Médecine et Gilets Jaunes : pourquoi ne pas interdire aux personnes âgées de manifester ?

Bonjour

Geneviève Legay, 73 ans, est une militante d’Attac. Une enquête vient d’être  ouverte à Nice sur les circonstances dans lesquelles cette femme a été grièvement blessée, samedi 23 mars, lors d’une charge de la police contre une manifestation de « Gilets Jaunes ». Voici les faits, tels qu’ils sont rapportés par Attac :

« Geneviève Legay, 74 ans, porte-parole d’Attac 06 et militante infatigable pour la paix, a été grièvement blessée par une charge policière, lors de l’acte XIX des Gilets Jaunes le samedi 23 mars à Nice.  Samedi vers 11 h, les CRS ont procédé à une violente charge au cours de laquelle Geneviève est tombée au sol, sa tête heurtant un poteau métallique. De multiples images montrent Geneviève, gilet jaune sur le dos et drapeau arc-en-ciel ‘’Pace’’ dans les mains, avec une attitude totalement non violente, scander ‘’Liberté de manifester’’ peu avant la charge policière.

« Alors que les précédentes mobilisations des Gilets Jaunes à Nice n’avaient pas entraîné de dégradations, Christian Estrosi, maire de la ville, avait demandé et obtenu une interdiction de manifester dans une grande partie de la ville. L’interdiction par le préfet des manifestations et rassemblements dans une grande partie de Nice est illégitime et ne peut justifier d’utiliser la force contre des citoyenˑneˑs qui se rassemblent pacifiquement pour exprimer leurs opinions.

« Attac France condamne la répression des rassemblements pacifiques qui ont eu lieu ce samedi et s’indigne de la grave restriction des libertés publiques actuellement en cours en France. Ce n’est pas par la répression et les violences policières qu’Emmanuel Macron répondra à la légitime demande de justice sociale qui s’exprime partout dans le pays. Attac France exige que toute la lumière soit faite et que les responsabilités de ces actes de violence à l’encontre de Geneviève Legay soient clairement établies. »

Flaque de sang

On a vu ce qu’a fait la police. Et ensuite ? Le procureur de Nice, Jean-Michel Prêtre, a déclaré qu’il avait ouvert « une enquête classique en recherche des causes des blessures ». « J’ai ordonné la saisie des images vidéo, par ailleurs d’excellente qualité, et fait des réquisitions auprès de l’hôpital Pasteur, a ajouté M. Prêtre qui a aussi fait ausculter Geneviève Legay. Elle a été prise en charge par les pompiers avec une qualification d’urgence relative et, à son arrivée à l’hôpital, elle s’est retrouvée avec une appréciation médicale montée d’un cran, qualifiée de pronostic réservé. Quand on se maintient dans une manifestation après les sommations réglementaires pour dire que les gens doivent se disperser, c’est un délit. Pour elle, ce n’est pas si net : là où ça s’est passé, c’était presque en dehors de la place, dans un mouvement confus des forces de l’ordre et des manifestants. »

Ce sont les pompiers qui avaient évacué la blessée. Une flaque de sang restait visible au sol provenant d’une blessure au niveau de la tête, avaient pu constater des journalistes de l’AFP. Elle souffrirait, selon l’une de ses filles, de plusieurs fractures au crâne et d’hématomes sous-duraux.

Et puis ces propos, que l’on peut trouver curieux, tenus par la ministre de la justice, Nicole Belloubet :

« Je trouve tout de même curieux que lorsqu’une manifestation est interdite, comme c’était le cas à Nice, quelqu’un aille absolument avec la volonté de manifester à cet endroit-là. Il y avait quelques périmètres, dans certaines villes, où les manifestations étaient interdites. A la suite de sommations, une personne qui y reste est susceptible de commettre un délit et c’est dans ce cadre là que les événements se sont passés ».

La famille de Geneviève Legay annonce, par le biais de son avocat Me Arié Alimi, vouloir porter plainte « pour violences volontaires en réunion avec arme par personnes dépositaires de l’autorité publique et sur personne vulnérable » Où l’on en vient, en écoutant Mme Belloubet et en songeant à la vulnérabilité de la victime, à se demander si on en viendra, sous peu, à interdire de manifester aux citoyen.ne.s trop âgé.e.s.

