« Hydroxychloroquine – Didier Raoult », la grande affaire française étrillée depuis Genève

Bonjour

04/06/2020. C’est acquis : l’affaire « Didier Raoult – Chloroquine » est devenue la grande affaire nationale française du moment. Elle intègre à merveille la peur et l’espoir, la médecine à la science, la croyance à la politique, le médiatique aux polémiques, les élites aux Gilets Jaunes. Jouant miraculeusement de l’étrange, l’homme parle où et quand il veut, délivre des messages, philosophe sur la médecine, cet art qui se nourrit de science, dénonce les vices de sa confrérie, accuse les méthodologistes-mathématiciens glorifie en permanence son parcours et ses compétences.

C’est sans précédent et cela dure, l’affaire s’auto-alimente. Pour autant, sauf à imaginer une rapide propulsion vers les sphères politiques (Didier Raoult, ministre de la Santé et/ou maire de Marseille) le sujet, bientôt, s’épuisera.

Pour l’heure, tout ceci intéresse-t-il au-delà de nos frontières ? Comment, par exemple, perçoit-on ce phénomène depuis Genève ? Donnons ici un extrait du « bloc-notes » 1 que tient le Dr Bertrand Kiefer dans la Revue Médicale Suisse dont il est le rédacteur en chef :

« Il était un savant de Marseille qui, depuis son bain de bulles, affirmait que la pandémie commençante serait moins mortelle que les accidents de trottinette. Il savait, avec certitude. Le même savant annonce ces jours la fin imminente de la pandémie. Il sait, là encore. Et c’est lui qui, enveloppé dans son immense savoir et télégénisé par son look ésotérico-rebelle, a entraîné le monde sur la piste savonneuse d’un antimalarique miracle.

« Avec ses disciples (groupe qui comprend une partie non négligeable de l’humanité, quantité de chefs d’État, plein de professeurs et de médecins de tous poils, et un quarteron de spécialistes fumeux), il affronte les autres, l’élite, les « bien-pensants », affirmant que l’urgence pandémique exige d’abandonner la servitude de la méthode et de l’éthique de la recherche scientifique. S’imposerait donc, selon lui, l’instinct, le savoir infus.

La bouée, le parachute et le savoir du gourou

« Quand quelqu’un se noie, on lui lance une bouée, sans d’abord vérifier son efficacité, ou encore, quand on saute d’un avion, on utilise un parachute, même s’il n’a jamais fait l’objet d’une recherche contre placebo (cet argument prend au sérieux un article du BMJ sur le sujet, publié dans l’un des numéros de Noël connus pour servir de défouloir annuel à l’humour british). Certes, mais comment savoir qu’on a bien affaire à une bouée ou un parachute ? Le gourou, lui, sait.

« En conséquence, tout a été fait à l’envers. Courant derrière l’engouement international, quantité d’études ont été lancées, impliquant des dizaines de milliers de patients dans le monde, sans coordination, avec des protocoles souvent bâclés. Il a fallu trois mois d’un immense effort pour que la marge d’ignorance se resserre. Résultat : l’antimalarique n’est en tout cas pas le médicament-miracle annoncé, celui qui devait sonner la « fin de partie » (selon le savant) ou s’imposer en « game changer » (selon un autocrate narcissique nord-américain). Mais l’argent et l’énergie drainés par ces études (sans compter la difficulté à recruter les patients : personne ne voulant plus prendre le risque de se trouver dans un bras autre ou placebo) ont empêché de tester d’autres hypothèses intéressantes, à l’efficacité a priori autant, voire davantage plausible. Un immense gâchis. »

Il nous restera à comprendrecomment une telle « flambée d’irrationnel » a pu se mondialiser à la vitesse de la pandémie. « Il faudrait analyser les ressorts archaïques qui meuvent les humains, même à l’ère des réseaux sociaux, écrit le Dr Kiefer. Besoin de croire, transes émotionnelles, attachement à la figure sacrée de la victime (le savant persécuté), violence mimétique antiscience et anti-establishment ? Les technologies de l’information sont de formidables machines à amplifier les vieux modèles. » Il ajoute :

