La très horrible et très édifiante histoire qui doit vous faire dire non à l’automédication

Bonjour

On n’écoute jamais assez nos tr-s chères  « mutuelles ». A commencer par la MACSF 1. Avec ses 950 000 sociétaires « professionnels de santé » elle  nous assure « bénéficier d’une vision très large sur le monde de la santé, le risque médical et les pratiques des soignants ». Mieux encore, « soucieuse de prévenir le mieux possible la survenance d’accidents médicaux » notre MACSF « souhaite participer au débat actuel concernant l’automédication » (entendre la polémique qui a suivi la « liste noire » de 60 millions de consommateurs »)

C’est ainsi qu’elle nous rapporte l’histoire d’une femme de 57 ans qui s’était vue prescrire des anti-inflammatoires pour un lumbago en août. Et qui, en décembre, décida reprendre « quelques comprimés restés dans sa pharmacie pour enrayer un syndrome grippal débutant »… « Dès le lendemain, elle se plaignait d’une gingivostomatite et quelques heures plus tard une éruption fébrile nécrotique apparaissait, raconte notre mutuelle. Ne se sentant vraiment pas bien, elle se faisait hospitaliser au centre hospitalier voisin. »

Là, le bilan biologique ne laisse aucun doute sur le diagnostic : syndrome inflammatoire majeur avec cytolyse hépatique. Ce n’est pas tout : un décollement cutané de la plante des pieds et des mains apparaît bientôt,  suivi d’une importante dégradation de l’état général. Transfert dans un service hospitalo-universitaire de dermatologie : syndrome de Stevens Johnson imputable à la prise de l’anti-inflammatoire. L’acuité visuelle est atteinte  (4/10ème à droite et 1/20ème à gauche) avec photophobie majeure et larmoiement réflexe imposant le port de lunettes noires. Perte totale des cils – œdème palpébral bilatéral et permanent – importantes douleurs neuropathiques de la plante des pieds nécessitant la prise d’antalgiques puissants et limitant considérablement ses déplacements.

Prise en charge rejetée

L’affaire ne fait que commencer. La malade met en cause son médecin. Deux experts sont nommés qui écartent toute faute de ce dernier : la prescription d’août était parfaitement justifiée et la consommation de décembre correspondait à une automédication ne pouvant en rien relever de sa responsabilité. La demande de prise en charge de la patiente est rejetée, la CCI jugeant que « l’automédication relevait de la seule responsabilité du preneur », rappelant au passage que « l’accident médical au sens de l’article L. 1142-1 II du code de la santé publique et indemnisable au titre de la solidarité nationale impose qu’il soit directement imputable à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins ce qui n’est pas le cas en l’espèce ».

Pour la MACSF cet exemple illustre, s’il en était besoin, les dangers de l’automédication qui prive définitivement la victime en cas d’effet indésirable (même grave) de tout espoir de réparation financière de ses préjudices. Pour autant cette automédication dite « responsable » a, en France, ses défenseurs. Et notre mutuelle de pointer du doigt la peu banale Association française de l’industrie pharmaceutique pour une automédication responsable  (Afipa) 2 ; une association qui présente le « selfcare » comme « la solution de santé de premier recours pour de nombreux Français» rappelant que 80% d’entre eux la pratiqueraient ; une association qui interpellait même il y a quelqes mois les candidats à l’élection présidentielle pour une prise en compte du « selfcare » dans les programmes politiques.

Où il est rappelé que « le selfcare représente 10,7% du chiffre d’affaire des officines et contribue pour 25% à leur croissance ». Où l’on voit que l’Afipa propose dans son manifeste d’accorder notamment un rôle plus important au pharmacien d’officine afin que « les Français soient encore plus responsables et informés dans leur démarche d’automédication ». Où l’on comprend que bien des choses se passent dans les pharmacies d’officine.

