Suicide et secret professionnel : les réponses de l’AP-HP après la mort du Pr Christophe Barrat

Bonjour

D’une particulière gravité, l’accusation ne pouvait rester sans réponse. Après le suicide du Pr Christophe Barrat à l’hôpital Avicenne, le  Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARe) avait dénoncé la « communication désastreuse »  de l’AP-HP sur le sujet et accusé cette dernière de « violer le secret professionnel en laissant fuiter dans la presse qu’il luttait depuis plusieurs mois contre une maladie grave ». « Il s’agit d’un suicide réalisé sciemment sur le lieu de travail et cela ne mérite pas de telles insinuations ! » déclarait le Dr Anne Geffroy-Wernet, citée  dans Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas Primbault).

Pour sa part, sur le site whatsupdoc le Dr Christophe Prudhomme, médecin urgentiste au CH Avicenne et responsable CGT déclarait :  « La décision de se donner la mort est souvent liée à plusieurs facteurs. Mais je suis outré par la communication de l’hôpital qui parle d’une longue maladie…Ce collègue était en effet atteint d’un cancer, découvert récemment, il était en traitement… Je trouve assez scandaleux que l’on se défausse de cette manière. »

 Aujourd’hui, pour la première fois, la direction de l’AP-HP réagit publiquement, et ce via son service de presse : « Information sur le décès du Professeur Christophe Barrat » 1 :

« Nous regrettons d’avoir à nous exprimer publiquement et de sortir du recueillement plus opportun en cette période de deuil. Toutefois, les circonstances nous obligent à le faire et ce en plein accord avec la famille du Professeur Christophe Barrat, afin d’apporter les précisions suivantes :

 – nous avons fait référence, dans le message diffusé au sein du groupe hospitalier et des instances de l’AP-HP,  à l’état de santé du Professeur Christophe Barrat afin, selon l’expression même de son épouse, « d’apporter un éclairage au geste de son mari ». Nous n’avons donc en rien rompu le secret médical mais avons été autorisés à porter cet élément à la connaissance de  notre communauté selon la  volonté et le plein accord de la seule personne légitime à nous délier de ce secret : son épouse, qui a validé ce message avant qu’il soit diffusé.

– le Professeur Christophe Barrat disposait de l’entière confiance et du plein soutien de la gouvernance du Groupe Hospitalier Universitaire  que nous représentons et nous avions décidé collégialement de lui confier de nouvelles responsabilités, ce dont il était parfaitement informé et ce pourquoi il nous avait encore  très récemment exprimé sa satisfaction.

Un processus d’enquêtes s’engage par ailleurs, et il convient que celui-ci puisse se dérouler dans la plus grande objectivité. A nouveau nous exprimons notre pleine solidarité et nos sincères condoléances à son épouse, ses deux enfants et ses proches et souhaitons que chacun respecte la sérénité à laquelle ils peuvent aspirer dans cette période douloureuse et alors que se prépare la cérémonie d’hommages et d’adieux au Professeur Christophe Barrat. »

A demain

@jynau

1 Le communiqué est signé Didier FRANDJI, Directeur des Hôpitaux Universitaires Paris Seine Saint Denis; Pr Nathalie CHARNAUX, Directrice et Doyen de la Faculté Santé, médecine et biologie humaine ; Pr Yves COHENPrésident de la Commission médicale d’établissement locale.

 

Suicide du Pr Christophe Barrat à Avicenne : le point de vue de l’Association Jean-Louis Mégnien

Bonjour

C’est une nouvelle pièce à verser au dossier. Un communiqué de l’Association Jean-Louis Mégnien – communiqué « après le suicide du Pr Christophe Barrat, chirurgien à l’hôpital Avicenne ». Cette association avait été créée à la suite du suicide du Pr Jean-Louis Mégnien sur son lieu de travail (l’Hôpital européen Georges-Pompidou) le 17 décembre 2015 par plusieurs de ses amis et collègues.

