Grève aux urgences : l’Ordre des médecins en appelle solennellement à Agnès Buzyn

Bonjour

5 juin 2019. Sujet chaque jour un peu plus médiatique, la grève des soignants urgentistes entre dans une nouvelle phase. Après Agnès Buzyn (et la polémique sur le « dévoiement ») hier sur France Inter nous avons entendu ce matin  Sibeth Ndiaye, conseillère en communication et porte-parole du gouvernement sur RTL (Elizabeth Martichoux). Entre l’affaire Benalla et la Coupe du monde de football féminin elle s’est exprimée sur ce mouvement atypique autant que symptomatique.

La porte-parole du gouvernement a notamment assuré que la ministre des Solidarités et de la Santé était « disponible pour recevoir » les médecins urgentistes prévoient une manifestation le jeudi 6 juin en plein Congrès des urgentistes organisé à Paris. Un congrès majeur où Agnès Buzyn hésite visiblement à se rendre.

À propos des « arrêts maladie » controversés Sibeth Ndiaye a dit « ne jeter la pierre à personne » et appelle « tout le monde à converger pour essayer de trouver des solutions ». Agnès Buzyn campera-t-elle sur sa position et sa condamnation de ces « arrêts maladie » ? Matignon aimerait que non.  La ministre « suit le sujet avec énormément d’attention, de préoccupation », a encore souligné la porte-parole du gouvernement. « Elle-même médecin », elle « connaît parfaitement la situation de l’hôpital français » ajoute-t-elle.

C’est dans ce contexte que vient de s’exprimer, avec la hauteur et la solennité qui sied, le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) qui, inquiet, « appelle à une concertation d’urgence ». Extraits :

« Le Conseil national de l’Ordre des médecins a suivi les évolutions des grèves des médecins et personnels soignants dans les services d’urgences des hôpitaux. Il a pris connaissance des réquisitions préfectorales, notamment à Lons-le-Saulnier, et de l’émotion que les conditions de leur mise en application ont suscitée (…)  

« L’Ordre des médecins appelle avec gravité, dans le cadre du dialogue social, à l’organisation d’une concertation d’urgence impliquant tous les acteurs afin qu’une réponse durable soit apportée aux revendications des professionnels de santé, tant pour le service des patients que pour eux même. Leur souffrance face aux conditions de travail actuelles doit être entendue (…)

«  Malgré de nombreuses alertes, des grèves hospitalières se multiplient partout en France. La crise des services d’urgences est l’un des symptômes les plus aigus de l’extrême difficulté dans laquelle se trouve l’hôpital public. L’Ordre des médecins apporte son écoute et son soutien à l’ensemble des médecins et professionnels de santé qui exercent près des patients dans des conditions de plus en plus difficiles, et il est prêt à prendre toute sa part dans l’élaboration des décisions ministérielles qui ne sauraient être plus longtemps différées. »

Agnès Buzyn est-elle toujours inscrite à l’Ordre des médecins ?

A demain

@jynau

Urgentistes grévistes dévoyés : le gouvernement français les assure de toute sa solidarité

Bonjour

La grève des soignants urgentistes est désormais sur toutes les ondes médiatiques. Et le pouvoir exécutif tente de colmater les brèches. Après Agnès Buzyn (et la polémique sur le « dévoiement ») hier sur France Inter, aujourd’hui Sibeth Ndiaye, conseillère en communication et porte-parole (incontrôlable) du gouvernement sur RTL (Elizabeth Martichoux). Entre l’affaire Benalla et la Coupe du monde de football féminin, la grève des urgences. Extraits fournis par la station, à verser au dossier :

« Ce n’est pas une situation qui date d’aujourd’hui. Elle s’est sédimentée parce que des mauvaises décisions ont été prises depuis des années et des années. Moi, je comprends ce que vivent aujourd’hui les urgentistes. (…)  Cette difficulté, la difficulté de leur métier au quotidien, l’engagement qu’ils y mettent, je comprends aujourd’hui ce qu’est leur colère, ce qu’est parfois leur sentiment de désespoir et donc je veux évidemment les assurer de toute la solidarité du Gouvernement. (…) La médecine libérale aujourd’hui n’est pas au rendez-vous, c’est cela que nous devons réorganiser. (…)  Il y a des règles sur l’utilisation d’un arrêt maladie et un arrêt maladie ce n’est pas un moyen de faire une grève .(…)  La ministre de la Santé est disponible pour écouter et recevoir, elle l’a fait, elle continuera à le faire. »

