C’est alors que Rachida Dati, en marche rapide vers la mairie de Paris, se piqua de crack

Bonjour

On l’avait oubliée. La revoici, cette fois sur le front des addictions. Ancienne garde des Sceaux controversée, aujourd’hui maire du VIIe arrondissement de Paris Rachida Dati entend ravir le trône d’Anne Hidalgo. Mais il lui faut d’abord obtenir l’investiture des Républicains, parti politique en déliquescence. Comment, dès lors, faire parler de soi ? En taclant l’édile et ses proches : par exemple les accuser publiquement de ne pas en faire assez en matière de lutte contre les addictions. Et en dénonçant l’existence d’un insupportable abcès à ciel ouvert : la « colline de crack », non loin de la porte de la Chapelle. L’attaque vient d’être lancée dans « Les Grandes Gueules » (sic) sur RMC-BFMTV.

Rachida Dati aime s’indigner et se plaindre,  dire qu’elle paie de sa personne. Elle nous affirme, ici, qu’elle est montée sur la colline pour mieux voir et comprendre le problème. « Aucun élu n’est jamais allé. Quand j’y suis allé une femme femme y avait accouché là-bas sur place totalement sous crack. J’ai discuté avec tout le monde. Des gens désespérés, des gens malades… Et vous savez ce que c’est la réponse de la mairie de Paris …? Un bus de crack ».

Un-bus-de-crack…. L’affaire somme comme une sale rafale de mitraillette. On entend la distribution gratuite de substance illicite à tous les étages de la sinistre colline. Une salle de shoot sur pneumatiques. Or il faut ici remonter au  projet du « plan crack » de la ville de Paris, en août 2018.  « Il y aurait plus de 8 000 consommateurs de crack à Paris dont 200 à 500 seraient en errance, notamment entre le squat de la Colline à la porte de la Chapelle (XVIIIe), la Goutte d’Or (XVIIIe), la gare du Nord (Xe) et Stalingrad (XIXe), rapportait en août 2018 Le Parisien. Des toxicomanes sans abri en grande souffrance psychique dont la prise en charge est très difficile. ‘’C’est un engrenage : plus ces gens sont en déshérence, plus ils consomment, plus ils dealent pour consommer et les choses empirent » souligne l’adjointe à la Santé (EELV) Anne Souyris. »

Une situation d’autant plus délicate, ajoutait alors le quotidien parisien, que les fumeurs de crack ne peuvent pas avoir accès à la « salle de shoot » près de la gare du Nord qui n’autorise que les drogues par injection. D’où l’idée d’un « bus itinérant permettant l’inhalation » soumise par l’élue à la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). « Un bus itinérant permettrait d’aller au plus près de consommateurs qui d’eux-mêmes ne se tournent pas vers les institutions et d’entamer un suivi » expliquait-elle.

Les lésions de la toxicomanie sont irréversibles

Une telle expérimentation nécessiterait une modification de la loi. La loi n’a pas changé. Ni Agnès Buzyn ni Anne Hidalgo ne semble vraiment passionnées par le sujet. Toutefois, fin mai 2019, un plan de neuf millions d’euros sur trois ans a  été signé (Le Parisien, Cécile Beaulieu) avec cinq acteurs majeurs (préfectures de région et de police, Ville de Paris, Agence régionale de santé et Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives -Midelca).

Le « bus de crack » évoqué par Rachida Dati est absent de ce plan. En revanche différentes mesures ont été décidées. « Les maraudes médico-sociales sur les points de fixation et dans le métro, notamment sur la ligne 12, auront désormais lieu 7 jours 7. En outre, pour favoriser l’entrée dans les parcours de soins, 80 nouvelles places d’hébergement, pérennes pour les usagers de crack, s’ajouteront aux 72 existantes, précisait Le Parisien. Le renforcement du dispositif Aurore permettra, lui, d’ouvrir 60 places de mise à l’abri à l’hôtel, avant que les hébergements pérennes s’y substituent. Objectif : limiter à tout prix l’errance des toxicomanes, qui bénéficieront, en outre, de salles de repos, à proximité des lieux de consommation. Le plan prévoit également une équipe dédiée à la médiation avec les riverains et la création d’un groupe d’enquêteurs spécialisés dans les stupéfiants, à un niveau intermédiaire entre commissariat de quartier et police judiciaire. »

