Est-il moral d’isoler les résidents des Ehpad ? Voici la réponse du Comité national d’éthique

Bonjour

01/04/2020. L’affaire fait grand bruit, émeut, bouleverse, angoisse. Depuis le 11 mars 2020, le Gouvernement a décidé de la suspension intégrale des visites de personnes extérieures à l’établissement dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées (EHPAD, USLD). Puis, le 28 mars 2020,  le Gouvernement a recommandé très fortement aux directrices et directeurs d’établissement, en lien avec le personnel soignant, de renforcer ces mesures de protection – et ce même en l’absence de cas suspect ou confirmé au sein de l’établissement.

En pratique, dans le cadre de leur pouvoir d’organisation de leur service, les directrices et directeurs peuvent ainsi, après analyse avec le personnel soignant de l’état de santé des personnes et des risques encourus, décider d’une limitation des déplacements des résidents au sein de l’établissement, allant de l’interdiction des activités collectives et des prises de repas collectives à une limitation de l’accès aux espaces communs y compris les ascenseurs, jusqu’à un confinement individuel en chambre.

Mais l’affaire n’était pas aussi simple. Et au regard des enjeux éthiques soulevés par ces mesures, le Gouvernement a souhaité être éclairé par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur les conditions dans lesquelles ces décisions peuvent être mises en œuvre, en particulier dans les établissements accueillant des personnes atteintes de troubles cognitifs. Un CCNE bousculé, sollicité après-coup, ce qu’il ne semble guère avoir apprécié 1.

Question: « Au regard de ses avantages sur le plan de la santé publique mais aussi des conditions à mettre en œuvre pour garantir le respect du confinement par les résidents, y compris les résidents atteints de troubles cognitifs, une décision nationale de confinement préventif de l’ensemble des résidents paraît-elle justifiée ? Si oui, quels garde-fous devraient être prévus par le Gouvernement ? »

Le CCNE a rendu son avis le 30 mars 2020. Un texte inhabituellement court (cinq pages) signé de Karine Lefeuvre, présidente par interim du CCNE (depuis le départ du Pr Jean-François Delfraissy). Extraits (nous soulignons) :

« Un renforcement des mesures de confinement pour les résidents des EHPAD et des USLD, voire des mesures de contention pour ceux dont les capacités cognitives ou comportementales sont trop altérées pour qu’ils puissent les comprendre et les respecter, ne saurait être décidé de manière générale et non contextualisée, tant la situation des établissements diffère.

« Le CCNE rappelle vivement que l’environnement familial ou amical dont les résidents ne peuvent plus momentanément profiter est, pour nombre d’entre eux, le lien qui les rattache au monde extérieur et leur raison essentielle de vivre, comme en témoignent de façon unanime les professionnels de terrain. Les en priver de manière trop brutale pourrait provoquer une sérieuse altération de leur état de santé de façon irrémédiable et même enlever à certains le désir de vivre. La prise de conscience de cette situation est aussi de nature à causer à leurs proches une souffrance majeure à laquelle il faut être particulièrement attentif.

« Avant toute prise de décision au cas par cas et pour tempérer la rigueur incontestable des mesures d’isolement et de contrainte, tous les moyens (humains et ressources) doivent être identifiés et mobilisés, dans chaque établissement : personnels disponibles, y compris dans l’environnement de l’établissement, utilisation contrôlée de locaux disponibles et d’espaces extérieurs ou de loisirs, recours aux nouvelles technologies de communication numérique, dans le respect des règles générales de prévention.