« A quoi se reconnaît un pseudo-scientifique ? A ceci : il sait. Il est soit infatué, soit incompétent. Mais l’infatué ne cherche pas à savoir. Et savoir qu’on est incompétent demande d’être compétent. »

A demain @jynau

1 Kiefer B Science et doutes : le bazar Rev Med Suisse 2020; volume 16. 1068-1068

Chloroquine et égotisme. A propos de deux cas célèbres : le président Trump et le Pr Didier Raoult

Bonjour

04/06/2020. En rire ? Donald Trump, 73 ans, 1,90m, pèse 110kg, rythme cardiaque : 63 pulsations par minute. Vaccinations à jour. Bon état général. N’a constaté aucun effet secondaire durant  le « traitement préventif » de deux semaines d’hydroxychloroquine qu’il avait souhaité pouvoir prendre. L’annonce vient d’en être faite par le Dr Sean Conley, médecin de la Maison Blanche.

«Le président a terminé ce traitement en toute sécurité et sans effets secondaires, a indiqué le Dr Sean Conley dans un communiqué sur l’état de santé du président. Il continue à subir régulièrement des tests Covid-19 et à ce jour tous les résultats ont été négatifs».

Donald Trump avait révélé le 18 mai qu’il prenait quotidiennement de l’hydroxychloroquine.  «J’en prends depuis dix jours, un comprimé par jour», avait alors déclaré le président américain à la stupéfaction générale, lors d’un échange avec les journalistes à la Maison Blanche. «J’entends beaucoup de choses extraordinairement positives» sur ce médicament, avait-il justifié. Vous connaissez l’expression: qu’est-ce que vous avez à perdre?»

On rappellera que la FDA américaine en déconseille l’usage «en dehors d’un milieu hospitalier ou d’essais cliniques, en raison du risque de troubles du rythme cardiaque. On rappellera aussi que la plus grande confusion règne dans ce domaine après la remise en cause par The Lancet et The New England Journal of Medicine d’études publiées dans leurs propres colonnes. On ajoutera enfin, corollaire, qu’en France le Pr Didier Raoult, (objet de premiers sondages nationaux) continue d’avancer sur son chemin de gloire médiatico-politique.

La dernière étape est datée du 3 juin : un nouvelle interview « exceptionnelle » royalement accordée  à Ruth Elkrief et Margaux de Frouville (BFM TV) en son bureau marseillais. Avec cette confidence : « La notoriété acquise à cette occasion me pèse plus qu’autre chose, je m’en fous un peu ». Interrogé sur son flamboyant  égotisme 1, le microbiologiste a cette réponse amplement signifiante : « La mégalomanie, ceux qui en parlent sont ceux qui sont incapables de voir la grandeur. On peut toujours dire que de Gaulle ou Churchill étaient mégalomanes. Ça m’indiffère. » En rire ?

A demain @jynau

1 Egotisme. A.- Disposition de celui ou de celle qui fait constamment référence à soi en particulier dans le discours. « Mais n’est-ce pas aussi que je la fatiguais par la monotonie de mes propos? Mon égotisme outre qu’il est peu séduisant, ne se renouvelle guère ». Barrès, Un homme libre,1889, p. 209.

Tendance à s’analyser, dans sa personne physique et morale.  « L’égotisme littéraire consiste finalement à jouer le rôle de soi; à se faire un peu plus nature que nature; un peu plus soi qu’on ne l’était quelques instants avant d’en avoir eu l’idée ». Valéry, Variété II,1929, p. 96.

