Le Conseil scientifique dénonce les propos «infamants», sous serment, du Pr Didier Raoult

Bonjour

02/07/2020. On attendait la réaction des membres du Conseil scientifique du gouvernement après les accusations du Pr Didier Raoult. Une semaine plus tard elle est connue – au lendemain des accusations de « faux témoignage » exprimée par Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP.

Rappel des propos tenus le 24 juin par le Pr Didier Raoult s’exprimant, sous serment, devant les députés de la commission d’enquête sur la gestion politique de la lutte contre l’épidémie de Covid-19 :

« Vous me demandez pourquoi je ne suis pas resté dans ce conseil scientifique. C’est parce que je considérais que ce n’était pas un conseil scientifique et que je ne fais pas. Je ne fais pas de la présence, j’ai pas de temps. Je sais ce que c’est un conseil scientifique. Moi, j’ai un conseil scientifique qui fait rêver le monde entier de qualité. Ce n’était que des stars de leur domaine. Là ce n’était pas ça. Il n’y avait aucun de ceux qui connaissaient le coronavirus dans le conseil scientifique.

Interrogé par le rapporteur Eric Ciotti sur les personnes qui influenceraient de façon néfaste le ministre de la Santé, Olivier Véran, le Pr Raoult donnait des noms; ceux du directeur de l’ANSM (l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), Dominique Martin, et le président de la Haute Autorité de santé, Dominique Le Guludec. « C’est eux qui ont pris les décisions » a-t-il dit.

« Le problème n’est pas résolu. Le problème reviendra. Donc, si vous refaites un groupe en disant (…) ‘pour faire la recherche médicale, on va prendre les gens de l’Inserm, des gens de Pasteur, qui vont se partager les manières de réfléchir et qui vont gérer des hôpitaux, plus deux ou trois personnes qui travaillent avec l’industrie pharmaceutique, je vous le dis, vous retomberez dans la même crise.

« Quand j’ai commencé à parler pour la première fois de la chloroquine. Il y a quelqu’un qui m’a menacé à plusieurs reprises de manière anonyme. Je vous recommande de faire une véritable enquête sur Gilead [un laboratoire pharmaceutique américain producteur d’un médicament expérimenté contre la Covid-19], j’ai porté plainte et j’ai fini par découvrir qu’il s’agissait de la personne qui avait reçu le plus d’argent de Gilead depuis 6 ans ».  

Calomnie

Aujourd’hui, révèle l’AFP,  le Conseil scientifique juge que ces propos sont  « infamants et dépourvus de fondements » et relèvent de la « calomnie ». « La lettre, datée du 30 juin, est adressée à la présidente de la commission, Brigitte Bourguignon, son rapporteur, Eric Ciotti, et au président de l’Assemblée, Richard Ferrand, précise l’AFP. « A la suite des déclarations du Pr Raoult devant la commission d’enquête le 24 juin 2020, les membres du conseil scientifique Covid-19 considèrent ses propos et insinuations comme infamants et dépourvus de fondements », écrit le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, dans une lettre datée du 30 juin. Douze des treize membres du conseil scientifique y sont associés.

Selon le Pr Delfraissy, le Pr Raoult – qui avait brièvement fait partie du conseil scientifique créé début mars, avant de le quitter – a fait preuve d’une « certaine forme “d’intention de tromper” » les députés de la commission en « [entretenant] de manière répétée une confusion entre les notions pourtant bien distinctes de liens et de conflits d’intérêts ».

« Les membres du conseil scientifique souhaitent vous faire part de leur vive réprobation à l’endroit d’allégations sans fondement tenues par le Pr Raoult pourtant sous serment, ainsi que de propos manifestement outranciers dont les intentions et les prétentions ne lui semblent plus guère relever du registre de la science », conclut la lettre.

Ce n’est pas tout. Dans un courrier distinct daté du 1er juillet et adressé à Richard Ferrand, la présidente de la HAS, Dominique Le Guludec, conteste aussi des propos du Pr Raoult sur les conflits d’intérêts. « Affirmer devant la représentation nationale, de manière vague et non étayée, que la HAS est soumise à “des conflits d’intérêts très sérieux” relève de la calomnie, écrit Mme Le Guludec. Je ne saurais accepter que la réputation de la Haute Autorité de santé, son sérieux et son intégrité soient remis en cause avec une telle légèreté à l’occasion d’un moment aussi important qu’une audition par les parlementaires. »

Et maintenant ? Que peut le Parlement contre de telles accusations ? La justice sera-t-elle saisie pour infamie et calomnie ?

A demain @jynau

Gestion de l’épidémie: comment Agnès Buzyn peut-elle affirmer qu’elle a parfaitement œuvré ?

Bonjour

01/07/2018. Toujours la bonne élève et sa petite voix. Une émotion certaine, beaucoup d’hésitations, des souvenirs parfois parcellaires mais aucune faute à se reprocher  : Agnès Buzyn a répondu pendant plus de trois heures, mardi 30 juin, aux questions des députés de la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur la gestion de la crise sanitaire liée au coronavirus. Et au final l’impression donnée que l’ancienne ministre des Solidarités et de la Santé (mai 2017-février 2020) a parfaitement agi, amplement anticipé, œuvré comme il convenait. Une forme de parcours difficile, un presque sans-faute, une gestion de qualité supérieure à ce qui a pu être fait dans des pays voisin.

