Après l’addictologie, le ministre Guillaume rattrapé par son appétit pour la tauromachie

Bonjour

Traitant de l’alcool il avait eu cette sortie mémorable : « Je veux lutter contre l’alcoolisme et lutter contre l’addictologie ». C’était en janvier dernier. Nous sommes en août et le ministre Guillaume fait à nouveau parler de lui. Didier Guillaume, 60  ans : ancien agent du Trésor Public, longtemps élu socialiste, annonce son abandon de la politique puis abandonne l’idée, devient le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation d’Emmanuel Macron.

A la veille de la fête de l’Assomption il assistait à une corrida de Bayonne, aux côtés de sa collègue Jacqueline Gourault (Cohésion des territoires). Didier Guillaume, également en charge du « bien-être animal »… C’est une « affaire privée », a-t-il évacué deux jours plus tard  interrogé par la radio France Bleu Drôme Ardèche, d’où il est originaire. « Je ne réponds pas aux réseaux sociaux », a-t-il également lancé. Pourquoi ?

La polémique est née d’un cliché publié sur Twitter dès mercredi par un journaliste de Sud Ouest : on y voyait Didier Guillaume assis au premier rang au côté du maire UDI de Bayonne, Jean-René Etchegaray, et de Jacqueline Gourault, ministre MoDem. Six mille personnes étaient présentes ce soir-là dans les arènes de Bayonne pour acclamer Daniel Luque (considéré comme l’un des meilleurs matador encore en piste), et le voir affronter six taureaux. Ces derniers ont bien été mis à mort et le torero est reparti avec quatre oreilles et une queue. Applaudissements.

Au-delà du scandaleux et de l’écœurement!

« Aucune limite dans l’indécence », a commenté la Fondation Brigitte Bardot, qui rappelle que le ministre de l’Agriculture a fait de la « lutte contre la maltraitance animale » une priorité de son action. « C’est au-delà du scandaleux et de l’écœurement! », a sobrement ajouté l’association.

Sur Europe 1, le porte-parole de la Fondation, Christophe Marie, indique que Brigitte Bardot va demander à Edouard Philippe de retirer la responsabilité de la « protection animale » du maroquin de M. Guillaume. Même ligne pour le collectif L214, qui diffuse régulièrement des vidéos pour dénoncer la maltraitance animale. Sa co-fondatrice, Brigitte Gothière, a ainsi demandé sur BFMTV à ce que ce sujet soit « sorti du ministère de l’Agriculture ».

Plusieurs élus politiques condamnent également les deux ministres macronistes. A commencer par les écologistes : « Didier Guillaume ‘’s’en branle’ » de la souffrance animale! Lamentable! » a commenté, tout en nuances, l’eurodéputé EELV Yannick Jadot. « Le ministre ne peut pas défendre la cause animale et d’un autre côté s’asseoir dans une arène de corrida, se divertir face à la torture d’un être vivant, sensible et innocent », a ajouté sa collègue écologiste Karima Delli. « En assistant à une corrida, Didier Guillaume affiche son mépris pour la condition animale », a ajouté Manuel Bompard, chef des élus Insoumis au Parlement européen. 

 Invité de la matinale d’Europe 1, mercredi 23 janvier, Didier Guillaume déclarait: « une molécule de vin et une molécule de whisky ont le même degré d’alcool, sauf que moi je ne bois pas des molécules, je bois des verres. » Que voit précisément le ministre du « bien-être animal » quand il se régale de la mort du taureau ?

A demain @jynau

Qui dit la vérité : les urgentistes grévistes ou le ministère des Solidarités et de la Santé ?

