Médicaments en or : qu’attend notre gouvernement pour s’inviter au bal des brevets ?

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Tambours. Médecins sans Frontières et Médecins du Monde repartent en guerre. Ils annoncent aujourd’hui 27 mars « une nouvelle opposition au brevet, portant sur le composant de base qui permet de fabriquer le sofosbuvir, médicament commercialisé à prix d’or par la firme américaine Gilead Sciences sous le nom de Sovaldi®, désormais synonyme des pires dérives capitalistiques.

Le sofosbuvir est un élément-clé de la plupart des combinaisons thérapeutiques pour le traitement de l’hépatite C. Il fait partie des antiviraux à action directe qui, depuis leur arrivée sur le marché il y a quatre ans, ont permis d’améliorer de manière spectaculaire les taux de guérison. Pour autant les prix pratiqués par Gilead en Europe atteignent les 55 000 € pour un traitement de douze semaines – et aux Etats-Unis le prix initialement fixé par Gilead était de 84 000 dollars par traitement (1 000 dollars le comprimé). Or des études ont montré que le coût de production d’un comprimé de sofosbuvir est …. inférieur à un euro. On peut voir là un scandale doublé d’une pathologie interne au capitalisme devenu sauvage.

« Ce brevet majeur protège le sofosbuvir et a été accordé à Gilead en juin 2016. Il semble souffrir de manquements aux règles de la brevetabilité telles qu’elles sont définies par la convention sur le brevet européen de 1973, nous explique MDM.  Par cette action, nous continuons notre combat mené depuis plusieurs années pour faire baisser le prix exorbitant des médicaments innovants contre l’hépatite C en France et en Europe. Ce sont ces prix qui empêchent un accès pour tous à des médicaments qui guérissent. »

Factures aux prix trop forts

MDM avait déjà mené, il y a deux ans, une opposition à un autre brevet important protégeant le sofosbuvir. En octobre 2016, l’Office européen des brevets (OEB) avait statué que l’industriel n’avait pas respecté toutes les règles de la brevetabilité. Cette décision avait conduit à retirer de la protection du brevet la formule chimique définissant le médicament sofosbuvir. Pour autant, l’industriel continue de facturer au prix fort un médicament qui n’a plus la même protection et les pouvoirs publics à accepter ce prix. Que fait le gouvernement français ? Qui, en son sein, est en charge de ce dossier ?

MDM œuvre ici de conserve avec MSF et d’autres organisations de la société civile (dont Aides) qui, dans dix-sept pays ont toutes présenté des oppositions au brevet détenu par Gilead sur le sofosbuvir, afin de lever les obstacles qui empêchent à des millions de personnes de recevoir ce traitement. « L’opposition déposée en 2015 était une première : la société civile en Europe n’avait en effet jamais contesté un brevet sur un médicament. Nous avons démontré que nous pouvions, avec succès, nous inviter dans le système des brevets pour en dénoncer les failles » souligne le Dr Françoise Sivignon, présidente de MdM. Que fait le gouvernement français ? Qui, en son sein, décidera de s’inviter au bal ?

Capitalisme sauvage

Ni MSF ni MDM ne succombent ici par angélisme. Ils ne contestent pas (ou plus) le fait qu’il existe un marché et que ce marché est régi par la toile des brevets. « Mais il existe des règles. Or les règles du brevet ne sont pas toujours respectées par les industriels et celles du marché ne sont pas appliquées dans leur totalité par les gouvernements » dénonce déclare Olivier Maguet, responsable de la campagne prix du médicament à MDM. La stratégie des deux ONG est de « mettre en tension » le système. De fournir des arguments de droit pouvant aider les gouvernements dans leur rapport de force, aujourd’hui inégal, avec les industriels pour réduire les prix des médicaments innovants. Cette action devrait les inciter à utiliser la licence d’office, mesure légale prévue de longue date dans le droit français. Qui incitera le gouvernement français à agir et à le dire ?

