Perversité ou pas, le pédophile tourangeau restera emprisonné loin des Philippines

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Loin du Flore et de la littérature, c’est une scène de la justice ordinaire. Mandé depuis la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Orléans le papier est publié dans La Nouvelle République du Centre Ouest (Vincent Baranger). « Il avait filmé ses « ébats » avec une philippine de 9 ans » Pied de page 4, édition d’Indre-et-Loire.

L’affaire trouve ses racines antipodiques dans une cyber-enquête de la police australienne qui, en 2017 avait permis de remonter à deux hôtels ayant servi de lieu de tournage à des scènes de viol sur mineur. Sur une vidéo filmée avec un portable, les enquêteurs sont parvenus à identifier « un quadragénaire tourangeau ayant des relations sexuelles avec une fillette des Philippines, âgée de 9 ans ».

« Aujourd’hui âgé de 48 ans, l’homme soutient avoir accepté cette proposition d’exploitation sexuelle d’une mineure… par un souteneur, qui serait l’oncle de la victime, moyennant de l’argent ‘’pour subvenir aux besoins de la famille’’, rapporte le quotidien régional. Il ne conteste pas les faits mais les relativise :‘’J’étais attaché à cette jeune fille.’’ » On peut voir là un grand classique du déni.

Jusqu’ici jamais condamné, l’homme a subi deux expertises psychiatriques. On apprend que la première le présente comme « un déviant, un pervers », qui exploite sexuellement des mineurs vulnérables car défavorisés.  Quant à la seconde, plus nuancée, elle observe  « des tendances pédophiles mais pas de dangerosité psychiatrique ». Là encore, un grand classique pour qui s’intéresse à la définition de la perversité 1 et aux divergences idéologiques des experts de la psychiatrie médico-légale.

Pour la défense :  Me Louise Thome, assure que son client « a un sentiment de honte » et souligne que « l’incarcération actuelle n’est pas le seul moyen de réinsérer son client ». Et d’insister sur la nécessité de « soins plus poussés » en contrôle judiciaire. Il faut aussi tenir compte de son projet de sortie :un hébergement à La Riche (Indre-et-Loire), chez sa nouvelle compagne ; une promesse d’embauche. Ajoutons une caution de 30.000 € est proposée pour appuyer ses garanties de représentation et la remise de son passeport. 

Pour la partie civile : Me Emmanuelle Descot, conseil de la partie civile administrateur ad hoc « France Victimes 37 » craint une reprise de contact du suspect avec Internet « qu’il maîtrise ».

Pour l’avocat général : Alexandra Pethieu, s’oppose à la libération. Il entend prévenir « un renouvellement de l’infraction ». Il évoque une déviance pédophile « ancienne » (admise par le Tourangeau et par les deux experts psychiatriques) « déviance » qui s’est accentuée au fil du temps. Quant à la caution proposée, la magistrate aimerait détenir des garanties sur la situation financière. De plus, dans cette belle région de « tourisme sexuel » des Philippines, la dimension internationale de trouble à l’ordre public subsiste : « L’inconcevable a été réalisé ! » Elle requiert une confirmation de l’ordonnance de refus de liberté.

Le détenu : il clame sa volonté de rester en France et de ne pas récidiver, indiquant qu’« aux Philippines, c’est un contexte de prostitution ».

Loin des Philippines, du Flore, des médias nationaux et de toute forme de littérature la cour d’appel d’Orléans a rejeté la demande de mise en liberté.

A demain @jynau

1 Perversité(psychopathologie) : « Anormalité de la conduite générale et spécialement des comportements à l’égard d’autrui et de la Société conduisant à des actes asociaux et inhumains accomplis avec indifférence affective à l’égard de la souffrance d’autrui, absence complète de culpabilité et satisfaction personnelle » (Mucch. Psychol. 1969). « Il n’y a perversité véritable que dans une indifférence morale rebelle prolongée: il ne faut donc pas confondre avec les pervers, les impulsifs ou les nonchalants moraux » (Mounier, Traité caract.,1946, p.728).

− P. méton., rare. Action, pratique immorale ou contre nature d’une telle personne. « L’une des perversités (…) en usage au commencement de ce siècle, était le luxe des rats. Un rat, mot déjà vieilli, s’appliquait à un enfant de dix à onze ans, comparse à quelque théâtre, (…) que les débauchés formaient pour le vice et l’infamie » (Balzac, Splend. et mis., 1844, p.18).

