Aujourd’hui les antivaccins «jouent avec le feu». Entretien avec l’historien Patrick Zylberman

 

Bonjour

Patrick Zylberman est professeur émérite d’histoire de la santé à l’École des hautes études en santé publique et membre du Centre Virchow-Villermé (Paris-Descartes/Berlin-La Charité). Il a participé, en 2016 au Comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination. Membre du Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages d’histoire de la santé publique. Selon lui, «l’État-nation doit faire face à une crise de légitimité qui frappe jusqu’à des enjeux sanitaires comme les vaccins». Pour Slate.fr il nous en a expliqué les causes et les conséquences – et prend position quant au choix fait par le gouvernement d’étendre les obligations vaccinales.

Historien, vous vous êtes attaché à analyser sur le long terme les phénomènes d’oppositions à la pratique vaccinale. Quelles lectures faites-vous de la situation actuelle à la lumière des théories du complot et dans le contexte actuel de la post-vérité?

– Les récriminations contre les vaccins montent dans l’opinion depuis la fin des années 1990. C’est vrai aux États-Unis, mais aussi en Europe, au Japon, en Australie. Au sein de ces populations depuis longtemps médicalisées, les notions de risque et de probabilité semblent aujourd’hui bien mal acceptées. En 1996, les Centre pour le contrôle des maladies américains  avaient consacré un dépliant à l’examen critique des rumeurs plus ou moins anciennes sur la vaccination; des rumeurs traditionnelles (le vaccin est un poison) jusqu’aux plus contemporaines (théories de la conspiration). Cinq ans plus tard  on recensait aux États-Unis plus de 300 sites inondant internet de leur propagande anti-vaccinale.

Aujourd’hui  l’opinion est loin d’être sourde aux sirènes de la peur et de l’erreur: un quart des parents américains d’un enfant de moins de six ans se disent persuadés que trop de vaccins «affaiblissent» les défenses immunitaires des petits –c’est là un article de foi pour les anti-vaccins. Comme la France (avec l’hépatite B) ou l’Angleterre (avec la rougeole), les États-Unis ont eu (dans les années 1970) leur «crise de la vaccination» avec une folle campagne visant le vaccin contre la coqueluche. Ce phénomène eut, là aussi, pour conséquence l’interruption de la vaccination, avec recrudescence de l’incidence de la maladie chez les jeunes –une incidence entre dix et cent fois supérieure à celle des pays où cette vaccination n’a pas été interrompue.  Puis la campagne dirigée contre le vaccin anti-coqueluche atteindra  la Suède, le Japon, le Royaume-Uni, la Russie, l’Italie, l’Allemagne fédérale, l’Irlande et l’Australie…. 

Les théories du complot «prennent» dans presque tous les milieux sociaux, professionnels de l’information ou du soin compris -et ce sur toute la surface du globe. Il nous faudra bien parvenir un jour à expliquer pourquoi (…)

Lire la suite, sur Slate.fr »

A demain

 

Trompe-l’oeil : onze vaccins sont obligatoires mais l’obligation vaccinale est supprimée.

Bonjour

C’est fait :  les modalités de l’extension de la vaccination obligatoire des enfants de moins de 18 mois viennent d’être présentées en conseil des ministres dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2018. Reste l’examen du texte par l’Assemblée nationale. On imagine mal la majorité macroniste faire, ici, marche arrière.

On en connaît l’essentiel : tous les enfants qui naîtront après le 1er janvier 2018 devront recevoir, avant d’avoir atteint l’âge de 18 mois, onze vaccins pédiatriques : antidiphtérique, antitétanique, antipoliomyélitique (déjà obligatoires), et les vaccins jusqu’à présent recommandés, contre la coqueluche, les infections invasives à Haemophilus influenzae de type B, l’hépatite virale B, les infections invasives à pneumonocoque, la méningocoque de sérogroupe C, la rougeole, les oreillons, la rubéole. Tous les vaccins obligatoires seront pris en charge à 65 % par l’assurance-maladie – à l’exception du ROR, remboursé à 100 %. Gratuité dans les centres publics de vaccination et les PMI. Surcoût pour l’assurance-maladie : 12 millions d’euros.

