Mais qui a décidé de faire une telle publicité pour inciter le citoyen à se faire vacciner ?  

Bonjour

Couvercle sur les vertus du colloque singulier. Et place à la publicité financée par nos deniers ! Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, vient de donner le coup d’envoi national de la 14ème  Semaine Européenne de la Vaccination (SEV) – du 24 au 30 avril. C’est là une vaste opération onusienne centralisée. Elle vise à rappeler à la population l’importance de se faire vacciner – et de mettre à jour ses vaccinations. Message officiel :

« Dans la continuité des actions en faveur des vaccinations, le ministère des Solidarités de la Santé et Santé publique France lancent pour la première fois en France une grande campagne de promotion de la vaccination. Sur un ton positif et mobilisateur, le thème ‘’La meilleure protection c’est la vaccination’’ rappelle qu’il s’agit du moyen de prévention le plus efficace et le plus sûr contre de nombreuses maladies infectieuses potentiellement graves telles que les méningites, la rougeole, la coqueluche ou encore le tétanos.

«La campagne a pour objectif de réaffirmer les bénéfices de la vaccination en vue de renforcer la confiance. Elle s’adresse à toute la population, en particulier aux parents de jeunes enfants. Elle sera diffusée à la télévision du 21 avril au 11 mai et visible sur le web, les réseaux sociaux et dans la presse. »

 Où l’on comprend que seule une telle publicité, « positive et mobilisatrice », permet de « renforcer la confiance » dans les vertus collectives de l’immunisation. Et cette publicité serait, nous dit-on « une première en France ». Qui l’a commandée , imaginée, élaborée ? Combien a-t-elle coûté ? Le citoyen l’ignore. Quel impact aura-t-elle sur ceux et celles qui, assez nombreux dans la population générale, doutent de l’efficacité et de l’innocuité vaccinales ? Une réflexion est-elle en cours sur ce thème ? Nul, dans la population, ne sait.

« Adhésions aux perceptions positives »

 Faute de disposer de ces données le citoyen méditera celles que vient de lui révéler l’exécutif sanitaire : « les premiers résultats encourageants de la mise en œuvre des 11 vaccinations obligatoires du petit enfant ». Pitch officiel : « La couverture vaccinale des nouveau-nés progresse, de même que les perceptions positives de leurs parents sur la vaccination »:

« Santé publique France a comparé les couvertures vaccinales à 7 mois des nourrissons nés entre janvier et mai 2018, avec celles des nourrissons nés entre janvier et mai 2017, pour les vaccinations contre la coqueluche, l’haemophilus influenzae de type b, l’hépatite B, le pneumocoque et le méningocoque C. La couverture vaccinale contre ces maladies infectieuses a connu une nette amélioration avec : +36,4 points de couverture vaccinale de la 1ère dose du vaccin contre le méningocoque C ; +5,5 points pour l’utilisation du vaccin hexavalent (diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, hépatite B et infections à haemophilus influenzae de type b);  +1,4 point de couverture vaccinale de la 1ère dose du vaccin contre le pneumocoque. »

Mieux encore : les couvertures vaccinales « s’améliorent également chez les enfants non soumis à l’obligation » : celle de la première dose du vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) chez les enfants ayant eu 12 mois en 2018 est de 87,2% (elle était de 85,0% chez ceux ayant eu 12 mois en 2017) ; de la première dose du vaccin HPV (recommandé) chez les jeunes filles de 15 ans nées en 2003 est de 29,1%, alors qu’elle était de 26,2% chez les jeunes filles nées l’année précédente).

 Et désormais « les parents reconnaissent l’importance des vaccinations ». Trois quarts d’entre eux « adhèrent à l’idée » que les nouvelles obligations vaccinales vont permettre de réduire les épidémies (77%). L’obligation vaccinale est majoritairement bien acceptée par les parents d’enfants nés en 2017 et en 2018, puisque deux tiers d’entre eux (67%) déclarent y être favorables.