« Le brevet sur le sofosbuvir garantit une situation de monopole à Gilead, et empêche l’accès à des traitements abordables, y compris par des médicaments génériques, en Europe et ailleurs, précise Aliénor Devalière, spécialiste des politiques européennes pour la CAME de MSF. Or ce brevet peut – et doit – être attaqué : les connaissances scientifiques qui ont permis la mise au point du sofosbuvir ne sont pas nouvelles. »

Attaquer le brevet ou s’y opposer, c’est espérer qu’il soit ainsi révoqué ou que sa durée de validité soit raccourcie, permettant l’arrivée de médicaments génériques et une réduction drastique des prix. Des brevets sur le sofosbuvir ont déjà été révoqués en Chine et en Ukraine, tandis que d’autres jugements sont attendus en Argentine, en Inde, au Brésil, en Russie et en Thaïlande, entre autres. Le gouvernement français sera-t-il  bon dernier ? Où sont, dans ce dossier exemplaire, les responsabilités ?

A demain

Cigarette électronique, tabac et réduction des risques : le quinquennat qu’il ne fallait pas

 

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Une nouvelle étape, politique, vient d’être franchie dans la jeune histoire de la cigarette électronique. Les conclusions du deuxième « Sommet de la Vape » organisé le 20 mars à Paris 1 ont, estiment ses organisateurs, permis d’établir un « consensus absolu » entre (quelques) instances dirigeantes de santé publique, les sociétés savantes, les usagers et les professionnels du secteur. Et ce consensus peut être formulé en une phrase, à la fois médicale et politique : « la vape est un outil de réduction des risques tabagiques ».

« Il est remarquable de constater qu’il n’existe plus de discussions pour affirmer que vapoter est une réduction de risque très importante pour un fumeur, même s’il existe des divergences d’avis parmi les participants au sommet de la vape sur d’autres points. Recommander la vape à un fumeur comme moyen de sortie du tabac apparaît bénéfique au plan individuel pour l’ex-fumeur et pour la société.

« Il existe un consensus pour affirmer que fumer et vapoter n’est pas un objectif à long terme et qu’il faut que les ‘’vapo-fumeurs’’ aient comme objectif (sans forcément de délai) l’arrêt complet du tabac. (NB : Des études sont nécessaires pour mieux connaître les moyens de devenir vapoteur exclusif – comme sur beaucoup de points). »

Perversité de la précaution

Tout n’est certes pas rose. Sur la question du « vapotage au long cours » il existe un désaccord. D’une part des vapoteurs affirment que vapoter leur permet de rester à l’écart de la consommation de tabac et leur sauve la vie. D’autre part des « acteurs de santé » affirment que bien que le danger soit très inférieur à celui du tabagisme, le risque n’est pas nul. A ce titre ils ne peuvent que recommander l’arrêt « un jour » de la vape.

S’il existe, aussi, un consensus pour que soient établies des règles concernant le vapotage dans les lieux à usages collectifs, des divergences fortes demeurent quant aux moyens pour parvenir à cet objectif : l’éducation et la civilité, le règlement des établissements, le marbre de la loi.

« La crainte de la population sur les dangers de la vape est totalement irrationnelle, ajoutent, en conclusions les organisateurs de ce Sommet. Cette peur irrationnelle prise au nom du ‘’principe de précaution’’ conduit de nombreux fumeurs à ne pas quitter le tabac, alors qu’arrêter de fumer sauve des dizaines de milliers de vie. Pour les autorités et acteurs de santé, respecter le ‘’principe de précaution’ c’est favoriser tout ce qui permet de sortir du tabac, et donc la vape. »

Remarquables absences

Il existe, enfin, un consensus des participants pour souhaiter que la vape ne soit pas un produit d’entrée en tabagisme chez les adolescents. Mais force est bien de constater, en ce début d’année 2017, qu’aucune donnée solide n’est venue conforter l’hypothèse que la vape constitue une augmentation du risque d’entrée en tabagisme.