B.− Quasi-synon. de égocentrisme et de égoïsme. « Elles [les femmes] ont d’ailleurs des sens très rudimentaires, des sens de femelles, peu perfectibles, inaccessibles à ce qui ne touche pas directement l’égotisme féminin qui absorbe tout en elles ». Maupassant, Notre cœur,1890, p. 455.

C.− Philosophie. D’un point de vue théorique et avec une valeur laudative, exaltation du sentiment du moi dans son unicité « La religion du MOI, le culte de la personne intime, la contemplation de soi-même, le divin égotisme (France, Vie littér.,t. 4, 1892, p. 226):

Le Pr Didier Raoult est accusé d’avoir expérimenté sans le consentement de ses patients

Bonjour

03/06/2020. L’affaire couvait, elle éclate dans Le Canard enchaîné. Mi-avril le soupçon avait été évoqué dans Le Quotidien du Médecin et nous nous en étions fait l’écho : « Hydroxychloroquine: questions sur la légalité des recherches du Pr Didier Raoult ». Puis le sujet fut développé dans Libé : « Le professeur Raoult a-t-il pris des libertés avec les règles éthiques ? » (Florian Gouthière). Et aujourd’hui le dossier s’étoffe dans Le Canard Enchaîné.

Selon l’hebdomadaire satirique le parquet de Marseille aurait reçu un « signalement » dénonçant certaines des pratiques du Pr Raoult. Le microbiologiste marseillais et ses collaborateurs  de l’IHU Méditerranée Infection sont accusés par « un de leurs confrères » (sic) d’avoir administré de l’hydroxychloroquinesans le consentement formel des patients. « Selon le dénonciateur, l’équipe de Didier Raoult a présenté une étude publiée le 27 mars comme une simple ″recherche observationnelle″ ne nécessitant pas l’accord formel des patients », écrit l’hebdomadaire.

Sollicitée par le parquet, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a indiqué avoir mené son enquête et demandé des explications au Pr Raoult. Et selon un courrier envoyé au parquet (que Le Canard Enchaîné s’est procuré) le Dr Dominique Martin, directeur général de l’ANSM écrit que « les modalités d’information des patients et de traçabilité de la motivation de la prescription ne sont pas conformes aux exigences légales ».

Comme Antoine Laurent Lavoisier, mort guillotiné.

Interrogé par l’hebdomadaire le Pr Raoult assure quant à lui avoir « respecté l’ensemble de la légalité ». Pour autant l’ANSM a d’ores et déjà saisi le Conseil national de l’Ordre des médecins.

Rappel 1 : en France, pour pouvoir conduire des «recherches impliquant la personne humaine» (RIPH), tout scientifique doit impérativement obtenir l’avis favorable de l’un des quarante comités de protection des personnes (CPP) répartis sur le territoire. Ces comités d’éthique, indépendants des établissements de recherche, sont composés de praticiens, de juristes ou de représentants d’associations de patients. Conduire une RIPH sans l’aval d’un CPP est passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende

Rappel 2 : sont considérées comme des RIPH toutes les études dans lesquelles les interventions (par exemple les gestes médicaux) ou les observations (suivi, questionnaires aux patients…) ne sont pas uniquement réalisées pour le soin du malade, mais aussi dans l’intention de mener une recherche destinée à faire évoluer les connaissances biologiques ou médicales.

Le 27 mars, l’équipe du professeur Raoult avait présenté les résultats d’une étude relative aux effets associés de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine  chez quatre-vingt patients « Covid + ». Les chercheurs marseillais expliquaient alors avoir fait valider ce projet par leur propre comité d’éthique, et non par un CPP. Avec cet argument : «Ce n’est pas de la recherche, c’est du soin.» Plus tard ils expliqueront : «L’hypothèse que [cette] étude serait une intervention sur la personne non justifiée par sa prise en charge habituelle est fausse, car il n’y a eu aucune autre intervention que celles justifiées par les soins courants.»

