Combien de temps encore l’affaire du Levothyrox va-t-elle pouvoir intéresser les médias ?  

Combien de temps l’affaire du Levothyrox va-t-elle encore pouvoir intéresser les médias ?

Bonjour

« Le laboratoire Merck ne distribuera plus l’ancienne formule du Levothyrox après 2018 ». C’est une information de l’AFP reprise par Le Monde. C’est aussi un symptôme. On sait qu’à la suite d’une vaste polémique l’ancienne formule de ce médicament (Euthyrox®) est « réimportée », en France, depuis le mois d’octobre. Pour combien de temps ? Le laboratoire allemand Merck Serono a affirmé, jeudi 14 décembre, qu’il ne prévoyait pas de distribuer cette « ancienne formule » au-delà de 2018, alors même qu’elle doit être progressivement remplacée dans l’ensemble des pays européens.

« Nous n’allons pas éternellement réimporter » en France, a prévenu Thierry Hulot, le patron des activités biopharmaceutiques de Merck Serono en France, précisant qu’une nouvelle importation était prévue très prochainement pour que le pays « puisse tenir jusqu’à mars ». Il a aussi ajouté que Merck était « éventuellement prêt à en réimporter un peu plus longtemps encore » – mais sans vouloir donner de date butoir.

Merck Serono ne prend ici, bien évidemment,  aucun risque. La firme connaît les derniers chiffres de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) : entre le 16 octobre et le 6 décembre 90,5 % des ventes française concernaient le Lévothyrox®-nouvelle formule (de Merck), 7,2 %  la « L thyroxine Henning® » (de Sanofi), 1,8 % la L-thyroxine serb® et seulement 0,5 % pour l’Euthyrox®, de Merck.

Désintérêt médiatique progressif

Où l’on pressent, avec le dégonflement attendu de la polémique, un progressif désintérêt des médias. Autre signe convergent, rapporté par Le Quotidien du Médecin : le Conseil d’État a, le 13 décembre, donné raison au gouvernement contre un patient traité par Levothyrox. Ce dernier avait saisi en urgence la justice administrative pour enjoindre le ministère de la Santé à remettre à disposition des malades l’ancienne formule, « dans les 48 heures ». Le Conseil d’État était ici saisi d’un pourvoi en cassation par le plaignant dont la demande avait été rejetée fin septembre par le tribunal administratif de Paris

Dans sa décision, le Conseil d’État estime que la ministre de la Santé « n‘a pas porté dans sa gestion des effets indésirables de la nouvelle formule du médicament Lévothyrox, une atteinte grave et manifestement illégale au droit de toute personne de disposer d’un traitement le plus approprié à son état de santé ».

La haute juridiction rappelle notamment les mesures prises par les autorités publiques : notamment l’invitation faite par le ministère aux laboratoires Merck Santé de solliciter l’autorisation d’importer des unités d’Euthyrox®, l’autorisation par l’ANSM d’importer près de 186 000 boîtes puis 215 000 boîtes de 100 comprimés d’Euthyrox®. On connaît la suite médicamenteuse. Conclusion :

« Dans ces conditions, et compte tenu du fait que le requérant ne fait pas état de difficultés qu’il aurait actuellement à se procurer le médicament que lui a prescrit son médecin, le Conseil d’État juge qu’il n’y a pas de carence caractérisée de la part du ministre de la santé portant une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Par suite, et sans examiner si la condition d’urgence est remplie, il rejette la demande du requérant. »

Fin du chapitre. Extinction des projecteurs.

A demain

 

Sevrage tabagique et pharmaciens d’officine : les prix libres et indécents du Nicopass®      

Bonjour

C’est une étude qui ne donnera pas la meilleure image des pharmaciens d’officine. Les prix des médicaments vendus sans ordonnance (prix libres) ont progressé en un an de 4,3 %, avec d’énormes disparités, rapporte le baromètre annuel de l’Observatoire Familles rurales – des résultats barométriques publiés mardi 12 décembre dans Le Parisien et résumés par l’Agence France Presse. L’affaire concerne les sites comme les officines.

