Décryptage du scandale du SAMU de Strasbourg : Agnès Buzyn et le média alsacien

Bonjour

#JusticePourNaomi. La ministre a tenu parole : le dossier ne restera pas dans un tiroir d’acajou. Conformément à son engagement Agnès Buzyn rend public le rapport d’enquête sur les circonstances ayant conduit au décès d’une jeune patiente à la suite des appels adressés au Samu de Strasbourg le 29 décembre 2017. Le rapport a été remis hier à la famille.

Chaque citoyen doté d’Internet peut en prendre connaissance à cette adresse :« Enquête sur les circonstances ayant conduit au décès d’une jeune patiente suite aux sollicitations du Samu de Strasbourg le 29 décembre 2017 (Dr A-C.Bensadon et J.Roger (IGAS) »

C’est le décryptage, froid, de l’intolérable. Et demain ? La ministre a demandé à l’Agence Régionale de Santé Grand Est, au Centre Hospitalier Universitaire de Strasbourg et au SAMU 67 de mettre en place les préconisations du rapport afin d’empêcher qu’un tel évènement ne se reproduise et de tirer toutes les leçons des dysfonctionnements révélés par le décès de Madame Musenga.

Agnès Buzyn et le lanceur d’alerte alsacien

Et après demain ? « La ministre annoncera, début juillet, des mesures pour actualiser les procédures de traitement des appels au 15, renforcer et homogénéiser les formations des personnels qui y répondent ainsi que celles des médecins régulateurs, et encourager tous les SAMU à engager une démarche qualité. Ces mesures s’appuieront sur les recommandations des organisations professionnelles et syndicales des professionnels impliqués dans le fonctionnement des SAMU / Centres 15. »

Madame Naomi Musenga avait trouvé la mort le 29 décembre 2017 dans des circonstances inacceptables. L’affaire aurait pu ne jamais être connue. Il aura fallu la ténacité de la famille et le relais d’un média alsacien pour que des enseignements puissent, six mois après, être tirés au plan national. La justice, demain, dira le droit. Sans réclamer de palmes ou de médailles il serait juste que Mme Buzyn n’oublie pas, un jour prochain, de saluer l’œuvre de ce média : Heb’di : lanceur d’alerte alsacien. #JusticePourNaomi

A demain

Scandale au SAMU : Mme Buzyn entend que les affaires ne restent plus « dans un tiroir »

 

Bonjour

Invitée de France Inter le 24 mai Agnès Buzyn est revenue sur l’affaire du SAMU et la mort, en décembre dernier, de Naomi Musenga. Elle a annoncé avoir connaissance « d’une dizaine » d’affaires similaires, tout en précisant que ce chiffre était probablement « sous-estimé ». Il y a désormais, selon elle, une prise de conscience dans les SAMU quant à la nécessité de « faire remonter les dysfonctionnements » (« ce qui n’était pas le cas auparavant ») – et ce de manière à mettre en place un « contrôle qualité ». Ces affaires ne devront plus « rester dans un tiroir méconnu », il faut que les familles « soient prévenues et informées » ; il faut « que les hôpitaux prennent leurs responsabilités ». Un site, sur le portail de la Haute Autorité de Santé, sera activé pour mieux répertorier les dysfonctionnements des SAMU.

On sait, d’autre part, que trois plaintes et autant d’enquêtes judiciaires ont été ouvertes en deux semaines : depuis la révélation du drame de Strasbourg, d’autres décès problématiques ont été signalés à Cahors et Saint-Etienne, mettant à chaque fois en cause la responsabilité du Samu. Ouest France évoquait il y a peu le cas d’une femme de 38 ans, enceinte de six mois, décédée début mars à Saint-Etienne, qui fait depuis peu l’objet d’une enquête pour « non-assistance à personne en danger et homicide involontaire ». Le Samu n’était pas intervenu après le premier appel de son mari, qui s’était alors adressé à SOS Médecins, dont le praticien, une fois arrivé sur place, avait déclenché l’intervention des secours.

