Covid-19: voulez-vous savoir quel sera, en France, le prix du remdesivir de Gilead Sciences ?

Bonjour

29/06/2020. On savait le controversé remdesivir 1 depuis peu potentiellement autorisé en Europe. Restait à trancher la douloureuse question du prix. Nous avons la réponse aujourd’hui dans une « lettre ouverte de Daniel O’Day, CEO, Gilead Sciences ». Extraits :

« Dans les semaines qui se sont écoulées, depuis que nous connaissons l’intérêt du remdesivir contre la COVID-19, le prix que nous pourrions fixer pour ce médicament a suscité de nombreuses questions. Ces interrogations sont compréhensibles. Notre traitement expérimental, le remdesivir, est le premier antiviral à avoir démontré une amélioration clinique des patients atteints de la COVID-19 dans les essais cliniques et il n’existe pas de règles préétablies pour déterminer le prix d’un nouveau médicament en situation de pandémie. »  

Daniel O’Day dit « être conscient de la responsabilité importante qui lui incombe dans la fixation des prix du remdesivir et de la nécessité d’être transparent quant à sa décision ». Puis, après avoir analysé la situation avec le plus grand soin et de nombreuses discussions, il est désormais en mesure de faire connaître sa décision et de l’expliquer. Objectif : « aider le plus grand nombre de patients le plus rapidement possible et de manière responsable ». « Cette approche nous a guidés dans nos choix pour trouver des réponses rapides et établir la sécurité et l’efficacité du remdesivir, pour augmenter nos capacités de production, ainsi que lorsque nous avons décidé de faire don de l’intégralité de nos stocks de remdesivir jusqu’à la fin du mois de juin » souligne-t-il.  

Mais juin tire à sa fin… Lisons Daniel O’Day, cet écrit constituant un événement dans le monde habituellement triplement feutré de Big Pharma :  

« Dans des circonstances normales, le prix d’un médicament est corrélé à ce qu’il apporte aux patients. Les premiers résultats de l’étude NIAID ont montré que le remdesivir permettrait de raccourcir d’en moyenne quatre jours le rétablissement chez des patients hospitalisés atteints de la COVID-19. En prenant l’exemple des États-Unis, une sortie plus rapide de l’hôpital permettrait de faire une économie d’environ 12 000 $ par patient. Ainsi, en considérant ces seules économies immédiates pour le système de santé, nous pouvons voir l’intérêt du remdesivir. A cette donnée économique, il faut également prendre en compte l’intérêt pour les patients de voir leur séjour à l’hôpital raccourci.  

« Nous avons décidé de fixer le prix du remdesivir bien en dessous de ce montant. Afin de permettre un accès large et équitable et faire face au besoin médical de par le monde, nous avons fixé un prix de 390 $ par flacon pour les gouvernements des pays développés. Sur la base des schémas de traitement actuels, la grande majorité des patients devrait recevoir un traitement d’une durée de 5 jours soit six flacons de remdesivir, ce qui équivaut à un montant total de 2 340 $.  

« Une des principales raisons ayant guidé notre décision est de limiter la nécessité de négociations sur le prix pays par pays. Nous avons fixé ce prix pour rendre le traitement abordable dans l’ensemble des pays développés. Ce prix sera proposé à tous les gouvernements des pays développés dans lesquels l’utilisation du remdesivir est autorisée. Au prix de 390 $ par flacon, le remdesivir devrait permettre aux systèmes de santé de réaliser des économies.  

« Aux États-Unis, le même prix de 390 $ par flacon s’applique. En raison de la façon dont le système américain fonctionne et des systèmes de compensations existants, le prix pour les compagnies d’assurance privées américaines sera de 520 $ par flacon. Ce prix et les programmes gouvernementaux en place, ainsi que l’aide supplémentaire de Gilead le cas échéant, devraient permettre à tous les patients d’avoir accès au remdesivir.  

« Dans les pays en développement où les ressources, les infrastructures et l’économie des systèmes de santé sont si différentes, nous avons conclu des accords avec des fabricants de génériques pour fournir le traitement à un coût nettement inférieur. Ces solutions alternatives sont conçues pour garantir que tous les pays du monde pourront donner accès au traitement. »  

« En fixant ce prix, nous avons tenu compte de nos responsabilités. Tout d’abord en veillant à ce que le prix ne soit en aucun cas un obstacle à un accès au traitement rapide et large mais aussi en poursuivant nos études en cours sur le remdesivir et en maintenant nos recherches à long terme sur les antiviraux. Cet investissement continu sur l’innovation scientifique est susceptible de pouvoir aider les générations à venir. Comme pour de nombreux autres aspects de cette pandémie, la fixation du prix d’un médicament dans ce contexte reste sans précédent. Nous nous sommes donc adaptés et nous pensons que ce prix du remdesivir est juste et responsable alors que le monde continue à subir les conséquences humaines, sociales et économiques de cette pandémie. »  

Comment mieux défendre son camp ? La France acceptera-t-elle sans sourciller « 390 $ par flacon »  2 ? Qu’en dira le Pr Didier Raoult promoteur de l’hydroxychloroquine et contempteur officiel français du remdesivir et de Gilead ? Et qui nous dira la vérité sur les « conflits d’intérêts » dénoncés par le microbiologiste marseillais devant les députés ?

A demain @jynau  

1 Gilead présente ainsi son médicament : « Le remdesivir est un antiviral qui est étudié dans plusieurs essais cliniques internationaux en cours. Dans le contexte actuel d’urgence de santé publique et au vu des données cliniques disponibles, le statut d’autorisation du remdesivir varie d’un pays à l’autre. Dans les pays où le remdesivir n’est pas autorisé par l’autorité de santé locale, il est considéré comme un médicament en cours de développement, dont la tolérance et l’efficacité ne sont pas établies. 

