La Cour de cassation confrontée à la neutralité de la sexualité. Que dira le droit français ?

Bonjour

L’affaire avait commencé en octobre 2015 avec une révélation de « 20 minutes ».  On apprenait qu’un magistrat du tribunal de grande instance de Tours (Indre-et-Loire) avait, le 20 août de la même année, ordonné à l’état civil de la mairie de cette ville de modifier l’acte de naissance d’une personne intersexuée mais enregistrée comme étant de sexe masculin – modifier pour y apposer la mention « sexe neutre ». Pour la première fois une juridiction française avait autorisé une personne, âgée de 64 ans, à sortir du système binaire masculin/féminin en ordonnant à un officier d’état civil de modifier son acte de naissance pour y faire figurer la mention sexe neutre. Une décision contraire à la loi 1.

Née, selon son médecin, avec un « vagin rudimentaire », un « micropénis » (mais pas de testicules) cette personne expliquait souffrir d’avoir été mise dans la « case masculine » dès sa naissance. « A l’adolescence, j’ai compris que je n’étais pas un garçon. Je n’avais pas de barbe, mes muscles ne se renforçaient pas… », avait-elle confié au quotidien gratuit.  Redoutant « que cette requête renvoie à un débat de société générant la reconnaissance d’un troisième genre » le parquet de Tours avait fait appel du jugement,

Et dans un arrêt rendu lundi 21 mars 2016, les magistrats de la cour d’appel d’Orléans sont revenus sur la décision du juge de Tours, estimant qu’«admettre la requête de monsieur X reviendrait à reconnaître, sous couvert d’une simple rectification d’état civil, l’existence d’une autre catégorie sexuelle ».

Le cas fut alors porté devant la Cour de cassation. Mardi 21 mars cette dernière a auditionné l’avocat de celui que la justice considère toujours comme une personne de sexe masculin. Et c rendra son arrêt le 4 mai. Dans l’attente l’affaire, ainsi que les innombrables questions de tous ordres qu’elle soulève, ont été longuement abordés dans différents médias.

Toutes ces questions viennent également d’être traitées dans un travail sénatorial original : « Variations du développement sexuel : lever un tabou, lutter contre la stigmatisation et les exclusions ». Plus généralement on sent, ici, la nécessité de décrire une réalité jusqu’ici cantonnée au médical et au pathologique. Corollaire : on sent poindre la revendication d’un nouveau droit – une revendication radicale puisqu’elle entend définir, au-delà des deux genres, une neutralité.

Séparation des pouvoirs

Devant la Cour de cassation l’avocat du plaignant a dénoncé le « principe de la binarité, de la limitation du sexe à deux : homme ou femme », qui est « une typologie, un artifice, une construction intellectuelle ». « La nature n’est pas binaire. Je ne vois pas pourquoi, là où la nature n’est pas binaire, le droit le serait », a-t-il plaidé dans l’une de ces formules qu’affectionnent les avocats. Face à lui, le marbre de la loi. « La dualité sexuelle, bien que ne faisant pas l’objet d’une définition légale spécifique, fait bien l’objet d’une prise en compte juridique généralisée », a objecté l’avocat général Philippe Ingall-Montagner qui, sans surprise, a demandé le rejet du pourvoi.

Et l’avocat de la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français d’en appeler au règlement d’une question aussi fondamentale par le législateur. « Il y aurait trop d’incertitude à faire autrement. Créer une nouvelle catégorie de personne, c’est quelque chose qui excède l’office du juge », a-t-il tranché.

Où l’on se souviendra que, dans leur infinie sagesse, les plus puissants des magistrats français respectaient toujours, en mars 2017, le principe sacré de la séparation des pouvoirs.

A demain

1 L’article 57 du code civil dispose que « l’acte de naissance énoncera le jour, l’heure et le lieu de la naissance, le sexe de l’enfant, les prénoms qui lui seront donnés, le nom de famille, […] ainsi que les prénoms, noms, âges, professions et domiciles des père et mère ». Si cet article n’impose pas de mentionner les sexes « féminin » ou « masculin », une circulaire du 28 octobre 2011 précise que : « Lorsque le sexe d’un nouveau-né est incertain, il convient d’éviter de porter l’indication ‘de sexe indéterminé’ dans son acte de naissance » et d’indiquer « le sexe qui apparaît le plus probable » au médecin. S’agissant de la carte nationale d’identité, la circulaire du 10 janvier 2000 indique que « Le sexe qui est mentionné sur l’acte de naissance (article 57 du code civil) doit être indiqué par la lettre M (masculin) ou F (féminin) » sur la carte.

