« Comportements sexuels compulsifs » : l’OMS au secours du malade Harvey Weinstein ?

Bonjour

A la lisière de l’addictif : l’impulsif, le craving, la raison qui se dissout conduisant au passage à l’acte. C’est un phénomène au cœur de bien des dossiers de santé publique. On le retrouve aujourd’hui traité par plusieurs médias américains (The InquirerUSA Today) repris par Slate.fr : « Les «comportements sexuels compulsifs» sont désormais reconnus comme des maladies mentales par l’OMS ».

De quoi parle-t-on ici ? :

« Les comportements sexuels évoluent et on observe actuellement certaines tendances : acceptation générale du sexe avant le mariage, augmentation de nombre de femmes qui prennent l’initiative en ce qui concerne la séduction, la sexualité et les pratiques sexuelles, augmentation du nombre des adeptes de pratiques sexuelles réputées minoritaires dans le passé (sexe oral, masturbation), augmentation notable du nombre de partenaires sexuels, large diffusion et forte consommation de la pornographie…

« Certains comportements sexuels peuvent toutefois relever de la pathologie. C’est le cas des ‘’comportements sexuels compulsifs’’. Le ‘’comportement sexuel’’ peut être considéré comme ‘’compulsif’’ quand il est répété dans le temps et quand il perturbe la vie quotidienne et les rapports avec les autres. Il concerne des patients qui entrent progressivement dans un état émotionnel et anxieux tellement grand que le passage à l’acte compulsif devient inévitable. Chez ces personnes, il y a un déséquilibre entre le rêve et la réalité, c’est à dire qu’ils subliment l’objet de leur désir sexuel, ce qui augmente la charge émotionnelle. Il s’en suit un effondrement émotionnel et une grande déception après le passage à l’acte quand vient le retour à la réalité.

En pratique il peut s’agir de la multiplication des partenaires sexuels, d’une insatiabilité sexuelle, d’un recours compulsif à la pornographie, à la masturbation incontrôlable, à l’exhibitionnisme, au voyeurisme ou la pédophilie…

 #MeToo versus addiction

Est-on là dans le champ de l’addiction gravement pathologique ? En juin dernier l’OMS a donc finalement inclus cette entité dans sa dernière révision de la Classification internationale des maladies  – rangeant ainsi les « comportements sexuels compulsifs » dans la catégorie des « désordres mentaux ».  Pour l’OMS, ces troubles sont «caractérisés par une perte de contrôle intense à résister à des impulsions ou à des besoins sexuels répétitifs, générant du stress et des déficiences» chez les personnes concernées.

 USA Today précise à ses (très nombreux) lecteurs que dans de tels cas, le sexe devient une «obsession, au point que la personne néglige sa santé et tout autre centre d’intérêt, activité, responsabilité». Quant à  The Inquirer il précise que nombre de personnes atteintes par ce désordre mental reste difficile à évaluer. « Si elle marque un pas dans la reconnaissance de tels troubles, cette classification ne va toutefois pas jusqu’à reconnaître le sexe comme une potentielle addiction  souligne Slate.fr 1.  « Peut-être qu’un jour, on dira, oui, c’est une addiction, mais nous n’en sommes pas encore à ce point », a expliqué l’un des experts de l’OMS, Geoffrey Reed, à l’AFP.

Ce même expert, dans The Inquirer, Reed rappelle toutefois que ces comportements «n’excusent pas les abus sexuels ou le viol, pas plus qu’être alcoolique n’excuse le fait de conduire une voiture en étant ivre. On est toujours maître de ses actes. » Telle est bien la question. Commettre un délit ou un crime sous l’emprise d’une « force incontrôlable » constitue-t-il une circonstance atténuante ou aggravante ?

 The Inquirer observe que les allégations de «dépendance au sexe» font de plus en plus la une des médias – et ce parallèlement au développement du phénomène et du mouvement #MeToo. C’est dire l’importance que l’on pourra accorder au verdict de la médecine et de la justice dans le cas emblématique « Harvey Weinstein ».

