Retour sur le suicide du Pr Christophe Barrat et l’accusation de violation du secret médical

Bonjour

Qui peut s’autoriser à lever le secret médical ?

C’était le 3 février dernier, un dimanche : le Pr Christophe Barrat, 57 ans, chirurgien, se suicidait On apprenait rapidement, de sources concordantes, qu’il s’était donné la mort par défenestration au sein des locaux de l’hôpital Avicenne (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris). Ce praticien était chef du service de chirurgie bariatrique et métabolique du groupe hospitalier Hôpitaux universitaires Paris Seine-Saint-Denis (Avicenne, Jean-Verdier et René-Muret). Cette fin tragique n’était pas sans rappeler celle du Pr Jean-Louis Mégnien, cardiologue à l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP) – il s’était lui aussi défenestré sur son lieu de travail le 17 décembre 2015. Une mort qui avait rapidement mis en lumière la somme des conflits internes au sein de cet établissement hospitalier réputé. 

Dans le cas du Pr Barrat la polémique prit une autre forme – avec notamment la dénonciation de la « communication désastreuse » de l’AP-HP et l’hypothèse d’une violation du secret médical. Puis l’AP-HP répondit via un communiqué signé Didier FRANDJI, Directeur des Hôpitaux Universitaires Paris Seine Saint Denis; Pr Nathalie CHARNAUX, Directrice et Doyen de la Faculté Santé, médecine et biologie humaine ; Pr Yves COHENPrésident de la Commission médicale d’établissement locale. Extraits :

« Nous regrettons d’avoir à nous exprimer publiquement et de sortir du recueillement plus opportun en cette période de deuil. Toutefois, les circonstances nous obligent à le faire et ce en plein accord avec la famille du Professeur Christophe Barrat, afin d’apporter les précisions suivantes : nous avons fait référence, dans le message diffusé au sein du groupe hospitalier et des instances de l’AP-HP,  à l’état de santé du Professeur Christophe Barrat afin, selon l’expression même de son épouse, « d’apporter un éclairage au geste de son mari ». Nous n’avons donc en rien rompu le secret médical mais avons été autorisés à porter cet élément à la connaissance de  notre communauté selon la  volonté et le plein accord de la seule personne légitime à nous délier de ce secret : son épouse, qui a validé ce message avant qu’il soit diffusé (…) »

Les différentes analyses que nous avions alors sollicitées convergeaient avec la lecture que fait l’Ordre des textes en vigueur : rien ne permettait, en l’espèce, de justifier le non-respect du secret médical. Les spécialistes de déontologie médicale font notamment observer qu’un membre de la famille (en l’espèce l’épouse du chirurgien) ne pouvait en aucun cas délier des médecins du secret professionnel qui s’imposait à eux. Le principe (parfois difficile à comprendre) est qu’il n’existe pas de dérogation, le patient lui-même ne pouvant délier les médecins du secret médical.

Deux courriers évoquant l’état de santé du chirurgien

Dix mois plus tard, l’affaire connaît un nouveau prolongement -rebondissement. Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez) nous apprend que le conseil départemental de l’Ordre des médecins de Paris a, mardi 3 décembre, tenu une séance de conciliation. Entre d’une part le président de la commission médicale d’établissement (CME) de l’hôpital Avicenne et la doyenne de l’UFR de santé, médecine et biologie humaine Paris 13 – et d’autre part la veuve du Pr Christophe Barrat.  Le Pr Yves Cohen et le Pr Nathalie Charnaux sont accusés d’avoir violé le secret médical dans deux courriers évoquant l’état de santé du chirurgien de 57 ans adressés à la communauté hospitalière et à la presse. Les deux médecins font aussi l’objet d’un dépôt de plainte pour le même motif auprès du procureur de la République du TGI de Bobigny – un plainte qui vise également Didier Frandji, directeur d’Avicenne à l’époque des faits, lui aussi signataire des deux courriers.

