Vaccinations et journalisme : Michel Cymes ou la méchante tentation de la censure médiatique

Bonjour

Où l’on découvre, une fois encore, que la tentation du mieux est l’ennemi mortel du bien. Et que le diable n’est pas toujours où l’on croit. Ainsi, aujourd’hui, l’ex-animateur du magazine de la santé, de France 5. Omniprésent dans les médias, il leur demande de ne plus donner la parole aux « anti-vaccins ». Michel Cymes, le 18 septembre sur le plateau de C à vous, l’émission de … France 5 :

« Arrêtez de donner la parole aux anti-vaccins et tout rentrera dans l’ordre », a déclaré le médecin (ORL de formation). C’est selon lui d’autant plus important que la suspicion à l’égard de la vaccination est plus importante en France que dans le reste de l’Europe. « 20 % de la population européenne, en moyenne, a des doutes sur l’innocuité des vaccins. On est à 40 % en France ! », a-t-il rappelé devant les caméras de France 5 ajoutant que, « on est dans une situation dramatique parce qu’on laisse parler tous ces gens là ».

Cette sortie médiatique a, dit-on, été très diversement appréciée sur le Web, certains internautes accusant cet animateur-médecin de vouloir restreindre la liberté d’expression. Et Michel Cymes de se justifier : « Ce sont des gens dangereux, et vous venez de montrer la dangerosité de ces gens qui font circuler des fake news, des rumeurs pour des réalités scientifiques. » 

L’ORL répondait ici à une question sur l’insuffisance de la couverture vaccinale contre certains papillomavirus humains. Cette vaccination est aujourd’hui recommandée pour toutes les filles entre 11 et 14 ans (avec rattrapage éventuel entre 15 et 19 ans), ainsi que pour les hommes de moins de 26 ans ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Or le taux de la couverture vaccinale complète des jeunes filles de 16 ans dépasse à peine les 20%. Il s’agit d’un des plus faibles taux de tous les pays qui ont recommandé cette vaccination.

Censurer pour faire taire ? L’histoire, sans parler de démocratie ni même de Voltaire 1, démontre à quel point cette solution est sans issue. Souvent pire que le mal que l’on veut combattre. Mieux vaut, ici, quitter Cymes et France 5 pour gagner Libération et  Jeremy Ward, chercheur postdoctoral en sociologie au Groupe d’étude des méthodes de l’analyse sociologique de la Sorbonne (Gemass) : « Hésitation vaccinale : la France championne du monde ? ». Voici un large extrait de cette tribune :

« (… Dans l’espace public, la diffusion récente de ces méfiances [vis-à-vis de certains vaccins] est le plus souvent expliquée par le développement d’Internet et par la montée de la défiance envers les institutions, voire envers la science. Il est vrai qu’Internet facilite l’accès aux arguments critiques des vaccins et que, depuis vingt ans, les autorités sanitaires ont été au cœur d’une série de scandales publics qui ont durablement entaché leur réputation. Cependant, se focaliser sur ces deux éléments occulte trois phénomènes cruciaux, comme nous le rappelons avec mes quatre coauteurs dans une récente publication 2.

L’augmentation de la part de la population ayant des réserves quant au vaccin a surtout eu lieu depuis la controverse sur la campagne de vaccination contre la grippe A en 2009 (même si une controverse émerge à la fin des années 90 autour du vaccin contre l’hépatite B). Puis suivit une succession de débats en continu portant sur le vaccin contre les papillomavirus, le recours aux vaccins multivalents, et l’usage d’aluminium dans la composition du vaccin.

On tend à penser que la défiance à l’égard des vaccins est le produit d’un manque de compréhension scientifique de la vaccination et que, par conséquent, les médecins, principales sources d’information et de conseil sur ces questions, devraient être immunisés contre ces doutes. Ce n’est pourtant pas le cas. Les résultats d’une étude réalisée en 2014 par mes collègues de Marseille montrent que près de 14 % des médecins généralistes avaient des doutes sur l’utilité ou la sécurité de certains vaccins et que près de 20 % d’entre eux pensaient que l’on vaccine contre trop de maladies. Cela traduit notamment la détérioration des relations entre médecins et autorités sanitaires dans un contexte de multiplication des scandales, de crise de financement de l’hôpital public et de négociations tendues autour de l’assurance maladie.

