Grippe : pourquoi Xavier Bertrand a-t-il permis aux médecins de ne pas se faire vacciner ?

Bonjour

Comment justifier que la vaccination contre la grippe ne soit pas imposée aux médecins ? Et plus généralement comme à l’ensemble des professionnels de santé, vecteurs privilégiés et sujets directement exposés ?  Le Conseil national de l’Ordre des médecins a tranché : il est favorable à une vaccination obligatoire.  « Dans le cadre de la grippe, les professionnels de santé doivent être obligatoirement vaccinés » vient de déclarer le Dr Patrick Bouet. Or, seuls 50 % des professionnels de santé sont vaccinés. « Nous demandons à l’État d’assumer ces responsabilités en la matière » menace-t-il. Que fera l’Etat ? Et quelles seront les responsabilités lorsque les choses tourneront mal ?

Comment justifier que l’Etat n’impose pas cette vaccination aux professionnels – vaccination qu’il ne cesse par ailleurs de recommander à celles et ceux que ces mêmes professionnels sont amenés à soigner ? Nous évoquions il y a peu sur ce blog et sur Slate.fr 1 la responsabilité, sur ce point, de Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé.

Explications

« L’obligation de la vaccination antigrippale des professionnels de santé figure à  l’article L. 3111-4 du code de la santé. Or cette disposition a été «suspendue» par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure, depuis, « fortement recommandée» sans jamais être imposée. Le décret du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités du gouvernement alors dirigé par Dominique de Villepin. Sans doute serait-il utile que M. Bertrand, aujourd’hui président du conseil régional des Hauts-de-France, s’explique sur les raisons de cette suspension; une suspension à laquelle le directeur général de la Santé entend, fort opportunément mettre un terme. »

Depuis les Hauts-de-Seine le président Xavier Bertrand nous a fait savoir pourquoi il avait agi ainsi. Ce décret n’a pas été signé « sur un coin de table ». Cette décision de suspension a été prise sur la base d’un avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (section maladies transmissibles) : avis « relatif à la mise en œuvre de la protection individuelle contre la grippe des professionnels visés à l’article L 3111-4 du code de la santé publique par une obligation vaccinale (séance du 19 mai 2006) ». C’est un avis sur lequel il vaut de ses pencher.

Se vacciner pour soi-même

1 Il rappelle que l’obligation vaccinale contre la grippe saisonnière des professionnels (visés par l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique) avait été adoptée depuis le 1er janvier 2006, « dans un contexte de menace pandémique ».

2 Il souligne – point remarquable – que les obligations vaccinales (prescrites par l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique) « visent exclusivement à protéger les professionnels du risque d’être eux-mêmes contaminés ». En d’autres termes ces obligations  « ne visent pas à protéger les personnes dont ils prennent soin et pour lesquelles la grippe présente un risque de complication ou de décès ».

3 Il considère que l’obligation vaccinale, dans l’objectif de protection des professionnels visés contre la grippe, « doit être abordée de façon différente en période de grippe saisonnière inter-pandémique et en période de pandémie grippale confirmée ». Suivent différentes considérations épidémiologiques et éthiques (il n’y a pas de sur risque pour les professionnels de santé en période de grippe saisonnière inter-pandémique ; il n’existe pas de données permettant de comparer l’incidence de la grippe saisonnière chez les professionnels de santé, les professionnels d’établissements de soins et les professionnels d’hébergement pour personnes âgées avec celle des autres professionnels en contact avec le public ou avec la population générale ; quelques rares études sont en faveur d’une hétérogénéité du risque de contracter la grippe pour les professionnels de santé en fonction de leur pratique professionnelle et sont en faveur d’un risque plus élevé chez des professionnels de santé exerçant au contact d’enfants ou de patients présentant des syndromes grippaux etc.)

Vaccination « altruiste »

Au final le CSHP (section des maladies transmissibles, recommande « que l’obligation vaccinale contre la grippe des professionnels visés à l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique soit suspendue ». Mais dans le même temps, sans craindre d’être taxé de jésuite, il recommande aussi « que les campagnes d’information auprès des professionnels de santé et des professionnels en contact régulier avec les personnes à risque soient renforcées afin de poursuivre l’augmentation de la couverture vaccinale annuelle avec le vaccin contre la grippe saisonnière ».  Mieux encore, il « tient à rappeler qu’il recommande depuis 1999 la vaccination contre la grippe saisonnière aux personnels soignants de manière à réduire la transmission de l’infection aux personnes atteintes de certaines pathologies chroniques et pour celles âgées de 65 ans et plus, a fortiori hospitalisées ou en institution, pour lesquels la grippe présente un risque de complication ou de décès ».