La plainte ordinale a été déposée le 23 septembre auprès de l’Ordre de Seine-Saint-Denis, tableau où le Pr Barrat était inscrit. Les « ordinaux du 93 » souhaitant éviter tout conflit d’intérêts, la plainte a été délocalisée à Paris. « La séance en commission de conciliation ordinale de ce mardi est l’étape préalable à la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire, explique Le Quotidien. En cas d’accord entre les deux parties, l’affaire en restera là sauf si le conseil départemental se saisit du dossier. En cas de non-conciliation, la plainte sera transmise à la chambre disciplinaire de première instance dans un délai de trois mois. Contactées, ni l’AP-HP, ni la faculté de médecine de Paris13 n’ont répondu à nos sollicitations du Quotidien. »

Finalement la conciliation entre les deux parties a échoué. Le dossier sera étudié par la chambre disciplinaire de première instance en janvier. 

 A demain @jynau

Nouvelle nomination au cabinet d’Agnès Buzyn : «conseillère chargée communication et médias»

Bonjour

C’est un message à la presse du cabinet d’Agnès Buzyn : « nous vous prions de bien vouloir trouver ci-joint l’extrait du Journal officiel paru ce jour et annonçant la nomination de Madame Carine Delrieu au poste envié de « conseillère chargée de la communication et des médias » au cabinet de la ministre des Solidarités et de la Santé. Une affaire qui réclame bien des précautions réglementaires :

« Arrêté du 28 novembre 2019 portant cessation de fonctions et nomination au cabinet de la ministre des solidarités et de la santé NOR: SSAC1933877A

La ministre des solidarités et de la santé, Vu le décret n° 2017-1063 du 18 mai 2017 modifié relatif aux cabinets ministériels ; Vu le décret n° 2017-1098 du 14 juin relatif aux collaborateurs du Président de la République et des membres du Gouvernement ; Vu le décret du 19 juin 2017 portant nomination du Premier ministre ; Vu le décret du 21 juin 2017 relatif à la composition du Gouvernement ; Vu l’arrêté du 21 juin 2017 portant nomination au cabinet de la ministre des solidarités et de la santé, Arrête :

« Article 1 Il est mis fin, à compter du 1er décembre 2019, aux fonctions de Mme Isabelle JOURDAN, conseillère chargée de la communication et des médias au cabinet de la ministre des solidarités et de la santé.

Article 2 Mme Carine DELRIEU est nommée, à compter du 2 décembre 2019, conseillère chargée de la communication et des médias au cabinet de la ministre des solidarités et de la santé.

Article 3 Le présent arrêté sera publié au Journal officiel de la République française.

Fait le 28 novembre 2019. Agnès Buzyn »

Pourquoi Mme Isabelle Jourdan part-elle ? Qui est Mme Carine Delrieu venue de l’Inserm et désormais « interlocutrice privilégiée » en charge de la « communication » et « des médias » ? Ni la ministre ni le Journal officiel ne renseignent la presse. On cherche. On ne trouve que ceci concernant Mme Delrieu :

« Graduate from CELSA-La Sorbonne in Communications, my main expertise is Strategic Planning in international advertising and communication agencies : the main professional areas I work in are corporate and global brand communications, digital and new media brand contents, team management. Used to working in English on a daily basis. My goals : continue in strategic communications and head of communication in a public or private company. »

You’re Welcome in this this big public company

A demain @jynau

La «mort cérébrale» et l'OTAN : que faut-il garder en mémoire pour briller en société ?

