Demain, grâce aux «corps intermédiaires», Macron va retrouver le cœur des Français

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Tous l’exhortaient, c’est fait. Au lendemain de l’acte IV des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron s’adressera à la Nation. Ce sera le lundi 10 décembre à 20 heures. L’Elysée n’a pas donné dans l’immédiat de précisions, mais chacun sait que le président est sommé de toutes parts d’apporter une « réponse politique forte » pour « faire retomber la fièvre » qui parcourt le pays.

Et d’ici là ? Du concentré de symbolique. Le président de la République recevra « l’ensemble des forces politiques, territoriales, économiques et sociales ». L’heure est plus que grave. Il recevra Gérard Larcher, président du Sénat, Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, Patrick Bernasconi, président du Conseil économique, social et environnemental – mais aussi les présidents des associations d’élus, les responsables confédéraux des syndicats représentatifs (CGT, CFDT, FO, CFE-CGE et CFTC), ainsi que trois organisations patronales (Medef, CPME et U2P).

Que sait-on ? Qu’Emmanuel Macron annoncera des « mesures concrètes » et « immédiates ». Sans pour autant  annoncer de « coup de pouce » supplémentaire au Smic, au-delà de la hausse de 1,8 % attendue en janvier. Mais encore ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, devenue fidèle parmi les fidèles, a pour sa part assuré qu’Emmanuel Macron allait « vouloir tester un certain nombre d’hypothèses » avec ces « corps intermédiaires » qu’il ignorait ostensiblement jusqu’à présent.

« Très, très bien » (Agnès Buzyn)

« Je trouve ça très, très bien, avant de faire des annonces, qu’il échange avec les corps intermédiaires qui représentent la nation. Et je pense que c’est important de rappeler le fait que les corps intermédiaires sont indispensables », a déclaré la ministre sur le plateau de LCI. En écho, nouveau mea culpa de Benjamin Griveaux porte-parole du gouvernement :

« Nous avons sous-estimé le besoin de nos concitoyens de prendre la parole, de dire les difficultés qui sont les leurs et d’être associés à la construction des solutions (…) [Le président] saura retrouver le chemin du cœur des Français ».

Comme un parfum de fin du Nouveau Monde politique et la résurgence, étrange, des deux corps du RoiPatrick Boucheron :

« Parce qu’il est naturellement un homme mortel, le roi souffre, doute, se trompe parfois : il n’est ni infaillible, ni intouchable, et en aucune manière l’ombre de Dieu sur Terre comme le souverain peut l’être en régime théocratique. Mais dans ce corps mortel du roi vient se loger le corps immortel du royaume que le roi transmet à son successeur. »

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@jynau

Gilets Jaunes et Emmanuel Macron : combien devront-ils, demain, donner au Téléthon ?

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La manne se tarit et la courbe chute : 80,3 millions en 2016-Garou, 75,6 millions en 2017-Zazie, 69,3 millions d’euros de promesses de dons pour l’édition 2018-Pascal Obispo qui vient de s’achever.  Une édition placée sous le thème de la « guérison »  mais organisée dans un « contexte perturbé » notamment par les Gilets Jaunes. Laurence Tiennot-Herment, présidente de l’AFM-Téléthon  parle aussi politique « d’un climat et d’un contexte social que l’on connaît, qui englobe une pression fiscale sur certains de nos donateurs, notamment des retraités impactés par la hausse de la CSG ».

 « Le paradoxe, c’est qu’en cette année 2018, on a pu vraiment montrer des avancées exceptionnelles obtenues grâce à la générosité publique », a-t-elle ajouté – rappelant que l’on pouvait continuer pendant une semaine à faire des dons par téléphone (3637) et sur telethon.fr« On aurait aimé battre des records », mais « il y a des années plus difficiles que d’autres », a résumé à la fin de l’émission Sophie Davant, coprésentatrice historique du Téléthon (depuis 1997).

Baptisée « Vaincre la maladie », l’édition 2018 a témoigné des premiers succès de la thérapie génique pour guérir certaines maladies génétiques rares « du sang, du foie et du système immunitaire » – avec, comme toujours,  des témoignages de familles et de chercheurs.

