Alerte : l’étrange affaire du compte Facebook bloqué après partage d’un article de ce blog

Bonjour

Ne pas céder aux sirènes du complotisme, certes. Pour autant ne pas passer sous silence au risque de passer pour une oie blanche. L’affaire est rapportée par Philippe Poirson  sur son précieux blog https://vapolitique.blogspot.com Voici de quoi il retourne : :

« « A peine j’avais j’avais partagé l’article que mon compte a été bloqué ». Pedro [identité connue de la rédaction] n’en revient toujours pas. Cela se passe sur le réseau social Facebook et l’article en question provient du blog  ‘Journalisme et santé publique’ du Dr Jean-Yves Nau. « Contenu inapproprié et signalement », justifie sans plus la multinationale pour le blocage du compte de Pedro. Il a pu le récupérer après un long interrogatoire en ligne et avoir expurgé la publication. Le papier déclencheur de la censure parle de vapotage et de réduction des risques. 

« L’article en question « Cigarette électronique? N’ayez pas peur c’est le préservatif du fumeur! (publicité) » revient sur la polémique OMS-AFP à travers une lecture commentée d’un article d’Anaïs Moine sur le site aufeminin.com donnant la parole à Jacques Le Houezec. « Concilier plaisir et réduction des risques, là est sans doute le hic – du moins dans une société pour une large part fondée sur le concept de péché et de rédemption. Où l’on en vient, esprit d’escalier, à cette proposition de slogan pour l’exécutif: «Cigarette-électronique? Ne pas en avoir peur, c’est le préservatif du fumeur!» », conclut le Dr Jean-Yves Nau.

Sorcières (chasse aux)

« Vapotage et plaisir contre le tabagisme donc. Des thèmes aussi peu appréciés que l’Origine du monde par la plateforme. Comme dans le cas du tableau de Courbet, il est à noter que d’autres personnes ou pages ayant partagé cet article du Dr J.-Y. Nau n’ont pas eu à subir les foudres de l’inquisition de Facebook. L’hypothèse que Pedro a été victime d’un excès de zèle arbitraire d’un commissaire au contrôle de Facebook semble probable. Mais le contexte actuel sur Facebook parait plus que favorable à ce type d’abus. 

« Ces derniers jours, le réseau social se livre à une véritable chasse aux sorcières en clôturant d’innombrables groupes traitant du vapotage. La purge dépasse largement le prétexte annoncé de l’accès aux mineurs, bien qu’elle semble jusque-là ne viser que les groupes tolérant des ventes, des dons et du troc entre usagers. 

« Cependant, la modification des règles du réseau socialdonne beaucoup de latitude à Facebook pour censurer les publications au sujet du vapotage. Facebook ne le distinguant pas des produits du tabac, le vapotage se trouve désormais simplement assimilé aux drogues.

« Or, les associations sur les questions de réduction des risques pour les drogues sont déjà sujettes à des accès de censure arbitraire de la multinationale de Mark Zuckerberg. L’Initiative Sociale sur la Narcopolitique (Społeczna Inicjatywa Narkopolityki – SIN) a d’ailleurs déposé plainte en mai contre Facebook pour violation de la liberté d’expression suite à la suppression de contenus de l’association de réduction des risques polonaise par le réseau social. Le site The fix nous informe que SIN a remporté une première manche dans sa bataille juridique face à la multinationale en juin. 

Milliardaire et puritain

« Facebook a montré moins de scrupule pour collaborer à de vastes manipulations de masse lors de différentes élections, comme l’explique clairement le nouveau documentaire The Great Hack, sur Netflix. Étroitement associé par ailleurs au milliardaire puritain Michael Bloomberg, dans son projet très avancé de mettre la main sur l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’orientation idéologique de Mark Zuckerberg parait de moins en moins mystérieuse. 

« Contrôle des contenus, incitation à la délation, censure arbitraire sans recours ni explication, déni des droits humains, le monde angoissant de Facebook tend à déborder dans le réel. Pour éviter les limitations des algorithmes ou les possibles coupes de Facebook, nous vous rappelons que vous pouvez vous abonner pour recevoir sans pub directement en mail les articles de Vapolitique (n’oubliez pas de vérifier que le mail de confirmation n’a pas atterri dans les spams de votre mail 😉 ). »

Ne pas céder aux sirènes du complotisme, certes. Pour autant ne pas passer sous silence au risque de passer pour un troupeau d’oies blanches. Merci à Philippe Poirson.