« On parle beaucoup des «antivaccins» : ces militants, qui n’ont jamais accepté le principe scientifique de la vaccination, préfèrent les médecines alternatives et nient la légitimité de l’Etat (corrompu) à s’introduire dans le corps de leurs enfants. Seulement, les mouvements antivaccins ont historiquement été très peu puissants en France, notamment en comparaison aux Etats-Unis ou à la Grande-Bretagne. Cela s’est notamment traduit par l’absence des controverses sur la sécurité des vaccins avant le milieu des années 90 alors que l’Angleterre a connu des débats sur la vaccination contre la coqueluche à la fin des années 70 et les Etats-Unis sur le vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche au début des années 80.

Travailler, restaurer la confiance

« Or, les groupes au cœur de ces controverses récentes ont choisi de se distancier des antivaccins traditionnels. Ces nouveaux acteurs restreignent leur critique à un nombre limité de vaccins ou de substances qu’ils contiennent (par exemple celui contre les papillomavirus ou l’usage d’aluminium) tout en affirmant publiquement leur attachement au principe de la vaccination. Ces patients, médecins, militants, sont plus proches de mouvements sociaux mainstream (droits des patients, santé environnementale…) que des mouvements radicaux associés à l’antivaccinalisme (médecines alternatives, complotisme…). Ce positionnement moins radical explique en partie la succession des controverses évoquée plus tôt. Il permet à ces acteurs d’apparaître plus crédibles auprès du public, des journalistes et des médecins. Ce changement dans le paysage de la critique vaccinale se retrouve au niveau du public : les suspicions sont concentrées sur ces vaccins controversés et une toute petite minorité rejette toute forme de vaccination.

« Face à cette situation et à l’efficacité limitée des outils de communication à leur disposition, les autorités françaises ont opté pour la coercition. Depuis le 1er janvier 2018, les enfants doivent être à jour des 11 vaccins recommandés s’ils veulent être gardés en collectivité. La France est loin d’être seule à faire ce choix. Depuis cinq ans, de nombreux gouvernements ont renforcé leurs obligations et sanctions pour non-vaccination (Italie, Australie, Californie…) ou envisagent cette possibilité (Allemagne, Pologne…). Il est vrai que les obligations ont souvent eu pour effet d’augmenter les taux de vaccination. Cependant, leur mise en place a parfois eu pour résultat de générer de larges mouvements de résistance ainsi qu’une méfiance dans une large portion du public, comme en Angleterre au XIXe siècle ou en ce moment en Allemagne.

« Après un an, les premières conséquences de cette nouvelle loi semblent être positives. Les taux de vaccination ont augmenté et la part de Français se méfiant des vaccins semble avoir diminué. Mais près d’un tiers des parents se déclarent toujours opposés à ces obligations et plus de 20 % sont encore «hésitants». Face à ces résultats encourageants, le risque principal est donc de devenir complaisant et de laisser l’obligation faire tout le travail. Il faut continuer à travailler à restaurer la confiance dans les vaccins. Surtout, la défiance vis-à-vis de ces derniers reflète des problèmes plus larges dans le système de santé public français, comme la rupture entre certains médecins et les autorités sanitaires. Restaurer la confiance dans les vaccins ne peut que passer par un travail sur le système de santé dans son ensemble. »

Censurer ? Nullement. S’expliquer ? Souvent. Abdiquer ? Jamais.

A demain @jynau

1 « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Il s’agit ici d’une phrase non sourcée, sans doute jamais écrite mais peut-être dite, reflète parfaitement l’homme, sa pensée, sa vie et même son style. D’où la fortune historique et somme toute méritée de cette citation apocryphe.

2 «Vaccine Hesitancy and Coercion : All Eyes on France», Jeremy K. Ward, Patrick Peretti-Watel, Aurélie Bocquier, Valérie Seror and Pierre Verger, Nature Immunology, 2 septembre 2019.

«Mourir d’avoir été vacciné»: Le Monde doit-il ferrailler contre les Prs Joyeux et Montagnier ?

Bonjour

Pierre Desproges est mort et on ne rit plus. Peut-on, sous des cieux démocratiques, débattre de tout avec tout le monde ? « Selon une étude, 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée », affirme la page Facebook Advitae Santé naturelle, qui ajoute : « Et ce serait juste une coïncidence ? » Voilà une antienne anti-vaccinale amplement chantée sur les deux rives de l’Atlantique. Faire un lien entre la vaccination et la mort subite du nourrisson. Evoquer les deux faits, laisser planer dans le brouillard de l’angoisse, les concepts de causalité et de corrélation. La rumeur peut prospérer.  