A demain

1 Sur ce thème : « Qu’est-ce que l’addiction au sexe ? » Slate.fr 15 mai 2011. « (…) S’intéresser à la bibliographie sur ce sujet, c’est découvrir que le domaine de la dépendance sexuelle est à la fois vaste et mouvant, objet de querelles de chapelles. Selon les spécialistes il englobe ou non, l’«hypersexualité», les «comportements sexuels compulsifs» ou les «troubles du contrôle des impulsions sexuelles». «Pour ma part, j’aurais plutôt tendance à situer l’hypersexualité à la lisière du monde des addictions, associant une forme de dépendance comportementale, de troubles de l’humeur et de dépendance affective», explique le Dr Willian Lowenstein, président de SOS Addictions (…) ».

 

Pourquoi un chirurgien orthopédiste s’est -il pendu dans son bureau de l’hôpital Simone Veil ?

Bonjour

Rien (ou presque) n’avait filtré. Mais rien ne plus être caché. Ainsi ce papier du Parisien : « Val-d’Oise : émotion à l’hôpital d’Eaubonne après le suicide d’un chirurgien ».

« L’émotion est à son comble à l’hôpital Simone Veil d’Eaubonne, où un chirurgien orthopédique a mis fin à ses jours le 1er juillet dernier, dans son bureau, lors de sa garde. Des collègues de son service, qui s’inquiétaient de ne pas le voir revenir alors que des interventions étaient programmées, l’ont retrouvé pendu. Ce médecin expérimenté a été placé immédiatement en réanimation, où il est décédé le dimanche 8 juillet. Celui-ci n’a laissé aucune explication sur son geste. »

Le Parisien ajoute qu’une assistance psychologique a aussitôt été mise en place « assurée par un cabinet extérieur » (sic) et toujours opérationnelle. L’établissement hospitalier a par ailleurs mis en place « une réduction d’activité du service », en concertation avec les hôpitaux environnants. « On était sous un effet de sidération très importante, explique-t-on du côté de la direction de l’établissement. Il y a une vraie cohésion de la communauté médicale, et avec la famille. Aujourd’hui personne ne connaît vraiment les motivations de ce geste. Mais le fait que cela ait eu lieu sur le lieu de travail ne laisse personne indifférent. De ce fait, on est en train de revoir tous nos dispositifs de prévention. »

Corde

Le hasard et/ou la fatalité fait/font que l’hôpital Simone Veil d’Eaubonne avait été choisi en février dernier par le Édouard Philippe pour présenter un plan de transformation de l’hôpital. Il s’agissait, en février, d’en finir avec les rafistolages (sic).Plan présidentiel aujourd’hui en rade/cale sèche.

« Cela a été extrêmement dur à vivre, dit le secrétaire de la section CGT de l’hôpital. Pour l’instant, nous n’avons pas d’explication. Le fait que ce soit sur le lieu de travail ne met pas de côté toute la dimension personnelle, mais ce n’est pas anodin. Pour moi, le fait que ça se passe dans le service pointe l’organisation du travail. »

Le Parisien : « Des collègues évoquent deux autres cas de suicide parmi le personnel, ces dernières années. Une assistante sociale et une infirmière auraient mis fin à leurs jours, hors de l’établissement. Une enquête judiciaire a été ouverte, ainsi qu’une enquête de l’inspection du travail. Le CHSCT va par ailleurs lancer une expertise. »

Le Quotidien du Médecin précise que le mort était un chirurgien orthopédiste âgé de plus de 50 ans (information de la direction de l’hôpital). Pendaison dans son bureau. Il exerçait dans cet l’hôpital depuis trois ans. L’hôpital a organisé une cérémonie pour lui rendre hommage. Le gouvernement a présenté ses condoléances par le biais de l’agence régionale de santé Ile-de-France.

