Nos amis les bêtes : verser du sang faux sur l’étal d’un boucher bio n’est pas autorisé

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L’antispécisme n’autorise pas tout. Et la défense des animaux ne justifie guère de bousculer les hommes. « Deux militants antispécistes ont été condamnés, mardi 25 juin, à des peines de prison avec sursis pour avoir déversé du faux sang dans le commerce d’un boucher bio début mai, à Paris, nous apprend l’AFP. Un jeune homme de 21 ans a été condamné à six mois de prison avec sursis pour violences et dégradations en réunion. Sa coprévenue, une femme de 30 ans à trois mois avec sursis pour les dégradations – mais relaxée s’agissant des violences.

Ce n’est pas tout : les deux militants ont interdiction de se rendre au marché parisien de Saint-Quentin (pendant un an). Et ils devront verser solidairement 5 000 euros à l’entreprise du boucher au titre de ses préjudices corporel et moral – et en  outre, régler 1 euro symbolique de dommages et intérêts à la Fédération de la boucherie et à l’Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes (Interbev).

Le 4 mai dernier, une quinzaine d’activistes avaient aspergé de faux sang le vitrine et l’intérieur d’une boucherie du marché couvert Saint-Quentin (10earrondissement de Paris). L’un d’eux aurait ensuite porté un coup au boucher, Steevens Kissouna, à qui avait été prescrit une incapacité totale de travail de sept jours pour une côte fêlée, renouvelée une fois.

 Cinéma

« Je préparais une commande pour un client. J’ai senti un liquide me toucher, j’ai mis la main à la tête, le liquide était très rouge. J’ai levé la tête, il y avait entre quinze et vingt individus devant l’étalage avec des slogans : “liberté et défense des animaux” », avait témoigné le boucher sur BFM-TV. Paradoxe ou pas cet homme vend de la « viande bio ». « C’est un boucher qui est dans la filière bio. Ce monsieur est dans une démarche de proximité, de suivi du bien-être animal », avait confirmé à l’AFP  Jean-François Guihard, président de la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs.

Le jeune homme avait nié les faits de violence et revendiqué sa « philosophie non violente ». « Le mot d’ordre était d’être à visage découvert et de n’opposer aucune violence, on n’était pas là pour dégrader la boucherie, avait-il assuré. Nous ne voulons pas dire que tel animal est l’égal de telle personne, mais que le critère de l’espèce ne justifie pas tout ». Sa compagne, qui « milite depuis quelques années pour la cause animale », pensait « interpeller » et « montrer l’horreur de l’abattage ».

Le couple avait été interpellé alors qu’il repassait devant la boucherie peu après leur action – et ce pour aller au cinéma. Leur avocat, François Ormillien, a indiqué que les jeunes gens « réfléchissent » à un éventuel appel.  Depuis plusieurs mois, les actes de vandalisme se multiplient contre des boucheries et les commerces de bouche, tagués de revendications antispécistes par des activistes opposés à toute hiérarchie entre les espèces et qui prêchent pour une alimentation végétalienne.

A demain @jynau

Premières révélations de l’anesthésiste de Besançon accusé de vingt-quatre empoisonnements.

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C’est une exclusivité de La Nouvelle République (Emmanuel Coupaye). Le quotidien régional a recueilli (à Poitiers où la justice le contriant à résider) les premiers mots à la presse du Dr Frédéric Péchier, médecin anesthésiste de Besançon (Doubs) accusé de vingt-quatre empoisonnements qu’il « conteste farouchement ». « A mots comptés, contenus parfois, il évoque ses sentiments, les accusations, la dernière audience, l’ultime rebondissement… en évitant soigneusement de rentrer dans le détail de la procédure pour ne pas prêter le flanc aux critiques. Même si cela lui brûle les lèvres… » précise le quotidien.