Il faut aussi et surtout, en France, y ajouter la voix et l’aura du Pr Luc Montagnier (lauréat du Nobel 2008 pour avoir co-découvert le VIH, en 1983) sans oublier le poids sociétal du Pr Henri Joyeux – deux opposants aux obligations vaccinales en vigueur qui se plaisent à user de cette une rhétorique. On se souvient de la conférence tenue à Paris en 2017. Déclaration du Nobel :

« Nous sommes ici pour lancer une alerte, à tout le pays, au monde. Je voudrais alerter sur la mort subite du nourrisson. C’est quelque chose d’épouvantable, la cause est inconnue, mais il existe des faits scientifiques, montrant qu’un grand nombre de ces morts intervient après une vaccination. On ne peut pas démontrer une causalité, mais il y a une relation temporelle. [Les vaccins avec un adjuvant aluminique] sont responsables d’une tempête immunitaire chez le nourrisson (…) Ce qui est en cause, c’est la vaccination de masse, cela doit disparaître (…). » (Libération)

Wakefield et Pasteur

Nous écrivions alors : « Sur la scène de son théâtre de variétés, poursuivant son voyage vers l’irrationnel, le Pr Luc Montagnier a remis en cause le bien-fondé du retrait du Lancet  de ces travaux plus que controversés du britannique Andrew Wakefield sur le vaccin ROR et l’autisme. Le Quotidien du Médecin : ‘’Et lorsque dans la salle Serge Rader, pharmacien militant anti-vaccin, proche de Michèle Rivasi mais aussi du Nicolas Dupont-Aignan, se lève pour estimer qu’une statue de Wakefield devrait siéger à côté de Pasteur, sa diatribe est applaudie’’ ».

Aujourd’hui « Les Décodeurs » du Monde (Adrien Sénécat) reviennent sur le sujet : « Non, les vaccins ne sont pas responsables de la mort subite du nourrisson ». Où l’on peut redouter, paradoxalement, qu’ils prennent le risque, en « décodant », de légitimer les errances du Pr Montagnier.

On lira leur argumentaire, fondé sur de sérieuses publications. Ils reviennent notamment sur l’affirmation selon laquelle « 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée », relayée par Advitae Santé naturelle et qu’ils qualifie de « complètement fallacieuse ». Explications :

« Cette page Facebook prétend s’appuyer sur le site américain childrenhealthdefense.org. Ce dernier cite bien le chiffre de 79,4 %, mais dans un tout autre contexte. Il s’agit en réalité de la proportion d’enfants qui ont reçu plus d’un vaccin le même jour parmi les cas de morts d’enfants signalées au programme américain de sécurité vaccinale entre 1997 et 2013. Et le site childrenhealthdefense.org lui-même déforme le sens de cette statistique en y voyant un signe que les vaccins pourraient être responsables de la mort subite du nourrisson.

L’étude scientifique dont vient ce fameux chiffre, publiée en 2015 dans la revue Clinical Infectious Diseases, visait à comparer les causes de mortalité signalées au programme de sécurité vaccinale à celles de la population dans son ensemble. Or, les auteurs n’ont relevé aucune surmortalité liée à la vaccination, y compris en ce qui concerne les morts inattendues des nourrissons.

S’il peut être tentant d’associer des événements à cause d’une coïncidence temporelle, les analyses des chercheurs ont là encore conclu que les vaccins ne sont pas en cause. Au contraire, les auteurs de l’étude notent que les effets secondaires graves des vaccins sont en fin de compte rarissimes puisque, en moyenne, seul un cas de mort est rapporté aux autorités pour un million de vaccins distribués, sans qu’il y ait nécessairement de lien de cause à effet entre l’injection et le décès. »

De la raison et de la déraison

On pourrait ajouter les informations données par  l’OMS : « Vaccination: 10 idées fausses à corriger « .

« Idée fausse n°3 : Le vaccin combiné contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche et le vaccin contre la poliomyélite sont responsables du syndrome de mort subite du nourrisson. FAUX

« Il n’existe pas de lien de cause à effet entre l’administration de ces vaccins et la mort subite du nourrisson. Toutefois, ces vaccins sont administrés à un âge où les bébés peuvent être frappés par le syndrome de mort subite du nourrisson (MSN). En d’autres termes, les décès par MSN survenant après la vaccination sont une coïncidence et se seraient produits même si le nourrisson n’avait pas été vacciné. Il est important de ne pas oublier que ces quatre maladies sont potentiellement mortelles et que les nourrissons qui n’ont pas été protégés contre celles-ci par la vaccination courent un risque de décès ou d’incapacité grave. »