Bonjour

C’est un méchant communiqué de presse du Collectif Inter Urgences – un texte en réaction aux propos du Ministère des Solidarités et de la Santé. Extraits :

« Cette semaine la Direction Générale de l’Offre de Soins a fini par sortir du silence pour annoncer son propre décompte des services en grève, soit 195 services à comparer aux 218 inscrits sur la carte. Nous les remercions pour ces chiffres et félicitons le groupe coordination pour leur professionnalisme avec un décompte aussi proche. Si cette comptabilité témoigne du sérieux de notre travail, peut-être serait-il bon de considérer nos revendications et propositions avec tout autant de sérieux.

« Nous rappelons par la même occasion que rien n’est encore effectif pour l’amélioration des conditions d’accueil. De façon non exhaustive cette semaine : A Saint-Quentin le record de Saint-Etienne a été battu hier, avec un patient de 70 ans stagnant aux urgences pendant 6 jours et 12 heures. Un record dans un contexte où la direction fait la sourde oreille sur les revendications du personnel. Soyons rassurés, au 14 Août les enveloppes de renfort en personnel sont enfin arrivées, maintenant que les deux épisodes caniculaires sont passés.

« Dans un hôpital du nord parisien ce week-end, sept infirmiers étaient en poste au lieu de onze. Pour assurer l’accueil il n’y avait qu’une seule infirmière au lieu de trois, induisant des temps d’attente avant évaluation des patients de 40 minutes tandis que les sociétés savantes préconisent que « tout patient doit être vu dans les cinq minutes suivant son entrée ». Dans ce contexte un patient est tombé dans le coma avant d’être vu, et a été transféré en réanimation après les premiers soins d’urgences. L’encadrement, après avoir fait peser la responsabilité sur l’infirmière d’accueil, s’est voulu rassurant auprès des équipes en leur disant que l’affaire serait étouffée. Le patient étant sans domicile fixe, peu de chances en effet d’un recours au pénal.

« Nous souhaitons, à travers ce communiqué, remercier le management de culpabiliser les agents pour ne pas avoir su effectuer seul le travail de trois personnes. Il est donc un peu présomptueux de déclarer que « les situations ont été réglées localement ». La rentrée arrive à grand pas et nous appelons encore et toujours l’ensemble des soignants sur le territoire à se mobiliser pour remodeler un système de santé arrivé à son terme. »

Et pendant ce temps-là, à Tours (Indre-et-Loire)

On lira, en marge de ce conflit un papier édifiant de La Nouvelle République du Centre Ouest (Pascal Landré). Ou comment deux fractions de la communauté médicale tourangelle parviennent à travailler en harmonie complémentaire : « SOS Médecins à Tours :  » J’aurai vu 60 patients aujourd’hui  » ». Douze praticiens de SOS Médecins qui, de fait, aident leurs confrères urgentistes du CHU. Douze praticiens qui oeuvrent dans un local du centre ville remarquablement équipé. Douze praticiens qui nourrissent quelques regrets et dénoncent un scandale :

« Derrière la porte du cabinet de consultation n° 6, le Dr Grégory Melchior nous accorde dix minutes entre deux patients. Il ne cache pas son épuisement. ‘’Oui, nous sommes éreintés, aujourd’hui entre 8 h et 22 h, j’aurai vu plus de 60 malades. Nous avions anticipé en étant deux de plus, mais même à cinq médecins, nous avons du mal, on ne peut même pas assurer les visites à domicile.’’ Le Dr Melchior est l’un des douze praticiens de SOS Médecins. ‘’Avec le pont du 15 août, personne ne trouve de généraliste en ville, ils sont tous partis. Les gens sont raisonnables et ils essaient de ne pas encombrer les urgences. Mais du coup, nous sommes débordés. Et ça se dégrade d’année en année…’’. Et d’expliquer que le souci vient d’abord du fait de la pénurie de médecins en ville, ‘’ceux qui partent en retraite ne trouvent pas de successeur.’’ Il insiste sur un autre problème : ‘’Nous sommes assez remontés car la fac nous empêche d’être maîtres de stages pour des étudiants. C’est scandaleux.’’ » 

C’est l’été et le médecin et député macronien Thomas Mesnier, 33 ans, travaille sur le rapport que lui a commandé (à lui et à l’expérimenté Pr Pierre Carli) Agnès Buzyn. « S’il réserve ses suggestions à la ministre, qui le recevra à la fin août, l’ex-urgentiste a assuré à l’AFP  qu’il n’a ‘’pas de tabou’’ sur le sujet ». Tabou ? Pourquoi tabou ? Il  confie travailler, notamment, sur « le modèle de financement des urgences ». Et si l’on en croit son entourage MmeBuzyn « annoncera dès la rentrée de nouvelles mesures issues des premières recommandations » du rapport.

