La rougeole attaque dans les secteurs de Metz et de Forbach. Va-t-on vacciner d’autorité ?

Bonjour

C’est un bulletin venu du front. La région Grand Est est actuellement touchée par une épidémie de rougeole qualifiée d’« importante ». On recense officiellement, au 17 mars 63 cas recensés depuis le 30 janvier 2017 dans les départements de Moselle et Meurthe-et-Moselle. Trois fois sur quatre le virus infecte des enfants selon les responsables de l’Agence Régionale de Santé (ARS). « Les chiffres caractérisent une épidémie importante, mais pas exceptionnelle », a précisé l’ARS à l’AFP.

Affinons : l’épidémie est localisée sur les secteurs de Metz et Forbach. On connaît la cause de la pérétration de l’ennemi dans ce secteur : une absence (ou une insuffisance) de vaccination anti-rougeoleuse chez les sujets atteints ainsi que dans l’entourage des cas déclarés. Tout ceci associé à la fréquentation de lieux de vie collectifs.

Les personnes contaminées ont entre six semaines et 46 ans – et plus de la moitié sont des enfants de moins de 5 ans. « Parmi ces 63 cas recensés, 61 % n’étaient pas vaccinés, précise l’ARS. Elle ajoute que 27 % d’entre eux ont moins d’un an et n’étaient donc pas encore « vaccinables ». « Il suffit d’un cas dans une collectivité pour générer une épidémie, et ce sont presque toujours des personnes non vaccinées qui en sont à l’origine », souligne l’ARS.

Face à des symptômes évocateurs (fièvre supérieure à 38°, toux, rhinite, conjonctivite, éruption cutanée…), l’ARS recommande de contacter par téléphone le médecin traitant « pour qu’il adapte le mode de consultation ». Ne  pas se rendre directement dans une salle d’attente ou aux urgences hospitalières. Une personne atteinte de rougeole est contagieuse 5 jours avant et 5 jours après l’éruption cutanée.

Que va faire Marisol Touraine ?

Que faire d’autre ? L’ARS invite les parents à vérifier auprès des professionnels de santé la mise à jour des vaccinations. On sait que le vaccin trivalent rougeole-oreillons-rubéole (ROR) (vaccin recommandé) reste le seul moyen de prévention efficace, rappelle l’ARS. Une première dose à l’âge de 12 mois, une seconde dose entre 16 et 18 mois.

Précision : dans le cas d’une situation épidémiologique nécessitant la vaccination de nourrissons dans leur première année de vie (en cas d’épidémie ou de voyage en zone d’endémie), une seconde dose doit être administrée dans la 2ème année de vie, de préférence dans les 3 mois suivant la 1 ère dose. En aucun cas, l’intervalle entre les 2 doses ne doit être inférieur à 4 semaines.

En théorie tous les enfants, adolescents et adultes nés depuis 1980, devraient avoir reçu deux doses du vaccin trivalent. Marisol Touraine devrait dire sous peu quelles suites elle entend donner aux recommandations formulées au terme de la consultation nationale sur la vaccination : rendra-t-elle, parmi d’autres, le vaccin ROR obligatoire ?

A demain

Quelques précisions sur « l’espoir fou » du vaccin contre le sida mis au point à Marseille

 

Bonjour

Nous rapportions hier les échos médiatiques qui avaient suivi une conférence de presse donnée à Marseille sur le thème d’un vaccin thérapeutique contre l’infection par le VIH.  La Provence révélait qu’un protocole mené depuis 2013 auprès de 48 patients avait livré des résultats encourageants (contenu payant). Ce vaccin expérimental aurait permis « de faire disparaître les cellules infectées du corps d’une dizaine de volontaires qui étaient porteurs du virus ». Une avancée qui permettait au quotidien de titrer en une « Un espoir fou ». Le Point avait repris l’information provençale :