Avoir confiance

Obligation, donc. Officiellement aucune exemption n’est prévue, la clause évoquée fin 2016 à l’issue de la Concertation citoyenne ne résistant pas, selon le gouvernement, à l’analyse juridique. Reste l’argument qui avait été avancé par le Pr Alain Fischer et le Comité d’orientation de cette concertation citoyenne : comment pouvoir être certain de l’acceptabilité d’une mesure qui, sur un sujet à ce point sensible, consisterait à étendre le statut obligatoire à de nouveaux vaccins sans aucune possibilité de s’y soustraire. Réponse, difficilement compréhensible de la ministre Agnès Buzyn :  « L’objectif n’est pas de sanctionner, mais de rendre la confiance dans les vaccins ».

Comment se sortir d’un tel casse-tête ? Comment prévenir les immanquables conflits médiatisés autour des enfants qui, parce que non vaccinés, resteraient à la porte des crèches et des maternelles ? Il suffisait d’un peu d’imagination. « La justification de la vaccination des enfants nés en 2018 devra être fournie à partir du 1er juin 2018 pour toute admission ou maintien en collectivité, résume Le Quotidien du Médecin (Coline Garré). En contrepoint de ce principe d’exigibilité, aucune sanction supplémentaire n’est introduite ; les sanctions du code de santé publique relatives au non-respect de l’obligation vaccinale sont même supprimées, car redondantes avec l’infraction générale prévue dans le Code pénal : jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende pour les titulaires de l’autorité parentale qui ne protègent pas leur enfant.

Contraindre sans punir ?

« Ce n’était juridiquement pas tenable » a expliqué Agnès Buzyn, fin septembre, sur RMC-BFMTV. La ministre des Solidarités et de la Santé a aussi ajouté : « Il n’y aura pas de sanction pénale. Par contre il existe une mesure générale concernant la protection des enfants. C’est la loi : les parents sont censés protéger leurs enfants. Pénalement, légalement, un enfant pourra se retourner un jour contre ses parents parce qu’il a un handicap, parce qu’il n’a pas été vacciné, amputé par exemple à la suite d’une septicémie à pneumocoque. Et là les parents pourront être condamnés à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. »

Attendre, pour l’exemple, que des enfants amputés se retournent contre leurs parents inconséquents ? Que penser de cette trouvaille de l’exécutif ? N’est-ce pas là une obligation en trompe l’œil dont se joueront tous les parents opposés à la vaccination dans son ensemble ou à quelques vaccins tenus pour être « dangereux » ? Où l’on revient à l’équation de départ : comment contraindre sans punir ? Sans prévoir de solides sanctions dissuasives ?

« Ces obligations pourront être levées lorsque les couvertures vaccinales appropriées seront atteintes et que la levée de l’obligation ne risquera pas d’entraîner une baisse des vaccinations », peut-on lire dans l’exposé du projet de loi. Prudent le gouvernement ne fait, ici, aucune prophétie.

A demain

 

Vaccin contre le cancer du col de l’utérus : lourdes ambiguïtés de la Haute Autorité de Santé

Bonjour

Sous le langage officiel, parfois, quelques éclairs. C’est un communiqué symptomatique. Il est signé de la Haute Autorité de Santé (HAS) : « Cancer du col de l’utérus : une meilleure couverture vaccinale et un dépistage renforcé restent la priorité ».

Le contexte. Chaque année en France, on diagnostique environ 3 000 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus, 500 cancers de la vulve, 300 cancers du vagin et 1 100 cancers de l’anus – et dans le même temps plus de 1 000 décès prématurés. Le cancer du col de l’utérus est l’un des seuls cancers dont le taux de survie à 5 ans est en diminution. Dans presque tous les cas nous sommes là face à la conséquence d’une infection persistante causée par un ou plusieurs papillomavirus humains (HPV), agents pathogènes sexuellement transmissibles.

