Dons de sang et homosexualité masculine: le gouvernement réduira-t-il la durée d’abstinence ?

Bonjour

La France gronde, les gilets sont jaunes et le pétrolifère amer. Pour autant il est des raisons de ne pas totalement désespérer. Exemple très contemporain en trois actes, sur la toile de fond des très vieilles affaires françaises dites du « sang contaminé ».

I C’était il y a trois ans. On annonçait qu’à compter du 1er juin 2016 les homosexuels pourraient, en France, donner leur  sang. A condition d’assurer  lors de l’entretien préalable au don de ne pas avoir eu de relations sexuelles (même protégées) depuis douze mois. C’est là une décision élaborée non sans difficulté après un travail original  (et sans précédent) qui a réuni les autorités sanitaires et les nombreuses associations de donneurs, de patients et de personnes homosexuelles ; un travail sanitaire et diplomatique sans précédent mené  sous l’autorité du Pr Benoît Vallet, alors Directeur Général de la Santé.

Un arrêté du 5 avril 2016 de la ministre des Affaires sociales et de la Santé fixa ensuite  les critères de sélection des donneurs de sang. Il prévoyait une liste de contre-indications 1 au don de sang en raison des risques pour le donneur ou pour le receveur. Il abrogeait  des dispositions antérieures qui prévoyaient « une contre-indication permanente pour tout homme ayant eu des rapports sexuels avec un homme » et y substituait, pour un don de sang total, une contre-indication de 12 mois après le dernier rapport sexuel.

II Ces « douze mois d’abstinence » firent polémique. Fallait-il les abroger?  En aucune façon trancha le Conseil d’Etat il y a un an, rappelant  que « les autorités sanitaires doivent privilégier les mesures les mieux à même de protéger la sécurité des receveurs lorsque les données scientifiques et épidémiologiques disponibles ne permettent pas d’écarter l’existence d’un risque ». Il faisait ainsi valoir :

« Selon les travaux de l’Institut de veille sanitaire, la prévalence de porteurs du VIH est environ 70 fois supérieure chez les hommes ayant eu des relations sexuelles avec des hommes. (…) La proportion de personnes nouvellement contaminées au cours de l’année 2012 était 115 fois supérieure chez ces hommes que dans la population hétérosexuelle. »

En imposant cette « abstinence d’un an » comme condition au don du sang par les homosexuels, le ministère de la Santé « s’est fondé non sur l’orientation sexuelle mais sur le comportement sexuel et n’a pas adopté une mesure discriminatoire illégale », jugeait le Conseil d’Etat. On pourra voir là un argumentaire directement issu de la rhétorique des collèges jésuites.

III 14 novembre 2018. Santé publique France publie aujourd’hui les premiers résultats de l’enquête dite « Complidon », menée en collaboration avec l’Établissement français du sang (EFS) et le Centre de transfusion sanguine des armées (CTSA). Elle porte sur le respect des critères de sélection au don de sang par les donneurs. Près de 110 000 donneurs ont été interrogés. Et cette surveillance épidémiologique révèle que l’ouverture du don de sang en juillet 2016 aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) n’augmente pas le risque de transmission du VIH par transfusion – risque qui reste extrêmement faible en France : estimé, sur la période 2015-2017, à un don VIH positif non détecté sur 5,2 millions de dons.

« Pour évaluer le respect et la compréhension des critères de sélection des donneurs, Santé publique France a réalisé l’enquête Complidon, à laquelle près de 110 000 donneurs de sang ont répondu. Les résultats indiquent que les contre-indications actuelles au don de sang ne sont pas toujours strictement respectées. Ainsi, parmi les hommes, 0,73% ont déclaré avoir eu des rapports sexuels entre hommes au cours des 12 derniers mois, sans l’avoir indiqué avant le don. »