Non-assistance à personne en danger

Dans le Lot, c’est la famille d’un septuagénaire décédé début avril qui a attaqué le Samu pour non assistance à personne en danger, estimant que les secours avaient trop tardé à intervenir après leur appel. Plusieurs médias ont aussi évoqué récemment la plainte déposée par les parents d’un adolescent de 13 ans, décédé fin 2014 à Tours (Indre-et-Loire). Visant trois hôpitaux, un médecin généraliste et le Samu du Loir-et-Cher, elle avait conduit le procureur de Blois à ouvrir une enquête préliminaire en novembre.

A Strasbourg, les parents de Naomi Musenga  ont publiquement regretté, le 23 mai, de n’avoir toujours aucune réponse sur les circonstances du décès, il y a cinq mois, de la jeune femme de 22 ans. « Je suis toujours à la recherche de ce qui a tué ma fille », a déclaré Honorine Musenga, la mère de la jeune femme, à l’issue d’une rencontre de deux heures avec le directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Cet entretien était prévu depuis début mai pour faire le point sur l’enquête administrative ouverte (très tardivement) par l’hôpital sur ce décès.

Après la médiatisation de l’enregistrement de l’appel de Naomi Musenga au Samu, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) avait été saisie par Agnès Buzyn. C’est ainsi que l’Igas « a pris le relais » de l’enquête administrative a précisé mercredi à l’AFP le directeur général Christophe Gautier, avant son entretien avec la famille Musenga. Contactée par l’AFP, l’Igas a seulement indiqué « ne donner aucune information sur ses missions en cours ». « L’impression de se faire balader ne fait que continuer », a déclaré à la presse Mukole Musenga, le père de Naomi.

A demain

 

Deux morts dans l’attente des urgences : l’onde de choc, la réaction politique d’Agnès Buzyn

Bonjour

Accepter ou s’indigner ? Ce sont bien évidemment les réactions d’indignation qui affluent. L’annonce de la mort, de deux personnes de 90 ans, mi-avril et début mai, dans la salle d’attente des urgences du CHU de Tours a rapidement pris une ampleur nationale. On sait aujourd’hui que l’une des deux personnes est restée plus de six heures sur un brancard et la seconde plus de quatre heures.

Un infirmier aux urgences de nuit a déclaré à l’AFP : «Ces personnes ont été vues par les infirmiers d’accueil. Elles n’ont pas pu être placées en box pour être examinées médicalement et se voir prodiguer les soins nécessaires suffisamment tôt. Elles sont décédées dans une salle d’attente, post-triage, sur des brancards au milieu d’autres personnes qui attendaient d’être prises en charge». Cet infirmier dénonce «un goulot d’étranglement à l’entrée des urgences qui crée un temps d’attente inacceptable».

Le Pr Gilles Calais, président de la Commission médicale d’établissement et membre de la direction du CHU de Tours, a déploré également auprès de l’AFP que «ces patientes en détresse médicale importante, grave, soient décédées dans des délais entre 4 et 8 heures après leur admission». « Des patients en fin de vie doivent-ils mourir aux urgences? Non. Il faut réguler les flux en amont, explique-t-il. Nous avons deux cents décès aux urgences chaque année. La majorité surviennent dans ces conditions-là. Ce n’est pas une problématique spécifique au CHU de Tours. »

Droit d’alerte

Localement les soignants hospitaliers dénoncent un manque d’effectif, de moyens et de temps pour s’occuper des patients admis aux urgences.  Anita Garnier, infirmière de nuit à Trousseau, (syndiquée Sud) a résumé à La Nouvelle République sa vision de la situation :