« Le remdesivir n’a pas été approuvé par la FDA, pour quelque utilisation que ce soit. Aux États-Unis, la FDA a émis une autorisation d’utilisation d’urgence (EUA) du remdesivir pour le traitement de patients hospitalisés atteints d’une forme sévère de COVID-19. Cette autorisation est temporaire, peut être révoquée et ne remplace pas la procédure formelle de dépôt, revue et autorisation d’un nouveau médicament. Pour plus d’informations sur l’utilisation autorisée du remdesivir et les exigences obligatoires de l’EUA aux États-Unis, veuillez consulter la Fiche de données à destination des professionnels de santé et la Lettre d’autorisation de la FDA, disponibles www.gilead.com/remdesivir

2 « Covid-19 : Efficacité, prix, disponibilité, ce que l’on sait sur le remdesivir de Gilead » (Nicolas Vuidez) Industrie Pharma

Diplomatie : le virus de la pandémie est-il ou non désormais détenteur d’un «passeport» ?

Bonjour

27/06/2020. Il n’y aura pas de touristes américains en France cet été. Ni en Europe. Et pas plus de touristes russes. Les ambassadeurs des pays membres de l’Union européenne viennent de parvenir à un accord sur une proposition de réouverture des frontières extérieures à quatorze pays, le 1er juillet. Frontières fermées : celles avec les Etats-Unis, la Russie, Israël, la Turquie et l’Arabie saoudite, la situation de la pandémie de Covid-19 y étant jugée plus grave qu’en Europe. Frontières réouvertes, celles de l’Australie, du Canada, de la Corée du Sud, du Japon, de la Nouvelle-Zélande, du Rwanda, de la Thaïlande, de l’Uruguay, des trois Etats du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) et des trois Etats des Balkans (Géorgie, Monténégro, Serbie). Comme il fait encore partie de l’UE durant la période de transition, avant le Brexit, le Royaume-Uni serait traité comme un Etat membre. Le cas de la Chine n’a pas encore été tranché.

La liste devait être adoptée avant le 29 juin, à la majorité qualifiée. Cette décision aura-t-elle des conséquences politiques ? Si certaines pressions ont clairement été exercées et si des pays membres avaient d’évidentes difficultés à imaginer le bannissement de certaines nationalités – pour des raisons économiques, stratégiques, voire touristiques – un « engagement fort » a finalement prévalu, a affirmé une source diplomatique à notre confrère Jean-Pierre Stroobants (Le Monde).

« Les Vingt-Sept ont privilégié une prudente approche sanitaire. Ils ont pris en compte la situation épidémiologique dans les pays, l’incidence de nouvelles contaminations, la capacité de tests, les règles de prévention en vigueur, etc. explique-t-il. En retenant la notion de nouvelles infections au cours des quatorze derniers jours, les Européens excluaient de fait le Brésil, la Russie et les Etats-Unis, des pays où cette moyenne est actuellement beaucoup plus élevée que dans les pays de l’UE (16 par 100 000 habitants). »

Un élément génétique à la lisière de la vie et de l’inerte 

 Le principe a été admis à Washington, où le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, déclarait le 25 juin que son pays ne voulait « assurément pas causer des problèmes ailleurs » (sic). Il promettait aussi un travail en commun avec les Européens dans les prochaines semaines, « pour bien faire les choses ». Tout en espérant, ajoutait-il, que leurs décisions seraient bien « fondées sur la santé, sur la science ».

Et la politique ? Comment ne pas se souvenir des discours officiels de février où l’hypothèse de la fermeture des frontières était d’emblée exclue, au nom du danger d’un « repli nationaliste » ; et ce d’autant que cette fermeture était réclamée par le Rassemblement national. D’un côté on avait recours à une bien étrange métaphore humanisant le SARS-CoV-2, cet élément génétique à la lisière de la vie et de l’inerte : « ce virus n’a pas de passeport ». Et les « nationalistes » de répliquer : « ce virus n’a pas de passeport, mais les gens qui porte le virus en ont un ».

Dans sa désormais célèbre « Adresse aux Français » du 12 mars Emmanuel Macron avait malencontreusement lui aussi eu recours à cette métaphore. Tout en restant fort prudent sur le sujet. C’était il y trois mois :

« Ce virus n’a pas de passeport (…) Nous aurons sans doute des mesures à prendre, mais il faut les prendre pour réduire les échanges entre les zones qui sont touchées et celles qui ne le sont pas. Ce ne sont pas forcément les frontières nationales. Il ne faut céder là à aucune facilité, aucune panique. Nous aurons sans doute des mesures de contrôle, des fermetures de frontières à prendre, mais il faudra les prendre quand elles seront pertinentes et il faudra les prendre en Européens, à l’échelle européenne, car c’est à cette échelle-là que nous avons construit nos libertés et nos protections. »

Puis, le lendemain l’Union européenne décidait de fermer ses frontières et celles de l’espace Schengen – en contradiction flagrante avec les règles de l’OMS… Aux épidémiologistes (et à l’OMS), désormais, de devoir répondre à une méchante question : la situation mondiale serait-elle différente si d’emblée, toutes les frontières avaient été fermées ?

A demain @jynau

Impensable mais vrai : des médecin cubains pour pallier la pénurie de spécialistes français

Bonjour

27/06/2020. Savoir se faire désirer. Ainsi donc nous sommes, déjà, dans le monde d’après. Quinze médecins cubains sont arrivés, vendredi 26 juin, en Martinique. Accueillis « avec les honneurs » nous dit Frances-Antilles. Loin de fuir leur  régime socialiste ils venaient aider la France à faire face à l’épidémie de coronavirus et, souligne l’AFP,  « pallier la pénurie de professionnels de santé ». Il s’agit d’une première pour la France. Bien étrange première.