Qu’en est-il du tiers restant de ces parents ? Seront-ils convaincus par la prochaine « publicité télévision- web-réseaux sociaux-presse » ? Faut-il redouter l’inverse ? Pourquoi ne pas s’en tenir aux vertus collectives du colloque singulier ?

 A demain

@jynau

Religion et régression : la vaccination contre la rougeole devient obligatoire à New York

Bonjour

Démocrate et maire de New York, Bill de Blasio  ne plaisante plus avec la rougeole. Il a ordonné mardi 10 avril que les habitants non vaccinés de plusieurs quartiers de la ville soient immunisés sous la contrainte. La ville (près de neuf million d’habitants) a déclaré l’état d’urgence sanitaire dans quatre zones situées dans le quartier de Williamsburg, au nord-ouest de Brooklyn. Tous les individus « ayant pu être exposés à la rougeole » devront être vaccinés, sous peine de poursuites pénales et d’une amende de 1 000 dollars. « Il n’y a pas de place pour la désinformation quand il s’agit de protéger nos enfants. Les vaccins sont sûrs et efficaces. Ils fonctionnent », a rappelé le maire sur Twitter.

Mayor Bill de Blasio ✔@NYCMayor We are declaring a public health emergency in Williamsburg due to the 300 cases of measles reported in our city — primarily concentrated in Brooklyn. There’s no room for misinformation when it comes to protecting our children. Vaccines are safe and effective. They work. 02:34 – 10 avr. 2019

Depuis octobre dernier, 285 cas de rougeole ont été enregistrés à New York alors que la maladie avait quasiment disparu aux Etats-Unis. Mais l’affaire est compliquée, dépassant la seule virologie.

L’affaire est compliquée : la résurgence de la maladie est particulièrement marquée au sein de la communauté juive orthodoxe. La municipalité a donc également prévenu que, toujours dans ces quatre zones, les garderies destinées à cette communauté ainsi que les yeshivas (écoles talmudiques) qui accepteraient des enfants non vaccinés se rendraient  passibles de poursuites pénales et de fermeture administrative.

« Rougeole party »

Car ces mesures risquent d’accroître les tensions qui couvent depuis longtemps entre la communauté juive ultra-orthodoxe et la société laïque. « Des résidents affirment qu’ils essuient désormais les sièges des autobus publics et qu’ils traversent la rue lorsqu’ils voient des juifs ultra-orthodoxes », rapporte le New York Times : « An Outbreak Spreads Fear: Of Measles, of Ultra-Orthodox Jews, of Anti-Semitism » (Sarah Maslin Nir and Michael Gold)

Pour leur part les dirigeants hassidiques disent redouter non seulement une montée de l’antisémitisme, mais aussi « une invasion de leur communauté cloîtrée par les autorités sous couvert de santé publique ». Ni les textes religieux ni les autorités juives de New York ne déconseillent la vaccination.

Bill de Blasio a déclaré être en contact avec les représentants de la communauté juive. Il a rappelé que la ville avait mené, depuis plusieurs mois, une vaste campagne de communication pour inciter à la vaccination. Des documents ont été distribués, de l’information mise en ligne et des dizaines de milliers d’appels téléphoniques automatisés ont été passés en yiddish à des membres de la communauté orthodoxe. « Il était temps de passer à une approche plus musclée », a estimé le maire précisant que le vaccin serait disponible gratuitement pour les familles n’ayant pas les moyens de payer.

« Cette situation peut être résolue rapidement », assure le maire. « Quand vous choisissez de ne pas faire vacciner votre enfant, ayez en tête que vous faites aussi ce choix pour les gens qui gravitent autour de lui », exhorte la Dr Herminia Palacio, maire adjointe chargée de la santé. Elle a également précisé que ses services avaient reçu des informations selon lesquelles se tiennent des « rougeole party », auxquelles des parents exposent leurs enfants au virus rougeoleux. « Evitez cette pratique !» réclame  Mme Palacio, selon CNN.

