Politique et infections : la ministre Agnès Buzyn va-t-elle rendre onze vaccins obligatoires ?

 

Bonjour

C’est le dossier le plus délicat dont vient d’hériter Agnès Buzyn, nouvelle ministre des Solidarités et de la Santé. Dossier médical autant que sociétal. Dossier éminemment politique.

En dépit d’une politique intensive de communication Marisol Touraine n’avait trouvé ni le temps ni l’énergie pour mener à bien l’affaire des vaccins. Le Monde (François Béguin) rapporte que lors de la (touchante) scénographie de la passation de pouvoir organisée hier 17 mai au ministère, l’ancienne ministre a expliqué (pour la première fois) qu’elle n’avait pas pu mener ce sujet à son terme « en raison du calendrier parlementaire ». Dont acte.

Mme Touraine a ajouté qu’elle avait toutefois eu le temps de « préparer un texte de loi sur ce sujet ». Et elle a précisé (autre première) qu’elle était « favorable à l’extension vaccinale à onze vaccins »Que ne l’a-t-elle dit plus tôt ? Puis la candidate aux élections législatives en Indre-et-Loire a lancé à celle qui prend sa place un superfétatoire : « Vous prendrez les décisions qui vous appartiennent et que vous jugerez utiles ».

Or le temps presse comme jamais. Saisi par une association d’adeptes de la « santé naturelle » le Conseil d’Etat a en effet laissé au gouvernement jusqu’au 8 juillet pour prendre des mesures afin de rendre disponibles les vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP). On sait en effet que les trois vaccins obligatoires pour les enfants âgés de moins de 18 mois sont actuellement introuvables en tant que tels ; ces trois valences sont toujours associées à d’autres ce que dénoncent (logiquement) les opposants (plus ou moins ouvertement) déclarés à la vaccination.

Michèle Rivasi et Nicolas Hulot

Que va faire la nouvelle ministre ? Quand ils daignent s’exprimer, les géants producteurs de vaccins (Sanofi-Pasteur au premier chef) expliquent qu’il leur est impossible de relancer une production de DTP. Pour répondre au Conseil d’Etat Agnès Buzyn pourrait prendre une décision politique (et quelque peu machiavélique). Lever dans un premier temps l’obligation vaccinale par décret. Puis reprendre le texte de Marisol Touraine et demander aux nouveaux députés d’étendre par voie législative les obligations vaccinales. Elle pourrait en cela s’appuyer sur les recommandations de la « consultation citoyenne »  organisée en 2016.

Une consultation dont les conclusions ne manquent pas d’embarrasser le nouveau gouvernement : passer de de trois à onze obligations vaccinales 1 ; avec toutefois, pour les parents, la possibilité « d’invoquer une clause d’exemption ». Le candidat Emmanuel Macron avait dit durant la campagne toute l’importance qu’il accordait à la prévention. On imagine mal la nouvelle ministre ne pas adhérer à un tel propos. Dans le même temps la méfiance, dans l’opinion, vis-à-vis des vaccins n’a jamais été aussi grande. Et le pouvoir doit faire face à une opposition massive dont l’une des porte-parole les plus dynamique est (outre le mystérieux Pr Henri Joyeux),  Michèle Rivasi députée européenne et écologiste. On attend avec intérêt la position de Nicolas Hulot, ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire.

 A demain

 1 Vaccinations contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (actuellement obligatoires) et contre la coqueluche, la rougeole, les oreillons, la rubéole, l’hépatite B et les infections dues à Haemophilus influenzae, au pneumocoque et au méningocoque C (actuellement recommandées).

Dès cet hiver des pharmaciens vaccineront. Compter entre 4,50 et 6,30 euros l’injection

Bonjour

Contre vents et marées médicales, Marisol Touraine le voulait. Ce fut, après bien des difficultés, écrit dans une loi. Cela se fera. Un décret relatif à l’expérimentation de l’administration par les pharmaciens du vaccin contre la grippe saisonnière vient de paraître au paru Journal officiel. Les deux régions retenues pour l’expérimentation sont Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine.

A première vue l’affaire a le profil d’une usine à gaz. Dans un premier temps les pharmaciens d’officine (volontaires) devront être formés à vacciner. Qui leur apprendra ? Ils devront ensuite recueillir par écrit le consentement « exprès et éclairé » des clients qu’ils jugent éligibles – mais « à l’exception des femmes enceintes et des personnes qui n’ont jamais été vaccinées contre la grippe ». Ils doivent ensuite informer le médecin traitant de cette vaccination. Puis, après l’administration du vaccin, ils devront délivrer au patient une attestation de vaccination comportant le nom et le numéro de lot du vaccin. Qu’est-il prévu en cas d’effets secondaires ?