Aucun mea culpa, pas le moindre regret, autant d’affirmations réitérées qui ne coïncident guère avec les dépositions précédentes des autres acteurs. Pour résumer une position de défense personnelle absolue qui lui imposait de dénoncer les failles de certains – comme l’agence Santé publique France, responsable de la gestion des équipements de protection – à commencer par les masques…

Elle a ainsi par exemple expliqué que ce n’était pas non elle qui avait pris la décision de détruire les masques jugés non conformes alors que le stock n’avait pas encore été reconstitué. « Je lui fais totalement confiance et j’assume totalement les décisions qu’il prend », a-t-elle dit à propos du Directeur général de la santé Jérôme Salomon, proche d’Emmanuel Macron, qu’elle avait nommé en 2018.

Désertion du navire de Ségur

Autre faille, majeure, mise en lumière : face à la tornade épidémique qu’elle prévoyait, sa désertion précipitée du navire ministériel le 16 février pour aller porter les maigres couleurs du parti présidentiel afin de tenter de devenir maire de Paris – entreprise finalement calamiteuse. Où est, ici, la réflexion sur la réduction des risques.

« Je quitte le ministère le 16 février. Il n’y a pas eu de cas nouveaux en France depuis neuf jours. (…) La République en marche n’a plus de candidat à la Mairie de Paris. Moi, j’estime que j’ai fait mon travail de préparation du système de santé. (…) Je quitte le ministère avec le sentiment que j’ai fait la bonne préparation

Autre faille, incompréhensible, ses déclarations au Monde, précisément à cet instant , au lendemain du premier tour des élections municipales, sur sa campagne à Paris et son départ du gouvernement. Elle affirmait notamment avoir « alerté le directeur général de la santé » dès le 20 décembre et « envoyé un message au président sur la situation » le 11 janvier. « Quand j’ai quitté le ministère, assurait-elle dans Le Monde, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu. »

Et aujourd’hui cette bien pauvre parade : « Quand la journaliste [Ariane Chemin] m’appelle, je suis intimement persuadée que le deuxième tour ne peut pas se tenir », a-t-elle expliqué aux parlementaires. « Je n’ai pas relu ces propos. Ces verbatim ne m’ont été soumis. » Avant d’ajouter :

« J’avais passé une journée épouvantable. J’étais très fatiguée. On m’accusait sur les réseaux sociaux de n’avoir rien vu venir. C’est tout le contraire. Je me suis battue pendant un mois. (…) Ce que j’ai dit au “Monde” ce jour-là, c’était “arrêtez de dire que je n’ai rien vu”. J’ai tout vu. Cet article laisse penser que je n’ai pas préparé ».

« C’est une sorte de Simone Veil désenchantée »

D’autres propos en défense, brouillons,  suivront : sur les masques, sur les tests, sur le reste, sur son parcours professionnel faisant d’elle l’une des mieux préparées à l’anticipation de la gestion de toutes les crises sanitaires. La preuve : elle aura été la première ministre de la Santé en Europe a organiser une « conférence de presse » sur le sujet (sic). C’était le 21 janvier 2020 lorsqu’elle elle avait expliqué que concernant l’épidémie en Chine : « le risque d’introduction en France de cas liés à cet épisode est faible, mais il ne peut pas être exclu ». Aujourd’hui elle argue de sa réactivité « alors qu’il n’y a pas d’alerte de l’OMS ». Elle explique encore que ce n’est que « le lendemain » de sa conférence de presse que la transmission interhumaine avait été confirmée par l’OMS. Mais encore ?

Elle avait anticipé sur tout, tout préparé à la perfection – avant de tout laisser tomber, de pleurer et de passer les clefs de la maison Ségur à Olivier Véran. Une maison dont on découvrit ensuite que bien des fenêtres étaient en réalité restées ouvertes alors même que la locataire avait prédit le tsunami.  Un exemple marquant : comment comprendre que devant la même commission d’enquête, l’ancien directeur général de Santé publique France, François Bourdillon, a pu affirmer que Santé publique France et la Direction générale de la Santé savaient, dès août 2018, que les stocks de masques étaient en grande partie périmés. Une information qui, selon Agnès Buzyn, ne serait donc pas « remontée » jusqu’à elle pendant un an et demi.

C’est dire s’il reste encore aux députés et aux journalistes beaucoup à découvrir, à comprendre, à soupeser. A commencer par une question jamais posée : pourquoi un(e) ministre « des Solidarités et de la Santé » ? Comment Agnès Buzyn pouvait-elle raisonnablement œuvrer dans un aussi vaste champ incluant notamment l’équilibre de l’ assurance maladie, la réforme des retraites, celle des hôpitaux, le déremboursement de l’homéopathie, la refonte des vaccinations …. et la préparation de la lutte contre tous les risques épidémiques majeurs menaçant le pays.

Olivier Véran est d’ailleurs aujourd’hui exposé aux mêmes risques – et nous avec lui. Il faudrait parvenir, en somme, dans ces sphères, à réduire les addictions au pouvoir pour mieux exercer celui que l’on a l’honneur d’exercer. Trop de responsabilités au sein de exécutif peut tuer l’efficacité. Même chez les bons élèves. Nous saurons bientôt, avec le remaniement du gouvernement, si la tragique leçon aura été tirée par Emmanuel Macron.

Restera, plus tard, à raconter le parcours d’Agnès Buzyn, médecin qui voulut monter et briller en politique et qui, aujourd’hui, doit accomplir un chemin de croix. Ce fut, hier comme le début de l’épilogue d’une série mêlant drame, intrigue politique et pathos individuel « Ça va être dur pour elle. Cette femme a vécu une tragédie. C’est une sorte de Simone Veil désenchantée qui s’est fanée en trois mois. C’est triste », aurait confié un député.