Tout ceci sera-il suffisant pour convaincre celles et ceux qui sont persuadés du contraire – ou tentés de l’être ? Faire appel à la raison au risque d’amplifier la déraison ? User de la logique et paradoxalement nourrir le complotisme ? Amplifier ainsi la parole du Pr Luc Montagnier, cette personnalité atypique que nul ne sait plus aujourd’hui présenter : pastorien contrarié, coauteur d’une découverte majeure, prix Nobel renié par l’Institut Pasteur. Des déclarations controversées, l’émergence récurrente de l’étrange, un voyage sans retour vers l’irrationnel. Un mystère à raconter. Une biographie qui reste à faire.

A demain @jynau

Anti-vaccins. L’Ordre national des médecins contre le Pr Henri Joyeux, une affaire sans fin ?

Bonjour

C’est une affaire éminemment française, au croisement de la justice et de la médecine, de la déontologie, de la politique et de la santé publique. Dernier épisode en date : le Conseil d’État a annulé mercredi 24 juillet une décision concernant un médecin devenu omniprésent dans le paysage vaccino-septique national : le  Pr Henri Joyeux. Un dossier déjà vieux de trois ans.

En première instance, le 8 juillet 2016, ce chirurgien contesté par une large partie de la communauté médicale avait été radié par la chambre disciplinaire du conseil régional de l’Ordre des médecins de Languedoc-Roussillon. Ce médecin spécialiste en chirurgie viscérale et digestive et professeur honoraire de la faculté de médecine de Montpellier « avait largement diffusé par voie électronique, à compter de l’année 2014, des messages critiquant la vaccination obligatoire, notamment sous la forme de deux invitations à signer des pétitions respectivement intitulées  » NON à la vaccination massive des enfants contre les papillomavirus  » et  » Vaccin obligatoire : les Français piégés par la loi et par les laboratoires ! « . »

Prudence et discernement

Puis, par une décision du 26 juin 2018, la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins avait, sur appel du Pr Joyeux, annulé cette décision et rejeté la plainte du Conseil national de l’Ordre des médecins. Celui-ci s’était alors pourvu en cassation. Et le Conseil d’Etat vient de casser l’annulation de la radiation et de renvoyer l’affaire devant … la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins. Comprendra qui pourra.

Pour motiver sa décision, le Conseil d’État a contesté le point de vue de cette chambre disciplinaire nationale de l’Ordre selon lequel le Pr Joyeux « ne s’opposait pas aux vaccinations et se bornait à en préconiser l’usage avec prudence et discernement ». Et le Conseil d’État a également contesté l’argument selon lequel le Pr Joyeux aurait respecté « les obligations de prudence » d’un médecin lorsqu’il s’adresse au grand public, soulignant qu’il avait fait usage de « termes polémiques ».

« Figure de proue des anti-vaccins, Henri Joyeux se défend pourtant d’en être un lui-même, assurant n’être pas opposé à la vaccination mais seulement à ses ’abus’’, rappelle Le Quotidien du Médecin.. Peu après sa relaxe, six Académies nationales, dont celles de médecine et des sciences, avaient dénoncé les positions « scandaleuses » du Pr Joyeux contre les vaccins. Une affaire française.

A demain @jynau

Epidémie d’Ebola au Congo-Kinshasa : l’OMS décrète l’«urgence sanitaire mondiale»

Bonjour

C’est fait : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré mercredi 17 juillet que l’épidémie d’Ebola, qui sévit en République démocratique du Congo (RDC), était désormais une « urgence sanitaire mondiale ». Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué qu’il « était temps pour le monde de prendre acte » de l’épidémie. Pour autant il a recommandé que les frontières de la RDC avec ses voisins restent ouvertes.

L’OMS  a pris sa décision après la découverte d’un cas mortel dans la deuxième ville de la RDC, Goma (un million d’habitants), située à la frontière avec le Rwanda. En juin, deux cas avaient également été détectés en Ouganda voisin. Un vaccin contre cette fièvre hémorragique existe depuis 2016 mais certaines populations locales sont réticentes et le contexte politique tendu entrave l’action de l’OMS en RDC.

À ce jour, près de 3000 agents de santé ont été vaccinés contre la maladie à Goma. Plus de 1650 personnes sont décédées au cours de la flambée actuelle, tandis que douze nouveaux cas environ sont signalés chaque jour.