Irritations médicales

L’intendance? A priori, elle suivra. Pour chaque vaccin administré, le pharmacien percevra la somme de 4,50 euros (si le patient bénéficie d’une prescription médicale), ou de 6,30 euros (s’il bénéficie d’un bon de prise en charge émis par l’Assurance maladie).  Les syndicats, gourmands, réclamaient 10 euros.

Il faut toutefois savoir que chaque officine participant à l’expérimentation recevra en outre la somme forfaitaire de 100 euros – « au titre du dédommagement lié aux contraintes spécifiques de l’expérimentation » (sic). Entendre 100 euros pour chaque pharmacien ayant réalisé au moins cinq vaccinations au sein de cette même officine. Le versement des sommes sera effectué à la fin de la campagne de vaccination, l’argent étant prélevé sur les crédits du fonds d’intervention régional.

On se souvient des très vives irritations médicales soulevées par l’annonce de ce projet. La loi dispose qu’une évaluation de cette expérimentation sera réalisée. Peut-être saura-t-on alors ce qu’il peut en être de l’apport des pharmaciens quant à l’amélioration de la couverture vaccinale antigrippale. L’irritation des médecins prescripteurs en sera-t-elle pour autant atténuée ?

A demain

Ebola a été identifié en République démocratique du Congo. L’OMS fera-t-elle diligence ?

 

Bonjour

Cette fois l’OMS fera-t-elle diligence ?  Les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) ont, jeudi 11 mai, prévenu l’Organisation mondiale de la santé qu’une épidémie à virus Ebola avait été identifiée dans le pays. Selon les informations de RFI, neuf cas suspects auraient été signalés depuis le 22 avril. Trois personnes sont déjà décédées. Pour l’heure, un seul cas a pu être confirmé par des tests menés dans un laboratoire de Kinshasa.

L’épidémie en RDC se serait déclarée dans le nord du pays, à Likati, dans la province du Bas-Uélé – une zone difficile d’accès. Il y a quarante ans c’était en RDC que le virus Ebola avait, pour la première fois, été identifié en 1976, le long de la rivière dont il porte le nom, pas très loin de la zone actuellement touchée 1.

Incurie

Le ministère de la Santé de RDC a sollicité l’appui de l’OMS afin de renforcer la riposte. Dans une déclaration faite à la télévision publique, le ministre de la santé congolais, M. Ilunga Kalenga, a confirmé la réapparition du virus tout en appelant la population « à ne pas céder à la panique ». L’OMS explique qu’elle « travaille en étroite collaboration » avec les autorités congolaises « pour faciliter le déploiement des matériels de protection et du personnel sur le terrain afin de renforcer la surveillance épidémiologique et contrôler très rapidement l’épidémie ».

L’organisation onusienne avait été accusée d’incurie lors de la dernière épidémie qui avait fait 11.000 morts en Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016. On peut espérer que l’accusation n’aura pas été sans effet.

A demain

1 Sur ce thème : « Une course contre la montre Mes combats contre les virus mortels, sida et Ebola » de Peter Piot. Editions Odile Jacob

Sexe et société : les jeunes homosexuels français vont-ils se faire vacciner contre les HPV ?

 

Bonjour

Après les élections la vaccination redeviendra une polémique d’actualité. C’est l’une des nouveautés du nouveau calendrier vaccinal. L’immunisation contre les papillomavirus humains (HPV) est désormais proposée aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) –  du moins jusqu’à l’âge de 26 ans (qu’ils aient ou non déjà eu des relations sexuelles). Et ce avec le vaccin Gardasil® qui est disponible et gratuit dans les Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (Cegidd) ainsi que dans les centres publics de vaccination.

Jusqu’ici, seules les petites filles (de 11 à 14 ans) étaient concernées par cette recommandation vaccinale vaccination. Il s’agit, chez elles, de prévenir au mieux à l’avenir les lésions cancéreuses du col de l’utérus. En dépit d’une prise en charge par la Sécurité sociale et de multiples incitations c’est un cuisant échec : le taux de couverture vaccinale actuel est de loin inférieur à 20 %. Il faut ici compter avec la montée d’un sentiment général de défiance vis-à-vis des vaccins mais aussi avec des interrogations spécifiques quant au bénéfices/risques – la vaccination ne dispensant nullement ensuite les femmes du dépistage régulier par frottis.