Le mur de l’impossible

« France 2 a notamment diffusé des images émouvantes de l’évolution après traitement d’un bébé atteint d’une maladie rare des muscles, la myopathie myotubulaire  rapporte l’AFP. Cette anomalie génétique entraîne une faiblesse musculaire extrême et une insuffisance respiratoire sévère. Mais douze semaines après avoir reçu une injection lui apportant un gène sain, dans le cadre d’un essai clinique de la société Audentes Therapeutics, le bébé tient assis seul et attrape des objets. »

Parmi les « défis » proposés, l’AFM-Téléthon avait invité les Français à organiser une « soirée crêpes » avec amis, voisins ou collègues, puis à indiquer sur un site dédié le nombre de galettes consommées et à verser un euro pour chacune d’entre elles …  Une cinquantaine de « YouTubeurs » et de joueurs célèbres de jeux vidéo se sont aussi lancés pour la deuxième année dans un « Téléthon gaming » diffusé sur la plateforme Twitch.

Mais des animations et autres « défis » (prévus à Paris, Bordeaux ou Rouen) ont été annulés en prévision des violences tenues pour inhérentes l’acte IV des Gilets Jaunes. Par précaution, le plateau de France Télévisions, prévu à l’origine sous deux grandes bulles transparentes place de la Concorde avait été rapatrié en studio.

Pour autant la très grande majorité des 20 000 points d’animation prévus pour récolter des dons a cependant été maintenue, avec 250 000 bénévoles mobilisés dans tout le pays selon l’AFM-Téléthon. Le temps n’est plus où, de 2003 à 2008, on dépassait systématiquement les 95 millions d’euros de promesses de dons.  Le modèle de la fête-quête s’use-t-il ? La générosité s’épuise-t-elle ? La parole devient-elle inaudible ? Le transhumanisme prend-il la place de la correction de la pathologie génétique ?

Laurence Tiennot-Herment l’affirme :  « On est à un tournant historique du Téléthon, on a fait tomber un mur de l’impossible ». Que découvrira-t-on derrière ?

A demain

 

Attention : les polémiques sur l’homéopathie vont prendre de nouvelles dimensions

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Gilets Jaunes et homéopathie déremboursée : le pouvoir peut-il entendre ce qui lui est inaudible ? Pour l’heure, convergence des tensions : pendant la crise violente des Gilets Jaunes on entend les colères récurrentes nourries par l’homéopathie, sa raison d’être, ses égarements, son remboursement.

Au moment où émerge un étonnant appel médiatisé de cent trente-et-un Académiciens anti-homéopathie voici un nouveau recul du politique. Où l’on apprend que la Haute Autorité de santé (HAS), chargée par la ministre Agnès Buzyn d’évaluer le « bien-fondé du remboursement de l’homéopathie, fait savoir qu’elle ne rendra pas son « avis » (consultatif) en février, comme annoncé. Ce sera plus vraisemblablement au printemps. Peut-être vers l’été. Voire, qui sait, en automne. Non pas une reculade assure la HAS mais bien en raison  du travail d’évaluation à accomplir.

« Nous faisons au mieux pour aboutir au plus près du délai affiché dans la saisine de la ministre. Nous tablons sur le printemps », confie la HAS – confirmant ainsi une information de L’Express ». C’est un travail immense d’évaluer l’homéopathie et son maintien au remboursement. » Une « immensité » alors même que tout a été dit, écrit et publié sur le sujet ? Assurément répond la HAS. Du moins dès lors que l’on entend évaluer avec « la plus grande rigueur » et ce dans un immense esprit « d’ouverture » – « pour ne pas passer à côté d’éléments qu’on pourrait lui reprocher ». Et la HAS de souligner qu’il existait plus de 1 000 souches de granules – et autant d’opérations de soupèsement sur d’étranges trébuchets.

Excommunications croisées

Résumons : la HAS a d’ores et déjà effectué une revue de la littérature scientifique internationale (études scientifiques, avis de sociétés savantes, recommandations d’autorités sanitaires d’autres pays, etc.). Mieux : elle  s’apprête à lancer « dans les jours qui viennent » un appel à contribution pour recueillir les arguments de toutes les parties prenantes. Où l’on entend déjà les mouvements de troupes, les tambours et les fifres, la rédaction des cahiers de doléances, les excommunications croisées, les accusations mille fois proférées de scientisme et d’obscurantisme.