A demain  @jynau

Greta Thunberg a-t-elle sa place dans l’humanité ? Une question de Michel Onfray

Bonjour

Pourquoi tant de peurs et, à cause d’elles, tant de haines ? Après l’inquiétant Dr Laurent Alexandre, le non moins célèbre philosophe Michel Onfray, 60 ans. Dans un article intitulé « Greta la science » ,publié sur son site, il s’en prend à Greta Thunberg – et ce en des termes qui valent d’être rapportés, ne serait-ce que pour prendre le pouls du temps qui passe.

Certains commentateurs croient déceler, dans l’attaque de son papier, le recours à l’ironie. Juger sur pièces  :

« François de Rugy s’étant fait rattraper cet été par des homards devenus fous, peut-être parce qu’ils étaient imbibés d’Yquem, a quitté son poste de ministre de l’écologie. J’aurais aimé qu’il soit remplacé par Greta Thunberg qui, végane, n’aurait jamais pu causer la mort de ces pauvres crustacés géants! Végane et probablement buveuse d’eau, elle ne sort jamais sans sa gourde rouge écoresponsable – comme jadis le commandant Cousteau avec son bonnet ou aujourd’hui Christophe Barbier qui arbore son écharpe rouge, même en temps de canicule – pardon: en temps d’épisode caniculaire.

« La jeune fille qui ne sourit jamais, comme Buster Keaton à qui elle ressemble tant, ne pourrait donc pas non plus vider la cave du contribuable. Ce serait une garantie de moralisation de la vie politique. Après quinze défections depuis le début de son court règne, dont celles de onze ministres, Manu, tu devrais y songer… »

Quant à la suite, elle n’est plus, si l’on ose écrire, du même tonneau :

« Cette jeune fille arbore un visage de cyborg qui ignore l’émotion – ni sourire ni rire, ni étonnement ni stupéfaction, ni peine ni joie. Elle fait songer à ces poupées en silicone qui annoncent la fin de l’humain et l’avènement du posthumain. Elle a le visage, l’âge, le sexe et le corps d’un cyborg du troisième millénaire: son enveloppe est neutre. Elle est hélas ce vers quoi l’Homme va.

« Les journalistes nous font savoir avec moult précaution, presque en s’excusant, qu’elle est autiste – il faut le dire, sans le dire, tout en le disant quand même. Dont acte. Je laisse cette information de côté. L’usage métaphorique de ce mot est interdit par la bienpensance, mais on découvre également qu’il l’est aussi dans son sens premier. Donc on le dit, mais on n’a rien dit.

« Quelle âme habite ce corps sans chair? On a du mal à savoir… Elle sèche l’école tous les vendredis en offrant l’holocauste de ce qu’elle pourrait apprendre à l’école pour sauver la planète. Est-ce que ce sera suffisant? Vu la modestie de l’offrande, je crains que non… »

Passons sur le corps du papier. La chute :

« « Nous les enfants », dit-elle quand elle parle! Quelle civilisation a jamais pu se construire avec des enfants? C’est le monde à l’envers! Qui plus est : avec des enfants expliquant aux adultes qu’il n’ont rien à faire des cours qu’ils leurs dispensent et que, de ce fait, ils entendent prendre une année sabbatique avant même d’avoir obtenu le brevet des collèges? C’est vouloir entrer dans le monde du travail en commençant par plusieurs années de retraite!  Il est vrai que le coeur du projet présidentiel du « socialiste » Benoit Hamon…

« Que disent les adultes ayant fabriqué cette génération d’enfants rois qui décrète les adultes criminels, irresponsables, méprisables, détestables? Comme dans les mangas SM, ils jouissent et disent « Encore! Encore! »… Elle attaque les journalistes? Et que répond la corporation? Elle prend les coups et se force à sourire: ce serait Mélenchon, ils le vomiraient, mais comme c’est du Mélenchon enveloppé dans les rubans d’Alice, ils baissent le tête, regardent leurs pieds et filent doux… Le fouet claque au-dessus de la tête des patrons? Le Medef se tait et, penaud, tient la main des journalistes.

L’Alice suédoise tance les adultes, elle leur dit, avec son visage non pas de marbre mais de latex: nous sommes des objets de haine, vous nous menacez, vous nous traitez de menteurs. Des adultes censés incarner la représentation nationale applaudissent… Prenant un plus long fouet, elle ajoute, s’adressant aux mêmes: « vous n’êtes pas assez mûrs ». Dans un spasme de jouissance sadomasochiste, sauf une femme qui semble raison garder, bravo madame, tous applaudissent.