Son avenir ? « Il est catastrophique ! L’Ordre ne m’a pas interdit d’exercer mais je sais que ma carrière est finie, dit-il. Je ne ferai plus d’anesthésie, c’est impossible. Comment voulez-vous que je sois serein en endormant un patient, vous allez repenser à tout, au moindre pépin, on va venir me voir. Ma vie professionnelle est foutue, quinze ans d’études pour rien. J’ai le bac en poche pour retravailler, voilà ! »

Pourquoi avoir choisi l’anesthésie comme son père ?  « Mais, je n’ai pas choisi l’anesthésie au départ, j’avais choisi médecine, dit-il. J’ai d’abord fait de la pneumologie comme interne, puis j’ai été en médecine interne, après j’ai fait un stage au Samu et c’est là que j’ai commencé à me dire que c’était intéressant car l’anesthésie allie la réflexion médicale et le côté technique.  Le fait que mon père soit déjà anesthésiste à Poitiers, ça n’a pas joué. Quant à l’ affaire des anesthésistes de Poitiers 1 dont on a beaucoup parlé, j’avais 12 ans, en 1984 quand ça s’est passé. C’est aberrant ce genre de rapprochement !» 

Le fait que le parquet général de Besançon va se pourvoir en cassation pour obtenir son incarcération ? Pour lui c’est  «  un véritable acharnement ».  Et de mettre en cause le rôle pouvant être joué par la mécanique judiciaire et par la presse.

« Je suis dépité de constater qu’encore une fois, les avocats des parties civiles déforment tout. J’espère que la lumière sera faite sur les conditions dans lesquels le dossier d’instruction a été communiqué à la presse (…) Les avocats des parties civiles ont raconté tout et n’importe quoi pour me nuire le plus possible et essayer de me faire passer pour un coupable (…)  Ils sont à l’origine d’articles de presse aberrants et de déclarations fausses (…) A chaque fois qu’il y a un huis clos, les journalistes rapportent des propos qu’ils tiennent des uns et des autres sans assister à l’audience et avoir directement accès aux débats.

« La seule fois où des journalistes ont pu assister à une audience, c’était en avril 2017 pour la modification de mon contrôle judiciaire. Le fond du dossier avait quand même été abordé et le nom de certaines personnes de la clinique avait été cité, à leur grande fureur d’ailleurs (…) A la sortie de l’audience, les journalistes étaient venus me parler en disant : “ On ne comprend plus rien, ça ne cadre pas avec ce que l’on nous a raconté, ça n’est pas l’enquête qu’on nous a racontée ! ” ça m’a frappé. Ils découvraient les vraies raisons de ma mise en examen. »

Les vingt feuilles du rapport psychocriminologique

Sur le fond ? « Depuis deux ans, je clame mon innocence, et je la clame toujours, affirme-t-il. Moi, je connais le fond du dossier, je ne suis donc pas surpris de cette situation. Mais je comprends que ça choque les gens avec toutes les accusations lancées contre moi. Ce que je retiens, c’est que le dossier n’est pas si clair que ça et qu’il n’y a pas de preuves de ma culpabilité. Vous pensez bien que sinon, je serais en détention. Sur les vingt-quatre cas que l’on me reproche, s’il existait la moindre preuve matérielle ou le moindre témoignage, je ne serais pas là. »

« J’ai l’habitude d’entendre les avocats adverses qui n’ont pas bien compris ni travaillé leur dossier, et qui s’attachent à quelques petits détails pour faire de grandes déclarations. L’un des avocats des parties civiles est quand même allé jusqu’à me comparer à Hitler, ça vient faire quoi ça dans le débat !

Pareil, ils se sont précipités sur le rapport psychocriminologique, en considérant son contenu comme acquis alors que le rédacteur ne m’a même pas vu ! Ils ne se sont appuyés que là-dessus : c’est vingt feuilles sur les 13.000 pages du dossier. En revanche, ils n’ont pas tenu compte de l’expertise psychiatrique faite par un collège d’experts qui vont complètement à l’inverse de ce rapport : pas de caractère rigide ou sensitif, ni d’éléments de nature narcissique pas de recherche de grandeur ni de tendance à l’affabulation. Au total, ils retiennent que j’ai une personnalité normale et pas celle d’un tueur en série, mais ça, on en fait abstraction, c’est affligeant ! »

S’intéresser à l’affaire, éminemment complexe, de l’anesthésiste de Besançon impose de découvrir la totalité de cet entretien (qui é été relu par l’intéressé avant publication). L’affaire de Poitiers avait duré quatre longues années. Combien pour celle du Dr Frédéric Péchier ?

