Tabagisme : va-t-on inscrire dans la Constitution le droit de pouvoir fumer à l’air libre ?

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Régal des informations matinales. Aujourd’hui, 25 juin 2018 le conseil municipal de Strasbourg votera la généralisation de l’interdiction de fumer du tabac dans l’ensemble des parcs de la ville. Rien n’est dit quant à la cigarette électronique. L’interdiction pourrait ensuite être étendue aux « autres espaces verts puis aux forêts ».  D’abord limitée aux aires de jeux – puis testée depuis février 2014 dans trois parcs cette mesure fera de Strasbourg la première ville de France  à généraliser les « parcs sans tabac ». À la suite des premières expérimentations, une enquête avait établi que 71 % des non-fumeurs (mais aussi ….  57 % des fumeurs) étaient favorables à l’interdiction de fumer dans l’ensemble des parcs de de la ville.

Dans un premier temps la ville privilégiera « l’accompagnement » des contrevenants. Puis, à partir de janvier 2019,  l’amende prévue (68 euros) pourra commencer à être appliquée. Des cendriers seront installés aux entrées et les cigarettes ne pourront être consommées qu’à ces endroits. « Il n’est pas question d’empêcher ceux qui n’ont pas encore voulu ou réussi à être sevrés de ne plus pouvoir fumer sur l’espace public » a expliqué à 20 Minutes le Dr Alexandre Felz,  adjoint au maire en charge de la santé.

La municipalité strasbourgeoise prévoit aussi d’engager des « médiateurs santé » qui partiront à la rencontre des fumeurs dans les parcs et espaces concernés, et aborderont avec eux la question du tabac sur le modèle des « interventions brèves » effectués par les médecins. Ces « médiateurs santé » pourraient, dit-on, être recrutés parmi les étudiants en médecine effectuant leur « service national universel ».

L’objectif affiché est triple : aider les fumeurs à ne plus fumer, protéger les enfants et leurs parents fréquentant les parcs mais aussi améliorer la qualité de l’environnement. « Les filtres de cigarettes jetés dans la nature mettent 12 ans à se décomposer et un seul mégot avec ses composants chimiques peut polluer jusqu’ à 500 litres d’eau potable » a précisé à 20 Minutes Christel Kohler, adjointe au maire « en charge de ville en nature et ville nourricière ».

Révision de la Constitution

Tout cela ne va pas sans susciter quelques réactions à l’échelon national. Le site des buralistes rappelle ainsi que « les espaces verts sont, par définition, des lieux largement ouverts au public et à l’air libre » (sic). Et de poursuivre :

 « Que l’on prenne des dispositions pour assurer leur propreté est une chose. Et en l’espèce, il est normal que toutes les mesures soient prises pour y opérer correctement la collecte de mégots, au même titre que celle des emballages et déchets alimentaires par exemple. Tout comme il est souhaitable de sanctionner de façon significative les contrevenants. Mais interdire de fumer à l’air libre dans tous les parcs, sans laisser la moindre autorisation de le faire dans certains parcs – ou, à tout le moins, dans des zones délimitées à l’intérieur des parcs – en est une autre. Fumer de façon responsable, sans importuner, dans un parc, ce n’est pas « agresser les enfants et leurs parents. » C’est le droit légal de fumer qui est remis en cause. Le droit de fumer d’une façon responsable en prend un coup. »

 Et le site de se demander qui pourrait empêcher une municipalité de prendre un arrêté d’interdiction de fumer, en plein air, sur tout un quartier ou dans certaines rues ? Sans parler des terrasses … « On regrettera qu’à Strasbourg, ou ailleurs, il n’existe pas association de défense des droits des fumeurs, conclut lemondedutabac.com. Non pour assurer la moindre promotion du tabac, première cause évitable et identifiée de mortalité prématurée. Mais pour faire respecter les droits du fumeur adulte, responsable, le faisant – à l’air libre – en connaissance de cause et après s’être procuré légalement des produits autorisés par la loi. »

Où l’on pressent l’émergence de la question de fond : faut-il inscrire les droits du fumeur adulte et responsable dans la prochaine et imminente révision de la Constitution ?