Et après ? Le budget 2019 de la Sécurité sociale, adopté définitivement lundi 3 décembre par le Parlement, prévoit dans son article 42 que « les règles de prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques (…) sont définies par décret en Conseil d’État ». Ce décret précisera « notamment la procédure et les modalités d’évaluation ou de réévaluation de ces médicaments ». Un travail qui incombera à la HAS et un décret dont nul ne sait s’il sera, un jour, publié.

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@jynau

Gilets Jaunes vs Emmanuel Macron : mettre de l’huile sur le feu vs sortir la tête de l’eau ?

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Tragédie médiatisée. Acte IV.  Désormais chaque mot pèse un peu plus lourd que la veille. Avant-hier « diesel », puis vinrent « moratoire », « jactance » et « entourloupe ». Sans oublier le militaire « bololo » d’Edouard Philippe. Hier « rafle ». Et voici, parallèlement à la « goutte d’eau qui fait déborder le vase », le grand retour du « feu » et de « l’huile » – et ce alors que le pays serait « au bord de la guerre civile ».

Le contexte. Alors que la tension et l’angoisse sont maximales au sommet de l’Etat, le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, a annoncé, vendredi 7 décembre, à l’AFP que « le président, lucide sur le contexte et la situation », avait décidé d’attendre avant de s’exprimer comme le réclament une partie de l’opposition et des manifestants. Afin de ne « pas mettre d’huile sur le feu », Emmanuel Macron ne s’exprimera qu’« en début de semaine prochaine ».

Faut-il en conclure que la prise de parole du président de la République aurait pour effet immédiat de pousser à la dispute, d’envenimer la situation, d’exacerber les tensions croissantes dans un pays   qui se trouve « au bord de la guerre civile » (si l’on en croit le propos de l’un des représentants des Gilets Jaunes, Benjamin Cauchy, à l’AFP).

Non pas l’huile consolante « versée sur les plaies » pour apaiser les souffrances. Non pas l’huile « mise dans les rouages », pour réduire les antagonismes, les difficultés, se montrer conciliant. (« Il me parut bon de mettre de l’huile aux rouages des relations franco-américaines à l’instant où les Anglais faisaient savoir officiellement qu’ils étaient prêts à attaquer les troupes françaises en Syrie » (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 182))

Huile et carburants

Mais bien l’huile versée sur un incendie né des carburants taxés. Un embrasement redouté avec, pour le 8 décembre, un dispositif « exceptionnel » de 89 000 membres des forces de l’ordre, dont 8 000 à Paris, déployé sur tout le territoire pour tenter d’éviter que ne se reproduisent les scènes d’émeutes qui ont eu le 1er,  à commencer autour et au sein de l’Arc de Triomphe.

Pour de journaliste-essayiste-réalisateur et député (Insoumis, Somme) François Ruffin « ceux qui jettent de l’huile sur le feu sont ceux qui disent que le cap est bon ».  L’AFP rapporte que des élus et leurs familles ont été « intimidés. » Que des  proches collaborateurs de M. Macron ont reçu des menaces de mort – jusque sur leur téléphone.  « La température est montée particulièrement haut », a déclaré sur LCI la bien jeune secrétaire d’Etat à la transition écologique, Brune Poirson, qui dit avoir échangé avec des préfets « dont les familles ont été menacées ». Une « partie du peuple est en train de se soulever », a pour sa part osé le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, allant jusqu’à décrire un président « inquiet ».

Muré en son Palais, le président de la République est plus que jamais la cible privilégiée des Gilets Jaunes. Sur tous les barrages ce ne sont qu’appels à la démission. Sur les réseaux sociaux, milliers de mots d’ordre évoquant un renversement des institutions  : « dissolution de l’Assemblée nationale »« Manu, on arrive ! »« Pot de départ de Macron ! » ou encore « Tous à la Bastille ».

