Cinq femmes mortes sous Docétaxel® : affaire embarrassante pour l’Agence du médicament

Bonjour

Pourquoi informer si tard ? Pourquoi cette politique chronique qui donne finalement l’impression d’avoir voulu cacher la vérité ? Dans un communiqué publié dans la soirée du 15 février , l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a annoncé qu’une enquête de pharmacovigilance a été ouverte en septembre sur les médicaments contenant du docétaxel : « Survenue de décès chez des femmes traitées par docétaxel dans le cadre du traitement du cancer du sein – Point d’Information ».

« L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé a été informée de la survenue de six cas d’entérocolites sur terrain neutropénique, dont cinq ayant conduit au décès, chez des patientes traitées par docétaxel. Tous ces cas concernaient des femmes, âgées de 46 à 73 ans, atteintes d’un cancer du sein. Une enquête de pharmacovigilance, ouverte en septembre dernier, est en cours de finalisation. Elle sera présentée au Comité Technique de Pharmacovigilance (CTPV) du 28 mars 2017. »

Coïncidence

Ce que le communiqué ne dit pas c’est que sa publication coïncide avec la révélation de ces trois morts, quelques heures plus tôt par Le Figaro (Anne Jouan) : « Questions après des décès lors de la prise d’un anticancéreux ».

« Selon nos informations, au moins six personnes sont décédées en France en 2016 alors qu’elles étaient traitées avec un médicament générique. Celui du Taxotère mis sur le marché en 1995. Cette molécule, très efficace est utilisée à un stade précoce des cancers, notamment pour celui du sein chez la femme, après une intervention chirurgicale. Il s’agit d’un traitement dit adjuvant (ou de sécurité), qui complète la thérapie principale pour prévenir un risque de récidive locale ou de métastases.

« Un pharmacologue résume : « On s’attend à des effets graves avec une chimiothérapie. Mais ce qui a beaucoup étonné la communauté médicale avec ces cas, c’est le caractère grave pour un traitement adjuvant chez des malades dont le pronostic était visiblement bon .» Trois patientes âgées de 45 à 69 ans – «ni âgées ni fragiles», fait observer un cancérologue – sont ainsi décédées entre avril et début août 2016 à l’Institut Gustave-Roussy (IGR) de Vuillejuif (Val-de-Marne), deux à Rennes et une à l’Institut Curie (Paris). « C’est probablement plus en réalité », confie un haut dirigeant de l’ANSM. »

Aucune recommandation

Le Docétaxel® est un médicament autorisé dans le traitement du cancer du sein (adjuvant dans le cancer du sein opérable ; cancer du sein localement avancé ou métastatique), cancer du poumon non à petites cellules, cancer de la prostate, cancer gastrique, cancer des voies aéro-digestives supérieures. Lorsqu’il est utilisé comme adjuvant dans le cancer du sein opérable, il l’est en association à la doxorubicine et au cyclophosphamide.

Pour l’ANSM, au vu des données dont elle dispose, « aucune recommandation n’est formulée à date en l’absence d’éléments complémentaires d’investigation permettant d’évaluer le rapport bénéfice / risque dans le cadre du traitement du cancer du sein ». Datée du 15 février une lettre de conseils pratiques a été adressée en urgence aux oncologues. Elle est signée du Dr Dominique Martin, Directeur général de l’ANSM et du Pr Norbert Ifrah, président de l’Institut National du Cancer. Pourquoi prennent-ils leurs plumes seulement maintenant ? Extraits:

« En août 2016, trois cas d’issue fatale d’entérocolite sur terrain neutropénique sous traitement par docétaxel dans le cadre du traitement du cancer du sein ont été rapportés. Deux autres cas fatals ont été signalés par la suite, en novembre 2016 et en février 2017. Tous ces cas concernaient des femmes, entre 46 et 73 ans, traitées par docétaxel, en monothérapie ou en association, en situation adjuvante ou néo-adjuvante de cancer du sein. La qualité des lots a été immédiatement contrôlée et elle s’est révélée conforme aux spécifications de l’AMM. »

« Les analyses déjà menées ont montré qu’il n’y aurait pas de problématique liée au fait que le générique serait différent du princeps dans sa concentration ou autre chose. Il n’y a pas de différence, il est tout à fait dans les normes », a déclaré à l’Agence France Presse le Dr Dominique Martin. Pas de différences, donc. Pour autant l’ANSM souligne qu’une autre spécialité pharmaceutique le Paclitaxel®, « peut constituer une alternative dans certaines situations ». Que conclure ? Pourquoi informer si tard ?

