Pourquoi le candidat Dupont-Aignan soutient-il le Pr Henri Joyeux, opposé aux vaccins ?

 

Bonjour

Nicolas Dupont-Aignan le candidat révèle Dupont-Aignan Nicolas le citoyen. Nous l’avons vu tenter de séduire les buralistes au mépris de la santé publique. Le voici affichant ses convictions anti-vaccinales. C’était ce matin sur France Inter (à partir de 6’30’’). C’est en détail sur le blog du président de Debout la France : « Non à la vaccination forcée de nos enfants avec l’hexavalent ! ».

Celui qui se réclame du gaullisme et du souverainisme (et qui parle sans cette cesse haut et fort) prenait prétexte de la récente décision du Conseil d’Etat imposant au gouvernement de reprendre la commercialisation du vaccin DTP (diphtérie, tétanos, poliomyélite) qui n’est aujourd’hui pratiquement plus disponible. Ecoutons le candidat dénoncer un « scandale »:

« Ce vaccin était sûr, son emploi fondé, son retrait est un scandale que peu de Français soupçonnent. En juin 2008, le vaccin DTP a été retiré du marché, remplacé dans un premier temps par un autre vaccin puis par un super-vaccin (contenant 4 à 5 vaccins) auquel a succédé le vaccin hexavalent. L’arrêt de la fabrication du vaccin obligatoire DT-Polio au profit de l’hexavalent a rendu systématique l’injection aux nourrissons de trois vaccins non obligatoires (coqueluche / haemophilus influenzae type b / hépatite B) qui peuvent présenter des risques pour la santé. Il faut mettre fin à cette vaccination forcée. Celle-ci profite, avant tout, à l’industrie pharmaceutique qui comme par hasard en a profité pour augmenter les prix de 7€ à 40€ ! »

 Il ajoute avoir rencontré il y a peu « le Pr Joyeux et son épouse Christine » dont le combat est, selon lui, « exemplaire ». Il se dit même « fier d’être le premier candidat à l’élection présidentielle à avoir signé la pétition que le Pr Joyeux a lancée contre la vaccination obligatoire avec le vaccin hexavalent et la mise sur le marché du vaccin obligatoire DT-P pour tous les Français – pétition déjà signée par plus d’un million de personnes. » On verra ici ce qu’il en est de cette pétition.

Le silence de Marisol Touraine

Les parents qui partagent les opinions du Pr Joyeux, explique le candidat, sont en effet aujourd’hui soumis à un « dilemme risqué » : « soit laisser leur enfant sans couverture vaccinale et s’exposer aux poursuites pénales ainsi qu’à des menaces d’exclusion des crèches, écoles, et autres services publics ; soit vacciner leur enfant avec le vaccin hexavalent ». Or Nicolas Dupont-Aignan estime que « les Français doivent savoir que vacciner les enfants contre six maladies graves d’un coup est en soi un geste médical risqué ». Il ne leur dit pas précisément en quoi mais on le retrouve ici en phase avec Donald Trump.

Vient ensuite, sans surprise, la question de la présence d’aluminium dans les vaccins et la demande récurrente de faire « toute la lumière sur cette question essentielle » sur la base des travaux mené par une (seule) équipe française, celle de Romain Gherardi (hôpital Henri-Mondor) concernant la myofasciite à macrophages.

Sur France Inter le candidat a repris tout cela, défendu avec fougue le Pr Henri Joyeux, dénoncé l’avidité d’argent (l’esprit de lucre) de l’industrie pharmaceutique agissant avec la complicité du ministère de la Santé. Marisol Touraine répondra-t-elle à Nicolas Dupont-Aignan 1 ? Elle n’a jamais voulu, jusqu’ici, démontrer publiquement, de manière dépassionnée et rationnelle, les failles des arguments du Pr Henri Joyeux. Le moment semble, enfin, venu de faire œuvre ici de pédagogie sanitaire et politique.