A demain @jynau

1 « Affaire de Poitiers » ou  « Affaire Mériel ». En 1984, une patiente meurt au CHU de Poitiers lors d’une opération. Les tuyaux amenant le gaz au respirateur ont été inversés. L’enquête révèle de vives tensions au sein du service. En 1988 la cour d’assises de la Vienne prononce l’acquittement de l’anesthésiste, de l’interne et du chef de service.

« Le dernier mort du Bataclan» : première affaire de suicide après stress post-traumatisant

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Couverture-choc du Parisien de ce dimanche 16 juin (Timothée Boutry) : « 131ème victime. Guillaume Valette. Le dernier mort du Bataclan ». Nous sommes à la frontière de la violence terroriste, de la médecine, de la psychiatrie et de la justice. C’est aussi une tragédie, celle d’un survivant du Bataclan, indemne physiquement, mais atteint d’un état de stress post-traumatique d’une particulière sévérité. Guillaume Valette s’est pendu le 19 novembre 2017, dans sa chambre de la clinique psychiatrique du Val-de-Marne où il avait été admis un mois et demi plus tôt. Il avait 31 ans.

Mais aujourd’hui, dix-neuf mois plus tard, quelle est l’actualité ? « Depuis le mois dernier, le suicide de Guillaume Valette n’est plus seulement une tragédie, révèle Le Parisien.  Sur la base d’un rapport médical ayant imputé son geste à l’attaque, les juges d’instruction ont considéré que cet ancien analyste dans un laboratoire scientifique pourrait bien être le 131ème mort des attentats du 13 novembre. Pour ses parents, qui se sont battus pour obtenir cette première reconnaissance, c’est un soulagement, même s’il n’atténue pas leur peine et que leur combat n’est pas terminé. Car il appartiendra à la cour d’assises d’apporter une réponse définitive »

Etat de stress post-traumatique (ESPT), selon l’Institut de Victimologie :

 « Une situation ou un événement stressant (de courte ou de longue durée) exceptionnellement menaçant ou catastrophique qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus » entraîne « une réponse différée ou prolongée » dont la conséquence est dans 15 à 35 % des cas selon la nature de l’événement traumatique et le vécu subjectif du sujet, un ESPT.

« L’ESPT peut s’accompagner de divers troubles comorbides qui sont parfois la seule manifestation clinique dont se plaint le patient qui ne fait pas le lien avec l’événement traumatique causal. La prévalence vie entière de l’ESPT atteint en Europe, selon l’étude ESEMeD menée en 2004 sur un échantillon de 21 425 habitants de six pays d’Europe, 2.9 % des femmes et 0.9 % des hommes, c’est beaucoup moins qu’aux Etats-Unis. Il faudrait par conséquent rechercher systématiquement des antécédents traumatiques chez tous les patients qui consultent un professionnel de santé pour traiter la cause de certains troubles et non les conséquences. »

De ce point de vue le cas de Guillaume illustre de manière exemplaire combien le terrorisme peut faire des ravages à distance. Le jeune homme  avait fait l’objet, en janvier 2017, d’un examen médico-légal par un psychiatre du Fonds de garantie des actes de terrorisme et autres infractions (FGTI), l’organisme chargé d’évaluer le préjudice des victimes.     «Ce sujet présente un trouble psycho-traumatique caractérisé, qui reste évolutif, avec de très nombreux évitements, des moments d’anxiété majeure en de nombreuses circonstances […], une modification de son rapport à l’existence, un remaniement de son système de valeurs, le sentiment d’un éloignement dans son rapport aux autres », résume-t-il alors, précisant que son état n’est pas encore stabilisé.

Episode dépressif majeur

« L’état médical de Guillaume s’aggrave à l’été 2017, rapporte Le Parisien. Hypocondriaque, il multiplie les visites chez le médecin. Son état d’anxiété est tel qu’il est admis en psychiatrie en août. Trois mois plus tard, il met fin à ses jours. Alain et Arlette Valette prennent attache avec Me Claire Josserand-Schmidt, une avocate qui intervient notamment auprès de l’Association française de victimes du terrorisme (AFVT). Ils sont persuadés que le suicide de leur fils est la conséquence de l’attentat. »

