La Grippe et les 7 Ordres : Agnès Buzyn entend que tous les professionnels de santé soient vaccinés

Bonjour

C’est un document officiel qui suscitera peut être quelques remous : « Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé, en présence de la Secrétaire d’Etat,  Christelle Dubos a signé avec les sept ordres de professionnels de santé, une charte pour encourager  le parcours de vaccination ». Et Mme Buzyn de se féliciter des engagements ordinaux dans la promotion de la vaccination se ses membres : la « Charte » a été signée par  les Ordres des sages-femmes, des pharmaciens, des masseurs- kinésithérapeutes, des médecins, des infirmiers, des chirurgiens-dentistes et des pédicures-podologues.

Cet événement coïncide avec le lancement de la traditionnelle campagne d’information sur la vaccination contre la grippe. Et il fut l’occasion de rappeler quelques truismes :  que les professionnels de santé, qu’ils exercent en établissement ou en libéral, sont des personnes de confiance ; qu’ au contact quotidien des patients et plus largement des citoyens, ils ont un rôle majeur dans la vaccination ; qu’en se faisant vacciner, ils se protègent et protègent les autres, en particulier les plus fragiles ou ceux qui ne peuvent se faire vacciner ; que la promotion de la vaccination des professionnels de santé participe à l’enjeu de santé publique majeur que représente la lutte contre les maladies infectieuses.

Quoi de nouveau sous le soleil automnal 2018 ?  Une « Charte déclinée en six engagements ». Tous les « professionnels de santé français devront désormais « se faire vacciner », « diffuser les informations et bonnes pratiques sur la vaccination », « soutenir les initiatives locales en faveur de la vaccination », « encourager les partenariats entre tous les acteurs de la vaccination », et  « réaffirmer l’importance de la vaccination contre la grippe des professionnels de santé et de leurs collaborateurs ».

Aucune place n’est laissée ici au doute quant à la réelle efficacité d’une telle mesure. Mais aucune sanction ordinale ne semble prévue pour les nombreux soignants récalcitrants : en France, le taux de couverture vaccinale n’est que de 26 % chez l’ensemble des professionnels de santé.

 « C’est un enjeu déontologique, a encore déclaré Agnès Buzyn devant les journalistes. Se vacciner en tant que professionnel de santé, c’est d’abord protéger les sujets les plus vulnérables. Le premier devoir d’un professionnel de santé, c’est de ne pas faire de mal. En se faisant vacciner eux même, non seulement les professionnels de santé montrent l’exemple, mais surtout, ils protègent leurs patients. Leur engagement est primordial et je le salue. »

Contraindre ?

L’un des devoirs des ministres en charge de la santé publique est-il d’être efficace ? Le choix d’Agnès Buzyn d’emprunter la voie des Sept Ordres et d’en appeler à la déontologie le sera-t-elle ? On se souvient que l’an dernier la même ministre avait tenu des propos équivalents :

« J’enjoins les professionnels de santé à adopter une conduite exemplaire, je sais que je peux compter sur eux. Je souhaite en premier lieu insister sur la nécessité que les professionnels de santé donnent l’exemple, notamment pour la vaccination anti-grippale afin de protéger les patients et participer à rendre la confiance, a-t-elle répété aux soignants présents aux ‘’Entretiens de Bichat’’.  Vous êtes en première ligne au contact quotidien des patients. Vous jouez à ce titre un rôle primordial. »

 La ministre « souhaite » donc toujours que les soignants se fassent vacciner contre la grippe ? Que ne les contraint-elle pas ? Le sujet avait été abordé lors d’une conférence de presse, en janvier 2017, par le Pr Benoît Vallet, alors Directeur Général de la Santé 1.  L’Etat français peut contraindre les soignants à se faire vacciner, au nom de la santé publique et dans leur propre intérêt.