A demain

1 « Vacciner ou s’abstenir ? Marisol Touraine se doit de prendre ses responsabilités avant de partir » Journalisme et santé publique, 11 février 2017. Sur ce thème, on peut lire notre chronique « Les anti-vaccins viennent de remporter une victoire en France » Slate.fr 10 février 2017

La rougeole attaque dans les secteurs de Metz et de Forbach. Va-t-on vacciner d’autorité ?

Bonjour

C’est un bulletin venu du front. La région Grand Est est actuellement touchée par une épidémie de rougeole qualifiée d’« importante ». On recense officiellement, au 17 mars 63 cas recensés depuis le 30 janvier 2017 dans les départements de Moselle et Meurthe-et-Moselle. Trois fois sur quatre le virus infecte des enfants selon les responsables de l’Agence Régionale de Santé (ARS). « Les chiffres caractérisent une épidémie importante, mais pas exceptionnelle », a précisé l’ARS à l’AFP.

Affinons : l’épidémie est localisée sur les secteurs de Metz et Forbach. On connaît la cause de la pérétration de l’ennemi dans ce secteur : une absence (ou une insuffisance) de vaccination anti-rougeoleuse chez les sujets atteints ainsi que dans l’entourage des cas déclarés. Tout ceci associé à la fréquentation de lieux de vie collectifs.

Les personnes contaminées ont entre six semaines et 46 ans – et plus de la moitié sont des enfants de moins de 5 ans. « Parmi ces 63 cas recensés, 61 % n’étaient pas vaccinés, précise l’ARS. Elle ajoute que 27 % d’entre eux ont moins d’un an et n’étaient donc pas encore « vaccinables ». « Il suffit d’un cas dans une collectivité pour générer une épidémie, et ce sont presque toujours des personnes non vaccinées qui en sont à l’origine », souligne l’ARS.

Face à des symptômes évocateurs (fièvre supérieure à 38°, toux, rhinite, conjonctivite, éruption cutanée…), l’ARS recommande de contacter par téléphone le médecin traitant « pour qu’il adapte le mode de consultation ». Ne  pas se rendre directement dans une salle d’attente ou aux urgences hospitalières. Une personne atteinte de rougeole est contagieuse 5 jours avant et 5 jours après l’éruption cutanée.

Que va faire Marisol Touraine ?

Que faire d’autre ? L’ARS invite les parents à vérifier auprès des professionnels de santé la mise à jour des vaccinations. On sait que le vaccin trivalent rougeole-oreillons-rubéole (ROR) (vaccin recommandé) reste le seul moyen de prévention efficace, rappelle l’ARS. Une première dose à l’âge de 12 mois, une seconde dose entre 16 et 18 mois.

Précision : dans le cas d’une situation épidémiologique nécessitant la vaccination de nourrissons dans leur première année de vie (en cas d’épidémie ou de voyage en zone d’endémie), une seconde dose doit être administrée dans la 2ème année de vie, de préférence dans les 3 mois suivant la 1 ère dose. En aucun cas, l’intervalle entre les 2 doses ne doit être inférieur à 4 semaines.

En théorie tous les enfants, adolescents et adultes nés depuis 1980, devraient avoir reçu deux doses du vaccin trivalent. Marisol Touraine devrait dire sous peu quelles suites elle entend donner aux recommandations formulées au terme de la consultation nationale sur la vaccination : rendra-t-elle, parmi d’autres, le vaccin ROR obligatoire ?

A demain

Post-vérité : Marisol Touraine a-t-elle effacé son intérêt pour la vaccination des Français ?

