Le nouveau virus chinois vient d'atteindre Pékin. Désormais les dés épidémiques sont jetés

Bonjour

Nouveaux chiffres (officiels) sur le nouveau front épidémique asiatique. A la veille du Nouvel An chinois et de ses innombrables mouvements de population (en Chine et à l’étranger) l’inquiétude planétaire ne cesse de grandir. Le gouvernement chinois a annoncé, lundi 20 janvier, un troisième mort et près de 140 nouveaux cas du nouveau coronarovirus, analogue à celui responsable du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui était apparu en 2002-2003.

Nouveau bilan : 201 cas diagnostiqués, dont 170 patients toujours hospitalisés. Neuf d’entre eux sont dans un état critique, d’après les autorités sanitaires de la ville de Wuhan (centre de la Chine) où le virus a fait son apparition et où 136 nouveaux cas ont été répertoriés ces deux derniers jours. S’y ajoutent deux nouveaux cas à Pékin, pour la première fois depuis la découverte de ce virus, et un dans la province méridionale du Guangdong.

Ni hasard, ni fatalité

« Les deux cas dans la capitale concernent des personnes qui s’étaient rendues à Wuhan et qui, dans un état stable, sont traitées pour une pneumonie, d’après les autorités du district de Daxing, sud de Pékin, résume l’AFP. Dans le Guangdong, le patient, un homme de 66 ans, avait également rendu visite à des proches à Wuhan, d’après les autorités sanitaires régionales. Hors de Chine, deux cas ont été signalés en Thaïlande et un au Japon. Ces trois patients avaient voyagé à Wuhan. La Thaïlande a renforcé les contrôles dans ses aéroports à l’approche de cette période où le pays attend plus de 1 300 voyageurs par jour en provenance du Wuhan. »

C’est dans ce contexte que les autorités sanitaires chinoises sont accusées de ne pas dire (ou de ne pas connaître) la vérité épidémiologique. Où l’on comprend, désormais, que la dynamique virale étant ce qu’elle est, les dés épidémiques sont jetés. Pour autant, ni hasard ni fatalité : il reste à surveiller au plus près pour prévenir au mieux.

A demain @jynau

PS : Le président chinois Xi Jinping a, le 20 janvier, donné le signal d’une mobilisation du pays pour enrayer «résolument» la propagation du nouveau virus qui a fait trois morts dans le pays depuis décembre et a commencé à contaminer les Etats voisins. Selon la télévision nationale, le numéro un chinois «a donné pour importante instruction à propos de l’épidémie de pneumonie causée par un nouveau coronavirus (…) que la propagation de l’épidémie soit résolument enrayée».

La «radicalisation» : qui nous dira de quoi elle peut bien, aujourd'hui être, ou non, le nom ?

Bonjour

19 janvier 2020. Une du Parisien : « L’inquiétante radicalisation ». Où l’on revient, notamment, sur l’affaire de l’ « exfiltration » d’Emmanuel Macron d’un théâtre parisien. Où l’on en vient, aussi, à s’interroger sur le symptôme que constitue le recours de plus en plus fréquent à ce mot dans les sphéres médiatiques et politiques. Brefs extraits de la richesse de la langue française :

« Radicalisation » : Rendre radical, intransigeant. « Mais dans les grandes crises, à l’occasion d’une épreuve qui me radicalise, en face d’une situation bouleversante qui m’attaque dans mes raisons dernières » (Ricœur, Philos. volonté, 1949, p. 71).

« Les marxistes purs comptent sur les militants − c’est-à-dire sur une action consciente et concertée − pour radicaliser les masses et susciter en elles cette conscience [de classe] » (Sartre, Sit. III, 1949, p. 195). Devenir plus extrême. « Le collectiviste se radicalisera » (Clemenceau, Iniquité, 1899, p. 362). Les antagonismes sociaux se sont radicalisés depuis mai 68 » (La Croix, 13 mai 1973ds Gilb. 1980).

