Drogues à Grenoble ? «Ville pourrie, gangrenée par le trafic » (procureur de la République dixit)

 

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Un coup de gueule républicain. Jean-Yves Coquillat, 60 ans, est le procureur de Grenoble (Isère). Il y a quelques jours, dans une interview accordée au Dauphiné libéré  il osait déclarer qu’il n’avait, « de toute – sa – carrière » « jamais vu une ville aussi pourrie et gangrenée par le trafic de drogue ». « Il y a des points de revente quasiment partout, a-t-il affirmé. Pour une ville moyenne de cette taille, la situation est atypique et comparable à celle que l’on retrouve dans les grandes agglomérations telles que Paris, Marseille et Lyon. Le trafic empoisonne la vie des riverains, y compris en centre-ville. « 

Vous avez bien lu : dans Grenoble, miracle renouvelé de modernité ; ville où étouffa  Stendhal. On croyait pouvoir imaginer la suite dans une ville dirigée depuis 2014 par le maire (EELV) Eric Piolle aussitôt accusé par l’opposition municipale de droite et d’extrême droite ravie de dénoncer « l’immaturité » et « l’indifférence » de l’édile. Or voici que ce dernier applaudit : « Jean-Yves Coquillat a raison. Son constat est courageux et lucide : nous dépensons des fortunes pour un travail vain ».

Légaliser le cannabis

L’affaire est joliment développée dans Le Monde par Louise Couvelaire qui rapportait il y a peu le cas des enfants drogués et violents observés dans certaines rues parisiennes. Où l’on perçoit la trame qui structure la vie des grandes cités provinciales : le magistrat et l’élu, ennemis politiques, convergent sur l’essentiel : les déclarations du premier servent un seul objectif, partagé par le second : relancer le débat sur la légalisation du cannabis. Déjà  Eric Coquerel, député (La France insoumise, Seine-Saint-Denis) va œuvrer sur ce thème à l’Assemblée nationale.

« L’explication est urbanistique : ramassée sur 18 km², la petite ville de 160 000 habitants abrite au sein même de son centre des quartiers populaires, souligne Le Monde. Elle est aussi historique : Grenoble plaque tournante du cannabis et de la cocaïne, a un lourd passé avec le grand banditisme et la mafia italo-grenobloise des années 1970, versée dans le jeu et -la prostitution. Aujourd’hui, les caïds lui ont succédé, mais la tradition de la violence perdure. » « Ici, dès qu’il y a un conflit, on prend les armes » explique le Dr Olivier Véran, député (LRM, Isère) qui aurait pu être ministre de la Santé – et qui le sera peut-être. Si vous osez dire quelque chose, le lendemain vous retrouvez votre voiture brûlée ou vos pneus crevés, et vos enfants sont menacés. »

Pour le procureur comme pour la municipalité de Grenoble la proposition d’Emmanuel Macron visant à  contraventionnaliser l’usage du cannabis est « insuffisante ». Quant à Olivier Véran il se dit « ouvert à ce débat de société ». Qui l’ouvrira ? En janvier 2014 M. Coquillat, déjà procureur de la République de Grenoble, soulignait que la politique répressive qui a prévalu depuis quarante ans est un «échec». C’était sur France Bleu Isère. Interrogé quant au devoir de réserve attaché sa fonction, le procureur avait estimé, à propos de la loi, qu’il était du devoir d’un procureur «de la faire évoluer, de la critiquer et de s’en louer si la loi est bonne ». Où l’on voit la richesse de disposer, parfois, en province, de procureurs désinhibés.

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Le jeune homme de la tour Eiffel : que faire aux confins du terrorisme et de la psychiatrie ? 

Bonjour

Où l’on revient sur le cas de cet homme âgé de 18 ans qui a tenté de pénétrer dans la tour Eiffel armé d’un couteau, samedi 5 août, vers 23 h 30. Une affaire sur laquelle Le Monde (Soren Seelow) apporte de nouvelles précisions. Nous en étions restés à la tentative d’intrusion : après avoir bousculé un agent de sécurité, l’homme avait franchi un portique et sorti un couteau en criant « Allah Akbar ». Des militaires de l’opération Sentinelle lui avaient alors ordonné de poser son arme à terre : il s’était aussitôt exécuté puis avait été interpellé sans opposer de résistance.

