Rougeole : fake news, anti-vax et vraie flambée mondiale. Au moins 136 000 morts en 2018.

Bonjour

Dépassons Val Thorens, la Savoie, et gagnons Genève. On entend déjà les oukases des anti-vax radicaux. Mais, raisonnablement, quelle autre solution que la vaccination ?

Jeudi 14 février, l’Organisation Mondiale de la Santé a alerté : flambée de rougeole dans le monde – bond d’environ 50 % des cas signalés l’an dernier par rapport à 2017. « Quand nous voyons les cas signalés augmenter de 50 %, nous savons que nous nous dirigeons dans la mauvaise direction », a déclaré la Pr Katherine O’Brien, directrice du département « Vaccination et produits biologiques » à l’OMS ».  « Nos données montrent qu’il y a une augmentation substantielle [du nombre] des cas de rougeole, précise-t-elle. Nous le constatons dans toutes les régions. Nous observons des épidémies qui se prolongent et qui prennent de l’ampleur. »

L’AFP rapporte ces données. A la mi-janvier, près de 229 000 cas de rougeole (chiffre provisoire) avaient été signalés dans le monde pour 2018, contre environ 170 000 en 2017.  « Toutes les régions ont vu une hausse des cas l’an dernier », a souligné la Dr Katrina Kretsinger, responsable médicale du Programme élargi de vaccination de l’OMS. Epidémies en Ukraine, à Madagascar, en République démocratique du Congo, au Tchad et en Sierra Leone. « Dans la région Europe, environ 83 000 cas ont été signalés en 2018 jusqu’à présent, dont 53 000 en Ukraine » précise-t-elle.

Et la Dr Kretsinger de rappeler que la rougeole, infection virale hautement contagieuse et pouvant être gravissime dans les pays sous-développés. Elle peut, depuis quelques décennies, être efficacement prévenue à l’aide de deux doses d’un vaccin « sûr et efficace ». Et l’OMS de déplorer « la diffusion de fausses informations sur le vaccin » – « notamment dans les pays riches ».

Démocratie et contraintes

Est-ce là un retour vers l’ancien monde ? Selon l’OMS le nombre des cas de rougeole recensés dans le monde avait diminué jusqu’en 2016. « Nous reculons par rapport aux progrès réalisés et nous ne reculons pas parce que nous n’avons pas les outils pour empêcher cela, nous avons les outils pour éviter la rougeole. Nous reculons, car nous n’arrivons pas à vaccinerles enfants » déplore la Pr O’Brien.

Pour cette spécialiste la principale raison de cet échec dans la vaccination des enfants est que ceux « qui en ont le plus besoin n’ont pas accès au vaccin ».  De ce point de vue les chiffres de l’OMS sont le triste reflet de l’augmentation du nombre des « Etats fragiles, des urgences sanitaires et des réfugiés ». « Les enfants qui ne sont pas vaccinés sont les plus pauvres, ceux qui vivent dans les communautés les plus marginalisées, cela peut être des enfants de réfugiés, de migrants » dit-elle.

Il est aussi, d’autres enfants, dans les pays riches et démocratiques, dont les parents sont opposés à la vaccination. Des pays où les pouvoirs publics estiment ne pas avoir d’autres outils que le recours à l’obligation. Et où les fausses nouvelles galopent sur les réseaux sociaux.

A demain

@demain

Rougeoles savoyardes : avant de partir vers les neiges, prière de vérifier votre état vaccinal.  

Bonjour

C’est une « bouffée épidémique », un cluster rougeoleux qui fait tache, information virale peu banale. 8 février : 18 cas enregistrés. Le 12 février ont était passé à 26 cas. Et l’Agence régionale de santé (ARS) Auvergne Rhône-Alpes de sonner une nouvelle fois l’alerte. Une alerte reprise en chaîne par de nombreux médias : les vacances scolaires d’hiver viennent de débuter pour la zone B et Val Thorens va, comme chaque année accueillir de nombreux touristes skieurs, français et étrangers.