Quant aux autorités de Rockland, un comté situé au nord de New York devenu un autre foyer majeur de rougeole, elles ont décidé, le 26 mars, d’interdire écoles et lieux publics aux mineurs non vaccinés. Avant qu’un juge suspende cette interdiction après avoir été saisi par une dizaine de parents d’une école concernée.

Où l’on voit, une nouvelle fois, à quel point il demeure difficile, en 2019, de faire coïncider liberté individuelle et priorités collectives de santé publique.

A demain

@jynau

NB Sur ce thème : « Antivax. La résistance aux vaccins, du XVIIème siècle à nos jours » de François Salvadori et Laurent-Henri Vignaud. Editions Vendémiaire

 

Pr Dominique Stéhelin (1943-2019). Un brillant pionnier de la recherche des gènes du cancer

Bonjour

La science sait parfois, elle aussi, être une jungle. Carnet du Monde daté du 11 avril 2019. On y apprend la mort, survenue le 5 avril, du Pr Dominique Stéhelin. « Esprit brillant, il appartenait à ces grands chercheurs qui allient une intelligence exceptionnelle à une formidable intuition, résume avec justesse La Voix du Nord. Il avait ainsi apporté une contribution majeure à la découverte des oncogènes, une catégorie de gènes dont l’altération favorise la survenue des cancers. »

Pour l’avoir rencontré à plusieurs reprises dans les années 1980 (pour Le Monde) nous gardons de Dominique Stéhélin le souvenir d’un biologiste hors du commun, brillant, pédagogue, charismatique – le représentant d’une nouvelle génération incarnée quelques années plus tôt par son confrère Philippe Maupas (1939-1981) . Deux hommes promis au Nobel de médecine qui, de manière différente mais également injuste leur échappa.

« Au début des années 1970, les mécanismes du cancer faisaient l’objet de nombreux débats, rappelle l’Inserm dans la biographie qu’il lu avait consacré. Les uns pensaient que les causes de la cancérisation étaient externes aux cellules (théorie virale des cancers), alors que d’autres défendaient une origine cellulaire des dérèglements cancérigènes (théorie génétique). La connaissance des virus et l’avènement de la biologie moléculaire ont permis de clarifier ce débat. Le premier virus identifié pour causer des tumeurs (sarcomes) chez le poulet fut le virus du sarcome de Rous en 1911 par le chercheur américain Peyton Rous.

 « En 1976, Dominique Stéhelin, alors chercheur détaché du CNRS dans le laboratoire de Michael Bishop à San Francisco, démontre par une technique d’hybridation différentielle, la présence d’un fragment d’ADN du virus du sarcome de Rous dans le génome de cellules normales non infectées. Cela démontrait que le gène src du virus avait sa contrepartie dans les cellules normales et sa caractérisation a permis de montrer que le virus était devenu cancérigène, en incorporant et en modifiant ce gène dans son génome. Quinze ans plus tard, en 1989, le prix Nobel de physiologie et médecine a été décerné pour cette découverte de l’origine cellulaire des oncogènes rétroviraux aux co-auteurs du travail, les américains Michael Bishop et Harold Varmus. »

Le Monde du 10 octobre 1989

C’était il y a trente ans. Et nous gardons également en mémoire la profonde injustice que ressentit la communauté scientifique spécialisée en apprenant  l’exclusion du chercheur français d’une récompense qu’il méritait amplement de partager – et ce d’autant que les deux lauréats plaidèrent sa cause. En vain. Rue des Italiens, Le Monde daté du 10 octobre 1989 :

« Le prix Nobel de médecine a été décerné, lundi 9 octobre, à deux chercheurs américains de San-Francisco, J. Michael Bishop et Harold E. Varmus, pour leur découverte de  » l’origine cellulaire des oncogènes rétroviraux « .