Et de conclure que cette « vaccination altruiste » des professionnels de santé fait régulièrement l’objet de campagnes d’information pour obtenir l’adhésion des professionnels de santé. On sait ce qu’il en est dix ans plus tard.

C’est donc sur la base de cet avis plus que paradoxal que Xavier Bertrand a pris la décision de suspendre le texte de loi qui aurait dû s’appliquer à compter du 1er janvier 2006. M. Bertrand nous fait aussi observer que personne n’est revenu sur son décret depuis dix ans ». Ce qui est vrai. Ni lui-même, ni Roselyne Bachelot, ni Marisol Touraine. Nul ne sait non plus combien de grippes auraient, sinon, pu être prévenues. Sans parler des décès.

A demain

1 Sur ce thème: « Grippe : il faut désormais obliger les soignants à se faire vacciner » Slate.fr, 12 janvier 2017

Grippe : dramatisation politique de la situation ou situation épidémiologique dramatique ?

 

Bonjour

Cette information mandée en urgence depuis la Présidence de la République : un additif à l’agenda du Président pour le jeudi 12 janvier 2017, 9 heures :

« Réunion ministérielle sur l’épidémie de grippe en présence de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP et Christophe Devys, directeur général de l’ARS Ile de France »

Puis ce complément :

« Nous vous prions de noter que Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, fera une déclaration presse dans la cour de l’Elysée à l’issue de la réunion. Comme indiqué ci-dessous, la cour de l’Elysée sera ouverte à partir de 9h05. Accréditations auprès du service de presse de la Présidence de la République. »

Et puis encore, s’inscrivant dans la dynamique jacobine observée ce matin, la précision prophétique de Mme Touraine annonçant que le bilan de l’épidémie sera « probablement lourd ». « Chaque année, il y a des victimes de la grippe », mais cette année, l’épidémie est « particulièrement intense » et le nombre de personnes malades « particulièrement important », a redit la ministre. C’était lors d’un nouveau point de presse sur cette épidémie, qui devrait atteindre son pic la semaine prochaine. Que dira-t-elle de plus demain dans la cour du Palais de l’Elysée ?

Soignants et soignés

Des chiffres ? Le nombre de personnes qui ont consulté leur médecin pour des « symptômes grippaux » a atteint 395 pour 100.000 habitants la semaine dernière (contre 326 la semaine précédente).  En revanche le nombre de passages aux urgences associés à cette infection virale commence à diminuer de même que les hospitalisations. Dès lors où est l’urgence ? « L’enjeu, c’est de garantir qu’il y a des lits d’hospitalisation disponibles » explique la ministre. « Toute personne qui a besoin d’être soignée l’est » a-t-elle certifié lors des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Le contraire serait troublant.

On recense 142 hôpitaux (sur les 850 du pays) qui se sont déclarés « établissement de santé en tension » un dispositif qui permet notamment de déprogrammer des soins et des opérations non urgentes. Certains établissements ont déjà utilisé cette dernière possibilité, mais Marisol Touraine vient de les pousser à faire davantage « si nécessaire ». L’était-ce ? La ministre de la Santé a aussi invité les médecins libéraux à traiter le plus possible les malades « à leur cabinet ou au domicile », pour éviter d’augmenter le nombre des hospitalisations. Ne le faisait-ils pas ?

François Fillon et François Hollande

A ce stade les nuages politiques arrivent immanquablement dans le ciel médiatique. « On a fermé trop de lits au cours des vingt dernières années, notamment des lits conventionnels qui pouvaient accueillir des patients des urgences en cas de besoin » a redit, BFMTV, le Dr Patrick Pelloux. Urgentiste et syndicaliste le Dr Pelloux, ancien de Charlie Hebdo, est un proche de François Hollande. Il appelle aujourd’hui à une « politique de réouverture de lits d’hôpitaux ». Le président de la République l’entend-il ?

A l’autre extrémité du spectre : le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et député européen (Les Républicains). Il a déclaré, sur RTL : « La grippe, c’est tous les ans, et tous les ans nous connaissons cette situation d’engorgement, et pourtant rien ne change ». François Fillon comprend-il ?

