Selon le quotidien Libération, deux grandes vacances fragilisent le ministère d’Agnès Buzyn

Bonjour

Petit papier acidulé de notre confrère Favereau, dans Libé. « Agnès Buzyn, nous dit-il, peine à trouver des remplaçants à la Direction générale de l’Offre des Soins et à celle de l’Agence Santé publique France. » Des postes clés, prestigieux si l’on veut, mais toujours étrangement vacants. Est-ce faute de combattants ou parce que la ministre des Solidarités et de la Santé hésiterait ? Et ce alors que la fièvre des urgences hospitalières est déclarée.

Gros abcès : la vacance de la DGOS. La titulaire actuelle du poste, Cécile Courrèges, est en partance, «pour raisons personnelles». 

« La DGOS élabore et s’assure de la mise en œuvre des politiques publiques à même de répondre aux défis auxquels fera face le système de santé dans les prochaines années : concrètement, satisfaire aux besoins de soins grandissants de la population tout en assurant la pérennité d’un financement solidaire. Mais aussi, mettre en œuvre les grandes orientations de la stratégie nationale de santé et de la future loi de modernisation de notre système de santé portées par le gouvernement. Pour cela, la DGOS se place en situation de pilotage stratégique et agit de manière innovante en démarche projet, en animation et en appui de réseaux d’acteurs, ainsi qu’en évaluation de ses politiques. »

Abcès également volumineux : la vacance de la direction de l’Agence Santé publique France, « lieu qui regroupe non seulement toutes les expertises de santé publique, mais aussi toute la politique de prévention et de communication des autorités sanitaires ».

« Le professeur François Bourdillon, après un mandat, n’a pas voulu rempiler et a quitté ses fonctions début juin, précise Libération. Depuis, le poste est vacant 1. Professeur de santé publique reconnu, François Bourdillon a eu la tâche difficile de rassembler l’Institut national de veille sanitaire et l’Institut national de prévention, ce qu’il a plutôt réussi. Mais il s’est embourbé dans l’histoire des ‘’bébés nés sans bras’’ qu’il n’a pas prise très au sérieux. » Est-ce bien sérieux ?

Ainsi donc, voilà deux postes clés du grand ministère sans titulaire. « On a du mal à comprendre la lenteur dans le choix des remplaçants, commente Libé. D’autant qu’aujourd’hui, avec un cabinet ministériel restreint, l’absence de ces responsables fragilise au quotidien la vie du ministère. » Le citoyen doit-il, là aussi, s’inquiéter ?

A demain @jynau

1 « Vacance : avez-vous le profil pour devenir le prochain patron de ‘’Santé Publique France’’ ? » Journalisme et santé publique, 1er avril 2019

Agnès Buzyn osera-t-elle entrer, incognito, dans les affres des services d’urgences ?

Bonjour

Où l’on repense à Louis XI qui régna de 1461 à 1483 – un roi qui, incognito, aimait « se mêler au peuple ». Alain Bruneel, 67 ans, est député (communiste) du Nord. Inquiet de ce qu’il entendait quant à la situation des services d’urgences cet ancien ouvrier du textile et membre de la Jeunesse ouvrière chrétienne a repris, à sa façon, le chemin de Louis XI. Dans la soirée du 28 juin il s’est rendu aux urgences de Douai 1, « en simulant des maux de ventre » – et sans prévenir les hautes sphères de la direction hospitalière. Pas de caméra, pas de collaborateur. Il entendait « constater » ce que pouvait être « le parcours d’un patient “lambda” ».

« Six heures d’attente et encore, j’ai eu de la chance » dit-il aujourd’hui. Son récit, recueilli par l’AFP :

« À 21 h 30, lorsque je suis arrivé devant l’une des deux infirmières régulatrices chargées de  juger de l’état de gravité des patients et de les orienter plus de 200 personnes, dont 59 enfants, étaient déjà passées dans la journée. On a pris ma tension, ma température, j’ai passé un électrocardiogramme » puis « on m’a indiqué qu’il y avait 3 h 20 d’attente – hors urgences vitales – avant d’être ausculté par un médecin […]. J’ai finalement attendu six heures. Le personnel fait tout ce qu’il peut, avec ce qu’il a […] mais la situation est dramatique » « les brancards s’entassent dans les couloirs » puis « en file indienne avant d’arriver devant les trois box réservés aux consultations.