« Le déploiement rapide de moyens humains nécessaires pour remplacer les professionnels arrêtés pour maladie afin que les soins de base (se nourrir, se laver, se déplacer) soient toujours assurés, ainsi que des moyens supplémentaires (par exemple, pour assurer la protection sanitaire et l’accompagnement) est nécessaire en ce domaine, en n’omettant pas de prévoir des moyens humains nouveaux en compétences, pour faciliter des médiations à distance entre la famille et les résidents confinés, ainsi que la présence de volontaires bénévoles, souvent indispensables pour permettre, par exemple, l’utilisation effective des nouvelles technologies par des populations qui n’en ont pas toujours la maîtrise, s’agissant des résidents comme des personnes de l’environnement familial (…)

« La préservation d’un espace de circulation physique, même limité, nous semble impératif en dépit des mesures d’isolement, afin d’éviter que le confinement, quelle que soit sa justification au regard des impératifs de santé publique, ne devienne pour ceux qui n’ont plus la liberté de choisir leur cadre et leur mode de vie, une mesure de coercition. Pour les résidents « testés négativement », la visite de proches, eux-mêmes contrôlés négativement, pourrait être autorisée, dans des conditions strictes de sécurité sanitaires . Cette proposition exige évidemment que des tests puissent être proposés à grande échelle. (…)

« Concernant plus particulièrement les personnes présentant des troubles cognitifs, vouloir leur imposer un confinement est extrêmement complexe, pouvant engendrer d’autres risques, notamment la décompensation psychique. Comment imposer une mesure de restriction des libertés qui ne peut pas être comprise, entre autres parce que les enjeux ne peuvent pas être mémorisés ? Les mesures de santé publique et de confinement reposant sur le principe de la compréhension, par chacun, de ces dynamiques de solidarité, qu’en est-il des personnes qui ne sont plus en état d’assumer leur propre responsabilité, mais qui vivent encore à domicile ou en établissement ouvert (résidence autonomie, EHPAD hors secteur fermé) sécurisé par la routine soignante instaurée au quotidien, désorganisée aujourd’hui par défaut de soignants ? Faudra-t-il aller jusqu’à contraindre ces personnes en leur appliquant des mesures de contention, physique ou pharmacologique ?. La réponse à cette question complexe est loin d’être évidente, mais pour chaque situation, cette question doit être posée et la réponse élaborée en fonction du contexte spécifique (…)

« Tout renforcement des mesures de confinement doit ainsi être décidé par le médecin coordonnateur et le directeur de l’établissement, en lien avec les instances et tutelles dont ils dépendent. Il doit être adapté aux capacités de chaque établissement, avec une information, constamment tracée et en toute transparence, des mesures prises à l’adresse des professionnels de santé, des personnels et bénévoles des établissements, des usagers et de leurs familles et des proches aidants, ainsi que des citoyens. Pour la mise en œuvre pratique de ces préconisations, le CCNE rappelle sa recommandation du 13 mars 2020 de mettre en place des cellules éthiques de soutien. »

On précise, auprès d’Olivier Véran que, sur le fondement de cet avis, le ministère des solidarités et de la santé « travaille, avec les représentants du secteur, aux principes généraux et aux actions concrètes à mettre en œuvre pour garantir une application éthique des mesures de protection au sein des établissements ».

Vaste et indispensable travail. A conduire dans la plus extrême urgence alors que l’on commence, dans ces espaces, à faire le recensement des victimes.

A demain @jynau

1 « Au préalable, il conviendra de noter que la réponse à cette saisine, attendue dans des délais très courts compte tenu de l’urgence d’une prise de décision en la matière, est difficilement compatible avec une réflexion éthique approfondie qui suppose un regard pluridisciplinaire sur la question posée et la possibilité d’un dialogue confrontant des opinions pouvant être différentes. Néanmoins, malgré ce temps court, le CCNE a rapidement mis en place un groupe de travail qui s’est réuni le 27 mars 2020, puis a élaboré un projet de lettre de réponse transmis, dans la même journée, à l’ensemble des membres du CCNE, et discuté avec eux ».

Le groupe de travail était composé des personnes suivantes : François Ansermet, Régis Aubry, Sophie Crozier, Pierre Delmas-Goyon, Pierre-Henri Duée, Karine Lefeuvre et Frédéric Worms.

N° d’appel médico-pychologique le « 19 » : le gouvernement entendra-t-il Xavier Bertrand ?

Bonjour

24/03/2020. C’est un ancien ministre de la Santé, toujours homme politique (LR), qui n’a rien oublié de ses dossiers Xavier Bertrand, aujourd’hui président d’une région, les Hauts-de-France, qui fut l’une des premières touchées par l’épidémie. Invité, le 23 mars, sur France Inter, il a abordé un sujet qui n’est pas encore devenu pleinement d’actualité, les conséquences médico-psychologiques liées aux mesures de confinement et à leur durée.

