Marseille: une étudiante en première année de médecine s’est suicidée, à proximité de la faculté

Bonjour

C’est une information de France 3 PACA : « une étudiante, inscrite en première année de PACES (Première Année Commune aux études de Santé), a été retrouvée décédée hier après-midi dans sa chambre, proche de la faculté. On ignore pour l’instant les raisons du décès. Les marins-pompiers l’ont retrouvée inanimée. La piste du suicide est évoquée. La jeune fille  de 18 ans appartenait à l’écurie Sup Provence (sic), un centre de formation qui prépare les étudiants au concours d’entrée à l’école de Médecine. Contactée par téléphone, Sandra Dorai, la directrice de l’écurie (re-sic) attend confirmation des évènements, mais aussi de l’identité de la personne. »

Une cellule psychologique a été mise en place par l’université pour soutenir les étudiants et les équipes pédagogiques.

L’information a été confirmée au Quotidien du Médecin par la faculté de médecine Aix-Marseille. Dans un communiqué, elle précise avoir « appris avec stupeur le décès » de cette jeune fille, « étudiante primante »Le Quotidien observe que ce drame intervient à un moment particulier, les examens PACES ayant démarré la veille, le 12 décembre et se terminant aujourd’hui. La faculté précise que la jeune fille ne s’est pas présentée aux premières épreuves du concours.  À ce stade, la faculté n’a pas précisé ou établi un lien entre le décès et le cursus de la PACES.

L’ensemble de la communauté universitaire est très touché par ce drame.

Marseille accueille 2 852 étudiants dont 1 035 redoublants et sept triplants inscrits en PACES. On sait qu’à l’issue de l’année, les étudiants les mieux classés choisissent en fonction du nombre de places disponibles l’une des cinq filières santé : médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique et kinésithérapie. En 2016, le numerus clausus de la faculté était de 620 places dont 362 réservées à la médecine – et ce pour 2 791 candidats.

Les études de santé restent plus que jamais plébiscitées par les jeunes. Le Quotidien du Médecin vient de préciser que 59 753 étudiants se sont inscrits cette année en PACES – soit de 1 100 de plus que l’an dernier. Une année commune caractérisée, on le sait, par de considérables surcharges de travail, une compétition parfois sauvage, l’inscription dans des « écuries »  – tout ce qu’il est convenu de nommer la « pression de la sélection ».

A demain

 

 

Alcool, tabac, cannabis ou benzodiazépines sur votre lieu de travail ? Voici votre nouveau portail !

 

Bonjour

Les addictions seront-elles un jour solubles dans la numérisation ? Peut-on soigner des addicts via la publicité ? Pour l’heure voici www.addictaide.fr/travail : « nouveau portail pour prévenir et gérer les conduites addictives dans le monde du travail ».

Les portails ont-ils une âme ? Celui est porté sur les fonts baptismaux de la dépendance par un parrain et une marraine 1 : la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) et le ministère du travail. Sur leurs bras : une initiative du Fonds Actions Addictions (F2A). Discours et bénédiction officiel.e.s :
« Après avoir été un sujet tabou en France, les conduites addictives dans le monde du travail constituent désormais une préoccupation de plus en plus croissante. Les partenaires sociaux ont récemment pris en compte, au niveau national, les enjeux de cette réalité. De ce fait,  la prévention des conduites addictives a été introduite dans le 3ème plan santé au travail 2016-2020. Les pouvoirs publics ont pour rôle d’inciter les milieux professionnels à renforcer le rôle protecteur du travail, en tant que facteur de santé, d’épanouissement et de valorisation des compétences. »

Le paysage est connu : la population en activité est aujourd’hui largement addict : pour le tabac et les médicaments psychotropes les taux sont largement supérieurs à ceux de la population générale. Concernant l’alcool, 18,6% des actifs occupés ont eu un épisode d’alcoolisation ponctuelle importante (sic) dans le mois.
Idem pour le cannabis et la cocaïne. On imagine sans mal les conséquences sur les accidents du travail, les dommages individuels et collectifs – sans parler de la performance des ouvriers que l’on pourrait aisément présenter comme doublement esclaves.

