Incroyable mais vrai : depuis le début de la canicule trente personnes sont mortes noyées

Bonjour

Le gouvernement avait tout prévu – tout sauf les précautions relatives à la noyade. Depuis le début de la canicule, une trentaine de personnes sont mortes noyées en France. « Il faut absolument qu’on arrive à prévenir la population sur le fait qu’il faut avoir une attention de tous les instants que ce soit avec les enfants, dans les piscines privées et même avec soi-même », a déclaré Roxana Maracineanu, ministre des sports qui regrette ce « chiffre incroyable ».

Mme Maracineanu réagissait sur France Bleu Occitanie après deux noyades récentes dans cette région : en deux jours seulement, un homme d’une soixantaine et un bébé de quinze mois sont morts noyés. La ministre a alerté sur les clichés autour de ces drames.  « Dans les piscines privées, deux noyades sur trois arrivent lors d’un temps de baignade encadré. Ce n’est pas des enfants qui tombent dans des piscines. C’est ceux qui vont dans l’eau avec leurs parents. Et c’est lors d’un moment où il y a manque de surveillance qu’il se passe le pire », explique la ministre

Les enfants ne sont pas les seules victimes. Ce problème touche « aussi les adultes qui vont dans des plans d’eau non surveillés et sans faire attention à ce qu’on appelle l’hydrocution. » Ce phénomène se produit lorsque la température du corps, très élevée, baisse brutalement à l’entrée dans l’eau. Il faut donc veiller à se mouiller progressivement. En France, chaque année, environ 500 personnes meurent noyées. Quel responsable politique oserait encore soutenir que c’est là une fatalité ?

A demain @jynau

Rembourser l’homéopathie : Xavier Bertrand, ancien ministre et ses astuces du balayeur

Bonjour

La pression monte. Les poids lourds montent en ligne. Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé, défenseur affiché de l’homéopathie, et président de la région Hauts-de-France en appelle au président de la République : il ne faut pas dérembourser ces produits. Ce serait une «fausse bonne idée», qui mettrait à mal le «pouvoir d’achat» et la «liberté de choix des patients» explique Xavier Bertrand dans une lettre adressée à Emmanuel Macron. Et de proposer ce couper la poire homéopathique en deux : faute de mieux, «maintenir un taux de remboursement de 15%».

 «Vous connaissez ma position (…) constante depuis 2005, quand je déclarais : « dérembourser l’homéopathie serait une fausse bonne idée »», écrit le président des Hauts-de-France (ex-LR) Xavier Bertrand dans cette lettre au président de la République, dont l’AFP a eu connaissance. D’une part, alors que «les patients sont des millions» à utiliser des produits homéopathiques et les médecins «des milliers» à le prescrire, un déremboursement entraînerait «un transfert des prescriptions sur la médecine conventionnelle ce qui, économiquement, coûterait plus cher», estime-t-il.

Garantir la liberté

Le déremboursement pèserait particulièrement sur «le pouvoir d’achat» des Français, poursuit-il : «En effet (…) ce sont nos concitoyens qui ont recours à l’homéopathie qui devront s’acquitter de cette dépense qui peut s’élever à plusieurs dizaines d’euros par mois». Le prix augmenterait par ailleurs «automatiquement», avec une TVA plus élevée pour les produits non remboursés, ajoute l’élu. Dans ce cas, «la liberté de choix pour les patients, essentielle (…) ne peut être garantie», déplore-t-il encore.

Et puis, sans doute, le plus étonnant. S’il est effectivement bien démontré qu’aucune étude scientifique n’a prouvé l’efficacité de l’homéopathie, Agnès Buzyn (qui lui a succédé au ministère des Solidarités et de la Santé) «pourrait engager» de telles études. C’est inefficace uniquement parce que l’on n’a pas démontré le contraire ! Ceci n’est pas sans faire songer à l’ « astuce du balayeur» déjà mise en œuvre par le même Xavier Bertrand en 2012 quand était ministre de la Santé du gouvernement Fillon. Une astuce médicamenteuse dénoncée par la revue Prescrire et que nous avions alors détaillée sur Slate.fr.