A demain

1 La  MACSF se présente ainsi : « Premier assureur des professionnels de santé, la MACSF (Mutuelle d’assurance du corps de santé français) est, depuis plus de 80 ans, au service de toutes les personnes exerçant une profession de santé en France. Elle emploie plus de 1 555 collaborateurs et réalise un chiffre d’affaire de 2 milliards d’euros en 2016. Fidèle à sa vocation de mutuelle professionnelle d’assurance, la MACSF assure aujourd’hui 950 052 sociétaires pour les risques privés comme pour les risques professionnels des membres des professions de santé libéraux ou hospitaliers. »

2 L’Afipa  explique représenter les industriels qui produisent et commercialisent des produits de santé disponibles en pharmacie sans ordonnance (médicaments, dispositifs médicaux et compléments alimentaires) : 33 laboratoires, 25 000 salariés, 60% du marché du « selfcare ».

Monoprix Gourmet : se régaler sans arrière-pensées de ses gâteaux glacés nanoparticulés ?

Bonjour

Œufs contaminés : le ministère français de l’Agriculture fait presque peine à voir qui retire mécaniquement, chaque jour, des gondoles de nouveaux produits – des aliments tenus pour, peut-être, ne pas être sans danger.

C’est dans ce contexte que 60 Millions de consommateurs dénonce un autre risque (invisible et potentiel) de toxicité alimentaire ; un risque aux frontières du quantifiable : celui des « nanoparticules ». Cible privilégiée du magazine : l’additif E171 – ou dioxyde de titane. Cette substance est utilisée par les industries agroalimentaires et cosmétiques (sous sa forme « nano ») pour blanchir et intensifier la brillance des confiseries, des plats préparés et jusqu’à certains dentifrices.

Dangereux pour la santé ? C’est un dossier d’une très grande complexité où les interrogations sans réponse renvoient à toutes les formes de convictions, à toutes les assurances superficielles, à toutes les dénonciations sans preuves. « On sait que les nanoparticules (…) peuvent passer la barrière intestinale et se retrouver dans différents organes, comme le foie, le cœur, les poumons, et on ne sait pas encore ce qu’elles peuvent devenir » précise Patricia Chairopoulos, coauteure du dossier de 60 Millions de consommateurs.

Rigueur et vigilance absentes

Elle reproche notamment aux industriels concernés de faire preuve de « manque de vigilance » et de « manque de rigueur ». « On ne sait pas grand-chose sur cette forme nano. C’est ça qui nous pose problème. D’autant plus qu’une étude récente de l’INRA est parue en janvier 2017, qui entraîne un peu de suspicion », ajoute Mme Chairopoulos.

Cette étude de l’Institut national de la recherche agronomique concluait que l’exposition chronique au E171 était de nature à favoriser la croissance de lésions précancéreuses chez le rat. L’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentation, environnement, travail (ANSES) avait alors été saisie par le gouvernement pour déterminer si la substance E171 présente dans les produits alimentaires  « présente un éventuel danger pour les consommateurs. ». Aucune conclusion n’est toutefois établie pour l’homme sur ce potentiel effet « promoteur » de la cancérogenèse.

L’incertitude règne ce qui a conduit huit associations a adressé, le 17 juillet dernier, une lettre ouverte au gouvernement français demandant « la mise en place urgente de mesures de précaution », avec notamment l’interdiction temporaire des nanoparticules présentes dans le colorant E171. « Agir pour l’environnement » avait déjà alerté en juin 2016 sur cette question et juge « la persistance de cette contamination comme un véritable scandale qui engage la responsabilité du gouvernement, des industriels et des distributeurs ».

Absences et présences

Que font les policiers ? Contactés par l’AFP, les services de la répression des fraudes ont expliqué effectuer des contrôles depuis 2015 et avoir déjà relevé en 2016 l’absence de nanoparticules dans 54 produits contrôlés. La synthèse de ces contrôles est encore en cours de finalisation. En revanche, en 2017, des analyses en laboratoire toujours en cours ont déjà mis en évidence la possible présence de « nano-ingrédients » dans quatre aliments sur les cinq déjà analysés.

Qui ment et qui dit le vrai ? L’Association des fabricants de dioxyde de titane affirmait en effet en mars que le E171 n’était « pas utilisé comme nanoparticule dans les aliments ». Pourtant, sur dix-huit produits sucrés testés par 60 Millions de consommateurs, des nanoparticules de dioxyde de titane ont été retrouvées systématiquement, dans des proportions variées. Elles représentaient ainsi entre 10 % et 100 % de l’additif présent dans différentes sucreries, parfois célèbres, des biscuits Napolitain de Lu (12 %) jusqu’aux aux gâteaux glacés Monoprix Gourmet (100 %), en passant par les M&M’s (20 %).