« Parmi les hommes, seuls 0,56 % ont déclaré lors de l’enquête avoir eu des rapports sexuels avec des hommes aux cours des 4 mois précédant leur don. De plus, parmi les hommes ayant eu des rapports sexuels entre hommes au cours des 12 derniers mois, un sur deux (46 %) a déclaré qu’il l’aurait signalé lors de l’entretien pré-don si la durée d’ajournement avait été plus courte. »

« Bien que déclaratifs, ces chiffres indiquent que le respect du critère de sélection concernant les HSH pourrait augmenter avec une période d’ajournement plus courte, fait valoir Santé publique France. À la suite de données similaires, en novembre 2017, le Royaume‑Uni a autorisé les HSH à donner leur sang, à condition qu’ils n’aient pas eu de rapports sexuels entre hommes dans les 3 mois précédant le don. »

Et maintenant ? Ces données chiffrées permettent d’apporter des éléments aux pouvoirs publics, « en vue de considérer une éventuelle ouverture plus large du don de sang aux HSH en France ». L’ensemble de ces résultats a été présenté au comité de suivi de l’arrêté fixant les critères de sélection des donneurs de sang qui réunit, sous l’égide de la DGS, les associations de patients, de donneurs et de défense des droits et les agences sanitaires.

On attend

A demain

@jynau

1 Tout savoir sur les contre-indications au don de sang

Le gouvernement aimerait que vous puissiez aussi télé-travailler pendant vos arrêts-maladie

Bonjour

14 novembre 2018. Le fioul s’envole et les gilets deviennent jaunes. La France matinale et politique écoute, sur RTL, Edouard Philippe. Un Premier ministre tendu, énervé, hésitant, osant parler d’une « France qui crève » de ne pas avoir été réformée. « Super-primes à la conversion automobile » « chèques carburants » « chèques énergie » … Et le Premier ministre de confirmer une autre « information RTL » : il a bel et bien commandé une mission pour réfléchir à l’usage du télétravail en entreprise pour minimiser les arrêts de travail de plus de six mois, très coûteux pour l’Assurance maladie. RTL :

« Travailler de chez soi au lieu d’être en arrêt maladie. C’est la piste de réflexion du gouvernement qui réfléchit à l’usage du télétravail pour limiter le nombre de certains arrêts maladie. Une idée sur laquelle planche la mission commandée par le Premier ministre. 

Cette piste pourrait faire partie des propositions à venir dans les prochains mois et a été évoquée lors d’un groupe de concertation réuni au cours de la journée d’hier, mardi 13 novembre. Alors en quoi consisterait cette piste ? En pratique, si vous êtes secrétaire et vous vous cassez la cheville, prendre le métro ou votre voiture est certes très compliqué, vous avez aussi sans doute besoin d’être au calme, mais cela ne vous empêche pas de travailler de chez vous, sur un ordinateur. C’est en tous cas, une piste possible pour le gouvernement, parmi d’autres et soumise à discussion. »

Patronat et prolétariat

D’autres pistes sont envisagées : des » arrêts de travail numériques » (et non plus sur format papier) ou des « mi-temps thérapeutiques » possible dès le début de l’arrêt.  Dans la ligne de mire du gouvernement : les arrêts de travail courts (de quelques jours) mais aussi et surtout les arrêts de travail longs (de plus de six mois). « Selon les documents que nous nous sommes procurés, ces arrêts de plus de six mois ont beau être très peu nombreux, à peine 7% des arrêts de travail, ils coûtent près de la moitié des dépenses de l’Assurance maladie (44% du coût des arrêts pour l’Assurance maladie) » précise la « première radio de France ».

Le télétravail serait à organiser en concertation avec le salarié, l’entreprise et …. le médecin traitant prescripteur. Une affaire présentée comme permettant des économies pour la Sécurité sociale, une meilleure organisation pour l’entreprise, et, pour le salarié, la chance de pouvoir rester en contact avec son travail. Bien évidemment tout ceci ne pourra pas concerner tous les emplois ni tous les types d’arrêts maladie. On peut aussi imaginer que certains syndicats ou formations politiques redoutent que cette réforme moderne ne soit une nouvelle arme offerte au patronat pour pressurer un peu plus les prolétaires.