La nouveauté. Il existe aujourd’hui en France deux vaccins (disponibles et remboursés) contre les infections dues aux HPV : le Cervarix (GSK) et le Gardasil (MSD). Arrive un troisième : le vaccin Gardasil 9. Il est présenté comme protégeant contre cinq génotypes supplémentaires – par rapport au Gardasil précédent. Et, nouveauté, il vient d’être évalué par la HAS. Cette dernière « reconnaît son efficacité importante et sa bonne tolérance, proche de celle de Gardasil ». Elle le « propose donc au remboursement en lui attribuant un service médical rendu’’ important ‘’ ».

L’incohérence. Mais dans son évaluation du « progrès » représenté par Gardasil 9, la HAS constate que les génotypes 16 et 18, responsables des cancers du col de l’utérus les plus graves et les plus nombreux, sont déjà couverts par le Gardasil précédent. « En conséquence, Gardasil 9 n’aura qu’un impact supplémentaire faible en vie réelle » dit la HAS – qui lui attribue de ce fait  une amélioration de  service médical rendu V (traduction : amélioration « inexistante » – « absence de progrès thérapeutique »).

Pourquoi, dès lors, proposer au remboursement par la collectivité une totale absence de service médical ? Et ce d’autant  que la HAS préconise dans le même temps « que la dépense publique soit prioritairement consacrée à renforcer la couverture vaccinale et le recours au dépistage ». De quoi (et de qui) parle-t-on ?

La question sans réponse : En France la stratégie de prévention des cancers liés aux HPV repose notamment « sur la vaccination chez les filles de 11 à 14 ans avec un rattrapage jusqu’à 19 ans révolus ». «  A ce jour, en France, la prévention des infections à HPV est insuffisante, souligne la HAS. Le taux de couverture vaccinale est l’un d’un des plus bas en Europe : moins de 20% de la population cible est vaccinée alors que le Plan Cancer 2014-2019 fixe un objectif de 60%. »

A qui la faute ?  A quand le procès ? Pourquoi ne pas rendre, lui aussi, ce vaccins obligatoire ? Ici, la HAS se tait.

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Atteint de la rage, un enfant de 10 ans a été hospitalisé à Lyon. Il avait séjourné au Sri Lanka

 

Bonjour

Un enfant âgé de 10 ans habitant le Rhône a contracté la rage. Il avait été été mordu en août par un chiot porteur de la maladie sur une plage du Sri Lanka. L’information vient d’être confirmée par l’Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes après que le diagnostic porté par le Centre national de référence de la rage, à l’Institut Pasteur. L’enfant est hospitalisé depuis le 4 octobre. Aucun détail sur son état de santé n’a été donné par l’ARS qui précise avoir identifié les personnes « ayant été au contact direct avec la salive ou les larmes de cet enfant », compte tenu de la « gravité » de la maladie.  L’incubation chez l’homme de cette maladie, « presque constamment mortelle une fois déclarée », varie entre 20 à 60 jours en moyenne, rappelle l’ARS.

Le garçon n’avait pas reçu de traitement prophylactique – ni au Sri Lanka, ni à son retour en France. Le 1er octobre il  a présenté de premiers signes cliniques neurologiques évocateurs avant d’être dirigé vers les Hospices civils de Lyon où son état s’est brutalement dégradé.

La France est reconnue indemne de la rage. Toutefois, depuis 1970, 23 cas ont été observés sur des personnes après des retours de voyage à l’étranger. Le dernier datait de 2014. Dans le monde la rage est toujours responsable de quelque 59.000 décès par an.

Une éradication prévue pour 2030

Il y a quelques jours la « Journée mondiale contre la rage » avait été marquée par l’annonce du lancement de la plus grande initiative mondiale contre cette maladie – une initiative conjointe de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’Alliance mondiale contre la rage (GARC : Global Alliance for Rabies Control). Objectif : éliminer d’ici 2030 les décès humains dus à la rage transmise par les chiens.

En pratique, il s’agira pour l’essentiel de prévenir la rage transmise par les chiens au moyen de l’extension de la vaccination canine et en développant l’accès aux soins, aux médicaments et aux vaccins pour les populations à risque.  Le défi est de taille : la rage, maladie virale en général mortelle après l’apparition des symptômes, est aujourd’hui encore présente dans plus de 150 pays et territoires.  La vaccination de masse des chiens est  unanimement reconnue comme la seule méthode pour éradiquer la maladie chez l’homme.

