Marisol Touraine aimerait que Macron se souvienne qu’elle appelle à voter pour lui

Bonjour

La ministre partante de la Santé n’avait pas encore parlé. Et puis, quelques minutes après les résultats du premier tour de l’élection présidentielle elle a tweeté : « J’appelle les Français à voter massivement en faveur d’Emmanuel Macron le 7 mai prochain ».

Comme tant d’autres et sans surprise, face à Marine Le Pen, elle justifie son choix. Défendre « nos valeurs démocratiques » et œuvrer pour « l’avenir de la France ». « L’enjeu, ce n’est pas seulement que Emmanuel Macron l’emporte et que Marine Le Pen soit battue, mais c’est qu’elle soit battue le plus largement possible », a insisté la ministre sur France Info.

Loches, cages mouvantes

On observera que Marisol Touraine ne pose aucune condition à son soutien au candidat d’ « En Marche ! ». Pouvait-elle faire autrement ? Pour autant elle lui lance un étrange appel. S’il devait l’emporter au second tour « Emmanuel Macron devra se souvenir que c’est grâce à un large rassemblement qu’il aura pu devenir président de la République ». Elle lui demande aussi d’entendre les voix des « hommes et les femmes de gauche, socialistes, réformistes, progressistes ». Pourquoi ne les entendrait-il pas ?

On connaît la violence extrême qui prévaut, parfois, dans les arènes politiques. Emmanuel Macron se souviendra-t-il de celle qui, aujourd’hui, se prépare à retourner sur le terrain de son ancien « fief électoral » : la 3ème circonscription d’Indre-et-Loire. Centrée sur Loches qui a préféré Fillon. Loches et les terribles cages mouvantes de Louis XI où souffrit durablement Jean de la Balue. Souvenons-nous. Carrière fulgurante. Déchéance. Et retour en grâce en fin de carrière.

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Infirmière poignardée avant de prodiguer des soins, soutien de la ministre de la Santé

 

Bonjour

S’habituer ? Le 4 avril une infirmière libérale a été poignardée, à trois reprises, par un homme à qui elle allait prodiguer des soins. C’était en Alsace, à Buhl, non loin de Wissembourg. La femme est grièvement blessée. Des précisions sont apportées par les Dernières Nouvelles d’Alsace :

« Les faits se sont déroulés au rez-de-chaussée de ce bâtiment situé entre les églises protestante et catholique de Buhl. L’infirmière s’est présentée un peu avant 8h au domicile de son patient, au 68 B rue des Seigneurs à Buhl, un petit village du canton de Wissembourg, pour lui donner son traitement médicamenteux. L’homme attendait derrière la porte un couteau à la main. Dès qu’il a ouvert, il s’est jeté sur l’infirmière et l’a poignardée à trois reprises à la poitrine et à l’épaule. L’agresseur présumé s’est ensuite retranché dans son logement. »

La victime, âgée d’une cinquantaine d’années, a été prise en charge par les sapeurs-pompiers. Elle a été évacuée dans un état grave par l’hélicoptère de la sécurité civile du Bas-Rhin Dragon 67 vers le CHU de Strasbourg-Hautepierre. Les DNA ajoutent que l’auteur présumé des faits a été interpellé peu après par les gendarmes de la compagnie de Wissembourg.

Tentative de meurtre

« Les militaires du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie ont dû faire usage de leur pistolet à impulsion électrique pour maîtriser l’individu. L’un des gendarmes a été blessé à la main par un éclat de verre au cours de l’intervention. Le suspect de 57 ans, qui souffrirait de schizophrénie, a été placé en garde à vue pour tentative de meurtre aggravé. Le parquet de Strasbourg a ordonné qu’il soit examiné par un psychiatre, lequel a considéré que son état était incompatible avec la garde à vue. Le quinquagénaire a été hospitalisé en psychiatrie. »

Dans la soirée du 5 avril Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, a fait publier un communiqué. Elle dit « tenir à lui témoigner tout son soutien » et « lui souhaiter un rétablissement rapide ».