Cette association a pour but : de défendre la mémoire de Jean-Louis Mégnien ; de faire mieux connaître et de contribuer, par tous moyens, à combattre les diverses formes de maltraitances et de harcèlements au sein de l’hôpital public, y compris en apportant aide et assistance à ceux qui peuvent en être victimes ou , le cas échéant, en menant des actions judiciaires ; de se proposer comme interlocuteur privilégié auprès de différents organismes, appareils, institutions, pour tout ce qui touche aux diverses formes de maltraitances et de harcèlements au sein de l’hôpital public.

Voici son communiqué, dont le contenu modère les premières lectures qui ont été faites de ce drame :

« Il ressort de nos informations que des facteurs personnels sont probablement au premier plan pour expliquer le geste de Christophe Barrat. Nous sommes bien entendu intrigués par le fait qu’il se soit suicidé dans son hôpital après avoir revêtu sa blouse, alors que, à ce stade, les raisons professionnelles ne paraissent pas essentielles.

La prudence s’impose face à un tel drame. Il serait moralement indéfendable de mettre a priori et d’emblée ce suicide sur le compte d’un management délétère alors que les éléments dont nous disposons à ce jour contredisent cette hypothèse. Certes, il devient de plus en plus difficile d’exercer son métier de chirurgien sereinement, et Christophe Barrat devait, comme beaucoup d’autres, subir la pression administrative et de nombreux dysfonctionnements au quotidien (conditions de travail, vétusté des locaux, personnel infirmier en nombre insuffisant ou insuffisamment spécialisé, accès limités aux blocs opératoires, manque d’anesthésistes, etc.).

Indépendamment du cas de Christophe Barrat, il faut rappeler que les soignants continuent de payer un lourd tribut. Notre profession reste fortement exposée au risque suicidaire, par la nature même de notre métier et de ses conditions d’exercice, notamment à l’hôpital public.

Nous assurons la famille de Christophe Barrat, en particulier son épouse et ses deux enfants, de tout notre soutien et de notre profonde sympathie dans l’épreuve qu’elle traverse. »

A demain

@jynau

Le suicide du Pr Christophe Barrat à Avicenne : l’AP-HP a-t-elle violé le secret professionnel ?

Bonjour

Vive émotion – colère contenue. C’est un tweet ordinal bref autant que peu banal :

« ✔@ordre_medecins Très vive émotion après le suicide d’un de nos confrères, chirurgien à l’hôpital Avicenne de Bobigny. L’Ordre assure sa famille, ses proches, et tous ses collègues de son soutien dans ce terrible drame. Il est urgent de répondre à la souffrance des médecins. 16:42 – 5 févr. 2019 »

Répondre en urgence à la souffrance des médecins ? A l’évidence le suicide du Pr Christophe Barrat, y invite. Suicide survenu le 3 février, par défenestration au sein de l’hôpital Avicenne (AP-HP). Aujourd’hui le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARe) réagit vivement au décès de ce spécialiste de chirurgie bariatrique.

Violation du secret professionnel

« Le syndicat présidé par le Dr Anne Geffroy-Wernet, farouche défenseur du bien-être au travail des soignants, dénonce la ’communication désastreuse’’ de l’AP-HP sur le sujet accusée de violer le secret professionnel en laissant fuiter dans la presse qu’il luttait depuis plusieurs mois contre une maladie grave’’, peut-on lire dans Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas Primbault). ‘’Il s’agit d’un suicide réalisé sciemment sur le lieu de travail et cela ne mérite pas de telles insinuations !’’ 1.»

Ce syndicat demande l’ouverture d’une enquête indépendante menée par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) pour faire toute la lumière sur les causes de ce drame. Vive émotion – colère contenue. On attend avec intérêt, sur ce point précis, la décision que prendra Agnès Buzyn.

A demain

@jynau

1 Sur le site whatsupdoc le Dr Christophe Prudhomme, médecin urgentiste au CH Avicenne et responsable CGT a pour sa part déclaré :

 « La décision de se donner la mort est souvent liée à plusieurs facteurs. Mais je suis outré par la communication de l’hôpital qui parle d’une longue maladie…Ce collègue était en effet atteint d’un cancer, découvert récemment, il était en traitement… Je trouve assez scandaleux que l’on se défausse de cette manière. Car nous sommes actuellement dans un contexte à l’hôpital public, notamment à l’AP-HP, soumis à des restructurations, à des plans d’économie, qui nous rendent la vie impossible. Il faut savoir que le professeur Christophe Barrat, avait vu son service fermer il y a quatre ans à l’hôpital Jean Verdier. Il avait été obligé de se déplacer à Avicenne dans des conditions difficiles, conflictuelles… Le service qu’il dirigeait à Jean Verdier était considéré comme un service d’excellence. Il n’a pas pu retrouver ce rang quand il a été obligé de fusionner avec Avicenne.