Comment agir, comment prévenir sans déséquilibrer les recettes commerciales de la célèbre station – la plus haute d’Europe, 31 223 lits touristiques répartis dans 3 614 établissements ? L’ARS s’explique via un communiqué envoyé par l’intermédiaire de la mairie :

« L’objectif était de prévenir la population et les nombreux touristes, mais sans les inquiéter. La rougeole est une maladie très contagieuse, une personne contaminée par la rougeole peut en contaminer vingt autres, nous risquons d’autres nouveaux cas très rapidement. Nous avons expliqué la recrudescence des cas de rougeole et que la vaccination était le meilleur moyen de s’en protéger. Nous avons aussi rappelé qu’il faut être vigilant dès qu’il y a un cas suspect de rougeole : il est recommandé de porter un masque et de respecter les règles d’hygiène, en particulier le lavage des mains ».

De 85 % dans l’Ain à 71 % en Ardèche

« À ce jour, nous avons un foyer de 26 cas de rougeole sur la station de Val Thorens, indique le Dr Anne-Sophie Ronnaux-Baron, médecin responsable du pôle régional de veille sanitaire Auvergne Rhône-Alpes. Cette concentration de cas est préoccupante. L’épidémie touche essentiellement des professionnels saisonniers, qui ont entre 20 et 30 ans et qui côtoient des structures identiques (cafés, restaurants, hôtels), voire qui vivent dans la promiscuité. Un enfant est également concerné. Vendredi, nous en étions à 18 cas et ce mardi 12 février nous avons 8 cas supplémentaires. Nous expliquons que la maladie peut être grave, notamment chez les jeunes enfants de moins d’un an qui n’ont pas encore pu recevoir les vaccins, ainsi que chez les personnes fragiles immunodéprimées. Elle peut occasionner des atteintes respiratoires et neurologiques sévères pouvant être à l’origine de séquelles irréversible.s »

L’affaire à dire vrai dépasse Val Thorens, la Tarentaise et la Savoie. Au risque d’irriter les anti-vax on sait que la couverture vaccinale idéale est de  de 95 % – un objectif lointain, presqeu inaccessible en ces temps de méfiance généralisée. En région Auvergne Rhône-Alpes, elle varie de 85 % dans l’Ain à 71 % en Ardèche. Et les mêmes causes causant,, en altitude comme en plaine, les mêmes effets, la majorité des cas déclarés actuellement sont soit non vaccinés, soit vaccinés avec une dose seulement. « Nous recommandons à la population de vérifier sa vaccination et, si les personnes n’ont eu qu’une seule dose, elles doivent rapidement consulter leur médecin pour se faire vacciner pour la deuxième dose. Se faire vacciner dans les trois jours qui suivent le contact avec une personne ayant la rougeole permet encore de s’en protéger » assure l’ARS.

« Nous sommes également en train d’organiser une communication en anglais pour tous les touristes étrangers, annonce le Dr Ronnaux-Baron. Plus globalement, nous incitons toutes les personnes de la grande région Auvergne Rhône-Alpes à vérifier leur statut vaccinal et nous préconisons aux médecins de le vérifier systématiquement pour toutes les personnes qui consultent chez eux. »

En Ardèche tout particulièrement.

A demain

@jynau

Révolution : « J’écris parce que j’ai 15 ans et que je suis le fils d’un parent anti-vaccins »

Bonjour

Ils ne tarderont plus guère à prendre le pouvoir, conduiront une automobile et se feront vacciner avant leur majorité C’est un texte revigorant à découvrir sur Slate.fr (Claire Levenson) : « Des ados rebelles se font vacciner malgré leurs parents ».  Il nous apprend que dans l’État du Queensland en Australie, le taux d’immunisation n’est que de 89 %, en dessous de l’objectif des autorités sanitaires, fixé à 95 %. Toutefois, si l’on en croit la presse locale, de plus en plus d’ados refusent d’écouter leurs parents et vont se faire vacciner sans leur accord.