Mais encore ? La directrice de l’hôpital ne s’« explique pas un tel acte ». Interrogée sur d’éventuels messages d’alerte reçus en amont elle assure n’avoir eu « aucun élément pour expliquer un geste comme ça, ni personnel ni professionnel, qui aurait permis de savoir ce qui allait se passer ». « Le fait que cela se soit passé sur le lieu de travail nous interroge, évidemment », ajoute-t-elle.

Nous aussi. Evidemment.

A demain

 

Trente-deux viols minimum : le docteur condamné à dix ans de réclusion. Une étrange fatalité.

 

Bonjour

On ne commente pas une décision de justice mais on peut s’intéresser à l’émergence de l’étrange dans un univers connecté. Après un jour et demi de délibéré la cour d’assises du Cher a, le 29 juin, condamné le Dr Thierry Dassas à dix ans de réclusion criminelle. Le ministère public avait requis 18 ans et le maximum encouru était de 20 ans. L’ancien généraliste d’Argent-sur-Sauldre (Cher) était accusé de viols commis par personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction et atteinte à l’intimité de la vie privée par fixation de l’image d’une personne, rappelle Le Berry Républicain (Geoffroy Jeay). Le ministère public avait requis 18 ans et le maximum encouru était de 20 ans. Le verdict est tombé à 14 heures, ce vendredi 29 juin, après un jour et demi de délibéré. »

Plus précisément la cour a déclaré le Dr Thierry Dassas coupable de viols sur trente-deux de ses patientes. Il a été acquitté pour quatre autres – patientes que le médecin n’avait pas « filmées ». La cour a noté que les faits de viols ne pouvaient pas être qualifiés pour ces quatre femmes. « Les trois magistrats professionnels et les six jurés populaires n’ont pas suivi l’avocat du Dr Dassas, qui leur avait demandé d’écarter les trente-six accusations de viols (digitaux et avec spéculum), des examens gynécologiques selon le médecin désormais retraité » précise Le Berry Républicain.

Aujourd’hui âgé de 68 ans, le Dr Dassas avait été arrêté fin 2014 après la plainte d’une patiente ayant subi une longue auscultation gynécologique et aperçu une caméra (mal dissimulée) au cabinet du médecin. Des vidéos montrant neuf femmes nues ou en partie dévêtues, subissant les actes que le Dr Dassas avait présenté comme médicaux, avaient alors été saisies. Au terme de l’instruction judiciaire, trente-six  victimes avaient été retenues.

« Je suis convaincu qu’il n’a jamais été dans une problématique de pénétration sexuelle, avait plaidé son avocat durant le procès. Un acte gynécologique n’est pas un acte de pénétration sexuelle. Croire bien faire n’est pas un viol. » Pour son client, la « multiplication des touchers vaginaux » chez certaines patientes n’était dû qu’à un « état de stress et de préoccupation», qui l’a « amené à pratiquer des gestes complémentaires parce qu’il voulait vérifier un certain nombre de choses  ».

La cité de Jacques Cœur

Le Dr Dassas a d’autre part été condamné à une interdiction définitive de pratiquer la médecine et à une interdiction de séjourner dans le département du Cher pendant dix ans. Il sera inscrit au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles (Fijais). Il dispose d’un délai de dix jours pour interjeter appel – de même que le ministère public. « Thierry Dassas a quitté le palais de justice dans un fourgon de police, rapporte enfin Le Berry Républicain. Ayant déjà effectué six mois et vingt jours de détention provisoire dans cette affaire, libéré il y a deux ans, il a été de nouveau incarcéré dès ce l’après-midi du 29 juin. »

On ne commente pas une décision de justice mais on peut s’intéresser à l’émergence de l’étrange. Au moment même où le condamné quittait, dans un fourgon, l’antique cité de Jacques Cœur 1, la Sauldre et la cathédrale  Saint-Etienne, le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes rendait public son rapport intitulé « Les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical des remarques aux violences, la nécessité de reconnaitre, prévenir et condamner le sexisme ». Un document remis à cet instant précis à Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes.