Hugo pure player

Et le pure player Slate.fr de citer Victor Hugo (Les Misérables):

 «De quoi se compose l’émeute? De rien et de tout. D’une électricité dégagée peu à peu, d’une flamme subitement jaillie, d’une force qui erre, d’un souffle qui passe. Ce souffle rencontre des têtes qui parlent, des cerveaux qui rêvent, des âmes qui souffrent, des passions qui brûlent, des misères qui hurlent, et les emporte. Où? Au hasard. À travers l’État, à travers les lois, à travers la prospérité et l’insolence des autres. […] Quiconque a dans l’âme une révolte secrète contre un fait quelconque de l’état, de la vie ou du sort, confine à l’émeute, et, dès qu’elle paraît, commence à frissonner et à se sentir soulevé par le tourbillon.

« L’émeute est une sorte de trombe de l’atmosphère sociale qui se forme brusquement dans de certaines conditions de température, et qui, dans son tournoiement, monte, court, tonne, arrache, rase, écrase, démolit, déracine, entraînant avec elle les grandes natures et les chétives, l’homme fort et l’esprit faible, le tronc d’arbre et le brin de paille.

Malheur à celui qu’elle emporte comme à celui qu’elle vient heurter! Elle les brise l’un contre l’autre. Elle communique à ceux qu’elle saisit on ne sait quelle puissance extraordinaire. Elle emplit le premier venu de la force des événements; elle fait de tout des projectiles. Elle fait d’un moellon un boulet et d’un portefaix un général.»

 Parler au nom des Français

Quant au vieux et solide Monde, il fait appel à une  professeure de littérature, sémiologue et sémioticienne : « Cécile Alduy : ‘’ Emmanuel Macron manifeste une absence totale d’empathie’’ » (Propos recueillis par Jean-Baptiste de Montvalon). Elle y analyse le choix des mots par le président de la République, leur signification et leur impact sur l’opinion. Eclairant. Précieux extraits :

 « L’action politique n’est visible et intelligible que si elle est dite, traduite et mise en récit. Seule la parole publique peut la faire exister, en enserrant les décisions dans un discours qui leur donne un sens, une logique, une visée. Les actes n’existent que d’être dits… Ce que les poètes de l’Antiquité exprimaient déjà ! Pour aller vite, dire, c’est faire, et faire sans dire, c’est ne rien faire, aux yeux du public. Mais il y a une autre fonction de la parole politique, notamment présidentielle : parler au nom des Français pour dire leur histoire, mettre des mots sur leurs souffrances, leurs espoirs et leurs doutes. Or, il semble que, depuis plusieurs mandats présidentiels, les candidats qui avaient su se faire les porte-parole des aspirations des Français oublient, une fois élus, cette fonction représentative et narrative. »

« Candidat, Emmanuel Macron a pleinement joué ce rôle de porte-voix, de raconteur d’une geste nationale en train de s’écrire, un « roman national » dont il était le dernier héros. Il a aussi su renouveler le discours politique dans la forme et le vocabulaire. Il a privilégié un récit orienté par l’idée même de mouvement – « avancer », « progresser », « marcher », « projet » –, plutôt que par un catalogue de mesures ou de valeurs traditionnelles du langage politique. Et il a emporté l’adhésion autour d’émotions mobilisatrices, comme l’optimisme, la bienveillance, l’espoir. Surtout, il est celui qui a le plus parlé d’un « nous » et donné un rôle à un « vous » qu’il appelait à agir.

« Dans un premier temps, son utilisation des symboles de la monarchie – comme son « intronisation » au Louvre, seul dans la nuit face au peuple – ou d’une autorité verticale lui a permis de balayer les doutes sur sa capacité à « faire président » à seulement 39 ans et sans aucune expérience d’élu. Il a imposé une image de force, de détermination, d’autorité. »

On connaît, ou on pressent, la suite.