Action de (se) radicaliser; résultat de cette action. « On a raison de remarquer que ce n’est pas la plus grande misère qui fait les révolutionnaires les plus conscients, mais on oublie de se demander pourquoi un retour de prospérité entraîne souvent une radicalisation des masses » (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception, 1945, p. 509)

« La lutte contre la structure autoritaire de l’Université est et doit être une lutte radicale: elle peut provoquer une radicalisation du climat social général » (Le Nouvel Observateur, 27 mai 1968).

Mais encore ?

Que serait la radicalisation sans  « Radical » : Relatif à la racine, à l’essence de quelque chose. «  [La couleur vraiequi donne le sentiment de l’épaisseur et celui de la différence radicale qui doit distinguer un objet d’un autre » (Delacroix, Journal, 1854, p. 177).« Plaçons-nous à l’origine radicale des choses, c’est-à-dire en Dieu » (Hamelin, Élém. princ. représ., 1907, p. 26).

Qui a une action décisive sur les causes profondes d’un phénomène. « Sans savoir le remède à vos accès de spleen, je voudrais pouvoir le trouver. Mais il n’y en a pas de radical en ce monde: nous sommes tous tristes ou soucieux plus ou moins » (Sand, Corresp., t. 4, 1856, p. 89).

« La cure radicale consistant dans la suppression de la plaie chancrelleuse » (Demanche ds Nouv. Traité Méd.fasc. 5, 1 1924, p. 20).« Ransdoc annonçait une collecte de huit mille rats environ et l’anxiété était à son comble dans la ville. On demandait des mesures radicales, on accusait les autorités » (Camus, Peste, 1947, p. 1228).

Qui va jusqu’au bout de chacune des conséquences impliquées par le choix initial. « Le scepticisme d’Henry était un scepticisme naïf et actif, celui de Jules était plus radical et plus raisonné » (Flaub., 1reÉduc. sent., 1845, p. 268)

Qui appartient à, se développe près de la racine d’un végétal. « La partie verticale de la plante germant se couvre à un certain niveau de poils radicaux » (Plantefol, Bot. et biol. végét., t. 1, 1931, p. 147)

Sans oublier, pour finir:

« Parti radical » : parti politique français fondé en 1901 et mis en sommeil en 2017. Officiellement intitulé Parti républicain, radical et radical-socialiste, il est également appelé Parti radical valoisien à la suite de la scission de 1972, et abrégé en PRRRS, RAD, PR ou PRV, voire, selon une abréviation populaire, rad-soc. D’abord classé à l’extrême gauche de l’échiquier politique, il s’oriente progressivement vers le centre droit.

A demain @jynau

Marchandisation de l'humain et «malédiction»: nouvelles alertes à l’adresse du législateur

Bonjour

Peut-on, aujourd’hui en France, donner de la voix, s’exprimer publiquement, sans défiler ? Deux jours avant l’examen au Sénat du projet de loi bioéthique (qui prévoit l’extension « à toutes les femmes » de l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA), les opposants devaient à nouveau se retrouver dans les rues de Paris le dimanche 19 janvier.

Le cortège devait « s’élancer » à partir de 13 heures de la place de la Résistance (7e arrondissement), en bord de Seine, pour rejoindre la place de l’Opéra. La présidente de la Manif pour tous, Ludovine de la Rochère, se veut « optimiste » : « Je pense que ce sera une manifestation très importante avec un public très conscient des enjeux derrière la loi bioéthique. » En est-elle si certaine ?  Le collectif « Marchons Enfants ! », qui réunit vingt-deux associations (dont La Manif pour tous), espère mobiliser au moins autant que lors de la précédente manifestation du 6 octobre dernier. Ce jour-là, rappelle l’AFP, 74 500 personnes avaient défilé dans les rues de la capitale (comptage du cabinet indépendant Occurrence pour un « collectif de médias »). Les organisateurs annonçaient … 600 000 manifestants et la préfecture de police de Paris avançait le chiffre de … 42 000.