Le manche et la relance

Publicité officielle : ce nouveau site bénéficie de la dynamique et du succès du portail généraliste “Addict’Aide, le village des addictions”. Mais encore ? Que disent les spécialistes du soin sur le terrain ? « Cela  reste totalement à côté de la plaque… du bla bla bien intentionné… le monde entrepreneurial ne se sent pas ‘’ toxico’’ et ne veut pas se mélanger… » dit l’un d’eux. Quant à Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addictions  il ajoute :

« Cela  risque de réduire la réflexion à la seule approche addicto, pour le moins nécessaire, mais pas forcément suffisante : une partie des problèmes d’usage dans l’entreprise vient de l’organisation même du travail et aux conditions de travail, relevant donc de compétences autres, ergonomes, spécialistes du travail, etc. On n’en prend conscience que lors des événements médiatiques (séries de suicides, accidents) et on se dépêche de l’oublier après, il est plus rassurant de dire que telle ou telle personne avait un problème d’addiction que l’on va traiter avec compétence et humanisté… Mais c’est dans l’air du temps : priorité à l’économie et à la relance. »

« Pas de grande sympathie pour la ‘’Salle des Pas Perdus des addictions’’, commente Patrick Favrel spécialiste référent réputé en ‘’réduction des risques’’.  A noter en premier dans ce portail, l’absence d’espace pour l’usager salarié : comment je peux freiner mes consommations ;concilier mon travail & mes pratiques ; quels sont mes droits ? Bref, on sait de quel côté du manche on est placé sur ce site. »

Où l’on retrouve, dans l’ombre de la relance, le concept, finalement assez structurant, du manche.

A demain

1 Le parrain se présente ainsi : créé en 2014 le « Fonds de dotation Actions Addictions » est présidé par Michel Reynaud, professeur émérite de psychiatrie et d’addictologie. Le fonds est indépendant et apolitique. Pionnier dans son secteur, il fédère des associations de patients, des structures de soins et d’accompagnement, et des unités de recherche afin d’aider à mieux comprendre les mécanismes, les effets, les traitements, les stratégies de prévention, d’accompagnement et de réduction des dommages.

Quant à la marraine : placée auprès du Premier ministre, la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives anime et coordonne l’action du gouvernement en matière de lutte contre les drogues et les conduites addictives et élabore à ce titre la stratégie gouvernementale dans les domaines suivants : recherche et observation ; prévention ; santé ; application de la loi ; lutte contre les trafics ; coopération internationale. La MILDECA accompagne les partenaires publics, institutionnels et associatifs de la politique publique dans la mise en œuvre des orientations, en leur apportant un soutien méthodologique ou financier.

 

Bonne conscience : aimeriez-vous savoir comment la viande de votre assiette a été abattue ?

Bonjour

Tout le monde ne connaît pas l’intellectuel Terra Nova. C’est, pour le dire simplement, un « think tank [orienté à gauche] progressiste indépendant ayant pour but de produire des solutions pratiques innovantes en France et en Europe ». Voici qui sont ses actuels mécènes. Et voici sa production du jour : « La viande au menu de la transition alimentaire : enjeux et opportunités d’une alimentation moins carnée ». Une production largement mise en scène dans les médias – et tout particulièrement par Le Monde ici militant (Audrey Garric) : « Pour Terra Nova, le règne de la viande est révolu ».

On pressent le contenu :

« Reine de l’assiette, la viande pourrait-elle perdre son trône ? La question est de nouveau soulevée, non par une association environnementale ou des militants végétariens, mais par la fondation Terra Nova. Dans son rapport publié jeudi 23 novembre et auquel Le Monde a eu accès en exclusivité, le think tank  plaide en faveur « d’un nouvel équilibre entre nos traditions alimentaires, nos exigences sanitaires, nos impératifs environnementaux et nos intérêts économiques ». Il s’agirait d’atteindre en France, dans les vingt années qui viennent, un régime alimentaire qui soit composé de deux tiers de protéines végétales et d’un tiers d’animales – contre l’inverse aujourd’hui –, en divisant par deux nos consommations de viande et de poisson.