« Mais ce qui était tout d’abord la marque d’une trempe de fer est devenu un signe de surdité, voire d’arrogance et de dédain. A force de dire que rien ne le fera plier et de prétendre avoir toujours raison, il a donné l’impression de mépriser les corps intermédiaires, et finalement tous les Français qui ne seraient pas ‘’premiers de cordée’’ . Il a confondu être un chef et être un leader : un chef ne veut qu’être obéi et est la seule source des décisions, au risque de l’arbitraire ; un leader sait faire vivre le groupe et lui insuffler une énergie, une capacité d’action et de dépassement fondée sur la confiance dans l’aptitude de chacun à prendre à bras-le-corps les défis.

« A partir du moment où il a perdu la maîtrise des connotations de classe de son parler supposément « disruptif ». Macron est son meilleur ennemi : avec toutes ces micro-polémiques sur ses apartés (« pognon de dingue », « fainéants », etc.), il a lui-même sapé sa tentative de réécriture d’une grande geste historique où l’action politique aurait eu du sens. (….)

Le Monde : le chef de l’Etat a récemment évoqué « nos classes laborieuses ». Que vous inspire cette expression ?

Cécile Alduy : « Elle m’a profondément choquée en raison de ses connotations. Un classique en histoire sociale, qu’Emmanuel Macron aura forcément lu en khâgne, s’intitule Classes laborieuses et classes dangereuses, de Louis Chevalier. L’expression ‘’classes laborieuses = dangereuses’’ reflète la vision négative, inquiète, des classes bourgeoises du XIXe siècle vis-à-vis des classes populaires en expansion démographique à Paris, et qui sont l’objet d’études « sociologiques » et médicales. On condamne alors leur malpropreté, leur tendance au crime, leur manque de moralité. Recourir à une expression à ce point située historiquement et socialement – même si « classes laborieuses » signifie aussi littéralement « classes qui travaillent » – témoigne bien de cette extériorité du président par rapport aux Français qui travaillent sans parvenir à sortir la tête de l’eau. »

Combien de temps, quand débordent les vases, les têtes peuvent-elles ne pas sortir de l’eau ?

A demain

@jynau

Mantes-la-Jolie : l’« interpellation collective » de lycéens est-elle ou non une « rafle » ?

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7 décembre 2018. Avant le « samedi de tous les dangers » c’est la grande affaire du jour, celle que personne n’attendait, une affaire scolaire qui « embrase les réseaux sociaux ». Elle est parfaitement résumée par Le Monde : « La vidéo de l’interpellation collective de dizaines de lycéens à Mantes-la-Jolie provoque de vives réactions. Les images montrent des rangées d’élèves à genoux, mains sur la tête, sous la surveillance de policiers casqués, armés de matraques et de boucliers. Une personne commente : ‘’Voilà une classe qui se tient sage !’’ » (Mattea Battaglia et Louise Couvelaire).

Et force est de constater le caractère glaçant des images ainsi proposées (et dont la véracité est attestée par Le Monde et l’AFP). Où l’on voit des dizaines d’adolescents, alignés en rangées, genoux à terre, en silence, mains derrière la nuque, têtes baissées, leurs sacs à dos de lycéens sur les épaules, encadrés par des policiers en tenue, debout, casqués, armés de matraques et de boucliers.

Cette vidéo a été filmée à Mantes-la-Jolie (Yvelines) le 6 décembre. 153 lycéens y ont été interpellés « collectivement » par les forces de l’ordre – et ce à la suite de différentes scène de violences en marge de « blocages » aux lycées Saint-Exupéry et Jean-Rostand, deux établissements situés à 500 mètres l’un de l’autre aux abords de la zone urbaine sensible du Val Fourré. « Ces images sont impressionnantes mais aucun jeune n’a été blessé, ni maltraité, nous n’avons enregistré aucune plainte » a tenu à souligner le préfet des Yvelines, Jean-Jacques Brot.

Ces images ont immédiatement suscité nombre de réactions politiques indignées. « Glaçant, inadmissible. Cela n’est pas la République. La jeunesse Française humiliée. Mais que cherche le pouvoir sinon la colère en retour ? », s’est interrogé Benoît Hamon leader de Génération.s, ancien candidat socialiste à la présidentielle, et ancien ministre de l’Education nationale sur Twitter« Intolérable », a commenté l’ancienne ministre de l’Egalité des territoires et directrice générale d’Oxfam France, Cécile Duflot« images inacceptables »a appuyé Ian Brossat, adjoint à la mairie de Paris. Le député (La France insoumise, Seine-Saint-Denis) Eric Coquerel a dénoncé une « violence inacceptable et humiliante ». « Effrayant. Et inacceptable d’un point de vue humain et démocratique », a posté également Clémentine Autain (La France insoumise, Seine-Saint-Denis). Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT: «  Le gouvernement joue avec le feu. On ne frappe pas des gamins».