Les opposants à la « PMA pour toutes » espèrent réaliser une démonstration de force avant l’examen mardi 21 janvier, au Sénat, du projet de loi bioéthique, déjà voté en première lecture par l’Assemblée nationale. Les sénateurs, réunis en commission spéciale, ont déjà adopté le 8 janvier le texte, dont l’article sur la PMA – et ce en dépit  de l’hostilité d’une partie de la droite, majoritaire au palais du Luxembourg. Malgré un processus législatif bien engagé, les associations gardent espoir. Le médecin et archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit a il y a quelques jours qualifié de « monstrueux » le fait d’« infliger volontairement [l’absence d’un père] ». Et François-Xavier Bellamy, sur les ondes dominicales et laïques de France Inter, maintient sa prophétie sur la « malédiction ».

« Disqualifier les catholiques parce qu’ils sont catholiques »

Peut-on, aujourd’hui en France, donner de la voix, s’exprimer publiquement, sans avoir recours aux médias généralistes ?   Une nouvelle fois, dans le silence de la gauche, Sylviane Agacinski, philosophe et féministe, alerte sur la marchandisation progressive du vivant qu’entrainerait l’adoption du projet de loi bioéthique .C’est à lire dans Le Figaro (Guyonne de Montjou).   Elle nous dit son  « impression de scandale doublée d’une perte de confiance». Selo elle « les puissances de l’argent et les intérêts particuliers sont en train de triompher de la justice. »  La philosophe est selon Le Figaro, l’une des rares figure à gauche « qui conteste l’inéluctabilité du progrès et alerte sur la marchandisation progressive du vivant depuis deux décennies ».

 «Les sénateurs et députés sont soit indifférents, soit inconscients, soit lâches. Oui, les parlementaires ne prennent pas conscience des conséquences de leur passivité. Ils peinent à aller à rebours d’un mouvement qui se dit soi-disant progressiste, craignant d’être traités de réacs ou d’homophobes. Qu’ils se réveillent! Contrairement à ces militants actifs qui servent des intérêts particuliers, les défenseurs de la justice s’attachent à l’éthique et aux principes fondamentaux du droit.» 

«La seule position décente que devrait avoir notre pays serait de travailler à l’abolition pure et simple de la GPA dans le monde. Au lieu de cela, les juges de la CEDH et de la Cour de cassation traitent au cas par cas la transcription des états civils des enfants nés de mères porteuses à l’étranger et admettent ceux qui désignent deux pères comme parents de l’enfant. L’intention et l’argent fondent la filiation. Nous touchons à la distinction fondamentale qui devrait être faite entre une personne et une choseSi les enfants ou les mères porteuses deviennent des marchandises qu’on peut en partie acheter, alors un des piliers du droit s’effondre. Ce qui me choque aujourd’hui, c’est que règne une certaine terreur intellectuelle qui disqualifie les catholiques parce qu’ils sont catholiques.» 

Dans son dernier « manifeste – Tract » 1  elle souligne que «s’évader de son corps ou en acquérir un autre est une question qui hante l’humanité. Nous adoptons le vocabulaire et la logique des instituts technologiques de reproduction humaine californiens qui font que l’enfant n’est plus conçu comme un être engendré mais fabriqué.» Où l’on retrouve, là encore, un peu de la novlangue d’Orwell.

Ce risque de marchandisation de l’humain est également dénoncé par Dominique Bourg, philosophe professeur à l’université de Lausanne et tête de liste d’Urgence écologie aux européennes de 2019, qui s’inquiète tout particulièrement de la levée de l’interdiction des embryons transgéniques et chimères. Il s’était exprimé dans Le Monde. Il le fait aussi dans La Vie. (Marie-Armelle Christien). « Avec cette méthode Crispr-Cas9, qui serait permise par la loi et qu’on a déjà sur les OGM, il y a une ouverture par principe à la technique. Et ceci, afin de ne pas perdre de marché potentiel. Ne pas perdre de marché, c’est la posture d’Emmanuel Macron. Mais chaque nouveau progrès technique, en général, approfondit les inégalités entre les individus. La manipulation des embryons, elle aussi, approfondit les inégalités entre individus ».