On attend, sur ce terrain, les arguments d’Agnès Buzyn.

A demain

@jynau

Les pleurs des papas et ceux d’une poubelle. Entendu aujourd’hui dans une rue tourangelle 

Bonjour

Une rue ligérienne. Plein soleil de novembre. La Nourrice, solide, tenant le haut du pavé. Bientôt midi. Les éboueurs ne sauraient tarder. De retour du marché, une poussette devant elle et trois bambin.e.s trottinant autour d’elle.

« Oui, ben moi je sais que des bébés souvent ça fait que pleurer…

-Oui ben moi je sais que des filles aussi ça peut pleurer …

– Oui ben moi je sais que des garçons aussi …

– Non pas les garçons …

– Ben si, les garçons aussi …

– Non c’est même pas vrai …

Nourrice :  Mais si les garçons aussi, des fois, ils peuvent pleurer  …

–  Oui ben les mamans aussi, des fois ..

Nourrice : Oui, les mamans aussi, parfois

Oui ben les mamans, mais pas les papas !

–  Si, des fois aussi, les papas

–  Non, les papas y peuvent pas ..

Nourrice : Si, Ils peuvent aussi, les papas …

–  Ah, bon, les papas … ben pourquoi … ?

Nourrice : Les papas, quand ils sont tristes, ils peuvent pleurer ;..

–  Et les poubelles, ça peut pleurer ?

Nourrice : Non, les poubelles elles ne pleurent pas !

–  Pourquoi ? » 

A demain

@jynau

 

 

«Big Pharma Papers» : comment  avoir vraiment confiance dans les marchands de médicaments ?

Bonjour

Vous n’êtes pas un complotiste. Pour autant vous vous intéressez aux médicaments, à la politique, aux conflits d’intérêts, aux progrès thérapeutiques, à la transparence citoyenne ? Voici deux documents reçus aujourd’hui même et que vous vous devez de consulter  :

1 Le premier  nous est adressé par « Basta ! et l’Observatoire des multinationales, en partenariat avec le collectif EurosForDocs ». Tous lancent les « Pharma Papers ». Extraits :

« Alors que le Parlement examine le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2019, Basta ! et l’Observatoire des multinationales, en partenariat avec le collectif EurosForDocs, lancent les « Pharma Papers » pour mettre en lumière la toile d’influence tissée par les laboratoires pharmaceutiques, à coups de millions d’euros, autour de la profession médicale et des législateurs.

« 3,5 milliards d’euros dépensés par les labos au profit de professionnels de santé ; 100 millions de dépenses de lobbying en 2017 pour les dix plus gros laboratoires pharmaceutiques au monde…. Les chiffres révélés par ce premier volet des « Pharma Papers » donnent le vertige, mais ils sont à la mesure des profits mirobolants accumulés par ces firmes aux dépens, trop souvent, des systèmes de sécurité sociale et des finances publiques.

« Grâce au travail de journalistes [NDLR : lesquels ?], d’associations et d’experts, beaucoup d’attention a été accordé ces dernières années au problème de l’évasion fiscale. De la même manière que des entreprises et des riches particuliers privent les États des revenus qui devraient servir à financer les services publics ou lutter contre la pauvreté, les bénéfices de l’industrie pharmaceutique sont directement issus des milliards dépensés chaque année par l’assurance maladie. D’un côté des profits record, de l’autre le dé-remboursement de médicaments et la baisse des budgets publics, avec les conséquences dramatiques que l’on connaît, en particulier dans les hôpitaux.

« Les liens tissés par les laboratoires pharmaceutiques au sein de la profession médicale sont l’une des clés de leur emprise sur les politiques de santé. Malgré une succession des scandales sanitaires mettant en cause le poids des conflits d’intérêts et l’influence intéressée de l’industrie, la transparence dans ce domaine reste lacunaire. Les obligations de transparence introduites suite au scandale du Mediator ne sont pas respectées, et il n’existe pas de mécanismes de contrôle. La base de données créée par le gouvernement pour rassembler les informations sur les cadeaux et autres rémunérations versées par les labos à la profession médicale, « Transparence Santé », semble conçue pour décourager les meilleures volontés.