La grève médicale «du codage» conduit l’administration hospitalière à user du chantage

Bonjour

 Pendant l’épidémie de coronavirus, les colères hospitalières ne faiblissent pas – bien au contraire. C’est à lire dans Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez). Où l’on apprend que Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP commence à envisager des « mesures punitives » vis-à-vis des médecins « démissionnaires » en pratiquant le « codage des actes ». Le Pr Xavier Mariette évoque ainsi certains « dommages collatéraux » pour les équipes soignantes. Et le chef de service de rhumatologie de l’hôpital Bicêtre n’est pas le seul, selon Le Quotidien,  à faire état de « pressions » diverses sur les équipes. 

« On m’a rapporté des situations de menace et d’intimidation sur les salaires des personnels,  témoigne le Dr Sophie Crozier, neurologue à la Pitié-Salpêtrière. Il y a eu des échanges écrits où il est question de ne pas attribuer aux équipes en grève du codage des financements pour des traitements très coûteux. C’est une intimidation assez forte. » « Ils s’en prennent à nos secrétaires parce qu’ils n’osent pas s’en prendre à nous, ils leur font croire qu’elles ne seront pas payées, révèle un autre médecin de l’AP-HP. C’est pour nous intimider en faisant de la désinformation sur les salaires. »

Risque de radicalisations ? Les preuves existent d’une exacerbation des tensions entre soignants et administrations. Un document interne (que s’est procuré  Le Quotidien) à l’attention de l’« encadrement soignant » de l’AP-HP « Nord » (le groupe hospitalier du nord de Paris qui regroupe huit établissements), a fait office d’une piqûre de rappel aux personnels paramédicaux concernant leurs « obligations en matière de cotation des actes et de l’activité ». 

L’obligation d’obéissance hiérarchique

« La direction et l’encadrement peuvent demander à un professionnel, quel qu’il soit, de coter ou de coder des actes (…), lit-on dans cette note signée par le DRH du groupe hospitalier. Le respect des consignes passées en  ce sens constitue donc une obligation ». Dès lors, « tout manquement injustifié (sic) à l’obligation d’obéissance hiérarchique expose l’agent à une sanction disciplinaire, voire à une retenue sur rémunération pour absence de service fait ».

La direction souligne les conséquences de la grève du codage « pour la prise en charge des patients, notamment pour les examens demandés en urgence, pour lesquels il n’y aurait pas de traçabilité », ainsi que les répercussions financières de la non-cotation des actes pour le groupe hospitalier. « Ce manque à gagner couvre aussi bien les aspects financiers de valorisation de l’activité que le calcul des dotations publiques qui sont souvent basées sur l’étendue des files actives. L’absence de cotation pénalise donc principalement le GHU AP-HP.Nord au profit d’autres structures et nous fragilise donc collectivement. »

Pour autant la grève du codage a été reconduite, « partout où la communauté médicale est suffisamment forte pour résister au chantage » des directions, a indiqué le Pr André Grimaldi à l’AFP, confirmant l’existence de « menaces de sanctions disciplinaires » ou « de ne plus payer des médicaments très chers ». Et le Collectif inter-hôpitaux a également décidé d’envoyer  des lettres de « démissions collectives signées individuellement » aux directions de leurs établissements respectifs. Une cinquantaine de médecins et chefs de service du CHU de Rennes ont mis à exécution cette menace le 27 janvier.

Agnès Buzyn ? Interrogée lors de ses « vœux à la presse », elle aimerait calmer le jeu quant à « d’éventuelles sanctions ». « Nous sommes face à des soignants en souffrance, a-t-elle déclaré Le but est de leur montrer que nous sommes à leurs côtés, que nous déployons un plan d’urgence très sérieux. » Quand elle le pourra la ministre des Solidarités et de la Santé lira un ouvrage qui dit tout des racines des souffrances dont elle parle : L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme  de Stéphane Velut. Editions Gallimard. Collection Tracts. 3,90 euros

A demain @jynau

Mais comment a-t-on réussi à lessiver le corps des soignants hospitaliers? (France Culture)

Bonjour

Il y a le texte, essentiel 1 : le Pr Stéphane Velut, chef de service de neurochirurgie du CHU de Tours éclaire une piste jusqu’ici ignorée (ou très largement sous exploitée) : celle du langage comme symptôme, ce langage « managérial » qui en quatre décennies a envahi la sphère d’un hôpital devenu industrie. Un langage qui l’étouffe 2

« (…) Pourquoi, à l’hôpital, faut-il subir le métalangage du Leader mondial du consulting visant à nous faire avaler un «beau projet»? L’épithète apparaît devant toute perspective risquant de faire grincer des dents. En l’occurrence, il s’agit d’un «nouvel hôpital» dont le nombre réduit de lits devra être compensé par une «optimisation de nos pratiques» qui étaient jusque-là, dit le communicant, «parfaitement inappropriées».

