Que pensez-vous de l’arrestation «musclée» d’une soignante, ex- héroïne en blouse blanche ?

Bonjour

17/06/2920. Qui en veut à Christophe Castaner, ministre contesté de l’Intérieur ? C’était, hier, l’incident qu’il fallait éviter. Des vidéos virales montrent depuis quelques heures l’interpellation musclée d’une infirmière qui manifestait sur l’esplanade des Invalides. Sur des images diffusées sur Twitter, on aperçoit cette mère de famille, en blouse blanche, vivement saisie par les forces de l’ordre. Les policiers lui tirent les cheveux puis se massent ensuite autour d’elle, avant de la menotter.

La vidéo a déjà été visionnée plus d’un million de fois sur les réseaux sociaux. Conséquence immédiate : un rassemblement réclamant sa libération s’est organisé devant le commissariat du 7e arrondissement de Paris. Conséquences plus lointaines : reprises médiatiques officielles et nouvel embrasement des colères sur les réseaux sociaux. Et c’est ainsi que sanitaire, puis policière l’affaire est devenue politique.

Que sait-on ?  « Une femme, infirmière de profession, a été interpellée pour outrage et jets de projectiles sur les forces de l’ordre », a rapporté à l’Agence France-Presse (AFP) une source policière alors que plusieurs vidéos de son interpellation circulaient sur Twitter. On y voit une femme de petite taille portant une blouse blanche interpellée « sans ménagement » par les forces de l’ordre alors que des échauffourées ont éclaté à l’arrivée du cortège de 18 000 manifestants (selon les chiffres de la préfecture de police) sur l’esplanade des Invalides.

Remy Buisine ✔@RemyBuisineUne femme en blouse blanche, tirée par les cheveux, durant une interpellation, finira évacuée le visage en sang durant la manifestation aux Invalides. Elle réclamera à plusieurs reprises sa Ventoline.

De fait sur certaines vidéos, on entend cette infirmière réclamer sa Ventoline, un médicament utilisé par les personnes souffrant d’asthme. Pour autant d’autres vidéos montrent la même personne quelques minutes avant son interpellation jeter des projectiles en direction des forces de l’ordre.

«Cette femme, c’est ma mère. 50 ans, infirmière, elle a bossé pendant 3 mois entre 12 et 14 heures par jour. A eu le Covid. Aujourd’hui, elle manifestait pour qu’on revalorise son salaire, qu’on reconnaisse son travail. Elle est asthmatique. Elle avait sa blouse. Elle fait 1m55», s’est indignée sa fille sur les réseaux sociaux.

Commissaires de police – SICP@SICPCommissaire « Nous rétablissons la vérité par une vidéo de @BFMTV. La gentille infirmière, qui avait besoin de sa Ventoline, et qui est présentée comme une victime de la #Police! Elle jetait des projectiles, juste avant son interpellation! Alors on continue à parler de #PoliceViolence ? »

« Un policier atteint par un de ces projectiles déposera plainte » mercredi 17 juillet a précisé à l’AFP la même source policière. A la fin de la manifestation, la préfecture de police a fait état de trente-deux interpellations liées aux  « échauffourées ».

 Le rassemblement réclamant la libération de l’infirmière, dans un contexte de dénonciation des violences policières en France s’est tenu  devant le commissariat du 7e arrondissement en présence d’Eric Coquerel, de Mathilde Panot et de Danièle Obono, députés de La France insoumise. « Liberté pour Farida l’infirmière », a tweeté leur chef de file Jean-Luc Mélenchon. Les députés @MathildePanot, @Deputee_Obono et @ericcoquerel sont entrés dans le commissariat. Liberté pour Farida l’infirmière ! #LiberezFarida #16juin.

Farida jetant des projectiles sur les forces de l’ordre ? Farida jadis applaudie chaque soir aux balcons des villes de France ? Farida saluée par le président Emmanuel Macron comme par l’ensemble de l’exécutif. Farida, ex-héroïne en blouse blanche en attente d’une condamnation.

A demain @jynau

Trois éducatrices enferment et filment un jeune autiste dans un sac poubelle : relaxées !

