Fumeur, savais-tu que ta Nicorette-Skin® te sera bientôt remboursée par la collectivité ?

 

Bonjour

C’est un communiqué rédigé par des publicitaires et destiné aux journalistes qui œuvrent dans le vaste champ de la santé. Leurs confrères politiques et économiques ne semblent pas conviés. Ce qui ne manque pas d’interroger. Un communiqué de presse qui ne manque pas de sel – accroché à une publication du Journal Officiel  du 16 mai.

Nous sommes ici dans un domaine nouveau en France : le « remboursement des substituts nicotiniques  par la sécurité sociale ».

« Egalité pour tous face au sevrage tabagique : NICORETTESKIN®16h, deviennent suite à cette publication les premiers et seuls patchs nicotiniques à date, à répondre à l’appel ! » assure le fabricant : le « laboratoire Johnson & Johnson Santé Beauté France ». Ce dernier  s’engage désormais dans l’accès au sevrage tabagique pour tous en inscrivant au remboursement ses patchs NICORETTESKIN® 16h, premiers et seuls patchs nicotiniques à date, à être remboursés ».

Et de nous éclairer : « Dans le cadre du nouveau plan santé « priorité prévention », présenté le 26 mars dernier par le gouvernement, la prise charge ‘’classique’’ des substituts nicotiniques par la sécurité sociale a été annoncée. Il a toutefois été spécifié que « ce mouvement est progressif car il implique une démarche des laboratoires ». Et le laboratoire Johnson & Johnson Santé Beauté France est le premier. Pourquoi ? Comment ? Et, surtout, pourquoi si tard ? Nous ne le saurons pas à la lecture de ce communiqué….

Cigarette électronique

En savoir plus ? Le Dr Anne-Laurence Le Faou, responsable du centre ambulatoire d’addictologie, à l’hôpital européen Georges-Pompidou (APHP) à Paris et Présidente de la Société Francophone de Tabacologie, ainsi que le laboratoire Johnson & Johnson Santé Beauté France s’exprimeront (peut-être) sur ces sujets. Rendez-vous gratuit le 24 mai prochain, vers midi, dans un grand hôtel parisien.

Le « laboratoire Johnson & Johnson Santé Beauté France » y révélera « en avant-première » les résultats d’un sondage réalisé sur un panel de mille Françaisun sondage ayant pour objectif « d’évaluer l’impact du remboursement par la sécurité sociale des substituts nicotiniques ». La question aurait pu être posée différemment : les esclaves aimeraient-ils être aidés par la collectivité pour briser leurs chaînes addictives tabagiques qui, pour partie, profitent à l’Etat ?

On pourrait, aussi, s’intéresser, ici, à la cigarette électronique.

A demain

Deux morts dans l’attente des urgences : l’onde de choc, la réaction politique d’Agnès Buzyn

Bonjour

Accepter ou s’indigner ? Ce sont bien évidemment les réactions d’indignation qui affluent. L’annonce de la mort, de deux personnes de 90 ans, mi-avril et début mai, dans la salle d’attente des urgences du CHU de Tours a rapidement pris une ampleur nationale. On sait aujourd’hui que l’une des deux personnes est restée plus de six heures sur un brancard et la seconde plus de quatre heures.

Un infirmier aux urgences de nuit a déclaré à l’AFP : «Ces personnes ont été vues par les infirmiers d’accueil. Elles n’ont pas pu être placées en box pour être examinées médicalement et se voir prodiguer les soins nécessaires suffisamment tôt. Elles sont décédées dans une salle d’attente, post-triage, sur des brancards au milieu d’autres personnes qui attendaient d’être prises en charge». Cet infirmier dénonce «un goulot d’étranglement à l’entrée des urgences qui crée un temps d’attente inacceptable».

Le Pr Gilles Calais, président de la Commission médicale d’établissement et membre de la direction du CHU de Tours, a déploré également auprès de l’AFP que «ces patientes en détresse médicale importante, grave, soient décédées dans des délais entre 4 et 8 heures après leur admission». « Des patients en fin de vie doivent-ils mourir aux urgences? Non. Il faut réguler les flux en amont, explique-t-il. Nous avons deux cents décès aux urgences chaque année. La majorité surviennent dans ces conditions-là. Ce n’est pas une problématique spécifique au CHU de Tours. »

Droit d’alerte

Localement les soignants hospitaliers dénoncent un manque d’effectif, de moyens et de temps pour s’occuper des patients admis aux urgences.  Anita Garnier, infirmière de nuit à Trousseau, (syndiquée Sud) a résumé à La Nouvelle République sa vision de la situation :