Cette défense comporte toutefois quelques sérieuses failles, comme en témoignent différents éléments recueillis et publiés, fin mai, par Libération. Hasard ou fatalité la publication du Canard enchaîné coïncide avec une nouvelle vidéo mettant en scène le microbiologiste marseillais (#LancetGate. Les Pieds nickelés font de la science).  

« Moi je suis une star des maladies infectieuses, j’ai tout eu, j’ai un cursus qui fait rêver à peu près n’importe qui, déclare-t-il. J’ai été le plus jeune président de l’Université de France, le plus jeune président des médecins, le plus jeune de tous les professeurs de la classe exceptionnelle, le professeur le plus ancien dans le grade le plus élevé de tout ce pays en médecine, j’ai tout eu dans ma vie. C’est moi, l’élite (…)».

Il ajoute, aussi, que la France est un pays où, parfois, on se prend à aimer décapiter les élites. Comme Antoine Laurent Lavoisier (1743-1794).

A demain @jynau

Rebondissements dans l’affaire de la chloroquine: Didier Raoult et les Pieds nickelés du Lancet

Bonjour

03/06/2020. C’est suffisamment rare pour être qualifié d’événement: le « Lancet Gate». Résumons les dernières données : The Lancet a émis, mardi 2 juin, une mise en garde (« expression of concern ») vis-à-vis d’une étude publiée dans ses colonnes le 22 mai. Etude médicale mais éminemment politique,  controversée dès sa publication. Se fondant sur 96 000 dossiers médicaux électroniques de patients hospitalisés pour Covid-19 elle suggérait que ceux traités avec de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine, (combinées ou non à des antibiotiques comme l’azithromycine) présentaient un taux de mortalité supérieur et plus de pathologies cardiaques.

« D’importantes questions scientifiques ont été soulevées concernant les données rapportées dans l’article de Mandeep Mehra et al, annonce le Lancet dans un communiqué. Bien qu’un audit indépendant sur la provenance et la validité des données ait été commandé par les auteurs non affiliés à Surgisphere [la société américaine qui les avait collectées] et soit en cours, avec des résultats attendus très prochainement, nous publions une expression d’inquiétude pour alerter les lecteurs sur le fait que de sérieuses questions scientifiques ont été portées à notre attention. Nous mettrons cet avis à jour dès que nous aurons de plus amples informations. »

Cette initiative entame à coup sûr l’aura internationale du Lancet. Mais elle dépasse de beaucoup cette seule dimension du fait des conséquences que cette publication avait déjà entraîné. Elle avait conduit notamment conduit l’OMS, trois jours après sa publication, à suspendre provisoirement l’inclusion de patients traités à l’hydroxychloroquine dans son essai clinique International Solidarity.

Conséquences médicales et politiques en France

En France les conséquences sont importantes, à la fois médicales et politiques. La publication de l’étude du Lancet avait en effet conduit Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé à saisir en urgence pour avis le Haut Conseil de santé publique (HCSP). Celui-ci avait aussitôt émis un avis défavorable à l’utilisation (qu’il avait précédemment accordée) en contexte hospitalier de l’hydroxychloroquine. Son avis se fondait aussi, il est vrai, sur d’autres données de pharmacovigilance faisant état de graves effets indésirables cardiaques. Cet avis avait été suivi d’un décret mettant fin à la dérogation permettant l’utilisation de l’hydroxychloroquine hors autorisation de mise sur le marché dans le cadre du Covid-19.

Ce n’est pas tout : les responsables des seize essais cliniques comportant de l’hydroxychloroquine autorisés par l’Agence de sécurité du médicament (ANSM), ont dans le même temps suspendu l’inclusion de nouveaux patients dans les groupes recevant de l’hydroxychloroquine.

