Vaccin contre l’hépatite B et sclérose en plaques : le Pr Roger Salamon, l’aluminium et le micmac

Bonjour

Comment faire pour ne jamais plus sortir d’une ornière sanitaire moderne ? Aujourd’hui un « rectificatif ». « Le 24 octobre, nous avons diffusé un communiqué de presse intitulé ‘’Aluminium vaccinal : actualités politiques et scientifiques’’ » nous écrit Didier Lambert, co-président de l’association « E3M – Pour des vaccins sans aluminium ».
M. Lambert poursuit :

« Nous avons fait référence à un débat radiophonique entre le Pr Salamon, président du Haut Conseil de Santé Publique de 2007 à 2017, et Bernard Guennebaud, dans lequel nous disions que le Pr Salamon admettait le lien de causalité entre la vaccination contre l’hépatite B (HB) et des cas de scléroses en plaques (SEP).

« Le Pr Salamon nous a contacté pour préciser qu’il ne reconnaissait pas le lien de causalité en tant que tel, car il n’existait pas de preuve scientifique d’un tel lien et que les comparaisons entre groupes de personnes vaccinées contre l’hépatite B ou groupes de personnes non-vaccinées ne faisaient pas apparaitre de différences. Par contre, le Pr Salamon maintient son avis comme quoi certains cas de scléroses en plaques sont imputables à la vaccination HB.

« Nous prenons acte de la position du Pr Salamon, et nous en informons donc les destinataires de notre communiqué. »

Ce qui est donc, ici, fait et complété 1. Ce qui nous autorise à nous interroger aux frontières de la vérité : qu’est-ce que le « lien de causalité » – ce lien refusé quand on peut, dans le même temps « imputer » ? Qui dit le vrai ? Où est la vérité vraie ? Et comment le citoyen peut-il s’y retrouver face à la justice – une justice dramatiquement étrangères aux vérités jadis professées/dictées par une science aujourd’hui tremblant sur ses fondations. Et que répondra, ici, le Pr Roger Salamon , spécialiste d’épidémiologie et de biostatistique ?

A demain

@jynau

1 Communiqué de l’E3M (extraits):  « Sur le plan juridique, la notion de causalité peut se démontrer par un faisceau d’indices graves, précis et concordants. C’est le cas dans les arrêts jurisprudentiels du Conseil d’État concernant la myofasciite à macrophages. C’est aussi désormais la position adoptée par la Cour de Justice de l’Union Européenne pour établir le lien entre vaccination HB et cas de scléroses en plaques (…) »

Pour ou contre les vaccinations ? Entre doute et inoculation, «Interception» (France Inter)

Bonjour

Depuis peu « radio d’Etat » selon Jean-Luc Mélenchon,  horripilante à bien des endroits, France Inter n’est pas, non plus, une station sans vertus. On en venait à ce constat, dimanche 28 octobre, à l’écoute inopinée d’« Interception » « le magazine de grands reportages des journalistes de France Inter. 50 minutes d’enquête et de témoignages. Informer, comprendre, apprendre. Au bout du monde ou au coin de la rue. »

Aujourd’hui, au coin de la rue  : « Anti-vaccins : le doute inoculé » 1. On connaît le cadre français :  la récente décision gouvernementale de passer de 3 à 11 le nombre des vaccins pédiatriques obligatoires. Une décision prise, officiellement, pour répondre à la méfiance grandissante à l’égard des vaccins et, plus généralement, envers les multinationale pharmaceutiques capitalistes.

Voilà un sujet journalistique bien difficile dès lors que l’on ne campe pas dans un camp offrant les armes et les croyances, les certitudes et le bagages. Dès lors que l’on entend décrypter ce qui, par certains aspects, n’est pas sans rappeler les guerres menées au nom de telle ou telle religion.

Luc Montagnier et la réalité

Pourquoi cette contagion épidémique du scepticisme ? Pourquoi cette réponse politique autoritaire et automatique ? La santé publique est-elle incompatible avec les espaces pleinement démocratiques ? Quel trébuchet pour mesurer la duplicité des réseaux a.sociaux ?