Pourquoi les homosexuels masculins âgés de moins de 26 ans ? Tout est expliqué dans un rapport du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP).

« La grande majorité des hommes et des femmes sont infectés par les papillomavirus humains (HPV) au cours de leur vie. Concernant les hommes, l’infection anale par les HPV et ses manifestations cliniques (lésions pré-cancéreuses, cancers, condylomes anaux) sont plus fréquentes chez ceux ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et en particulier ceux infectés par le VIH. »

Les femmes vaccinées protègent les hommes

Et c’est après avoir pris en compte l’efficacité et la tolérance des vaccins HPV, les aspects médico-économiques, l’absence de protection indirecte des HSH par la vaccination des femmes et l’acceptabilité de la vaccination chez les hommes que le HCSP a formulé ses recommandations concernant les gays. Il précise que le bénéfice de cette vaccination « sera d’autant plus important que le début de l’activité sexuelle sera récent et que le nombre de partenaires passés sera faible ».  Il rappelle également, point rarement évoqué, que « qu’une couverture vaccinale élevée chez les femmes procure une protection indirecte chez les hommes hétérosexuels ».

La question reste toujours ouverte de la vaccination généralisée de tous les jeunes, garçons et filles, avant l’âge des premiers rapports sexuels. « Des pays comme l’Australie, les Etats-Unis et l’Autriche ont fait ce choix, mais, en France, le HCSP n’a pas retenu cette -option notamment pour des raisons médico-économiques, explique le Pr Daniel Floret, ancien président du comité technique des vaccinations, cité par Le Monde. Dans le sexe masculin, l’objectif principal des vaccins anti-HPV est de réduire le risque de cancer anal, qui est une tumeur rare mais vingt fois plus fréquente chez les HSH que chez les hétérosexuels. »

Reste la question de savoir si, dans l’actuel contexte de défiance vis-à-vis des vaccins, les homosexuels français répondront favorablement aux recommandations les concernant. « Les HSH ont un taux d’acceptabilité significativement plus élevé que celui des hommes hétérosexuels » croient savoir les experts du HCSP. A vérifier.

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VIH : France Inter ouvre son journal de 13 heures avec les résultats d’une étude très préliminaire

 

Bonjour

Mardi 2 mai 2017. Ouverture du journal de 13 heures de France Inter consacrée aux espoirs que pourraient faire naître une étude de « preuve de concept ». Où l’on parle de la société Abivax : une société de biotechnologie « ciblant le système immunitaire pour éliminer des maladies virales ». Aujourd’hui elle annonce qu’ABX464, le candidat-médicament le plus avancé de la société, a « démontré la première réduction des réservoirs du VIH jamais observée chez les patients chroniques atteints du VIH ».

Une publication ? Non, mais un communiqué de presse. Où l’on ne cache rien du caractère éminemment préliminaire de ce travail. Soit trente patients infectés par le virus du VIH inclus en Espagne, en Belgique et en France. Ils ont  reçu, pendant 28 jours, soit ABX464 soit un placebo en plus de leur traitement antirétroviral actuel. Après 28 jours, tous les traitements ont été interrompus jusqu’au rebond de la charge virale. Des prises de sang ont été effectuées au début de l’étude et après 28 jours de traitement afin d’évaluer l’effet potentiel d’ABX464 sur les réservoirs de VIH dans les cellules périphériques mononuclées du sang.

« L’innocuité était le critère principal de l’étude : ABX464 a été bien toléré et aucun effet secondaire indésirable grave n’a été constaté au sein du groupe s’étant vu administrer ABX464. Chez les patients évaluables (4 placebo, 14 traités avec ABX464), une réduction des copies d’ADN viral/million a été observée sur 7 des 14 patients traités (soit une réduction de -40%, allant de -27% à -67%) et aucune réponse n’a été observée dans le groupe placebo. »

Bonheur et impatience

Un communiqué de presse et des déclarations enthousiastes. « C’est la première fois que nous observons un signal obtenu par un candidat médicament, démontrant qu’il serait possible de réduire les réservoirs de VIH chez les patients, déclare le Pr. Linos Vandekerckhove, directeur du HIV Cure Center au sein du Département de Médecine Interne Générale à l’Université de Gand en Belgique et investigateur principal de l’étude concernée.  Désormais nos efforts porteront sur l’optimisation de ce candidat médicament en combinaison avec d’autres traitements afin de maximiser la réduction du réservoir viral. »

« Nous sommes très heureux de cette découverte importante, et sommes impatients de poursuivre l’étude d’ABX464 afin de déterminer, à travers d’autres études cliniques, si nous pouvons réduire les réservoirs du VIH au niveau le plus bas », ajoute le Pr. Bonaventura Clotet, Directeur de l’Institut de Recherche sur le Sida IrsiCaixa de l’Hôpital Universitaire Germans Trias i Pujol, à Badalona (Barcelone), un des plus grands centres de traitement du VIH en Europe, et investigateur principal de l’étude.