Ce beau projet comportant moins de lits, il faudra concrètement réduire cette fameuse DMS (Durée moyenne de séjour), autrement dit: limiter le stock de gens et en accélérer le flux. C’est pourtant simple. Il nous montre fièrement le plan d’un «hôpital-aéroport». Comment en sommes-nous arrivés là, à devoir subir ce langage repris par l’administration et destiné à nous faire admettre cette perspective intenable? (…) »

« Prière de redimensionner le capacitaire »

Il y a désormais le complément radiophonique 3. Un modèle d’émission où productrice-animatrice laisse (enfin) l’invité parler, accepte ces silences où l’on perçoit la pensée s’élaborer. Trente-trois minutes concentrées durant lesquelles l’auditeur s’approche, au mieux, de la déconstruction en cours du modèle hospitalier français. D’un corps soignant désabusé, puis désenchanté, puis « lessivé », puis en état de désarroi.

Désarroi dont l’auteur redoute qu’il finisse par « avoir raison de son abnégation ». Un monde dont nul ne sait encore s’il résistera au métalangage et à la fabrique du consentement. S’il saura « s’adapter à la transversalité de projet pour parvenir à une meilleure agilité… ». « Se transformer d’hôpital de stocks en hôpital de flux… ». Non pas « réduire le nombre de lits » mais « redimensionner le capacitaire ». Hôpital de demain, hôpital sans humain ?  

A demain @jynau

1 Velut S,  L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme  Editions Gallimard. Collection Tracts. 3,90 euros

2 La novlangue managériale a infesté l’administration hospitalière Slate.fr, 21 janvier 2020

3 Gesbert O, La grande table des idées, Stéphane Velut  France Culture, 24 janvier 2020  Avec la rediffusion du remarquable témoignage du Pr  Agnès Hartemann, chef du service diabétologie de la Pitié-Salpêtrière (16/01/2020)

Un médecin généraliste «Gilet Jaune» est condamné à payer 500 euros pour avoir manifesté

Bonjour

C’est une information peu banale du Télégramme. Où l’on apprend que l’on peut être médecin, avoir 30 ans, exercer en Bretagne, être « Gilet jaune » et être condamné par la justice française. Le 30 mars 2019, sur la RN 165, au niveau du Faou (site remarquable), un médecin généraliste prend part à une manifestation non autorisée des Gilets jaunes sur la voie express. Porteur d’un masque à gaz qui dissimule son visage et bloquant la circulation, il est interpellé par les gendarmes à 15 h 30.

« Je ne pense pas que nous entravions la circulation puisqu’elle était déjà redirigée avant mon arrivée, a expliqué le praticien médecin au tribunal de Quimper, le 11 décembre, près de neuf mois après les faits. Il est vrai que j’avais un masque à gaz car j’avais peur des gaz lacrymogènes ». Et (selon Le Télégramme) il aurait ajouté d’un ton insolent : « Je manifeste assez souvent et c’était une protection et non une dissimulation. D’ailleurs, on pouvait voir mon visage à travers le verre ».

Protection interdite durant la manifestation ?

« Il est normal que mon client ait eu une protection pendant la manifestation, avait relevé Me Pierre Tracol. Quant à l’entrave de la circulation, il n’y a pas eu d’acte délibéré. Cette affaire est le produit d’une procédure bien gênante. Je demande la relaxe de mon client ». Insolence ou pas, Marie-Noëlle Collobert, la magistrate du parquet de Quimper, avait alors requis un mois de prison avec sursis et 400 € d’amende. Le jugement avait été mis en délibéré au 20 janvier.

Et le président Christophe Lepetitcorps a finalement suivi une partie des réquisitions en condamnant le prévenu à 400 € d’amende pour l’entrave à la circulation – et à une amende de 100 € pour la dissimulation de visage.

S’ils lisent Le Télégarmme, les responsables bretons de l’Ordre des Médecins poursuivront-ils leur confrère pour atteinte à l’image de la profession médicale ? Question de fond : peut-on être à la fois médecin et s’afficher « Gilet Jaune » ?

