Poursuite de la grève des urgences : les millions d’euros d’Agnès Buzyn ont fait long feu

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Hier, avec 754 millions d’euros sur trois ans elle avait fait tapis, pensait pouvoir gagner. Aujourd’hui Agnès Buzyn a perdu : comme prévu son « plan de refondation des urgences » n’a pas convaincu. Le collectif Inter-Urgences, réuni mardi 10 septembre en assemblée générale, l’a jugé insuffisant et a voté la poursuite du mouvement de grève – un mouvement entamé il y a près de six mois et affectant désormais deux-cent cinquante services.

Rassemblés à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) les représentants des grévistes ont voté à main levée une motion rappelant leurs revendications. Et ils ont acté le principe de « rassemblements locaux » pour le 26 septembre, en attendant de fixer prochainement une « date de mobilisation nationale ». La « participation aux autres actions » a également été approuvée, sans pour autant d’appel clair à rejoindre la manifestation de la CGT mercredi à Paris.

Comem prévu le collectif Inter-Urgences continue de réclamer des « réouvertures de lits », des « recrutements à la hauteur des besoins » et une « augmentation de 300 euros net mensuels pour tous les hospitaliers ». Ce qu’Agnès Buzyn ne veut/ne peut entendre : son plan se fonde sur l’orientation des patients pour limiter l’afflux aux urgences, avec un nouveau Service d’Accès aux Soins (SAS) pour réguler les appels aux secours et des « admissions directes » sans passage aux urgences pour les personnes âgées.

La ministre avait fait tapis. Il lui faudra revenir autour de la table.

A demain @jynau

Urgences : Mme Buzyn débloque 754 millions d’euros. Pas assez pour calmer les souffrances

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Sans embauches ni ouverture de lits, le compte y sera-t-il ? La magie des chiffres jouera-t-elle ? Six mois après le début d’un mouvement de protestation sans précédent dans les services hospitaliers d’urgence Agnès Buzyn joue gros : rien moins que son va-tout. La ministre des Solidarités et de la Santé a dévoilé, lundi 9 septembre, un « plan de refondation » – douze mesures pour tenter de vider un abcès grossissant. Et la ministre d’annoncer avoir décidé de consacrer (sans aucun coup de pouce de Bercy) 754 millions d’euros ( étalés jusqu’en 2022)  pour mettre en place les « transformations » dont le secteur a besoin.

Priorité des priorités : « la mise en place dans tous les territoires , dès l’été 2020, d’un service distant universel pour répondre à toute heure à la demande de soins des Français ». La résurgence sous une forme moderne de la « permanence des soins » dont nul ne semble en mesure d’expliquer pourquoi elle a disparu.

Ce service d’accès aux soins qui prendra le nom de SAS (sic) devra permettre, en fonction des besoins de chaque patient et de l’urgence de chaque situation, d’obtenir 24 heures sur 24 un conseil médical et paramédical, de prendre rendez-vous pour une consultation avec un médecin généraliste dans les vingt-quatre heures, de procéder à une téléconsultation, d’être orienté vers un service d’urgences ou de recevoir une ambulance.

Le « plan de refondation » du ministère prévoit également de réformer le financement des urgences, de lutter contre les dérives de l’intérim médical ou encore de renforcer la sécurité des professionnels. Mieux, en amont des passages aux urgences hospitalières,  il prévoit de renforcer l’offre de consultations médicales « sans rendez-vous » et fixe un objectif de « zéro passage par les urgences » pour les personnes âgées. Ce qui restera à expliquer.

Soigner la face immergée de l’iceberg

Le compte y sera-t-il ? Selon le collectif Inter-Urgences, 249 sites hospitaliers sont actuellement en grève – seulement 195 selon les services d’Agnès Buzyn. Il faut icin pour comprendre l’ampleur du mal, lire le dernier communiqué (daté du 6 septembre) du Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs Elargi aux autres spécialités (SNPHARE) : « Crise aux Urgences : STOP à l’OMERTA. La crise aux urgences, c’est la crise de l’hôpital public tout entier ! ». Extraits :

 « Le degré de crise sanitaire est maximal dans de nombreuses structures, des lignes de gardes ont été fermées durant tout l’été par manque de médecins et de personnel soignant mettant en danger de manière inacceptable les patients.

