Guerre vaccins-aluminium : les deux ennemis vont-ils bientôt commencer à parlementer ?

Bonjour

L’affaire n’est pas, étrangement, sans faire songer aux deux Corées. Finalement ne jamais (trop) désespérer de l’humanité ? En juillet dernier le LEEM (organisation professionnelle et lobby de l’industrie pharmaceutique) publiait un rapport intitulé « Le point sur l’aluminium et les vaccins – 9 questions-réponses » . Il s’agissait (enfin) de répondre de manière argumentée aux accusations, rumeurs ou fantasmes concernant les dangers inhérents à l’aluminium et plus généralement aux « adjuvants » présents dans les vaccins.  Synthèse rapide de la position du LEEM :

« 1 • Les adjuvants aluminiques sont utilisés pour optimiser l’efficacité des vaccins non vivants depuis près de 90 ans, dans le monde entier, et présentent un profil de tolérance excellent. 2 • Le niveau de qualité de ces travaux ne permet pas de conclure à la toxicité des adjuvants aluminiques, ce que confirme l’ensemble des rapports, français et internationaux, sur le sujet. 3 • La Myofasciite à macrophages (MMF) n’est pas une maladie mais un « tatouage vaccinal ». 4  • Le phosphate de calcium n’est pas une alternative aux sels d’aluminium car ses résultats en termes de tolérance et d’efficacité étaient contradictoires.

« 5 • La quantité d’aluminium ingérée dans notre vie quotidienne est incomparablement plus importante que celle reçue par la vaccination tout au long de la vie. 6 • La recherche portant sur de nouveaux adjuvants a pour finalité la découverte denouveaux vaccins, pour lesquels les sels d’aluminium ne permettent pas toujours d’offrir l’efficacité attendue. 7 • Les travaux qui incriminent l’aluminium dans les vaccins proviennent essentiellement d’une seule équipe, française, dont les travaux n’ont été reconnus par aucune instance nationale ou internationale. 8 • Si la recherche publique sur les adjuvants aluminiques doit se poursuivre, alors c’est une équipe indépendante qui devra mener ces travaux. »

Casquettes au vestiaire

Nous sommes en septembre et l’association E3M  répond au LEEM dans son « contre-rapport » : « La double casquette du LEEM, fabriquant de vaccins et manipulateurs d’opinions ».

« La synthèse de ce document s’articule autour de huit affirmations censées démontrer que la polémique sur l’aluminium vaccinal n’a pas lieu d’exister » résume Didier Lambert, porte-parole de la campagne Pour des vaccins sans aluminium

« L’association E3M commente chacune de ces affirmations en s’appuyant notamment sur les travaux menés par l’équipe INSERM des Pr Gherardi et Authier. Pour E3M, la volonté de l’industrie pharmaceutique est claire : récuser toute critique sur l’aluminium vaccinal et discréditer les lanceurs d’alerte, quitte à utiliser des arguments scientifiques erronés et à diffuser des propos calomnieux… Ce positionnement est extrêmement dangereux pour la santé de la population, mais aussi pour notre démocratie. 

En contre-point, E3M conclut en ces termes : qu’attend-on pour financer la recherche sur l’aluminium, et pour mettre à disposition de la population des vaccins sans aluminium, par exemple ceux ayant comme adjuvant du phosphate de calcium ? »

Pour M. Lambert chacun peut ainsi « se faire son opinion ». C’est sans doute un peu plus compliqué. Pour autant tout indique que nous sommes sur le chemin du progrès. Enfin deux professions de foi, deux blocs de certitudes mais aussi deux argumentaires référencés. L’espoir d’une première rencontre autour d’une même table. Casquettes au vestiaire et déclarations d’intérêts affichées au bar. L’affaire n’est pas sans faire songer ni à Le Carré ni aux deux Corées. Trump ou Smiley ? Rêver ou cauchemarder ?

A demain

 

 

L’opposition vaccinale est devenue virale, le pouvoir exécutif incapable de trouver la parade

Bonjour

C’est un document essentiel : une docteure en géopolitique, Lucie Guimier, vient de décrypter les racines idéologiques des opposants et opposantes françaises à la vaccination obligatoire. Agnès Buzyn et Emmanuel Macron entendront-ils le message ? Combien faudra-t-il encore attendre avant que le pouvoir exécutif et les autorités sanitaires saisissent que tout, ou presque, se joue ici en dehors des canaux habituels de la « communication » et des médias qui, jadis, avaient pignon sur rue ?