L’ancien ministre de la Santé rappelle que « le confinement, c’est pas une option, c’est pas fait pour embêter les gens : c’est tout simplement que tant que vous n’avez pas de vaccin ou de traitement, le confinement est le meilleur moyen de freiner et de stopper l’épidémie. Il n’y a pas d’autre solution, il faut le respecter et ceux qui s’amusent à le braver doivent être punis pour comprendre. Ils se mettent en danger eux-mêmes et mettent en danger ceux qu’ils aiment. »

« La semaine qui commence va être plus dure que la précédente, explique-t-il. C’est une épreuve collective et individuelle, et nous devons anticiper ce que vont vivre des millions de nos concitoyens. » C’est pourquoi il souhaite  la mise en place d’«un numéro d’appel national, dès cette fin de semaine, qui pourrait être le ’19’». «Il permettrait à chaque personne de pouvoir être en contact avec quelqu’un qui lui répond. Ça peut être des conseils, de l’aide, un soutien médico-psychologique», a-t-il proposé, assurant que «chaque foyer est comme une cocotte-minute».

Pour n’être pas nouvelle, la métaphore de la cocotte-minute est ici parfaitement adaptée. Nous devrions apprendre sous peu la prolongation de la durée de l’actuel confinement auquel la France est soumise. Il n’est pas trop tard pour que l’exécutif commence à traduire dans les faits la suggestion de Xavier Bertrand. Ce dernier propose, d’ores et déjà, un nom pour un tel projet : le Dr Xavier Emmanuelli.

A demain @jynau

Peut-on, humainement, laisser en «confinement» des personnes déjà emprisonnées?

Bonjour

20/03/2020. « Confiner au carré » ? Ou l’instauration, brutale et pour des raisons sanitaires, d’une forme de double, voire de triple peine. Dans une tribune publiée le 19 mars par Le Monde  un large collectif de chercheurs, magistrats et avocats (parmi lesquels Didier Sicard, professeur de médecine et ancien président du comité consultatif national d’éthique)  alertent le gouvernement sur la dangereuse situation carcérale qui prévaut durant l’épidémie de Covid-19. C’est, selon eux, une urgence : « Il y a urgence à agir pour diminuer la pression carcérale et permettre l’application, dans les maisons d’arrêt, des consignes élémentaires et impératives d’hygiène et de distanciation sociale. Pas demain. Pas la semaine prochaine. Aujourd’hui ».

Ces signataires ne sont pas les seuls. Dès le 17 mars la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Adeline Hazan, a saisi la ministre de la justice, Nicole Belloubet, afin qu’elle prenne des « mesures immédiates et concrètes » pour réduire drastiquement la population pénale. La sécurité « n’est plus garantie » pour les détenus incarcérés dans les prisons les plus surpeuplées, où la promiscuité et l’insalubrité les placent « en situation de risque sanitaire élevé », a insisté Mme Hazan.

« Il faut aujourd’hui permettre à un maximum de personnes de sortir immédiatement de ce vase clos », ont abondé, dans un communiqué commun, plusieurs organisations, dont l’Observatoire international des prisons (OIP), l’Association nationale des juges de l’application des peines (Anjap) ou le Syndicat de la magistrature (SM).

Le gouvernement a annoncé, mardi 17 mars, la « suspension des parloirs » pour les quelque 70 000 détenus en France. Cette mesure (qui soulève la question de l’apport de produits psychotropes) s’ajoute à l’arrêt des activités quotidiennes habituelles et conduit  immanquablement à l’exacerbation contagieuse des tensions – faisant redouter l’émergence rapide des situations violentes observées en Italie ù des mutineries ont fait plusieurs morts. Les inquiétudes sont particulièrement vives  dans les maisons d’arrêt, où la suroccupation frôle les 140 % et où les « cellules triplées sont légion ». 

