Une fillette de 4 ans meurt d’une tuberculose pulmonaire et méningée au CHU de Rennes

 

Bonjour

Le spectre de la tuberculose. C’est une mort qui survient en pleine polémique nationale vaccinale. Une fillette de 4 ans est décédée des suites d’une tuberculose il y a quelques jours à l’Hôpital Sud de Rennes.  Sa famille vit à Vildé-Guingalan, près de Dinan (Côtes-d’Armor). Une campagne de dépistage est lancée dans son école maternelle. « Informée de ce cas très rare dans notre pays de nos jours, l’Agence Régionale de Santé (ARS) a organisé une réunion à destination des parents d’élèves de l’école à la salle des fêtes de Vildé-Guingalan, en présence d’un médecin et d’une infirmière » précise Ouest-France.

La fillette était scolarisée en classe de petite et moyenne section. Une campagne préventive de dépistage a été lancée. Les élèves des deux classes de maternelle de cette école seront notamment soumis à une radio pulmonaire, qui sera renouvelée dans trois mois.

L’école de Vildé-Guingalan

« ’’Ce protocole est proposé à toutes les personnes ayant eu un temps de contact cumulé de 8 heures lors des trois derniers mois ’’ a expliqué à Ouest France un médecin de l’ARS. Cela inclut donc les enfants de maternelle scolarisés avec la fillette, le personnel et les enseignants, ainsi que la famille et les proches. Ce dépistage sera proposé le 28 février, à l’école de Vildé-Guingalan. Les personnes concernées pourront également l’effectuer via leur médecin traitant. »

Le quotidien breton prend soin de préciser que ce cas mortel est différent des cas de méningite détectés à Broons, au sud de Dinan. Mi-décembre, au collège Jean-Monnet, deux élèves de quatrième avaient développé une méningite d’origine bactérienne (à méningocoques). L’ARS avait alors lancé une campagne de vaccination auprès de 600 personnes en janvier.

L’enfant n’était pas vaccinée

Le cas a été notifié à l’ARS de Bretagne le 2 février dernier. « La fillette présentait une atteinte méningée mais aussi une atteinte pulmonaire, a précisé au Quotidien du Médecin le Dr Pierre Guillaumot, médecin-inspecteur de santé publique à l’ARS de Bretagne. Elle n’était pas vaccinée car elle ne faisait pas partie des populations chez qui le BCG reste recommandé 1. En raison de la contagiosité – l’enfant était BK+ – une campagne de dépistage va être proposée aux personnes qui ont été en contact avec elle pendant plus de 8 heures dans les trois derniers mois à moins de deux mètres. » En cas de découverte d’une infection tuberculeuse latente, un traitement antituberculeux est mis en route.

En Bretagne et en 2015 cent-quatre vingt dix cas de tuberculose ont été signalés (dont sept chez enfants de moins de 15 ans) et sept cas de méningites tuberculeuses (essentiellement chez des personnes âgées).

L’incidence de la tuberculose maladie diminue en France chaque année. C’est ce phénomène qui a été l’un des facteurs qui a conduit les autorités sanitaires à suspendre l’obligation vaccinale en juillet 2007. Et à passer d’une vaccination universelle obligatoire à une vaccination ciblée recommandée chez les enfants à risque de tuberculose. Un bilan réalisé en 2012 (« Bulletin épidémiologique hebdomadaire » du 12 juin 2012, n° 24-25) ne montrait pas d’impact du changement de politique vaccinale. Une vaccination antituberculeuse qui soulève, elle aussi, de considérables problèmes pratiques comme nous l’expliquions il y aura bientôt un an.

A demain

1 Depuis août 2007 la vaccination par le BCG ne peut plus être exigée à l’entrée en collectivité mais « fait l’objet d’une recommandation forte pour les enfants à risque élevé de tuberculose ». Pour les enfants exposés à un risque élevé de tuberculose, la vaccination par le BCG est recommandée dès la naissance. Les nourrissons âgés de moins de 3 mois sont vaccinés par le BCG sans test tuberculinique préalable. Chez les enfants à risque non vaccinés, la vaccination peut être réalisée jusqu’à l’âge de 15 ans. L’intradermoréaction (IDR) à la tuberculine préalable à la vaccination doit être réalisée à partir de l’âge de 3 mois pour éviter de vacciner un enfant qui aurait déjà été infecté. La vaccination ne s’applique qu’aux personnes ayant une intradermoréaction à la tuberculine négative.