Ce passionnant travail qui commence par l’analyse originale des écrits du Pr Henri Joyeux –un médecin plus qu’atypique devenu un puissant vaccino-sceptique aujourd’hui poursuivi par l’Ordre national des médecins français. Rappel. En mai 2015, ce cancérologue de Montpellier lançait une pétition-pamphlet intitulée «Vaccin obligatoire: les Français piégés par la loi et les laboratoires!». Dans ce pamphlet adressé à Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, cet ancien président (2001-2013) de l’association Familles de Francedénonçait (non sans raison) une situation de pénurie imposant en pratique aux parents d’immuniser leurs enfants avec un vaccin hexavalent (protégeant contre six maladies infectieuses) quand les obligations vaccinales ne comportaient que trois valences: diphtérie-tétanos-poliomyélite.

La commercialisation du «DTPolio» avait en effet été stoppée depuis 2008, ce vaccin étant alors remplacé par un vaccin tétravalent (diphtérie-tétanos-poliomyélite-coqueluche) ayant fait l’objet de ruptures de stocks à compter de septembre 2014. Un imbroglio pharmaceutique qui contraignait les parents ne souhaitant administrer que les vaccins obligatoires à leurs enfants à utiliser des spécialités pharmaceutiques comprenant trois autres valences pour lesquelles la vaccination n’était pas de rigueur. Une incohérence exploitée par le Pr Joyeux (…)

Lire la suite sur Slate.fr : « Ce que révèlent les mots et les phrases des anti-vaccins »

A demain

 

 

Religions anti-vaccinations : fatwa indonésienne, Fraternité Saint-Pie-X et anthroposophie

Bonjour

C’est une information du quotidien indonésien Kompas relayée par Courrier International : « Dans le plus grand pays le plus musulman du monde, une fatwa évoquant des « extraits de porcs » dans un vaccin porte un coup à la campagne de vaccination contre la rougeole ».

La fatwa a été publiée le 20 août 2018 par le Conseil des oulémas indonésiens (MUI). Elle se fonde sur l’information selon laquelle le vaccin protégeant de la rougeole et de la rubéole produit par le Serum Institute of India contient des extraits de porc et qu’il est, de ce fait, haram”. 

Dès le paragraphe suivant, précise le journal de Jakarta, « le MUI note qu’il a toutefois décidé, dans l’attente d’un vaccin alternatif halal, d’autoriser l’utilisation de ce vaccin dans la campagne d’immunisation de 31,9 millions d’enfants par le gouvernement indonésien, étant donnée l’urgence de la situation sanitaire ».

Comment comprendre ? « Cette fatwa est de fait une déclaration de soutien du Conseil des oulémas à la campagne de vaccination contre la rougeole et la rubéole », affirme Arifianto, un pédiatre de Jakarta, auteur d’un ouvrage sur la vaccination. Courrier International :

 « Mais le mal est fait, se désole le quotidien national. Dans le pays qui abrite la plus grand population musulmane, beaucoup de citoyens n’ont lu que le premier paragraphe de la fatwa et l’ont fait circuler sur les réseaux sociaux. De nombreux parents refusent désormais que des extraits de porc soient injectés à leurs enfants. Kompas rappelle que selon les chiffres fournis en 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Indonésie est le dixième pays au monde dans le triste palmarès des pays où la population souffre le plus de la rougeole. »

Miviludes

Retour en France où, on le sait, les autorités sanitaires observent une recrudescence de la rougeole (plus de 2500 cas depuis novembre 2017. C’est une étude originale et passionnante publiée dans le cadre du rapport annuel de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) (pages 115-138) et heureusement citée par Le Monde. Elle est signée par Lucie Guimier, docteure en géopolitique (Institut français de géopolitique, Université Paris 8). Mme Guimier a travaillé sur la dernière grande épidémie de rougeole, entre 2008 et 2012 et démontre que l’obligation vaccinale est peu respectée au sein de certains groupes religieux et de certaines communautés spirituelles.

Ce refus serait tout particulièrement fort au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X ; le site de cette dernière comptabilise une soixantaine d’écoles « catholiques de tradition » en France. En cartographiant les données épidémiques de la rougeole à partir des données de Santé publique France, la chercheuse note une propagation de la maladie à partir de ces établissements. Lucie Guimier :

« La dispersion rapide de la rougeole à l’échelle intrafamiliale dans le réseau d’obédience lefebvriste résulte de toute évidence d’une couverture vaccinale insuffisante des enfants de la communauté, des carences possiblement liées aux aspirations spirituelles de leur famille ».