Rien ne change ? Selon Santé publique France, depuis le 1er novembre, cinquante-deux personnes sont décédées des suites d’une infection grippale dans des services hospitaliers de réanimation.  L’agence constate par ailleurs une « nette hausse » de la mortalité (toutes causes confondues) sur les deux dernières semaines de 2016. Prudente, elle souligne qu’il est trop tôt pour estimer la part de cette surmortalité liée à la grippe. Pour les chiffres validés, il faudra attendre.

A demain

Grippe dans les populations de personnes âgées : la fébrilité du ministère de la Santé

Bonjour

Comment, quand on est ministre de la Santé, ne pas être accusée de ne pas en faire assez sans être critiquée de trop en faire ? Depuis bientôt cinq ans Marisol Touraine est confrontée à cette question. Et force est d’observer qu’elle ne parvient pas encore à trouver un juste équilibre. Le dernier exemple en date témoigne de la fébrilité qui semble régner au sein de son cabinet. Voici les faits.

Tard dans la journée du 7 janvier le ministère des Affaires sociales et de la Santé a fait savoir qu’il avait été informé la veille par l’Agence Régionale de Santé (ARS) Auvergne Rhône-Alpes « de l’importance exceptionnelle de l’épidémie de grippe au sein d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ». Il s’agissait de l’EHPAD  Korian Berthelot situé dans le 7ème arrondissement de Lyon. Un établissement de 110 places du puissant groupe Korian – (compter 100 euros par jour et par personne en chambre individuelle).

Age moyen des décès: 91,5 ans

« Selon l’établissement, au 7 janvier, 72 personnes avaient contracté la grippe et 13 d’entre elles en sont décédées entre le 23 décembre 2016 et le 7 janvier 2017. La moyenne d’âge des personnes décédées est de 91,5 ans. Six personnes sont encore hospitalisées. A la demande de Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, l’ARS Auvergne Rhône-Alpes a immédiatement lancé le 6 janvier une mission de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) afin de contrôler la mise en œuvre par l’établissement, depuis le début de l’épidémie, des recommandations des autorités sanitaires de lutte contre la grippe. »

Ce n’est pas tout : la ministre a également demandé au Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé de se rendre sur place le jour même (6 janvier). Objectif de ce déplacement hors norme : « évaluer précisément la situation et de prendre, le cas échéant, des mesures d’urgence pour circonscrire l’épidémie et prendre en charge les résidents le nécessitant ».

Consignes respectées

Résultat ? « Le Directeur Général de la Santé a constaté que, à cette date, les mesures de prévention étaient bien mises en place. Afin de renforcer la prise en charge des résidents il a , en lien avec le Directeur général de l’ARS, a demandé à une équipe médicale des Hospices civils de Lyon de se rendre sur place ce samedi 7 janvier. »

Marisol Touraine a demandé à l’IGAS d’identifier et analyser les causes à l’origine de cet évènement exceptionnel (sic). Un premier rapport d’étape est attendu sous dix jours. La ministre rappelle aux directeurs d’EHPAD « de prendre toutes les mesures nécessaires pour contenir l’épidémie et assurer un suivi attentif de l’état de santé de tous les résidents ».

Reprenant ces données les gazettes ont donné la parole aux responsables des EHPAD. Ils ont rappelé les difficultés audemande parfois de « mettre en quarantaine » les personnes âgées, rappelé aussi que la vaccination contre la grippe n’est en rien obligatoire et qu’elle n’est en rien une garantie absolue

Obligation vaccinale

Le Dr Emilie Arabian, médecin coordonnateur chez Korian a d’ailleurs pris soin de préciser à l’AFP que six personnes âgées parmi les treize décédées de la grippe depuis le 23 décembre à Lyon avaient été vaccinées comme le recommandait le ministère de la Santé. Selon le Dr Arabian, « 46% des résidents ont été vaccinés contre la grippe. La vaccination a été interrompue quand l’épidémie est survenue dans l’établissement ».

« Pour pouvoir être vacciné, il ne faut pas présenter de syndromes infectieux et accepter la vaccination, ce qui n’est pas le cas de tous les résidents », a expliqué le médecin coordonnateur. Le ministère de la Santé avait, la veille, indiqué à l’AFP que le taux de vaccination au sein de l’établissement atteignait 38%, contre une moyenne nationale de 80%. Pour le Dr Arabian, ce niveau n’est atteint qu’à la fin de la période vaccinale, qui s’étend d’octobre à fin janvier.