Où l’on voit s’éloigner, en noir et blanc, un fourgon berrichon au croisement de la coïncidence et de la fatalité.

A demain

 1 « Le Grand Cœur » du Dr Jean-Christophe Rufin (Gallimard, 2012)

 

 

Enfer et politique : combien de temps les soignants de psychiatrie pourront-ils tenir ?

 

Bonjour

Titre : « La psychiatrie publique est devenue un enfer ». C’est une tribune qui fera date. Elle est publiée dans Le Monde (daté du 13 juin) et signée du Dr Daniel Zagury. On ne présente plus cet expert à toutes celles et ceux qui s’intéressent aux rapports médiatisés entre justice et psychiatrie. Mais c’est une autre voix que porte aujourd’hui ce chef de service dans un hôpital psychiatrique de Seine-Saint-Denis.

Aujourd’hui le Dr Zagury décrit un désastre et nous parle depuis un espace hospitalier qui se transforme en enfer. Une voix qui suit la grève de la faim des soignants de l’hôpital du Rouvray. Une voix qui s’adresse directement à Agnès Buzyn, Emmanuel Macron et cette galaxie réunie sous le nom de « pouvoirs publics ». Une voix, aussi, qui précède une révolte dont nul ne connaît encore les mille et une formes qu’elle pourra prendre. A ce titre cette tribune du Monde est, aussi, un coup de semonce. Extraits :

« Au regard de l’histoire de la psychiatrie française, comme au regard de la force de la vocation de ceux qui choisissent de venir en aide aux plus vulnérables, qui sont souvent les plus démunis, on peut gager que les soignants en psychiatrie ne quitteront pas silencieusement le navire en perdition et qu’ils feront connaître, par tous les moyens, l’état de délabrement honteux du soin en psychiatrie publique.

« L’insatisfaction professionnelle n’est pas le pire. Il faut y ajouter la honte de ce qu’ils sont contraints de faire chaque jour, la culpabilité de tourner le dos au métier qu’ils avaient choisi, la rage de constater la surdité et l’aveuglement des puissances tutélaires qui ne les protègent plus, mais se retournent contre eux, souvent avec cynisme et cruauté. Ils savent que c’est à eux que l’on imputera le moindre incident, alors même qu’ils dénoncent des conditions d’activité globalement dysfonctionnelles (…)

« A force de cracher des injonctions normatives, des guides de bonnes pratiques, des recommandations, des protocoles dont tous les soignants savent qu’ils sont inapplicables, voire parfois franchement ridicules, la bureaucratie s’est interdit à elle-même d’y comprendre quoi que ce soit. (…) Il faut avoir le courage de regarder la vérité en face, comme le contrôleur des lieux de privation de liberté vient de nous le rappeler. Aujourd’hui en France, on abuse outrageusement de l’isolement et de la contention. Toutes les unités sont saturées et le dispositif global du soin est désarticulé. Le psychotique agité encombre les urgences. On presse le psychiatre de garde de l’hospitaliser. Il n’y a pas de lit disponible. On l’attache, parfois plusieurs jours, le temps qu’une place se libère. Les cadres infirmiers s’invectivent. Les médecins se disputent. Les patients sont catapultés, parfois sans le minimum de bilan clinique et biologique exigible. Le contexte n’est pas propice à la lucidité diagnostique. Des erreurs médicales graves sont commises (…)

« N’importe quel administrateur ou psychiatre de garde vous le confirmera : c’est devenu l’enfer. »

Situations indignes et révoltantes

Tout ceci n’est pas sans faire songer aux récentes déclarations à Slate.fr 1 du Dr Pierre Zangerpsychiatre et vice-président de SOS Addictions:

