«Hidjab de running» : une forme d’hystérie tricolore sous les yeux de la presse anglo-saxonne

Bonjour

Ainsi donc, dans le sillage du burkini, la tornade du « hidjab de running ». Le 26 février 2019, après une journée de controverses, de débats radiophoniques et de pressions politiques la firme Decathlon a renoncé, a dit renoncer (pour l’instant) à commercialiser (en France) son « hidjab de running ». Déjà vendu au Maroc, ce fichu devait prendre place dans les rayons des Decathlon de France dans les prochaines semaines. Mercredi 27 février la ministre de la justice a regretté « qu’on a[it]beaucoup hystérisé le sujet ». Elle a rappelé que le choix commercial initialement fait par Decathlon était légal. Une tornade et un contradiction qui, comme l’observe judicieusement Le Monde, n’a pas échappé à la presse anglosaxonne qui y a vu l’éternel retour de l’obsession française pour « l’habillement des musulmanes ».

Le quotidien britannique The Guardian souligne ainsi qu’il ne s’agit pas de la première « tempête politique sur les vêtements des femmes musulmanes en France », habituée à ce genre de débats depuis 2010, quand « le gouvernement de Nicolas Sarkozy a interdit le port de la burqa en France et a été accusé de stigmatiser les femmes musulmanes ».

 « La question de l’habillement des femmes musulmanes en public a souvent suscité la controverse en France », note aussi la BBC, qui relève que, paradoxalement, le fabricant d’équipements sportifs Nike commercialise un hidjab de sport en France depuis 2017, disponible en noir, gris et blanc. Sans que cela ne pose de problème. Qui, en France, osera lancer un mouvement de boycott contre Nike ?

Pour la chaîne australienne ABC, cette controverse entourant le « hidjab de course » n’a rien d’étonnant. « En fait, l’entreprise elle-même a admis qu’elle avait soupçonné que le déploiement du produit allait faire “réagir” », note la chaîne, qui rappelle que « la France a été le premier pays européen à interdire ouvertement la burqa et le niqab dans les lieux publics ». D’autres observent que le buzz décathlonien survient alors que la célèbre firme française traverse quelques difficultés stratégiques et financières.

Hystérie française de conversion

A l’instar du Guardian, la BBC revient sur les règles françaises en matière de signes religieux – des standards bien éloignés de la culture anglo-saxonne. Le Guardian rappelle que le port du voile est interdit dans les écoles publiques depuis 2004. Et les agents de la fonction publique ne peuvent pas porter de voile ou de symboles religieux extérieurs au travail, car ils doivent être considérés comme neutres. L’occasion aussi de se remémorer la polémique qui avait agité la France en 2016, lorsque des dizaines de maires de villes côtières françaises avaient cru pouvoir interdire aux femmes musulmanes de porter des « burkinis » sur leurs plages.

Pour le Washington Post, la France sombre dans le registre « mélodramatique de ce que peuvent, ou ne peuvent pas porter les femmes de confession musulmane ». Le quotidien revient sur ce qui a commencé comme « la tempête habituelle sur Twitter avant de devenir une affaire d’Etat, avec des responsables politiques se sentant obligés de prendre position sur ce vêtement prétendument offensant ».

Et, ajoute Le Monde, pour souligner cette « hystérisation » du débat français, le quotidien américain le met en regard avec la diffusion par Nike, dimanche pendant la cérémonie américaine des Oscars, d’une nouvelle campagne de publicité intitulée « Dream Crazier » (« Rêvez avec plus de folie ») – campagne qui met en vedette plusieurs athlètes féminines qui ont brisé des barrières et qui ont été traitées de « folles » pour avoir osé le faire.

Parmi elles  l’escrimeuse Ibtihaj Muhammad, médaille de bronze par équipes aux championnats du monde en 2011, 2012 et 2013 et médaille de bronze par équipes lors des Jeux olympiques 2016 de Rio de Janeiro, au Brésil. Elle a été la première athlète américaine à participer aux Jeux olympiques avec un hidjab. Et plutôt que de susciter la polémique, ce spot publicitaire a été bien reçu par le public américain.