Reste la dynamique: les divergences se sont beaucoup réduites depuis le premier sommet de la vape 2016.  Les organisateurs expliquent avoir « particulièrement apprécié les présences »  du Pr Benoît Vallet, Directeur général de la Santé (pour la deuxième fois) et du Dr Nicolas Prisse, Président de la MILDECA ». Etaient aussi, très remarquablement absents : la Haute Autorité de Santé, l’ANSES, Santé publique France et Tabac Info Service. Sans parler de Marisol Touraine, ministre de la Santé.

Autant d’absences qui doivent être interprétées comme d’éclairants symptômes. Ceux de la déconnexion, à bien des égards tragiques, du politique et de la réalité – déconnexion de l’action politique et du pragmatique. Et ce alors même que seul le dialogue entre les différents acteurs permettrait de prévenir, progressivement, un nombre considérable de morts prématurées dues à la consommation de tabac. De ce point de vue le quinquennat qui s’achève est la parfaite illustration de ce que le prochain ne doit pas reproduire.

A demain

1 « Sommet de la Vape » est un événement dont l’indépendance est assurée par un financement participatif organisé sur Internet par l’association SOVAPE auprès de citoyens donateurs, sans l’aide d’aucune industrie. Comité d’organisation : SOVAPE, Pr Didier Jayle, Jacques Le Houezec  et le Bertrand Dautzenberg. L’auteur de ces lignes a participé à l’animation de l’une des tables rondes.

Tabac : Nicolas Dupont-Aignan reste sec sur la santé publique et la cigarette électronique

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La politique ? « Cabinet noir », trahisons et spectacles indignes de la télévision publique… Et puis, en marge de cette régression épidémique, les échanges entre les buralistes et les candidats à la magistrature suprême. Nous avons lu les lettres de François Fillon et d’Emmanuel Macron aux vendeurs de tabac. Aujourd’hui leur site nous offre, dans son intégralité, le message que vient de leur faire passer Nicolas Dupont-Aignan.

Nicolas Dupont-Aignan, 56 ans se réclame du gaullisme et du souverainisme. Il parle haut et fort, fut successivement membre du Rassemblement pour la République (RPR), du Rassemblement pour la France (RPF) et de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), avant de fonder et présider Debout la France (DLF), anciennement Debout la République.

Clé sous la porte

Que peut dire aux buralistes celui qui a recueilli 1,79 % des suffrages exprimés à l’élection qui vit le sacre de François Hollande ? Des choses comme celle-ci :

« Un nombre accru d’entre vous, buralistes et représentants des buralistes de France m’alerte, mois après mois, sur votre situation devenue de plus en plus difficile. Je me dois donc de vous écrire afin de vous dire mon appui. Votre maillage important sur l’ensemble du territoire fait de vous un acteur de proximité social et économique essentiel, mais vous êtes toujours plus délaissés par la classe politique actuelle. »

 Ou encore ceci :

« Le matraquage fiscal mené par François Hollande vous étouffe et conduit bon nombre d’entre vous à mettre la clé sous la porte. Je me suis toujours battu à l’Assemblée nationale pour que les charges pesant sur les petites et moyennes entreprises soient réduites. Ce n’est pas à vous de payer les pots cassés de 30 ans de gestion hasardeuse des comptes publics. »

 Sans oublier l’incantation rituelle aux frontières et barrières douanières :

« Vous subissez l’impuissance de l’État et la réglementation européenne. Vous êtes exposés à une concurrence déloyale que je ne peux tolérer contrairement à nos actuels dirigeants. Les règles d’importation de tabac en UE et la suppression des frontières favorisent les trafics de tabac : la Cour de Justice de l’UE nous a imposé la suppression des seules barrières qui empêchaient le transport massif de tabac par les particuliers. »

Libération fraternelle

Ceci posé, que faire du tabac (80 000 morts prématurées chaque année) à l’intérieur de nos frontières retrouvées ? Organiser une libération fraternelle de celles et ceux devenus dépendants du fait, pour partie, de l’Etat ? Bâtir (enfin) une politique pragmatique de réduction des risques ? Agir en usant du puissant levier que pourrait être la cigarette électronique ? S’inspirer des modèles développer avec succès au Royaume-Uni ou en Australie ?