Sont considérés comme enfants à risque élevé les enfants qui répondent au moins à l’un des critères suivants : – enfant né dans un pays de forte endémie tuberculeuse ; – enfant dont au moins l’un des parents est originaire de l’un de ces pays ; – enfant devant séjourner au moins un mois d’affilée dans l’un de ces pays ; – enfant ayant un antécédent familial de tuberculose (collatéraux ou ascendants directs) ; – enfant résidant en Île-de-France, en Guyane ou à Mayotte ; – enfant dans toute situation jugée par le médecin à risque d’exposition au bacille tuberculeux, notamment enfant vivant dans des conditions de logement défavorables (habitat précaire ou surpeuplé) ou socioéconomiques défavorables ou précaires (en particulier parmi les bénéficiaires de la CMU, CMUc, AME…) ou en contact régulier avec des adultes originaires d’un pays de forte endémie.

 

 

 

Lézardes : Marisol Touraine sera-t-elle la responsable d’une fracture vaccinale nationale ?

 

Bonjour

En matière de politique vaccinale l’autruche est rarement un modèle à suivre. Combien de temps Marisol Touraine pourra-t-elle faire semblant de croire que rien ne presse ? La décision du Conseil d’Etat sur la vaccination constitue un séisme aux effets multiples dont la ministre de la Santé ne pourra pas longtemps faire l’économie. Un nouvel événement témoigne de l’urgence de la situation et de l’absolue nécessité d’une prise de parole ministérielle : une vingtaine de société savantes, institutions et syndicats viennent de prendre la parole d’une même voix.

Ils rappellent et résument l’essentiel : 1 le Conseil d’Etat constate qu’il existe sur le plan juridique une inadéquation entre une obligation vaccinale concernant trois vaccins (diphtérie, tétanos et poliomyélite – DTP) et l’absence de présentation disponible pour chacun d’entre eux isolément ; 2 le Conseil d’Etat écarte cependant l’argumentation des requérants sur les risques allégués des vaccinations non obligatoires associées aux trois vaccinations obligatoires ; le Conseil d’Etat relève aussi que ces vaccinations complémentaires sont d’autre part recommandées.

Aucun vaccin DTP disponible

Or il existe, parmi les recommandations celle associant les trois vaccins obligatoires (DTP) et trois autres recommandés (Haemophilus influenza de type B, coqueluche, hépatite B). « Pour la communauté scientifique, ces six vaccins sont tous également indispensables » expliquent-ils. Et chacun doit tenir son rôle.  Le Conseil d’Etat est dans le sien en demandant à la ministre d’appliquer la loi. Sa demande concernant la mise à disposition de vaccins correspondant aux obligations en vigueur implique de choisir entre trois solutions, un choix que Marisol Touraine doit faire : soit la mise à disposition d’un vaccin DTP dans les six mois, soit la levée des obligations vaccinales, soit l’extension des obligations à l’ensemble des six vaccins contenus dans les vaccins actuellement utilisés.

Or chacun sait (à commencer par les signataires) qu’il n’existe aujourd’hui aucun vaccin DTP disponible permettant de répondre à cette demande. Chacun sait (ou pressent) que la « levée des obligations vaccinales » n’irait pas sans effets nocifs. Selon les signataires (qui ne donnent pas leurs sources) « elle pourrait induire une baisse d’environ 20% de la couverture vaccinale vis-à-vis de maladies graves exposant la population à un risque infectieux élevé ».

Reste à relire les magistrats du Conseil d’Etat qui suggèrent que l’extension des obligations vaccinales « permettrait de mettre en adéquation la loi avec les besoins de santé et de répondre aux contraintes actuelles ». Or cette mesure figure déjà, précisément, dans les recommandations du « comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination » mise en place par Marisol Touraine. Sans surprise les sociétés signataires estiment que c’’est la seule mesure actuellement envisageable pour protéger la population.