« C’est pourquoi le collectif EurosForDocs a créé un nouvel outil en ligne, accessible sur demande, pour permettre d’exploiter aisément ces données et mettre en lumière celles qui manquent. C’est grâce à cet outil, dévoilé à l’occasion du lancement des « Pharma Papers », que Basta ! et l’Observatoire des multinationales sont aujourd’hui en mesure de révéler l’ampleur des sommes dépensées par les labos au profit des médecins, les spécialités médicales les plus ciblées (notamment le cancer) ou encore les laboratoires les plus dépensiers en matière de lobbying (Sanofi et MSD). Mais aussi de démontrer, en prenant l’exemple du scandale du Levothyrox, comment des médecins qui ont défendu dans la presse le laboratoire incriminé, Merck, étaient payés par ailleurs par ce même laboratoire pour diverses prestations.

À terme, cet outil pourra être approprié par tout un chacun, professionnel de santé, décideur, journaliste ou simple citoyen. Ce qui contribuera à créer les conditions d’un véritable débat démocratique sur les politiques de santé et de médicaments, aujourd’hui largement confisqué par l’industrie pharmaceutique. »

2 Le second document nous est adressé par le Leem, filiale française de Big Pharma. Extraits :

«  Ipsos publie aujourd’hui les résultats de la 8e vague de l’Observatoire sociétal du médicament du Leem. L’enquête dresse un bilan contrasté entre, d’un côté un regain de confiance dans le médicament et dans la place qu’occupent les entreprises du médicament au sein du système de santé, et d’un autre côté une détérioration des items d’éthique et de transparence (…)

 Pour près de 8 Français sur 10, les entreprises du médicament sont des acteurs essentiels du système de santé, en particulier dans la recherche contre la maladie et la découverte de nouveaux traitements. Elles sont perçues comme utiles (85 %), à la pointe du progrès (78 %) et à la pointe de la recherche de nouveaux traitements (77 %) Autre signal fort, 66 % des Français déclarent qu’elles contribuent à l’allongement de la durée de vie, qu’elles proposent de plus en plus de médicaments innovants et qu’elles ont un impact positif sur l’emploi en France (…) »

 Et puis ceci :

« Malgré de bons résultats sur les items liés au médicament lui-même, l’image des entreprises du médicament reste mitigée : seule une petite majorité de Français (51 %) considère aujourd’hui qu’elles sont crédibles (…), L’éthique et la transparence sont aussi des domaines sur lesquels les entreprises du médicament sont toujours très mal évaluées : 34 % seulement des Français pensent que les entreprises du médicament sont éthiques et 16 % qu’elles sont transparentes. »

 Plus généralement le niveau de confiance dans les entreprises du médicament reste dans la moyenne derrière l’aéronautique (77 %) ou le numérique (58 %) mais devant d’autres secteurs comme le nucléaire (37 %), la grande distribution (36 %) ou la banque/assurance (34 %).

Autant de pourcentages qui nous donnent de relatives raisons chiffrées de nous inquiéter des marchands. Et, en même temps, de ne pas totalement désespérer du médicament.

A demain

@jynau

 

Conseil constitutionnel : de quel droit peut-on  punir  les client.e.s des travailleur.se.s sexuels ?  

Bonjour

La morale et le droit. La sexualité et la santé. Le droit de disposer et de faire commerce de son corps versus l’esclavage du proxénétisme. Il est bien des entrées pour traiter du sujet. En voici une nouvelle avec la décision que vient de rendre le Conseil d’Etat (statuant au contentieux n° 423892 – Médecins du Monde et autres).