Bonjour

C’est une nouvelle métaphore macronienne dont les médias ne cessent de se repaître : celle utilisée par le président de la République, contre tous les usages diplomatiques, dans The Economist. Extrait (nous soulignons) :

« (…) L’instabilité du partenaire américain et la montée des tensions font que l’idée d’une Europe de la défense s’installe progressivement. C’est un véritable aggiornamento d’une Europe puissante et stratégique. J’ajoute que nous devrons à un moment faire le bilan de l’OTAN. Ce qu’on est en train de vivre,c’est pour moi la mort cérébrale de l’OTAN Il faut être lucide (…) »  

L’affaire, depuis quelques jours fait florès. Nombre de journalistes y ont vu un « électro-choc » (sic). Une incitation officielle et française à la désinhibition. Ainsi le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est fendu d’un tacle-carton-diplomatique-rouge à l’endroit du président français le 29 novembre. « Ces déclarations ne siéent qu’à ceux dans ton genre qui sont en état de mort cérébrale, a-t-il osé déclarer lors d’un discours à Istanbul. Personne ne fait attention à toi. Tu as encore un côté amateur, commence par remédier à cela. Lorsqu’il s’agit de fanfaronner, tu sais très bien le faire. Mais lorsqu’il s’agit de verser à l’Otan l’argent que tu lui dois, c’est autre chose. »

Mollaret et Goulon

Paris a aussitôt riposté en convoquant l’ambassadeur de Turquie au quai d’Orsay, dénonçant des « insultes ». Les citoyens attendent la suite.

Pour l’heure la métaphore impose de revenir à l’histoire et au concept, aujourd’hui sans cesse mis à mal, revisité, par les neurosciences. Rappeler qu’après des siècles d’observations et d’inquiétudes quant à la définition de la mort, le «coma dépassé » a pour la première fois au monde été décrit à Paris. C’était il y a précisément soixante ans, à l’hôpital Claude-Bernard par l’infectiologue Pierre Mollaret et le neurologue Maurice Goulon. Puis vint, en 1968, la révolution française d’une nouvelle définition, légale,  de la mort : « la mort cérébrale », qui devient « légale » en France via la « circulaire Jeanneney » du 24 avril 1968. Et tout, depuis un demi-siècle, n’a cessé de s’affiner afin, notamment, de faciliter les prélèvements d’organes pour réparer les vivants.

Où l’on voit, où l’on saisit, où l’on comprend les étroites limites de la métaphore cérébrale appliquée à l’OTAN (70 ans). Qui sait ? Il n’est pas impossible que la finesse diplomatique puisse s’emparer de ces subtilités pour nous sortir de l’ornière linguistique et politique.

A demain @jynau

Noël : les journalistes vont-ils accepter le cadeau déontologique empoisonné de l’exécutif ?

Bonjour

Après les médecins, les journalistes ? Où l’on parle de la déontologie et de son corollaire, la confraternité. Lundi 2 décembre 2019, nouveauté : première assemblée générale annoncée, celle du « conseil de déontologie journalistique et de médiation ».  Une forme de tribunal destiné à la presse. Une instance « d’autorégulation, indépendante de l’Etat ». « C’est un instrument de dialogue et de confiance du public dans les médias », croit pouvoir annoncer indique son instigateur l’universitaire Patrick Eveno, président de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI), une large association de veille du respect de la déontologie dans les médias 1.

Déontologie: ensemble des règles et des devoirs qui régissent une profession, la conduite de ceux qui l’exercent, les rapports entre eux, leurs clients et le public.

La première alerte datait de juin dernier. Le secrétaire d’Etat français au numérique, Cédric O, invitait alors les journalistes à s’organiser pour lutter contre la désinformation (sic) – faute de quoi c’est l’Etat saurait s’en charger. Cedric O , 36 ans, l’un de ses plus fidèles conseillers d’Emmannuel Macron dont on connaît les rapports ambigus qu’il entretient avec les journalistes. En juin il détaillait sa « vision » dans une interview accordée à l’agence de presse Reuters :

 « Je considère qu’il doit y avoir un Conseil de l’Ordre des journalistes, des journalistes entre eux, qui prennent des décisions et qui disent à l’Etat : Vous devez retirer l’agrément de tel ou tel canard, mettre des avertissements.” »

