Cannabis au zénith : la consommation en progression ; le laisser-faire du politique

Bonjour

C’est un phénomène sociétal majeur. C’est une question sanitaire d’ampleur. C’est une loi bafouée au vu et au sus de tous. C’est un marché illégal autant que prospère. Et c’est une spécificité massivement française. Quelques chiffres pour situer cette réalité que les responsables politiques ne veulent pas voir :

« En 2016, on compte chez les 11 à 64 ans autour de 17 millions d’expérimentateurs de cannabis. Parmi eux 5 millions sont des usagers dans l’année, alors que 1,4 million fument au moins dix fois par mois. Enfin, 700 000 individus se déclarent usagers quotidiens de cannabis.

En 2016, 42 % des adultes âgés de 18 à 64 ans déclarent avoir déjà consommé du cannabis au cours de leur vie. Avec des premiers usages qui se déroulent principalement entre 15 et 25 ans et une proportion d’expérimentateurs de cannabis maximale entre 26 et 34 ans pour les deux sexes, l’usage de cannabis demeure avant tout un phénomène générationnel. »

Ce sont là les dernières données que vient de publier l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. (OFDT). Il nous dit aussi que le niveau d’usage actuel de cannabis en France continue d’être très élevé comparativement à ceux constatés dans la plupart des pays européens. Ces dernières années, les niveaux d’usage sont apparus en hausse à la fin de l’adolescence en France. L’expérimentation du cannabis concernait en 2014 près d’un jeune de 17 ans sur deux (47,8 %), contre 41,5 % en 2011. Par ailleurs, près de un jeune de 17 ans sur 10 (9,2 %) consommait au moins 10 fois par mois (6,5 % en 2011). Ces différentes hausses concernaient aussi bien les garçons que les filles, même si les premiers restent plus consommateurs, et ce d’autant plus que la fréquence d’usage s’intensifie.

L’offre et le plaisir

Pourquoi consomme-t-on du cannabis ? Parce que cela procure du plaisir et que le produite est disponible. « Le niveau élevé d’usage de cannabis en France est en partie lié au fait que le pays se situe à proximité de pays producteurs, notamment le Maroc, précise l’OFDT.  Il s’inscrit également dans le contexte d’une réorganisation du marché du cannabis amorcée depuis la fin des années 2000. Le développement de l’offre de ce produit s’est poursuivi, avec un marché de l’herbe devenu plus dynamique (l’augmentation des saisies et de celles de plants atteste d’un accroissement des cultures sur le territoire). L’herbe est par ailleurs souvent perçue comme un produit « naturel » moins coupé avec des produits divers, contrairement à la forme résine, ce qui a pu aussi favoriser l’essor de sa consommation. Vraisemblablement pour répondre à cette nouvelle offre, la résine produite ces dernières années a vu sa teneur en tétrahydrocannabinol (THC) augmenter. »

L’OFDT ajoute que les adolescents et les jeunes adultes minimisent volontiers, voire ignorent, les dangers liés à l’usage. Le cannabis est utilisé à la fois pour faire la fête, gérer le stress, trouver le sommeil, dans un « cadre de sociabilité » etc. … Il s’est affirmé « comme un produit transculturel, qui trouve sa place dans tous les milieux socioculturels ». « À la différence de ce qui peut être constaté pour des substances telles que l’héroïne ou la cocaïne, perçues comme très dangereuses par la quasi-totalité de la population, la représentation de la dangerosité du cannabis se révèle assez volatile dans le temps » souligne encore l’Observatoire. Qui poursuit :

« Pourtant, les dommages associés à la consommation de cannabis s’avèrent de mieux en mieux documentés ; il peut s’agir de problèmes survenant à court terme (risque d’accident du fait de la perte d’attention associée à la consommation) ou à plus long terme dans le cadre d’une consommation régulière (troubles de la mémoire, de l’attention ou de l’apprentissage, précipitation de la survenue de troubles psychiatriques chez les individus présentant des prédispositions). »

Exécutif jupitérien

Conséquences : les niveaux d’usage élevés en France « appellent à renforcer les moyens consacrés à la prévention en les orientant vers le soutien d’actions dont l’efficacité a été démontrée. Des expérimentations de programmes reconnus, tels que le Programme de soutien aux familles et à la parentalité (PSFP) ou le Good Behavior Game, sont actuellement en cours en France, portées par des acteurs publics, universitaires et associatifs ; il s’agit de poursuivre et d’amplifier ces initiatives et d’en évaluer l’effet dans le contexte spécifique français ».