D’une manière générale, la présence d’E171 figure clairement sur les étiquettes des sucreries concernées, à la différence de celle « nanoparticules » que l’on ne trouve jamais. Cette pratique n’est pas nouvelle. Et elle a un nom : c’est mentir par omission.

A demain

 

2017: progression des déserts médicaux et de la jungle des dépassements d’honoraires

 

Bonjour

Dans une France idéale chacun cotiserait pour la Sécurité Sociale puis, le moment venu, serait intégralement remboursé. Les soignants, aux anges, seraient tous correctement rémunérés. Cette France n’est plus, n’a jamais existé. Et bien des éléments laissent penser qu’elle n’existera jamais.

Pour l’heure on pare au plus pressé. Jusqu’à présent l’urgence était à la lutte contre la progression des déserts médicaux. Quelques initiatives locorégionales, quelques coûteuses compresses communales, des « maisons médicales »… Mais, au final, une impossibilité structurelle du politique jacobin à lutter contre un mal endémique – un mal qui trouve ses racines dans la notion, toujours, sacrée de la « liberté d’installation ». Laisser le médecin visser sa plaque où il l’entend est, sur le fond, incompatible avec la lutte contre la progression des sables. Qu’en diront MM Fillon, Macron et Mélenchon ?

Portefeuilles de la patientèle

Dans une France tendant vers l’égalité le pouvoir central lutterait contre les maquis des « assurances complémentaires ». Or voici que, dans son numéro de janvier,  60 Millions de consommateurs s’est penché sur les changements à venir dans les remboursements des « complémentaires santé ». Et le magazine d’user, lui aussi, de la métaphore de l’épidémie (« Dépassements d’honoraires : l’épidémie s’étend »):

« Pour les patients, 2017 commence par une mauvaise nouvelle avec la baisse annoncée du remboursement des dépassements d’honoraires par les assurances complémentaires santé (« mutuelles »).

« Dans le cadre de la réforme dite des « contrats responsables », les pouvoirs publics avaient déjà plafonné les remboursements par les complémentaires à 125 % du tarif de la Sécurité sociale (« Sécu ») en avril 2015. Au 1er janvier 2017, ce plafond est baissé à 100 %. En clair, un nombre non négligeable d’actes médicaux risquent de peser encore plus sur le portefeuille des patients. »

 60 Millions de consommateurs s’est appuyé sur les données de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation pour réaliser une étude en partenariat avec le site 66 Millions d’impatients du Collectif interassociatif sur la santé. Depuis 2011, le montant total des dépassements en cliniques privées a augmenté de 30 % pour atteindre près de 867 millions d’euros en 2015.

Varices et cataracte

« Chirurgie de la cataracte, pose de prothèse de hanche, accouchement par voie naturelle, ablation de tumeurs diverses et variées… Sur les 14,5 millions d’interventions réalisées en clinique en 2015, 4 millions ont donné lieu à un dépassement d’honoraires. Autrement dit, à une facturation supérieure au tarif fixé par la Sécurité Sociale. »

Le magazine met en lumière les disparités entre le type d’intervention et les régions. Parmi les dix opérations les plus pratiquées en clinique, 60 Millions de consommateurs relève que sept d’entre elles ont un « dépassement moyen à 100 % », les plus gros dépassements étant observés pour « l’extraction de varices », le « canal carpien » et les « ligaments croisés du genou ». Les dépassements sont aussi plus fréquents et plus élevés à Paris et Lyon qu’à Nantes ou Poitiers.

S’y retrouver dans le maquis ? Chaque citoyen peut consulter gratuitement le site de l’Assurance maladie. Il y trouvera  un annuaire des praticiens exerçant en secteur 1 et de ceux ayant signé le CAS, contrat d’accès aux soins, qui pratiquent des dépassements d’honoraires modérés – des dépassements généralement pratiqués avec « tact et mesure » 1.

Déserts et maquis… Tact et mesure… Que feront MM Fillon, Macron et Mélenchon ?