« Sous la conduite du Dr Isabelle Ravaux à l’hôpital de la Conception de Marseille  et d’Erwann Loret, biologiste au CNRS, trois doses ont été injectées sur des patients volontaires. Ces 48 personnes ont donc arrêté leur trithérapie. ‘’Le résultat le plus remarquable est que les cellules infectées par le VIH ne sont plus détectables chez une dizaine de patients. Et ce, depuis deux ans, ce qui est tout à fait exceptionnel, détaille Erwann Loret à nos confrères de La Provence. Si des épisodes de ce type sont observés parfois chez des patients, cela ne s’était encore jamais produit sur une telle durée.’’ Le vaccin aurait donc eu un effet et diminué le nombre de cellules infectées par le virus. »

Le chercheur du CNRS est une personnalité qui a déjà été au centre de quelques controverses médiatiques 1. La dernière conférence de presse devait susciter une nouvelle polémique, l’entourage d’Erwann Loret laissant entendre qu’il avait été interdit de s’exprimer par la direction générale du CNRS.  Il expliquait aussi « proposer avec l’Agence du médicament, à des patients qui ont repris la trithérapie d’arrêter leur traitement, sous suivi médical. »

Les réponses du CNRS et de l’Agence du médicament

Censurer un chercheur est une affaire d’une particulière gravité. Nous avons demandé ce qu’il en était au CNRS. Voici sa réponse :

« Lundi 27 février, le CNRS a été informé de la tenue d’une conférence de presse organisée par la Société BIOSANTECH en présence d’un chercheur du CNRS, Erwann Loret. Le CNRS lui a demandé de ne pas participer à cette conférence de presse. En effet, à notre connaissance, l’essai clinique s’est terminé en fin de phase I/IIa depuis plus d’un an. Les résultats de l’étude adossés à cet essai ont été publiés le 1er avril 2016.

Le CNRS n’a connaissance d’aucun projet de poursuite d’essai clinique. Si cela était le cas, il serait conduit sous la responsabilité exclusive de l’entreprise BIOSANTECH, promoteur de l’essai, comme cela a toujours été le cas.

 « Le CNRS rappelle que les relations de partenariat établies entre la recherche publique et les entreprises s’inscrivent dans des cadres juridiques clairs, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un produit de santé répondant à un enjeu aussi important que celui du sida. A ce jour, l’entreprise BIOSANTECH est titulaire d’une licence de brevet lui donnant l’autorisation d’utiliser la technologie. Il n’y a plus aucune relation de co-développement formalisé entre le CNRS et cette entreprise. Cette situation n’interdit en rien à Erwann LORET de présenter ses travaux dans des congrès tel que celui qui s’est tenu récemment à Berlin. »

 Nous avons également demandé à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) quel était le stade de développement des essais cliniques. Voici sa réponse :

« L’ANSM a autorisé cet essai en 2013. Il comportait deux parties, une première partie avec une recherche de doses, aujourd’hui terminée, puis une deuxième partie sur un groupe de patients différents avec la dose sélectionnée lors de la première partie. Le passage à la deuxième partie était subordonné à une nouvelle autorisation de l’ANSM. A ce jour, l’ANSM n’a pas reçu de demande d’autorisation pour débuter cette deuxième partie. » 

 Nous publierons bien évidemment, s’ils le souhaitent, les précisions des responsables de l’essai marseillais.

 A demain

1 « Vaccin sida : Biosantech avait-elle le droit de présenter ses premiers résultats à la presse ? » Journalisme et santé publique, 29 octobre 2015

 

Trois mille personnes ont déjà pris du Truvada® contre une contamination sexuelle par le VIH

 

Bonjour

C’est une étape médicale dans l’histoire de la lutte contre l’épidémie de sida. Elle se résume à quelques lignes sur le site de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Etape majeure en ce qu’elle consacre le recours à un médicament antiviral comme méthode de prévention de la contamination par le VIH par des comportements sexuels connus pour être « à risques ».

C’est aussi une étape réglementaire : la recommandation temporaire d’utilisation (RTU) de Truvada® dans la prophylaxie Pré-exposition au VIH (PrEP) établie en janvier 2016 prendra fin le 28 février 2017. C’est la conséquence mécanique compte de l’extension de l’AMM de cette spécialité pharmaceutique dans cette indication.