On savait déjà que, né en Mauritanie et de nationalité française, l’homme souffrait de troubles psychiatriques. Aussi le parquet de Paris avait-il, dans un premier temps, écarté la piste d’un attentat. Or on apprend que, finalement, une enquête pour « apologie du terrorisme et tentative d’homicide volontaire » a été ouverte.

Hospitalisation d’office

La section antiterroriste s’est saisie pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle » et « tentatives d’assassinat sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». Cette saisine a été décidée « au regard de la radicalisation du mis en cause et de ses déclarations en garde à vue », a expliqué au Monde une source judiciaire. Et l’enquête a été confiée à la section antiterroriste de la brigade criminelle et à la Direction générale de la sécurité intérieure.

Pour autant la dimension psychiatrique ne fait aucun doute : l’homme était placé sous le régime de l’hospitalisation d’office depuis plusieurs mois. « Il a profité d’une permission de sortie de deux jours, entre le 4 et le 6 août, pour mener son projet à bien, à la veille de ses 19 ans » nous apprend Le Monde. Quel crédit, dès lors, accorder aux « déclarations en garde à vue » ? Qui, ici, peut faire la part du délire ? Le jeune homme aux antécédents psychiatriques a revendiqué son geste, précisant qu’il entendait s’attaquer à un militaire.

« Il s’est dit en relation sur les réseaux sociaux avec un membre de l’organisation Etat islamique qui l’aurait incité à passer à l’acte », a précisé une source proche de l’enquête. Des déclarations prises avec précaution par les enquêteurs.

Porosité

Il faut ajouter que la justice a en effet découvert que ce jeune homme avait déjà été condamné par un tribunal pour enfants (le 15 décembre 2016) à quatre mois de prison assortis d’un sursis de mise à l’épreuve de deux ans pour « apologie du terrorisme » et « menaces de mort ». Nous étions alors en juillet 2015 et le jeune homme avait 16 ans. Déjà délirant ?

« Cet incident illustre une nouvelle fois la porosité existant, parfois, entre un passage à l’acte djihadiste et des troubles mentaux, observe, fort justement, Le Monde.  L’EI joue de cette zone grise, imprégnant de sa propagande mortifère les esprits les plus fragiles, et n’hésitant pas à revendiquer des attentats commis par des individus plus déséquilibrés que réellement convaincus, comme celui perpétré sur la promenade des Anglais, à Nice, le 14 juillet 2016. »

Que faire face à cette porosité ? Comment la traiter ? Comment la prévenir ? Et, faute de le punir, comment juger le délire ?

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Commotions cérébrales : faut-il imaginer voir un jour le génial Neymar jouer casqué ?

Bonjour

Faut-il imaginer Neymar heureux ? Les gazettes ne parlent que de lui. L’Equipe célèbre un roi à Paris, Le Figaro évoque la démesure et Le Monde voit dans ce joueur le méchant reflet de la flambée des prix dans le football. Du pain, des millions d’euros et des jeux.

C’est aussi de football dont il est question dans le Journal de l’American Medical Association , de football américain, d’autopsies et de lésions. Une publication reprise et développée par Medscape France Vincent Bargoin) qui apporte de nouvelles preuves des conséquences neurologiques et psychiatriques à long terme des commotions cérébrales observées dans certains sports. Un travail remarquable : il a été mené à partir  d’une banque de tissus cérébraux constituée à partir de dons à la science faits par 202 joueurs de football américains décédés.

A l’autopsie, 177 de ces sujets présentaient une encéphalopathie traumatique chronique (ETC), taupathie liée à des commotions cérébrales répétées, et que l’on sait associée aux maladies neurodégénératives, souligne Medscape.  On note en outre une sorte de relation dose-effet puisque chez les 111 joueurs professionnels de la National Football League américaine, 110 présentaient des lésions cérébrales. Le diagnostic post-mortem d’encéphalopathie traumatique chronique repose sur la présence d’agrégats fibrillaires de protéine Tau phosphorylée au niveau des neurones et des astrocytes, en particulier autour des petits vaisseaux. La dementia pugilistica était connue depuis longtemps chez les boxeurs, mais le premier cas chez un joueur professionnel de football américain a été décrit en 2005. »

« Protocole commotion »

Medscape ajoute que si le football américain est « connu pour sa spectaculaire brutalité », une autre enquête, publiée en février dans Neurology, établit que les simples têtes au « football tout court » sont elles-aussi facteur de commotion cérébrale. Dans un éditorial  du JAMA le Dr Gil Rabinovici (California University, San Francisco) incite à la prévention.

