La « couillonnade » et l’hydroxychloroquine : le Pr Didier Raoult entre à l’Assemblée nationale

Bonjour

24/06/2020. Jour de gloire pour les Raoultiens : leur héros sera enfin entendu par la représentation nationale. On peut le dire autrement : le Pr Didier Raoult, promoteur de l’hydroxychloroquine pour lutter contre le coronavirus — médicament encensé par Donald Trump ou Jair Bolsonaro contre l’avis d’une large partie du monde scientifique —, sera interrogé mercredi 24 juin, par la commission d’enquête de l’Assemblée sur le Covid-19, où il compte plusieurs partisans.

En hors d’œuvre on peut lire l’entretien qu’il a accordé au Parisien (Elsa Mari et Florence Méréo) – entretien associé à la visite de son temple marseillais au fronton duquel on a gravé cette citation d’Horace: « exegi monumentum aere perennius », « j’ai construit un monument plus durable que l’airain ».

Du vieux et du neuf dans cet énième entretien médiatique. Quelques formules fortes doublées de certitudes pimentées d’anathèmes. « Dans ce pays, on adore décapiter les gens ».  « J’ai traité plus de 3 700 patients avec le médicament hydroxychloroquine. 0,5 % de mortalité, pas de toxicité cardiaque » « On a voulu le diaboliser. » La France en a banni l’usage le 28 mai contre le Covid-19, mais lui seul a obtenu « le droit de l’utiliser de la direction générale de la santé ».

« L’abattage médiatique autour de sa personne » 

Comment expliquer les résultats des études Recovery et Discovery, qui ne mettaient en évidence aucun effet bénéfique de cette spécialité pharmaceutique ? Ce sont des « ignares » qui n’ont pas administré les bonnes doses aux patients. Les bénéfices démontrés de la dexaméthasone ? « Couillonnade 1 pour les médias. Contre l’inflammation, tout le monde donne des corticoïdes. Ça n’aurait jamais dû faire partie d’une étude en soi. »

Puis on le voit s’avancer sur des sables scientifiques mouvants.: « Mon hypothèse est qu’une partie de la population était naturellement immunisée contre le Covid avant le début de l’épidémie », affirme-t-il, estimant entre « 40 et 70 % » le taux de personnes immunisées. Pour autant, il ne prétend pas connaître la raison de cette immunité. Avec, aussitôt, un filet de protection : « Ce qui est sûr, c’est qu’en parlant d’immunité naturelle, je vais me faire allumer par les labos qui travaillent sur les vaccins ». Et de revenir sur, selon lui, l’impossibilité de mettre au point un vaccin anti-Covid-19.  

Avant d’entrer à l’Assemblée nationale une certitude : il refuse et refusera « de se lancer dans la politique » — et ce, précise Le Parisien,  « malgré l’abattage médiatique autour de sa personne ». « Vos méthodes aussi interrogent, osent les deux journalistes du quotidien. Vous publiez trop souvent dans des revues scientifiques pour que ce soit de qualité, disent vos confrères. Que répondez-vous ? »

« Rien ! Est-ce que vous vous demandez comment Mozart a fait ? Je vais même vous dire, en plus de 150 publications par an, j’ai écrit dix livres en même temps. On n’est pas tous égaux. Dans ce pays, on adore décapiter les gens. » Certes, mais pas seulement. On apprécie, aussi, « l’abattage médiatique ».

A demain @jynau

1 A Sottise, bêtise. Ce n’est pas la première couillonnade que je fais, dit Lecca, et je suis toujours vivant (Giono, Bonheur fou,1957, p. 342):Je suis effrayé, épouvanté, scandalisé par la couillonnade transcendante qui règne sur les humains . Flaubert, Correspondance,1859, p. 318.

B.− Chose de peu de valeur. Tu ne vois pas un petit acte, une petite couillonnade quelconque, genre mondain, qui t’occuperait d’ici là? (Colette, Vagab.,1910, p. 135).