Cette arrivée, ajoute l’AFP,  fait suite à l’adoption, en mars, d’un décret autorisant l’intervention de médecins cubains dans des départements et territoires d’outre-mer (Guyane, Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Saint-Pierre-et-Miquelon) afin de renforcer les équipes locales. Qui se souvient, en mars, avoir entendu parler d’un tel décret ?

Les quinze sont arrivés à l’aéroport du Lamentin, avec un drapeau cubain, par un vol spécial de la compagnie Air Antilles Express. Leur mission, qui durera trois mois, servira à « couvrir certaines spécialités ».  Cette équipe de médecins compte un pneumologue, deux spécialistes en médecine interne, un infectiologue, deux anesthésistes, trois radiologues, deux néphrologues, un hématologue, un urgentiste, un chef de brigade et un directeur administratif. La France est-elle à ce point en manque ?

L’épidémie due au coronavirus est pour l’instant stabilisée dans l’île où l’on compte 240 personnes infectées depuis le début de l’épidémie et 14 morts. Des lors pourquoi ces renforts ? « Cette action de coopération médicale internationale est organisée dans le cadre de la pandémie Covid-19, en réponse à une demande de renforcement de certaines spécialités médicales, au CHUM et à la clinique Saint-Paul », explique la collectivité territoriale de Martinique, dans un communiqué. Cette mission vise aussi  à « faciliter les échanges de pratiques entre les équipes médicales de Martinique et leurs homologues cubains dans le contexte international de la gestion de la Covid-19 », et à « modéliser une coopération médicale plus active au sein de la Caraïbe » (sic).

Les quinze seront confinés pendant une semaine, avant de pouvoir prendre leur poste. Il leur sera ensuite dispensé des cours intensifs de français. La France devient ainsi le troisième Etat européen (après l’Italie et Andorre) à recevoir l’aide directe de professionnels de santé cubains. L’île socialiste a mis en place de longue date l’exportation de services médicaux, qui constitue l’un des moteurs de son économie. Et c’est ainsi que, progressivement, nous quittons le monde d’avant.

A demain @jynau

En dépit des critiques du Pr Didier Raoult, feu vert européen pour le remdesivir de Gilead

Bonjour

26/06/2020. Remdesivir et Gilead. Ce sont deux des cibles favorites du Pr Didier Raoult qui ne voit là qu’inefficacité et conflits d’intérêts – comme il l’a rappelé devant la Commission d’enquête de l’Assemblé nationale. Pour autant le comité des médicaments à usage humain (CHMP) de l’Agence européenne du médicament (EMA) vient de recommander l’octroi d’une autorisation de mise sur le marché conditionnelle à Veklury (remdesivir) de la firme américaine Gilead pour le traitement du COVID-19 chez les adultes et les adolescents souffrant de pneumonie nécessitant un supplément d’oxygène.

Le remdesivir devient ainsi le premier médicament contre le COVID-19 à être recommandé pour autorisation dans l’UE. « Les données sur le remdesivir ont été évaluées dans un délai exceptionnellement court grâce à une procédure d’examen continu, une approche utilisée par l’EMA lors des urgences de santé publique pour évaluer les données dès qu’elles sont disponibles, précise l’Agence. À partir du 30 avril 2020, le CHMP a commencé à évaluer les données sur la qualité et la fabrication, les données non cliniques, les données cliniques préliminaires et les données de sécurité à l’appui des programmes d’utilisation compassionnelle, bien avant la présentation de la demande d’autorisation de mise sur le marché le 5 juin. »

L’évaluation du dossier est maintenant terminée par la recommandation, qui est principalement basée sur les données de l’étude NIAID-ACTT-11, parrainée par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) des États-Unis, ainsi que des données à l’appui d’autres études sur le remdesivir. L’étude NIAID-ACTT-1 a évalué l’efficacité d’une cure prévue de dix jours de remdesivir chez plus de 1000 patients hospitalisés avec COVID-19. Le remdesivir a été comparé au placebo et la principale mesure de l’efficacité était le délai de récupération des patients (défini comme n’étant plus hospitalisé et / ou nécessitant de l’oxygène à domicile ou hospitalisé mais ne nécessitant pas d’oxygène supplémentaire et ne nécessitant plus de soins médicaux continus )

A quel véritable prix sera-t-il commercialisé ?

Un effet qui pourra apparaître bien modeste – par ailleurs contesté par un essai clinique mené en Chine. « Dans l’ensemble, l’étude a montré que les patients traités par le remdesivir se rétablissaient après environ 11 jours, contre 15 jours pour les patients sous placebo, précise l’Agence qui ne fait pas état de la controverse. De plus cet effet n’a pas été observé chez les patients atteints d’une maladie légère à modérée: le délai de récupération était de 5 jours pour le groupe remdesivir et le groupe placebo.  

Pour autant, compte tenu des données disponibles, l’Agence européenne « a considéré que l’équilibre des avantages et des risques s’était révélé positif chez les patients atteints de pneumonie nécessitant un supplément d’oxygène; c’est-à-dire les patients atteints d’une maladie grave ». Le remdesivir est administré par perfusion et son utilisation est limitée aux établissements de santé dans lesquels les patients peuvent être surveillés de près; la fonction hépatique et rénale doit être surveillée avant et pendant le traitement, le cas échéant. Le traitement doit commencer par une perfusion de 200 mg le premier jour, suivie d’une perfusion de 100 mg par jour pendant au moins 4 jours et pas plus de 9 jours.