« Il fait une chaleur énorme, le personnel ne peut ni nous donner à boire ni à manger car ils ne savent pas ce qu’on a […]. Des personnes âgées ont besoin d’aller aux toilettes, mais il n’y a pas assez de personnel, alors des patients se lèvent pour aller chercher l’infirmière, accompagnant parfois eux-mêmes ces personnes aux toilettes. Le personnel, toujours en mouvement, n’arrête jamais » et « se retrouve à bout de souffle », a ajouté le député, dénonçant « le manque criant de moyens humains et matériels ».

Pour le député Bruneel les choses sont claires : « le gouvernement n’a pas pris le pouls réel de cette situation dramatique ». Et l’ancien jeune chrétien devenu communiste d’inviter Agnès Buzyn à « passer une nuit aux urgences, sans caméra ni collaborateur, cette expérience valant plus que tous les rapports écrits, passés et à venir ». La ministre des Solidarités et de la Santé, qui a déjà demandé des « rapports », n’a pas encore répondu à la fort judicieuse invite du député.

A demain @jynau

1 Ce service d’accueil des urgences « assure la prise en charge des venues non programmées dans l’établissement, 7j/7, 24h/24, de toute personne, sans sélection, se présentant en situation d’urgence, y compris psychiatrique . Les urgences sont une porte d’entrée essentielle dans le parcours de soins ».

Crise des urgences : Agnès Buzyn condamnée à ne pas pouvoir aller au-delà de ses «avancées» ?

Bonjour

C’est un communiqué de presse qui sonne comme un aveu d’impuissance ministérielle. Il a été diffusé à la veille de la manifestation nationale de ce 2 juillet. Et il est titré ainsi : « Agnès Buzyn tient l’engagement du Gouvernement en faveur des professionnels des urgences ». Comment aurait-il pu en être autrement ? Lisons :

« Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, salue l’entrée en vigueur au 1er juillet 2019 de la prime individuelle de risque au bénéfice des professionnels des urgences, par un décret publié dimanche [ 30 juin] au Journal Officiel.

D’un montant de 100 € nets mensuels pour chaque professionnel, cette prime reconnait l’exposition à des risques particuliers et des conditions de travail spécifiques des agents (titulaires et contractuels) des services d’urgence et des SMUR: infirmiers et aides-soignants mais aussi brancardiers, agents administratifs…

 Effective depuis le 1er juillet, cette indemnité forfaitaire de risque est due à compter de cette date et sera versée si nécessaire avec effet rétroactif.  La prime fait partie de l’ensemble des mesures prises à hauteur de 70 millions d’€ dans le cadre de la stratégie d’évolution des services d’urgence, discutée le 14 juin dernier avec les représentants des professionnels concernés, des fédérations d’établissements, des ordres professionnels, des agences sanitaires et du collectif Inter-Urgences. Le décret publié le 30 juin précise en outre que la prime peut s’ajouter à l’indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants, dont le cumul était jusqu’alors impossible. »

Une attention toute particulière

On apprend encore que la ministre sera « également particulièrement attentive » aux propositions concrètes de refondation des services d’urgence qui lui seront proposées par le président du Conseil national de l’urgence hospitalière, le Pr Pierre Carli et le député (LREM) Thomas Mesnier à la tête de la mission nationale qu’elle a mandatée à cet effet.

Pour résumer Agnès Buzyn, par cet « accompagnement financier » et les « réflexions en cours » fait œuvre de pédagogie politique : elle « traduit de manière forte le soutien du Gouvernement apporté aux équipes hospitalières impliquées au quotidien et en première ligne dans la prise en charge de nos concitoyens ». En d’autres termes Bercy-Matignon-l’Elysée ne lui ont pas donné les moyens d’aller plus loin.

On imagine sans mal la traduction que fait de ce texte la communauté des soignants des urgences – soignants appelés à manifester pour « maintenir la pression » sur le gouvernement voire élargir le mouvement à tout l’hôpital d’ici à la rentrée. Communauté unifiée : l’intersyndicale CGT-SUD-FO et le collectif de paramédicaux Inter-Urgences en marche depuis  d le ministère des finances jusqu’à celui de la santé – où une délégation « devrait » être reçue. Un parcours symbolique et un conditionnel qui en dit long. Objectifs : « déverrouiller les cordons de la bourse » et « maintenir la pression »