Bonjour

12/06/2020. Le répéter : on ne lit jamais assez la presse quotidienne régionale. Ainsi, aujourd’hui, La Nouvelle République du Centre Ouest : « Tribunal de Blois : le jeune autiste avait été filmé dans un sac-poubelle » (Lionel Oger). Une information relayée sur le site handicap.fr (E. Dal’Secco).

Résumons l’impensable. Lundi 8 juin quatre salariées de l’IME de Naveil (Loir-et-Cher) comparaissaient devant les juges du tribunal correctionnel de Blois sous l’accusation de violences commises sur un garçon autiste de 12 ans.

« Une épreuve tout d’abord pour les parents d’un jeune garçon autiste qui a été l’espace d’un bref instant le ‘’jouet’’ de professionnelles pourtant expérimentées et dévouées, rapporte le quotidien régional.  Une épreuve aussi pour ces quatre femmes d’une trentaine d’années qui se sont retrouvées à la barre du tribunal accusées de ‘’violence sur personne vulnérable et diffusion d’images relatant une atteinte à l’intégrité’’ après une garde à vue de 48 heures. Et une épreuve, enfin, pour l’IME de Naveil en qui les parents avaient placé leur confiance et qui a suspendu trois de ses salariées en attendant la réponse judiciaire. »

« Ça ne lui fait rien, j’ai du mal à lui faire serrer les cuisses. » 

Que s’est-il passé à Naveil ? Le directeur de l’institut avait informé les parents après la découverte d’une vidéo (diffusée lors du procès). On y voit leur fils âgé de 12 ans assis dans un sac-poubelle remonté jusqu’aux aisselles. Derrière lui, une éducatrice tient un tuyau d’aspirateur et aspire l’air contenu dans le sac (sic). On entend rire les éducatrices. L’une d’elles commente : « Ça ne lui fait rien, j’ai du mal à lui faire serrer les cuisses. » L’enfant regarde autour de lui, semble mal à l’aise, agite un bras, puis gémit.

Jusque dans le Loir-et-Cher cette pratique a un nom : vacuum challenge – défi en vogue sur Internet entre personnes consentantes,, dénoncé pour ses risques potentiels.Lors de cette comparution immédiate, ces éducatrices et une infirmière de cet institut (où l’enfant séjourne depuis cinq ans) ont expliqué qu’elles testaient entre elles ce fameux challenge quand le jeune garçon est entré dans la pièce. Intrigué, il serait entré de lui-même dans le sac. « L’effet est surprenant, mais pas douloureux, raconte une éducatrice, nous n’avons pas réfléchi, dès qu’il a montré qu’il n’aimait pas ça, on l’a laissé sortir. » (sic)

La Nouvelle République rapporte encore que la présidente du tribunal, Maggy Deligeon, demande pourquoi la scène a été filmée et partagée au sein d’un groupe de collègues via Facebook. « C’est un groupe professionnel au sein duquel on s’envoie des liens, des photos, des vidéos pour échanger sur nos pratiques. » « Feriez-vous la même chose à vos enfants ? » poursuit la présidente. « Non, répondent les prévenues (qui n’ont pas été jusqu’à avancer une hypothétique vertu thérapeutique pour se justifier) nous avons commis une bêtise professionnelle. » 

 Le père de l’enfant est officier supérieur dans la gendarmerie et président d’une association œuvrant en faveur des personnes handicapées, Il demande la parole : 

« Mon fils n’a pu entrer de lui-même dans ce sac alors que l’aspirateur fonctionnait, il a une forte aversion pour la contention et est hypersensible au bruit. » 

Ce n’est pas tout : une quatrième éducatrice est poursuivie pour avoir filmé une autre séquence où l’on voit l’enfant assis sur un siège. La jeune femme le fait tourner comme sur un manège en imitant la voix d’un forain. « Ça l’a fait rire, les sensations semblaient lui plaire. »

La Fête des mères dans une cellule du commissariat.

Le procureur Frédéric Chevallier : « Votre comportement est choquant, vous avez confondu votre rôle de protectrices en vous servant de cet enfant vulnérable comme d’un objet. » Le ministère public requiert alors quatre à six mois de prison avec sursis probatoire (comportant une interdiction d’exercer) pour trois des prévenues.