Cette obligation existe déjà aujourd’hui pour un certain nombre de vaccinations, comme celle contre l’hépatite virale de type B. Mais bien que prévue par l’article L. 3111-4 comme une obligation vaccinale pour les professionnels de santé, l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure toutefois fortement recommandée pour les professionnels concernés, en particulier pour les protéger des grippes saisonnières. »

Le décret suspensif du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé et des Solidarités d’un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin.  Pendant cinq ans Marisol Touraine n’avait pas jugé bon d’abroger ce décret. Il en va donc de même pour celle qui lui a succédé.

A demain

1 « Il faut obliger tous les soignants à se faire vacciner contre la grippe » Slate.fr, 12 janvier 2017

Journalisme et vérité : faut-il exécuter celles et ceux qui créent de l’anxiété généralisée ?

Bonjour

Le premier qui ne dira pas la vérité vraie devra être exécuté. Didier Raoult, 66 ans, est un biologiste, professeur de microbiologie, spécialiste des maladies infectieuses et des virus atypiques. C’est aussi un invité régulier de l’hebdomadaire généraliste Le Point – il y signe des chroniques acidulées tendant généralement à bousculer les priorités médiatiques sur des sujets aux frontières de ses compétences scientifiques.

Aujourd’hui la chronique du Pr Raoult est intitulée «  Et si on lançait un délit de création d’anxiété ». C’est une mise en abyme qui ne cite pas clairement sa cible prioritaire : une petite catégorie de journalistes, ceux qui jouent (ou relaient) les lanceurs d’alerte – des lanceurs systématiques ne hiérarchisant jamais ou presque leurs lancements. Face à eux, et au vu de leurs méfaits, le Pr Raoult juge que le moment est venu de créer un nouveau délit en France, « pays qui doute de lui-même et qui consomme énormément d’anxiolytiques ». Ecoutons un instant ce biologiste se piquant de journalisme et de justice.

« L’angoisse et l’anxiété tuent. Dans les pays développés, les causes de mortalité qui augmentent, et plus particulièrement aux Etats-Unis dans la population d’origine européenne, ce sont les suicides et la consommation excessive de dérivés d’opium pour calmer les douleurs et les inquiétudes. La France est l’un des pays qui consomment le plus d’anxiolytiques. L’alcool est partiellement utilisé aussi pour calmer les angoisses. Notre société est terriblement anxiogène. Les peurs maniées par les puritains et par une certaine presse (sic) ajoutent à l’angoisse généralisée. Certains ont tellement été marqués par ces peurs et par les notions de l’absence de seuil à l’exposition, comme pour l’amiante, qu’ils ont porté plainte maintenant pour délit de création d’anxiété. Pourtant le risque de contracter un cancer en passant dans une pièce où il y a de l’amiante à cause de cette exposition est nul. Je pense que ce délit, pour être nouveau, devrait effectivement faire l’objet d’une loi. »

 Ravages médiatiques écologiques

Il explique encore que tous les jours, de « fausses alertes », propagées par des « scientifiques approximatifs », des angoisses écologiques, ou des peurs d’épidémies, ont leur lot d’inquiétudes propagées à la vitesse d’Internet, sans jamais recevoir de vérification. « Dans mon monde, qui est celui des maladies infectieuses, les différentes ‘’crises’’ concernant le bioterrorisme, la maladie de la vache folle, les deux grippes aviaires, le chikungunya et Ebola ont fait, dans notre pays, moins de dix morts en l’espace de vingt ans » précise-t-il.