Un sous-effectif permanent des équipes médicales et soignantes, malgré nos alertes incessantes ces dernières années sur l’augmentation de l’activité des services d’urgence ; un cruel manque de lits d’hospitalisation, en total inadéquation avec la hausse régulière du nombre de passages aux urgences ; les médecins urgentistes et les soignants expriment une grande souffrance dans leur travail au quotidien : fonctionnement permanent en mode dégradé, non-respect du temps de travail et du code de travail ; pénibilité accrue et devenue insupportable aux horaires de la permanence des soins ; drames qui se multiplient dans les structures d’urgences au grand désarroi des familles et des soignants. »

Rapepler que le nombre de suicide de personnel médical et paramédical hospitalier, année après année, ne cesse d’augmenter ?  Pour ces syndicalistes la « crise aux urgences » n’est que la face émergée de l’iceberg. « C’est tout l’hôpital public qui souffre » assurent-ils. Leurs demandes à la ministre : davantage de lits d’hospitalisations ; une augmentation du nombre de médecins et de soignants ; une augmentation des salaires ; un plan d’action global sur l’amont et l’aval des Urgences et pour l’Hôpital Public dans son ensemble ; des moyens financiers conséquents, comprenant une révision de la tarification de l’activité réalisés aux urgences.

Ainsi donc 754 millions d’euros, pour voir, jusqu’en 2022. Sans embauches ni ouverture de lits le compte n’y sera pas.

A demain @jynau

Infirmiers de Pratique Avancée: Agnès Buzyn annonce qu’ils pourront suturer les plaies

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C’est la rentrée et c’est une course politique contre la montre. Une course médicale pour « désengorger » les urgences « en surchauffe »  et tenter de les « fluidifier ». Agnès Buzyn a, lundi 2 septembre, dévoilé en accéléré une série de mesures. Des annonces faites au CHU de Poitiers lors d’un déplacement inopiné. La ministre des Solidarités et de la Santé y a eu cette formule médicalisée : « On a besoin de trouver une solution de fond, pas juste de soigner le symptôme, cette fièvre ressentie au niveau de l’activité des urgences ». Pourquoi le CHU de Poitiers ? « Parce que cet établissement a « fait preuve d’inventivité ».

On sait le contexte national : une crise inédite par son ampleur, sa durée, son objet. Un mouvement de grève entamé depuis bientôt six mois qui touche aujourd’hui la moitié des services d’urgences du secteur public – 233 selon le collectif Inter-Urgences, 195 selon Agnès Buzyn. En juin une mission fut confiée par la ministre au chef du SAMU de Paris le Pr Pierre Carli, et à l’urgentiste- député (La République en marche, Charente) Thomas Mesnier. Leur rapport est attendu pour plus tard et en dépit des interventions médiatiques du Dr Mesnier la fièvre montait, le symptôme empirait. Il fallait parler et on décida ce déplacement ministériel à Poitiers pour parer au plus pressé, tenter de calmer avant de recevoir, le 9 septembre « tous les acteurs du secteur ».

Course contre la montre politique : alors qu’Agnès Buzyn parlait à Poitiers, plusieurs organisations de médecins hospitaliers ou urgentistes annonçaient de « rejoindre la mobilisation portée par le collectif Inter-Urgences » et participer à son assemblée générale, le 10 septembre à Saint-Denis. « Nous demandons de mettre fin aux restrictions budgétaires », expliquent ces médecins dans un communiqué, réclamant notamment « un moratoire sur la fermeture de lits » et un « recrutement de personnels à la hauteur des besoins ».

A la frontière du futur quinquennat

On lira ici les annonces ministérielles de Poitiers : « Déplacement CHU Poitiers – Premières mesures pour les Urgences ». L’une d’entre elles a d’ores et déjà frappé les médias généralistes : les infirmiers pourront refermer les plaies.

« Fluidifier les urgences, c’est aussi libérer du temps médical et s’appuyer sur la grande compétence des paramédicaux : c’est pourquoi Agnès Buzyn a décidé de donner un coup d’accélérateur aux protocoles de coopération en donnant aux infirmiers accès à deux protocoles pour l’imagerie et les sutures de plaie, qui donneront lieu au versement de la toute nouvelle prime de coopération [80 euros par mois]. La ministre a annoncé la création d’Infirmiers de Pratique Avancée (IPA) « Urgences » qui pourront directement prendre en charge les patients (diagnostic à l’aide d’un algorithme, réalisation d’actes techniques en autonomie, prescription d’imagerie). »

Des infirmiers suturant et prescrivant, donc. Ce n’est qu’un début. Pour ce nouveau métier (IPA-Urgences) les premières formations commenceront dès l’automne 2020. Premiers soignants diplômés en 2022. Nous serons alors à la frontière du futur quinquennat. D’ici là d’autres annonces ministérielles sont attendues. Les premières, dès la semaine prochaine. Une course contre la montre, pour désengorger et fluidifier.