« Ce que l’on voit dans la vidéo des jeunes à Mantes-la-Jolie ne se discute pas sous l’angle de ce qu’ils ont fait. Ils peuvent être interpellés et jugés, mais dans cette séquence, les policiers cherchent à obtenir leur soumission par l’humiliation –et c’est le meilleur moyen d’obtenir l’effet inverse » écrit Titiou Lecoq sur Slate.fr

Saint-Exupéry et Jean-Rostand

S’indigner en se souvenant d’horribles images du passé ?  Tenter de comprendre, et la misère du Val Fourré et les policiers ? « Comment 70 policiers maintiennent-ils au calme 150 jeunes ? Il leur fallait bien trouver des moyens pour les faire tenir tranquilles. Je ne connais pas d’autres méthodes », répond au Monde Thierry Laurent, directeur de cabinet du préfet, qui s’est rendu sur place. « Nous avons demandé aux policiers d’intervenir avec calme face à ce mélange de violences lycéennes et de violences urbaines, explique le préfet Brot. Et nous avons décidé avec le procureur de la République qu’il fallait faire des interpellations. »

Bilan de la journée : 190 gardés à vue dans tout le département des Yvelines, dont 153 à Mantes-la-Jolie. La plupart des 79 jeunes qui ont été relâchés sont des mineurs de moins de 16 ans.

Et déjà un mot circule qui attisera le tout : « rafle ». Un mot réfuté par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale invité ce matin sur France Inter .« Oui, l’image est forcément choquante, il y a eu des images choquantes parce qu’on est dans un climat de violence exceptionnelle » dit le ministre.

 « Rafle » : arrestation massive opérée par la police à l’improviste. Synon. descente* (de police), coup de filet* (fam.), razzia (vieilli). Rafles de prostituées sur la voie publique; la police opère des rafles; être pris, ramassé dans une rafle; les rafles de la Gestapo.

On apprend aussi, en classe de botanique, que la rafle est l’ensemble du pédoncule central ou axe et des ramifications d’une grappe de fruits, en particulier d’une grappe de raisins. L’apprend-on dans les lycées Saint-Exupéry et Jean-Rostand ?

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@jynau

 

 

Première mondiale : un bébé est né à partir d’un utérus prélevé chez une femme décédée

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Première obstétricale mondiale à très forte charge symbolique, cette naissance aura une forte résonance médiatique internationale. Elle est détaillée dans The Lancet : « Livebirth after uterus transplantation from a deceased donor in a recipient with uterine infertility ».

L’intervention chirurgicale (une transplantation utérine) a été pratiquée en septembre 2016 chez une femme âgée de 32 ans présentant une absence utérine congénitale (syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser). Ce syndrome est caractérisé par une aplasie congénitale de l’utérus et de la partie supérieure du vagin, chez des femmes ayant un développement normal des caractères sexuels secondaires et un caryotype 46,XX normal. Ce syndrome affecte environ une femme sur 4500.

« Le premier signe du syndrome de MRKH est une aménorrhée primaire survenant chez des femmes jeunes ayant par ailleurs des caractères sexuels secondaires normalement développés, des organes génitaux externes normaux, un fonctionnement ovarien normal et un caryotype 46,XX sans anomalies chromosomiques apparentes, explique-t-on sur le site Orphanet.  Le syndrome a longtemps été considéré comme une anomalie sporadique, mais un nombre croissant de cas familiaux appuie aujourd’hui l’hypothèse d’une cause génétique. Le traitement de l’aplasie vaginale, consistant en la reconstitution d’un néovagin, peut permettre à la patiente d’avoir une vie sexuelle normale. La détresse psychologique étant très importante chez les jeunes femmes atteintes d’un syndrome de MRKH, un soutien psychologique est primordial pour ces patientes et leur famille avant et au cours du traitement. »