« Une victoire  dans notre combat » commentent « neuf associations 1 et cinq travailleur-se-s du sexe ». La plus haute juridiction administrative a accepté de transmettre leur question prioritaire de constitutionnalité (QPC) au Conseil constitutionnel. Celui-ci aura désormais la charge de déterminer si la pénalisation des clients, une des mesures prévues par la loi adoptée en avril 2016, est conforme ou non aux droits et libertés garantis par la Constitution.

Il s’agit ici de la loi du n° 2016-444 du 13 avril 2016 « visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées ». Dans son chapitre V (« Interdiction de l’achat d’un acte sexuel ») elle dispose :

 « Art. 611-1.-Le fait de solliciter, d’accepter ou d’obtenir des relations de nature sexuelle d’une personne qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle, en échange d’une rémunération, d’une promesse de rémunération, de la fourniture d’un avantage en nature ou de la promesse d’un tel avantage est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe.  Les personnes physiques coupables de la contravention prévue au présent article encourent également une ou plusieurs des peines complémentaires mentionnées à l’article 131-16 et au second alinéa de l’article 131-17. »

Constats accablants

« Depuis plus de deux ans, nous dénonçons les effets de cette loi instituant la pénalisation des clients des travailleur.se.s du sexe (TDS). Nos réalités quotidiennes sont confirmées par l’enquête nationale, menée par Hélène Le Bail et Calogero Giametta, en avril 2018. Elle révèle les conséquences néfastes de cette loi sur la santé, l’intégrité physique, les droits et les conditions de vie des travailleur.se.s du sexe en France. »

Au regard de ces constats accablants ces militants avaient déposé, avec l’aide de Me Patrice Spinosi, un recours devant le Conseil d’Etat visant à transmettre cette QPC au Conseil constitutionnel. Pour convaincre le Conseil d’Etat de la nécessité d’interroger la conformité de cette mesure législative à la Constitution, ils avaient soulevé plusieurs arguments :

1 L’inefficacité des objectifs de cette mesure de protéger l’ordre et la santé publics dès lors que cette répression favorise l’isolement et la clandestinité, les violences et les pratiques à risques pour les travailleur.se.s du sexe ;

2 L’impact d’une telle mesure sur la situation économique et sociale des TDS, renforçant leur précarité et les éloignant des services de prévention, de soins et d’accès aux droits ;

3 L’incohérence de la pénalisation de clients d’une activité pourtant considérée comme licite.

Le Conseil constitutionnel décidera dans les trois mois de censurer ou non cette mesure législative. Il lui appartient donc d’apprécier la cohérence des choix législatifs au regard des exigences constitutionnelles. Vaste sujet quand on sait que cette  loi va, non seulement à l’encontre des objectifs annoncés par le Gouvernement de protection des personnes mais que bien au contraire elle porte atteinte à la santé, la sécurité et les droits des travailleur.se.s du sexe.

PS.  Sur ce thème : « Travail du sexe: et si pour une fois on écoutait les personnes concernées ? » (Lucile Bellan) Slate.fr 12 novembre 2018

A demain

@jynau

1 Médecins du Monde ; Fédération parapluie rouge ; STRASS (Syndicat du travail sexuel) ; Les Amis du bus des femmes ; Cabiria ; Griselidis ; Paloma ; Aides ; Acceptess-t

Chronique mondaine : mariage d’IntegraGen et de Google Cloud ; la sale gale reste orpheline  

Bonjour

C’est une bouteille tweetée dans l’océan du futur : « IntegraGen » (FR0010908723 – ALINT –Éligible PEA PME), société spécialisée dans la transformation de données issues d’échantillons biologiques en information génomique et en outils de diagnostic pour l’oncologie, annonce aujourd’hui 12 novembre 2018 sa collaboration avec « Google Cloud » pour la mise en ligne de ses outils avancés d’analyse génomique, SIRIUS™ et MERCURY™ sur la Google Cloud Platform. Ce partenariat permet le transfert et le traitement accéléré des données ainsi qu’une amélioration de leur sécurité pour les utilisateurs, cliniciens ou chercheurs. Bérengère Génin, Directeur de la bio-informatique chez IntegraGen :

« Collaborer avec Google Cloud nous permet de fournir à nos clients des solutions intégrées et puissantes, comme SIRIUS et MERCURY, pour analyser rapidement des données de génomiques à grande échelle. Comme nous l’avons présenté lors du Paris Google Cloud Summit en juin dernier, la disponibilité de nos logiciels d’analyse génomique sur le cloud fait désormais de la médecine personnalisée une réalité ».