A demain

 

 

Génétique: souhaitez-vous connaître vos risques d’être victime de la perte de vos cheveux ?

 

Bonjour

C’est le type de publication scientifique dont raffolent les gazettes généralistes et les magazines féminins. On la trouve ce matin (gratuitement) sur le site de PLOS Genetics : « Genetic prediction of male pattern baldness ». C’est un travail considérable qui a consisté à démêler le fuseau des gènes que l’on imagine impliqués dans les bases biologiques de la perte des cheveux. Ou, pour résumer, de la calvitie ; cette alopécie diffuse, progressive, apparaissant notamment chez les individus du sexe masculin.

C’est, ici, un travail écossais dirigé par Saskia Hagenaars et David Hill (Université d’Edimbourg). Ils sont parvenus à identifier plus de 250 régions génétiques impliquées dans ce phénomènes aux frontières du pathologiques (« We identified over 250 independent genetic loci associated with severe hair loss (P<5×10-8) ».)  Cette découverte algorithmique a été réalisée grâce aux prélèvements biologiques effectués sur 52.000 hommes volontaires, âgés de 40 à 69 ans, chauves ou pas, enrôlés dans la UK Biobank.

Héritages maternels

Cette publication est un progrès quand on sait que jusqu’ici seuls quelques gènes suspects avaient été identifiés par les généticiens enquêtant sur les mystères de l’alopécie. Ce n’est pas tout : à partir de leurs résultats statistiques les chercheurs écossais ont créé une formule pour tenter de prédire les risques, pour un homme donné, de vieillir chauve – et ce en fonction de la présence ou de l’absence de certains marqueurs génétiques.

Attention : il faut ici encore savoir raison garder. « Même si des diagnostics individuels précis sont encore hors de portée, ces résultats peuvent contribuer à identifier des sous-groupes de la population où le risque de perte de cheveux est nettement plus élevé, précise l’AFP. Un grand nombre de gènes identifiés dans ces travaux jouent un rôle dans la structure des cheveux et leur développement. « Nous avons identifié des centaines de nouveaux signaux génétiques, dont un grand nombre sont liés à la calvitie masculine, qui proviennent du chromosome X dont les hommes héritent de leurs mères », explique Saskia Hagenaars.

« Revue des Deux Mondes »

Où l’on voit, une nouvelle fois, le poids des mères dans le destin des hommes et les limites actuelles de la génétique pour remplacer la Pythie et Elisabeth Tessier. Où l’on comprend, aussi, que la question du caractère pathologique ou pas du phénomène n’est pas tranché. On rappellera ainsi que la calvitie peut être « hippocratique » (elle laisse subsister une bande de cheveux dans les régions occipitale et pariétales).

On rappellera surtout que par métonymie le mot désigne une personne à la fois respectable d’un certain âge. Ainsi Alphonse Daudet écrit-il : « (…) le roi se fit donc conduire à son cercle, y trouva quelques calvities absorbées sur de silencieuses parties de whist (…) ».   Les calvities, alors, étaient absorbées. La génétique balbutiait avec Gregor Mandel, moine catholique féru de pois. Nous étions en 1879 et l’ouvrage avait pour titre Les Rois en exil. L’ouvrage fit l’objet d’une longue recension par Ferdinand Brunetière dans la (déjà) célèbre Revue des Deux Mondes. On peut la lire  ici Gratuitement.