Orly : le terroriste était bien sous l’emprise d’alcool (0,93 g/l), de cannabis et de cocaïne

Bonjour

Son père avait vu juste. On connaît depuis peu (et de « source judiciaire ») les résultats des expertises toxicologiques pratiquée sur le corps de Ziyed Ben Belgacem, abattu le 18 mars par un militaire de l’opération « Sentinelle » dans l’aéroport d’Orly, au terme d’une course-poursuite avec les forces de l’ordre qui avait démarré à l’aube, en Seine-Saint-Denis.

Les analyses toxicologiques pratiquées sur l’attaquant ont mis en évidence la présence, dans le sang, d’alcool (0,93g par litre) et de stupéfiants (cannabis et cocaïne). Agé de 39 ans, il avait été tué après avoir tenté de s’emparer de l’arme de l’une des militaires en patrouille dans l’aéroport.

« Il boit »

Dimanche 19 mars, peu après avoir été relâché par la police,  son père avait déclaré sur Europe 1« Mon fils n’a jamais été un terroriste. Jamais il fait la prière : il boit. Et sous l’effet de l’alcool et du cannabis, voilà où on arrive. »  François Molins, procureur de la République de Paris avait quant à lui expliqué la veille que désormais le but de l’information judiciaire serait de tenter « d’expliquer le cheminement psychologique » de cet homme. Il a aussi observé que le choix de sa cible dans l’aéroport d’Orly (des militaires de l’opération Sentinelle) correspondait « aux mots d’ordre diffusés par les organisations terroristes djihadistes ». 

 Reste que la grande nouveauté, dans cette affaire, tient à l’évocation faite d’emblée du rôle possiblement joué par des substances psychotropes (alcool et cannabis notamment) dans le passage à l’acte. Jusqu’ici cette hypothèse n’était pas envisagée d’emblée, du moins pas publiquement.1 L’autre nouveauté tient au fait que les réponses toxicologiques n’ont pas tardé. L’association d’alcool, de cannabis et de cocaïne explique sans aucun doute « la fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur » observée par le procureur de la République de Paris.

Reste une autre question, autrement plus complexe : ce type de désinhibition massive et auto-induite modifie-t-il la qualification juridique de l’acte ?  Le droit interrogera-t-il, ici, les spécialistes de l’addictologie et ceux de la conscience ?

A demain

1 Sur ce thème : « Les analyses toxicologiques des corps des terroristes font aussi partie de l’enquête » Slate.fr 28 novembre 2015

Alcool et cannabis sont-ils compatibles avec le caractère « terroriste » d’un attentat ?

Bonjour

Sites et agences de presse ont déjà dit l’essentiel de ce qui s’est passé à l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne). Reste une question pour l’heure sans réponse, médico-légale et toxicologique. Résumons. Le parquet antiterroriste a été saisi, samedi 18 mars, après qu’un homme, Ziyed Ben Belgacem, a été abattu par un militaire de l’opération « Sentinelle » au terme d’une course-poursuite avec les forces de l’ordre – une course-poursuite qui avait démarré à l’aube, en Seine-Saint-Denis. Agé de 39 ans, l’homme a été tué après avoir tenté de s’emparer de l’arme de l’une des militaires en patrouille dans l’aéroport.

Dans un rituel désormais codifié François Molins, procureur de la République de Paris, est venu, dans un style qui n’appartient qu’à lui, dire l’essentiel devant la presse.  Il a précisé que Ziyed Ben Belgacem avait déclaré : « Posez vos armes, mains sur la tête, je suis là pour mourir par Allah. De toute façon, il va y avoir des morts ». Ses dernières paroles témoignent, selon le procureur, qu’il s’agissait d’« un individu extrêmement violent », avec une intention terroriste, déterminé à « aller jusqu’au bout ». Principaux éléments du dossier :

Peu avant 7 heures, samedi matin, Ziyed Ben Belgacem fait l’objet d’un contrôle routier à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), alors qu’il roule « à vive allure, tous feux éteints », selon M. Molins. Il présente ses papiers, puis ouvre le feu avec un pistolet à grenaille et blesse légèrement un policier. Prend la fuite, et se dirige vers un bar qu’il connaît et où il était quelques heures auparavant. Met en joue des clients, tire sans faire de blessés et abandonne son téléphone sur place.