Il s’agissait alors des quatre médicaments officiellement autorisés chez les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer ; Aricept, Exiba, Exelon et Reminyl alors commercialisées (depuis dix ans ou plus) respectivement par les multinationales Esai, Lundbeck, Novartis Pharma et Janssen Cilag. On savait alors depuis plusieurs années déjà que les firmes qui commercialisent ces molécules étaient incapables d’apporter la preuve de leur efficacité pour prévenir (ou pour ralentir) les processus de dégénérescence neuronale qui caractérisent cette maladie incurable. Et on savait également, avec le recul, que ces médicaments exposent à une toxicité potentielle nullement négligeable les malades qui les consomment, souvent sur de très longues périodes.

Après bien des atermoiements la Commission de la transparence (en charge de l’évaluation des médicaments) de la Haute autorité de santé (HAS) annonçait en octobre 2011 qu’elle avait dégradé l’intérêt thérapeutique de ces quatre spécialités pharmaceutiques. Leur «service médical rendu» (SMR) considéré comme «important» depuis 2007 passait alors à «faible». Aucune information médicale ou scientifique nouvelle n’était pourtant intervenue pour justifier cette dégradation du SMR.

Il y a un an, précisément

Pour sa part, Xavier Bertrand avait anticipé sur la publication des conclusions de la commission (indépendante) de transparence pour annoncer qu’en toute hypothèse ces médicaments inefficaces et potentiellement toxiques continueraient à être commercialisés et à être remboursés. En théorie, la décision prise en octobre par la commission de transparence de la HAS devait conduire à une saisine du Comité économique des produits de santé (CEPS) présidée par Gilles Johanet. Cet organisme interministériel devait à son tour trancher sans décider: proposer de maintenir le remboursement intégral, de réduire le taux de la prise en charge ou de passer au stade du déremboursement.

Puis l’épilogue, le taux de remboursement par la Sécurité sociale de ces quatre spécialités pharmaceutiques (et de leurs copies) passant de 65% à 15%, une décision publiée au Journal Officiel du 15 mars 2012«Cela ne changera rien en pratique ni pour les patients ni pour la collectivité, car ces trois anticholinestérasiques [Aricept, Exelon, Reminyl] et la mémantine [Exiba] sont pris en charge à 100% dans la maladie d’Alzheimer dans le cadre des “affections de longue durée” (ALD)», observait alors Prescrire. Je dérembourse tout en maintenant le remboursement. L’astuce du balayeur, en somme.

Depuis bien des pages se sont tournées. Et il y a un an Agnès Buzyn tranchait politiquement : depuis le 1eraoût 2018 l’achat des médicaments de la maladie d’Alzheimer ne fait plus l’objet d’un remboursement par l’assurance maladie.

« En France, le bien fondé du remboursement des médicaments par l’assurance maladie est régulièrement réévalué par la Haute Autorité de santé afin de s’assurer qu’ils présentent un intérêt thérapeutique suffisamment important » rappelait alors Agnès Buzyn. « A quand, demandions-nous alors, le plan de déremboursement des médicaments homéopathiques ? » C’était il y a un an, précisément.

A demain @jynau

Homéopathie remboursée : Agnès Buzyn prochainement désavouée par le gouvernement ?

Bonjour

Il est des qui oreilles sifflent. La décision de dérembourser l’homéopathie est loin d’être acquise et les lobbies sont à la manœuvre. Tout dépend désormais d’une « balance » entre les considérations « scientifiques » et « économiques » -entendre par là  les conséquences sur l’emploi. C’est ce  qu’a annoncé, sans sourciller, le 2 juillet la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. Sur RMC-BFMTV. En ces termes :

« Il y a une balance qui doit être réalisée entre l’apport scientifique, ce qu’on sait scientifiquement de l’apport de l’homéopathie, des questions évidemment économiques, puisque derrière il y a des emplois, forcément, mais aussi (le) bien-être de la population française ».

Où l’on perçoit la complexité de l’équation à laquelle s’est soumis le pouvoir exécutif. La réponse scientifique a été apportée le 28 juin par la Haute Autorité de Santé (HAS). Après un an de travaux elle a (sans surprise) estimé que les produits homéopathiques « n’ont pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier d’un remboursement ». Agnès Buzyn avait dit haut et fort (après avoir déclaré le contraire) qu’elle se rangerait à cet avis et tout le monde avait compris que cela en était fini du remboursement.