La flambée restant encore limitée aux provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, la riposte est dans une phase déterminante. L’OMS évalue le risque de propagation aux provinces voisines comme étant très élevé. « En collaboration avec le Gouvernement, nous pouvons mettre un terme à cette flambée et nous y parviendrons. Nous avons des outils plus puissants que jamais pour lutter contre Ebola, y compris un vaccin efficace, a déclaré le Dr Tedros. Mais il faut que les attaques et les autres perturbations des activités de riposte cessent ».

Depuis janvier, l’OMS a compté 198 attaques dirigées contre les interventions de riposte qui se sont traduites par sept décès et ont blessé cinquante-huit agents de santé et patients. « Nous avons besoin du soutien politique de toutes les parties, et de l’investissement de la communauté, pour que les intervenants puissent travailler en toute sécurité et sans être interrompus. C’est le seul moyen d’empêcher le virus de continuer à se propager. »

Les zones des provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu touchées par Ebola se caractérisent par la  médiocrité des infrastructures, l’instabilité politique et des conflits persistants qui impliquent des dizaines de groupes de milices armées, et la défiance des communautés vis-à-vis des autorités nationales et des étrangers. 

Plusieurs milliards de dollars

En mai, le Secrétaire général des Nations Unies et le système humanitaire interinstitutions ont renforcé l’action conjointe des Nations Unies. Parmi les mesures prises figurait la nomination d’un Coordonnateur des interventions d’urgence des Nations Unies pour la lutte contre Ebola (EERC), M. David Gressly, qui est basé dans les zones touchées pour veiller à ce qu’un environnement favorable, en particulier en matière de sécurité, de logistique, de climat politique et de mobilisation communautaire, soit en place pour permettre la riposte en matière de santé publique et répondre aux préoccupations des communautés touchées. 

Mark Lowcock, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence de l’OMS : « Si nous n’obtenons pas immédiatement des ressources financières nettement supérieures, il ne sera pas possible de mettre un terme à la flambée. Tout retard donne au virus la possibilité de se propager, ce qui a des conséquences désastreuses. Nous devons faire tout ce qui est possible aujourd’hui pour éviter d’atteindre l’ampleur de la flambée que nous avons connue en Afrique de l’Ouest il y a cinq ans, qui a coûté la vie à plus de 10 000 personnes avant qu’une riposte de plusieurs milliards de dollars permette de ramener le nombre de cas à zéro. » 

On peut le dire autrement : le combat contre Ebola est mené aux environs d’une zone envahie par des groupes armées. Et l’épidémie pourrait vite se propager au-delà des frontières de la RDC vers l’ensemble de la région. 

« L’urgence sanitaire mondiale » est une mesure exceptionnelle, qui n’a été décrétée que quatre fois seulement par l’OMS : en 2009 pour la grippe A(H1N1), en 2014 pour la poliomyélite, en 2014 (bien trop tardivement) pour une épidémie d’Ebola qui a fait plus de 11 300 morts dans trois pays d’Afrique de l’Ouest (Liberia, Guinée, Sierra Leone) et en 2016 pour le virus Zika.

Les experts du comité d’urgence, réunis à Genève ont exprimé leur « déception au sujet des retards dans le financement » de l’aide. « Il est crucial que les Etats n’utilisent pas le statut d’urgence mondiale comme excuse pour imposer des restrictions au commerce et aux déplacements qui auraient un impact négatif sur la réponse sanitaire et sur la vie de la population dans la région », a souligné le Pr Robert Steffen, chef de ce comité d’urgence. On peut voir là un appel, pressant et solennel, à l’aide.

A demain @jynau

1 Conseils aux voyageurs du gouvernement français : une épidémie de maladie à virus Ebola est déclarée depuis le 1er août 2018 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. La capitale du pays, Kinshasa, n’est pas concernée. Les zones concernées sont notamment : Alimbongo, Beni, Biena, Butembo, Goma, Kalunguta, Katwa, Kyondo, Lubero, Mabalako, Masereka, Oicha, Vuhovi, Manguredjipa (province du Nord-Kivu) ; et Mandima (province de l’Ituri).

Les localités de Bunia et Kisangani, ainsi que la frontière ougandaise demeurent sous surveillance compte tenu du risque de propagation lié aux déplacements de populations, même si l’épidémie reste pour l’heure circonscrite dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Il est recommandé de suivre les consignes de prévention suivantes :

• se tenir régulièrement informé de l’évolution de l’épidémie en consultant le compte twitter du ministère de la Santé de RDC (@MinSanteRDC), les sites Internet de l’ambassade de France en RDC et de l’OMS (http://www.who.int/csr/disease/ebola/fr/ et http://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/ebola-virus-disease)

• respecter systématiquement les règles d’hygiène suivantes : http://social-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/ebola/article/maladie-a-virus-ebola

• éviter les lieux et les événements à forte densité de population (marchés, stades, etc.)