A demain @jynau

Destruction des gamètes, urgences en grève : quand Agnès Buzyn ne dit rien, ou presque

Bonjour

26 août 2019. Sur France Inter, rentrée radiophonique et déjà, la quête des polémiques de qualité qui aideront à dépasser RTL et ses insoutenables « Grosses Têtes ». Ce matin, d’entrée de jeu, Agnès Buzyn est l’invité de Léa Salamé. Et deux sujets croustillants avant l’épais dossier des « retraites des Français » : les « urgences » et la « destruction des stocks de gamètes ».  Deux sujets majeurs, une invitée qui est au cœur du pouvoir exécutif et, à l’arrivée, rien ou presque.

I Urgences en grève. Le dossier était déjà d’actualité avant l’été, il se poursuit en cette rentrée sociale. Passe d’armes rituelle sur le nombre exact des services en grève. Agnès Buzyn s’apprête à faire des propositions « courant septembre » pour résoudre la crise des urgences et leur « consommation des soins » (sic). 

.@agnesbuzyn, ministre de la #santé, sur la #crise des #urgences : « Leur #fréquentation augmente de 5% par an. Les solutions sont nombreuses, et différentes d’un territoire à l’autre » : #le79Inter @LeaSalame

La ministre évoque aussi la mise en place d’un numéro d’urgence, sorte de 115 bis : ‘’Nous travaillons sur un numéro de téléphone de régulation, comme au Danemark ou en Hollande. » Mais pas question d’augmenter les rémunérations

.@agnesbuzyn, ministre de la #santé : : « Accorder 300 euros de plus (par mois) ne résoudra pas la #crise des #urgences et les problèmes d’organisation » #le79Inter @LeaSalame

II Destruction des stocks de gamètes. Agnès Buzyn  prépare aussi le plus gros dossier de sa rentrée : la loi de révision de l’actuelle loi de bioéthique. Et les conséquences de la levée programmée de l’anonymat des donneurs de cellules sexuelles. Que va-t-il se passer ? La vérité impose de dire que l’on ne comprend rien ou presque à ce que tente de nous expliquer la ministre.

.@agnesbuzyn, ministre de la #santé, sur la loi #bioéthique et la #PMA : « Dans un premier temps, il n’y aura pas de levée d’#anonymat (…) On ne détruira pas le stock de #gamètes disponibles » #le79Inter @LeaSalame

On revient sur les déclarations d’Emmanuel Macron candidat à la présidentielle en 2017, à l’égard des militants de la Manif Pour Tous « humiliés », selon lui, par certains propos du gouvernement de l’époque. On recommence ? Agnès Buzyn estime : « Une loi de bioéthique n’est pas une loi de rupture. Je respecte toutes les opinions ». Voilà qui est bel et bon. Que dirait-on d’une ministre qui « ne respecterait pas toutes les opinions » ? Mais ensuite ? Quid de la possible « humiliation » ? Silence radio.

Le temps est venu de passer aux questions sur les retraites. Précisément, sur RTL et ses « Grosses Têtes », dans quelques heures, une ancienne ministre de la Santé fera rire et glousser. S’en émouvoir ? Le citoyen est libre de ne pas écouter.

A demain @jynau

Abcès aux urgences : révélations du Point, l’édito du Figaro, l’immobilisme d’Agnès Buzyn

Bonjour

Ne rien changer pour que rien ne change ? C’est la vingt-troisième année que nos confrères du « Point » (François Malye et Jérôme Vincent) publient leur « palmarès des hôpitaux et cliniques de France ». Un travail de Titan pour un résultat à bien des égards remarquable ; mille quatre cents établissements publics et privés et,respectivement, soixante-seize et quarante-quatre disciplines médicales et chirurgicales passés au tamis de leur méthodologie. Quelques approximations, peut-être, quelques grincements de dents parisiens, quelques irritations chirurgicales ou administratives … Mais l’essentiel semble une fois encore préservé : un document de référence. Nous sommes loin, ici, des injustices du Michelin ou de la perversité des notations via les « réseaux sociaux ».