L’avocat des parents, Me Stéphane Rapin : « Vous qualifiez ces faits de bêtise alors que le choc émotionnel causé à cet enfant hypersensible constitue une violence. Vous l’avez pris pour un jouet et vous avez filmé pour rire de lui. Quant à ce vacuum challenge, cette pratique peut être dangereuse et même mortelle. »

Tour à tour les trois avocats des éducatrices ont plaidé la relaxe : « Elles ont passé la Fête des mères dans une cellule du commissariat. Jamais elles n’ont eu l’intention de faire du mal ou d’humilier. Il s’agissait d’un jeu, choquant certes ; mais pas dangereux, le sac était au niveau des aisselles, elles ont peut-être commis une faute professionnelle, mais pas une infraction. »

Ou encore : Me Sarah Lévêque qui elle aussi plaide la relaxe : « Qui n’a jamais fait tourner son enfant sur un fauteuil pour le voir rire ? Moi-même je l’ai fait et il a adoré ».

Puis le coup de théâtre : Après une demi-heure de délibéré, le tribunal a relaxé les quatre salariées de l’IME de Naveil. « Votre comportement n’est pas qualifiable professionnellement, a déclaré la présidente Maggy Deligeon, mais, juridiquement, les infractions reprochées ne sont pas constituées. » Les parents de l’enfant ont été déboutés de leurs demandes. Le parquet fera appel de cette décision. Les trois salariées suspendues depuis le dépôt de plainte sont convoquées, le 16 juin, par leur employeur.

On ne commente pas une décision de justice. On ne lit jamais assez la presse quotidienne régionale

A demain @jynau

Un éboueur, ancien « héros du quotidien » se suicide : licencié pour 0,19 g/l d’alcoolémie

Bonjour

11/06/2020. Une tragédie exemplaire. Elle peut tenir en quelques lignes. Comme celles de  Nolwenn Le JeuneFrance Bleu Normandie (Calvados – Orne). Il s’est suicidé le vendredi 5 juin 2020. La veille, il avait reçu sa lettre de licenciement. Il s’est suicidé dans sa tenue de travail, éboueur. Cet homme de 46 ans travaillait depuis 26 ans dans les sociétés de collecte de déchets Véolia puis COVED.

Surtout ne pas affirmer le lien de causalité, bien évidemment. Mais les faits : le motif du licenciement est consécutif à un contrôle d’alcoolémie lors d’une tournée au Fresne-Camilly, près de Caen. « Avec son collègue, ils ont accepté deux bières offertes par un client » explique Ahmed Benani, élu CFDT au CSE de la COVED (collecte valorisation énergie déchets). Le salarié qui devait se suicider présentait un taux d’alcoolémie de 0,19 g par litre de sang, contrôle effectué par la police municipale. Les deux hommes ont ensuite été convoqués à un entretien préalable et ont été licenciés. « Il a reçu sa lettre de licenciement le jeudi, le vendredi matin, il a revêtu sa tenue de travail et s’est donné la mort dans le garage de ses parents »  poursuit Yannick Martin, délégué CGT à la COVED. 

Ils auraient pu lui laisser une deuxième chance

« Il n’y a aucun procès-verbal ! Et la direction, appelée sur les lieux, a laissé notre collègue terminer sa tournée. Le règlement nous interdit de boire de l’alcool. Mais s’il était dangereux, il ne fallait pas le laisser reprendre le camion » observe Ahmed Benani. Les deux délégués syndicaux dénoncent un « management expéditif » et des conditions sociales qui se dégradent dans l’entreprise. « Ils auraient pu mettre en place un suivi, un accompagnement, au lieu de le licencier tout de suite ».  Contactée, la direction de la COVED n’a pas souhaité réagir. Les syndicats ont saisi l’inspection du travail. 

Le vendredi à l’aube, il avait pris soin de revêtir sa tenue d’éboueur et apporté son fusil de chasse. À ses pieds, ses parents ont trouvé la lettre de licenciement, envoyée la veille. Veuf depuis plusieurs années, l’homme laisse un fils de 18 ans.

