conduit au décès d’une jeune patiente suite aux sollicitations du Samu de Strasbourg le 29 décembre 2017 (Dr A-C.Bensadon et J.Roger (IGAS) »

C’est le décryptage, froid, de l’intolérable. Et demain ? La ministre a demandé à l’Agence Régionale de Santé Grand Est, au Centre Hospitalier Universitaire de Strasbourg et au SAMU 67 de mettre en place les préconisations du rapport afin d’empêcher qu’un tel évènement ne se reproduise et de tirer toutes les leçons des dysfonctionnements révélés par le décès de Madame Musenga.

Agnès Buzyn et le lanceur d’alerte alsacien

Et après demain ? « La ministre annoncera, début juillet, des mesures pour actualiser les procédures de traitement des appels au 15, renforcer et homogénéiser les formations des personnels qui y répondent ainsi que celles des médecins régulateurs, et encourager tous les SAMU à engager une démarche qualité. Ces mesures s’appuieront sur les recommandations des organisations professionnelles et syndicales des professionnels impliqués dans le fonctionnement des SAMU / Centres 15. »

Madame Naomi Musenga avait trouvé la mort le 29 décembre 2017 dans des circonstances inacceptables. L’affaire aurait pu ne jamais être connue. Il aura fallu la ténacité de la famille et le relais d’un média alsacien pour que des enseignements puissent, six mois après, être tirés au plan national. La justice, demain, dira le droit. Sans réclamer de palmes ou de médailles il serait juste que Mme Buzyn n’oublie pas, un jour prochain, de saluer l’œuvre de ce média : Heb’di : lanceur d’alerte alsacien. #JusticePourNaomi

A demain

Scandale au SAMU : Mme Buzyn entend que les affaires ne restent plus « dans un tiroir »

 

Bonjour

Invitée de France Inter le 24 mai Agnès Buzyn est revenue sur l’affaire du SAMU et la mort, en décembre dernier, de Naomi Musenga. Elle a annoncé avoir connaissance « d’une dizaine » d’affaires similaires, tout en précisant que ce chiffre était probablement « sous-estimé ». Il y a désormais, selon elle, une prise de conscience dans les SAMU quant à la nécessité de « faire remonter les dysfonctionnements » (« ce qui n’était pas le cas auparavant ») – et ce de manière à mettre en place un « contrôle qualité ». Ces affaires ne devront plus « rester dans un tiroir méconnu », il faut que les familles « soient prévenues et informées » ; il faut « que les hôpitaux prennent leurs responsabilités ». Un site, sur le portail de la Haute Autorité de Santé, sera activé pour mieux répertorier les dysfonctionnements des SAMU.

On sait, d’autre part, que trois plaintes et autant d’enquêtes judiciaires ont été ouvertes en deux semaines : depuis la révélation du drame de Strasbourg, d’autres décès problématiques ont été signalés à Cahors et Saint-Etienne, mettant à chaque fois en cause la responsabilité du Samu. Ouest France évoquait il y a peu le cas d’une femme de 38 ans, enceinte de six mois, décédée début mars à Saint-Etienne, qui fait depuis peu l’objet d’une enquête pour « non-assistance à personne en danger et homicide involontaire ». Le Samu n’était pas intervenu après le premier appel de son mari, qui s’était alors adressé à SOS Médecins, dont le praticien, une fois arrivé sur place, avait déclenché l’intervention des secours.

Non-assistance à personne en danger

Dans le Lot, c’est la famille d’un septuagénaire décédé début avril qui a attaqué le Samu pour non assistance à personne en danger, estimant que les secours avaient trop tardé à intervenir après leur appel. Plusieurs médias ont aussi évoqué récemment la plainte déposée par les parents d’un adolescent de 13 ans, décédé fin 2014 à Tours (Indre-et-Loire). Visant trois hôpitaux, un médecin généraliste et le Samu du Loir-et-Cher, elle avait conduit le procureur de Blois à ouvrir une enquête préliminaire en novembre.

A Strasbourg, les parents de Naomi Musenga  ont publiquement regretté, le 23 mai, de n’avoir toujours aucune réponse sur les circonstances du décès, il y a cinq mois, de la jeune femme de 22 ans. « Je suis toujours à la recherche de ce qui a tué ma fille », a déclaré Honorine Musenga, la mère de la jeune femme, à l’issue d’une rencontre de deux heures avec le directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Cet entretien était prévu depuis début mai pour faire le point sur l’enquête administrative ouverte (très tardivement) par l’hôpital sur ce décès.

Après la médiatisation de l’enregistrement de l’appel de Naomi Musenga au Samu, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) avait été saisie par Agnès Buzyn. C’est ainsi que l’Igas « a pris le relais » de l’enquête administrative a précisé mercredi à l’AFP le directeur général Christophe Gautier, avant son entretien avec la famille Musenga. Contactée par l’AFP, l’Igas a seulement indiqué « ne donner aucune information sur ses missions en cours ». « L’impression de se faire balader ne fait que continuer », a déclaré à la presse Mukole Musenga, le père de Naomi.