Vaccin contre la Covid-19 : quand le géant Sanofi avoue publiquement l’insupportable vérité

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14/05/2020. C’est un cas d’école. Une pierre blanche posée à mi-chemin entre deux mondes : celui d’avant la pandémie et celui à venir qui, comme on le sait, sera radicalement différent. Résumons l’affaire. Marco Cavaleri, directeur de la stratégie de l’Agence européenne du médicament vient d’annoncer qu’un vaccin contre la Covid-19  pourrait être prêt d’ici un an (scénario « optimiste »). La veille, Paul Hudson, directeur général de Sanofi, géant pharmaceutique (pour partie) français annonçait (publiquement) ce qui, en d’autres temps, n’aurait guère choqué ; à savoir que dans l’hypothèse où il parviendrait à élaborer un vaccin contre la Covid-19, son groupe servirait « en premier » les Etats-Unis.

Pourquoi ? Tout simplement parce que ce pays « partage le risque » des recherches dans le cadre d’un partenariat avec l’Autorité pour la recherche et le développement avancés dans le domaine biomédical (Barda). Le gouvernement américain « a le droit aux plus grosses précommandes », car les Etats-Unis « ont investi pour essayer de protéger leur population », a-t-il argué dans un entretien à l’agence de presse Bloomberg. Il a précisé que cette avance pourrait être de quelques jours ou de quelques semaines. Viendraient, ensuite, l’Europe, la France et le reste du monde.

Aussitôt, cris d’orfraie politiques de ce côté-ci de l’Atlantique. « Inacceptable ! » a réagi jeudi 14 mai la secrétaire d’Etat à l’économie, Agnès Pannier-Runacher, au micro de Sud Radio : « Pour nous, ce serait inacceptable qu’il y ait un accès privilégié de tel ou tel pays sous un prétexte qui serait un prétexte pécuniaire » (sic). Et Mme Pannier-Runacher d’expliquer avoir « immédiatement contacté » Sanofi après les propos de son directeur général. « Le patron de Sanofi France m’a confirmé que le vaccin serait accessible à tous les pays et évidemment (…) aux Français, ce d’autant qu’il a des capacités de production en France. »

« Cette décision est scandaleuse ! »

Devant l’ampleur de la polémique montante, le responsable français du géant pharmaceutique a aussitôt répondu sur BFM-TV que Sanofi ne distribuerait pas prioritairement aux Etats-Unis un éventuel vaccin contre le Covid-19 – du moins si l’Union européenne se montrait aussi « efficace » pour financer son développement : « Les Américains sont efficaces en cette période. Il faut que l’UE soit aussi efficace en nous aidant à mettre à disposition très vite ce vaccin. »

« Cette décision est scandaleuse ! Le gouvernement doit agir avec la plus grande fermeté pour empêcher cette décision », a réagi le Parti socialiste français. L’engagement des Français pour développer un champion dans la filière de la santé ne peut pas aboutir à le voir préférer d’autres marchés pour lancer ses vaccins. […] Parce que la santé est un bien commun à soustraire aux jeux du marché, aucune entreprise française ne doit pouvoir jouer contre notre propre souveraineté sanitaire sans s’exposer à une nationalisation. »

Le même jour on pouvait, dans les colonnes du Monde, lire une tribune intitulée « S’unir pour un vaccin contre le Covid-19 accessible à tous ». Un texte signé par plus 130 « personnalités internationales » 1 qui réclament de garantir un accès universel et gratuit au prochain vaccin contre le Covid-19. Une publication qui précède la réunion, le 18 mai, de l’Assemblée mondiale de la santé de l’OMS.

« Nous demandons aux ministres de la santé réunis à l’Assemblée mondiale de la santé de se rallier d’urgence à la cause d’un vaccin pour tous contre cette maladie, écrivent les signataires. Les gouvernements et les partenaires internationaux doivent s’engager : lorsqu’un vaccin sûr et efficace sera développé, il devra être produit rapidement à grande échelle et mis gratuitement à la disposition de tous, dans tous les pays. Il en va de même pour tous les traitements, diagnostics et autres technologies contre le Covid-19. »

Un texte à mi-chemin entre deux mondes : celui d’avant, et celui qui reste entièrement à inventer. Sanofi n’a pas commenté.