Entre les lignes ou pas c’est tout cela qui est donné à entendre sur France Inter. A commencer par les étranges arguments développés par les parents ayant recours à des médecins osant signer des certificats de vaccination non pratiquées. Sans parler des paroles de Luc Montagnier, prix Nobel de médecine désormais comme définitivement éloigné d’une réalité que jadis il maîtrisait.

Au terme des quarante-sept minutes de cette Interception on aura renforcé ses convictions immunitaires. Ou pas. France Inter n’est pas, non plus, une station sans vertus.

A demain

@jynau

1 « Anti vaccins, le doute inoculé ».  Reportage de Jérôme Jadot, prise de sons : Hélène Langois ; réalisation : Audrey Ripoull, assistée de Stéphane Cosme ; documentation : Sabine Bonamy

Disclaimer : Le site de l’émission recommande, « pour aller plus loin », l’un de nos papiers publié sur SlateCe que révèlent les mots et les phrases des anti-vaccins (Slate.fr, 7 septembre 2018)

Grippe : alerte à l’INFLUVAC TETRA® : risque d’erreurs lors de la vaccination des enfants

Bonjour

C’est une alerte lancée par plusieurs centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) ainsi que par le Centre de pharmacovigilance de Toulouse.

« En ce début de campagne vaccinale antigrippale, nous souhaitons attirer votre attention sur un risque d’erreur de prescription, de délivrance et d’administration d’un vaccin anti grippal dans la population pédiatrique : il s’agit du vaccin quadrivalent INFLUVAC TETRA®Notez que celui-ci n’a pas d’AMM chez l’enfant, contrairement au trivalent INFLUVAC® distribué l’année dernière. En effet, selon les données de son Résumé des Caractéristiques du Produit, « La sécurité et l’efficacité d’INFLUVAC TETRA® chez les enfants et les adolescents n’ont pas été établies ».

Le laboratoire exploitant (Mylan) mentionne certes cette information sur les pochettes réfrigérées destinées au transport du vaccin après dispensation et sur les plaquettes d’information distribuées aux pharmacies d’officine. Mais il ne le fait pas pas dans la notice du produit, ni sur le conditionnement.

Dans son avis émis en novembre 2017, la Commission de Transparence de la HAS (HAS CT INFLUVAC TETRA) souligne bien que ce vaccin n’est pas indiqué chez l’enfant contrairement à VAXIGRIP TETRA® et FLUARIX TETRA®.

« Micros tendus »

Or depuis quelques jours, des erreurs d’administration chez l’enfant sont signalées à différents CRPV, dont celui de Nancy (sans conséquence grave pour les enfants). « Cela suggère une méconnaissance de la problématique et très certainement un défaut d’information. Une discussion est en cours depuis le 11/10 à l’ANSM, mais nous avons jugé utile de vous alerter en attendant » précise le CRPV du Grand Est. Et d’ajouter :

« INFLUVAC TETRA® a la même composition quantitative et qualitative en principe actif que VAXIGRIP TETRA® et FLUARIX TETRA® qui eux, peuvent être utilisés chez l’enfant à partir de 6 mois. Les 3 compositions en excipients paraissent superposables. Par déduction, on peut supposer qu’une administration par erreur chez l’enfant n’entrainera pas forcément de problématique particulière de toxicité. Toutefois, bien évidemment, plus cette situation « hors AMM »  pourra être évitée, mieux ce sera… »

Au moment où cette information été diffusée Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé conviait la presse à l’hôpital Ambroise Paré de Boulogne Billancourt « pour le lancement de la campagne de vaccination » :

« Déroulé prévisionnel. 15h30 : arrivée de Madame la ministre à l’hôpital Ambroise Paré AP-HP à Boulogne Billancourt. 15h40 : rencontre avec l’équipe mobile de vaccination. Vaccination d’élèves externes par un médecin du service de réanimation responsable de la vaccination (Docteur Bernard PAJE – 1erétage). Vaccination de Mme la ministre par l’équipe mobile de vaccination (4ème étage). 16h15 : Table ronde sur la vaccination. 17h05 : micro-tendu avec la presse. 17h15 : départ de Madame la ministre »

