Formidable grand bazar de l’internat informatisé : pire encore que ce qui avait été annoncé

 

Bonjour

Il faudra trouver des coupables. Nous avions rapporté hier ce qu’il en était de l’annulation d’une épreuve pour les 8450 candidats aux Epreuves Classantes Nationales informatisées (ECNi). Plus qu’un simple couac c’est aujourd’hui un couac au carré : reconvoqués ce jeudi 22 juin pour composer sur des sujets de secours les futurs médecins ont soudain découvert qu’ils devraient rester l’après-midi sur les bancs des centres d’examen pour plancher sur six nouveaux dossiers.

Premier couac : ils avaient composé lundi sur un sujet déjà tombé aux ECNi tests. Couac au carré : on les a fait plancher mercredi sur un dossier déjà proposé à l’occasion d’une conférence de préparation de l’une des trente-sept UFR de médecine de France. Explications (sans excuses) du ministère de l’Enseignement supérieur : « Cette décision est liée à une nouvelle difficulté concernant la confidentialité d’un des dossiers, dont certains étudiants redoublants étaient susceptibles d’avoir connaissance ».

Pratiques scandaleuses

Ire redoublée de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) qui dénonce une situation d’une ampleur inédite dans l’histoire récente des ECN : « L’informatisation des ECN nous permet aujourd’hui de nous rendre compte d’un certain nombre de pratiques tout bonnement scandaleuses auxquelles il est temps de mettre fin ».

Le Quotidien du Médecin précise qu’une pétition (1000 signatures en moins d’une journée) a été lancée dans la journée de mercredi pour protester « contre le manque de respect » des concepteurs des sujets : « Pas besoin de te faire chier à pondre des sujets si tu peux pomper dans les annales ». La démission des membres du conseil scientifique du Centre National du Concours d’Internat est réclamée.

Des bugs et des larmes

« Au-delà de l’intitulé des sujets, des candidats ont fait remonter des problèmes techniques à Toulouse. Il y a eu une ’interruption des épreuves pendant plusieurs dizaines de minutes pour des bugs informatiques, changement de tablettes, changement d’amphi et accessoirement des larmes’’, peut-on lire sur la page Facebook « Et ça se dit médecin ». Une information confirmée par le ministère de l’Enseignement supérieur » note Le Quotidien.

La Conférence des doyens des facultés de médecine réclame « une transparence complète sur ce qui s’est passé »Les ministères de l’Enseignement supérieur et de la Santé ont demandé une enquête de l’Inspection générale. Des coupables seront-ils trouvés ?

A demain

Rebondissement judiciaire dans l’affaire du vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques

Bonjour

C’est un événement qui vient bouleverser le paysage vaccinal français. Une décision majeure de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) de Luxembourg : « En l’absence de consensus scientifique, le défaut d’un vaccin et le lien de causalité entre celui-ci et une maladie peuvent être prouvés par un faisceau d’indices graves, précis et concordants ».

L’affaire peut être résumée ainsi : la proximité temporelle entre l’administration d’un vaccin et la survenance d’une maladie, l’absence d’antécédents médicaux personnels et familiaux de la personne vaccinée (ainsi que l’existence d’un nombre significatif de cas répertoriés de survenance de cette maladie à la suite de telles administrations) peuvent, le cas échéant, constituer des indices suffisants pour établir une telle preuve.

Sanofi Pasteur

Point n’est besoin d’être juriste pour comprendre que la justice prend, ici, ses distances d’avec le rationnel scientifique. On peut ne pas s’en réjouir. D’autres applaudiront au nom de la compassion dues aux plaignants.

Résumons l’affaire. Soit le cas de M. J. W qui « s’est vu administrer », entre la fin de l’année 1998 et le milieu de l’année 1999, un vaccin contre l’hépatite B produit par Sanofi Pasteur. En août 1999, M. W a commencé à présenter divers troubles ayant conduit, en novembre 2000, au diagnostic de la sclérose en plaques. M. W est décédé en 2011.

Dès 2006, sa famille et lui ont introduit une action en justice contre Sanofi Pasteur pour obtenir réparation du préjudice que M. W prétendait avoir subi du fait du vaccin. Saisie de l’affaire, la Cour d’appel de Paris (France) a notamment considéré qu’il n’existait pas de consensus scientifique en faveur de l’existence d’un lien de causalité entre la vaccination contre l’hépatite B et la survenance de la sclérose en plaques. Jugeant qu’un tel lien de causalité n’avait pas été démontré, elle a rejeté le recours.