Bonjour

C’est, au mieux, une piqûre de rappel. Elle est administrée, dans l’éditorial de la dernière livraison (février) de Médecine/Sciences, par le Pr Alain Fischer (Collège de France, Institut Imagine-Inserm Hôpital Necker-Enfants Malades). Ce scientifique réputé avait, l’an dernier, répondu pleinement présent à l’appel de Marisol Touraine. A l’époque la ministre des Affaires sociales et de la Santé souhaitait « proposer une concertation citoyenne sur le thème de la vaccination ». Une affaire à haut risque compte-tenu de la montée, en France, d’une vague diffuse et hétérogène d’inquiétude vis-à-vis de l’innocuité de cette méthode de prévention jouant sur l’immunité.

« C’était, dit Alain Fischer, une approche audacieuse mais noble, pour permettre à nos concitoyens de s’approprier les conclusions obtenues. Usagers de la santé, professionnels de la santé non spécialistes et experts y ont activement contribué. Ce travail a, bien sûr, fait apparaître la diversité des opinions, mais un consensus s’est vite dégagé sur la réaffirmation du caractère indispensable de la vaccination et sur la nécessité de la promouvoir par une action forte. »

Rougeole, méningocoque, papillome humain

Faut-il rappeler l’urgence d’une prise de conscience de la situation française ? Couverture insuffisante de vaccination contre la rougeole (77 % de couverture pour la seconde dose, là où il faudrait 95 %) et résurgence de cette maladie virale ; échec relatif de la mise en place du vaccin contre le méningocoque C (70 % de couverture à l’âge de 2 ans) ; échec quasi complet de celle du vaccin contre les virus du papillome humain – HPV (14 % de couverture en 2015).

« Cet échec reflète une défiance croissante à l’égard de la vaccination au sein de la population et des professionnels de santé, défiance alimentée par une diffusion dans les réseaux sociaux d’opinions hostiles et non fondées, reprises par certains médias, écrit aujourd’hui Alain Fischer.  Elle est responsable d’une attitude d’hésitation. Le concept de « post-vérité », où analyse scientifique et opinion font l’objet d’une égale considération, s’applique bien à la vaccination (« une minute pour les pro, une minute pour les anti » !). Le contexte, marqué par des scandales dans le domaine de la santé et par l’absence de réponse à la diffusion des fausses nouvelles, rend probablement compte de la relative importance de ce phénomène en France. »

Fausses nouvelles et responsabilités

Il faudra, un jour revenir sur la formule « absence de réponse à la diffusion des fausses nouvelles » – y revenir pour s’interroger les causes, les moyens et les responsabilités. Reste que la concertation citoyenne voulu par la ministre de la Santé a été organisée et qu’elle a formulé un certain nombre de propositions 1. Elles visent, comme annoncé à « rétablir la confiance en la vaccination et à augmenter rapidement la couverture vaccinale ». La plus importante est sans aucun doute la modification du statut juridique de la vaccination.

« À ce jour, sous le poids de l’histoire, seuls trois vaccins sont obligatoires (diphtérie, tétanos et poliomyélite), les autres simplement recommandés. Cette situation non scientifiquement justifiée est exploitée par les adversaires de la vaccination pour réclamer une vaccination sélective, « à la carte ». Le statut actuel ne peut donc persister. Lever l’obligation et recommander l’ensemble des vaccins du calendrier vaccinal est une option. Elle implique une prise de conscience et une responsabilisation des citoyens et des acteurs de santé, dont malheureusement beaucoup d’indicateurs montrent l’insuffisance.

« Les actions autour de l’information, de l’éducation et de la communication, si elles sont menées avec force et ténacité, devraient à terme permettre d’atteindre cet objectif. Dans l’attente, la seule solution consiste à élargir temporairement l’obligation à l’ensemble du calendrier vaccinal de l’enfant. C’est là, donner un signal fort face à une situation préoccupante. Une clause d’exemption, comme pratiquée dans certains États des États-Unis, est envisageable, à condition que son utilisation reste limitée et ne compromette pas l’objectif de protection collective de la population. La prise en charge intégrale par la collectivité du coût de la vaccination (un surcoût d’environ 150 millions d’euros/an) devrait aussi contribuer à améliorer la couverture vaccinale (notamment contre HPV) et apparaître comme un juste accompagnement de l’obligation. »