Annoncé également, un local, de type Caarud (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues), avec une aide médicale et sociale, des sanitaires, où les consommateurs de crack pourront être reçus dans des conditions dignes et salubres. « Dormir quelques heures, cela permet d’espacer les prises, de drogue, soulignait en mai Anne Souyris, qui espère que les accueils de jour contribueront à casser la dépendance des crackeurs. »

Rachida Dati n’a pas parlé de tout ceci.  Restera, pour les auditeurs, un-bus-de-crack…. « Les lésions de la toxicomanie sont irréversibles, croit savoir l’ancienne garde des Sceaux. J’aurais voulu qu’on fasse comme à Strasbourg, qu’on essaye de les sortir de leurs addictions avec un plan médical. Rien n’est fait dans la lutte contre les addictions, c’est là qu’on doit mettre les moyens. Pour sortir les gens de leurs addictions rien n’est fait. C’est une réalité. »

Pour un peu on douterait de sa sincérité.

A demain @jynau

Ethique et congélation: jusqu’à quel âge les hommes pourront-ils conserver leur sperme ?

Bonjour

La « PMA pour toutes » aura, ces derniers mois, masqué bien des évolutions sociétales à venir en France. Nous sommes encore loin d’en avoir pris la mesure. Long travail journalistique – et polémiques- à venir. Pour l’heure le texte de l’avant-projet de loi de révision de la loi de bioéthique est à l’examen au Conseil d’Etat. Nous en saurons plus au moment de sa présentation officielle en conseil des ministres, prévue le 24 juillet.

 Trente-deux articles. Et au chapitre de la « procréation médicalement assistée » ce texte, nous dit Le MondePaul Benkimoun et Solène Cordier) « ouvre aux deux sexes la possibilité de faire prélever et conserver leurs gamètes (sperme et ovocytes), et plus seulement pour des raisons médicales ».

Droit à procréer

Ainsi donc les hommes aussi pourront réaliser cette opération « en vue de la réalisation ultérieure, à leur bénéfice » d’une PMA (par insémination artificielle). « Plusieurs conditions encadreront cette pratique. Un consentement par écrit (et renouvelé) de la personne sera nécessaire, et les gamètes prélevés seront conservés uniquement par des établissements autorisés » précise Le Monde.

Des critères d’âge feront l’objet d’un décret. Mais comment, ici, respecter le sacro-saint principe d’égalité ? On sait qu’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a esquissé une ouverture « à partir de 30 ans ou 32 ans » pour l’auto-congélation des ovocytes. La prise en charge de cette autoconservation cervait d’autre part être (partiellement) prise en charge par l’assurance maladie : recueil et prélèvement remboursés – pas la conservation par congélation.

Mais qu’en sera-t-il pour les hommes ? Une limite d’âge sera-t-elle imposée – et si oui à quel titre ? Qui paiera et pourquoi ? Où l’on commence à saisir tour l’embarras qui attend l’exécutif et le législatif confrontés au concept d’un nouveau droit, celui de procréer.

A demain @jynau

Harcèlement sexuel: hospitalo-universitaire, condamné il dénonce une «fatwa française»

Bonjour

« Fatwa » ?. La justice appréciera 1. Nous avions rapporté les faits en avril dernier : « Des dizaines de SMS, des propositions appuyées et des cadeaux déposés dans la boîte à lettres de sa victime – une jeune secrétaire du CHU d’Angers –, le Pr Abdel-Rahmene Azzouzi vient de recevoir une convocation à comparaître devant le tribunal correctionnel d’Angers le 14 juin » rapportait alors le correspondant du Monde, Yves Tréca-Durand, dans la cité du Roi René. Trois mois plus tard le tribunal correctionnel de la ville vient de condamner à 15 000 euros d’amende l’ancien chef du service d’urologie du CHU d’Angers – et ce pour des faits de harcèlement sexuel sur une collègue de travail (Le Courrier de l’Ouest, Le Quotidien du Médecin) et le détournement de la finalité du traitement des données de son dossier médical.