 « Pour relever ce défi, les auteurs esquissent onze propositions, telles que la généralisation d’un repas végétarien dans les cantines des collèges et des lycées, la meilleure formation des cuisiniers ou encore l’étiquetage des produits pour indiquer le mode d’élevage et d’abattage des bêtes. Un argumentaire qui se veut une « contribution au débat » sur une « question de société et de politique majeure », avant que ne s’achèvent, fin novembre, les Etats généraux de l’alimentation voulus par le président de la République Emmanuel Macron. »

Pour résumer beaucoup d’intelligence et de bon sens – sur fond de bonne conscience.

« Notre objet n’est pas de condamner en soi la consommation de viande. Mais tout plaide pour que soit recherché un nouveau compromis entre nos traditions alimentaires et nos impératifs sanitaires, environnementaux et économiques. Ce nouvel équilibre commande une réduction quantitative et une amélioration qualitative de la viande que nous consommons. L’objet de ce rapport est de passer en revue les arguments qui plaident en faveur de ce nouvel équilibre, de fixer un cap à la transition alimentaire qu’il convient d’amorcer, et de formuler des pistes d’action pour progresser dans cette direction. »

Âne rogneux, Mouton pourri, Chien hargneux 

Et puis cette proposition n° 6 (sur 11) : « Promouvoir, sur les produits à la vente, la mention visible du mode d’élevage et d’abattage ».

Et, soudain, en mémoire capitale, Jean de la Fontaine, ses loups, ses brebis, ses bergers et ses chiens qui ne nous épargnent guère :

« Un Loup rempli d’humanité 
            (S’il en est de tels dans le monde) 
            Fit un jour sur sa cruauté, 
Quoiqu’il ne l’exerçât que par nécessité, 
            Une réflexion profonde. 
Je suis haï, dit-il, et de qui ? De chacun. 
            Le Loup est l’ennemi commun : 
Chiens, chasseurs, villageois, s’assemblent pour sa perte. 
Jupiter est là-haut étourdi de leurs cris ; 
C’est par là que de loups l’Angleterre est déserte :
            On y mit notre tête à prix. 
            Il n’est hobereau qui ne fasse 
            Contre nous tels bans  publier ; 
            Il n’est marmot osant crier 
Que du Loup aussitôt sa mère ne menace. 
            Le tout pour un Âne rogneux,
Pour un Mouton pourri, pour quelque Chien hargneux, 
            Dont j’aurai passé mon envie. 
Et bien, ne mangeons plus de chose ayant eu vie ; 
Paissons l’herbe, broutons ; mourons de faim plutôt. 
            Est-ce une chose si cruelle ? 
Vaut-il mieux s’attirer la haine universelle ? 
Disant ces mots il vit des Bergers pour leur rôt 
            Mangeants un agneau cuit en broche. 
            Oh, oh, dit-il, je me reproche 
Le sang de cette gent. Voilà ses Gardiens 
            S’en repaissants eux et leurs Chiens ; 
            Et moi, Loup, j’en ferai scrupule ? 
Non, par tous les Dieux. Non. Je serais ridicule. 
            Thibaut l’Agnelet passera
            Sans qu’à la broche je le mette ; 
Et non seulement lui, mais la mère qu’il tette, 
            Et le père qui l’engendra. 
Ce Loup avait raison. Est-il dit qu’on nous voie 
            Faire festin de toute proie, 
Manger les animaux, et nous les réduirons 
Aux mets de l’âge d’or autant que nous pourrons ? 
            Ils n’auront ni croc ni marmite ? 
            Bergers, bergers, le loup n’a tort 
            Que quand il n’est pas le plus fort : 
            Voulez-vous qu’il vive en ermite ? »

Ne plus manger, jamais, de chose ayant eu vie ?

A demain

 

Harcèlement-enseignant : le voile se lèverait-il sur le sexisme des études de médecine ?  