« On dénonce l’impossibilité de prendre en charge correctement les patients dans ce service, qui enregistre en moyenne plus de 150 passages par jour. Des décès aux urgences, il y en a souvent, tous les jours malheureusement, mais ce sont les conditions de la mort de ces deux patients qui ne nous conviennent pas, dans la salle d’attente précisément. « Ces deux défunts n’ont pas eu le droit de mourir dans la dignité, avec un proche à leur côté, dans un box individuel, et n’ont pas pu avoir les soins d’hygiène nécessaires. Nos personnels n’ont pas eu la possibilité de leur offrir cela, à cause du flux et du manque de lits dans une salle bondée. » 

Sud Santé avait déjà, précisément, prévenu des risques aux urgences en déposant le 3 février dernier, un droit d’alerte portant sur les conditions de travail et d’accueil au sein des urgences. Ils dénonçaient alors des salles d’attente bondées, et les possibles conséquences dans la qualité de la prise en charge.

Insupportable

Accepter ou s’indigner ? Le fonctionnement du CHU de Tours est affecté depuis plusieurs mois par une série de mouvement de grève touchant différents services – sur fond de suppression de lits, de restructuration et de tension croissante entre la direction et les syndicats hospitaliers. François Braun, président de Samu-Urgences de France, dénonce une situation inacceptable et appelle justement à une réorganisation du dispositif. « Tout cela montre l’urgence de repenser tout le système, mais pas un petit bout du système., dit-il. Quand vous travaillez aux urgences, c’est pour sauver des gens. Quand il arrive un drame comme celui là, ils sont directement touchés dans leur chair. »

Accepter ou s’indigner ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a jugé nécessaire, au vu de l’émotion suscitée par la découverte de ces deux décès, de prendre la parole, parole terrible reprise par France-Bleu  :

« Franchement, évidemment c’est insupportable. Moi même, je me rappelle quand j’étais médecin d’avoir vu des personnes âgées sur les brancards dont personne ne s’occupait. Je sais à quel point les conditions se sont dégradées depuis 10 ou 15 ans.  Ce n’est pas l’arrivée au pouvoir de ce gouvernement, qui fait que tout d’un coup, cela explose. On rabote les moyens de l’hôpital. Il faut revoir qui fait quoi entre la médecine de ville et la médecine hospitalière. Je m’engage à une transformation systémique de notre système de santé. »

La ministre pressent-elle qu’il faudra transformer plus, beaucoup plus, que « notre système de santé » ? Le Comité national nationale d’éthique vient de dénoncer la concentration, la «ghettoïsation» et l’abandon de nombreuses personnes très âgées au sein de notre société. Que pourra, ici, Agnès Buzyn ?

A demain

Mourir, à 90 ans, dans la salle d’attente des urgences d’un CHU. Accepter ou s’indigner ?

 

Bonjour

18 mai 2018. Nouvelle République : « Deux décès de nonagénaires mal vécus aux urgences » (Olivier Pouvreau). Où l’on apprend que deux femmes, âgées l’une et l’autre de 90 ans, viennent de mourir aux urgences du CHU Trousseau de Tours. Mortes dans la salle d’attente des urgences. La première y était venue adressée par un Ehpad de Tours. Elle y est morte dans la nuit du 11 au 12 avril, à minuit. La seconde avait été adressée par un service de soins de la commune voisine de Luynes, décédée à 20 h 45, le 3 mai. « Cela provoque beaucoup d’émotion chez les familles et dans les services, lit-on dans La Nouvelle République. La plaie reste ouverte. »

Le quotidien régional a interrogé le Dr Pierre-François Dequin, chef de pôle. « Nous avons régulièrement des décès aux urgences, malheureusement, explique-t-il. Le service s’est organisé car nous y accueillons de plus en plus de personnes en fin de vie. Il faut accompagner au mieux ces patients qui ont des pathologies lourdes parfois. Il ne serait pas raisonnable de les transférer dans d’autres services. Ces deux événements nous ont marqués, en effet, car ils ont eu lieu en salle d’attente. Ces personnes avaient déjà vu une infirmière de l’organisation de l’accueil. Les personnels et familles sont évidemment meurtris par cette situation. C’est un drame. Nous sommes de tout cœur avec eux.»