« Nous sommes actuellement dans un hôpital avec une direction administrative et médicale, qui est très autoritaire, restructure à la hache. Nous avions connu une situation comparable avec le responsable de la réanimation de Jean Verdier qui avait été traité de manière très brutale par la direction, qui était en arrêt maladie, et qui quitte l’hôpital pour se reconstruire ailleurs et se sauver. On ne peut pas accepter que la direction évoque une longue maladie alors que le contexte aujourd’hui à l’hôpital entraîne des risques psycho-sociaux qui entraîne des suicides très importants. Ce n’est pas anodin, même si on est malade, de venir sur son lieu de travail, habillé en tenue professionnelle et se jeter par la fenêtre de son bureau !  Je suis outré par la communication de l’hôpital qui parle d’une longue maladie. »

 

«Le profil psychiatrique de la femme incendiaire et alcoolisée commence à se dessiner»

Bonjour

L’essentiel du cadre de la tragédie de l’incendie de Paris (10 morts, 33 blessés) est connu. Reste à compléter les cases, à remonter les fils, à tenter de comprendre les failles, les fautes, tout ce qui aurait permis de réduire les risques. Les médias généralistes s’y emploient. Et, chose remarquable, avec une pédagogie qui souvent fait défaut dans le traitement des affaires où la psychiatrie est sur le devant de la scène.

Loin de stigmatiser la femme à l’origine de l’incendie de la rue Erlanger, s’attache-t-on à décrypter les rouages de la machinerie médico-légale, à contextualiser, à rappeler que rien n’est simple dans la prise en charge de la « maladie mentale » et de celles et ceux qui en souffrent 1.

C’est ainsi que France Info aide, sinon à comprendre, du moins à cerner « le profil de la suspecte », une femme de 40 ans interpellée non loin des lieux, qui habitait l’immeuble incendié et qui a été admise à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police (IPPP), quelques heures après avoir été placée en garde à vue.

D’emblée Rémy Heitz, procureur de la République de Paris, avait évoqué ses « antécédents psychiatriques ». Selon France Info cette femme a déjà effectué « quatorze séjours en hôpital psychiatrique, pour une durée totale de près de cinq ans ». « Elle est également connue de la justice, pour des affaires récentes, toutes classées sans suite. » Et selon une  source judiciaire à France 2 et France 3, elle avait été mise en cause dans trois procédures distinctes :

• Une procédure en 2016 pour vol précédé de dégradation (classée sans suite pour état mental déficient).

• Une procédure en 2016 pour une contravention de violences (classée sans suite pour état mental déficient).

• Une procédure en 2017 pour violences conjugales classée sans suite (infraction insuffisamment caractérisée).

Plusieurs de ses voisins ont fait, à différents médias, des descriptions convergentes : « J’ai vu que c’était quelqu’un qui avait des perturbations psychiques, c’était quelqu’un qui voulait tout de suite être ami-ami, qui voulait vous donner son numéro de téléphone… comme si on se connaissait. Puis quelques jours plus tard c’était fini. Etait-ce l’alcool ? »

La dimension politique du psychiatrique

Combien sont-elles, les personnes croisées au fil des jours dont le comportement nous interroge ? Et que faisons-nous ? Il y a quelques jours on apprenait qu’une centaine de psychiatres venaient d’adresser un courrier à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Parmi eux le Pr Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne). Il s’en expliquait dans Le Parisien, précisant que chacun peut désormais voir de plus en plus de personnes atteintes de troubles psychiques « dans les rues » :