Esotérisme et parts de marché

Autre type d’établissements étudié par Mme Guimier : les écoles Steiner-Waldorf et leur doctrine fondatrice, l’anthroposophie, un mouvement ésotérique créé au début du XXe siècle.

 « Sous l’effet de l’expansion du mouvement anthroposophique ces dernières années, de nombreuses études (…) menées après l’apparition d’épidémies de maladies prévisibles par la vaccination ont mis en évidence que les parents adeptes de ce courant de pensée sont moins enclins que les autres à vacciner leurs enfants. »

Extraits de la conclusion de l’étude :

« (…), la défiance vaccinale que l’on observe aujourd’hui est devenue « virale », facilitée par la démocratisation d’Internet et la mise en réseaux des mouvements complotistes ou des groupes opposés à toute vaccination par principe. Lorsqu’elle agit dans un groupe social, l’assimilation de la vaccination comme étant un danger se fait le plus souvent au nom de la défense des libertés individuelles, argument contre lequel il est délicat de se défendre. L’invocation du complot étatique ou des laboratoires pharmaceutiques est également fréquente dans les milieux réfractaires à la vaccination, qui mêlent dans leur discours des éléments véridiques à des arguments non fondés scientifiquement.

« Au terme de cette réflexion, la vaccination apparaît ainsi être en lien avec des idéologies dont des mouvements de nature sectaire peuvent se servir pour gagner des parts de marché. Face à l’idée aujourd’hui répandue que toutes les données disponibles se valent, de l’information scientifique aux « faits alternatifs», la question se pose de savoir comment renforcer la vigilance, notamment pour défendre le symbole que représente la politique vaccinale dans la construction du projet national de santé publique.

«  Internet doit bien sûr être investi par les autorités de santé publique et les scientifiques pour faire la transparence sur les interrogations qui entourent les vaccins. Enfin, il est nécessaire que les principales institutions de l’État soient vigilantes à la propagation de théories et pratiques vaccino-sceptiques en leur sein, comme par exemple à l’école publique, lieu de socialisation et de promotion du vivre-ensemble par excellence. »

A demain

1 Courrier International présente ainsi Kompas (http://kompas.com):

« Fondé en 1965 pour s’opposer à la presse communiste, écrit en indonésien, “Boussole” est le plus grand quotidien national, la référence, avec des enquêtes de fond sur des faits de société et des reportages sur les îles “extérieures”, indonésiennes mais souvent oubliées par le centre, Java.

« Au cours des premières années, beaucoup virent dans ce titre la contraction de “Komando Pastor” (“commando des curés”). Pendant les trente-deux ans de l’ordre nouveau, le régime du général Suharto, “Kompas” prit rarement de risques dans le traitement de ses informations, sous la surveillance du pouvoir. Toutefois, il ouvrait régulièrement ses pages aux intellectuels du pays, devenant alors une tribune où s’exprimaient des idées courageuses, ce qu’il est toujours. »

 

L’anthrax tue dans les Hautes-Alpes mais la France n’a pas assez de vaccins pour protéger

Bonjour

Qu’en diront les néo-antivaccinaux et les amis des bêtes ? On parlera, au choix, de maladie du charbon, d’anthrax ou de fièvre charbonneuse. Une zoonose due à la bactérie sporulée Bacillus anthracis : escarres noirâtres qui se forment au milieu des lésions cutanées chez les individus atteints. Les spores pathogène peuvent rester inactives pendant des dizaines d’années dans le sol – d’où les « champs maudits ».

La maladie est présente sur tous les continents et provoque une mortalité élevée chez les ruminants La bactérie produit des toxines extrêmement pathogènes, responsables des symptômes de la maladie et qui entraînent un taux de mortalité élevé. « La plupart des mammifères sont sensibles, mais la fièvre charbonneuse affecte surtout les ruminants et les humains » précise l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE).

« Plus de cinquante animaux morts dans vingt-huit exploitations, bovins, ovins ou équidés: le département des Hautes-Alpes est confronté depuis le mois de juin à la plus importante épidémie animale de fièvre charbonneuse survenue en France depuis près de vingt ans, rapporte l’AFP. Les premiers cas chez l’animal ont été observés à Montgardin, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Gap, où six vaches ont été retrouvées mortes le 28 juin. En deux mois, la maladie s’est étendue à treize communes, sur lesquelles les autorités sanitaires recensent vingt-trois foyers distincts. »

Dès qu’un foyer est confirmé, la préfecture « prescrit la vaccination de tous les animaux concernés » indiquent les autorités sanitaires. Et des « mesures de blocage de l’exploitation » d’au moins 21 jours sont prises, « le temps d’acquisition de l’immunité vaccinale et de la réalisation des opérations de nettoyage et de désinfection ». Le lait collecté doit être pasteurisé et détruit.

