Brouillards tabagiques : comment ne pas interpréter les statistiques de l’année 2016

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« Après une hausse en 2015, l’année 2016 marque un recul de 1,2 % des ventes de cigarettes en France. » Comment ne pas se réjouir ?  Juste sous la barre de 45 milliards de cigarettes livrées l’an dernier aux buralistes dans l’Hexagone – soit une baisse de 1,2 % par rapport à l’année précédente. Ce sont là les chiffres officiels du distributeur unique, Logista. En valeur, le recul des ventes de cigarettes est similaire et atteint 15,17 milliards d’euros.

 « Toute baisse de la vente de tabac correspond à une baisse de la consommation, donc on ne peut que s’en féliciter mais elle pourrait baisser encore plus vite si on augmentait les prix, si on appliquait les lois avec l’interdiction de fumer dans les lieux publics ou encore l’interdiction de vente aux mineurs » commente, auprès de l’AFP, le Pr Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme (CNCT).

L’or et l’argent de la contrebande 

Pour le Pr Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT), « ce recul des ventes est un bon signe, il y a un frémissement mais nous sommes encore en dessous des autres pays européens, qui voient leurs ventes de cigarettes et la consommation diminuer plus rapidement ». Il ajoute que « l’arrivée des paquets neutres sur le marché français dès l’automne, l’opération « Moi(s) sans Tabac » en novembre et l’essor de la cigarette électronique n’ont pas été sans avoir eu un effet sur les ventes de 2016.

Les Prs Dautzenberg et Martinet parlent d’or. Les professionnels du secteur parlent argent. Pour expliquer ces baisses ils accusent leur bête noire : la contrebande, le marché parallèle qui, selon eux, « ne cesse d’augmenter ». Selon une étude de KPMG publiée en juin 2016, il s’établissait, en 2015, à 27,1% de la consommation française. Ce qui est proprement ahurissant.  « Nous avons vraiment le sentiment qu’il s’agit d’un transfert de consommation qui se fait au profit des réseaux officieux car des études montrent que la consommation de tabac ne baisse pas tant que ça en France », observe Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes.

M. Montredon est toutefois quelque peu contredit par le « tableau de bord tabac » de l’Observatoire français des Drogues et Toxicomanies (OFDT). Novembre 2016 (correspondant à la première campagne « Moi(s) sans tabac ») aurait été marqué par une baisse de 3,1 % des ventes (officielles) de cigarettes et de 9,1 % sur le tabac à rouler. Mais l’OFDT pondère :

« Cette baisse doit cependant être interprétée avec précaution car novembre 2015 avait été marqué par une augmentation sensible des ventes de tabac liée probablement en partie à la déclaration de l’état d’urgence qui a réduit les déplacements dans les pays limitrophes ».

Emmanuel Macron et les addictions

Même les buralistes reconnaissent que, concernant les aides au sevrage, l’effet « Moi(s) Sans Tabac », « semble moins discutable ». Les ventes de substituts nicotiniques ont progressé de 28 % par rapport à novembre 2015 « poursuivant la tendance des derniers mois et aboutissant à une hausse en cumul depuis janvier qui atteint 17 % », précise l’OFDT. En novembre 2016, les Français ont aussi été plus nombreux à consulter un tabacologue. Le nombre de patients accueillis a ainsi augmenté de 24,4 % et les nouveaux patients ont également été plus nombreux (+ 6,3 %). La part de démarches personnelles à l’origine de ces visites est à la hausse (44 % en novembre 2016, contre 36 % en moyenne depuis le début de l’année 2016).

On peut voir là un nouveau symptôme de la volonté d’un nombre croissant de fumeurs de briser les chaînes qui les attachent à une substance dont l’Etat détient le monopole de la vente. Et regretter une nouvelle fois l’absence de réelle volonté politique et sanitaire de les aider massivement.