A demain

 

 

 

 

Obstination ou déraison ? Une variante de l’affaire Vincent Lambert bientôt devant le Conseil d’Etat

 

Bonjour

Soigner encore ou laisser faire la mort ? S’obstiner au risque de la déraison 1 ? Deux questions au cœur de « l’affaire Marwa ». L’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) a, jeudi 9 février, annoncé qu’elle saisissait le Conseil d’État. Elle conteste la décision du tribunal administratif de Marseille l’enjoignant de poursuivre les soins de Marwa, bébé d’un an plongé dans un coma artificiel et atteint d’un déficit moteur irréversible. La veille ce tribunal avait ordonné (comme le demandaient ses parents) la poursuite des soins de cet enfant qui souffre d’une atteinte neurologique irréversible et qui a été placée sous assistance respiratoire. Les médecins de l’hôpital de La Timone avaient en revanche plaidé pour un arrêt des soins.

Point n’est besoin d’être spécialiste pour comprendre la nature du drame. « L’AH-HM partage la douleur de la famille et tient à soutenir l’équipe médicale et le personnel soignant dans cette situation difficile et inédite », écrit l’AP-HM dans un communiqué. C’est « compte-tenu des conséquences et de la portée générale de la décision du tribunal administratif » que l’AP-HM a décidé de saisir le Conseil d’État.

Arrêt des soins prématurés

L’AFP précise qu’après une expertise diligentée dans le cadre de la procédure judiciaire, le tribunal avait jugé que la décision d’arrêt des soins était « prématurée car prise au terme d’un délai qui n’était pas suffisamment long pour évaluer, de manière certaine, l’inefficacité des thérapeutiques en cours et la consolidation de l’état de santé de l’enfant ». Cette expertise n’avait pas véritablement tranché la question éthique mais avait toutefois qualifié le pronostic « d’extrêmement péjoratif » tout en décrivant « quelques éléments d’amélioration constatés ». Pour sa part le tribunal avait mis en avant « l’avis des parents qui revêt une importance toute particulière ».

Marwa avait été admise à l’hôpital de la Timone le 25 septembre dernier pour une infection virale d’une particulière gravité. Selon les parents les médecins marseillais décident, le 4 novembre, d’arrêter les thérapeutiques mises en œuvre et de débrancher l’assistance respiratoire. La famille s’y oppose, saisit la justice. En référé, le tribunal administratif ordonne à la Timone la poursuite des soins, et diligente une expertise confiée à deux neurologues, et un neuropédiatre.

Incertitudes nombreuses

 Le Quotidien du Médecin précise que ce tribunal considère alors que « de nombreuses incertitudes demeurent sur la pathologie initiale de l’enfant, sur les séquelles dont elle est atteinte, sur les examens pratiqués et sur son état actuel ». « La fiche de traçabilité des décisions prises de façon collégiale comporte une motivation très lacunaire », souligne-t-il, et des « indications divergentes » ont été données par l’hôpital.

Selon le rapport des experts, relayé par l’AFP, l’évolution de la maladie de Marwa « va conduire à un handicap majeur ». Elle « est consciente mais atteinte d’un déficit moteur majeur et irréversible », écrivent ces médecins, qui confirment « une atteinte neurologique sévère et définitive ». Partageant le « pronostic clinique extrêmement négatif » des médecins de l’hôpital de la Timone, les experts estiment que Marwa sera « incapable de faire des gestes de la vie courante et de pouvoir se déplacer, même en fauteuil électrique, restera dépendante d’une suppléance respiratoire, d’une alimentation artificielle et d’un nursing intensif ». Selon eux « l’évolution va conduire à un handicap majeur chez une enfant grabataire ».

Point notable, les experts ont rencontré les parents de Marwa. Ils témoignent que ces derniers « disent accepter tous les deux le handicap de leur enfant en pleine connaissance de cause et accepter qu’elle puisse mourir de façon naturelle et par suite à l’arrêt des traitements de suppléance ».

Budget hospitalier marseillais

Selon eux, « la volonté des parents de maintenir Marwa en vie à tout prix » et leur opposition à un arrêt de l’assistance respiratoire « introduit un débat éthique » avec « l’idée que l’équipe soignante se fait de l’intérêt de l’enfant ». Volonté des parents vs intérêt de leur enfant. Mais les experts se gardent de trancher ce dilemme éthique. Ils rappellent néanmoins que dans ce type de situation, les médecins « ne procèdent pas à un arrêt des soins contre l’avis des parents ». Dans le cas où les traitements seraient poursuivis, ils mettent en garde sur « l’importance et la difficulté d’évaluer au mieux la douleur et l’inconfort de Marwa qui devra être suivie sans ‘’réaugmenter’’ le niveau de soins ».