A demain

@jyau

 

 

Invraisemblable : retrouvé comateux dans une pièce condamnée des urgences de Roubaix

Bonjour

Quand l’étrange émerge au sein même de nos urgences.

Le 4 mars un habitant de Wasquehal (Nord) âgé de 57 ans  appelle le SAMU –  « forts maux de tête ». Il est aussitôt conduit aux urgences de l’hôpital de Roubaix où il est pris en charge dans la matinée. Puis il disparaît. L’hôpital estime alors qu’il a « quitté les urgences vers 11 h 00 sans attendre les résultats de ses examens ». Inquiets de ne pas le voir rentrer, ses deux fils « le cherchent  partout, appelant ses collègues, son usine, le commissariat, tous les hôpitaux, en vain ».

« Quand on a joint l’hôpital Victor-Provo de Roubaix, ils nous ont expliqué qu’il était venu et reparti rapidement, alors qu’il se trouvait à ce moment-là dans une pièce vide, en travaux, qui aurait dû être fermée, à deux mètres de l’accueil, explique l’un d’eux – information de La Voix du Nord (Julien Dufurier). Ils l’ont finalement retrouvé le 5 mars en fin de matinée, soit 24 heures après, et on nous a dit qu’il était dans le coma, qu’on ne savait pas si c’était un AVC, une rupture d’anévrisme et qu’on ne savait pas non plus comment il s’était retrouvé là. »

« Personne ne nous explique rien »

Et ce fils de s’interroger « Pourquoi personne ne l’a vu entrer dans cette pièce ? Pourquoi personne n’a entendu sonner son portable ? Comment une personne peut-elle disparaître aux urgences ? ». Et ce fils de juger cette situation « inimaginable ». « Des images de vidéosurveillance attestent qu’il est sorti fumer une cigarette à 11 h 00 et après, plus rien. »

Et ce fils d’agir. « Personne ne nous explique rien, il n’y a aucune transparence, c’est pourquoi j’ai porté plainte contre l’hôpital ». La Direction départementale de la sécurité publique confirme qu’une plainte a été déposée pour « mise en danger » de la vie d’autrui et qu’une enquête avait été confiée au commissariat de Roubaix.

L’hôpital ? Il a confirmé le déroulé des événements, tout en assurant avoir pris « des mesures immédiates ». « En particulier, la sécurité de ces locaux qui ne sont pas mis en service a été immédiatement renforcée afin d’y empêcher tout accès fortuit », a-t-il indiqué. Mieux encore, il « communiquera tous les éléments d’information à sa disposition dans le cadre de l’enquête en cours ». Le malade ? Toujours dans le coma il a été transféré vers un hôpital de Lille.

Au sein même de nos urgences, l’émergence de l’insondable étrange.

A demain

@jynau

 

Stakhanovisme : osera-t-on imposer six consultations par heure à chaque généraliste ?

Bonjour

« Notre système arrive à bout / On nous fait faire des journées d’fous / Faut du rendement et puis c’est tout / » chantent de belles infirmières urgentistes sur les remparts de l’hôpital de Saint-Malo.

Dans la plaine, en écho, une pétition originale qui ne  cesse de prendre de l’ampleur sur la Toile – « Non à l’abattage en médecine générale » 1.

« Voilà qui pourrait raviver une polémique qu’on croyait éteinte » prévient Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas Primbault). Lancée il y a moins de trois semaines cette pétition avait, le jeudi 7  mars, franchi la barre des 10 000 signataires. Un score plus qu’honorable pour cette initiative du Dr Jean-Baptiste Blanc, inspirée de la colère des syndicats de médecins libéraux contre le modèle d’activité « productiviste » proposé il y a peu par l’Assurance-maladie.

Médecins « assistés »

Aux origines de la polémique, rappelle Le Quotidien, une réunion de négociations avec la CNAM qui a tourné court après que Nicolas Revel a estimé qu’un médecin pouvait passer de trois ou quatre à six consultations par heure avec un « assistant médical ». «Furieux, les syndicats ont bruyamment quitté la table des négociations.