La Commission européenne, qui a été tenue informée par l’EMA tout au long de l’évaluation, devrait accélérer le processus décisionnel de manière à accorder une autorisation de mise sur le marché conditionnelle dans les prochains jours permettant ainsi, après les Etats-Unis, la commercialisation du produit dans l’UE Deux questions se poseront alors : celle de l’approvisionnement et celle du prix facturé. Deux sujets qui seront sans doute très précisément étudiés, depuis Marseille, par le Pr Didier Raoult.

A demain @jynau

Epidémie : Emmanuel Macron a mis en place sa propre mission d’évaluation de son action

Bonjour

25/06/2020. Plus que surprenante, provocatrice, l’idée avait émergé début juillet. On la croyait, depuis, avoir rejoint les tiroirs en ébène du Palais de l’Elysée. On avait tort. Elle vient de se concrétiser : Emmanuel Macron a installé, jeudi 25 juin, la mission chargée d’évaluer la gestion de la crise du coronavirus par l’exécutif. On peut le dire autrement : l’exécutif installe sa propre mission d’évaluation de son action.

Officiellement cette « mission indépendante nationale sur l’évaluation de la gestion de la crise du Covid-19 et sur l’anticipation des risques pandémiques » doit permettre de « tirer les leçons » de la crise et « d’en sortir renforcé et mieux préparé à l’avenir », selon sa feuille de route. Pour intéressant qu’il soit l’objectif et la méthode font bien peu de cas du législatif et des commissions d’enquête du Parlement.

Cette entreprise sera présidée par le Pr Didier Pittet, infectiologue et épidémiologiste suisse et devra rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année. Outre le Pr Pittet : Raoul Briet, ancien président de chambre de la Cour des comptes ; Laurence Boone, chef économiste de l’OCDE ; Anne-Marie Moulin, directrice de recherche émérite au CNRS ; et Pierre Parneix, médecin de santé publique au CHU de Bordeaux,  spécialiste des questions d’hygiène hospitalière.

« Avoir accès à une information transparente, complète et lucide »

« Pour diriger cette mission, le vœu du président était de faire appel à une personnalité scientifique internationale mais francophone », explique-t-on à l’Elysée. Le Pr Pittet, qui œuvre aux hôpitaux universitaires de Genève et à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est notamment connu pour ses travaux sur l’hygiène hospitalière et pour avoir développé l’usage des solutions hydroalcooliques. Il s’agit pour les cinq membres de permettre « à chaque Français d’avoir accès à une information transparente, complète et lucide [sic] qui rappelle les faits, les remette en perspective et élabore des propositions pour renforcer notre système de riposte aux épidémies », souligne la lettre de mission signée par le chef de l’Etat.

Ils devront « comparer la riposte » française « à celle mise en œuvre chez nos voisins ». Ils porteront « une appréciation sur la pertinence, la rapidité, la proportionnalité de la réponse dans la gestion de la crise sanitaire, sociale et économique », alors que l’exécutif fait face aux critiques, notamment sur ses stocks de masques et de médicaments de réanimation.Un premier rapport d’étape, « consacré à l’analyse de la gestion de la crise et à la préparation d’une éventuelle seconde vague », est attendu en octobre.

Puis, « au plus tard pour la fin de l’année », un second rapport doit se pencher sur « l’anticipation du risque pandémique » qui pourrait de nouveau frapper la France. « Le rapport final sera rendu public , a assuré l’Elysée. Il ne s’agit en aucun cas de méconnaître les prérogatives du Parlement (…). Les commissions d’enquête parlementaires seront également riches d’enseignements. » Qui, au lendemain de l’audition du Pr Didier Raoult par les députés, pourrait encore en douter ?

A demain @jynau

Chloroquine : le Pr Christian Perronne est désormais visé par l’Ordre et par l’AP-HP

Bonjour

25/06/2020. C’est fait : il y a bien, en appendice de l’intense médiatisation raoultienne, une « affaire Christian Perronne ». Rappel : au départ, un pamphlet 1 doublé d’un premier entretien médiatisé (Le Figaro Magazine) pour le lancer : « Covid et chloroquine: un spécialiste dénonce ‘’l’union de l’incompétence et de l’arrogance’’ ». Auteur : le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches (AP-HP) personnalité controversée.

Un pamphlet alimenté d’une colère nourrie par la «chloroquine» : l’administrer sous une forme préventive aux patients fragiles aurait selon lui permis de réduire considérablement le nombre de morts en France. Et le Pr Perronne, comme hier le Pr Didier Raoult devant la Commission d’enquête parlementaire, d’évoquer des conflits d’intérêts, d’accuser des membres du Conseil scientifique ou du Haut Conseil de la santé publique d’avoir écarté la chloroquine à cause de liens d’argent avec des laboratoires concurrents. Une semaine plus tard une pétition ciblait l’auteur, réclamant que le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) se saisisse du cas soulevé par le Pr Perronne.

« Celui-ci affirme que « 25 000 morts » auraient pu être évités en France si la combinaison hydroxychloroquine et l’azithromycine avait été prescrite massivement. Il poursuit en prétendant que le service de maladies infectieuses du CHU de Nantes et les médecins de l’hôpital auraient « laissé crever son beau-frère ». Christian Perronne accuse ainsi directement, à de multiples reprises, sans aucune retenue ni preuve médicale ou scientifique, des collègues médecins d’avoir refusé de prescrire un traitement et laissé « crever » des gens du fait d’intérêts financiers, entretenant ainsi l’idée que ses collègues sont des « criminels » au service de l’industrie pharmaceutique. »
 
Quatre jours plus tard l’Ordre est en marche. « Alerté par les propos tenus par le Pr Christian Perronne, le Conseil national a saisi le conseil départemental de l’ordre des Hauts-de-Seine », dont dépend ce médecin en tant que chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de Garches,  vient d’annoncer le CNOM sur Twitter.