Et puis, le diable est dans les détails, ce cyborg neutre et pâle comme la mort, au visage tendu par les épingles du néant, signe parfois ses imprécations avec l’index et le majeur de chaque main, comme pour signifier des guillemets. Il n’y a que dans ces cas-là qu’elle semble encore humaine.

On retrouve alors, débordant cette intelligence artificielle, un geste d’humanité, même si c’est un geste panurgique: c’est celui d’une gamine de seize ans qui a les tics de son âge – autrement dit: l’éthique de son âge
…(sic) Cherchons bien, elle pourrait même arborer un tatouage et rentrer dans son hôtel végane en trottinette électrique – escortée toutefois par des motards de la République. Qu’attend Macron pour la nommer en remplacement du ministre que le homard a tué? »

Faut-il, ici, rire ? Imaginer Onfray heureux ? On n’ira pas jusqu’à pleurer.

A demain @jynau


Greta Thunberg et le syndrome d’Asperger, ou les politiques aux frontières du pathologique

Bonjour

C’est fait. Mardi 23 juillet, dans un Paris ici climatisé mais frôlant généralement les 40°C, la militante écologiste suédoise atypique Greta Thunberg, 16 ans, a exhorté les députés français à agir. C’était lors d’un débat organisé dans une belle salle de l’Assemblée nationale, par le « collectif transpartisan » pour le climat « Accélérons » :

 « Elle a choisi l’ironie pour répondre aux attaques : ‘’Vous n’êtes pas obligés de nous écouter, nous ne sommes que des enfants après tout… ‘’ », rapporte l’AFP. Mais était-ce bien de l’ironie ? On eut le dire autrement : manie-t-on l’ironie quand on a seize ans, que l’on parle en anglais devant des députés français et que l’on est présenté comme « un Asperger » (variante : « adolescente souffrant/présentant un syndrome d’Asperger ») 1. 2.

Greta Thunberg, Asperger et/ou « gourou apocalyptique » : « Mais vous devez écouter la science. C’est tout ce que nous demandons : unissez-vous derrière la science. » Et de renvoyer à la lecture du dernier rapport alarmant du groupe d’experts de l’ONU sur le climat (GIEC). « C’est presque comme si vous ne saviez pas que ces chiffres existent, comme si vous n’aviez pas lu le dernier rapport du GIEC dont dépend l’avenir de notre civilisation ». Et, dit l’AFP, de tacler :

« Ou peut-être simplement que vous n’êtes pas assez matures pour dire les choses telles qu’elles sont. Même cette charge, vous nous la laissez à nous, les enfants (…) Nous sommes devenus les méchants qui devons dire aux gens des choses pas faciles, parce que personne ne veut le faire ou n’ose. Et pour cela, nous recevons un déferlement de haine et de menaces. Des députés et journalistes se moquent de nous et mentent à notre sujet ».

Où l’on retrouvera, à quelques siècles de distance, des échos d’une voix de l’au-delà entendue en Lorraine et à Chinon, Orléans et Rouen.

Raison garder ? « Soyons clairs : Greta Thunberg n’est pas une théoricienne, ni une scientifique, ni une héroïne, ni même à la tête d’un mouvement politique, éditorialise Le Monde. Le simplisme de son discours alarmiste a de quoi irriter les adeptes de la subtilité les plus ouverts. Chaperonnée par des parents artistes, elle maîtrise tous les codes de la communication moderne, du message vidéo TedTalk au petit détour par le Forum économique de Davos, où elle a morigéné les PDG venus polluer la montagne magique de leurs hélicoptères, elle qui prend le temps de ne voyager qu’en train. »

Pourquoi désespérer des scientifiques et des journalistes ?

Et Le Monde de faire, comme nous tous, un constat : Greta Thunberg est devenue, depuis bientôt un an, en lançant son opération de grève scolaire « Vendredis pour le futur » : un symbole.

« Par son message ‘’Vous me volez mon avenir’’, elle incarne la mobilisation spontanée d’une génération qui réalise que la planète dont elle hérite est menacée par un mode de vie, de production et de consommation incompatible avec la croissance démographique. »

Désespérer de la science et des médias ? Pourquoi ? « Depuis maintenant de longues années, chercheurs, institutions spécialisées et médias alertent sur les dangers du changement climatique, rappelle encore fort justement Le Monde. Progressivement, le front des climatosceptiques s’est effondré, leurs arguments sont devenus inaudibles face à l’évidence. Les habitants des pays développés ont commencé à modifier leurs comportements, la transition énergétique est devenue un enjeu économique majeur, le climat un domaine de la diplomatie. »