A demain

 

Deux morts dans l’attente des urgences : l’onde de choc, la réaction politique d’Agnès Buzyn

Bonjour

Accepter ou s’indigner ? Ce sont bien évidemment les réactions d’indignation qui affluent. L’annonce de la mort, de deux personnes de 90 ans, mi-avril et début mai, dans la salle d’attente des urgences du CHU de Tours a rapidement pris une ampleur nationale. On sait aujourd’hui que l’une des deux personnes est restée plus de six heures sur un brancard et la seconde plus de quatre heures.

Un infirmier aux urgences de nuit a déclaré à l’AFP : «Ces personnes ont été vues par les infirmiers d’accueil. Elles n’ont pas pu être placées en box pour être examinées médicalement et se voir prodiguer les soins nécessaires suffisamment tôt. Elles sont décédées dans une salle d’attente, post-triage, sur des brancards au milieu d’autres personnes qui attendaient d’être prises en charge». Cet infirmier dénonce «un goulot d’étranglement à l’entrée des urgences qui crée un temps d’attente inacceptable».

Le Pr Gilles Calais, président de la Commission médicale d’établissement et membre de la direction du CHU de Tours, a déploré également auprès de l’AFP que «ces patientes en détresse médicale importante, grave, soient décédées dans des délais entre 4 et 8 heures après leur admission». « Des patients en fin de vie doivent-ils mourir aux urgences? Non. Il faut réguler les flux en amont, explique-t-il. Nous avons deux cents décès aux urgences chaque année. La majorité surviennent dans ces conditions-là. Ce n’est pas une problématique spécifique au CHU de Tours. »

Droit d’alerte

Localement les soignants hospitaliers dénoncent un manque d’effectif, de moyens et de temps pour s’occuper des patients admis aux urgences.  Anita Garnier, infirmière de nuit à Trousseau, (syndiquée Sud) a résumé à La Nouvelle République sa vision de la situation :

« On dénonce l’impossibilité de prendre en charge correctement les patients dans ce service, qui enregistre en moyenne plus de 150 passages par jour. Des décès aux urgences, il y en a souvent, tous les jours malheureusement, mais ce sont les conditions de la mort de ces deux patients qui ne nous conviennent pas, dans la salle d’attente précisément. « Ces deux défunts n’ont pas eu le droit de mourir dans la dignité, avec un proche à leur côté, dans un box individuel, et n’ont pas pu avoir les soins d’hygiène nécessaires. Nos personnels n’ont pas eu la possibilité de leur offrir cela, à cause du flux et du manque de lits dans une salle bondée. » 

Sud Santé avait déjà, précisément, prévenu des risques aux urgences en déposant le 3 février dernier, un droit d’alerte portant sur les conditions de travail et d’accueil au sein des urgences. Ils dénonçaient alors des salles d’attente bondées, et les possibles conséquences dans la qualité de la prise en charge.

Insupportable

Accepter ou s’indigner ? Le fonctionnement du CHU de Tours est affecté depuis plusieurs mois par une série de mouvement de grève touchant différents services – sur fond de suppression de lits, de restructuration et de tension croissante entre la direction et les syndicats hospitaliers. François Braun, président de Samu-Urgences de France, dénonce une situation inacceptable et appelle justement à une réorganisation du dispositif. « Tout cela montre l’urgence de repenser tout le système, mais pas un petit bout du système., dit-il. Quand vous travaillez aux urgences, c’est pour sauver des gens. Quand il arrive un drame comme celui là, ils sont directement touchés dans leur chair. »

Accepter ou s’indigner ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a jugé nécessaire, au vu de l’émotion suscitée par la découverte de ces deux décès, de prendre la parole, parole terrible reprise par France-Bleu  :

« Franchement, évidemment c’est insupportable. Moi même, je me rappelle quand j’étais médecin d’avoir vu des personnes âgées sur les brancards dont personne ne s’occupait. Je sais à quel point les conditions se sont dégradées depuis 10 ou 15 ans.  Ce n’est pas l’arrivée au pouvoir de ce gouvernement, qui fait que tout d’un coup, cela explose. On rabote les moyens de l’hôpital. Il faut revoir qui fait quoi entre la médecine de ville et la médecine hospitalière. Je m’engage à une transformation systémique de notre système de santé. »

La ministre pressent-elle qu’il faudra transformer plus, beaucoup plus, que « notre système de santé » ? Le Comité national nationale d’éthique vient de dénoncer la concentration, la «ghettoïsation» et l’abandon de nombreuses personnes très âgées au sein de notre société. Que pourra, ici, Agnès Buzyn ?

A demain