Le conseil départemental de l’ordre des Hauts-de-Seine doit désormais « instruire le dossier » et « informer le CNOM des suites données », a poursuivi ce dernier, confirmant une information du Figaro (Cécile Thibert). Il pourra décider de porter plainte contre le Pr Perronne devant les instances disciplinaires s’il le juge nécessaire. Pour manquement à la confraternité ?

 « Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité »

Ce n’est pas tout. Une autre action est lancée par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Dans une lettre datée du 24 juin, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, demande à son collège de déontologie de donner un avis « avant la fin du mois de juillet » sur le cas du Pr Christian Perronne. La question est de savoir « s’il peut y avoir des manquements à des obligations d’ordre déontologique (…) dans un cas de figure où des propos sont tenus avec l’autorité conférée à une fonction de responsabilité dans un hôpital public universitaire ».

La lettre de l’AP-HP, dont l’AFP a « obtenu copie », évoque notamment l’accusation, lors d’une interview télévisée, portée par le docteur Perronne à l’égard des médecins du CHU de Nantes d’avoir « laissé crever » son beau-frère, au motif qu’il ne lui aurait pas été délivré d’hydroxychloroquine. Ce traitement, promu par le Pr Didier Raoult, est aussi chaudement préconisé par le docteur Perronne comme ayant fait ses preuves, « alors que cette efficacité n’est pas établie », rappelle l’AP-HP.

Martin Hirsch évoque d’autres propos qui « doivent retenir l’attention » de ses déontologues : prétendre que l’hydroxychloroquine aurait permis d’éviter 25 000 morts si elle avait été prescrite largement en France ; « enfin, mettre en cause la probité d’autres médecins de la même institution dans la manière dont ils ont émis des avis sur la crise, en affirmant que leur attitude a provoqué des milliers de morts ».

Prudent comme toujours Martin Hirsch prend grand soin de préciser qu’il « ne s’agit bien entendu pas de remettre en cause la liberté d’expression (…), ni bien évidemment de considérer que l’on ne pourrait pas librement apporter sa contribution au débat sur la manière dont une crise sanitaire est gérée et émettre des critiques, fussent-elles virulentes ».

Pour autant il demande à son collège de déontologie de dire si les propos litigieux sont contraires à l’article 25 de la loi du 13 juillet 1983 sur les droits et les obligations des fonctionnaires :

« Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. Dans l’exercice de ses fonctions, il est tenu à l’obligation de neutralité. Le fonctionnaire exerce ses fonctions dans le respect du principe de laïcité. A ce titre, il s’abstient notamment de manifester, dans l’exercice de ses fonctions, ses opinions religieuses. Le fonctionnaire traite de façon égale toutes les personnes et respecte leur liberté de conscience et leur dignité.

« Il appartient à tout chef de service de veiller au respect de ces principes dans les services placés sous son autorité. Tout chef de service peut préciser, après avis des représentants du personnel, les principes déontologiques applicables aux agents placés sous son autorité, en les adaptant aux missions du service. »

A demain @jynau

1 Perronne C, « Y a-t-il une erreur qu’ILS n’ont pas commise ? : Covid-19, l’union sacrée de l’incompétence et de l’arrogance » (Albin Michel). 

Covid-19: plus d’un million de Français vont être systématiquement incités à se faire dépister

Bonjour

25/06/2020. Simple coïncidence ? Malmené hier par le Pr Didier Raoult devant les députés, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé s’exprime aujourd’hui dans Le Monde (propos recueillis par Chloé HecketsweilerFrançois Béguin et Cédric Pietralunga). Pour dire quoi ? Notamment ceci :

« Nous lançons dans certains territoires une campagne de très grande ampleur qui s’adresse à tous les habitants. Près de 1,3 million de personnes vivant dans trente communes d’Ile-de-France vont ainsi recevoir des « bons » de l’Assurance-maladie leur proposant d’aller faire un test virologique dans n’importe quel laboratoire public ou privé, même s’ils n’ont pas de symptômes. L’objectif est d’identifier les éventuels clusters dormants, c’est-à-dire des foyers invisibles de personnes asymptomatiques. Il s’agit également de regarder s’il y a des différences entre les territoires sur la circulation et l’impact du virus. »

Le « profil » des communes retenues ?

« Ce sont des territoires à proximité de clusters identifiés, où l’on constate avec des opérations de « barnum » qu’il y a du réservoir viral, avec des personnes asymptomatiques, qui peuvent transmettre le virus sans le savoir. On est pour l’instant au stade de l’expérimentation pour regarder si cela correspond à un souhait des Français. Cette expérimentation pourra ensuite être étendue à d’autres régions. »

Le Monde fait observer au ministre qu’un ancien directeur général de la santé, William Dab, a assuré devant la commission d’enquête parlementaire qu’on aurait dû avoir un confinement ciblé plutôt que généralisé du pays, qu’il n’y a « aucun doute là-dessus ». Le ministre a-t-il, sur ce sujet, quelques regrets ?