De ce point de vue le tout récent intérêt porté, dans les Hauts-de-France, par Emmanuel Macron à l’alcoolo-tabagisme en terres paupérisées pourrait être comme la première esquisse de prolégomènes d’une nouvelle politique de réduction des risques dans le champ prolifique des addictions. Un bulle d’espérance ? Prenons garde. C’est peut-être là prendre le risque de lendemains moins roses que ceux qu’aujourd’hui l’on nous chante.

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Après Jacqueline Sauvage, François Hollande interviendra-t-il dans l’affaire Lambert ?

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D’un côté la liberté. De l’autre la mort programmée. On se souvient des atermoiements de François Hollande dans l’affaire de la grâce présidentielle (finalement) accordée à Jacqueline Sauvage. Aujourd’hui c’est à l’affaire Vincent Lambert que le président sortant est personnellement confronté. Voici comment :

Le neveu de Vincent Lambert, patient plongé dans un état végétatif depuis 2008, a écrit à François Hollande. Il lui demande d’ordonner à la direction du CHU de Reims d’obtenir de ses médecins qu’ils reprenent la procédure « d’arrêt des soins ». Pourquoi ? « Pour que la légalité ne soit pas que théorique » plaide l’intéressé. « Rien ne bougera au CHU sans qu’une décision politique courageuse ne soit prise », écrit François Lambert dans un courrier daté du 10 janvier adressé au Palais de l’Elysée et dont l’AFP a obtenu copie, confirmant une information de France Inter :

« Par un arrêt du 16 juin 2016, la cour administrative d’appel de Nancy (…) a enjoint le CHU de Reims (…) de répondre aux obligations lui incombant (…), c’est-à-dire de reprendre et achever la procédure collégiale, en prenant évidemment en compte les souhaits de Vincent tels qu’ils ont été actés par une multitude de décisions de justice (Conseil d’Etat, Cour européenne des droits de l’Homme, juge des tutelles de Reims, cour d’appel de Reims, cour de Cassation) ».

On se souvient que les médecins du CHU de Reims avaient lancé puis stoppé deux procédures d’arrêt des soins, l’une voulue par le Dr Eric Kariger (en 2013), l’autre par son successeur, la Dr  Daniéla Simon (en 2015). François Lambert a saisi en octobre 2016 le juge administratif pour enjoindre, sous peine d’astreinte, au CHU de Reims de reprendre la procédure sur un éventuel arrêt des soins du patient conformément aux décisions (contestées) de la CEDH et du Conseil d’Etat, qui s’étaient prononcés pour un arrêt des soins, soit une condamnation à mort par arrêt d’alimentation et d’hydratation.

Faire pression sur la nouvelle directrice

François Lambert, au président de la République :

« Vous avez vous-même nommé par décret en date du 24 février 2015 Dominique de Wilde à la tête du CHU de Reims. Vous pouvez donc faire pression sur elle pour que la légalité ne soit pas que théorique au sein de l’établissement dont elle a la charge. »

François Lambert à l’AFP :

« Le CHU se prétend victime d’une situation qu’il a créé lui-même, toxique pour tout le monde. Les parents portent plainte à longueur de temps, et le CHU ne respecte pas son patient et ses souhaits. »

Pour ne rien simplifier les parents de Vincent Lambert ont porté plainte fin décembre contre le CHU de Reims pour « délaissement de personne hors d’état de se protéger ». Que fera (ou pas) François Hollande avant de quitter le Palais de l’Elysée ?

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Très bientôt : la «Sécurité Sociale Intégrale» (toujours soigné sans jamais bourse délier)

Nouveau : la « Sécurité Sociale Intégrale » (être soigné sans jamais bourse délier)

 

Bonjour

Voilà de quoi phosphorer de conserve jusqu’à la présidentielle. Dans une tribune du Monde (daté 15-16 janvier) deux spécialistes bien connus (Didier Tabureau, responsable de la chaire santé de Sciences Po et Martin Hirsch – qui fut membre du gouvernement Fillon de mai 2007 à mars 2010) proposent la création d’une « assurance-maladie universelle ». Elle rembourserait tous les soins de santé à 100%. Selon les auteurs, soigner gratis n’a rien d’une utopie.