La Coved «ne souhaite pas commenter cette dramatique affaire». La famille envisage de porter plainte. « Mes parents sont dévastés, témoigne son frère Pablito Patry, c’est mon père qui a découvert le corps. » Il reconnait que son frère a commis une erreur et n’aurait pas dû consommer d’alcool pendant sa tournée. « Mais ça n’était jamais arrivé en 26 ans de carrière. Ils auraient pu lui laisser une deuxième chance. Eboueur lui aussi, il garde en mémoire les marques de reconnaissance reçues pendant le confinement. Mon frère a travaillé sans relâche pendant toute cette période, on était les héros du quotidien. Là c’est le monde qui s’écroule ». Comment le dire mieux ?

A demain @jynau

 

Racisme policier. Christophe Castaner, que veut-il nous dire avec son «soupçon avéré» ?

Bonjour

09/06/2020. Qui écrit les discours de Christophe Castaner ? Comment peut-on en arriver à de telles formulations ?  On se souvient des mots, solennels, du ministre de l’Intérieur : « Aucun raciste ne peut porter dignement l’uniforme de policier ou de gendarme (…) Aussi, j’ai demandé à ce qu’une suspension soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes».

Associé à l’annonce du la fin de la « pratique de l’étranglement » ces propos font grand bruit dans le monde policier qui, dit-on, se sent désavoué (euphémisme) par son ministre. Où l’on entend des syndicalistes décrypter la sémantique ministérielle. A commencer par l’étrange « soupçon avéré d’actes ou de propos racistes ».

« Soupçon avéré » : une « formulation juridique hasardeuse » dit Le Monde. Il faut ici revenir aux sources

Avéré . Dans le langage courant on trouve d’avantage la locution « il s’avère que »  pour exprimer que la vérité de certains faits est établie. Dans la langue judiciaire ce participe s’emploi dans la forme impersonnelle : « il est avéré que… » avec le sens de «  il est démontré que… ».

Soupçon. Opinion défavorable, fondée sur des indices discutables, souvent par apriorisme ou suggestion affective, par laquelle, à tort ou à raison, on attribue à quelqu’un des actes répréhensibles ou des mauvaises pensées.

Comment comprendre, dès lors, les propos ministériels ? Est-ce dire qu’en matière d’actes ou de propos racistes  dans la police une suspension sera « systématiquement envisagée » (sic) pour chaque opinion défavorable dont l’existence a été démontrée ? Est-ce bien cela ? Qu’en dira le droit ? Dans l’attente on sait ce qu’en pensent les policiers.

A demain @jynau

Interdire la pratique «de l’étranglement» : pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Bonjour

08/06/2020. Pourquoi aura-t-il fallu attendre si longtemps ? «Je veux une tolérance zéro contre le racisme dans les forces de l’ordre», vient de déclarer Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur. Il souhaite notamment que «chaque soupçon avéré de racisme» dans les forces de l’ordre entraîne une suspension.

«Aucun raciste ne peut porter dignement l’uniforme de policier ou de gendarme (…) Aussi, j’ai demandé à ce qu’une suspension soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes».

Dns le même temps le ministre a annoncé que la méthode d’interpellation policière controversée de la «prise par le cou, dite de l’étranglement sera abandonnée. » 1

« Elle ne sera plus enseignée dans les écoles de police et de gendarmerie. C’est une méthode qui comportait des dangers. Si un policier ou un gendarme doit maintenir quelqu’un au sol lors de son interpellation, il sera désormais interdit de s’appuyer sur sa nuque ou son cou. Le principe que lorsque vous interpellez une personne au sol elle doit le rester le moins longtemps, reste en vigueur».

« La France, ce n’est pas les Etats-Unis »

Ces annonces font suite à la demande d’Emmanuel Macron à son gouvernement: se saisir (enfin) du dossier des « violences dans la police » – alors que plusieurs manifestations sont actuellement organisées en France dans le sillage des mobilisations aux États-Unis et dans de nombreux pays après la mort de George Floyd.

Christophe Castaner a toutefois nié toute similitude entre les situations américaine et française : 

« La France, ce n’est pas les Etats-Unis. (…) Face aux amalgames et aux slogans orduriers, je n’accepterai jamais les accusations permanentes d’une partie bien minoritaire, mais hurlante de la population. Il n’y a pas d’institution raciste ou de violence ciblée. J’ai pour nos forces de l’ordre une exigence particulière (…). Je le dis avec fermeté : le racisme n’a pas sa place dans notre société et encore moins dans notre police républicaine ».