Pasteur, Roux et Chamberland

Les cas de transmission à  l’espèce humaine sont rares. Pour l’heure aucun malade n’a été recensé dans les Hautes-Alpes. Pour autant 103 personnes entrées « potentiellement en contact » avec le germe pathogène ont été recensées – notamment du personnel d’une entreprise d’équarrissage, des éleveurs ou des vétérinaires. La moitié bénéficie d’un traitement antibiotique préventif allant de 10 à 35 jours – en fonction du type d’exposition.

Le vaccin est le moyen le plus efficace pour limiter la propagation. « Mais les vétérinaires font face à une pénurie temporaire, le laboratoire espagnol qui les produit étant fermé au mois d’août, et traitent en priorité les troupeaux infectés et les exploitations limitrophes » précise l’AFP. Agnès Chavanon, secrétaire générale de la préfecture des Hautes-Alpe : « l’État a entamé des discussions avec ses partenaires européens pour évoquer la disponibilité et le rachat des vaccins ».

Où l’on découvre, alors même que la maladie n’est en rien exceptionnelle (plus d’une centaine de foyers enregistré en vingt ans), que la France ne dispose pas d’un stock minimal de vaccins. On se souvient peuy-être que l’efficacité de la vaccination contre la fièvre charbonneuse a été démontrée pour la première fois au monde par Louis Pasteur (avec la collaboration de Charles Chamberland et Emile Roux). C’était le 5 mai 1881 lors de la célèbre expérience de Pouilly-le-Fort (Seine-et-Marne). Bien avant les antibiotiques.

Rien n’était simple, alors, pour Pasteur et ses collaborateurs. Certains leurs reprochèrent d’avoir induit le public scientifique en erreur sur la nature exacte du vaccin utilisé (voir le « Secret de Pouilly-le-Fort »). Un siècle et demi plus tard, ou presque, la France est en quête de vaccins. Qui en détient ?

A demain

Pourquoi les jeunes homosexuels se feraient-ils vacciner gratuitement avec Gardasil 9® ?

Bonjour

Il aura donc fallu plus de deux ans entre l’autorisation et le remboursement. La multinationale MSD Vaccins annonce la publication au Journal Officiel de ce 7 août de la prise en charge – 135,68€ la dose, taux de remboursement de 65% – du  Gardasil 9® ; « premier vaccin nonavalent indiqué dans la prévention des cancers ano-génitaux et autres maladies causés par les 9 types de papillomavirus humains (HPV) ». Ce vaccin sera dans l’ensemble des pharmacies d’officine d’ici fin août. Et une conférence de presse organisée le 4 septembre à Paris tentera de booster l’affaire.

« Cette mise à disposition fait suite à la recommandation rendue par le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) le 10 février 2017 d’initier la vaccination par Gardasil® 9 en population générale chez les jeunes filles et les jeunes femmes, souligne MSD. Rappelons qu’en France, ~12 nouveaux cas de cancers ano-génitaux liés au HPV sont diagnostiqués chaque jour chez les femmes et les hommes, soit ~4600 nouveaux cas chaque année »

Depuis plus de dix ans la vaccination contre les HPV est, en France, officiellement recommandée avec le Gardasil quadrivalent chez les jeunes filles et les jeunes femmes. Objectif principal : réduire à terme l’incidence du cancer du col de l’utérus. En 2016, la vaccination avec le Gardasil® quadrivalent a été étendue aux hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH) – avant l’âge de 26 ans et dans le but de réduire l’incidence des lésions précancéreuses et des cancers anaux. Pour le HCSP cette stratégie (par ailleurs controversée) « n’a pas lieu d’être modifiée par la mise à disposition du vaccin Gardasil 9 ®. »

Sexualité, risques et statistiques

Dans le même temps le HCSP n’ignore pas les « réticences à la vaccination contre le HPV » chez les jeunes filles et les « hésitations vaccinales ». Il rappelle que la couverture vaccinale HPV est en constante baisse depuis 2010 et qu’elle se situait, en 2015, sous la barre des 14 % (pour un schéma vaccinal complet). C’est dire l’ampleur de l’échec d’une politique qui visait à l’éradication.

