Homéopathie : cent trente-et-un Académiciens partent en guerre. On attend Agnès Buzyn

Bonjour

Nous vivons des temps jaunes et étranges, le retour de la violence et la résurgence de polémiques jamais éteintes. Comme celle qu’alimente l’homéopathie.

Dans l’attente d’un verdict politique (toujours repoussé), le dernier épisode en date est académique : cent trente-et-un académiciens réclament publiquement son déremboursement. Membres des Académies des sciences, de médecine et de pharmacie ils s’expriment (à titre personnel) dans une tribune publiée le 4 décembre dans L’Express : « Homéopathie: « Il faut dérembourser » ».

« Non, l’homéopathie n’est pas un médicament actif, même si elle bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché et d’un remboursement. Un état de fait injustifié, car l’homéopathie, contrairement aux autres médicaments, n’a pas fait la preuve de son efficacité sur la base de démonstrations vérifiables et objectives reconnues par la communauté scientifique internationale.  

Non, les produits homéopathiques ne peuvent plus continuer à entretenir le flou sur leur composition, qui doit être indiquée sur leur conditionnement (quantité de préparations actives et excipients). De même, leurs indications doivent être précisées.

Non, l’homéopathie n’est pas plus efficace qu’un autre placebo, comme l’ont démontré toutes les études. Cet argument mis en avant pour justifier son « efficacité » démontre seulement qu’un granule de sucre peut faire de l’effet si le patient y croit et fait confiance à son médecin. 

Non, l’homéopathie n’est pas forcément inoffensive. Si un produit à base d’eau et de sucre ne peut évidemment pas faire de mal, il peut faire perdre du temps, voire mettre la vie en péril en cas de maladie aiguë ou chronique dont le traitement ne peut pas attendre. 

Non, l’homéopathie ne saurait invoquer un effet thérapeutique. Sa publicité se fonde trop souvent sur de simples allégations. Ainsi, contrairement à certaines des affirmations de ses promoteurs, l’homéopathie ne prévient pas les états grippaux, et il n’existe pas de « vaccin » homéopathique, comme a dû le rappeler l’Agence nationale de sécurité du médicament en 2016. 

Non, l’homéopathie ne doit plus être enseignée dans les facultés de médecine et de pharmacie, qui se discréditent en cautionnant une doctrine restée en marge de la science. 

Non, l’homéopathie ne coûte pas moins cher à la collectivité que la médecine conventionnelle. Une récente étude internationale démontre même que les patients soignés à l’homéopathie coûtent en réalité 20 % de plus aux assurances sociales.  » 

C’est pourquoi les signataires  réfutent le terme de « médicament » pour un produit qui ne fait pas la démonstration de son efficacité et réclament la fin de  son remboursement par la collectivité nationale.

Pour le Quotidien du Médecin cette peu banale sortie apporte indéniablement du crédit aux médecins du « collectif anti-fake médecine » – dont certains sont poursuivis devant l’Ordre pour non-confraternité par le Syndicat des médecins homéopathes. Les 131 académiciens mettent également brutalement la pression sur la direction de la  Haute Autorité de santé qui doit « prochainement » remettre un avis sur l’évaluation de ces « médicaments ». Un avis sur lequel devrait ensuite s’inspirer la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, pour se prononcer sur leur « éventuel » déremboursement.

Où l’on verra le politique croiser la médecine, la science et la pharmacie.

A demain

@jynau

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Jactance et Gilets Jaunes : annulation du moratorium, pas de détricotage, zéro entourloupe

Bonjour

Les crises politiques voient émerger des mots généralement inusités sous les ors et dans les médias. C’est tout particulièrement vrai avec celle des Gilets Jaunes, une crise violente qui soulève également des difficultés linguistiques comme le rapporte Slate.fr 1. Une crise qui voit le pouvoir exécutif ne plus savoir comment dire ce qu’il entend peut-être faire.

5 décembre 2018. Après la suspension des taxes et la mise en place d’un « moratoire » justifié et développé par le Premier ministre voici que la foudre est venue, à la nuit tombée, des horloges du Palais de l’Elysée : le moratorium n’est plus vive l’annulation des taxes programmées pour janvier.

« Annulation » : Action d’annuler, de s’annuler; résultat de cette action. Annulation de mariage; cas d’annulation; demander l’annulationDroit d’annulation, recours en annulation, demande en annulation, procédure d’annulation; annulation des actes, des délibérations, des élections, des contrats, d’un testament.