Veillée d’armes : la CGT appelle à une journée d’actions le 11 septembre. Et le collectif Inter-Urgences tiendra la veille une assemblée générale nationale à Paris. On connaîtra le contenu du rapport « Carli-Mesnier ». Qui nous dira, alors, la vérité sur le nombre de services en grève ?

A demain @jynau

L’OMS et la cigarette électronique : à propos d’une métaphore verticale qui tombe à plat

Bonjour

La métaphore est un outil qui ne se manie pas sans quelques risques. Le Dr Vinayak Prasad est le grand responsable du programme antitabac à l’OMS. Il est aujourd’hui cité dans Le Monde – qui arrive quelques jours après la bataille : « Sévère mise en garde de l’OMS sur la cigarette électronique » (Pascale Santi). Une fois n’est pas coutume.

On se souvient de la violente polémique qui avait suivi la reprise (légèrement détournée) par l’AFP d’un rapport de l’OMS. Ou plus précisément d’un rapport financé par Bloomberg Philanthropies. Il abordait les différentes stratégies de sevrage tabagique – et donc le vapotage/cigarette électronique. « Ce ne sont que deux pages sur cent-neuf, observe Le Monde. Largement reprises par les médias, leurs conclusions sont sans appel : ‘’Les SEAN (systèmes électroniques d’administration de nicotine) sont incontestablement nocifs et doivent faire l’objet de régulation’’ (…) Le niveau de risque n’a pas encore été estimé de façon concluante’’ ».

D’étages en étages

Cette position de l’OMS a incontestablement suscité de très vives réactions. Où l’on a une nouvelle fois perçu, sur un sujet sanitaire d’ampleur majeure et de dimensions planétaires, l’incapacité de l’OMS à saisir ce qu’il en est du concept de réduction des risques.

Faute de concept, reste la métaphore. « Nous n’avons jamais dit que les fumeurs ne devaient pas utiliser la cigarette électronique. Si ça les aide à arrête [le tabac], tant mieux, a déclaré le Dr Vinayak Prasad  au Monde. Mais nous ne les promouvons pas ». Et d’ajouter : « Je compare ça à une chute. Au lieu de tomber du 7étage avec la cigarette normale, vous tombez du 3étage avec la cigarette électronique. La question, c’est : est-ce que vous allez survivre pour autant ? »

Est-ce une bonne question ? C’est une bien pauvre comparaison. Que le Dr Prasad se rassure : il aura beau ne pas bouger le petit doigt pour aider les vapoteurs, ces derniers, jetés par la fenêtre, rentrerons par la porte de la salle d’audience. Pour témoigner au procès d’une OMS alors poursuivie pour ne rien avoir compris à la réduction des risques tabagiques. Est-ce là une image métaphorique ?

A demain @jynau

Ferveurs alcooliques, politiques et sportives : quel maillot Agnès Buzyn portera-t-elle demain ?

Bonjour

Ainsi donc, sur le front de l’alcool, Agnès Buzyn est une nouvelle fois trahie par les siens. Et l’affaire prend une ampleur épidémique. Ils étaient soixante-douze, ils sont aujourd’hui cent-cinq députés macroniens à avoir déposé une proposition de loi qui ouvre les portes des stades et enceintes sportives aux boissons alcooliques. Verra-t-on bientôt des mains anonymes venir fleurir les permanences de ces élus du peuple ?

