Qui osera attaquer les parents anti-vaccins pour «mise en danger délibérée de la vie d’autrui» ?

 

Bonjour

Hospitalisé depuis le 15 mars dernier, un petit garçon âgé de six ans est mort des suites d’une rougeole. L’enfant atteint d’une leucémie lymphoblastique avait 85 % de chances de guérison avant d’être contaminé par ses frères qui n’étaient pas vaccinés. Cela vient de se passer en Italie et les détails du drame nous  sont donnés par Le Quotidien du Médecin (Ariel F. Dumont). Aucun doute quant au diagnostic. Selon le bulletin de santé publié par les médecins de l’hôpital San Gerardo de Monza (Lombardie), l’enfant est mort de complications pulmonaires et cérébrales liées à la rougeole.

« Cette mort démontre malheureusement une fois de plus, l’importance de la prophylaxie et de l’immunité de groupe, un schéma indispensable pour la protection de tous les enfants affaiblis en raison d’une maladie ou d’un traitement et qui ne sont pas protégés », a déclaré Giulio Gallera, conseiller régional de la santé lombarde. Pour la ministre italienne de la Santé Beatrice Lorenzin « le refus de la vaccination est inacceptable comme les parents qui refusent de vacciner leurs enfants et mettent la vie des autres en danger ».

Le Quotidien précise que la riche Lombardie fait partie des régions italiennes les plus touchées depuis le début de l’année par les épidémies de rougeole – 134 cas recensés depuis janvier dernier pour une couverture vaccinale de l’ordre de 92 %. A l’échelon national, 385 cas de rougeole ont été enregistrés durant le mois d’avril et 1 920 depuis le début de l’année – soit 50 % de cas de plus qu’en 2016. Le ministre de la Santé indique que le taux national de vaccination n’est plus que de 85% – contre les 95% nécessaire pour prévenir la circulation du virus.

« Fake news » pour les « no-vax »

Walter Ricciardi président de l’Institut supérieur italien de la santé alerte : « Pour 8 cas de rougeole, une otite. Pour 15 cas, une pneumonie. Pour 1 500 cas, une encéphalite. Pour 3 000 cas, un mort ». Mais rien n’y fait. « Pour le mouvement anti-vaccination, les ‘’no-vax’’ comme on les appelle en Italie, la mort de ce jeune garçon est prétexte à relancer le débat sur la vaccination, rendue obligatoire à partir de la rentrée prochaine pour l’inscription à la maternelle et à l’école primaire, explique Le Quotidien. Certains parents du mouvement vont jusqu’à parler de ‘’fake news’’, affirmant que l’enfant est mort de la leucémie. Le mouvement a également lancé une pétition en ligne pour demander la démission du gouvernement et l’abolition du décret sur la vaccination. »

Et en France ? Le temps court mais rien ne filtre. La nouvelle ministre de la Santé « réfléchit » toujours à l’idée de rendre obligatoire (comme en Italie) onze vaccinations pédiatriques. Et ce alors que la Cour de justice de l’Union européenne vient de prendre une décision d’une importance considérable en décidant que la relation de causalité scientifiquement établie n’était pas nécessaire pour indemniser une personne qui estimait être victime d’un dommage corporel dû à une vaccination 1. « Je ne serais pas étonnée que sur cette base surviennent des poursuites pénales pour mise en danger de la vie d’autrui, qui suppose simplement la preuve d’un risque de mort ou de blessures involontaires » nous a confié une magistrate spécialisée.

Mais on pourrait tout aussi bien imaginer des poursuites de parents ayant refusé de faire vacciner leurs enfants sur la base du délit de mise en danger délibérée de la vie d’autrui .  Il suffit ici de réunir l’ existence d’une obligation particulière de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le règlement ; une violation manifestement délibérée de cette obligation ; l’ exposition directe d’autrui ; l’existence pour autrui d’un risque immédiat de mort ou de blessures de nature à entraîner une mutilation ou une infirmité permanente.