« Un des résultats les plus considérables de cette annulation de l’autorité royale par des causes pourtant presque opposées, c’est que la loi salique devient inutile ». Hugo, Le Rhin,1842, p. 448.

La psychanalyse parle aussi d’annulation rétro-active.  « Défense caractérisant notamment la névrose obsessionnelle par laquelle une action est accomplie pour abolir magiquement une action antérieure. »  (Piéron 1963).

Tricoteuses

Le 5 décembre 2018 vit aussi réémerger « détricoter »  dans un pays où les femmes ne tricotent plus guère. Dans le champ politique ce verbe avait notamment été utilisé par Marisol Touraine quand, quoique ministre de la Santé de François Hollande, elle n’avait rien pu faire contre le détricotage d’une partie alcoolique de la loi Evin.

Emmanuel Macron, s’est ainsi opposé au cours du conseil des ministres, à tout rétablissement de l’Impôt sur la fortune (ISF), a rapporté l’Elysée, confirmant une information des Echos. « Nous ne détricoterons rien de ce qui a été fait depuis dix-huit mois », a déclaré le chef de l’Etat.

« Détricoter » : Défaire les mailles d’un tricot. Familier. Défaire point par point ce qui avait été soigneusement élaboré : Détricoter une loi. Peut aussi, dans l’inconscient collectif français, renvoyer aux heures sombres des formidables « Tricoteuses »;

 A cette occasion le chef de l’Etat a « recadré » la très imprudente Marlène Schiappa qui, benoîtement, pensait pouvoir exprimer une opinion contraire à la sienne. « Recadrer » : rappeler à l’ordre après un comportement ou des propos jugés  inappropriés. Remettre dans le droit chemin.

Jactance et bobards

Et puis, après la peu banale jactance républicaine, l’émergence d’ « entourloupe ».

Les augmentations de taxes sur les carburants sont « annulées pour l’année 2019 », a confirmé le ministre de la Transition écologique François de Rugy sur BFMTV lors d’un ahurissant  débat (« Sortir de la crise ») avec quatre gilets jaunes. En ces termes : « Comme ça il n’y a pas d’entourloupe. Le président [de la République française] je l’ai eu au téléphone il y a quelques minutes. Il m’a dit: ‘’les gens ont eu l’impression qu’il y avait une entourloupe, qu’on leur disait c’est une suspension mais hop ça reviendra après' » ».

« Entourloupe » : Plaisanterie, mauvais tour, destiné à prendre avantage sur quelqu’un.  Synon. fam. crasse. « Alors, ils se montaient des bobards, des entourloupes monumentales, ils rêvaient tous de réussites, de carambouilles formidables… » (Céline, Mort à crédit,1936 p. 342)

Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, sur France Inter, à l’aube du 6 décembre : « Si nous ne réformons pas, le pays est foutu ».

A demain

@jyanu

1 « Le défi posé aux médias par les ‘’gilets jaunes’’ est aussi linguistique »  Thomas Deslogis Slate.fr 5 décembre 2018

A lire aussi: «  La crise des ‘’gilets jaunes’’ révèle l’histoire d’une France qui disparaît » Daniel Behar Slate.fr 5 décembre 2018

 

 

Gilets Jaunes : 250 000 salariés de l’Hospitalisation Privée priés de ne pas manifester

Bonjour

A partir de quand, et de quel droit, un employeur peut-il restreindre le droit des ses salariés à manifester ? C’est la question d’actualité soulevée aujourd’hui par Lamine Gharbi 1 président de la Fédération de l’Hospitalisation Privée (FHP). Ainsi ce peu banal message mandé à la presse française :

« Paris le 5 décembre 2018 – Notre pays connait depuis plusieurs semaines une situation de tension sociale intense avec le mouvement des « Gilets jaunes ». Cette crise prend aujourd’hui des proportions susceptibles de menacer le vivre-ensemble et les fondements du pacte républicain.

En tant qu’établissements de santé, les hôpitaux et cliniques privés ont un rôle important dans la cohésion de la société. La confiance que leur accordent les Français leur donne aujourd’hui la responsabilité d’appeler à l’apaisement et à la préservation des valeurs démocratiques, indispensables au bon fonctionnement des institutions.

Lamine Gharbi, président de la FHP :

« Alors que les prochaines mobilisations portent le risque de déborder du cadre républicain en engendrant de nouvelles violences, j’appelle les 250 000 salariés de l’ensemble des hôpitaux et cliniques privés à adopter une attitude responsable en évitant de prendre part aux manifestations annoncées samedi. Dans le contexte actuel, le rôle de chacun est de contribuer à apaiser les tensions et préserver les conditions du débat démocratique. »

France, 5 décembre 2018 : A partir de quand, de quel droit et jusqu’où peut-on tenter d’apaiser ?