« Je ne laisserai pas les agissements odieux de certains jeter l’opprobre sur toute une institution. Ces dernières semaines, trop ont failli dans leur devoir républicainDes propos racistes ont été proférés, des discriminations révélées. C’est inacceptable. Je veux une tolérance zéro contre le racisme dans notre République. »

« Je ne serai satisfait que lorsque nous pourrons cesser de nous demander comment nous sommes passés des “Vive la police !” scandés lors des manifestations suivant les attentats contre Charlie aux slogans et horreur de ces derniers jours », a encore dit le ministre.

Combien de temps faudra-t-il pour que nous cessions de nous poser la question ?

A demain @jynau

1 «On est dubitatifs sur l’ensemble des déclarations du ministre et notamment sur la suppression de la technique d’étranglement», a déclaré à l’AFP le délégué national du syndicat des gardiens de la paix, Alliance, Frédéric Lagache. «Dès lors qu’elle est faite dans un court instant, c’est la seule technique qui permette aux agents de maîtriser un individu dont le poids est supérieur, observe M. Lagache. Sinon, on en sera réduit au combat de rue ou à l’utilisation du taser.».

Le cou sous le genou d’un policier pendant 8’ 46’’: mais de quoi George Flyod est-il mort ?

Bonjour

02/06/2020. Un effet connexe de la pandémie ? Les Etats-Unis et quelques capitales dans le monde s’embrasent après la mort filmée de George Floyd, Afro-Américain de 46 ans, il y a une semaine à Minneapolis. Les conclusions de l’autopsie officielle, lundi 1er juin font suite à une étude indépendante et établissent que la victime est morte asphyxiée en raison d’une «pression exercée sur son cou». On apprend dans le même temps que George Flyod présentait des traces de fentanyl et de méthamphétamine. Quel rapport avec les causes premières de la mort ?

Résumons : George Floyd, 46 ans, est mort le 27 mai à Minneapolis après qu’un policier blanc a plaqué son genou sur son cou pendant 8 minutes et 46 secondes – selon les éléments de la plainte criminelle contre l’agent impliqué.

La première autopsie officielle (avant l’indépendante)  concluait que Georges Floyd n’était pas mort de strangulation ou par asphyxie, mais du fait de sa contention au sol, « combinée avec ses problèmes de santé et une intoxication potentielle. » Floyd était atteint d’une pathologie cardiovasculaire. Les premières conclusions indiquaient qu’aucune constatation physique ne permet d’étayer un diagnostic d’asphyxie ou d’étranglement traumatique.

« Homicide involontaire avec circonstances atténuantes »

Puis une autopsie indépendante était arrivée à la conclusion d’une « mort par asphyxie » en raison d’une «pression forte et prolongée», selon l’avocat de la famille de la victime. «Des médecins indépendants ayant mené une autopsie sur M. Floyd ont conclu que le décès avait résulté d’une asphyxie par pression prolongée», a déclaré l’avocat, Ben Crump. Cette pression prolongée «sur son cou a coupé le flot sanguin allant vers son cerveau et la pression sur son dos a entravé sa capacité à gonfler ses poumons».

«Les preuves soutiennent l’asphyxie comme cause du décès et l’homicide comme circonstance de la mort», vient de souligner  lors d’une conférence de presse le Dr Allecia Wilson, médecin légiste de l’université du Michigan, qui a pu examiner le corps de la victime.

«L’effet combiné de l’arrestation et de l’immobilisation de M. Floyd par la police, ses antécédents médicaux et la présence potentielle de substance psychoactive dans son corps ont probablement contribué à sa mort», indiquent les résultats de l’autopsie officielle des autorités locales. L’ancien policier Derek Chauvin, 44 ans, a été arrêté et inculpé «d’homicide involontaire». Il devait comparaître lundi devant un tribunal, mais cette première audience a été reportée au 8 juin.

S’oriente-t-on vers un « homicide involontaire avec circonstance atténuantes » ? Ce serait là un parfait condensé, en somme, de l’Amérique de Donald Trump.