« Faire entrer un carré dans un rond »

Consciente de ces risques et afin « d’apaiser le climat en détention »,  la garde des sceaux a annoncé jeudi des mesures compensatoires : la gratuité de la télévision, un crédit téléphonique de 40 euros par mois et une aide financière pour les plus démunis. La ministre a également demandé aux juridictions de « différer la mise à exécution des courtes peines d’emprisonnement », avec pour conséquence des entrées en prison quotidiennes moindres ces derniers jours : « une trentaine » contre « plus de 200 habituellement ».  « Nous allons prendre des mesures pour limiter les courtes peines et pour soulager la détention. C’est évident que ça ne concernera pas les détenus dangereux » a déclaré Nicole Belloubet.

« Ça va dans le bon sens, mais c’est largement insuffisant », a réagi Adeline Hazan auprès de l’AFP. L’heure est grave. Il faut assurer l’encellulement individuel, principe posé dans la loi depuis 1875 ». Pour qu’il devienne réalité, « la garde des sceaux doit multiplier les grâces individuelles ou prendre une loi d’amnistie », a exhorté la CGLPL, comme l’ont aussi fait l’OIP et le SM. Selon les syndicats et associations signataires de la tribune, pour réduire « significativement le nombre de personnes incarcérées en exécution de courtes peines ou qui se trouvent en fin de peine », le « recours massif à la grâce individuelle », après « analyse attentive de chaque situation », est le moyen juridique le « plus efficace, rapide et adapté à cette urgence sanitaire ».

« Le seul vecteur de contamination dans les prisons aujourd’hui, depuis l’arrêt des visites des familles et des intervenants extérieurs, c’est le personnel, explique au Monde (Jean-Baptiste Jacquin)un bon connaisseur de l’administration pénitentiaire. « Or, sans masques pour les surveillants, c’est intenable. » Or la chancellerie n’évoque qu’un stock à venir de 100 000 masques. L’administration redoute désormais des mouvements de panique, avec des détenus qui voudront se protéger …des surveillants.

Dans une autre tribune publiée par Le Monde,  les avocats secrétaires de la Conférence des avocats du barreau de Paris écrivent : « Comment créer une « distanciation sociale » dans l’univers carcéral ? On ne doute ni des efforts ni de l’inventivité du personnel pénitentiaire. Mais il faut se rendre à l’évidence : au regard de la surpopulation carcérale, de la chimère qu’est devenu l’encellulement individuel et de ce qu’est intrinsèquement un lieu de détention, créer une distanciation en prison revient à faire entrer un carré dans un rond. »

A demain @jynau

Pénurie:«donner la priorité à l’espérance de vie» Mais qui songe aujourd’hui à aider l’Italie?

Bonjour

10/03/2020. Qui, en France ou en Europe, songe aujourd’hui à venir en aide à l’Italie ?

Ce sont des mots redoutables, au carrefour de la médecine, de l’éthique et de la déontologie. Des mots générés par l’épidémie et que l’on n’aurait jamais imaginé entendre en Italie. Ils sont rapportés aujourd’hui dans Le Monde par nos confrères Jérôme Gautheret et  Chloé Hecketsweiler. On les lira à la lumière de l’avis émis, il y a onze ans déjà, par le Comité national français de bioéthique et dont nous venons de résumer le contenu et la portée sur Slate.fr.

Ainsi donc le président du conseil italien, Giuseppe Conte, a annoncé lundi 9 mars au soir, depuis la salle de presse du Palais Chigi et « dans une ambiance d’extrême gravité » la généralisation des restrictions à l’ensemble du pays, jusqu’au 3 avril. « Avec plus de 1 800 cas supplémentaires diagnostiqués en vingt-quatre heures, soit plus de 9 000 tests positifs et 97 morts, ce qui porte le nombre de décès à 463, c’est tout le système sanitaire italien qui menace de s’effondrer, observe Le Monde. Le nombre de nouveaux cas croît de 25 % à 30 % par jour, à un rythme très supérieur aux nouveaux moyens mobilisables. Cette aggravation semble justifier, à elle seule, les mesures d’urgence annoncées le 9 mars.»