A demain

@jynau

1 Docteur en pharmacie, Lamine Gharbi est titulaire d’un Mastère de management de l’industrie pharmaceutique (Ecole Supérieure de Commerce – Dijon) et d’un Mastère de DESS d’Economie et Gestion des Etablissements de Santé (CESEG – Université de Montpellier I). Il a débuté dans le secteur hospitalier privé en 1990, comme pharmacien de la clinique Pasteur à Pézenas (Hérault), avant de constituer progressivement un groupe régional d’établissements de santé Cap Santé, dont il est le président. Cap Santé accueille 120.000 patients chaque année, dont 70.000 dans ses 4 services d’urgence. 1.200 salariés y travaillent et plus de 300 médecins y exercent.

 

Vanité et suffisance : « jactance » pourrait-elle être une définition du macronisme ?

Bonjour

5 décembre 2018. Moratoire ou pas, reddition ou non, la colère nationale, le stress collectif, ne retombent pas. Tensions et jeu de boules à l’Assemblée nationale. Avec l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon : « On ne peut être l’ami des riches et, en même temps, du genre humain ». Avec un Christian Jacob plus vif que jamais – le président du groupe Les Républicains osant se mot : « le macronisme 1 est une jactance » :

« Le macronisme est une jactance : on parle beaucoup, personne ne comprend rien, c’est souvent le but recherché. Ça donne des motifs de colère. Derrière une communication qui a pu donner l’illusion, vous n’avez engagé aucune réforme. Tout l’effort repose sur les Français. (…) Votre méthode repose sur le mépris. »

« Jactance » :  Littér. Attitude arrogante d’une personne imbue d’elle-même, qui cherche à se faire valoir par un ton et des propos suffisants. Synon. outrecuidance, vanité, vantardise; anton. bonhomie, modestie. Homme, discours plein de jactance; air, ton, trait de jactance; rabaisser la jactance de qqn.

«  C’est un défaut des Français, quand ils parlent d’eux-mêmes, de passer d’une jactance irritante à une sorte d’humilité désespérée (Mauriac, Bâillon dén.,1945, p. 416). »

« La jactance fait que beaucoup présument de leurs forces, jusqu’au point de prendre leurs conceptions personnelles pour mesure de toutes choses; (…) rêvent tout haut, et s’en vont philosophant par des sentiers téméraires que chacun se fraie à son gré, s’isolant pour être vuOzanamPhilos. Dante,1838, p. 104. »

On peut aussi utiliser « jactancieux » ou « jactancieuse »: « Je laisse le malheureux de Flers payer sa fermeté trop froide du prix de sa tête, et un autre général en chef, Barbantane, jactancieux et incapable, le remplacer (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 2, 1862, p. 57). »

 A demain

@jynau

1 Macronisme : ensemble des doctrines défendues par Emmanuel Macron ; adhésion à celles-ci.

Déserts médicaux guerriers : adresser votre CV au Service de Santé des Armées françaises

Bonjour

Claude Angeli est l’un de ces (rares) journalistes français que l’on ne présente plus. Exclu (1964) du parti communiste, quand il a rejoint Le Nouvel Observateur – journal qu’il quitte pour entrer au Canard enchaîné (1971). Il y devient « chef des informations », puis « rédacteur en chef adjoint pour l’information politique », et « rédacteur en chef ». Intérêt marqué pour les sujets de politique étrangère (il dispose de « nombreuses sources » dans les milieux du renseignement militaire, de la diplomatie, et de la police).

Une telle mémoire ne saurait se taire : en 2012, l’hebdomadaire satirique annonce que Louis-Marie Horeau succède à Claude Angeli comme rédacteur en chef – ce dernier continuant néanmoins d’assurer une chronique de politique étrangère. Chronique que l’on retrouve chaque mercredi ouvré en pied de page 3.

Livraison datée du 5 décembre : « Désertions en masse au service de santé des armées ». Où l’on apprend que les soignants de ce service sont épuisés, sur-utilisés à 200% et hautement surchauffés. Diagnostic porté par la Commission sénatoriale des Affaires étrangères et de la Défense. Inconnue du plus grand nombre le Dr Maryline Guygax, patronne du Service de santé des armées françaises devra alors s’expliquer sur ce brûlant sujet devant la représentation démocratique.