Après elle, ses prédécesseurs au ministère de la santé, Marisol Touraine, Roselyne Bachelot et Xavier Bertrand, seront à leur tour auditionnés par la commission d’enquête. Qu’ont-ils fait ? Que sont-ils devenus ? Combien de regrets ? La série se poursuit.

A demain @jynau

Du cannabis désormais livré comme les burgers Uber : que peuvent Castaner et la police ?

Bonjour

30/06/2020. C’est à déguster sur Slate.fr : « La crise du Covid-19 a confirmé l’efficacité de la livraison de drogue à domicile » (Julie Profizi) . Où l’on apprend que si les trafics ont chuté pendant le confinement une pratique a néanmoins été mise en lumière: la livraison de stupéfiants chez les consommateurs.

« À la veille des annonces du gouvernement, le 17 mars, face au risque de pénurie, les dealers d’Île-de-France ont dû faire face à une demande exceptionnelle, explique Slate.fr. ‘’J’ai acheté 400 euros d’herbe le lundi’’, lance Paul, un consommateur de 25 ans, habitant dans les Hauts-de-Seine. Une aubaine pour les dealers. «On a fait des chiffres indécents, on a pris pas mal de risques mais avec brio», se félicite H., dealer parisien. Son réseau a enchaîné les livraisons dans la capitale et en proche banlieue pendant plus de 48 heures d’affilée.

Puis le 15 mai, Christophe Castaner, toujours ministre de l’Intérieur, a annoncé au siège de l’Ofast (Office antistupéfiants) une baisse de 30 à 40% des trafics. Néanmoins, le ministre de l’Intérieur a mis en garde contre des «nouvelles pratiques», notamment la livraison à domicile. La vie moderne, en somme avec l’effacement des interdits via la technologie. Les plateformes de commande ont d’abord concerné les consommateurs et consommatrices de drogues comme la cocaïne, des gens aisés ou habitant en centre-ville… Avant de s’élargir au cannabis.

Acheter son équipement aux couleurs de la société 

Pour «des personnes qui ne sont pas à l’aise à l’idée de se rendre dans les fours, ces lieux de deals établis dans des endroits un peu chauds», explique à Slate.fr le sociologue David Weinberger, chercheur à l’Institut national des hautes études sur la sécurité et la justice . Florian, policier de la BAC de Paris, a constaté cette généralisation: «Avant les consommateurs de tout Paris allaient à Saint-Ouen pour acheter leur dose.» Il observe, de fait, une désertion des lieux de deals habituels. Pour David Weinberger, cette nette évolution indique «la professionnalisation des méthodes de vente. Ça se voit en France comme partout dans le monde». 

Le confinement a bousculé la livraison et ses modalités, éprouvant «l’ingéniosité criminelle», selon les mots du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Chaque déplacement devant alors être justifié avec une attestation, le risque pour les «coursiers» a augmenté. Les doses minimales de commande sont alors passées chez la plupart des distributeurs de 50 euros à 100 euros. 

« Afin de réduire drastiquement le risque de contrôle sur les routes, nombre de «coursiers» ont eu recours au même stratagème: se grimer en livreurs de repas, type Deliveroo ou Uber Eats, rapporte encore Slate.fr 1. Quoi de mieux pour justifier un déplacement lié au travail qu’une grosse enseigne arborée sur le vélo ?  Mieux : certains coursiers sont d’ailleurs de vrais livreurs, qui arrondissent leurs revenus en vendant de la drogue ; une minorité. La plupart travaillent exclusivement pour un réseau de livraison de stupéfiants. Il suffit pour cela d’acheter son équipement aux couleurs de la société  – très facile à trouver d’occasion sur internet.

«Pour nous les dealers, il y a un avant et un après confinement, confie H. à Slate.fr. Ça nous a prouvé qu’on pouvait s’adapter à tout, malgré les risques. Il y a des trucs et des astuces, qu’on gardera bien après le déconfinement.» Les forces de l’ordre sont prévenues : les produits illicites modifiant les états de conscience sont désormais livrés à domicile, un peu après les repas. Que feront les « guetteurs » ? Que pourra faire la police ? A quand la dépénalisation contrôlée du cannabis ?

A demain @jynau

1 Sur ce thème , on lira avec intérêt : « La vente à emporter dans la restauration va-t-elle s’inscrire dans la durée? » (Alexane Pelissou) Slate.fr 30 juin 2020

The Lancet : 216 médecins dénoncent la «torture» dont est victime Julian Assange

Bonjour

26/06/2020. S’indigner ? Jouer les blasés ? Voilà une publication du Lancet qui ne sera pas rétractée. Un document qui pourrait aussi, malheureusement, faire date : « The ongoing torture and medical neglect of Julian Assange ». Les 216 signataires de trente-trois pays plus qu’inquiets de l’état de santé et des conditions de détention de Julian Assange. Selon eux situation dans laquelle se trouve Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, s’apparente à de la « torture ».

« Il ne s’agit pas d’un travail de recherche ou de diagnostic, précise Le Monde (Martin Untersinger). Ses auteurs n’ont pas examiné directement Julian Assange et l’on n’y apprend rien sur la situation médicale de l’Australien. Il s’agit en fait d’un éditorial de médecins appartenant à un collectif de soutien à M. Assange, toujours incarcéré dans une prison du sud-ouest londonien dans l’attente de la deuxième partie de son procès en extradition, qui doit se tenir en septembre. »

Faut-il rappeler que Julian Assange (informaticien, journaliste et  »cybermilitant ») est au cœur d’une affaire politico-judiciaire d’envergure internationale depuis 2010 – à la suite notamment de révélations accablantes sur la manière dont les Etats-Unis et leurs alliés mènent la guerre en Irak et en Afghanistan – avant d’être accusé d’agressions sexuelles en Suède ?