Sur l’affaire Benalla [la journaliste Sophie Coignard revient, dans le livre « Benalla, la vraie histoire. Un intrus au cœur du pouvoir » (Editions de l’Observatoire), sur l’épisode de la Contrescarpe et sur les relations entre Alexandre Benalla et l’entourage du Président. Alexandre Benalla voulait une médaille après les événements du 1er mai]

« Evidemment que c’est choquant. Quand vous travaillez à la Présidence de la République, vous êtes quelque part l’incarnation de ce qu’est à la fois l’institution, la Présidence de la République, mais aussi une vitrine de ce qu’est le Président de la République. »

Sur la Coupe du monde de football féminin :

« Je suis fan de l’idée qu’un sport féminin ait pu émerger comme le football féminin est en train d’émerger en ce moment. Par solidarité féminine et parce que je suis profondément convaincue de l’impératif d’égalité entre les hommes et les femmes, j’irai les soutenir et je mettrai toute la panoplie du supporter. »

A demain

@jynau

Pour s’être fait portés pâles, les urgentistes dévoyés de Lariboisière seront condamnés ?

Bonjour

« Dévoyer » n’est pas un mot que l’on peut utiliser à la légère. C’est, de nos jours, un verbe rarement usité dans les médias. Jadis il signifiait « détourner de la voie, du chemin ». On pouvait aussi, pour le bien commun, « dévoyer un tuyau de cheminée » : le détourner de la ligne verticale, lorsqu’il rencontre un obstacle.

Métaphoriquement c’était détourner de la voie que l’on estime être (ou qui était jusque là) la sienne.  Avec, souvent, une idée de dégradation morale : « Ferdinand n’était-il pas foncièrement mauvais; si on ne l’avait pas dévoyé au collège de Saint-Margelon, il aurait pu faire un bon Haudouin de campagne ». Aymé, La Jument verte,1933.

Agnès Buzyn, ce matin, sur France Inter : « Je reçois les urgentistes, je les reçois régulièrement. Ils attendent une initiative pour repenser les urgences de l’avenir et je travaille avec eux sur ces perspectives. Je pense effectivement qu’il y a une très grosse fatigue des personnels aux urgences. Je l’entends et j’y travaille. Ce qui c’est passé à Lariboisière est assez inédit. Ils se sont mis en arrêt maladie. C’est dévoyer ce qu’est un arrêt maladie. Je pense que ce n’est pas bien (…) »

« Se faire porter très pâle »

Nous sommes donc bien ici dans l’acception morale ; des soignants urgentistes se « sont mis en arrêt maladie » alors qu’il n’étaient pas « malades ». Mais pour « protester » car il ne peuvent pas pratiquement « faire grève » sans être aussitôt réquisitionnés. On peut voir là une forme de désobéissance civile. Se faire porter pâle pour une noble cause qui vous dépasse. On parle alors d’arrêts maladie « de protestation ».« Ce n’est pas bien ! » dit la ministre des Solidarités et de la Santé sur les ondes de la-première-radio-de-France.

« Dévoyer » ? « C’est une forme extrême de protestation qui a été utilisée. […] On peut contester cette modalité d’action mais ce qu’il faut bien comprendre,c’est que la réponse du personnel est liée à l’inconséquence des gens qui nous gouvernent » avait préalablement déclaré, sur RTL le Dr Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France.

« Arrêt maladie » ? ou arrêt de travail pour maladie, parfois intitulé « congé maladie » : permet une indemnisation couvrant la période pendant laquelle un employé  interrompt son travail  pour cause de maladie. C’est lors d’une consultation chez un médecin que celui-ci lui remet un avis d’arrêt de travail que l’assuré doit compléter et transmettre dans certains délais à la Sécurité sociale et à son employeur. Certes. Mais que dire quand l’employé est un médecin et que son employeur est la ministre des Solidarités et de la Santé ?

Les soignants urgentistes insoumis de Lariboisière ont « mal agi ». Seront-ils poursuivis pour ce qu’ils ont fait ? Seront-ils condamnés pour l’exemple ? « La Ministre a jeté de l’huile sur le feu avec son intervention sur France Inter ce matin, nous confie l’un des porte-parole des portés pâles. Ce type d’action risque de se reproduire dans d’autres établissements. Les personnels sont en colère et épuisés. Le mouvement continue à s’étendre et deux journées d’action sont prévues le 6 et le 11 juin. »

A demain

@jynau

L’envenimement des grèves aux urgences : il ne faut pas dévoyer l’arrêt maladie (Agnès Buzyn)

Bonjour

Hier invisible ou presque des médias généralistes la grève des urgentistes vient de s’envenimer : des grévistes réquisitionnés viennent ainsi de se mettre en « arrêt-maladie » pour protester contre leurs conditions de travail. Après un très gros abcès à Lons-le-Saunier on apprend que dans la nuit du 3 au 4 juin, à l’hôpital Lariboisière de Paris, les équipes de nuit n’étaient pas présentes. C’est donc le personnel de jour qui a dû être réquisitionné : l’équipe a travaillé durant dix-huit heures d’affilée. Des pompiers et le SAMU ont aussi dû transférer des malades vers d’autres services hospitaliers.