« Dans les officines en dur l’association a constaté qu’environ 75% des boîtes de médicaments sans ordonnance sont dépourvues d’étiquette « prix ». Ceux-ci sont inscrits sur des présentoirs « pas toujours accessibles ou lisibles pour les consommateurs », surtout lorsqu’ils sont situés derrière le comptoir, a relevé la fédération qui craint une volonté délibérée de la part des pharmaciens de priver le consommateur d’une « possibilité de comparaison » des prix. Sur les douze médicaments analysés, Familles rurales a relevé un écart de prix moyen allant du simple au triple. »

« Vous pratiquez l’automédication ? N’oubliez surtout pas de comparer les offres, conseille Le Parisien. Car loin d’avoir favorisé la baisse des prix, la loi de 2008 qui autorise la vente en accès libre de médicaments sans ordonnance n’a fait qu’opacifier le marché et désorienter le consommateur. » Selon les relevés effectués dans 40 magasins et sur 43 sites internet en octobre, le prix du « panier » étudié a augmenté de 4,3 % en un an, alors que l’inflation n’était que de 1,1 %. »

« Un produit d’usage fréquent tel que l’Activir, utilisé contre l’herpès, a vu son prix moyen baisser de 7,1 % en 2016 puis s’envoler de 9,8 % cette année. Le Dacryum, solution de lavage oculaire, coûte 9,6 % de plus que l’an dernier. Dans certains endroits, il se trouve à 1,95 euros la boîte et dans d’autres à… 8,50 euros. Soit 3,4 fois plus cher », détaille l’étude. Sur les produits regardés à la loupe par Familles rurales, seuls deux sont en baisse : l’Imodium (− 2,2 %) et le Strepsils (– 1 %).

Affaire doublement politique

 L’étude relève que les variations de prix sont plus importantes dans les officines que sur les sites. Le Maalox oscille entre 2,75 € et… 9,10 € La boîte de Nicopass, « pour cesser de fumer », peut y être facturée 13,90 euros comme … 34,10 euros. C’est là un sujet doublement politique puisque le coût des substituts nicotiniques est (pour partie et de manière forfaitaire) pris en charge par l’assurance maladie 1. Cela s’appelle « accompagner l’arrêt du tabac ».

En pratique l’assurance maladie rembourse, sur prescription, les traitements par substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhaleur…) « à hauteur de 150 euros par année civile et par bénéficiaire », depuis le 1er novembre 2016. Point n’est besoin d’être fort en calcul (mental) pour saisir que cet « accompagnement-remboursement » n’est pas du même ordre selon les pharmaciens auxquels s’adressent les malades fumeurs réclamant d’en finir avec leur dépendance.

Où l’on en revient à cette situation incompréhensible, injustifiable : pourquoi, au vu du fléau que constitue le tabagisme, ces médicaments (devant être prescrits) disposent-ils d’un prix libre ? Pourquoi laisse-t-on des pharmaciens disposer d’une telle liberté ? Pourquoi ces médicaments ne sont-ils pas, intégralement pris en charge par l’assurance maladie ?

A demain

Rebondissement massif dans l’affaire du géant Lactalis contaminé par des salmonelles

Bonjour

Il sera dit que l’exécutif français  ne plaisante pas avec la santé des bébés. On croyait l’affaire Lacatlis bouclée depuis le 3 décembre – il n’en est rien. Le gouvernement a annoncé, une semaine plus tard, un retrait massif de laits infantiles du premier groupe laitier mondial en raison d’un risque de contamination par des salmonelles. Mieux : il exige des « mesures correctives » avant toute reprise de la production.

On se souvient peut-être que le géant Lactalis avait initialement rappelé douze références de ses laits infantiles fabriqués dans son usine de Craon (Mayenne). Or le ministère de l’Économie et des Finances vient de publier une liste beaucoup plus importante (plus de 600 lots) qui sont rappelés – interdits à la consommation et à l’exportation. Aucune possibilité d’ « écoulement des stocks ».

Incertitudes

« Le rappel concerne près de 7.000 tonnes de produits fabriqués , a précisé Michel Nalet, directeur de la communication du groupe, cité par Le Figaro. Je ne suis pas capable de dire ce qui a déjà été consommé ». Les exportations sont également bloquées. De nombreux pays sont concernés: Algérie, Maroc, Grande-Bretagne, Taïwan, Roumanie, Grèce, Bangladesh, Chine, Pérou, Géorgie ou encore le Pakistan. Les quantités concernées sont «énormes», a reconnu un porte-parole du leader mondial des produits laitiers.