« Les auteurs observent l’ECT non seulement chez des joueurs professionnels, mais également chez des personnes qui ont joué à l’université, ou même au collège, ce qui suggère que les niveaux d’exposition les plus faibles pourraient être suffisants pour provoquer des lésions cérébrales, écrit-il. En termes de santé publique, cet aspect est plus préoccupant que les observations chez des joueurs professionnels ».

Et ce d’autant plus qu’il faudrait également prendre en compte les « sub-commotions », impacts à la tête d’une moins grande intensité mais qui pourraient également augmenter les risques d’encéphalopathie traumatique chronique. Pour l’heure la Fédération Française de Rugby semble avoir entendu une partie du message américain avec la mise en place de la procédure de « protocole commotion » ; une procédure, toutefois, qui ne prévient pas la commotion elle-même. En viendra-t-on à imposer les casques à l’ensemble des joueurs de rugby ? Faut-il imaginer Neymar casqué ?

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Interdiction est faite aux dauphins français de se reproduire en captivité (Conseil d’Etat)

Bonjour

Pour qui connaît, à Paris, la splendide sécheresse de la Place Colette l’affaire ne manque pas de sel. Ni de chlore. Les hauts magistrats en hermine du Conseil d’Etat ont tranché dans le vif animal, comme le rapporte la plus que spécialiste Audrey Garric dans Le Monde :

« Mardi 1er août, le Conseil d’Etat, saisi par trois parcs marins, a suspendu une mesure de l’arrêté interministériel sur les delphinariums, celle qui interdit l’usage du chlore pour traiter l’eau. Il a estimé que la date d’entrée en vigueur de cette obligation, dans un délai de six mois, était trop courte pour réaliser les travaux nécessaires.

« La juridiction administrative suprême n’a en revanche pas ajourné l’interdiction de reproduction des dauphins et des orques en captivité, ce que demandaient en premier lieu les trois établissements hexagonaux : le Marineland d’Antibes (Alpes-Maritimes), le plus grand d’Europe avec un million de visiteurs par an, le parc Astérix (Oise) et Planète sauvage (Loire-Atlantique). »

Tout est là, chers lecteurs, miracle d’écriture et du droit à la française : « Établissements présentant au public des spécimens de cétacés ». En toile de fond, concept toujours rêvé- jamais explicité : le « bien-être animal ». Où l’on retrouve Ségolène Royal : un arrêté du 3 mai 2017 de la ministre de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer interdisait « la détention des dauphins et des orques » (à l’exception des spécimens régulièrement détenus à la date de son entrée en vigueur) ; ce qui impliquait « l’interdiction de leur reproduction en captivité ».

Contraception animale, hormonale et orale

On imagine le drame programmé pour les trois « delphinariums », ces centres aquatiques hébergeant en France des dauphins ou des orques : ils ont aussitôt demandé au juge des référés du Conseil d’État de suspendre l’exécution dudit arrêté. L’ordonnance du Conseil d’Etat calmera-t-elle les angoisses ? La voici, traduite et résumée:

« Le Conseil d’Etat estime que la mise sous contraception hormonale par voie orale des animaux (…) n’est pas de nature à créer une situation d’urgence, les éléments produits par les parties ne faisant pas état de ce que l’administration d’une telle contraception aurait des conséquences négatives sur la santé ou le bien-être des cétacés. »

Le Monde ajoute que les « associations » se félicitent de cette « victoire pour les dauphins ». « Cette étape est fondamentale dans la prise en compte, par le droit, des besoins physiologiques et psychologiques des animaux, estiment dans un communiqué commun les ONG « C’est assez ! », la « Fondation droit animal, éthique et sciences » et « l’Association pour la protection des animaux sauvages ». Nous espérons profondément que Nicolas Hulot aura à cœur de veiller au maintien et à la bonne application de cet arrêté. »