« On dénonce l’impossibilité de prendre en charge correctement les patients dans ce service, qui enregistre en moyenne plus de 150 passages par jour. Des décès aux urgences, il y en a souvent, tous les jours malheureusement, mais ce sont les conditions de la mort de ces deux patients qui ne nous conviennent pas, dans la salle d’attente précisément. « Ces deux défunts n’ont pas eu le droit de mourir dans la dignité, avec un proche à leur côté, dans un box individuel, et n’ont pas pu avoir les soins d’hygiène nécessaires. Nos personnels n’ont pas eu la possibilité de leur offrir cela, à cause du flux et du manque de lits dans une salle bondée. » 

Sud Santé avait déjà, précisément, prévenu des risques aux urgences en déposant le 3 février dernier, un droit d’alerte portant sur les conditions de travail et d’accueil au sein des urgences. Ils dénonçaient alors des salles d’attente bondées, et les possibles conséquences dans la qualité de la prise en charge.

Insupportable

Accepter ou s’indigner ? Le fonctionnement du CHU de Tours est affecté depuis plusieurs mois par une série de mouvement de grève touchant différents services – sur fond de suppression de lits, de restructuration et de tension croissante entre la direction et les syndicats hospitaliers. François Braun, président de Samu-Urgences de France, dénonce une situation inacceptable et appelle justement à une réorganisation du dispositif. « Tout cela montre l’urgence de repenser tout le système, mais pas un petit bout du système., dit-il. Quand vous travaillez aux urgences, c’est pour sauver des gens. Quand il arrive un drame comme celui là, ils sont directement touchés dans leur chair. »

Accepter ou s’indigner ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a jugé nécessaire, au vu de l’émotion suscitée par la découverte de ces deux décès, de prendre la parole, parole terrible reprise par France-Bleu  :

« Franchement, évidemment c’est insupportable. Moi même, je me rappelle quand j’étais médecin d’avoir vu des personnes âgées sur les brancards dont personne ne s’occupait. Je sais à quel point les conditions se sont dégradées depuis 10 ou 15 ans.  Ce n’est pas l’arrivée au pouvoir de ce gouvernement, qui fait que tout d’un coup, cela explose. On rabote les moyens de l’hôpital. Il faut revoir qui fait quoi entre la médecine de ville et la médecine hospitalière. Je m’engage à une transformation systémique de notre système de santé. »

La ministre pressent-elle qu’il faudra transformer plus, beaucoup plus, que « notre système de santé » ? Le Comité national nationale d’éthique vient de dénoncer la concentration, la «ghettoïsation» et l’abandon de nombreuses personnes très âgées au sein de notre société. Que pourra, ici, Agnès Buzyn ?

A demain

SAMU : déchaînements sur les réseaux sociaux ; Agnès Buzyn veut rassurer les Français

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L’affaire du SAMU de Sreasbourg connaît de nouveaux développements. Après les déclarations de l’opératrice ayant répondu à Naomi Musenga déclarant être victime de « lynchage sur la place publique »  trois opératrices du même SAMU sont la cible de différentes formes de harcèlements haineux.

« Un compte Twitter anonyme, connu pour diffuser de nombreuses fausses informations, a mis en ligne, jeudi 10 mai, deux tweets publiant l’identité de trois opératrices salariées de l’hôpital de Strasbourg qui se seraient moquées de Naomi Musenga, rapporte Le Monde (Anne-Sophie Faivre Le Cadre). Noms, prénoms, adresses postales, numéros de téléphone… mais aussi photographies non floutées des enfants de l’une d’entre elles : toutes les coordonnées des femmes désignées par le compte Twitter ont été livrées en pâture sur les réseaux sociaux aux internautes. Des milliers de commentaires haineux et insultants ont été associés aux noms des trois opératrices citées par les tweets. »

Les trois femmes visées par les tweets (partagés des milliers de fois) sont bien des opératrices du SAMU. Mais aucune d’entre elles n’est celle qui avait répondu à Naomi Musenga le 29 décembre 2017 — une information confirmée tant par l’hôpital de Strasbourg que par la gendarmerie locale. « J’ai reçu des milliers de messages privés me traitant de facho, souhaitant que je meure, que je souffre », se plaint, effrayée, l’une des trois femmes.