M. Dupont-Aignan à bien d’autres préoccupations. C’est la lutte (à intensifier) contre le marché parallèle. C’est aussi la sécurité (à renforcer avec police et vidéosurveillance) des buralistes. Sur ce sujet il a ce mot, terrible, dont on voit assez mal en quoi il peut s’inspirer du gaullisme et de la République  :

« De récents événements ont conduit certains de vos collègues à faire leur propre loi : je n’approuve bien entendu pas cette méthode, mais sachez que je la comprends. »

 Puis il aborde le seul sujet où le gouvernement a, ces cinq dernières années, tenter d’agir en matière de tabac : le paquet neutre. Cela donne ceci :

Deux paquets de tabac étranger

« Dans la concurrence internationale, la France doit combattre à armes égales. Le paquet neutre créé une distorsion de concurrence insupportable qui fragilise une filière économique entière. Nos dirigeants actuels sont si peu soucieux des intérêts des Français qu’ils sont prêts à prendre des décisions plus restrictives que les règles européennes sur le paquet neutre. »

Les buralistes auront bien compris le message. Avec, en prime, la future restriction à deux paquets par personnes pour ce qui est de européens l’importation de tabac des pays voisins. Un dernier message, pour la route :

« Les 23 avril et 7 mai a lieu l’élection présidentielle. Elles seront pour vous, professionnels buralistes, l’occasion de vous faire entendre et d’influencer les orientations que prendra votre activité pour les années à venir. On ne résout pas les problèmes avec ceux qui les ont causés ».

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VIH : pourra-t-on l’éradiquer sans mettre en place un dépistage (plus ou moins) imposé ?

 

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Retour du rituel avec l’édition 2017 du Sidaction. Incitations récurrentes à faire un geste – donner via le 110 ou par SMS. Donner comme l’an dernier (4,2 millions d’euros de promesses). Vieux rituel. Qui se souvient que nous en sommes à la « 24e campagne annuelle ». Et qui, parmi les témoins du début des années 1980, aurait imaginé qu’en 2017 le degré d’information des Français en serait à ce point ?

Un sondage réalisé par l’Ifop et Bilendi sur demande du Sidaction vient de donner un aperçu de la triste réalité. Une réalité qui voit le retour des légendes urbaines – au point que l’on se demande si ces légendes ont un jour disparu.

Ainsi, en 2017 en France 16 % des Français pensent que le virus du sida peut être transmis en s’asseyant sur un siège de toilettes publiques (18 % des 15-24 ans), la même proportion estime que l’utilisation d’un produit de toilette intime est efficace pour empêcher la transmission (12 % des 15-24 ans), et 25% que le risque existe même lors d’un rapport sexuel protégé. Plus d’un sur cinq pensent qu’il existe des médicaments pour guérir du sida (23 % des 15-24 ans), et 15 % pensent que le virus peut être transmis en embrassant une personne séropositive – ou en entrant en contact avec sa transpiration (21 % des 15-24 ans).

Responsabilités

Où l’on voit que les fausses informations distillées il y a trente ans par quelques hommes politiques (au premier rang desquels Jean-Marie Le Pen) sont toujours présentes au sein d’une fraction de la population. Sans évoquer de culpabilité, où sont les responsabilités ?

Les chiffres ? En France, près de 150 000 personnes seraient infectées par le VIH et 20% d’entre elles ignoreraient leur séropositivité. Depuis plusieurs années en France, le nombre de nouvelles infections ne diminue pas : plus de 7 000 par an. De plus, 40% des infections sont diagnostiquées tardivement.