Ce délit a vu son champ d’application s’élargir dans le champ des infractions routières comme la conduite en état d’ivresse ou sous l’emprise de stupéfiants. On imagine sans mal qu’il puisse s’appliquer aux oppositions manifestes à des vaccinations obligatoires dès lors, notamment, que les enfants non vaccinés auront eu à souffrir des choix de leurs parents.

A demain

1 Sur ce thème : « Sclérose en plaques et vaccin contre l’hépatite B : aux racines d’un mal français » Slate.fr 25 juin 2017.

Hépatite B et sclérose en plaques : Sanofi Pasteur comprend mais ne commentera pas

Bonjour

Quelles seront les conséquences pratiques de l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne dans une affaire française concernant le lien hypothétique entre la vaccination contre l’hépatite B et la survenue d’une sclérose en plaques ? Il s’agit ici, pour les juristes, de « l’interprétation de l’article 4 de la directive européenne sur la responsabilité du fait des produits défectueux, dans le cadre d’une procédure relative à un vaccin hépatite B ». Et en l’espèce il s’agissait d’un vaccin commercialisé par Sanofi Pasteur. Nous avons demandé à cette firme une réaction. La voici :

« Sanofi Pasteur comprend que la Cour de justice de l’Union européenne considère que les juridictions nationales disposent d’un pouvoir d’appréciation pour caractériser la responsabilité. Elle rejoint en cela la position actuelle de la jurisprudence française.

 « Il ne nous appartient pas de commenter cette décision de justice. Cependant Sanofi Pasteur tient à rappeler que ses vaccins sont efficaces et sûrs et protègent contre des maladies infectieuses. Nos vaccins hépatite B sont efficaces et bien tolérés. Ils ont été approuvés par les autorités de santé et sont commercialisés depuis plus de trente ans. »

Tout est dit, en somme. Ou presque. Reste l’ombre portée du juridique sur le politique : quel impact aura cette décision de justice sur la volonté (plus ou moins) exprimée par le nouveau gouvernement de rendre obligatoire onze vaccinations chez les jeunes enfants. Etant bien entendu que le pré-président Macron avait dit haut et fort toute l’importance qu’il entendait accorder à la prévention.

A demain

 

 

 

Rebondissement judiciaire dans l’affaire du vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques

Bonjour

C’est un événement qui vient bouleverser le paysage vaccinal français. Une décision majeure de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) de Luxembourg : « En l’absence de consensus scientifique, le défaut d’un vaccin et le lien de causalité entre celui-ci et une maladie peuvent être prouvés par un faisceau d’indices graves, précis et concordants ».

L’affaire peut être résumée ainsi : la proximité temporelle entre l’administration d’un vaccin et la survenance d’une maladie, l’absence d’antécédents médicaux personnels et familiaux de la personne vaccinée (ainsi que l’existence d’un nombre significatif de cas répertoriés de survenance de cette maladie à la suite de telles administrations) peuvent, le cas échéant, constituer des indices suffisants pour établir une telle preuve.

Sanofi Pasteur

Point n’est besoin d’être juriste pour comprendre que la justice prend, ici, ses distances d’avec le rationnel scientifique. On peut ne pas s’en réjouir. D’autres applaudiront au nom de la compassion dues aux plaignants.

Résumons l’affaire. Soit le cas de M. J. W qui « s’est vu administrer », entre la fin de l’année 1998 et le milieu de l’année 1999, un vaccin contre l’hépatite B produit par Sanofi Pasteur. En août 1999, M. W a commencé à présenter divers troubles ayant conduit, en novembre 2000, au diagnostic de la sclérose en plaques. M. W est décédé en 2011.

