Enfin, le ministère de la Santé reconnaît que des Gilets Jaunes blessés ont pu avoir été «fichés»

Bonjour

C’est un nouvel élément, de taille, dans l’affaire grossissante du « fichage » des Gilets Jaunes blessés et pris en charge ces derniers mois dans des établissements hospitaliers publics. Jusqu’ici Agnès Buzyn s’était cantonnée à une déclaration de principe.

« Exaspérée » par le sujet la ministre des Solidarités et de la Santé avait affirmé, le 7 février dernier sur Europe 1 (à partir de 7’) qu’un tel fichier relevait de la fiction. « Je ne demanderai jamais aux soignants de ficher les malades qui arrivent !  avait-elle déclaré avec emphase. Connaître le nombre de personnes hospitalisées qui seraient soit des “gilets jaunes”, soit des forces de l’ordre, ça n’est pas comme ça que fonctionnent les hôpitaux, et heureusement ! »

La question, alors, concernait l’usage qui avait ou non pu être fait du système « SI-VIC ». L’affaire, depuis, a pris de l’ampleur avec les révélations de Mediapart, Libération et du Canard enchaînéJusqu’à l’entrée en scène du Conseil national de l’Ordre des médecins et au dépôt d’une première plainte contre X pour violation du secret professionnel.

A cette double dimension, déontologique et judiciaire il faut aujourd’hui ajouter les déclarations faites au Monde (François Béguin) par la Direction Générale de la Santé (DGS) du ministère des Solidarités et de la Santé – une DGS interpellée la veille par l’institution ordinale. La DGS dont l’une des missions est de « garantir la déontologie, la transparence et l’accès de tous à des soins de qualité ». Le Monde :

« A la DGS, on assure que SI-VIC a déjà été activé ‘’plus d’une centaine de fois’’ depuis sa création, lors d’attentats ou lors d’événements avec de nombreuses victimes. Selon la DGS, le système n’a par ailleurs été activé lors des manifestations de ‘’gilets jaunes’’ sur l’ensemble du territoire national ‘’que les 8 et 15 décembre 2018. Il a ensuite été activé ponctuellement selon la situation locale par les agences régionales de santé ou les SAMU’’ ».

« Sous couvert d’anonymat, un médecin urgentiste de l’AP-HP raconte au Monde avoir trouvé ’très gênant’’ la demande de la direction de remplir SI-VIC, notamment parce que ‘’les patients n’étaient pas informés qu’ils étaient inscrits dans ce fichier’’. Il explique avoir choisi à titre personnel de ne pas remplir les noms des patients, ’sauf en cas d’attentat’’.

« Interrogée par le Monde sur cette absence de communication aux principaux concernés, la DGS assure que ‘’ce système d’information transitoire sera remplacé dans les prochains mois par un système d’information pérenne qui comprendra une fonctionnalité permettant de délivrer à la personne une information sur ses droits’’ ».

Où l’on comprend soudain que le citoyen ne savait, malheureusement, pas très bien, jusqu’ici, comment « fonctionnent les hôpitaux ». Et que le même citoyen aimerait bien, demain, en savoir un peu plus sur cette future « fonctionnalité » sur laquelle la ministre des Solidarités et de la Santé devra sans doute prochainement s’expliquer.

 

A demain

@jynau

1  « Délibération n° 2016-208 du 7 juillet 2016 autorisant le ministère des affaires sociales et de la santé à mettre en œuvre un traitement automatisé de données à caractère personnel ayant pour finalité l’établissement d’une liste unique des victimes d’attentats pour l’information de leurs proches par la cellule interministérielle d’aide aux victimes, intitulé ‘’SIVIC’’ ».

 

Les  Gilets Jaunes hospitalisés vont-ils porter plainte pour violation du secret professionnel ?

Bonjour

C’est une affaire sans précédent qui, via Libération, Mediapart et Le Canard enchaîné ne cesse de prospérer. Avec, aujourd’hui deux prolongements importants.

Tout d’abord l’entrée en scène du Conseil national de l’Ordre des médecins . Il dit avoir été alerté par des Conseils départementaux de l’Ordre et par des médecins – notamment des responsables de départements d’information médicale ou de services d’urgence. Tous inquiets de l’utilisation faite du système d’identification unique des victimes SI-VIC dans le cadre du mouvement social des Gilets Jaunes.