« Une escalade dans les tactiques de torture psychologique »,

L’état de santé de M. Assange fait désormais régulièrement l’objet d’alertes de la part de ses défenseurs qui espèrent pouvoir user de cet argument pour faire barrage à son extradition vers les Etats-Unis, où il encourt 175 ans de prison pour avoir publié, il y a dix ans, des documents secrets.

Les médecins signataires du Lancet dénoncent en particulier les « violations continues des droits humains et juridiques de M. Assange, aux mains des autorités judiciaires et pénitentiaires au cours de la procédure d’extradition ». « Ils se font là l’écho des reproches déjà formulés à plusieurs reprises par les avocats du fondateur de WikiLeaks, notamment sur son isolement dans la prison de haute sécurité de Belmarsh et la grande difficulté que rencontrent ses avocats pour s’entretenir avec lui et préparer sa défense » souligne Le Monde. Ainsi, rappellent-ils que, pendant la première partie du procès en extradition, en février, « il a été cantonné à un box en vitres pare-balles d’où il lui était impossible de suivre l’audience, on lui a refusé de s’entretenir avec ses avocats. Il a été fouillé à nu, menotté onze fois, déplacé dans onze cellules différentes et certains documents confidentiels de sa défense ont été saisis ».

« L’isolation et une stimulation insuffisante sont des techniques de tortures majeures, capables de déclencher un désespoir important, de la désorientation, de la déstabilisation et la désintégration de fonctions mentales et psychologiques cruciales », écrivent les signataires. Ces derniers dénoncent aussi le refus de la justice britannique d’accorder une libération conditionnelle afin de la protéger de la pandémie de Covid-19, particulièrement virulente en milieu carcéral. « M. Assange court un risque important de contracter le coronavirus et d’y succomber » affirment-ils.

La publication du texte survient deux jours après que la justice américaine a annoncé un renforcement de l’accusation qui le vise. Cette annonce constitue « une escalade dans les tactiques de torture psychologique », a dénoncé l’une des co-autrices de la lettre, Lissa Johnson, dans un communiqué.  Le 21 octobre dernier, l’Australien de 48 ans était apparu désorienté au cours de sa première apparition en public en six mois, bredouillant pendant une audience à Londres et semblant avoir des difficultés à se rappeler sa date de naissance. C’était le 3 juillet 1971 à Townsville. Il y aura bientôt quarante-neuf ans. S’indigner ?

A demain @jynau

Covid-19: plus d’un million de Français vont être systématiquement incités à se faire dépister

Bonjour

25/06/2020. Simple coïncidence ? Malmené hier par le Pr Didier Raoult devant les députés, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé s’exprime aujourd’hui dans Le Monde (propos recueillis par Chloé HecketsweilerFrançois Béguin et Cédric Pietralunga). Pour dire quoi ? Notamment ceci :

« Nous lançons dans certains territoires une campagne de très grande ampleur qui s’adresse à tous les habitants. Près de 1,3 million de personnes vivant dans trente communes d’Ile-de-France vont ainsi recevoir des « bons » de l’Assurance-maladie leur proposant d’aller faire un test virologique dans n’importe quel laboratoire public ou privé, même s’ils n’ont pas de symptômes. L’objectif est d’identifier les éventuels clusters dormants, c’est-à-dire des foyers invisibles de personnes asymptomatiques. Il s’agit également de regarder s’il y a des différences entre les territoires sur la circulation et l’impact du virus. »

Le « profil » des communes retenues ?

« Ce sont des territoires à proximité de clusters identifiés, où l’on constate avec des opérations de « barnum » qu’il y a du réservoir viral, avec des personnes asymptomatiques, qui peuvent transmettre le virus sans le savoir. On est pour l’instant au stade de l’expérimentation pour regarder si cela correspond à un souhait des Français. Cette expérimentation pourra ensuite être étendue à d’autres régions. »

Le Monde fait observer au ministre qu’un ancien directeur général de la santé, William Dab, a assuré devant la commission d’enquête parlementaire qu’on aurait dû avoir un confinement ciblé plutôt que généralisé du pays, qu’il n’y a « aucun doute là-dessus ». Le ministre a-t-il, sur ce sujet, quelques regrets ?

« Non, je ne crois pas plus aux commentaires a posteriori qu’aux prévisions a priori. Je leur accorde à peu près la même valeur, celle de la sincérité d’un expert qui s’exprime sur une situation avec les éléments dont il dispose. »

On n’en saura malheureusement pas plus. Une « deuxième vague » ? S’y préparer. Aucune question sur les accusations du Pr Didier Raoult. Sera-t-il encore ministre après un remaniement que l’on dit imminent ? Ne plus se consacrer qu’à la Santé ? Oublier les Solidarités pour mieux se concentrer ? Laisser la place à son confrère Didier Raoult ? Non, il ne lâchera rien :

« Je suis ministre des Solidarités et j’y tiens. Il faut faire vivre politiquement les politiques de solidarité d’ici à la fin du mandat. Je ménage du temps, de l’énergie, de la motivation pour travailler les politiques de solidarité et faire des propositions ambitieuses pour les affaires sociales de notre pays. Je porte la création d’une cinquième branche de la Sécurité sociale pour la perte d’autonomie.