« Tous les jours, nous lisons comme étant des certitudes que l’ensemble des pesticides ou herbicides qui nous sont proposés constituent des dangers reconnus par tout le monde, mais cela est faux, ceci représente une partie de l’opinion, et certainement pas celle des scientifiques les plus rigoureux (…) qui, pour l’instant, ne considère pas le bisphénol comme étant toxique ni le glyphosate comme étant cancérigène, et l’influence des lobbys chimiques dans ce domaine semble bien moins forte que celle de la peur écologique. »

Le Pr Raoult connaît bien les corrélations entre la peur et les audiences médiatiques. En 2015 ce microbiologiste atypique avait publié un livre sur ce thème :  « Votre Santé Tous les mensonges qu’on vous raconte », Michel Lafon). C’était à l’époque de la sortie d’un ouvrage de deux de ses collègues, les Prs François Bricaire et Jean-Philippe Derenne, « Pandémie : la grande menace de la grippe aviaire » (Editions Fayard)

Aujourd’hui, nouvelle étape dans ce chemin de croix : « créer une loi pour poursuivre ceux qui ont suscité une angoisse caractérisée sans avoir les éléments pour pouvoir le faire ». Qui le suivra ?

A demain

 

Brigitte Macron et Félix Fénéon – les écrits du passé aideront-ils à sublimer le tweeter ?

Bonjour

Modeste et trop long hommage à l’immense Félix Fénéon 1 – lui qui eût pu inspirer l’univers du tweeter.

« Brigitte Macron, très engagée dans le domaine du handicap, vient de visiter le nouveau site d’assemblage d’autotest VIH® à Villiers-le-Bel. L’autotest VIH® « Made in France » est assemblé par des travailleurs handicapés de l’ADEP (Association de Défense et d’Entraide des Personnes handicapées).

 AAZ, PME française concepteur et fabricant d’autotest VIH®, avait sollicité en mai dernier le cabinet de Brigitte Macron. Elle.il se félicite.nt de sa venue ce jour pour mettre en lumière: le travail de cent-trente personnes handicapées, le « Made in France »,la lutte contre le VIH. »

 Fénéon aurait-il eu recours aux liens hypertextes ? Ces derniers ruinent-ils les vertus de l’ellipse ? L’humour écrit d’aujourd’hui est-il encore de la même veine que celui du siècle passé ? Ce sont là quelques questions posées aux spécialistes de l’œuvre de  Fénéon, anarchiste prophétique.

A demain

1 Fénéon F. Nouvelles en trois lignes. Editions Macula

 

 

Religions anti-vaccinations : fatwa indonésienne, Fraternité Saint-Pie-X et anthroposophie

Bonjour

C’est une information du quotidien indonésien Kompas relayée par Courrier International : « Dans le plus grand pays le plus musulman du monde, une fatwa évoquant des « extraits de porcs » dans un vaccin porte un coup à la campagne de vaccination contre la rougeole ».

La fatwa a été publiée le 20 août 2018 par le Conseil des oulémas indonésiens (MUI). Elle se fonde sur l’information selon laquelle le vaccin protégeant de la rougeole et de la rubéole produit par le Serum Institute of India contient des extraits de porc et qu’il est, de ce fait, haram”. 

Dès le paragraphe suivant, précise le journal de Jakarta, « le MUI note qu’il a toutefois décidé, dans l’attente d’un vaccin alternatif halal, d’autoriser l’utilisation de ce vaccin dans la campagne d’immunisation de 31,9 millions d’enfants par le gouvernement indonésien, étant donnée l’urgence de la situation sanitaire ».

Comment comprendre ? « Cette fatwa est de fait une déclaration de soutien du Conseil des oulémas à la campagne de vaccination contre la rougeole et la rubéole », affirme Arifianto, un pédiatre de Jakarta, auteur d’un ouvrage sur la vaccination. Courrier International :

 « Mais le mal est fait, se désole le quotidien national. Dans le pays qui abrite la plus grand population musulmane, beaucoup de citoyens n’ont lu que le premier paragraphe de la fatwa et l’ont fait circuler sur les réseaux sociaux. De nombreux parents refusent désormais que des extraits de porc soient injectés à leurs enfants. Kompas rappelle que selon les chiffres fournis en 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Indonésie est le dixième pays au monde dans le triste palmarès des pays où la population souffre le plus de la rougeole. »