Les pêcheurs le disent autrement : « La collaboration entre Google Cloud et IntegraGen facilite la réalisation d’importants projets de recherche et aide l’analyse de données de séquençage de façon à déployer les approches de soins personnalisés. Contribuer ainsi à rendre ces outils disponibles est non seulement une opportunité de marché très significative, mais également une avancée majeure pour favoriser l’accès aux soins ».

Ou encore : « La collaboration entre IntegraGen et Google Cloud Platform inclut un support technique de Google Cloud et de son partenaire SFEIR pour l’intégration de SIRIUS et de MERCURY sur la plateforme. Les utilisateurs de ces logiciels peuvent désormais effectuer, en parallèle, leurs projets d’interprétation et accéder aux résultats rapidement. IntegraGen continue d’ajouter des fonctionnalités à chacun de ces outils tout en tirant partie de la richesse des outils de Google aussi bien dans le domaine du big data que dans celui de l’intelligence artificielle (IA). Par ailleurs, les deux sociétés continuent de travailler en étroite coopération pour se conformer aux plus stricts standards de sécurité et de confidentialité de traitement des données en Europe, et de se conformer aux régulations HIPAA aux États-Unis. »

Heureuse comme la gale commune en France

C’est une bouteille parcheminée que l’on n’imaginait plus devoir être lancée dans les mers du passé. « Il y a régulièrement des épidémies de gale dans les collectivités – hôpitaux, maisons de retraite, écoles, crèches, camps de migrants – mais on ne sait toujours pas encore quel est le mieux de traiter par voie locale ou générale », explique  au Quotidien du Médecin. le Pr Olivier Chosidow, dermatologue au Hôpital Henri-Mondor, AP-HP).

C’est pourquoi deux essais randomisés académiques (PHRC) font un appel à recrutement, l’un dans la gale commune et l’autre dans la gale profuse. L’essai SCRATCH dans la gale commune, ouvert à l’enfant (P≥15 kg) et l’adulte, a pour but de comparer l’ivermectine deux doses au traitement local par perméthrine 5 % en deux applications.

Sans oublier l’essai CRUSTED : il s’intéresse à la gale profuse (éruption squameuse du cou, du tronc ou du visage) et à la gale hyperkératosique (au moins 2 sites de lésions hyperkératosiques). L’objectif est de démontrer la supériorité de l’association ivermectine 3 doses à 400 μg/kg + perméthrine 5 % + crème émolliente à l’association ivermectine 3 doses à 200 μg/kg + perméthrine 5 % + crème émolliente.

En France, il n’existe pas de données épidémiologiques sur la prévalence de la gale en l’absence de déclaration obligatoire et de centre national de référence. Avec 100 à 200 millions de cas/an dans le monde, la gale est un problème de santé publique dans les pays dits en développement.

PS/ Chronique maritime : Francis Joyon a remporté, dans la nuit de dimanche à lundi 12 novembre, la Route du rhum, au terme d’un « sprint » final haletant face à François Gabart. Il a coupé la ligne en vainqueur au terme de 7 jours 14 heures 21 minutes et 47 secondes passés en mer, soit un nouveau record.

Fin assurée du scorbut. Question moderne : la gale intéresse-elle la Macif  3 étrange proue de Gabart ?

A demain

@jynau

1 IntegraGen se présente ainsi : « Société spécialisée dans le décryptage du génome humain qui réalise des analyses pertinentes et rapidement interprétables pour des laboratoires de recherche académiques et privés. Dans le domaine de l’oncologie, qui se caractérise par des altérations du génome des cellules cancéreuses, IntegraGen fournit aux chercheurs et aux médecins des outils universels et individualisés de guidage thérapeutique leur permettant d’adapter le traitement des patients au profil génétique de leur tumeur.