Et comment ne pas rappeler que tout ceci a pour toile de fond l’opposition (euphémisme) ouvertement déclarée entre le ministre Olivier Véran et le Pr Didier Raoult qui avait qualifiée de « foireuse » l’étude du Lancet avant de souligner plusieurs incohérences dans les données ainsi publiées. L’ expression of concern  du Lancet répond aussi à de très nombreuses critiques suscitées par l’étude conduite par Mandeep Mehra (Harvard Medical School) et ses trois co-auteurs (que Didier Raoult étrille dans sa dernière vidéo marseillaise).

« La revue britannique avait déjà dû publier un erratum reconnaissant une erreur de codage sur des morts du Covid-19 indûment attribués à l’Australie et la publication erronée d’un tableau de données, rappelle Le Monde (Hervé Morin) Mais ce correctif ne répondait qu’à une partie des critiques rassemblées dans une lettre ouverte signée par 120 chercheurs, qui réclamaient notamment de pouvoir accéder aux données brutes afin de les réanalyser et même de vérifier leur réalité, mise en doute par certains observateurs. »

The Lancet rétractera-t-il ou non l’article incriminé ?

En ligne de mire, désormais : la peu banale société Surgisphere, basée dans l’Illinois, aux Etats-Unis, qui affirme avoir collecté plus de 96 000 dossiers médicaux « auprès de 671 hôpitaux sur six continents », et son fondateur, le chirurgien Sapan Desai. « De nombreux épidémiologistes doutent de la capacité d’une si petite structure à entretenir des relations avec un aussi grand nombre d’hôpitaux de par le monde, et à avoir reçu les autorisations nécessaires pour aspirer leurs données – sans obtenir le consentement des malades, ce qui est un motif supplémentaire de préoccupation, observe Le Monde. En réponse à ces critiques, Surgisphere a indiqué avoir sollicité un audit académique indépendant pour réanalyser ses données, qu’elle ne serait pas autorisée à rendre publiques pour des raisons légales. »

Mais il faut aussi compter avec la nouvelle (et à bien des égards problématique) vidéo mise en ligne le 2 juin par Didier Raoult, principal promoteur en France de l’association hydroxychloroquine-azithromycine. Il y qualifie notamment de « Pieds nickelés » 1 les auteurs de l’étude et s’attaque à nouveau au Lancet et aux relecteurs de la publication.  

La suite pourrait se résumer à une question : The Lancet rétractera-t-il ou non l’article incriminé avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer ? 2. Et si oui quelles conclusions en tirera, en France, Olivier Véran et le gouvernement ? Sera-ce le triomphe du Pr Didier Raoult qui évoque désormais l’organisation d’un sondage de notoriété demandant aux Français qui est le plus écouté : lui ou le ministre de la Santé ?

A demain @jynau

1 L’expression « pieds nickelés » désigne celles et ceux qui ne sont pas portés sur le travail. Elle vient soit du fait que les pieds en nickel sont trop précieux pour servir à marcher ou travailler, soit de « pieds niclés », pieds atteints de rachitisme ne permettant donc pas un travail soutenu.

2 On rappellera que The Lancet avait mis douze ans pour procéder à la rétractation d’un article frauduleux établissant un lien de causalité entre la vaccination contre la rougeole et l’autisme – alimentant ainsi durant tout ce temps les arguments des mouvements anti-vaccinaux et la chute des taux de couverture vaccinale

Grippe: quand Olivier Véran osera-t-il rétablir l’obligation de la vaccination chez les soignants ?

Bonjour

02/06/2020. Songer, déjà, à l’étape épidémique suivante. Déjà questionné sur son passé dans « l’affaire des masques » Jérôme Salomon Directeur Général de la Santé (DGS) a saisi en urgence la Haute Autorité de santé (HAS). Objectif : définir la stratégie de vaccination contre la grippe saisonnière pour la saison 2020-2021 dans le contexte de l’épidémie de COVID-19. Vaccination qui débutera mi-octobre pour la France métropolitaine et les départements-régions d’Outre-Mer des Amériques (Martinique, Guadeloupe, Guyane).