 Un paradoxe (un échec ?) majeur de santé publique quand on connaît les possibilités de dépistage et quand on sait que l’identification des personnes infectées permet de leur proposer un traitement efficace le plus précocement possible tout en réduisant dans le même temps les risques de transmission. Un paradoxe majeur pour ne pas parler d’échec d’une politique d’information.

Proposer plus souvent

L’objectif officiel ? Plus ou moins irréaliste il ne varie pas : l’éradication de l’épidémie. A cette fin la Haute Autorité de Santé (HAS) a décidé de « revoir sa stratégie de dépistage ». Elle recommande désormais « de concentrer les efforts sur les populations les plus exposées au risque d’infection et de continuer à inciter chaque personne à se faire dépister au moins une fois dans sa vie ».

Et à l’occasion du Sidaction, la HAS a aussi rappelé que la proposition de dépistage doit tenir compte de l’incidence régionale de l’infection. Ainsi, elle doit être plus souvent proposée en Île-de-France, qui concentre 42 % des nouvelles infections annuelles, en Provence-Alpes-Côte d’Azur (7%) et dans les départements français d’Amérique. Mais encore ? Ceci :

« Afin de freiner la dynamique de circulation du virus, la HAS estime d’il conviendrait de renforcer la fréquence de dépistage au sein de populations-clés, c’est-à-dire les plus exposées au risque d’infection à VIH. Soit, en pratique, tous les trois mois pour les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (risque d’infection 200 fois plus important par rapport à la population hétérosexuelle née en France métropolitaine) ; tous les ans pour les utilisateurs de drogue par injection (risque 20 fois plus important) ; tous les ans pour les personnes originaires de zones à forte prévalence, notamment d’Afrique subsaharienne (risque 70 fois plus important pour les femmes et 30 fois plus pour les hommes) et des Caraïbes. »

Volontariat

Point éthique central : la HAS insiste sur le concept de « démarche individuelle et volontaire de recours au dépistage ». Et il faut faciliter un accès individualisé au dépistage par le recours à des outils de dépistage diversifiés

« L’existence de tests aux caractéristiques différentes (test sanguin Elisa en laboratoire, test rapide d’orientation diagnostique (TROD), autotest de dépistage de l’infection à VIH) doit permettre à chacun de trouver la solution la mieux adaptée à sa situation personnelle et de faciliter pour les professionnels les occasions de proposer un dépistage. La HAS reconnaît notamment l’intérêt des actions de dépistage par TROD « hors les murs » à la rencontre des populations-clés, réalisées par les associations et les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD). En outre pour la HAS, la réalisation d’un test sanguin en laboratoire d’analyses médicales sans prescription médicale doit rester possible et l’accès aux autotests auprès de pharmaciens d’officine doit être facilité. »

Mais après ? Que fera-t-on si au fil des années la réalité épidémiologique ne change pas ? En viendra-t-on, au non de la santé publique, à envisager de modifier le concept aujourd’hui clef de dépistage individuel et volontaire ? Avec quels arguments ? La question n’est pas simple à soulever. D’une manière ou d’une autre elle l’a été et le sera. Le Comité national d’éthique et son nouveau président ont-ils songé à inscrire ce sujet sur leur agenda ?

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Renaissance : des biologistes hollandais sont proches de la source de l’eau de Jouvence

Bonjour

Aux antipodes du politique, la biologie peut encore nous faire rêver. C’est le cas aujourd’hui avec une publication signée d’un groupe de chercheurs hollandais dirigés par Peter L. J. de Keiser (Department of Molecular Genetics, Erasmus University Medical Center Rotterdam) et qui ouvre de nouvelles perspectives quant à la maîtrise des mécanismes de sénescence. On trouve cette publication dans la revue Cell : « Targeted Apoptosis of Senescent Cells Restores Tissue Homeostasis in Response to Chemotoxicity and Aging ». Elle vient d’être reprise par la BBC : « Drug ‘reverses’ ageing in animal tests ». Et elle est développée dans Science par Mitch Leslie : « Molecule kills elderly cells, reduces signs of aging in mice ».