« C’est une forme extrême de protestation qui a été utilisée. […] On peut contester cette modalité d’action mais ce qu’il faut bien comprendre,c’est que la réponse du personnel est liée à l’inconséquence des gens qui nous gouvernent » a déclaré, sur RTL le Dr Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (mouvements nationaux les 6 et 11 juin) :

« La situation dans les services d’urgence et plus globalement dans les hôpitaux est catastrophique.  Le mouvement de grève débuté à l’hôpital Saint-Antoine s’est étendu dans de nombreux hôpitaux, parfois au-delà des services d’urgences.

Les plans d’économie successifs, associés à des fermetures de lits et des services rendent les conditions de travail des personnels insupportables.  Nous n’avons plus aujourd’hui les moyens de prendre en charge nos patients dans des conditions dignes et en toute sécurité.

Le gouvernement doit entendre notre cri d’alarme, à la veille de l’été, période toujours très difficile dans les hôpitaux.  Nous demandons à la Ministre de la Santé d’ouvrir immédiatement des négociations pour répondre aux revendications posées par les personnels. »

Très grosses fatigues

Réponse de la ministre Agnès Buzyn, ce matin sur France Inter . Qu’a-t-elle à dire, au-delà « de la calinothérapie et des mots doux » ?

« D’abord j’ai mis beaucoup d’argent sur la table [sic] pour l’hôpital public l’année dernière et cette année (…) ce qui permet aux hôpitaux de retrouver un peu de souffle. (…) Aujourd’hui l’engorgement aux urgences est essentiellement lié au fait que les patients ne trouvent pas de médecins capables notamment de les prendre sans rendez-vous. (…) Je comprends leur impatience [celle des médecins urgentistes] Je dis à tous les Français qui le peuvent (évidemment il y a des endroits où il n’y a pas de médecins et donc je l’entends …) d’éviter d’aller aux urgences quand on peut essayer de trouver un rendez-vous avec un médecin généraliste, dans un centre de santé, dans une maison de santé …. 

« Je reçois les urgentistes, je les reçois régulièrement. Ils attendent une initiative pour repenser les urgences de l’avenir et je travaille avec eux sur ces perspectives. [Sur Lariboisière et les ‘’arrêts maladie’’] : Je pense effectivement qu’il y a une très grosse fatigue des personnels aux urgences. Je l’entends et j’y travaille. Ce qui c’est passé à Lariboisière est assez inédit. Ils se sont mis en arrêt maladie. C’est dévoyer ce qu’est un arrêt maladie. Je pense que ce n’est pas bien car ça entraîne une surcharge de travail pour les autres (…) La règle, dans le monde médical, quand on fait grève, c’est de mettre un brassard et de venir travailler pour ne pas mettre en danger la vie d’autrui. (…) Nous sommes totalement mobilisés pour améliorer la situation et nous attendons les prochaines générations de médecins urgentistes qui sont entrain d’être formés. Il y en a quatre cents par an et il vont arriver sur le terrain. »

La garde montante arrivera-t-elle à temps ?

A demain

@jynau

Invisible, la tension monte dans les services d’urgence des hôpitaux de France

Bonjour

Comment parler d’un grève qui ne se voit pas – d’un mouvement qui, pour autant, met potentiellement en péril des vies humaines ? Une protestation montante que le pouvoir exécutif semble minimiser. « La fièvre monte aux urgences » titre aujourd’hui Le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret et Juliette Demey). Mouvement lancé en mars au sein de l’AP-HP. Prochaine étape, trois mois plus tard : manifestation nationale du 6 juin à Paris.