GSK et l’hépatite B

Nous étions en novembre 2016. Quatre mois plus tard la situation s’est compliquée. Silence total des géants producteurs de vaccins et, du fait de la multinationale britannique, GSK installation brutale et totalement incompréhensible d’une pénurie d’ Engerix B contre l’hépatite virale B – pénurie imposant à la Direction Générale de la Santé d’organiser une distribution strictement contingentée à l’hôpital.

« Nos propositions ont reçu un très large soutien de nombreux acteurs de santé et d’associations qui en demandent l’application immédiate 2, écrit Alain Fischer. Elles sont aujourd’hui sur la table de la ministre des Affaires sociales et de la Santé et des acteurs du monde politique. Leur engagement déterminé est attendu pour que, enfin, soit prise en compte la menace qui pèse sur un pilier de la santé publique et qu’il y soit remédié. »

On n’ose imaginer que la table Marisol Touraine soit à ce point encombrée qu’elle ne trouve le temps, bien avant le mois de mai, de retrouver ce dossier. Cette piqûre de rappel aura-t-elle un effet ?

A demain

1 Rapport sur la vaccination. Comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination, 30 novembre 2016 (http://concertation-vaccination.fr).

2 Communiqué de presse. 23 sociétés médicales demandent la mise en place immédiate des recommandations de la concertation citoyenne sur la vaccination. 20 décembre 2016

Incroyable mais vrai : la France souffre d’une pénurie de vaccins contre l’hépatite B

 

Bonjour

En langage diplomatique on dit « tensions d’approvisionnement ». Dans les fait c’est une situation  de pénurie. Le bruit commençait à courir, c’est vérifié. Et officialisé : la France manque de vaccins contre l’hépatite virale de type B. La Direction générale de la santé vient de faire savoir qu’elle « prenait des mesures pour garantir la vaccination » et le Haut conseil de la santé publique « adapte les recommandations de vaccination ». Il y a quelques jours la Fédération nationale d’aide aux insuffisants rénaux (population particulièrement exposée d’infection) avait écrit à Marisol Touraine afin de demander des recommandations claires pour encadrer leur utilisation

« Depuis le mois de janvier 2017, la France, comme de nombreux pays au niveau international, est confrontée à des tensions d’approvisionnement en vaccins contre l’hépatite B destinés aux adultes, explique-t-on à la presse. La Direction générale de la Santé et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) ont obtenu la mise en place de solutions alternatives garantissant l’approvisionnement pour les mois à venir et permettre aux personnes qui le nécessitent de se faire vacciner. »

Quant au Haut conseil de la santé publique (HCSP), il vient de publier un avis définissant les populations prioritaires à vacciner contre l’hépatite B . Il recommande de vacciner, en priorité les personnes qui dans le cadre de leur exercice professionnel sont soumises à l’obligation vaccinale, notamment les professionnels de santé exposés au risque de contamination  dans un établissement de soins, les élèves ou les étudiants des professions de santé et les militaires à l’incorporation ; et les autres en fonction de l’importance de leur exposition au risque.

Se rapprocher de son médecin

Il demande de reconsidérer l’utilisation des différents vaccins disponibles : le HBVAXPRO® 5 µg/ml peut désormais être utilisé pour les nouveau-nés. Il demande aussi la mise à disposition effective des vaccins indiqués chez les insuffisants rénaux : HBVAXPRO® 40 µg, et FENDRIX B® 20 µg. Il recommande, enfin, « de vacciner les professionnels de santé déjà vaccinés selon les résultats des sérologies et d’effectuer la troisième dose de vaccin après la période de pénurie ».