Bonjour

C’est une étude qui n’a pas de valeur statistique mais qui marquera les esprits. Réalisée par l’Inter-syndicat national des internes (ISNI) et rendue publique ce 17 novembre, elle est mis en scène par Le Monde : « Hey doc les études de médecine sont-elles sexistes ? ».

Pour la première fois de son histoire, le syndicat a souhaité interroger les 30 000  internes en médecinepour « quantifier leur expérience du sexisme et du harcèlement sexuel » pendant leurs études. Il s’en expliquait début septembre :

« La profession médicale française se féminise. Pourtant, il existe toujours un plafond de verre. La présence de sexisme durant les études pourrait être une des raisons. Dans les autres pays occidentaux, les enquêtes sont unanimes : 30 à 50% des étudiants en médecine sont confrontés à du sexisme durant leur formation et sur leur lieu de travail. En France, les témoignages se multiplient à ce sujet.

« Pour lutter contre le sexisme, il faut d’abord l’évaluer. C’est pourquoi, l’InterSyndicat National des Internes lance la première grande enquête nationale sur le sujet dans les études médicales, auprès de tous les internes de France :  L’objectif est bien sûr de dénoncer ces discriminations et d’en comprendre l’impact sur les choix de carrière et sur le quotidien des jeunes médecins.

Les résultats seront présentés à l’Université de Rentrée de l’ISNI, le 18 novembre. Ils devront aboutir à une prise de conscience de la communauté médicale et à des mesures concrètes contre le sexisme dans le monde médical. L’ISNI condamne toute forme de sexisme, du sexisme ordinaire au harcèlement sexuel, envers les femmes et les hommes. Le sexisme dans les études médicales ne doit plus être un tabou. Les internes doivent se saisir du sujet pour être un des principaux acteurs du changement. »

Pesanteur du climat

Sur les 30 000 internes, seuls 2 946 ont répondu au questionnaire – dont 75 % de femmes et 25 % d’hommes. Parmi les répondants, 8,6 % affirment avoir été victimes de harcèlement sexuel et 34 % relèvent des « attitudes connotées », comme le contact physique ou le geste non désiré (65 %), la simulation d’acte sexuel (9 %), la demande insistante de relation sexuelle (14 %) ou le chantage à connotation sexuelle (12 %). « Subir le sexisme ou en être directement victime : c’est le quotidien de 86 % des internes de médecine – hommes et femmes confondus ».

« L’étude, bien que non représentative de la population des internes, confirme l’existence d’un climat pesant dans le monde médical et en particulier pour les étudiants, qu’ils soient infirmiers, médecins ou aides-soignants, résume Le Monde. Un climat, voire une « nébuleuse sexiste », comme le décrit Céline Lefève, maître de conférences en philosophie de la médecine (Université Paris-Diderot), par ailleurs contributrice d’ « Omerta à l’hôpital » (Editions Michalon) de Valérie Auslender, médecin de Sciences Po.

Les témoignages évoquent souvent le huis clos du bloc opératoire comme lieu propice aux remarques sexistes et aux comportements les plus violents. L’ISNI relève que 24 % du sexisme quotidien se situe dans cet entre-soi. Bien triste exemple :

« Au bloc, on est coupé du monde, et le chirurgien est une sorte de dieu qui peut se comporter de manière déplacée. Je me souviens d’une opération en orthopédie ; le chirurgien m’a regardée en me disant : “Tu vois, je plante ce clou dans l’os comme ma bite dans ta chatte.” Sur le coup, on ne dit rien, on rit jaune, mais c’est violent. »

Avec les enseignants et dans la mixité

 « C’est un climat ambiant permanent qui existe depuis le début des études. En réalisant cette étude, j’ai été étonnée par le nombre de personnes qui ne se considèrent même plus victimes de sexisme tellement tout cela a été intégré et accepté. Le problème, c’est que le sexisme crée un climat qui conduit à accepter un geste déplacé qui prépare le terrain au harcèlement sexuel », explique Alizée Porto, vice-présidente « droits des femmes », qui vient de terminer son internat en chirurgie et qui est à l’origine de l’enquête de son syndicat.