Le philosophe estime que « l’enjeu fondamental (…) c’est la possibilité aberrante de produire un être humain à la demande, selon les fantasmes. Nous assistons à la marchandisation et la technicisation de l’engendrement d’êtres humains, sur une base sans référentiel. (…) On est sorti du médical pour entrer dans la plasticité des êtres humains futurs. Il n’y a plus de référentiel, sinon les fantasmes de tout un chacun, rendus possibles par la logique marchande ». Or, « un marché sans limites n’a pas de sens. Aujourd’hui, nous devons réapprendre les limites qu’on donne au marché ». Nous ne souhaitons pas «  la société froide, abstraite, inégalitaire vers laquelle nous nous dirigeons ».

Qui le souhaite ? Et quand défileront-ils.elles ?

A demain @jynau

1 Agacinski S. L’Homme désincarné. Du corps charnel au corps fabriqué, Gallimard, collection «Tracts».

Nouveau virus pathogène chinois : Pékin dit-il au reste du monde la pleine et entière vérité ?

Bonjour

Officiellement tout va presque mieux dans le meilleur des mondes viraux possible : les leçons du SRAS (2002-2003) ont été tirées et Pékin collabore comme le ferait Paris, Londres ou Berlin. On ne compterait que  45 personnes contaminées par un nouveau virus de la famille du Syndrome respiratoire aigu sévère. Vraiment ? Telle n’est pas la lecture d’un groupe d’experts de l’Imperial College de Londres – par ailleurs collaborateurs de l’OMS : « Estimating the potential total number of novel Coronavirus cases in Wuhan City, China »

Selon eux 1 723 personnes (95% CI: 427 – 4,471) pourraient en fait avoir été contaminées – et ce au vu de l’ensemble des informations disponibles au 12 janvier. Les auteurs, dirigés par le Pr Neil M. Fergusonneil.ferguson@imperial.ac.uk), ont notamment fondé leurs calcul  sur le nombre de cas (officiellement) détectés jusqu’à présent hors de Chine – deux en Thaïlande et un au Japon – pour estimer le nombre des personnes vraisemblablement infectées à Wuhan, capitale de la province du Hubei (centre de la Chine), où la totalité des cas chinois ont été signalés depuis le mois dernier.

Ils ont aussi eu recours à la base de données des vols internationaux au départ de l’aéroport de Wuhan. « Pour que Wuhan ait exporté trois cas vers d’autres pays, il faut qu’il y ait beaucoup plus de cas que ce qui a été annoncé, a expliqué le Pr Ferguson à la BBC . Je suis nettement plus préoccupé que je ne l’étais il y a une semaine. »

On sait que cette nouvelle émergence épidémique alimente les craintes d’une réapparition d’un virus de type SRAS, hautement contagieux et directement transmissible au sein de la communauté humaine. La souche incriminée est d’ores déjà désignée : 2019-nCoV. L’enquête des autorités sanitaires chinoises a permis de déterminer que plusieurs patients contaminés travaillaient sur un marché de Wuhan spécialisé dans la vente en gros de fruits de mer et de poissons.

Un virus incroyable

« En dehors de Chine, les mesures de prévention se multiplient, observe l’AFP. Dernière en date : les Etats-Unis ont annoncé qu’ils allaient commencer à filtrer les vols en provenance de Wuhan à l’aéroport de San Francisco et à l’aéroport John F. Kennedy de New York – où atterrissent des vols directs de Wuhan –, ainsi qu’à celui de Los Angeles, où sont assurées de nombreuses correspondances. Les passagers seront examinés par les équipes médicales sans pour autant systématiquement soumis à un prélèvement. »

La Thaïlande, où deux cas ont été recensés, a également renforcé les contrôles dans ses aéroports à l’approche des festivités du Nouvel An lunaire (25 janvier), une période qui suscite des inquiétudes quant à une éventuelle propagation du virus. A cette occasion, des centaines de millions de Chinois empruntent bus, trains et avions pour aller passer les fêtes en famille. Beaucoup partent également en vacances en Asie du Sud-Est. Les autorités de Hongkong ont elles aussi renforcé leurs mesures de contrôle aux frontières du territoire autonome, notamment avec des détecteurs de température corporelle.