Rappelons l’essentiel. Le Truvada® est une association à dose fixe de deux inhibiteurs de la transcriptase inverse du VIH, l’emtricitabine et le ténofovir disoproxil fumarate. Depuis 2005 cette spécialité (commercialisée par la firme américaine Gilead Sciences)  bénéficie d’une AMM européenne dans le « traitement de l’infection par le VIH chez l’adulte ».

Sécurité sociale

Après plusieurs années de controverses empruntant à la méthodologie (autant qu’aux passions associatives, convictions idéologiques et volontés politiques) une RTU de Truvada® avait été mise en place en France en janvier 2016. Cadre : « la prophylaxie pré-exposition au VIH chez les personnes adultes à haut risque d’acquisition du VIH par voie sexuelle ». Le jargon utilisé dit tout de la complexité sociétale du sujet. Avec, sous-jacente, la question de la prise en charge par la collectivité de cette nouvelle (et coûteuse) méthode de prévention 1.

L’ANSM révèle aujourd’hui qu’en France « plus de 3000 personnes » ont reçu Truvada® dans ce cadre. L’extension d’AMM a été octroyée en août 2016 par la Commission européenne. En pratique :

« Truvada®  associé à des pratiques sexuelles à moindre risque, est indiqué en prophylaxie pré-exposition pour réduire le risque d’infection par le VIH-1 par voie sexuelle chez les adultes à haut risque de contamination, selon un schéma posologique en continu (1 comprimé /jour).

Le traitement sera initié par un médecin spécialiste hospitalier et/ou exerçant en « Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic des infections par le VIH, les hépatites virales et les infections sexuellement transmissibles ». Il pourra être renouvelé par le médecin généraliste, dans la limite d’un an, comme c’est actuellement le cas dans le traitement de l’infection par le VIH. »

Préservatif

L’ANSM souligne les principaux risques associés à cette utilisation du Truvada® : le risque de toxicité rénale lié et  le risque de séroconversion sous traitement pouvant être associé à l’apparition de mutations de résistance du VIH. C’est pourquoi « un suivi régulier, incluant un dépistage du VIH au minimum tous les trois mois et une surveillance de la fonction rénale, est indispensable ». De plus des « documents de réduction des risques » doivent être mis à la disposition des médecins et des personnes traitées. :

. une brochure d’information sur la PrEP et d’une check-list pour l’initiation et le suivi des sujets traités, destinées aux prescripteurs ; cette brochure contient notamment une fiche et les modalités de déclaration des séroconversions VIH,

. une brochure d’information sur la PrEP et d’une carte de rappel des modalités de prise du médicament et des rendez-vous, destinées aux sujets traités et qui devront leur être remises par les prescripteurs,

. un courrier de liaison entre le prescripteur initial (médecin spécialiste hospitalier et/ou exerçant en CeGIDD) et le médecin généraliste, en cas de renouvellement de la prescription de Truvada® par ce dernier.

Un médicament comme les autres ? Pas véritablement : l’ANSM surligne en gras que cet usage médicamenteux   « s’intègre dans une stratégie de prévention diversifiée de la transmission du VIH par voie sexuelle avec notamment la promotion de l’usage du préservatif, qui protège non seulement du VIH mais également des autres infections sexuellement transmissibles ».

Le Truvada® est actuellement commercialisé environ 400 euros les trente comprimés. Un coût pris en charge à 100% par la Sécurité sociale.