Lien de causalité absent

Saisie d’un pourvoi contre l’arrêt de la Cour d’appel de Paris, la Cour de cassation française a alors demandé à la Cour européenne de justice si (malgré l’absence d’un consensus scientifique et compte tenu du fait que, selon la directive de l’Union sur la responsabilité du fait des produits défectueux il appartient à la victime de prouver le dommage, le défaut et le lien de causalité) le juge peut se baser sur des indices graves, précis et concordants pour établir le défaut d’un vaccin et le lien de causalité entre le vaccin et la maladie.

En l’occurrence, il est notamment fait référence à « l’excellent état de santé antérieur de M. W »., à « l’absence d’antécédents familiaux » et au « lien temporel entre la vaccination et l’apparition de la maladie ». Dans son arrêt du 21 juin 2017 la Cour européenne estime « compatible avec la directive un régime probatoire qui autorise le juge, en l’absence de preuves certaines et irréfutables, à conclure au défaut d’un vaccin et à l’existence d’un lien causal entre celui-ci et une maladie sur la base d’un faisceau d’indices graves, précis et concordants ».

Selon les juges de Luxembourg un tel régime « n’est pas de nature à entraîner un renversement de la charge de la preuve incombant à la victime ». Il suffira à cette dernière d’établir les différents indices « dont la conjonction permettra au juge saisi de se convaincre de l’existence du défaut du vaccin et du lien de causalité entre celui-ci et le dommage subi ».

Agnès Buzyn 

Seul bémol : la Cour de Luxembourg précise que les juridictions nationales doivent veiller à ce que les indices produits soient effectivement suffisamment graves, précis et concordants pour permettre de conclure que l’existence d’un défaut du produit apparaît (compte tenu également des éléments et des arguments présentés en défense par le producteur) comme étant l’explication la plus plausible de la survenance du dommage.

Où l’on voit le juge s’ériger en majesté au-delà du savoir scientifique. En l’espèce, la Cour de Luxembourg considère que la proximité temporelle entre l’administration d’un vaccin et la survenance d’une maladie, l’absence d’antécédents médicaux personnels et familiaux en relation avec cette maladie ainsi que l’existence d’un nombre significatif de cas répertoriés de survenance de cette maladie à la suite de telles administrations paraissent a priori constituer des indices dont la conjonction pourrait conduire le juge national à considérer qu’une victime a satisfait à la charge de la preuve pesant sur elle.

Les virologues, les biologistes et les épidémiologistes apprécieront. De même, en France, qu’Agnès Buzyn, ministre de la Santé qui « réfléchit » à rendre obligatoire onze vaccinations pédiatriques – dont celle contre l’hépatite virale de type B. Qui juge de la responsabilité des magistrats dans les affaires de santé publique ?

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Parité : avec le Dr Geneviève Darrieussecq la médecine générale fait son entrée aux armées

 

Bonjour

C’est la double surprise du gouvernement Philippe II. En marche vers Pau : un François Bayrou cédant soudain au complotisme. Arrivée, venant de Mont-de-Marsan, d’une généraliste de 61 ans proche de François Bayrou et spécialisée en allergologie (résidence Les Magnolias). Le Dr Geneviève Darrieussecq vient d’être nommée secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées Florence Parly – Mme Parly hier encore directrice générale de SNCF Voyageurs. Deux femmes à la tête de la Grande Muette. Inouï.

Les médias apprennent à découvrir cette généraliste qui commandera aux maréchaux. Née le 4 mars 1956 à Peyrehorade (Landes) elle se lance en politique peu avant la cinquantaine. Conseillère régionale elle profitera d’une alliance locale avec l’UMP dans la préfecture landaise pour devenir, en 2008, maire de sa commune et « l’une des rares élues d’importance au sein du MoDem ».

Fête de la musique et tauromachie

Les arrangements politiques locorégionaux sont l’un des charmes du Sud-Ouest français. Avec l’élevage intensif des canards et la tauromachie : Geneviève Darrieussecq est présidente de l’Union des villes taurines françaises et membre du bureau exécutif national du MoDem de François Bayrou.