 A demain

 

 

La Grippe et les 7 Ordres : Agnès Buzyn entend que tous les professionnels de santé soient vaccinés

Bonjour

C’est un document officiel qui suscitera peut être quelques remous : « Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé, en présence de la Secrétaire d’Etat,  Christelle Dubos a signé avec les sept ordres de professionnels de santé, une charte pour encourager  le parcours de vaccination ». Et Mme Buzyn de se féliciter des engagements ordinaux dans la promotion de la vaccination se ses membres : la « Charte » a été signée par  les Ordres des sages-femmes, des pharmaciens, des masseurs- kinésithérapeutes, des médecins, des infirmiers, des chirurgiens-dentistes et des pédicures-podologues.

Cet événement coïncide avec le lancement de la traditionnelle campagne d’information sur la vaccination contre la grippe. Et il fut l’occasion de rappeler quelques truismes :  que les professionnels de santé, qu’ils exercent en établissement ou en libéral, sont des personnes de confiance ; qu’ au contact quotidien des patients et plus largement des citoyens, ils ont un rôle majeur dans la vaccination ; qu’en se faisant vacciner, ils se protègent et protègent les autres, en particulier les plus fragiles ou ceux qui ne peuvent se faire vacciner ; que la promotion de la vaccination des professionnels de santé participe à l’enjeu de santé publique majeur que représente la lutte contre les maladies infectieuses.

Quoi de nouveau sous le soleil automnal 2018 ?  Une « Charte déclinée en six engagements ». Tous les « professionnels de santé français devront désormais « se faire vacciner », « diffuser les informations et bonnes pratiques sur la vaccination », « soutenir les initiatives locales en faveur de la vaccination », « encourager les partenariats entre tous les acteurs de la vaccination », et  « réaffirmer l’importance de la vaccination contre la grippe des professionnels de santé et de leurs collaborateurs ».

Aucune place n’est laissée ici au doute quant à la réelle efficacité d’une telle mesure. Mais aucune sanction ordinale ne semble prévue pour les nombreux soignants récalcitrants : en France, le taux de couverture vaccinale n’est que de 26 % chez l’ensemble des professionnels de santé.

 « C’est un enjeu déontologique, a encore déclaré Agnès Buzyn devant les journalistes. Se vacciner en tant que professionnel de santé, c’est d’abord protéger les sujets les plus vulnérables. Le premier devoir d’un professionnel de santé, c’est de ne pas faire de mal. En se faisant vacciner eux même, non seulement les professionnels de santé montrent l’exemple, mais surtout, ils protègent leurs patients. Leur engagement est primordial et je le salue. »

Contraindre ?

L’un des devoirs des ministres en charge de la santé publique est-il d’être efficace ? Le choix d’Agnès Buzyn d’emprunter la voie des Sept Ordres et d’en appeler à la déontologie le sera-t-elle ? On se souvient que l’an dernier la même ministre avait tenu des propos équivalents :

« J’enjoins les professionnels de santé à adopter une conduite exemplaire, je sais que je peux compter sur eux. Je souhaite en premier lieu insister sur la nécessité que les professionnels de santé donnent l’exemple, notamment pour la vaccination anti-grippale afin de protéger les patients et participer à rendre la confiance, a-t-elle répété aux soignants présents aux ‘’Entretiens de Bichat’’.  Vous êtes en première ligne au contact quotidien des patients. Vous jouez à ce titre un rôle primordial. »

 La ministre « souhaite » donc toujours que les soignants se fassent vacciner contre la grippe ? Que ne les contraint-elle pas ? Le sujet avait été abordé lors d’une conférence de presse, en janvier 2017, par le Pr Benoît Vallet, alors Directeur Général de la Santé 1.  L’Etat français peut contraindre les soignants à se faire vacciner, au nom de la santé publique et dans leur propre intérêt.

Cette obligation existe déjà aujourd’hui pour un certain nombre de vaccinations, comme celle contre l’hépatite virale de type B. Mais bien que prévue par l’article L. 3111-4 comme une obligation vaccinale pour les professionnels de santé, l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure toutefois fortement recommandée pour les professionnels concernés, en particulier pour les protéger des grippes saisonnières. »

Le décret suspensif du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé et des Solidarités d’un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin.  Pendant cinq ans Marisol Touraine n’avait pas jugé bon d’abroger ce décret. Il en va donc de même pour celle qui lui a succédé.