Six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende avaient été requis à son encontre à l’issue de son procès le 14 juin dernier. Le tribunal a relaxé le médecin (urologue, spécialiste réputé du cancer de la prostate, ancien élu local) des faits de harcèlement sexuel sur la plus grande partie de la période pour laquelle il était poursuivi (de juin 2015 à août 2017), mais l’a reconnu coupable de ceux commis entre le 2 août 2017 et le 16 mai 2018. Les juges ont aussi estimé qu’il avait consulté à dessein le dossier médical de sa collègue secrétaire pour récupérer ses coordonnées.

Outre 15 000 euros d’amende, il devra verser 3 000 euros à la victime au titre du préjudice moral et 2 000 euros pour couvrir ses frais de justice. « Il était important que le principe de l’infraction sexuelle soit reconnu car elle était constituée et c’est ce qu’a vécu ma cliente. Sur la période de la relaxe, je ne partage pas l’appréciation du tribunal », a commenté l’avocate de la victime.

« Proposer à une femme d’aller au Louvre »

« Furieux, Abdel-Rahmène Azzouzi dénonce ’ une fatwa de la justice française, qui ne joue pas son rôle, celui de faire du droit ‘’rapporte Le Monde (Yves Tréca-Durand). Il annonce aussi qu’un appel sera interjeté sans tarder par son avocat, Me Samim Bolaky. Outre le fait qu’il conteste toujours la qualification pénale – ‘’Je ne l’ai jamais touchée et il n’y a jamais eu de message à caractère sexuel. Proposer à une femme d’aller au Louvre, ce n’est pas sexuel !’’ –, le médecin reprend une théorie qu’il avait initialement développée, mais qui n’avait pas été reprise par son avocat lors de l’audience, celle du racisme dont il se dit victime. »

« Il faut être aveugle pour ne pas voir qu’en France la communauté musulmane est prise pour cible. Les gens comme moi, qui ont des origines, n’ont pas les mêmes droits que les autres », dit le médecin. Il ajoute : « la guerre d’Algérie, elle est terminée »et dénonce  « une collusion entre les institutions » en visant la justice, ses collègues du CHU d’Angers et le conseil de l’Ordre des médecins de Maine-et-Loire (qui s’était constitué partie civile).

Le Monde ajoute encore que ce médecin, qui est également connu pour ses prises de position en faveur de l’Islam de France (il a notamment signé des tribunes dans Le Monde des religions), « traîne aussi comme un boulet d’avoir soutenu jadis l’islamologue Tariq Ramadan, avant que celui-ci fasse l’objet de plaintes pour viols et soit incarcéré. »

Le Pr Abdel-Rahmène Azzouzi entend aujourd’hui déposer une nouvelle plainte contre le CHU d’Angers pour protester contre l’inégalité de traitement entre lui et la victime (qui obtenu la protection fonctionnelle de l’hôpital), estimant que son propre dossier a été consulté illégalement par quatre personnes – dont la victime. Le CHU l’a suspendu de la chefferie du service d’urologie dès le mois d’août 2018 – ce qui ne l’empêche nullement de continuer à exercer en tant que praticien hospitalier et professeur des universités.

A demain @jynau

1 « Fatwa »,  فتوى (littéralement « réponse, éclairage ») : avis juridique donné par un spécialiste de la loi islamique sur une question particulière. En règle générale, une fatwa est émise à la demande d’un individu ou d’un juge pour régler un problème sur lequel la jurisprudence islamique n’est pas claire. Une fatwa n’est pas forcément une condamnation. Il s’agit d’un avis religieux pouvant porter sur des domaines variés : les règles fiscales, les pratiques rituelles ou encore l’alimentation.

Selon le quotidien Libération, deux grandes vacances fragilisent le ministère d’Agnès Buzyn

Bonjour

Petit papier acidulé de notre confrère Favereau, dans Libé. « Agnès Buzyn, nous dit-il, peine à trouver des remplaçants à la Direction générale de l’Offre des Soins et à celle de l’Agence Santé publique France. » Des postes clés, prestigieux si l’on veut, mais toujours étrangement vacants. Est-ce faute de combattants ou parce que la ministre des Solidarités et de la Santé hésiterait ? Et ce alors que la fièvre des urgences hospitalières est déclarée.

Gros abcès : la vacance de la DGOS. La titulaire actuelle du poste, Cécile Courrèges, est en partance, «pour raisons personnelles». 