Comme à chaque fois à l’hôpital, le casse-tête de la « visibilité » confronté aux « assignations » des soignants : affichant être en grève, les grévistes travaillent… Innover ? Cela donne une vidéo venue de Valence et pleine d’humanité : « La Colère dans le Cathéter ». Et puis cette « note interne de la Fédération hospitalière de France datée de mai » que le JDD « s’est procurée » et qui dénonce :

« Une pression forte sur les urgentistes pour assurer la continuité et un fort recours à l’intérieur (…) des situations de quasi-rupture de continuité de service public, avec parfois l’obligation de réduire le nombre de praticiens présents et ainsi de dégrader la prise en charge. »

Virginie (infirmière au CHU de Valence) : « Cet hiver, on a manqué de couvertures, de nourriture, d’adrénaline. A 190 passages par jour au lieu de 130, c’est comme à al boucherie : premier arrivé, premier servi. On devient maltraitant. » Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF- alliée à la CGT) :

« Quand un patient qui doit être hospitalisé ne l’est pas dans l’heure, çà se traduit par une surmortalité de 30% pour les cas les plus graves ; ça va craquer cet été. »

A demain

@jynau

La Loire et les déserts médicaux : l’anesthésie-réa du CHU de Saint-Etienne prend tous les risques

Bonjour

Enthousiasmant. C’est une remarquable vidéo de soignants partant en guerre ; vidéo « à but non lucratif » ;  3’41’’ toniques  calquées sur la mythique « Agence tous risques ». Succès assuré. Un concentré de volonté heureusement relayé par Le Progrès et Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez). Où l’on voit des soignants qui « ne lâcheront pas », qui feront tout pour que vive le service d’anesthésie réanimation à prédominance neurologique et cardiovasculaire avec unité de soins intensifs du CHU de Saint-Etienne. Service aujourd’hui menacé faute de postulants.

« …. C’est notre dernière chance pour des recrutements de réanimateurs-anesthésistes… On a besoin de vous…. Service public en danger… faites attention….  des lits vont fermer… Où va-t-on se faire soigner ???? ….On est inquiets pour les patients, direction Clermont et Lyon, jusqu’ou vous enverra-t-on ? ….»

Promotion du chaudron et de la célebrissime A-S Saint-Etienne, du marché de Noël, des musées d’Art moderne et de la Mine, de la Cité du design. Rien sur l’antique coutellerie et la Manufacture d’armes. Après un rapide mot de l’actuel chef de service , son prédecesseur, conclut : « Il faut remplacer les retraités, et vous verrez, vous ne le regretterez pas.»  

Où l’on voit, une nouvelle fois, des soignants partir en guerre contre l’avancée des déserts médicaux et la désaffection croissante, en France, pour les plus beaux sites hospitaliers. A Saint-Etienne, une certitude : affûtés, soudés ils ne « lâcheront pas » et ne regretteront rien.

A demain

@jynau

Des Gilets Jaunes ont bel et bien été «fichés» par l’AP-HP : qui va devoir démissionner ?

Bonjour

Le Canard enchaîné a fait mouche : à peine était-il, ce matin, dans les kiosques que la Direction générale de l’AP-HP prononçait un mea culpa – ce qui, en jargon administratif se dit : « SI-VIC : identification de cas d’utilisations inappropriées ». Où l’on voit, une nouvelle fois ,cette administration hospitalière tenter de rester dans le champ de l’entre-soi.

« Comment l’AP-HP pourra-t-elle encore continuer à nier ? » écrivions-nous il y a quelques heures  au sujet du fichage des Gilets Jaunes hospitalisés lors des manifestations dans la capitale – une affaire d’importance qui avait conduit, fait remarquable, le Conseil national de l’Ordre des médecins à saisir la CNIL.

La Direction générale de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) avait au départ rejeté les accusations de « fichage » avant que la Direction Générale de la Santé ne la désavoue, reconnaissant que le système avait « été activé »  sur l’ensemble du territoire national les 8 et 15 décembre 2018 – puis, ponctuellement selon la situation locale par les agences régionales de santé ou les SAMU.  »

Puis le  20 avril dernier la même direction générale se défendait via un communiqué de presse intitulé « Mise au point sur un prétendu ‘’fichage’’ de patients ». Or Le Canard enchaîné de ce 23 avril rapporte que la méthode a été à nouveau utilisée le samedi 20 avril lors de l’acte XXIII du mouvement des Gilets Jaunes. « Le 20 avril, en pleine manifestation, la directrice de cabinet du patron de l’AP-HP, Martin Hirsch, avait même relancé les responsables d’hôpitaux : ‘’Nous vous rappelons qu’il convient de renseigner SI-VIC (système d’information pour le suivi des victimes) pour la régulation sanitaire’’. »

« Chaussettes vertes à petits pois, manque orteil pied droit »… 

Dans un premier temps, la direction générale de l’AP-HP avait tenté de rassurer tout le monde en affirmant que les informations recueillies ne contenaient pas le nom des patients. Puis de reconnaître plus tard que les documents contiennent bien le nom, l’âge, le sexe et les adresses des manifestants. Toutefois, ‘’dans le respect du secret médical’’, il ne comporterait ‘’aucune donnée sur la nature des blessures prises en charge’’. Le Canard enchaîné d’aujourd’hui démontrait le contraire – preuve à l’appui avec des extraits du fameux fichier.