Mieux encore : dans la plupart des États du pays, de nouvelles lois permettent aux jeunes de prendre leurs propres décisions médicales à partir de 15 ans. En Nouvelle-Galles du Sud, la province de Sydney, les pharmacies sont par exemple autorisées à vacciner à partir de 16 ans pour la grippe, la rougeole, les oreillons, la rubéole, ainsi que pour la diphtérie, le tétanos et la coqueluche.

« En désaccord avec sa mère »

Slate.fr nous apprend encore que sur les réseaux sociaux, il est devenu plus fréquent de voir des appels comme celui-ci, cité dans un article de Yahoo: «J’écris parce que j’ai 15 ans et que je suis le fils d’un parent anti-vaccins. J’ai passé les quatre dernières années à essayer de convaincre ma mère que les vaccins ne sont pas dangereux. Je n’ai pas réussi. Donc au lieu de cela, j’essaye de voir comment je pourrais être vacciné sans son accord.»

Prendre le pouvoir. Aux États-Unis, plusieurs adolescents ont déjà fait des déclarations similaires, notamment sur Reddit – dans la plupart des États américains, il faut néanmoins attendre 18 ans pour être vacciné sans l’autorisation de ses parents. L’un de ces jeunes se nomme Ethan Linderberger. Il vit dans l’Ohio, l’un des dix-sept États dans lesquels les parents peuvent refuser de vacciner leurs enfants pour «raisons philosophiques». Et il demande des conseils en ligne.

« En désaccord avec sa mère, il avait lu plusieurs articles scientifiques et en avait déduit que les vaccins étaient sûrs. Lorsqu’il a atteint l’âge de 18 ans, il a été se faire vacciner contre l’hépatite A, l’hépatite B et la grippe, rapporte Slate.fr. Jusqu’ici, il n’avait été vacciné qu’une fois, à 2 ans, contre le tétanos, après une coupure. Le jeune homme a déclaré au Washington Post qu’il pensait que les lois devraient être modifiées afin que les jeunes puissent décider de se faire vacciner sans l’accord de leurs parents avant 18 ans. En attendant, il s’inquiète pour son frère de 16 ans et sa sœur de 2 ans, que sa mère refuse de faire vacciner. »

Louis Pasteur et Big Pharma

Prendre le pouvoir. Aujourd’hui, sur France Inter (10’-12’), Agnès Buzyn est interrogée sur les vaccins (ce qui commence à la lasser). « Le ministère de la santé et l’industrie pharmaceutique sont de mèche pour cacher la nocivité des vaccins ». 43¨des Français sont d’accord avec cette proposition complotiste. Nicolas Demorand demande à la ministre si elle n’a pas « raté quelque chose dans la pédagogie de la vaccination ». Réponse ministérielle :

« D’abord je pense que le pauvre Pasteur doit se retourner dans sa tombe. Je pense qu’il a sauvé des centaines de millions de vies avec le concept de vaccination. Les bras m’en tombent… Il n’y a pas que le ministère de la santé … Tous les experts internationaux, alors l’Organisation Mondiale de la Santé est aussi  de mèche avec les labos… En fait on veut juste sauver des vies, on veut juste sauver des vies … »

« Les Français voient, là, le mal partout. L’industrie pharmaceutique gagne en fait assez peu d’argent avec les vaccins, elle en gagne beaucoup plus avec les médicaments. Un malade non vacciné va coûter dix ,vingt, cent, mille fois plus cher à la Sécurité sociale que quand il est vacciné.  Une grippe en réanimation lourde, avec des antibiotiques, pendant trois semaines coûte mille fois plus cher que le vaccin anti-grippe.  malade en réanimation Je ne comprend même pas ce raisonnement. Il suffit de réfléchir deux secondes. »

Réfléchissons.

A demain

@jynau

 

Urgences et compétences : Agnès Buzyn saura-t-elle «transformer notre système de santé» ?