« Partageant les interrogations de ces médecins au regard du secret médical, le CNOM a saisi dès le 15 avril la Direction générale de la santé (DGS). Rappelant que la finalité de SI-VIC est le dénombrement, l’aide à l’identification et le suivi des victimes dans une situation sanitaire exceptionnelle, l’Ordre a demandé à la DGS de lui apporter toutes précisions utiles au sujet de son déploiement dans le contexte du mouvement social dit des gilets jaunes.  Dans le même temps, l’Ordre a saisi la CNIL, afin de recueillir son avis sur l’extension du système SI-VIC, qu’elle avait autorisé pour faire face à des situations sanitaires exceptionnelles, dans un contexte qui paraît être bien différent. »

Hauts fonctionnaires hospitaliers visés

Ensuite la première action en justice dans ce cadre : un Gilet Jaune  blessé le 9 février devait, ce vendredi 19 avril, porter une plainte contre X, soupçonnant un possible fichage «illicite» par l’hôpital parisien l’ayant opéré, a annoncé son avocat à l’AFP. Ce jour-là, à proximité de l’Assemblée nationale, ce manifestant âgé de 30 ans, Sébastien Maillet, avait eu la main arrachée par une grenade GLI-F4 qui avait explosé. Il avait ensuite été opéré à l’hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP).

Cette plainte contre X dont l’AFP a eu connaissance, vise les infractions de «collecte illicite de données à caractère personnel» et de «violation du secret professionnel». Le jeune homme estime que le fichier Si-VICa été détourné de sa finalité, avec «pour objectif de créer une liste de personnes militantes». Il fait valoir que son nom a «très certainement» été enregistré dans ce fichier sans son accord et que les médecins ont donc potentiellement violé «le secret professionnel» en dévoilant le nom d’un de leurs patients, militant de la cause des «gilets jaunes».

«Certains événements politiques comme le mouvement des Gilets Jaunes révèlent que des administrateurs, des hauts fonctionnaires, peuvent se comporter comme des voyous en violant la loi et en faisant du fichage discriminatoire à raison de l’appartenance politique, et plus odieux encore, au sein même des hôpitaux publics sur des blessés dont certains gravement mutilés», a commenté auprès de l’AFP Me Arié Alimi, son avocat.

Ces administrateurs, ces hauts fonctionnaires œuvrant au sein des hôpitaux publics se reconnaîtront-ils ? Engageront-ils une action pour diffamation ?

A demain

@jynau

Rebondissement dans l’affaire des Gilets Jaunes blessés et fichés, le samedi, aux urgences

Bonjour

Que répondront, demain, Agnès Buzyn et Martin Hirsch ? Jusqu’ici la ministre des Solidarités et de la Santé a nié les faits. Quant au Directeur général de l’AP-HP il ne voit pas où est, ici la nouveauté : « Gilets Jaunes : aux urgences de l’AP-HP, les blessés sont-ils oui ou non secrètement fichés ? »

Le Canard enchaîné, Médiapart et Libération avaient réuni une série de données laissant penser que oui. Avec notemment une note de la Direction générale de l’AP-HP datée du samedi 16 mars et signée de l’administrateur de garde comportant cette mention ainsi libellée : « Attention : il est indispensable de saisir les identités dans victimes en temps rééel dans SI-VIC ». A l’heure actuelle (17h15) elles ne sont pas toutes saisies. Merci d’avance ». Copie de cette note, par mail, avait été adressée à Anne Rubinstein, directrice de cabinet de Martin Hirsch et à Arnaud Poupard, son « conseiller pour la sécurité ».

Le Dr Gérald Kierzek expliquait avoir été témoin de ces consignes le samedi 13 avril à l’hôpital Hôtel-Dieu de Paris : «J’étais de garde pour la première fois un samedi. J’ai entendu un coup de fil, où la cadre de santé, c’est-à-dire l’infirmière en chef, disait ‘’comme d’habitude, vous appelez l’administrateur de garde quand c’est un gilet jaune’’.»