Démissions des politiques

Marisol Touraine a-t-elle été surprise par les longues déclarations dominicales de Pascal Champvert ? Le  président de l’Association des Directeurs au service des Personnes Âgées expliqua en substance (sur France Info notamment) qu’elle faisait fausse route à Lyon, que l’affaire était nationale, que le politique démissionnait de longue date sur la question centrale des personnes âgées, que ni Nicolas Sarkozy ni François Hollande n’avaient tenu leurs promesses et qu’il attendait les promesses et les engagements des futurs candidats.

S’oriente-t-on vers une controverse sur les taux de vaccination dans cet EHPAD ? Vers une obligation vaccinale ? La situation, à Lyon, était-elle à ce point grave qu’elle justifiait le déplacement du DGS et la saisine de l’IGAS ?  En faire trop et le faire savoir ? Ne pas en faire assez et (tenter de) le cacher ? Difficile métier que celui de ministre de la Santé.

A demain

Grippe aviaire : le gouvernement annonce le sacrifice d’un million de palmipèdes

 

Bonjour

En langage diplomatique on parle, face à « l’influenza aviaire hautement pathogène H5N8 » d’une « évolution de la stratégie de lutte pour éradiquer le virus dans les départements touchés ». En pratique cela se traduira par « un abattage de tous les palmipèdes en parcours extérieur d’une zone définie par le ministre en charge de l’agriculture,  incluant une partie des départements du Gers, des Landes et des Hautes Pyrénées ».

Sans atteindre celle de la Corée du sud (confrontée à une pénurie nationale d’œufs) la situation française est grave.  Depuis le début du mois de décembre 2016, 89 foyers d’infuenza aviaire H5N8 hautement pathogène ont été identifiés dans des élevages français en particulier dans la zone sud-ouest. Ce nouveau virus particulièrement agressif pour les élevages de volailles et se diffuse rapidement. La situation sanitaire évolue de façon différente selon les zones considérées : alors que certaines zones réglementées se stabilisent (notamment dans les départements du Tarn, de l’Aveyron et de Lot-et-Garonne), une zone concentrant la majorité des derniers foyers en date confirmés, incluant une partie des départements du Gers, des Landes et des Hautes-Pyrénées, n’est pas encore stabilisée.

Eradication

La puissante Direction générale de l’alimentation explique avoir réuni, aujourd’hui 4 janvier, les membres du Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale. Ordre du jour :  discuter et valider une évolution de la stratégie d’éradication du virus. Conclusion :

« L’objectif de la stratégie de dépeuplement, qui a été validée, vient compléter les dispositions européennes déjà en place pour protéger les zones à forte densité d’élevages (notamment la zone de Chalosse) et empêcher la progression de la maladie dans les zones qui ne sont pas encore stabilisées.

« Ainsi, un abattage de tous les palmipèdes en parcours extérieur d’une zone définie par le Ministre en charge de l’agriculture, incluant une partie des départements du Gers, des Landes et des Hautes Pyrénées  va être opéré. Le principe est d’abattre rapidement les espèces les plus touchées à ce jour par le virus à savoir les palmipèdes prêts à gaver de cette zone. (…)

Du 5 au 20 janvier

« Devant l’urgence de stopper au plus vite la propagation de ce nouveau virus, les opérations d’abattage des palmipèdes concernés débuteront dès le 5 janvier et se termineront vers le 20 janvier. La réussite de cette stratégie repose sur la mobilisation de l’ensemble des professionnels de la filière, des vétérinaires et des services de l’État afin que les mesures de biosécurité les plus strictes soient appliquées.

 « Les opérations de dépeuplement seront financées par l’Etat.  Les services de l’Etat sont mobilisés pour aider les professionnels à faire face à cette nouvelle crise sanitaire. »

Aucun chiffre précis n’est donné quant au nombre de palmipèdes concernés mais on estime que celui d’un million peut être raisonnablement avancé. Aucun détail n’est fourni quant aux techniques utilisées pour « dépeupler ».

A demain

Epidémies et confinement : voici le temps des retraités placés d’autorité en quarantaine

 

Bonjour

Confinement ou quarantaine ? On apprenait hier qu’une soixantaine de résidents de l’Ehpad de Vic-sur-Seille (Lorraine) sont confinés depuis le 18 décembre. Il s’agit de tenter de contenir au maximum l’épidémie de grippe qui a déjà touché quarante-deux des pensionnaires. La direction précise que le confinement a été décidé « en lien avec les services de l’Agence Régionale de Santé ». Il durera  jusqu’au 1er janvier. Une quarantaine, en somme. Parmi les résidents touchés dans cet établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), certains ont été diagnostiqués comme porteurs du « virus A ». Quelques membres du personnel ont également été contaminés.