À demain

«Castration chimique»: Laurent Wauquiez la réclame pour tous les «prédateurs sexuels» 

Bonjour

Un drame, une émotion nationale ? Une loi ! Après la tragédie de Wambrechies (Nord) Laurent Wauquiez, président du parti Les Républicains ne veut pas rester « les bras croisé ». Dans un entretien accordé à 20 Minutes il annonce vouloir une nouvelle loi qui imposerait la « castration chimique » aux violeurs.

 « Nous avons tous été touchés par le caractère tragique de l’histoire d’Angélique. J’ai aussi un sentiment de colère et d’incompréhension : comment se fait-il que cet homme déjà condamné pour viol ait pu être remis en liberté sans surveillance ? Malheureusement ce fait divers n’est pas isolé. Les chiffres sont terrifiants : chaque année 62.000 femmes sont violées en France, une femme de moins de 35 ans sur vingt est agressée sexuellement chaque année et un violeur sur vingt récidive. On ne peut pas rester les bras croisés face à ces réalités. »

 « Les prédateurs sexuels doivent soit subir une castration chimique, soit rester en prison. Il faut ouvrir la possibilité pour le juge de rendre obligatoire la castration chimique. Cela consiste en une injection de produits, à peu près tous les trois mois, pour diminuer les hormones et les pulsions sexuelles. C’est un traitement réversible. Cela permet de diminuer de manière très importante le risque qu’un violeur récidive. »

Laure Cometti (20 Minutes) fait justement observer à Laurent Wauquiez que nombre de psychiatres spécialisés soulignent que cette mesure est loin d’être totalement efficace pour lutter contre la récidive.

« Ce qui m’importe, c’est la protection des victimes, pas les droits des violeurs. Aujourd’hui, la castration chimique se fait à la demande du violeur lui-même, c’est absurde. Il faut que le juge puisse l’imposer au violeur, avec un accompagnement médical et psychiatrique. Et si le violeur refuse, alors il devra rester en prison, en rétention de sûreté. Les Républicains déposeront une proposition de loi pour défendre cette mesure. »

 Vingt ans après

 L’affaire va-t-elle prendre de l’ampleur ? Sur RTL Virginie Duval, présidente de l’Union Syndicale des Magistrats (USM) explique que « la castration chimique existe mais qu’elle ne peut pas être le remède miracle ». « C’est très particulier, et le passage à l’acte de ces personnes doit être évalué. On doit travailler avec ces personnes individuellement, précise-t-elle. Une fois que la personne a été condamnée, on peut notamment prononcer un suivi socio-judiciaire, qui peut comprendre des obligations de soins pour permettre à la personne de travailler sur ces questions. »

« Castration chimique » ? L’affaire a déjà été longuement débattue, en France. Et on imagine que Laurent Wauquiez le sait. Il suffit, pour cela, de consulter Wikipédia. Il y a vingt ans déjà, dans le cadre du suivi socio-judiciaire  institué par la loi Guigou (no 98-468 du 17 juin 1998 « relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu’à la protection des mineurs ») les détenus peuvent, sur la base du volontariat, suivre un traitement médicamenteux visant notamment à réduire la production de testostérone.

Laurent Wauquiez sait aussi qu’aujourd’hui ce dispositif n’est pas obligatoire, mais que les détenus qui n’y participent pas, ne peuvent prétendre à des remises de peine ou à la libération conditionnelle.  Et Laurent Wauquiez ne peut ignorer qu’en septembre 2007 le député UMP Bernard Debré avait (déjà) déposé une proposition de loi tendant à imposer la castration chimique aux personnes condamnées après avoir commis une agression sexuelle.

Selon les termes de la proposition, le juge pénal aurait eu la faculté d’obliger les intéressés à suivre un traitement. Celui-ci aurait commencé pendant l’exécution de la peine et aurait pu, le cas échéant, se poursuivre après la sortie de prison. En cas de refus, les intéressés auraient en effet été susceptibles d’être réincarcérés ou placés en détention de sûreté. Mais finalement elle a été refusée par l’Assemblée nationale.