Où l’on en vient à s’interroger : qui nous éclairera sur les raisons profondes qui, en France, pourraient expliquer ces phénomènes d’hystérie nationale de conversion.

A demain

@jynau

 

Fallait-il soigner et sauver Robert Bowers, l’auteur de la tuerie de la synagogue de Pittsburgh ?

Bonjour

La question est provocante et la réponse évidente. Elle vaut néanmoins d’être évoquée à la lumière des propos tenus par les médecins concernés – des propos rapportés notamment par Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long). A la lumière, également, de ce que les médias donnent quotidiennement à voir  quant à l’évolution sociétale d’un pays dirigé par un Donald Trump chaque jour un peu plus désinhibé.

Le samedi 27 octobre 2018, pendant l’office matinal de shabbat  un tueur a fait irruption dans la synagogue « Tree of Life » de Pittsburgh. Selon Jewish Telegraphic Agency, le suspect est entré dans la synagogue où se préparait une cérémonie de circoncision en criant : « Tous les juifs doivent mourir ! » avant d’ouvrir le feu. Le tireur, blessé durant l’affrontement avec la police, a été hospitalisé, placé en garde à vue puis inculpé et emprisonné. Robert Bowers, 46 ans, avait tué onze personnes présentes dans la synagogue – dont un médecin âgé de 66 ans, le Dr Jerry Rabinowitz.

On devait rapidement apprendre que Robert Bowers avait été pris en charge et sauvé par des médecins juifs au Allegheny General Hospital (AGH) de Pittsburgh – précisions données par le Dr Jeffrey Cohen, président de l’AGH. Et le Dr Cohen (dont la belle-mère était présente à la synagogue lors de la fusillade) explique lui avoir rendu visite dans son hôpital.

« Les premières personnes à l’avoir pris en charge sont des juifs, a-t-il expliqué aux médias américains. Ce sont des héros, (…) ils ont fait leur travail, en accord avec leurs convictions profondes. Je suis très fier d’eux ». « J’étais curieux de voir qui il était a-t-il ajouté concernant le tueur. Et je voulais aussi m’assurer qu’on prenait bien soin de lui ».

« Mon job c’est de soigner, pas de juger »

Au journaliste qui lui demande : « Qu’avez-vous lu dans ses yeux ? », il répond qu’il s’agit d’un patient comme les autres. « Ils ont peur, ils sont désorientés. Ils ne comprennent pas ce qu’il leur arrive. Mais encore une fois, mon job n’est pas de le juger. D’autres personnes ont cette lourde responsabilité. Mon job, c’est de le soigner. »

L’honneur de la médecine résumé en quelques mots à faire entendre sur les bancs de toutes les facultés : « Le médecin doit écouter, examiner, conseiller ou soigner avec la même conscience toutes les personnes quels que soient leur origine (…) leur réputation ou les sentiments qu’il peut éprouver à leur égard ».

Reste le contexte.Un article publié le jour de la fusillade dans The New Yorker, signé Alexandra Schwartz, expose les symptômes avant-coureurs de l’attentat et la montée de l’antisémitisme aux États-Unis depuis la campagne présidentielle de 2016, avec en particulier une recrudescence de la négation de la Shoah  et l’explosion de « l’antisémitisme au vitriol » sur Internet. Selon l’auteure l’antisémitisme n’avait pas pris une telle ampleur dans la culture américaine depuis le début  années 1940.

A Pittsburgh des médecins ont soigné et sauvé Robert Bowers, 46 ans. Aujourd’hui il risque la peine de mort.

A demain

@jynau

 

En Espagne, alerte à la fièvre de Crimée-Congo (après une balade dans la campagne)

Bonjour

La France ne l’apprend que maintenant : un homme de 62 ans est décédé le 25 août dans un hôpital madrilène. Diagnostic confirmé : fièvre de Crimée-Congo. Le scénario mortel a été reconstitué : la victime avait été piquée par une tique lors  d’une promenade en campagne dans la province de Castille-et-Leon. La mort est la conséquence d’une insuffisance hépatique aiguë .