Les temps commenceraient-ils à changer ? On peut l’espérer. Dans les facultés de médecine, des groupes de travail ou des associations d’étudiants commencent à faire évoluer le « rapport de force » avec le corps enseignant. « J’ai l’impression que notre génération accepte de moins en moins le sexisme. Les chefs de service se plaignent de voir leurs blagues et leurs propos sexistes diffusés sur Twitter ou sur Payetablouse [site Internet qui recueille les témoignages sexistes du monde médical]. Peut-être que la crainte d’être de plus en plus exposé va changer la donne » espère, sous couvert d’anonymat,  une étudiante en sixième année de médecine qui raconte ses expériences dans de grands hôpitaux parisiens sur les réseaux sociaux.

Et après ? Il n’y a là aucune fatalité – mais il restera encore à saisir les véritables racines de ces comportements sexistes et à élaborer, avec les enseignants et dans la mixité, une pédagogie préventive.

A demain

 

 

Quelle peine infliger pour avoir giflé et craché au visage d’un praticien hospitalier ?

Bonjour

C’est une affaire rapportée par La Nouvelle République du Centre Ouest. Nous sommes au centre hospitalier de Blois (Loir-et-Cher) en août 2015. Une jeune femme brésilienne apprend que son père vient d’y mourir. Elle s’en prend alors au chef du service où le décès est survenu.

Selon les témoignages du personnel hospitalier elle aurait menacé le médecin de mort – puis elle l’aurait giflé dans son bureau. « Lorsqu’un cadre de santé, alerté par le bruit, était arrivé, la jeune femme, qui s’était retrouvée au sol, tenait un extincteur. Elle a été prise en charge par des agents de sécurité, rapporte le quotidien des bords de Loire.  Elle a ensuite reconnu la plupart des faits, y compris avoir craché au visage du médecin – à l’exception des menaces de mort. »

Trois mois ferme

Il y a quelques jours cette agresseuse ne s’est pas présentée face au tribunal correctionnel de Blois.  Me Kévin Gomez est intervenu pour défendre les intérêts du professionnel de santé et de l’hôpital. Il  a évoqué les conditions de travail des personnels hospitaliers, confrontés « à des patients et à des accompagnants de plus en plus virulents ». Puis il a réclamé réparation du préjudice moral et matériel – « des lunettes brisées » – du praticien, ainsi qu’un euro symbolique pour le centre hospitalier.

Le substitut du procureur de la République a fait une autre lecture des faits. En dépit du contexte, douloureux, il a estimé qu’ « aucune circonstance » ne pouvait justifier des violences physiques sur le personnel de santé. Il a, en revanche, expliqué que la procédure ne permettait pas de démontrer que des menaces avaient effectivement été proférées. Il a néanmoins requis trois mois de prison ferme contre la jeune femme (dont le casier judiciaire comportait quatre mentions).

Le tribunal a suivi ses réquisitions. Il a en outre condamné la prévenue à verser plus de 1.000 € au médecin au titre de son préjudice moral et matériel – ainsi qu’un euro symbolique à l’hôpital de Blois.

A demain

 

Soixante gendarmes et policiers se sont suicidés depuis le début de cette année. Et demain ?

Bonjour

13 novembre, deux ans plus tard. Commémorations et hommages rendus aux victimes des « attentats de Paris ». Et l’émergence de l’étrange. Ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, estimait hier, dans un entretien au Journal du Dimanche que, face au terrorisme, la France est « mieux armée qu’il y a deux ans ».

Rappelant qu’après les attaques de Toulouse, de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, celles du 13-Novembre à « premier flic de France » affirme que les « services » sont désormais plus aptes à détecter les menaces. « Ils le font chaque semaine à bas bruit » dit-il haut et fort – ajoutant que la menace contre la France « reste très élevée ».  Selon le ministre, une trentaine d’attaques ont été déjouées depuis la mise en place de l’état d’urgence instauré dans la foulée des attentats djihadistes, les plus meurtriers jamais commis en France.