A demain @jynau

L’exfiltration d’Emmanuel Macron et les blouses blanches au sol: radicalisation et symbole

Bonjour

Nuages noirs sur la scène politique et médiatique : nous entrons dans la « radicalisation » des conflits. Ce fut, hier 17 janvier, un événement sans précédent dans l’histoire de la République : un Président « exfiltré » d’une salle de théâtre parisienne – sous les huées des manifestants et la protection rapprochée des forces de l’ordre.

Selon les images diffusées sur les réseaux sociaux, des dizaines de personnes se sont réunies vers 22 heures devant le théâtre des Bouffes du Nord, dans le 10arrondissement de Paris, où le chef de l’Etat assistait, en compagnie de sa femme Brigitte, à une représentation de La Mouche  criant des slogans pour protester contre la réforme des retraites. « Tous ensemble, grève générale » ET « Macron démission », illustraient, comme rapporte Le Monde  « l’impopularité du chef de l’Etat dans une partie de la population ».

Selon le Palais de l’Elysée, c’est le « journaliste militant »  Taha Bouhafs qui a révélé sur les réseaux sociaux la présence d’Emmanuel Macron au théâtre des Bouffes du Nord et incité des militants contre la réforme des retraites à se rassembler devant l’établissement. « Il a été interpellé par les forces de l’ordre et le spectacle a pu se poursuivre », explique-t-on au cabinet présidentiel.

Taha Bouhafs@T_Bouhafs Je suis actuellement au théâtre des bouffes du Nord (Métro La Chapelle) 3 rangées derrière le président de la république. Des militants sont quelque part dans le coin et appelle tout le monde à rappliquer. Quelque chose se prépare… la soirée risque d’être mouvementée.

Le Monde (Cédric Pietralunga et Alexandre Lemarié) précise que le chef de l’Etat est un grand admirateur de l’acteur et metteur en scène belge Christian Hecq, sociétaire de la Comédie-Française, et ne rate aucun de ses spectacles. Il ajoute que cette scène n’est pas sans rappeler celle déjà vécue par Emmanuel Macron le 4 décembre 2018, au Puy-en-Velay quand, « venu en catimini », M. Macron avait dû rapidement s’éclipser sous les huées de la foule, sa voiture ayant même été poursuivie par des manifestants, aux cris de « Démission ! » ou « Ça va vous coûter cher ! ».

La « radicalisation » gagne du terrain. Et le président de la République doit bouleverser son agenda. Le 16 janvier la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa (qui entre en campagne dans le 14arrondissement de Paris pour les municipales de mars) a été elle aussi prise à partie lors d’une réunion publique par un groupe de manifestants. Dès le lendemain elle dénonçait,  sur Radio Classique, une action « très menaçante » et « antidémocratique ». Le ministère de la culture a annoncé l’annulation de la cérémonie des vœux de Franck Riester, qui devait se tenir le 21 janvier à Paris – en raison d’une action que la CGT voulait organiser pendant cet événement pour protester contre la réforme des retraites. 

« A l’Elysée, on veut néanmoins croire qu’il ne s’agit là que d’épiphénomènes et non les prémisses d’une nouvelle mobilisation du type de celle vécue lors de la crise des « gilets jaunes » rapporte Le Monde. Et au ministère de la Santé, parle-t-on d’épiphénomènes ou de prémisses davant ces manifestations à très forte charge symbolique qui montrent des soignants hospitaliers jeter leur blouses blanches au sol pendant les vœux de la direction ?  En moins d’une minute une vidéo dit tout de la colère hospitalière. Comme dans ce texte essentiel que nous évoquions ici même, hier : « L’hôpital, une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme » de Stéphane Velut (Tracts, Gallimard, 3,90 euros).

Largement filmées et diffusées, ces nouvelles actions ont « fait le tour des réseaux sociaux ». Bernard Jomier @BernardJomier Vœux du directeur de l’hôpital St-Louis à Paris. Du jamais vu.

France Bleu Touraine ✔@FBTouraine Lors de la cérémonie des vœux de la nouvelle directrice de l’hôpital de Chinon, Dominique Osu, les personnels ont jeté leurs blouses. Une manière pour eux de mettre en lumière leur mouvement de grève sans gêner les soins des patients.

« Agnès Buzyn ne voit pas l’hôpital s’écrouler »

Une nouvelle fois invité de la matinale de France Inter Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP Martin Hirsch a dit son « émotion » devant ces actions. Au sein de l’AP-HP  environ 250 médecins viennent de se porter « démissionnaires »ont leur nom sur la liste des démissionnaires. Il leur tend la main : « ma porte est ouverte, on est à l’écoute ».