A demain @jynau

1 Parmi les signataires : Gordon Brown, premier ministre du Royaume-Uni (2007-2010), Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia (2006-2018) ; Imran Khan, premier ministre de la République islamique du Pakistan ; Thomas Piketty, économiste ; Cyril Ramaphosa, président de l’Afrique du Sud ; Joseph Stiglitz, économiste américain. La liste complète se trouve sur Oxfam.org

Coronavirus : le vaccin sera-t-il obligatoire ? Premier couac prémonitoire de Michèle Rivasi

Bonjour

27/04/2020. L’affaire n’a pas ému les foules ; ce fut une ridule sur la mare des réseaux sociaux ; un zéphyr dans les verts bosquets politiciens. Voilà pourtant un sujet édifiant, qui n’est pas sans soulever les questions que l’on posait il y a quelques décennies quand on imaginait pouvoir un jour disposer d’un vaccin contre le sida. On en retrouve la trace aujourd’hui dans le « Chez Pol » de Libération (Sy. C.)

Où l’on retrouve Michèle Rivasi, eurodéputée EE-LV. Elle ne déteste pas, depuis des années, se faire décrire comme une militante « anti-vaccins » – avant de démentir l’être, tout en laissant entendre un peu du contraire. Un histoire sans fin qui généra quelques stériles échanges avec Agnès Buzyn avant que cette dernière disparaisse en un instant du paysage politique national.

Michèle Rivasi est toujours là. « Elle s’est fait remarquer samedi 25 avril en s’inquiétant, sur Twitter, de la potentielle inefficacité du futur vaccin contre le Covid-19, rapporte Libération. ‘’Les vaccins contre la grippe saisonnière ne fonctionnent pas à 100%. Loin de là. Comment envisager qu’un vaccin contre le coronavirus, qui mute sans arrêt, puisse être réellement efficace ? ‘’, s’est interrogée la médiatique élue verte.

Saisir le Comité national français d’éthique

De quoi relancer la machine à polémiques et rappeler aux uns et aux autres que Michèle Rivasi a, quoi qu’elle en dise, une vision très critique des vaccins. La direction d’EE-LV a immédiatement réagi par la voix de son secrétaire national Julien Bayou. «L’heure n’est pas à semer le doute mais à se mobiliser pour lutter contre la pandémie. Nous avons besoin de vaccins», a-t-il tweeté en rappelant le «soutien massif» de son parti à la recherche. Tous les Verts ne sont pas allergiques à la virologie moléculaire.

Volée de bois vert, donc.  «Ce message de Michèle Rivasi est une faute», a déclaré son collègue du Parlement européen Yannick Jadot, sur BFMTV . « Message reçu, dit Libé. L’eurodéputée a supprimé son tweet. Mais si la position officielle du parti est claire, certains tentent tout de même de relativiser. » Où l’on voit que tous les éléments vaccino-sceptiques sont toujours bien présents qui resurgiront le moment venu, quand émergeront les premiers vaccins anti-Covid-19. Questions sur l’innocuité, sur l’efficacité, sur les profits dégagés par Big Pharma, sur la liberté de refuser cette immunisation dont nul ne sait, encore, si elle sera obligatoire.

Voilà un beau sujet de réflexion : le gouvernement devrait, sans tarder, saisir le Comité national d’éthique, sans oublier son Conseil scientifique.

A demain @jynau

5,7% d’immunité: le gouvernement est désormais confronté aux affres du «déconfinement»

Bonjour

21/04/2020. Progressivement une nouvelle équation prend forme dont chaque citoyen peut mesurer la complexité. Equation éthique, politique, économique, épidémiologique centrée sur le confinement/déconfinement. « Le 11 mai, lorsque le confinement commencera à être progressivement levé en France métropolitaine, 3,7 millions d’habitants, soit 5,7 % de la population, auront déjà été en contact avec le SARS-CoV-2 » écrit Le Monde (Paul Benkimoun et Chloé Hecketsweiler). On pourrait aussi écrire que seuls 5,7% de la population auront été infectés par ce virus. Et qu’il faudrait que ce pourcentage soit au moins dix fois plus important pour que la population française soit, en théorie du moins, protégée par une immunité « de groupe », ou « collective ».

Ces 5,7% à venir sont en deçà, paradoxalement, de toutes les espérances politiques. Ils sont issus d’un travail mené par des chercheurs de l’Institut Pasteur, de Santé publique France et de l’Inserm qui viennent de rendre publics leurs résultats et leurs prévisions. Un travail d’ores et déjà très critiqué. Principale conclusion : « l’impact massif qu’a eu le confinement en France sur la propagation du SARS-CoV-2 ». Le nombre de personnes contaminées par chaque personne infectée est passé de 3,3 avant la mise en place du confinement le 17 mars à 0,5, soit une réduction de 84 %.