« Mon défi, c’est d’être capable de faire en même temps le Ségur, de gérer la crise du Covid et d’avoir une attention pour les personnes en perte d’autonomie. Les idées ne manquent pas, les projets ne manquent pas et on sera prêts. La question des plus précaires me préoccupe beaucoup. Je ne me sens pas débordé. La solidarité est très corrélée à la santé et au social. Mais je m’en remets à l’arbitrage du président et du Premier ministre. »

Comment pourrait-il faire autrement ?

A demain @jynau

Après ses accusations devant les enquêteurs, le Pr Raoult sera-t-il poursuivi pour diffamation?

Bonjour

24/06/2020. Ainsi donc, le Pr Didier Raoult face aux députés de la commission d’enquête sur la gestion politique de la lutte contre l’épidémie de Covid-19. On attendait un spectacle, ce fut aussi un réquisitoire nourri du soupçon de conflits d’intérêts. Du jamais entendu dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Un mitraillage général mais visant aussi, nommément, plusieurs personnalités médicales – à commencer par le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique du gouvernement.  Nous y reviendrons. Premiers extraits :

« Vous me demandez pourquoi je ne suis pas resté dans ce conseil scientifique. C’est parce que je considérais que ce n’était pas un conseil scientifique et que je ne fais pas. Je ne fais pas de la présence, j’ai pas de temps. Je sais ce que c’est un conseil scientifique. Moi, j’ai un conseil scientifique qui fait rêver le monde entier de qualité. Ce n’était que des stars de leur domaine. Là ce n’était pas ça.Il n’y avait aucun de ceux qui connaissaient le coronavirus dans le conseil scientifique.

« Il se trouve que dans ce conseil scientifique, j’étais un ovni, un extraterrestre. Il n’y avait pas de compatibilité génétique entre nous, ce n’était pas possible. C’était un groupe qui se connaissait entre eux, qui travaillait depuis des années ensemble. Je pense que c’est le président qui a souhaité que je fasse partie de ce groupe. Ils avaient des idées très précises, qui avaient déterminé ce qu’il fallait faire avant que j’arrive et je n’étais pas d’accord. On ne travaillait jamais avec les papiers sur la table, jamais avec les données sur la table. Et je ne travaille pas comme ça. Je ne suis pas un homme de réunion, un homme de données.

Interrogé par le rapporteur Eric Ciotti sur les personnes qui influenceraient de façon néfaste le ministre de la Santé, Olivier Véran, le Pr Raoult donne des noms. Le directeur de l’ANSM (l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), Dominique Martin, et le président de la Haute Autorité de santé, Dominique Le Guludec. « C’est eux qui ont pris les décisions » a-t-l dit.

« Le problème n’est pas résolu. Le problème reviendra. Donc, si vous refaites un groupe en disant (…) ‘pour faire la recherche médicale, on va prendre les gens de l’Inserm, des gens de Pasteur, qui vont se partager les manières de réfléchir et qui vont gérer des hôpitaux, plus deux ou trois personnes qui travaillent avec l’industrie pharmaceutique, je vous le dis, vous retomberez dans la même crise.

« Quand j’ai commencé à parler pour la première fois de la chloroquine. Il y a quelqu’un qui m’a menacé à plusieurs reprises de manière anonyme. Je vous recommande de faire une véritable enquête sur Gilead (un laboratoire pharmaceutique américain producteur d’un médicament expérimenté contre la Covid-19), j’ai porté plainte et j’ai fini par découvrir qu’il s’agissait de la personne qui avait reçu le plus d’argent de Gilead depuis 6 ans ».  

Le Pr Raoult n’a pas donné le nom de celui qui l’a menacé. Il a, aussi, rappelé qu’il est en contact régulier avec l’Elysée.

A demain @jynau

Pandémie: Agnès Buzyn accusée par le patron du Lancet de ne pas avoir réagi dès le 30 janvier

Bonjour

23/06/2020. C’est la tragique rançon shakespearienne de la politique : être ou ne pas être dans les médias. Aujourd’hui Agnès Buzyn se retrouve deux fois dans Le Monde, un quotidien auquel elle s’était imprudemment confiée après avoir quitté son puissant ministère des Solidarités et de la Santé. L’affaire du « cauchemar » et de la « mascarade ». D’abord dans un papier politique signé  Denis Cosnard qui évoque le chemin de croix de celle qui sait qu’elle ne sera pas maire de Paris. Extrait :

« Cela commence mal. A peine arrivée place Blanche pour faire campagne dans le 18e arrondissement de Paris, voici qu’Agnès Buzyn se tord la cheville dans un nid-de-poule. ‘’C’est cela, les chaussées de madame Hidalgo !’’, s’exclame sa tête de liste locale, Pierre-Yves Bournazel. ‘’ C’est un coup monté !’’, dit en souriant la candidate La République en marche (LRM) à la Mairie de Paris. Toute à son début d’entorse, elle ne fait pas attention à la piste cyclable et manque de heurter un vélo. Heureusement, un passant la reconnaît et lui déclare, tout miel : ‘’Je vous ai vue à la télé, mais vous êtes encore plus belle en vrai.’’ Agnès Buzyn : ‘’Vous habitez Paris ?’’ Hélas, non, de passage seulement. Il ne pourra pas voter pour elle. »

« Qu’elle est rude cette campagne pour l’ex-ministre de la santé ! Depuis qu’elle est repartie malgré tout à la conquête de la Mairie de Paris, les polémiques n’ont pas faibli, que ce soit sur sa gestion passée du Covid-19, son alliance ambiguë avec Les Républicains (LR) dans le 5e arrondissement, ou encore l’utilisation par une de ses candidates, Laetitia Avia, des moyens du Parlement pour faire campagne dans le 12e arrondissement, selon Mediapart. »

On retrouve l’ancienne ministre quelque pages plus loin. C’est dans le corps d’un entretien accordé au quotidien  (Hervé Morin et Paul Benkimoun) par le Dr Richard Horton, patron du Lancet qui poursuit la campagne de promotion de son dernier ouvrage polémique 1 : « Le Covid-19 montre une faillite catastrophique des gouvernements occidentaux ». Le puissant rédacteur en chef  y dénonce l’impéritie de nombreux pays face à la menace pourtant annoncée de la pandémie. Et après l’avoir fait pour Libération, il revient sur la rétractation récente d’une étude controversée sur l’hydroxychloroquine publiée dans ses colonnes.