« Craignant pour sa vie, Céline, dont des photos de famille ont été dévoilées sur Twitter, a dû déménager en urgence et déscolariser ses enfants, explique Le Monde. Au téléphone, Sylvie, qui a subi le même traitement, pleure en évoquant ses deux heures de sommeil par nuit, ses réveils en larmes, la frayeur qui la tenaille. De son côté, son mari craint pour sa sécurité lorsqu’elle sort seule. »

Silence de la direction du CHU

Et ces trois victimes dénoncent l’immobilisme de la direction du CHU de Strasbourg qui, en dépit de ses promesses, n’a toujours pas publié de communiqué pour innocenter ses trois employées.  Malgré d’innombrables signalements, dont certains émanant de la police ou de la gendarmerie, le compte malveillant est resté actif jusqu’à dimanche 13 mai, avant d’être enfin désactivé.

Agnès Buzyn a-t-elle été informée des ces nouveaux éléments ? Pour l’heure la ministre des Solidarités et de la Santé dit « vouloir tirer toutes les leçons des dysfonctionnements révélés par le décès de Mme Musenga ».

« A l’issue de la réunion de ce jour [14 mai] avec les organisations professionnelles et syndicales de médecins urgentistes, trois décisions ont été prises conjointement : compléter et actualiser toutes les procédures de traitement des appels au 15, renforcer et homogénéiser les formations des personnels qui traitent les appels ainsi que des médecins régulateurs, garantir que tous les services SAMU sont engagés dans une démarche qualité ».

On ajoute, auprès de Mme Buzyn, que la mission « flash » de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) demandée par la ministre vient (seulement) de commencer. Ses conclusions, attendues d’ici le début juin, « seront rendues publiques ». « Nos citoyens peuvent avoir confiance dans le système d’urgence », a répété la ministre, au sortir de la réunion, devant une vingtaine de journalistes serrés autour d’elle.

A demain

 

 

 

Scandale au SAMU : l’opératrice parle et dit être « lynchée sur la place publique »

Bonjour

Jamais un échange téléphonique aussi bref (3’04) avait suscité aussi vite une telle indignation nationale : « Allo ne quittez pas le permanencier du samu 67 va vous répondre…. Allo ne quittez pas le permanencier du samu 67 va vous répondre… ». Abscence totale d’empathie (euphémisme) et, in fine, la mort de Naomie, 22 ans.

Depuis sa révélation, fin avril, par le lanceur d’alerte alsacien Heb’di la principale accusée, l’opératrice, restait silencieuse. Dimanche 13 mai, elle s’est exprimée dans un très bon reportage-enquête diffusé par M6 dans l’émission « 66 minutes ». Voir à partir de 30’. On y voit et entend Naomie chanter, ses proches pleurer. D’autres racontent les passions de cette jeune mère. Et l’on voit et entend, enfin, Thierry Hans, directeur du mensuel l’Heb’di («Accroche-toi » en alsacien, 15 000 exemplaires).

Puis on entend à nouveau l’enregistrement téléphonique. « Comme un diagnostic fait avant l’appel » dit, justement, Thierry Hans. Puis on entend, pour la première fois, l’opératice, une ancienne ambulancière (pendant vingt ans), opératrice depuis quatre ans. Par téléphone, elle confie vivre cloîtrée chez elle : « Moi je suis lynchée sur la place publique. » Avant d’ajouter : « Je pense que si les gens connaissaient mon visage et mon nom, je ne serais peut-être plus de ce monde aujourd’hui. » Elle précise que certains de ses collègues ont reçu « des menaces ». « Les équipes qui vont intervenir sur le terrain risquent aussi de se faire caillasser, ou ce genre de chose », s’inquiète l’opératrice.