Corollaire : le fait que moins de 6 % de la population ait développé des défenses immunitaires contre ce nouveau coronavirus pose un problème majeur. « Nos résultats suggèrent fortement que, sans un vaccin, l’immunité de groupe sera insuffisante à elle seule pour éviter une seconde vague à la fin du confinement. Des mesures de contrôle efficaces devront être maintenues au-delà du 11 mai », concluent les auteurs.

Failles récurrentes concernant les « masques » et les « tests »

En d’autres termes le bénéfice majeur du confinement imposé à la population (la réduction du nombre de cas et le non débordement, au prix d’une énergie considérable, des services hospitaliers) aura finalement un prix qui restera à payer : le maintien général et durable de l’ensemble des mesures de protection puisque plus de 90 % de la population demeure toujours exposée au risque de contamination. A partir du 11 mai, « il faudra faire quasi aussi bien que le confinement sans le confinement », souligne Simon Cauchemez qui a dirigé le travail français – et qui se refuse à donner des indications précises sur l’efficacité des mesures qui peuvent être utilisées seules ou en combinaison pour ralentir l’épidémie.

C’est dire l’infinie complexité du travail politique concernant la mise en chantier des modalités progressives du déconfinement. Et ce d’autant que les inconnues virologiques et immunologiques sont multiples. On est dans le plus grand flou quant au rôle joué par les enfants dans la chaîne de transmission. Il en va de même pour ce qui est du caractère véritablement protecteur des anticorps présents chez les personnes ayant été infectées – ou sur la durée de la protection conférée. Avec une certitude, en dépit des assurances données sur certains médias : aucun vaccin protecteur ne sera disponible à très large échelle avant une période minimale de l’ordre de dix-huit mois.

Est-ce dire que « le confinement sans le confinement » durera durant toute cette période ? C’est, à l’évidence, ce que commencent à tenter de nous faire comprendre l’exécutif au premier rang duquel Edouard Philippe ; un Premier ministre qui révèle jour après jour ses talents de pédagogie citoyenne et politique – et ce alors même que son gouvernement est accusé de failles récurrentes concernant les « masques » et les « tests ». Un gouvernement d’ores et déjà attaqué en justice. Un gouvernement qui devra un jour futur répondre à une question éthique majeure : pourquoi ne pas avoir fait le pari de l’acquisition ultra-rapide de l’immunité collective – tout en ne confinant que les plus fragiles ?  

Et c’est dans ce contexte que l’Organisation mondiale de la santé vient de redire que toute levée des mesures de restrictions devait être progressive et qu’il y aurait une résurgence des infections si ces mesures étaient assouplies trop tôt.

A demain @jynau

Johnson & Johnson annonce un «candidat vaccin» et, déjà, un milliard de doses en 2021

Bonjour

30/03/2020. C’est la première annonce massue du genre https://www.jnj.com/coronavirus. Est-ce la dernière ? La multinationale américaine Johnson & Johnson (J&J) annonce un « candidat vaccin » contre le COVID-19 et ce grâce à un partenariat historique avec le Ministère de la santé américain. Elle s’engage aussi à fournir  milliard de doses de vaccins dans le monde pour une utilisation d’urgence afin de faire face à la pandémie.

Que l’on se comprenne bien : il s’agit d’un « candidat vaccin » dont les essais de phase 1 chez l’homme sont prévus « au plus tard en septembre 2020 ». Extraits de l’annonce :

« Johnson & Johnson a commencé ses efforts de recherche en janvier 2020, dès que la séquence du coronavirus (COVID-19) est devenue disponible, pour rechercher des candidats vaccins potentiels. Les équipes de recherche de Janssen, en collaboration avec le Beth Israel Deaconess Medical Center, qui fait partie de la Harvard Medical School, ont identifié et testé plusieurs candidats vaccins en utilisant la technologie Janssen AdVac®.