Mais qui, à Matignon ou chez Emmanuel Macron, s’intéresse à tout cela ? La seule initiative (annoncée fin mai par le ministre de l’Intérieur) vise à ce que les usagers soient passibles de contraventions immédiates. Une situation intenable qui nous dit l’incapacité avouée du pouvoir exécutif jupitérien à peser sur le réel. Ou, peut-être, son souhait de maintenir disponibles et les jeux et le pain.

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Formidable grand bazar de l’internat informatisé : pire encore que ce qui avait été annoncé

 

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Il faudra trouver des coupables. Nous avions rapporté hier ce qu’il en était de l’annulation d’une épreuve pour les 8450 candidats aux Epreuves Classantes Nationales informatisées (ECNi). Plus qu’un simple couac c’est aujourd’hui un couac au carré : reconvoqués ce jeudi 22 juin pour composer sur des sujets de secours les futurs médecins ont soudain découvert qu’ils devraient rester l’après-midi sur les bancs des centres d’examen pour plancher sur six nouveaux dossiers.

Premier couac : ils avaient composé lundi sur un sujet déjà tombé aux ECNi tests. Couac au carré : on les a fait plancher mercredi sur un dossier déjà proposé à l’occasion d’une conférence de préparation de l’une des trente-sept UFR de médecine de France. Explications (sans excuses) du ministère de l’Enseignement supérieur : « Cette décision est liée à une nouvelle difficulté concernant la confidentialité d’un des dossiers, dont certains étudiants redoublants étaient susceptibles d’avoir connaissance ».

Pratiques scandaleuses

Ire redoublée de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) qui dénonce une situation d’une ampleur inédite dans l’histoire récente des ECN : « L’informatisation des ECN nous permet aujourd’hui de nous rendre compte d’un certain nombre de pratiques tout bonnement scandaleuses auxquelles il est temps de mettre fin ».

Le Quotidien du Médecin précise qu’une pétition (1000 signatures en moins d’une journée) a été lancée dans la journée de mercredi pour protester « contre le manque de respect » des concepteurs des sujets : « Pas besoin de te faire chier à pondre des sujets si tu peux pomper dans les annales ». La démission des membres du conseil scientifique du Centre National du Concours d’Internat est réclamée.

Des bugs et des larmes

« Au-delà de l’intitulé des sujets, des candidats ont fait remonter des problèmes techniques à Toulouse. Il y a eu une ’interruption des épreuves pendant plusieurs dizaines de minutes pour des bugs informatiques, changement de tablettes, changement d’amphi et accessoirement des larmes’’, peut-on lire sur la page Facebook « Et ça se dit médecin ». Une information confirmée par le ministère de l’Enseignement supérieur » note Le Quotidien.

La Conférence des doyens des facultés de médecine réclame « une transparence complète sur ce qui s’est passé »Les ministères de l’Enseignement supérieur et de la Santé ont demandé une enquête de l’Inspection générale. Des coupables seront-ils trouvés ?

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Annulations, injustices, et dépressions : bienvenue au grand bazar du nouvel internat

Bonjour

Jadis c’était l’Internat, le seul, l’unique, la voie royale vers le caban au col remonté, le savoir exhaustif et le pouvoir mandarinal. C’était trop beau. Vinrent les Epreuves Classantes Nationales (ECN). Puis on brûla le papier adoré au profit des épreuves informatisées sur tablettes. Les ECN devinrent Examen Classant National informatisé (ECNi). Un triomphe se rengorgèrent les responsables nationaux. Jusqu’à aujourd’hui, où le pire est arrivé.