« La DGOS élabore et s’assure de la mise en œuvre des politiques publiques à même de répondre aux défis auxquels fera face le système de santé dans les prochaines années : concrètement, satisfaire aux besoins de soins grandissants de la population tout en assurant la pérennité d’un financement solidaire. Mais aussi, mettre en œuvre les grandes orientations de la stratégie nationale de santé et de la future loi de modernisation de notre système de santé portées par le gouvernement. Pour cela, la DGOS se place en situation de pilotage stratégique et agit de manière innovante en démarche projet, en animation et en appui de réseaux d’acteurs, ainsi qu’en évaluation de ses politiques. »

Abcès également volumineux : la vacance de la direction de l’Agence Santé publique France, « lieu qui regroupe non seulement toutes les expertises de santé publique, mais aussi toute la politique de prévention et de communication des autorités sanitaires ».

« Le professeur François Bourdillon, après un mandat, n’a pas voulu rempiler et a quitté ses fonctions début juin, précise Libération. Depuis, le poste est vacant 1. Professeur de santé publique reconnu, François Bourdillon a eu la tâche difficile de rassembler l’Institut national de veille sanitaire et l’Institut national de prévention, ce qu’il a plutôt réussi. Mais il s’est embourbé dans l’histoire des ‘’bébés nés sans bras’’ qu’il n’a pas prise très au sérieux. » Est-ce bien sérieux ?

Ainsi donc, voilà deux postes clés du grand ministère sans titulaire. « On a du mal à comprendre la lenteur dans le choix des remplaçants, commente Libé. D’autant qu’aujourd’hui, avec un cabinet ministériel restreint, l’absence de ces responsables fragilise au quotidien la vie du ministère. » Le citoyen doit-il, là aussi, s’inquiéter ?

A demain @jynau

1 « Vacance : avez-vous le profil pour devenir le prochain patron de ‘’Santé Publique France’’ ? » Journalisme et santé publique, 1er avril 2019

Scandale américain des opiacés : représentation de Tartuffe au Louvre, salle des Antiquités

Bonjour

De l’intérêt de l’adhésivité enrubannée. Mercredi 17 juillet, un journaliste de l’Agence France Presse a pu constater que les panneaux de plusieurs salles du Louvre consacrées aux Antiquités orientales étaient recouverts de morceaux de ruban adhésif pour masquer la mention « aile Sackler », encore gravée sur les plaques. Contactée, la direction du célèbre musée n’était pas en mesure de préciser quand ce masque avait été posé.

« Sackler » :  patronyme de riches mécènes américains accusés, via leur firme pharmaceutique Purdue Pharma d’être directement et gravement impliqués dans ce qu’il est convenu d’appeler la « crise des opiacés » aux Etats-Unis -un scandale sanitaire majeur sur fond de commerce massif de puissants antalgiques addictifs..

Or cette section du Louvre arborait le nom de cette famille américaine depuis un don que cette dernière avait fait en 1996. Le 1er juillet dernier l’association américaine PAIN (acronyme de « Prescription Addiction Intervention Now », « Intervention contre l’addiction aux prescriptions maintenant ») organisait une manifestation devant le Louvre pour  réclamer à la direction de débaptiser cette aile. Menée par la photographe Nancy Goldin, ancienne accro aux antidouleurs, l’organisation milite pour inciter les institutions culturelles à s’éloigner de la famille Sackler, au vu de son rôle dans la crise des opioïdes responsable de dizaine de milliers de morts aux Etats-Unis.

Le président du Louvre, Jean-Luc Martinez, a réagi sur RTL en expliquant que le musée n’a « pas à débaptiser ces salles puisqu’elles ne portent plus le nom de Sackler » : les règles internes à l’institution prévoient que le « nommage » d’une salle dure « vingt ans » maximum, avait-il expliqué. Le nom Sackler ne serait donc plus associé au Louvre, selon lui, depuis 2016. Le musée aurait-il oublié d’effacer les mentions « aile Sackler » sur ses panneaux depuis trois ans ? Interrogé à ce sujet, à tout autre commentaire la direction du musée s’est refusée.

Quirrons le Louvre. Quelques pas et voici la Comédie française. Chef d’œuvre, Acte III, scène 2.

« (…) Tartuffe, tirant un mouchoir de sa poche.