Dès 2006, sa famille et lui ont introduit une action en justice contre Sanofi Pasteur pour obtenir réparation du préjudice que M. W prétendait avoir subi du fait du vaccin. Saisie de l’affaire, la Cour d’appel de Paris (France) a notamment considéré qu’il n’existait pas de consensus scientifique en faveur de l’existence d’un lien de causalité entre la vaccination contre l’hépatite B et la survenance de la sclérose en plaques. Jugeant qu’un tel lien de causalité n’avait pas été démontré, elle a rejeté le recours.

Lien de causalité absent

Saisie d’un pourvoi contre l’arrêt de la Cour d’appel de Paris, la Cour de cassation française a alors demandé à la Cour européenne de justice si (malgré l’absence d’un consensus scientifique et compte tenu du fait que, selon la directive de l’Union sur la responsabilité du fait des produits défectueux il appartient à la victime de prouver le dommage, le défaut et le lien de causalité) le juge peut se baser sur des indices graves, précis et concordants pour établir le défaut d’un vaccin et le lien de causalité entre le vaccin et la maladie.

En l’occurrence, il est notamment fait référence à « l’excellent état de santé antérieur de M. W »., à « l’absence d’antécédents familiaux » et au « lien temporel entre la vaccination et l’apparition de la maladie ». Dans son arrêt du 21 juin 2017 la Cour européenne estime « compatible avec la directive un régime probatoire qui autorise le juge, en l’absence de preuves certaines et irréfutables, à conclure au défaut d’un vaccin et à l’existence d’un lien causal entre celui-ci et une maladie sur la base d’un faisceau d’indices graves, précis et concordants ».

Selon les juges de Luxembourg un tel régime « n’est pas de nature à entraîner un renversement de la charge de la preuve incombant à la victime ». Il suffira à cette dernière d’établir les différents indices « dont la conjonction permettra au juge saisi de se convaincre de l’existence du défaut du vaccin et du lien de causalité entre celui-ci et le dommage subi ».

Agnès Buzyn 

Seul bémol : la Cour de Luxembourg précise que les juridictions nationales doivent veiller à ce que les indices produits soient effectivement suffisamment graves, précis et concordants pour permettre de conclure que l’existence d’un défaut du produit apparaît (compte tenu également des éléments et des arguments présentés en défense par le producteur) comme étant l’explication la plus plausible de la survenance du dommage.

Où l’on voit le juge s’ériger en majesté au-delà du savoir scientifique. En l’espèce, la Cour de Luxembourg considère que la proximité temporelle entre l’administration d’un vaccin et la survenance d’une maladie, l’absence d’antécédents médicaux personnels et familiaux en relation avec cette maladie ainsi que l’existence d’un nombre significatif de cas répertoriés de survenance de cette maladie à la suite de telles administrations paraissent a priori constituer des indices dont la conjonction pourrait conduire le juge national à considérer qu’une victime a satisfait à la charge de la preuve pesant sur elle.

Les virologues, les biologistes et les épidémiologistes apprécieront. De même, en France, qu’Agnès Buzyn, ministre de la Santé qui « réfléchit » à rendre obligatoire onze vaccinations pédiatriques – dont celle contre l’hépatite virale de type B. Qui juge de la responsabilité des magistrats dans les affaires de santé publique ?

A demain

Infections urinaires : diriez-vous oui à un vaccin protecteur contre Escherichia coli ? 

 

Bonjour

C’est une information mandée de Genève. Des chercheurs des Hôpitaux universitaires et de la Faculté de médecine de la ville mettent la dernière main à l’élaboration d’un vaccin protecteur contre les infections urinaires dues à la bactérie Escherichia coli. Tout est expliqué dans une publication de The Lancet Infectious Diseases : « Safety, immunogenicity, and preliminary clinical efficacy of a vaccine against extraintestinal pathogenic Escherichia coli in women with a history of recurrent urinary tract infection: a randomised, single-blind, placebo-controlled phase 1b trial ». Une publication datant de février dernier mais remise en lumière après la signature d’un accord avec une partenaire industriel. Ce travail avait été financé par GlycoVaxyn et Janssen Vaccines.