Miviludes

Retour en France où, on le sait, les autorités sanitaires observent une recrudescence de la rougeole (plus de 2500 cas depuis novembre 2017. C’est une étude originale et passionnante publiée dans le cadre du rapport annuel de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) (pages 115-138) et heureusement citée par Le Monde. Elle est signée par Lucie Guimier, docteure en géopolitique (Institut français de géopolitique, Université Paris 8). Mme Guimier a travaillé sur la dernière grande épidémie de rougeole, entre 2008 et 2012 et démontre que l’obligation vaccinale est peu respectée au sein de certains groupes religieux et de certaines communautés spirituelles.

Ce refus serait tout particulièrement fort au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X ; le site de cette dernière comptabilise une soixantaine d’écoles « catholiques de tradition » en France. En cartographiant les données épidémiques de la rougeole à partir des données de Santé publique France, la chercheuse note une propagation de la maladie à partir de ces établissements. Lucie Guimier :

« La dispersion rapide de la rougeole à l’échelle intrafamiliale dans le réseau d’obédience lefebvriste résulte de toute évidence d’une couverture vaccinale insuffisante des enfants de la communauté, des carences possiblement liées aux aspirations spirituelles de leur famille ».

Esotérisme et parts de marché

Autre type d’établissements étudié par Mme Guimier : les écoles Steiner-Waldorf et leur doctrine fondatrice, l’anthroposophie, un mouvement ésotérique créé au début du XXe siècle.

 « Sous l’effet de l’expansion du mouvement anthroposophique ces dernières années, de nombreuses études (…) menées après l’apparition d’épidémies de maladies prévisibles par la vaccination ont mis en évidence que les parents adeptes de ce courant de pensée sont moins enclins que les autres à vacciner leurs enfants. »

Extraits de la conclusion de l’étude :

« (…), la défiance vaccinale que l’on observe aujourd’hui est devenue « virale », facilitée par la démocratisation d’Internet et la mise en réseaux des mouvements complotistes ou des groupes opposés à toute vaccination par principe. Lorsqu’elle agit dans un groupe social, l’assimilation de la vaccination comme étant un danger se fait le plus souvent au nom de la défense des libertés individuelles, argument contre lequel il est délicat de se défendre. L’invocation du complot étatique ou des laboratoires pharmaceutiques est également fréquente dans les milieux réfractaires à la vaccination, qui mêlent dans leur discours des éléments véridiques à des arguments non fondés scientifiquement.

« Au terme de cette réflexion, la vaccination apparaît ainsi être en lien avec des idéologies dont des mouvements de nature sectaire peuvent se servir pour gagner des parts de marché. Face à l’idée aujourd’hui répandue que toutes les données disponibles se valent, de l’information scientifique aux « faits alternatifs», la question se pose de savoir comment renforcer la vigilance, notamment pour défendre le symbole que représente la politique vaccinale dans la construction du projet national de santé publique.

«  Internet doit bien sûr être investi par les autorités de santé publique et les scientifiques pour faire la transparence sur les interrogations qui entourent les vaccins. Enfin, il est nécessaire que les principales institutions de l’État soient vigilantes à la propagation de théories et pratiques vaccino-sceptiques en leur sein, comme par exemple à l’école publique, lieu de socialisation et de promotion du vivre-ensemble par excellence. »

A demain

1 Courrier International présente ainsi Kompas (http://kompas.com):

« Fondé en 1965 pour s’opposer à la presse communiste, écrit en indonésien, “Boussole” est le plus grand quotidien national, la référence, avec des enquêtes de fond sur des faits de société et des reportages sur les îles “extérieures”, indonésiennes mais souvent oubliées par le centre, Java.