« L’attribution de ce prix a immédiatement entraîné la réaction du professeur Dominique Stehelin, spécialiste français des oncogènes, qui a été le premier à travailler sur le sujet à l’époque où il appartenait au laboratoire _ de 1972 à 1975 _ de San-Francisco. « Je suis très déçu, je trouve cela très injuste et très moche », a déclaré le professeur, affirmant qu’il avait, lui seul, découvert les « gènes du cancer » (oncogènes) et que « ses travaux lui appartiennent ». Le professeur Stehelin, qui travaille actuellement à Lille, a ajouté : « Je ne comprends pas pourquoi la communauté scientifique refuse de m’attribuer cette découverte, sans doute parce que je n’ai pas « ramé » et parce que travailler à Lille est jugé moins prestigieux que d’être chercheur à San-Francisco. » »

A son retour des Etats-Unis, Dominique Stéhelin avait mis en place  une équipe de recherche à l’Institut Pasteur de Lille et poursuit la découverte et la caractérisation de nouveaux oncogènes. Il poursuivit son œuvre, montrant aussi que des rétrovirus peuvent contenir deux oncogènes susceptibles de leur conférer des propriétés “transformantes” accrues et/ou de cancériser des cellules. Et plus généralement le rôle essentiel des oncogènes dans tous les processus cellulaires normaux et clarifie leur implication dans le cancer lorsqu’ils sont dérégulés.

Il fut aussi à l’origine de la création en 1996 de l’Institut de biologie de Lille, avec le soutien du CNRS, de la région Nord Pas de Calais et de l’Etat. De très nombreux chercheurs français et étrangers ont été formés dans le laboratoire de Dominique Stéhelin, qui a su les attirer par ses qualités scientifiques, associées à son charisme et son ouverture d’esprit. Plusieurs sont devenus directeurs de laboratoires à l’Inserm, au CNRS, dans des laboratoires internationaux, ou directeurs de département dans l’industrie pharmaceutique.

On pourrait gloser sur la meurtrissure durablement vécue par ce biologiste. On ne gardera que le souvenir d’un homme hors du commun, brillant, pédagogue, charismatique. Son intelligence et son intuition. Son regard et son sourire.

A demain

@jynau

 

Sida : pourquoi évoquer aujourd’hui le spectre d’une « épidémie mondiale de VIH résistants » ?  

Bonjour

Demain le « Sidaction » fêtera son premier quart de siècle. Présidente de l’association Françoise Barré-Sinoussi   co-prix Nobel de médecine (depuis onze ans) évoque, pour le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret), l’évolution de l’épidémie et du VIH. Parle d’une « banalisation effrayante du sida ». S’inquiète de la progression de résistances aux traitements et observe  « l’émergence de résistances très inquiétantes ».

« Dans certains pays d’Afrique ou d’Asie, on est passé en cinq ans de 5 à 15% de personnes contaminées par des virus qui ne répondent pas aux traitements, assure-t-elle. Or l’arsenal de combinaisons thérapeutiques reste limité. On n’est pas à l’abri d’une épidémie mondiale de virus résistants. » Et encore :

« Cette vague d’échecs thérapeutiques dans les pays du Sud pourrait nous conduire à une quatrième épidémie de sida, une phase très préoccupante après celle de l’émergence du VIH, de son expansion mortelle et de la riposte globale.