« Grâce à des collaborations avec des scientifiques de plusieurs institutions universitaires, les vaccins identifiés ont ensuite été testés pour sélectionner ceux qui étaient les plus prometteurs pour produire une réponse immunitaire lors des essais précliniques. Sur la base de ces travaux, Johnson & Johnson a identifié un candidat vaccin COVID-19 de premier plan. Grâce à un calendrier accéléré, J&J vise à lancer une étude clinique de phase 1 en septembre 2020, avec des données cliniques sur la sécurité et l’efficacité qui devraient être disponibles d’ici la fin de l’année. »

« Depuis plus de 20 ans, Johnson & Johnson a investi des milliards de dollars dans les antiviraux et les vaccins. Le programme de vaccins COVID-19 s’appuie sur les technologies éprouvées AdVac® et PER.C6® de Janssen qui permettent de développer rapidement de nouveaux candidats vaccins et de produire à grande échelle le candidat vaccin optimal. La même technologie a été utilisée pour développer et fabriquer le vaccin Ebola et construire nos candidats vaccins Zika, RSV et VIH qui sont en phase 2 ou 3 de développement clinique. »

Dans la meilleure des hypothèses « cela pourrait permettre la disponibilité du vaccin « pour une utilisation d’urgence au début de l’année 2021 ». À titre de comparaison, le processus classique de développement d’un vaccin implique un certain nombre d’étapes de recherche différentes, s’étendant sur 5 à 7 ans, avant même qu’un candidat ne soit considéré pour approbation.

D’ores et déjà Johnson & Johnson et BARDA (Biomedical Advanced Research and Development Authority) s’engagent ensemble plus d’1 milliard de dollars. J & J va « mettre en œuvre de nouvelles capacités de production de vaccins aux États-Unis et une capacité supplémentaire à l’extérieur des États-Unis pour commencer cette production et assurer l’approvisionnement mondial en vaccin ».

C’est la première annonce massue du genre. Qui parmi les géants de Big Pharma, dira mieux ?

A demain @jynau

Coronavirus et prophètes de bonheur : voici venu le temps des traitements avant l’heure

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C’était immanquable : des chercheurs de l’université chinoise de la province du Zhejiang affirment avoir mis au point un traitement efficace pour les personnes contaminées par le « coronavirus de Wuhan » – information rapportée ce 5 février par la télévision chinoise CGTN.

Cela n’a pas manqué : la nouvelle, reprise par des traders, a provoqué un vif rebond sur les marchés financiers en Europe. La chaîne de télévision chinoise précise que des essais préliminaires, « menés in vitro en laboratoire » (sic), ont montré que ce traitement combinant deux molécules existantes parvenait à bloquer le coronavirus 2019-nCoV.

Cela ne pouvait rester sans suite : un chercheur britannique a annoncé de son côté avoir réussi une « percée significative » en vue de mettre au point un vaccin contre le virus apparu en décembre à Wuhan. Le respecté et honorable Pr  Robin Shattock dirige le département des maladies infectieuses et d’immunologie à l’Imperial College de Londres. Il précise que son équipe est prête à lancer une phase d’essai sur des animaux « dès la semaine prochaine ». Les études sur l’être humain pourraient débuter cet été « s’il réunit suffisamment de fonds ».

Cela ne pouvait rester sans suite. L’Organisation mondiale de la santé a aussitôt annoncé qu’il n’existait pas de traitement efficace connu contre le 2019-nCoV. Interrogé au sujet de ces « informations de presse », un porte-parole de l’OMS a déclaré qu’il n’existait «aucune thérapie efficace». Les traders sont restés muets.

A demain @jynau

Grippe: depuis novembre dernier, trois enfants et vingt-trois adultes sont morts en France

Bonjour

L’heure est aux décomptes viraux. Ainsi, aujourd’hui 5 février 2020, celui que viennent de publier les épidémiologistes de Santé publique France.

« Semaine 05/2020 – Situation au 05/02/2020 Bulletin hebdomadaire grippe

I Passages aux urgences et hospitalisations pour grippe

En semaine 05, le réseau Oscour® a rapporté 8 821 passages pour grippe ou syndrome grippal (vs 5 645 enS04) et 810 hospitalisations (vs 471 en S04). Ces indicateurs sont en forte augmentation par rapport à la semaine précédente. Les passages concernent principalement les enfants de 0 à 14 ans (57%), plus particulièrement les jeunes enfants de moins de 5 ans (32%).