Le biologiste Peter de Keizer s’intéresse aux stratégies développées, à l’échelon moléculaire, par les cellules sénescentes pour rester ou non vivantes. C’est dans ce cadre, exploré depuis plusieurs décennies, qu’il explique avoir découvert une nouvelle piste via la protéine FOXO4 dans ses rapports avec celle, bien connue sous le nom de p53. Ils expliquent, schématiquement, avoir conçu une molécule, un peptide, qui en jouant sur ces mécanismes, permettrait de contrer l’évolution depuis toujours irréversible, vers la sénescence. On l’aura compris c’est là une autre manière de parler, à Rotterdam, de l’eau de la fontaine de Jouvence.

Plaisirs de fureter

Le peptide de Rotterdam a été testé sur des souris de laboratoire et les biologistes en décrivent les effets en des termes stupéfiants. Les rongeurs testés vivent environ la moitié du temps que les souris normales. Après quelques mois d’existence leurs poils commencent à tomber, leur fonction rénale se dégrade et ils entrent en léthargie. Or l’administration du peptide amplifie soudain la densité de leur pelage, rétablit la fonction rénale et les voit à nouveau se dépenser dans leurs cages. Et des phénomènes du même type sont, nous dit-on, observés chez des souris normales prenant de l’âge qui semble redécouvrir les plaisirs de fureter.

Rien n’est acquis bien sûr. Science et la BBC interrogent d’autres biologistes, enthousiastes ou réservés. Les biologistes comme les horlogers savent, depuis toujours, que l’on ne touche pas sans risque au grand balancier du temps qui passe. Pour autant, à Rotterdam, dans l’université qui porte le nom d’Erasme, on se souvient de la Renaissance et de la Jouvence : des essais cliniques devraient bientôt être menés sur des humains.

On peut, loin du désenchantement politique, préférer les horizons et les rêves des biologistes.

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Dernières vérités chiffrées sur les agressions dont sont victimes les médecins français

 

Bonjour

C’était, ce matin, une exclusivité du Quotidien du Médecin (Henri de Saint Roman). Une exclusivité vite relayée par le Conseil national de l’Ordre des médecins. Elle prend la forme d’un bulletin chiffré venu d’un front que nul ne sait identifier, de zones d’insécurité mouvantes, d’une nouvelle réalité des quartiers et des cités.

L’erreur serait ici de trop noircir ce qui nous est livré. Pour autant ce bulletin dit bien le malaise croissant et, si l’on peut utiliser le mot, la forme de désacralisation de l’espace et du geste médical. Il dit aussi l’impossibilité désormais chronique du politique à peser sur cette réalité pour la prévenir. Il exprime aussi la nécessité d’un renouveau, d’un sursaut solidaire qui reste à imaginer.

Document ordinal :

« L’Ordre des médecins publie aujourd’hui les résultats de l’Observatoire de la sécurité des médecins en 2016. 968 incidents ont été déclarés en 2016. Il s’agit du nombre de déclarations le plus important depuis la création en 2003 de cet Observatoire.  Dans ce contexte préoccupant, et comme en 2015, 56% des incidents n’entraînent cependant pas de suites légales, proportion la plus élevée depuis la création de l’Observatoire

« L’Observatoire de la sécurité s’est basé en 2016 sur 968 fiches de déclarations d’incidents. Il s’agit du nombre de déclarations le plus important depuis la création en 2003 de l’Observatoire, et d’un nombre qui reste nettement supérieur à la moyenne constatée (741 déclarations d’incidents par an). Depuis 2010 est observée une stabilité globale élevée. Les départements les plus touchés sont les Bouches-du-Rhône (68 incidents) et le Nord (59 incidents). L’on constate également une recrudescence importante des déclarations en Seine-Saint-Denis (49 déclarations, contre 27 en 2015).