 « En général les résistances apparaissent en cas d’arrêt des traitements pendant plusieurs semaines ou mois. Mais il ne faut pas tout mettre sur le dos des patients (sic). En Afrique, j’ai vu des médicaments stockés dans des frigos qui n’arrivaient jamais jusqu’à leurs destinataires. Des problèmes de logistique ou d’organisation peuvent empêcher le maintien de patients sous traitement. »

Et puis, toujours, l’hypothèse de l’espoir d’une guérison totale. Avec l’évocation, début mars, d’une publication médicale concernant un deuxième cas de rémission durable. Ici Françoise Barré-Sinoussi reste plus que prudente : « Depuis plus d’une décennie, on sait, grâce au fameux patient de Berlin, alors également atteint d’un cancer, qu’une telle rémission est extrêmement rare mais possible […] Mais on ignore encore quel sera le traitement du futur capable de conduire si ce n’est à une guérison, du moins à une rémission durable. »

Elle peste aussi contre « tout le battage médiatique » fait autour de cette publication médicale. Et cite la réaction, alors, de l’un de ses « éminents confrères » qui a dit : « So what ? ». Sur toutes ces questions, essentielles, un autre de ses éminents confrères  reste désespérément coi : le Pr Luc Montagnier avec qui elle partageait, il y a bientôt onze ans, le prix Nobel). So what ?

A demain

@jynau

Dépistage du VIH/sida en France : l’impression que le temps ne passe pas ; aucun mea culpa

Bonjour

28 mars 2019. Santé publique France publie le dernier bilan en date de la surveillance du VIH sur le territoire. Résumons. Le nombre de découvertes de séropositivité VIH entre 2010 et 2017 est stable. Malgré une offre large de dépistage du VIH en France, près d’un tiers des découvertes de séropositivité sont trop tardives. Il convient à la fois d’intensifier et de mieux cibler le dépistage. Tout est dit, ou presque. Et l’objectif, jamais atteint demeure le même : est réduire le nombre de personnes qui « ignorent leur infection » et de permettre aux personnes séropositives d’accéder à un traitement antirétroviral – « pour un bénéfice à la fois individuel et collectif ». Et, déjà, une antienne : « la promotion de l’ensemble des outils de prévention disponibles doit se poursuivre pour augmenter leur utilisation et réduire le nombre de contaminations ».

Les chiffres : en 2017 ce sont 5,6 millions de sérologies VIH qui ont été réalisées par les laboratoires de biologie médicale (bien lire 5,6 millions) – soit une augmentation de l’activité de dépistage de 12% entre 2010 et 2017. Or cette augmentation ne s’est pas accompagnée d’une hausse du nombre de sérologies positives. Cette année-là ce sont « environ 6 400 personnes » qui ont découvert leur séropositivité vis-à-vis du VIH. Soit un nombre stable depuis 2010. « La différence observée par rapport aux estimations produites antérieurement s’explique par un changement de méthodologie et non par une augmentation du nombre de découvertes » précise Santé publique France.

« Parmi les personnes ayant découvert leur séropositivité en 2017, 3 600 (56%) ont été contaminées lors de rapports hétérosexuels, 2 600 (41%) lors de rapports entre hommes et 130 (2%) par usage de drogues injectables. Concernant les deux principaux modes de contamination, on observe une stabilité du nombre de découvertes de séropositivité depuis 2010. Chez les usagers de drogues, ce nombre diminue. Parmi les découvertes chez les hétérosexuels en 2017, 75% concernent des personnes nées à l’étranger, principalement en Afrique subsaharienne. Parmi les hommes ayant des rapports avec des hommes (HSH) ayant découvert leur séropositivité en 2017, 26% étaient nés à l’étranger. Chez ces derniers, le nombre de découvertes augmente de manière continue. »

Maigres bénéfices

Et puis cet euphémisme qui devrait être un mea culpa : « Ce constat laisse supposer que l’augmentation du dépistage a sans doute peu bénéficié aux populations les plus exposées au VIH ».

Ajoutons que près d’un tiers des découvertes de séropositivité sont toujours trop tardives : 30% des personnes ont été diagnostiquées en 2017 à un stade avancé de l’infection à VIH. La moitié des découvertes de séropositivité (52%) a concerné des personnes déclarant n’avoir jamais été testées auparavant. Dans les populations où un dépistage régulier est recommandé, hétérosexuels nés à l’étranger et HSH, cette proportion était respectivement de 68% et 33%.

