Prévenir le risque de mort subite du nourrisson augmente-il celui des «bébés à tête plate» ?

Bonjour

Qui trop prévient mal étreint ? C’est une polémique peu banale et un vrai dilemme de santé publique posé à la Haute Autorité de Santé (HAS). L’affaire est parfaitement résumée sur le site Medscape France (Dr Isabelle Catala).  Une association de patients – le Lien – a saisi la HAS quant au risque de plagiocéphalie (ou « bébés à tête plate ») en rapport  avec la couchage des enfants sur le dos tandis que des pédiatres des centre de référence de la mort inattendue du nourrisson (Ancrenim) redoutent que l’abandon du couchage sur le dos augmente le risque de survenue de mort inattendue.

Pour Le Lien trois mille enfants de plus de deux ans et demi sont atteints de cranioplagie en France, avec des conséquences parfois graves. Pour cette association la plagiocéphalie est liée à la diffusion de masse des recommandations de couchage sur le dos des enfants depuis les années 1990 précise Medscape. Elle parle de « troubles de diverses gravités, avec parfois des dégâts importants du développement psychique, cérébral ou physique du nourrisson. Ces troubles peu récupérables passé l’âge de deux ans et demi, entraînent chez certains enfants, un coefficient de développement abaissé associé à des problèmes biomécaniques, physiologiques, esthétiques et psychologiques.

Experts auto-proclamés

Pour leur part les pédiatres de l’association Ancrecim (Association des centres référents sur la mort inattendue du nourrisson) craignent que l’agitation autour des « bébés à tête plate » incite les parents à ne plus respecter la règle du couchage sur le dos qui évite chaque année des morts subites. Une crainte relayée par l’association « Naître et vivre » qui parle de« grave désinformation médiatique »:

« Parler de la plagiocéphalie n’autorise pas à anéantir 25 ans de prévention de la mort inattendue du nourrisson ! il faut continuer de coucher les bébés sur le dos, c’est vital… ! La préoccupation  de parents et de médecins concernant l’aplatissement du crâne de certains bébés, est bien sûr légitime. Cet inconvénient survient lorsque les bébés sont en permanence positionnés sur le dos, sans pouvoir bouger, et peut provoquer une déformation inesthétique. Cela n’est en rien incompatible avec les précautions de couchage diffusées depuis 25 ans et qui ont permis, en France comme partout dans le monde de réduire de 75% le nombre de morts inattendues du nourrisson. Elles ont été établies à partir de multiples études scientifiques, épidémiologiques et physiopathologiques publiées depuis 30 ans.

Rappelons l’efficacité de cette prévention à tous ceux qui n’en mesureraient pas immédiatement l’enjeu : on déplore encore en France chaque année 100 à 150 morts d’enfants qui auraient été évitables si les conseils de base avaient été respectés. Ainsi que les professionnels cités (« experts » auto-proclamés du sujet) qui semblent surtout avides d’assurer la   notoriété de leurs activités et de promouvoir leurs liens commerciaux, internet ou publicitaires, avec tout le mépris qu’ils expriment pour leurs « scarabées » de clients…. mais néanmoins pourvus de parents suffisamment aisés…  En fait, dans l’immense majorité des cas, le crâne des bébés concernés se remodèle spontanément avec la croissance et le développement de l’enfant. »

Couchage dorsal strict

Pour les pédiatres de l’Ancremin les recommandations internationales de couchage dorsal strict dans un environnement sécurisé de literie sont de mise « tant que le nourrisson d’arrive pas à se retourner sans aide ». « Le couchage sur le côté augmente singulièrement le risque de mort inattendue par basculement puis étouffement, tout comme les coussins ou cales-bébés, ajoutent-ils. Les plagiocéphalies sont avant tout dues au fait que le bébé soit empêché de varier ses postures et ne soit pas libre de sa motricité. »

Les experts de la HAS prendront sans doute connaissance du livre « Mon bébé n’aura pas la tête plate » des Drs Bernadette de Gasquet et Thierry Marck, ouvrage recommandé par Le Lien. Ainsi que des travaux du Pr Guillaume Captier, chef du service de chirurgie orthopédique et plastique pédiatrique du CHU de Montpellier. Ce dernier estime notamment qu’« en cas de déformation du crâne, ce n’est donc surtout pas le couchage sur le dos qui doit être remis en question, mais bien la mobilité cervicale de l’enfant ». On attend la synthèse de ces experts. Mettra-t-elle un terme à la polémique ?

A demain