Particulière gravité

Rebondissement aujourd’hui avec un communiqué inattendu du Conseil national de l’Ordre des médecins : « Utilisation de SI-VIC dans le contexte du mouvement social dit des gilets jaunes ». Un communiqué qui élargit notablement le sujet, lui confère une nouvelle importance ainsi qu’une particulière gravité :

« Le Conseil national de l’Ordre des médecins a été alerté par des Conseils départementaux de l’Ordre et par des médecins, notamment responsables de départements d’information médicale ou de services d’urgence, de l’utilisation faite du système d’identification unique des victimes SI-VIC dans le cadre du mouvement social des gilets jaunes.

« Partageant les interrogations de ces médecins au regard du secret médical, le CNOM a saisi dès le 15 avril la Direction générale de la santé. Rappelant que la finalité de SI-VIC est le dénombrement, l’aide à l’identification et le suivi des victimes dans une situation sanitaire exceptionnelle, l’Ordre a demandé à la DGS de lui apporter toutes précisions utiles au sujet de son déploiement dans le contexte du mouvement social dit des gilets jaunes.

 Dans le même temps, l’Ordre a saisi la CNIL, afin de recueillir son avis sur l’extension du système SI-VIC, qu’elle avait autorisé pour faire face à des situations sanitaires exceptionnelles, dans un contexte qui paraît être bien différent. »

 On attend avec le plus vif intérêt les réponses circonstanciées, sinon d’Agnès Buzyn, du moins de son Directeur Général de la Santé.

A demain

@jynau

 

AP-HP, urgences : après l’affaire de Lariboisière, voici le temps de la «grève illimitée»

Bonjour

Nouveau symptôme signifiant de troubles vécus par le système hospitalier français. Et prolongement de la récente « affaire de Lariboisière » : une femme âgée de 55 ans retrouvée morte dans la zone d’attente des urgences de cet hôpital douze heures après son admission – sans avoir été examinée par un médecin. Expliquer cette « défaillance » dans la prise en charge d’une patiente ? « Il n’y a pas de faute individuelle d’un soignant, mais une série de dysfonctionnements qui n’ont pas permis d’arrêter le processus menant au drame », avait expliqué au Monde le Pr Dominique Pateron, le président de la collégiale des urgences de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), à l’issue d’une mission d’enquête. Les capacités du service avait été dépassées.

Puis, dans une tribune publiée (toujours dans Le Monde) en janvier, quatorze chefs de service 1 avaient jugé que cette saturation permanente des urgences « augmentait considérablement les risques d’erreurs médicales et use les équipes ». Ils avaient appelé à un « grand plan en faveur des urgences », prévoyant notamment la possibilité de « filtrer l’accès » à ces lieux de soins.

Et loin de s’être résorbé l’abcès a grossi. En dépit des initiatives de Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP les infirmiers et les aides-soignants de quatre services d’urgence (SAU) parisiens (Lariboisière, Pitié-Salpêtrière, Saint-Louis, Tenon) devraient rejoindre ceux de l’hôpital Saint-Antoine dans une grève illimitée. Objectif :  obtenir une amélioration de leurs conditions de travail et des augmentations de salaire. Un mouvement dont les organisateurs espèrent qu’il s’étendra  aux vingt autres SAU du groupe puis à ceux de l’ensemble du pays. Un mouvement qui  ne devrait pas perturber  la prise en charge des patients : les grévistes sont assignés de manière à assurer une continuité des soins. Un mouvement soutenu par les syndicats SUD et CGT.

Palais de l’Elysée

Outre les quarante-cinq nouveaux postes déjà promis (à répartir entre les vingt-cinq services), Martin Hirsch a annoncé dans une lettre envoyée aux syndicats le 9 avril qu’un groupe de travail établirait « dans un délai de deux mois » de tels ratios. « Je m’engage à assurer un parallélisme entre l’augmentation de l’activité et le renforcement des effectifs, ce qui est un vrai progrès,assure-t-il au Monde (François Béguin). Comme, en plus nous veillerons à bien remplacer les congés de maternité, à titulariser plus vite, et à renforcer les effectifs de sécurité, les agents vont voir un réel effet. »

Outre la « dégradation de la qualité de la prise en charge » dans les SAU, les grévistes pointent également l’augmentation de l’agressivité et des violences dans ces services où sont accueillis des patients en situation de précarité – parfois atteints de pathologies psychiatriques. Martin Hirsch assure qu’il va « accélérer »la mise en œuvre d’un plan visant à renforcer la sécurité de l’ensemble des sites. Ce sera non, en revanche, pour l’octroi d’une prime mensuelle de 300 euros : les grévistes doivent sur ce point s’adresser à la ministre Agnès Buzyn – ou, mieux, au Palais de l’Elysée.