Les observations se poursuivent et d’autres travaux à plus long terme seront menés. Rien avant, au mieux, plusieurs années. Les prochaines données seront soumises pour présentation lors de prochaines conférences internationales dédiées au VIH et seront publiées sur www.abivax.com. Quant aux résultats préliminaires de l’étude ABX464-005 ils ne sont pas attendus avant le 3ème trimestre 2017. Dans l’attente le management d’Abivax animera un webcast de présentation des données aujourd’hui mardi 2 mai 2017 à 16h CEST. Quelques heures après la présentation préliminaire faite sur France Inter.

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Le virus de la rougeole menace à nouveau la France. Que fait la police vaccinale ?

Bonjour

Ce sont les derniers chiffres en provenance du front rougeoleux. Ils viennent d’être donnés par Santé Publique France. Du 1er janvier au 31 mars 2017, 134 cas de rougeole ont été déclarés en France, soit trois fois plus que le nombre de cas déclarés en 2016 sur la même période. Deux cas d’encéphalite et quinze pneumopathies graves ont été recensés depuis le début de l’année. La circulation du virus reste active dans plusieurs départements. Selon les autorités sanitaires la France n’est donc pas à l’abri d’une nouvelle épidémie d’ampleur importante, comme celles observées actuellement dans plusieurs pays européens, au premier rang desquels la Roumanie (près de 3500 cas dont 17 décès à ce jour).

Cette situation française constitue une forme de régression vaccinale. Du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2016, plus de 24 000 cas de rougeole ont été déclarés en France (dont près de 15 000 cas pour la seule année 2011). Près de 1 500 cas ont présenté une pneumopathie grave, 34 une complication neurologique (31 encéphalites, 1 myélite, 2 Guillain-Barré) et 10 sont décédés. Le nombre de cas a fortement diminué en 2012, puis est resté stable en 2013 et 2014 (respectivement 859, 259 et 267 cas déclarés). En 2015, le nombre de cas augmentait de nouveau (364 cas), en lien avec un important foyer épidémique en Alsace (230 cas). En 2016, 79 cas ont été déclarés, témoignant d’une circulation moindre du virus de la rougeole par rapport aux années antérieures.

Elimination avant 2010

La France « n’est pas à l’abri d’une épidémie importante ». C’est dit. La Direction Générale de la Santé vient de publier les dernières recommandations vaccinales actualisées :

« Tous les enfants, à l’âge de 18 mois, devraient avoir reçu deux doses du vaccin trivalent contre la rougeole, les oreillons et la rubéole. La première dose est administrée à 12 mois quel que soit le mode de garde. La seconde vaccination ne constitue pas un rappel, l’immunité acquise après une première vaccination étant de longue durée. Elle constitue un rattrapage pour les enfants n’ayant pas séroconverti, pour un ou plusieurs des antigènes, lors de la première vaccination. »

Une épidémie rougeoleuse menace et la feuille de route gouvernementale reste la même : « l’augmentation de la couverture vaccinale à deux doses des enfants avant l’âge de 2 ans (qui doit atteindre au moins 95 % pour la première dose et 80 % pour la seconde), l’administration plus précoce de la seconde dose et le rattrapage des sujets réceptifs (adolescents et jeunes adultes nés depuis 1980) devraient permettre à terme l’interruption de la transmission de la rougeole et de la rubéole (plan d’élimination de la rougeole 2005-2010…).

Cinq mois déjà

Une épidémie menace tandis que grandit la méfiance de l’opinion vis-à-vis de la vaccination. Les objectifs officiels de couverture vaccinale ne sont pas atteints en dépit des recommandations et de la prise en charge par la Sécurité sociale. Marisol Touraine, ministre partante de la Santé, avait fait grand bruit en annonçant une concertation citoyenne sur la vaccination.