Tout la destinait à exploiter politiquement ses compétences. C’est ainsi que lors de la présidentielle de 2012, elle fait partie de l’équipe de campagne de François Bayrou en tant que responsable des affaires de santé. En 2013 elle devient présidente de la branche Aquitaine de la Fédération Hospitalière de France. Renouvelée dans ses fonctions en 2016.

Et à nouveau les charmes du Sud-Ouest : elle soutient Alain Juppé (né le 15 août 1945 à Mont-de-Marsan) pour la primaire présidentielle des Républicains de 2016. Puis, en avril 2017, annonce son soutien à Emmanuel Macron déjà en marche vers son triomphe. Est nommée secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées le 21 juin 2016, jour du solstice d’été et de la fête de la musique.

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Annulations, injustices, et dépressions : bienvenue au grand bazar du nouvel internat

Bonjour

Jadis c’était l’Internat, le seul, l’unique, la voie royale vers le caban au col remonté, le savoir exhaustif et le pouvoir mandarinal. C’était trop beau. Vinrent les Epreuves Classantes Nationales (ECN). Puis on brûla le papier adoré au profit des épreuves informatisées sur tablettes. Les ECN devinrent Examen Classant National informatisé (ECNi). Un triomphe se rengorgèrent les responsables nationaux. Jusqu’à aujourd’hui, où le pire est arrivé.

Les ECNi 2017 devaient initialement prendre fin ce mercredi 21 juin à 17h. Or les 8450 candidats devront « replancher » le 22 juin : une épreuve a été annulée. Le jury souverain a décidé de refaire passer l’épreuve d’« analyse de dossiers cliniques progressifs ». Pourquoi ? L’épreuve passée en début de semaine comportait « un dossier très similaire à l’une des épreuves des ECN tests de l’année 2016 » avoue le ministère de l’Enseignement supérieur. Conséquence :

« Les étudiants redoublant leur 6e année et se présentant cette année aux E.C.N.i ainsi que les internes ou auditeurs se présentant à nouveau aux épreuves de cette année étaient donc susceptibles d’avoir déjà connaissance de ce dossier. »

33% de dépressifs

C’est peu dire que l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) n’a pas apprécié. Elle réclamait une « neutralisation » du sujet concerné et qualifie la situation d’« intolérable ». « Nous sommes scandalisés que le conseil scientifique n’ait pas réalisé la similarité entre les deux sujets », déclare le président Antoine Oudin. La mobilisation de l’Anemf et les 3000 signatures sur la pétition« Non à une épreuve supplémentaire pour les étudiants de l’ECNIi » n’auront servi à rien. Et les signataires de dénoncer le stress qui leur est imposé ; stress qui plus est « concernant une population dont on démontrait, il y a tout juste une semaine, qu’un étudiant sur trois est en état dépressif ».

Mais il y a plus grave. Le président de l’Anemf a fait cette confidence au Quotidien du Médecin : « Cette erreur ne serait pas arrivée si les annales étaient mises à disposition systématiquement avec correction pour tous les étudiants. ‘’Nous demandons les annales 2016 depuis un certain temps. Or ces annales 2016 sont disponibles sur une plateforme de conférence privée. Il y a une inégalité sur la préparation’’. »

Rien n’aurait donc changé depuis « Les Héritiers » de Bourdieu et Passeron ? Qu’en dit-on en haut lieu ? Ceci :

« Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et le ministère des Solidarités et de la Santé assurent les étudiants de leur soutien quant au désagrément lié à la réorganisation de cette épreuve et les remercient de leur compréhension. »

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Véridique : les buralistes réclament une politique de lutte efficace contre le tabagisme

Bonjour

Agnès Buzyn, nouvelle ministre de la Santé (et des Solidarités) reste silencieuse sur le principal dossier de santé publique dont elle a la charge : la lutte contre le tabagisme. Elle semble, avec ses nouvelles fonctions, avoir oublié ce que furent ses convictions quand elle était à la tête de l’Institut National du Cancer. Le cas est connu : il est des maroquins républicains qui font perdre la mémoire.