On sait que la crise a pour foyer principal la Lombardie, la région, à la fois la plus peuplée et la plus riche d’Italie. Pour autant ses infrastructures médicales et hospitalières ne semblent pas dimensionnées pour répondre à cette crise épidémique. Pour le Dr Antonio Pesenti, coordinateur de l’unité de crise de la région, 18 000 patients devraient y être hospitalisés d’ici au 26 mars, dont environ 3 000 en soins intensifs. Or ce sont là des chiffres très supérieurs aux ressources disponibles : pour l’heure, sur l’ensemble de son territoire, et aussi surprenant que cela puisse apparaître, l’Italie ne dispose que de 5 100 lits de ce type.

« Désormais, nous sommes obligés d’installer des lits de soins intensifs dans le couloir, dans les salles d’opération, dans les salles de réveil. Nous avons vidé des salles d’hôpital entières pour faire de la place aux personnes gravement malades. L’un des meilleurs systèmes de santé au monde, celui de la Lombardie, est à deux pas de l’effondrement », explique le Dr Pesenti dans une interview au quotidien milanais Il Corriere della Sera.

Cauchemar et médecine de guerre

La situation est d’autant plus tendue que le nombre de respirateurs artificiels est limité. « Nous faisons de notre mieux, mais sommes dans une situation de pénurie, reconnaît le Dr Matteo Bassetti, qui dirige le service des maladies infectieuses de l’hôpital San Martino (Gênes). Nous les réserverons aux patients qui ont le plus de chance d’en bénéficier ».

Le Monde ajoute que pour accompagner au mieux les médecins italiens réanimateurs dans leurs décisions, des recommandations éthiques viennent d’être publiées. Objectif : « assurer un traitement intensif aux patients ayant les plus grandes chances de succès thérapeutique : il s’agit donc de donner la priorité à l’espérance de vie », estime la Societé italienne des réanimateurs. Il n’est plus possible, dans un tel contexte, d’appliquer la règle du « premier arrivé, premier servi ».

« C’est un cauchemar, lâche le Dr Bassetti. Nous avons beaucoup de patients âgés avec des comorbidités, mais nous avons aussi beaucoup de patients plus jeunes, qui souffrent de pneumonies avec une insuffisance respiratoire », explique le médecin, ce qui requiert « une ventilation pendant une semaine ou deux ». 

Et puis on lit ceci : à Bergame, tout près de l’épicentre de l’infection, les médecins se retrouvent « à devoir décider du sort d’êtres humains, à grande échelle, témoigne le Dr Christian Salaroli, réanimateur à l’hôpital dans un entretien au Corriere della Sera. Pour l’instant, je dors la nuit. Parce que je sais que le choix est basé sur l’hypothèse que quelqu’un, presque toujours plus jeune, est plus susceptible de survivre que l’autre. C’est au moins une consolation. » 

Et ce médecin italien d’évoquer « une médecine de guerre », une médecine dont l’objectif est de « sauver la peau » du plus grand nombre. Une pénurie hospitalière révélée par une épidémie et qui conduit à des choix que l’on n’imaginait plus devoir faire, au carrefour de la médecine, de l’éthique et de la déontologie.

Où l’on en vient à se demander pourquoi aucun des pays amis de l’Italie ne semble encore avoir songé à lui venir en aide.

A demain @jynau

NB 1 Conséquence immédiate des mesures drastiques de quarantaine, les prisons italiennes sont, depuis lundi 9 mars le théâtre de protestations particulièrement violentes : sept morts au sein de la prison de Modène (Emilie-Romagne), une cinquantaine de détenus tentant de s’évader de Foggia (Pouilles) et des incidents signalés sur vingt-sept sites. Les détenus dénoncent à la fois la promiscuité et les restrictions aux droits de visite provoquées par la crise sanitaire nationale.