Mohamed Bouchenafa, le père de Marwa a mis en ligne sur Facebook une vidéo de sa fille, qu’il légende ainsi : « Ma petite fille va mieux, elle reprend des forces ». Les experts, eux, voient là des « mouvements réflexes, non volontaires ». A l’audience, le père a demandé qu’on laisse à sa fille « une chance de vivre ». Face à lui, inversant étrangement les termes et la charge de la preuve, l’avocat de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, Me Olivier Grimaldi, a mis en avant « une obstination déraisonnable des parents ».

La famille a également lancé une pétition en ligne sur la plateforme change.org « Jamais sans Marwa » où des raisons budgétaires hospitalières sont, pour la première fois dans une affaire de ce type, évoquées 2. A l’heure où nous écrivons ces lignes (le vendredi 10 février) cette pétition avait réuni plus de 168 000 signatures.

Que nous dira, cette fois, le Conseil d’Etat ?

A demain

1 La loi du 2 février 2016 « Leonetti-Claeys », définit ainsi l’obstination déraisonnable :

« [Les soins et traitements actifs] ne doivent être ni mis en œuvre, ni poursuivis au titre du refus d’une obstination déraisonnable lorsqu’ils apparaissent inutiles ou disproportionnés. Dans ce cadre, lorsque les traitements n’ont d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, alors et sous réserve de la prise en compte de la volonté du patient, et selon la procédure collégiale définie par le code de déontologie médicale, ils sont suspendus ou ne sont pas entrepris. Dans ce cas, le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa vie en dispensant les soins palliatifs. »

2 Voici le texte de cette pétition :

 « Mon petit bébé, ma fille Marwa est la jumelle de Safa, un an. Marwa est actuellement admise à l’hôpital La Timone à Marseille sous assistance respiratoire et risque d’être débranchée et perdre la vie, malgré les progrès et les améliorations visibles depuis son admission : elle est consciente, bouge, nous reconnaît. Elle a besoin de temps pour réussir à respirer par elle-même, car elle a subi des traitements lourds qui n’ont pas porté leurs fruits notamment huit séances de plasmaphérèse consécutives, ce qui l’a visiblement épuisée. Elle s’est accrochée pour aller de mieux en mieux aujourd’hui grâce à dieu. Seulement les médecins pensent qu’elle n’arrivera jamais à respirer seule et estiment que c’est une raison suffisante pour la débrancher sous une semaine.

On demande à lui laisser plus de temps au moins un mois de plus, et voir si son état continue de s’améliorer..qu’elle reste sous assistance respiratoire jusqu’à ce quelle réussisse un jour à respirer seule. Sa jumelle Safa, sa maman ses frères et soeurs ont besoin d’elle.

On ne débranche pas un bébé vivant et complètement conscient tout de même. D’autant plus que c’est le premier cas d’enterovirus grave que l’hôpital rencontre, donc si on ne sait pas comment soigner un patient, comment peut-on affirmer qu’il faut le laisser partir !!

La Timone compte parmi les meilleurs médecins et personnels qualifiés de la région, si ce n’est le meilleur de l’Europe entière.  Seulement, l’hôpital victime de sa renommée et de son succès est saturé par les cas les plus graves envoyés par les autres villes, comme le cas de ma fille qui a été transférée par l’hôpital Lenval de Nice.