Les ECNi 2017 devaient initialement prendre fin ce mercredi 21 juin à 17h. Or les 8450 candidats devront « replancher » le 22 juin : une épreuve a été annulée. Le jury souverain a décidé de refaire passer l’épreuve d’« analyse de dossiers cliniques progressifs ». Pourquoi ? L’épreuve passée en début de semaine comportait « un dossier très similaire à l’une des épreuves des ECN tests de l’année 2016 » avoue le ministère de l’Enseignement supérieur. Conséquence :

« Les étudiants redoublant leur 6e année et se présentant cette année aux E.C.N.i ainsi que les internes ou auditeurs se présentant à nouveau aux épreuves de cette année étaient donc susceptibles d’avoir déjà connaissance de ce dossier. »

33% de dépressifs

C’est peu dire que l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) n’a pas apprécié. Elle réclamait une « neutralisation » du sujet concerné et qualifie la situation d’« intolérable ». « Nous sommes scandalisés que le conseil scientifique n’ait pas réalisé la similarité entre les deux sujets », déclare le président Antoine Oudin. La mobilisation de l’Anemf et les 3000 signatures sur la pétition« Non à une épreuve supplémentaire pour les étudiants de l’ECNIi » n’auront servi à rien. Et les signataires de dénoncer le stress qui leur est imposé ; stress qui plus est « concernant une population dont on démontrait, il y a tout juste une semaine, qu’un étudiant sur trois est en état dépressif ».

Mais il y a plus grave. Le président de l’Anemf a fait cette confidence au Quotidien du Médecin : « Cette erreur ne serait pas arrivée si les annales étaient mises à disposition systématiquement avec correction pour tous les étudiants. ‘’Nous demandons les annales 2016 depuis un certain temps. Or ces annales 2016 sont disponibles sur une plateforme de conférence privée. Il y a une inégalité sur la préparation’’. »

Rien n’aurait donc changé depuis « Les Héritiers » de Bourdieu et Passeron ? Qu’en dit-on en haut lieu ? Ceci :

« Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et le ministère des Solidarités et de la Santé assurent les étudiants de leur soutien quant au désagrément lié à la réorganisation de cette épreuve et les remercient de leur compréhension. »

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«Bébés secoués» : à quoi la justice condamne-t-elle les auteurs de lésions cérébrales ?

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Un homme âgé de 43 ans vient d’être condamné à Pau par la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques à treize ans de réclusion. A Anglet (Pyrénées-Atlantiques), il avait, le 30 mars 2001, « secoué » son beau-fils âgé de huit mois. Ce dernier est aujourd’hui handicapé à 85 %. En rendant son verdict la cour d’assises a suivi les réquisitions de l’avocat général : pour lui le caractère intentionnel des violences commises par Pascal Van Minden sur le bébé ne faisait aucun doute.

L’accusé avait quant à lui nié le caractère volontaire de ces violences sur son beau-fils Mickaël, aujourd’hui âgé de 17 ans et souffrant de séquelles permanentes. Contacté par l’Agence France-Presse, l’avocat du beau-père condamné, Me François Tucco-Chala, a indiqué ne vouloir « faire aucun commentaire ».

En décembre 2016 la même cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques avait condamné le père d’un bébé secoué à dix ans de prison (Margaux StiveFrance Bleu Béarn). L’homme, âgé de 31 ans, était jugé pour violence ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Le 30 octobre 2013 il avait secoué son bébé de 2 mois et demi pour le faire taire. L‘enfant était mort une semaine plus tard d’une hémorragie cérébrale.

Un père renfermé, mal à l’aise, infidèle

L’avocate générale avait alors requis huit ans de prison contre le père de l’enfant. Selon elle l’accusé ne voulait pas tuer son enfant mais avait voulu lui faire du mal. Un père renfermé, mal à l’aise, infidèle. « Le soir du drame il a envoyé plus de cent SMS à une collègue avec qui il ne s’est jamais rien passé mais qu’il voulait séduire ». Pour Me Tucoo-Chala, avocat de l’accusé, cette peine était disproportionnée. Pour lui, le verdict ne prenait pas en compte, précisément, la personnalité de son client.

On rappellera que le syndrome du bébé secoué désigne un traumatisme crânien « non accidentel », entraînant des lésions du cerveau. Il survient lorsque l’on secoue violemment un bébé ou un jeune enfant. Le plus souvent, ce drame arrive lorsque la personne qui s’occupe de l’enfant est exaspérée par ses pleurs. Les enfants de moins d’un an sont les plus touchés.