Pour l’heure ce sont les bataillons de la lutte contre la maladies alcooliques et les addictions qui montent au front médiatique. Parmi eux la Ligue contre le cancer et son nouveau président hyperactif Axel Kahn. Parmi eux aussi la Fédération française d’addictologie (FFA) 1 qui vient d’adresser une lettre ouverte à Agnès Buzyn. Un texte emprunt d’une forme de solennité et qui mérite d’être cité, (ce que la plupart des médias – à commencer par L’Equipe– ne font pas) :

« (…) Les arguments avancés pour soutenir cette proposition sont d’autant plus spécieux qu’ils ne reposent sur aucune argumentation sérieuse :

– Les spectateurs boiraient avant les compétitions, et en dehors des stades, ce qui justifierait de les faire boire aussi à l’intérieur. Outre que nulle étude ne permet de savoir la proportion de spectateurs qui, à l’heure actuelle, entrent dans le stade en ayant déjà bu, il paraît peu judicieux, en particulier pour ceux-là, de leur faciliter la poursuite de leur alcoolisation. Chacun sait qu’en multipliant les occasions de boire, on augmente mécaniquement la consommation.

– Il serait « égalitaire » de permettre aux spectateurs de consommer de l’alcool alors que les privilégiés des tribunes VIP en consomment. Outre que les alcools proposés aux spectateurs de base ne seront pas du champagne, ni des vins fins, ce qui ne mettra pas fin aux inégalités sociales, il est tout à fait possible de retourner cet argument et de proposer la seule mesure parfaitement égalitaire qui serait l’interdiction de consommer de l’alcool dans les tribunes des VIP.

– Cette offre et cette consommation seraient « encadrées ». Il est évident que cet argument est une simple précaution de langage, de même que le terme « assouplissement » de la loi Evin. Car on voit mal comment cette consommation pourrait dans la pratique être encadrée.  Par ailleurs, le soutien aux clubs pourrait très bien passer par d’autres entreprises que celles de l’industrie de l’alcool. On peut également s’interroger sur la pertinence de cette mesure qui, bien évidemment, profitera d’abord aux grands clubs professionnels, en mesure de mettre en place une logistique efficace de distribution d’alcool. Est-il véritablement utile de soutenir financièrement les grands clubs de la ligue 1 par la vente d’alcool ? »

La FFA ajoute que la méthode pour imposer cette mesure contraire à la santé publique est « tout à fait inacceptable » dans la mesure où les acteurs de santé et de l’addictologie n’ont jamais été entendu par ce groupe de parlementaires. « Pour l’ensemble de ces raisons, concly le Pr Amine Benyamina, Président de la Fédération Française d’Addictologie j’attend, Madame la Ministre, que vous vous opposiez fermement et publiquement à ces basses manœuvres qui n’ont comme seul objectif de vider progressivement la loi Evin de l’ensemble des dispositions qui gênent le lobby alcoolier et, in fine, de ré-autoriser le sponsoring des activités sportives en vue des Jeux Olympiques et de la Coupe du monde de Rugby. »

Madame la Ministre ne pouvait plus ne pas réagir. Elle vient de le faire a minima via Twitter

« L’alcool tue 41 000 personnes chaque année dans notre pays. Chacun de ces décès est évitable. Ne laissons pas de nouvelles incitations à la consommation d’alcool se rendre complices de ce bilan. La ferveur n’a pas besoin d’alcool pour s’exprimer dans nos stades. »

C’est un peu court. Et si la ferveur 2 n’a, certes, pas stricto sensu besoin d’alcool pour s’exprimer dans « nos » stades, elles et parfois indispensable pour exprimer toute la valeur d’un engagement politique véritable et durable.