Parmi les hospitalisations pour grippe, les classes d’âge les plus représentées sont les enfants de moins de 5 ans (29%) et les personnes âgées de 75 ans et plus (20%). La part des hospitalisations pour grippe ou syndrome grippal parmi l’ensemble des hospitalisations a égalementaugmenté par rapport à la semaine précédente (13,8/1 000 en S05 vs 8,1/1 000 en S04).

II Surveillance des cas graves de grippe admis en réanimation

Depuis le 4 novembre 2019, 311 cas graves de grippe ont été signalés, dont 49 en S05 (Figure 4). L’âge moyendes cas est de 52 ans. La majorité (73%) d’entre eux présente des facteurs de risque et 74% des 189 cas avec des facteurs de risque de complication pour lesquels le statut vaccinal est renseigné ne sont pas vaccinés. Un virus de type A a été identifié chez 82% des cas. Vingt-six cas sont décédés : 3 enfants de moins de 15 ans, 12 cas âgés de 15-64 ans et 11 cas âgés de 65 ans et plus. »

Il n’est pas trop tard, disent certains spécialistes français, pour se faire vacciner. D’autres dénoncent l’inefficacité relative de cette vaccination. D’autres, encore déploient toutes leurs énergies pour mettre au point un vaccin contre un virus qui vient d’émerger en Chine et qui inquiète la planète. L’heure est aux décomptes.

A demain @jynau

Promesse ministérielle : un jour prochain les porcelets français ne seront plus castrés «à vif»

Bonjour

Nous avions entendu sa promesse concernant la fin du broyage-destruction des millions de poussins mâles.  Mardi 28 janvier Didier Guillaume tenait une conférence de presse consacrée aux mesures gouvernementales en faveur du bien-être animal. Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation est revenu sur le sujet : « l’objectif, c’est de forcer les entreprises, la recherche, à faire cela fin 2021 (…) trouver la technique qui marche à grande échelle ».Parmi les voisins de la France, la Suisse a mis en place cette interdiction depuis le 1er janvier. Le mode d’abattage « au moyen du CO2 » y reste autorisé.

Outre les poussins mâles détruits-broyés le ministre a traité de la douloureuse question des porcelets. Promis-juré : « fin 2021, il n’y aura plus de castration des porcelets à vif », a-t-il assuré, en ajoutant que son ministère allait « publier des textes réglementaires dans les toutes prochaines semaines pour aller vers l’interdiction des pratiques douloureuses dans l’élevage ».

Pourquoi castrer « à vif » des porcelets ? La castration, explique-t-on, ermet d’obtenir des porcs plus gras, tout en évitant l’odeur nauséabonde de verrat que peut dégager à la cuisson le gras de certains mâles « entiers ». « Nous avons travaillé avec les vétérinaires prêts à élaborer un protocole pour une prise en charge complète de la douleur », a expliqué M. Guillaume.

Le bien-être de l’éleveur réclame-t-il les souffrances de ses bêtes ?

 Les défenseurs des animaux en général, des porcelets en particulier, ne sont pas satisfaits. « La véritable annonce serait de fixer une échéance pour l’arrêt de la castration et n’autoriser que les alternatives sauf exceptions pour certaines productions », a réagi l’association de protection des animaux CIWF. Selon elle « la prise en charge de la douleur est une fausse bonne solution ». Elle a également déploré l’absence d’annonce pour l’interdiction de vente des œufs de poules élevées en cage, comme s’y était engagé Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle.

Pour sa part l’association Welfarm, qui milite pour la protection des animaux de fermes, « la seule alternative viable, aussi bien pour les animaux que pour les éleveurs, est l’arrêt pur et simple de la castration, autrement dit l’élevage de mâles entiers ou l’immunocastration ».