A demain

1 « Sida: la Sécurité sociale doit-elle rembourser le Truvada® à titre préventif ? » Slate.fr (30 octobre 2014)

 

Autisme, vaccins et croyances : Luc Montagnier, ou l’étrange « revenant qui a mal tourné »

 

Bonjour

Les gazettes généralistes ne se sont guère intéressées au lièvre levé par l’Association Française pour l’Information Scientifique. Le 3 février dernier, l’AFIS diffusait le communiqué suivant : « Opération anti-vaccination au Parlement Européen : une députée européenne invite un ex-médecin radié pour fraude »:

« Le 9 février prochain, une initiative publique du mouvement anti-vaccination, accueillie par le groupe écologiste, est organisée au Parlement Européen et plus particulièrement par la députée française Michèle Rivasi. Ce n’est pas certes la première fois que cette élue ou d’autres utilisent ce lieu et cette tribune pour faire avancer des idées rejetées par la communauté scientifique concernée, on peut penser notamment aux initiatives de promotion des travaux de Gilles-Eric Séralini sur les OGM ou sur le glyphosate. Mais, c’est un nouveau cap qui vient d’être franchi sur une question majeure de santé publique : en effet, l’invité d’honneur sera Andrew Wakefield, un ex-chirurgien radié pour avoir été convaincu de fraude scientifique. Il viendra présenter son film « Vaxxed : from cover-up to catastrophe » (vaccination : de la dissimulation à la catastrophe). (…) ».

Confrère blogueur

Ce lièvre est repris aujourd’hui par Hervé Maisonneuve sur son blog « Rédaction médicale et scientifique ». Délicieusement pointilliste notre confrère blogueur connaît à merveille le sujet. Il a évoqué plusieurs fois l’affaire Wakefield et les morts dues à des infection rougeoleuse au Royaume-Uni. Il a résumé cette affaire dans un article de La Presse Médicale en 2012. Le BMJ a décrit cette fraude en trois articles et c’est un journaliste, Brian Deer, qui avait fait réagir la communauté scientifique. Autant d’éléments que ne peut pas connaître la scientifique devenue politique Michèle Rivasi. Hervé Maisonneuve :

« En bref, un chirurgien anglais, Andrew Wakefield, a été subventionné par un cabinet d’avocats (argent venant de lobbies anti-vaccins). Il a publié en 1988 dans The Lancet une série de 12 cas d’enfants faisant évoquer un lien entre vaccination ROR (MMR) et autisme. L’article a été rétracté en 2010, et A Wakefield a perdu son diplôme de médecin. Il est allé vivre au Texas (USA) où il donne des conférences. Cette fraude a eu des conséquences majeures : résurgence de cas de maladies infantiles, quelques décès et des centaines de millions d’euros gaspillés… »

Forêt des blogs

Michèle Rivasi n’est pas non plus sans regarder la télévision : l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et ses croyances dans les vérités d’Andrew Wakefield, puis l’émergence de ce dernier dans le cortège présidentiel. Michèle Rivasi n’est pas non plus sans lire ce qu’on écrit à son endroit sur Mediapart (Yann Kindo) : « Michèle Rivasi en croisade contre la science et la santé publique ». Il semble qu’au final les portes du Parlement soient restées fermées à Andrew Wakefield. Reste que les canons sont là et les boulets aussi.

Hervé Maisonneuve souligne aussi que Michèle Rivasi avait annoncé la participation, à cette séance du Pr Luc Montagnier, pastorien définitivement émérite. Et notre confrère de qualifier le prix Nobel de médecine 2008 de « revenant qui a mal tourné ». Existe-t-il des revenants tournant bien ? Et comment comprendre la lente, longue et étrange dérive de celui qui découvrit le virus du sida ? Trente-quatre ans déjà. On regrettera que les gazettes citadines ne s’intéressent guère aux plus beaux des lièvres levés dans la forêt des blogs.

A demain

Grippe : dans le brouillard de la surmortalité ; personnel étrangement sous-vacciné des EPHAD

 

Bonjour

Quels souvenirs garderons-nous de janvier 2017 ? Peut-être, simplement les tourmentes, vilenies et autres  scandales politiques pré-présidentiels. Ou les messages radiophoniques orwelliens, récurrents, glaçants nous hurlant que la grippe est survenue plus tôt qu’à l’accoutumée. Dans les deux cas, le citoyen court aux abris. Est-ce vraiment l’effet recherché.