Déjà un rapport commandé par le gouvernement prônait la création d’un Conseil de déontologie. Il proposait que, face à un contenu journalistique qu’il tiendrait pour critiquable, un citoyen ait un autre recours que la saisine du juge ou de l’éditeur. Ce document proposait aussi qu’en cas de manquement éthique ou déontologique, le même Conseil puisse émettre « des avis qui pourraient être rendus publics ». En clair un embryon de contre-pouvoir voulu par l’exécutif contre le quatrième pouvoir. Rien de comparable, en somme, avec le corps médical, son serment, sa fonction, son institution ordinale.

A l’extérieur de la loi, un code d’appréciation morale 

Six mois plus tard, et après la pitoyable affaire « Xavier Dupont de Ligonnès », le projet a étrangement prospéré. Au point d’avoir le soutien de la CFDT-Journalistes, du Syndicat national des journalistes et de plusieurs collectifs de journalistes comme « Informer n’est pas un délit » ou « Profession pigiste ».  Au point, aussi, de déclencher de salutaires oppositions au cœur de la profession. « Nous ne sommes pas contre un conseil de la presse, mais les conditions ne sont pas remplies. Rendre des comptes à nos lecteurs, nous le faisons déjà quotidiennement », explique Ellen Salvi, membre de la Société des journalistes (SDJ) de Mediapart. Dix-neuf SDJ de grands médias, parmi lesquels Le Figaro, l’AFP, L’Obs, Le Point, LCI ou France Inter, ont signé la lettre ouverte du site d’investigation : « Ce sont les lecteurs qui jugent les journalistes, pas les journalistes qui se jugent entre eux ».

« Pour le moment, la Société des rédacteurs du Monde n’a pas pris position, précise Le Monde dont le directeur, Jérôme Fenoglio, rappelle qu’il dispose déjà d’un comité d’éthique « qui fonctionne, qui est actif et qui traite de nos problèmes ». De nombreux patrons de presse, comme ceux du Figaro, du Parisien, des Echos ou du Monde, sont également hostiles à ce conseil, dont il faudra, en outre, financer le fonctionnement. 

« C’est une fausse bonne idée. Ce type d’instance crée à l’extérieur de la loi un code d’appréciation morale », estime Marc Feuillée, directeur général du Figaro. La « morale », non pas l’individuelle mais celle du pouvoir qui délègue la surveillance en marge de la loi – un mouvement qui nous rapproche de la novlangue d’Orwell.

A demain @jynau

1 On ne résiste pas, ici, à citer le billet politique du jour de notre confrère Frédéric Says sur France Culture :

« Vous êtes peut-être passés à côté de cette nouvelle (c’est vrai qu’elle elle est lointaine et semble anecdotique) : Charles Michel, le nouveau président du Conseil européen, vient de nommer un porte-parole du nom de Jurek Kuczkiewicz. Or il s’avère que celui-ci était jusqu’à présent… journaliste.  Et pas à n’importe quel poste, une fonction éminente : chef du service international du journal Le Soir, qui est l’un des grands quotidiens de référence en Belgique. 

Bien entendu, Charles Michel nomme qui il veut et chacun est libre de suivre la carrière qui lui plaît. Mais ces transferts entre deux fonctions qu’a priori tout oppose – journaliste et communicant – sont de plus en plus fréquents. 

Autre exemple, lui aussi passé quasi-inaperçu, cette fois en France. Un ancien présentateur de BFM TV est devenu conseiller communication en contrat avec le Rassemblement national. Pascal Humeau est depuis quelques mois le coach, entre autres, de Jordan Bardella, le chef de file du RN aux européennes. 

Certes, le phénomène n’est pas entièrement nouveau. Souvenez-vous de Claude Sérillon, ancien présentateur du 20h à la télévision publique reconverti en stratège de François Hollande. 