« Au cours des premières années, beaucoup virent dans ce titre la contraction de “Komando Pastor” (“commando des curés”). Pendant les trente-deux ans de l’ordre nouveau, le régime du général Suharto, “Kompas” prit rarement de risques dans le traitement de ses informations, sous la surveillance du pouvoir. Toutefois, il ouvrait régulièrement ses pages aux intellectuels du pays, devenant alors une tribune où s’exprimaient des idées courageuses, ce qu’il est toujours. »

 

Pourquoi les jeunes homosexuels se feraient-ils vacciner gratuitement avec Gardasil 9® ?

Bonjour

Il aura donc fallu plus de deux ans entre l’autorisation et le remboursement. La multinationale MSD Vaccins annonce la publication au Journal Officiel de ce 7 août de la prise en charge – 135,68€ la dose, taux de remboursement de 65% – du  Gardasil 9® ; « premier vaccin nonavalent indiqué dans la prévention des cancers ano-génitaux et autres maladies causés par les 9 types de papillomavirus humains (HPV) ». Ce vaccin sera dans l’ensemble des pharmacies d’officine d’ici fin août. Et une conférence de presse organisée le 4 septembre à Paris tentera de booster l’affaire.

« Cette mise à disposition fait suite à la recommandation rendue par le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) le 10 février 2017 d’initier la vaccination par Gardasil® 9 en population générale chez les jeunes filles et les jeunes femmes, souligne MSD. Rappelons qu’en France, ~12 nouveaux cas de cancers ano-génitaux liés au HPV sont diagnostiqués chaque jour chez les femmes et les hommes, soit ~4600 nouveaux cas chaque année »

Depuis plus de dix ans la vaccination contre les HPV est, en France, officiellement recommandée avec le Gardasil quadrivalent chez les jeunes filles et les jeunes femmes. Objectif principal : réduire à terme l’incidence du cancer du col de l’utérus. En 2016, la vaccination avec le Gardasil® quadrivalent a été étendue aux hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH) – avant l’âge de 26 ans et dans le but de réduire l’incidence des lésions précancéreuses et des cancers anaux. Pour le HCSP cette stratégie (par ailleurs controversée) « n’a pas lieu d’être modifiée par la mise à disposition du vaccin Gardasil 9 ®. »

Sexualité, risques et statistiques

Dans le même temps le HCSP n’ignore pas les « réticences à la vaccination contre le HPV » chez les jeunes filles et les « hésitations vaccinales ». Il rappelle que la couverture vaccinale HPV est en constante baisse depuis 2010 et qu’elle se situait, en 2015, sous la barre des 14 % (pour un schéma vaccinal complet). C’est dire l’ampleur de l’échec d’une politique qui visait à l’éradication.

« La faible couverture vaccinale est liée à une hésitation vaccinale incluant une défiance à l’égard de cette vaccination de la part des parents et à une trop faible proposition par les professionnels de santé. Les professionnels rencontrent des difficultés à faire accepter la vaccination aux jeunes filles et aux parents réticents. »

Pour les hommes avant des relations sexuelles avec des hommes, le Haut Conseil recommande qu’un accès au vaccin HPV soit proposé dans les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (Cegidd) et dans les centres publics de vaccination. Il ajoute : « Le bénéfice de cette vaccination sera d’autant plus important que le début de l’activité sexuelle sera récent et que le nombre de partenaires passés sera faible ».  Où l’on voit que la sexualité et ses risques sont, eux aussi, une question de statistique.

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Sida : l’IGAS accuse le ministère de la santé de contaminations qui auraient pu être évitées

Bonjour

Reprenons. Hier Le Monde faisait état de l’existence d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) – document qu’il « s’était procuré ». Un rapport laissant entendre qu’« entre 1 666 et 4 000 » contaminations par le VIH auraient été évitées si l’Agence nationale de sécurité du médicament avait autorisé plus vite, en prévention, un médicament commercialisé sous le nom de Truvada® .