Plusieurs syndicats de médecins se réjouissent du succès de la pétition – à commencer par le Syndicat national des jeunes médecins généralistes. L’UFML-Syndicat y voit un signe de « l’exaspération d’une profession qui fait face chaque jour à une augmentation de la demande en soin tout en maintenant les exigences nécessaires d’une médecine de qualité ».

« S’opposant aux fantasmes stakhanovistes du projet de loi santé 2022, la pétition lancée par 100 médecins généralistes en faveur d’une médecine générale de qualité a recueilli en deux semaines plus de 10 000 signatures de milliers de professionnels de santé de tous horizons et de milliers de patients », se félicite aujourd’hui le Dr Blanc. Ce dernier demande à Agnès Buzyn ministre des Solidarités et de la Santé de « prendre en compte et d’introduire (les) propositions dans ses projets » et envisage une rencontre. « C’est avec plaisir que nous lui en ferons part si elle accepte de nous recevoir », conclut-il.

Nicolas Revel futur ministre de la Santé

Sans doute le Dr Blanc ignore-t-il qu’Agnès Buzyn n’est plus véritablement ministre. Du moins si l’on en croit L’Opinion (Nathalie Segaunes) de ce 7 mars :

« C’est un match quasiment plié d’avance. A se demander pourquoi Nathalie Loiseau s’évertue encore à faire campagne. Emmanuel Macron devrait désigner Agnès Buzyn pour conduire la liste macroniste aux élections européennes, en dépit de l’énergie déployée par la ministre chargée des Affaires européennes ces dernières semaines. ‘’Il n’y a d’ailleurs pas de match, rectifie, amusé, un dirigeant du parti : c’est l’arbitre qui décidera laquelle des deux marquera les buts’’. Et la décision de ‘’l’arbitre’’ ne fait plus guère de doute. ‘’Buzyn est celle qui en a le plus envie’’, répète l’entourage du Président, en guise d’explication définitive.

Une envie très récente toutefois. Lorsqu’elle arrive au ministère des Solidarités et de la Santé, en mai 2017, cette professeure d’hématologie, issue de la crème du sérail médical, qui a accumulé les responsabilités au sein des institutions publiques (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, Commissariat à l’énergie atomique, Institut national du cancer, Haute Autorité de Santé), répète qu’elle n’est pas là pour commencer une carrière politique. »

Hasard, stakhanovisme ou fatalité c’est Nicolas Revel, un ancien de l’Elysée, qui est donné gagnant pour lui succéder.

A demain

@jynau

1 Voici le texte de cette pétition :

« Pour lutter contre la pénurie de médecins en exercice, le plan “Ma Santé 2022” envisage de financer des assistants médicaux pour les médecins généralistes qui s’engagent à recevoir 6 patients à l’heure. Soit moins de 10 minutes par consultation. Nous, médecins généralistes, refusons d’être les boucs émissaires des politiques de santé délétères mises en place depuis des années et ayant abouti à la désertification médicale.

Nous, médecins généralistes, demandons à pouvoir recevoir, écouter, informer et soigner les patients qui nous accordent leur confiance, avec le temps nécessaire pour chacune et pour chacun.

Nous médecins généralistes, refusons de sacrifier la qualité de la consultation en recevant, dans le même temps de travail, deux fois plus de patients. Pratiquer une médecine de premier recours de qualité est notre objectif. Nous savons qu’il est favorable pour la santé publique, de nombreuses études l’ont démontré.

Par cette tribune, nous tenons à faire savoir à notre Ministre et à nos concitoyens que nous refusons de brader leur santé sur l’autel de la productivité. Au-delà des grands projets imaginés sans la moindre connaissance du terrain, un certain nombre de pistes simples pourraient à très brève échéance permettre de retrouver du temps pour soigner. (…)

Nous perdons tous les jours notre temps et notre énergie dans un nombre considérables de consultations inutiles. Faîtes disparaître ces obligations absurdes. Et nous serons disponibles, dès demain, pour recevoir plus de patients … qui ont besoin de nous. Cette pétition est soutenue par 100 médecins généralistes, installés, remplaçants ou internes en médecine générale ainsi que par des patientes, des infirmières et des syndicats de médecins. Nous appelons tous.tes les professionnels.elles de santé et tous.tes les citoyens.ennes concernés.es à la signer pour soutenir l’exercice d’une médecine générale de qualité.