C’est alors le Dr Catherine Wong, psychiatre spécialisée dans la réparation juridique du dommage corporel qui prend connaissance du dossier. Et qui porte un diagnostic : au moment de son décès, le jeune homme souffrait d’une « dépression délirante ». Aucun antécédent psychiatrique,  Dr Wong privilégie la piste du traumatisme psychique dans son rapport daté de janvier 2019 :

« On peut établir que le traumatisme du 13/11/15 a été responsable d’un état de stress post-traumatique chez M. Guillaume Valette, qui s’est compliqué d’un épisode dépressif majeur […] et que le suicide a été une complication de cet épisode dépressif majeur. Le suicide de M. Valette Guillaume est donc bien la conséquence ultime de l’attentat du 13/11/15 ».

Et le 2 mai dernier les juges d’instruction en charge du dossier adressent aux parents de Guillaume un « avis à partie civile » reconnaissant ainsi implicitement le statut de victime de leur fils. « C’est une avancée considérable, souligne Me Josserand-Schmidt. En accueillant la constitution de partie civile de la famille de Guillaume, les juges d’instruction admettent la possibilité du lien de causalité entre l’attentat et son suicide. La discussion médicale se poursuivra devant la cour d’assises qui tranchera lors du procès. »

Où l’on apprend que le trébuchet aveugle de la justice française peut percevoir le poids de certaines blessures invisibles. « Ces blessures peuvent, tout autant qu’une jambe amputée ou un œil arraché, handicaper la victime dans sa sphère personnelle, familiale, intime, sociale, dit l’avocate, en écho. L’histoire de Guillaume doit alerter les pouvoirs publics sur le nécessaire accompagnement des victimes d’attentats sur la durée. Notre système d’indemnisation devrait aussi en tirer les conséquences : si les atteintes fonctionnelles sont plutôt bien évaluées en cas de blessures corporelles, nous en sommes encore, s’agissant des blessures psychiques, très loin. »

A demain @jynau

Vingt-quatre empoisonnements, neuf mortels : comment l’affaire bisontine évoluera-t-elle ?

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Son nom peine à imprimer : le Dr Frédéric Péchier. Aussi les médias parlent-ils de « l’anesthésiste bisontin ». L’affaire est simplement inimaginable. Aussi cherche-t-on des points d’ancrage. Et, quand ils se souviennent, les médias évoquent « l’affaire Mériel » (CHU de Poitiers, 1984, un mort).

La cour d’appel de Besançon a, le 12 juin,  maintenu le Dr Frédéric Péchier, soupçonné de vingt-quatre empoisonnements dont neuf mortels, en liberté sous contrôle judiciaire. L’information a été donnée par les avocats de la défense et ceux des parties civiles. À l’issue de quatre heures de débats et d’une heure de délibéré les magistrats bisontin ont (à nouveau) laissé le médecin anesthésiste libre – comme il l’est depuis sa première mise en examen, prononcée en mars 2017, pour sept premiers cas d’empoisonnement.

Me Jean-Yves Le Borgne, l’un des avocats du médecin : « La chambre de l’instruction a purement et simplement confirmé la décision qui avait été prise au mois de mai par le juge des libertés et de la détention. C’était ce que nous sollicitions, c’était ce que nous espérions, c’était dans notre esprit ce que l’équité mais aussi le droit et la procédure pénale française commandaient. Nous vous le disons avec force, le Dr Péchier est présumé innocent (…), c’est un dossier en l’état sans preuves, il y a encore beaucoup d’actes d’investigation à accomplir ».

La démesure de l’ego

C’est peu dire que les parties civiles ont mal compris la décision des magistrats bisontins. Les chaînes télévisées ont amplement relayé leurs réactions. A ce stade l’affaire est d’un peu banale complexité, comme en témoigne un remarquable dossier du Parisien (Louise Colcombet) : « Anesthésiste de Besançon : révélations sur le mobile présumé du docteur Péchier En plus d’un ‘’ego démesuré’’, les enquêteurs soupçonnent le docteur Péchier d’avoir empoisonné des patients pour se venger de ses confrères. Le mobile est selon eux pluriel. Narcissisme confinant à la mégalomanie ou volonté de régler ses comptes par patients interposés ? (…) ».