Une lettre de Marisol Touraine de 2012

Aux antipodes du spectre on trouve l’association E3M qui milite notamment « pour des vaccins sans aluminium ». Elle estime quant à elle que les « actions médiatique » actuelles n’ont pour but que d’inciter les responsables politiques à élargir l’obligation vaccinale à onze pathologies, au lieu de trois jusqu’à présent, « ce qui ferait correspondre l’obligation vaccinale aux vaccins commercialisés par l’industrie ». Elle rappelle avoir démontré (rapport, pages 48-52) que les données sur l’« augmentation des effets indésirables » ayant conduit au retrait en 2008 du vaccin DTPolio® sans aluminium « avaient été falsifiées par le fabricant ». Elle ressort aussi une lettre signée de Marisol Touraine datant d’avril 2012, peu avant sa nomination au ministère de la Santé. 2 Et encore:

« Tout est bon pour cacher l’escroquerie à l’origine de la disparition du DTPolio® en 2008, pour faire croire à l’innocuité de l’aluminium et à l’absence d’alternative, pour faire peur aux Français avec le risque « d’une baisse de la couverture vaccinale » dont découlerait « beaucoup de morts ». Cet élargissement de l’obligation vaccinale aurait l’apparence d’une action de bon sens : la vaccination est un acte de prévention !

« Mais en réalité, cette décision aurait pour conséquence d’aggraver l’état de santé de nombreux français par l’injection de doses supplémentaires d’aluminium, un produit neurotoxique et perturbateur endocrinien, alors que le DTPolio® était, lui, sans aucun adjuvant. Il était par ailleurs largement utilisé et plébiscité tant par les citoyens que par les professionnels de santé. »

Confusion

Dénonçant « une volonté de manipuler les esprits des auditeurs et des téléspectateurs » elle annonce saisir le Conseil National de l’Ordre des Médecins pour non-respect du code de santé publique par certains experts qui ne font pas état de leurs liens d’intérêts avec l’industrie ». « Une lettre sera aussi transmise au CSA pour lui demander de faire respecter la loi » ajoute cette association.

« Nous sommes actuellement dans une période de confusion totale. Essayons d’y voir un peu plus clair, conclut-elle. Face à cette cacophonie, on attend d’un responsable politique qu’il prenne ses responsabilités. »

C’est bien le seul point, républicain, sur lequel s’accorde les deux parties.Et les deux parties attendent.

A demain

1 Académie nationale de Pharmacie, SPILF; Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française SNFMI; Société Nationale Française de Médecine Interne SMV; Société de Médecine des Voyages ; SFSA; Société Française pour la Santé de l’Adolescent (SFSA) ; Société Française d’Hématologie (SFH); Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H); Société Française de Néonatologie (SFN) ; Société Française de Pédiatrie ; société française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG) ; Pédiatres du Monde(PDM) ; Groupe de Pathologie Infectieuse Pédiatrique (GPIP) ; Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale (FNCGM); Conseil National Professionnel de Pédiatrie ( CNPP) ; Collège National des Sages-Femmes de France (CNSF); Association Nationale des Puéricultrices Diplômés et des Etudiants (ANDPE); Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA) ; Confédération des syndicats médicaux français Syndicat National des médecins de PMI (CSMF); Syndicat National des Pédiatres Français (SNPF)

2 Alors députée d’Indre-et-Loire et co-responsable de l’équipe « François Hollande 2012 » Marisol Touraine écrit à l’association E3M : « Dans le contexte de perte de confiance de nos concitoyens envers les institutions sanitaires, en particulier depuis la gestion catastrophique de l’épidémie de grippe A et la dénonciation de graves conflits d’intérêts ayant provoqué de trop nombreux scandales sanitaires, il faut donner les meilleures assurances de sécurité pour effectuer les vaccinations obligatoires dans l’intérêt de la santé de notre population. La nature des adjuvants utilisés dans leur fabrication doit faire l’objet d’une attention particulière et doit être communiquée aux familles afin qu’elles soient pleinement informées. Elles doivent également avoir le choix de faire procéder aux vaccinations obligatoires par des vaccins sans sel d’aluminium, d’autant plus que cela était le cas jusqu’en 2008. «

 

 

 

Autisme, vaccins et croyances : Luc Montagnier, ou l’étrange « revenant qui a mal tourné »

 

Bonjour

Les gazettes généralistes ne se sont guère intéressées au lièvre levé par l’Association Française pour l’Information Scientifique. Le 3 février dernier, l’AFIS diffusait le communiqué suivant : « Opération anti-vaccination au Parlement Européen : une députée européenne invite un ex-médecin radié pour fraude »:

« Le 9 février prochain, une initiative publique du mouvement anti-vaccination, accueillie par le groupe écologiste, est organisée au Parlement Européen et plus particulièrement par la députée française Michèle Rivasi. Ce n’est pas certes la première fois que cette élue ou d’autres utilisent ce lieu et cette tribune pour faire avancer des idées rejetées par la communauté scientifique concernée, on peut penser notamment aux initiatives de promotion des travaux de Gilles-Eric Séralini sur les OGM ou sur le glyphosate. Mais, c’est un nouveau cap qui vient d’être franchi sur une question majeure de santé publique : en effet, l’invité d’honneur sera Andrew Wakefield, un ex-chirurgien radié pour avoir été convaincu de fraude scientifique. Il viendra présenter son film « Vaxxed : from cover-up to catastrophe » (vaccination : de la dissimulation à la catastrophe). (…) ».