A demain

1 Article 53 (article R.4127-53 du code de la santé publique)

«  Les honoraires du médecin doivent être déterminés avec tact et mesure, en tenant compte de la réglementation en vigueur, des actes dispensés ou de circonstances particulières. Ils ne peuvent être réclamés qu’à l’occasion d’actes réellement effectués même s’ils relèvent de la télémédecine.

Le simple avis ou conseil dispensé à un patient par téléphone ou par correspondance ne peut donner lieu à aucun honoraire. Un médecin doit répondre à toute demande d’information préalable et d’explications sur ses honoraires ou le coût d’un traitement. Il ne peut refuser un acquit des sommes perçues.

Aucun mode particulier de règlement ne peut être imposé aux malades. »

 

 

 

 

 

Ubuesque : les paquets neutres effacent les informations sur la composition des cigarettes

 

Bonjour

C’est une enquête bien dérangeante de 60 millions de consommateurs (Fabienne Loiseau) : « Tabac : le paquet neutre, oui ! Mais où est passée la composition ? ». On sait que depuis le 21 novembre, les fabricants de tabac ne livrent plus de paquets à leurs couleurs, mais utilisent le format standard fixé par l’ordonnance du 19 mai 2016 : couleur unique, taille de caractères uniformisée, absence de toute allégation quelle que soit la marque. À partir du 1er janvier 2017, les anciens paquets avec le logo de la marque seront totalement interdits à la vente.

Tout pourrait être parfait, en attendant l’évaluation de l’impact de cette neutralité sur la consommation. C’était compter sans l’esclave-consommateur !

« Plusieurs consommateurs nous ont cependant confié leur étonnement en découvrant les nouveaux paquets. Car les étiquettes des cigarettes ou du tabac à rouler ne doivent plus indiquer aucune information sur la teneur en nicotine, en goudron ou en monoxyde de carbone.

Aucune indication ne figure non plus sur les éventuels agents de texture et de saveur que les fabricants ajoutent couramment à leurs produits. « Je m’étonne de ne plus trouver trace des mentions légales comme la teneur en tabac, papier et additifs, s’inquiète ainsi Tristan. Plus rien ne me garantit que je fume encore du vrai tabac ! »

Paradoxe ministériel

Que répondre à Tristan ? Qu’il s’agit là de l’application de la nouvelle réglementation, qui transpose la directive européenne 2014/40/UE sur les produits du tabac. Moins de transparence, en somme, concernant un produit dont la toxicité n’est plus à démontrer. Explications (paradoxale) du ministère de la Santé :

« Cette interdiction a vocation à ne pas désinformer les consommateurs sur les dangers du tabagisme. La directive considère en effet qu’il convient d’éviter que les consommateurs comparent les cigarettes entre elles pour adopter celles qu’ils croient être les moins nocives, oubliant que nombre de risques liés au tabagisme sont identiques peu importe la composition des produits du tabac. »

60 millions de consommateurs  précise que les fabricants sont toujours tenus de déclarer à l’État la liste des ingrédients qu’ils utilisent dans chacun de leurs produits. Jusqu’à présent ces fabricants étaient censés fournir ces informations au Laboratoire national d’essais . On peut en effet accéder à cette base de données par marques et fabricants sur le site du LNE. Or ce fichier n’est plus actualisé depuis 2013.

Mieux versus Bien

 Précisions du ministère de la Santé : ces informations figureront à l’avenir sur le site de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Quand ? Nul ne sait, aucune échéance précise n’est encore fixée. L’Anses elle-même explique qu’elle dispose, pour l’heure, de peu d’informations sur la mise en œuvre de cette nouvelle mission qui lui a été confiée.

Pour 60 millions de consommateurs le fumeur-esclave de tabac n’a aucun moyen de savoir ce que contiennent les cigarettes enveloppées dans des paquets neutres. Sauf à se tourner vers les informations publiées par  Philip Morris, qui commercialise aussi Chesterfield® et Marlboro® ; British American Tobacco, qui vend les marques Lucky Strike® ou Winfield® ; ou encore Japan Tobacco International, notamment propriétaire de Camel® et Benson & Hedge®. Des informations  moins détaillées que sur le site du LNE et uniquement accessibles en langue anglaise.