Et cette conclusion qui pourrait être un copié-collé des précédentes années :

« Ces nouvelles données de Santé publique France rappellent l’importance de lever les freins au dépistage. Poursuivre la promotion de la prévention diversifiée Parallèlement au dépistage et au traitement des personnes séropositives, la promotion des autres outils de prévention disponibles (préservatif, prophylaxie pré-exposition, traitement post-exposition) doit se poursuivre. C’est l’ensemble de ces mesures qui permettra de réduire à terme le nombre de nouvelles contaminations par le VIH, qui sera suivie ensuite par une diminution du nombre de découvertes de séropositivité. »

Ici ou là des voix autocritiques s’élèvent pour dénoncer, au vu de l’ensemble des outils disponibles et des sommes dépensées, de « très mauvais chiffres ». Quelques unes plaident pour une transformation radicale de l’action menée dans ce domaine avec une réaffectation des acteurs devenus, au fil du temps, pléthoriques. Qui les entendra ?

A demain

@jynau

Angines : pour un diagnostic de qualité, prière de consulter votre pharmacien d’officine

Bonjour

Pendant les travaux, la politique de la découpe médicale se poursuit. Le Comité interministériel pour la Santé devait, ce 25 mars, entendre le pouvoir exécutif annoncer le remboursement des « tests de dépistage de l’angine » réalisés par les pharmaciens. Cette mesure vise « à désengorger (sic) les salles d’attente des médecins tout en améliorant la prise en charge des malades concernés (re-sic).

Les services du Premier ministre ont, en urgence, annoncé cet « accès facilité aux tests sur l’angine menés par les pharmaciens » confirmant ainsi une information du Parisien (Elsa Mari) : ces tests pratiqués en officine seront pris en charge par la Sécurité sociale et remboursés à partir du 1er janvier prochain. Le Parisien, repris par Le Figaro:

« Saviez-vous que la plupart des angines ne nécessitent pas d’antibiotiques ? Pour s’en assurer, il suffit de pousser la porte d’une officine, d’ouvrir la bouche et de tirer la langue. Depuis plusieurs années, les pharmaciens sont autorisés à réaliser un examen qui détermine l’origine de votre mal de gorge. Mais le gouvernement nous annonce vouloir aller plus loin, améliorer ce dispositif, faciliter l’accès à ces tests qui seront désormais remboursés au 1er janvier.

 « L’objectif est double. D’abord, lutter à tout prix contre la surconsommation et le mauvais usage des antibiotiques qui conduit au développement de résistances des bactéries, un véritable problème de santé publique. C’est particulièrement le cas pour les angines qui correspondent à 10% des prescriptions d’antibios, soit 9 millions de cas chaque année, alors que 80 % d’entre elles sont d’origine virale et guérissent avec des antalgiques contre la fièvre et la douleur. Et cela coûte cher, 20 millions d’euros par an de prescriptions inutiles ! 

 « Si en France, les médecins généralistes pratiquent ces tests lors des consultations, ils sont, selon Matignon, insuffisamment utilisés : seuls 40% en ont commandé en 2017. Pourquoi ? Contacté, l’ordre des médecins n’a pas souhaité s’exprimer. Pour éviter un mauvais diagnostic et désengorger les cabinets bondés, le deuxième objectif, ces dépistages en officine pourraient être la solution.