 Ah ! mon Dieu ! je vous prie,
Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.

Dorine

Comment !

Tartuffe

 Couvrez ce sein que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées. (…) »

A demain @jynau

Médias et e-cigarette : pourquoi ne pas dire clairement qu’elle favorise l’arrêt du tabac ?

Bonjour

Quel est l’intérêt médiatique de produire du doute dans le public ?

Communiqué de #SOVAPE : « Coup sur coup, deux études de suivi de cohortes publiées cette semaine montrent que le vapotage favorise l’arrêt du tabac. La première menée en France par l’Inserm, publiée dans le JAMA Internal Medicine 1 , montre que l’apparition de la vape en 2010 s’accompagne d’un bond de l’arrêt du tabac chez les fumeurs qui ont choisi ce nouveau produit. Ils ont eu près de 1,7 fois plus de chance d’arrêter de fumer que ceux qui ont opté pour d’autres méthodes. Seconde étude : celle des chercheurs de la Harvard School à Boston, publiée dans Nicotine & Tobacco Research 2. Le suivi de la cohorte PATH de fumeurs américains ayant opté pour la vape entre 2013 et 2015 montre que les vapoteurs au quotidien ont eu 77% plus de succès après deux ans d’arrêt de la cigarette que les fumeurs optant pour d’autres méthodes. »

Commentaire : « En 2010, les ex-fumeurs qui avaient accès à des produits encore rudimentaires étaient plus nombreux à rechuter que ceux qui avaient opté pour d’autres méthodes, mais en 2013, c’est l’inverse, ils avaient plus de chance de succès (HR 0.84) que les autres. Cette évolution est très probablement liée à une évolution majeure du matériel survenue à partir de 2012, l’explosion du nombre de boutiques spécialisées et de la scène d’entraide des vapoteurs. Ces deux études montrent que l’apparition du vapotage a encouragé des fumeurs, au profil plus dur (plus de cigarettes fumées par jour, plus de problèmes psychiques, plus de rechutes précédentes, etc.), à tenter l’arrêt de la cigarette, et que l’évolution technique de la vape a permis à un plus grand nombre d’entre eux de sortir du tabac fumé. »

Tout pourrait donc aller pour le mieux au sein de la Révolution des Volutes. Ce serait compter sans les pincettes de nombreux médias généralistes qui ne parviennent pas à accepter la place prise par la cigarette électronique dans le paysage de la réduction des risques tabagiques. Ainsi ces quelques mots : « L’association SOVAPE appelle à la vigilance quant au traitement de l’information sur le vapotage. Il est en effet malheureux que l’évolution survenue entre 2010 et 2013 démontrée par les données de l’Inserm soit occultée, et que soit passée sous silence l’étude similaire dans son objet publiée dans Nicotine & Tobacco Research. »

L’association évoque notamment ici les traitements effectués  par L’Obs : « Les vapoteurs fument moins de cigarettes mais rechutent plus » ou par 20 minutes  « Les vapoteurs fument moins mais rechutent plus ».  Jusqu’à l’Inserm qui, selon elle, induit la même interprétation dans son communiqué (interrogatif) destiné à la presse :

« La cigarette électronique efficace pour réduire le tabagisme à long terme ? Cette étude porte sur 5400 fumeurs et 2025 ex-fumeurs de la cohorte Constances (2012-2016 ; arrêt du tabac à partir de 2010, année de mise en vente de la cigarette électronique en France). (…) En conclusion, la cigarette électronique permet aux fumeurs de réduire leur niveau de tabagisme ou d’arrêter de fumer, mais cet arrêt ne semble pas toujours durable, il est donc nécessaire de surveiller de près les personnes qui vapotent et conseiller l’arrêt complet du tabac pour limiter le risque de rechute. »

Tromperie sur la présentation

Il faut aussi tenir compte du traitement fait par Le Quotidien du Médecin (Coline Garré): « Utile dans le sevrage, la cigarette électronique présenterait plus de risques de rechute à long terme »  qui cite Ramchandar Gomajee, chercheur à l’Inserm et premier auteur de la publication du JAMA Internal Medicine.