A demain

1 « Il faut obliger tous les soignants à se faire vacciner contre la grippe » Slate.fr, 12 janvier 2017

Guerre vaccins-aluminium : les deux ennemis vont-ils bientôt commencer à parlementer ?

Bonjour

L’affaire n’est pas, étrangement, sans faire songer aux deux Corées. Finalement ne jamais (trop) désespérer de l’humanité ? En juillet dernier le LEEM (organisation professionnelle et lobby de l’industrie pharmaceutique) publiait un rapport intitulé « Le point sur l’aluminium et les vaccins – 9 questions-réponses » . Il s’agissait (enfin) de répondre de manière argumentée aux accusations, rumeurs ou fantasmes concernant les dangers inhérents à l’aluminium et plus généralement aux « adjuvants » présents dans les vaccins.  Synthèse rapide de la position du LEEM :

« 1 • Les adjuvants aluminiques sont utilisés pour optimiser l’efficacité des vaccins non vivants depuis près de 90 ans, dans le monde entier, et présentent un profil de tolérance excellent. 2 • Le niveau de qualité de ces travaux ne permet pas de conclure à la toxicité des adjuvants aluminiques, ce que confirme l’ensemble des rapports, français et internationaux, sur le sujet. 3 • La Myofasciite à macrophages (MMF) n’est pas une maladie mais un « tatouage vaccinal ». 4  • Le phosphate de calcium n’est pas une alternative aux sels d’aluminium car ses résultats en termes de tolérance et d’efficacité étaient contradictoires.

« 5 • La quantité d’aluminium ingérée dans notre vie quotidienne est incomparablement plus importante que celle reçue par la vaccination tout au long de la vie. 6 • La recherche portant sur de nouveaux adjuvants a pour finalité la découverte denouveaux vaccins, pour lesquels les sels d’aluminium ne permettent pas toujours d’offrir l’efficacité attendue. 7 • Les travaux qui incriminent l’aluminium dans les vaccins proviennent essentiellement d’une seule équipe, française, dont les travaux n’ont été reconnus par aucune instance nationale ou internationale. 8 • Si la recherche publique sur les adjuvants aluminiques doit se poursuivre, alors c’est une équipe indépendante qui devra mener ces travaux. »

Casquettes au vestiaire

Nous sommes en septembre et l’association E3M  répond au LEEM dans son « contre-rapport » : « La double casquette du LEEM, fabriquant de vaccins et manipulateurs d’opinions ».

« La synthèse de ce document s’articule autour de huit affirmations censées démontrer que la polémique sur l’aluminium vaccinal n’a pas lieu d’exister » résume Didier Lambert, porte-parole de la campagne Pour des vaccins sans aluminium

« L’association E3M commente chacune de ces affirmations en s’appuyant notamment sur les travaux menés par l’équipe INSERM des Pr Gherardi et Authier. Pour E3M, la volonté de l’industrie pharmaceutique est claire : récuser toute critique sur l’aluminium vaccinal et discréditer les lanceurs d’alerte, quitte à utiliser des arguments scientifiques erronés et à diffuser des propos calomnieux… Ce positionnement est extrêmement dangereux pour la santé de la population, mais aussi pour notre démocratie. 

En contre-point, E3M conclut en ces termes : qu’attend-on pour financer la recherche sur l’aluminium, et pour mettre à disposition de la population des vaccins sans aluminium, par exemple ceux ayant comme adjuvant du phosphate de calcium ? »

Pour M. Lambert chacun peut ainsi « se faire son opinion ». C’est sans doute un peu plus compliqué. Pour autant tout indique que nous sommes sur le chemin du progrès. Enfin deux professions de foi, deux blocs de certitudes mais aussi deux argumentaires référencés. L’espoir d’une première rencontre autour d’une même table. Casquettes au vestiaire et déclarations d’intérêts affichées au bar. L’affaire n’est pas sans faire songer ni à Le Carré ni aux deux Corées. Trump ou Smiley ? Rêver ou cauchemarder ?