Et voilà la HAS fort embarrassée. « En l’absence d’éléments justifiant un ajustement des recommandations en vigueur, la HAS considère à ce stade que la campagne de vaccination antigrippale doit être réalisée conformément à la stratégie actuelle et souligne l’importance d’augmenter la couverture vaccinale dans les populations cibles » vient-elle de faire savoir dans un communiqué destiné à la presse.

Et la HAS de rappeler qu’en France, la grippe saisonnière entraîne chaque année un nombre important de passages aux urgences et d’hospitalisations, et provoque de nombreux décès. Au cours des trois dernières saisons, entre 8 000 et 14 500 personnes par an ont succombé des suites de cette infection virale, principalement des personnes à risque de complications et notamment les personnes de 65 ans et plus. Et d’ajouter :

« Malgré les campagnes de vaccination annuelles, la couverture vaccinale dans ces populations reste très insuffisante, bien en-deçà de l’objectif de 75 % fixé par l’Organisation mondiale de la santé. Pour la saison 2019-2020, seules 45 % d’entre elles s’étaient fait vacciner, dont à peine plus de la moitié des plus de 65 ans (52 %), et moins d’un tiers des moins de 65 ans souffrant d’une affection longue durée (31 %). 

 Xavier Bertrand, Marisol Touraine, Agnès Buzyn, Olivier Véran

En l’état actuel des connaissances (et sous réserve que la France ne connaisse pas une nouvelle vague épidémique de COVID-19) la HAS estime que la prochaine campagne de vaccination contre la grippe saisonnière doit être réalisée conformément à la stratégie recommandée dans le calendrier des vaccinations 2020, et cibler les populations à risque de complications et les professionnels de santé (et tout professionnel en contact régulier et prolongé avec des personnes à risque de grippe sévère). Selon elle son élargissement à d’autres populations n’est, en revanche, pas justifié actuellement.

Le DGS et la HAS ne sauraient, ici, ignorer un puissant levier : l’obligation vaccinale non pas de toute la population mais bien des « professionnels de santé ». Le Pr Benoît Vallet, prédécesseur de l’actuel DGS avait, pour da part soulever cette question sanitaire majeure. C’était en janvier 2017. « L’annonce de M. Vallet a visiblement pris de court le cabinet de la ministre de la santé, Marisol Touraine, où l’on s’est contenté de rappeler que cette dernière doit prochainement présenter ‘’ les mesures qu’elle entend prendre pour renforcer la confiance dans la vaccination’’ » révélait  Le Monde (François Béguin)

« Comment le cabinet d’un ministre de la Santé pourrait-il, sérieusement, être pris de court sur un sujet sanitaire aussi important et en pleine épidémie grippale ? » demandions-nous alors. Nous sommes-là, très précisément, à l’articulation du politique et du sanitaire. Rappelons que bien que prévue par l’article L. 3111-4 comme une obligation  pour les professionnels de santé, l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006.

Le décret suspensif du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités d’un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin. Ses successeurs ne bougèrent pas en dépit des chiffres de mortalité. Marisol Touraine ne changea rien à l’affaire, pas plus qu’Agnès Buzyn. Vint l’actuelle pandémie. La balle de l’obligation vaccinale des soignants est aujourd’hui dans le camp d’Olivier Véran.

A demain @jynau

EHPAD : après-demain, « assouplissement supplémentaire des conditions de visite» (sic)

Bonjour

01/06/2020. Qui, chez Olivier Véran, est en charge de la rédaction des communiqués de presse ? Tâche ingrate. Celui daté de ce jour a pour titre  « Assouplissement supplémentaire des conditions de visite dans les établissements hébergeant des personnes âgées ».

Un chef d’œuvre administratif et jacobin. Nous sommes ici dans la « deuxième phase du déconfinement » et, « en cohérence avec l’évolution nationale », les « recommandations nationales relatives aux visites dans les établissements hébergeant des personnes âgées sont assouplies à compter du 5 juin 2020 » – et ce « notamment en préparation des fêtes familiales à venir comme la fête des mères ou la fête des pères ».