La ministre dit aussi « condamner ces faits d’une rare violence » et « tenir à saluer le travail exemplaire accompli chaque jour par les infirmiers au service de leurs patients, dans des conditions parfois difficiles ».

S’habituer ?

A demain

Dernières vérités chiffrées sur les agressions dont sont victimes les médecins français

 

Bonjour

C’était, ce matin, une exclusivité du Quotidien du Médecin (Henri de Saint Roman). Une exclusivité vite relayée par le Conseil national de l’Ordre des médecins. Elle prend la forme d’un bulletin chiffré venu d’un front que nul ne sait identifier, de zones d’insécurité mouvantes, d’une nouvelle réalité des quartiers et des cités.

L’erreur serait ici de trop noircir ce qui nous est livré. Pour autant ce bulletin dit bien le malaise croissant et, si l’on peut utiliser le mot, la forme de désacralisation de l’espace et du geste médical. Il dit aussi l’impossibilité désormais chronique du politique à peser sur cette réalité pour la prévenir. Il exprime aussi la nécessité d’un renouveau, d’un sursaut solidaire qui reste à imaginer.

Document ordinal :

« L’Ordre des médecins publie aujourd’hui les résultats de l’Observatoire de la sécurité des médecins en 2016. 968 incidents ont été déclarés en 2016. Il s’agit du nombre de déclarations le plus important depuis la création en 2003 de cet Observatoire.  Dans ce contexte préoccupant, et comme en 2015, 56% des incidents n’entraînent cependant pas de suites légales, proportion la plus élevée depuis la création de l’Observatoire

« L’Observatoire de la sécurité s’est basé en 2016 sur 968 fiches de déclarations d’incidents. Il s’agit du nombre de déclarations le plus important depuis la création en 2003 de l’Observatoire, et d’un nombre qui reste nettement supérieur à la moyenne constatée (741 déclarations d’incidents par an). Depuis 2010 est observée une stabilité globale élevée. Les départements les plus touchés sont les Bouches-du-Rhône (68 incidents) et le Nord (59 incidents). L’on constate également une recrudescence importante des déclarations en Seine-Saint-Denis (49 déclarations, contre 27 en 2015).

« La surreprésentation des généralistes parmi les médecins déclarant s’accentue par ailleurs depuis 2012, et est demeurée en 2016 au même niveau record qu’en 2015 : les généralistes représentent 65% des déclarants, alors qu’ils ne représentent que 45% des praticiens. »

Crachats

Il faut ajouter que ces chiffres regroupent les agressions verbales et menaces (majoritaires) les agressions physiques, les vols et tentatives et les actes de vandalisme. L’agresseur est le patient dans un peu plus d’un cas sur deux, un accompagnant ou une tierce personne. Une arme a été utilisée dans 2 % des agressions. Les  violences physiques sont majoritairement des coups et blessures, des crachats au visage.

Quant à « l’élément déclencheur » de l’ « incivilité » il est souvent d’une redoutable banalité. Trois cents incidents sont nés d’un reproche sur une prise en charge, cent-cinquante faisaient suite à un refus de prescription, une centaine avait trait à une demande de falsification de certificat et une autre centaine résultait d’un temps d’attente jugé excessif.

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Contre la pauvreté notre gouvernement aimerait une société «plus juste et plus solidaire»

Bonjour

Quatre ministres sous les ors de la Vème République. Quatre femmes en fin de mandat 1 et de nombreuses associations caritative réunies au sein du Collectif « ALERTE ». C’était, rue de Varenne, un entretien au sujet de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Cette réunion a lieu chaque année depuis le lancement du plan pluriannuel 2013-2017 de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. Elle permet, nous dit-on,  de faire le point sur la réalisation du plan mais aussi d’échanger sur les adaptations considérées comme nécessaires.