« Non, je ne crois pas plus aux commentaires a posteriori qu’aux prévisions a priori. Je leur accorde à peu près la même valeur, celle de la sincérité d’un expert qui s’exprime sur une situation avec les éléments dont il dispose. »

On n’en saura malheureusement pas plus. Une « deuxième vague » ? S’y préparer. Aucune question sur les accusations du Pr Didier Raoult. Sera-t-il encore ministre après un remaniement que l’on dit imminent ? Ne plus se consacrer qu’à la Santé ? Oublier les Solidarités pour mieux se concentrer ? Laisser la place à son confrère Didier Raoult ? Non, il ne lâchera rien :

« Je suis ministre des Solidarités et j’y tiens. Il faut faire vivre politiquement les politiques de solidarité d’ici à la fin du mandat. Je ménage du temps, de l’énergie, de la motivation pour travailler les politiques de solidarité et faire des propositions ambitieuses pour les affaires sociales de notre pays. Je porte la création d’une cinquième branche de la Sécurité sociale pour la perte d’autonomie.

« Mon défi, c’est d’être capable de faire en même temps le Ségur, de gérer la crise du Covid et d’avoir une attention pour les personnes en perte d’autonomie. Les idées ne manquent pas, les projets ne manquent pas et on sera prêts. La question des plus précaires me préoccupe beaucoup. Je ne me sens pas débordé. La solidarité est très corrélée à la santé et au social. Mais je m’en remets à l’arbitrage du président et du Premier ministre. »

Comment pourrait-il faire autrement ?

A demain @jynau

«Conflits d’intérêts» : quelles suites après le show explosif du Pr Raoult devant les députés ?

Bonjour

25/06/2020. Tempêtes à l’horizon. On découvrira sur cette vidéo, l’invraisemblable arrivée « rock star », à l’Assemblée nationale, du microbiologiste marseillais ultra-médiatique masqué. Puis la suite, un document essentiel : plus de trois heures d’une audition hors du commun devant la commission d’enquête sur la gestion de la pandémie à l’Assemblée nationale. Une audition rapidement transformé en un réquisitoire hors du commun , une charge menée par un double acteur : acteur dans la lutte contre la pandémie et acteur mettant en scène, avec gourmandise, sa propre personne. Un homme dont une boutique marseillaise commercialise avec un succès croissant des « bougies à son effigie » – comme a jugé utile de le préciser l’un de ses voisin niçois, Eric Ciotti (LR) par ailleurs rapporteur de la commission d’enquête. Il aurait pu ajouter que ce microbiologiste enflé de sa nouvelle puissance est devenu l’une des personnalités « politiques » préférées des Français.

Tour à tour présenté comme infectiologue ou épidémiologiste le Pr Raoult a plus que dominé son sujet. Professeur des écoles, savant surplombant, procureur révolutionnaire, néo-ministre de la santé, intime du président de la République, le plus ancien dans le grade le plus élevé il a littéralement envoûté les quelques députés qui ne l’étaient pas encore. Beaucoup n’ont pas saisi la somme des sous-entendus mais ce fut aussi et avant tout un terrible règlement de compte, une avalanche d’accusations parfois nominatives, parfois réitérés, une somme qui pourrait, demain, conduire à des actions pour diffamation.

 « Votre action a suscité une multitude de réactions passionnelles qu’on n’a pas l’habitude de voir dans une crise sanitaire, a d’emblée  résumé le rapporteur Eric Ciotti. Vous êtes ou haï ou adulé. » Dans l’enceinte il fut majoritairement adulé. On imagine les haines qu’il a pu alimenter en dehors – et qui ne tarderont guère à prendre corps.

Ses erreurs majeures, ses contradictions ? « L’avenir n’est à personne, l’avenir est à Dieu », botte en touche grâce à Victor Hugo.Porté au-delà des nues par les tenants de l’antisystème et du populisme bon teint il savamment réavivé les conflits latents qui dans son domaine opposent Paris à Marseille, Marseille à Lyon, la province contre la capitale, les puissants contre les faibles. Comme dans l’affaire du « Conseil scientifique ». installé par Emmanuel Macron en mars pour l’aider dans sa prise de décisions. « J’étais un ovni, un extraterrestre », au milieu d’« une bande de types qui ont l’habitude de travailler entre eux », mais dont aucun « n’est expert des coronavirus », a-t-il accusé. « Je ne suis pas un homme de réunion, je suis un homme de données », a-t-il insisté, précisant qu’il n’était « pas d’accord » avec ce que le tout-puissant Pr Jean-François Delfraissy et son « cénacle » avaient préconisé pendant la crise. Le divorce était inévitable. Il est loin d’être soldé.

« Comme des blaireaux dans leur terrier qui mordent quand on s’en approche ».

Pour autant, Didier Raoult n’avait jamais rompu le contact avec l’exécutif – il s’est tout simplement mis en contact direct avec Olivier Véran, ministre et Emmanuel Macron, président, un proche qui sait l’entendre et le comprendre. Et d’attaquer non plus, cette fois, le ministre de la Santé mais son entourage.  « Quand on est un politique, il faut avoir un rempart (…) une garde prétorienne (…) qui a des nerfs (…) et traite des données (…) afin que le ministre ne soit pas submergé d’informations inquiétantes qui ne se révèlent pas vraies », a-t-il requis, en précisant que si ce n’était pas le cas, le ministre pouvait « exploser de manière insupportable ». « Vous décrivez un ministre sous influence ! », a bien noté le voisin Eric Ciotti.