Une épidémie peut en cacher une autre. Des mesures de confinement sont ainsi progressivement prises dans ces des maisons de retraites qui sont devenues des Ehpad. C’est le cas en Auvergne-Rhône-Alpes pour cause de grippe et de gastro-entérite. Des douze régions de France continentale progressivement touchées par la grippe, Auvergne-Rhône-Alpes est celle la plus affectée (545 cas pour 100 000 habitants) devant la Bourgogne-Franche-Comté (498). Mais il n’y a pas que la grippe.

Visites interdite

Aujourd’hui les visites et les sorties de résidents sont interdites à l’Ehpad de Saint-Ours-les-Roches (Puy-de-Dôme). La préfecture du département vient de confirmer  une information du quotidien régional La Montagne : « Une maison de retraite du Puy-de-Dôme confinée pour enrayer une épidémie de gastro » :

« Les Roches » (établissement privé à but lucratif) accueille, au total, 53 personnes. On dénombrait mercredi « une quinzaine » de résidents souffrant de gastro-entérite. La situation doit être réévaluée vendredi soir afin de déterminer si ces mesures seront ou non reconduites, a précisé la préfecture.

Dans la Loire, c’est l’Ehpad de La Pacaudière (85 résidents) qui est confronté à l’épidémie de grippe. C’est la directrice, Erell Munch, qui a ici confirmé une information du quotidien Le Progrès. « 25 résidents ont été touchés ; nous avons une obligation de protection », a dit Mme Munch. Les animations avaient été annulées et les visites, limitées. Les repas sont portés en chambre et le port du masque est obligatoire lors des visites. ces mesures semblent « efficaces », dit la directrice de l’établissement.

Qu’en avait-il été, dans ces Ehpad en quarantaine, de la vaccination tant recommandée ? La France se grippe, la France grippée va réveillonner. Comment la vie collective va-t-elle reprendre à la rentrée ?

A demain

La France se grippe, la France est grippée. Combien de temps pour nous faire vacciner ?

 

Bonjour

« Confinés ! ».  On ne plaisante plus : une soixantaine de résidents de l’Ehpad de Vic-sur-Seille (Lorraine) sont confinés depuis le 18 décembre. Il s’agit de tenter de contenir au maximum l’épidémie de grippe qui a déjà touché quarante-deux des pensionnaires. La direction précise que le confinement a été décidé « en lien avec les services de l’Agence Régionale de Santé ». Il durera  jusqu’au 1er janvier, « parce que les derniers cas de grippe datent de vendredi ». La quarantaine en somme. Parmi les résidents touchés dans cet établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), certains ont été diagnostiqués comme porteurs du « virus A ». Quelques membres du personnel ont également été contaminés (en dépit des mesures prises). Etaient-ils vaccinés ?

La France se grippe. Sans même parler de la grippe aviaire (cinquante-deux foyers recensés dans le Sud-Ouest). Le ministère des Affaires sociales et de la Santé a demandé aux Agences régionales de santé (ARS) de « sensibiliser » les établissements accueillant des personnes âgées aux mesures de prévention et de contrôle de la grippe saisonnière. Il a notamment été demandé aux directeurs de ces établissements de « relancer la vaccination » chez les résidents et de bien rappeler les recommandations pour les personnels concernant les mesures barrières à adopter (lavage de mains, port du masque, réduction des contacts…).

Inexplicable précocité

« Relancer la vaccination » ? On est ici en pleine ambiguïté. Dans un communiqué diffusé ce 27 décembre la Direction Générale de la Santé appelle « à se faire vacciner rapidement », tout en rappelant qu’« il faut 15 jours en moyenne, après une vaccination, pour été protégé ». Dès lors que faire ? Dilemme cornélien, viral, médical et éminemment politique. Ne peut-on pas en savoir un peu plus ?

La France est grippée. L’épidémie s’étend désormais aux treize régions de la France métropolitaine, contre neuf il y a une semaine. Au 18 décembre, 66 cas graves nécessitant une réanimation et quatre décès liés à la grippe avaient été recensés. Il y a une semaine le réseau de surveillance Sentinelles indiquait que le seuil épidémique (171 cas pour 100 000 habitants) était dépassé à l’échelon national.

Selon l’Institut de recherche pour la valorisation des données de santé (Irsan), qui s’appuie sur des données fournies par SOS médecins entre le 20 et le 26 décembre, les virus grippaux ont infectés près de 255 000 personnes en France métropolitaine – une augmentation de 35,29 % par rapport à la semaine précédente.