Vérité officielle

Quatre ministres d’un gouvernement en souffrance et un communiqué officiel expliquant ce qu’il en est de la vérité officielle des cinq dernières années :

« Les engagements pris par le gouvernement dans le cadre du « plan pauvreté » ont été tenus. Il a conduit à un grand nombre de mesures, tout particulièrement en matière de revalorisation des minima sociaux, d’accès aux droits pour les plus démunis, d’insertion professionnelle, de santé et de logement. La réunion a été l’occasion de rappeler que le revenu de solidarité active (RSA) a été constamment revalorisé depuis 2012. L’engagement du gouvernement de revaloriser le RSA de 10 % dans le cadre du plan 2013-2017 a été réaffirmé, ce qui portera son montant à 545 euros par mois pour une personne seule en 2017. Les décrets en ce sens seront pris très prochainement. »

« L’allocation de soutien familial, le complément familial et l’allocation de solidarité aux personnes âgées ont également été revalorisés. Les seuils de revenus pris en compte pour la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-c) et l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé ont été revus : 1 million de personnes supplémentaires bénéficient ainsi d’une couverture complémentaire santé solidaire. »

Zones urbaines à la dérive

On nous explique aussi qu’au cours de l’entretien, le Collectif « ALERTE » a salué les mesures prises dans le cadre dde ce plan.  Le gouvernement, enfin, a exprimé aux représentants du collectif « son souhait que les actions menées en faveur des plus démunis de nos concitoyens soient poursuivies et amplifiées (…) pour une société plus juste et plus solidaire ».

A dire vrai le Collectif, lui, est plus précisément pour « une société bienveillante, fraternelle et solidaire ». La bienveillance et la fraternité avant la justice en somme. Il s’intéresse moins au cinq années passées qu’à celles à venir. Ainsi réclame-t-il  « un plan interministériel de lutte contre la pauvreté traduit dans une loi de programmation financière sur cinq ans ». Ecoutons-le un instant parler de sa propre voix :

« La pauvreté ne diminue pas dans notre pays. 14 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Le nombre de sans-abri s’accroît. 5 millions de Français souffrent de l’isolement. De nombreuses zones urbaines sont à la dérive. La politique du logement est défaillante. Si le plan de lutte contre l’exclusion mis en place en 2013 a sans doute permis une stabilisation du taux de pauvreté, une amélioration des minima sociaux, ou des avancées significatives dans le domaine de la santé, il n’a pas profondément modifié la situation des personnes en précarité, particulièrement des jeunes et des familles monoparentales. »

A demain

1 Communiqué officiel : « Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé, Myriam El Khomri, ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l’habitat durable, et Ségolène Neuville, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, ont reçu à l’Hôtel Matignon une délégation du Collectif « ALERTE », composée de la FAS (Fédération des acteurs de la solidarité), de la Fondation Abbé Pierre, de Médecins du Monde, du Secours catholique, de l’Union nationale des associations familiales (UNAF) et de l’UNIOPSS, pour s’entretenir avec eux sur la lutte contre la pauvreté et l’exclusion. »

 

« Chacun doit savoir qu’il peut s’exprimer facilement, en toute liberté » (Marisol Touraine)

 

Bonjour

« Prendre soin de ceux qui nous soignent ». C’est une belle formule. Elle vient d’être utilisée par Marisol Touraine. En fin de mandat, membre d’un gouvernement en souffrance, la ministre de la Santé multiplie les initiatives.  Aujourd’hui il s’agissait de compléter sa réponse « aux attentes exprimées par les professionnels et aux enjeux du système de santé ». En décembre dernier elle avait présenté une « stratégie nationale forte et volontariste », pour faire « de la qualité de vie au travail une priorité politique ». Cette fois c’est le volet ambulatoire de cette stratégie nationale qu’elle a dévoilé.

La vérité est qu’il s’agit là d’une mécanique bien compliquée, une sorte d’engrenage articulé autour de trois axes. Essayons de comprendre la machinerie. D’abord « améliorer les conditions d’exercice » (l’Observatoire national de la qualité de vie au travail et des risques psychosociaux des professionnels de santé, prévu par le premier volet de la stratégie, concernera également les professionnels ambulatoires).