Plus récemment, Bruno Roger-Petit a troqué le maillot d’éditorialiste au magazine Challenges contre celui de conseiller d’Emmanuel Macron à l’Elysée. 

Mais ce qui est intéressants, c’est que ces transferts ne font presque plus de bruit, ne « défraient plus la chronique », selon l’expression consacrée.   Pourquoi cette banalisation ? 

Sans doute parce que le métier de journaliste se précarise, il offre moins de débouchés, sur fond de crise de la presse alimentée par la baisse des ventes et la diminution de la publicité (captée par les GAFA). Dès lors, ces opportunités font sans doute réfléchir à deux fois ceux que la carte de presse démange moins que la carte bleue.  Par ailleurs, la « muraille de Chine » entre les deux métiers (porte-parole et journaliste) s’est affaissée. 

Regardez les plateaux télé : il n’est pas rare que les éditorialistes revendiquent une affiliation politique : sur LCI, Gérard Miller vote pour les Insoumis, Françoise Degois penche pour le Parti socialiste, etc. Autre exemple en sens inverse : Laurence Saillet, qui était porte-parole du parti Les Républicains, est maintenant chroniqueuse sur l’actualité chez Cyril Hanouna. Bref, la confusion facilite la fusion. 

Si ces transfert font moins de bruit, c’est peut-être aussi pour une raison plus triste. Ils ne choquent plus parce qu’ils ne surprennent personne, en cette période de défiance accrue envers les institutions. « Les journalistes et les politiques sont cul et chemises, copains, comparses voire complices », entend-on à longueur de sondages. 

Pour une partie du public, ces mariages contre-nature font voler en éclat, non pas la déontologie, mais l’hypocrisie du milieu. « Au moins la corruption s’affiche au grand jour », si l’on résume cette pensée.  Pourtant, ce jeu de va-et-vient entre la com’ et la presse est dévastateur… 

Il laisse entendre au public que les deux professions sont interchangeables. Il instille le soupçon que les journalistes d’aujourd’hui sont les porte-parole de demain ; dans ce cas, quelle crédibilité leur accorder ? 

Pire encore : cette mauvaise habitude répand l’idée que le journalisme serait un sas pour nouer des contacts avec les politiques, en attendant de se faire grassement rémunérer par eux.  Bien sûr, ces quelques exemples représentent une goutte d’eau par rapport aux 35 000 détenteurs d’une carte de presse en activité en France, mais le symbole est là. 

Par ailleurs, les reporters défroqués compliquent la tâche de leur ex-collègues. Comme le note Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles du journal Libération, il va devenir de plus en plus difficile de trouver des sources. Car comment ces dernières vont-elles désormais oser se confier, parler sous couvert d’anonymat… à un (potentiel) futur communicant ? 

Autrement dit, « un lanceur d’alerte osera-t-il encore parler à un journaliste qu’il risque de retrouver un jour au service de l’institution qu’il a dénoncée ? » s’interroge Jean Quatremer. 

Dans tous les cas, ne serait-il pas sage d’imposer une période de carence, d’inactivité, entre l’exercice du journalisme et de la communication politique ? Une interdiction de travailler pendant plusieurs années, comme c’est le cas pour les hauts fonctionnaires qui partent dans des entreprises privées, pour prévenir les conflits d’intérêt ? 

Et bien sûr, les départs de la presse vers la com’ politique doivent être des allers sans retours. Sauf à ce que les intéressés nous convainquent qu’il s’agit du même métier. Ce qui serait, dans leur bouche, un dramatique et tardif aveu. » 

«Nous avons dû placer des vigiles pour interdire l’accès des jeunes mères à l’hôpital Trousseau»

Bonjour

Il gèle sur la France. La colère gronde au sein de l’hôpital public et l’hôpital se ferme sur lui-même. Qui blâmer ?