Lire aussi le très bon article de Vanessa Boy-Landry dans Paris Match »

Vidéo : le superbe coup de poing des infirmières urgentistes de l’hôpital de Saint-Malo

Bonjour

C’est une urgence pour qui s’intéresse à la politique et à la santé publique: voir, entendre et diffuser : « Toute la santé du monde ! ».  Trois minutes qui disent tout des impasses hospitalières actuelles. Une séquence heureusement reprise le 5 mars au 20 heures de France 2. Une situation classique, une grève qui s’éterniste, des urgences sous-dimensionnées et débordées, le refus des soignants d’accepter l’inacceptable, la perte de sens combattue par la colère et une direction hospitalière qui, comme toujours, feint de ne pas comprendre l’ampleur des dégâts.

« Toute la santé du monde ! », donc. Par les « Tenues blanches des urgences » depuis les nouveaux remparts de Saint-Malo – joliment inspiré de « Tout le bonheur du monde ! » (clip officiel). Voici :

« On vous souhaite toute la santé du monde/Mais avec nous c’est plus certain/On manque de sous, on manque de tout/Mais surtout on manque de mains/On vous souhaite toute la santé du monde/Mais sans moyens on ne peut rien/Et qu’la direction nous répond/Qu’on n’a p’lus d’sous qu’on n’a plus rien

 « Puisqu’on travail avec l’humain/Qu’on a vos vies entre nos mains/Et qu’on a tous besoin de soins/Avec c’qu’on a à vous offrir/C’est juste attendre et vous sourire/Et de prier pour s’en sortir/Et puisqu’on sera toujours là/Pour vous sortir des mauvais pas….

 « On vous souhaite toute la santé du monde/Mais avec nous c’est plus certain/On manque de sous, on manque de tout/Mais surtout on manque de mains/On vous souhaite toute la santé du monde/Mais sans moyens on ne peut rien/Et qu’la direction nous répond/Qu’on n’a p’lus d’sous qu’on n’a plus rien

 « Notre système arrive à bout/On nous fait faire des journées d’fous/Faut du rendement et puis c’est tout/Et comme on n’a pas quatre bras/Et que (… inaudible….)  ne suffit pas/On se demande ce qu’on fout là /Espérons qu’avec le temps /Que le changement c’est maintenant

 « On vous souhaite toute la santé du monde/Mais avec nous c’est plus certain/On manque de sous, on manque de tout/Mais surtout on manque de mains/On vous souhaite toute la santé du monde/Mais sans moyens on ne peut rien/Et qu’la direction nous répond/Qu’on n’a p’lus d’sous qu’on n’a plus rien (…) »

 A demain

@jynau

 

 

Alerte dans les boulangeries de Paris : il y a trop de morphine dans les pains au pavot

Bonjour

C’est le célèbre  Centre Antipoison et de Toxicovigilance de Paris (hôpital Fernand Widal) qui a lancé l’alerte : les experts en empoisonnements venaient de découvrir dans des urines qui leur avaient été adressées des taux anormalement élevés de deux alcaloïdes : la morphine et la codéine.

Rien d’exceptionnel pour ces experts, si ce n’est qu’après enquête il fut établi que toutes les personnes concernées avaient « consommé au préalable des pains aux graines de pavot ». Mensonge de toxicomanes ? Nullement. « Les graines de pavot présentes sur les produits consommés ont été analysées et présentaient ‘’effectivement’’ des teneurs ‘’particulièrement élevées’’ en alcaloïdes » nous expliquent aujourd’hui Bercy et la Santé.

Comment une telle contamination a-t-elle été possible ? « Des investigations sont actuellement en cours pour identifier l’origine de cette contamination et déterminer si des produits actuellement commercialisés sont concernés, précisent les autorités. »

Somnolence, confusion, fatigue, rougeur du visage, démangeaisons …

Dans ces conditions et dans l’attente des résultats des investigations en cours, « il est vivement recommandé d’éviter la consommation de produits de boulangerie contenant des quantités significatives de graines de pavot ». C’est tout particulièrement vrai « avant d’exercer une activité nécessitant une attention particulière (la conduite d’un véicule par exemple)». Ou encore pour les populations les plus à risque (femmes enceintes ou allaitantes, enfants, personnes ayant un risque de rétention urinaire et personnes à risque respiratoire).