Le Canard enchaîné est précis : depuis 2014 et la multiplication des interventions militaires française ce Service « a perdu 1600 médecins, infirmiers et techniciens ». « Tous des démissionnaires – ou des déserteurs si l’on a mauvais esprit- qui préfèrent rejoindre le secteur civil, pacifique et mieux rémunéré » écrit notre confrère Angeli. Conséquence : le SSA ne recense plus, aujourd’hui , que 700 médecins – toutes spécialités confondues.

En pratique: on recherche, d’active, « une centaine de chirurgiens, orthopédistes et dentistes ». Les CV ne sont (surtout) pas à adresser au Canard enchaîné (173 rue Saint-Honoré).

A demain

@jynau

Gilets Jaunes et drapeau blanc : Emmanuel Macron fait-il acte de reddition  ou de capitulation ?

Bonjour

« Révolution » : auteur Emmanuel Macron. Applaudissements. C’était il y a -seulement- deux ans. 4 décembre 2018 :  l’heure est médiatiquement grave. Peu après l’Angélus. Edouard Philippe, Premier ministre d’Emmanuel Macron vient de prendre la parole. « Moratoire ». Virage à 180°. Suspension (pour six mois) de toutes les taxes programmées (4 milliards d’euros). Recul dans le désordre, incohérences généralisés. Avec, dramatique première émanant du pouvoir macronien, une forme émergente de mea culpa.

Rien ne permet encore de prendre la mesure des conséquences de ce drapeau blanc et, en même temps, bleu-blanc-rouge.

On peut le dire autrement : notre pouvoir exécutif vacille. Ce pouvoir qui ne cesse de dire  « entendre la colère ». Quelle sera la réponse des violents-colériques à l’écoute d’Edouard Philippe ? Pour l’heure, médiatique, la métaphore guerrière fait florès. Et reviennent, déjà, les vieux mots.

A commencer par celui de reddition : « Action de se rendre; acte par lequel on met bas les armes, conformément à une capitulation, signée ou non avec l’ennemi ». « Capitulation » : Dans le domaine militaire : convention établie entre nations belligérantes en vue de la reddition de la partie vaincue.

Mais la « reddition » est aussi, génie de la langue française,  un « remboursement » :

« Reddition d’une somme d’argent ». Je préparai un acte par lequel le comte reconnut avoir reçu de l’usurier une somme de quatre-vingt cinq mille francs, intérêts compris, et moyennant la reddition de laquelle Gobseck s’engageait à remettre les diamants au comte (Balzac, Gobseck, 1830, p. 418).

« Reddition des comptes ». Acte par lequel un comptable public présente les comptes de sa gestion à l’autorité devant laquelle il en est responsable. Génie de la langue et de l’histoire françaises :

Capitulation : « Le 20 juin, j’écrivis à Weygand, qui avait pris dans la capitulation le titre étonnant de « Ministre de la Défense nationale ».  (De Gaulle, Mémoires de guerre,1954, p. 71). Par métaphore : Action d’abandonner, en tout ou en partie, une attitude, une opinion intransigeantes. « Se laisser aller aux capitulations lâches ( Zola, L’Argent, 1891, p. 257) ». Généralement la capitulation conclue avec l’ennemi est regardée comme « déshonorante ». Question : en France, à l’heure de l’Angélus du 4 décembre 2018, où est notre ennemi ?

A demain

@jynau

 

 

Sportifs et publicités alcooliques : onze experts accusent Emmanuel Macron et Agnès Buzyn

Bonjour

Poisson-pilote ? Elle s’appelle Perrine Goulet. Députée (La République en marche, Nièvre) elle avait travaillé chez EDF Gaz de France Distribution comme conseillère clientèle à Nevers avant d’intégrer, il y a dix ans, le Centre nucléaire de Belleville comme responsable système d’information.

Le 26 mars 2018, Greenpeace portait plainte contre elle pour incitation au meurtre, à la suite d’une déclaration à l’Assemblée nationale datant du 22 mars concernant les militants pénétrant dans des complexes nucléaires : « Pourquoi nous ne ferions pas un peu comme aux États-Unis, (…) avec possibilité de ne pas se poser de questions et, quand il y a une intrusion, de tirer ? ». La députée s’était défendue dès le lendemain. Hors ed question de vouloir tuer des militants de Greenpeace elle voulait signifier « tirer dans les jambes ».

Peu de temps après Edouard Philippe, Premier ministre lui demandait un rapport sur le « financement du sport ». Travail achevé. Le Journal du Centre :

« Vendredi 30 novembre, à l’Assemblée nationale, la députée LREM Perrine Goulet, dans un rapport sur le financement des politiques sportives en France, a proposé des pistes pour financer le sport.