On lit, dans  Le Monde (François Béguin et Isabelle Rey-Lefebvre), des choses comme celle-ci : « Une dizaine de jeunes mères sans abri et leurs enfants refoulés d’un hôpital parisien où ils étaient venus chercher refuge… La scène, qui s’est déroulée mercredi 27 novembre, à l’hôpital Trousseau, dans le 12e arrondissement, est révélatrice d’une crise sans précédent. Mercredi soir, à Trousseau, l’annonce de l’ouverture de soixante places gérées par le 115 a ainsi provoqué un « ‘’appel d’air’’, suscitant l’arrivée de nombreuses familles.’

Qui blâmer ? Explications de l’AP-HP : « Une fois la capacité maximale du centre d’accueil atteinte, l’hôpital a été contraint de placer des vigiles devant le hall hall de l’hôpital en interdisant ainsi l’accès en raison des risques posés pour les patients hospitalisés ». On ajoute que le hall d’un hôpital n’a« pas les conditions requises pour être un lieu d’hébergement ».

Le Monde : Un nombre croissant de jeunes femmes venues de pays en guerre et d’Afrique subsaharienne, très souvent enceintes ou mères de jeunes enfants, se retrouvent à la rue en Ile-de-France et dans quelques grandes métropoles, en raison de la totale saturation des dispositifs d’éhergement d’urgence Gilles Petit-Gats, directeur de la Coordination de l’accueil des familles demandeuses d’asile, gérée par le Centre d’action sociale protestant :« Nous estimons à 146 le nombre de bébés nés dans la rue cette année, alors qu’ils n’étaient que 100 en 2018 et 49 en 2017. La progression est fulgurante ».

« Elles ne sont ni hospitalisées ni hébergées »

Bruno Morel, directeur d’Emmaüs Solidarité :  « Il y aurait aujourd’hui, en Ile-de-France, 700 enfants à la rue. Ils y resteraient entre deux et cinq mois, parfois plus. 75 % des 2 000 personnes que nous accueillons chaque mois à notre centre du 15e arrondissement de Paris  passent la nuit dehors, dans les gares, les halls, sous tente, dans le métro, dans les hôpitaux ;15 % ont un toit pour une ou quelques nuits et seuls 10 % un hébergement pérenne. »

Le Monde : Chaque nuit, près d’une centaine de femmes ayant accouché trouvent refuge dans les treize maternités de l’AP-HP. Certaines sont « mises à l’abri » dans des lits d’hospitalisation, comme à Robert-Debré (Paris 19e), où elles occupent un quart des lits de la maternité, tandis que d’autres se retrouvent tolérées dans un bout de couloir, généralement à même le sol. « On leur permet de rester mais elles n’ont aucun statut : elles ne sont ni hospitalisées ni hébergées », explique-t-on à la direction du groupe hospitalier où cette situation est jugée « insupportable » pour les femmes et leurs bébés, mais aussi pour les soignants et le personnel hospitalier. Qui pourrait supporter? Qui blâmer ?

A la Pitié-Salpêtrière (AP-HP), Sophie Le Goff, médecin à la permanence d’accès aux soins, décrit ainsi au Monde la situation « sordide » d’une jeune femme « qui a accouché en août par césarienne et dort actuellement dans un couloir au rez-de-chaussée de la maternité avec d’autres mamans et bébés, à même le sol, avec deux draps ». Pour se nourrir, elle « n’a accès à aucun repas sauf, le soir, aux restes des plateaux des patientes hospitalisées ». Faudrait-il préciser que les « séjours à la rue » s’accompagnent souvent de tragédies : sous-nutrition des enfants, maladies, violences, viols. 

Qui féliciter ? Julien Denormandie, ministre chargé de la Ville et du Logement auprès de la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales (sic) a, jeudi 28 novembre, convoqué une réunion de crise avec les associations et le préfet de région Michel Cadot. Les crédits des nuits hôtelières pour 2019, déjà consommés fin octobre, vont bénéficier d’une rallonge. Et l’AP-HP a, le 1er juillet, mis à disposition 174 places pour les femmes qui viennent d’accoucher, dans l’ancien hôpital La Rochefoucauld (14arrondissement). Lui aussi, depuis le 20 août, affiche complet. Et fin mars, il est prévu qu’il ferme ses portes.