NB 2 « Inside China’s All-Out War on the Coronavirus. Dr. Bruce Aylward, of the W.H.O., got a rare glimpse into Beijing’s campaign to stop the epidemic. Here’s what he saw. » ( Donald G. McNeil Jr.). The New York Times, 4 mars 2020

Coronavirus et mise en quarantaine : violentes mutineries dans les prisons italiennes

Bonjour

Premier symptôme signifiant des conséquences de la gigantesque mise en quarantaine de plus de quinze millions de personnes décrétée le 7 mars par le gouvernement italien. Des mutineries, qui ont fait au moins un mort, ont éclaté dès le 8 mars dans quatre prisons italiennes. Ces violences sont la conséquences de la suspension des visites familiales dans le cadre des mesures prises pour enrayer l’épidémie de coronavirus.

«À la suite des modifications introduites par le gouvernement sur les visites en prison entre détenues et leurs familles, à cause du coronavirus, des protestations de détenus sont en cours dans les établissements pénitentiaires de Naples Poggioreale, Modène et Alexandrie », précise l’organisation syndicale autonome de la police pénitentiaire (Osapp) citée par l’Agence France Presse.

À Modène, la révolte, particulièrement violente, a fait au moins un mort parmi les détenus, selon l’association italienne de visiteurs de prisons, Antigone, sans préciser les circonstances de cette mort. «Nous avons déjà averti sur l’augmentation des tensions dans les prisons, et sur le fait que cela pourrait se terminer en tragédie», a indiqué l’association dans un communiqué faisant état de ces révoltes de détenus.

« Mesures courageuses » (OMS)

Dans cette prison, deux agents de sécurité ont été blessés et une vingtaine de membres du personnel ont dû quitter les lieux, selon l’agence de presse Ansa. Des détenus sont parvenus à se barricader et à s’emparer d’armes, d’après Giovanni Bapttista Durante, secrétaire général d’un autre syndicat de surveillants, le Sappe. Selon ses collègues du centre de détention de Modène, avec qui il a pu s’entretenir, la prison est «complètement détruite».

Dans la prison de Frosinone, au sud de Rome, une centaine de détenus se sont barricadés dans une section de l’établissement, et la police est intervenue pour rétablir l’ordre. Les prisonniers ont dressé une liste de revendications, dont la possibilité de visites de leurs proches, et tentent de négocier avec la direction, a rapporté l’agence de presse Agi.

À la prison Torre del Gallo de Pavie les détenus sont parvenus à prendre deux agents de la police pénitentiaire en otage, et à libérer des dizaines d’autres détenus, selon les médias italiens. Aux alentours de la prison de Poggioreale, dans la banlieue de Naples, les familles sont également venues soutenir dans la rue la fronde des détenus.

La décision du gouvernement italien vient par ailleurs d’être saluée par le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, ce dernier qualifiant sur Twitter les mesures prises de « courageuses ».

A demain @jynau

Virginie D., Adèle H. et le 49-3 : pourquoi cette progression des violences en France ?

Bonjour

C’est un texte qui commence à faire date. « Césars :’’Désormais on se lève et on se barre’’, par Virginie Despentes. Publié il y a quelques heures dans Libération il est déjà cité par Le Monde qui en donne de larges extraits. L’autrice, écrit le dernier quotidien vespéral de la capitale, signe « un texte fort et incisif » contre la décision de l’Académie des Césars de récompenser Roman Polanski vendredi 28 février. Elle salue le geste d’Adèle Haenel qui a quitté la salle. « Fort et incisif » est un euphémisme.

«Il n’y a rien de surprenant à ce que l’Académie des Césars élise Roman Polanski meilleur réalisateur de l’année 2020. C’est grotesque, c’est insultant, c’est ignoble, mais ce n’est pas surprenant », écrit la redoutable romancière à propos de la récompense obtenue par le Franco-Polonais visé depuis trois mois par une nouvelle accusation de viol – et toujours poursuivi par la justice américaine pour relations sexuelles illégales avec une mineure en 1977.