Machette et cocaïne

Est repéré à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) à la suite d’un car-jacking. Prend la direction d’Orly avec le véhicule volé. « En une heure trente, il y a eu une fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur », selon François Molins. La suite a été maintes fois racontée.  Arrivé à l’aéroport d’Orly peu après 8 heures, il rentre dans le terminal sud. Attaque à 8 h 22 une militaire, arme de poing à la main, et l’utilise comme bouclier, revolver sur la tempe. En se redressant après être parvenu à s’emparer du « Famas » de la militaire, l’attaquant laisse la possibilité aux militaires de le viser ; selon le procureur, le troisième tir lui est fatal. Les enquêteurs ont découvert le revolver à grenaille avec cinq cartouches dont trois percutées, 750 euros en liquide, un Coran, un briquet et un paquet de cigarettes.

Le père et le frère de Ziyed Ben Belgacem ont été placés en garde à vue le même jour. Après le contrôle routier, il les avait appelés pour leur confier « avoir fait une bêtise ». Un cousin a également été placé en garde à vue après s’être spontanément présenté aux policiers. Il avait croisé Ben Belgacem dans la nuit. Dimanche matin, son père a été relâché : « Mon fils n’a jamais été un terroriste, a-t-il témoigné sur Europe 1. Jamais il fait la prière : il boit. Et sous l’effet de l’alcool et du cannabis, voilà où on arrive. Il me téléphone à sept ou huit heures du matin et il était énervé à l’extrême, même sa mère n’arrivait pas à le comprendre. Il me dit ‘’Je te demande pardon, j’ai fait une connerie avec un gendarme’’. »

Une perquisition a eu lieu au domicile du suspect, situé à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise). Elle a permis la découverte de quelques grammes de cocaïne, d’une machette et de devises étrangères. Né en 1978, Ziyed Ben Belgacem était connu des services de police pour des affaires de droit commun (neuf mentions à son casier judiciaire, notamment des affaires de stupéfiants et de vols aggravés). En 2001, il est condamné à cinq ans de prison pour vol à main armée par la cour d’assises du Val-de-Marne. En 2009 il est condamné successivement à trois puis cinq ans d’emprisonnement pour trafic de stupéfiants.

Mieux comprendre

Au cours d’un de ses séjours en détention, il laisse transparaître « des signaux de radicalisation » (2011 et 2012) . L’homme n’est pas pour autant « fiché S ». Une perquisition administrative est effectuée chez lui, dans le cadre de l’état d’urgence en 2015. Sans résultat. L’homme vivait au sixième étage d’un immeuble dans un quartier populaire de Garges-lès-Gonesse. Plusieurs voisins le décrivent comme un homme sombre et renfermé, solitaire. Depuis septembre et sa dernière sortie de prison, il était sous contrôle judiciaire.

Et maintenant ? Le procureur de la République de Paris explique que le but de l’information judiciaire sera de tenter « d’expliquer son cheminement psychologique ». François Molins observe aussi que le choix de la cible, des militaires de l’opération Sentinelle« correspond aux mots d’ordre diffusés par les organisations terroristes djihadistes ». La nouveauté, dans cette nouvelle affaire tient à l’évocation du rôle possiblement joué par des substances psychotropes (alcool et cannabis notamment) dans le passage à l’acte. Jusqu’ici cette hypothèse n’était pas envisagée d’emblée, du moins pas publiquement.1

Ces substances expliquent-elles « la fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur » ? La désinhibition auto-induite modifie-t-elle la qualification de l’acte ? On se souvient que lors d’une séance de questions à l’Assemblée nationale le Premier ministre Manuel Valls avait, le 25 novembre 2015, insisté sur le fait qu’« aucune excuse sociale, sociologique et culturelle» ne devait être cherchée au terrorisme après les attentats de Paris. En toute hypothèse, la publication des résultats toxicologiques n’aident en rien, dans ce domaine, à excuser. Elle permettrait toutefois de mieux éclairer, de mieux comprendre, les circonstances de tels actes.