Et en France ? La Direction générale de la Santé précise que tout patient présentant des signes respiratoires infectieux et « ayant séjourné dans la ville de Wuhan dans les 14 jours précédant le début des signes cliniques » doit en effet faire l’objet d’un signalement (contacter le SAMU-Centre 15 en cas de doute). Toute prise en charge d’un cas suspect doit « s’accompagner de la mise en place de protection chez le patient (masque chirurgical) et le professionnel de santé (masque, lunettes et hygiène des mains) ».

Pour l’heure, les déplacements en Chine ne font l’objet d’aucune restriction, mais le sujet est largement commenté sur le réseau social Weibo. « Ce virus est incroyable, il peut aller à l’étranger mais rester confiné » à Wuhan, ironisait un internaute cité par l’AFP pendant que certains soupçonnaient les autorités de minimiser la gravité de la situation. Le meilleur des mondes viraux possible.

A demain @jynau

L'exfiltration d’Emmanuel Macron et les blouses blanches au sol: radicalisation et symbole

Bonjour

Nuages noirs sur la scène politique et médiatique : nous entrons dans la « radicalisation » des conflits. Ce fut, hier 17 janvier, un événement sans précédent dans l’histoire de la République : un Président « exfiltré » d’une salle de théâtre parisienne – sous les huées des manifestants et la protection rapprochée des forces de l’ordre.

Selon les images diffusées sur les réseaux sociaux, des dizaines de personnes se sont réunies vers 22 heures devant le théâtre des Bouffes du Nord, dans le 10arrondissement de Paris, où le chef de l’Etat assistait, en compagnie de sa femme Brigitte, à une représentation de La Mouche  criant des slogans pour protester contre la réforme des retraites. « Tous ensemble, grève générale » ET « Macron démission », illustraient, comme rapporte Le Monde  « l’impopularité du chef de l’Etat dans une partie de la population ».

Selon le Palais de l’Elysée, c’est le « journaliste militant »  Taha Bouhafs qui a révélé sur les réseaux sociaux la présence d’Emmanuel Macron au théâtre des Bouffes du Nord et incité des militants contre la réforme des retraites à se rassembler devant l’établissement. « Il a été interpellé par les forces de l’ordre et le spectacle a pu se poursuivre », explique-t-on au cabinet présidentiel.

Taha Bouhafs@T_Bouhafs Je suis actuellement au théâtre des bouffes du Nord (Métro La Chapelle) 3 rangées derrière le président de la république. Des militants sont quelque part dans le coin et appelle tout le monde à rappliquer. Quelque chose se prépare… la soirée risque d’être mouvementée.

Le Monde (Cédric Pietralunga et Alexandre Lemarié) précise que le chef de l’Etat est un grand admirateur de l’acteur et metteur en scène belge Christian Hecq, sociétaire de la Comédie-Française, et ne rate aucun de ses spectacles. Il ajoute que cette scène n’est pas sans rappeler celle déjà vécue par Emmanuel Macron le 4 décembre 2018, au Puy-en-Velay quand, « venu en catimini », M. Macron avait dû rapidement s’éclipser sous les huées de la foule, sa voiture ayant même été poursuivie par des manifestants, aux cris de « Démission ! » ou « Ça va vous coûter cher ! ».

La « radicalisation » gagne du terrain. Et le président de la République doit bouleverser son agenda. Le 16 janvier la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa (qui entre en campagne dans le 14arrondissement de Paris pour les municipales de mars) a été elle aussi prise à partie lors d’une réunion publique par un groupe de manifestants. Dès le lendemain elle dénonçait,  sur Radio Classique, une action « très menaçante » et « antidémocratique ». Le ministère de la culture a annoncé l’annulation de la cérémonie des vœux de Franck Riester, qui devait se tenir le 21 janvier à Paris – en raison d’une action que la CGT voulait organiser pendant cet événement pour protester contre la réforme des retraites. 