Continuera, alors, à geler sur la France ?

A demain @jynau

« Janvier Sobriété »: Emmanuel Macron, clarifier sa position sur l'annulation de l'opération ?

Bonjour

En date du 2 décembre 2019 c’est une lettre ouverte à Emmanuel Macron, Président de la République. Elle est signée des responsables de « France Assos Santé » 1. Son titre est d’une parfaite clarté : « ‘’Mois sans alcool’’ : M. le Président, clarifiez votre position ». Où l’on revient sur la polémique sanitaire et politique de l’invraisemblable affaire « Janvier Sobriété ».

On connaît le contexte, l’ambivalence de la molécule, les conséquences et les ravages de l’addiction à l’alcool. On connaît aussi les limites de l’action politique et les impasses également dramatiques de la prohibition. Reste à ne pas mentir au citoyen, à ne pas faire le jeu des lobbies, à savoir dire la vérité. Extrait principal de la lettre ouverte (nous soulignons) :

« C’est pourquoi, Monsieur Le Président, nous ne comprenons pas l’annulation de la campagne de prévention ‘’ un mois sans alcool’’ qui devait être lancée par l’agence Santé Publique France en janvier 2020. Ce serait une grosse déception dans notre réseau comme pour toutes les victimes sanitaires et sociales de ce qui est un fléau des plus graves. Parce que vous avez mis la prévention au cœur de vos engagements de campagne, promettant une véritable ‘’révolution de la prévention’’, l’ensemble des associations de France Assos Santé vous demande un acte politique fort de prévention de l’alcoolisme en France. Nous comptons sur votre engagement pour que cette campagne de Santé Publique France soit bien à l’agenda du début d’année à venir, et que tout cela n’est qu’un affreux malentendu. »

« Affreux malentendu » ? Vraiment ? Prenons ici le pari qu’il n’y aura jamais de clarification présidentielle. Jamais d’investigation journalistique établissant que c’est bel et bien le président de la République qui, depuis les effervescence d’Epernay, a ordonné l’annulation d’une opération publique qui était bel et bien actée, programmée, financée. Un seul froncement de sourcil, un sourire, aura peut-être suffit avant la cascade des interprétations dans les services ministériels et autres agences sanitaires…

Et prenons aussi le pari que jamais Emmanuel Macron ne clarifiera véritablement sa position sur la question éminemment politique de la réduction des risques alcooliques. On pourrait en revanche (et « France Assos Santé » tout particulièrement) réclamer de véritables comptes, républicains et citoyens, à d’autres échelons. A commence par Agnès Buzyn ainsi qu’aux responsables de Santé publique France et de la MILDECA. Pourquoi cette incompréhensible reculade ? Pourquoi ne pas dire la vérité vraie ? Ce sont ces silences, ces défausses, qui ruinent la crédibilité du pouvoir exécutif.

A demain @jynau

1 Gérard Raymond, président et Claude Rambaud, vice-présidente de France Assos Santé. « France Assos Santé » est le nom choisi par l’Union nationale des associations agréées d’usagers du système de santé afin de faire connaître son action comme organisation de référence pour représenter les patients et les usagers du système de santé et défendre leurs intérêts. Elle a été créée en mars 2017 à l’initiative de 72 associations nationales fondatrices, en s’inscrivant dans la continuité d’une mobilisation de plus de 20 ans pour construire et faire reconnaître une représentation des usagers interassociative forte. « Notre volonté est ainsi de permettre que s’exprime la vision des usagers sur les problématiques de santé qui les concernent au premier chef, par une voix puissante, audible et faisant la synthèse des différentes sensibilités afin de toujours viser au plus juste de l’intérêt commun. »