La mémoire est-elle une spécialité des buralistes ? Le président de leur Confédération vient d’adresser un courrier à la ministre de la Santé. Et le site des buralistes en révèle l’essentiel. Cela donne des phrases aussi formidables que celles-ci :

 « Il va de soi que nous ne sommes en rien opposés à une politique de lutte contre le tabagisme efficace, parfaitement conscients que nous sommes des risques que le tabac représente en termes de santé publique. Nous avons d’ailleurs à plusieurs reprises proposé aux ministres de la santé successifs que le réseau des buralistes soit associé à cette politique, par exemple à travers la vente de substituts nicotiniques. Puisque le fait est là : les buralistes sont au contact quotidien des fumeurs. »

 Une consommation intacte

Les buralistes font aussi une lecture politique de la situation passée et présente. Il observent « les mauvais résultats de notre politique de lutte contre le tabagisme, au regard de la situation observée dans des pays voisins ». Et selon eux l’incurie des gouvernements précédents « pourrait conduire les pouvoirs publics à remettre en question les grandes orientations prises sans succès depuis des décennies ». Où l’on revient sur l’abcès du « paquet neutre » voulu et imposé par Marisol Touraine, ex-ministre. « Les premiers chiffres enregistrés en France laissent penser que la consommation de tabac n’en a pas été affectée » estiment les buralistes qui rêvent encore de le voir disparaître.

L’augmentation des prix ? « Cette mesure est en réalité illusoire, comme le montre la progression – constatée d’année en année et mesurée officiellement par la direction générale des douanes – du marché parallèle du tabac (c’est-à-dire l’ensemble des produits de tabac achetés hors du réseau officiel des buralistes : contrebande et trafics divers, achats transfrontaliers, achats sur Internet, …) » estiment-ils. On avoue, ici, ne pas être certain de percevoir toutes les finesses du raisonnement buralistique.

 Au final les buralistes espèrent avoir donné un aperçu à la ministre de la complexité du problème de la lutte contre le tabagisme. « Sans doute les priorités que nous réclamons méritent-elles quelque attention de la part des pouvoirs publics, concluent-il. Sans oublier la pédagogie à laquelle nous savons que vous êtes attachée et qui, probablement, n’a pas été suffisamment développée, notamment en milieu scolaire ». Quand on connaît la proportion des adolescents qui fument en France (et achètent du tabac à des buralistes qui ne devraient pas leur en vendre), ce probablement est tout bonnement admirable.

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Scoops : avec Agnès Buzyn le tiers payant va devenir «généralisable». Rien sur le tabac 

 

Bonjour

C’est un scoop. Ou une fuite savamment organisée. Dans une note au Premier ministre, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, détaille le contenu et le calendrier des actions qu’elle entend mener notamment sur les dépenses de santé, les dépassements d’honoraires, le RSI, ou encore la Sécu étudiante. Sans oublier la réforme des retraites. L’Argus de l’assurance dévoile les grandes lignes de ce document qu’il a pu consulter :

« ‘’Une forte inflexion dans la conduite de la politique de santé’’ : telle est la ligne directrice de la nouvelle ministre des Solidarités et de la Santé. Dans une note d’une dizaine de pages à l’attention du Premier ministre Edouard Philippe, Agnès Buzyn détaille les nombreuses réformes qui devront être déployées en matière de santé et de retraite pendant la législature qui s’ouvre. Plusieurs d’entre elles sont de nature à entraîner de nouvelles recompositions dans le secteur de la protection sociale complémentaire. »

Schizophrénie étatique

L’Argus de l’assurance y perçoit la fin des mutuelles étudiantes et annonce le « passage à la trappe » du RSI (adossé au régime général « dès le 1er janvier 2018 »). Il faudra aussi compter avec l’objectif d’un « reste à charge zéro à l’horizon 2022 » pour l’optique ainsi que pour les prothèses dentaires et auditives. Une cible qui « suppose de gagner en efficience tout au long de la chaîne de valeur, de définir un panier de soins indispensables, à tarifs opposables, en fixant des plafonds de prix, et un partage de la prise en charge entre assurance maladie obligatoire et complémentaire ».

Autre terrain à déminer : le chantier des dépassements d’honoraires (la ministre souhaite, sans plus de précision, inciter les professionnels de santé à les modérer). Quant au tiers payant, il reste à l’ordre du jour, mais devient « généralisable » et non plus « généralisé ». Un projet en ligne avec les récentes déclarations du Premier ministre qui, dans une interview au Parisien le 7 juin dernier, se déclarait « dubitatif » à propos du tiers payant généralisé voulu, réclamé et plus ou moins obtenu par Marisol Touraine, aujourd’hui disparue du paysage politique.