« A l’Elysée, on veut néanmoins croire qu’il ne s’agit là que d’épiphénomènes et non les prémisses d’une nouvelle mobilisation du type de celle vécue lors de la crise des « gilets jaunes » rapporte Le Monde. Et au ministère de la Santé, parle-t-on d’épiphénomènes ou de prémisses davant ces manifestations à très forte charge symbolique qui montrent des soignants hospitaliers jeter leur blouses blanches au sol pendant les vœux de la direction ?  En moins d’une minute une vidéo dit tout de la colère hospitalière. Comme dans ce texte essentiel que nous évoquions ici même, hier : « L’hôpital, une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme » de Stéphane Velut (Tracts, Gallimard, 3,90 euros).

Largement filmées et diffusées, ces nouvelles actions ont « fait le tour des réseaux sociaux ». Bernard Jomier @BernardJomier Vœux du directeur de l’hôpital St-Louis à Paris. Du jamais vu.

France Bleu Touraine ✔@FBTouraine Lors de la cérémonie des vœux de la nouvelle directrice de l’hôpital de Chinon, Dominique Osu, les personnels ont jeté leurs blouses. Une manière pour eux de mettre en lumière leur mouvement de grève sans gêner les soins des patients.

« Agnès Buzyn ne voit pas l’hôpital s’écrouler »

Une nouvelle fois invité de la matinale de France Inter Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP Martin Hirsch a dit son « émotion » devant ces actions. Au sein de l’AP-HP  environ 250 médecins viennent de se porter « démissionnaires »ont leur nom sur la liste des démissionnaires. Il leur tend la main : « ma porte est ouverte, on est à l’écoute ».

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a elle aussi ouvert sa porte. Pour recevoir, le 17 janvier ce « six représentants des médecins chefs de service démissionnaires désignés par le collectif Inter-hôpitaux ». Communiqué officiel dont le laconisme dit tout du blocage :

« La Ministre a proposé la poursuite d’un dialogue renforcé pour le suivi régulier et collectif des mesures « Investir pour l’hôpital » et pour l’élaboration de nouvelles mesures à venir en soutien de l’hôpital public. La Ministre s’est entretenue avec six représentants des chefs de service et médecins envisageant de se retirer de leurs fonctions administratives.

La Ministre a rappelé que la priorité immédiate est à la mise en œuvre des mesures « Investir pour l’hôpital » et que tout sera fait pour que les soignants et les hôpitaux bénéficient pleinement et rapidement de cet engagement massif et inédit pour l’hôpital public (…) Afin de poursuivre un dialogue régulier avec les professionnels de santé en faveur de l’hôpital public, la Ministre a proposé de construire une démarche de travail commune pour le suivi des mesures et pour préparer un deuxième paquet de mesures pour accélérer le rétablissement de l’hôpital public. »

Amère déception des médecins hospitaliers. « Pour le moment, le compte n’y est pas du tout », et les praticiens membres du collectif vont donc aller « au bout de leur démarche » de grève administrative, a déclaré devant la presse, au sortir de cette rencontre au ministère, l’un de leur porte-parole, le Pr Stéphane Dauger, chef du service de réanimation pédiatrique à l’hôpital Robert Debré, à Paris. Pr Xavier Mariette, chef du service de rhumatologie de l’hôpital Bicêtre : « Agnès Buzyn ne voit pas l’hôpital s’écrouler. »

A demain @jynau

Jacques Testart retrouve José Bové pour dénoncer une humanité génétiquement modifiée

Bonjour

Bloguer c’est, parfois, relayer le contenu des bouteilles lancée dans la mer médiatique. Ainsi cette tribune lancée dans les colonnes du dernier journal vespéral de la capitale : « Nous ne voulons pas d’une humanité génétiquement modifiée ! ». Comme un radeau de la Méduse – esquif essentiel, visible sur tous les écrans mais dont le monde entier se désintéresserait.  Cinq signataires seulement où l’on retrouve l’alliance (moins étonnante qu’il n’y paraît) entre José Bové, éleveur et Jacques Testart, biologiste-essayiste – les deux ici en compagnie de Dominique Bourg, philosophe. Sans oublier Elena Pasca, philosophe, administratrice de la fondation Sciences citoyennes et Michèle Rivasi, députée européenne (EELV).