Le Pr Benoît Vallet, directeur général de la Santé a pour sa part indiqué à l’AFP qu’il était « assez rare de prendre des dispositions massives comme on le fait là ». Pourquoi cette rareté ? Bercy estime que les mesures prises par le groupe depuis le 2 décembre ne sont « pas de nature à maîtriser le risque de contamination ».  De fait le précédent rappel avait été ordonné après la contamination par des salmonelles de vingt bébés de moins de six mois, qui avaient consommé ces produits. Or cinq nouveaux cas ont été déclarés cette semaine, dont un qui avait consommé un « lait de riz » ne figurant pas parmi les produits rappelés le 2 décembre.

Et toujours la même source potentielle de contamination : l’une des tours de séchage de l’usine Lactalis de Craon dans la période du 1er au 6 mai. Par précaution, il a été décidé de procéder à un rappel plus large de l’ensemble des produits fabriqués depuis le 15 février. Et toujours par précaution Lactalis a mis à l’arrêt ses installations le 8 décembre « afin d’y engager des mesures de nettoyage, de désinfection additionnelles, renforcées, pour le futur ».  y compris dans l’autre tour de séchage. Des précautions encadrées par un arrêt préfectoral pris dans la foulée.

Risque de pénurie ?

« Il faut que l’entreprise fasse un plan de correction de sa production pour être capable de rouvrir sa production de laits en poudre » insiste le Pr Vallet – qui ajoute qu’en août et en novembre, des « prélèvements internes à Lactalis » s’étaient révélés positifs aux salmonelles sur le site de Craon. Lactalis confirme : des traces ont été trouvées « sur du petit matériel de nettoyage et sur les carrelages », et pas dans l’appareil de production. « La première information sur ces problèmes de possible contamination nous est arrivée la semaine dernière », a noté le porte-parole du groupe laitier. Sans plus de précisions sur cet étrange retard de transmission.

Rien, en pratique, de dramatique : dans l’immédiat, le ministère a demandé aux parents, « dans la mesure du possible, de ne pas (…) utiliser » les produits concernés, essentiellement vendus sous les marques Milumel et Picot, mais aussi Carrefour ». Ils peuvent aussi faire bouillir le lait pendant deux minutes.

Le liste des lots concernés est disponible sur le site du ministère de la Santé, www.solidarites-sante.gouv.fr. Sont désormais concernés une large gamme de laits premier et deuxième âge, lait-relais, poudres, avec ou sans lactose, à base de protéines de riz… Certains ne sont disponibles qu’en pharmacie. Le géant Carrefour a de son côté décidé « par mesure de précaution » d’élargir son rappel à tous les produits infantiles fabriqués sous son nom à Craon – et pas seulement aux seuls lots concernés par la mesure de Bercy.

La direction générale de la Santé a ouvert le numéro d’information gratuit 0800 636 636 (7 jours sur 7, de 09H00 à 20H00), Lactalis le 0800 120 120 et le service client de Carrefour est joignable au 0969 397 000 (appel non surtaxé). Reste une question : peut-on rappeler 7 000 tonnes de lait infantiles sans créer une situation de pénurie ?

A demain

Vives inquiétudes sur l’innocuité de Dengvaxia®, vaccin contre la dengue de Sanofi Pasteur

Bonjour

En juillet 2015 tout semblait parfait, ou presque : un vaccin contre la dengue avait été mis au point par Sanofi Pasteur.  Nous avons anticipé le développement industriel avant la fin des essais cliniques, expliquait-on chez Sanofi-Pasteur en 2013. C’est un pari et nous pensons que ce vaccin est la seule solution contre la dengue. Si nous avions attendu les résultats de la phase III, les doses n’auraient été commercialisables qu’en 2019, et non en 2015. » Les résultats de la phase III des essais cliniques du Dengvaxia® venaient d’être publiés. Et Sanofi-Pasteur était loin devant GlaxoSmithKline.

Marisol Touraine, alors ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes visitait le site de production lyonnais.  Elle était accompagnée du ministre de la Santé du Mexique, Mercedes Juan Lopez.  « Dans ces murs se façonne un formidable espoir pour des millions d’individus à travers le monde, devait déclarer Mme Touraine. Nous sommes animés par une ambition commune, celle de faire de la dengue la prochaine maladie évitable et plus largement d’agir pour la santé publique au niveau mondial. »

En décembre 2017, tout est nettement plus compliqué que prévu – nettement plus inquiétant aussi. Les Philippines viennent d’annoncer la suspension d’une vaste campagne de vaccination anti-dengue : le groupe français vient de faire savoir que le Dengvaxia®, déjà administré à des milliers d’enfants pourrait, dans certains cas non pas prévenir mais aggraver la maladie.