Ensuite « assurer la sécurité des soignants exerçant en ambulatoire » (les accords « santé-sécurité-justice » seront développés et renforcés et   une campagne de communication sera lancée pour sensibiliser le grand public aux exigences de la relation soignant / soigné ). Enfin « prévenir et prendre en charge la souffrance au travail » (là encore, campagne de communication pour informer les professionnels sur l’épuisement au travail).

George Orwell 

Mais encore ? Un dispositif d’écoute sera mis en place pour permettre aux professionnels confrontés à la souffrance au travail d’en parler à des personnels formés et d’être orientés, si nécessaire, vers des soins adaptés. Ecoutons Marisol Touraine :

« Pour mieux prévenir les risques psychosociaux, il faut faire tomber les tabous et libérer la parole. Désormais chacun doit savoir qu’il peut s’exprimer facilement, en toute liberté. Parfois, le besoin de parler de ses propres difficultés, en confidentialité, est urgent. C’est pourquoi j’ai chargé la mission nationale pour l’amélioration de la qualité de vie au travail de recenser les initiatives en termes de dispositifs d’écoute, et notamment les numéros d’appel téléphoniques.

 « A partir de ce recensement, un cahier des charges sera élaboré pour garantir la mise en place de dispositifs d’écoute accessibles 24h/24h et 7 jours/7, de façon gratuite et avec la garantie d’une confidentialité absolue, lorsqu’elle est souhaitée. »

 « Le document de synthèse est davantage un catalogue de l’existant qu’un nouveau plan de bataille au bénéfice des médecins et soignants libéraux, observe un Quotidien du Médecin peu amène. Pas de grand soir au programme. Cinq semaines avant le premier tour de la présidentielle, Marisol Touraine ne précise ni le calendrier d’action ni le financement pour appliquer les différentes mesures du plan – contrairement au volet hospitalier. »

Combien d’argent faut-il pour faire tomber les tabous ? Combien de trésors pour libérer la parole ? Et combien verser pour s’exprimer facilement ? Pourquoi, surtout, vouloir trop vite réparer ce qu’on a laissé se dégrader dans le passé ? Et puis cette formule, terrible : « Désormais chacun doit savoir qu’il peut s’exprimer facilement, en toute liberté ». Pourquoi, soudain, cette phrase rassurante effraie-t-elle ? Pourquoi songe-t-on, en 2017, à la prophétie politique de George Orwell ?

A demain

 

Psychiatrie : que faire quand l’isolement et la contention mécanique sont nécessaires ?

 

Bonjour

Spécialité médicale éminemment politique, la psychiatrie est aujourd’hui radicalement absente de la sphère politicienne. Son nom n’est jamais prononcé dans les torrents verbeux de la campagne présidentielle. Dans les gazettes ? Elle ne figure plus que dans quelques rubriques : les faits divers sanglants et quelques procès de cour d’assises. On l’avait toutefois retrouvée ici ou là, ces dernières années (dans La Croix et Libération notamment) au travers de la question, médicale, légale et éthique, de la « contention des malades » 1 Une question enfin abordée de manière pragmatique par la Haute Autorité de Santé – un travail original, éthique et politique qui doit être salué 2.

« L’évolution de la psychiatrie se caractérise par d’importants progrès en matière de prises en charge plus précoces, ouvertes sur la cité et plus efficaces. Elles impliquent de plus en plus les patients et leurs proches en améliorant le pronostic des troubles mentaux les plus sévères, écrit la HAS.  Aujourd’hui, le plus fréquemment, l’hospitalisation ne correspond qu’à un temps limité des prises en charge souvent pour des tableaux cliniques décompensés. Les différentes réponses en termes de soins doivent s’appuyer sur la relation et la participation du patient. Le recours à une mesure d’isolement ou de contention ne peut se justifier qu’en dernier recours, au terme d’un processus de désamorçage d’un tableau clinique critique. »