En cas d’apparition de symptômes évocateurs de la maladie jusqu’à trois semaines après votre retour en France, cessez toute activité, isolez-vous et contactez immédiatement le SAMU-Centre 15 en signalant votre séjour et vos activités en RDC. 

Les onze vaccins pédiatriques obligatoires sont «sans danger». Sera-ce suffisant pour rassurer ?

Bonjour

Ce n’est pas l’épilogue – mais c’est bien une étape. On trouvera ici le premier rapport officiel de « sécurité des vaccins obligatoires pour les enfants d’âge compris entre 0 et 23 mois »  et la synthèse de ce même rapport.  L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) met ainsi à disposition du grand public et des professionnels de santé les premières données de pharmacovigilance concernant la sécurité de la nouvelle politique vaccinale1.

C’est pour « accompagner l’extension de l’obligation vaccinale chez les nourrissons nés depuis le 1er janvier 2018 », que l’ANSM a étudié l’ensemble des déclarations « d’événements ou effets indésirables notifiés » au réseau national des Centres Régionaux de Pharmacovigilance (CRPV) sur la période 2012-2017 précédent l’extension de l’obligation vaccinale. Et ce afin de disposer d’un état des lieux avant l’obligation vaccinale et sur les six premiers mois de sa mise en œuvre. Les données présentées dans le rapport concernent des déclarations d’effets ou événements indésirables survenus après vaccination – et qui ne sont « pas obligatoirement liés ou dus aux vaccins ».

Principales données officielles issues du rapport : 962 déclarations d’un ou plusieurs effets ou événements indésirables concernent les nourrissons de moins de 2 ans, pour un total de 38 millions de doses vaccinales administrées entre 2012 et 2017 ; au cours du premier semestre 2018, 75 déclarations d’un ou plusieurs effets ou événements indésirables concernant les nourrissons de moins de 2 ans.

Effets indésirables signalés : principalement de la fièvre, des réactions locales, des pleurs persistants, des rashs (éruption cutanée transitoire) et urticaires. Des diarrhées ou vomissements ont également été déclarés. Pour les cas les plus sévères, de la fièvre élevée et/ou des convulsions (le plus souvent en association à la fièvre) ainsi que des épisodes caractérisés par  une diminution du tonus musculaire et d’une baisse de la réactivité ont été le plus souvent déclarés.  Ces effets indésirables sont connus, transitoires et sont mentionnés dans la notice des vaccins » prend soin de rappeler l’ANSM.

Bilan sur la période 1er janvier 30 juin 2018 :

« 75 nourrissons vaccinés avant l’âge de 23 mois, vaccinés au cours du premier semestre 2018, ont fait l’objet d’une déclaration pour un ou plusieurs effets ou événements indésirables post-vaccinaux. Un total de 42 cas “non graves” a été déclaré. Ces cas comportaient pour 71% (n=30) des réactions d’ordre général : essentiellement des fièvres. Les affections cutanées étaient présentes chez 48% (n=20) des cas notifiés, les plus fréquentes étant des éruptions cutanées sans autre information et des rashs. Parmi les 33 cas “graves” notifiés, 33% présentaient des troubles d’ordre général (n=11), essentiellement de la fièvre.

« Les affections du système nerveux retrouvées pour 30% des cas (n=10) se sont manifestées principalement par des convulsions et des épisodes d’hypotonie. Les affections cutanées concernaient 21% (n=7) des cas notifiés, les plus fréquentes étant des éruptions cutanées sans autre information. Les cas notifiés d’effet ou d’événement indésirable “d’intérêt particulier” représentent 27% des cas (n=20) et étaient principalement des apnées. Des convulsions et des hypotonies ont également été rapportées. L’évolution a été favorable pour l’ensemble des enfants. Il est à noter qu’aucun cas de décès n’a été rapporté sur cette période. Parmi les cas notifiés aux laboratoires pharmaceutiques, 40 cas additionnels ont pu être identifiés sur cette période. La typologie est similaire à celle observée pour les cas notifiés au système national de pharmacovigilance. »