« A cette prise de conscience profonde, mais graduelle, le symbole Greta Thunberg a ajouté l’urgence médiatique et la dimension générationnelle. Il faut être politiquement aveugle – et l’état de notre débat public montre que nombre de nos élus le sont encore – pour ne pas comprendre que la protection de l’environnement est aujourd’hui un ressort fondamental dans l’électorat. Parce que cette préoccupation transcende les clivages traditionnels, son expression politique n’est pas encore aboutie ; mais la mobilisation citoyenne est réelle, comme l’ont prouvé les importantes manifestations de jeunes, au printemps, à travers l’Europe et la montée du vote vert, tout particulièrement au sein de la jeunesse, aux dernières élections au Parlement européen. »

« Pour toutes ces raisons, conclut l’éditorial du dernier quotidien vespéral de la capitale, on aurait tort de mépriser Greta Thunberg ».

Mépriser ? Pour être fort le verbe n’a rien, ici, de vraiment déplacé. C’est ainsi qu’émerge, ici et là, dans la jungle des réseaux sociaux, des propos injustifiables. Un discours condamnable qui, aux confins de la peur et de la haine, se sert de « l’autisme » affiché par Greta Thunberg pour disqualifier ses propos et son engagement politique.

A demain @jynau

1 Sur ce thème : « Les enfants d’Asperger Le dossier noir des origines de l’autisme » Edith Scheffer Préface : Josef Schovanec, traduction (anglais) : Tilman Chazal. (Editions Flammarion)

2 Egalement sur ce thème l’ouvrage dérangeant de Hugo Horiot, comédien, écrivain et autiste consacré à l’intelligence des autistes : « Autisme: j’accuse ! » (Editions de l’Iconoclaste).

Greta Thunberg ou la grande peur d’Asperger, par Laurent Alexandre et Pascal Bruckner

Bonjour

Ainsi donc, prises dans les phares médiatiques Greta Thunberg, 16 ans. Phares médiatiques planétaires et lunettes politiques françaises. Et polémique à tout-va puisque l’adolescente entrera dans quelques heures au sein de notre Assemblée nationale. par les 162 députés membres du collectif « transpartisan » pour le climat « Accélérons ».

Une adolescente descendue de Suède, parée de toutes les vertus et de tous les péchés, entre icône et sorcière. Une Jeanne d’Arc pour temps de grands effondrements.

C’est là un phénomène peu banal dont l’une des caractéristiques principale est de montrer le syndrome d’Asperger mis en scène et monter sur les estrades. De ce point de vue il nous faudra désormais compter avec ces invraisemblables lignes glanées dans le flots des tweets et signées @dr_l_alexandre :

« Je ne suis pas jaloux de @GretaThunberg. J’aimerais pas (sic) avoir des TOC graves, une dépression infantile, un mutisme sélectif, un Asperger avec monoideation et des troubles alimentaires graves me conduisant à être minuscule! Je respecte l’enfant malade mais regrette sa manipulation »

Une fraction de la Toile s’indigna. Réponse du Dr Laurent Alexandre :

« Je rappelle que ce sont les parents de @GretaThunberg qui ont révélé son dossier psychiatrique (pas moi). Et je pense que cela devrait être un délit de révéler le dossier médical de son enfant mineur ! Je trouve cela dégueulasse ! Signalez les parents de @GretaThunberg ».

Et dans le flot des indignations hurlées sur la Toile, ce rappel d’un papier de Slate.fr signé de Claude Askolovitch et publié en avril dernier : « Mais pourquoi Pascal Bruckner déteste-t-il Greta Thunberg ? ». L’auteur y disséquait un papier du Figaro : « Greta Thunberg ou la dangereuse propagande de l’infantilisme climatique » – papier dans lequel le philosophe, romancier et essayiste français, 70 ans, cite Platon et « la très jeune Suédoise Greta Thunberg ». Extraits :

«  L’égérie de la contestation, la très jeune Suédoise Greta Thunberg, est loin de lever l’ambiguïté. Outre qu’elle affiche son Asperger comme un titre de noblesse, son visage terriblement angoissant semble dire: si vous ne le faites pas pour la planète, faites-le au moins pour moi. Apprendre par la presse qu’elle a cessé il y a quatre ans de parler, de manger, de jouer du piano par souci du climat et qu’elle n’est allée mieux que quand ses parents ont décidé de ne plus prendre l’avion et de manger vegan jette de sérieux doutes sur ses motivations. Elle a été reçue par Christine Lagarde et Emmanuel Macron, est pressentie pour le prix Nobel de la paix.