Fatalité asilaire

 Dans un tel contexte le recours aux mesures d’isolement et de contention psychiatriques est devenu un sujet hautement sensible. Ce qui était jadis tenu pour une fatalité asilaire (la « camisole ») ne peut plus l’être aujourd’hui. Le respect des libertés individuelles entre ici en conflit avec le rôle et la fonction des intervenants, la légitimité de telles mesures, la sécurité du malade et celle d’autrui. Reste la question de la fréquence de ces situations de contentions. « Les données épidémiologiques/statistiques sont rares et aucun suivi n’existait jusqu’à présent mais il semble que le recours à l’isolement et la contention soit en recrudescence, avec des situations inégales d’une région à l’autre, d’un établissement à l’autre, voire d’un service à l’autre. »

De fait, depuis plusieurs années, diverses autorités attirent l’attention sur les recours aux mesures d’isolement et de contention, considérant que leur usage n’est pas toujours motivé par des raisons thérapeutiques et qu’il convient de les encadrer. Ce fut le cas du Contrôleur général des lieux de privation de liberté et du Comité européen pour la prévention de la torture qui, depuis plusieurs années, dénoncent « un usage non systématiquement justifié de ces mesures ». C’est dans ce contexte et pour répondre à la nécessité d’un encadrement plus rigoureux de ces mesures que la Direction Générale de la Santé et celle de l’Organisation des Soins ont dans leur demandé à la HAS de travailler le sujet.

On entend bien que l’angélisme n’est pas ici de mise. Ces « pratiques thérapeutiques » peuvent « être considérées comme indispensables dans certaines situations ». Pour autant cette nécessité, et la violence qui la sous-tend, ne saurait tout justifier. Cette contrainte nécessaire pour les personnes concernées justifie, précisément, que ces pratiques soient « particulièrement encadrées et envisagées dans des conditions très précises ». Comment, en d’autres termes, maintenir dans les espaces psychiatriques un état de droit, une déontologie et une éthique dans les espaces psychiatriques.

« Soins sans consentement »

L’essentiel ? En France, 400 000 personnes sont hospitalisées chaque année dans des établissements et services psychiatriques. Les épisodes de violence des patients hospitalisés, lorsqu’ils surviennent, affectent autant les soignants que ces patients. Pour la HAS les mesures d’isolement et de contention « ne doivent s’appliquer qu’aux patients hospitalisés en soins sans consentement » et ce « en dernier recours ».

L’isolement et la contention ne sauraient être que des mesures d’ultime recours, mises en œuvre quand l’ensemble des mesures de prévention des épisodes de violence a échoué. Et les différentes recommandations pratiques formulées par la HAS visent « à améliorer la prise en charge des patients et la qualité des soins, et à veiller au respect de leurs droits fondamentaux ainsi qu’à leur sécurité ». Extraits :

« Il doit s’agir de faire face à un danger important et imminent pour le patient ou autrui. L’utilisation de la contention et de l’isolement ne peut avoir lieu que pour une durée limitée, après une évaluation du patient, sur décision du médecin présent. Si ce n’est pas un psychiatre, la confirmation de cette décision par un psychiatre doit intervenir dans l’heure. La contention ne peut être mise en place que dans le cadre de l’isolement. 

« L’objectif de ces mesures ne peut en aucun cas être de punir, humilier ou établir une domination sur des patients ou de résoudre un problème organisationnel comme un manque de personnels. La HAS encourage les établissements de santé à aménager des espaces d’apaisement dans les unités de soins afin de constituer une étape supplémentaire de désescalade avant l’isolement et la contention.

« À l’initiation de la mesure d’isolement, l’indication est limitée à 12 heures (6 heures pour la contention). Si l’état de santé du patient le nécessite, la décision et la fiche de prescription doivent être renouvelées dans les 12 heures (6 heures pour la contention). En cas de prolongation, la décision et la fiche de prescription doivent être renouvelées toutes les 24 heures. Les isolements de plus de 48 heures et les contentions de plus de 24 heures doivent rester exceptionnels. »

Registres

On ajoutera que la mise en place d’une mesure d’isolement doit être effectuée dans des conditions de sécurité suffisantes pour le patient et l’équipe de soins dans un lieu dédié adapté, un espace d’isolement qui permette le repos et l’apaisement. La contention mécanique doit être faite dans cet espace. Enfin, il est primordial que le patient en situation d’isolement ou de contention bénéficie d’une surveillance accrue avec au minimum deux visites médicales toutes les 24 heures.