Le Monde rappelait que ce rapport résultait de la mission mandatée le 15 mars 2017 par Marisol Touraine, alors la ministre de la Santé – une mission qui fut confiée à deux inspecteurs de la prestigieuse institutions – deux « historiques » (MM. Gilles Duhamel et Aquilino Morelle) dont on aurait pu, dans un autre monde, imaginer qu’ils se seraient déportés. Ce qu’ils n’ont pas fait.

Hier ce document n’était pas disponible. L’IGAS nous apprend qu’il est aujourd’hui  en ligne : « Evaluation de la recommandation temporaire d’utilisation de TRUVADA ® dans la prophylaxie pré-exposition de l’infection par le VIH : un enseignement pour la santé publique ».

Contaminations évitables

Ce document est accompagné d’un « communiqué de presse » qui soulève quelques graves questions inédites. Que s’est-il passé entre janvier 2016 et mars 2017 sur le front de la prévention de la contamination par le VIH ? A priori rien de scandaleux :

« La mission montre que la mise en œuvre de cette RTU s’est déroulée de façon satisfaisante : en particulier, l’élaboration du protocole, les modalités de suivi médical des personnes et la collecte des données ont été convenablement menées ; en termes financiers, la prise en charge à 100 % de la PrEP, jugée nécessaire, a été mise en place. »

C’est en amont, sur le processus de décision lui-même, que la « mission est plus critique ». Elle souligne la longueur de durée d’instruction de la RTU du TRUVADA® . Selon la mission, « ce délai a entraîné des contaminations qui auraient pu être évitées ». On lira, dans ce communiqué, les recommandations formulées par les auteurs du rapport.

Mais ce même communiqué comporte aussi le passage suivant – un cas sans doute unique au sein d’une maison aussi hermétique que celle de l’IGAS :

« En dépit du caractère très documenté et circonstancié de ce rapport, le ton virulent parfois employé par ses auteurs, ainsi que certains propos excessifs, sont regrettables. L’IGAS en tant qu’institution reste cependant fortement attachée à la transparence de ses travaux ainsi qu’à l’indépendance de ses inspecteurs, gage de l’objectivité et de l’impartialité nécessaires à la conduite des missions d’inspection.

« Ceci ne doit pas affecter la prise en considération des analyses et conclusions du rapport concernant la politique de prévention des transmissions du VIH, l’éventuel élargissement de la PrEP à d’autres populations et le devenir de la procédure de RTU. »

Excès, virulence et regrets

On cherchera donc la « virulence » et les « excès » que la direction de l’IGAS reproche à MM Duhamel et Morelle. Sans doute est-ce en partie dans la liste des éléments qui, « aux yeux de la mission, sont intervenus dans la lenteur de la décision publique » :

« 1 la vision erronée, mais érigée en véritable dogme, selon laquelle le « tout préservatif » devait se suffire à lui-même en matière de prévention ;

2 l’influence excessive des associations de lutte contre le VIH sur la décision publique, ayant abouti à une forme de « cogestion » du système de santé VIH en France ;

3 la sous-estimation collective, conséquence de l’efficacité des ARV et du passage de l’infection par le VIH du statut de maladie mortelle à celui de maladie « chronique », de la gravité persistante de toute contamination par le VIH ;

4 la véritable « dictature » des essais randomisés contrôlés en double aveugle sur le raisonnement médical, et partant, sur les décisions et les stratégies de santé publique, et cela au mépris de données observationnelles pourtant solidement établies ;

5 l’insuffisante prise en compte des données cliniques existantes par les médecins du secteur, principalement dans l’attente des résultats de l’essai IPERGAY mené par l’Agence nationale de recherche sur le SIDA et les hépatites (ANRS) ;

6 la faiblesse persistante de la santé publique en France, et singulièrement celle de l’administration sanitaire. »

On notera aussi, in fine, ce terrible réquisitoire rédigé par de bons connaisseurs du ministère :