Utilisation déconseillée

 Sanofi Pasteur avait déconseillé l’utilisation de son vaccin chez les personnes n’ayant, au préalable, jamais été infectées – une question assez complexe d’immunogénicité. Dans un communiqué, l’OMS avait elle aussi recommandé en 2016 que le vaccin « Dengvaxia®  soit administré seulement aux personnes ayant déjà été infectées par la dengue ». L’inquiétude est réelle dans ce pays où plus de 733 000 Philippins ont été vaccinés contre le virus. Cela faire craindre que beaucoup d’entre eux puissent développer la forme la plus grave de cette maladie virale potentiellement mortelle. C’est ce que dit, à sa façon, The Independant.

Un groupe d’experts de l’OMS doit en outre se réunir dans deux semaines pour décider de la meilleure stratégie sanitaire  – voir le dernier communiqué de l’OMS sur le sujet. Pour l’heure la communication de Sanofi Pasteur témoigne de son embarras. . Le groupe affirme qu’une nouvelle étude avait confirmé les avantages du Dengvaxia® sur « ceux qui avaient eu une infection antérieure ». Mais il dit aussi que « pour ceux qui n’avaient pas été précédemment infectés (…), l’analyse a révélé qu’à plus long terme, davantage de cas de maladie grave pourraient survenir après la vaccination en cas d’infection à la dengue ».

Mise à jour

Le gouvernement philippin n’a reçu à ce jour aucun signalement de problèmes liés à Dengvaxia®. Il a également indiqué que ces nouvelles informations ne signifiaient pas que tous ceux qui n’ont jamais été infectés souffriraient de la forme plus grave de la dengue s’ils étaient vaccinés.

« Sanofi va demander aux autorités de santé de mettre à jour les informations communiquées aux médecins et aux patients concernant son vaccin contre la dengue, Dengvaxia, dans les pays où il est approuvé. Cette demande se fonde sur une nouvelle analyse des résultats à long terme des études cliniques du vaccin, qui ont montré des écarts de performance basés sur des antécédents d’infection par la dengue », indique un communiqué de la firme.

Concernant la France, le Haut Conseil à la santé publique (HCSP) avait formulé un avis défavorable à une utilisation anticipée de ce vaccin dans les départements français d’Amérique, à savoir la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane ainsi qu’à Mayotte et à la Réunion. Une forme de précaution.

A demain

 

Ethique dermatologique : peut-on se faire tatouer quand on ne veut surtout pas être réanimé ?

Bonjour

On peut voir là une nouvelle forme de directives anticipées. L’affaire est à lire dans la dernière livraison du New England Journal of Medicine : « An Unconscious Patient with a DNR Tattoo ». Les Drs Gregory E. Holt, Bianca Sarmento, Daniel Kett et Kenneth W. Goodman (University of Miami) y exposent (photographie à l’appui) le cas d’un homme de 70 ans avec des antécédents de pathologies pulomnaire, cardiaque et métaboliques. Arrivé en urgence, inconscient et avec un taux d’alcoolémie élevé, l’homme n’avait pas de papiers d’identité sur lu ? En revanche, un tatouage fort visible : « Do Not Resuscitate » sur la poitrine – avec le NOT surligné associé à sa signature.

Dans un premier temps les médecins américains ont décidé de ne pas respecter la consigne gravée sur la peau de l’homme et lui ont administré les soins de base que réclamait son état :

« We initially decided not to honor the tattoo, invoking the principle of not choosing an irreversible path when faced with uncertainty. This decision left us conflicted owing to the patient’s extraordinary effort to make his presumed advance directive known; therefore, an ethics consultation was requested. He was placed on empirical antibiotics, received intravenous fluid resuscitation and vasopressors, and was treated with bilevel positive airway pressure. »

Toutefois, troublés par le message tatoué, ils ont également demandé une consultation éthique spécialisée. Conclusion : le tatouage devait a priori être pris en considération. Entre-temps, l’homme avait pu être identifié et l’expression de son souhait de ne pas être réanimer avait été retrouvée dans son dossier du département de la santé de l’Etat de Floride. Puis son état  s’est rapidement dégradé et il est mort peu de temps après son admission.