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a elle aussi ouvert sa porte. Pour recevoir, le 17 janvier ce « six représentants des médecins chefs de service démissionnaires désignés par le collectif Inter-hôpitaux ». Communiqué officiel dont le laconisme dit tout du blocage :

« La Ministre a proposé la poursuite d’un dialogue renforcé pour le suivi régulier et collectif des mesures « Investir pour l’hôpital » et pour l’élaboration de nouvelles mesures à venir en soutien de l’hôpital public. La Ministre s’est entretenue avec six représentants des chefs de service et médecins envisageant de se retirer de leurs fonctions administratives.

La Ministre a rappelé que la priorité immédiate est à la mise en œuvre des mesures « Investir pour l’hôpital » et que tout sera fait pour que les soignants et les hôpitaux bénéficient pleinement et rapidement de cet engagement massif et inédit pour l’hôpital public (…) Afin de poursuivre un dialogue régulier avec les professionnels de santé en faveur de l’hôpital public, la Ministre a proposé de construire une démarche de travail commune pour le suivi des mesures et pour préparer un deuxième paquet de mesures pour accélérer le rétablissement de l’hôpital public. »

Amère déception des médecins hospitaliers. « Pour le moment, le compte n’y est pas du tout », et les praticiens membres du collectif vont donc aller « au bout de leur démarche » de grève administrative, a déclaré devant la presse, au sortir de cette rencontre au ministère, l’un de leur porte-parole, le Pr Stéphane Dauger, chef du service de réanimation pédiatrique à l’hôpital Robert Debré, à Paris. Pr Xavier Mariette, chef du service de rhumatologie de l’hôpital Bicêtre : « Agnès Buzyn ne voit pas l’hôpital s’écrouler. »

A demain @jynau

Violences policières et vidéos : et, soudain, l’exécutif se piqua d’éthique et de déontologie

Bonjour

Du poids des images et des téléphones portables sur la démocratie occidentale. 14 janvier 2020. Emmanuel Macron a demandé à Christophe Castaner ministre de l’Intérieur de faire des propositions pour améliorer la déontologie et le contrôle de l’action des forces de l’ordre, mises en cause pour de récentes violences lors des manifestations contre la réforme des retraites. Depuis le début de la crise des « gilets jaunes », en novembre 2018, les pratiques des forces de sécurité sont régulièrement critiquées, notamment via des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

On sait que l’exécutif – et Emmanuel Macron au premier chef – récusait jusqu’à présent l’expression « violences policières ». Or voici que l’on en vient à un discours rappelant les forces de l’ordre à l’« exemplarité » et à un usage « proportionné et maîtrisé » de la force. Ces gardiens de la paix apprécieront comme il se doit.

Cette évolution nous a réservé une jolie surprise : « on ne fait pas de croche-pied à l’éthique » a ainsi déclaré Christophe Castaner en référence à une vidéo spectaculaire montrant un policier faisant un croche-pied à une manifestante à Toulouse, le 9 janvier dernier. On pourrait rire de la formule du ministre de l’Intérieur, ancien socialiste devenu macroniste et à ce titre « marcheur ». Ce serait oublier l’une des définitions de l’éthique, cette « morale en marche ». Quant à la déontologie  le ministre et le président savent qu’elle n’est jamais très éloignée de la confraternité, cette haine vigilante.

Aux image de Toulouse sont venues s’ajouter celles précédant la mort, le 3 janvier, d’un père de famille de 42 ans travaillant comme livreur, victime d’une asphyxie avec une fracture du larynx après avoir été plaqué au sol, casque sur la tête, par plusieurs policiers lors d’un « contrôle routier ». Avec , en toile de fond, les innombrables blessures graves subies par des manifestants (et des membres des forces de l’ordre) lors de rassemblements de « gilets jaunes » depuis plus d’un an.