« En plus de données permettant d’identifier les personnes blessées dans les rassemblements, il contient parfois des détails de contexte : « arrivé avec pompiers, traumatisme main gauche » ; « tir flashball, plaie arcade » ; « intoxication lacrymogène, chaussettes vertes à petits pois, manque orteil pied droit »… Le fichier est en outre actualisé en temps réel et consultable par un grand nombre de services, bien au-delà du ministère de la Santé.

Extrait du premier mea culpa de l’administration de l’AP-HP (nous soulignons):

« Comme cela avait été fait dans d’autres circonstances où SI-VIC a été déclenché et comme dans d’autres hôpitaux, tous les services de l’AP-HP ayant reçu des victimes ont renseigné la base SI-VIC, ce qui a permis de pouvoir comptabiliser le nombre de blessés, de les localiser et de pouvoir mobiliser les services d’accueil d’urgences en fonction de l’afflux ou non de blessés. Au cours des premiers mois 2019, SI-VIC a été déclenché onze fois, trois fois pour des manifestations « gilets jaunes » et huit fois pour des incendies, explosions (rue de Trévise), intoxications dans une école (Créteil)…

« L’application SI-VIC ne comporte sur la page principale aucune ligne qui aurait pour objet ou pour effet de recueillir des informations médicales. Dans l’immense majorité des cas, les informations renseignées dans SI-VIC comportent comme commentaire le mode d’entrée (« amené par les pompiers ») ou le mode de sortie (« retour à domicile ») ou des éléments évitant les erreurs d’identification des victimes. Cependant, à la suite des investigations conduites pour vérifier certains éléments parus dans la presse, il apparaît que les onglets « commentaire » de l’application ont pu être utilisés pour mentionner des éléments de nature médicale. Cette pratique n’a été identifiée que de façon marginale ; à ce stade de nos investigations (trois services concernés un ou deux samedis) la case « commentaires » a été remplie de manière inappropriée pour rajouter des informations que les équipes pensaient utiles sur la nature de la blessure.

Cette situation peut s’expliquer par le fait que le « mémo SI-VIC », élaboré par l’AP-HP dans le souci de pouvoir disposer des informations permettant d’une part de dimensionner et d’orienter le patient vers les ressources spécialisées disponibles (ex : ophtalmologie, service de prise en charge des polytraumatisés), d’autre part, faisant suite au retour d’expérience de situations sanitaires graves, de faciliter l’identification des victimes, comporte un élément, sur la case commentaires « l’onglet commentaires permet d’ajouter toutes les informations utiles concernant la pathologie ou le type de blessure, l’intitulé exact du service… ». Cette précision, qui avait été mentionnée dans un souci de bonne prise en charge des patients, n’aurait pas dû apparaître ; au contraire, il aurait dû être rappelé qu’aucune information médicale ne devait être saisie. 1 »

Et ensuite ?

On explique au citoyen que des  instructions sont actuellement données pour corriger ces éléments. Et que l’ARS et l’AP-HP « diligentent une inspection pour objectiver de façon transparente l’utilisation qui a été faite de l’application dans ces dernières semaines ». Une transparence diligentée par les administrations directement concernées…

On attend désormais les explications que devra apporter, sur ce dossier, Agnès Buzyn. La ministre des Solidarités et de la Santé, « exaspérée » par le sujet,  avait affirmé, le 7 février dernier sur Europe 1 (à partir de 7’) : « Je ne demanderai jamais aux soignants de ficher les malades qui arrivent ! Connaître le nombre de personnes hospitalisées qui seraient soit des “gilets jaunes”, soit des forces de l’ordre, ça n’est pas comme ça que fonctionnent les hôpitaux, et heureusement ! ». Malheureusement il apparaît que parfois les choses sont un peu plus compliquées. Et inappropriées.

A demain

@jynau

1 François Crémieux, directeur général adjoint de l’AP-HP a, mercredi 24 avril, reconnu sur Europe 1 qu’il ne s’agissait pas de fautes individuelles mais bien d’une erreur de la direction générale.