« Sa notoriété est symptomatique du caractère délirant que peut prendre la nécessaire mobilisation pour le climat. Comment ne pas songer à l’enfant star Jordy qui, en 1992, à l’âge de 4 ans, devient célèbre grâce à une chanson, Dur dur d’être bébé!, vendit près de 6 millions de disques et, bouleversé par ce succès planétaire précoce, finit par se fâcher avec ses parents et sa maison de disques, accusés de l’avoir exploité? ‘’Dur, dur d’être une ado qui porte toute la misère du monde! ‘’ pourrait chanter Greta Thunberg. On a très envie de l’aider: mais prendre le globe en otage pour une thérapie familiale donne le sentiment d’une duperie. »

Claude Askolovitch :

« Pour le philosophe Bruckner, la vilenie est ici, retient contre l’adolescente son handicap comme son apparence: ‘’Outre son Asperger qu’elle affiche comme un titre de noblesse, son visage terriblement angoissant semble nous dire, si vous ne le faites pas pour la planète, faites-le au moins pour moi.’’ Soupèse-t-on la vindicte? La bouille ronde d’une adolescente, que l’humanité tourmente, angoisse Monsieur Bruckner. L’autisme que ne masque pas une jeune fille sans filtre, l’autisme qu’elle tente de nous faire comprendre, lui semble une arrogance, un empiétement indu. Elle l’embête, la bougresse, avec sa différence! Ne pourrait-on pas, enfin, laisser penser en paix les adultes et sain·es d’esprit?

Saisit-on cette méchanceté? Il ne s’agit plus seulement de fustiger un emballement médiatique et politique, de regretter –fut-ce avec véhémence– l’embrigadement de la jeunesse, «nos bambins», dans les luttes des adultes. Le philosophe, ici, chasse une intruse, et il la chasse pour ce qu’elle est. Jeune et handicapée, Greta Thunberg est d’autant plus détestable –un peu sorcière, perverse et laide, angoissante. On parle ainsi d’une fille de 16 ans. »

Et le journaliste de citer alors un autre papier, sur le même sujet publié peu auparavant également dans Le Figaro et signé du Dr Laurent Alexandre 1. Extraits :

« Le comité Nobel de la Paix envisagerait de décerner son prix à l’idole des jeunes, Greta Thunberg, qui est effectivement la réussite marketing de la décennie. Mais, pour qui roule-t-elle ?

« Il est déjà paradoxal que Greta Thunberg symbolise un engagement messianique planétaire, alors que son visage n’affiche jamais la moindre empathie. Cette enfant est d’autant manipulable que ses parents ont rendu public son handicap (ce qui est irresponsable de leur part): en tant que médecin, je pense que révéler l’état neuropsychiatrique de ses enfants mineurs aux médias devrait être un délit! On sait depuis la description du syndrome par Hans Asperger 2 en 1941, que les enfants Asperger sont parfois géniaux mais toujours fragiles ; les instrumentaliser est une faute morale. Mais surtout, Greta Thunberg roule pour l’extrême gauche anticapitaliste (…) 

Suivre Greta Thunberg aggraverait le réchauffement climatique, augmenterait le gâchis d’argent public, entraînerait une dictature verte régressive et nous mettrait à la merci de la Chine et la Russie. Tous les démocrates libéraux, tous les héritiers de Raymond Aron doivent combattre les utopies mortifères qu’elle véhicule. »

Avoir raison avec Greta ou tort avec Aron ?  Claude Askolovitch, pour finir :

« Pascal Bruckner se dégoûte de l’autisme de Greta, qu’elle a l’impudeur de ne pas renier. Il ignore encore, curieux littérateur, que prophètes et prophétesses ne se revendiquaient pas de la normalité. Il ignore encore, cœur asséché, ce que disent les yeux fous et l’âme brûlante d’une Cassandre, et les mondes cachés que la banalité nous empêche de saisir. Il ignore, Bruckner, d’autres Asperger célèbres qui, étranges parfois aux autres êtres humains, ressentaient des vérités supérieures.

« Il ignore une femme rare, à laquelle la jeune Greta me fait penser, du nom de Temple Grandin, autiste Asperger qui raconta son histoire de l’intérieur et qui –entre autres exploits surhumains– conçut des abattoirs aussi doux et efficaces que possible, pour épargner ces animaux que nous allions manger. Autiste, elle avait ressenti la souffrance, la peur et la solitude devant la mort des animaux, ces non-humains, nos semblables.