Où l’on voit que le mieux peut, ici aussi, être l’ennemi du bien.

A demain

 

Haro sur les pastilles Drill® ! «60 Millions de consommateurs» va-t-il bientôt remplacer Prescrire ?

Bonjour

Le médicament fait vendre. Le dénoncer aussi. Après bien d’autres « 60 Millions de consommateurs » remet l’ouvrage sur le métier. Il le fait dans un opuscule spécial, sorte d’almanach pour prévenir et traiter les petits maux hivernaux (5,90 euros). « Grippe, rhume, toux, troubles digestifs… Se soigner sans ordonnance ». Avec une « exclusivité » : « la liste des médicaments dangereux ». Et un paradigme en prime : «  Pas besoin d’un marteau pour écraser une mouche ! ».

Au crible : soixante-et-un médicaments à prescription médicale facultative, parmi les plus vendus en pharmacie d’officine. La liste des best sellers ? Elle a été fournie par des pharmacies-gros volumes (la pharmacie Prado-Mermoz à Marseille et la pharmacie de la Gare à Roissy-en-Brie). Données croisées avec celles de l’Association française de l’industrie pharmaceutique pour une automédication responsable (Afipa). Puis un travail sur lequel aucune précision n’est donnée et qui a été mené « sous le contrôle » du Pr Jean-Paul Giroud, pharmacologue clinicien, membre de l’Académie de médecine, et d’Hélène Berthelot, pharmacienne et experte auprès de la Haute Autorité de Santé. Rien n’est vraiment dit des liens et autres conflits d’intérêts.

Verdict : sur les soixante-et-un « testé »n vingt-huit sont « à proscrire en raison d’une balance bénéfice/risque défavorable en automédication.  « Certains produits contiennent des substances qu’on ne devrait tout simplement pas associer », estime Jean-Paul Giroud.

A privilégier : Clarix toux sèche® , Humex adultes toux sèche®, Atuxane toux sèche®, Vicks Vaporub® , Vicks Imodiumcaps® , Gaviscon menthe®, Maalox sans sucre®, Tussidane®, Forlax 10 g®, Psyllium Langlebert®, Calyptol inhalant®, Perubore Inhalation®. Sans oublier la célèbre Essence algérienne® des Laboratoires Gerda malgré ses dérivés terpéniques et son prix « exorbitant » (7 euros le flacon de 20ml).

A proscrire : Parmi les vingt-huit on trouve Actifed Rhume Jour & Nuit®  de Johnson & Johnson ? Les deux experts affirment que « derrière le concept marketing, l’association paracétamol-pseudoéphédrine-diphénhydramine décuple les risques, déjà nombreux d’accidents cardio-vasculaires, neurologiques ou psychiatriques ». Mêmes accusations pour Rhinadvil Rhume ibuprofène et pseudoéphédrine® (Pfizer) : « Une liste à rallonge de contre-indications, d’effets indésirables et d’additifs indésirables (dont les parahydroxybenzoates) fait que ce médicament ne peut qu’être formellement déconseillé pour un simple rhume ». Sans oublier le célèbre Drill Miel Rosat® des Laboratoires Pierre Fabre : on ne dira jamais assez à quel point ces pastilles exposent au risque de fausse route (sic).

Attaque opportuniste

« 60 Millions de consommateurs » milite désormais pour que certains de ces médicaments ne soient délivrés que prescription ou soient retirés du marché. L’Association française de l’industrie pharmaceutique pour une automédication responsable a violemment réagi. Dans un communiqué elle dénonce « une attaque opportuniste et injustifiée », et rappelle que ces médicaments disposent tous d’une autorisation de mise sur le marché. « Autrement dit, rappelle-t-elle, ces spécialités ont un bénéfice/risque favorable, elles ont prouvé leur efficacité et font l’objet d’un suivi de pharmacovigilance par l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) »

L’ANSM ?  Elle n’a pas réagi aux accusations de « 60 millions de consommateurs ». On comprend son embarras. Faut-il répondre à un travail fondé sur une aussi pauvre méthodologie ? A l’inverse il faut tenir compte de l’audience de cette revue et de l’aura dont elle dispose encore. Comment ne pas répondre alors même que l’on est en charge de la « sécurité du médicament » ? Prenons le pari que l’ANSM suivra la voie de la raison et nous dira prochainement ce qu’elle pense de ce qui apparaît comme un triste ersatz du travail que mène, depuis plus de trente ans, Prescrire ; un mensuel de référence mais qui n’a guère d’écho que dans des franges éclairées du corps des médecins-prescripteurs et des pharmaciens-délivreurs.