Pénurie : le mot est lâché.  En théorie les vaccins contre l’hépatite B destinés aux enfants ne sont pas concernés par ces « tensions ». La distribution des vaccins destinés aux adultes a été réservée aux établissements de santé et peuvent être dispensés aux patients non-hospitalisés prioritaires, sur prescription médicale. Les Agences régionales de santé (ARS) et les professionnels de santé ont été informés. Et la Direction Générale de la Santé invite les populations adultes prioritaires concernées « à se rapprocher de leur médecin traitant qui pourra les conseiller et les orienter ».

Rien n’est dit, comme toujours, n’est dit quant aux raisons qui expliquent cette pénurie. Tout, dès lors, peut être imaginé.

A demain

Vaccin anti-sida : l’Agence du médicament autorisera-t-elle l’expérience de Marseille ?

Bonjour

Trente ans après on pensait en avoir fini avec les révélations, via la presse régionale, des nouveaux et formidables espoirs vaccinaux  contre le sida. Or voici, une nouvelle fois, qu’un abcès médiatique est collecté à Marseille. La Provence révèle qu’un protocole mené depuis 2013 auprès de 48 patients a livré des résultats encourageants (contenu payant). Ce vaccin expérimental aurait permis « de faire disparaître les cellules infectées du corps d’une dizaine de volontaires qui étaient porteurs du virus ». Une avancée qui permet au quotidien de titrer en une « Un espoir fou ». Le Point a repris l’information provençale :

« Sous la conduite du Dr Isabelle Ravaux à l’hôpital de la Conception de Marseille  et d’Erwann Loret, biologiste au CNRS, trois doses ont été injectées sur des patients volontaires. Ces 48 personnes ont donc arrêté leur trithérapie. ‘’Le résultat le plus remarquable est que les cellules infectées par le VIH ne sont plus détectables chez une dizaine de patients. Et ce, depuis deux ans, ce qui est tout à fait exceptionnel, détaille Erwann Loret à nos confrères de La Provence. Si des épisodes de ce type sont observés parfois chez des patients, cela ne s’était encore jamais produit sur une telle durée.’’ Le vaccin aurait donc eu un effet et diminué le nombre de cellules infectées par le virus. »

Le chercheur est une personnalité qui a déjà été au centre de quelques controverses médiatiques 1. Il explique à La Provence que chez deux patients le taux d’anticorps a chuté, car leur système immunitaire « ne voyait plus les cellules infectées » : la « rétroconversion ».  « Nous allons, avec l’Agence du médicament, proposer à ces deux patients qui ont repris la trithérapie d’arrêter leur traitement, sous suivi médical, assure-t-il. Si, après trois mois, les cellules infectées sont toujours indétectables, on pourra alors parler de guérison fonctionnelle. » A l’évidence, Marseille ou pas, l’affaire doit être un peu plus compliquée que ce qu’il nous est donné d’en lire.

A demain

1 « Vaccin sida : Biosantech avait-elle le droit de présenter ses premiers résultats à la presse ? » Journalisme et santé publique, 29 octobre 2015

Une fillette de 4 ans meurt d’une tuberculose pulmonaire et méningée au CHU de Rennes

 

Bonjour

Le spectre de la tuberculose. C’est une mort qui survient en pleine polémique nationale vaccinale. Une fillette de 4 ans est décédée des suites d’une tuberculose il y a quelques jours à l’Hôpital Sud de Rennes.  Sa famille vit à Vildé-Guingalan, près de Dinan (Côtes-d’Armor). Une campagne de dépistage est lancée dans son école maternelle. « Informée de ce cas très rare dans notre pays de nos jours, l’Agence Régionale de Santé (ARS) a organisé une réunion à destination des parents d’élèves de l’école à la salle des fêtes de Vildé-Guingalan, en présence d’un médecin et d’une infirmière » précise Ouest-France.