MM Tabuteau et Hirsch ont clairement voulu créer l’événement dans une campagne qui, sur ce point, s’enlise. Ils savent que leur proposition va « à contre-courant de la pensée dominante », celle qui cherche à « améliorer la protection des Français et à réduire les dépenses ». Leur projet est simple à formuler : « étendre l’assurance maladie à l’ensemble des dépenses de santé, en incluant dans la sécurité sociale la couverture complémentaire ». C’est là l’objet de nombreux travaux menés de longue date par Didier Tabuteau, un grand expert du système.

Deux étages qui ont vécu

Selon eux le système « à deux étages », assurance-maladie et couverture complémentaire (assurances, mutuelles), est « source de complexité, de coût et d’iniquité », assurent-ils. Sans parler des six milliards d’euros que les complémentaires santé et la Sécu dépensent chaque année en frais de gestion. Qui ne voit que leur fusion permettrait « de faire des économies substantielles » ? Mieux : elle permettrait de réinjecter à terme des milliards d’euros (…) dans le financement de médecins, d’infirmiers, d’hôpitaux ».Il faut passer à la longère.

« L’Assurance-maladie, pour rembourser 150 milliards par an, dépense 6,5 milliards en gestion (4 % de ses coûts). Les assurances complémentaires dépensent également 6 milliards de frais de gestion pour couvrir 32 milliards de dépenses maladie (19 % !), avec une variabilité forte selon les organismes. La fusion de ces deux étages permettrait de diviser par deux les frais de gestion de l’ensemble de l’Assurance-maladie, et donc d’économiser environ 6 milliards d’euros par an, sans affaiblir la protection d’aucun assuré et, au contraire, en améliorant l’accès aux soins. »

Que des bénéfices à dire vrai, au point que l’on se demande pourquoi les deux ne s’étaient pas exprimés plus tôt, du temps ou François Hollande était président de la République et Marisol Touraine ministre de la Santé.  Marisol Touraine, précisément. On la retrouve entre les lignes de cette tribune quand les auteurs, évoquent « la polémique sur le tiers payant, où les médecins se sont rebiffés contre l’idée qu’ils iraient se faire payer auprès de chacun des organismes complémentaires de leurs patients ». « On comprend leur inquiétude quand on voit, à l’hôpital, les ressources qu’il faut consacrer pour vérifier les droits complémentaires des patients » disent-ils. Une compréhension qui ne passera pas inaperçue.

Jean-Luc et Emmanuel

Evidemment on ne propose pas la révolution sans savoir que des émeutes surviendront. Les deux auteurs songent notamment à deux problèmes : celui des « dépassements d’honoraires », aujourd’hui couverts en grande partie par les complémentaires. Il suffira pour cela de revaloriser « la rémunération des professionnels dont les tarifs sont actuellement sous-cotés ». Qu’en diront les officiants en secteur 2 acceptant plus ou moins la Carte Vitale ?

Un autre nuage noir est le devenir des mutuelles. Les auteurs préconisent une réforme « avec une période de transition de quatre ou cinq ans », et l’intégration de certains personnels dans les équipes de l’assurance maladie.

«  Si la réforme se fait sur une période d’environ cinq ans, il est possible d’intégrer une partie de leurs personnels dans les équipes de l’Assurance-maladie, qui connaîtront d’importants départs à la retraite dans les cinq ans. Il est aussi envisageable de favoriser la reconversion des mutuelles en opérateurs de soins. Mais, là aussi, l’avenir de l’ensemble du système de santé ne peut être conditionné par le devenir des organismes d’assurance complémentaire, aussi respectables soient-ils. »

Certes. Qu’en diront les respectables mutualistes et les assureurs omnipotents ? Pour les deux auteurs il serait légitime (ou plus précisément il ne serait pas illégitime) se soumettre cette proposition de révolution à un référendum. On sait que Jean-Luc Mélenchon défend également l’idée d’un remboursement à 100% de tous les soins par la sécurité sociale. Il n’est pas impensable d’imaginer qu’Emmanuel Macron ne dise pas non.