« IntegraGen compte quarante collaborateurs et a réalisé un chiffre d’affaires de 6,2 M€ en 2017. Basée au Génopole d’Evry, IntegraGen est également implantée aux États-Unis à Cambridge, MA. IntegraGen est cotée sur Euronext Growth à Paris (ISIN : FR0010908723 – Mnémo : ALINT – Eligible PEA-PME). »

2 Pour inclure dans SCRATCH, contacter au 01 49 81 25 07 : Dr Charlotte Bernigaud (36 809), Dr Gaëlle Hirsch (36 826) ou le Dr Arnaud Jannic (36 808). Pour inclure dans CRUSTED, contacter Mme Hayat Medjenah au 01 49 81 44 86 ou par mail hayat.medjenah@aphp.fr

3 « Mutuelle assurance des commerçants et industriels de France et des cadres et des salariés de l’industrie et du commerce »

 

 

Soudain, au pied de l’Arc de triomphe, Emmanuel Macron redonna vie aux «anciens démons»

Bonjour

Immanence ? En même temps le rationnel et son absolu contraire. La raison pure et l’agitation politique des spectres. Au lendemain des spectacles du 11 novembre 2018, la Une du Monde, quotidien certes parfois fourbu mais toujours debout :  « Macron : les anciens démons ressurgissent ». Aller page 15, juste après le Carnet.

« Dimanche 11 novembre, Emmanuel Macron avait convié à Paris plus de soixante-dix chefs d’Etat et de gouvernement pour les Cent ans de la fin de la Grande Guerre. Dans un hommage au Soldat inconnu, au pied de l’Arc de triomphe, le président a exhorté ses invités, dont Donald Trump et Vladimir Poutine, à ne pas céder aux sirènes du nationalisme, pour privilégier la coopération multilatérale, que ce soit au sein de l’Union européenne ou des Nations unies ».

Et puis ces extraits :

« Le 7  novembre 1918, lorsque le caporal clairon Pierre Sellier sonna le premier cessez-le-feu, vers 10  heures du matin, bien des hommes ne purent y croire, puis sortirent lentement de leurs positions, pendant que, de loin en loin, sur les lignes, les mêmes clairons répétaient le cessez-le-feu puis faisaient entendre les notes de la sonnerie aux morts, avant que les cloches ne répandent la nouvelle, à la volée, dans tout le pays.

Le 11  novembre 1918, à 11  heures du matin, il y a cent ans, jour pour jour, heure pour heure, à Paris comme dans toute la France, les clairons ont retenti et les cloches de toutes les églises ont sonné. C’était l’armistice. » (…)

« Avec les ombres de Peugeot, premier tombé, et de Trébuchon, dernier mort pour la France dix minutes avant l’armistice, voici l’instituteur Kléber Dupuy, défenseur de Douaumont, Apollinaire, Blaise Cendrars au régiment de marche de la Légion étrangère, les soldats des régiments basques, bretons ou marseillais, le capitaine de Gaulle que personne alors ne connaissait, Julien Green, l’Américain, à la porte de son ambulance, Montherlant et Giono, Charles Péguy et Alain Fournier tombés dans les premières semaines, Joseph Kessel venu d’Orenbourg en Russie.

Et tous les autres, tous les autres qui sont les nôtres, auxquels plutôt nous appartenons, et dont on peut lire les noms sur chaque monument, des hauteurs solaires de la Corse aux vallées des Alpes, de la Sologne aux Vosges, de la pointe du Raz à la frontière espagnole. Oui, une seule France, rurale et urbaine, bourgeoise, aristocratique et populaire, de toutes les couleurs où le curé et l’anticlérical ont souffert côte à côte et dont l’héroïsme et la douleur nous ont faits.