« La surreprésentation des généralistes parmi les médecins déclarant s’accentue par ailleurs depuis 2012, et est demeurée en 2016 au même niveau record qu’en 2015 : les généralistes représentent 65% des déclarants, alors qu’ils ne représentent que 45% des praticiens. »

Crachats

Il faut ajouter que ces chiffres regroupent les agressions verbales et menaces (majoritaires) les agressions physiques, les vols et tentatives et les actes de vandalisme. L’agresseur est le patient dans un peu plus d’un cas sur deux, un accompagnant ou une tierce personne. Une arme a été utilisée dans 2 % des agressions. Les  violences physiques sont majoritairement des coups et blessures, des crachats au visage.

Quant à « l’élément déclencheur » de l’ « incivilité » il est souvent d’une redoutable banalité. Trois cents incidents sont nés d’un reproche sur une prise en charge, cent-cinquante faisaient suite à un refus de prescription, une centaine avait trait à une demande de falsification de certificat et une autre centaine résultait d’un temps d’attente jugé excessif.

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Première grève de la faim hospitalo-universitaire contre le « manque de moyens humains »

 

Bonjour

De l’énervement à la colère. De la colère à l’action. Puis une grève de la faim dans le hall de l’hôpital Dupuytren (CHU de Limoges) annonce Le Populaire du Centre. Trois hommes et une femme, ont décidé de cesser de s’alimenter pour dénoncer « le manque de moyens humains » dans l’établissement et « se faire entendre de la direction ». Tout est dit. Entamée le 20 mars cette grève de la faim est aujourd’hui dans une impasse précise France 3 Aquitaine.

Trois hommes, une femme, quatre agents hospitaliers syndiqués : Jacqueline Lhomme-Léoment, secrétaire générale adjointe de la CGT au CHU, Thierry Collas, aide-soignant et secrétaire général Sud Santé 87, Aymeric Martin, préparateur en pharmacie devenu permanent CGT à l’hôpital, Christophe Zegadi, agent de sécurité incendie, cégétiste.

Pour ces grévistes de la faim ce mode d’action extrême et inédit est « à la hauteur de la souffrance du personnel et de la gravité de la situation ». « Le conflit social dure depuis novembre et on a l’impression de ne pas être écoutés, de n’obtenir que des broutilles », a déclaré Thierry Collas à la presse. Les principales revendications des grévistes ? Le remplacement des arrêts maladie et départs en retraite, ainsi qu’une titularisation massive des contractuels (ils seraient plus de neuf cents à travailler dans l’établissement).

Broutilles

« Est-il normal que des gens restent en CDD des années durant ? Cela veut bien dire que les postes sont pérennes, s’indigne Jacqueline Lhomme-Léoment. Ils n’ont pas les mêmes conditions de travail, ne peuvent pas refuser de revenir sur leurs jours de repos ou de vacances… J’ai l’exemple d’une maman de trois enfants en bas âge, sous contrat depuis six ans, qui n’aura pas un jour de congé en juillet et août prochains. Comment voulez-vous que les gens ne craquent pas ? »

Les premières rencontres avec la direction générale n’ont pas entamé la détermination des grévistes et les différentes parties syndicales ne sont pas, ici, unies. « Nous nous sommes engagés à résorber l’emploi précaire : en 2017-2018, les postes aux concours seront ouverts pour 346 personnes (en vue d’une titularisation ou promotion), a publiquement expliqué Jean-François Lefebvre, directeur général du CHU de Limoges depuis 2015. Un nouveau dispositif de suppléance avec une organisation plus proche du terrain, pour remplacer l’absentéisme, comprendra aussi une quarantaine d’agents. »

La direction générale dit aussi entendre certaines demandes supplémentaires des syndicats. Elle y travaillera dans les jours à venir mais ne peut y répondre dans l’immédiat. Une pétition signée par trois mille usagers et salariés du CHU a été remise à l’Agence Régionale de Santé de la Nouvelle Aquitaine à Bordeaux. Rien n’interdit de penser qu’elle a, via la nouvelle ligne de TGV, déjà atteint Paris.

A demain