Confrère blogueur

Ce lièvre est repris aujourd’hui par Hervé Maisonneuve sur son blog « Rédaction médicale et scientifique ». Délicieusement pointilliste notre confrère blogueur connaît à merveille le sujet. Il a évoqué plusieurs fois l’affaire Wakefield et les morts dues à des infection rougeoleuse au Royaume-Uni. Il a résumé cette affaire dans un article de La Presse Médicale en 2012. Le BMJ a décrit cette fraude en trois articles et c’est un journaliste, Brian Deer, qui avait fait réagir la communauté scientifique. Autant d’éléments que ne peut pas connaître la scientifique devenue politique Michèle Rivasi. Hervé Maisonneuve :

« En bref, un chirurgien anglais, Andrew Wakefield, a été subventionné par un cabinet d’avocats (argent venant de lobbies anti-vaccins). Il a publié en 1988 dans The Lancet une série de 12 cas d’enfants faisant évoquer un lien entre vaccination ROR (MMR) et autisme. L’article a été rétracté en 2010, et A Wakefield a perdu son diplôme de médecin. Il est allé vivre au Texas (USA) où il donne des conférences. Cette fraude a eu des conséquences majeures : résurgence de cas de maladies infantiles, quelques décès et des centaines de millions d’euros gaspillés… »

Forêt des blogs

Michèle Rivasi n’est pas non plus sans regarder la télévision : l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et ses croyances dans les vérités d’Andrew Wakefield, puis l’émergence de ce dernier dans le cortège présidentiel. Michèle Rivasi n’est pas non plus sans lire ce qu’on écrit à son endroit sur Mediapart (Yann Kindo) : « Michèle Rivasi en croisade contre la science et la santé publique ». Il semble qu’au final les portes du Parlement soient restées fermées à Andrew Wakefield. Reste que les canons sont là et les boulets aussi.

Hervé Maisonneuve souligne aussi que Michèle Rivasi avait annoncé la participation, à cette séance du Pr Luc Montagnier, pastorien définitivement émérite. Et notre confrère de qualifier le prix Nobel de médecine 2008 de « revenant qui a mal tourné ». Existe-t-il des revenants tournant bien ? Et comment comprendre la lente, longue et étrange dérive de celui qui découvrit le virus du sida ? Trente-quatre ans déjà. On regrettera que les gazettes citadines ne s’intéressent guère aux plus beaux des lièvres levés dans la forêt des blogs.

A demain

Nouveau et original : aimeriez-vous devenir un expert officiel en polémiques vaccinales ?

 

Bonjour

Petites secousses sismiques après l’ordonnance vaccinale du Conseil d’Etat. L’imbroglio actuel, sans précédent, n’est pas sans conséquences sur l’architecture sanitaire. La Haute Autorité de Santé (HAS) vient ainsi de faire savoir qu’elle adapte recrutait des experts pour assumer sa « nouvelle mission d’expertise en matière de vaccins et de vaccination ». Jusqu’à présent ces travaux étaient réalisés par le Comité technique des vaccinations (CTV) du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP). Est-ce dire que les membres actuels 1 sont désavoués ? On pourrait (presque) le penser.

Vous êtes intéressés ? Il faut vous presser : l’appel à candidatures n’est ouvert que jusqu’au 1er mars prochain. La HAS recherche à cet effet des experts qualifiés dans les domaines d’expertise suivants : « vaccinologie, infectiologie, microbiologie, pédiatrie, gériatrie, immunologie clinique, médecine générale, médecine interne, médecine du travail, gynécologie, santé publique, pharmacie, santé scolaire, épidémiologie et méthodologie, économie de la santé, sociologie ».