Aujourd’hui, 25 janvier, les gazettes moulinent un chiffre : 8 100 « décès supplémentaires ». C’est un chiffre qui ne veut pratiquement rien dire, faute du retard pris par la France en matière de « certification électronique des certificats de mortalité ».  Résumons. Il s’agit ici de morts excédentaires, comparés à la mortalité attendue directement imputable à la grippe. Elle serait « de l’ordre de 75 % », si l’on en croit le Dr François Bourdillon, directeur général de « Santé publique France ».

Grande sévérité

Ce chiffre est à comparer à celui relevé à la fin des neuf semaines d’épidémie de grippe A de l’hiver 2014-2015, au cours desquelles 18 300 décès supplémentaires avaient été enregistrés. Que dire de plus ? Le Dr Bourdillon lui-même dit à la presse qu’il est pour l’instant impossible de savoir si le nombre de décès supplémentaires à la fin de l’épidémie sera comparable à celui relevé en 2015. Mais comme il faut bien qualifier faute de décompter il parle d’une épidémie d’une grande sévérité.

 Plus intéressantes sont les données colligées dans les Etablissements d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD). Santé publique France s’est penchée sur les 10 000 établissements où 12 000 résidents répartis dans 1 393 « foyers infectieux » ont, depuis octobre, été victimes d’une « infection respiratoire aiguë » – dont « 39 % de cas de grippe ». À la date du 24 janvier on recensait 362 morts en EHPAD des suites d’une infection respiratoire aiguë. Là encore, point n’est besoin d’être grand clerc épidémiologiste pour pressentir tous les biais statistiques et méthodologiques.

Il est un EPHAD pour lequel on peut nourrir un intérêt médiatique et politique tout particulier : l’EPHAD Korian-Berthelot, dans le 7ème arrondissement de Lyon (compter 100 euros par jour et par personne en chambre individuelle) qui avait enregistré treize morts entre le 23 décembre 2016 et le 7 janvier 2017. La moyenne d’âge des personnes décédées était de 91,5 ans.

Failles vaccinales dans les EHPAD

A la demande de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, l’ARS Auvergne Rhône-Alpes « avait immédiatement lancé le 6 janvier » une mission de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS). Objectif : « contrôler la mise en œuvre par l’établissement, depuis le début de l’épidémie, des recommandations des autorités sanitaires de lutte contre la grippe ».

Vingt jours plus tard le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé, est revenu sur ce dossier devant la presse. « Le rapport de la mission de l’IGAS a été transmis aux agences régionales de santé pour une discussion contradictoire, a-t-il précisé. Les conclusions seront communiquées d’ici à une semaine. » Attendons.

Selon les chiffres présentés par le Pr Vallet, 83 % des résidents en EPHAD ont été vaccinés contre la grippe cette année. Soit près du double des 46,4 % observés chez les dix millions de Français les plus vulnérables. En revanche, seulement 12 % des personnels travaillant en EPHAD sont vaccinés. Chacun en tirera les conclusions qui, quand la logique médicale sera respectée, s’imposeront.

A demain

Grippe : pourquoi Xavier Bertrand a-t-il permis aux médecins de ne pas se faire vacciner ?

Bonjour

Comment justifier que la vaccination contre la grippe ne soit pas imposée aux médecins ? Et plus généralement comme à l’ensemble des professionnels de santé, vecteurs privilégiés et sujets directement exposés ?  Le Conseil national de l’Ordre des médecins a tranché : il est favorable à une vaccination obligatoire.  « Dans le cadre de la grippe, les professionnels de santé doivent être obligatoirement vaccinés » vient de déclarer le Dr Patrick Bouet. Or, seuls 50 % des professionnels de santé sont vaccinés. « Nous demandons à l’État d’assumer ces responsabilités en la matière » menace-t-il. Que fera l’Etat ? Et quelles seront les responsabilités lorsque les choses tourneront mal ?

Comment justifier que l’Etat n’impose pas cette vaccination aux professionnels – vaccination qu’il ne cesse par ailleurs de recommander à celles et ceux que ces mêmes professionnels sont amenés à soigner ? Nous évoquions il y a peu sur ce blog et sur Slate.fr 1 la responsabilité, sur ce point, de Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé.