Décembre 2019: Charlie Hebdo, vieux journal libertaire, bat en retraite devant l'armée de terre

Bonjour

Il gèle sur la France. Les médias ont oublié l’ouverture, à Madrid, d’une nouvele conférence planétaire visant à lutter contre le réchauffement du globe. L’heure, médias à l’unisson, est à la « veillée d’armes » contre la colère nationale programmée à compter du 5 décembre. L’heure est aussi, aujourd’hui, à la  cérémonie d’hommage organisée aux Invalides à la mémoire des treize soldats français morts au Mali le 25 novembre 1.

On se souvient, ici, du texte du chef d’état-major de l’armée de terre, le général Thierry Burkhard . Il avait publié, samedi 30 novembre sur son compte Facebook un courrier peu commun dans lequel il invitait le directeur de Charlie Hebdo, Riss, à venir assister à la cérémonie d’hommage national aux Invalides lundi 2 décembre. Riss, contacté par Le Monde (Nathalie Guibert) n’avait pas, alors, souhaité commenter cette initiative. Deux mondes que rien ne pouvait réunir.

Visant l’institution militaire et sa communication, les dessins publiés par Charlie détournent les slogans de la dernière campagne de recrutement de l’armée de terre– « J’ai rejoint les rangs pour sortir du lot » ou « Je suis tourné vers les autres et vers mon avenir » –en mettant en scène des cercueils portés par des camarades ou honorés par Emmanuel Macron.

Il y a cinq ans, « Je suis Charlie »

Dans sa lettre ouverte à Riss, le patron de l’armée de terre (à laquelle appartenaient les victimes engagées dans l’opération anti-djihadiste Barkhane) s’était indigné que « le temps du deuil de ces familles (ait) été sali par des caricatures terriblement outrageantes dont votre journal a assuré la diffusion ». Et, dépassant son indignation,il avait aussi « avec sincérité et humilité », invité Riss à participer à l’hommage national des Invalides, « pour leur témoigner vous aussi, qui avez souffert dans votre chair de l’idéologie et de la terreur, la reconnaissance qu’ils méritent ».

On n’imaginait pas le journal libertaire, fondé par le professeur Choron et François Cavanna, répondrait un jour à une adresse de l’armée française. Or voici que Riss, est revenu, dimanche 1er décembre, sur les dessins publiés par l’hebdomadaire. Dans une lettre au général Burkhard, il écrit : « notre journal se doit de rester fidèle à son esprit satirique, parfois provocateur ». « Cela ne signifie nullement qu’il mésestime le dévouement de ceux qui se battent pour défendre des valeurs au service de tous. Nous tenions à vous le dire ainsi qu’aux familles des victimes »

« (…) Je tenais à vous dire que nous sommes conscients de l’importance du travail effectué par les soldats français pour lutter contre le terrorisme, » poursuit le patron de l’hebdomadaire, lui-même blessé en janvier 2015 lors de l’attaque terroriste contre Charlie Hebdo. Dans sa réponse, transmise à l’Agence France-Presse, Riss « exprime (ses) condoléances aux familles et aux proches endeuillés » et remercie le général pour son invitation à la cérémonie aux Invalides, « à laquelle (il) ne pourra cependant pas assister ». « Nous savons que leur mission (des soldats français) est difficile et qu’ils font face à des ennemis sans pitié. Ces dessins n’avaient pas pour but de douter de leur courage et de leur détermination. »

Riss ne sera pas, aujourd’hui, aux Invalides. Comment célébrera-t-on, dans quelques semaines, les cinq ans de l’attaque terroriste contre l’hebdomadaire satirique et qui avait conduit, on s’en souvient peut-être, au mouvement « Je suis Charlie » ?

A demain @jynau

1 Sur ce thème on lira avec intérêt, dans Le Monde : « Le ‘’héros’’, figure clé du récit national macroniste » (Cédric Pietralunga