Les chercheurs rappellent le potentiel infectieux d’Escherichia coli de plus en plus fréquemment retrouvée en milieu communautaire et hospitalier dans le monde entier. Rappelons que, découverte en 1885 par Theodor Escherich, dans des selles de chèvres, ce coliforme fécal est généralement commensal. Certaines souches peuvent être pathogènes, à l’origine notamment d’infections digestives ou urinaires.

« L’émergence de la bactérie et de ses conséquences entraînent un nombre plus important d’échecs de traitement des infections, d’admissions à l’hôpital et même de mortalité, ainsi qu’une augmentation des coûts annuels de deux milliards de dollars aux Etats-Unis. Ces raisons confirment l’urgence de trouver un vaccin contre ce problème de santé publique. Le développement d’un vaccin spécifique Escherichia coli dans des localisations extra-intestinales, permettrait de prévenir des infections urinaires sans ingérer de solutions anti-microbiennes et offrirait un avantage clinique important. »

Résultats en demi-teinte

Il existe deux tableaux principaux : la cystite (infection de la vessie) et la pyélonéphrite (infection du rein). Pour des raisons anatomiques les femmes sont plus exposées à ce risque que les hommes. Entre 50 et 60% d’entre elles contractent une infection urinaire au moins une fois dans leur vie. Parmi les infections dites non compliquées (non associées à des troubles des voies urinaires), 75 à 85% sont dues à Escherichia coli. Et après une infection urinaire non compliquée, 25% des femmes en contractent une nouvelle dans les 6 à 12 mois suivants et 5% en contractent plusieurs dans l’année. Il existe bien, en d’autres termes, un marché pour un vaccin.

Sous la direction du Pr Stephan Harbarth et de la Dre Angela Huttner les chercheurs suisses ont mis au point un candidat vaccin contenant des antigènes de quatre sérotypes de cette bactérie. Durant le premier semestre de 2014 cette préparation a été administrée à 93 femmes – tandis que 95 recevaient un placebo. Il s’agissait de volontaires âgées de 18 à 70 ans, en bonne santé mais avec des antécédents d’infections urinaires récurrentes depuis au moins cinq ans.

Résultats en demi-teinte : 52% des vaccinées n’ont pas souffert d’infection urinaire pendant les neuf mois de mois de l’étude – contre 41% des femmes ayant reçu le placebo. D’autre part 36% des vaccinées et 48% des receveuses de placebo ont contracté au moins une infection. « Finalement, les chercheurs peuvent affirmer que le nombre de patientes sans infection au cours de la période de l’étude était d’environ 20% plus élevé chez les vaccinées que chez les autres, et que le nombre moyen d’épisodes récurrents a été réduit d’environ 40%, souligne-t-on à Genève. D’autres études sur des doses plus élevées et les différentes formulations du vaccin candidat seront poursuivies. »

Le marché existe, les travaux continuent.

A demain

Le mandarin et l’affaire des onze vaccins : faute de convaincre va-t-on oser contraindre ?

Bonjour

Obliger à vacciner les enfants et en même temps ne pas contraindre les parents qui s’y refuseraient… Comment un président jupitérien fera-t-il avec la somme des incohérences que lui ont laissée en héritage ses prédécesseurs décidément trop humains ? Tout se passe comme prévu : l’étrange entretien accordé il y a quelques jours au  Parisien – Aujourd’hui en France  par Agnès Buzyn a relancé la polémique et les incompréhensions, les diatribes et les excommunications.