« Tout le monde peut le remarquer. Ce n’est un mystère pour personne. Il y a des lieux plus propices, comme le métro, où l’on croise beaucoup de gens qui semblent perdus sans savoir exactement si c’est la conséquence de troubles psychiques, de l’alcool ou de drogues. Certes, il n’existe pas de statistiques pour dire s’il y en a plus qu’avant, mais ce n’est pas normal d’en voir autant. (…) Parler seul dans la rue est le reflet d’une souffrance psychique réelle. Ce n’est pas bon signe. Cela signifie que cette personne n’est pas soignée correctement ou qu’elle ne l’est pas du tout. Avec des traitements, on n’est pas censé avoir ce genre d’hallucinations. »

 « Il y a une réalité, aujourd’hui en France, les malades psychiatriques ne sont pas suffisamment pris en charge. A l’hôpital ou en ville, la demande de consultations augmente car on identifie mieux certains troubles et des pathologies comme les dépressions et l’autisme sont aussi en hausse. Or, ces patients ne sont pas assez vite examinés à cause des délais d’attente. En trente ans, le nombre de lits dans les hôpitaux a aussi été divisé par deux alors que la population augmente. »

 Où l’on saisit, une nouvelle fois, que le politique est presque toujours consubstantiel au psychiatrique – et très souvent au tragique.

A demain

On estime entre 4,7 et 6,7 millions le nombre de personnes souffrant de dépression en France (7 à 10 % de la population) ; entre 800 000 et 3,7 millions celui des personnes atteintes de troubles bipolaires (1,2 à 5,5 %) et à 670 000 celui des personnes schizophrènes (1 %). On recense d’autre part chaque année plus de 10 000 suicides et 220 000 tentatives. Données tirées du remarquable « Psychiatrie : l’état d’urgence » de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca, éditions Fayard.

 

«L’incendiaire : alcoolisée avec des antécédents psychiatriques» Dix morts, trente-trois blessés.

Bonjour

Moins de vingt-quatre heures après le drame et, déjà, les questions de fond. Des questions relatives à l’état de la psychiatrie en France, à la qualité de la prise en charge de malades mentaux, au rôle joué par l’alcool dans ce tragique incendie survenu dans la nuit du 4 au 5 février au 17 bis, rue Erlanger, à deux pas de la porte d’Auteuil dans un immeuble moderne du 16e arrondissement de Paris. Dix morts, trente-trois blessés, dont huit pompiers et un incendie « d’origine criminelle ». Ouverture d’une enquête pour « destruction volontaire par incendie ayant entraîné la mort ».

Tout va très vite. D’abord l’interpellation, durant la nuit et non loin de l’incendie, d’une habitante de l’immeuble aussitôt placée en garde à vue. Cette femme âgée de 40 ans essayait apparemment de mettre le feu à une voiture et à une poubelle. A l’issue d’un examen médical et d’un examen de comportement, elle a été placée à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police – garde à vue levée en fin de journée.

« Elle présente des antécédents psychiatriques », a précisé Rémy Heitz, procureur de la République de Paris. En conflit récurrent avec l’un de ses voisins, pompier, cette habitante de l’immeuble s’était disputée avec lui dans la soirée. La police s’était alors déplacée pour « un trouble de voisinage ». Le Parisien a recueilli le témoignage du voisin :

« Nous étions dérangés par ma voisine qui avait mis la musique très fort chez elle. […] Hier soir [lundi soir] ma compagne est allée frapper à sa porte, et elle s’est fait insulter. Je suis pompier professionnel à la BSPP [Brigade des sapeurs-pompiers de Paris] et c’est pour ça que j’ai appelé le 17, vers 23 h 50. J’ai attendu quarante minutes pour m’entendre dire que ce n’était pas une situation d’urgence. […] Les policiers m’ont dit de partir. Je suis sorti avec ma compagne, je voulais passer la nuit ailleurs. J’ai cru que les policiers l’avaient embarquée donc nous sommes revenus. Mais je suis tombée nez à nez avec ma voisine dans les escaliers. Les policiers étaient repartis. Après leur départ, ma voisine a essayé de défoncer ma fenêtre et ma porte pour se venger. Un voisin m’a expliqué qu’il y avait du papier devant ma porte avec du bois. Elle a dû mettre le feu chez moi pour se venger. Quand je l’ai croisée, elle m’a souhaité bon courage en me disant que j’étais pompier, et que j’aimais bien les flammes. Là, je sens l’odeur de brûlé. »