On attendait Greta Thunberg. Elle n’y est pas. Voici le contenu de leur bouteille :

« La nouvelle loi de bioéthique est en cours d’examen au Sénat. Tandis qu’elle ouvre la PMA aux femmes seules ou en couple, ce texte approfondit en catimini le droit à la modification génétique d’embryons humains à des fins proclamées de recherche. La naissance d’enfants issus de tels embryons, aujourd’hui prohibée, pourrait être la prochaine étape des glissements progressifs validés au fil des ans par le Parlement.

En effet, la loi de bioéthique de 1994 interdisait les expérimentations sur les embryons humains. A partir de 2004, une dérogation était donnée aux chercheurs pouvant prouver qu’ils contribuaient au progrès médical. Puis ce critère a été supprimé en 2013. En octobre 2018, un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST) recommandait que les laboratoires se contentent simplement de déclarer leurs travaux.

L’article 17 de la loi en préparation monte d’un cran dans la possibilité de manipuler l’embryon humain. Il supprime, avec le soutien du gouvernement, l’un des fondements de la bioéthique dans l’actuel code de la santé publique : ‘’La création d’embryons transgéniques ou chimériques est interdite.’’  Il remplace ce texte par : ‘’ La modification d’un embryon humain par adjonction de cellules provenant d’autres espèces est interdite.’’ Pourquoi lever l’interdiction absolue de la transgenèse et des chimères ?

La réponse à cette question porte un nom : Crispr-Cas9.

Cette technique d’édition du génome a récemment bouleversé le monde de la recherche. Elle permet de mettre en œuvre, au niveau de la cellule, des ciseaux génétiques à base de protéines qui font automatiquement muter des séquences d’ADN, sans injection d’ADN extérieur. Les ciseaux génétiques créent des mutations facilement et à un coût dérisoire par rapport aux anciennes techniques. Leur usage pourrait à terme devenir massif dans les laboratoires, même si tous leurs effets biologiques sont loin d’être maîtrisés.

Nous connaissons bien cette technique. Monsanto en possède une licence d’utilisation pour créer des semences génétiquement modifiées. Fin 2018, en Chine, elle a permis la naissance de ‘’bébés OGM’’, censés être immunisés contre le virus du sida, hors de tout cadre légal. Avec la levée de l’interdit chimérique et transgénique, Crispr-Cas9 passerait officiellement de la semence agricole à l’humain. La nouvelle loi pourrait donc ouvrir la voie à l’industrialisation de la modification génétique des embryons humains à une vitesse encore jamais atteinte.

Mais le désastre ne s’arrête pas là. Dans son article 15, la loi autoriserait la fabrication de gamètes artificiels à partir de cellules banales de chaque patient. Potentiellement innombrables, ces gamètes, au génome éventuellement modifié, pourraient créer de très nombreux embryons parmi lesquels on choisirait le plus convenable, sans imposer aux patientes les épreuves liées à la fécondation in vitro. Qui refuserait alors, dans le futur, la promesse d’un bébé « zéro défaut » ?

Le risque est grand d’orienter le génome de notre espèce à la suite de choix d’« amélioration » des enfants partout identiques, sous le prétexte qu’une technique est déjà disponible et qu’il est inutile de l’interdire. Le projet nous semble clairement eugéniste.