Please Turn Over

 Pour les auteurs de cette communication originale ce tatouage « a apporté plus de confusion que de clarté ». L’une des questions soulevées est celle de savoir si ces messages encrés sont, le moment venu, toujours d’actualité. Ne seraient-ils pas, par exemple, une décision « prises quand la personne était sous l’influence de l’alcool ». L’équipe médicale américaine évoque le cas, publié en 2012, où un homme de 59 ans ainsi tatoué avait, après réanimation, expliqué que le message n’était pas à prendre en compte : c’était la trace d’un pari alcoolisé perdu dans sa jeunesse. L’homme n’avait jamais pensé que des médecins pourraient, un jour, le lire au premier degré.

De ce côté-ci de l’Atlantique, en 2011, une octogénaire britannique s’était ainsi fait tatouer sur le torse « ne pas réanimer » – affaire rapportée sur le site du quotidien britannique The Mirror et alors reprise par Le Nouvel Observateur. « Je ne veux pas être à moitié morte. Je veux être pleinement morte. J’ai peur que le corps médical, avec les meilleures intentions, me garde en vie alors que je ne veux pas vivre, expliquait Joy Tomkins, 81 ans habitante de Downham Market. Je ne veux pas être allongée, mourante, pendant des heures, des mois ou même des années. Je ne veux pas finir comme un légume. (…) C’est pour cela que j’ai fait ce tatouage. »

Outre, sur le torse, le tatouage « Do not resucitate » Joy Tomkins s’était également fait tatouer, dans le dos, « PTO », abréviation de « Please turn over ». Où l’on perçoit l’association parfaite de l’humour et du pragmatisme qui caractérisent les habitants d’un pays qui a choisi le Brexit.

A demain

 

Glyphosate :  OK pour cinq ans sur le Vieux Continent – une claque pour le gouvernement

 

Bonjour

« Les plus accommodants, ce sont les plus habiles : on hasarde de perdre à vouloir trop gagner ».

C’est fait. En dépit d’une campagne médiatique sans vrai précédent la Commission européenne vient d’autoriser l’utilisation du glyphosate jusqu’en 2022 – soit jusqu’à la fin du quinquennat Macron. Après deux ans de négociations, les Etats membres de l’UE, réunis au sein d’un comité d’appel, ont voté lundi 27 novembre en faveur d’une nouvelle autorisation pour cinq ans du glyphosate, l’herbicide le plus utilisé/controversé au monde via le Roundup, du groupe Monsanto.

Dix-huit pays ont voté en faveur de la proposition de l’exécutif européen, neuf s’y sont opposés et un pays s’est abstenu, permettant d’atteindre la majorité qualifiée requise, contrairement à un premier vote, le 9 novembre. Le gouvernement français, finalement favorable à un renouvellement de trois ans, a voté contre la proposition de la Commission européenne. En revanche l’Allemagne aurait in fine voté pour, alors qu’elle s’était abstenue lors du dernier vote – et que tout laissait à penser qu’elle s’abstiendrait à nouveau aujourd’hui.

Perfide Allemagne

Comment la diplomatie française n’a-t-elle pas prévu un tel retournement ? Où l’on revoit déjà apparaître, de ce côté-ci du Rhin, l’ombre des anticorps anti-allemands.

 « Le vote d’aujourd’hui montre que quand nous voulons, nous pouvons partager et accepter notre responsabilité collective dans la prise de décision », a réagi le commissaire européen à la santé, Vytenis Andriukaitis, cité dans un communiqué. Qui comprend quoi à de tels propos ?

L’herbicide controversé a été classé en 2015 « cancérogène probable » pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer, agence de l’Organisation mondiale de la santé. Un classement finalement médiatiquement inopérant.

« Un jour sur ses deux pieds, allait je ne sais où, le Héron au long bec emmanché d’un long cou. »

A demain

Prix indécents des médicaments : rebondissement mystère dans l’affaire du Keytruda®

Bonjour

C’est un scoop économique nocturne des Echos : un accord a été trouvé, le 23 novembre entre la filiale française du géant pharmaceutique américain MSD et le gouvernement français – accord sur le prix  du plus qu’onéreux médicament anticancéreux Keytruda®. Semi- scoop car le montant du prix n’a pas été révélé. Contacté par l’Agence France-Presse, le ministère de la santé a confirmé l’information, précisant que le deal avait été passé – « après six mois de négociations ». « Keytruda® était déjà disponible pour les patients français depuis août 2014, mais de façon dérogatoire, donc pour un nombre d’indications limitées » précise le ministère. Ces indications pourront être élargies sans trop grever les dépenses de l’assurance-maladie – dépenses que le gouvernement entend par ailleurs réduire de manière drastique.