Les autorités sanitaires madrilènes ont précisé que le 26 août, une infirmière du service de soins intensifs dans lequel le patient avait été admis a, elle aussi, été infectée. Son état était considérée comme stable mais elle est toujours à l’isolement en soins intensifs.

Par décision sanitaire régionale, près de deux cents  personnes en contact avec les deux malades sont actuellement sous surveillance. On retrouve là les  bases du protocole Ebola adopté en Espagne en 2015. Il s’agit majoritairement de personnel des hôpitaux (une centaine soignants) et de proches. « Il ne faut pas penser que toutes les piqûres 1 de tiques en Espagne vont désormais transmettre cette affection » rassurent les autorités sanitaires.

Tiques vectrices

Certes, mais des tiques peuvent être vectrices. Les plus repérables sont ici les femelles adultes nourries, ou en train de se gorger de sang, car bien plus grosses que lors des autres stades du développement ce ces arachnides acariens décrit pour la première fois par William Elford Leach il y a précisément deux cents ans.

Il faut désormais revoir ses classiques d’infectieuses exotiques. Aujourd’hui la « fièvre hémorragique de Crimée-Congo » (OMS). Et sa progression à nos frontières : « La fièvre hémorragique de Crimée-Congo est en recrudescence en Europe orientale ».

Remarquablement exhaustif le site Medscape France (Dr Isabelle Catala) nous explique que cette fièvre hémorragique est vraisemblablement arrivée en Espagne via des importations d’animaux vraisemblablement. En 2010, le centre de référence espagnol des Rickettsioses  avait déjàrapporté la présence du virus de la fièvre Crimée-Congo chez des tiques.

Transmissions interhumaines

Un protocole de recherche mené entre 2013 et 2015 concluait d’ailleurs, « les tiques du genre Hyalomma qui ont la particularité de migrer facilement, contiennent du matériel génétique de la fièvre Congo-Crimée dans la péninsule ibérique. Le potentiel d’émergence en Espagne est important. Un système de vigilance active est nécessaire. ».

Rappelons donc que la fièvre de Crimée-Congo se transmet par les tiques et les animaux d’élevage (bovins, moutons, chèvres), que les transmissions interhumaines sont rares, qu’elles sont dues à un Nairovirus de la famille des Bunyaviridae.  Et que cette pathologie est endémique en Afrique, dans les Balkans, au Moyen Orient et en Asie.

Piqûre de tique, cinq à six jours, fièvre, myalgies, vertiges, raideur de la nuque, céphalées, photophobie, nausées,  diarrhées, douleurs abdominales. Puis signes neurologiques et hépatomégalie. Mortalité (une fois sur trois) d’insuffisance hépatique ou rénale. Aucun vaccin.

A demain

1 La pique pique-t-elle ou mord-t-elle ? C’est un peu plus sophistiqué et le film d’horreur est à portée de clavier. Ainsi Wikipédia :

« Après avoir trouvé une proie et s’y être accrochée, la tique chemine lentement sur la peau (de quelques minutes à « plusieurs heures parfois) pour trouver un emplacement qui lui convient. De fines griffes lui permettent de se stabiliser sur l’épiderme (ces griffes sont plus puissantes chez la larve qui a besoin de s’ancrer pour pouvoir percer la peau). La tique coupe la peau grâce à des chélicères extériorisables (cachées au repos dans une gaine protectrice) qu’elle enfonce peu à peu ainsi que l’hypostome, aidé par la sécrétion d’enzymes salivaires (protéases) qui provoquent une cytolyse. Au bout de son rostre se forme alors une poche ou chambre de cytolyse.