A demain @jynau

1 La FFA réunit : Addictolib – Alliance contre le Tabac – Alcool Assistance – Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie – Association des Structures Publiques de Soins en Addictologie – Autosupport des Usagers de Drogues – Collège Professionnel des Acteurs de l’Addictologie Hospitalière – Collège Universitaire National des Enseignants d’Addictologie – Coordination Nationale des Réseaux de Microstructures – ELSA France – Fédération Nationale des Etablissements de Soins et d’Accompagnement en Addictologie – Groupe d’Etude, de Recherche en Toxicomanie en Milieu Carcéral – Institut de Recherche et d’Enseignement des Maladies Addictives – Réseau des Etablissements de Santé pour la Prévention des Addictions – SAFE – Société d’Addictologie Francophone – Société Française d’Alcoologie – Société Francophone de Tabacologie – SOS Addictions

2 « Ferveur » :Enthousiasme et ardeur passionnée qui entraînent une adhésion admirative pour (un auteur, une œuvre littéraire ou artistique). Toutes les fois que Dante est proposé à ma ferveur, je crois entendre le plus homicide de tous les démons (Bloy, Journal,1899, p. 374)

Feux de forêts et cendriers : Agnès Buzyn va-t-elle oser interdire à tous les motorisés de fumer ?

Bonjour

Rond-point. Nous sommes ici au carrefour de la politique et de la réduction des risques. Dans les Landes. Hervé Seyve, maire LR de la commune forestière de Saint-Jean-d’Illac vient de prendre un arrêté municipal : interdiction de fumer en voiture – du moins si votre véhicule n’est pas équipé de cendrier. L’initiative de l’édile fait suite à celle du préfet de Gironde qui, canicule oblige, avait porté sa vigilance « feux de forêt » au niveau « orange » (3 sur une échelle de 5). Et c’est ainsi qu’à Saint-Jean-d’Illac il est « interdit de fumer dans des véhicules non pourvus de cendrier », interdiction qui vaut « pour les véhicules circulant près des forêts » mais aussi pour «  les véhicules en stationnement, jusqu’à une distance de 200 mètres des bois, landes, pins ».

Le maire s’en est expliqué à l’AFP : « Avec une amende de quelque 15 euros, il ne s’agit pas de réprimer, mais de marquer les esprits ». Il dit aussi avoir été « ulcéré de voir à plusieurs reprises cet été, des gens jeter leurs mégots de leur voiture, sur des routes à grande circulation longeant des espaces boisés de la commune ». La mémoire est vive  : Saint-Jean-d’Illac avait, il y a quatre an, été victime d’un grand incendie de forêt, l’un des plus importants de la décennie en Gironde : six cents hectares de pins détruits avec comme principale hypothèse le mégot de cigarette jeté en bord de route.

Poursuivre l’œuvre socialiste de Marisol

Le maire n’est pas seul dans son combat : la sénatrice  Nathalie Delattre (Rassemblement démocratique et social européen, Gironde)  vient d’adresser une question écrite au gouvernement pour demander « l’obligation pour les constructeurs (automobiles) de prévoir un cendrier dans les véhicules afin de lutter contre le risque incendie » :

« Le vrai problème c’est que les constructeurs ne prévoient plus de manière systématique de cendrier dans les véhicules. Le réflexe devient alors de jeter le mégot par la fenêtre Il est tout à fait possible d’imposer un certain nombre de contraintes techniques, c’est d’ailleurs déjà le cas au sein du Code de la route, dans la partie règlementaire relative aux dispositions techniques du véhicule. Je demande au gouvernement de prendre ses responsabilités ! ».