« A cet égard, le contraste entre la réaction remarquable -rapide et pragmatique- qui fut celle de la DGS en 1995-1996 en matière de PEP et son manque d’anticipation action dans le cas de la PrEP est navrant. La DGS n’a pas correctement anticipé les évolutions en termes de prévention de l’infection par le VIH que la chimio-prophylaxie allait susciter. »

« Ce constat est d’autant plus regrettable qu’en l’occurrence, avec le dossier PrEP, elle n’avait pas à traiter la procédure administrative de la RTU –relevant de l’ANSM- et aurait pu, par conséquent, se concentrer sur la stratégie sanitaire, qui représente précisément l’essentiel de sa mission. En réalité, la DGS se trouvait dans l’impossibilité de le faire parce qu’elle connaît toujours, en dépit des réformes successives qui l’ont concernée depuis plus de 20 ans, un déficit –quantitatif et qualitatifde compétences et d’expertises qui continue à la pénaliser. Les cinq anciens directeurs généraux de la Santé que la mission a pu rencontrer ont souscrit de manière univoque à ce constat.

Cette faiblesse explique que, dans le domaine de la politique de prévention et de lutte contre le VIH/SIDA, elle ait, progressivement, renoncé à cette mission et ait adopté une attitude suiviste, en particulier par rapport à une institution puissante, elle, et dotée des moyens intellectuels et humains de sa mission : l’ANRS. »

Pour le dire autrement le feu est bel et bien déclaré au sein du ministère des Solidarités et de la Santé. On attend le nom du chef des pompiers.

A demain

 

 

Bordeaux, juillet 2018 : une troisième mort due à la rougeole ; les anti-vaccinaux ne pipent mot

Bonjour

Communiqué de presse daté du 6 juillet et signé de l’Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine : « L’ARS a été informée par le CHU de Bordeaux du décès d’une jeune fille de 17 ans des suites de complications neurologiques provoquées par la rougeole. C’est le deuxième décès causé par cette maladie en Nouvelle-Aquitaine et le troisième en France depuis novembre 2017. L’ARS partage la douleur de la famille face à ce drame et poursuit ses efforts pour que la population vérifie sa vaccination ».

Aucune autre information médicale sur ce cas. Pourquoi ? Depuis le 6 novembre 2017 en Nouvelle-Aquitaine, 1 096 cas de rougeole ont été confirmés (2 567 en France), un cas sur quatre a nécessité une hospitalisation, douze patients ont été transférés en réanimation et deux  sont décédés (trois en France). Près de 90% de ces cas n’étaient pas ou insuffisamment vaccinés.

« Il  n’existe malheureusement pas de traitement pour soigner cette maladie, rappelle l’ARS. En revanche, il existe un vaccin qui a prouvé son efficacité pour limiter sa propagation et éviter des conséquences graves. Il est donc important de vérifier votre statut vaccinal car seule la vaccination peut vous protéger, mais aussi protéger les autres, notamment les personnes les plus fragiles comme les enfants de moins d’un an et les personnes immunodéprimées ne pouvant pas bénéficier de la vaccination. »

Aluminium

Que dire de plus ? Que l’objectif des autorités sanitaires est d’atteindre, comme le recommande l’Organisation mondiale de la santé, 95 % de couverture vaccinale dans la population générale. Or, cette couverture (incluant la seconde dose de vaccin, qui garantit l’immunité) varie en fonction des départements entre 62 % et 88 %.

On sait aussi que le gouvernement français a choisi la méthode forte pour renforcer la couverture vaccinale. C’est ainsi que tous les enfants nés depuis le 1er janvier 2018 doivent obligatoirement recevoir onze vaccins, dont le « ROR » (rougeole-oreillons-rubéole). Une mesure dénoncée par celles et ceux qui, pour mille et une raisons, sont opposés à tout ou partie des vaccinations. Y compris celle qui protège contre la rougeole.

Une maladie virale qui peut tuer. Comme en France, en ce début du mois de juillet.

A demain