Dans son échange avec la journaliste de M6, l’employée du Samu reconnaît une réponse « malvenue », mais assume avoir renvoyé Naomi vers SOS Médecins. Elle refuse de porter l’ensemble de la responsabilité de l’affaire. « Ça suffit de porter toujours le chapeau pour le système. On est sous pression en permanence. On travaille douze heures d’affilée – en tout cas à Strasboug. Ce sont des conditions de travail qui sont pénibles. Je peux rester deux ou trois heures accrochée à mon téléphone, parce que je n’ai pas le temps de me lever tellement ça déborde de partout. Quand on passe en procédure dégradée parce qu’il y a beaucoup plus d’appels que de monde censé les gérer, on n’y arrive pas ! »

Des propos formellement et tranquillement contestés par Christophe Gautier directeur général des Hospices civils de Strasbourg. Une seule hypothèse selon lui : « une faute individuelle ». Trois enquêtes sont en cours.

A demain

 

 

SAMU : l’affaire de Strasbourg s’envenime soudain Que décidera, demain,  Agnès Buzyn ?

Bonjour

En marge des enquêtes, la multiplication des plaintes, la collection d’un abcès. Une semaine plus tard, la révélation des circonstances ayant précédé (et suivi) la mort, le 29 décembre dernier, de Naomi Musenga continue à émouvoir, choquer, révolter. Que fera le pouvoir sanitaire exécutif ?

Pour l’heure, Me Olivier Grimaldi, avocat de l’opératrice du SAMU de Strasbourg qui s’était « moquée » de la jeune malade défend publiquement sa cliente. Sur BFMTV il rappele ses conditions de travail. « C’est un agent confirmé, qui avait bien sûr fait une journée de douze heures le 26. En Alsace c’est un jour férié, donc c’est un jour difficile, souligne-t-il. Ensuite, elle a travaillé deux jours consécutifs, et elle était sur la fin de son cycle de trois jours le 29 décembre. » Selon lui cette opératrice « n’est pas la seule responsable ».

« Dès le départ elle pense à une douleur abdominale donc son jugement est faussé » , ajoute Me Grimaldi, qui met en cause « un mécanisme de prise en charge de l’urgence » où le rôle de sa cliente est « de filtrer parce que derrière vous n’avez que deux médecins ». La direction du SAMU comme celle du CHU de Strasbourg apprécieront. Bouleversée, cette opératrice « comprend bien évidemment le chagrin et la colère de la famille » – et songe à changer de métier.

On apprend d’autre part que des agents de ce SAMU ont porté plainte pour « menaces ». La direction des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), qui a communiqué cette information, ne souhaite pas donner plus de détails sur le nombre de plaintes et les motifs. Elle invoque désormais des « impératifs de confidentialité ».

Marche blanche et double lecture

Sur France Bleu Alsace, Sylvain Poirel, délégué CGT, a fait savoir que « quatre agents [avaient] été menacés directement sur les réseaux sociaux et une sur les quatre n’[avait] pas pu rentrer chez elle par crainte de représailles d’individus présents sur le lieu de son domicile ». Dans le même temps  la plate-forme téléphonique du SAMU reçoit des appels menaçants et des « mesures de sécurité particulières » sont maintenues.

Le 16 mai, une marche blanche sera organisée en mémoire de Naomi Musenga à Strasbourg. Un rassemblement à Paris, place de l’Opéra, est aussi prévu à la même heure. « On appelle vraiment à la non-violence », déclare sur BFM-TV Gloire Musenga, un des frères de Naomi. « On ne peut pas leur en vouloir [aux opératrices du SAMU et des pompiers]. Si elles ne l’ont pas aidée, c’est dû à des problèmes qui ont eu lieu dans leur structure. (…) Elles n’avaient rien contre [Naomi] personnellement », a également dit Martial Musenga, un autre frère de la victime. » Dans le même temps la famille Musenga a déposé une plainte pour « non-assistance à personne en danger » et « mise en danger de la vie d’autrui ». Quelle lecture à venir du judiciaire ?