Il y a déjà plus de deux ans que le dossier Keytruda® est grand ouvert. Les gazettes généralistes évoquaient alors, en septembre 2015, la présentation des résultats essais cliniques de ce qui était déjà présenté comme l’un des futurs blockbusters du géant pharmaceutique Merck. Un peu comme on présenterait à la presse une nouvelle collection, un nouveau concept, une nouvelle tablette tactile. En avant-première, donc, le pembrolizumab – Keytruda®  pour lequel existait déjà un site illustré puisque la molécule était déjà autorisée aux Etats-Unis.

Les résultats des essais cliniques ? Tout bonnement « spectaculaires ». Et la molécule était alors autorisée depuis juillet par l’Agence européenne du médicament.

Dans le plus grand secret

Encore faudrait-il s’entendre sur les prix ; le coût unitaire du traitement allant jusqu’à 150 000 dollars par an aux États-Unis. On parlait alors, en France, de 100 000 euros par patient et par an – avec négociation sur le champ des indications. Silence total du côté du Comité Economique des Produits de Santé  (CEPS), institution qui fixe dans le plus grand secret le prix des médicaments remboursés par la collectivité.

Retour du Keytruda® dans les médias en avril 2016 : « Dénonciation du prix des anticancéreux : Emmanuel Macron signera-t-il la pétition ? » : la Ligue contre le cancer lançait alors une pétition exigeant une baisse des prix des nouveaux médicaments contre le cancer. La Ligue, vieille dame, ne parlait pas de profitinhumains mais d’optimisation des gains. 

« Face à l’inflation des prix pratiqués par des laboratoires pharmaceutiques enclins à optimiser leurs gains, des menaces réelles pèsent sur l’équité d’accès des patients aux traitements innovants des cancers et sur la pérennité de notre système de santé solidaire. »

Vœu pieux

La Ligue prenait ici le relais du Figaro qui avait peu auparavant en publié une pétition de plus d’une centaine de cancérologues dénonçant la situation :  « Cancer et économie : le ministre Macron justifiera-t-il le prix inhumain des anticancéreux ? ».  Puis, en juin, Médecins du Monde (MdM) lançait une campagne, atypique destinée à faire mal : « Le Prix de la Vie ». Une campagne, une pétition adressée à Marisol Touraine et un slogan : « Le prix indécent des médicaments, ça va durer encore longtemps ? ». Conçue par l’agence DDB Paris, la campagne se « décline en douze visuels prenant pour angle la rentabilité des maladies ». Où l’on retrouvait le Keytruda®

« Ces prix exorbitants ne pourront bientôt plus être pris en charge par la sécurité sociale. Demain, qui pourra payer de telles sommes pour se faire soigner ? La mainmise de l’industrie pharmaceutique sur le système de la brevetabilité doit cesser, expliquait le Dr Françoise Sivignon, présidente de MdM. Les autorités laissent les laboratoires dicter leurs prix et abandonnent leur mission, celle de protéger la santé des populations. Il est maintenant temps que Marisol Touraine agisse en ce sens : ce n’est pas au marché de faire la loi, c’est à l’Etat. »

Novembre 2017 : le prix arrêté le Keytruda® n’est pas connu mais, selon Les Echos« les autorités espèrent à présent contenir en dessous de 600 millions d’euros par an la dépense liée à Keytruda® et Opdivo® [Bristol Myers Squibb], les deux traitements vedettes de l’immunothérapie en oncologie. Arrêté il y a un an le prix d’Opdivo® s’élève aujourd’hui à 5 400 euros par mois pour un malade de 70 kg – sans compter les remises secrètes négociées avec le gouvernement ».

Où l’on voit que le citoyen est loin d’être démocratiquement informé sur les coulisses d’un marché financé avec l’argent de la collectivité. Où l’on voit aussi que la célèbre démocratie sanitaire reste, ici, un vœu pieux.

A demain

1 « Le prochain anticancéreux sera à plus de 100 000 euros par an. La France acceptera-t-elle de payer ? » Journalisme et santé publique 17 septembre 2015.

2 « Indécence et prix des médicaments : MdM lance une guérilla publicitaire et vise Marisol Touraine » Journalisme et santé publique 13 juin 2016