« Sans surprise, les CHU cannibalisent cette année encore le haut du panier » observe Le Quotidien du Médecin . Le CHU de Bordeaux reprend la tête du classement devant le CHU de Lille et celui de Toulouse. Suivent les Hôpitaux universitaires de Strasbourg, le CHU de Montpellier et celui de Nantes. Valenciennes est le premier centre hospitalier du palmarès, à la 32e place. Le tableau d’honneur des cliniques subit en revanche des variations plus marquées qui illustrent l’effet de concentration du secteur. »

Tout changer pour que rien ne change ? « Le Point », cette année, innove : « Inédit, la liste des urgences qui manquent de médecins ». Nos méthodiques confrères se fondent sur les données du Centre national de gestion (CNG) – un organisme trop méconnu qui gère les carrières hospitalières. La cartographie présentée recense 277 services d’urgences avec près de 800 postes de médecins à pourvoir sur les 497 services de l’hôpital public. Qui dit poste vacant ne dit pas poste inoccupé, précise le CNG, les médecins intérimaires palliant grandement la désertification médicale dans les urgences de France. Ce qui n’est pas loin d’une forme de cautère sur une jambe en grande difficulté.

Faire la part du symptôme et de la maladie

Jambe de bois ? « A l’hôpital la crise des urgences s’enracine » titre aujourd’hui, à la Une Le Figaro. Et le plus vieux quotidien de France de jouer au médecin faisant la part entre la maladie et le symptôme. Ainsi l’éditorial hautement signifiant de Laurence de Charrette (nous soulignons):

« Le diagnostic est partagé : aux urgences, la crise est sévère. Mais la thérapie, elle, fait défaut. Les services craquent. À qui la faute ? Coupables, ces milliers de personnes qui, chaque jour, se rendent à l’hôpital pour y présenter de simples ‘’bobos’’ qui pourraient être pris en charge par la médecine de ville ? À l’évidence ! La ‘’régulation’’ des entrées aux urgences constitue indéniablement une des pistes majeures d’amélioration du système. Pourtant, une partie de ces ‘’patients’’, désormais renommés ‘’usagers’’, rétorqueront qu’on ne se rend pas aux urgences par plaisir et que, précisément, ils comptent bien sur l’hôpital pour évaluer leur état de santé. On aura beau regretter leur attitude ‘’consumériste’’, ils expliqueront, non sans quelque raison, que la médecine de ville vers laquelle on voudrait les orienter n’est pas équipée pour traiter tous les maux et que le serment d’Hippocrate semble s’y exercer essentiellement aux horaires de bureau.

« Fautive, la gratuité des soins ? Assurément. Malheureusement, l’idée d’imputer une partie plus importante de la facture aux patients, quitte à procéder à des remboursements a posteriori – idée régulièrement caressée par les politiques (François Fillon notamment) – suscite de telles protestations qu’elle semble durablement vouée à l’échec, quelles que soient ses vertus économiques et pédagogiques.

« Responsable, le système de tarification hospitalier, qui octroie aux établissements la même rémunération pour toute intervention et les pousse mécaniquement à ouvrir grand les portes des urgences? C’est certain, mais comment assurer la prise en charge de tous les malades dans d’égales conditions sans quelques artifices comptables?

« À y regarder de plus près, il apparaît que les urgences ne sont pas la maladie mais le symptôme d’un trouble beaucoup plus vaste qui touche l’ensemble du monde médical, dont l’exercice et la mission même se trouvent profondément affectés par les bouleversements sociétaux auxquels il est confronté: progression de l’individualisme et pression économique, vieillissement de la population, avènement de la technologie… Pour Agnès Buzyn, l’enjeu n’est pas seulement de désengorger les urgences, mais bien d’armer le système de soin face aux révolutions qui l’attendent. »

En Suisse, sortir des sentiers battus

Ne rien changer pour que tout change ? Le temps est sans doute venu de porter le regard au-delà de nos frontières. La France serait-elle le seul pays au monde à souffrir de ses urgences hospitalières ? « Chaque jour, en Europe, les services d’urgences accueillent près de 430 000 patients. Annuellement, ce chiffre représente 157 millions de personnes, soit un tiers de la population européenne, écrivent, dans un remarquable éditorial de la Revue Médicale Suisse 1, les Dr Pierre-Nicolas Carron et François Sarrasin, respectivement chez des urgences du CHUV de Lausanne et des HUG de Genève.   