Delphineau

Lors de l’audience devant la haute juridiction du Palais Royal les établissements marins tricolores avaient défendu leur survie face au ministère de la transition écologique et aux associations. « Interdire la reproduction constitue un traitement cruel des animaux, a avancé Emmanuel Piwnica. Les dauphins sont des êtres sociables. On ne peut pas séparer les mâles des femelles si on veut bien les traiter.  » Quant à la contraception, a-t-il estimé, elle est  » possible mais ne peut pas être une solution définitive’’. »

Les associations animalières ont quant à elles réfuté l’argument du bien-être animal mis en avant par les delphinariums. « Ne pas donner naissance n’entraîne pas de souffrance, assure Arielle Moreau, l’avocate de « One Voice ». Les animaux ne peuvent exprimer aucun de leurs comportements naturels en captivité. La reproduction n’a qu’un but lucratif pour les parcs ». «  La contraception, de même que l’isolement, est déjà pratiquée chez les cétacés, en particulier les orques », ajoute Christine Grandjean, présidente de « C’est assez ! »

Mme Grandjean rappelle, nous dit Le Monde,  que « depuis deux ans, dix cétacés sont morts dans des parcs marins français », dont un delphineau au parc Astérix (sic). C’était  fin juillet. Qui en a parlé ?

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«Je, soussigné, certifie demander un traitement par le Baclofène pour ma dépendance à l’alcool»

 

Bonjour

Urgent : dernière conséquence pratique de la décision unilatérale de l’Agence du médicament (ANSM) de plafonner à 80 mg la dose quotidienne pouvant être prescrite chez les personnes souffrant d’une dépendance à l’alcool. L’initiative en revient à quelques médecins et aux responsables des deux principales associations de patients et proches concernés (« Aubes » et « Baclofène ») : proposer une « décharge » protégeant les médecins prescripteurs qui ne respecteraient pas les nouvelles règles. « Nous avons repris une ancienne décharge, datant d’avant la Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU)  pour les médecins les plus frileux et nous y avons ajouté une clause pour protéger le pharmacien également, nous a-t-on expliqué auprès de ‘’Aubes’’. Cela peut sans doute rassurer pour parer à la situation urgente d’aujourd’hui. »

Cela donne le document suivant : « Je, soussigné …. certifie demander personnellement un traitement par le Baclofène pour ma dépendance à l’alcool – Avoir pris l’initiative de solliciter moi-même le Dr …. pour pouvoir bénéficier de ce traitement (…) ».

Combattant (parcours du)

« Même si les prescripteurs continuent de prescrire à hautes doses, ce sont les pharmaciens qui refusent de délivrer plus de 80 mg quotidiens, poursuit-on auprès de l’association.  Et contre cela, nous pouvons difficilement lutter. Ils ont reçu des directives strictes 1. La situation est vraiment plus compliquée qu’avant la RTU. Autrefois nous avions un « kit » pour convaincre les médecins, il va falloir qu’on en fasse un de nouveau, pour les pharmaciens, si l’ANSM ne revient pas sur sa position. Pour le malade, faire plusieurs médecins puis plusieurs pharmaciens pour avoir le traitement, cela devient vraiment le parcours du combattant. »

La situation apparaît assez confuse. Il faut dire qu’elle est sans précédent dans une histoire (celle du baclofène dans l’indication alcoolique) qui était elle-même hors des normes. Résumons. L’ANSM revient brutalement sur des normes qu’elle avait elle-même fixées après avoir mis en lumière des risques qu’elle n’avait pas initialement identifiés. Ces risques sont contestés par une fraction du corps médical spécialisé qui dénonce les conséquences médicales de ce « diktat ». Des « fuites de mails » sont plus ou moins orchestrées. De vieilles passions se réveillent – la nouvelle ministre de la Santé se tait.

Comment s’y retrouver ? On peut prendre connaissance de l’analyse, distante et documentée, du Pr Nicolas Authier (service de pharmacologie médicale, Inserm, CHU de Clermont-Ferrand) : « Baclofène, avec modération … des propos ». Comment, surtout, ne pas ajouter aux incompréhensions et aux violences nées de la décision souveraine de l’ANSM ?