Plaçons des intertitres pour aider à comprendre le message.

Le contexte

« Les personnes âgées, tout particulièrement lorsque leur état de santé est fragilisé, sont les plus à risques de développer une forme grave de Covid-19. Près de 45% des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) déclarent encore au moins un cas de Covid-19. La plus grande vigilance doit donc être observée dans l’application des mesures de sécurité sanitaire rappelées dans les recommandations nationales. »

Le dilemme éthique

« Toutefois, cet impératif doit être concilié avec le respect du libre-choix des personnes désirant voir leurs proches. »

Les conséquences pratiques

« Il est ainsi recommandé aux directions des établissements dont la situation sanitaire le permet d’assurer une reprise des visites des proches. Par ailleurs, il est décidé un assouplissement supplémentaire des consignes applicables. Sont ainsi désormais autorisées :

  • les visites de plus de deux personnes à la fois, lorsque la visite n’est pas faite en chambre ;
  • les visites en chambre de deux personnes à la fois maximum, lorsque les conditions de sécurité le permettent ;
  • les visites de mineurs, à la condition que ces derniers puissent porter un masque.

Par ailleurs, il est mis fin à la condition de présence continue d’un professionnel aux côtés des proches. (sic)

Largesse d’esprit mais rappel au règlement

« Il est enfin rappelé que la reprise de davantage de visites médicales et paramédicales et des activités collectives en tout petits groupes peut être décidée, ainsi que l’intervention de bénévoles formés et encadrés. En particulier, lorsque l’établissement est doté d’un jardin ou d’une cour, des activités extérieures peuvent être organisées (promenades, animations en tout petits groupes).

« L’ensemble de ces visites et activités s’applique dans le strict respect des consignes de sécurité sanitaire définies dans le protocole relatif aux consignes applicables dans les ESMS et USLD établi le 20 avril 2020, actualisé au 1er juin 2020. Le lavage des mains, la distanciation physique et le port du masque chirurgical restent ainsi obligatoires pour tous les visiteurs. »

Autre chef d’œuvre, loin des EHPAD, « StopCovid », l’application numérique du gouvernement sera déployée demain 2 juin. Elle doit aider à lutter contre la pandémie de Covid-19. Ses détracteurs dénoncent un dispositif dangereux pour les libertés publiques. Flop annoncé ou succès liberticide ? Parier sur le premier ?

A demain @jynau

Bernard-Henri Lévy dénonce tous ces médecins qui nous faisaient la leçon à la télévision

Bonjour

01/05/2010. Pour un peu, en rire : « Sur la pandémie, Bernard-Henri Lévy n’a rien à nous dire, aussi en fera-t-il un livre ». Or il l’a (déjà) fait  : « Ce qui virus qui rend fou » 1. Et ce matin le philosophe était (déjà) l’invité du Grand Entretien de la matinale de France Inter en compagnie de Nicolas Demorand et Léa Salamé.

Etait-ce la précocité de l’heure ou la complexité d’un sujet trop vite survolé ?  On a connu BHL capable d’autres envolées. Comment comprendre, par exemple, qu’il puisse attribuer à Paul Valéry « et d’autres » (sic) la célèbre formule de René Leriche : « La santé c’est la vie dans le silence des organes ». Pour le reste qu’a-t-il à nous dire ? Extraits :

« Il y a eu une sorte de mondialisation de la peur, la façon dont, à la seconde, une épidémie de terreur s’est abattu sur le monde, ça ne s’est jamais produit (…) Je trouve que les villes vides, c’est pas beau, rester chez soi était utile pour une raison sanitaire, mais ce n’est pas une vertu.