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Les caméras de vidéosurveillance sur le point de franchir la porte des abattoirs de France

 

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Il faut, ce matin, imaginer heureux  Olivier Falorni député ex-PS, Charente-Maritime. L’Assemblée nationale a, dans la nuit et de façon totalement inattendue, voté l’obligation d’installer des caméras de surveillance dans les abattoirs. Le gouvernement ne s’y est pas opposé. Si tout va bien (si la future majorité ne s’y oppose pas) cela se ferait à compter de l’an prochain.

Restera à traiter la question, hautement délicate, des abattages dits « rituels ». « Nous sommes en train de travailler avec les cultes » a fait savoir Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et porte-parole du gouvernement.

Ainsi donc, à partir du 1er janvier 2018 (et après expérimentation) « des caméras [seront] installées dans tous les lieux d’acheminement, d’hébergement, d’immobilisation, d’étourdissement, d’abattage et de mise à mort des animaux ». C’est ici la suite du combat mené avec constance par l’association L214 et mis en scène par quelques médias dont Le Monde.  Les images-choc diffusées avaient suscité beaucoup d’émotion et poussé le gouvernement à bâtir un plan gouvernemental en faveur du bien-être animal.

Primaire de la gauche

Des députés avaient parallèlement travaillé le sujet, créé une commission d’enquête et rédigé une proposition de loi portée par le député Falorni et comprenant cette « mesure phare » sur les caméras dans les abattoirs. Leur victoire a été acquise malgré l’opposition de quelques députés de droite et du centre. Ces derniers pronostiquent déjà la mort des « petits abattoirs » incapables selon eux de s’acquitter de cette nouvelle charge.

Les minutes de l’Assemblée nationale retiendront que l’obligation d’installer des caméras a été adoptée par 28 voix contre 4. L’hémicycle était plus que dégarni : la France politique regardait alors d’autres images transmises par des caméras : celles du premier débat télévisé de la primaire de la gauche. Il n’y fut aucunement question de souffrances animales.

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Grippe : la sérénité retrouvée de Marisol Touraine sur le perron du Palais de l’Elysée

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Rassurer après avoir inquiété. Se rapprocher de la vérité. La tension sans le débordement. La ministre de la Santé Marisol Touraine a, dans la matinée du 12 janvier, reconnu que les hôpitaux français étaient sous « tension » face à l’épidémie de grippe mais assuré qu’ils n’étaient « en aucun cas débordés ». «La saturation aujourd’hui des services d’urgence n’existe pas» , a-t-elle encore affirmé.

La ministre s’exprimait à l’issue d’une « réunion de crise » organisée en urgence autour de François Hollande, président de la République. « Les hôpitaux aujourd’hui sont face à une situation de tension, ils ne sont en aucun cas débordés », a rassuré la ministre sur le perron du palais présidentiel.

Auto-centrage

Peu avant, sur France 2 : « Les hôpitaux sont en situation tendue, mais ils ne sont pas débordés et ils font face. Je suis aujourd’hui sereine quant à leur capacité à faire face aux besoins des malades. Ils prennent en charge dans de bonnes conditions tous ceux qui ont besoin d’être soignés. »

Avec cette discrète précision auto-centrée: « Depuis la mise en oeuvre des mesures que j’ai demandées, (la) pression s’est relâchée».

Sereine après avoir mis en scène son inquiétude ? Une réunion de crise pour découvrir qu’elle ne se justifiait pas ? Mauvais tempo. Timing ravageur. Il faut (et il faudra) tenir compte des conséquences politiques de la dramatisation ministérielle de ces derniers jours. Une dramatisation qui conduit, une nouvelle fois, à braquer les projecteurs médiatiques vers l’hôpital public. Avec, derrière lui, l’immense navire amiral de la Sécurité Sociale et les chaloupes, hors-bords et autres pédalos mutualistes. Le tout sur une mer démontée et, désormais, sans météo marine

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Grippe : dramatisation politique de la situation ou situation épidémiologique dramatique ?