« La pratique de la castration chirurgicale des porcelets est de plus en plus remise en cause en raison de la douleur que l’opération entraîne pour l’animal, nous expliquent des spécialistes. Cette pratique est motivée par le fait que les viandes de certains porcs mâles entiers présentent, aux stades usuels d’abattage, des odeurs désagréables qualifiées d’odeurs sexuelles. Outre la douleur infligée à l’animal pendant et après l’opération, la castration se traduit aussi par une baisse sensible des performances en termes d’efficacité alimentaire et de teneur en muscles de la carcasse. Une première alternative consiste à pratiquer une anesthésie et/ou une analgésie pour atténuer la douleur pendant et après l’opération. L’immunocastration (un vaccin spécifique inhibant le développement sexuel) est une deuxième alternative envisageable. Enfin, il est également possible de ne rien faire et d’élever les animaux entiers (non castrés). »

Pourquoi faire quelque chose plutôt que rien ? « Aujourd’hui, le bien-être animal, ce n’est pas la fin de l’élevage, c’est mieux d’élevage, a expliqué le ministre Guillaume aux journalistes. Il y a le bien-être animal, mais je suis aussi attaché au bien-être de l’éleveur, c’est très important. » On aurait aimé poser une question au ministre : le bien-être de l’homme réclame-t-il les souffrances de ses bêtes ?

A demain @jynau

Le coronavirus n’est pas l’oeuvre de Big Pharma ! En êtes-vous vraiment bien certain ?

Bonjour

C’est un document présenté comme la démonstration  que l’épidémie débutante de coronavirus n’est due ni au hasard ni à la fatalité. On connaît le discours officiel : le nouveau virus qui commence à générer une psychose en Chine trouve son origine dans l’est du pays.

Le 2019-nCoV a émergé chez l’être humain dans un marché de la ville chinoise de Wuhan, où diverses espèces animales étaient présentes et commercialisées (poissons et produits de la mer, volailles, faisans, chauves-souris, marmottes…). Il est bien établi que c’est là une situation qui favorise grandement les recombinaisons génétiques des virus animaux et qui augmente les risques de transmission de nouveaux virus pathogènes à l’espèce humaine. Ce marché a été fermé le 1er janvier pour limiter la contagion –trop tard.

« Mais sur les réseaux sociaux, certains cherchent une explication ailleurs. Des publications, qui circulent notamment sur Facebook, évoquent un très court extrait d’un brevet déposé aux Etats-Unis en 2003, concernant un coronavirus, qui prouverait que le virus aurait été créé à dessein, rapportent Les Décodeurs du Monde. Selon ce texte, et plusieurs autres, le coronavirus est une création dûment brevetée en 2003 auprès des autorités américaines.

« Je découvre que le Coronavirus n’est pas nouveau, a été créé en 2003 aux USA et que bizarrement quelque chose devrait se passer ce 24 janvier 2020 ! Le coronavirus est un virus breveté américain qui arrive à expiration le 23 janvier 2020. Donc quoi de mieux que de lancer une épidémie pour vendre leurs vaccins avant expiration. C’est une épuration pour gaver des actionnaires. »

Faux, affirment les raisonnables Décodeurs du dernier quotidien vespéral de la capitale. :

« Si l’on regarde la photo du document en question, on peut lire le numéro de « US patent », soit le numéro d’enregistrement du brevet auprès de l’administration américaine. Il est alors très simple d’obtenir le texte dudit brevet grâce à un moteur de recherche. Le brevet porte bien sur un coronavirus et date effectivement de 2003, comme l’affirme la publication Facebook. Sauf que le virus dont il est question – SARS-CoV – est celui qui a sévi entre 2002 et 2003, en Chine, et qui est la cause du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). Le document n’a donc rien à voir avec le coronavirus en cause dans l’épidémie actuelle – et qui porte le nom de 2019-nCoV. »

Le capitalisme peut lui aussi avancer masqué

Faudrait-il encore (comme nous l’avons fait sur Slate.fr avec Antoine Flahault), redire qu’il existe bien des coronavirus dans la Nature ?

« Ces «virus à couronne» doivent leur appellation au fait que, sous l’œil du microscope électronique, ils font étrangement songer à la couronne solaire. Il s’agit d’un genre de virus de la famille des coronaviridæ, dont le génome est fait d’ARN et qui sont dotés d’une enveloppe virale et d’une coque (ou capside) de symétrie hélicoïdale.

Le 2019-nCoV est le septième représentant connu de cette famille capable d’infecter l’être humain par voie pulmonaire. Deux d’entre eux ont été découverts récemment, suscitant aussitôt une grande inquiétude à l’échelon international du fait de leur caractère contagieux. Ce fut tout d’abord le SARS-CoV, responsable de l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). Est ensuite venu le MERS-CoV, à l’origine de l’épidémie du syndrome respiratoire du Moyen-Orient.