A demain

 

 

Vaccin anti-grippe : Agnès Buzyn osera-t-elle l’imposer à l’ensemble des soignants ?

 

Bonjour

Ne rien changer en dépit des vents mauvais : une campagne lancée sur sept chaînes de télévision, via des dépliants, des affiches, une vidéo de sensibilisation dans les caisses d’assurance-maladie- sans parler des réseaux sociaux, avec « une page Facebook dédiée ».

Pourquoi changer ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé vient, marronnier sanitaire, de couper le ruban : vaccination contre la grippe saisonnière 2017-2018 ; 12 millions de personnes à risque sont invitées à se faire vacciner – 500 000 de plus que l’an dernier. Et Mme Buzyn d’insister sur la « nécessaire mobilisation des professionnels de santé en la matière ». Et la ministre, 54 ans, de se faire publiquement vacciner au « Kiosque » prévu à cet effet dans le cadre des éternels « Entretiens de Bichat ». « Il faut que l’on montre l’exemple. Je pense que c’est très important d’offrir ici cette possibilité, a-t-elle alors déclaré. Cela nous permet à tous très facilement de nous conformer aux recommandations, de nous protéger et de protéger les patients. »

Ne rien changer. Le Dr Daniel Lévy-Bruhl, responsable de l’unité « Infections respiratoires et vaccination » (Santé publique France) :  « En 2016-2017, l’épidémie de grippe a été précoce (depuis début décembre jusqu’à début février), et si elle a été modérée en médecine ambulatoire (1,9 million de consultations), elle était caractérisée par le virus A H3N2, particulièrement agressif pour les personnes âgées et porteuses de maladies chroniques ».  Au total 40 000 passages aux urgences pour grippe – dont 6 400 hospitalisations et 1 479 cas graves. Parmi ces cas graves, 92 % avaient plus de 65 ans ou souffraient d’une maladie chronique. Les décès liés à la grippe sont estimés à 14 400, dont 91 % chez des plus de 75 ans. Une fatalité ?

Couverture vaccinale en baisse

S’interroger ? Le Dr Lévy-Bruhl a rappelé que si l’an dernier, l’efficacité du vaccin était de 38 % (et même de 26 % chez les sujets à risque), les cas les plus graves sont aussi ceux qui ne sont pas vaccinés. Et le Pr Olivier Lyon-Caen, jadis au Palais de l’Elysée, devenu médecin-conseil de la CNAM d’ajouter : «Le taux de couverture vaccinale était en légère baisse l’an dernier (de 0,9 point par rapport à 2015), s’élevant à 47,4 %. Ces chiffres varient de 56 % chez les 70 ans et plus à 36 % et 37 % respectivement chez les personnes atteintes de maladies chroniques et les personnes de 65 à 69 ans ».

Changer ?  Agnès Buzyn : « J’enjoins les professionnels de santé à adopter une conduite exemplaire, je sais que je peux compter sur eux ». Où l’on entend la ministre invoquer un concept, celui d’exemplarité, qu’elle n’utilise pas lorsqu’elle décide des onze obligations vaccinales pédiatriques. Pourquoi ?  « Je souhaite en premier lieu insister sur la nécessité que les professionnels de santé donnent l’exemple, notamment pour la vaccination anti-grippale afin de protéger les patients et participer à rendre la confiance, a-t-elle répété aux soignants présents aux ‘’Entretiens de Bichat.  Vous êtes en première ligne au contact quotidien des patients. Vous jouez à ce titre un rôle primordial. » 

La ministre « souhaite » que les soignants se fassent vacciner contre la grippe ? Pourquoi ne les contraint-elle pas ? Le sujet avait été abordé lors d’une conférence de presse, en janvier dernier, par le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé 1.  Les termes de l’équation sont s’une simplicité pasteurienne : moins d’un tiers des soignants (médecins, infirmières, aides-soignantes) se font vacciner contre la grippe et ils sont, du fait de leur profession, les premiers agents contaminateurs de l’infection. Une meilleure couverture vaccinale permettrait de réduire notablement la circulation des virus grippaux au sein des populations les plus fragiles.