A demain

@jynau

 Philippe Juvin, chef de service des urgences, hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP), Paris; Marie-Christine Ballester, chef de service des urgences, hôpital Foch, Suresnes ; Sebastien Beaune, chef de service des urgences, hôpital Ambroise-Paré, Boulogne-Billancourt ; Enrique Casalino,chef de service des urgences-SMUR, CHU Bichat, Paris et CHU Beaujon, Clichy ; Arnaud Depil-Duval, chef de service des urgences, CH Eure-Seine, Evreux-Vernon ; Benoît Doumenc, chef de service des urgences, CHU Cochin, Paris ; Luc-Marie Joly, chef de service des urgences, CHU Rouen ; Mehdi Khellaf, chef de service des urgences, CHU Henri-Mondor, Créteil ; Catherine Le Gall, chef du service des urgences, centre hospitalier d’Argenteuil ; Eric Roupie, chef de service des urgences-SAMU 14, CHU de Caen ; Jeannot Schmidt, chef de pôle SAMU-SMUR-Urgences CHU Clermont-Ferrand/CH de Riom ; Mathias Wargon, chef de service des urgences-SMUR, CH de Saint-Denis ; Eric Wiel, chef de service des urgences-SAMU du Nord, CHU de Lille ; Caroline Zanker, chef de service des urgences, hôpital franco-britannique de Levallois.

 

 

Affaire Geneviève Legay : le procureur de Nice n’est peut-être pas celui que l’on croyait

Bonjour

Nouveau rebondissement dans l’affaire sans fin de la militante Geneviève Legay, 73 ans blessée fin mars lors d’une manifestation interdite. Voici désormais que le ministère de la justice exige des explications de la part de Jean-Michel Prêtre, procureur de la République à Nice. Le voici officiellement mis en cause dans sa gestion controversée de cette affaire dans laquelle se sont très tôt exprimés la ministre de la Justice et le président de la République.

La direction des services judiciaires du ministère « a saisi officiellement le procureur général d’Aix-en-Provence afin de convoquer le procureur de Nice »,pour qu’il s’explique sur « un certain nombre de faits et notamment l’affaire Geneviève Legay », a précisé à l’Agence France-Presse la chancellerie, confirmant une information de Mediapart.

On ne plaisante plus. « Un retour rapide est attendu » au terme de la convocation du procureur de Nice, placé sous l’autorité hiérarchique du procureur général Robert Gelli. « Au vu de l’analyse du procureur général et des explications de l’intéressé, la ministre [de la justice] Nicole Belloubet appréciera les suites à donner », explique-t-on à la chancellerie.

Une forme de sagesse

Rappelons les propos inauguraux de Nicole Belloubet  :

« Je trouve tout de même curieux que lorsqu’une manifestation est interdite, comme c’était le cas à Nice, quelqu’un aille absolument avec la volonté de manifester à cet endroit-là. Il y avait quelques périmètres, dans certaines villes, où les manifestations étaient interdites. A la suite de sommations, une personne qui y reste est susceptible de commettre un délit et c’est dans ce cadre là que les événements se sont passés ».

Et ceux du président de la République qui souhaitait à la victime « un prompt rétablissement» et, « peut-être une forme de sagesse » :

 « Je souhaite d’abord qu’elle se rétablisse au plus vite et sorte rapidement de l’hôpital, et je souhaite la quiétude à sa famille. Mais pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable. Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci.»

Cette affaire avait ravivé la polémique sur les violences policières depuis la crise sociale des Gilets Jaunes. Jean-Michel Prêtre est notamment mis en cause pour avoir changé de versions sur le déroulé des faits mais aussi et surtout pour avoir décidé de confier l’enquête sur les blessures de la septuagénaire à la sûreté départementale, dont la chef est la compagne du commissaire chargé, ce jour-là, du commandement. Un possible conflit d’intérêts soulevé par le journal Nice-Matin puis mis en exergue par le site d’informations Mediapart. Ce à quoi le procureur Jean-Michel Prêtre a répondu qu’il était au courant de ce choix et que l’enquête avait été « bien menée » tandis que le procureur général a estimé qu’une telle décision n’était « pas illogique ». Nous avions pour notre part précisé avoir peut-être trop rapidement estimé que le procureur avait fait preuve d’indépendance et de transparence dans ce dossier.