La transplantation utérine a été pratiquée l’hôpital das Clínicas de l’Université de São Paulo (Brésil) après prélèvement d’un utérus chez une donneuse décédée à 45 ans des suites d’une hémorragie méningée. Récupération postopératoire satisfaisante, sortie après une semaine d’observation à l’hôpital et mise en place d’un traitement immunosuppresseur. Les premières règles ont eu lieu 37 jours après la transplantation puis tous les 26 à 32 jours. La grossesse est survenue après le premier transfert d’un embryon unique, et ce sept mois après la transplantation. L’accouchement (par césarienne) a eu lieu le 15 décembre 2017 à la 36e semaine de gestation. La petite fille pesait 2550 g à la naissance. L’utérus transplanté a été retiré après la césarienne et le traitement immunosuppresseur suspendu. Sept mois plus tard la mère et l’enfant (toujours nourri au sein) se portaient bien.

La petite fille pesait 2550 g à la naissance. L’utérus transplanté a été retiré après la césarienne et le traitement immunosuppresseur suspendu. Sept mois plus tard la mère et l’enfant (toujours nourri au sein) se portaient bien. Dirigés par le Pr Dani Ejzenberg (Departamento de Obstetrícia e Ginecologia, Hospital das Clínicas, Faculdade de Medicina da Universidade de São Paulo) dans The Lancet :

« Nous décrivons, à notre connaissance, le premier cas de naissance à la suite d’une transplantation utérine d’un donneur décédé chez un patient atteint du syndrome de MRKH. Les résultats établissent la preuve de concept pour le traitement de l’infertilité utérine par transplantation d’un donneur décédé, ouvrant ainsi la voie à une grossesse en santé pour toutes les femmes atteintes d’infertilité utérine, sans nécessiter de donneur vivant ni d’intervention chirurgicale chez un donneur vivant. »

Depuis la première greffe d’utérus d’une donneuse vivante, en 2013, en Suède, trente-neuf transplantations ont été réalisées dans le monde, dont onze ont conduit à une naissance. A l’inverse toutes les greffes d’utérus prélevés post mortem, soit une dizaine aux Etats-Unis, en République tchèque et en Turquie, avaient échoué avant cette première mondiale.

Pour le Pr Andrew Shennan (Kings College de Londres) la voie est désormais ouverte  aux dons d’utérus post mortem.  Des dons qui permettront aux femmes privées d’utérus de porter leur propre enfant sans recourir à des donneuses vivantes ou à des mères porteuse.

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@jynau

Sportifs et publicités alcooliques : onze experts accusent Emmanuel Macron et Agnès Buzyn

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Poisson-pilote ? Elle s’appelle Perrine Goulet. Députée (La République en marche, Nièvre) elle avait travaillé chez EDF Gaz de France Distribution comme conseillère clientèle à Nevers avant d’intégrer, il y a dix ans, le Centre nucléaire de Belleville comme responsable système d’information.

Le 26 mars 2018, Greenpeace portait plainte contre elle pour incitation au meurtre, à la suite d’une déclaration à l’Assemblée nationale datant du 22 mars concernant les militants pénétrant dans des complexes nucléaires : « Pourquoi nous ne ferions pas un peu comme aux États-Unis, (…) avec possibilité de ne pas se poser de questions et, quand il y a une intrusion, de tirer ? ». La députée s’était défendue dès le lendemain. Hors ed question de vouloir tuer des militants de Greenpeace elle voulait signifier « tirer dans les jambes ».

Peu de temps après Edouard Philippe, Premier ministre lui demandait un rapport sur le « financement du sport ». Travail achevé. Le Journal du Centre :

« Vendredi 30 novembre, à l’Assemblée nationale, la députée LREM Perrine Goulet, dans un rapport sur le financement des politiques sportives en France, a proposé des pistes pour financer le sport.