Bonjour

Tambour battant. Enfin un agenda de ministre des Solidarités et de la Santé. Avant-hier, New Delhi (Inde) pour une réunion du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Hier, entre Vienne et Loire, avec Edouard Philippe, grippés, visite au pas de course d’une « maison de santé pluridisciplinaire et universitaire du Véron », commune d’Avoine, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Tours.

Ce matin, sur France Inter, pour défendre vaille que vaille, son « projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé » ; défendre aussi les vaccins et l’industrie pharmaceutique de même que le « Pauvre Pasteur qui doit se retourner dans sa tombe » ; expliquer (ce qui commence à la fatiguer) pourquoi le vaccin anti-grippal n’est pas très efficace cette année mais pourquoi il faut se faire vacciner ; attaquer frontalement l’organisation actuelle des établissements de l’AP-HP engorgés. Demain, Palais de l’Elysée et conseil des ministres pour la présentation du texte d’une loi qui, peut-être, portera son nom.

Trois poids lourds et deux députés

Cette loi, précisément, cible de multiples critiques médiatiquement exprimées, comme le résume Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez). Une loi, cinq titres et vingt-trois articles pour des réformes structurelles (refonte des études médicales, création des projets territoriaux de santé, transformation numérique…), des habilitations à légiférer par ordonnances (recertification, hôpitaux de proximité, régime des autorisations d’activité, etc.) et plusieurs dispositions de « simplification » ou de « sécurisation»  (nouveau recrutement des praticiens à diplôme étranger hors Union européenne etc.). Et deux députés médecins, Stéphanie Rist rhumatologue (LREM, Loiret)  et Thomas Mesnier urgentiste (LREM, Charente), désignés rapporteurs par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale.

« Plusieurs poids lourds du secteur critiquent le fond et la forme du projet de loi » résume Le Quotidien. Dans le « Journal du dimanche », le patron de la FHF, Frédéric Valletoux, vient de cosigner une tribune avec trois anciens ministres, respectivement présidents de l’Association des maires de France et des présidents d’intercommunalité (François Baroin, AMF), de l’Assemblée des départements de France (Dominique Bussereau, ADF) et de l’Association des régions de France (Hervé Morin, ARF). Ils dénoncent le manque de concertation du gouvernement et réaffirment leurs objectifs :  lutte contre la désertification médicale et garantie d’accès aux soins ; fin des « directives nationales technocratiques » ; prise en charge des spécificités territoriales ; développement d’outils, d’incitations et de financement pour une « implantation équitable des services de santé » ; renforcement du service public hospitalier et médico-social et revalorisation de l’attractivité des métiers hospitaliers et médico-sociaux. Des accusations que réfutent, d’un revers de main Edouard Philippe (à Avoine) et Agnès Buzyn (sur France Inter).

Combien de loups ?

D’ores et déjà un autre front de critiques est ouvert : dans  Le Figaro  le Dr Patrick Bouet, président du conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) salue certes une loi qui va « dans le bon sens » – contrairement à la « loi Touraine »  – mais qui reste « très floue », notamment en ce qui concerne l’emblématique « suppression du numerus clausus »,mais pas seulement.

« Comment? Rien n’est dit. Pour l’internat, des critères objectifs de concours vont être remplacés par des critères subjectifs de jury. Comment assurer l’équité? La loi ne répond pas. Sur les assistants médicaux, tout est renvoyé à la négociation conventionnelle. Mais c’est à la loi de dire ce que l’on attend: est-ce un nouveau métier, une super secrétaire, une aide soignante ou une infirmière? Le cadre n’est pas fixé alors que le sujet du temps médical est prioritaire. Le gouvernement veut organiser le système de soins en fonction des territoires. Parfait, c’était une de nos demandes.