A demain

 

 

L’opposition vaccinale est devenue virale, le pouvoir exécutif incapable de trouver la parade

Bonjour

C’est un document essentiel : une docteure en géopolitique, Lucie Guimier, vient de décrypter les racines idéologiques des opposants et opposantes françaises à la vaccination obligatoire. Agnès Buzyn et Emmanuel Macron entendront-ils le message ? Combien faudra-t-il encore attendre avant que le pouvoir exécutif et les autorités sanitaires saisissent que tout, ou presque, se joue ici en dehors des canaux habituels de la « communication » et des médias qui, jadis, avaient pignon sur rue ?

Ce passionnant travail qui commence par l’analyse originale des écrits du Pr Henri Joyeux –un médecin plus qu’atypique devenu un puissant vaccino-sceptique aujourd’hui poursuivi par l’Ordre national des médecins français. Rappel. En mai 2015, ce cancérologue de Montpellier lançait une pétition-pamphlet intitulée «Vaccin obligatoire: les Français piégés par la loi et les laboratoires!». Dans ce pamphlet adressé à Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, cet ancien président (2001-2013) de l’association Familles de Francedénonçait (non sans raison) une situation de pénurie imposant en pratique aux parents d’immuniser leurs enfants avec un vaccin hexavalent (protégeant contre six maladies infectieuses) quand les obligations vaccinales ne comportaient que trois valences: diphtérie-tétanos-poliomyélite.

La commercialisation du «DTPolio» avait en effet été stoppée depuis 2008, ce vaccin étant alors remplacé par un vaccin tétravalent (diphtérie-tétanos-poliomyélite-coqueluche) ayant fait l’objet de ruptures de stocks à compter de septembre 2014. Un imbroglio pharmaceutique qui contraignait les parents ne souhaitant administrer que les vaccins obligatoires à leurs enfants à utiliser des spécialités pharmaceutiques comprenant trois autres valences pour lesquelles la vaccination n’était pas de rigueur. Une incohérence exploitée par le Pr Joyeux (…)

Lire la suite sur Slate.fr : « Ce que révèlent les mots et les phrases des anti-vaccins »

A demain

 

 

Religions anti-vaccinations : fatwa indonésienne, Fraternité Saint-Pie-X et anthroposophie

Bonjour

C’est une information du quotidien indonésien Kompas relayée par Courrier International : « Dans le plus grand pays le plus musulman du monde, une fatwa évoquant des « extraits de porcs » dans un vaccin porte un coup à la campagne de vaccination contre la rougeole ».

La fatwa a été publiée le 20 août 2018 par le Conseil des oulémas indonésiens (MUI). Elle se fonde sur l’information selon laquelle le vaccin protégeant de la rougeole et de la rubéole produit par le Serum Institute of India contient des extraits de porc et qu’il est, de ce fait, haram”. 

Dès le paragraphe suivant, précise le journal de Jakarta, « le MUI note qu’il a toutefois décidé, dans l’attente d’un vaccin alternatif halal, d’autoriser l’utilisation de ce vaccin dans la campagne d’immunisation de 31,9 millions d’enfants par le gouvernement indonésien, étant donnée l’urgence de la situation sanitaire ».

Comment comprendre ? « Cette fatwa est de fait une déclaration de soutien du Conseil des oulémas à la campagne de vaccination contre la rougeole et la rubéole », affirme Arifianto, un pédiatre de Jakarta, auteur d’un ouvrage sur la vaccination. Courrier International :

 « Mais le mal est fait, se désole le quotidien national. Dans le pays qui abrite la plus grand population musulmane, beaucoup de citoyens n’ont lu que le premier paragraphe de la fatwa et l’ont fait circuler sur les réseaux sociaux. De nombreux parents refusent désormais que des extraits de porc soient injectés à leurs enfants. Kompas rappelle que selon les chiffres fournis en 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Indonésie est le dixième pays au monde dans le triste palmarès des pays où la population souffre le plus de la rougeole. »

Miviludes

Retour en France où, on le sait, les autorités sanitaires observent une recrudescence de la rougeole (plus de 2500 cas depuis novembre 2017. C’est une étude originale et passionnante publiée dans le cadre du rapport annuel de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) (pages 115-138) et heureusement citée par Le Monde. Elle est signée par Lucie Guimier, docteure en géopolitique (Institut français de géopolitique, Université Paris 8). Mme Guimier a travaillé sur la dernière grande épidémie de rougeole, entre 2008 et 2012 et démontre que l’obligation vaccinale est peu respectée au sein de certains groupes religieux et de certaines communautés spirituelles.