 

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Cette information mandée en urgence depuis la Présidence de la République : un additif à l’agenda du Président pour le jeudi 12 janvier 2017, 9 heures :

« Réunion ministérielle sur l’épidémie de grippe en présence de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP et Christophe Devys, directeur général de l’ARS Ile de France »

Puis ce complément :

« Nous vous prions de noter que Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, fera une déclaration presse dans la cour de l’Elysée à l’issue de la réunion. Comme indiqué ci-dessous, la cour de l’Elysée sera ouverte à partir de 9h05. Accréditations auprès du service de presse de la Présidence de la République. »

Et puis encore, s’inscrivant dans la dynamique jacobine observée ce matin, la précision prophétique de Mme Touraine annonçant que le bilan de l’épidémie sera « probablement lourd ». « Chaque année, il y a des victimes de la grippe », mais cette année, l’épidémie est « particulièrement intense » et le nombre de personnes malades « particulièrement important », a redit la ministre. C’était lors d’un nouveau point de presse sur cette épidémie, qui devrait atteindre son pic la semaine prochaine. Que dira-t-elle de plus demain dans la cour du Palais de l’Elysée ?

Soignants et soignés

Des chiffres ? Le nombre de personnes qui ont consulté leur médecin pour des « symptômes grippaux » a atteint 395 pour 100.000 habitants la semaine dernière (contre 326 la semaine précédente).  En revanche le nombre de passages aux urgences associés à cette infection virale commence à diminuer de même que les hospitalisations. Dès lors où est l’urgence ? « L’enjeu, c’est de garantir qu’il y a des lits d’hospitalisation disponibles » explique la ministre. « Toute personne qui a besoin d’être soignée l’est » a-t-elle certifié lors des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Le contraire serait troublant.

On recense 142 hôpitaux (sur les 850 du pays) qui se sont déclarés « établissement de santé en tension » un dispositif qui permet notamment de déprogrammer des soins et des opérations non urgentes. Certains établissements ont déjà utilisé cette dernière possibilité, mais Marisol Touraine vient de les pousser à faire davantage « si nécessaire ». L’était-ce ? La ministre de la Santé a aussi invité les médecins libéraux à traiter le plus possible les malades « à leur cabinet ou au domicile », pour éviter d’augmenter le nombre des hospitalisations. Ne le faisait-ils pas ?

François Fillon et François Hollande

A ce stade les nuages politiques arrivent immanquablement dans le ciel médiatique. « On a fermé trop de lits au cours des vingt dernières années, notamment des lits conventionnels qui pouvaient accueillir des patients des urgences en cas de besoin » a redit, BFMTV, le Dr Patrick Pelloux. Urgentiste et syndicaliste le Dr Pelloux, ancien de Charlie Hebdo, est un proche de François Hollande. Il appelle aujourd’hui à une « politique de réouverture de lits d’hôpitaux ». Le président de la République l’entend-il ?

A l’autre extrémité du spectre : le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et député européen (Les Républicains). Il a déclaré, sur RTL : « La grippe, c’est tous les ans, et tous les ans nous connaissons cette situation d’engorgement, et pourtant rien ne change ». François Fillon comprend-il ?

Rien ne change ? Selon Santé publique France, depuis le 1er novembre, cinquante-deux personnes sont décédées des suites d’une infection grippale dans des services hospitaliers de réanimation.  L’agence constate par ailleurs une « nette hausse » de la mortalité (toutes causes confondues) sur les deux dernières semaines de 2016. Prudente, elle souligne qu’il est trop tôt pour estimer la part de cette surmortalité liée à la grippe. Pour les chiffres validés, il faudra attendre.