Contraindre pour convaincre

Or l’Etat français peut contraindre les soignants à se faire vacciner, au nom de la santé publique et dans leur propre intérêt. Cette obligation existe déjà aujourd’hui pour un certain nombre de vaccinations, comme celle contre l’hépatite virale de type B.

Voici le cadre officiel : « Bien que prévue par l’article L. 3111-4 comme une obligation vaccinale pour les professionnels de santé, l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure toutefois fortement recommandée pour les professionnels concernés, en particulier pour les protéger des grippes saisonnières. » Le décret suspensif du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé et des Solidarités d’un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin.

Pendant cinq ans Marisol Touraine n’a pas jugé bon d’abroger ce décret ? Qu’attend, aujourd’hui, celle qui lui a succédé ?

A demain

1 Sur ce thème: «  http://www.slate.fr/story/134189/grippe-obliger-soignants-vacciner »Slate.fr, 12 janvier 2017

 

 

Enfants non vaccinés: que fera la police contre ceux qui passent entre les mailles du filet ?

Bonjour

L’Ordre des médecins, dans son infinie sagesse, a parlé : il se félicite de l’extension prochaine de l’obligation vaccinale à onze vaccins à titre temporaire ; il salue les récentes déclarations de la ministre des Solidarités et de la Santé, qui sont venues confirmer l’extension à onze vaccins de l’obligation vaccinale à partir du 1er janvier 2018 ; il a régulièrement rappelé l’importance d’avoir une gouvernance claire de la part des pouvoirs publics pour faire face au défi qu’est la défiance vis-à-vis de la vaccination.

Mieux encore : l’Ordre est pleinement satisfait de l’introduction d’une « clause d’exigibilité », selon laquelle un enfant non vacciné ne saurait entrer en collectivité. Il s’agit d’une demande exprimée dès janvier 2015 par l’Ordre des médecins et l’Académie de médecine, dans une déclaration commune. Plus radicalement l’Ordre accueille également favorablement la décision de refuser le principe d’une clause d’exemption face à l’obligation vaccinale. Rappelons que l’Ordre s’était publiquement opposé au principe même de « clause d’exemption » évoqué au terme d’une consultation nationale citoyenne.

Voilà pour les satisfactions ordinales. Elles ne sauraient masquer bien longtemps quelques questions déontologiques et pratiques que nul, en haut lieu, n’ignore mais que nul ne veut publiquement évoquer. A commencer par la réalité cachée des certificats vaccinaux de complaisance. Une version moderne et médicalisée de la désobéissance. Les recettes sont connues. « Il faut aller voir un homéopathe, lui demander des faux certificats de contre-indication, il n’y a pas d’autre solution ! Mais il faut tenir sa langue… 

Iceberg antivaccinal

On se souvient, en France, qu’en 2016 l’Ordre a radié à vie le Dr Philippe Bry , 52 ans, pédiatre homéopathe, exerçant depuis 28 ans dans la commune de Fondettes (Indre-et-Loire). Il était  fortement suspecté d’avoir produit un faux certificat de vaccination pour un jeune garçon de huit ans ultérieurement victime du tétanos. Cet invraisemblable cas tétanique ligérien avait eu un certain écho national. Il avait permis d’entrevoir la pratique médicale qui consiste certifier avoir vacciné alors qu’on ne l’a pas fait. Marisol Touraine, alors ministre de la Santé avait fermé les yeux sur cette pointe à peine émergée de l’iceberg antivaccinal. Qu’en sera-t-il avec Agnès Buzyn dont la politique d’obligation vaccinale ne peut que réactiver le sujet ?

 « ‘’Il faut aller voir un homéopathe, lui demander des faux certificats de contre-indication, il n’y a pas d’autre solution ! Mais il faut tenir sa langue’’. Parmi les quelque 300 manifestants venus réclamer la « liberté vaccinale », samedi 9 septembre, sous les fenêtres du ministère de la santé, à Paris, Françoise, une enseignante de 58 ans, expliquait à qui veut l’entendre comment elle a réussi à ne pas faire vacciner ses deux enfants… » rapportait Le Monde au lendemain de l’événement.

Imposer des sérologies aux tout-petits ?