La fillette était scolarisée en classe de petite et moyenne section. Une campagne préventive de dépistage a été lancée. Les élèves des deux classes de maternelle de cette école seront notamment soumis à une radio pulmonaire, qui sera renouvelée dans trois mois.

L’école de Vildé-Guingalan

« ’’Ce protocole est proposé à toutes les personnes ayant eu un temps de contact cumulé de 8 heures lors des trois derniers mois ’’ a expliqué à Ouest France un médecin de l’ARS. Cela inclut donc les enfants de maternelle scolarisés avec la fillette, le personnel et les enseignants, ainsi que la famille et les proches. Ce dépistage sera proposé le 28 février, à l’école de Vildé-Guingalan. Les personnes concernées pourront également l’effectuer via leur médecin traitant. »

Le quotidien breton prend soin de préciser que ce cas mortel est différent des cas de méningite détectés à Broons, au sud de Dinan. Mi-décembre, au collège Jean-Monnet, deux élèves de quatrième avaient développé une méningite d’origine bactérienne (à méningocoques). L’ARS avait alors lancé une campagne de vaccination auprès de 600 personnes en janvier.

L’enfant n’était pas vaccinée

Le cas a été notifié à l’ARS de Bretagne le 2 février dernier. « La fillette présentait une atteinte méningée mais aussi une atteinte pulmonaire, a précisé au Quotidien du Médecin le Dr Pierre Guillaumot, médecin-inspecteur de santé publique à l’ARS de Bretagne. Elle n’était pas vaccinée car elle ne faisait pas partie des populations chez qui le BCG reste recommandé 1. En raison de la contagiosité – l’enfant était BK+ – une campagne de dépistage va être proposée aux personnes qui ont été en contact avec elle pendant plus de 8 heures dans les trois derniers mois à moins de deux mètres. » En cas de découverte d’une infection tuberculeuse latente, un traitement antituberculeux est mis en route.

En Bretagne et en 2015 cent-quatre vingt dix cas de tuberculose ont été signalés (dont sept chez enfants de moins de 15 ans) et sept cas de méningites tuberculeuses (essentiellement chez des personnes âgées).

L’incidence de la tuberculose maladie diminue en France chaque année. C’est ce phénomène qui a été l’un des facteurs qui a conduit les autorités sanitaires à suspendre l’obligation vaccinale en juillet 2007. Et à passer d’une vaccination universelle obligatoire à une vaccination ciblée recommandée chez les enfants à risque de tuberculose. Un bilan réalisé en 2012 (« Bulletin épidémiologique hebdomadaire » du 12 juin 2012, n° 24-25) ne montrait pas d’impact du changement de politique vaccinale. Une vaccination antituberculeuse qui soulève, elle aussi, de considérables problèmes pratiques comme nous l’expliquions il y aura bientôt un an.

A demain

1 Depuis août 2007 la vaccination par le BCG ne peut plus être exigée à l’entrée en collectivité mais « fait l’objet d’une recommandation forte pour les enfants à risque élevé de tuberculose ». Pour les enfants exposés à un risque élevé de tuberculose, la vaccination par le BCG est recommandée dès la naissance. Les nourrissons âgés de moins de 3 mois sont vaccinés par le BCG sans test tuberculinique préalable. Chez les enfants à risque non vaccinés, la vaccination peut être réalisée jusqu’à l’âge de 15 ans. L’intradermoréaction (IDR) à la tuberculine préalable à la vaccination doit être réalisée à partir de l’âge de 3 mois pour éviter de vacciner un enfant qui aurait déjà été infecté. La vaccination ne s’applique qu’aux personnes ayant une intradermoréaction à la tuberculine négative.