Constat politique : Agnès Buzyn et le gouvernement ont été incapable de prévenir l’extension d’une colère largement comprise, nous disent les sondages, au sein de la population.  Selon le collectif Inter-Urgences, 153 services étaient en grève lundi, contre 106 le 14 juin lors de l’annonce du déblocage de 70 millions d’euros dont 55 millions pour financer une « prime de risque » de « 100 euros net mensuels » pour les 30 000 personnels (hors médecins) des urgences, et 15 millions pour « faciliter les recrutements » dans les services « en tension ». « La mobilisation continue », a assuré à l’Agence France-Presse Didier Birig (FO), fustigeant des « annonces insuffisantes au regard des revendications des agents » : 300 euros de hausse de salaire, des effectifs supplémentaires et un « moratoire » sur les fermetures de lits.

Pression versus incitation

Dégonfler la pression ? L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a offert de créer 230 postes dans ses vingt-cinq services d’urgences et  l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France a proposé « un contrat d’objectif  “zéro brancard” dans les couloirs » avec « une incitation financière » pour les hôpitaux concernés. « Martin Hirsch [directeur général de l’AP-HP] ne peut pas nous donner 230 postes d’un côté et maintenir son plan de retour à l’équilibre et la suppression (de plusieurs centaines) de lits de gériatrie », dénonce pour sa part le médecin urgentiste et cégétiste Christophe Prudhomme, interrogé par l’AFP. Une enquête pré-estivale de l’ARS francilienne estime qu’au moins mille « plages de 12 heures » sont « non pourvues » en médecins – et autant en infirmières – pour les mois de juillet et d’août.

Une nouvelle manifestation nationale semble peu probable en plein été mais, selon Christophe Prudhomme des « opérations coup de poing » pourraient avoir lieu localement. « Grévistes et autorités sanitaires tenteront localement de gérer le manque de personnel accentué par les vacances, résume l’AFP. Pour sa part Agnès Buzyn n’a a qu’un objectif estival : des services d’urgences sans « trou dans les lignes de garde ». C’est dire si les flux sont tendus. C’est dire, aussi, que l’heure est grave.

A demain @jynau

L’invraisemblable scandale des urgences: celui des malades laissés sur des lits-brancards

Bonjour

Brancards, parfum de guerre et de médecine militaire. S’il n’y avait qu’une tribune à retenir, parmi toutes celles qui fleurissent aujourd’hui dans les gazettes, ce serait celle que signe aujourd’hui dans Libération le Pr Bruno Riou, membre du Conseil national de l’urgence hospitalière, doyen de la faculté de médecine, Sorbonne-Université. Cette tribune, mais aussi ses références bibliographiques, parmi lesquelles La Casse du siècle, de Pierre-André Juven, Frédéric Pierru et Fanny Vincent (éditions Raisons d’agir, 2019).

Agnès Buzyn n’a pas craint de dire du système de santé français qu’il était «à bout de souffle» . Gardons la métaphore pulmonaire : pour le le Pr Riou les urgences hospitalières sont « au bord de l’asphyxie ». Selon lui la grève du personnel paramédical illustre cet état inquiétant et le «No Bed Challenge» lancé depuis de nombreux mois par Samu et Urgences de France (1) doit être interprété comme un appel à l’aide désespéré. 

Que sait le citoyen ? Que les urgences sont débordées ; que les autres acteurs du système de santé ne veulent plus ou ne peuvent plus agir ; que c’est le dernier endroit où le patient perçoit encore une lumière «accueillante» 24 heures sur 24 ; que nul ne sait combien de temps encore durera cette lumière dans la nuit des villes et des déserts.

Les médias, le ministre et les militants syndicaux ont aussi appris au citoyen que le nombre de consultations aux urgences a augmenté de dix à plus de vingt millions par an en quelques années – et qu’une proportion notable (30 %) pourrait hypothétiquement bénéficier d’une prise en charge ambulatoire dans d’autres structures. Certes. Mais pour le Pr Riou l’essentiel  est ailleurs.  

« Le problème le plus grave auquel doivent faire face les urgences hospitalières, c’est l’absence d’aval suffisant et sa conséquence immédiate, les longues files de patients couchés sur des lits brancards pendant de très nombreuses heures dans ce qu’il convient d’appeler ‘’les couloirs de la honte’’».