304 euros par jour

Ce n’est pas tout : la HAS recherche également des « adhérents d’associations agréées d’usagers du système de santé ».  La commission débutera ses travaux une fois sa composition définitive arrêtée par décision du Collège de la HAS, courant mars 2017 et pour un mandat de trois ans. Les membres participant aux réunions de la CTV sont indemnisés à hauteur de 1,5 vacation par demi-journée et remboursés de leur frais de déplacement selon les règles applicables à la HAS.

Les membres exerçant une activité libérale perçoivent en plus une indemnité compensatoire pour perte de revenu de deux vacations par demi-journée. Le montant de la vacation est actuellement fixé à 76 € bruts. Renseignements pratiques à cette adresse : http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2745224/fr/appel-a-candidatures-pour-la-commission-technique-des-vaccinations

Mais encore ?

« Cette commission aura pour rôle d’apporter une expertise sur les vaccins et la vaccination à la HAS. Elle aura ainsi trois missions spécifiques principales : assurer la veille scientifique sur les évolutions et les perspectives en matière de vaccins ; proposer une stratégie vaccinale en fonction des données épidémiologiques et de la balance bénéfice-risque aux niveaux individuel et collectif, ainsi que du rapport coût-efficacité des mesures envisagées ; proposer des adaptations en matière de recommandations vaccinales pour la mise à jour du calendrier vaccinal. »

Ce sont là de bien beaux et bien nobles objectifs. Il ne serait pas inintéressant de savoir pourquoi ils n’ont jamais été  atteints.

A demain

1 Président : Daniel Floret. Personnalités qualifiées : Dominique Abiteboul, Brigitte Autran, Jean Beytout, Agathe Billette de Villemeur, Benoît De Wazières, Benoît Dervau, Véronique Dufour,Daniel Floret, Serge Gilberg, Emmanuel Grimprel, Thomas Hanslik, Odile Launay, Thierry May, Anne-Marie Monnier-Curat, Élisabeth Nicand, Henri Partouche, Dominique Salmon-Ceron, Muhamed-Kheir Taha, et Didier Torny.

 

 

Vacciner ou s’abstenir ? Marisol Touraine se doit de prendre ses responsabilités avant de partir

 

Bonjour

Billards et châteaux de cartes vaccinaux. Au nom du droit, tout pourrait s’écrouler. Car nous sommes encore loin d’avoir mesuré les conséquences pratiques de la décision du Conseil d’État du 8 février. Elle enjoint Marisol Touraine de rendre disponibles (d’ici six mois) les trois vaccins obligatoires avant l’âge d’un an et demi : ceux contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP) – et ce indépendamment des autres valences. 1.

Que vont faire les médecins français durant ces six mois ? Découvrant la sentence du Palais-Royal, Marisol Touraine a fait savoir qu’elle avait saisi ses services ainsi que ceux de l’Agence nationale de sécurité du médicament « pour que l’État puisse mettre en œuvre cette décision dans le délai imparti ». La vérité est que sur un sujet à ce point majeur de santé publique l’Etat français est totalement dépendant des géants vaccinaux.

Sanofi-Pasteur-MSD

Résumons : le ministère français de la Santé a six mois pour rendre disponibles en pharmacie des injections ne contenant que le vaccin DTP. Or ce dernier n’existe plus sous sa forme pédiatrique depuis 2008, et il n’y a pas de fabrication de ce vaccin à l’échelon mondial 2. Pour l’heure, premier des géants concernés, Sanofi-Pasteur-MSD se tait. Pourquoi parlerait-il ? Le temps, croit-il, joue pour lui. En première ligne les médecins vaccinateurs commencent à donner de la voix. Ainsi ceux de la CSMF :

« La décision du Conseil d’Etat met en jeu la responsabilité médicale des praticiens et donne raison aux associations de patients qui sont méfiantes au sujet des vaccins, notamment les tétravalents (DTP + coqueluche). Or, la coqueluche reste une affection extrêmement grave chez le nourrisson, qui peut être évitée grâce à la vaccination. »

Rappelons que le  TETRAVAC-ACELLULAIRE® (incluant la valence coqueluche) est un produit Sanofi-Pasteur-MSD. Faut-il l’utiliser faute de mieux ? Quelles seront les responsabilités recherchées en cas d’épidémie coquelucheuse ? Se retournera-t-on vers le Conseil d’Etat ?