Mais, là encore, la loi reste floue voire n’explique pas ce que seront les hôpitaux de proximité, ni les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), ni l’articulation entre les deux. L’exécutif demande à 1,3 million de professionnels de santé de travailler ensemble, à des centaines d’hôpitaux de modifier leur organisation, il faudrait au moins leur donner des informations claires. Sur la téléconsultation, nous aurions voulu que la loi rappelle l’obligation de respecter le parcours de soins, afin que les plateformes n’ouvrent pas la voie à une médecine à deux vitesses. Cela n’y est pas. »

Pourquoi tant et tant de flou ? Combien de loups ? Le président de l’Ordre des médecins estime que le gouvernement « est pris par le temps », la mesure numerus clausus lui imposant d’être « prêt pour la rentrée de septembre ». Il pense d’autre part que ce même gouvernement redoute qu’un texte trop précis n’amène une nouvelle fois, dans le débat parlementaire, « des propositions court-termistes » _ à commencer par la coercition à l’installation des médecins. « Comme cette loi suscite de très grandes attentes chez les professionnels de santé, le risque serait de les décevoir, conclut-il, prophétique. Aujourd’hui, nous sommes tous en phase, le consensus entre les acteurs de santé existe. Mais il est fragile. Attention de ne pas le faire exploser. »

Résumons: attention, risque d’explosions.

A demain

@jynau

 

Skis. On annonce une bouffée épidémique de rougeole dans la station de Val Thorens (Savoie)

Bonjour

Mauvaise nouvelle pour le tourisme que cette information mandée par l’Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône Alpes. Depuis le début de l’année 2019 on constate dans cette région une augmentation des cas de rougeole.

Mais, surtout, depuis la fin janvier dix-huit cas  ont été déclarés dans la célèbre station de Val Thorens. « Il s’agit majoritairement de jeunes adultes saisonniers résidant dans la station, explique l’ARS. Les professionnels de santé de la station ont été avertis et une information est en cours de diffusion à la population par la mairie. »

Par mesure de précaution, l’ARS invite toute personne à vérifier la vaccination de ses enfants et sa propre vaccination si elle n’a jamais eu la rougeole. Un message qui vaut pour les futurs vacanciers. En cas de doutes ou de questions, l’ARS recommande de consulter un médecin. « Cette recrudescence de la rougeole dans la région témoigne d’une circulation de plus en plus importante du virus en raison d’une couverture vaccinale insuffisante, ajoute-t-elle. Vérifiez si vous êtes à jour de votre vaccination contre la rougeole ! Il n’existe pas de traitement spécifique : la vaccination est donc le seul moyen efficace de se protéger. »

En viendra-t-on, demain, à vacciner d’autorité les « jeunes adultes saisonniers » ?

A demain

@jynau

 

 

 

Virologie et populisme : Donald Trump entend éradiquer l’épidémie de sida en une décennie

Bonjour

On ne connaît pas, en France, le rituel américain du « discours sur l’état de l’Union ». Un événement annuel qui voit le président exposer son programme pour l’année en cours devant la branche législative du gouvernement fédéral. Discours prononcé au Capitole des États-Unis, où les deux chambres sont réunies en Congrès. Discours  diffusé en direct à la télévision et à la radio. Importé en France ce rite démocratique permettrait aujourd’hui à Emanuel Macron de faire l’économie des ses incessants petits monologues de gymanses et salles des fêtes – dans l’hypothétique optique d’un Grand Débat National.

Outre-Atlantique le discours du 5 février restera peut-être gravé dans la mémoire des spécialistes internationaux de la santé publique. Donald Trump, président des Etats-Unis a en effet promis, dans son projet de budget, de demander « aux démocrates et aux républicains de dégager les moyens nécessaires pour éliminer l’épidémie de VIH aux Etats-Unis d’ici dix ans ». « Ensemble, nous vaincrons le sida en Amérique et au-delà », a-t-il affirmé – avant de demander un effort comparable « pour lutter contre les cancers de l’enfant » (sic).

Alex M. Azar II, secrétaire à la Santé a précisé ce qu’il en était de l’annonce présidentielle. Le but est de diminuer les contaminations par le VIH aux Etats-Unis, de 75% en cinq ans, et de 90% en dix ans. On estime aujourd’hui que près de 40 000 Américains contractent le virus chaque année, et qu’environ 165 000 personnes ignorent leur statut de séropositif.