Soignants allongés au sol, sur les voies du tramway

Le Dr Dequin rappelle encore que le vieillissement de la population est un problème sociétal important, que l’hôpital n’est qu’un maillon de la chaîne, qu’il lui faut accueillir ces patients, de façon la plus humaine possible, « même si le cadre n’est pas idéal ». Et que son hôpital s’adapte le mieux possible à cette mission nouvelle.

Contactés par le quotidien deux représentants syndicaux du CHU établissaient un lien entre ces décès et « la suppression de lits et postes ». Et s’interrogeaient sur « les conditions de la prise en charge » des personnes. A leurs yeux, mourir en salle d’attente des urgences c’est « difficilement compréhensible ».

18 mai 2018. Nouvelle République : « CHU : ‘’jeudi de la colère’’ ». Où l’on entend le long « cri du cœur » lancé la veille par Anita Garnier, infirmière de nuit aux urgences au CHU Trousseau, syndiquée Sud. Elle s’exprimait devant ses collègues allongés au sol, sur les voies du tramway, place Jean-Jaurès à Tours, comme pour exprimer la mort de leurs métiers :

 « Mes conditions de travail, ça me tue, revenir sur mes congés, ça me tue, voir mes collègues souffrir, la maltraitance institutionnelle, les suppressions de postes, ça me tue, la fermeture des lits, l’attente aux urgences, le marchandising du soin, ça me tue… Le manque de temps auprès des patients, le mépris, les suicides de mes collègues, la pression au travail, les nursings à la chaîne, ça me tue… »

A demain

Cannabis thérapeutique et éthique : de quel droit l’Etat français peut-il l’interdire ?

 

Bonjour

« Cannabis à usage thérapeutique » : celles et ceux qui aimeraient y voir clair peuvent dès maintenant se reporter à la remarquable synthèse que vient de publier le Pr Nicolas Authier, psychiatre, pharmacologue et addictologue (Université Clermont Auvergne) sur le site The Conversation : « Pourquoi nous devrions expérimenter le cannabis thérapeutique en France ». Une mine.

Résumons, ici, son propos. On sait que le cannabis (ou des extraits de cannabis) est de nature à soulager les personnes souffrant de certaines affections chroniques. On sait aussi que ces effets antalgiques restent à démontrer de manière codifiée et que, sur ce sujet, de nombreuses études cliniques sont en cours. Elles portent notamment sur l’usage qui pourrait être fait dans la douleur, la sclérose en plaque, l’épilepsie, les nausées induites par certaines chimiothérapies anticancéreuses, les troubles du sommeil, la cachexie, le glaucome et certains troubles psychiques comme l’anxiété chronique.

« La France réfléchit actuellement aux modalités d’une expérimentation nationale de l’utilisation à visée thérapeutique du cannabis, voire de certains cannabinoïdes – les substances extraites du cannabis précise le Pr Authier. Des auditions d’experts cliniciens, patients et autorités sanitaires se sont tenues à ce sujet le 12 avril à l’Assemblée nationale, à l’initiative du député et médecin Olivier Véran. »

Divrses pesanteurs françaises font que, sur ce thème, le principe même d’une expérimentation nationale fait débat. Pourquoi ? Il faut ici compter avec diverses oppositions, plus idéologiques que scientifiques, au sein d’Académies que l’on pourrait imaginer plus éclairées : académies de médecine et de pharmacie. « Cette expérimentation pourrait pourtant permettre de mieux accompagner des patients qui utilisent actuellement le cannabis sans contrôle médical, et d’évaluer les bénéfices et les risques de cet usage » estime Nicolas Authier.

Il faut ici savoir que des médicaments cannabinoïdes sont – en théorie- disponibles en France. Un seul possède une autorisation de mise sur le marché (AMM) : le Sativex®, autorisé depuis 2014 associant le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et de cannabidiol (CBD). Il est indiqué dans les raideurs et contractures musculaires, appelées spasticité, de la sclérose en plaques (SEP), en dernière intention. Néanmoins, ce médicament n’est toujours pas commercialisé en France faute d’accord sur le prix avec le laboratoire pharmaceutique. C’est là une forme de scandale, souvent ignoré des médias généralistes 1 et mis sous le tapis depuis quatre ans par le pouvoir exécutif – Marisol Touraine, puis Agnès Buzyn.

Le cas exemplaire de Madame A.