Sont considérés comme enfants à risque élevé les enfants qui répondent au moins à l’un des critères suivants : – enfant né dans un pays de forte endémie tuberculeuse ; – enfant dont au moins l’un des parents est originaire de l’un de ces pays ; – enfant devant séjourner au moins un mois d’affilée dans l’un de ces pays ; – enfant ayant un antécédent familial de tuberculose (collatéraux ou ascendants directs) ; – enfant résidant en Île-de-France, en Guyane ou à Mayotte ; – enfant dans toute situation jugée par le médecin à risque d’exposition au bacille tuberculeux, notamment enfant vivant dans des conditions de logement défavorables (habitat précaire ou surpeuplé) ou socioéconomiques défavorables ou précaires (en particulier parmi les bénéficiaires de la CMU, CMUc, AME…) ou en contact régulier avec des adultes originaires d’un pays de forte endémie.

 

 

 

Lézardes : Marisol Touraine sera-t-elle la responsable d’une fracture vaccinale nationale ?

 

Bonjour

En matière de politique vaccinale l’autruche est rarement un modèle à suivre. Combien de temps Marisol Touraine pourra-t-elle faire semblant de croire que rien ne presse ? La décision du Conseil d’Etat sur la vaccination constitue un séisme aux effets multiples dont la ministre de la Santé ne pourra pas longtemps faire l’économie. Un nouvel événement témoigne de l’urgence de la situation et de l’absolue nécessité d’une prise de parole ministérielle : une vingtaine de société savantes, institutions et syndicats viennent de prendre la parole d’une même voix.

Ils rappellent et résument l’essentiel : 1 le Conseil d’Etat constate qu’il existe sur le plan juridique une inadéquation entre une obligation vaccinale concernant trois vaccins (diphtérie, tétanos et poliomyélite – DTP) et l’absence de présentation disponible pour chacun d’entre eux isolément ; 2 le Conseil d’Etat écarte cependant l’argumentation des requérants sur les risques allégués des vaccinations non obligatoires associées aux trois vaccinations obligatoires ; le Conseil d’Etat relève aussi que ces vaccinations complémentaires sont d’autre part recommandées.

Aucun vaccin DTP disponible

Or il existe, parmi les recommandations celle associant les trois vaccins obligatoires (DTP) et trois autres recommandés (Haemophilus influenza de type B, coqueluche, hépatite B). « Pour la communauté scientifique, ces six vaccins sont tous également indispensables » expliquent-ils. Et chacun doit tenir son rôle.  Le Conseil d’Etat est dans le sien en demandant à la ministre d’appliquer la loi. Sa demande concernant la mise à disposition de vaccins correspondant aux obligations en vigueur implique de choisir entre trois solutions, un choix que Marisol Touraine doit faire : soit la mise à disposition d’un vaccin DTP dans les six mois, soit la levée des obligations vaccinales, soit l’extension des obligations à l’ensemble des six vaccins contenus dans les vaccins actuellement utilisés.

Or chacun sait (à commencer par les signataires) qu’il n’existe aujourd’hui aucun vaccin DTP disponible permettant de répondre à cette demande. Chacun sait (ou pressent) que la « levée des obligations vaccinales » n’irait pas sans effets nocifs. Selon les signataires (qui ne donnent pas leurs sources) « elle pourrait induire une baisse d’environ 20% de la couverture vaccinale vis-à-vis de maladies graves exposant la population à un risque infectieux élevé ».

Reste à relire les magistrats du Conseil d’Etat qui suggèrent que l’extension des obligations vaccinales « permettrait de mettre en adéquation la loi avec les besoins de santé et de répondre aux contraintes actuelles ». Or cette mesure figure déjà, précisément, dans les recommandations du « comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination » mise en place par Marisol Touraine. Sans surprise les sociétés signataires estiment que c’’est la seule mesure actuellement envisageable pour protéger la population.