Pour #SOVAPE, présenter les choses comme le fait Le Quotidien est trompeur par rapport à la façon dont les choses ont évolué. « Ce taux de rechute concerne une époque révolue, les dispositifs sur le marché étaient des  »cigalike » peu performants, les commerces spécialisés et les conseils avisés inexistants, sans mentionner l’essor considérable des groupes d’entraide autogérés qui a suivi. Une étude d’épidémiologie sans connaissance des réalités de terrain, notamment des usagers, est susceptible de conduire à de mauvaises interprétations des données. »

« M. Gomajee semble ne pas tenir compte que – selon son étude – les utilisateurs de vape étaient des fumeurs à profils plus durs avec un niveau nettement plus élevé en paquets/années de 16,9 contre 12,9 pour les autres ex-fumeurs, ainsi que des symptômes dépressifs plus prononcés (12,6 versus 10,9), observe Nathalie Dunand, présidente de #SOVAPE. Des indicateurs généralement considérés comme des indices de dépendance plus forte, comme signalé dans la publication. Le commentaire de M. Gomajee rapporté par Le Quotidien semble entrer en contradiction avec les résultats de son étude.

« Répétons-le: dans l’étude de l’Inserm à partir de 2013, les vapoteurs ont moins rechuté que les autres ex-fumeurs. Ceci correspond à un tournant de la technologie avec l’apparition de l’Ego, l’explosion des boutiques spécialisées et le moment où le mouvement d’entraide s’est développé, comme par exemple le Forum  E-cigarette. Brice Lepoutre, son fondateur, sera d’ailleurs au Sommet de la vape le 14 octobre à Paris pour parler de son expérience avec plus de 90.000 participants. »

Pour finir #SOVAPE pose une question :  « Quel est l’intérêt de produire du doute dans le public plutôt que des connaissances ? » C’est une assez bonne question.

A demain @jynau

1 Gomajee R, El-Khoury F, Goldberg M, et al. Association Between Electronic Cigarette Use and Smoking Reduction in France. JAMA Intern Med. Published online July 15, 2019. doi:10.1001/jamainternmed.2019.1483 https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/fullarticle/2737916

2 Sara Kalkhoran, Yuchiao Chang, Nancy A Rigotti, Electronic Cigarette Use and Cigarette Abstinence Over Two Years among U.S. Smokers in the Population Assessment of Tobacco and Health Study, Nicotine & Tobacco Research,

Epidémie d’Ebola au Congo-Kinshasa : l’OMS décrète l’«urgence sanitaire mondiale»

Bonjour

C’est fait : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré mercredi 17 juillet que l’épidémie d’Ebola, qui sévit en République démocratique du Congo (RDC), était désormais une « urgence sanitaire mondiale ». Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué qu’il « était temps pour le monde de prendre acte » de l’épidémie. Pour autant il a recommandé que les frontières de la RDC avec ses voisins restent ouvertes.

L’OMS  a pris sa décision après la découverte d’un cas mortel dans la deuxième ville de la RDC, Goma (un million d’habitants), située à la frontière avec le Rwanda. En juin, deux cas avaient également été détectés en Ouganda voisin. Un vaccin contre cette fièvre hémorragique existe depuis 2016 mais certaines populations locales sont réticentes et le contexte politique tendu entrave l’action de l’OMS en RDC.

À ce jour, près de 3000 agents de santé ont été vaccinés contre la maladie à Goma. Plus de 1650 personnes sont décédées au cours de la flambée actuelle, tandis que douze nouveaux cas environ sont signalés chaque jour.

La flambée restant encore limitée aux provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, la riposte est dans une phase déterminante. L’OMS évalue le risque de propagation aux provinces voisines comme étant très élevé. « En collaboration avec le Gouvernement, nous pouvons mettre un terme à cette flambée et nous y parviendrons. Nous avons des outils plus puissants que jamais pour lutter contre Ebola, y compris un vaccin efficace, a déclaré le Dr Tedros. Mais il faut que les attaques et les autres perturbations des activités de riposte cessent ».

Depuis janvier, l’OMS a compté 198 attaques dirigées contre les interventions de riposte qui se sont traduites par sept décès et ont blessé cinquante-huit agents de santé et patients. « Nous avons besoin du soutien politique de toutes les parties, et de l’investissement de la communauté, pour que les intervenants puissent travailler en toute sécurité et sans être interrompus. C’est le seul moyen d’empêcher le virus de continuer à se propager. »

Les zones des provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu touchées par Ebola se caractérisent par la  médiocrité des infrastructures, l’instabilité politique et des conflits persistants qui impliquent des dizaines de groupes de milices armées, et la défiance des communautés vis-à-vis des autorités nationales et des étrangers. 