Sisyphe est malheureux

Pourquoi ? « Parce qu’il est largement prouvé, dit-il,  que ces lits brancards sont associés à une augmentation de la morbidité et de la mortalité ). Parce que ces patients sur des lits brancards constituent une surcharge de travail considérable pour le personnel paramédical et médical, notamment de poursuite de soins et de surveillance, les empêchant de faire face au flux incessant d’arrivée de nouveaux patients alors même qu’ils ne sont souvent pas en nombre suffisant pour gérer ce flux. Parce que la recherche de lits pour ces patients, travail d’un ‘’Sisyphe malheureux’’ qui verrait l’ascension de son rocher constamment freinée, gâche une part importante de temps médical et paramédical. Parce que ces patients entassés dans des structures inadaptées, les couloirs, peuvent s’aggraver, renvoyant aux soignants un sentiment aigu de mal faire leur travail, quand ils ne sont pas cloués au pilori pour ‘’défaut d’organisation’’».

Ajoutons,pour ajouter au scandale, que ces « lits brancards » fournissent une manne financière non négligeable pour les établissements de santé. Les causes de ces invraisemblables abcès sont multiples et parfaitement identifiées précise le Pr Riou : restriction budgétaire de l’hôpital public, concurrence entre établissements, tarification à l’activité (T2A), virage ambulatoire décidé de manière technocratique et imposé aveuglément par l’outil budgétaire, vieillissement et précarisation de la population, proportion croissante de patients souffrant de maladies chroniques invalidantes, etc.

« Il s’agit du plus grand dysfonctionnement dont souffrent les urgences hospitalières et toutes les mesures de la loi ‘’Ma santé 2020’’ soumise au vote auront un effet homéopathique si ce phénomène délétère n’est pas pris à bras-le-corps et de manière urgente, pour libérer, au moins un peu, le carcan qui asphyxie nos urgences hospitalières. »

Brancards, carcans, homéopathie…. On ajoutera la perte de sens qui mine l’hôpital public dans son ensemble. Nous faudra-t-il imaginer que Sisyphe y est malheureux ?

A demain @jynau

1 Samu et Urgences de France. No Bed Challenge.
2 «Association entre mortalité et attente aux urgences chez les adultes à hospitaliser pour étiologies médicales», de E. Thibon et al. in Annales françaises de médecine d’urgence, 2019.

«118 euros bruts»: combien Agnès Buzyn en versera-t-elle pour vider les abcès des urgences?

Bonjour

Compteur bloqué, pour l’heure, à 70. Agnès Buzyn vient d’annoncer que le gouvernement allait débloquer immédiatement 70 millions d’euros ; pour tenter d’apaiser les personnels des services d’urgences mobilisés depuis trois mois. Annonce faite ce vendredi 14 juin, à l’issue d’une réunion avec les représentants du secteur. L’AFP précise qu’une large fraction de cette somme (55 millions) serait consacrée à la généralisation et à la revalorisation d’une prime « de risque de 118 euros bruts (100 euros nets mensuels) », versée dès juillet « à tous les professionnels des services d’urgence (hors médecins) », soit 30 000 personnes, a précisé le ministère.

Il ajoute qu’une prime de coopération sera mise en place pour les infirmiers et aides-soignants qui se verront confier de nouvelles compétences :100 euros bruts mensuels. Agnès Buzyn a également annoncé « la création d’une enveloppe de 15 millions d’euros » afin de permettre aux « services d’urgence en tension » de renforcer  leurs effectifs paramédicaux durant la période estivale. Pour finir : rehaussement du plafond des heures supplémentaires à 20h par mois ou 240 heures par an pour l’ensemble des corps – voire possibilité de déroger à ce plafond.

Emblématiques incivilités

« Représentants du secteur » : les cinq principaux syndicats des hôpitaux publics (CGT, FO, CFDT, SUD, UNSA), les trois grandes fédérations d’établissements (FHF, FHP, Fehap), l’Ordre des médecins et celui des infirmiers. Sans jamais oublier « l’emblématique » Dr Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), également invité à la table, ainsi que deux membres du collectif Inter-Urgences, à l’origine du mouvement.