Où l’on en revient à cette fascination que peut exercer le « fait divers ». Un sujet traité dans Libération ( Frédérique Roussel) : « Ecrire un fait divers est un défi lancé au réel » – un remarquable entretien avec Frédérique Toudoire-Surlapierre (« Le fait divers et ses fictions » Minuit, 192 pp., 18 €).

« Le fait divers n’existe que par les médias. Si un crime a lieu mais qu’il n’est pas signalé dans le journal, ce n’est pas un fait divers. Donc sa première expression est médiatique ; elle se caractérise souvent par la concision, la surprise, elle est un surgissement de l’extraordinaire dans une vie ordinaire. En revanche, le fait divers littéraire est tout autre puisque l’écrivain développe l’intrigue, il donne aussi des éléments de biographie des protagonistes, il rend compte de la complexité, voire de l’ambivalence des faits. C’est le cas de Truman Capote avec De sang-froid, Philippe Jaenada avec La Serpe, Lola Lafon avec Mercy, Mary, Patty, Emmanuel Carrère avec L’Adversaire à sa façon. »

Quel écrivain, s’emparera, demain, de l’affaire de l’anesthésiste bisontin ?

A demain @jynau

 

Urgences en danger : qui voudrait 100 euros en prime pour «faire face à des incivilités» ?

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12 juin 2019. L’exécutif pressent le vent du boulet. Sur RTL (Elizabeth Martichoux) le Pr Pierre Carli, clef de voûte historique des urgences de France, vient de nous le faire comprendre : Agnès Buzyn va, dans les heures ou les jours qui viennent faire de nouvelles annonces pour aider « à passer l’été ». Puis, avant les vendanges, il remettra sa « feuille de route » pour tenter de vider un abcès qui est encore bien loin d’être percé. Dans l’attente la pression monte.

Dans l’étrange entretien qu’elle accordé, hier, à Libération (Eric Favereau) Agnès Buzyn a eu ce mot :

« En attendant, les annonces que j’ai faites permettent de répondre à des demandes des soignants. Ainsi, la prime de dangerosité portée à 100 euros pour faire face aux incivilités parfois nombreuses que ce personnel subit. »

Tout est dit. De l’argent contre des « incivilités »  (paroles, actions dénotant une absence de courtoisie, de politesse). Plus précisément cent euros pour « y faire face ». L’actualité est bonne fille qui nous apporte, via Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas Primbault) un exemple de comportement discourtois – qui peut aussi être qualifié « d’agression de personnel soignant ». Lundi 10 juin, urgences du CHU de Rennes. Une jeune patiente agitée « s’en est prise physiquement au médecin urgentiste qui essayait de la maintenir sur son lit » avant de s’attaquer à une infirmière et à deux aides-soignantes, a précisé au Quotidien le représentant syndical SUD dans l’établissement breton. Les trois femmes se sont retrouvées à terre « à cause des coups ». Il a fallu attendre l’arrivée de cinq agents de l’équipe du service de sécurité de l’hôpital pour maîtriser la patiente. Tous les soignants agressés sont allés porter plainte au commissariat. 

Le vent du boulet. Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, annonçait hier au micro de France Info des « embauches supplémentaires » dans les semaines à venir. « Pour la première fois, les effectifs d’infirmiers, d’aides-soignants et de médecins augmenteront parallèlement au nombre de patients », a-t-il promis. Et Martin Hirsch d’assurer prendre « au sérieux ce mouvement depuis le début ». Fallait-il le préciser ?

A demain @jynau

Européennes, corrida, cirque et politique: le «Parti animaliste» égale le Parti communiste

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27 mai 2019. Tête de liste absente des écrans, programme et score radicalement oubliés des commentateurs : le « Parti animaliste ».  « Parmi les petites listes, c’est celle qui a le plus créé la surprise, résume Le Monde (Mathilde Gérard). Sans avoir été invité à aucun des débats entre candidats organisés sur les principales chaînes télévisées, le Parti animaliste a recueilli, selon les résultats quasi définitifs, 2,2 % des suffrages exprimés en France aux européennes de dimanche 26 mai. C’est plus que la liste « Urgence écologie », de Dominique Bourg (1,8 %), l’ »Union populaire républicaine », de François Asselineau (1,2 %) ou « Lutte ouvrière » (0,8 %), et presque autant que les voix qui se sont portées sur le Parti communiste, emmené par Ian Brossat (2,5 %). »