Et Laurent Wauquiez se souvient sans doute que ce projet était réapparu en novembre 2009 avec le projet de loi tendant à amoindrir le risque de récidive criminelle et portant diverses dispositions de procédure pénale – un  projet de loi voulu par le gouvernement Fillon et porté par la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie. Cette proche de Laurent Wauquiez avait même annoncé dans Le Figaro Magazine  une « loi pour la castration chimique avant la fin de l’année ».

Nous étions alors au lendemain d’une affaire de viol et de meurtre commis par un homme récidiviste, affaire qui avait suscité une vive émotion en France. L’Assemblée nationale avait adopté un amendement permettant au juge d’imposer cette mesure, mais le Sénat l’avait retiré, laissant au médecin le soin d’apprécier son opportunité en fonction du patient. Laurent Wauquiez sait tout cela. Pourquoi n’en parle-t-il pas ?

A demain

Post-Emmanuel Macron : brutale coagulation de la protestation dans les hôpitaux de Lyon

 

Bonjour

Se coucher pour ne plus (faire) subir l’intolérable. C’est le dernier symptôme convergent en date : ce 16 avril 2018, une trentaine de soignants se sont allongés sur le sol pour dénoncer des conditions de travail « incompatibles avec la sécurité des patients et ingérables pour le personnel hospitalier ». Cela s’appelle un « die in » et cela vient de se produire dans la belle ville de Lyon. Lyon où des personnels des urgences de plusieurs hôpitaux sont en grève certains depuis plusieurs mois. Un « die in » pour réclamer « des moyens pour la santé » et qui a retenu l’attention des médias généralistes – au premier rang desquels l’Agence France Presse.

« Une trentaine de personnes allongées sur le sol en blouse blanche ou bleue devant l’Hôtel de Ville de Lyon ont feint à la mi-journée d’être mortes pour dénoncer ‘’la saturation des urgences’’,  des conditions de travail incompatibles avec la sécurité des patients et ingérables pour le personnel hospitalier. Aux urgences, « ce n’est pas tolérable d’attendre 72 heures sur des brancards, de ne pas avoir le temps de changer un patient, de parler avec eux… ».  « Nous nous mobilisons pour sauver notre système de santé et demandons l’embauche de personnels. On ne peut pas sacrifier la santé »  dit Sarah Verborg, infirmière aux urgences de l’hôpital Edouard-Herriot »

Pour l’heure ce mouvement inter-urgences de Lyon réunit le Centre hospitalier du Vinatier (psychiatrie), l’Hôpital Edouard-Herriot, le Centre hospitalier Lyon-Sud, l’Hôpital Saint-Joseph-Saint-Luc et l’Hôpital de la Croix-Rousse. La crise dure depuis des mois.

Début février, alors qu’ils reconduisaient leur mouvement les infirmiers et aides-soignants des urgences d’Edouard-Herriot (après deux réunions infructueuses avec la direction des Hospices civils de Lyon) les grévistes se confiaient à 20 Minutes . Ils réclamaient notamment cinq postes de brancardiers et deux d’aides-soignants pour améliorer la prise en charge des patients.

Pénurie de brancardiers et de draps

La direction ne proposait alors que la création de deux postes de brancardier – « soit 3.8 équivalents temps plein ». Et rien au sujet du manque d’aide-soignants. Quant à la pénurie de draps, rencontrée fréquemment le week-end par les personnels, aucune amélioration à court terme ne semblait possible.

Pour les infirmiers et aides-soignants, ce problème est pourtant loin d’être accessoire. « Nous devons couvrir les patients qui passent la nuit sur des brancards dans les couloirs des urgences avec des chemises de nuit parce que nous n’avons pas de draps, témoignait alors Anouk, une infirmière en grève.  Nous devons essuyer les malades avec des chemises d’hôpital parce qu’il n’y a plus de serviettes ou frotter les draps souillés des patients faute de pouvoir les changer. »

Ceci à un nom « la maltraitance involontaire ». Et cela peut pousser des soignants à s’allonger sur le pavé. Hier, dos à la Tour Eiffel illuminée, rendant hommage aux soignants hospitaliers, Emmanuel Macron à indiqué qu’il annoncerait « fin mai » des décisions. « Fin mai » ou « début juin ».