De ce fait, Il est clair que l’hôpital la Timone rencontre de sérieux problèmes budgétaires, lui imposant de travailler dans l’urgence et le plus rapidement possible afin de libérer des places. Seulement Marwa nous redonne espoir chaque jour en allant de mieux en mieux..elle a juste besoin de temps.. Aidez nous a préserver ce petit ange svp ! Aussi, si quelqu’un a plus d’informations concernant l’enterovirus qu’il nous contacte au plus vite. Je vous remercie tous pour votre soutien. » 

 

 

Incroyable mais vrai : la «défavorisation sociale» augmenterait le risque de cancer pulmonaire

 

Bonjour

Le jargon est, aussi, un symptôme. Ouvrons la dernière livraison du Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’agence sanitaire « Santé publique France ». On y trouve une étude « la première du genre en France 1. Qu’y apprend-on ? Rien que l’on ne sache (ou pressente) déjà, à savoir que « près de 15 000 cas de cancer pourraient être évités chaque année par une amélioration des conditions de vie et de la santé des populations les plus défavorisées ». En d’autres termes l’environnement socio-économique n’est pas sans conséquences sur l’incidence de la maladie cancéreuse. Qui, hormis les fatalistes et les nouveaux adeptes de la post-vérité, en aurait un instant douté ?

Mieux encore ce travail confirme ce qui peut se dire de bien des manières : le « sur-risque »  des cancers des voies respiratoires et digestives hautes affecte pour l’essentiel les populations des milieux défavorisés. « La détermination sociale de certains facteurs de risque comme la consommation de tabac, les expositions professionnelles ou les polluants atmosphériques explique sans doute une partie importante des différences observées », explique Joséphine Bryère, chercheuse à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Sabir

La part des cas de cancers attribuables à un environnement socio-économique défavorisé était la plus importante pour les cancers du larynx (30 %), des lèvres-bouche-pharynx (26,6 %), du poumon (19,9 %) et de l’œsophage (16,7 %) chez les hommes, et, chez les femmes, pour les cancers des lèvres-bouche-pharynx (22,7 %) et du col de l’utérus (21 %) et de l’estomac (16,4 %). Tout cela peut se dire autrement, dans un triste sabir tricotant truismes et néologismes à connotations politiques :

« Grâce au calcul de la fraction attribuable, ce travail permet également d’estimer que, pour les localisations dont le risque augmente avec la défavorisation sociale, près de 15 000 cas de cancers pourraient être évités en France chaque année par une amélioration appropriée des conditions de vie et la promotion de la santé des populations les plus défavorisées, ce gain potentiel étant plus important chez l’homme que chez la femme et maximal pour les cancers du poumon.

« Pour faire face à ces inégalités, nos résultats confirment la nécessité de renforcer les efforts de prévention et de promotion de la santé ciblés sur les populations les plus à risque et, plus généralement, l’application du principe de l’universalisme proportionné, dans le cadre de l’allocation raisonnée de ressources toujours plus limitées. Au-delà des interventions à mettre en place dans le champ sanitaire et social, la préoccupation de réduction des inégalités sociales de santé doit être permanente dans les choix politiques intersectoriels, concernant par exemple l’éducation, l’urbanisation, les transports et l’emploi. »

Où l’on voit, plus d’un siècle après Alfred Jarry, que quand les portes ouvertes sont dépassées il n’y a vraiment plus de limites.

A demain

1 « Environnement socioéconomique et incidence des cancers en France » Joséphine Bryere et coll. U1086 Inserm-UCBN, Cancers et préventions, Équipe labellisée Ligue contre le cancer, Caen, France

 

Un généraliste tué d’une trentaine de coups de couteau dans son cabinet de Nogent-le-Rotrou

Bonjour

Du sang sur une blouse blanche. Un médecin généraliste a été tué, ce mercredi 1er février 2017, dans son cabinet médical de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). C’est L’Echo Républicain qui, d’emblée, a donné l’information :

« En fin de matinée, les gendarmes ont bouclé le périmètre autour du cabinet médical des docteurs Michel Girard et Patrick Rousseaux, situé à l’angle de l’avenue du Général-Leclerc et de la rue Robert-Brizard, à Nogent-le-Rotrou. Un homme y est décédé. Il s’agit du docteur Patrick Rousseaux. Les sapeurs-pompiers et le SMUR de Nogent-le-Rotrou ont été alertés peu avant 11h30.