Sur le plan pénal, la jurisprudence considère le secouement d’un bébé comme un acte de violence volontaire, explique l’assurance maladie. À ce titre, l’auteur d’un tel geste peut être puni d’une peine de prison allant de trois ans à trente ans, selon la gravité des faits et sa relation avec l’enfant. Les ascendants du bébé et les personnes ayant autorité sur lui sont plus sévèrement punies. Chaque année, 180 à 200 enfants seraient victimes, en France, de cette forme de maltraitance. Un chiffre certainement sous-évalué.

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Post-vérité : pourquoi tant de haines exprimées contre Marisol Touraine ?

 

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Fin de partie. Pour elle le temps s’est figé. Son blog est muet. Reconnaissant brièvement sa défaite elle a dit « partir en vacances ». Comment organise-t-on un sevrage de l’addiction à la politique ?

On peut aussi voir dans cette chute brutale aux élections législatives un divorce enfin prononcé. Un divorce bien mal négocié. « Ils l’auront détestée jusqu’au bout. Très remontés contre Marisol Touraine, les médecins célèbrent (sans pitié) depuis dimanche soir de la défaite de l’ex-ministre de la Santé aux élections législatives dans l’Indre-et-Loire, observe Le Quotidien du Médecin. Sur Twitter, les messages fusent pour enfoncer celle qui a mené la politique de santé pendant cinq ans sous la présidence de François Hollande et dont le nom était évoqué pour occuper la présidence de l’Assemblée nationale lors de la prochaine législature. »

« Son comportement opportuniste indigne succédant à son dogmatisme intraitable l’a achevée « ose le Pr Guy Vallancien. L’Union française pour une médecine libre (UFML) croit pouvoir saluer la fin « d’une époque où le mépris des soignants et la construction d’une politique sanitaire idéologique ont servi pendant cinq ans de fil conducteur ». Jusqu’aux infirmier(e)s « Elle nous a méprisé et pourri la vie pendant cinq ans, elle a supprimé postes et lits », tweete le syndicat national des professionnels infirmiers.

Calice et cigarette électronique

Boire le calice impose aussi de lire le site des buralistes : « Certes, en politique, le désespoir est une sottise absolue mais il semble bien que les résultats d’hier mettent un terme à la carrière politique de l’ex-ministre de la Santé. Au-delà du sort de la modeste personne, on souhaitera vivement que disparaisse avec elle ce qu’elle avait soigneusement réussi à incarner : l’arrogance, l’idéologie et l’outrance. Sa politique concernant les sujets qui nous intéressent l’illustre parfaitement. »

Et les buralistes de développer leurs accusations. On retiendra ce passage : « Plutôt que d’attaquer le grave problème du tabagisme à sa racine ou de reconnaître la dure réalité du marché parallèle, elle a joué « démago « en vilipendant les multinationales du tabac. Et en imposant le paquet neutre. Aveuglée par cette idéologie, elle a complètement loupé une approche intelligente du phénomène de la cigarette électronique. » Résultat sans appel : « les chiffres fondamentaux de la prévalence tabagique n’ont fondamentalement pas bougé pendant son règne ».

Fin de partie. Pour elle le temps s’est figé. Son blog est muet. Une question reste : pourquoi tant de haines ?

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Va-t-on abattre tous les macaques infectés par l’Herpès B vivant dans les zoos français ?

 

Bonjour

L’affaire a été révélée par Sud Ouest : plus de 160 macaques de Java d’un parc animalier français viennent d’être « euthanasiés ». Cela s’est passé le 18 mai à Labenne (Landes), à la « Pinède des singes ». Quelques explications ont été données par la sous-préfecture de Dax : « Il ne s’agit pas d’une suite du redressement judiciaire. Les singes ne sont pas euthanasiés pour des raisons économiques mais sanitaires, après des tests réalisés par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) ».