L’élue nivernaise, dans ses propos, semble douter de «  »l’efficacité » pour la santé publique de la loi Évin, qui restreint la promotion de l’alcool et du tabac depuis 1991. Elle déplore plusieurs incohérences, comme l’apparition des publicités prohibées sur des chaînes françaises à l’occasion de compétitions à l’étranger », rapporte une dépêche de l’AFP. Elle est favorable au « retour du sponsoring d’équipes françaises pour les viticulteurs et les brasseurs ».

« Ça ne sert à rien d’interdire l’alcool dans les stades si les gens s’enivrent massivement avant d’aller au match, ce qui pose des problèmes de sécurité », a-t-elle affirmé à l’AFP.

Elle propose, également, la suppression du certificat de non contre-indication à la pratique sportive. »

Lundi 3 décembre, méchant retour de volée d’une équipe de onze experts historiques de santé publique 1. Réintroduire sans limites la vente d’alcool dans les stades sous prétexte de soutien aux petits clubs sportifs ? « C’est oublier, disent-ils, les trente-neuf morts du Stade du Heysel à Bruxelles le 29 mai 1985. L’alcool avait coulé à flots avant que ne s’accumulent les morts. »

« Explication éculée »

Pour ces experts l’ explication éculée de Mme Goulet ne doit tromper personne. La même proposition a déjà été faite par un de ses collègues LREM, Alain Touret, pour soutenir les clubs de foot de la ligue 1 en commençant par un match du PSG, « petit club s’il en est ». Et de filer une métaphore aquatique :

« Ne soyons pas dupes. Il est évident que le lobby alcoolier harcèle la représentation nationale pour autoriser de nouvelles occasions de boire, avant et pendant les matchs. La députée LREM n’est que le poisson pilote des requins de l’alcool dont le but réel est d’en finir une fois pour toutes avec la Loi Evin et la loi Alliot-Marie de 1993 (interdiction de l’alcool, des chants racistes ou injurieux, des fumigènes), ce qui en langage hypnotique, macronien et alcoolier se dit « assouplir la loi ». »

Et ces experts de s’attaquer directement au chef de l’Etat et à la ministre des Solidarités et de la Santé :

« Désigné comme l’Homme de l’année par la Revue du Vin de France pour l’ensemble de son œuvre en faveur de l’alcool, le président Macron considère que l’information sanitaire est « anxiogène », voire « mortifère ». Méprisant les recommandations de l’OMS qui demandent d’élaborer les politiques de santé sans interférence des lobbies, il a installé le lobby alcoolier à l’Elysée même, en la personne de sa conseillère Agriculture, Audrey Bourolleau, ancienne Déléguée générale de Vin et Société. Le lobby alcoolier, ivre de ses succès, prétend même devenir un acteur crédible de la prévention. Autant confier aux renards la garde des poulaillers.

« Le gouvernement, par la voix d’Agnès Buzyn, s’est incliné récemment au Parlement face à la stratégie agressive des alcooliers pour faire boire les jeunes à coups de prémix à base de vin après les avoir appâtés avec des bonbons au mojito. La majorité à l’Assemblée nationale envisage maintenant d’ouvrir en grand les vannes de l’alcool dans le sport, avec en perspective les profits de la Coupe du Monde de Rugby en 2023 et des Jeux Olympiques de 2024. »

Et de rappeler que le grand « Plan national (2018-2022) de mobilisation contre les addictions » est toujours dans les limbes de la République.  Un invraisemblable retard qui, selon eux, s’explique : le pouvoir exécutif est en écrit actuellement une nouvelle version sous la dictée des lobbies.

A demain

1 Bernard Basset, vice-président de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA) ; Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI ; Gérard Dubois, professeur de santé publique, Académie de médecine ; Claude Got, Professeur honoraire, université René Descartes ; Serge Hercberg, professeur de nutrition, université Paris-XIII ; Catherine Hill, épidémiologiste ; Albert Hirsch, professeur de pneumologie, université Paris-VII ; Mickael Naassila, professeur de physiologie, président de la Société française d’alcoologie ; François Paille, professeur de thérapeutique et d’addictologie, université de Lorraine, président du Collège universitaire national des enseignants d’Addictologie (CUNEA) ; Michel Reynaud, professeur de psychiatrie et d’addictologie ; Nicolas Simon, professeur de médecine à Marseille, président de l’ANPAA