A demain

1 Sur ce thème : « Les analyses toxicologiques des corps des terroristes font aussi partie de l’enquête » Slate.fr 28 novembre 2015

Suicide en prison : les détenus souffrant d’addiction sont (aussi) des malades à surveiller

Bonjour

La réduction des risques en milieu carcéral verra-t-elle le jour en France ? Voici que cette question récurrente est à nouveau soulevée avec un jugement du tribunal administratif d’Amiens. Un jugement dont les attendus et la teneur nous est révélée par l’AFP.

Soit le cas d’un détenu âgé de 41 ans, qui avait été incarcéré en 2010 pour une peine de quatorze mois. Et qui avait été retrouvé mort dans sa cellule de la maison d’arrêt d’Amiens le 3 mars 2011. Il avait « avalé une boîte de médicaments ». Six ans plus tard la justice administrative vient de condamner l’Etat à verser 40 000 euros à sa famille, « en réparation du préjudice moral ».

« Les membres du personnel de surveillance, pourtant informés pour certains que M. C. suivait un traitement médicamenteux contre une addiction, ont (…) mal apprécié la situation en ne contactant pas immédiatement le service médical de garde », estime le tribunal.  Des rondes supplémentaires durant la nuit ont certes été mises en œuvre, nuance le tribunal. Mais, les requérants « sont fondés à soutenir que l’administration pénitentiaire a, en s’abstenant non seulement de prévenir le médecin le soir du 2 mars 2011 mais également de relater l’incident à l’équipe de jour le lendemain matin, commis une faute de vigilance (…) ».

Prêter assistance à personne en danger

Les plaignants réclamaient une somme globale de 330 000 euros, estimant que la mort de M.C. était imputable à l’administration pénitentiaire, en raison notamment de surveillants en sous-effectifs et de l’absence, la nuit, de personnel médical. L’AFP rappelle que le même tribunal administratif d’Amiens avait déjà, pour « faute de vigilance », condamné l’Etat en mars 2016 à verser 40 000 euros aux parents et au frère d’un détenu qui s’était pendu en 2012 dans la prison de Liancourt (Oise).

Dans l’affaire qui vient d’être jugée, un surveillant de la maison d’arrêt, condamné pour non-assistance à personne en danger, avait finalement été relaxé en 2015, rapporte France Bleu Picardie. « On n’est pas à l’abri de nouveaux drames comme celui de mars 2011 » prévient Franck Dropsy, le secrétaire local de l’Unsa justice Ufap. La prison amiénoise fait partie du « programme de rénovation » permanente : ce qui n’apporte ni place ni personnel supplémentaire, précise ce syndicaliste. L’établissement compte aujourd’hui 470 détenus et seulement 120 surveillants. La réduction des risques en milieu carcéral verra-t-elle le jour en France ?

A demain

 

 

A Besançon un anesthésiste est soupçonné de sept empoisonnements volontaires

 

Bonjour

Que se passe-t-il aujourd’hui dans les hôpitaux français ? A quelques heures d’intrevalle le suicide d’une infirmière de 45 ans à l’hôpital Cochin de Paris et, à Besançon, la mise en examen d’un médecin anesthésiste de 45 ans placé sous contrôle judiciaire – avec interdiction d’exercer sa profession. Il est soupçonné d’avoir empoisonné avec préméditation sept patients à Besançon, dont deux mortellement. Le parquet dénonce des actes « volontaires ». Le médecin nie catégoriquement. L’Est Républicain suit l’affaire et précise que la vice-procureure Christine de Curraize a précisé lors d’une conférence de presse que ces empoisonnements ne sont « pas un accident ».

Les doses létales de potassium ou d’anesthésiques auraient été introduites « sciemment » dans des poches de perfusion de réhydratation, « où normalement, elles n’ont pas lieu d’être », ce qui montrerait qu’« il ne pouvait s’agir que d’actes volontaires de nature à entraîner la mort des patients ».