Lenteur (éloge de la)

Au terme de son analyse le Pr Authier préconise la poursuite de « discussions saines et apaisées entre les spécialistes de l’addiction à l’alcool, de l’évaluation du bénéfice/risque et l’ANSM ». Il formule aussi une série de propositions concrètes. Comme, par exemple :

« Préconiser une diminution LENTE de la posologie des patients traités avec plus de 80 mg/jour sans donner de vitesse de décroissance minimale ; ouvrir dans les prochaines semaines une discussion scientifique, transparente, sur les données internationales du baclofène dans l’alcoolodépendance qui permettra de confronter les risques identifiés au réel bénéfice populationnel de ce traitement. »  

« Peut-être faudra-t-il réserver aux structures spécialisées en addictologie (hospitalières et CSAPA) la possibilité de prescrire les posologies les plus élevées, ajoute-t-il. Ces structures ont vocation à prendre en charge les patients avec les troubles les plus sévères et disposent d’une capacité d’accompagnement qui pourrait assurer une surveillance renforcée de ce traitement à posologie élevée. »  Et le Pr Authier de conclure :

« Au-delà du débat sur les posologies, la prise en charge des patients en difficulté avec l’alcool gagnera sûrement à plus de modération, à des échanges plus scientifiques et à une confiance mutuelle restaurée entre les autorités sanitaires et les professionnels de santé. » Une question, d’actualité : assurément nécessaire, la science est-elle suffisante quand il s’agit de restaurer la confiance ?

A demain

1 On lira ici les consignes spécifiques relatives au baclofène du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens : « Baclofène : pas d’interruption ou de réduction brutale de traitement ». Il semble aujourd’hui que tous les pharmaciens d’officine ne sont pas (encore) pleinement informés des recommandations de leur Ordre :

« NOUS ATTIRONS VOTRE ATTENTION SUR LE FAIT qu’en raison du risque de syndrome de sevrage au baclofène, le traitement ne doit pas être interrompu ou réduit brutalement. Par conséquent, pour les patients en cours de traitement recevant actuellement des doses supérieures à 80 mg/j de baclofène, il doit leur être indiqué : de consulter au plus vite leur médecin, afin d’initier une réduction progressive de la posologie, et de ne pas réduire ou arrêter d’eux-mêmes leur traitement. Dans l’attente d’une nouvelle consultation médicale, le traitement doit être dispensé conformément à la prescription présentée par le patient. »

Jupiter, mystère des fibrillations auriculaires et réforme du Code du travail

Bonjour

C’est une étude rêvée pour la CGT. Mandée de Finlande, elle est parfaitement résumée par Medscape France (Vincent Bargoin). Et le hasard veut qu’elle coïncide, en France, avec les travaux libéraux sur la clef de voûte du dispositif Macron-Philippe II : la réforme du code du travail.

Pour faire court : celles et ceux dont le temps de travail atteint (ou dépasse) 55 heures par semaine, présentent un risque accru de fibrillation auriculaire (trouble du rythme cardiaque affectant les oreillettes) ; risque survenant de novo par rapport aux personnes travaillant entre 35 et 40 heures. Aucune explication scientifiquement démontrée pour ce phénomène observé chez des travailleurs jeunes (43 ans) et, neuf fois sur dix, indemnes de tout antécédent cardiovasculaire. Et un résultat qui, selon les auteurs, est « cohérent avec de petites études associant les stress professionnels à la fibrillation auriculaire » – des études encore inconnues de l’assurance maladie.

Tenter de ne pas dépasser 48 heures

Ce résultat vient d’être publié dans l’European Heart Journal par un consortium de recherche européen : l’ « Individual-Participant-Data Meta-analysis in Working Populations Consortium » (IPD-Work) – consortium qui approfondit les associations entre paramètres psycho-sociaux de la vie professionnelle, maladies chroniques, handicaps et mortalité. Les chercheurs finlandais ont travaillé sur une cohorte de 85.494 hommes et femmes (65%), âgés de 43,4 ans lors du recrutement, engagés dans une activité professionnelle en Grande Bretagne, Danemark, Suède et Finlande. Les épisodes de fibrillation auriculaire ont été dénombrées à partir des dossiers hospitaliers, des tracés d’ECG, des remboursements de médicaments, et des registres de décès.