« Cette opération, sous l’effet de substances salivaires anesthésiantes, se fait sans douleur pour l’hôte. La tique en quelques heures a ainsi enfoncé tout son rostre. Elle parfait son ancrage par la sécrétion d’une substance, sorte de colle biologique dite « cément » (ou « manchon hyalin ») ; cette colle la fixe très fortement au derme. Ainsi fixée, elle peut alors, pendant toute la durée de son repas, alternativement aspirer le sang et réinjecter de la salive de manière à agrandir la poche ainsi creusée sous la peau jusqu’à ce que cette poche atteigne un ou plusieurs microcapillaires sanguins, qui crèveront et l’alimenteront directement en sang.

« Durant ce temps, la tique injecte un cocktail de molécules qui affaiblissent localement l’immunité de l’hôte et insensibilisent le système nerveux (ce qui ne fonctionne plus chez des organismes dont le système immunitaire a été sensibilisé, rendu allergique en quelque sorte, à ces molécules). La tique dispose aussi de moyens de détecter et tuer une partie des bactéries pathogènes qu’elle ingère lors de son repas, via des lysozymes présents dans sa salive, notamment. »

Vous refusez les obligations vaccinales ? Vous ne toucherez plus les allocations familiales !

Bonjour

L’information ne manquera pas de faire réagir les anti-vaccinaux. Elle vient d’être donnée par la BBC. Elle est détaillée sur ABC. Le gouvernement australien a annoncé son intention d’arrêter le versement des prestations d’aide sociale aux parents qui refusent de faire vacciner leurs enfants. C’est la politique dite du  «no jab, no pay »., détaillée et justifiée par le Premier ministre (conservateur) australien, Tony Abbott.

« C‘est une importante mesure de santé publique, a expliqué M. Abbott. Il est très important que nos familles et nos enfants soient le plus en sécurité possible ». On estime que plus de 39 000 enfants australiens de moins de sept ans ne sont pas vaccinés – soit une augmentation de 24 000 cas au cours des dix dernières années. « Ce choix de ne pas immuniser ses enfants n’a aucun fondement médical et ne devrait pas être soutenu par les contribuables », souligne le Premier ministre australien dans un communiqué.

Objection de conscience

Si le projet du gouvernement australien est adopté par le Parlement (il est soutenu par l’opposition travailliste) ces parents ne toucheront plus ces allocations à partir de 2016. Toutefois, ceux qui refuseront d’immuniser leurs enfants pour des raisons médicales ou religieuses continueront toutefois d’avoir le droit de percevoir certaines allocations (avec une restriction des conditions d’accès). La menace n’est pas mince : actuellement les parents peuvent faire valoir une clause « d’objection de conscience » tout en continuant de percevoir une série d’allocations qui peuvent aller jusqu’à 15 000 dollars australiens (10 800 euros) par an et par enfant.

En Australie comme ailleurs, des militants estiment (et affirment) que certains vaccins pédiatriques sont dangereux. Une pétition en ligne contre les vaccinations obligatoires – avec plus de 3000 signatures au cours des cinq derniers jours –  réclame le droit, pour les parents australiens de faire « un choix sans contrainte ».

On sait que ce n’est pas si simple.

A demain

Césarienne : la mère revient à la vie après une mort de trois-quarts d’heure

Bonjour

Faut-il parler de miracle ? L’affaire vient d’être rapportée par le Washington Post. C’est une révélation réchauffe le cœur. Ou qui fait froid dans le dos quand on songe aux prélèvements et à la classification de Maastricht.

Résumons-là. Une Américaine âgée de 40 ans s’est réveillée spontanément après avoir passé 45 minutes « sans pouls ». L’accident initial s’est produit après  un accouchement par césarienne au mois de septembre dernier, à l’hôpital de Boca Raton, en Floride. C’est là que Mme Ruby Graupera-Cassimiro (on peut la voir ici) a été victime, nous dit-on, d’une embolie amniotique. Et on ajoute que pour la sauver, les médecins et les infirmières « ont tout essayé ». Presque tout.