Plus grave le microbiologiste a très clairement évoqué les conflits d’intérêt pouvent expliquer une part des difficultés de la France face au Covid-19 : « Il faudra faire une véritable enquête sur l’américain Gilead et son [antiviral] remdesivir dont la stratégie était fondée sur l’influence. » Il s’est étonné de la proximité entre le directeur du laboratoire américain Gilead et certains cliniciens qui « se tutoyaient ». Cette familiarité engendre selon lui « un écosystème favorable » à l’industrie. Mieux encore il a rappelé avoir récemment publié une analyse montrant une corrélation entre une expression publique défavorable à son hydroxychloroquine et le fait d’avoir été financé par la puissante société américaine – une publication dans laquelle il se garde bien de nommer les médecins concernés. « Je ne dis pas qu’il y a une causalité, mais une coïncidence. »

Il a aussi mis gravement en cause l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) et la Haute autorité de santé (HAS) en raison de « conflits d’intérêts très sérieux » en leur sein. Des noms de coupables ? Il suffira aux députés de visiter le site Euros for Docs, qui milite pour la transparence du lobbying dans la santé, pour mener leur enquête. « Vous avez porté des accusations extrêmement graves, a relevé Eric Ciotti. Nous serons amenés à explorer cette voie, afin d’en tirer toutes les conséquences. »

Puis nouvelles charges, également violentes, nouveaux règlement de comptes avec l’Inserm et l’Institut Pasteur «  qui ferme à 19 heures » Les failles gouvernementales majeures concernant le recours aux tests PCR de dépistage ? Là encore mitraillage visant les « Centres nationaux de références » dont les membres sont. « comme des blaireaux dans leur terrier qui mordent quand on s’en approche ».

Tout cela il le sait et le mûrit depuis 2001, date de sa prise de conscience de l’impréparation du pays face à ce type de crise. Il sait, depuis que les maladies émergentes devraient constituer « un domaine régalien ». Il voit son IHU comme un « fort de Vauban ». D’ailleurs dans un rapport rendu en 2003 commandé par le ministre de la santé Jean-François Mattéi (en dépit des réserves de Bernard Kouchner) il préconisait d’en répartir sept sur le territoire pour assurer recherche, veille et protection, calqués sur les zones de défense militaires. « Une crise de cette nature doit être gérée par le Secrétariat général à la défense nationale »assure celui qui pourrait prendre la tête des troupes.

Pour le reste, accusation des « méthodologistes » et du rituel des essais randomisés, citations à l’envi de philosophe, glorification de sa personne, déclarations d’amour à la science de celui qui assure ne pas être un prophète – tout en en ne cessant, caressant ses longs cheveux, d’en prendre le visage.  Il faudra noter le niveau des ventes de bougies, dans la boutique marseillaise.

A demain @jynau

La « couillonnade » et l’hydroxychloroquine : le Pr Didier Raoult entre à l’Assemblée nationale

Bonjour

24/06/2020. Jour de gloire pour les Raoultiens : leur héros sera enfin entendu par la représentation nationale. On peut le dire autrement : le Pr Didier Raoult, promoteur de l’hydroxychloroquine pour lutter contre le coronavirus — médicament encensé par Donald Trump ou Jair Bolsonaro contre l’avis d’une large partie du monde scientifique —, sera interrogé mercredi 24 juin, par la commission d’enquête de l’Assemblée sur le Covid-19, où il compte plusieurs partisans.

En hors d’œuvre on peut lire l’entretien qu’il a accordé au Parisien (Elsa Mari et Florence Méréo) – entretien associé à la visite de son temple marseillais au fronton duquel on a gravé cette citation d’Horace: « exegi monumentum aere perennius », « j’ai construit un monument plus durable que l’airain ».

Du vieux et du neuf dans cet énième entretien médiatique. Quelques formules fortes doublées de certitudes pimentées d’anathèmes. « Dans ce pays, on adore décapiter les gens ».  « J’ai traité plus de 3 700 patients avec le médicament hydroxychloroquine. 0,5 % de mortalité, pas de toxicité cardiaque » « On a voulu le diaboliser. » La France en a banni l’usage le 28 mai contre le Covid-19, mais lui seul a obtenu « le droit de l’utiliser de la direction générale de la santé ».

« L’abattage médiatique autour de sa personne » 

Comment expliquer les résultats des études Recovery et Discovery, qui ne mettaient en évidence aucun effet bénéfique de cette spécialité pharmaceutique ? Ce sont des « ignares » qui n’ont pas administré les bonnes doses aux patients. Les bénéfices démontrés de la dexaméthasone ? « Couillonnade 1 pour les médias. Contre l’inflammation, tout le monde donne des corticoïdes. Ça n’aurait jamais dû faire partie d’une étude en soi. »

Puis on le voit s’avancer sur des sables scientifiques mouvants.: « Mon hypothèse est qu’une partie de la population était naturellement immunisée contre le Covid avant le début de l’épidémie », affirme-t-il, estimant entre « 40 et 70 % » le taux de personnes immunisées. Pour autant, il ne prétend pas connaître la raison de cette immunité. Avec, aussitôt, un filet de protection : « Ce qui est sûr, c’est qu’en parlant d’immunité naturelle, je vais me faire allumer par les labos qui travaillent sur les vaccins ». Et de revenir sur, selon lui, l’impossibilité de mettre au point un vaccin anti-Covid-19.  

Avant d’entrer à l’Assemblée nationale une certitude : il refuse et refusera « de se lancer dans la politique » — et ce, précise Le Parisien,  « malgré l’abattage médiatique autour de sa personne ». « Vos méthodes aussi interrogent, osent les deux journalistes du quotidien. Vous publiez trop souvent dans des revues scientifiques pour que ce soit de qualité, disent vos confrères. Que répondez-vous ? »

« Rien ! Est-ce que vous vous demandez comment Mozart a fait ? Je vais même vous dire, en plus de 150 publications par an, j’ai écrit dix livres en même temps. On n’est pas tous égaux. Dans ce pays, on adore décapiter les gens. » Certes, mais pas seulement. On apprécie, aussi, « l’abattage médiatique ».