Gilets jaunes et ambassade de France

Le Monde lui demande en quoi, selon lui, la France failli, dans sa gestion de l’épidémie de Covid-19. Sa réponse :

« Lorsqu’il y a eu proclamation d’une urgence de santé publique de portée internationale, le 30 janvier, pourquoi la ministre de la santé [d’alors, Agnès Buzyn] n’a-t-elle pas immédiatement envoyé un message à l’ambassade de France à Pékin pour lui demander son aide pour comprendre ce qui se passait à Wuhan, quel était ce virus, à quel point il était inquiétant, s’il était aussi préoccupant que l’indiquaient des articles dans The Lancet ?

« Si l’ambassade avait fait correctement son travail, elle aurait rassemblé en quarante-huit heures les informations du bureau de l’OMS à Pékin, de la Commission nationale de santé du gouvernement chinois. Elle aurait compris la nature de la menace, l’aurait immédiatement transmise au ministère de la santé et au Palais de l’Elysée et, à la fin de la première semaine de février, le gouvernement aurait disposé d’une vision très claire du danger.

« Si cela ne s’est pas produit, c’est une faillite catastrophique du gouvernement français et les Français doivent demander pourquoi le gouvernement n’a pas protégé les près de 30 000 vies qui ont été perdues, comme nous en avons perdu 40 000. C’étaient des morts évitables. Ces personnes devraient être en vie aujourd’hui.

Pourquoi les gens ne sont-ils pas davantage en colère à ce sujet ? J’ai vu les manifestation des ‘’gilets jaunes’’ dans les rues de Paris. Elles m’ont frappé. Pourquoi les ‘’gilets jaunes’’ ne manifestent-ils pas dans la rue contre l’échec du gouvernement français à protéger les vies des près de 30 000 de ses citoyens ? Qui demande des comptes au gouvernement ? »

Plus loin il ajoute ne vouloir « blâmer aucun individu ». « Il n’y a pas une personne en France ou dans aucun autre pays européen qui soit responsable à elle seule d’une faillite nationale, ajoute-t-il. C’est le système qui a failli, le système de conseils scientifiques qui a failli dans votre pays comme dans le mien. Le système de riposte politique a failli dans votre pays comme dans le mien. »

Le 30 janvier 2020 Agnès Buzyn a-t-elle on non immédiatement envoyé un message à l’ambassade de France à Pékin ?

A demain @jynau

1 The Covid-19 Catastrophe. What’s Gone Wrong and How to Stop It Happening Again, par Richard Horton, 120 pp., éditions Polity Press

Déconfinement : les héros hospitaliers en blouse blanche sont à nouveau victimes de violence

Bonjour

23/06/2020. Le monde d’après ? Hier les applaudissements, aujourd’hui, après le déconfinement, le retour des violences. C’est à lire dans L’Union (Hervé Marti) : « Nouvelle agression de soignants à l’hôpital de Soissons ».

Où l’on apprend que dans la nuit du 20 au 21 juin, un homme âgé de 66 ans, a agressé trois personnels soignants aux urgences de l’hôpital de Soissons. Il venait d’être transporté par les sapeurs-pompiers, car il errait dangereusement sur la voie publique, après avoir consommé trop d’alcool. Vers 2 h 15 que le sexagénaire a donné un coup de poing à une infirmière. Il a également menacé de mort une ambulancière et proféré des injures racistes à l’encontre du médecin de garde présent sur les lieux.

« Les policiers du commissariat de la cité du Vase sont donc intervenus dans la foulée pour interpeller l’agresseur, rapporte le quotidien régional. Celui-ci, déjà défavorablement connu des forces de l’ordre, a aussitôt été placé en garde à vue. L’auteur des faits a ensuite refusé que les fonctionnaires testent son alcoolémie. Sa garde à vue a été prolongée jusqu’à la fin du week-end et il devait s’expliquer d-s le lendemain devant le tribunal correctionnel de Soissons dans le cadre d’une comparution immédiate. »

L’Union souligne que cette agression s’inscrit dans le cadre d’une longue liste de faits similaires survenus dans les urgences soissonnaises. Jérôme Casola, représentant de la CFDT  : « Ce n’est pas la première fois que cela arrive et je trouve cela honteux et lamentable. Pendant trois mois, on a encensé les personnels soignants qui luttaient contre l’épidémie de coronavirus, et nous sommes à nouveau agressés. On a déjà installé des caméras de surveillance il y a environ huit mois, mais à un moment, il va falloir se poser la question d’avoir un agent de sécurité aux urgences. »

En décembre 2016, deux jeunes filles alcoolisées ont frappé une infirmière après avoir été refoulées de boîte de nuit. Au mois de janvier 2017, un médecin a été blessé à l’oreille par un patient qui lui avait assené une gifle. La victime a eu le tympan perforé. En  février 2017, un jeune homme a agressé un médecin. L’individu, jugé depuis, avait donné un coup de poing et surtout un coup de pied violent au praticien. Jambe cassée et 45 jours d’ITT.