« Parti animaliste » ? Il n’a que trois ans et double aujourd’hui le score obtenu aux élections législatives de 2017 (1,1 %)  – et ce en dépit de l’absence de la distribution de ses bulletins dans certains bureaux de vote. Tête de liste : Hélène Thouy, avocate au barreau de Bordeaux ; intervient et conseille des associations et des militants engagés pour la cause animale depuis une dizaine d’années ; co-fondatrice de l’association Animal Justice et Droit ; engagée dans la défense des droits de l’homme ; a présidé l’Institut de Défense des étrangers du barreau de Bordeaux.

Les intérêts des êtres dotés de sensibilité

Ce parti est soutenu par des « personnalités médiatiques » : une cinquantaine d’acteurs, animateurs, chanteurs, humoristes et inclassables  – Brigitte Bardot, Claude Lelouch, Laurent Baffie, Laura Smet, Virginie Lemoine, Anny Duperey, Dave, Stone … (et le Dr Colette Goujon, présidente du Comité de lutte contre la douleur du groupe hospitalier Henri Mondor) – ont signé une tribune appelant à « prendre le parti des intérêts des êtres sensibles » 1.

Programme : plus d’une centaine de mesures dans son programme, ciblant dans leur grande majorité la souffrance des animaux d’élevage – sans oublier la chasse, la corrida, les cirques ou les expérimentations scientifiques 1. « A Bruxelles, des organisations en défense de la cause animale se sont regroupées au sein d’une plate-forme, Eurogroup for animals, pour faire avancer leurs dossiers au sein du Parlement et de la Commission européenne, précise Le Monde.  Car c’est bien à l’échelon bruxellois que se jouent de nombreux dossiers affectant le bien-être animal, notamment à travers la politique agricole commune, mais aussi plusieurs directives déterminant les conditions de transport d’animaux d’élevage, ou les modalités de pêche, pisciculture ou d’expérimentation animale. »

Le score de la liste animaliste en France ne lui permet certes pas d’obtenir d’eurodéputé à Strasbourg, ni d’obtenir un remboursement de sa campagne. Mais en Allemagne,le Parti de la protection des animaux obtient deux sièges, tandis que la liste animaliste néerlandaise en occupera un, précieux.

Egaler le Parti communiste français …! Où l’on voit émerger en Europe, sur les décombres des partis antiques – et en marge des aspirations croissantes « écologiques »- une nouvelle idéologie, une idéologie de la « sensibilité ». A surveiller, comme le feu sous le lait.

A demain

@jynau

1 Extrait : « La soumission des animaux au régime des choses est entrée en crise parce qu’elle est entrée dans sa phase critique. Les efforts conjoints des filières, des lobbys et du marketing n’y pourront rien. Car, il faut insister, cette critique n’est pas le fait récent des « vegans » ou des « antispécistes », comme eux-mêmes, les médias ou leurs adversaires se plaisent à les appeler. Ces personnes forment la crête d’une vague bien plus large, qui porte une inquiétude contemporaine que nul n’exprima mieux que le philosophe Jacques Derrida. En 2001, il écrit : « Cette violence industrielle, scientifique, technique ne saurait être encore trop longtemps supportée, en fait ou en droit. Elle se trouvera de plus en plus discréditée. Les rapports entre les hommes et les animaux devront changer. Ils le devront, au double sens de ce terme, au sens de la nécessité “ontologique’’ et du devoir “éthique’’».

Le couple crise/critique traverse notre époque à la manière d’une lame de fond : elle vient des profondeurs. Le caractère virtuellement interminable de l’exploitation animale, que nos moyens scientifiques et techniques rendent désormais possible, tient dans le fait que le « stock » détruit est aussitôt renouvelé, et ainsi de suite. L’animal n’a pas eu le temps de vivre qu’il est déjà bon pour l’abattoir. Faut-il rappeler que, par exemple, un poulet de chair n’est maintenu en vie que durant les 40 jours nécessaires à son engraissement ? (…) La condamnation des violences envers les animaux n’a cessé de jalonner l’histoire de la pensée. Elle est portée par les plus grands noms de notre culture philosophique et littéraire. Ils offrent à la voix de ceux qui défendent les animaux une épaisseur culturelle dont leurs adversaires n’aiment pas entendre parler. (…) »2 Sur ce thème : « Pourquoi ces deux millions d’animaux utilisés ‘’pour la recherche’’, en France, en 2017 ? » Journalisme et santé publique, 17 mai 2019