The New England 

Le cœur « lâche ». Massage cardiaque de 45 minutes. Puis usage d’un défibrillateur. On abandonne. Les proches Auraient même été appelés pour prendre congé (« dire au revoir » écrivent certaines dépêches).  Alors que les médecins sont sur le point de déclarer l’heure du décès, le moniteur cardiaque émet un son. Puis un deuxième, et un suivant encore. Le porte-parole de l’hôpital, Thomas Chakurda, confirme : « Ruby Graupera-Cassimiro « est ressuscitée spontanément quand nous allions noter l’heure de décès ». Le lendemain, la patiente était l’ « image même de la santé ». Elle respire comme si elle n’avait jamais cessé de respirer. On attend la publication dans The New England.

Une force intérieure

The Christian Post rapporte qu’elle a dit, en substance, que Dieu mettait tout à sa juste place. Il reconnaît aussi les siens. Après son rapide rétablissement, la mère de deux enfants est revenue à l’hôpital remercier l’équipe médicale.

Mais que c’est-il donc passé ? « Tout ce dont je suis sûre, c’est que je suis très reconnaissante », a déclaré cette mort redevenue vivante. « Je me souviens d’avoir senti comme une force intérieure me disant que ce n’était pas mon heure » a-t-elle raconté à ABC. Difficile de mieux dire.

A demain

Autisme : la sélection sexuelle des embryons autorisée en Australie

Le titre ci-dessus n’est ni faux ni vrai. C’est une forme d’ellipse destinée à attirer l’œil du lecteur sur un sujet technique et éthique.

Le site Gèneéthique ne cache ni ses convictions ni son militantisme. C’est aussi une très bonne source d’informations pour qui s’intéresse aux mouvements des troupes aux frontières de la science génétique et de la réflexion morale . Toutes proportions gardées Gènéthique est un équivalent de Lemondedutabac.com spécialisé, lui,  dans  l’addiction mortifère à la nicotine-goudron-cancer. Le seul reproche qui peut raisonnablement leur être fait est de ne pas vouloir séparer l’information du commentaire.

Sélection

« Autisme: la sélection embryonnaire autorisée dans l’Etat d’Australie occidentale ». C’est l’un des titres du dernier envoi de Gèneéthique. (1) L’information est sourcée : The West Autralian (19/10/2013) – (ABC news 21/10/2013). Elle est reprise et commentée sur le site Forbes. Nos confrères anglophones titrent ‘Baby sex checks for autism’’ et ‘’Embryo Sex Selection To Select Against Autism ?’’ . Est-ce plus proche de la vérité ?

Pratiques

On parle, en pratique, de la technique (parfaitement rodée aujourd’hui) du diagnostic du sexe sur un embryon conçu par fécondation in vitro et parvenu au stade blastocyste. Elle sera désormais autorisée dans l’Etat d’Australie occidentale. Il s’agit là d’une nouvelle étape. Un consensus général a longtemps prévalu à l’échelon international : la technique du diagnostic préimplantatoire (DPI) n’est autorisée que lorsqu’elle est mise en œuvre pour prévenir  un risque de transmission d’une maladie d’origine génétique parfaitement identifiée ; maladie (dispositions françaises) d’une « particulière gravité » et incurable au moment où le diagnostic est pratiqué. On peut aussi parler de « tri embryonnaire », formule généralement perçue comme étant une critique de cette pratique.

Pratique coûteuse encore marginale (voir le dernier rapport de l’Agence de biomédecine) le DPI commence à être mis en œuvre (y compris en France) non plus dans le cadre d’un risque de transmission de maladie monogénique mais lorsqu’il existe de fortes suspicions de facteurs élevés de prédispositions génétiques.