Plusieurs milliards de dollars

En mai, le Secrétaire général des Nations Unies et le système humanitaire interinstitutions ont renforcé l’action conjointe des Nations Unies. Parmi les mesures prises figurait la nomination d’un Coordonnateur des interventions d’urgence des Nations Unies pour la lutte contre Ebola (EERC), M. David Gressly, qui est basé dans les zones touchées pour veiller à ce qu’un environnement favorable, en particulier en matière de sécurité, de logistique, de climat politique et de mobilisation communautaire, soit en place pour permettre la riposte en matière de santé publique et répondre aux préoccupations des communautés touchées. 

Mark Lowcock, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence de l’OMS : « Si nous n’obtenons pas immédiatement des ressources financières nettement supérieures, il ne sera pas possible de mettre un terme à la flambée. Tout retard donne au virus la possibilité de se propager, ce qui a des conséquences désastreuses. Nous devons faire tout ce qui est possible aujourd’hui pour éviter d’atteindre l’ampleur de la flambée que nous avons connue en Afrique de l’Ouest il y a cinq ans, qui a coûté la vie à plus de 10 000 personnes avant qu’une riposte de plusieurs milliards de dollars permette de ramener le nombre de cas à zéro. » 

On peut le dire autrement : le combat contre Ebola est mené aux environs d’une zone envahie par des groupes armées. Et l’épidémie pourrait vite se propager au-delà des frontières de la RDC vers l’ensemble de la région. 

« L’urgence sanitaire mondiale » est une mesure exceptionnelle, qui n’a été décrétée que quatre fois seulement par l’OMS : en 2009 pour la grippe A(H1N1), en 2014 pour la poliomyélite, en 2014 (bien trop tardivement) pour une épidémie d’Ebola qui a fait plus de 11 300 morts dans trois pays d’Afrique de l’Ouest (Liberia, Guinée, Sierra Leone) et en 2016 pour le virus Zika.

Les experts du comité d’urgence, réunis à Genève ont exprimé leur « déception au sujet des retards dans le financement » de l’aide. « Il est crucial que les Etats n’utilisent pas le statut d’urgence mondiale comme excuse pour imposer des restrictions au commerce et aux déplacements qui auraient un impact négatif sur la réponse sanitaire et sur la vie de la population dans la région », a souligné le Pr Robert Steffen, chef de ce comité d’urgence. On peut voir là un appel, pressant et solennel, à l’aide.

A demain @jynau

1 Conseils aux voyageurs du gouvernement français : une épidémie de maladie à virus Ebola est déclarée depuis le 1er août 2018 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. La capitale du pays, Kinshasa, n’est pas concernée. Les zones concernées sont notamment : Alimbongo, Beni, Biena, Butembo, Goma, Kalunguta, Katwa, Kyondo, Lubero, Mabalako, Masereka, Oicha, Vuhovi, Manguredjipa (province du Nord-Kivu) ; et Mandima (province de l’Ituri).

Les localités de Bunia et Kisangani, ainsi que la frontière ougandaise demeurent sous surveillance compte tenu du risque de propagation lié aux déplacements de populations, même si l’épidémie reste pour l’heure circonscrite dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Il est recommandé de suivre les consignes de prévention suivantes :

• se tenir régulièrement informé de l’évolution de l’épidémie en consultant le compte twitter du ministère de la Santé de RDC (@MinSanteRDC), les sites Internet de l’ambassade de France en RDC et de l’OMS (http://www.who.int/csr/disease/ebola/fr/ et http://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/ebola-virus-disease)

• respecter systématiquement les règles d’hygiène suivantes : http://social-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/ebola/article/maladie-a-virus-ebola

• éviter les lieux et les événements à forte densité de population (marchés, stades, etc.)

En cas d’apparition de symptômes évocateurs de la maladie jusqu’à trois semaines après votre retour en France, cessez toute activité, isolez-vous et contactez immédiatement le SAMU-Centre 15 en signalant votre séjour et vos activités en RDC.