« Sanitairement, il fallait les gestes barrières, cesser de se serrer la main…la vrai problème, c’est que les gens se soient confit dans ce confinement, cette incroyable docilité, que ce silence des organes soit un silence de couvre-feu et mirador. Quand j’entends certains médecins, comme Anthony Fauci, dire ‘le serrement de main ne reviendra plus’, c’est affreux ! (…) J’ai du mal à associer soumission et … grandeur : je trouve qu’il y a plus de grandeur chez ceux qui ont accepté les règles en râlant.

« Pascal ne disait pas que rester chez soi était de cuisiner et mettre ses plats sur Instagram, mais que c’était douloureux, que le repli sur le soi n’est pas une vertu (…) On est devenu délateur. Il y a eu des actes de civisme, mais aussi un incivisme grandissant : le civisme, c’est pas de s’enfermer, de jouir de rester chez soi« .

« Il y avait un traitement plus complexe à faire de tout ça (…) Il y avait quelque chose qui était en route et qui est en train de se sceller. Nous sommes de plus en plus nombreux à choisir la santé dans le débat entre sécurité et santé (…) Le passage entre contrat social et contrat vital : c’est ce qui est préoccupant, je crois que c’est pas un bon deal. »

« La République ce n’est pas le pouvoir des experts ! »

De cette promotion on ne retiendra guère, avec la mémoire de Michel Foucault, que le passage les rapports entre pouvoir politique et le pouvoir médico-scientifique. Un pouvoir politique qui cherche à se relégitimer grâce à un « supposé savoir » associé à un « abus d’autorité incroyable ». Le Pr Jean-François Delfraissy et son Conseil scientifique apprécieront- de même qu’Emmanuel Macron. BHL:

« Ces médecins qui passaient leur temps à nous faire la leçon à la télévision, pardonnez-moi mais moi, à l’oreille j’entendais l’abus d’autorité. Ce pouvoir médical cela fait des siècles qu’il se cherche, des siècles qu’il tente de s’imposer. Et là il a failli triompher ! La République ce n’est pas le pouvoir des experts ! La République c’est le pouvoir des politiques. La République ce n’est pas l’hygiénisme, c’est pas le pouvoir des médecins qui transforme la politique en clinique, qui font la chasse au virus …. La politique, ce n’est pas le pouvoir médical … »

Et le philosophe médiatique d’accuser journalistes, médias et spectateurs d’avoir accepté cette « prise de pouvoir par les médecins ». « D’ailleurs les meilleurs d’entre eux savaient que c’était absurde, ils étaient embarrassés de ce rôle, ils savent qu’ils ne sont pas d’accord les uns avec les autres, que la médecine n’est que très partiellement une science exacte, que la médecine c’est plein de querelles, que c’est encore pire que la philosophie… ».

Selon lui le président de la République a eu grand tort de parler de « guerre », les médecins et les médias ont eu tort d’entretenir un sentiment de peur cette « mauvaise conseillère ». Avec, en toile de fond des « émerveillés du confinement », un monde qui serait (enfin) débarrassé des humains.

Et BHL d’évoquer (lui aussi) le Pr Didier Raoult qu’il n’est pas sans admirer.

« Moi je connais la chloroquine, je suis un vieux paludéen, c’est aussi un bon médicament, il m’a sauvé la vie il y a cinquante ans… Le spectacle qu’ont donné les médecins à cette occasion, ce tintamarre,  cette pétarade, cette chamaillerie, cette pétarade à la table du roi, c’était l’illustration  du pire de ce que je dis sur les exagérations du pouvoir médical. »

Précision : durant le confinement BHL n’est pas allé à la campagne. Il est resté à Paris et n’a fait que deux reportages, l’un au Bangladesh, l’autre à Lesbos.

A demain @jynau

1 « Ce virus qui rend fou » Bernard-Henri Levy, Editions Grasset, 112 pages, 8 euros, sortie le 10 juin L’ intégralité des droits d’ auteur de ce livre sera versée à l’ ADELC (Association pour le Développement de la Librairie de Création).