A demain @jynau

1 A Sottise, bêtise. Ce n’est pas la première couillonnade que je fais, dit Lecca, et je suis toujours vivant (Giono, Bonheur fou,1957, p. 342):Je suis effrayé, épouvanté, scandalisé par la couillonnade transcendante qui règne sur les humains . Flaubert, Correspondance,1859, p. 318.

B.− Chose de peu de valeur. Tu ne vois pas un petit acte, une petite couillonnade quelconque, genre mondain, qui t’occuperait d’ici là? (Colette, Vagab.,1910, p. 135).

Pandémie: Agnès Buzyn accusée par le patron du Lancet de ne pas avoir réagi dès le 30 janvier

Bonjour

23/06/2020. C’est la tragique rançon shakespearienne de la politique : être ou ne pas être dans les médias. Aujourd’hui Agnès Buzyn se retrouve deux fois dans Le Monde, un quotidien auquel elle s’était imprudemment confiée après avoir quitté son puissant ministère des Solidarités et de la Santé. L’affaire du « cauchemar » et de la « mascarade ». D’abord dans un papier politique signé  Denis Cosnard qui évoque le chemin de croix de celle qui sait qu’elle ne sera pas maire de Paris. Extrait :

« Cela commence mal. A peine arrivée place Blanche pour faire campagne dans le 18e arrondissement de Paris, voici qu’Agnès Buzyn se tord la cheville dans un nid-de-poule. ‘’C’est cela, les chaussées de madame Hidalgo !’’, s’exclame sa tête de liste locale, Pierre-Yves Bournazel. ‘’ C’est un coup monté !’’, dit en souriant la candidate La République en marche (LRM) à la Mairie de Paris. Toute à son début d’entorse, elle ne fait pas attention à la piste cyclable et manque de heurter un vélo. Heureusement, un passant la reconnaît et lui déclare, tout miel : ‘’Je vous ai vue à la télé, mais vous êtes encore plus belle en vrai.’’ Agnès Buzyn : ‘’Vous habitez Paris ?’’ Hélas, non, de passage seulement. Il ne pourra pas voter pour elle. »

« Qu’elle est rude cette campagne pour l’ex-ministre de la santé ! Depuis qu’elle est repartie malgré tout à la conquête de la Mairie de Paris, les polémiques n’ont pas faibli, que ce soit sur sa gestion passée du Covid-19, son alliance ambiguë avec Les Républicains (LR) dans le 5e arrondissement, ou encore l’utilisation par une de ses candidates, Laetitia Avia, des moyens du Parlement pour faire campagne dans le 12e arrondissement, selon Mediapart. »

On retrouve l’ancienne ministre quelque pages plus loin. C’est dans le corps d’un entretien accordé au quotidien  (Hervé Morin et Paul Benkimoun) par le Dr Richard Horton, patron du Lancet qui poursuit la campagne de promotion de son dernier ouvrage polémique 1 : « Le Covid-19 montre une faillite catastrophique des gouvernements occidentaux ». Le puissant rédacteur en chef  y dénonce l’impéritie de nombreux pays face à la menace pourtant annoncée de la pandémie. Et après l’avoir fait pour Libération, il revient sur la rétractation récente d’une étude controversée sur l’hydroxychloroquine publiée dans ses colonnes.

Gilets jaunes et ambassade de France

Le Monde lui demande en quoi, selon lui, la France failli, dans sa gestion de l’épidémie de Covid-19. Sa réponse :

« Lorsqu’il y a eu proclamation d’une urgence de santé publique de portée internationale, le 30 janvier, pourquoi la ministre de la santé [d’alors, Agnès Buzyn] n’a-t-elle pas immédiatement envoyé un message à l’ambassade de France à Pékin pour lui demander son aide pour comprendre ce qui se passait à Wuhan, quel était ce virus, à quel point il était inquiétant, s’il était aussi préoccupant que l’indiquaient des articles dans The Lancet ?

« Si l’ambassade avait fait correctement son travail, elle aurait rassemblé en quarante-huit heures les informations du bureau de l’OMS à Pékin, de la Commission nationale de santé du gouvernement chinois. Elle aurait compris la nature de la menace, l’aurait immédiatement transmise au ministère de la santé et au Palais de l’Elysée et, à la fin de la première semaine de février, le gouvernement aurait disposé d’une vision très claire du danger.

« Si cela ne s’est pas produit, c’est une faillite catastrophique du gouvernement français et les Français doivent demander pourquoi le gouvernement n’a pas protégé les près de 30 000 vies qui ont été perdues, comme nous en avons perdu 40 000. C’étaient des morts évitables. Ces personnes devraient être en vie aujourd’hui.

Pourquoi les gens ne sont-ils pas davantage en colère à ce sujet ? J’ai vu les manifestation des ‘’gilets jaunes’’ dans les rues de Paris. Elles m’ont frappé. Pourquoi les ‘’gilets jaunes’’ ne manifestent-ils pas dans la rue contre l’échec du gouvernement français à protéger les vies des près de 30 000 de ses citoyens ? Qui demande des comptes au gouvernement ? »

Plus loin il ajoute ne vouloir « blâmer aucun individu ». « Il n’y a pas une personne en France ou dans aucun autre pays européen qui soit responsable à elle seule d’une faillite nationale, ajoute-t-il. C’est le système qui a failli, le système de conseils scientifiques qui a failli dans votre pays comme dans le mien. Le système de riposte politique a failli dans votre pays comme dans le mien. »

Le 30 janvier 2020 Agnès Buzyn a-t-elle on non immédiatement envoyé un message à l’ambassade de France à Pékin ?

A demain @jynau

1 The Covid-19 Catastrophe. What’s Gone Wrong and How to Stop It Happening Again, par Richard Horton, 120 pp., éditions Polity Press