L’innovation figure aussi en bonne place parmi les projets de la nouvelle ministre, à commencer par numérique (développement de la télémédecine, d’une médecine prédictive, etc.). Tout ou presque sur les prothèses. Rien quant à la lutte contre le tabac, première cause évitable de mortalité prématurée. Les présidents et les gouvernements changent, la schizophrénie étatique reste.

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Infections urinaires : diriez-vous oui à un vaccin protecteur contre Escherichia coli ? 

 

Bonjour

C’est une information mandée de Genève. Des chercheurs des Hôpitaux universitaires et de la Faculté de médecine de la ville mettent la dernière main à l’élaboration d’un vaccin protecteur contre les infections urinaires dues à la bactérie Escherichia coli. Tout est expliqué dans une publication de The Lancet Infectious Diseases : « Safety, immunogenicity, and preliminary clinical efficacy of a vaccine against extraintestinal pathogenic Escherichia coli in women with a history of recurrent urinary tract infection: a randomised, single-blind, placebo-controlled phase 1b trial ». Une publication datant de février dernier mais remise en lumière après la signature d’un accord avec une partenaire industriel. Ce travail avait été financé par GlycoVaxyn et Janssen Vaccines.

Les chercheurs rappellent le potentiel infectieux d’Escherichia coli de plus en plus fréquemment retrouvée en milieu communautaire et hospitalier dans le monde entier. Rappelons que, découverte en 1885 par Theodor Escherich, dans des selles de chèvres, ce coliforme fécal est généralement commensal. Certaines souches peuvent être pathogènes, à l’origine notamment d’infections digestives ou urinaires.

« L’émergence de la bactérie et de ses conséquences entraînent un nombre plus important d’échecs de traitement des infections, d’admissions à l’hôpital et même de mortalité, ainsi qu’une augmentation des coûts annuels de deux milliards de dollars aux Etats-Unis. Ces raisons confirment l’urgence de trouver un vaccin contre ce problème de santé publique. Le développement d’un vaccin spécifique Escherichia coli dans des localisations extra-intestinales, permettrait de prévenir des infections urinaires sans ingérer de solutions anti-microbiennes et offrirait un avantage clinique important. »

Résultats en demi-teinte

Il existe deux tableaux principaux : la cystite (infection de la vessie) et la pyélonéphrite (infection du rein). Pour des raisons anatomiques les femmes sont plus exposées à ce risque que les hommes. Entre 50 et 60% d’entre elles contractent une infection urinaire au moins une fois dans leur vie. Parmi les infections dites non compliquées (non associées à des troubles des voies urinaires), 75 à 85% sont dues à Escherichia coli. Et après une infection urinaire non compliquée, 25% des femmes en contractent une nouvelle dans les 6 à 12 mois suivants et 5% en contractent plusieurs dans l’année. Il existe bien, en d’autres termes, un marché pour un vaccin.

Sous la direction du Pr Stephan Harbarth et de la Dre Angela Huttner les chercheurs suisses ont mis au point un candidat vaccin contenant des antigènes de quatre sérotypes de cette bactérie. Durant le premier semestre de 2014 cette préparation a été administrée à 93 femmes – tandis que 95 recevaient un placebo. Il s’agissait de volontaires âgées de 18 à 70 ans, en bonne santé mais avec des antécédents d’infections urinaires récurrentes depuis au moins cinq ans.

Résultats en demi-teinte : 52% des vaccinées n’ont pas souffert d’infection urinaire pendant les neuf mois de mois de l’étude – contre 41% des femmes ayant reçu le placebo. D’autre part 36% des vaccinées et 48% des receveuses de placebo ont contracté au moins une infection. « Finalement, les chercheurs peuvent affirmer que le nombre de patientes sans infection au cours de la période de l’étude était d’environ 20% plus élevé chez les vaccinées que chez les autres, et que le nombre moyen d’épisodes récurrents a été réduit d’environ 40%, souligne-t-on à Genève. D’autres études sur des doses plus élevées et les différentes formulations du vaccin candidat seront poursuivies. »

Le marché existe, les travaux continuent.

A demain