Mais on peut aussi, sur le fond, aborder le sujet par une autre face : l’interdiction de principe, par l’Etat français, du recours au cannabis à des fins thérapeutiques  est-elle contraire à l’éthique ? Et ici, une éclaircie : le  Comité ethique et cancer, dispositif consultatif collégial qui émet des avis publics, examinera aussi cette question après la saisine récente d’une patiente sur le caractère « inéthique » de l’interdiction du cannabis dans un contexte thérapeutique. Les sujet est parfaitement résumé sur le site de ce Comité :

« Madame A a saisi le Comité éthique et cancer au sujet de l’usage thérapeutique du cannabis pour soulager la douleur dans un contexte de soins. Madame A a été diagnostiquée d’un cancer lorsqu’elle avait 27 ans. A la suite de nombreuses interventions (tumorectomie, radiothérapie, double mastectomie prophylactique) ou traitements (chimiothérapie, hormonothérapie), elle a été confrontée à des douleurs intenses et chroniques que l’équipe soignante n’a pu endiguer dans de bonnes conditions, proposant anxiolytiques et antalgiques opiacés que Madame A supporte mal.  

Pour soulager ses douleurs, un proche, par ailleurs soignant, lui a suggéré l’utilisation de cannabis sous diverses formes. Cette dernière a constaté un apaisement des douleurs, des nausées, a retrouvé de l’appétit ; et sa qualité de vie a, de ses propres dires, été largement améliorée. Depuis, Madame A évoque ouvertement cette consommation dans le cadre de ses soins, le personnel médical ne s’y opposant pas, au contraire parfois.

Cependant, Madame A s’interroge sur les barrières à l’usage thérapeutique du cannabis. D’abord, le produit en lui-même, porteur de représentations sociales fortes, peut rendre difficile la capacité des personnes à en parler sans craindre diverses formes de jugements. Par ailleurs, le caractère illicite de cette consommation expose les personnes malades souhaitant s’en procurer à divers risques, y compris juridiques, pour un usage permettant pourtant d’améliorer leur qualité de vie. Enfin, si un produit à base de THC, le Sativex® a une autorisation de mise sur le marché, les difficultés sur la négociation du prix et la restriction importante des pathologies concernées par ce traitement rendent, à ce jour, l’accès impossible en France.

Dès lors, Madame A interroge le Comité éthique et cancer sur le caractère « inéthique » de l’interdiction du cannabis dans un contexte thérapeutique, notamment au regard du principe de non-malfaisance, comparant cette interdiction à « un refus de soins » de la part des autorités. C’est ce que le Comité éthique et cancer se propose d’examiner, en restreignant son analyse à un cadre médical : intérêt de l’utilisation du cannabis pour soulager la douleur et améliorer la qualité de vie, et risques afférents à ce type de consommation dans le contexte actuel. »

On attend, avec le plus vif intérêt, la réponse de ce Comité.

A demain

1 Tous les article de ce blog consacrés au  Sativex® sont disponibles à cette adresse : https://jeanyvesnau.com/?s=sativex

 

Cigarette électronique et sevrage tabagique : quand Big Tobacco fait la leçon à Agnès Buzyn

 

Bonjour

Mettre un nom, un visage, sur Big Tobacco ? Voici Éric Sensi-Minautier, l’un des directeurs des affaires publiques, juridiques et de la communication d’un géant : British American Tobacco. Alors que ses homologues se montrent généralement plus que discrets pour défendre leurs intérêts, M. Sensi-Minautier aime s’exprimer publiquement – « une présence massive dans les réseaux sociaux et des tribunes régulièrement publiées dans la presse avec des mots souvent bien sentis » se félicitent les buralistes français.

M. Sensi-Minautier vient, précisément, de prendre la parole. Il fait ici écho à l’annonce, par Agnès Buzyn, d’une micro-action gouvernementale en faveur des fumeurs qui tentent de briser leurs chaînes addictives :

 « Deux premiers traitements de substitution nicotinique sont désormais remboursables par l’assurance maladie : des « gommes à mâcher », depuis le 22 mars 2018 et des « patchs », depuis le 16 mai 2018. Cette prise en charge permet à tous les patients l’accès à ces traitements de substitution, y compris aux plus modestes (sic). »

 Commentaire du Directeur des affaires publiques, juridiques et de la communication de British American Tobacco Europe de l’Ouest :

« À 15 jours de la Journée Mondiale sans tabac, la communication l’emporte sur l’efficacité (…) Près de 3 millions de forfaits de remboursements de substituts nicotiniques ont été versés entre 2007 et 2016, soit un coût estimé de 261 millions d’euros pour la Sécurité sociale, si on prend une moyenne de 100 euros remboursés. Résultat : aucun effet sur la prévalence tabagique qui a augmenté sur la même période en passant de 27 % à 28,7 %.