A demain

 

Populisme : le «Bar-Tabac-Loto Le Salutaire » s’invite dans notre Hémicycle démocratique

Bonjour

Elle aura fait le buzz, sur les réseaux sociaux et aux comptoirs, cette intervention du remuant François Ruffin journaliste devenu député (La France Insoumise, Somme). Il a a pris, hier, la parole devant ses collègues de l’Assemblée nationale – à l’occasion d’un débat sur le football professionnel et en portant le maillot de la commune d’Eaucourt-sur-Somme.

Le « Bar-Tabac-Loto Le Salutaire » peut-on voir sur les infinies duplication de la vidéo. « Aux couleurs de l’un de ces bar-tabacs ruraux ou de quartiers qui aident les équipes de sport locales, observe le site des buralistes français. Le sport du peuple, la proximité des joies simples et de l’exploit pour soi. Et un rappel au règlement, avec perspectives de sanctions, pour le député.

Cette sanction est aujourd’hui connue : « un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal » (que le député pourra contester devant le bureau de l’Assemblée) lui vaudra d’être privé, pendant un mois, de 1.378 euros, soit le quart de l’indemnité parlementaire. Résumons : l’élu LFI de la Somme, qui avait coécrit en 2014 « Comment ils nous ont volé le football – la mondailisation racontée par le ballon » , est monté en fin de matinée à la tribune de l’Assemblée et a enlevé son pull pour dévoiler le maillot vert de « l’Olympique Eaucourt ».

 Voulant prendre le contre-pied (sic) de la ministre Laura Flessel qui selon lui « n’a parlé de sport qu’en termes de compétitivité, comme un trader  », François Ruffin a narré la vie des bénévoles « qui lavent, plient et rangent les maillots pour pas un rond », en vantant « le don de soi dans une société où tout se marchande  ».

Pause déjeuner et contre-pied 

Cet épisode n’a pas plu au président de séance Hugus Renson (LREM) qui a rappelé à son collègue, au terme de son intervention, « le respect dû à nos débats qui implique une tenue correcte qui soit digne des lieux ». « Vos extravagances vestimentaires ne rendent pas hommage au travail que nous devons mener dans cet hémicycle », a-t-il lancé, avant de suspendre la séance pour la pause déjeuner.

A la reprise de la séance à 15 heures, le député est revenu avec son maillot, provoquant la suspension immédiate des débats. Au terme d’une vingtaine de minutes le président de l’Assemblée François de Rugy (LREM) est intervenu pour infliger cette sanction au député, estimant que son comportement « relève d’une provocation ».

François Ruffin a répondu être « très fier de faire entrer dans l’hémicycle le visage de tous les gens des petits clubs », avant de remettre son pull « en apaisement ».

Le sport du peuple… la proximité des joies simples… l’exploit pour soi…. Tout cela fait le « buzz » – y compris sur les sites de luxe, généralement inconnus des bars-tabac-loto. C’était le but. Il est marqué. Et le score est déjà oublié.

A demain

 

Agnès Buzyn ne comprend pas l’importance qu’a le tabac dans le cinéma français. Pourquoi ?

Bonjour

Faire effacer ce qu’ils ne sauraient voir. Cela vaut pour le tabac comme pour les fresques obscènes des internats hospitaliers. C’était il y a quelques jours au Sénat (voir la vidéo de Public Sénat) ; la parole est à  Nadine Grelet-Certenais (PS, Sarthe), sénatrice depuis quelques jours :

« Il faut aller au-delà du porte-monnaie (…) en s’intéressant notamment aux incitations culturelles à fumer. Je pense par exemple au cinéma qui valorise la pratique. La Ligue contre le cancer démontre dans une étude [.datant de … 2012- 1que 70 % des nouveaux films français mettent à l’image au moins une fois une personne en train de fumer.

« Ça participe peu ou prou à banaliser l’usage, si ce n’est à le promouvoir, auprès des enfants et des adolescents, qui sont les premiers consommateurs de séries et de films, sur internet notamment. Des solutions doivent être envisagées pour mener une véritable politique de prévention prenant en compte cette sorte de publicité détournée pour la consommation de tabac ».