Une lettre de Marisol Touraine de 2012

Aux antipodes du spectre on trouve l’association E3M qui milite notamment « pour des vaccins sans aluminium ». Elle estime quant à elle que les « actions médiatique » actuelles n’ont pour but que d’inciter les responsables politiques à élargir l’obligation vaccinale à onze pathologies, au lieu de trois jusqu’à présent, « ce qui ferait correspondre l’obligation vaccinale aux vaccins commercialisés par l’industrie ». Elle rappelle avoir démontré (rapport, pages 48-52) que les données sur l’« augmentation des effets indésirables » ayant conduit au retrait en 2008 du vaccin DTPolio® sans aluminium « avaient été falsifiées par le fabricant ». Elle ressort aussi une lettre signée de Marisol Touraine datant d’avril 2012, peu avant sa nomination au ministère de la Santé. 2 Et encore:

« Tout est bon pour cacher l’escroquerie à l’origine de la disparition du DTPolio® en 2008, pour faire croire à l’innocuité de l’aluminium et à l’absence d’alternative, pour faire peur aux Français avec le risque « d’une baisse de la couverture vaccinale » dont découlerait « beaucoup de morts ». Cet élargissement de l’obligation vaccinale aurait l’apparence d’une action de bon sens : la vaccination est un acte de prévention !

« Mais en réalité, cette décision aurait pour conséquence d’aggraver l’état de santé de nombreux français par l’injection de doses supplémentaires d’aluminium, un produit neurotoxique et perturbateur endocrinien, alors que le DTPolio® était, lui, sans aucun adjuvant. Il était par ailleurs largement utilisé et plébiscité tant par les citoyens que par les professionnels de santé. »

Confusion

Dénonçant « une volonté de manipuler les esprits des auditeurs et des téléspectateurs » elle annonce saisir le Conseil National de l’Ordre des Médecins pour non-respect du code de santé publique par certains experts qui ne font pas état de leurs liens d’intérêts avec l’industrie ». « Une lettre sera aussi transmise au CSA pour lui demander de faire respecter la loi » ajoute cette association.

« Nous sommes actuellement dans une période de confusion totale. Essayons d’y voir un peu plus clair, conclut-elle. Face à cette cacophonie, on attend d’un responsable politique qu’il prenne ses responsabilités. »

C’est bien le seul point, républicain, sur lequel s’accorde les deux parties.Et les deux parties attendent.

A demain

1 Académie nationale de Pharmacie, SPILF; Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française SNFMI; Société Nationale Française de Médecine Interne SMV; Société de Médecine des Voyages ; SFSA; Société Française pour la Santé de l’Adolescent (SFSA) ; Société Française d’Hématologie (SFH); Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H); Société Française de Néonatologie (SFN) ; Société Française de Pédiatrie ; société française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG) ; Pédiatres du Monde(PDM) ; Groupe de Pathologie Infectieuse Pédiatrique (GPIP) ; Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale (FNCGM); Conseil National Professionnel de Pédiatrie ( CNPP) ; Collège National des Sages-Femmes de France (CNSF); Association Nationale des Puéricultrices Diplômés et des Etudiants (ANDPE); Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA) ; Confédération des syndicats médicaux français Syndicat National des médecins de PMI (CSMF); Syndicat National des Pédiatres Français (SNPF)

2 Alors députée d’Indre-et-Loire et co-responsable de l’équipe « François Hollande 2012 » Marisol Touraine écrit à l’association E3M : « Dans le contexte de perte de confiance de nos concitoyens envers les institutions sanitaires, en particulier depuis la gestion catastrophique de l’épidémie de grippe A et la dénonciation de graves conflits d’intérêts ayant provoqué de trop nombreux scandales sanitaires, il faut donner les meilleures assurances de sécurité pour effectuer les vaccinations obligatoires dans l’intérêt de la santé de notre population. La nature des adjuvants utilisés dans leur fabrication doit faire l’objet d’une attention particulière et doit être communiquée aux familles afin qu’elles soient pleinement informées. Elles doivent également avoir le choix de faire procéder aux vaccinations obligatoires par des vaccins sans sel d’aluminium, d’autant plus que cela était le cas jusqu’en 2008. «