« Après ajustements sur l’âge, le sexe, et le statut socio-économique, le risque de FA incidente était augmenté d’un facteur 1,42 chez les sujets travaillant au moins 55 heures par semaine (soit 5,2% de l’effectif), par rapport aux personnes travaillant entre 35 et 40 heures (62,5% de l’effectif), résume Medscape. Pourquoi ? Cette étude tombe curieusement en pleine discussion sur la Loi Travail en France, et l’on sait que la question des heures supplémentaires est un gros morceau de cette discussion. Les résultats de l’IPD-Work serviront-ils d’arguments ? Et dans les discussions entre personnels hospitaliers et directions des hôpitaux ? »

Ce sont là d’excellentes questions que l’exécutif aimerait peut-être ne pas voir soulevées. Peut-être faut-il rappeler aux ultra-libéraux les termes de la  Directive Européenne 2003/88/EC  : elle dispose que la durée de travail hebdomadaire ne doit pas dépasser 48 heures. En moyenne.

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Déradicalisation et psychiatrie : la fin de la bien triste histoire du château de Pontourny

Bonjour

28 juillet 2017 : « Pontourny, c’est fini ». Clap de fin pour un film que l’on ne verra jamais ; un film dont nul ne sait ce qu’il nous aura coûté. L’unique centre de « déradicalisation » de France, au lieu-dit et château de Pontourny en Indre-et-Loire, d’une capacité de vingt-cinq personnes va être fermé, vient d’annoncer le ministère de l’Intérieur.

 « L’expérience ne s’est pas révélée concluante, déclare le ministère dans son communiqué. L’expérimentation d’un centre d’accueil ouvert, fonctionnant sur la base du volontariat, a montré ses limites. Le gouvernement a ainsi décidé de mettre un terme à l’expérimentation conduite à Pontourny, sur la commune de Beaumont-en-Véron. » Un communiqué intitulé « Fermeture du premier centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté ».

« A montré ses limites » est une expression au-delà de l’euphémisme.  Conçu pour accueillir vingt-cinq pensionnaires, sur la base du volontariat, le centre n’en a effectivement accueilli que neuf. Aucun de ces jeunes n’a suivi le programme jusqu’à son terme. Et depuis février dernier, la structure n’accueille plus aucun pensionnaire. Le château avait vu partir son dernier pensionnaire après que celui-ci avait été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour des faits de violences familiales.

Rase campagne

Et le ministère de l’Intérieur de poursuivre sur cet arrêt en rase campagne :

« Malgré la compétence, la détermination et l’investissement des personnels du centre, qui ont démontré leur savoir-faire pour assurer une prise en charge pluridisciplinaire des bénéficiaires, l’expérience ne s’est pas révélée concluante. L’expérimentation d’un centre d’accueil ouvert, fonctionnant sur la base du volontariat, a montré ses limites.

Le préfet d’Indre-et-Loire a été chargé d’entamer sans délai les consultations locales pour envisager la reconversion du site. Une attention toute particulière sera portée à la situation des salariés du site, qui bénéficieront d’un accompagnement individuel de la part des services de l’Etat, en liaison avec la ville de Paris dont dépendent les agents titulaires du site. »

Ancien asile Saint-Joseph

Tout avait commencé le 10 mars 2016 avec l’annonce imprévue, faite sur France Inter, de la création en Touraine de centre d’emblée controversé. D’abord à l’échelon local, ensuite à l’échelle nationale. Grosse couverture médiatique par la suite et polémiques en cascade. Tout se termine seize mois plus tard avec une promesse  gouvernementale à laquelle personne ne croit plus, ou presque :

« Cette fermeture ne signifie pas l’abandon d’une politique de prise en charge des publics en voie de radicalisation dans des structures adaptées. Le gouvernement étudiera, notamment, la possibilité d’ouvrir des structures de petite taille pour y accueillir des individus sous main de justice et y développer des solutions alternatives à l’incarcération. »

Le château de Pontourny défie le temps. Il avait été transformé en asile durant 14-18.  Ancien asile Saint-Joseph puis propriété de la ville de Paris il était devenu « centre éducatif » et allait fermer ses portes quand on le crut sauvé par la politique officielle de déradicalisation. C’était il y a un an, déjà presque un siècle.

A demain

1 Tous les papiers de ce blog consacrés depuis seize mois à cette initiative  sont disponibles ici.