Explications

« L’obligation de la vaccination antigrippale des professionnels de santé figure à  l’article L. 3111-4 du code de la santé. Or cette disposition a été «suspendue» par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure, depuis, « fortement recommandée» sans jamais être imposée. Le décret du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités du gouvernement alors dirigé par Dominique de Villepin. Sans doute serait-il utile que M. Bertrand, aujourd’hui président du conseil régional des Hauts-de-France, s’explique sur les raisons de cette suspension; une suspension à laquelle le directeur général de la Santé entend, fort opportunément mettre un terme. »

Depuis les Hauts-de-Seine le président Xavier Bertrand nous a fait savoir pourquoi il avait agi ainsi. Ce décret n’a pas été signé « sur un coin de table ». Cette décision de suspension a été prise sur la base d’un avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (section maladies transmissibles) : avis « relatif à la mise en œuvre de la protection individuelle contre la grippe des professionnels visés à l’article L 3111-4 du code de la santé publique par une obligation vaccinale (séance du 19 mai 2006) ». C’est un avis sur lequel il vaut de ses pencher.

Se vacciner pour soi-même

1 Il rappelle que l’obligation vaccinale contre la grippe saisonnière des professionnels (visés par l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique) avait été adoptée depuis le 1er janvier 2006, « dans un contexte de menace pandémique ».

2 Il souligne – point remarquable – que les obligations vaccinales (prescrites par l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique) « visent exclusivement à protéger les professionnels du risque d’être eux-mêmes contaminés ». En d’autres termes ces obligations  « ne visent pas à protéger les personnes dont ils prennent soin et pour lesquelles la grippe présente un risque de complication ou de décès ».

3 Il considère que l’obligation vaccinale, dans l’objectif de protection des professionnels visés contre la grippe, « doit être abordée de façon différente en période de grippe saisonnière inter-pandémique et en période de pandémie grippale confirmée ». Suivent différentes considérations épidémiologiques et éthiques (il n’y a pas de sur risque pour les professionnels de santé en période de grippe saisonnière inter-pandémique ; il n’existe pas de données permettant de comparer l’incidence de la grippe saisonnière chez les professionnels de santé, les professionnels d’établissements de soins et les professionnels d’hébergement pour personnes âgées avec celle des autres professionnels en contact avec le public ou avec la population générale ; quelques rares études sont en faveur d’une hétérogénéité du risque de contracter la grippe pour les professionnels de santé en fonction de leur pratique professionnelle et sont en faveur d’un risque plus élevé chez des professionnels de santé exerçant au contact d’enfants ou de patients présentant des syndromes grippaux etc.)

Vaccination « altruiste »

Au final le CSHP (section des maladies transmissibles, recommande « que l’obligation vaccinale contre la grippe des professionnels visés à l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique soit suspendue ». Mais dans le même temps, sans craindre d’être taxé de jésuite, il recommande aussi « que les campagnes d’information auprès des professionnels de santé et des professionnels en contact régulier avec les personnes à risque soient renforcées afin de poursuivre l’augmentation de la couverture vaccinale annuelle avec le vaccin contre la grippe saisonnière ».  Mieux encore, il « tient à rappeler qu’il recommande depuis 1999 la vaccination contre la grippe saisonnière aux personnels soignants de manière à réduire la transmission de l’infection aux personnes atteintes de certaines pathologies chroniques et pour celles âgées de 65 ans et plus, a fortiori hospitalisées ou en institution, pour lesquels la grippe présente un risque de complication ou de décès ».

Et de conclure que cette « vaccination altruiste » des professionnels de santé fait régulièrement l’objet de campagnes d’information pour obtenir l’adhésion des professionnels de santé. On sait ce qu’il en est dix ans plus tard.

C’est donc sur la base de cet avis plus que paradoxal que Xavier Bertrand a pris la décision de suspendre le texte de loi qui aurait dû s’appliquer à compter du 1er janvier 2006. M. Bertrand nous fait aussi observer que personne n’est revenu sur son décret depuis dix ans ». Ce qui est vrai. Ni lui-même, ni Roselyne Bachelot, ni Marisol Touraine. Nul ne sait non plus combien de grippes auraient, sinon, pu être prévenues. Sans parler des décès.