« Depuis des années, les atteintes gravissimes aux libertés fondamentales des patients en psychiatrie publique (enfermement, isolement et contention en premier lieu) sont dénoncées par les divers contrôleurs. Rappelons que les internements illégaux, qui se multiplient comme des petits pains dans la quasi-totalité des établissements de psychiatrie publique –y compris les plus prestigieux– sont assimilables au regard de la loi à un crime, à un kidnapping, une séquestration… (…)

 « On assiste à la multiplication des chambres d’isolement, honteusement rebaptisées chambres de “soins intensifs”, alors que c’est de rupture de lien, de solitude dont souffrent ceux qui y sont abandonnés. Or elles sont souvent aménagées le plus en périphérie des services, le plus à l’écart. La sangle ne remplace pas le lien humain. Des caméras en contrepartie pullulent comme des champignons, bientôt des gilets voire des matraques pour “protéger” les soignants, le fléau de la mise en chambre d’isolement et celui de la contention, sans même parler de la fermeture à clé des services, y compris ceux qui sont dits “libres”. Si les politiques et décideurs se souciaient réellement des soignés comme des soignants, nous ne serions pas dans la situation indigne et révoltante que connaît la psychiatrie française.»

Et maintenant ? Pour le Dr Zagury l’urgence est de « redonner aux soignants la vraie place qui est la leur ». Et il faut aussi, corollaire « limiter la bureaucratie aveugle dont le langage mécanique a métastasé jusque dans les esprits de certains soignants ».

« Est-ce trop demander à nos contrôleurs, nos superviseurs, nos décideurs de quitter leurs bureaux pour venir voir comment nous travaillons et dialoguer avec nous, questionne-t-il. Ont-ils à ce point peur de constater le gouffre entre leurs graphiques et la réalité vivante des services ? »

« Nicolas Sarkozy avait honteusement stigmatisé les malades mentaux au gré d’une instrumentalisation systématique de drames dans lesquels quelques-uns ont été impliqués, conclut le Dr Zagury.  François Hollande a eu au moins le mérite de ne pas instrumentaliser les faits divers. On attend d’Emmanuel Macron qu’il réconcilie avec le pays les malades mentaux et les soignants en psychiatrie. »

Une tribune qui fera date.

A demain

1 « La psychiatrie française est-elle inhumaine ? » Slate.fr, 6 mars 2018

La vaccination contre les papillomavirus sera bientôt recommandée chez les petits garçons

 

Bonjour

Quelques lignes dans Le Quotidien du Médecin (Charlène Catalifaud) et, déjà, l’amorce d’une polémique avec l’incitation à la  vaccination de tous les jeunes garçons contre les infections à Papillomavirus humain (HPV) 1. Pour l’heure le sujet est est « en cours de réflexion » au sein de la Commission technique des vaccinations (CTV), structure désormais rattachée à la Haute autorité de santé (HAS) que présidait, il y a peu encore la ministre des Solidarités et de la Santé.

Force est aujourd’hui de constater que cette vaccination , à l’origine de polémique récurrentes 2, ne rencontre pas un grand succès – et ce en dépit des moyens déployés. Elle est officiellement recommandée pour toutes les jeunes filles de 11 à 14 ans. Deux ou trois injections sont nécessaires en fonction du vaccin utilisé et de l’âge. Par ailleurs, dans le cadre du « rattrapage vaccinal », la recommandation concerne les jeunes filles et jeunes femmes entre 15 et 19 ans. Cette vaccination est également recommandée, jusqu’à l’âge de 26 ans, « chez les hommes ayant ou ayant eu des relations sexuelles avec d’autres hommes ».