Ces chiffres confirment indéniablement le rôle important et croissant des services d’urgences dans notre système de santé.3 Cette tendance s’observe dans l’ensemble des pays de l’OCDE, y compris dans nos hôpitaux, avec une augmentation annuelle de l’ordre de 2 à 3 % depuis le début des années 2000. »

Selon ces deux spécialistes ces chiffres témoignent également d’un changement d’habitude drastique au sein de la société, vis-à-vis de son accès au système de soins – et ce sans corrélation avec l’évolution démographique. Les patients revendiquent en effet de plus en plus un accès libre et exhaustif à des plateaux techniques polyvalents et spécialisés. L’immédiateté qui caractérise de nombreuses facettes de notre vie « moderne », tant professionnelle que privée, devient un critère décisionnel important. Voilà, enfin, une lecture qui nous fait sortir des sentiers battus.

Sans précipitation, nous y reviendrons.

A demain

1 Carron P-N, Sarasin F « Médecine d’urgence : répondre à l’accélération du temps ? » Rev Med Suisse 2019; volume 15. 1363-1364

Qui dit la vérité : les urgentistes grévistes ou le ministère des Solidarités et de la Santé ?

Bonjour

C’est un méchant communiqué de presse du Collectif Inter Urgences – un texte en réaction aux propos du Ministère des Solidarités et de la Santé. Extraits :

« Cette semaine la Direction Générale de l’Offre de Soins a fini par sortir du silence pour annoncer son propre décompte des services en grève, soit 195 services à comparer aux 218 inscrits sur la carte. Nous les remercions pour ces chiffres et félicitons le groupe coordination pour leur professionnalisme avec un décompte aussi proche. Si cette comptabilité témoigne du sérieux de notre travail, peut-être serait-il bon de considérer nos revendications et propositions avec tout autant de sérieux.

« Nous rappelons par la même occasion que rien n’est encore effectif pour l’amélioration des conditions d’accueil. De façon non exhaustive cette semaine : A Saint-Quentin le record de Saint-Etienne a été battu hier, avec un patient de 70 ans stagnant aux urgences pendant 6 jours et 12 heures. Un record dans un contexte où la direction fait la sourde oreille sur les revendications du personnel. Soyons rassurés, au 14 Août les enveloppes de renfort en personnel sont enfin arrivées, maintenant que les deux épisodes caniculaires sont passés.

« Dans un hôpital du nord parisien ce week-end, sept infirmiers étaient en poste au lieu de onze. Pour assurer l’accueil il n’y avait qu’une seule infirmière au lieu de trois, induisant des temps d’attente avant évaluation des patients de 40 minutes tandis que les sociétés savantes préconisent que « tout patient doit être vu dans les cinq minutes suivant son entrée ». Dans ce contexte un patient est tombé dans le coma avant d’être vu, et a été transféré en réanimation après les premiers soins d’urgences. L’encadrement, après avoir fait peser la responsabilité sur l’infirmière d’accueil, s’est voulu rassurant auprès des équipes en leur disant que l’affaire serait étouffée. Le patient étant sans domicile fixe, peu de chances en effet d’un recours au pénal.

« Nous souhaitons, à travers ce communiqué, remercier le management de culpabiliser les agents pour ne pas avoir su effectuer seul le travail de trois personnes. Il est donc un peu présomptueux de déclarer que « les situations ont été réglées localement ». La rentrée arrive à grand pas et nous appelons encore et toujours l’ensemble des soignants sur le territoire à se mobiliser pour remodeler un système de santé arrivé à son terme. »

Et pendant ce temps-là, à Tours (Indre-et-Loire)

On lira, en marge de ce conflit un papier édifiant de La Nouvelle République du Centre Ouest (Pascal Landré). Ou comment deux fractions de la communauté médicale tourangelle parviennent à travailler en harmonie complémentaire : « SOS Médecins à Tours :  » J’aurai vu 60 patients aujourd’hui  » ». Douze praticiens de SOS Médecins qui, de fait, aident leurs confrères urgentistes du CHU. Douze praticiens qui oeuvrent dans un local du centre ville remarquablement équipé. Douze praticiens qui nourrissent quelques regrets et dénoncent un scandale :