« La faible couverture vaccinale est liée à une hésitation vaccinale incluant une défiance à l’égard de cette vaccination de la part des parents et à une trop faible proposition par les professionnels de santé. Les professionnels rencontrent des difficultés à faire accepter la vaccination aux jeunes filles et aux parents réticents. »

Pour les hommes avant des relations sexuelles avec des hommes, le Haut Conseil recommande qu’un accès au vaccin HPV soit proposé dans les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (Cegidd) et dans les centres publics de vaccination. Il ajoute : « Le bénéfice de cette vaccination sera d’autant plus important que le début de l’activité sexuelle sera récent et que le nombre de partenaires passés sera faible ».  Où l’on voit que la sexualité et ses risques sont, eux aussi, une question de statistique.

A demain

Troll et « fausses nouvelles » : comment contrer le militantisme anti-vaccinal de Facebook ?

Bonjour

C’est un euphémisme glané sur Slate.fr : « Facebook ne fait rien pour limiter la diffusion de la propagande anti-vaccin » (repéré par Claire Levenson).

« Si vous faites une recherche pour le mot «vaccin» ou «vaccination» sur Facebook aux États-Unis, la plupart des groupes en première position dans les résultats sont anti-vaccins. On trouve sur ces pages des informations erronées sur la dangerosité des vaccins, y compris l’idée qu’il ne faut pas faire confiance aux médecins sur cette question car ils n’en savent pas assez. »

 Où l’on apprend que des pages comme The Truth About Vaccines (La Vérité sur les Vaccins) ou Stop Mandatory Vaccination (Stop à la Vaccination Obligatoire) ont plus de 100.000 followers et expliquent que les enfants non vaccinés sont en meilleure santé que ceux qui ont été vaccinés.

« Un journaliste du Daily Beast a demandé à Facebook pourquoi il était si facile de tomber sur des groupes anti-vaccins dans les recherches et pourquoi rien n’était fait pour limiter la diffusion de ces idées, mais la direction du réseau social a refusé de commenter cette question » rapporte Slate.fr.

Le temps des cliques

 « En 2017, deux chercheurs australiens ont montré à quel point Facebook était essentiel à la diffusion du message anti-vaccin. Le réseau social permet en effet de connecter très rapidement des gens qui ont les mêmes préjugés sur la vaccination, alors qu’il serait beaucoup plus difficile pour eux de se retrouver sans Facebook.

Les utilisateurs se regroupent en cliques, autour de thématiques comme la défiance des médias et des autorités publiques, et leurs membres partagent leurs connexions avec les autres, ce qui accélère la propagation des idées. »

 Et Slate.fr de rappeler que diffusion d’informations erronées sur la dangerosité des vaccins a des conséquences bien réelles: il existe désormais aux États-Unis des zones de résistance croissante à la vaccination, notamment à Portland, Detroit et Houston.

Où l’on en vient, au-delà de Facebook et des Etats-Unis, à soulever la question de la riposte. Le pouvoir exécutif, les autorités sanitaires, doivent-ils user des multiples canaux des « réseaux sociaux » pour contrer la diffusion d’informations « erronées » quand il ne s’agit pas de véritables opérations mensongères ?

User des mêmes armes que la partie adverse ? Relire L’Art de la Guerre ? Qui, aujourd’hui, s’intéresse à ce grand sujet de santé publique ? Qui calcule le rapport entre les éventuels risques et les possibles bénéfices ?

A demain

Argent : le gouvernement taxera-il demain les parents refusant de faire vacciner leurs enfants ?

Bonjour

C’est une affaire des antipodes. Elle est rapportée par Slate.fr. Dans le cadre de sa politique vaccinale (dite «pas de piqûres, pas d’argent») le gouvernement australien va accentuer  les sanctions financières pénalisant les parents qui refusent de faire vacciner leurs enfants : il se verront privés de l’équivalent de 18€ (A$28) d’avantages fiscaux par enfant non-vacciné – et ce tous les quinze jours.

Jusqu’ici les parents australiens opposés à la vaccination de leur progéniture perdaient 468€ d’avantages fiscaux par enfant à chaque fin d’année. Avec le nouveau système la somme globale ne varie guère mais les autorités parient sur les vertus d’un « rappel constant » de la sanction. D’autre part celles et ceux qui gagnent plus de 50€ par jour pourraient être exposés des sanctions financières supplémentaires.