Le Pr Élisabeth Bouvet, présidente de la CTV, vient de faire savoir que « l’éventuelle extension d’indication du vaccin ferait l’objet de prochaines recommandations » (sic). « Un certain nombre de pays ont des programmes pour les filles et les garçons, cela incite à se poser la question en France », explique-t-elle.  Les virus pathogènes sexuellement transmissibles sont potentiellement présents chez les filles comme chez les garçons et une  vaccination généralisée permet de limiter la transmission et de protéger contre l’ensemble des pathologies secondaires à l’infection.

Echec sans autocritique

Où l’on en vient à se demander pourquoi cette recommandation n’avait pas, d’emblée été adoptée.  « Des pays comme l’Australie, les Etats-Unis et l’Autriche ont fait ce choix, mais, en France, le HCSP n’a pas retenu cette -option notamment pour des raisons médico-économiques, expliquait, il y a un an,  le Pr Daniel Floret, ancien président du comité technique des vaccinations.

La nouvelle « feuille de route » devrait être établie « incessamment », selon Catherine Rumeau-Pichon, adjointe à la directrice de l’évaluation médicale, économique et de santé publique de la HAS. « Toutefois, l’extension de l’indication de la vaccination pose le problème de l’acceptabilité, alors que la couverture vaccinale chez les jeunes filles est jugée insuffisante » euphémise Le Quotidien du Médecin.

On peut, ici, parler d’un véritable échec : le taux de couverture vaccinale est, en France, l’un d’un des plus bas en Europe : moins de 20% de la population cible est vaccinée. Et ce alors que le Plan Cancer 2014-2019 fixait un objectif de 60%. Les institutions et responsables sanitaires n’ont toujours pas, ici, fait leur autocritique.

A demain

1 Les infections par les HPV sont le plus souvent sans aucun symptôme. Dans la plupart des cas, le virus s’élimine naturellement en un à deux ans et l’infection n’a aucune conséquence sur la santé. Dans certains cas, des condylomes (verrues génitales) peuvent apparaître. L’infection persistante par les HPV est rare (moins de 10% des cas), mais elle peut entraîner, chez la femme, la formation de lésions au niveau du col de l’utérus : on parle alors de lésions « précancéreuses ».

Pour certains HPV ces lésions peuvent évoluer vers un cancer en dix à vingt ans. En France et en Europe, les cancers du col de l’utérus sont causés dans près de trois quarts des cas par les HPV 16 et 18. Ces HPV « à haut risque » sont aussi les principaux responsables d’autres cancers plus rares de la région ano-génitale chez la femme (cancer du vagin, de la vulve) et du cancer de l’anus dans les deux sexes.

2 En mars 2014 une pétition réunissant 420 médecins et adressée à François Hollande avait réclamé  la création d’une mission parlementaire pour évaluer « l’opportunité » de la  vaccination contre les infections par HPV.

 

Hôpital du Rouvray : combien faut-il de kilos en moins pour trente postes en plus ?

Bonjour

Applaudissements radiophoniques : fin du conflit.  L’intersyndicale de l’hôpital psychiatrique du Rouvray, près de Rouen, a annoncé vendredi 8 juin qu’un compromis venait, in fine, d’être trouvé. Des salariés y étaient en grève de la faim depuis plus de deux semaines pour demander la création de cinquante-deux postes. La direction était muette et l’Agence régionale de santé (ARS) avait rompu les ponts. Visite de Benoît Hamon. Importante couverture médiatique nationale. Agnès Buzyn comme totalement étrangère au sujet.

Puis ccupation des bureaux de la direction. Hospitalisation en urgence des premiers grévistes. Annonce de l’envoi d’émissaires depuis Paris. Puis annulation de l’annonce. Puis, vendredi 8 juin, abcès crevé. A quel prix ?

Interrogé par un correspondant de l’Agence France-Presse, Sébastien Ascoet, délégué syndical CGT, qui participait aux négociations, a précisé que l’accord portait notamment sur la création de trente postes et d’une unité pour adolescents. Aux dernières nouvelles la direction proposait, royalement, cinq postes.