Ire pharmaceutique

Les pharmaciens, précisément. Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) n’apprécie guère les méthodes du magazine des consommateurs :

« Je n’aime pas qu’on affole la population en disant que des médicaments sont dangereux. Je note d’ailleurs que le magazine qui publie cette enquête faisait il y a un an la promotion des médicaments en grande surface. C’est assez incohérent. Si ces médicaments étaient aussi dangereux que le dit cette enquête, on aurait des centaines de morts puisqu’ils sont très souvent utilisés. Tout cela n’est qu’exagération. Je pense que l’automédication est un mot mal employé : il laisse croire que les gens peuvent acheter leurs médicaments dans une espèce de libre-service. Mais quand un patient a besoin d’un conseil parce qu’il a mal à la tête et qu’il va voir son pharmacien, c’est une démarche de parcours de soin. Nous lui donnons un médicament adapté à sa situation, nous l’avertissons sur les risques et les conditions d’utilisation. »

Les pharmaciens d’officine auraient grand tort de trop s’inquiéter  d’une variation à la baisse de leur chiffre d’affaires : « 60 Millions de consommateurs » conseille vivement à ses lecteurs de remplacer les médicaments trop dangereux par de douces huiles essentielles et quelques « phytomédicaments ».

A demain

Morale et capitalisme : pouvez-vous partager votre hamburger McDonald’s® avec un affamé ?

Bonjour

On demande d’urgence des spécialistes de communication de crise chez McDonald’s France®. Les premières explications n’auront pas suffi et l’indignation enfle sur les réseaux sociaux devenus électriques. L’affaire vient de faire l’objet d’une dépêche de l’Agence France Presse. C’est dire que les oreilles du géant américain vont durablement siffler. Le siège doit commencer à s’irriter. Une petite souris enregistre-t-elle tout cela ?

Tout commence avec la diffusion d’une note qui  interdit aux salariés de son établissement de Hyères (Var) de donner leurs repas aux sans-abri. Sur son site internet, l’association 60 Millions de consommateurs, à l’origine de la diffusion de cette note, cite un salarié de ce restaurant. Il explique avoir donné le mois dernier son repas à des sans-abri. « Le sourire des personnes à qui je donnais mon repas n’avait aucun prix » se souvient-il. On veut bien le croire.

Affamés du territoire

Cette note est signée de la direction de l’établissement. « Elle indique qu’il est formellement interdit de procurer de la nourriture aux clochards, notamment les repas dont bénéficient gracieusement les salariés, précise 60 Millions de consommateurs. Il s’agit d’un ‘‘avantage en nature personnel [qui] ne doit profiter qu’au salarié en question. McDonald’s n’a pas vocation à nourrir tout (sic) les affamés du territoire« , ajoute-t-elle, précisant que « le document se termine par une menace explicite de licenciement pour les salariés qui enfreindraient la consigne« . »

McDonald’s France® a rapidement servi une explication :

« Suite à un incident grave avec deux sans-abri le soir du 25 juillet devant le McDonald’s de Hyères, le restaurant a affiché des consignes pour prévenir ces incidents et préserver la sécurité de ses clients ». « Le procédé et la formulation se révélant maladroits, la direction du restaurant a donc très rapidement retiré l’affiche. McDonald’s se joint au restaurant pour présenter ses excuses à toutes celles et ceux que cette affiche a pu choquer, et rappelle que l’enseigne a vocation à servir tous ses clients, sans aucune distinction ».

Nécessiteux

Explication ne vaut pas excuse. Et 60 Millions de consommateurs n’est nullement satisfaite. « McDonald’s France®  n’a pas répondu à notre question de savoir si, oui ou non, les salariés ont le droit de partager leurs hamburgers gratuits avec des nécessiteux » observe l’association.