Cette concertation a été organisée. Un rapport a été remis à la ministre préconisant de passer, dans un premier temps, de la recommandation à l’obligation vaccinale. Il recommandait, aussi, « une mobilisation résolue et durable des autorités de l’Etat afin de mettre en place un plan d’action en faveur de la politique de prévention des infections par la vaccination, associant tous les acteurs impliqués ».

Tout cela a été publié il y a cinq mois. Avant, précisément, le retour en force du virus rougeoleux en France. Et avant le départ de la ministre de la Santé.

A demain.

 

 

Gardasil 9® : le nouveau vaccin contre les HPV sera-t-il moins boudé que le premier?

 

Bonjour

Le temps des fabricants n’est pas celui du politique. Alors que l’on attend les dernières  décisions de Marisol Touraine sur les obligations vaccinales,  le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) vient de dire sa vérité sur le Gardasil 9®  nouveau vaccin de Merck visant à prévenir le infections à papillomavirus humains (HPV) :  « Prévention des infections à HPV : place du vaccin Gardasil 9® ».

Autorisé à l’échelon européen depuis avril 2016, ce vaccin n’est toujours pas disponible en France. Il est officiellement indiqué, à partir de 9 ans, contre les lésions précancéreuses et cancers du col de l’utérus, de la vulve, du vagin et de l’anus (dus aux types d’HPV concernés) ; et contre les verrues génitales (condylomes acuminés). Sa nouveauté tient à ses cinq génotypes additionnels (31, 33, 45, 52, 68). Au total  les neuf  génotypes inclus dans la nouvelle formulation « sont responsables de 90 % des cancers du col de l’utérus, 80 % des lésions malpighiennes intraépithéliales de haut grade, 70 % des cancers du vagin, 40 % des cancers de la vulve, 85 % des cancers de l’anus et 60 % des cancers du pénis ».

Ne rien changer

On sait que, depuis dix ans déjà, la vaccination contre le HPV est, en France, officiellement recommandée avec le Gardasil quadrivalent chez les jeunes filles et les jeunes femmes. Objectif principal : réduire à terme l’incidence du cancer du col de l’utérus. En 2016, la vaccination avec le vaccin quadrivalent (Gardasil) a été étendue aux hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes dans le but de réduire l’incidence des lésions précancéreuses et des cancers anaux. Pour le HCSP cette stratégie (par ailleurs controversée) « n’a pas lieu d’être modifiée par la mise à disposition du vaccin Gardasil 9 ®. »

Mais encore ? Le HCSP ne peut, ici, ignorer, les « réticences à la vaccination contre le HPV » et les « hésitations vaccinales ». Il rappelle que la couverture vaccinale HPV est en constante baisse depuis 2010 et qu’elle se situait, en 2015, sous la barre des 14 % (pour un schéma vaccinal complet). C’est dire l’ampleur de l’échec d’une politique qui visait à l’éradication. Comment comprendre ? Voici les explications du HCSP :

« La faible couverture vaccinale est liée à une hésitation vaccinale incluant une défiance à l’égard de cette vaccination de la part des parents et à une trop faible proposition par les professionnels de santé. Les professionnels rencontrent des difficultés à faire accepter la vaccination aux jeunes filles et aux parents réticents. Un manque d’information objective sur les bénéfices et les risques de la vaccination est rapporté par le public et les professionnels de santé. »

Candeur

A partir de cette lecture (que l’on peut tenir pour incomplète) de la réalité, le Haut Conseil formule une recommandation :

« Faire que les professionnels de santé (médecins libéraux, sages-femmes, infirmières, personnels des centres de vaccination, des CeGIDD et des centres PreP) soient soutenus dans leur communication sur la vaccination, qu’ils bénéficient d’une information objective sur les bénéfices et les risques et qu’ils disposent d’outils partagés de communication et de décision. »

Ce n’est pas tout. Il souhaite, avec une certaine candeur, que le prix de Gardasil 9® soit établi « afin que le rapport coût/efficacité soit acceptable ». Et il demande « qu’une réflexion sur une prise en charge à 100 % par l’assurance-maladie soit lancée ».

Il ne déplairait pas, enfin, au HCSP que son avis « soit relayé par une communication large, transparente et pragmatique auprès des professionnels de santé et auprès du public ». Il s’agirait « de présenter les arguments pour la prévention des lésions et des maladies par la vaccination dues aux infections HPV, ainsi que les bénéfices de cette vaccination et la tolérance des vaccins ».

On attend la suite avec le plus vif intérêt.

A demain