« Quelle que soit la période d’étude (2012-2017 précédent l’extension de l’obligation vaccinale et sur les six premiers mois de sa mise en œuvre), les effets indésirables rapportés sont de même nature, conclut l’ANSM. Durant le 1er semestre 2018, le profil de sécurité est comparable à celui observé sur les données de 2012-2017 avant la mise en place de l’extension vaccinale. Ces données confirment la sécurité des vaccins obligatoires pour les enfants de moins de 2 ans. »

Question 1 : pourquoi cette sécurité aurait-elle pu ne pas être confirmée ? Question 2 : cette confirmation lèvera-t-elle la suspicion générale ? Corollaire : à quand l’évaluation de l’efficacité de la nouvelle politique vaccinale ?

A demain @jynau

1 L’extension de l’obligation vaccinale chez les nourrissons a été mise en place depuis le 1er janvier 2018 : 11 maladies sont concernées par la vaccination obligatoire : diphtérie, tétanos, poliomyélite, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, coqueluche, méningites à Haemophilus influenzae de type B, méningite, pneumonie et septicémie à pneumocoque et méningite et septicémie à méningocoque C.

Bérézina anti-vaccinale au Conseil d’Etat : onze immunisations obligatoires et aluminium autorisé

Bonjour

C’est fait, une page vient de se tourner, une bataille est perdue, les pouvoirs législatifs et exécutifs ont gagné : le Conseil d’État vient de valider l’extension de la liste des vaccins obligatoires et de rejetter la demande de retrait de ceux qui contiennent de l’aluminium.  D’une part, le Conseil d’État estime que l’extension de la liste des vaccinations obligatoires à onze vaccins (dont huit étaient précédemment seulement recommandés), « ne méconnaît pas le droit à l’intégrité physique et au respect de la vie privée ». Il juge d’autre part que les autorités sanitaires « ont pu légalement refuser de retirer les vaccins obligatoires contenant des sels d’aluminium destinés à favoriser la réponse immunitaire ».  qui présentent un rapport entre bénéfices et risques favorable.

Dans la première affaire la Ligue nationale pour la liberté des vaccinations avait saisi le Conseil d’État d’une demande d’annulation du décret du 25 janvier 2018 relatif à la vaccination obligatoire, ayant porté de trois à onze le nombre de vaccinations obligatoires (vaccinations contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, les infections invasives à Haemophilus influenzae de type b (Hib), le virus de l’hépatite B, les infections invasives à pneumocoque, le méningocoque de sérogroupe C, la rougeole, les oreillons et la rubéole). L’association requérante invoquait principalement l’atteinte portée par cette obligation législative au droit à l’intégrité physique qui découle du droit au respect de la vie privée, garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

« Le Conseil d’État rappelle que la loi étendant la liste des vaccinations obligatoires poursuit un objectif d’amélioration de la couverture vaccinale pour, en particulier, atteindre le seuil nécessaire à une immunité au bénéfice de l’ensemble de la population. Il relève, d’une part, que les onze infections concernées sont contagieuses, voire très contagieuses, ou s’attrapent facilement, qu’elles sont graves, engageant pour certaines le pronostic vital, ou susceptibles de complications graves, et que la couverture vaccinale est aujourd’hui insuffisante, notamment pour créer une immunité collective dont bénéficient les personnes qui, en raison de contre-indications médicales, ne peuvent être vaccinées. D’autre part, ces vaccins présentent une très grande efficacité, allant jusqu’à 100 % pour certaines maladies, et leurs effets indésirables sont limités au regard de leur efficacité et des bénéfices attendus. Enfin, le Conseil d’État relève que rendre ces vaccinations obligatoires est nécessaire pour atteindre le niveau de couverture vaccinale attendu, la simple recommandation s’avérant insuffisante. »

Le Conseil d’État en déduit qu’en rendant obligatoire la vaccination contre ces onze infections, le législateur a apporté au droit au respect de la vie privée une restriction justifiée par la protection de la santé publique et rejette donc la demande d’annulation du décret attaqué.

Dans la seconde affaire,  3 000 requérants avaient saisi la ministre des Solidarités et de la Santé d’une demande tendant à ce que soient prises les mesures nécessaires pour imposer aux fabricants de vaccins de ne pas utiliser de sels d’aluminium comme adjuvants pour les vaccins obligatoires et pour les contraindre à mettre sur le marché en nombre suffisant des vaccins dépourvus de tels adjuvants. Ils demandaient au Conseil d’État d’annuler son refus.