Adresse à la ministre de la Santé

« La ministre de la Santé a lancé l’année dernière une grande concertation citoyenne sur la vaccination dont est sorti le rapport Fischer qui préconise de rendre obligatoires les vaccins aujourd’hui « recommandés » pour les enfants de moins de deux ans (coqueluche, rougeole, hépatite B…), rappelle la CSMF. Cette obligation temporaire permettrait d’améliorer une couverture vaccinale insuffisante et de restaurer la confiance des Français. » La CSMF « déplore l’absence de décision depuis la remise du rapport fin 2016 et demande à la ministre de la Santé de prendre ses responsabilités ». Les prendra-t-elle ? Toujours la CSMF :

« Une décision forte et claire est nécessaire sur la politique vaccinale, en particulier sur le champ de l’obligation. L’extension des obligations vaccinales, comme le préconise le rapport Fischer, remplirait un double objectif : mettre en adéquation la loi avec les besoins de santé et répondre aux contraintes actuelles. Quels vaccins et pour qui ? De façon à ne pas mettre les médecins en position intenable d’un point de vue médico-légal. La vaccination est un enjeu de santé publique primordial : le gouvernement ne peut laisser la population dans l’incertitude. »

 Stupéfaction des généralistes

« Je comprends que les juridictions doivent être cohérentes par rapport aux textes en vigueur », commente le Dr Claude Leicher au Quotidien du Médecin.  Mais le président de MG France ne voit qu’incohérence et impasse dans la mise en pratique. « Est-ce à dire que les laboratoires vont fabriquer des doses pédiatriques unitaires pour ces vaccins ? Alors que les vaccins conjugués répondaient au besoin de n’avoir qu’une injection ? Et pour quel prix ? Nous, médecins, sommes stupéfaits de voir se développer une politique de santé qui ne repose plus sur des arguments scientifiques. »

Que le Dr Claude Leicher se rassure, les médecins ne sont pas les seuls à être stupéfaits. Vacciner ou s’abstenir ? Il y a urgence. Après avoir fait savoir qu’elle « saisissait ses services », Marisol Touraine saura-t-elle prendre, ici aussi, les responsabilités de santé publique qui, jusqu’en mai, sont les siennes ?

A demain

1 Sur ce thème, on peut lire notre chronique « Les anti-vaccins viennent de remporter une victoire en France » Slate.fr 10 février 2017

2 L’impasse était connue. Voici ce que nous écrivions, sur ce blog, le 13 août 2015 :

« Il n’existe donc, en pratique, aucune solution pour les parents qui souhaiteraient ne respecter que les obligations vaccinales. Aucune sauf une : les enfants allergiques à la vaccination contre la coqueluche (à cause d’une hypersensibilité à l’un des constituants du vaccin) peuvent avoir accès au DTVax® (vaccin diphtérique et tétanique) associé à l’Imovax Polio®. Or le DTVax® n’est plus disponible (rupture de stock) depuis janvier 2015. Une solution a donc été trouvée. Voici les explications qui nous ont été données par l’ANSM :

 « Pour pallier l’indisponibilité du vaccin DTVax®, nous avons autorisé l’importation des doses d’une spécialité similaire du Canada « Vaccin diphtérique et tétanique adsorbé » début février 2015. Ce vaccin se présente sous forme de flacon unidose (contrairement au DTVax® qui se présentait sous forme de flacons multidoses). Il dispose d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) aux USA.

Le laboratoire Sanofi Pasteur MSD met à disposition à titre gracieux sur demande des médecins prescripteurs (comme préalablement pour le DT Vax®) le vaccin diphtérique et tétanique adsorbé « canadien » sous forme d’un « kit » contenant également Imovax Polio®, (vaccin poliomyélitique inactivé du même laboratoire).

Ce kit est indiqué pour les patients présentant une contre-indication à la valence coquelucheuse et ce afin de satisfaire aux obligations vaccinales. Ces deux vaccins doivent être administrés simultanément en deux sites d’injection différents. Ce vaccin importé est disponible depuis mai 2015. »

Cette situation (dénoncée par la « Ligne nationale pour la liberté des vaccinations ») sera-t-elle utilisée pour avoir accès aux seules vaccinations obligatoire en arguant d’une contre-indication à la vaccination contre la coqueluche ? « Jusqu’à présent nous avons environ 200 demandes par an, nous a expliqué Philippe Juvin, pharmacien responsable de Sanofi Pasteur (qui produit annuellement environ un milliard de doses vaccinales contre une vingtaine de maladies). Nous ne pouvons qu’être inquiets des appels lancés par le Pr Joyeux. Un contournement du dispositif actuellement en place avec une augmentation substantielle des demandes pourrait conduire, là encore, à une rupture des stocks. »

 

 

Vaccinations : Marisol Touraine ne pourra pas sortir du piège tendu par le Conseil d’Etat

 

Bonjour

L’actuelle ministre de la Santé s’est piégée elle-même. Et elle a piégé celui (ou celle) qui lui succédera. Marisol Touraine n’a pas pris la mesure de la contestation « anti-vaccinale » qui prévaut aujourd’hui en France. Elle n’a pas réussi à mettre un terme à la totale désorganisation de la production et de la distribution des spécialités vaccinales dans les pharmacies d’officine.