L’heure est grave. Une étude que vient de publier Vinci Autoroutes établit que plus d’un conducteur sur trois (37 %) jette toujours des déchets par la fenêtre de sa voiture. Et près d’un sur six (16 %) se débarrasse ainsi de mégots (soit plus d’un fumeur en voiture sur deux – les hommes plus que les femmes). « Cette étude de Vinci marque une dégradation quant au jet de mégots par les conducteurs au volant : 16 % cette année contre 14 %, il y a un an » observe le site des buralistes français. Face au risque de feux de forêts les buralistes de l’arc méditerranéen sont déjà mobilisés : notamment à travers une campagne de communication dans leur point de vente ‘’Votre mégot brûle la forêt’’. »

Prévenir les esclaves du tabac de bien vouloir respecter les poumons de nos territoires ? Imposer le retour des cendriers dans les habitacles motorisés ? Le changement, dès maintenant ! Faudrait-il ici rappeler que depuis Marisol Touraine (Code de la  santé publique – Article L3511-7-2) « il est interdit à tous les occupants d’un véhicule de fumer en présence d’un enfant de moins de dix-huit ans ». Agnès Buzyn aura-t-elle, face au réchauffement climatique,  le courage de poursuivre l’œuvre entreprise par sa prédécesseuse socialiste : « il est interdit à tous les occupants d’un véhicule de fumer ». Point-barre.  

A demain @jynau

Maladie de Lyme : mais pourquoi la justice ne condamne-t-elle pas les médecins charlatans ?

Bonjour

« Lyme ». C’est, en France, un conflit sans issue, un abcès récurrent, une impasse plus sociétale que médicale. C’est aussi une nouvelle démonstration des nouvelles missions, thérapeutiques, réclamées à une justice qui n’en peut mais 1.

Dernier épisode en date : le dépôt d’une plainte par France Lyme « association de lutte contre les maladies vectorielles à tiques » ; plainte visant la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF). Explications :

« Le jeudi 1er aout 2019, l’association France Lyme a adressé à Mr le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Paris une plainte contre la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française, pour mise en danger délibérée de la personne d’autrui, atteinte involontaire à l’intégrité d’autrui et non-assistance à personne en danger.

« L’Association, représentée par Me Thomas Bénagès, a pour objet d’échanger et de diffuser des informations sur les maladies transmises par les tiques, et d’en assurer la prévention. Elle alerte les pouvoirs publics et les structures de recherche publique ou privée, pour une meilleure reconnaissance et prise en charge des malades, au travers d’actions militantes. L’Association a également pour but de lutter contre les idées fausses et la propagande de désinformation diffusées par les partisans du déni de cette maladie.

L’association France Lyme, ainsi que nombreux acteurs associatifs et institutionnels sont confrontés au refus systématique de la SPILF, dans ses recommandations à destination des médecins, de reconnaître la version chronique de la maladie de Lyme et ses co-infections. De plus, les recommandations de la SPILF sont fondées sur l’utilisation de tests non fiables afin d’écarter d’emblée la maladie au stade chronique. Dès lors, les médecins qui suivent la position de la SPILF ne peuvent aider les patients atteints de la forme chronique de Lyme et des co-infections. »

Agonies des patients

Pour France Lyme les « malades chroniques » de sont « dans une réelle situation de péril ». « Certains sont dans une situation de handicap incontestable et d’autres risquent de se retrouver dans cette situation si rien n’est fait en leur faveur. Sans reconnaissance de la forme chronique de la maladie, aucune amélioration de l’état de santé des malades n’est envisageable, assure-t-elle. Dès lors, la position de la SPILF, relayée par de très nombreux médecins, entraîne pour les malades des souffrances inutiles au lieu de les soulager et prolonge de ce fait les agonies des patients. »

Ce n’est pas tout. L’association rappelle que la SPILF « a refusé de se rendre à une réunion à la Haute Autorité de Santé le 10 juillet 2019 dernier ». « En cela, elle refuse d’apporter son concours à l’action entreprise par les autorités compétentes en vue de la protection de la santé et de l’éducation sanitaire alors que le Plan national de lutte contre la maladie de Lyme et les maladies transmissibles par les tiques a été lancé par le ministère de la santé depuis 2016 » estime-t-elle/

La plainte de l’association France Lyme vise également à dénoncer le fait que la SPILF « a publié un document allant à l’encontre des recommandations de la HAS niant toute forme chronique et persistante de la maladie de Lyme et co-infections éventuelles ». Corollaires : la SPILF « met délibérément en danger les malades de Lyme », « porte atteinte à l’intégrité de milliers de patients en France » ; « refuser de porter assistance à une personne en danger ».