A demain @jynau

Agnès Buzyn révèle, dans Le Figaro, pourquoi elle avait osé parler de « mascarade »

Bonjour

27/05/2020. Spectacle politique. C’est l’entretien « exclusif » que tous les médias réclamaient. On le trouvera dans Le FigaroMathilde Siraud et Vincent Trémolet de Villers) : « Exclusif. Agnès Buzyn au Figaro: ‘’J’ai pu apparaître comme un bouc émissaire’’. L’ex-ministre de la Santé, candidate LREM à Paris, sort de son silence, deux mois après ses révélations sur la campagne municipale et l’épidémie ». 

Ses dernières déclarations publiques, ahurissantes, remontaient au 17 mars. «Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu (…) on aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade» avait-elle déclaré au Monde. « Pourquoi avoir attendu le lendemain du premier tour pour sonner l’alerte? » demande Le Figaro. Agnès Buzyn :

« D’abord, je regrette d’avoir décroché mon téléphone au lendemain du premier tour. Si c’était à refaire, je ne le referais pas. J’avais été trois ans ministre, j’avais mené une campagne tambour battant, j’étais sonnée comme tous les Français par l’annonce attendue d’un confinement. J’ai répondu à chaud. Or, tous les hommes et les femmes politiques savent qu’on ne réagit jamais à chaud au lendemain d’une élection! Je comprends que mes propos aient créé de l’émoi et aient pu choquer.

« Le mot «mascarade» était certainement trop fort – les gens qui me connaissent savent que je suis une femme policée mais que j’ai souvent un langage très direct -. Je m’excuse d’avoir utilisé ce mot. Je voyais que l’épidémie progressait, j’avais l’intime conviction que le second tour ne pourrait pas avoir lieu. Je voyais toutes les tractations commencer pour les fusions de listes et cela me semblait totalement déconnecté de la vie des Français et de ce que nous allions vivre. J’ai été choquée de ces tractations inappropriées, c’est pour cette raison que j’ai utilisé le terme de ‘’mascarade’’. »

« Bouc émissaire« 

Pour le reste? Elle ne regrette pas son départ du ministère de la Santé. Emmanuel Macron et Édouard Philippe n’ont en rien « tardé à prendre la mesure de cette épidémie ». « Ils ont été très réactifs, je pourrai en témoigner, dit-elle. Le gouvernement a été remarquable, il a su s’adapter à l’évolution de l’état des connaissances. Nous pouvons être fiers des mesures qui ont été prises dans notre pays, que ce soit sur le plan sanitaire ou économique. »

« Redoutez-vous votre retour dans l’arène, lui demande Le Figaro. Vous faites désormais partie des personnalités politiques les plus rejetées par les Français… ». Agnès Buzyn :

« Les Français sont restés sur une impression d’une expression orale malheureuse. J’ai ma conscience pour moi, je sais tout ce que j’ai fait, à quel point j’ai préparé cette crise. C’est pourquoi j’ai décidé d’accorder cette interview et j’aurai l’occasion d’y revenir devant les commissions d’enquête. Mais maintenant, il faut nous projeter dans l’avenir. J’ai la chance de conduire une formidable équipe de 500 colistiers et d’élus parisiens, portée par des milliers de militants. Je sens une grande énergie depuis que j’ai confirmé ma candidature cette semaine.

Pourquoi avoir tant tardé à s’expliquer? «  Il y a eu un emballement médiatique d’une violence inouïe, des propos complotistes, antisémites, sur les réseaux sociaux. J’ai pu apparaître comme un bouc émissaire. J’ai donc préféré attendre que la peur retombe. Cette période a marqué ma famille, mes enfants, et cela leur tient aussi à cœur que la vérité soit rétablie. »

Le spectacle de la politique dit finalement assez bien les violences de ses coulisses.

A demain @jynau

Déconfinement : les habitants du Morbihan peuvent à nouveau acheter des alcools « forts »

Bonjour

30/04/2020. Comment allait-il sauver la face ?  Le 17 avril nous apprenions que le préfet du Morbihan, Patrice Faure, annonçait l’interdiction de la vente d’alcool à emporter (à l’exception des bières et des vins) pour « lutter contre les violences intrafamiliales ».  «Force est de constater que le duo alcool-confinement fait mauvais ménage», soulignait ce représentant de l’Etat dans une vidéo postée sur Youtube. Il évoquait des violences intrafamiliales en hausse de «30% en quelques jours». «Les très nombreuses interventions des forces de l’ordre se font quasi systématiquement sur fond d’alcool. Ce n’est évidemment pas supportable, d’abord pour les victimes mais aussi pour la société.»