Tâche titanesque

« Cette initiative, si elle est mise en place et financée, pourrait s’inscrire dans l’histoire comme l’une des plus grandes réussites de sa présidence », a déclaré Michael Ruppal, directeur de l’AIDS Institute. « Contrôler le VIH en une décennie est une tâche titanesque, mais nous applaudissons la volonté affichée », a pour sa part indiqué à l’AFP Michael Weinstein, président de l’AIDS Healthcare Foundation.

Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) précise que depuis cette annonce, le département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis a publié une « factsheet » dans laquelle sont détaillés les leviers qui seront actionnés pour parvenir à une réduction de 75 % du nombre de nouvelles infections d’ici à 5 ans, et de 90 % d’ici à 10 ans.

« Les services américains envisagent d’assigner des équipes pluridisciplinaires dédiées aux 48 comtés, aux 7 États américains (Oklahoma, Arkansas, Missouri, Mississippi, Kentucky Caroline du Sud, Alabama), ainsi que San Juan et Puerto Rico qui regroupent plus de la moitié des nouvelles infections aux États-Unis. Ces équipes, baptisées « HIV HealthForce » seront chargées d’analyser les problématiques locales et d’aider à la mise en place de politiques spécifiques pour promouvoir le diagnostic et l’administration précoce du traitement, ainsi que les méthodes de prévention, et notamment la prophylaxie post-exposition. »

Mais encore ?  La Société internationale sur le sida (IAS)  salue « l’objectif ambitieux » affiché par Donald Trump. Mais prend bien soin de rappeller que ces déclarations ne sont pas cohérentes avec « la politiques et la rhétorique » du président américain « ciblant directement les trans- et plus généralement la communauté LGBT, les consommateurs de drogue injectable, les minorités ethniques, les réfugiés, les travailleuses du sexe et les droits sexuels des femmes ».

Une loi interdisant l’avortement tardif

« Cet objectif nécessite plus que du traitement et des programmes de prévention, rappelle l’IAS. Le Congrès et l’administration américaine devront revoir les politiques qui augmentent le risque d’infection et renforcent la stigmatisation et l’injustice sociale et de genre, incluant les mesures de bannissement des trans de l’armée ou le démantèlement des programmes publics à destination du public LGBT. »

Où l’on redécouvre en somme, à trente ans de distance, à quel point, au-delà du virologique à quel point l’épidémie de VIH est politique. Politique également cette conclusion, par Trump, du volet santé du discours sur l’état de l’Union : « Pour défendre la dignité de chaque personne, je demande au Congrès d’adopter une loi interdisant l’avortement tardif des enfants pouvant ressentir une douleur dans le ventre de leur mère ». Le Monde rappelle que l’avortement est, officiellement, autorisé aux Etats-Unis jusqu’à la 22e semaine de grossesse.

A demain

@jynau

Grippe : épidémie générale, doutes sur l’efficacité du vaccin, embarras d’Agnès Buzyn

Bonjour

C’est une équation virologique, sanitaire et politique. Tous les chiffres convergent et Santé publique France résume : épidémie généralisée à l’ensemble des régions – s’intensifie en métropole tandis qu’elle débute aux Antilles. Tous les indicateurs de l’activité grippale sont au rouge. Forte augmentation des passages aux urgences et des hospitalisations. Parmi plus de douze mille patients qui se sont présentés aux urgences « pour grippe » la semaine dernière,  plus de 1 800 ont été hospitalisés (+70% par rapport à la semaine précédente).

Corollaire : un excès de mortalité toutes causes et tous âges confondus est observé sur les quatre premières semaines de janvier. Entre les semaines 01 à 03 cet excès est estimé à 8% soit près de 3 000 décès – et concerne principalement les personnes âgées de 85 ans ou plus, et dans une moindre mesure les 15-64 ans. Parallèlement, les premières estimations sur le nombre de décès attribuables à la grippe depuis le début de la surveillance (octobre 2018) et jusqu’en semaine 03, indiquent qu’environ 1 100 décès seraient liés à la grippe.