Ce refus serait tout particulièrement fort au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X ; le site de cette dernière comptabilise une soixantaine d’écoles « catholiques de tradition » en France. En cartographiant les données épidémiques de la rougeole à partir des données de Santé publique France, la chercheuse note une propagation de la maladie à partir de ces établissements. Lucie Guimier :

« La dispersion rapide de la rougeole à l’échelle intrafamiliale dans le réseau d’obédience lefebvriste résulte de toute évidence d’une couverture vaccinale insuffisante des enfants de la communauté, des carences possiblement liées aux aspirations spirituelles de leur famille ».

Esotérisme et parts de marché

Autre type d’établissements étudié par Mme Guimier : les écoles Steiner-Waldorf et leur doctrine fondatrice, l’anthroposophie, un mouvement ésotérique créé au début du XXe siècle.

 « Sous l’effet de l’expansion du mouvement anthroposophique ces dernières années, de nombreuses études (…) menées après l’apparition d’épidémies de maladies prévisibles par la vaccination ont mis en évidence que les parents adeptes de ce courant de pensée sont moins enclins que les autres à vacciner leurs enfants. »

Extraits de la conclusion de l’étude :

« (…), la défiance vaccinale que l’on observe aujourd’hui est devenue « virale », facilitée par la démocratisation d’Internet et la mise en réseaux des mouvements complotistes ou des groupes opposés à toute vaccination par principe. Lorsqu’elle agit dans un groupe social, l’assimilation de la vaccination comme étant un danger se fait le plus souvent au nom de la défense des libertés individuelles, argument contre lequel il est délicat de se défendre. L’invocation du complot étatique ou des laboratoires pharmaceutiques est également fréquente dans les milieux réfractaires à la vaccination, qui mêlent dans leur discours des éléments véridiques à des arguments non fondés scientifiquement.

« Au terme de cette réflexion, la vaccination apparaît ainsi être en lien avec des idéologies dont des mouvements de nature sectaire peuvent se servir pour gagner des parts de marché. Face à l’idée aujourd’hui répandue que toutes les données disponibles se valent, de l’information scientifique aux « faits alternatifs», la question se pose de savoir comment renforcer la vigilance, notamment pour défendre le symbole que représente la politique vaccinale dans la construction du projet national de santé publique.

«  Internet doit bien sûr être investi par les autorités de santé publique et les scientifiques pour faire la transparence sur les interrogations qui entourent les vaccins. Enfin, il est nécessaire que les principales institutions de l’État soient vigilantes à la propagation de théories et pratiques vaccino-sceptiques en leur sein, comme par exemple à l’école publique, lieu de socialisation et de promotion du vivre-ensemble par excellence. »

A demain

1 Courrier International présente ainsi Kompas (http://kompas.com):

« Fondé en 1965 pour s’opposer à la presse communiste, écrit en indonésien, “Boussole” est le plus grand quotidien national, la référence, avec des enquêtes de fond sur des faits de société et des reportages sur les îles “extérieures”, indonésiennes mais souvent oubliées par le centre, Java.

« Au cours des premières années, beaucoup virent dans ce titre la contraction de “Komando Pastor” (“commando des curés”). Pendant les trente-deux ans de l’ordre nouveau, le régime du général Suharto, “Kompas” prit rarement de risques dans le traitement de ses informations, sous la surveillance du pouvoir. Toutefois, il ouvrait régulièrement ses pages aux intellectuels du pays, devenant alors une tribune où s’exprimaient des idées courageuses, ce qu’il est toujours. »