Ainsi donc, 70 millions d’euros. Une somme, aussi, qui dit tout de la faiblesse de la marge de manœuvre politique dont  dispose de la ministre des Solidarités et de la Santé. Il y a quelques jours, dans l’étrange entretien qu’elle accordé à Libération (Eric Favereau) Agnès Buzyn avait eu ce mot :

« En attendant, les annonces que j’ai faites permettent de répondre à des demandes des soignants. Ainsi, la prime de dangerosité portée à 100 euros pour faire face aux incivilités parfois nombreuses que ce personnel subit. »

De l’argent, en somme, contre des « incivilités »  (paroles, actions dénotant une absence de courtoisie, de politesse). Chacun sait que ce n’est pas ainsi que l’on videra l’abcès collecté depuis des années. Et rien ne dit que cela permettra de passer, sans trop de difficultés, le prochain été.

A demain @jynau

Urgences en danger : qui voudrait 100 euros en prime pour «faire face à des incivilités» ?

Bonjour

12 juin 2019. L’exécutif pressent le vent du boulet. Sur RTL (Elizabeth Martichoux) le Pr Pierre Carli, clef de voûte historique des urgences de France, vient de nous le faire comprendre : Agnès Buzyn va, dans les heures ou les jours qui viennent faire de nouvelles annonces pour aider « à passer l’été ». Puis, avant les vendanges, il remettra sa « feuille de route » pour tenter de vider un abcès qui est encore bien loin d’être percé. Dans l’attente la pression monte.

Dans l’étrange entretien qu’elle accordé, hier, à Libération (Eric Favereau) Agnès Buzyn a eu ce mot :

« En attendant, les annonces que j’ai faites permettent de répondre à des demandes des soignants. Ainsi, la prime de dangerosité portée à 100 euros pour faire face aux incivilités parfois nombreuses que ce personnel subit. »

Tout est dit. De l’argent contre des « incivilités »  (paroles, actions dénotant une absence de courtoisie, de politesse). Plus précisément cent euros pour « y faire face ». L’actualité est bonne fille qui nous apporte, via Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas Primbault) un exemple de comportement discourtois – qui peut aussi être qualifié « d’agression de personnel soignant ». Lundi 10 juin, urgences du CHU de Rennes. Une jeune patiente agitée « s’en est prise physiquement au médecin urgentiste qui essayait de la maintenir sur son lit » avant de s’attaquer à une infirmière et à deux aides-soignantes, a précisé au Quotidien le représentant syndical SUD dans l’établissement breton. Les trois femmes se sont retrouvées à terre « à cause des coups ». Il a fallu attendre l’arrivée de cinq agents de l’équipe du service de sécurité de l’hôpital pour maîtriser la patiente. Tous les soignants agressés sont allés porter plainte au commissariat. 

Le vent du boulet. Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, annonçait hier au micro de France Info des « embauches supplémentaires » dans les semaines à venir. « Pour la première fois, les effectifs d’infirmiers, d’aides-soignants et de médecins augmenteront parallèlement au nombre de patients », a-t-il promis. Et Martin Hirsch d’assurer prendre « au sérieux ce mouvement depuis le début ». Fallait-il le préciser ?

A demain @jynau

Urgences en souffrance : quelques confessions d’Agnès Buzyn au quotidien Libération

Bonjour

Sous d’autres vents élyséens elle voguerait entre Strasbourg et Bruxelles. Elle aujourd’hui amarrée à Paris, sous la tempête. On y verra un symbole : au moment même où « sa » loi est votée au Sénat, elle est la cible de toutes les critiques, essuie avec les plus grandes difficultés sa première crise politique, intéresse soudain les méchants éditorialistes.  Sa loi est titrée « Ma santé 2022 » mais on lui réclame des actions concrètes en ce mois de juin 2019.

La grogne, la colère, le désespoir sont diffusés sur les ondes et les réseaux Elle a tenté quelques annonces il y a quelques jours, mais loin de satisfaire les grévistes des urgences et les soignants hospitaliers la ministre des Solidarités et de la Santé les a profondément décu quand elle n’a pas obtenu un effet contraire à celui qu’elle visait. Tout est résumé dans l’entretien atypique qu’elle a accordé à un Libération (Eric Favereau) qui titre sur « les urgences polytraumatisées ». Extraits :

« Les réponses que nous apportons à la crise que connaît le monde des urgences ne peuvent pas se réduire à ce que j’ai annoncé la semaine dernière. Il s’agissait de mesures sectorielles, répondant à des revendications réelles. Le mouvement de grève continue ? Il faut replacer cela dans un contexte, avec la situation que l’on connaît depuis des années, à savoir un afflux massif et continu de nouveaux patients aux urgences. C’est un défi majeur. Pour y répondre, il fallait s’attaquer à «l’hospitalo-centrisme» d’un côté, et de l’autre, créer une nouvelle organisation pour la médecine de ville, avec les communautés territoriales de santé pour y répondre. (…) C’est un des objectifs du projet de loi Ma santé 2022 : améliorer l’accueil en ville en amont des urgences. Mais nous devons aussi travailler sur ce qui se passe après, l’aval des urgences, avec une meilleure gestion des lits hospitaliers.