Réponse d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« Le deuxième plan [national de réduction du tabagisme] va travailler sur le marketing social, sur les réseaux sociaux, à la dénormalisation de l’image du tabac dans la société, notamment vis-à-vis des jeunes. Et je rejoins totalement ce qu’a dit Madame la sénatrice sur le cinéma français. Je veux qu’on ait une action ferme là-dessus. Je ne comprends pas l’importance de la cigarette dans le cinéma français. Il se trouve que j’en ai parlé au conseil des ministres ce matin à Françoise Nyssen [ministre de la Culture] pour l’alerter. Il y aura des mesures en ce sens. »

Les alcools et les tabacs de Gainsbourg

Public Sénat ajoute que, selon la ministre, d’autres mesures seront prises comme des « mesures d’interdiction de fumer devant les écoles et lycées », ainsi que des actions  visant des « publics-cibles » : les chômeurs qui fument à 50% et les « femmes enceintes françaises, qui fument beaucoup trop ».

« Interdire la cigarette à l’écran ? L’idée de la ministre de la santé fait tousser de rire le milieu » rapporte 20 Minutes. Et sur Europe 1 le philosophe Raphaël Enthoven est d’une violence rare contre la ministre de la Santé en particulier, le pouvoir exécutif en général.

On se souvient, pour résumer, du refus par la RATP de l’affiche d’un film sur Coco Chanel (cigarette dans les mains d’Audrey Tautou), de la pipe de Jacques Tati, des tabacs et des alcools de Serge Gainsbourg.

Où l’on retrouve la même dynamique de l’effacement des images par le pouvoir, la même confusion de l’effet et de la cause. Sans oublier le débat éternel sur la liberté de création artistique et la réalité des innombrables effets de ces créations. Un sujet sur lequel les spécialistes d’addictologie pourraient, peut-être, avoir quelques avis.

A demain

1 Cette étude avait été révélée par Le Figaro à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac de 2012. La Ligue avait alors fait visionner les 180 films français ayant comptabilisé le plus grand nombre d’entrées entre 2005 et 2010. Elle dénonçait «la trop forte présence du tabac sur les écrans» et demandait une prise de conscience du monde du 7e art.

« Sur la période étudiée par l’Institut Ipsos, 80% des films contiennent au moins une scène de tabagisme et 30% plus de dix, précisait Le Figaro. En moyenne, le tabac s’impose pendant 2,4 minutes par long-métrage, ce qui équivaut à la durée de cinq publicités. Jugé atypique, Gainsbourg, vie héroïque , qui cumule 43 minutes de tabagisme, a été exclu du calcul. C’est de loin le film où l’on fume le plus depuis 2005. Viennent ensuite Un prophète Coco avant Chanel et Les Petits Mouchoirs . Les marques sont moins visibles que par le passé, mais elles figurent dans certains films, comme Incontrôlable de Raffy Shart où Philip Morris apparaît à neuf reprises. Marlboro reste la plus représentée. »

En France, le « placement de tabac » est interdit par la loi Évin. La seule action en justice engagée en 2012 concernait le film Cliente, réalisé par Josiane Balasko, où la marque Malboro Light apparaît dans neuf séquences, mais aussi dans le générique. La Ligue contre le cancer espèrait alors que le Centre national de cinéma se saisirait de cette question. Selon le Pr Albert Hirsch, «tout en respectant la liberté de création, on pourrait envisager des messages d’avertissement, voire une interdiction aux moins de 18 ans des films où le tabac est omniprésent».

 

Levothyrox : Agnès Buzyn et Bruno Le Maire visés pour non-assistance à personne en danger

Bonjour

Que serait la médiatisation des affaires sanitaires sans le vif intérêt que leur portent certains avocats spécialisés ? C’est le cas de celle du Levothyrox qui voit s’ouvrir aujourd’hui un nouveau sous-chapitre : une plainte pour « non-assistance à personne en danger » déposée vendredi 10 novembre devant le tribunal de Grasse ; plainte qui vise  notamment la ministre des Solidarités et de la Santé ainsi que le ministre de l’économie.