Sans surprise les pharmaciens applaudissent. « Sur les 4200 pharmaciens, nous sommes près de 600 à avoir reçu cette formation et être habilités à faire ces tests. Mais c’est une très bonne idée de vouloir aller plus loin » a déclaré au Parisien Martial Fraysse, président du conseil régional d’Ile-de-France de l’Ordre des pharmaciens. Il suffit, pour cela, en marge des rayons de la parapharmacie, d’un espace de confidentialité, d’un kit (une dizaine d’euros), de gants et d’un chronomètre. « On frotte un gros coton-tige dans la région des amygdales. Huit minutes plus tard, les résultats s’affichent sur la plaquette. Un trait, c’est viral, deux, bactérien. »

Détail : si les deux traits s’affichent, le pharmacien ne sera pas autorisé à délivrer de traitement – il faudra toujours consulter un médecin, puis revenir vers son pharmacien.  Où l’on en vient à se demander pourquoi le gouvernement ne permet pas au citoyen de pratiquer ce test, remboursé, à son domicile.

A demain

@jynau

 

 

 

 

Agnès Buzyn va-t-elle rendre obligatoire la vaccination contre les papillomavirus humains ?

Bonjour

De mémoire vaccinale c’est, en France, sans précédent : cinquante institutions médicales, société savantes et associations viennent de lancer un appel hors du commun. Objectif : obtenir des autorités sanitaires et du pouvoir exécutif la mise en place d’un dépistage systématique et d’une vaccination universelle contre les papillomavirus humains (HPV) « responsable de nombreux cancers et d’autres maladies touchant l’homme et la femme ». Parmi les signataires  les Académies de médecine, de pharmacie, de chirurgie et des sciences infirmières, le Centre international de recherche sur le cancer, la Ligue nationale contre le cancer, sept collèges professionnels, trente-deux sociétés savantes, sans oublier différents syndicats et associations. Aucun représentant de Big Pharma.

Plus de 500 millions € par an

Certes la (coûteuse) vaccination contre les HPV est déjà recommandée (et remboursée) en France : pour les jeunes filles de 11 à 14 ans, les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (jusqu’à 26 ans), et les patients immunodéprimés. Mais cette politique de prévention est un échec : la couverture vaccinale chez les jeunes filles avoisine les 20 %, de plus en plus loin loin de l’objectif fixé à 60 % par le « plan Cancer ».

Les chiffres ? Chaque année, en France, les infections par les HPV sont à l’origine de plus de 6 300 cancers : col de l’utérus (2900), pharynx (amygdales, 1400), anus (1512), vulve, vagin, pénis (500).  Mais aussi de 30 000 lésions précancéreuses du col des l’utérus dont les traitements ne sont pas sans conséquences (risque accru d’accouchement prématuré et/ou de fausses couches). Et encore d’environ 100 000 diagnostics de verrues génitales avec des récidives fréquentes et des traitements ayant un impact sur la vie sexuelle et affective, ainsi qu’un certain nombre de « papillomatoses laryngées ». Ces maladies représentent aussi un coût important pour la collectivité : plus de 500 millions € par an.

Allergiques à l’obligation vaccinale

Qui fait quoi ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé n’a pas jugé utile de rendre cette vaccination obligatoire. Mais elle a saisi la Commission technique des vaccinations de la Haute autorité de santé afin d’évaluer la pertinence d’une recommandation de vaccination universelle contre le HPV. Pour les cinquante signataires, tous les éléments scientifiques disponibles justifient la mise en place d’une vaccination généralisée (filles et garçons) sans attendre :

« Un décalage dans le temps placerait une nouvelle fois la France comme un pays à contre-courant sur cette vaccination HPV : plus de 20 pays développés ont déjà adopté une stratégie de vaccination universelle et plusieurs pays européens, malgré des couvertures vaccinales élevées chez les filles, ont récemment accéléré la mise en œuvre de cette politique (Allemagne, Grande-Bretagne, Danemark, Irlande). Les Etats-Unis vaccinent les garçons et les filles, avec une couverture vaccinale au moins deux fois plus élevée que celle de la France. »

On attend, désormais, les réactions et arguments, sinon des « anti-vaccinaux », du moins de ceux qui sont farouchement opposés, pour différentes raisons, à toute forme d’obligation vaccinale.

A demain

@jynau