Mme Touraine s’est refusée à monter en première ligne lorsqu’un enfant a (dans son « fief électoral ») été victime d’un tétanos du fait des agissements d’un médecin aujourd’hui radié. Elle a cru bien faire en organisant une « consultation nationale citoyenne » qui, in fine, s’est prononcée aux antipodes de ses attentes. Ce faisant elle a suscité l’ire des milieux anti-vaccinaux qui lui en veulent de ne pas avoir jugé utile de répondre à une pétition lancée par le Pr Henri Joyeux qui revendique plus d’un million de signatures – pétition qui, précisément réclamait ce que le Conseil d’Etat vient de décider (en y ajoutant le retrait des adjuvants…).

Simple plaisanterie

Et voici que Marisol Touraine est radicalement désavouée par le jugement, logique autant que spectaculaire, rendu par le Conseil d’Etat. La plus haute juridiction administrative française l’enjoint de prendre toutes les mesures pour que, d’ici à six mois, les vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP) soient disponibles en tant que tel (non associés à d’autres valences) sur le marché français. Seule autre possibilité offerte à la ministre et au gouvernement : faire en sorte que « la loi évolue en élargissant le champ des vaccinations obligatoires ».

Dès la communication du jugement des magistrats du Palais Royal, Marisol Touraine, a annoncé qu’elle avait saisi les services du ministère de la santé et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) « pour que l’Etat puisse mettre en œuvre la décision du Conseil d’Etat dans le délai imparti » 1. C’est là, tout simplement, une plaisanterie.

« Personne ne peut raisonnablement penser que l’Etat puisse de nouveau proposer en six mois ce vaccin qui n’existe plus et qui n’existe nulle part ailleurs, explique le Pr Daniel Floret, l’ancien président du Comité technique des vaccinations (CTV).  Il faudrait élaborer un nouveau vaccin, ce qui nécessiterait des essais cliniques, une autorisation de mise sur le marché, une nouvelle chaîne de production… ».  Soit, au minimum plusieurs années. Principal acteur concerné le géant pharmaceutique Sanofi dit attendre « les conditions de mise en œuvre de la décision du Conseil d’Etat ».

Vœux et moitié de boutades

Qu’espère Sanofi ? A l’évidence un changement rapide des règles en matière d’obligation vaccinale. Marisol Touraine explique que le travail qui suivra la décision du Conseil d’Etat « s’inscrira dans la réflexion engagée sur la politique vaccinale qui pourrait faire évoluer le cadre législatif actuel ». Elle fait ici référence aux conclusions de sa « consultation citoyenne ».  Fin 2016 le comité d’orientation de la concertation destinée à restaurer la confiance envers la vaccination, avait préconisé de rendre obligatoires les vaccins contre … onze infections virales et bactériennes:

« Considérant les exigences sociétales et les impératifs de santé publique, le comité conclut que la levée de l’obligation vaccinale est l’objectif à atteindre. Néanmoins, dans le contexte actuel de perte de confiance et de baisse de la couverture vaccinale, il lui apparaît nécessaire de réaffirmer le bien-fondé de la vaccination. Pour ce faire, le comité préconise un élargissement temporaire du caractère obligatoire des vaccins recommandés de l’enfant, assorti d’une clause d’exemption et de leur gratuité. »

Le Monde rapporte que Marisol Touraine avait estimé, le 31 janvier, en marge des vœux à la presse que c’était là « une forte incitation à rendre tout obligatoire ». Puis elle avait ajouté que cette formule était une « demi-boutade ». Où l’on voit que les « vœux à la presse » sont un exercice à haut risque. Où l’on voit aussi que la ministre de la Santé ne devrait pas s’exercer à faire des boutades qui n’en sont pas.