« Des médecins qui nous prennent au sérieux »

Interrogée par France Inter (Louis-Valentin LopezVéronique Julia) Agnès Gaubert, présidente de l’association Lyme France déclare : « Ça fait 15 ans qu’on milite et c’est tous les jours qu’on reçoit des cas dramatiques d’enfances brisées, d’enfants qui ne peuvent plus aller à l’école, qui sont en fauteuil et à qui on a dit que c’était une paralysie psychologique. On a entendu des choses complètement ahurissantes : qu’ils étaient dépressifs, hypocondriaques, ou que c’était une autre maladie qu’on ne connaissait pas encore. Evidemment il y a d’autres médecins qui nous prennent au sérieux et qui soignent une partie des adhérents de notre association. Mais là ça fait des années que les infectiologues refusent le débat et sont responsables d’une obstruction à la discussion médicale et scientifique. On n’a trouvé que le levier judiciaire pour pousser un vrai coup de gueule, pour faire parler de nous parce que la situation est devenue vraiment trop grave. »

Président de la SPLIF, le  Pr Pierre Tattevin (CHU de Rennes)  a répondu aux questions de l’AFP :  « Notre mobilisation c’est justement pour essayer de protéger les patients de pratiques dangereuses, donc on ne peut pas nous accuser de non-assistance à personne en danger ». Pour la majorité des infectiologues français nombre de patients sont aujourd’hui diagnostiqués à tort comme souffrant d’un « Lyme » ce qui retarde d’autant la mise en œuvre d’un traitement adapté à leur état.  

On peut le dire autrement. En mai 2019, un éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) rédigé par le Dr Jean-Claude Desenclos, directeur scientifique de Santé publique France, résumait la complexité du sujet et la polémique qu’elle nourrit: 

«Depuis une dizaine d’années, des associations de patients, rejoints par quelques médecins et chercheurs et des activistes remettent en cause les connaissances acquises sur la borréliose de Lyme (BL), son diagnostic et sa prise en charge. Ils affirment, en particulier, l’existence d’une maladie chronique, distincte de la forme disséminée tardive de la maladie: le syndrome persistant polymorphe après une possible morsure de tique (SPPT).»

Si elles rencontrent bien une audience médiatique et associative croissante, «ces théories alternatives au modèle biomédical actuel ne sont pas acceptées par une grande partie de la communauté scientifique et médicale en France, en Europe ou Amérique du Nord». Conséquences, pour le Dr Desenclos: les errances diagnostiques et thérapeutiques de nombreuses personnes présentant une symptomatologie compatible avec le SPPT, des traitements multiples et prolongés dont l’efficacité n’est pas démontrée et le «développement d’une offre de diagnostic et de prise en charge alternative sans base scientifique» – soit, pour le dire autrement, l’émergence d’une nouvelle forme de pratiques charlatanesques.

Où l’on en vient à cette question : pourquoi la justice française ne condamne-t-elle pas ces charlatans ?

 A demain @jynau

1 Sur ce thème (et en toute immodestie) : « La maladie de Lyme, cas d’école de la rupture entre médecins et malades » Slate.fr, 6 juin 2019

Alerte : l’étrange affaire du compte Facebook bloqué après partage d’un article de ce blog

Bonjour

Ne pas céder aux sirènes du complotisme, certes. Pour autant ne pas passer sous silence au risque de passer pour une oie blanche. L’affaire est rapportée par Philippe Poirson  sur son précieux blog https://vapolitique.blogspot.com Voici de quoi il retourne : :

« « A peine j’avais j’avais partagé l’article que mon compte a été bloqué ». Pedro [identité connue de la rédaction] n’en revient toujours pas. Cela se passe sur le réseau social Facebook et l’article en question provient du blog  ‘Journalisme et santé publique’ du Dr Jean-Yves Nau. « Contenu inapproprié et signalement », justifie sans plus la multinationale pour le blocage du compte de Pedro. Il a pu le récupérer après un long interrogatoire en ligne et avoir expurgé la publication. Le papier déclencheur de la censure parle de vapotage et de réduction des risques. 