Et le parquet soupçonne aujourd’hui le médecin anesthésiste (qui a exercé à la clinique Saint-Vincent et à la polyclinique de Franche-Comté) d’avoir administré ces doses à sept patients au moins entre 2008 et 2017. « Ce dossier va nécessiter un certain nombre d’expertises, et on n’est pas à l’abri de voir le nombre de victimes s’élargir », ajoute Mme de Curraize. Les victimes présumées, quatre femmes et trois hommes âgés de 37 à 53 ans, « n’avaient pas de prédispositions ou de fragilités particulières ». Nous ne sommes donc nullement ici dans le cadre de suicides « médicalement assistés ».

Arrêts cardiaques

Les produits ont provoqué des arrêts cardiaques chez les patients, dont deux n’ont jamais pu être réanimés : un homme de 53 ans, décédé en 2008 pendant une intervention rénale, et une femme de 51 ans, décédée en 2016 au cours d’une intervention orthopédique. Deux cas, en janvier 2017, ont alerté l’hôpital, puis la justice. Puis, explique le parquet, le lien a ensuite été fait avec les précédents empoisonnements, pour lesquels des informations judiciaires étaient ouvertes.

L’anesthésiste, lui, nie catégoriquement les faits qui lui sont reprochés. « Mon client conteste fondamentalement tout empoisonnement que ce soit. Il dit passer sa vie à réanimer les gens, pas à les tuer, a déclaré son avocat, Me Randall Schwerdorffer. L’accident ou la négligence restent des hypothèses tangibles. C’est un professionnel archi-reconnu, de grande qualité, qui pratique deux mille anesthésies par an, et dont le métier est plus qu’un métier, c’est une passion. »,

Le parquet avait demandé un placement en détention et entend faire appel du contrôle judiciaire. Il s’agit selon lui de « faits gravissimes ». L’affaire ne fait que commencer.

A demain

Le Conseil d’Etat va-t-il ordonner de mettre fin à l’assistance respiratoire de Marwa ?

Bonjour

Soigner encore ou laisser faire la mort ? S’obstiner au risque de la déraison. Nous rapportions, le 10 février dernier, les termes de « l’affaire Marwa » – sorte de nouvelle affaire Vincent Lambert.

Marwa, bébé d’un an, avait été admise à l’hôpital de la Timone à Marseille le 25 septembre 2016, victime d’une grave infection virale. Devant l’évolution de l’état de l’enfant les médecins marseillais décident, le 4 novembre, d’arrêter les thérapeutiques mises en œuvre et de débrancher l’assistance respiratoire. La famille s’y oppose, saisit la justice. En référé, le tribunal administratif ordonne à la Timone la poursuite des soins, et diligente une expertise confiée à deux neurologues, et un neuropédiatre.

Handicap majeur

Ce tribunal considère alors que « de nombreuses incertitudes demeurent sur la pathologie initiale de l’enfant, sur les séquelles dont elle est atteinte, sur les examens pratiqués et sur son état actuel ». « La fiche de traçabilité des décisions prises de façon collégiale comporte une motivation très lacunaire », souligne-t-il, et des « indications divergentes » ont été données par l’hôpital. Selon le rapport des experts, relayé par l’AFP, l’évolution de la maladie de Marwa « va conduire à un handicap majeur ».

Elle « est consciente mais atteinte d’un déficit moteur majeur et irréversible », écrivent ces médecins, qui confirment « une atteinte neurologique sévère et définitive ». Partageant le « pronostic clinique extrêmement négatif » des médecins de l’hôpital de la Timone, les experts estiment que Marwa sera « incapable de faire des gestes de la vie courante et de pouvoir se déplacer, même en fauteuil électrique, restera dépendante d’une suppléance respiratoire, d’une alimentation artificielle et d’un nursing intensif ». Selon eux « l’évolution va conduire à un handicap majeur chez une enfant grabataire ».

Etrange pays

Mohamed Bouchenafa, le père de Marwa a mis en ligne sur Facebook une vidéo de sa fille et la famille a également lancé une pétition en ligne sur la plateforme change.org « Jamais sans Marwa » où des raisons budgétaires hospitalières sont, pour la première fois dans une affaire de ce type, évoquées 2. A l’heure où nous écrivons ces lignes (à la veille de l’audience du Palais Royal) cette pétition avait réuni plus de 240 000 signatures.