Une partie de la population landaise, qui ne disposait pas de l’ensemble des informations, a été très émue par la situation, certains habitants proposant de prendre des singes chez eux. L’agent d’accueil de la mairie a même été agressée verbalement. Une manifestation a failli être organisée. Sud Ouest :

« ‘’Certaines formes d’herpès peuvent effectivement être très dangereuses pour l’homme en cas de morsure », explique Emmanuel Le Grelle, directeur de La Vallée des singes, dans le département de la Vienne, une des références zoologique du pays. Impossible pour le moment de savoir comment ces macaques de Java ont contracté le virus : « Ce n’est pas une espèce particulièrement fragile. Mais les conditions d’hébergement, et même les conditions de détention, étaient exécrables. Les singes étaient dans des conteneurs non chauffés par exemple. C’était indigne. » »

Dans les Landes les 163 macaques de Java (Macaca fascicularis ou macaque à longue queue) étaient « porteurs sains » du virus de l’herpès B, potentiellement mortel pour l’homme. « A priori, la décision d’abattage semble sage. Mais voilà, la situation est bien plus complexe qu’il n’y paraît et il semble que des motifs économiques se cachent derrière ce choix, croit savoir Le Point (Frédéric Lewino). En effet, la prévalence du virus de l’herpès B parmi les macaques de Java des zoos du monde entier est très forte, sans qu’aucun cas de transmission à l’espèce humaine n’ait jamais pu être constaté. Les seuls cas avérés l’ont été en laboratoire. »

Méningo-encéphalites mortelles

Le risque, en cas de transmission à l’homme, est celui d’une méningo-encéphalite très souvent mortelle. A dire vrai l’affaire est prise très au sérieux par les autorités sanitaires américaines : « B-virus from Pet Macaque Monkeys: An Emerging Threat in the United States ? ». Le Point :

« Pendant des années, La Pinède des singes a attiré nombre de touristes venus observer une colonie de macaques de Java s’ébattant en toute liberté dans une forêt de six hectares. Personne n’a, alors, jamais rien trouvé à redire sur l’état sanitaire des singes qui étaient déjà porteurs du virus de l’herpès B, comme la plupart des autres macaques de Java en captivité. Au fil des années, les installations se sont délabrées. Après différentes procédures administratives suspensives, le parc animalier a été placé en avril 2016, en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Dax.

C’est un zoo voisin, de Labenne, qui a été chargé de s’occuper des macaques. C’est alors que les services vétérinaires départementaux se sont mis subitement à s’inquiéter des risques que pouvaient faire courir les macaques à leur soigneuse. La préfecture a demandé des analyses sanguines sur les singes. »

Deux macaques recherchés

Conclusions : 115 macaques positifs, 24 douteux et 17 négatifs. Confirmation demandée par les services préfectoraux à un laboratoire américain.  La DDCSPP (direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations) saisit alors l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail) qui émet un avis daté du 12 avril 2017 : « avis relatif à l’évaluation du risque lié à l’infection d’un groupe de macaques (Macaca fascicularis) par le Macacine Herpesvirus 1 ». On peut y lire ceci :

« L’euthanasie de macaques infectés par le MaHV1 représente un risque particulier d’exposition des personnes chargées de la réaliser. Si une décision d’euthanasie (quel que soit le nombre de singes concernés) était prise par les gestionnaires, les experts soulignent que tous les acteurs associés à une telle procédure devraient être formés à ce type d’opération et être informés du risque et prendre les mesures de précaution adaptées. Au-delà des risques sanitaires, le Groupe d’expertise collective d’urgence souligne le risque psycho-social pour le personnel du parc, en cas d’implication de ce dernier dans une telle opération. »

On apprend aussi que deux macaques ont été transférés dans un autre zoo, zoo fermé depuis. « Il conviendrait de rechercher et d’informer les détenteurs actuels de ces singes sur le risque d’infection par le MaHV1 » souligne l’Anses.

« Ce qui affole les protecteurs des animaux et différentes associations, c’est que la décision de la préfecture des Landes soit étendue à tous les parcs et zoos de France » précise Le Point. Pourquoi ne le serait-elle pas ? Et qui décidera ?