Affaire Christophe Castaner à la Pitié-Salpêtrière : quand la justice salue la désinfox médiatique

Bonjour

On se souvient de la sortie, sur Twitter, du ministre de l’Intérieur, le 1er mai dernier : « Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. Indéfectible soutien à nos forces de l’ordre : elles sont la fierté de la République. »

On se souvient aussi que ces affirmations avaient ensuite pu être démenties grâce au patient travail accompli par différents médias : la réalité était bien différente. Et face à la réalité reconstituée Christophe Castaner avait dû rétropédaler. Non, avait-il dit en substance, le terme d’ « attaque » n’était pas approprié. Une « infox » en somme. Une information « mensongère ou délibérément biaisée », de nature  « à défavoriser un parti politique, à entacher la réputation d’une personnalité ou d’une entreprise, ou à contrer une vérité scientifique établie », précisait le Journal officiel du 4 octobre 2018.

Une occasion rêvéede tester, enfin, la valeur de la « loi n° 2018-1202 du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l’information ». Une loi voulue par Emmanuel Macron et très largement controversée. « Désireux de prendre le gouvernement à son propre jeu, deux parlementaires du Parti communiste (PCF), le sénateur des Hauts-de-Seine Pierre Ouzoulias et la députée européenne Marie-Pierre Vieu, ont voulu démontrer que ’la loi sur les fausses nouvelles qui devait tout régler ne règle rien’’, rapporte Le Monde (Sandrine Cassini).Ils ont ainsi attaqué devant le tribunal de grande instance de Paris les déclarations faites sur Twitter le 1er-Mai . »

Saluer le travail des journalistes

Attaque, donc, des deux parlementaires qui ont assigné en référé Twitter devant le tribunal de grande instance de Paris – enjoignant le réseau social à supprimer le tweet de Christophe Castaner afin de « faire cesser la diffusion d’allégations ou d’imputations présentées comme inexactes et trompeuses ».

Dans un jugement rendu le 17 mai, le tribunal a débouté les plaignants. Ce qui, paradoxalement, était le but recherché. « Nous voulions démontrer par l’absurde – ce qui est parfois comme en mathématiques la méthode la plus efficace – que cette loi ne servait à rien », explique Pierre Ouzoulias.  Pourquoi s’en prendre ainsi à Christophe Castaner ? Réponse : « Au Sénat, on nous a présenté cette loi contre une façon de mettre fin aux ingérences de la Russie. On voit bien que l’ingérence peut venir d’ailleurs ».

Or les juges ont rappelé les conditions, drastiques, d’application de cette loi (elle ne s’applique que pendant les périodes électorales). Sur la fausseté de l’information, le tribunal a tout d’abord jugé que, si « le message de Christophe Castaner apparaît exagéré (…), cette exagération porte sur des faits qui, eux, sont réels. (…) La condition selon laquelle l’allégation doit être manifestement inexacte ou trompeuse n’est pas remplie. »

Il aurait ensuite fallu que la diffusion du « tweet litigieux » soit « cumulativement massive, artificielle ou automatisée ». « En s’autres termes, explique Le Monde, Christophe Castaner aurait dû, par exemple, acheter de la publicité à Twitter pour accroître la caisse de résonance de son message. Or, les juges n’ont trouvé aucun « élément démontrant l’utilisation de tels procédés ». Et rien, raisonnablement, ne laisse penser que le tweet ministériel a pu peser sur la sincérité du scrutin des élections européennes du 26 mai, soit plus de trois semaines après l’ « attaque » de la Pitié-Salpêtrière.

Ce n’est pas tout : pour les juges, grâce aux différentes versions de l’événement relatées dans les médias, « chaque électeur [a pu] se faire une opinion éclairée, sans risque de manipulation ». Où l’on voit, en résumé, la justice française glorifier de facto la portée démocratique du travail  de quelques journalistes. Ce qui est assez rare pour être noté. Et souligné.

A demain

@jynau