On appréciera désormais quelles suites seront données. Et qui prononcera, ou pas, un mea culpa.

A demain

@jynau

«Patient remarquable» = «ne pas réanimer»!  George Orwell dans les hôpitaux français 

Bonjour

Emergence du novlangue de George Orwell dans l’univers hospitalier français. On l’observe sur le site Gènéthique  – site qui, une fois n’est pas coutume, reprend un papier original de Libération (Eric Favereau).

Où l’on parle d’un colloque sur les décisions médicales en fin de vie organisé à l’Hôpital européen Georges-Pompidou, (Paris). C’est l’histoire d’un « patient remarquable », formule qui peut être remplacée par « NTBR » (« Not To Be Reanimated » ; « A ne pas réanimer »). Elle est employée dans les dossiers médicaux du Samu et des services de réanimation, pour les « patients porteurs d’une maladie grave évoluée et évolutive »,pour qui « les traitements curatifs ne sont plus appropriés ».

Le cas évoqué lors du colloque parisien était celui d’une personne souffrant depuis plus de vingt ans d’une affection dégénérative. Une crise d’insuffisance respiratoire d’une particulière gravité a imposé son hospitalisation Après l’avoir soigné, les médecins de l’hôpital ont organisé une réunion collégiale sur la suite de sa prise en charge – sans consulter sa famille. Quelques jours plus tard cette famille a reçu un courrier l’informant d’une décision : si ce malade devait revenir en urgence à l’hôpital qu’« il ne serait pas réanimé », et qu’« une sédation longue et continue jusqu’au décès serait éventuellement mise en route ».  Cette personne était en effet signalée comme « patient remarquable au Samu ». 

 Pourtant, la loi prévoit quune réunion collégiale ne peut être organisée « qu’au moment où se décide un arrêt ou une limitation de traitement, et non pas en avance » a rappelé la Dr Véronique Fournier, qui dirige le Centre d’éthique clinique des hôpitaux de Paris. Selon elle « jusqu’au dernier moment, le patient peut changer d’avis. C’est son dernier avis qui compte ». Comment ne pas voir ici, à l’heure des contraintes budgétaires hospitalières, un risque, majeur, de dérive ?

« Procédure d’une exceptionnelle gravité »

On peut, sur ce thème et via EM Consulte prendre connaissance de la procédure mise en œuvre en Suisse, à Genève :

« L’ ordre  »Ne pas réanimer » (DNR Do not resuscitate, ou NTBR Not to be resuscitated, ou encore DNAR Do not attempt resuscitation) est totalement spécifique. C’est l’ordre médical de ne pas entreprendre une réanimation cardio-respiratoire (RCP) en cas d’arrêt cardio-respiratoire. Cet ordre ne doit en aucun cas être confondu avec la décision de limiter l’intensité thérapeutique ou d’interrompre la prise en charge vitale (withholding et withdrawing des anglo-saxons).

« Le Conseil d’éthique clinique des hôpitaux universitaires de Genève (Suisse) a publié en 2001 un avis consultatif sur l’ordre NTBR, reproduit intégralement dans cette mise au point. Il y est rappelé que la décision de ne pas entreprendre de RCP en cas d’arrêt cardio-respiratoire est légitime sur le plan éthique quand le patient, convenablement informé et capable de discernement, a exprimé la volonté de ne pas être réanimé ainsi que lorsque le patient est en fin de vie, situation dans laquelle les méfaits de la RCP dépassent considérablement ses bénéfices.

« Dans cette dernière situation, une discussion de l’ordre NTBR avec le patient n’est pas nécessaire alors que la discussion avec le patient de ses objectifs et de ses attentes concernant les soins demeure indispensable. L’ordre NTBR est d’une exceptionnelle gravité. Il doit donc être mûrement réfléchi et discuté et son inscription doit obéir à une procédure du type de celle qui est indiquée dans ce document. Tout ordre NTBR doit faire l’objet d’une réévaluation régulière au cours du temps, afin de tenir compte de l’évolution de l’état du patient.