L’AFP note que Arash Derambarsh, conseiller municipal (Les Républicains) de Courbevoie (Hauts-de-Seine) a aussitôt condamné de façon très ferme l’attitude du restaurant McDonald’s de Hyères. « Quand quelqu’un veut aider un autre être humain, il faut l’aider, il faut l’encourager », a souligné sur RTL Arash Derambarsh, l’une des figures à l’origine du débat sur le gâchis alimentaire, qui a abouti à l’adoption au printemps de mesures destinées à empêcher les grandes surfaces de jeter de la nourriture. J’en appelle aux parlementaires : si McDonald’s®, comme d’autres fast-foods, refuse de donner de la nourriture consommable à des gens qui ont faim, eh bien, on va en passer par la loi. »

Flagship

Le même jour Le Figaro saumon nous apprenait que Burger King® ouvrait un nouveau flagship de 900 mètres carrés, totalement relooké, à La Défense. La chaîne de burgers américaine vise 7000 personnes les jours de grande affluence.

« L’ouverture de ce nouveau flagship est un événement. Elle marque deux jalons importants pour Burger King. C’est le 23e en France (le 9e aussi en Ile-de-France), et le 4000e restaurant de la zone Europe, Moyen-Orient, Afrique », déclare Jocelyn Olive, directeur général de Burger King France®. Le restaurant se situe dans le centre commercial des Quatre-Temps (en face d’un Quick). Triple cuisine (une première en France), douze bornes de commande (deux fois plus que d’habitude), huit caisses, plus de 250 places assises, il a été pensé XXL (sur 900 mètres carrés) par la direction du groupe.

Convivialité

Le nouveau restaurant Burger King emploie plus de 150 personnes CDI et CDD. Concept chaleureux et convivial, retour aux sources des valeurs de Burger King: l’authenticité américaine (avec des couleurs éclatantes, des briques apparentes, des bois bruts), l’esprit de la marque (avec logo incrusté dans les tables en bois) et, par dessus tout, la convivialité.

Rien n’est dit sur le partage des repas avec les clochards-sans abri. Mais rien ne dit non plus que la police les laisse vagabonder dans cet espace dévolu au travail et aux affaires. Aujourd’hui les Quatre-Temps ne sont  pas Hyères.

A demain

Honoraires : le « tact et la mesure » seraient désormais une spécialité des cliniques privées

Bonjour

Faut-il la croire ? Vraie ou pas voilà une information qui ne va guère huiler les vieux rouages usés de la confraternité. C’est une information qui vient d’être diffusée à la presse par l’association 60 millions de consommateurs et par le  site Internet 66millionsdimpatients.org du Collectif interassociatif sur la santé (CISS). On la trouvera ici. Ou encore ici.

Résumé

Voici le résumé qui en est fait à l’attention de la presse :

« Les soins en établissements de santé privés ne coûtent pas plus chers qu’à l’hôpital public … au contraire ! Une étude conjointe dévoilée le 16 janvier 2015 met fin à une idée reçue concernant les dépassements d’honoraires. Cette étude comparative menée sur dix actes répandus de chirurgie (cataracte, bypass gastrique, ablation prostate…) indique que les dépassements d’honoraires pratiqués par les médecins exerçant une activité libérale à l’hôpital public sont plus élevés que dans le privé. »

Cataracte

« Prenons l’exemple de la chirurgie de la cataracte, l’intervention la plus courante en France, explique 60 millions de consommateurs (Erwan Le Fur). En 2013, plus de 500 000 ont eu lieu en clinique et près de 200 000 à l’hôpital. Le nombre d’interventions menées sous le scalpel de praticiens hospitaliers exerçant à l’hôpital en secteur 2, et donc susceptibles de facturer des dépassements d’honoraires, reste dérisoire : environ 4 300, dont 2 400 ont donné lieu à des dépassements, contre plus de 300 000 en clinique. Un constat qui s’explique aisément tant le nombre de médecins autorisés à pratiquer des dépassements à l’hôpital est faible.