La politique du gouvernement australien vise à contrecarrer l’audience grandissante des discours d’opposition vaccinale : la proportion d’enfants non-vaccinés de manière délibérée est passé de 0,23% en décembre 1999 à 1,77% en décembre 2014. Le ministre australien des Services sociaux, Dan Tehan explique sans nuance que la répression financière est  nécessaire à la protection de la santé publique : « l’immunisation est la manière la plus sûre de protéger les enfants de maladies évitables. Les parents qui ne vaccinent pas leur enfants les mettent en danger ainsi que les enfants des autres».

Pénétration forcée

En 2015 The Sunday Morning Herald (repris par Slate.fr-Nadia Daam) avait rapporté de quelle manière les actions anti-vaccinales pouvaient être menées en Australie :

« L’Australian Vaccination-skeptics Network (AVN), un groupe anti-vaccins, a publié sur sa page Facebook  une image stupéfiante: la photo d’une femme ceinturée et bâillonnée par un homme, accompagnée du texte suivant: «PENETRATION FORCEE: Pas vraiment un scandale quand c’est une injection de vaccin et un médecin.»

« Pas de doute possible, le groupe assimile bien la vaccination aux violences sexuelles et les médecins à des violeurs. Sans grande surprise, la comparaison a fait bondir les associations de défense de victimes de violences. Le quotidien australien rapporte les propos de Fiona McCormack, présidente d’une association de lutte contre les violences domestiques, qui a estimé que cette campagne était «irresponsable et inappropriée».

La porte-parole du ministre de la santé a, elle, appelé le groupe à retirer la photo de leur page Facebook et à présenter des excuses publiques. Dont acte (…)  Si la photo a été supprimée, le groupe n’a cependant pas estimé que sa première initiative méritait des excuses. Selon le Sydney Morning Herald, ils ont répondu que ’’le post n’était pas de mauvais goût mais simplement honnête. Ce qui est de mauvais goût, c’est que le gouvernement élu nous force à vacciner nos enfants alors que nous ne croyons pas que c’est bon pour leur santé.’’»

Aux antipodes des antipodes l’épidémie de rougeole a déjà, cette année, touché 643 personnes au Royaume-Uni (contre 217 cas pour l’année 2017).  Et ce alors même que le pays a atteint le taux recommandé de 95% de vaccination des moins de 5 ans contre la rougeole, les oreillons et la rubéole.

Vérité et mensonges

« Les cas anglais sont très probablement importés d’autres pays car les taux de vaccination pour la rougeole n’ont jamais été aussi bas en Europe (France, Roumanie, Grèce et Italie) provoquant la mort de quarante-huit personnes à travers l’Union européenne en 2016 rapporte encore Slate.fr. Si des personnes se sont détournées du triple vaccin dans les années 1990, c’est notamment à cause d’un médecin, Andrew Wakefield, qui avait publié une étude affichant la possibilité d’un lien entre le vaccin et l’autisme. » On sait, depuis, ce qu’il en était de la vérité. Et ce qui demeure des mensonges.

 En France, où le gouvernement a décidé de rendre obligatoire onze vaccins pédiatriques, la méfiance demeure vis-à-vis de l’immusiation à des fins de prévention. Pour n’être pas aussi radical qu’en Australie le discours néo-antivaccinal n’en est pas moins d’une particulière efficacité. Et aucune sanction financière directe des parents n’est envisagée par le gouvernement. Ces sanctions sont d’un autre ordre , concernant notamment l’entrée en crèche et à l’école :

« Les parents des enfants nés après le 1er janvier 2018 devront présenter à partir du 1er juin 2018, leur carnet de santé – pages vaccination – dûment tamponné ou un document signé par le professionnel de santé attestant de la réalisation des vaccinations pour être admis en crèche, ou dans toutes les collectivités d’enfants : écoles, centre de loisirs, colonies. Les personnes ou structures responsables d’accueillir l’enfant vont donc vérifier au regard de ces documents que les vaccinations obligatoires correspondant à l’âge de l’enfant ont bien été réalisées. Si l’enfant n’est pas à jour de ses vaccinations, ils ne pourront donc pas entrer en collectivité. En crèche ou à l’école, seule une admission provisoire est possible, les parents ayant alors 3 mois pour procéder aux vaccinations. En cas de refus persistant, le responsable de la structure est fondé à exclure l’enfant. »

Il est encore trop tôt pour dire ce qu’il en sera de l’adhésion réelle aux nouvelles obligations vaccinales. Trop pour savoir si, un jour, la France en viendra, ici, à imiter l’Australie. Mais pas trop tard pour commencer à y songer.

A demain