Que faut-il encore savoir quand on n’est pas un spécialiste de la codéine et de la morphine ? Que l’exposition à de « telles teneurs en alcaloïdes » est susceptible de conduire « rapidement et pendant plusieurs heures » à des symptômes inquiétants : somnolence, confusion, fatigue, rougeur du visage, démangeaisons, bouche sèche, nausées, vomissements, constipation, rétention d’urine.

Aussi les personnes qui viennent de consommer ces produits et qui présentent les symptômes précités sont invitées à contacter un Centre Antipoison en mentionnant cette consommation (coordonnées des Centres Antipoison et de toxicovigilance : http://www.centres-antipoison.net/). Et que faire en l’absence de symptômes dans les heures qui suivent la consommation de pains au graines de pavot ? Rien : il est inutile de s’inquiéter et de consulter un médecin.

A demain

@jynau

Vos urgences sont saturées ? Une idée : dénoncez la situation à votre Agence Régionale de Santé !

Bonjour

Faudrait-il en venir là ? C’est l’une de ces riches informations locales évoquée de temps à autre par Le Quotidien du Médecin (ici Anne Bayle-Iniguez). Une information en provenance de nos territoires impactés. Et, en l’espèce, dans le département trop méconnu de la Mayenne.

« C’est une affiche de format A4, presque un bout de papier, qui fait parler de lui depuis plusieurs jours à Laval, explique Le Quotidien. Retirée depuis du service des urgences de l’hôpital de la ville, où elle avait été apposée en fin de semaine dernière de façon anonyme, l’affichette s’adressait ‘’aux usagers du service des urgences du CH Laval’’, en leur suggérant d’aller ‘’manifester[leur] colère » contre les délais d’attente ‘’interminables’’ ‘’en écrivant directement à l’ARS, 17, boulevard Doumergue, 44 262 Nantes cedex 2’’ »

Une bouteille dans la Mayenne, en somme ; la conséquence de la saturation du service – 94 passages par jour en moyenne pour des locaux et des effectifs prévus pour 75 – et les fermetures de lits – dont plusieurs dizaines « dans les mois à venir ». « Nous ne demandons pas d’argent mais juste les moyens de faire correctement notre travail pour vous offrir une qualité de soins que vous êtes en droit d’exiger ».

Magnanime direction

Originale, l’initiative a été évoquée par les « médias locaux ». Ce qui n’a pas été du goût d’André-Gwenaël Pors, directeur de l’hôpital de Laval depuis la fin 2013. Selon lui cette affichette n’est qu’un un « tract ». Et qui plus est un tract utilisé début 2018 au moment où le service des urgences connaissait une « grève larvée de deux-trois mois, dans un contexte de préparations des élections professionnelles », explique-t-il au Quotidien. « C’est une initiative individuelle et spontanée (…). C’est peut-être le fait d’un médecin, mais je ne vais pas sanctionner, même si ni la méthode ni le message ne sont très propres », précise-t-il. Où l’on voit qu’une direction hospitalière peut, vis-à-vis de ses employés, fussent-ils médecins, être magnanime.

Reste, au delà du méprisable papier, le fond du problème : la saturation chronique du service, que le directeur prend soin de tempérer sans pour autant la nier.  Les urgences du centre hospitalier de Laval ont reçu en moyenne 96 patients par jour en 2018 (+ 2,7 % par rapport à 2017, avec des pics à 135 passages par jour) – et ce alors que « l’organisation interne, de 20 ans d’âge, est prévue pour 60 patients adultes par jour ». « Ce n’est pas normal », concède le directeur  qui néanmoins conteste le discours syndical relayé par France Bleu : « ‘’On court ver une catastrophe sanitaire ! » la CGT du CH Laval alerte sur la situation des urgences ».

Le directeur réfute l’argumentaire liant saturation du service à fermeture des lits. Pour lui le mal est en ville :  la démographie médicale libérale déclinante en ville et les non-remplacements des départs en retraite qui se succèdent depuis quatre à cinq ans à Laval. Et le « tract » ? Contactés par Le Quotidien les personnels des urgences de Laval ont confirmé le retrait de l’affichette mais n’ont pas souhaité répondre à plus de questions.