Selon Nice Matin l’avocate Anne-Catherine Colin-Chauley, présidente du collectif Alerte Thyroïde France se fonde sur les articles du code pénal concernant « l’abstention volontaire de porter assistance à une personne en péril ». Mme Colin-Chauley poursuit nommément Agnès Buzyn et Bruno Le Maire. La plaignante reproche à la ministre de la santé de n’avoir « pas su gérer la crise sanitaire » et au ministre de l’économie de ne pas « avoir essayé de ‘’transacter’’ avec le laboratoire Merck ».

La plainte de l’avocate cible, en outre, le laboratoire Merck et l’Agence nationale de la sécurité du médicament (ANSM). Elle vise encore (contre X) les médecins et pharmaciens « ayant refusé de prendre en considération les symptômes indésirables de leurs patients », les journalistes et les médias qu’elle accuse d’avoir « orienté les informations » et enfin les députés, sénateurs et maires qui n’auraient pas « honoré leur devoir d’intérêt général ». Que pourra bien dire le droit ?

Cette avocate domiciliée à Mougins (Alpes-Maritimes) avait été la première à déposer plainte à la fin du mois d’août contre Merck pour mise en danger de la vie d’autrui, après avoir constaté des effets indésirables dus à la nouvelle formule de ce médicament, mise sur le marché à la fin du mois de mars. Fin octobre, Mme Colin-Chauley avait déposé 100 plaintes de particuliers se joignant à son action. Elle prévoit d’en déposer 200 autres, jeudi 16 novembre, toujours pour mise en danger de la vie d’autrui. « Toutes ces plaintes sont enregistrées à Grasse puis transmises au tribunal de grande instance de Marseille qui a ouvert une enquête préliminaire et centralise les demandes des patients » précise l’Agence France Presse.

Une époque passée ?

Cette avocate n’est pas, loin s’en faut, la seule sur ce créneau.  Si l’on en croit un communiqué de presse (24 octobre) du cabinet d’avocats MySMARTCab, 3500 personnes ont rejoint l’action collective et conjointe menée par Me Christophe Lèguevaques (avocat au barreau de Paris et fondateur de la plateforme MySMARTCab – activateur de justice). Où l’on voit la porosité de plus en plus grande entre les affaires médicales, les réseaux sociaux et les actions en justice.

Le 25 octobre, Me Christophe Lèguevaques annonçait avoir déposé les 108  premières plaintes auprès du Tribunal d’instance de Lyon. Il ajoutait qu’une centaine de nouveaux dossiers devraient être déposés chaque semaine jusqu’à la première audience fixée par le Tribunal de Lyon au 18 décembre 2017. A ce stade, 1 200 dossiers de plaignants seraient en cours de constitution et une trentaine de dossiers complets (pièce d’identité, cahier de doléances et documents médicaux) arriveraient quotidiennement sur la plate-forme.

Cette action s’ajoutait alors à celle, de moindre ampleur, menée par Me Marie-Odile Bertella-Geffroy. Cette ancienne magistrate bien connue des médias a attaqué le laboratoire Merck pour « non-assistance à personne en danger, mise en danger de la vie d’autrui, atteinte à l’intégrité de la personne et tromperie sur les qualités substantielles du médicament aggravée par une atteinte à la santé ». Jusqu’à présent personne n’avait, semble-t-il, attaqué des ministres. Pour sa part Agnès Buzyn faisait dernièrement  comprendre que l’essentiel de l’affaire remontait à une époque passée, celle où Marisol Touraine était ministre de la Santé.

A demain

 

 

 

Cigarette électronique : comment observer son efficacité sans parvenir à la conseiller

Bonjour

Les statistiques décrivent-elles la réalité ? Peuvent-elles peser sur elle ? Le dernier numéro du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) consent à se pencher sur la cigarette électronique 1. Et parvient à ne pas répondre à une question sanitaire essentielle : la e-cigarette est-elle un outil efficace pour l’arrêt du tabac ?