80 euros de plus en public

Un peu moins de 5 000 praticiens hospitaliers (plus précisément 4 889 en métropole et outre-mer), sur un total de plus de 40 000, ont exercé en 2013 une activité privée au sein de l’établissement public les employant. Sur ce nombre, 43 % (2 107) étaient installés en secteur 2, et à ce titre, autorisés à facturer des dépassements d’honoraires. Restons sur la chirurgie de la cataracte… En cas de dépassement, cette intervention est facturée en moyenne 561,70 €, soit 290 € de plus que le tarif servant de base au calcul du remboursement de la Sécurité sociale (271,70 €). Le dépassement moyen observé en clinique est, lui, de 212 €. »

Mesures et tact

Ces chiffres fournissent l’opportunité rêvée à la branche Médecine Chirurgie et Obstétrique de la Fédération de l’Hospitalisation Privée (FHP-MCO) de souligner que les dépassements d’honoraires pratiqués par les médecins en secteur 2 dans les établissements de santé privés sont globalement réalisés « avec tact et mesure ».

Ah le tact et la mesure … A celles et ceux qui l’auraient oublié, voici ce que dit le code de déontologie :

« Article 53 (article R.4127-53 du code de la santé publique):
Les honoraires du médecin doivent être déterminés avec tact et mesure, en tenant compte de la réglementation en vigueur, des actes dispensés ou de circonstances particulières.Ils ne peuvent être réclamés qu’à l’occasion d’actes réellement effectués même s’ils relèvent de la télémédecine.Le simple avis ou conseil dispensé à un patient par téléphone ou par correspondance ne peut donner lieu à aucun honoraire.Un médecin doit répondre à toute demande d’information préalable et d’explications sur ses honoraires ou le coût d’un traitement. Il ne peut refuser un acquit des sommes perçues.Aucun mode particulier de règlement ne peut être imposé aux malades. »

Et voici ce qu’il faut savoir en pratique

Prostate, cinq fois plus chère

« Dans l’étude qui vient d’être dévoilée, on constate que les chirurgiens qui exercent en secteur 2 dans les cliniques et hôpitaux privés, demandent un dépassement d’honoraires en moyenne moins important que leurs confrères des hôpitaux publics qui ont une activité libéraleexplique Ségolène Benhamou, Présidente de la FHP-MCO. Pour une ablation de la prostate, ce dépassement est cinq fois moins élevé dans les établissements privés qu’à l’hôpital public. »

Idées simples

Rappel historiques pour les plus jeunes : les « dépassements » ont été autorisés  par le législateur pour les médecins secteur 2 en 1980. Les responsables de la FHP-MCO fournissent aux journalistes des idées assez simples. Comme celle-ci : « si ces dépassements sont plus répandus dans le privé, c’est parce que les tarifs opposables des médecins libéraux n’ont que faiblement augmenté au fil des années ». Ils citent ici les magistrats de la Cour des comptes, « le secteur 2 a été utilisé comme un élément modérateur de la revalorisation des tarifs opposables, en contrepartie d’un laisser faire sur la progression des dépassements. » En conséquence, il ne faudra pas être surpris que « six nouveaux médecins spécialistes sur dix le choisissent, les ratios les plus élevés concernant la chirurgie, la gynécologie, l’ORL et les anesthésistes. »

Gratuit pour les CMU/AME

Pour autant la FHP-MCO souhaite rappeler que plus de la moitié des séjours dans les établissements de santé privés sont réalisés sans dépassement d’honoraires. Fort heureusement tous les patients titulaires de la CMU/CMUC ou de l’AME ne se voient appliqués aucun dépassement d’honoraires. Heureusement encore il en va de même des patients pris en charge dans les services d’urgences des cliniques et hôpitaux privés.

Simplicité extrême

Si le médecin exerce en secteur 1, c’est-à-dire au tarif opposable, le patient n’aura aucun reste à charge à payer pour les soins.  « Et concernant les médecins exerçant en secteur 2, ils adaptent leurs honoraires en fonction de leur patient, en respectant la déontologie médicale qui précise que les dépassements doivent être faits avec tact et mesure. Les patients choisissent leur médecin en toute connaissance de cause, après s’être fait notifier le montant du dépassement d’honoraire», ajoute Ségolène Benhamou.

Du tact, de la mesure dans le dépassement. La simplicité même.

A demain