« Greta Thunberg, elle, ressent la Terre. Elle n’a besoin pour cela ni de gourou ni de complot: elle se contente d’entendre des évidences. Elle fut aussi écolière, lycéenne, cela me revient, malheureuse dans un établissement bourgeois, normal, où elle était moquée et s’épanouit dans un quartier de pauvres, d’immigré·es, d’étrangèr·es, souvent fidèles à l’islam, cette rude foi dont Pascal Bruckner doit bien se méfier. Plût au ciel que notre philosophe, satisfait et grisé de ses mots et de sa cour, fut un peu autiste, un peu Asperger et même enfant, qui sait, et réapprenne à aimer ce qu’il ne comprend pas. »

A demain @jynau

1 Ce dernier y était présenté ainsi : « Laurent Alexandre est chirurgien-urologue, diplômé de Sciences Po, HEC et l’ENA, et cofondateur du site Web Doctissimo. Il est l’auteur de plusieurs essais. Son dernier ouvrage, qui vient de paraître, est « L’IA va-t-elle aussi tuer la démocratie ? « coécrit avec Jean-François Copé (JC Lattès, 2019) ».

2 Sur ce thème : « Les enfants d’Asperger Le dossier noir des origines de l’autisme » Edith SchefferPréface : Josef Schovanec, traduction (anglais) : Tilman Chazal. Sans oublier l’ouvrage dérangeant de Hugo Horiot, comédien, écrivain et autiste consacré à l’intelligence des autistes : « Autisme: j’accuse ! » (Editions de l’Iconoclaste). «

Greta Thunberg : comment un médecin peut-il oser écrire-tweeter des choses comme celles-ci ?

Bonjour

C’est peu dire que Greta Thunberg, 16 ans, interloque. On sait que cette adolescente suédoise milite « pour le climat » après avoir initié la Skolstrejk för klimatet (« grève de l’école pour le climat »). Dans le même temps elle focalise depuis plusieurs mois l’attention médiatique planétaire. Corollaire, elle cristallise l’irrationnel, les passions, la haine.

Mère chanteuse d’opéra, père acteur de cinéma, devenue végane, refusant désormais de prendre l’avion, dotée dit-on d’une grande capacité à convaincre. Elle sera reçue demain en grandes pompes au sein de notre Assemblée nationale, suscitant la colère de certains députés 1.

Tout cela peut naturellement interroger, intriguer, inquiéter. Pourquoi une telle aura ? Où commence la manipulation, l’exploitation ?

Et puis ces lignes, glanées dans le flots des tweets et signées @dr_l_alexandre

« Je ne suis pas jaloux de @GretaThunberg. J’aimerais pas (sic) avoir des TOC graves, une dépression infantile, un mutisme sélectif, un Asperger avec monoideation et des troubles alimentaires graves me conduisant à être minuscule! Je respecte l’enfant malade mais regrette sa manipulation »

Comment un docteur en médecine, 59 ans, peut-il écrire ceci ? Son hyper-médiatisation en est-elle la raison ? Une fraction de la Toile s’indigne. Réponse du Dr Laurent Alexandre :

« Je rappelle que ce sont les parents de @GretaThunberg qui ont révélé son dossier psychiatrique (pas moi). Et je pense que cela devrait être un délit de révéler le dossier médical de son enfant mineur ! Je trouve cela dégueulasse ! Signalez les parents de @GretaThunberg »

L’Ordre des médecins français sera-t-il saisi ? Se saisira-t-il de lui-même ? La haine et la déraison sont-elles consubstantielles aux réseaux sociaux ? Si oui pourquoi ? On en reste coi.

A demain @jynau

1 Greta Thunberg a été invitée mardi 23 juillet à l’Assemblée nationale par les 162 députés membres du collectif « transpartisan » pour le climat « Accélérons ». La jeune écologiste suédoise doit assister aux questions au gouvernement depuis la tribune d’honneur et doit s’exprimer lors d’une réunion ouverte à tous les parlementaires. Plusieurs députés, principalement de droite, protestent depuis quelques jours contre sa venue.

« Je respecte la liberté de penser… mais ne comptez pas sur moi pour applaudir une prophétesse en culottes courtes »a écrit sur Twitter l’élu (Les Républicains, Vaucluse) Julien Aubert, qualifiant la jeune suédoise de « Prix Nobel de la peur ». « La planète, oui. Le greenbusiness, non. »

« Non à l’infantilisation obscurantiste, la moraline et la terreur par la peur. Greta Thunberg invitée d’honneur : l’Assemblée se couvre de ridicule », a jugé de son côté Jean-Louis Thieriot (LR, Seine-et-Marne).