En 2002 et 2003, le premier avait infecté en Chine plus de 8.000 personnes et causé près de 800 morts. Quant au second, apparu en 2012 au Qatar et en Arabie saoudite, il fut à l’origine de plus de 1.700 cas officiellement recensés, dont plus de 700 mortels. »

Quant à « breveter » une entité virale, cela ne signifie en rien qu’on aurait créé ce chaînon enre le vivant et l’inerte – entre cet inerte qui se nourrit du vivant.  « Lorsqu’on regarde le contenu du document, expliquent nos Décodeurs, on s’aperçoit qu’il s’agit avant tout de décrire le virus en détail, c’est-à-dire de breveter le séquençage de son ADN. D’ailleurs, une bonne partie des 72 pages du document est une longue liste de nucléotides – A, T, G, C – qui forment la séquence ADN du virus, puis une longue liste d’acides aminés. »

On sera en revanche plus dubitatif sur leur chute : «  Quant à l’accusation de ‘’lancer une épidémie pour vendre leurs vaccins avant expiration’’ des vaccins, elle ne correspond pas non plus à la réalité, puisqu’il n’existe aujourd’hui aucun vaccin pour l’épidémie actuelle de coronavirus 2019-nCoV». Ce n’est malheureusement pas là un argument de poids : quel intérêt y aurait-il à proposer dès aujourd’hui un vaccin efficace ? Mieux vaudrait laisser la demande s’envoler. Les complotistes savent que le capitalisme peut, lui aussi, avancer masqué.

A demain @jynau

Vaccination anti-HPV: pourquoi Agnès Buzyn ne l’impose-t-elle pas aux filles et aux garçons ?

Bonjour

Communiqué d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé : « La ministre des Solidarités et de la santé Agnès Buzyn se félicite de la recommandation de la Haute autorité de santé (HAS) publiée ce jour visant à étendre aux jeunes garçons la vaccination contre les papillomavirus humains et souhaite que cette recommandation soit intégrée dans le calendrier des vaccinations 2020 pour une mise en œuvre d’ici l’été ».

Ainsi donc la ministre « se félicite » et la ministre « souhaite ». Pourquoi ne pas dire qu’elle « décide » ? Rappel ministériel :

« Associée au dépistage du cancer du col de l’utérus, la vaccination contre les papillomavirus humains, appelée couramment vaccination contre les HPV (sic) constitue la meilleure stratégie de lutte contre ce cancer qui provoque en France près de 1000 décès par an chez les femmes. La vaccination contre les HPV est actuellement recommandée pour les jeunes filles âgées de 11 à 14 ans, avec un rattrapage jusqu’à 19 ans, et pour les hommes âgés de moins de 26 ans ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH).

« Les stratégies vaccinales évoluent au cours du temps et de nombreux pays ont étendu cette vaccination à tous les garçons. Les garçons sont en effet également infectés par ces virus HPV et les transmettent à leurs partenaires. Près de 25 % des cancers provoqués par les HPV surviennent chez les hommes. C’est pourquoi la ministre des Solidarités et de la Santé avait saisi la Haute Autorité de Santé (HAS) de ce sujet. »

On savait déjà qu’après analyse des données de littérature et consultation publique menée jusqu’au 27 novembre, la HAS souhaitait étendre cette vaccination aux jeunes garçons entre 11 et 14 ans – avec un rattrapage jusqu’à 19 ans.

On sait aussi qu’en dépit des recommandations officielles la situation actuelle est un échec considérable : une couverture vaccinale des jeunes filles inférieure à 20% (à rapprocher de l’objectif de 60 % du plan cancer 2014-2019). « La vaccination étendue à tous les jeunes garçons est une décision scientifique et éthique qui permettra, quelle que soit leur orientation sexuelle, de bénéficier d’une protection individuelle, mais aussi comme pour la vaccination des jeunes filles, d’améliorer la protection de leurs partenaires » explique aujourd’hui Agnès Buzyn.

Reste que les mêmes causes produiront les mêmes effets. Où l’on en vient à se demander pourquoi la ministre, soucieuse de science et d’éthique (sans parler de réduction des risques…) ne décide pas d’imposer cette vaccination à l’ensemble de la jeune population française. S’en expliquera-t-elle ?

A demain @jynau