La nouvelle ministre de la Santé (et des Solidarités) a tenu à informer la population qu’elle « réfléchissait » à rendre obligatoires onze vaccinations pédiatriques. C’était trop ou trop peu. Un ministre ne prend la parole que lorsqu’il a décidé (ou lorsqu’il démissionne, comme vient de le faire l’éphémère ministre des Armées). A peine Mme Buzyn avait-elle parlé qu’on l’accusait de faire des cadeaux aux géants de l’industrie pharmaceutique. Le conflit d’intérêts est le démon de notre époque. Il se niche partout, hier dans les bénitiers, aujourd’hui dans les détails.

Irréalisme ministériel

Jusqu’à présent personne (ou presque) ne montait au front médiatique dans le camp pro-vaccinal. C’était compter sans le Pr François Bricaire , ancien chef de service des maladies infectieuses et tropicales (hôpital de La Pitié-Salpêtrière) membre de l’Académie de Médecine, président de la commission des relations et opérations internationales du conseil d’administration de la Croix-Rouge française. Un médecin qui n’est pas sans rappeler ce que pouvaient être, jadis, les mandarins. Extraits d’un petit entretien accordé au Point :

« Il me semble utile d’imposer la vaccination puisque l’on n’arrive pas à convaincre les parents du bienfondé de cette pratique. Ce serait une décision courageuse. J’ajoute que je suis très réservé sur la possibilité laissée aux parents de s’opposer à la vaccination de leur enfant. En revanche, dire que cette obligation ne durera que cinq à dix ans ne me paraît pas réaliste. Dans quelques années, il y aura toujours autant d’arguments pour obliger les gens à se protéger de la rougeole ou de la méningite.

Philosophie politique

Pour le Pr Bricaire les onze vaccinations annoncées se justifient pleinement. « Et que l’on ne vienne pas m’opposer l’un des principaux arguments des anti-vaccinaux selon lequel on agresse ou on sature le système immunitaire des enfants avec ces pratiques, répond-t-il à ses adversaires. Il est soumis à bien plus rude épreuve avec tous les antigènes présents dans l’air, la terre ou encore les aliments et avec lesquels nous sommes en permanence en contact. Ce ne sont pas onze antigènes vaccinaux qui vont changer les choses. »

On lui demande s’il est favorable à une obligation du vaccin contre la grippe pour tous les professionnels de santé. « Oui, puisque les explications et les recommandations ne suffisent pas, répond-il.  J’estime qu’il est important de protéger ses malades, de protéger les gens que l’on fréquente, que l’altruisme doit exister, que nous évoluons dans une communauté que nous devons protéger. »

Question : peut-on imposer l’altruisme ? C’est une question philosophique et, en même temps, politique. Une question pour le président Macron.

A demain

 

L’affaire des onze vaccins : Agnès Buzyn déjà accusée de «faire un cadeau aux laboratoires»

 

Bonjour

Mêmes causes, mêmes effets. En évoquant la possibilité de rendre obligatoires onze vaccinations pédiatriques Agnès Buzyn, ministre de la Santé (et des Solidarités) a relancé une polémique d’un particulière virulence. On retrouve ainsi, montant aux créneaux médiatiques, les leaders de la néo-contestation vaccinale. C’est un groupe hétérogène qui utilise, sans mal, les profondes incohérences de la situation actuelle ; un groupe où le raisonnable côtoie la pire mauvaise foi. Et c’est ainsi que l’on peut, à nouveau, observer l’émergence de nouveaux courants dénonçant (comme jadis) le pouvoir de l’Etat sanitaire sur le corps des citoyens.