Aujourd’hui l’affaire arrive devant le Conseil d’Etat. Le jeudi 2 mars les magistrats débattront sur le sort de la petite patiente, lors d’une audience en référé qui se tiendra à huis clos. « Les médecins de Marseille ont sans doute raison sur le plan médical et juridique, mais au plan éthique, il est vraiment difficile d’aller contre l’assentiment des parents. On ne peut pas s’opposer comme cela frontalement à eux, il faut s’y prendre autrement, commente dans Le Monde, le Dr Véronique Fournier, présidente du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie. Car si le Conseil d’Etat leur donne raison, ils vont faire quoi ? Débrancher cette petite fille en cachette, la nuit, derrière le dos des parents ? »

Etrange pays qui voit une juridiction administrative suprême amenée à trancher des questions éthiques de vie et de mort. Etrange époque qui voit des responsables politiques candidats à la magistrature suprême partir en guerre contre la justice de leur pays.

A demain

Avant l’enfer du post-antibiotiques, l’Organisation Mondiale de la Santé prêche dans le désert

Bonjour

Quels sont, aujourd’hui, les noms de nos pires ennemis ?  Acinetobacter baumannii, Pseudomonas aeruginosa, et toutes les entérobactéries résistance aux carbapénèmes. Qui sont ceux qui suivront ? Enterococcus fæcium, Staphylococcus aureus, Helicobacter pylori, Campylobacter spp., Salmonella, Neisseria gonorrhoeae. Et après, pour ceux qui seront encore là ? Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae, Shigella spp.,

L’Organisation mondiale de la santé a, lundi 27 février, publié la liste des familles de bactéries contre lesquelles elle juge urgent de développer de nouveaux antibiotiques en raison des risques que fait peser leur résistance aux traitements actuels. Adoptant sa posture traditionnelle l’OMS souhaite « orienter » et « promouvoir la recherche-développement de nouveaux antibiotiques ». Que ne le fait-elle ? L’organe des Nations-Unies aimerait empêcher la résurgence de maladies infectieuses incurables. Qui ne le voudrait ?

« La résistance aux antibiotiques augmente et nous épuisons rapidement nos options thérapeutiques. Si on laisse faire le marché, les nouveaux antibiotiques dont nous avons le besoin le plus urgent ne seront pas mis au point à temps », prévient le Dr Marie-Paule Kieny, sous-directrice générale à l’OMS pour les systèmes de santé et l’innovation. C’est là une alerte dont on aimerait pouvoir tenir compte. Mais la « sous-directrice générale de l’OMS pour l’innovation » a oublié de nous dire comment on ne laisse pas faire le marché.

Rituel diplomatique

La nouvelle liste des bactéries « super-résistantes prioritaires » ? « Cette liste est un nouvel outil pour veiller à ce que la recherche-développement réponde aux besoins urgents de la santé publique », indique le Dr Kieny. On peine à comprendre le raisonnement de la sous-directrice. La publication de cette liste, évoquée par la BBC, est aussi une manière d’attirer l’attention sur un rituel diplomatique : le ballet des rencontres placées à l’agenda du G 20 cette année présidé par l’Allemagne.

Dans ce cadre des « experts de la santé » vont se réunir à Berlin. « Nous avons besoin d’antibiotiques efficaces pour nos systèmes de santé et nous devons prendre des mesures communes pour un avenir en meilleure santé, a déclaré Hermann Gröhe, ministre fédéral allemand de la Santé. C’est pourquoi, nous allons discuter et attirer l’attention du G20 sur la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. La première liste mondiale de l’OMS sur les agents pathogènes prioritaires est un nouvel outil important pour assurer et orienter la recherche-développement en relation avec les nouveaux antibiotiques. »

Cette fameuse liste a été établie en collaboration avec la division des maladies infectieuses de l’Université de Tübingen (Allemagne) au moyen d’une technique d’analyse décisionnelle multicritère. Le Pr Evelina Tacconelli, chef de la division des maladies infectieuses de cette université : « Si on attend plus longtemps, les problèmes de santé publique vont s’aggraver et auront un impact dramatique sur les soins des patients ».

Pas plus que le Dr Kieny à Genève, le Pr Tacconelli ne nous dit à Tübingen, comment on contraint Big Pharma l’amorale à travailler dans un secteur qui ne l’intéresse pas.

A demain