Et c’est le même ministre qui, le même jour, publie un communiqué de presse particulièrement inquiétant.

« Au cours de la semaine qui s’achève, cinq fonctionnaires de police et un militaire de la gendarmerie nationale ont volontairement mis fin à leurs jours. Ces suicides portent à 44 le nombre de policiers et à 16 le nombre de gendarmes qui se sont donné la mort depuis le début de l’année 2017. »

Remercié sans promotion

Ce communiqué a été diffusé quelques minutes après l’annonce du suicide du commissaire Antoine Boutonnet, figure de la lutte contre le hooliganisme. Son corps venait d’être retrouvé dans les locaux de la Direction générale de la gendarmerie nationale. Il était affecté depuis mars dernier à la sous-direction de l’anticipation opérationnelle (SDAO). Depuis 2009 le commissaire Boutonnet avait dirigé avec succès la division chargée de lutter contre les violences dans les stades. Huit ans plus tard il avait été remercié sans promotion particulière. Selon des proches, il supportait mal sa mutation.

Ces chiffres de suicides sont d’autant plus marquants que le même ministre souligne que « depuis plusieurs années, la prévention des risques psycho-sociaux est une priorité du ministère de l’intérieur » ; et que ce ministère « a récemment renforcé ses dispositifs de détection et de prise en charge (recrutement de psychologues, redynamisation des cellules de veille, déploiement de réseaux de référents, formation des cadres, etc.). »

Que faire ? Gérard Collomb, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur a exprimé sa « vive émotion » et demandé aux directeurs généraux de la police nationale, de la gendarmerie nationale et de la sécurité intérieure de lui présenter une évaluation des mesures mises en œuvre pour prévenir les suicides parmi les forces de l’ordre. « Il réunira rapidement les représentants des policiers et gendarmes pour évoquer les dispositifs de prévention existants et les moyens d’en renforcer encore l’efficacité ».

Taux anormalement élevés

L’actuel ministre de l’Intérieur se souvient peut-être que l’un de ses prédécesseurs (Bernard Cazeneuve) avait récemment été confronté au même phénomène. Il y a précisément trois ans, fin octobre 2014, on comptait quarante-trois cas de suicides dans la police depuis le début de l’année.

« A ce rythme, le  »record » de 1996 – soixante-dix suicides de policiers contre cinquante par an en moyenne – pourrait être égalé. Un chiffre noir » soulignait alors une dépêche de l’Agence France Presse. Fin septembre, le ministre de l’Intérieur avait aussi recensé, dans un discours aux forces de l’ordre, dix-sept suicides parmi les militaires de la gendarmerie qui n’est pas épargnée par le phénomène. » Le Syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI) – majoritaire chez les officiers de police, estimait que le taux de suicide constaté dans la police restait « anormalement élevé »: 36 pour 100.000 contre 20-22 pour 100.000 pour le reste de la population.

Début 2015 Bernard Cazeneuve avait lancé un plan ministériel comportant vingt-trois mesures pour prévenir au mieux ce phénomène. Au vu des derniers chiffres force est de constater que l’entreprise a échoué. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle observée dans le monde hospitalier.

A demain

 

Harcèlements à l’hôpital : les administratifs auront-ils bientôt la peau des salles de garde ?

 

Bonjour

Tout diriger, de la cave au grenier, dans les espaces hospitaliers. Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, mesurait-il la portée de son annonce « anti-harcèlement sexuel » quand il évoquait hier, à haute voix, l’effacement les fresques des « salles de garde » ? Effacer pour mieux régenter. C’est là une bien vieille histoire, aussi vieille que celle des internes, de leurs « tonus », de leurs rituels. Deux siècles au bas mot, pas loin d’un millénaire selon d’autres calculs.