Une députée de La République en marche (LRM), Bénédicte Peyrol, a elle aussi pris dimanche ses distances avec l’invitation de Greta Thunberg à l’Assemblée : « Pourrait-on mettre autant à l’honneur les scientifiques, les personnes qui agissent depuis des années pour la planète. Utiliser le manichéisme du Bien contre le Mal est bien trop simple pour agir dans un monde complexe ».

Une semaine avant l’intervention prévue de Greta Thunberg, le secrétaire d’Etat Gabriel Attal, 30 ans, s’était dit « halluciné par tous ces propos méprisants sur la venue » de la jeune Suédoise. « A croire que pour certains, la jeunesse est un facteur disqualifiant pour s’exprimer… »

Démission soudaine de François de Rugy : Macron et les Dix petits nègres d’Agatha Christie

Bonjour

16 juillet 2019. Mis en cause par les révélations de Mediapart (dîners fastueux entre amis sur les fonds publics et coûteuse rénovation de son logement de fonction) François Goullet de Rugy a présenté sa démission. Il s’en explique dans un communiqué :

« Depuis le début de la semaine dernière, Mediapart m’attaque sur la base de photos volées, de ragots, d’approximations, d’éléments extérieurs à ma fonction. La volonté de nuire, de salir, de démolir, ne fait pas de doute. Je suis soumis à un feu roulant de questions nouvelles et contraint de parer sans cesse à de nouvelles attaques.

Face aux contre-vérités de Médiapart, j’ai déposé ce matin une plainte pénale en diffamation (…) Les attaques et le lynchage médiatique dont ma famille fait l’objet me conduisent aujourd’hui à prendre le recul nécessaire – ce que chacun comprendra. La mobilisation nécessaire pour me défendre fait que je ne suis pas en mesure d’assumer sereinement et efficacement la mission que m’ont confiée le Président de la République et le Premier ministre.

Dès lors, j’ai présenté ma démission au Premier ministre ce matin (…) Je remercie le Président de la République et le Premier ministre de la confiance qu’ils m’ont témoignée en me demandant de relever le défi du ministère de la transition écologique et solidaire. Je leur redis ma fidélité.

Je pense aussi à mes collaborateurs qui ont servi avec conscience et engagement. Merci à elles et à eux. Je pense enfin à ma femme et à ma famille, que je veux aussi protéger par ma décision difficile. Je veux dire aussi à bientôt (…) »

Château d’Yquem et crustacés

Mediapart, rappelle Le Monde ;  a recensé mercredi 10 juillet une dizaine de repas, avec homards et grands crus, qui ont eu lieu entre octobre 2017 et juin 2018 et où étaient reçus à chaque fois entre dix et trente invités appartenant au cercle amical et relationnel (sic) de Séverine Servat de Rugy, l’épouse de l’ex-écologiste (re-sic), journaliste à Gala. Parmi les convives identifiés par le site figuraient aussi des membres de la famille de l’ancien président de l’Assemblée et des amis de son épouse. Les photos montrant Mme de Rugy poser devant une bouteille de Mouton Rothschild 2004 ou M. de Rugy devant une table de Saint-Valentin ornée de pétales de rose ont été abondamment relayées sur les réseaux sociaux et ont fait aussitôt scandale. On vit aussi des bouteilles de château d’Yquem étrangement trôner devant mayonnaise et crustacés.

D’autres révélations croustillantes suivirent. Et c’est peu dire que ces images passèrent mal – après les Gilets Jaunes et les exhortations gouvernementales et présidentielles à moins dépenser. La polémique fit des vagues grossissantes au sein même du parti du Président. La députée et ancienne ministre de l’écologie Delphine Batho estima très vite que la démission s’imposait. C’est donc fait. Reste la question du remboursement des sommes injustement dépensées… Et celle de savoir si l’ancien ministre d’Etat demeurera député.

Rappelons que François Goullet de Rugy, 45 ans, avait été nommé en septembre dernier au gouvernement après la démission surprise de Nicolas Hulot. Il nourrissait alors une nouvelle ambition : durer au « ministère de l’impossible ». « Je suis ici pour agir pour l’écologie avec méthode, détermination et persévérance dans le temps », avait-il lancé lors de sa prise de fonction au ministère.