« Derrière la porte du cabinet de consultation n° 6, le Dr Grégory Melchior nous accorde dix minutes entre deux patients. Il ne cache pas son épuisement. ‘’Oui, nous sommes éreintés, aujourd’hui entre 8 h et 22 h, j’aurai vu plus de 60 malades. Nous avions anticipé en étant deux de plus, mais même à cinq médecins, nous avons du mal, on ne peut même pas assurer les visites à domicile.’’ Le Dr Melchior est l’un des douze praticiens de SOS Médecins. ‘’Avec le pont du 15 août, personne ne trouve de généraliste en ville, ils sont tous partis. Les gens sont raisonnables et ils essaient de ne pas encombrer les urgences. Mais du coup, nous sommes débordés. Et ça se dégrade d’année en année…’’. Et d’expliquer que le souci vient d’abord du fait de la pénurie de médecins en ville, ‘’ceux qui partent en retraite ne trouvent pas de successeur.’’ Il insiste sur un autre problème : ‘’Nous sommes assez remontés car la fac nous empêche d’être maîtres de stages pour des étudiants. C’est scandaleux.’’ » 

C’est l’été et le médecin et député macronien Thomas Mesnier, 33 ans, travaille sur le rapport que lui a commandé (à lui et à l’expérimenté Pr Pierre Carli) Agnès Buzyn. « S’il réserve ses suggestions à la ministre, qui le recevra à la fin août, l’ex-urgentiste a assuré à l’AFP  qu’il n’a ‘’pas de tabou’’ sur le sujet ». Tabou ? Pourquoi tabou ? Il  confie travailler, notamment, sur « le modèle de financement des urgences ». Et si l’on en croit son entourage MmeBuzyn « annoncera dès la rentrée de nouvelles mesures issues des premières recommandations » du rapport.

Veillée d’armes : la CGT appelle à une journée d’actions le 11 septembre. Et le collectif Inter-Urgences tiendra la veille une assemblée générale nationale à Paris. On connaîtra le contenu du rapport « Carli-Mesnier ». Qui nous dira, alors, la vérité sur le nombre de services en grève ?

A demain @jynau

Métaphore : combien de temps encore la lumière hospitalière restera-t-elle allumée ?

Bonjour

Collapsologie ? Frédéric Valletoux, ancien journaliste, est un aujourd’hui homme puissant et mesuré – méconnu du grand public quoique maire (LR) de Fontainebleau. Le président de la Fédération Hospitalière de France (FHF) était ce matin l’invité aoûtien de RTL. Actualité : l’entrée dans le sixième mois ( !) du mouvement de grève des services des urgences hospitalières. entre dans son sixième mois. « Du jamais vu, résume RTL Actuellement, un service sur trois est touché par cette mobilisation des personnels soignants. Comme chaque année, l’été est synonyme de lits et de médecins en moins. Demain, 15 août, la situation pourrait être difficile. »

Frédéric Valletoux n’est pas un militant extrémiste. « On saura faire face, mais sûrement avec des temps d’attente dans certains endroits qui vont s’étirer, dit-il. On saura faire face peut-être avec une sollicitation encore plus forte des médecins et de l’ensemble des agents des services d’urgence. »

Mais l’important n’est pas le 15 août. Pas même les seules urgences. « On le sait depuis des années, les tensions sont de plus en plus fortes à l’hôpital, ajoute-t-il. Les conditions de la prise en charge des patients se tendent aussi », déplore-t-il. « Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas une surprise. »

Il faut, avec M. Valletoux, aller plus loin :

« Ce qui se passe aux urgences, ce n’est pas la crise de l’hôpital, c’est la crise du système de santé. Si les services d’urgence sont autant sollicités, c’est parce qu’on a un système de santé qui est malade. On a une médecine de ville qui est très fragile, qui vit aujourd’hui une crise sans précédent. Donc forcément quand on est malade on va où la lumière est allumée et elle est allumée à l’hôpital. »

On voit la lumière métaphorique. On saisit aussi, brutalement, l’impuissance du politique face aux risques de court-circuits. Qui possède la clef des placards électriques ? Et qu’adviendra-t-il en cas de réchauffement climatique ?

A demain @jynau