Mémoire vaccinale

 « Après une épidémie de gastroentérite étonnamment précoce voici que la grippe, elle aussi, nous surprend par son arrivée dès la fin du mois de novembre. Cette situation est d’autant plus surprenante que la période de silence épidémique fut courte dans la mesure où la dernière épidémie de grippe s’est terminée très tardivement, fin avril », observe l’Irsan. Un phénomène que les spécialistes jugent « difficilement explicable ».

En dehors de la France, le niveau de l’incidence est en croissance ces dernières semaines au niveau européen. Selon les informations diffusées par l’OMS, c’est la première fois qu’une telle précocité est observée depuis l’émergence de l’épidémie de 2009 due au virus pandémique A(H1N1). Une épidémie d’assez sinistre mémoire vaccinale.

A demain

 

 

 

Ici Paris : le Directeur Général de la Santé parle aux citoyens vaccinés et à ceux qui ne le sont pas

 

Bonjour

Publier des communiqués de presse à l’approche de minuit, quand ils s’endorment, est une nouvelle technique: elle permet  de tenir les journalistes en éveil perpétuel. Depuis Paris la Direction Générale de la Santé s’y emploie.

Il y avait eu, mi-novembre, celui de l’affaire (toujours pendante) des « trois morts du CHU de Nantes. Il y eut, cette nuit, celui destiné à prendre date contre l’épidémie (précoce) de grippe. Déjà, jeudi, le président de la République l’avait évoquée lors de sa visite en urgence à l’hôpital de Chambéry. En cette veille de Noël c’est la Direction générale de la santé qui nous rappelle les « bons gestes » pour se protéger et limiter la transmission des virus grippaux au sein de la population française.

Etablissements sensibilisés

L’épidémie est apparue début décembre dans l’Hexagone et progresse désormais « dans toutes les régions de France ». Les virus détectés sont essentiellement de type A(H3N2). C’est dire que l’infection « peut être particulièrement sévère chez les personnes à risque, en particulier les personnes âgées ». Or une augmentation notable des passages aux urgences, particulièrement chez les personnes âgées de 65 ans et plus, a déjà été constatée. Est-ce dire qu’elles n’étaient pas vaccinées, en dépit des recommandations officielles et des appels récurrents de Marisol Touraine ? Nul ne sait.

Aujourd’hui les « plus de 65 ans » représentent deux-tiers des « hospitalisations pour grippe ». Le ministère des Affaires sociales et de la Santé a immédiatement sensibilisé les établissements de santé afin qu’ils puissent activer, si nécessaire, leur dispositif « hôpital en tension ». Dans ce contexte, la Direction Générale de la Santé appelle à une vigilance toute particulière face à la progression de ce virus. Certes la vaccination « reste la meilleure protection » mais le temps court et l’heure est au pragmatisme : il existe des gestes simples qui contribuent à limiter la transmission de la maladie de personne à personne.

Bouche-nez-coude

Compte-tenu des délais (il est déjà bien tard pour se faire vacciner) il faut rappeler ce qu’il en est du « plan B ». Dès le début des symptômes grippaux, il est recommandé de  limiter ses contacts avec d’autres personnes, en particulier celles à risque (âgées de 65 ans et plus,  enceintes, atteintes de certaines maladies chroniques,  nourrissons). On peut aussi, en leur présence, porter un « masque chirurgical » (en vente dans toutes les bonnes pharmacies).  Ce n’est pas tout : se laver régulièrement les mains à l’eau et au savon (ou avec une solution hydro-alcoolique  pharmaceutique).  Il faut aussi « se couvrir la bouche et le nez avec le coude ou un mouchoir en cas de toux et/ou d’éternuement » 1.

Pour compléter : utiliser des mouchoirs en papier à usage unique et les jeter ; éviter les contacts rapprochés avec la personne grippée (tout particulièrement si l’on est soi-même à risque) ; se laver régulièrement les mains (notamment après tout contact avec le malade grippé). Plus généralement les proches de personnes âgées doivent être vigilants concernant leur état de santé. Il est recommandé de prendre des nouvelles des personnes les plus vulnérables et les plus isolées dans votre entourage. C’est ainsi : face aux ennemis, l’heure est à la vigilance réunissant les vaccinés et ceux qui ne le sont pas. Une autre forme, virale, de l’état d’urgence.

A demain

1 La diffusion, via les écrans mobiles, d’une courte vidéo pédagogique de la Direction Générale de la Santé serait, ici, du meilleur effet.