L’affaire fut vite reprise et commentée par l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA)  : « Alcool et violence dans le Morbihan : Une décision baroque ». « Le préfet du Morbihan vient de prendre une décision plus surprenante en interdisant la vente uniquement pour les spiritueux, expliquait-elle. Cette décision baroque est assez incompréhensible. Par cette décision, le préfet suppose que les violences sont uniquement (ou principalement) dues à la consommation de spiritueux (whisky, vodka, apéritifs anisés…). En réalité, rien ne démontre cette hypothèse, et rien n’interdira aux buveurs de spiritueux de passer au vin ou à la bière avec les mêmes effets. »

Quelques jours plus tard le baroque n’est plus : les « alcools forts » sont de nouveau en vente libre dans les commerces du Morbihan nous annonce Ouest France (Olivier Cléro). L’arrêté préfectoral du 16 avril a été abrogé.

« Avec cet arrêté, je souhaitais mobiliser les esprits et l’intelligence collective sur les problèmes d’alcool dans le Morbihan. Mais je ne suis pas idiot au point de penser que mon arrêté suffirait. Nous sommes dans un pays de liberté, il ne s’agissait pas de prohibition mais bien de marquer les esprits »,  justifie le préfet Patrice Faure. Il assure toutefois avoir observé une baisse des violences intrafamiliales pendant la durée d’effet de son arrêté. 

«Nous en avions constaté 77 la semaine précédente, et 44 pendant la durée de l’arrêté. Et alors qu’il ne concernait que les alcools forts, nous avons constaté des baisses d’achat de plus de 30 % de vin et de cidre, et 15 % de bière. Les gens ont volontairement moins acquis d’alcool.» Ces chiffres sont-ils statistiquement significatifs ?

Ouest France rappelle que cet arrêté avait été très critiqué par les consommateurs, par la Fédération française des spiritueux, mais aussi des associations de prévention contre l’alcoolisme. Un étrange front uni qui en dit long sur les complexités de notre rapport collectif aux boissons alcooliques – et qui démontre à quel point un préfet peut, parfois, s’égarer en usant du pouvoir que lui confère sa fonction.

A demain @jynau

Ombre du Covid-19: la honte et le calvaire imposé à une habitante de Quiberon (Morbihan)

Bonjour

28/04/2020. L’horreur au bras de la honte. Le tout raconté à la perfection par Le Télégramme (Mathieu Pelicart).  Nous sommes dans ce petit paradis qu’est Quiberon. Une habitante y témoigne de son calvaire depuis depuis son retour de l’hôpital pour une suspicion de Covid-19.  

« ‘’Dégage’’, ‘’Assassin’’, ‘’Suicide-toi’’ : ces doux mots fleurissent depuis le début du mois sur la porte d’un logement social de Quiberon. C’est dans cet appartement que résident, depuis cinq ans, Sophie (prénom d’emprunt) et son conjoint, rapporte Le Télégramme. Handicapée par un accident médical, cette ancienne salariée de l’hôtellerie, âgée de 36 ans, est aujourd’hui en incapacité totale de travail. »

 A la fin du mois de mars Sophie présenta quelques symptômes « légers » du Covid-19. Placée en quatorzaine par son médecin traitant, elle devait souffrir peu après de complications respiratoires. « Tous les médecins que j’ai consultés ont diagnostiqué une maladie chronique inflammatoire des bronches [une BPCO], qui pourrait avoir été déclenchée par le virus », explique-t-elle de sa voix éteinte par une laryngite persistante.

Et la Quiberonnaise de témoigner du harcèlement de certains voisins de son immeuble depuis le début du mois d’avril et son retour de l’hôpital. « J’ai passé deux jours au sein de la cellule Covid-19 du Centre hospitalier de Bretagne Atlantique (CHBA), à Vannes, explique-t-elle. Tous les voisins sont au courant, puisque j’ai été prise en charge à mon domicile par des ambulanciers habillés en cosmonautes ».