Les sénateurs et sénatrices sont par conséquent face à l’enjeu anthropologique de permettre à la technologie de modifier notre espèce de façon irréversible. L’usage des ciseaux génétiques et la possibilité de créer des embryons avec des gamètes artificiels doivent les inciter à revenir sur leurs pas : il faut refuser toute modification génétique des embryons humains ou leur sélection génétique massive. Les parlementaires, loin de faire preuve d’un zèle technophobe quelconque, ne feraient que rejoindre d’autres pays comme l’Allemagne et l’Irlande, qui ont déjà fait ce choix.

La naissance de la brebis Dolly en 1996 avait imposé un interdit mondial aux recherches sur le clonage humain. Mais c’était avant que la compétitivité technologique ne régule la bioéthique… Avec les ciseaux génétiques et la possibilité de créer des gamètes artificiels, la ruine de l’âme frappe aux portes du Parlement. Qui s’y trouvera pour les maintenir closes ? »

Mais qui, en janvier 2020, se souvient de la brebis Dolly, premier mammifère créé par clonage ? Qui comprend une phrase évoquant on ne sait quelle « ruine de l’âme » frappant aux portes d’un Parlement français, laïque et républicain ? Qui oserait raisonnablement imaginer, en l’an de grâce 2020, que les modifications génétiques des plantes et des animaux ne précéderont pas celles de l’humain ? 

A demain @jynau

La ministre des Solidarités et de la Santé est, aussi, en marche vers la mairie de Paris

Bonjour

De même que le tabac et les substances illicites le plein exercice du pouvoir exécutif peut devenir une drogue dure. Docteure en médecine, issue de la « société civile » et soudain devenue ministre macroniste Agnès Buzyn en fournit publiquement, à sa façon, une illustration. « Elle sera en principe la prochaine grande figure à rejoindre la campagne de Benjamin Griveaux pour la Mairie de Paris, nous annonce Le Monde (Denis Cosnard) confirmant une information qui circulait dans les petits milieux généralement bien informés. Après la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, le patron de La République en marche (LRM), Stanislas Guerini, puis  la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, est pressentie pour participer elle aussi à la bataille des municipales à Paris. »

Non, ce ne serait pas à la place de Benjamin Griveaux (comme l’avait publiquement souhaité François Bayrou en octobre 2019) mais en tant que tête de liste du parti présidentiel « dans le très stratégique 15e arrondissement, le plus peuplé et celui qui envoie le plus grand nombre d’élus au conseil municipal. »

 « Elle en a très envie, et c’est en bonne voie », a confirmé au Monde « un responsable du parti ». On se souvient que la ministre ne cachait nullement son envie, il y a peu, de prendre la tête de liste macronienne pour les élections européennes. « Envie », certes, mais est-ce bien politiquement raisonnable ? Comment oublier qu’Agnès Buzyn est aujourd’hui sur des fronts innombrables ? Qu’elle est notamment plus que mobilisée par la crise historique traversée par les hôpitaux français ainsi que par l’inextricable réforme gouvernementales des retraites.

Rien de plus sain que le suffrage universel

Comment pourrait-elle, en marche vers la mairie, ne peut pas donner l’impression d’abandonner ses responsabilités ministérielles ? Mais qu’importe ! « On peut être ministre et mener une rapide campagne, indique-t-on à Matignon. Sinon, ce serait interdire aux membres du gouvernement de se confronter au suffrage universel. Or, le suffrage universel est sain. » 

Il faut ici comprendre que face à une Anne Hidalgo (déjà tenue pour être réélue), le parti du président de la République doit faire preuve d’ingéniosité et d’audace. « Pour maximiser ses chances de succès, Benjamin Griveaux ajuste son offre à la demande. Des personnalités comme Agnès Buzyn pour séduire certains quartiers, des ‘’marcheurs’’ moins connus ailleurs, tels qu’Olivier Rouxel dans le 19e, explique Le Monde. Souvent des candidats de gauche dans les arrondissements de gauche, et des personnalités de droite dans les quartiers aujourd’hui de droite. C’est la version parisienne du fameux ‘’en même temps’’ d’Emmanuel Macron. »

Cumuler, en même temps, les plaisirs d’être ministre et co-maire de Paris ?

A demain @jynau