Et c’est ainsi, aujourd’hui, que le chef de l’Etat, chef des Armées a déclaré à la presse, lors d’un déplacement à Pau, attendre des gardiens de la paix « la plus grande déontologie » :

« Il y a eu très clairement des images, il y a aujourd’hui des affaires dans lesquelles – je ne veux pas me prononcer, elles sont devant la justice – des comportements qui ne sont pas acceptables ont été vus ou pointés. Je ne veux pas en faire la majorité du genre, je ne veux pas généraliser, mais je ne veux pas que ça atteigne la crédibilité et la dignité (…) Je souhaite que le ministère de l’intérieur puisse me faire dans les meilleurs délais des propositions claires pour améliorer la déontologie, les éléments de contrôle et que la justice puisse continuer à travailler sur ces cas. »

A demain @jynau

NB : sur ce sujet complexe on se reportera avec intérêt au « 28 minites » d’Arte sur les violences policières (14 janvier 2020) ainsi qu’à « Les policiers n’ont pas besoin de plus de déontologie, mais d’éthique personnelle » (Slate.fr, The Conversation)

Inédit : voici comment la novlangue d’Orwell va étouffer le monde hospitalier français

Bonjour

Depuis quelques heures les médias généralistes amplifient l’écho de la démission annoncée de 1200 chefs de service. La colère et la rébellion hospitalières ne cessent de prendre de l’ampleur. Et la ministre Agnès Buzyn, au four des retraites et au moulin des soignants semble comme dépassée par les événements politiques et sociaux dont elle est en charge.

Au-delà du spectaculaire il nous faudra bien compendre, décrypter, analyser ce qui se passe dans le chaudron des établissements hospitaliers français. Deux ouvrages pour nous aider. Le premier est, à sa façon, un petit chef d’œuvre de clarté et d’écriture 1. Nous y reviendrons. Son auteur (le chef de service de neurochirurgie du CHU de Tours) éclaire une piste jusqu’ici ignorée (ou très largement sous exploitée) : celle du langage comme symptôme, ce langage « managérial » qui en quatre décennies a envahi la sphère d’un hôpital devenu industrie. A son corps défendant.

« Tenter de soustraire au maximum le facteur humain, trop humain, du système hospitalier, c’est prendre le risque que ce système s’effondre » prévient le Pr Stéphane Velut. Qui nous démontre comme la perverse novlangue de George Orwell (1984) trône en reine dans ce système qu’elle va étouffer. Nous y reviendrons.

« Tout juste soixante ans se sont écoulés depuis la création des Centres hospitaliers universitaires. Ces structures sont le cœur d’un système à la réputation excellente. Mais ce cœur s’est emballé. Le corps soignant s’épuise et les patients s’inquiètent. Les crises se succèdent avec leurs ordonnances de vains remèdes. Le mal est profond. Il s’entend dans le nouveau langage qui s’est imposé au sein des pratiques hospitalières. Tel est l’éloquent symptôme qui révèle le dessein de faire de l’hôpital une nouvelle industrie, au mépris de son humaine justification. Un dessein indicible, qui rêve de rabattre le soin dans la technicité abstraite et gestionnaire de notre société. »

Avec la complicité des plus hautes instances de l’État

Le second ouvrage 2 sera de facture plus classique, qui attagne la montagne par un autre versant, également politique. Il est signé par Hugo Huon et le Collectif Inter Urgences. Le premier est infirmier à l’hôpital Lariboisière (Paris) et il préside le second.   « Ce livre est notre combat, votre combat. Un combat qui a pour but d’éviter l’effondrement de notre système de santé, à l’heure où les patients sont en danger. Plutôt que de nous taire, nous, professionnels de santé, avons choisi de redoubler d’énergie pour sauver ce qui nous tient à cœur : l’accomplissement de notre mission de service public. »

« Réduction des coûts et des effectifs, services saturés, violences, burn-out du personnel soignant… Les urgences craquent et, depuis un an, un mouvement de grèves spectaculaire se propage. À sa tête, le Collectif Inter Urgences et son porte-parole, Hugo Huon, brisent l’omertà et se font l’écho des acteurs de terrain : les médecins, mais surtout les « sans voix », infirmiers et aides-soignants.

« Pour la première fois, ils livrent leurs témoignages, saisissants, courageux et, avant tout, humains. Face à la mise à mort de l’hôpital public avec la complicité des plus hautes instances de l’État, ce livre appelle à une mobilisation citoyenne… avant qu’il ne soit trop tard »

Cet ouvrage sera en librairie librairie le 12 février 2020. En soutien à la mission de service public défendue par le mouvement, une partie des droits de ce livre sera reversée au Collectif. Nous y reviendrons.

A demain @jynau

1 « L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme ». Stéphane Velut. Editions Gallimard. Collection Tract. 3,90 euros

2 « URGENCES Hôpital en danger Infirmiers, médecins, aides-soignants » Hugo Huon et le Collectif Inter Urgences Editions Albin Michel. En librairie le 12 février 2020