Et, une nouvelle fois, un pouvoir qui fuit la prise de parole pédagogique : « l’ARS n’a pas confirmé dans l’immédiat le contenu de l’accord, mais elle a promis de le révéler par un communiqué » précise l’AFP. Aussi se retourne-t-on vers la CGT qui annonce la création d’une unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) – unité qui prend en charge des personnes incarcérées nécessitant des soins psychiatriques en hospitalisation complète.

L’hôpital du Rouvray est le troisième hôpital psychiatrique de France en nombre de patients. La forme prise par ce conflit témoigne des violences qui traversent et déchirent, aujourd’hui, le tissu hospitalier français. Un tissu que le président de la République a promis de commencer à ravauder avant l’été.

A demain

Hôpital psychiatrique du Rouvray : l’abcès continue à se collecter, la direction se tait

 

Bonjour

Il faut ici remercier l’AFP de tenir la chronique de ce conflit symptomatique. A l’hôpital psychiatrique du Rouvray, banlieue de Rouen, la grève de la faim observée par les soignants atteint son quatorzième jour. Et deux des sept grévistes ont, lundi été hospitalisés. Il restait donc, lundi à la mi-journée, cinq grévistes de la faim, selon l’intersyndicale.

« Jean-Yves Herment, âgé de 40 ans, a perdu entre 13 % et 14 % de sa masse corporelle, soit bien au-delà de la limite critique de 10 %. Il était déshydraté et très faible. Le SAMU l’a évacué lundi matin, sur une civière, vers un service spécialisé du CHU de Rouen », a expliqué Sébastien Ascoet, délégué syndical CGT. Il ajoute qu’un deuxième gréviste de la faim, âgé d’une trentaine d’années, a été également évacué en fin de matinée. Une femme de 40 ans qui se « trouve dans une situation très préoccupante » devait l’être rapidement. Selon ce syndicaliste, ces trois personnes, en grève de la faim depuis deux semaines, « présentent des risques de séquelles irréversibles ».

Jean-Luc Herment quelques jours avant son hospitalisation (France Info) :

« L’hôpital déborde de partout. On installe des patients sur des lits de camps et des enfants de 13-14 ans dans des chambres avec des adultes. Dans mon service, on est sensés être quatre en poste l’après-midi ou le matin mais on n’est jamais quatre, on est plutôt trois voire deux. Tout ça, ça engendre de la maltraitance, on devient maltraitant avec les patients. Je suis obligé d’enfermer des gens parce que je peux pas m’occuper d’eux, je trouve ça scandaleux. »,

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Ce mouvement vise à obtenir la création, dans l’établissement, de 52 postes d’aides-soignants et d’infirmiers. Les grévistes de cet hôpital du Rouvray dénoncent « une surpopulation chronique » et « une dégradation des conditions de travail et d’accueil ». Ces soignants sont mobilisés à travers différentes actions depuis le 22 mars. Cinquante-deux d’entre eux ont occupé les locaux de la direction du 31 mai au 3 juin.

« Sollicitée le 4 juin, la direction de l’hôpital n’a pas donné suite, précise l’AFP. Le 31 mai elle n’avait souhaité faire ‘’aucun commentaire sur les événements en cours’’. Le 24 mai, elle avait estimé qu’il n’y avait plus de suroccupation dans l’établissement à la suite d’un ensemble d’actions mises en place le 15 avril’’. »

Cette  direction avait notamment annoncé l’embauche de cinq contractuels, un chiffre jugé « ridicule » par les syndicats. « La comparaison des ressources d’assurance-maladie par habitant montre un positionnement du CHU du Rouvray au-delà de la moyenne nationale et de la moyenne régionale », avait alors rétorqué la direction.

Le 4 mai, cinq soignants observaient toujours une grève de la faim à l’hôpital psychiatrique du Rouvray. Afin de ne pas maltraiter, de mieux pouvoir exercer leur métier. Dans ses bureaux la direction se tait.

A demain