« République de la délation »

La veille de l’annonce de cette démission Emmanuel Macron, depuis la Serbie amie, était revenu sur le dossier de Rugy, masi pour s’en prendre aux médias – comme il l’avait fait il y a un an lors de la piteuse affaire Benalla.  Voici ce qu’il déclara :

« Il y a encore dans notre pays le respect de la personne individuelle, des droits de la défense et de la possibilité de répondre, sinon ça devient la République de la délation. Il suffit que je sorte une photographie, dise des choses sur vous, sur n’importe qui, ça devient les Dix petits nègres « Je souhaite que chacun puisse être respecté, que les principes que j’ai posés soient respectés »

« Dix petits nègres » ?Quel rapport avec la République française, le contre-pouvoir médiatique et le respect de la personnes. Est-ce l’inconscient du Président qui nous parle depuis la lointaine Serbie ?

On se souvient de ce célèbre roman d’Agatha Christie, vieux précisément de quatre-vingts ans. En quoi concerne-t-il François de Rugy ? Dix personnages, qui ont tous, par le passé, perpétré un homicide devant lequel la justice est impuissante, sont invités à se rendre sur une île : bien qu’ils en soient alors les seuls résidents, ils sont mystérieusement assassinés les uns après les autres, d’une façon qui rappelle les dix couplets d’une comptine. Voici le premier couplet :

« Dix petits nègres s’en allèrent dîner.
L’un d’eux s’étouffa
et il n’en resta plus que Neuf. »

On attend la suite.

A demain @jynau

Connaissez-vous le nombre de femmes enceintes qui sont victimes de violences en France ?

Bonjour

L’heure médiatique est aux féminicides. Médiatique et donc politique, avec mea culpa public du président de la République. Hasard ou non des publications, voici les résultats d’une étude menée par des chercheuses de l’Inserm et l’Université de Paris au sein du Centre de recherche en épidémiologie et statistiques. Etude publiée dans Maternal and Child Health Journal 1. 

 « Bien que la proportion soit difficile à estimer et qu’elle varie selon les régions, environ 1/3 des femmes dans le monde entier sont victimes d’abus physiques ou sexuels, de leur partenaire ou d’une autre personne, rappelle l’Inserm. Quand ces femmes sont enceintes, cela peut avoir des conséquences très néfastes pour leur santé et celle de l’enfant à naître. Mais jusqu’à présent, nous n’avions pas de données concernant les violences physiques spécifiquement pendant la grossesse, à l’échelle nationale.

L’étude a été menée à partir des données recueillies lors de l’Enquête nationale périnatale réalisée en 2016 auprès de 12 330 femmes dans des maternités publiques ou privées en France. Objectif : connaître la fréquence des violences physiques pendant la grossesse, les facteurs de risque, les conséquences pour la mère et pour l’enfant, étapes essentielles pour mettre en place des mesures visant à réduire l’incidence de ces violences.

Il apparaît aujourd’hui que les femmes « qui ne sont pas en couple cohabitant » (qu’elles soient en couple non cohabitant ou sans partenaire) sont « plus nombreuses à être victimes ». La fréquence des violences est également fortement liée aux « revenus du ménage » – fréquence plus élevée pour les femmes vivant « dans les ménages ayant moins de ressources financières ». Et « certains comportements comme la consommation de tabac, ou de cannabis, par la future mère sont plus fréquents en cas de violences physiques » explique l’Inserm – sans établir de lien de causalité.

Les chercheuses montrent également (sans surprise) que ces violences « entraînent des conséquences très néfastes pour la mère et pour l’enfant ». Ainsi 62 % des femmes ayant subi des abus physiques ont affirmé avoir été en situation de détresse psychologique pendant la grossesse – contre 24 % pour les autres femmes. En ce qui concerne le nouveau-né, ces violences sont associées à un risque plus élevé de naissance prématurée ou encore de transfert de l’enfant dans une unité de soins intensifs.

Au terme de leur travail les chercheuses parisiennes situent à 1,8 % la proportion des femmes interrogées qui déclaraient avoir subi des violences physiques pendant leur grossesse. On estime, chaque année, à plus de 750 000 le nombre des naissances vivantes en France.

« Une meilleure connaissance des facteurs associés aux situations de violences et la mise en évidence des complications pour la mère et pour l’enfant devraient aider les professionnels de santé, estime l’Inserm. Cela pourrait aider à développer des stratégies préventives ou de protection et les conduire à évoquer cette question lors des consultations anténatales. » A supposer que cette « question » ne soit jamais « évoquée » par les « professionnels de santé ».

A demain @jynau

1 Monyk N. A. Maciel, Béatrice Blondel, Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles Physical Violence During Pregnancy in France: Frequency and Impact on the Health of Expectant Mothers and New-Borns Maternal and Child Health Journal August 2019, Volume 23, Issue 8, pp 1108–1116