A demain

1 Le Conseil d’Etat estime que dans ce dossier le ministre chargé de la santé dispose de plusieurs pouvoirs :

–    il peut sanctionner les laboratoires et entreprises qui ne respectent pas leur obligation d’élaborer et mettre en œuvre un plan de gestion des pénuries de vaccins et leur obligation de prévenir les risques de rupture de stock ;
–    il peut demander au ministre chargé de la propriété intellectuelle de soumettre le brevet d’un médicament au régime de la licence d’office afin d’assurer sa mise à disposition en quantité suffisante ;
–    il peut saisir l’Agence nationale de la santé publique, qui a le pouvoir de procéder à l’acquisition, la fabrication, l’importation et la distribution de médicaments pour faire face à leur commercialisation ou production insuffisante.

Marisol Touraine condamnée à rendre disponibles les seuls trois vaccins obligatoires-sous six mois

Bonjour

C’est le jugement que le gouvernement redoutait, Marisol Touraine au tout premier chef qui ne voulait pas voir les nuages s’accumuler à l’horizon de la vaccination 1. Le Conseil d’État enjoint au ministre chargé de la santé de prendre des mesures pour rendre disponibles des vaccins correspondant aux seules obligations de vaccination : contre le tétanos, la diphtérie et la poliomyélite.

C’est une victoire de la logique sur un laisser-faire que personne n’avait encore jusqu’ici osé dénoncé. Alors que la loi française impose seulement trois obligations de vaccination des enfants de moins de 18 mois, aucun vaccin ne correspondant à ces seules obligations n’est commercialisé en France, seuls des vaccins contenant également d’autres vaccinations non obligatoires étant disponibles.

C’est aussi une victoire pour les plaignants adeptes de la « santé naturelle »  2 qui avaient demandé au ministre chargé de la santé de prendre les mesures permettant de rendre disponibles des vaccins correspondant uniquement aux trois obligations de vaccinations. Le ministre ayant refusé, ils ont saisi le Conseil d’État.

Un délai de six mois

Que nous disent les magistrats de la plus haute juridiction administrative ? Ils écartent tout d’abord l’argumentation des requérants sur les risques allégués des vaccinations non obligatoires associées aux trois vaccinations obligatoires. Ils relèvent aussi que ces vaccinations complémentaires sont recommandées.  Mais ils jugent que la loi, « qui n’impose que trois obligations de vaccination », « implique nécessairement qu’il soit possible de s’y conformer en usant de vaccins qui ne contiennent que ces trois vaccinations ». Comment soutenir le contraire ?

Le Conseil d’État développe sa logique sans faille : le ministre en charge de la Santé devait faire usage des pouvoirs dont il dispose pour rendre disponibles de tels vaccins. Il enjoint en conséquence à Marisol Touraine, dans un délai de six mois de prendre des mesures (ou de saisir les autorités compétentes) pour permettre de rendre disponibles des vaccins correspondant aux seules obligations de vaccination.

Les magistrats du Palais Royal ne laisse qu’une porte de sortie au gouvernement : faire en sorte « que la loi évolue en élargissant le champ des vaccinations obligatoires ». Où l’on voit qu’il s’agit là d’une étape majeure dans l’histoire vaccinale française. Et que de nouveaux rebondissements sont à attendre. Nous reviendrons sous peu sur ce dossier plus politique que jamais.

A demain

1 « Ubu roi : l’inénarrable affaire du vaccin DTP rebondit soudain devant le Conseil d’Etat » Journalisme et santé publique, 17 janvier 2017.

2 L’affaire était portée par l’Institut de la protection pour une santé naturelle (IPSN), une jeune association énergétique. Basée rue de Clichy à Paris et dirigée par Augustin de Livois, l’IPSN « défend le droit de se soigner librement, et notamment par des solutions naturelles ». Il a aussi « vocation à informer les citoyens, défendre les médecins ou thérapeutes et à changer les législations dans le domaine au niveau national et européen ».

C’est aussi l’un des (puissant) relais du célèbre Pr Henri Joyeux, patriarche médical du naturel dont l’idéologie est moins lisse qu’on pourrait le penser. Or le Pr Joyeux réclame de longue date le retour des seuls vaccins trivalents DTP. Et son appel à Marisol Touraine a réuni plus d’un million de signatures. Il en va de même pour l’ISPN. Et faute de réponse de la ministre de la Santé plus de deux mille personnes ont déposé une requête devant le Conseil d’Etat.