Le même médecin a été victime d’une deuxième agression fin juillet 2018, un mois seulement après avoir repris son travail, avec cette fois des insultes racistes. Toujours sur fond d’alcool. L’urgentiste a été menacé de mort et on a craché sur une infirmière.

« Pour remédier à cette situation diverses dispositions ont été adoptées. Une porte anti-intrusion, située entre la salle d’attente et le service de soins des urgences, a été mise en place en 2017, puis six caméras de vidéosurveillance ont ensuite été installées fin 2019, rappelle L’Union. La police et l’hôpital ont aussi actualisé, en octobre 2018, un partenariat datant de 2009 facilitant le travail des forces de l’ordre sur place. Il semblerait que ce ne soit pas suffisant… »

« La semaine dernière, au CHU de Saint Étienne, c’est un agent de sécurité qui a été frappé par un père de famille, rapporte Le Quotidien du Médecin (Loan Tranthimy). En colère contre le médecin qui avait voulu garder son enfant à l’hôpital, l’homme était allé chercher un démonte-pneu dans sa voiture. De retour dans le service, il avait frappé l’agent de sécurité avec cet outil. Blessé aux bras, l’agent s’était vu prescrire cinq jours d’ITT. Le père de famille, arrêté par la police, a passé deux jours en garde à vue et a été présenté au parquet de Saint-Étienne.

En 2019 l’Observatoire national des violences en milieu de santé avait recensé, pour 2018,  23 360 signalements effectués par 426 établissements Un bilan à la hausse d’un peu plus de 1 000 cas d’agressions ; 80 % d’atteintes à la personne et 20 % d’atteintes aux biens. Les victimes sont majoritairement (82 %) les personnels des établissements. Parmi celles-ci, on compte 9 % de médecins et 47 % d’infirmières diplômées d’État. Les patients représentent 10 % des cas signalés à l’ONVS et les agents de sécurité 5 %. Le monde d’avant ?

A demain @jynau

Pourquoi interdire l’ouverture des boîtes de nuit après le laisser-faire de la Fête de la musique ?

Bonjour

22/06/2020. Les intellectuels parleront d’injonction paradoxale : faire la fête avec interdiction de s’attrouper. Ainsi donc, hier, des milliers de Français se sont rassemblés dans les rues en jetant aux orties les restrictions sanitaires officielles. Et l’exécutif a laissé faire. Hier il n’y avait plus ni « distanciation » ni gestes barrière. Des milliers de Français ont profité dimanche 21 juin de la Fête de la musique pour se rassembler et danser dans les rues. Pourquoi le gouvernement a-t-il toléré ces « relâchements » ? Combien de « clusters » sont-ils désormais à redouter ? A quand le parallèle avec l’autorisation donnée à la tenue du premier tour des élections municipales ?

« Sur les quais du canal Saint Martin à Paris, le coronavirus semble un lointain souvenir : sous une pluie intermittente, les abords du canal étaient bondés et dans le Jardin Villemin tout proche, les DJs enchaînaient les morceaux de house devant une foule compacte de danseurs, rapportent l’AFP et Le Monde. Scènes similaires rue de Paradis, toujours dans le 10e arrondissement, où une foule serrée a dansé dans l’après-midi, selon les images d’une journaliste présente sur place. »

Des images qui suscitaient et susciteront longtemps inquiétude et critiques sur les réseaux sociaux : « J’ai bien peur qu’on fonce vers une seconde vague »« c’est irresponsable »« une fête de la musique juste en sortie d’une crise sanitaire majeure, quelle idée de génie! », peut-on lire sur Twitter. Et le Dr Gilbert Deray (Pitié-Salpêtrière) : « Ce n’est pas du tout ce que le déconfinement dit progressif impliquait. Je comprends que la Fête de la musique soit libératoire mais ne pouvait-on l’éviter cette année ? Autoriser la fête de la musique était sanitairement une erreur. Demander aux participants de respecter les gestes barrières était un exercice de style. Maintenir l’ordre était impossible. Une apothéose de messages contradictoires. Ce virus rend fou.»

Mais comment « éviter » le « libératoire » sans être aussitôt accusé d’attenter aux libertés ? On mesurera le dénuement de l’exécutif à l’heure du solstice en écoutant la « mise en garde » du ministre de la Culture, Franck Riester : « J’appelle toutes celles et tous ceux qui s’apprêtent à se déplacer à être prudents et responsables. On peut célébrer la musique en gardant les distances et en étant prudents ». Qui peut entendre un tel discours ministériel ? Que signifie, pour ce ministre « célébrer la musique » ? Peut-on « faire la fête » sans « se rassembler » et ainsi renverser les barrières et leurs gestes.

Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur aujourd’hui en grand déséquilibre pouvait-il lancer la police contre la foule festive pour rétablir l’ordre sanitaire ? Le hasard, la fatalité voulaient que cette édition de la Fête de la musique soit marquée par un anniversaire funeste : la mort, il y a un an à Nantes, de Steve Maia Caniço. C’était  lors d’une « opération policière controversée » à la fin d’une soirée électro. Une marche blanche rassemblant plusieurs milliers de personnes était organisée, partie du château des Ducs de Bretagne pour rejoindre l’endroit en bord de Loire où s’était noyé cet homme de 24 ans. C’était pendant (ou après) une intervention de la police pour disperser des fêtards. Un an plus tard la même police a recensé 2 600 manifestants. Et n’est pas intervenue.