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Trente-deux ans après, trois membres de la famille du petit Grégory placés en garde à vue

Bonjour

« Vertigineux » dit Le Républicain Lorrain. Qui dit mieux ? Nous sommes le 14 juin 2017. Ce matin, vers 8 heure les gendarmes de la section de recherche de Dijon ont débarqué dans la vallée de la Vologne, là où il y a un peu plus de trente-deux ans le petit Grégory Villemin, 4 ans, a été assassiné. Ils se sont rendus dans un petit village du secteur de Bruyères. Puis ils ont interpellé et placé en garde à vue un couple de septuagénaires. « Un couple dont le nom figure depuis belle lurette dans ce dossier hors-norme et qui a été conduit à la brigade de Bruyères, révèle le quotidien régional. Les militaires leur ont signifié leurs droits, leur ont indiqué pourquoi ils étaient momentanément privés de liberté. Les qualifications pour lesquelles ils ont été placés en garde à vue sont les suivantes : complicité d’assassinat, non-dénonciation de crime, non-assistance à personne en danger et abstention volontaire d’empêcher un crime ».

Les trois personnes interpellées appartiennent à la famille Villemin : il s’agit de l’oncle et de la tante de Jean-Marie Villemin – le père du petit Grégory –, ainsi qu’une belle-sœur, a fait savoir une source proche du dossier. Une quatrième personne, la grand-mère de Grégory Villemin, Monique Villemin, est également actuellement entendue mais en audition libre – son état de santé ne permet pas d’être placée en garde à vue.

Vertigineux. Les plus de cinquante ans comprendront que c’est là un véritable séisme dans la mémoire nationale. Car l’affaire Grégory est bien l’une des plus grandes énigmes criminelles de l’histoire judiciaire française. La mémoire revient à grande vitesse. Le corps sans vie de Grégory Villemin, 4 ans, retrouvé au soir du 16 octobre 1984, pieds et poings liés dans les eaux de la Vologne. Bernard Laroche, un cousin de Jean-Marie Villemin, inculpé d’assassinat, incarcéré, remis en liberté le 4 février 1985. Son assassinat par Jean-Marie Villemin d’un coup de fusil de chasse. Jean-Marie Villemin condamné pour ce meurtre à quatre ans de prison en 1993.

L’affaire Libération-Duras

Juillet 1985, le juge Jean-Michel Lambert porte soudain ses soupçons sur Christine Villemin. La mère est qui totalement innocentée en 1993 au terme d’un non-lieu retentissant pour « absence totale de charges ».

La mémoire journalistique revient au pas de charge. C’est aussi en 1985, et la demande de Serge July, que Marguerite Duras se rend à Lépanges-sur-Vologne pour le journal Libération. La mère de Grégory refuse de parler à l’écrivaine. Le 17 juillet de cette année-là Libé publie une tribune signée Duras, qui pointe la culpabilité criminelle de Christine Villemin 1. « Sublime, forcément sublime… ». L’article est certes précédé d’un avertissement, « La transgression de l’écriture », rédigé par Serge July, qui rappelle la liberté inhérente à l’écriture de l’artiste. Il n’empêche, l’affaire fait scandale. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Dans sa biographie Marguerite Duras (Gallimard), Laure Adler expliquera en 1998 que « Marguerite Duras se défendra toujours de ce « sublime, forcément sublime ». Huit ans plus tard le journaliste Denis Robert (qui suivait en 1985 l’affaire Grégory pour Libération ) révèle que le texte est en réalité une « version allégée » d’une première tribune, refusée par la rédaction du journal, et dans laquelle Marguerite Duras « développait l’idée qu’une mère qui donne la vie a le droit de la retirer ». Où est la vérité ?

Vertiges de la mémoire. 1985 : c’est le début des « empreintes génétiques » utilisée à des fins d’enquête criminelle; en Angleterre grâce à Alec Jeyffreys. La quête de l’ADN sur les bords de la Vologne ne commencera qu’en 1999, puis en 2008 – l’ADN est alors recherché sur les scellés. En 2013, mise au jour de nouvelles traces d’ADN sur les cordelettes ayant servi à entraver le corps de l’enfant relance une nouvelle fois l’affaire. Puis le procureur général de la cour d’appel de Dijon assure que c’est là une nouvelle impasse. « Il y a toujours un espoir, dans la mesure où le dossier n’est pas fermé. Mais, d’un point de vue scientifique, l’espoir s’éloigne », avait-il alors déclaré.

Au delà des vertiges, que peut-on dire, aujourd’hui 14 juin 2017 ?

A demain

1 Sur l’écriture et les grandes affaires criminelles on lira avec le plus vif intérêt la réédition de « Trois crimes rituels » de Marcel Jouhandeau (Les Editions du Chemin de fer)