« Le Conseil d’État précise qu’aucun lien de causalité n’a pu être établi, à ce jour, entre les sels d’aluminium présents dans huit vaccins obligatoires et les maladies auto-immunes ou l’autisme. Il rappelle que ces vaccins ont une efficacité reconnue pour prévenir des maladies infectieuses graves, pouvant mettre en jeu le pronostic vital, et qu’une baisse de la couverture vaccinale entraînerait des risques graves de réapparition de telles maladies. Il relève enfin que le recours à ces sels d’aluminium est, en l’état des connaissances scientifiques, indispensable à l’efficacité de la vaccination elle-même et que ces produits, utilisés depuis 1926, sont bien tolérés et très efficaces et ne pourraient être remplacés dans l’immédiat. »

Le Conseil d’État en déduit que le rapport entre les bénéfices et les risques des vaccins contenant des sels d’aluminium est favorable et que les autorités sanitaires ont donc pu légalement refuser leur retrait.

Où l’on voit, une nouvelle fois, comment le droit français peut tracer les frontières entre l’intérêt de la collectivité et la liberté de chaque citoyen à disposer de son corps. On attend les commentaires des contestataires.

A demain

@jynau

 

Vaccin contre la rougeole : et soudain l’on vit Donald Trump contraint à manger son chapeau

Bonjour

Tout peut arriver en cas d’épidémie. Face à la résurgence de la rougeole sur le sol des Etats-Unis le président Donald Trump a dû mettre de l’eau dans son breuvage régressif antivaccinal. Où l’on voit le président américain déclarer, vendredi 26 avril dans les jardins de la Maison Blanche : « Il faut qu’ils se fassent vacciner, c’est très important ».

Depuis le 1er janvier, les Etats-Unis ont officiellement recensé 695 cas de rougeole – et l’on découvre à cette occasion la vulnérabilité de certaines fractions de la population – des fractions au sein desquelles de nombreux parents se refusent à faire vacciner leurs enfants profitant de dispositions législatives ou réglementaires autorisant des exemptions pour motifs religieux, personnels ou « philosophiques ».

L’urgence sanitaire a ainsi été déclarée par les autorités locales dans plusieurs villes. A New York, le maire a rendu la vaccination obligatoire dans les quartiers devenus des foyers de l’épidémie. Par précaution, deux universités de Los Angeles, en Californie, ont décrété la mise en quarantaine de centaines d’étudiants : tous ceux qui s’étaient retrouvés dans les mêmes lieux que deux camarades infectés, et qui n’avaient pas de preuve de vaccination.

Il faut ici rappeler que Donald Trump avait, dans un passé récent, régalé fait les ligues et militants antivaccins, comme le rappelle fort opportunément Le Monde. Il reprenait alors des théories émettant des doutes sur la sûreté de ces médicaments suggérant que certains pouvaient induire des troubles autistiques.

« Un jeune enfant en bonne santé va chez le médecin, reçoit une injection massive de plusieurs vaccins, ne se sent pas bien et change – AUTISME. Beaucoup de cas de ce genre ! », tweetait-il par exemple en mars 2014« Stop aux injections massives. Les petits enfants ne sont pas des chevaux – un vaccin à la fois, au fil du temps »écrivait-il en septembre de cette même année« Je ne suis pas contre la vaccination pour vos enfants, je suis contre les injections de vaccins en une dose massive. Répartissez-les sur une longue période et l’autisme sera réduit »insistait-il à l’époque.

Lors d’un débat télévisé organisé dans le cadre des primaires républicaines en 2015, le candidat Trump avait annoncé vouloir modifier le plan de vaccination des enfants. « L’autisme est devenu une épidémie », déclarait-il encore. Avant son élection, en 2016, Donald Trump avait aussi rencontré « quatre éminents militants antivaccins lors d’une collecte de fonds en Floride », rappelle The Independent. Parmi eux le tristement célèbre Andrew Wakefield, médecin britannique aujourd’hui radié mais toujours actif sur le front antivaccinal.

Resre, pour ce qui est de la rougeole et de son éradication planétaire via la vaccination, de nouvelles questions dérangeantes aujourd’hui encore trop ignorées : celles que posent, depuis Marseille, le Pr Didier Raoult et le Dr Emilie Javelle et que l’on peut entendre exposées ici : « Aujourd’hui la rougeole ». Des questions dérangeantes qui, maintenant que ce vaccin est devenu obligatoire en France, mériteraient d’être ouvertement discutées par les autorités sanitaires nationales.

A demain

@jynau