A demain

Crash-Germanwings : les médecins allemands d’Andréas Lubitz blanchis par la justice allemande

Bonjour

La justice allemande a, lundi 9 janvier, annoncé qu’elle classait sans poursuites son enquête dans le crash de l’avion de Germanwings dans les Alpes françaises en mars 2015. « Les investigations n’ont pas apporté d’indices suffisants ni tangibles sur des responsabilités extérieures de personnes encore vivantes » dans l’entourage familial ou médical du pilote et au sein de son entreprise, a indiqué à l’Agence France Presse Christoph Kumpa, porte-parole du parquet de Düsseldorf, qui dirigeait l’enquête en Allemagne.

Cette même enquête a déterminé que le crash de l’avion a bel et bien été délibérément provoqué par le copilote Andreas Lubitz, 27 ans dépressif et suicidaire de longue date. C’est lui qui a profité de l’absence momentanée du commandant de bord pour s’enfermer dans le cockpit et précipiter l’avion sur la montagne. Le crash de l’appareil, qui reliait Barcelone à Düsseldorf, a fait 150 morts (dont 144 passagers).

Fin sanglante

Les enquêteurs allemands ont tenté de déterminer s’il y avait eu des « négligences » de la part des nombreux médecins qui ont examiné le pilote dépressif et suicidaire. Entendre par « négligences » des médecins qui n’auraient pas fait part de ses troubles dépressifs de leur patient à son employeur Germanwings, filiale low cost de Lufthansa.

Le copilote, Andreas Lubitz, 27 ans  avait été embauché par Germanwings en septembre 2013. Il passait régulièrement une visite médicale pour renouveler son certificat médical de classe 1. On connaît la suite, les épisodes dépressifs, le syndrome « d’épuisement professionnel », le refus de renouvellement de son certificat médical, puis l’acceptation avec une mention signalant la nécessité d’« examens médicaux spécifiques réguliers ». Jusqu’à la fin, sanglante.

Que croyait-vous qu’il arriva ? « L’enquête a montré que les médecins savaient que Lubitz était dans un état de souffrances psychiques, état qui n’a toutefois pas été diagnostiqué comme « cliniquement dépressif » » explique aujourd’hui M. Kumpa. Mieux encore : selon M. Kumpa « le copilote n’a parlé de ses pulsions suicidaires ni à ses médecins, ni à ses proches, ce qui implique qu’aucun d’entre eux n’était en mesure d’en parler à Germanwings, qui ne savait donc rien de son état réel ». Et voilà pourquoi votre fille est muette : la justice allemande referme le dossier. La médecine du travail ne sera pas inquiétée, pas plus que la compagnie.

Quarante-et-un médecins, dont plusieurs psychiatres

On verra bientôt si la lecture si la même lecture prévaut de ce côté-ci du Rhin : une enquête pour homicides involontaires est toujours instruite à Marseille afin de déterminer le niveau de connaissance de la compagnie concernant l’état mental du copilote, une procédure – ce qui pourrait (le cas échéant) déboucher sur un procès.

Les proches des victimes ont également introduit une procédure aux Etats-Unis contre l’école de pilotage par laquelle est passée Andreas Lubitz, habilité à voler alors qu’il avait été examiné par de nombreux médecins les années avant la catastrophe. Persuadé qu’il était en train de perdre la vue, ce que les analyses n’ont en rien confirmé, il avait consulté quarante-et-un médecins dans les cinq années précédentes, dont plusieurs psychiatres. Quarante-et-un médecins qui ne se sont pas parlés, n’ont pas parlé.

Suite à la catastrophe, l’Agence européenne de sécurité aérienne (AESA) avait préconisé un meilleur suivi médical des pilotes, notamment par le biais d’examens psychologiques et toxicologiques renforcés. Qui, aujourd’hui, sait ce qu’il en est ? Une certitude, toutefois : une certaine proportion de pilotes confient, sous le sceau de l’anonymat, avoir des idées suicidaires.

A demain