« Enfin, comme l’inconfort des soignants à discuter de la fin de vie avec leurs patients est une réalité et une limite importante à la participation du malade à la décision d’entreprendre ou non une RCP, il est indispensable d’organiser pour les médecins une formation à ce type d’entretiens. »

Où l’on saisit qu’une langue française bien maîtrisée permet, tout bien pesé, de faire obstacle au novlangue mortifère.

A demain

@jynau

Petit rebondissement dans l’affaire de la vieille dame blessée tancée par Emmanuel Macron

Bonjour

Qui sait jusqu’où nous conduira le dossier Geneviève Legay ? Cette femme âgée de 73 ans femme a été blessée le 23 mars dernier lors d’une manifestation interdite organisée à Nice. D’emblée tancée par Emmanuel Macron, elle vient de répliquer en des termes violents et politiques au président de la République. Et puis, aujourd’hui voici un élément qui (souligne Le Monde dans un euphémisme dont il a le secret)  « inspire de nouvelles questions ». Mediapart (Pascale Pascariello) a révélé, lundi 8 avril, que la commissaire chargée des investigations est la compagne du commissaire Rabah Souchi, chargé des opérations le jour de la manifestation.

Or cette relation était connue du procureur de la République de Nice, Jean-Michel Prêtre. On avait peut-être trop rapidement estimé que ce dernier avait fait preuve d’indépendance et de transparence dans ce dossier. Il a affirmé auprès de Mediapart avoir été « tout à fait au courant, au moment de l’ouverture de l’enquête préliminaire, de [ces] liens de concubinage ». « Je ne vois pas en quoi cela pose problème », assure-t-il. Naïveté vraie ou ombre de duplicité ?

Deux jours après les faits, le procureur Prêtre avait assuré que la chute de la septuagénaire n’avait nullement été provoquée par un policier. Puis, après étude minutieuse des images, il avait  changé de version – pour reconnaître, le 29 mars, que « c’est bien le geste d’un policier qui est à l’origine de la chute de Mme Legay ».

La compagne du commissaire

Entre ces deux dates l’avocat de la famille de la manifestante avait déposé plainte pour « violences volontaires commises en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique, avec usage d’une arme, et sur personne vulnérable » et « subornation de témoin ». Puis septuagénaire d’expliquer avoir reçu, à l’hôpital, dès le lendemain de la manifestation, plusieurs visites de policiers, « placés sous l’autorité directe » de la compagne du commissaire Souchi selon Mediapart. « Ils ont surtout insisté pour me faire dire que c’était un journaliste qui m’avait poussée, détaille Mme Legay dans une interview au même site. Or, c’est faux. Je me rappelle avoir été poussée par un policier et je le leur ai dit. Mais ils insistaient sur le journaliste. Je sais que le policier qui m’a poussée a reçu des ordres de sa hiérarchie, du commissaire Souchi, du préfet de police, du ministère de l’intérieur.»

Et Mme Legay dit, par ailleurs, se rappeler « très bien, au début de la manifestation, de ce commissaire Souchi et de son regard. Il semblait animé de colère à notre égard. »

Tout ceci pourrait peut-être éclairer d’une nouvelle lumière les premiers  propos tenus, à l’endroit de Mme Legay, par Nicole Belloubet ministre de la Justice : « Je trouve tout de même curieux que lorsqu’une manifestation est interdite, comme c’était le cas à Nice, quelqu’un aille absolument avec la volonté de manifester à cet endroit-là. Il y avait quelques périmètres, dans certaines villes, où les manifestations étaient interdites. A la suite de sommations, une personne qui y reste est susceptible de commettre un délit et c’est dans ce cadre là que les événements se sont passés ».

Des propos ministériels qui avaient précédé ceux du président de la République souhaitant à la victime « un prompt rétablissement». Un prompt rétablissement et, osait-il,  « peut-être une forme de sagesse … »

« Je souhaite d’abord qu’elle se rétablisse au plus vite et sorte rapidement de l’hôpital, et je souhaite la quiétude à sa famille, avait-il ajouté. Mais pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable. Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci.»

A demain

@jynau