Deux témoins interrogés par BFMTV ont raconté avoir entendu dans la soirée une altercation entre la suspecte et un jeune homme. Ce dernier, qui habitait au deuxième étage, se plaignait de la musique trop forte qui émanait de l’appartement de sa voisine et cognait contre sa porte. Celle-ci lui aurait alors répondu: «Toute manière, tu es un pompier, je vais mettre le feu». «Elle hurlait, lui hurlait pour qu’elle arrête (de frapper contre la porte). Elle hurlait, elle a jeté des choses par la fenêtre, elle a jeté des assiettes».

Plusieurs hospitalisations à Sainte-Anne

Ce ne sera  qu’après 6 h 30 du matin, à l’issue de plus de cinq heures d’intervention, que les pompiers finissent par maîtriser le feu. « La France se réveille dans l’émotion »,  tweetera alors le président de la République tandis que le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, saluait, sur les lieux du sinistre, « l’immense mobilisation des sapeurs-pompiers ».

Moins de vingt-quatre heures après le drame les médias généralistes enquêtent sur le passé psychiatrique de cette femme, ses antécédents, ses traitements. La chaîne d’information LCI précise qu’elle « avait été hospitalisée plusieurs fois à Sainte-Anne et à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris ». LCI :

« Selon nos informations, la quadragénaire a séjourné en psychiatrie à plusieurs reprises ces dernières années, pour une durée totale de cinq ans. Elle a notamment été internée à l’hôpital Saint-Anne ainsi qu’à l’Institut psychiatrique de la préfecture de police de Paris. Elle est sortie de sa dernière hospitalisation le 23 janvier 2019. 

 « Le juge chargé d’étudier son cas avait alors estimé qu’elle ne présentait plus de danger pour elle ou pour les autres. Elle est donc retournée vivre chez elle, sans aucune mesure coercitive. Entre 2016 et fin 2017, cette quadragénaire avait été visée par trois procédures judiciaires, dont une pour vol dans un magasin qu’elle avait ensuite tenté d’incendier. A chaque fois, ces affaires ont été classées sans suites, notamment en raison d’un « état mental déficient ». 

« Selon nos informations, la suspecte, qui était alcoolisée au moment de son interpellation, a été vue en train d’essayer de mettre le feu à une voiture, puis a enflammé un carton pour incendier une poubelle en face de l’immeuble. Elle aurait ensuite mis le feu au 2e, au 7e et au 8e étages de l’immeuble. » 

Et demain ? Les mêmes médias généralistes ressortiront bientôt les archives récentes du grand mal de la psychiatrie française, de ses invraisemblables restrictions budgétaires, des souffrances de ses soignants et de ses patients, des ravages de l’alcoolisme … On passera, alors, du tragique fait divers au politique. Pour quelles suites ?

A demain

@jynau

 

 

Suicide du Pr Christophe Barrat ( Avicenne ) : Agnès Buzyn refuse toute «instrumentalisation»

Bonjour

Que dire au lendemain d’une telle tragédie ? Il y a trois ans, après le suicide du Pr Jean-Louis Mégnien, Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, avait gardé le silence. Aujourd’hui, au lendemain de l’annonce du suicide du Pr Christophe Barrat, 57 ans, Agnès Buzyn Buzyn s’est exprimée. Dans les deux cas les praticiens se sont donnés la mort par défenestration sur leur lieu de travail.  Le premier à l’Hôpital européen Georges-Pompidou, le deuxième à l’hôpital Avicenne. Deux établissements de l’AP-HP. Agnès Buzyn, interrogée en marge de l’inauguration des nouveaux locaux de la Fédération nationale des établissements d’hospitalisation à domicile, à Paris :

 « C’est dramatique, mes premières pensées vont à sa famille et à toutes les équipes de l’hôpital d’Avicenne qui doivent être très bouleversées par tout cela. Je suis vraiment sincèrement avec eux. Ne nous précipitons pas sur une explication aujourd’hui. Une enquête est en cours. Je veux que l’enquête ait lieu en toute sérénité, sans instrumentalisation. On tirera les conséquences de ce qui aura été découvert par cette enquête interne. Je n’ai évidemment pas d’opinion.