L’élue nivernaise, dans ses propos, semble douter de «  »l’efficacité » pour la santé publique de la loi Évin, qui restreint la promotion de l’alcool et du tabac depuis 1991. Elle déplore plusieurs incohérences, comme l’apparition des publicités prohibées sur des chaînes françaises à l’occasion de compétitions à l’étranger », rapporte une dépêche de l’AFP. Elle est favorable au « retour du sponsoring d’équipes françaises pour les viticulteurs et les brasseurs ».

« Ça ne sert à rien d’interdire l’alcool dans les stades si les gens s’enivrent massivement avant d’aller au match, ce qui pose des problèmes de sécurité », a-t-elle affirmé à l’AFP.

Elle propose, également, la suppression du certificat de non contre-indication à la pratique sportive. »

Lundi 3 décembre, méchant retour de volée d’une équipe de onze experts historiques de santé publique 1. Réintroduire sans limites la vente d’alcool dans les stades sous prétexte de soutien aux petits clubs sportifs ? « C’est oublier, disent-ils, les trente-neuf morts du Stade du Heysel à Bruxelles le 29 mai 1985. L’alcool avait coulé à flots avant que ne s’accumulent les morts. »

« Explication éculée »

Pour ces experts l’ explication éculée de Mme Goulet ne doit tromper personne. La même proposition a déjà été faite par un de ses collègues LREM, Alain Touret, pour soutenir les clubs de foot de la ligue 1 en commençant par un match du PSG, « petit club s’il en est ». Et de filer une métaphore aquatique :

« Ne soyons pas dupes. Il est évident que le lobby alcoolier harcèle la représentation nationale pour autoriser de nouvelles occasions de boire, avant et pendant les matchs. La députée LREM n’est que le poisson pilote des requins de l’alcool dont le but réel est d’en finir une fois pour toutes avec la Loi Evin et la loi Alliot-Marie de 1993 (interdiction de l’alcool, des chants racistes ou injurieux, des fumigènes), ce qui en langage hypnotique, macronien et alcoolier se dit « assouplir la loi ». »

Et ces experts de s’attaquer directement au chef de l’Etat et à la ministre des Solidarités et de la Santé :

« Désigné comme l’Homme de l’année par la Revue du Vin de France pour l’ensemble de son œuvre en faveur de l’alcool, le président Macron considère que l’information sanitaire est « anxiogène », voire « mortifère ». Méprisant les recommandations de l’OMS qui demandent d’élaborer les politiques de santé sans interférence des lobbies, il a installé le lobby alcoolier à l’Elysée même, en la personne de sa conseillère Agriculture, Audrey Bourolleau, ancienne Déléguée générale de Vin et Société. Le lobby alcoolier, ivre de ses succès, prétend même devenir un acteur crédible de la prévention. Autant confier aux renards la garde des poulaillers.

« Le gouvernement, par la voix d’Agnès Buzyn, s’est incliné récemment au Parlement face à la stratégie agressive des alcooliers pour faire boire les jeunes à coups de prémix à base de vin après les avoir appâtés avec des bonbons au mojito. La majorité à l’Assemblée nationale envisage maintenant d’ouvrir en grand les vannes de l’alcool dans le sport, avec en perspective les profits de la Coupe du Monde de Rugby en 2023 et des Jeux Olympiques de 2024. »

Et de rappeler que le grand « Plan national (2018-2022) de mobilisation contre les addictions » est toujours dans les limbes de la République.  Un invraisemblable retard qui, selon eux, s’explique : le pouvoir exécutif est en écrit actuellement une nouvelle version sous la dictée des lobbies.

A demain

1 Bernard Basset, vice-président de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA) ; Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI ; Gérard Dubois, professeur de santé publique, Académie de médecine ; Claude Got, Professeur honoraire, université René Descartes ; Serge Hercberg, professeur de nutrition, université Paris-XIII ; Catherine Hill, épidémiologiste ; Albert Hirsch, professeur de pneumologie, université Paris-VII ; Mickael Naassila, professeur de physiologie, président de la Société française d’alcoologie ; François Paille, professeur de thérapeutique et d’addictologie, université de Lorraine, président du Collège universitaire national des enseignants d’Addictologie (CUNEA) ; Michel Reynaud, professeur de psychiatrie et d’addictologie ; Nicolas Simon, professeur de médecine à Marseille, président de l’ANPAA