Par ailleurs (comme le prévoit la loi de modernisation du système de santé) chaque mesure d’isolement ou de contention devra être recensée dans un registre en préservant l’anonymat du patient. Ce registre mentionnera le nom du psychiatre ayant décidé cette mesure, sa date et son heure, sa durée et le nom des professionnels de santé ayant surveillé le patient.  La HAS ne désespère pas : de tels registres devraient, à terme, permettre un meilleur recueil de données relatives à ces pratiques. Dans l’attente on peut s’interroger sur les raisons qui font que le spectacle politique, alors même qu’il s’en nourrit, est devenu allergique à la psychiatrie.

A demain

1 « Une épidémie de « contentions physiques » en milieu psychiatrique et hospitalier est annoncée » Journalisme et santé publique 18 septembre 2015

2 « Isolement et contention en psychiatrie générale. Méthode Recommandations pour la pratique clinique » Haute Autorité de Santé. Février 2017.

 

 

Maltraitances hospitalières: trois cents cas répertoriés sur la carte de France. Et après ?

 

Bonjour

C’est une cartographie qui dérange. Le document, actualisé, est disponible sur le site de L’Association Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public. Présidée par le Pr Philippe Halimi, cette association  exprime aujourd’hui une « vive préoccupation ». Il s’agit ici de l’avenir de la « mission de médiation pour la prévention des risques psychosociaux ». Cette mission avait été confiée à Edouard Couty, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes par Marisol Touraine. Nous étions lors dans les suites de l’affaire (toujours en cours) du suicide du Pr Jean-Louis Mégnien à l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP).

Urgences

Il y a trois mois la ministre des Affaires sociales et de la santé avait annoncé la nomination d’un « médiateur national », lors de la présentation de la « Stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail de l’ensemble des professionnels de santé ». Trois mois plus tard, rien.

« M. Edouard Couty,  qui a commencé à traiter quelques dossiers de personnels gravement maltraités et harcelés, ne dispose toujours pas de la légitimité qui lui permettrait de remplir efficacement sa mission. Or le nombre croissant de signalements à l’Association Jean-Louis Mégnien de cas de maltraitance et de harcèlement de personnels de l’hôpital public rend encore plus urgentes la nomination officielle du médiateur national et la définition précise de son champ de compétence.

 « Rien qu’au mois de février, l’Association Jean-Louis Mégnien a enregistré une centaine de signalements supplémentaires, ce qui porte à plus de trois cents le nombre de cas figurant sur la carte de France ci-jointe récemment mise à jour sur notre site (www.associationjeanlouismegnien.fr). »

 Promesses

Que faire sinon user de diplomatie ? L’Association dit « ne pas douter » de la détermination de la ministre des Affaires sociales et de la Santé de mettre fin rapidement à des situations de maltraitance et de harcèlement au sein de l’hôpital public. Mais comment ne pas, non plus, menacer, puisque le temps passe et que les échénaces électorales se rapprochent ?

« L’Association estime que la condition indispensable au bon déroulement et à l’efficacité de la mission confiée à M. Edouard Couty est qu’il dispose des moyens humains et matériels qui lui font actuellement défaut. Ceux-ci lui permettront, si nécessaire, de demander et d’obtenir du Centre national de gestion et des Agences Régionales de Santé qu’ils donnent une suite concrète, positive et durable aux préconisations qu’il leur adressera. »

Or les faits sont là : à ce jour, l’Association n’a aucune garantie que la médiation permette aux personnels de santé victimes de phénomènes de maltraitance de reprendre espoir et de retrouver au plus vite un exercice professionnel normal. Et cette association prend date : elle fera (avant les prochaines échéances électorales) un bilan des promesses faites par Marisol Touraine.

A demain