« La suppression des salles de garde est un vieux rêve des « administratifs », rappelle le Dr William Lowenstein, ancien de l’AP-HP et président de SOS Addictions. L’économe de salle de garde que j’ai été peut assurer d’une chose : les prédateurs ne venaient pas aux tonus : trop voyant ! Ah le vieux rêve de certains chefs de rayon … pouvoir harceler, abuser dans son coin, dans son bureau, avec la photo de sa femme et de ses enfants parfois retournée… »

La « salle de garde » a deux visages. C’est, bien sûr, le lieu clos d’un centre hospitalier où se réunissent les internes (et leurs invités) – repas, repos, détente. C’est aussi, au sens figuré, l’état d’esprit et les rituels qui règnent dans ce lieu. Effacer les fresques peut, dès lors, être perçu comme une agression contre une histoire et une culture communes. C’est  là le dernier symbole en date de la puissance montante de l’administratif sur le médical. Un administration qui, faute de connaître l’intérieur des corps et de lutter contre la mort, ne dépasse pas le grivois, l’obscène qui lui fait peur.

« Je la mettrai près de la morgue ! »

Le directeur général de l’AP-HP connaît sans aucun doute « Fermeture d’hôpitaux, quelles clefs ? » de Marie-Christine Pouchelle (Revue d’ethnologie française) ? Extrait :

« Les salles de garde furent et sont traditionnellement hostiles aux directions hospitalières. Aujourd’hui, les administratifs ne sont pas fâchés, par exemple, d’arguer de nécessités économiques pour en supprimer la cuisine, fondement de rituels conviviaux où se fabrique l’identité médicale. « Ils n’ont qu’à manger au self, comme tout le monde. »

Dans l’hôpital Pompidou en construction, la salle de garde n’avait pas été prévue, et il fallut la mobilisation des patrons pour qu’on lui trouve un lieu. « Je la mettrai près de la morgue ! » aurait lancé le directeur de l’hôpital. Ce contexte menaçant explique que certaines des fresques de la salle de garde de l’hôpital Boucicaut, qui avaient été peintes sur des panneaux de contreplaqué, furent finalement confiées au musée des Arts et Traditions Populaires (ATP).

Une telle donation, faite par l’entremise d’un jeune médecin, va à l’encontre du secret caractéristique de la culture des salles de garde. Elle a parfois été diversement commentée au sein du corps médical (« Rien ne doit sortir de la salle de garde »), comme chez le personnel des ATP, surpris par le caractère obscène des fresques en question. Cependant, c’est avec une jubilation manifeste que tout récemment, en cours d’opération, un chirurgien auquel je confirmais que les panneaux se trouvaient bien désormais dans les réserves du musée m’a indiqué comment retrouver son propre portrait sur la fresque en question. »

Dynamitage des exutoires

On peut certes connaître et ne pas partager tout ce que des non-médecins désignent comme des outrances de carabins. On pourrait même, parfois, les regretter. On ne saurait pour autant réclamer leur disparition, l’effacement des fresques, la démolition des « salles de garde », le self obligatoire, le dynamitage du partage et des exutoires.

« A ce compte, supprimons également Charlie, Rabelais, Virginie Despentes, Leila Slimani et toutes celles et ceux qui peignent des fresques de vie insupportables, ajoute le Dr Lowenstein.  Détruisons en urgence les bobines de MASH et l’insupportable sexisme médico-chirurgical de Robert Altman. Effaçons les affreux personnages incarnés perversement par Donald Sutherland et Elliott Gould qui pourraient induire de scandaleuses idées aux jeunes générations d’internes … Derrière l’objectif du soucieux et offusqué intérêt pour les  fresques, surfant sans vergogne sur l’actualité des prédateurs et autres criminels sexuels, l’idée est bien de tuer cette espace de résistance des médecins. »

« De toutes façons, nous connaissons tous le rêve absolu de nombre d’administratifs de l’AP-HP, ajoute l’ancien économe. C’est un hôpital sans lits, avec des e-malades et quelques médecins bien dressés …Mais il reste les salles de garde, la maison interdite !  Entre la bigoterie et les « maisons de tolérance des abus et harcèlement » il est un espace commun à promouvoir : celui du respect de l’autre et de soi-même. »

Nul ne saurait, depuis sa cabine, tout diriger, de la cave au grenier, dans les espaces hospitaliers.

A demain