« L’article en question « Cigarette électronique? N’ayez pas peur c’est le préservatif du fumeur! (publicité) » revient sur la polémique OMS-AFP à travers une lecture commentée d’un article d’Anaïs Moine sur le site aufeminin.com donnant la parole à Jacques Le Houezec. « Concilier plaisir et réduction des risques, là est sans doute le hic – du moins dans une société pour une large part fondée sur le concept de péché et de rédemption. Où l’on en vient, esprit d’escalier, à cette proposition de slogan pour l’exécutif: «Cigarette-électronique? Ne pas en avoir peur, c’est le préservatif du fumeur!» », conclut le Dr Jean-Yves Nau.

Sorcières (chasse aux)

« Vapotage et plaisir contre le tabagisme donc. Des thèmes aussi peu appréciés que l’Origine du monde par la plateforme. Comme dans le cas du tableau de Courbet, il est à noter que d’autres personnes ou pages ayant partagé cet article du Dr J.-Y. Nau n’ont pas eu à subir les foudres de l’inquisition de Facebook. L’hypothèse que Pedro a été victime d’un excès de zèle arbitraire d’un commissaire au contrôle de Facebook semble probable. Mais le contexte actuel sur Facebook parait plus que favorable à ce type d’abus. 

« Ces derniers jours, le réseau social se livre à une véritable chasse aux sorcières en clôturant d’innombrables groupes traitant du vapotage. La purge dépasse largement le prétexte annoncé de l’accès aux mineurs, bien qu’elle semble jusque-là ne viser que les groupes tolérant des ventes, des dons et du troc entre usagers. 

« Cependant, la modification des règles du réseau socialdonne beaucoup de latitude à Facebook pour censurer les publications au sujet du vapotage. Facebook ne le distinguant pas des produits du tabac, le vapotage se trouve désormais simplement assimilé aux drogues.

« Or, les associations sur les questions de réduction des risques pour les drogues sont déjà sujettes à des accès de censure arbitraire de la multinationale de Mark Zuckerberg. L’Initiative Sociale sur la Narcopolitique (Społeczna Inicjatywa Narkopolityki – SIN) a d’ailleurs déposé plainte en mai contre Facebook pour violation de la liberté d’expression suite à la suppression de contenus de l’association de réduction des risques polonaise par le réseau social. Le site The fix nous informe que SIN a remporté une première manche dans sa bataille juridique face à la multinationale en juin. 

Milliardaire et puritain

« Facebook a montré moins de scrupule pour collaborer à de vastes manipulations de masse lors de différentes élections, comme l’explique clairement le nouveau documentaire The Great Hack, sur Netflix. Étroitement associé par ailleurs au milliardaire puritain Michael Bloomberg, dans son projet très avancé de mettre la main sur l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’orientation idéologique de Mark Zuckerberg parait de moins en moins mystérieuse. 

« Contrôle des contenus, incitation à la délation, censure arbitraire sans recours ni explication, déni des droits humains, le monde angoissant de Facebook tend à déborder dans le réel. Pour éviter les limitations des algorithmes ou les possibles coupes de Facebook, nous vous rappelons que vous pouvez vous abonner pour recevoir sans pub directement en mail les articles de Vapolitique (n’oubliez pas de vérifier que le mail de confirmation n’a pas atterri dans les spams de votre mail 😉 ). »

Ne pas céder aux sirènes du complotisme, certes. Pour autant ne pas passer sous silence au risque de passer pour un troupeau d’oies blanches. Merci à Philippe Poirson.

A demain  @jynau