Nous ne comprenons pas que le ministère de la Santé ne soit pas plus innovant dans ses mesures de santé publique. En effet, il dispose pourtant d’une alternative crédible qui est le vapotage, sans coût pour les finances publiques. C’est d’ailleurs ce qu’a fait le Royaume-Uni : sensibiliser les fumeurs et les accompagner vers le vapotage, ce qui a permis une baisse de la prévalence tabagique de 20 à 15,8 % ces six dernières années ».

Résumons : le géant British American Tobacco fait la leçon à Agnès Buzyn, ministre française des Solidarités et de la Santé. Il lui reproche, à elle et au pouvoir exécutif, de ne pas parvenir à réduire la consommation de tabac en France. Mieux : il l’accuse de ne pas être plus innovante en matière de santé publique – soit de ne pas tout mettre en œuvre (comme le fait le gouvernement britannique) pour faire la promotion de la cigarette électronique.

Les codes sont ce qu’ils sont : Agnès Buzyn ne répondra pas à Eric Sensi-Minautier. Il n’en reste pas moins que la question est, une nouvelle fois posée : celle des origines de l’allergie (massive et durable) du pouvoir exécutif français vis-à-vis de la cigarette électronique, outil massif de réduction des risques. Un tel déni intrigue. Il ne pourra pas, dans un futur, proche ne pas faire l’objet d’actions en justice.

A demain

 

Ethique : Emmanuel Macron sait-il que la France «concentre» et «maltraite» ses «vieux» ?

 

Bonjour

Jeudi 17 mai 2018, nouvelle opération politique de communication : les ministres et secrétaires d’État français tiennent « des réunions publiques ouvertes à tous et dans toute la France. Ce sont les « Rencontres du gouvernement » organisées un an jour pour jour après la nomination de ce dernier. Ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian sera à Abbeville (Somme), le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux à Hennebont (Morbihan), la ministre de la Culture Françoise Nyssen à Strasbourg, (Bas-Rhin) et Bruno Le Maire ministre de l’Économie et des Finances, à Pessan (Gers).

Quant à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé elle répondra en direct de l’Assemblée nationale aux questions des Français, à partir de 20h30 via un « Facebook Live » (sic). Sans doute sera-t-elle interrogée sur un document majeur que vient de publier le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) : « Avis n° 128 – Enjeux éthiques du vieillissement. Quel sens à la concentration des personnes âgées entre elles, dans des établissements dits d’hébergement ? Quels leviers pour une société inclusive pour les personnes âgées ? ».

Où l’on retrouve, au-delà d’un constat dramatique (« Comment la France maltraite ses vieux » à la Une du  Monde) des questions directement posées au pouvoir politique au travers. Le drame général des Ehpad, bien  sûr, mais pas seulement. « Ghettoïsation », « forme latente de maltraitance »…C’est une alerte lancée au pouvoir exécutif. Une alerte solenelle doublée de propositions concrètes.

« Le CCNE a décidé de faire partir sa réflexion de la question de la « concentration » des personnes âgées dans des établissements d’hébergement. En effet, force est de constater que l’institutionnalisation des personnes âgées dépendantes et leur concentration entre elles   génèrent des situations parfois indignes, qui, réciproquement, sont source d’un sentiment d’indignité de ces personnes.

« Leur exclusion de fait de la société, ayant probablement trait à une dénégation collective de ce que peut être la vieillesse, la fin de la vie et la mort, pose de véritables problèmes éthiques, notamment en termes de respect dû aux personnes. En effet, bien que cette institutionnalisation forcée soit revendiquée au nom de principes de bienveillance et dans le but d’assurer la sécurité de ces personnes vulnérables, celle-ci se fait souvent sous la contrainte, faute d’alternative, et se joint en outre de l’obligation pour ces personnes de payer pour un hébergement qu’elles n’ont pas voulu. »

C’est un sujet majeur, explique au Monde le Pr Régis Aubry, chef du service des soins palliatifs du CHU de Besançon et corapporteur de l’avis du CCNE. Il nous est apparu important qu’une politique de santé ait un soubassement éthique, c’est-à-dire qu’elle respecte les personnes âgées à qui elle bénéficie. Or, il y a aujourd’hui une politique inadéquate et irrespectueuse qui conduit à concentrer les personnes les plus vulnérables dans les Ehpad, des lieux où elles n’ont bien souvent pas souhaité être. Certaines personnes âgées dans notre pays souffrent d’un sentiment d’indignité. Elles ont le sentiment d’être en trop, de ne servir à rien. C’est quelque chose qui devrait nous heurter. Il existe aussi une forme de ségrégation dans l’accès aux soins des personnes âgées : les examens médicaux sont plus sommaires, on n’écoute pas les réponses… Tout cela finit par isoler et exclure. »