Michèle Rivasi est l’une des personnalités les plus engagées dans ce combat. On la retrouve aujourd’hui dans les colonnes du Journal du Dimanche qui lui offre une tribune où elle fait, une nouvelle fois, feu de tout bois. Elle convoque notamment « les professeurs Philippe Even et Jacques Testart » pour fonder une nouvelle politique vaccinale des enfants. A la différence de l’actuelle, l’action publique immunisante serait alors basée :

« Sur des données épidémiologiques nationales évaluant objectivement les besoins de chaque vaccination ; sur l’évaluation de l’efficacité des vaccins non sur les seules réponses anticorps immédiates, mais sur les réponses cliniques et les résultats épidémiologiques ; sur l’analyse objective recensée et démontrée des risques neurologiques, psychiatriques, articulaires et musculaires éventuellement associés, qui pourraient être liés, comme le montrent certaines études scientifiques, aux différents types d’adjuvants utilisés ; sur l’analyse de la présence de nanoparticules métalliques non déclarées, et en particulier de mercure, dans les vaccins ; sur l’étude des réponses immunitaires générales et cérébrales des nourrissons soumis de façon croissante à plusieurs vaccinations simultanées alors que les réponses de leur système immunitaire ne sont peut-être pas matures et sont encore mal connues à cet âge. »

Tétanos du nourrisson

Ce n’est pas tout. Mme Rivasi estime que l’âge de la nécessité vaccinale doit aussi être revu. « Le tétanos du nourrisson reste à prouver et la vaccination contre l’hépatite B n’est peut-être pas nécessaire à cet âge, puisqu’il s’agit d’une maladie sexuellement transmissible, dit-elle (sans rire). Il faut enfin analyser l’opportunité d’associer chez le nourrisson des vaccins multivalents, les uns utiles (DTP) et d’autres qui le sont moins (oreillons, rubéole) ou d’efficacité mal démontrée et qui ne sauraient donc être rendus obligatoires ».

Mais rien n’est simple ici. Car, dans le même temps Mme Rivasi dit « savoir ce que les vaccins ont apporté en termes de progrès sanitaires au XXe siècle et de lutte contre la mortalité infantile ». « Je n’ai jamais remis en cause leur utilité » assure-t-elle.

Passons au chapitre politique. L’entretien donné par Agnès Buzyn au Parisien ? Mme Rivasi est sidérée. Elle y voit « un passage en force, accompagné de propos fermant la porte à tout débat sur le sujet ». Des propos tenus « alors que s’accentue la défiance de nos concitoyens envers les vaccins (suite aux divers scandales sanitaires et à la multiplication des conflits d’intérêts dans ce domaine) ». « La restauration de la confiance ne passe pas par l’infantilisation et le mépris des parents » ajoute-t-elle. Et d’expliquer que seules la pédagogie, la transparence et l’argumentation permettra de ramener la confiance et de sortir de « l’épidémie de conflits d’intérêt ».

Jackpot de Big Pharma

Cette épidémie est l’autre levier de l’argumentaire de Mme Rivasi. Elle voit dans la pré-annonce d’Agnès Buzyn « l’effet d’aubaine des vaccins pour l’industrie pharmaceutique ».

« Il faut savoir que le chiffre d’affaires de la « Big Pharma » dans cette catégorie d’activité est passé de 6 milliards d’euros en 2006 à 20 milliards en 2012 et à 42 milliards prévus fin 2016. Il ne faut pas que les vaccins deviennent le nouveau jackpot des laboratoires. On peut d’ailleurs s’interroger sur le cadeau fait aux laboratoires par une ministre qui a toujours été proche de l’industrie pharmaceutique et qui a même légitimé les conflits d’intérêts. »

Mme Rivasi n’est pas la première à laisser entendre que la nouvelle ministre de la Santé pourrait être plus ou moins concernée par des situations de conflits d’intérêts. Agnès Buzyn, a dans Le Parisien, répondu à ces allégations : « Je refuse qu’on me colle cette étiquette. Oui, les industriels gagnent de l’argent, mais on ne peut pas réduire la question de la vaccination à l’intérêt des laboratoires ». Il est fort possible que la ministre soit bientôt interrogée sur le même sujet. Mêmes causes, mêmes effets.

A demain

 

 

Demain, onze vaccins obligatoires: Agnès Buzyn aura-t-elle le courage de sa collègue italienne ?