Puis, à 22 heures, ce communiqué de presse officiel :

« Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, a appris avec une très vive émotion le décès du Dr Patrick Rousseaux, médecin généraliste, tué ce jour dans son cabinet médical à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). La ministre s’associe à la douleur de sa famille et de ses proches, auxquels elle adresse ses plus sincères condoléances. Marisol Touraine exprime son soutien à l’ensemble des médecins généralistes de France, endeuillés par ce drame, qui accomplissent chaque jour un travail exemplaire, dans des conditions parfois difficiles, au service de leurs patients. »

Mort peu avant la découverte du corps

Dans l’intervalle on avait appris que ce médecin de 64 ans avait été retrouvé tué d’une trentaine de coups de couteau. « La victime a été découverte par son collègue médecin associé, venu récupérer quelque chose dans son bureau. Il ne travaillait pas le matin-même » a indiqué à l’AFP le procureur de la République de Chartres Rémi Coutin. Il venait de saisir la brigade de recherches de Nogent-le-Rotrou et la section de recherches d’Orléans.

Selon les premières constatations, le meurtre aurait eu lieu peu de temps avant la découverte du corps. « Les enquêteurs ont relevé une trentaine de coups par arme blanche, dont la plupart ou cou et au visage », a précisé le procureur. Une autopsie doit être réalisée jeudi 2 février à l’institut médico-légal d’Angers. La vingtaine d’enquêteurs mobilisée a passé la journée à rechercher des indices et des témoins, et à interroger le voisinage et les patients qui avaient été reçus dans la matinée. « Aucun élément précis n’oriente pour le moment les investigations des enquêteurs » a encore souligné le procureur.

Le communiqué de soutien de Marisol Touraine à l’ensemble des généralistes de France laisse-t-il supposer que la ministre de la Santé en sait plus?

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Médicaments : la revue « Prescrire » publie sa liste noire mais ne voit pas flamber les prix

Bonjour

Avec le temps le médicament peut devenir marronnier. L’AFP ne s’y trompe pas qui annonce la publication, par le mensuel Prescrire, de sa « traditionnelle liste noire ». Une liste dévoilée le 26 janvier, une centaine de médicaments « plus dangereux qu’utiles », des spécialités à éviter en raison des risques sanitaires « disproportionnés » qu’ils font courir aux patients.

« L’action des autorités et des firmes pour écarter des soins les médicaments plus dangereux qu’utiles est lente et parcellaire » estime Prescrire qui, avec le temps, fait ses comptes :

« Parmi la centaine de « médicaments à écarter pour mieux soigner » recensés par les 5 bilans Prescrire de 2013 à 2016, seulement une dizaine ont fait l’objet de suspension ou de retrait d’autorisation de mise sur le marché (AMM), par l’Agence française des produits de santé, plus souvent que par l’Agence européenne du médicament.

Ethique et impasse thérapeutique

Indispensable Prescrire. Cette année, la revue recense 91 médicaments « à écarter », dont 82 vendus en France. Ce qui ne va pas sans considérations éthiques qui pourraient se discuter :

« En situation d’impasse thérapeutique dans une maladie grave, il n’est pas justifié d’exposer les patients à des risques graves, quand l’efficacité clinique n’est pas démontrée. L’utilisation de certains de ces médicaments dans le cadre d’une recherche clinique peut être acceptable, mais à condition d’informer les patients des inconnues sur la balance bénéfices-risques et d’une utilité de l’évaluation. Dans les autres cas, mieux vaut se concentrer sur des soins utiles pour aider le patient à supporter l’absence d’option capable de changer le pronostic ou d’améliorer sa qualité de vie au-delà de l’effet placebo. »

Indispensable Prescrire. « Il faut que le doute bénéficie au patient et non au médicament, comme c’est encore trop souvent le cas », a souligné Bruno Toussaint, le directeur éditorial du mensuel. Il ajoute qu’avant de retirer un médicament du marché les autorités sanitaires demandent de « multiples études prouvant la dangerosité du médicament ».