A demain @jynau

Chloroquine et déontologie : l’Ordre des médecins condamnera-t-il le Pr Christian Perronne ?

Bonjour

21/06/20020. Au départ, un pamphlet doublé d’un premier entretien médiatisé pour le lancer : « Covid et chloroquine: un spécialiste dénonce ‘’l’union de l’incompétence et de l’arrogance’’ ». Auteur : le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches, personnalité controversée, a été président de la Commission spécialisée Maladies Transmissibles du Haut Conseil de santé publique.  

C’est un pamphlet nourri d’une colère tenant à la «chloroquine» : l’administrer sous une forme préventive aux patients fragiles aurait selon lui permis de réduire le nombre de morts. « J’en suis convaincu. Il était criminel de ne pas la prendre au sérieux, alors qu’on savait par la Chine et par les résultats, certes insuffisants au début, de Raoult, qu’elle était efficace. Encore fallait-il l’administrer de la bonne manière. J’ai été sidéré par le nombre d’études bidon qui étudiaient ses effets dans des conditions défiant tout bon sens. »

Le Pr Perronne accuse d’autre part des membres du Conseil scientifique ou du Haut Conseil de la santé publique d’avoir écarté la chloroquine à cause de liens d’argent avec des laboratoires concurrents. Puis il s’attaque au Conseil scientifique du gouvernement (et à son président) dont il moque les « avis contradictoires » et les « commentaires évasifs ».

« Quelles suites pourront connaître ces différentes accusations ? » nous demandions-nous le 14 juin.  Une semaine plus tard voici qu’une pétition cible l’auteur.  

« Nous interpellons le Conseil National de l’Ordre des Médecins sur les propos inacceptables du Professeur Perronne, chef du service de maladies infectieuses à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Celui-ci affirme que « 25 000 morts » auraient pu être évités en France si la combinaison hydroxychloroquine et l’azithromycine avait été prescrite massivement. Il poursuit en prétendant que le service de maladies infectieuses du CHU de Nantes et les médecins de l’hôpital auraient « laissé crever son beau-frère ». Christian Perronne accuse ainsi directement, à de multiples reprises, sans aucune retenue ni preuve médicale ou scientifique, des collègues médecins d’avoir refusé de prescrire un traitement et laissé « crever » des gens du fait d’intérêts financiers, entretenant ainsi l’idée que ses collègues sont des « criminels » au service de l’industrie pharmaceutique. »
 
Et de citer Sud Radio le 16/06 (https://www.youtube.com/watch?v=crbITXQTo24&feature=youtu.be ainsi que  
C News le 18/06 (https://www.youtube.com/watch?v=j_oR4gXc4WA .

« Non seulement ces propos sont scandaleux, inacceptables et totalement faux, médicalement et scientifiquement, mais ils contreviennent au code de déontologie médicale et au code de la santé publique, écrivent les pétitionnaires. En effet, de tels propos, tenus par un professeur de médecine, chef d’un service hospitalier, sont à même d’attiser la haine du public envers les médecins visés et mettent en danger des collègues, exposés à la vindicte populaire sur la base d’arguments fallacieux. »

Pour eux le Pr  Perronne contrevient à l’article 39 du code de déontologie médicale (article R.4127-39 du code de la santé publique) qui dispose que « les médecins ne peuvent proposer aux malades ou à leur entourage comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. ». De même, ces propos ne tiendraient pas compte de l’article 13 du code de déontologie médicale (article R.4127-13 du code de la santé publique) qui rappelle que « lorsque le médecin participe à une action d’information du public de caractère éducatif et sanitaire, quel qu’en soit le moyen de diffusion, il doit ne faire état que de données confirmées, faire preuve de prudence et avoir le souci des répercussions de ses propos auprès du public ».  Tous ces éléments seraient à même de déconsidérer la profession de médecin, ce qui est contraire à l’article 31 (article R.4127-31 du code de la santé publique) : « Tout médecin doit s’abstenir, même en dehors de l’exercice de sa profession, de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci. ». 
 
Et les signataires de demander instamment au Conseil National de l’Ordre des Médecins de « réagir en urgence » en » condamnant les propos de M. Perronne, et en le convoquant afin qu’il s’explique et rende des comptes ».

On peut aussi, sur ce thème, lire le Pr Axel Kahn : « (…) le professeur Christian Perronne, a non seulement pris fait et cause pour le traitement préconisé par Didier Raoult, ce qui est admissible. Mais il a de plus déclaré que ceux qui ne l’utilisaient pas, voire dont les essais cliniques disqualifiaient l’hydoxychloroquine, sont des assassins. Et que les incrédules du conseil scientifique Covid-19 sont vendus aux majeurs de l’industrie pharmaceutique (…)  imaginez ce que représente une telle accusation, dénonciation, calomnie ? Sans doute passible de poursuites pénales, en l’occurrence. Mais auparavant, au plan déontologique ? (…) Il ne me revient pas de me mêler de l’aspect judiciaire de l’affaire. En revanche, j’ai établi, quelque soient les critiques que l’on puisse faire au Conseil de l’Ordre des médecins, l’évidence d’une instance déontologique pour ce métier qu’est la médecine. Et alors expliquer mon incompréhension qu’elle ne se saisisse pas de cette affaire. »

Que fera l’Ordre ? Quelles suites une telle affaire connaîtra-t-elle ? Quelles suites devrait-elle, raisonnablement, connaître ?

A demain @jynau