A demain

@jynau

 

Maternités fermées. Agnès Buzyn fera-t-elle toute la lumière sur la mort du bébé de Die ?

Bonjour

« C’est un terrible drame qui a eu lieu à Die,  rapportait Le Dauphiné (Julien Combelles), le 19 février. Une femme, transportée par les pompiers du Diois, a perdu l’enfant qu’elle portait, mort in utero lors de son admission aux urgences de l’hôpital de Die, a appris Le Dauphiné Libéré. 

« Enceinte de plus de 7 mois, la jeune femme, une habitante de Châtillon-en-Diois, faisait l’objet d’un suivi médical très poussé par une sage-femme libérale et avait été prise en charge au centre de périnatalité de Die au début de sa grossesse. Selon nos informations, elle souffrait d’un décollement placentaire. C’est avant son transfert en hélicoptère vers la maternité de Valence qu’une sage-femme a finalement confirmé le décès du bébé. »

« Dans la soirée du 18 février, vers 21h, cette habitante de Châtillon-en-Diois appelle les pompiers qui la transportent aux urgences de Die, précise France Bleu Drôme Ardèche (Nathalie Rodrigues). Un hélicoptère du SAMU doit l’y récupérer pour la transférer à la maternité de Montélimar. Mais quand la sage-femme descend de l’hélicoptère et examine la patiente, le coeur du bébé de plus de 7 mois ne bat déjà plus. »

La direction de l’hôpital de Die a aussitôt expliqué qu’il n’y a pas de lien entre cet événement tragique et la fermeture de la maternité (survenue fin 2017 au terme d’une vive controverse), et que ces drames arrivent malheureusement, même dans des hôpitaux équipés, lorsqu’il y a une complication médicale en cours de grossesse.

Conflit d’intérêts

Pour autant le collectif de défense de l’hôpital de Die soulève la question de ce lien. Philippe Leeuwenberg, son président, va écrire à la ministre des Solidarités et de la Santé. Il l’a expliqué dans « Le coup de fil de l’actu » sur France Bleu Drôme Ardèche :

« On va demander à Agnès Buzyn de faire une enquête très sérieuse. On lui demande d’avoir toutes les informations sur les temps d’intervention, les temps d’attente, sur l’intervention des pompiers, l’heure d’arrivée à l’hôpital. Est-ce que ces fameux médecins correspondants SAMU sont intervenus? Qui a fait un diagnostic médical? Quand? A quelle heure? Comment c’est possible, aujourd’hui dans le Diois, qu’une femme ait eu un accident comme celui-là? Et dans l’attente d’une enquête sérieuse, on devrait rouvrir la maternité. » 

Pour sa part l’Agence Régionale de Santé (directement impliquée dans la décision de fermeture de la maternité) annonce qu’une mission d’enquête « va être diligentée dans les prochains jours ». Cette mission devra déterminer les conditions de prise en charge de cette patiente, y compris les éléments de suivi à domicile dans le cadre de cette grossesse jugée à risque.

L’ARS rappelle que « le dispositif de suivi des femmes enceintes sur le Diois par les professionnels du Centre périnatal de proximité de Die, et de prise en charge en urgence, renforcée il y a plus d’un an, fonctionne parfaitement comme cela a pu être confirmé lors des différents comités de suivi, dont le dernier en date du 21 janvier 2019, ainsi que par les professionnels de santé. »

Une lecture que ne partage nullement le compagnon de la femme qui a perdu son enfant.Il a expliqué à France Bleu avoir alerté les secours à 19h 45. Les pompiers ont d’abord transporté sa compagne aux urgences de l’hôpital de Die où un hélicoptère était attendu. Il arrive « au moins 1h 15 après » et finit par acheminer la patiente à l’hôpital de Montélimar. Il est alors 22h 58 raconte-t-il : « Il a fallu plus de 3 heures pour acheminer ma femme à Montélimar. Si, en étant inconscient et fou, j’avais chargé ma femme dans la voiture, je mettais moins d’une heure pour arriver à Montélimar. Mais je me suis fié au protocole qui m’avait été demandé. Il s’avère que notre enfant y est resté. »

A demain

@jynau