« Il y a encore beaucoup de difficultés à convaincre au niveau européen et à résister à la pression des firmes pharmaceutiques, qui vivent de la vente des médicaments pour rémunérer leurs actionnaires et leur personnel et qui poussent toujours pour arriver plus vite sur le marché et pour y rester le plus longtemps possible. »

Euphémisme

Mais encore ? Quid du sujet central, économique, éminemment politique : celui des prix ahurissants réclamés, d’entrée, par certains géants de Big Pharma – des prix in fine acceptés en France par le toujours aussi mystérieux Comité économique des produits de santé. Qu’en dit Prescrire ? Où est son expertise ? Quelle stratégie militante? Quelles actions médiatiques ? Quelles convergences avec le monde associatif en lutte ?

Interrogé sur le prix élevé de certains anticancéreux, Bruno Toussaint a, rapporte l’AFP, estimé qu’il n’était pas toujours justifié. Un euphémisme doux. « Les laboratoires obtiennent des prix élevés sur la base de dossiers qui ne sont pas encore probants […], cela ne les incite pas à faire des efforts » a-t-il dit. C’est, précisément,  le moins que l’on puisse dire. Prescrire est indispensable. Mais là, pour tout dire, c’est un peu court.

Rendez-vous est pris pour l’an prochain.

A demain

 

Contre l’avortement : Trump commence à faire ce qu’il avait dit. Que dira François Fillon ?

 

Bonjour

Post-vérité ou pas, le nouveau président des Etats-Unis agit. Le 22 janvier 1973 la Cour suprême des États-Unis reconnaissait l’ avortement comme un droit constitutionnel, invalidant les lois le prohibant ou le restreignant. Au lendemain du 44ème anniversaire de cet arrêt (Roe v. Wade) Donald Trump a signé un décret interdisant le financement, par les Etats-Unis, d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement.

Cette mesure concerne notamment la Fédération internationale du planning familial, et toute ONG qui informe ou promeut l’IVG. En 2016 ce financement représentait un budget de 607 millions de dollars. On peut voir ici ce qu’en dit la BBC : « Trump executive order reverses foreign abortion policy ». Et Slate.fr (Claire Levenson) : « Donald Trump bloque les financements pour les ONG internationales pro-avortement »

Américains à naître

L’expression de cette volonté politique avait vu le jour en 1984 et avait été voulue par Ronald Reagan. On parle ici de « politique de Mexico » : elle avait été annoncée lors de la conférence de l’ONU sur la population organisée à Mexico. Annulée par le président Bill Clinton, puis remise en place par le président Georges W. Bush, elle avait de nouveau été levée par le président Obama.

« Il s’agit d’une étape cruciale sur la voie pour rendre sa grandeur à l’Amérique », a déclaré Tony Perkins, président de l’organisation pro-life Family Research Council. A l’opposé de nombreuses ONG et personnalités  se lamentent et dénoncentcette décision. Le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, a expliqué : « Le président a très clairement énoncé qu’il était un président pro-life. Il veut agir pour tous les Américains, y compris ceux qui ne sont pas encore nés ». Ce qui a le mérite de la clarté et présage des mesures similaires sur le sol des Etats-Unis

Foi personnelle

 Beaucoup a été dit, sur le Vieux Continent, quant aux conséquences désastreuses d’une telle politique : « Incidences de la « politique de Mexico » sur le libre choix d’une contraception en Europe ». La décision de Donald Trump ne pourra pas ne pas avoir d’impact sur l’actuelle campagne présidentielle française après les ambiguïtés alimentées par François Fillon (candidat républicain affiché de confession chrétienne) sur ce sujet.

Après avoir écrit dans son livre-programme que l’IVG était un «droit fondamental», l’ancien élu de la Sarthe était revenu sur ses propos lors d’un meeting en juin 2016. « Philosophiquement et compte tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l’avortement », avait-il-il expliqué.

Un argumentaire repris le 27 octobre, sur le plateau de « L’Émission politique » de France 2. « Jamais personne, et certainement pas moi, ne reviendra sur l’avortement. Je n’ai pas à m’expliquer sur mes convictions religieuses. Je suis capable de faire une différence entre ces convictions et l’intérêt général. Je considère que l’intérêt général, ce n’est pas de rouvrir ce débat ».

Il est fort possible que ce ne soit pas le cas.

A demain