Durant ces quatre années, l’Europe manqua de se suicider. L’humanité s’était enfoncée dans le labyrinthe hideux d’affrontements sans merci, dans un enfer qui engloutit tous les combattants, de quelque côté qu’ils soient, de quelque nationalité qu’ils soient. »

Et cet invraisemblable chapelet : « 10  millions de morts ; 6  millions de blessés et mutilés ; 3  millions de veuves ; 6  millions d’orphelins ; des millions de victimes civiles ; un milliard d’obus tirés sur le seul sol de France ».

Suit un bien beau discours présidentiel, expliquant au peuple de France que « 1918 », c’était il y cent ans, que cela « peut sembler loin », mais que « c’était hier ». Et le président Macron de déclarer, avant de nous perdre une nouvelle fois dans une complexité itinérante et mémorielle :

« Je le sais, les démons anciens resurgissent, prêts à accomplir leur œuvre de chaos et de mort. »

Où  l’on en revient, comme dans le cas de l’alcool, des drogues et du sevrage, à la métaphore du « retour des démons ». Métaphore opérante ? Immanence ?

A demain

@jynau

 

 

  « Le 7  novembre 1918, lorsque le caporal clairon Pierre Sellier sonna le premier cessez-le-feu, vers 10  heures du matin, bien des hommes ne purent y croire, puis sortirent lentement de leurs positions, pendant que, de loin en loin, sur les lignes, les mêmes clairons répétaient le cessez-le-feu puis faisaient entendre les notes de la sonnerie aux morts, avant que les cloches ne répandent la nouvelle, à la volée, dans tout le pays.

Le 11  novembre 1918, à 11  heures du matin, il y a cent ans, jour pour jour, heure pour heure, à Paris comme dans toute la France, les clairons ont retenti et les cloches de toutes les églises ont sonné.

 

C’était l’armistice. »

(…)

« Avec les ombres de Peugeot, premier tombé, et de Trébuchon, dernier mort pour la France dix minutes avant l’armistice, voici l’instituteur Kléber Dupuy, défenseur de Douaumont, Apollinaire, Blaise Cendrars au régiment de marche de la Légion étrangère, les soldats des régiments basques, bretons ou marseillais, le capitaine de Gaulle que personne alors ne connaissait, Julien Green, l’Américain, à la porte de son ambulance, Montherlant et Giono, Charles Péguy et Alain Fournier tombés dans les premières semaines, Joseph Kessel venu d’Orenbourg en Russie.

Et tous les autres, tous les autres qui sont les nôtres, auxquels plutôt nous appartenons, et dont on peut lire les noms sur chaque monument, des hauteurs solaires de la Corse aux vallées des Alpes, de la Sologne aux Vosges, de la pointe du Raz à la frontière espagnole. Oui, une seule France, rurale et urbaine, bourgeoise, aristocratique et populaire, de toutes les couleurs où le curé et l’anticlérical ont souffert côte à côte et dont l’héroïsme et la douleur nous ont faits.

Durant ces quatre années, l’Europe manqua de se suicider. L’humanité s’était enfoncée dans le labyrinthe hideux d’affrontements sans merci, dans un enfer qui engloutit tous les combattants, de quelque côté qu’ils soient, de quelque nationalité qu’ils soient. »

Et cet invraisemblable chapelet : « 10  millions de morts ; 6  millions de blessés et mutilés ; 3  millions de veuves ; 6  millions d’orphelins ; des millions de victimes civiles ; un milliard d’obus tirés sur le seul sol de France ».

Suit un bien beau discours présidentiel, expliquant au peuple de France que « 1918 », c’était il y cent ans, que cela « peut sembler loin », mais que « c’était hier ». Et le président Macon de déclarer, avant de se perdre une nouvelle fois dans une complexité itinérante et mémorielle :

« Je le sais, les démons anciens resurgissent, prêts à accomplir leur œuvre de chaos et de mort. »

Où  l’on en revient, comme dans le cas de l’alcool, des drogues et du sevrage, à la métaphore du « retour des démons ».

A demain

@jynau