Où l’on retrouve la double lecture à laquelle donne lieu cette affaire : faute individuelle et/ou faillite collective 1.

Quatre mois après

Pour le Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la Société française de médecine d’urgence, cette affaire impose « une réflexion profonde et une nécessaire remise en question ». Et, déjà, émerge une proposition dont on se demande pourquoi elle ne survient que maintenant :  « une meilleure formation des auxiliaires de régulation médicale (ARM), à l’écoute empathique et à la gestion des appelants ». Comment comprendre, comment justifier qu’il n’existe pas de formation diplômante pour devenir ARM, profession accessible avec le seul baccalauréat.

 Plus généralement : se borner à « augmenter les effectifs » ou procéder à de solides « évolutions structurelles » ? C’est ainsi qu’Agnès Buzyn est, dès à présent, personnellement confrontée à ce nouveau dossier – un dossier jusqu’ici ignoré de son ministère en dépit d’un récent rapport officiel 2.  On indique, dans l’entourage de la ministre que de nouvelles mesures devraient être annoncées lors de la publication des conclusions de l’enquête flash de l’IGAS commandée par Mme Buzyn au lendemain de la révélation de l’affaire du SAMU de Strasbourg. Enquête « flash » diligentée quatre mois après les faits. La ministre songera-t-elle, alors, à féliciter le travail de l’Heb’di, lanceur d’alerte alsacien ?

A demain

1 « Quelles leçons tirer de la défaillance tragique du Samu de Strasbourg ? » Slate.fr, 11 mai 2018

2 « Rapport d’information sur la situation des urgences hospitalières, en liaison avec l’organisation de la permanence des soins » Commission des affaires sociales du Sénat, juillet 2017

SAMU de Strasbourg : la justice ouvre le dossier. Quatre mois après la mort de la malade

Bonjour

#JusticePourNoemie. Noémie Musenga, 22 ans, morte d’une « défaillance multiviscérale sur choc hémorragique ». C’était le 29 décembre dernier. Nous sommes le 9 mai et l’affaire, révélée depuis quelques jours, suscite indignations et commentaires. Jusqu’à l’Ordre 1 … Pour sa part et dans sa sagesse le parquet de Strasbourg vient seulement d’annoncer l’ouverture d’une enquête préliminaire.  « J’ai ouvert une enquête préliminaire du chef de non-assistance à personne en péril et en ai confié l’exécution aux services de la Direction régionale de la police judiciaire Grand Est », a fait savoir la procureure de la République, Yolande Renzi. La procureure pouvait-elle agir autrement ? Et pourquoi attendre si longtemps ?

Que devient l’opératrice du SAMU, qui s’était « moquée » de la jeune femme souffrante (« moquer » est le verbe généralement, bien trop gentiment, utilisé par les médias) ? Elle vient, ce 9 mai, d’être suspendue « à titre conservatoire » vient de faire savoir la direction des Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Quatre mois après les faits…

Où l’on en vient à s’interroger. Tout ceci serait donc resté caché sans le travail de fourmi journalistique du site d’information local alsacien Heb’di. Loin des grandes et vieilles ogues parisiennes des prêtres du « journalisme d’investigation » voici la parfaite illustration du rôle, modeste autant qu’essentiel, que peut, parfois, jouer ce qu’on appelait, hier encore, la presse. #JusticePourNoemie

A demain

1 « Après les révélations sur les graves dysfonctionnements dans la prise en charge d’une
jeune Strasbourgeoise en décembre 2017 », le Conseil national de l’Ordre des médecins  vient d’annoncer la tenue, mardi 15 mai, d’une réunion avec Samu – Urgences de France et l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) – et ce « au siège du Conseil national ». Pourquoi ?  » Pour garantir la mise en œuvre déontologique de la protocolisation des appels au Centre 15″.