« La réponse à cette question reste à ce jour controversée : d’un côté, les deux essais contrôlés randomisés publiés à ce jour montrent que la e-cigarette peut être efficace pour aider à l’arrêt du tabac, de l’autre, des études de cohorte en population générale sont plus réservées quant à son efficacité, résume Anne Pasquereau (Santé Publique France), première auteure. Dans ce contexte, cette étude est la première à apporter des résultats sur le rôle de la e-cigarette parmi les fumeurs Français. Notre objectif était d’évaluer si l’utilisation régulière d’e-cigarette parmi les fumeurs quotidiens était associée 6 mois plus tard à l’arrêt du tabac. »

L’étude publiée dans le BEH est, modestement, une étude observationnelle (devenir des fumeurs en conditions réelles) et non pas stricto sensu une étude d’efficacité. Les auteurs ont interrogé à six mois d’intervalle (en septembre 2014 et mars 2015) 2 057 fumeurs âgés de 15 à 85 ans, représentatifs des fumeurs français selon la méthode des quotas. Les fumeurs qui vapotaient régulièrement – 252 « vapo-fumeurs » (sic)-  ont été comparés aux 1805 fumeurs exclusifs. Les profils socio-économiques et les caractéristiques de consommation de tabac des fumeurs ont été pris en compte dans les analyses statistiques.

Réduire sans arrêter

Voici les trois principaux constats :

. Les vapo-fumeurs sont plus nombreux que les fumeurs exclusifs à avoir réduit de moitié ou plus leur consommation quotidienne de cigarettes : 26 % versus 11 %.

. Les vapo-fumeurs sont plus nombreux que les fumeurs exclusifs à avoir tenté d’arrêter de fumer au moins 7 jours au cours du dernier mois : 23 % versus 11 %.

. Concernant l’arrêt du tabac d’au moins 7 jours à 6 mois, il n’y avait pas de différence significative entre vapo-fumeurs et fumeurs exclusifs.

Conclusions des auteurs : « Parmi les fumeurs, ceux qui utilisaient régulièrement une e-cigarette ont plus souvent essayé d’arrêter de fumer et réduit leur consommation de cigarettes au suivi à 6 mois. L’efficacité de l’e-cigarette pour arrêter de fumer reste en débat ». Conclusion de 20 minutes : « Le vapotage permet de réduire sa consommation de cigarettes, mais pas d’arrêter de fumer ».

E-cigarette gratuite

Anne Pasquereau est prudente : « Comme toute étude scientifique, celle-ci comporte aussi des limites qu’il convient de rappeler : la durée du suivi est relativement courte, l’échantillon de vapo-fumeurs est de taille modeste. Enfin le fait d’être devenu vapo-fumeur peut refléter une volonté initiale de cesser de fumer qui se traduit in fine par des tentatives d’arrêt plus fréquentes ». Et elle ajoute ceci :

« Cette étude porte sur des fumeurs de la population générale suivis en conditions réelles. Un contexte différent des essais cliniques où les fumeurs sont suivis de près et où la e-cigarette est fournie gratuitement et peut être perçue comme l’outil qui va enfin permettre d’arrêter de fumer, ce qui peut influencer le comportement des fumeurs. »

Qu’attend Santé Publique France pour fournir gratuitement les cigarettes électroniques dans des essais cliniques qui permettraient, enfin, de sortir des insupportables impasses actuelles ? Et d’en finir avec cette antienne qui, une nouvelle fois, signe l’impuissance coupables de nos autorités sanitaires :

« Santé publique France continuera à suivre l’évolution de l’usage d’e-cigarette en France via ses enquêtes Baromètres santé. Ces données et celles du domaine de la recherche permettront d’avancer dans la réflexion sur la place de la e-cigarette dans le sevrage tabagique. »

A demain

1 « CIGARETTES ÉLECTRONIQUES, TENTATIVES D’ARRÊT ET ARRÊT DU TABAC : SUIVI À 6 MOIS »  Anne Pasquereau (anne.pasquereau@santepubliquefrance.fr), Romain Guignard, Raphaël Andler, Viêt Nguyen-Thanh Santé publique France, Saint-Maurice, France

* Adapté de : Pasquereau A, Guignard R, Andler R, Nguyen-Than V. Electronic cigarettes, quit attempts and smoking cessation: a 6-month follow-up. Addiction. 2017;112(9):1620-8.