« Où serait le fun d’appartenir au clan des puissants s’il fallait tenir compte du consentement des dominés ?, s’interroge-t-elle, acerbe(…) Les plus puissants entendent défendre leurs prérogatives : ça fait partie de votre élégance, le viol est même ce qui fonde votre style. La loi vous couvre, les tribunaux sont votre domaine, les médias vous appartiennent. »

Guy Debord et Vernon Subutex

Pour Virginie Despentes, la décision d’Adèle Haenel de quitter la Salle Pleyel devant les caméras de Canal + lors de la remise du prix du meilleur réalisateur est « la plus belle image en quarante-cinq ans de cérémonie ». « Quand Adèle Haenel s’est levée, c’était le sacrilège en marche, estime-t-elle. Une employée récidiviste, qui ne se force pas à sourire quand on l’éclabousse en public, qui ne se force pas à applaudir au spectacle de sa propre humiliation. »

« Ton corps, tes yeux, ton dos, ta voix, tes gestes tout disait : oui on est les connasses, on est les humiliées, oui on n’a qu’à fermer nos gueules et manger vos coups. Vous êtes les boss, vous avez le pouvoir et l’arrogance qui va avec, mais on ne restera pas assis sans rien dire. Vous n’aurez pas notre respect », dit encore Virginie Despentes.

« C’est la seule réponse possible à vos politiques, conclut l’autrice de Vernon Subutex qui évoque également le fait qu’Edouard Philippe vient d’avoir recours au 49-3 pour faire passer sans vote la réforme des retraites à l’Assemblée nationale. Quand ça ne va pas, quand ça va trop loin ; on se lève, on se casse, et on gueule, et on vous insulte, et même si on est ceux d’en bas, même si on le prend pleine face votre pouvoir de merde, on vous méprise, on vous dégueule (…) C’est terminé. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde. »

D’autres, insoumis à l’Assemblée nationale, assimilent depuis peu le 49-3 aux redoutables LBD utilisés par les forces françaises du maintien de l’ordre. On entend la puissance de l’écho et on s’interroge : pourquoi cette progression croissante de la violence en France ? Pour l’heure, on ne se lève ni ne se casse. On s’interroge. Relire « La Société du Spectacle » ou attendre la tribune suivante de Virginie Despentes ?

A demain @jynau

Coronavirus post-Mao : le contrôle de l’épidémie est-il compatible avec la démocratie ?

Bonjour

Les régimes autoritaires contrôlent-ils mieux les vagues épidémiques que les régimes pleinement démocratiques ? Question en attente. « Pas de panique ! De la discipline et un minimum de confiance mutuelle … » vient de préconiser Jean-Luc Mélenchon sur France Inter.

Au même instant on apprenait, grâce à l’AFP, qu’en Chine  homme venait d’être condamné à mort pour avoir poignardé et tué deux fonctionnaires à un barrage contrôlant la présence de potentiels porteurs du nouveau coronavirus.

Ma Jianguo, 23 ans, a été condamné à mort dimanche 1er mars par un tribunal local. Le 6 février, conduisant un minivan, il avait refusé de s’arrêter à un poste de contrôle de l’épidémie à Honghe, un village dans la province du Yunnan, frontalière du Vietnam, et son passager avait tenté de dégager les obstacles bloquant la route, explique le tribunal local.

Crime « extrêmement haineux »

Un fonctionnaire filmait la scène sur son téléphone portable. Ma Jianguo lui avait alors donné un coup de couteau à la poitrine et à l’abdomen. Avant de s’en prendre à un autre homme venu à la rescousse, ajoute le communiqué du tribunal de Honghe. Les deux fonctionnaires sont morts de leurs blessures. Le tribunal a estimé que Ma Jianguo n’avait «pas obéi» aux cadres locaux, «ignoré la loi nationale» relative à l’épidémie et commis un crime «extrêmement haineux».

En Chine, les autorités à tous les niveaux ont adopté des restrictions de circulation drastiques et des mesures de confinement à travers le pays pour enrayer la propagation du nouveau virus apparu fin 2019. Des villages et des quartiers entiers se barricadent depuis janvier derrière des barrages dans l’espoir d’échapper à l’épidémie. Wuhan, la métropole du centre de la Chine d’où s’est propagée l’épidémie, et la province du Hubei dont elle est la capitale, sont de facto coupés du monde depuis le 23 janvier, toutes les liaisons ayant été suspendues.

NB:  « La gestion musclée du coronavirus en Chine. Le pays use d’une manière forte héritée de Mao » de Richard Arzt, Slate.fr, 2 mars 2020

A demain @jynau