Bonjour

Beatrice Lorenzin, 45 ans est la ministre italienne de la Santé depuis avril 2013. Elle est actuellement confrontée à des difficultés vaccinales qui ne sont pas sans rappeler celles abordées par Agnès Buzyn, nouvelle ministre française de la Santé, dans l’étrange entretien-coup de sonde qu’elle vient d’accorder au Parisien 1. Pour sa part Mme Lorenzin a le courage de parler sans fard, commente ses décisions et s’en  explique au Quotidien du Médecin (Ariel F. Dumont). Extraits :

« En Italie, certaines pathologies qui avaient quasiment disparu comme la rubéole, la coqueluche, la poliomyélite sévissent à nouveau. Nous avons en face de nous, une société diverse d’un point de vue social avec des familles jouissant d’un bon statut social qui refusent de faire vacciner leurs enfants. C’est inacceptable, un adulte ne peut pas mettre en danger la vie de ses propres enfants et celles des autres au nom de croyances dénuées de fondements scientifiques. Les vaccins permettent de sauver de nombreuses vies et on ne peut pas accepter que la couverture vaccinale au niveau national chute en dessous du seuil de protection. Ce qui malheureusement est le cas et pas seulement en Italie.

« Il y a comme une sorte de sous-culture en Italie qui pousse une partie de la population à refuser la vaccination pour des raisons absurdes. Je pense aux personnes qui dénient les affirmations et les résultats scientifiques et déclarent que tel ou tel vaccin provoque l’autisme par exemple. Mais je pense aussi aux enfants atteints d’un déficit immunitaire qui ne peuvent pas être vaccinés et qui sont condamnés à une sorte d’isolement social. Je pense aussi aux hommes devenus stériles à cause des oreillons, aux femmes enceintes qui attrapent la rubéole et perdent leur bébé. Ce sont des situations inacceptables aujourd’hui. Les oreillons par exemple avaient disparu en Italie depuis trente ans. Cette maladie est de retour à cause de la chute de la couverture vaccinale. Il faut agir et vite, combattre la désinformation, sévir contre les détracteurs des vaccins. »

Faux certificats médicaux

Ce ne sont pas là que des mots. Nous rapportions il y a peu que le gouvernement italien avait adopté vendredi 19 mai un décret-loi rendant obligatoires douze vaccinations. Ces immunisations seront dorénavant nécessaires pour l’inscription des enfants en crèches ou à l’école maternelle. A partir de 6 ans, âge de la scolarisation obligatoire, les parents des enfants non vaccinés devront payer de fortes amendes (entre 500 et 7 500 euros). Les parents réfractaires seront également signalés au tribunal des mineurs et pourront être temporairement déchus de leur autorité parentale

« Ce décret rend obligatoires certains vaccins qui étaient jusqu’à présent seulement conseillés [comme ceux contre la rougeole ou la méningite] » a déclaré le chef du gouvernement, Paolo Gentiloni, à l’issue du conseil des ministres.  Cette décision politique a été prise après l’émergence d’une vague rougeoleuse dans le pays.

« C’est un message très fort à la population » s’était alors réjoui Beatrice Lorenzin, qui faisait pression depuis des semaines pour cette mesure. Celle-ci était contestée (en partie) par sa collègue de l’Education et (avec vigueur) par le « Mouvement 5 étoiles » qui estime que cela constitue « un cadeau à l’industrie pharmaceutique ».

Pour débusquer les parents qui feraient de la « voltige anti-vaccins » et les médecins complaisants prêts à signer de faux certificats, le ministère de Mme Lorenzin annonce des contrôles perlés et ponctuels dans les établissements italiens. La ministre française de la Santé sera-t-elle sur la même ligne, aura-t-elle la même courageuse détermination que sa collègue italienne ?

A demain

1 « Rendre obligatoire onze vaccins ? Le piège s’est déjà refermé sur la ministre Agnès Buzyn » Journalisme et santé publique du 16 juin