 « La seule chose [importante] pour moi, c’est d’éviter que de tels drames se reproduisent. On a eu l’histoire de Monsieur Jean-Louis Mégnien, il y a quelques années, j’ai également vécu dans ma vie professionnelle des éléments très douloureux de ce type-là. Je pense qu’il faut qu’on évite aujourd’hui de tirer des conclusions hâtives sur [l’aspect] professionnel [ou] personnel.  Cela peut choquer sa famille et les soignants qui l’accompagnent que certains tirent des conclusions trop hâtives. Prudence. » 

Eviter que de tels drames se reproduisent. C’était, aussi, la priorité qui avait été donnée après le suicide du Pr Jean-Louis Mégnien.

A demain

@jynau

Un chirurgien s’est suicidé par défenestration au sein même de l’hôpital Avicenne (AP-HP)

Bonjour

Nouvelle tragédie individuelle. Nouvelles interrogations collectives. Nouveaux émois au sein de la communauté médicale hospitalière parisienne et française.

5 février. On apprend, de sources concordantes, que le Pr Christophe Barrat, chirurgien âgé de 57 ans, s’est suicidé par défenestration le dimanche 3 février au sein des locaux de l’hôpital Avicenne (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris). Ce praticien était chef du service de chirurgie bariatrique et métabolique du groupe hospitalier Hôpitaux universitaires Paris Seine-Saint-Denis (Avicenne, Jean-Verdier et René-Muret).

Dans un email interne adressé aux établissements du groupe hospitalier (auquel Le Quotidien du Médecin  – Anne Bayle-Iniguez) a eu accès, un hommage officiel a été rendu au Pr Barrat, « un professionnel respecté et apprécié de ses équipes »qui « incarnait l’excellence de sa spécialité et avait une reconnaissance nationale dans le domaine de la chirurgie bariatrique ».

Bien évidemment cette fin tragique n’est pas sans rappeler celle du Pr Jean-Louis Mégnien, cardiologue de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP) – il s’était lui aussi défenestré sur son lieu de travail le 17 décembre 2015. Une mort qui avait rapidement mis en lumière la somme des conflits internes au sein de cet établissement hospitalier réputé. Et, après enquête, une mort à bien des égards indissociable d’une forme de harcèlement moral et institutionnel.

Interrogé par Le Quotidien du Médecin, le Dr Christophe Prudhomme, urgentiste à Avicenne et membre de l’AMUF et de la CGT, fait le rapprochement entre les deux suicides, tous deux « multifactoriels »: 

« L’hôpital essaye de se défausser de ces responsabilités en évoquant la maladie grave du Pr Barrat [ce dernier souffrait d’un cancer]  mais le contexte professionnel dans lequel il exerçait doit aussi être pris en ligne de compte, Le Pr Barrat était au top à 50 ans, il dirigeait le service de chirurgie viscérale de Jean-Verdier, l’un des meilleurs de France. C’était une belle réussite. Et puis, il y a quatre ans, son service a été fermé pour être regroupé avec celui d’Avicenne. Cette stratégie de regroupement de l’activité médicale de l’AP-HP n’a pas aidé. »

Ce n’est pas tout. A l’échelon local le Dr Prudhomme évoque une « ambiance pas très bonne » (voire « conflictuelle») entre le Pr Barrat et le chef de service de chirurgie générale, digestive, cancérologique, bariatrique et métabolique de l’hôpital Avicenne. « Il y avait à Avicenne un conflit entre deux professionnels, et cela, avec le management autoritaire d’un directeur,souligne l’urgentiste-syndicaliste. C’est une situation interne typique du monde médical, à Avicenne ou ailleurs, qui n’est rien d’autre qu’un système clanique. »

D’ores et déjà un comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHST) extraordinaire s’est réuni et une cellule psychologique a été ouverte immédiatement. La CGT a réclamé l’ouverture d’une enquête sur les risques psychosociaux dans les trois établissements qui composent le groupe Hôpitaux universitaires Paris Seine-Saint-Denis. La direction générale de l’AP-HP ne s’est pas encore exprimée.

A demain

@jynau