A demain

1 Sur ce thème: « Grippe : il faut désormais obliger les soignants à se faire vacciner » Slate.fr, 12 janvier 2017

Grippe : dramatisation politique de la situation ou situation épidémiologique dramatique ?

 

Bonjour

Cette information mandée en urgence depuis la Présidence de la République : un additif à l’agenda du Président pour le jeudi 12 janvier 2017, 9 heures :

« Réunion ministérielle sur l’épidémie de grippe en présence de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP et Christophe Devys, directeur général de l’ARS Ile de France »

Puis ce complément :

« Nous vous prions de noter que Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, fera une déclaration presse dans la cour de l’Elysée à l’issue de la réunion. Comme indiqué ci-dessous, la cour de l’Elysée sera ouverte à partir de 9h05. Accréditations auprès du service de presse de la Présidence de la République. »

Et puis encore, s’inscrivant dans la dynamique jacobine observée ce matin, la précision prophétique de Mme Touraine annonçant que le bilan de l’épidémie sera « probablement lourd ». « Chaque année, il y a des victimes de la grippe », mais cette année, l’épidémie est « particulièrement intense » et le nombre de personnes malades « particulièrement important », a redit la ministre. C’était lors d’un nouveau point de presse sur cette épidémie, qui devrait atteindre son pic la semaine prochaine. Que dira-t-elle de plus demain dans la cour du Palais de l’Elysée ?

Soignants et soignés

Des chiffres ? Le nombre de personnes qui ont consulté leur médecin pour des « symptômes grippaux » a atteint 395 pour 100.000 habitants la semaine dernière (contre 326 la semaine précédente).  En revanche le nombre de passages aux urgences associés à cette infection virale commence à diminuer de même que les hospitalisations. Dès lors où est l’urgence ? « L’enjeu, c’est de garantir qu’il y a des lits d’hospitalisation disponibles » explique la ministre. « Toute personne qui a besoin d’être soignée l’est » a-t-elle certifié lors des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Le contraire serait troublant.

On recense 142 hôpitaux (sur les 850 du pays) qui se sont déclarés « établissement de santé en tension » un dispositif qui permet notamment de déprogrammer des soins et des opérations non urgentes. Certains établissements ont déjà utilisé cette dernière possibilité, mais Marisol Touraine vient de les pousser à faire davantage « si nécessaire ». L’était-ce ? La ministre de la Santé a aussi invité les médecins libéraux à traiter le plus possible les malades « à leur cabinet ou au domicile », pour éviter d’augmenter le nombre des hospitalisations. Ne le faisait-ils pas ?

François Fillon et François Hollande

A ce stade les nuages politiques arrivent immanquablement dans le ciel médiatique. « On a fermé trop de lits au cours des vingt dernières années, notamment des lits conventionnels qui pouvaient accueillir des patients des urgences en cas de besoin » a redit, BFMTV, le Dr Patrick Pelloux. Urgentiste et syndicaliste le Dr Pelloux, ancien de Charlie Hebdo, est un proche de François Hollande. Il appelle aujourd’hui à une « politique de réouverture de lits d’hôpitaux ». Le président de la République l’entend-il ?

A l’autre extrémité du spectre : le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et député européen (Les Républicains). Il a déclaré, sur RTL : « La grippe, c’est tous les ans, et tous les ans nous connaissons cette situation d’engorgement, et pourtant rien ne change ». François Fillon comprend-il ?

Rien ne change ? Selon Santé publique France, depuis le 1er novembre, cinquante-deux personnes sont décédées des suites d’une infection grippale dans des services hospitaliers de réanimation.  L’agence constate par ailleurs une « nette hausse » de la mortalité (toutes causes confondues) sur les deux dernières semaines de 2016. Prudente, elle souligne qu’il est trop tôt pour estimer la part de cette surmortalité liée à la grippe. Pour les chiffres validés, il faudra attendre.

A demain