Etapes

La décision australienne marque une nouvelle et double étape. Elle ne concerne pas le DPI au sens où ce terme est généralement utilisé. Il s’agit certes d’un diagnostic effectué avant l’implantation embryonnaire mais d’un simple (et assez banal) diagnostic chromosomique. D’autre part elle ne se fonde nullement sur une certitude (la présence ou l’absence d’une mutation génétique délétère) mais sur une observation doublée d’un faisceau de présomptions : les garçons sont statistiquement plus touchés par les syndromes autistiques et les avancées de la science biologique plaident en faveur d’un substratum génétique. Pour autant il n’existe (toujours) pas de « test génétique de l’autisme » – une réalité qui fut il y a quelques années à l’origine d’un malentendu et d’un ouvrage signé du généticien  Bertrand Jordan  (2).

Conclusion : un Etat d’Australie donne son feu vert à la pratique d’un DPI du sexe pour prévenir (en partie) le risque de naissance d’un enfant souffrant d’un syndrome autistique. La même approche aurait pu être proposée sous la forme d’une interruption thérapeutique de grossesse également fondée sur un simple diagnostic du sexe de l’enfant à naître.

Aldous

On peut ne guère attacher d’importance à une telle information. On peut aussi s’en féliciter. On peut encore s’interroger sur la lecture qu’en feront les couples concernés. Et sur celle des soignants spécialisés dans la prise en charge des enfants souffrant de syndromes autistiques –des soignants qui commencent à traduire dans les faits le décryptage moléculaire de cette entité multiple et complexe. De ce point de vue on peut, surtout, espérer que l’affaire fasse bientôt débat dans nos espaces médiatiques.

Ces mêmes espaces furent longtemps largement ouverts aux violentes (et désespérantes) querelles « biologie versus psychanalyse ». Ils le sont encore parfois et le seront encore. On peut aussi tourner la page pour observer, analyser et commenter ce qui peut être perçu comme l’annonce d’un monde meilleur. Un monde allant, quoi qu’on fasse, vers Gattaca.    

 

(1) Voici le texte : « Les autorités de santé d’Australie Occidental (Australie) viennent d’autoriser l’utilisation du diagnostic préimplantatoire dans le cadre d’un cycle de fécondation in vitro, pour les couples à risques, susceptibles de donner naissance à des enfants autistes. Alors qu’aucun test génétique ne permet de diagnostiquer l’autisme, la sélection sera exclusivement fondée sur le sexe: les garçons auraient quatre fois plus de chance d’être autistes. Mais l’utilisation de cette technique est controversée, de nombreux facteurs, notamment environnementaux, pouvant être à l’origine de l’autisme. »

(2) Sur ce sujet on peut se reporter à l’une de nos chroniques parue en 2012 dans Médecine et Hygiène ainsi qu’à l’ouvrage de Bertrand Jordan :  Jordan B. Autisme, le gène introuvable. De la science au business. Paris : Editions du Seuil, 2012. ISBN : 978-2-02-105411-8.

L’affaire avait commencé le 20 juillet 2005 dans les colonnes du Monde. Nous avions alors signé un article intitulé «Le premier test de diagnostic de l’autisme va être lancé». Il s’agissait d’un article bien court et bien modeste expliquant que les responsables d’une firme française de biotechnologies (la société IntegraGen, basée au Génopole d’Evry) venaient d’annoncer le lancement (prévu pour 2006) du premier test génétique de diagnostic de l’autisme.

«Le test devrait être proposé, dans un premier temps, aux Etats-Unis et en Allemagne, en tant que « home-test », c’est-à-dire disponible sans prescription médicale, écrivions-nous alors. En théorie, un tel dépistage pourrait représenter un progrès, un diagnostic précoce permettant une prise en charge thérapeutique plus efficace. Mais il est d’ores et déjà l’objet de critiques. « On ne pourra pas faire l’économie des graves questions, à la fois éthiques et techniques, que soulève une telle annonce, observe le professeur Thomas Bourgeron (Université Paris-VII, Institut Pasteur de Paris), l’un des meilleurs spécialistes de la génétique des syndromes autistiques. La question de la fiabilité est encore bien loin d’être résolue. D’autre part, la plus élémentaire déontologie scientifique et médicale s’oppose, selon moi, au lancement d’entreprises commerciales fondées pour partie sur l’angoisse des parents, voire des futurs parents. » »