« Ce n’est pas nouveau ? Les urgences sont les lieux qui payent lourdement le prix de tous les problèmes d’organisation ou de financement, anciens, ni traités ni réglés. Il faut changer ce modèle, ce à quoi je m’emploie. En attendant, les annonces que j’ai faites permettent de répondre à des demandes des soignants. Ainsi, la prime de dangerosité portée à 100 euros pour faire face aux incivilités parfois nombreuses que ce personnel subit. [sic] (…)

Ethique: le futur gros orage politique

Un malentendu s’est aggravé entre elle et le personnel soignant en grève ? Agnès Buzyn répond qu’ « il n’y a pas de mesures miracles qui permettraient d’éteindre le feu immédiatement » . « Dans les différents hôpitaux, les réalités sont hétérogènes, les problèmes aussi. Chacun revendique à l’aune de sa situation, précise-t-elle. Dans tel lieu, il y a un manque de personnel, dans tel autre ce sont des médecins qui font défaut, ailleurs ce sont des locaux inappropriés. » Elle a fait des constats d’évidence :  « les services des urgences fonctionnent mieux quand la totalité des services de l’hôpital sont concernés » ; « parfois une absence de lien entre certaines équipes médicales et les urgences ». L’ensemble de la communauté hospitalière doit être concerné » ; « on ne doit pas laisser les urgences seules ». Or « sa » loi donne « un cadre général à ces changements ». « Mais cela prend du temps…. ».

Faut-il rappeler qu’elle est au pouvoir depuis deux ans ? Elle répond qu’elle ne pouvait pas faire « plus vite », que dès son arrivée elle a « pris des mesures d’urgences pour répondre aux déserts médicaux » ; que la « désertification médicale est le problème majeur avec le manque de temps médical » ; qu’elle « y travaille d’arrache-pied » … ; qu’elle « comprend l’impatience » et « voit l’engagement de professionnels » ; que cet engagement est « impressionnant » ; qu’ils « sont toujours au rendez-vous, même dans les moments de fortes tensions » ; que les « équipes assurent la permanence des soins avec une constance inégalée ». Elle voudrait tant «  qu’ils entendent qu’elle  travaille pour eux » et qu’elle « les respecte ». Respecte-t-elle ceux qui occupèrent la place où elle est aujourd’hui ?.

« Je suis arrivée dans un système profondément dégradé. J’ai fait aussitôt un plan immédiat pour l’accès aux soins dans les territoires, ensuite nous avons préparé une réforme globale du système. Il a fallu un an de travail. Des accords vont être signés, je l’espère, avec l’assurance maladie pour les communautés territoriales de santé et pour créer et recruter les assistants médicaux. Les changements notables arrivent, ils sont lancés. »

Des regrets (sinon d’être entrée en politique du moins d’être ainsi ciblée) ?  « On a toujours des regrets face à l’ampleur des difficultés, confesse-t-elle (étrangement). Nous parlons de la médecine de ville ou de l’hôpital, mais le médico-social connaît aussi de lourdes difficultés, sans parler de la situation très difficile des Ehpad. Nous sommes confrontés à des sujets de plus en plus difficiles. Nous devons avoir des priorités. Je voudrais pouvoir aller encore plus vite, ce que le calendrier parlementaire ne nous permet pas. J’ajoute que si j’ai accepté d’être ministre, c’est parce que je travaille depuis trente ans dans le système de santé. Je le connais, j’ai vu le système s’abîmer. Ce qui me porte, c’est que je pense savoir ce qu’il faut faire. Et je sais que c’est possible. C’est difficile, mais je ne m’attendais pas à ce que cela soit facile. »

Une date quant à la révision de la loi de bioéthique et la « PMA pour toutes »? D’autres qu’elle sont dans le secret. « La date dépendra du calendrier parlementaire, dit-elle.Mais le texte est prêt. » Ce sera, à n’en pas douter un nouvel et très gros orage politique.

A demain