Cette épidémie est majoritairement due aux virus A(H3N2) et A(H1N1)pdm09. Or le bulletin épidémiologique hebdomadaire dédié à la grippe précise que les premières estimations de l’efficacité vaccinale indiquent une efficacité modérée contre ces deux virus 1.

« La couverture vaccinale des personnes à risque, sujets de tous âges atteints de certaines pathologies chroniques et personnes âgées de 65 ans et plus, est estimée par Santé publique France à partir des données de remboursement des vaccins contre la grippe, tous régimes d’assurance maladie confondus. Une première estimation au 30/11/2018 montre une légère progression des couvertures vaccinales en comparaison des estimations analogues effectuées au 30/11/2017. La couverture en France métropolitaine est passée de 41,3% à 42,9% (+1,6%) pour l’ensemble des sujets à risque.

« Efficacité vaccinale en médecine ambulatoire. Le Réseau Sentinelles produit une estimation de l’efficacité du vaccin à éviter une infection grippale conduisant à une consultation chez un médecin généraliste. Les résultats préliminaires disponibles en semaine 05 indiquent une efficacité vaccinale chez l’ensemble des personnes à risque de 59% [IC95%: 7—82] contre le virus A(H1N1)pdm09 et de 19% [IC95%: −43 – 54] contre le virus A(H3N2). Ces estimations seront affinées dans les semaines à venir. »

Cette situation a conduit Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé à rappeler sur Europe 1 toute l’importance que chacun doit accorder aux « gestes de protection face aux virus de l’hiver est rappelée (mouchoir à usage unique, port de masque jetable). Rappel de Santé publique France :

« Se laver fréquemment les mains à l’eau et au savon ou avec une solution hydroalcoolique ; éternuer dans son coude (plutôt que dans ses mains) ; utiliser un mouchoir à usage unique ; porter un masque jetable quand on présente un syndrome grippal, en particulier au contact des personnes fragiles (personnes âgées, immunodéprimées, jeunes enfants, femmes enceintes). »

Xavier Bertrand, treize ans après

Interrogée sur la faible efficacité vaccinale Agnès Buzyn a déclaré :  « Le problème est que chaque vaccin est un pari. On est obligé de parier sur les souches qui vont circuler, six mois avant que le virus apparaisse dans le monde. Donc, de temps en temps, le pari est gagné, de temps en temps il est moyennement gagné et parfois pas du tout. » Pour autant la ministre est revenue sur la question, récurrente, de l’obligation vaccinale antigrippale des soignants – une obligation que vient de réclamer la Cour des Comptes à laquelle Agnès Buzyn était jusqu’ici opposée. Or voici désormais la ministre qui menace :

« Aujourd’hui, j’ai demandé un effort particulier notamment aux Ordres des médecins, des infirmiers, des kinésithérapeutes… pour qu’ils fassent une campagne pro-vaccin. Je verrai quel a été cette année le taux de couverture des soignants, j’espère qu’ils comprennent leur responsabilité. Si vraiment ça ne progresse pas, peut-être que nous en reviendrons à l’obligation »

Cette obligation, instaurée par le Code de la santé publique, avait été « suspendue » en 2006 par décret. Un décret signé par le ministre de la Santé et des Solidarités d’alors : Xavier Bertrand.  Aujourd’hui la couverture vaccinale antigrippale des personnels de santé est, officiellement, « de l’ordre de 25 % ». Il faudra songer, un jour prochain, à interroger Xavier Bertrand.

A demain

@jynau

1 Le sujet n’est pas neuf. Il y a quatre ans: « Grippe: faut-il continuer à se faire vacciner quand on n’est pas sûr de l’efficacité du vaccin? » Slate.fr 1er février 2015