On dira peut-être que c’est là un constat sans nuance, qu’il existe des résidents d’Ehpad heureux. Sans doute. « C’est vrai, nous ne parlons pas de ceux qui choisissent d’aller volontairement en Ehpad et de ceux dont la vieillesse est heureuse, répond Régis Aubry. Nous éclairons en revanche une zone d’ombre, nous prenons la défense des plus vulnérables. » Que répondra, à tout cela, la ministre des Solidarités et de la Santé ?

A demain

 

Les Français font beaucoup pour arrêter de fumer. Mme Buzyn ne fait presque rien pour les aider 

 

Bonjour

Ce sont des informations tout juste mandées par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Des informations en partie rassurantes concernant le tabagisme. Des informations classées en deux chapitres

I Les ventes de tabac, au cours du premier trimestre 2018, ont diminué de 9,1 % par rapport à la même période en 2017. Pour les cigarettes le recul est de 8,1 % tandis qu’il s’établit pour le tabac à rouler à 14,5 % à jours de livraison constants par rapport au premier trimestre 2017. La baisse des ventes de cigarettes s’est surtout produite au mois de mars à la suite d’une hausse de prix (environ 1 euro de plus en moyenne) intervenue le 1er mars : le recul est de 16,2 %, soit une des deux plus fortes diminutions intervenues sur un mois depuis 2004.  Cette augmentation des prix semble avoir moins impacté les ventes de tabac à rouler. Ceci peut s’expliquer par le fait qu’il s’agit de la 3e hausse depuis janvier 2017 pour ce type de tabac et que les achats dans le réseau buraliste ont déjà beaucoup reculé depuis un an.

Reste que ces informations ne tiennent pas compte, par définition, de la possible augmentation des ventes de cigarettes issues des marchés illices – marchés de contrebande qui, selon les buralistes seraient en hausse constante et face auxquels le pouvoir exécutif demeure, sinon complaisant, du moins désarmé.

II Les ventes de traitements pour l’arrêt du tabac sont en hausse de 10,7 % sur le premier trimestre comparé à la même période en 2017 et à jours constants, continuant à bénéficier de deux mesures. Ces deux mesures sont d’une part le passage de 50 euros à 150 euros, en novembre 2016, du remboursement forfaitaire de l’Assurance maladie ; et d’autre part la réintégration du Champix®  dans la liste des spécialités ouvrant droit à ce remboursement (+ 279,7 %). Le nombre de bénéficiaires de ces forfaits pour les substituts prescrits a d’ailleurs progressé de 36,8 % en 2017 par rapport à 2016.

Et maintenant ? Combien de temps faudra-t-il encore attendre avant qu’Agnès Buzyn décide le remboursement intégral (et sans limite dans le temps) de tous les « traitements pour l’arrêt du tabac » ? Combien de fois faudra-t-il encore rappeler au ministre en charge de la Santé que les fumeurs sont tous victimes d’une affection de longue durée ?

Combien de temps encore avant qu’Agnès Buzyn s’attaque, courageusement, de front, au fléau du tabagisme ? En intégrant (enfin) la cigarette électronique dans une politique de réduction des risques.  Quitte, demain, à démissionner si, comme nous le dit aujourd’hui Nicolas Hulot, sur RMC-BFMTV, elle devait découvrir s’être fourvoyée dans les méandres du pouvoir exécutif.

A demain

PS. Quelques minutes après avoir publié ce texte nous recevions un communiqué de presse du ministère des Solidarités et de la Santé annonçant que « deux traitements de substitution nicotinique sont désormais remboursables » (sic). Extraits :

« Contre le fléau du tabagisme, Agnès Buzyn poursuit le combat qu’elle porte depuis toujours et se félicite de cette nouvelle étape pour le soutien de ceux qui souhaitent arrêter de fumer. Deux premiers traitements de substitution nicotinique sont désormais remboursables par l’assurance maladie : des « gommes à mâcher », depuis le 22 mars 2018 et des « patchs », depuis le 16 mai 2018. Cette prise en charge permet à tous les patients l’accès à ces traitements de substitution, y compris aux plus modestes (sic). »

Ce « modeste » est, ici, difficilement supportable.