« Bons voisins » et calvaire breton

Trois jours après son retour à domicile, une affiche anonyme est placardée dans la cage d’escalier : « Puisque nous vivons en bons voisins, nous demandons aux personnes ayant une suspicion de Covid-19 ou l’ayant déclaré de ne pas toucher les poignées de porte et les rambardes ». « Impossible pour une personne handicapée comme moi », souligne Sophie, qui ne sort de chez elle que pour ses rendez-vous médicaux. Le Télégramme :

« Depuis, le couple découvre presque tous les jours de nouvelles insultes écrites sur des papiers glissés sous son paillasson ou taguées sur sa porte. ‘’Je le vis très mal. Des voisins me prennent en photo dès que je mets le nez dehors. Que vais-je dire à mes enfants, qui sont actuellement confinés chez leur père, quand ils vont découvrir toutes ces inscriptions sur notre porte ?’’ , s’inquiète Sophie, qui décrit un véritable calvaire. Elle subit de nouvelles attaques depuis qu’elle a effectué une préplainte par internet et que des gendarmes sont intervenus pour faire de la pédagogie auprès de ses voisins. Elle a aussi alerté son bailleur social, Bretagne Sud Habitat (BSH). Samedi matin, elle a découvert la portière de sa voiture rayée de ce qui ressemble à un pendu. »

Que pourra, ici, la police ? Que pourrait faire la justice ? Comment, désormais, songer à la beauté de Quiberon, au paradis de Belle-Ile, sans se souvenir de ce calvaire breton ?

A demain @jynau

Anisés, whisky, vodka et confinement : la trop baroque expérience du préfet du Morbihan

Bonjour

20/04/2020. Nous évoquions il y a peu l’étrange décision du préfet du Morbihan : l’interdiction de la vente d’alcool à emporter pour lutter contre les violences intrafamiliales.  «Force est de constater que le duo alcool-confinement font mauvais ménage», soulignait Patrice Faure dans une vidéo postée sur Youtube, évoquant des violences intrafamiliales en hausse de «30% en quelques jours». «Les très nombreuses interventions des forces de l’ordre se font quasi systématiquement sur fond d’alcool. Ce n’est évidemment pas supportable, d’abord pour les victimes mais aussi pour la société.»

Conséquence : interdiction dans l’ensemble du département de la vente d’alcool à emporter – «autre que le vin et la bière». Une mesure, écrivions-nous, qui semblait reposer sur le postulat que les violences familiales sont plus le fruit des alcools obtenus par distillation que par simple fermentation.

L’affaire est reprise aujourd’hui par l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA)  : « Alcool et violence dans le Morbihan : Une décision baroque ». « Le préfet du Morbihan vient de prendre une décision plus surprenante en interdisant la vente uniquement pour les spiritueux, explique l’ANPAA. Cette décision baroque est assez incompréhensible. Par cette décision, le préfet suppose que les violences sont uniquement (ou principalement) dues à la consommation de spiritueux (whisky, vodka, apéritifs anisés…). En réalité, rien ne démontre cette hypothèse, et rien n’interdira aux buveurs de spiritueux de passer au vin ou à la bière avec les mêmes effets. »

Distillation versus fermentation

Et cette association de rappeler que ce n’est pas le type de boisson alcoolique qui compte mais la quantité d’alcool consommée, qu’un demi de bière, un verre de vin ou une dose de whisky contiennent la même quantité d’alcool pur et provoquent les mêmes effets.

« Il serait intéressant de savoir si le préfet a prévu une évaluation de sa mesure, ajoute l’ANPAA. Car on ne peut s’empêcher de penser que cette décision, sans fondement scientifique, est en fait davantage dictée par le sens de la communication que par la recherche d’efficacité. Il aurait pu en revanche interdire la livraison de boissons alcooliques à domicile, plus efficace pour freiner la consommation. »

Trois questions. Le préfet a-t-il ou non mis en place une procédure d’évaluation des effets de sa baroque interdiction ? La consommation des fruits spiritueux de la distillation est-elle plus dangereuse que ceux issus de la simple fermentation ? Et pourquoi une telle décision ne concerne-t-elle que ce département breton ?

A demain @jynau