Qui sont-ils, combien sont-ils, ces extrémistes déguisés, à prêcher cette désobéissance condamnable ? L’exécutif semble incapable de répondre. L’Ordre laisse pour sa part entendre que ses chambres disciplinaires ont été davantage saisies de ce sujet depuis deux ans. 

« Sans recourir à des faux, certains parents espèrent qu’en se faisant discrets, ils réussiront à passer entre les mailles de contrôles pas toujours très serrés, rapporte encore Le Monde‘’Lorsqu’à la crèche ou à l’école, on nous demande si nos enfants sont à jour, on dit simplement oui’’ , raconte Delphine, une employée de bureau de 37 ans qui n’a pas vacciné deux de ses trois enfants. En cas de contrôle plus poussé et si une copie du carnet de santé attestant des vaccins est demandée, ‘on donne la copie d’un carnet d’un enfant vacciné’’. ‘’Il y a plein de gens qui bidouillent, mais je ne suis pas pour la falsification des carnets, car ça fausse les chiffres’’poursuit-elle, regrettant que ‘’les règles actuelles obligent à passer par des systèmes hors la loi pour protéger nos enfants’’. »

 Et demain ? Que fera la police contre les parents qui passent entre les mailles du filet ? Saisir et faire analyser les certificats de contre-indications qui se multiplieront ? Imposer des sérologies à l’entrée des tout-petits en collectivité ?

A demain

 

 

Incroyable mais vrai : les parents réfractaires aux vaccins ne seront pas condamnés 

Bonjour

Que ferait le gouvernement sans le célèbre journaliste Jean-Jacques Bourdin ? Deux jours avant la présentation officielle du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, Agnès Buzyn, a dévoilé, mardi 26 septembre, sur RMC BFM-TV, les derniers arbitrages concernant les modalités de l’extension de l’obligation vaccinale ; une annonce faite en accéléré après un long dégagement sur le Levothyrox d’où il ressortait que la ministre de la Santé (à la différence de l’ANSM) avait parfaitement géré la crise.

Onze obligations vaccinales, donc, à compter du 1er janvier prochain. Seuls les enfants nés à partir du 1er janvier 2018 devront respecter le nouveau calendrier vaccinal rendant obligatoires huit vaccinations jusqu’ici recommandées : coqueluche, hépatite B, Haemophilus influenzae, pneumocoque, méningocoque C, rougeole, oreillons, rubéole. Aucune obligation rétroactive n’est prévue.

Et finalement, après mûre réflexion, le pouvoir exécutif a tranché : ni amende, ni peine de prison pour les parents qui s’opposeront à ces vaccination. « Je veux rendre la confiance par l’obligation » réaffirme la ministre. Soit, en pratique, la disparition de la disposition du code de la santé publique prévoyant une peine de six mois d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende pour « refus de se soumettre à l’obligation vaccinale ».

Juridiquement intenable

Corollaire : aucune « clause d’exemption » comme l’idée en avait été avancée l’an dernier par le Comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination présidé par le Pr Alain Fischer. Selon lui, il existait « un doute important sur l’acceptabilité d’une mesure qui consisterait à étendre le statut obligatoire à de nouveaux vaccins sans aucune possibilité de s’y soustraire ».

« Ce n’était juridiquement pas tenable » a expliqué Agnès Buzyn à Jean-Jacques Bourdin. Comment imposer en invoquant un impératif de santé publique et permettre de s’en exempter  ? Mais la ministre a aussi ajouté : « Il n’y aura pas de sanction pénale. Par contre il existe une mesure générale concernant la protection des enfants. C’est la loi : les parents sont censés protéger leurs enfants. Pénalement, légalement, un enfant pourra se retourner un jour contre ses parents parce qu’il a un handicap, parce qu’il n’a pas été vacciné, amputé par exemple à la suite d’une septicémie à pneumocoque. Et là les parents pourront être condamnés à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. »

Que penser de cette contrainte indirecte ? Qu’en sera-t-il de l’entrée des enfants non vaccinés dans les garderies, les crèches et les écoles ? Des sérologies seront-elles demandées ? Jean-Jacques Bourdin n’a pas songé à le demander à la ministre de la Santé.

A demain