C’était oublier sans le poids des lobbies et l’attachement déclaré d’une part importante de la population française à cette pratique dont les homéopathes refusent de dire qu’elle emprunte au magique et à l’effet placebo. C’était oublier, aussi, que la décision finale revient au gouvernement – qui peut suivre ou non l’avis de la HAS.

Wauquiez-Collomb-Bertrand-Boiron, même combat

Or les firmes homéopathiques assurent qu’un déremboursement menacerait 1.300 emplois (1.000 chez le français Boiron, leader mondial, et 300 chez les deux autres, le français Lehning et le suisse Weleda). Mieux encore ces firmes sont soutenues par des élus de poids : Laurent Wauuiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes et Gérard Collomb, toujours maire de Lyon et proche d’Emmanuel Macron (le siège de Boiron est en région lyonnaise), ainsi que Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France (où Boiron a un site).

La décision finale « n’a pas encore été prise par le gouvernement », a assuré Mme Ndiaye, en indiquant que ce dernier était « en train d’instruire » l’avis de la HAS, « y compris en interministérielle ». Les trois firmes ont demandé au gouvernement de « ne pas suivre » l’avis de la HAS. Elles réclament un « débat parlementaire, suivi d’un débat public », en jugeant les conclusions de la HAS « totalement incohérentes avec les enjeux majeurs de santé publique ».

Face à cette puissance homéopathique : le collectif de médecins anti-homéopathie Fakemed 1. Il appelle l’exécutif à « suivre l’avis » de la HAS et à « dérembourser l’homéopathie ». Une décision inverse « serait un revers majeur pour la crédibilité des institutions scientifiques de notre pays, a écrit le collectif dans une lettre ouverte à la ministre de la Santé Agnès Buzyn et au président Emmanuel Macron – lettre publiée par le journal L’Opinion. Cela « serait la preuve que le lobbying et la connivence peuvent avoir raison contre les intérêts de la population, contre la santé et contre les finances de la solidarité nationale ».

La HAS n’a pas, depuis la publication de son avis, pris la parole. Agnès Buzyn non plus. Bercy-Matignon-L’Elysée phosphorent. Sifflements d’oreilles.

A demain @jynau

1 Un des plus actifs « anti-homéopathie » est le Dr Mathias Wargon, médecin urgentiste et mari de la Secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Emmanuelle Wargon. « De quoi poser des questions sur l’impartialité gouvernementale dans ce dossier ultra-sensible » estime le site safe-med.fr

Agnès Buzyn osera-t-elle entrer, incognito, dans les affres des services d’urgences ?

Bonjour

Où l’on repense à Louis XI qui régna de 1461 à 1483 – un roi qui, incognito, aimait « se mêler au peuple ». Alain Bruneel, 67 ans, est député (communiste) du Nord. Inquiet de ce qu’il entendait quant à la situation des services d’urgences cet ancien ouvrier du textile et membre de la Jeunesse ouvrière chrétienne a repris, à sa façon, le chemin de Louis XI. Dans la soirée du 28 juin il s’est rendu aux urgences de Douai 1, « en simulant des maux de ventre » – et sans prévenir les hautes sphères de la direction hospitalière. Pas de caméra, pas de collaborateur. Il entendait « constater » ce que pouvait être « le parcours d’un patient “lambda” ».

« Six heures d’attente et encore, j’ai eu de la chance » dit-il aujourd’hui. Son récit, recueilli par l’AFP :

« À 21 h 30, lorsque je suis arrivé devant l’une des deux infirmières régulatrices chargées de  juger de l’état de gravité des patients et de les orienter plus de 200 personnes, dont 59 enfants, étaient déjà passées dans la journée. On a pris ma tension, ma température, j’ai passé un électrocardiogramme » puis « on m’a indiqué qu’il y avait 3 h 20 d’attente – hors urgences vitales – avant d’être ausculté par un médecin […]. J’ai finalement attendu six heures. Le personnel fait tout ce qu’il peut, avec ce qu’il a […] mais la situation est dramatique » « les brancards s’entassent dans les couloirs » puis « en file indienne avant d’arriver devant les trois box réservés aux consultations.

« Il fait une chaleur énorme, le personnel ne peut ni nous donner à boire ni à manger car ils ne savent pas ce qu’on a […]. Des personnes âgées ont besoin d’aller aux toilettes, mais il n’y a pas assez de personnel, alors des patients se lèvent pour aller chercher l’infirmière, accompagnant parfois eux-mêmes ces personnes aux toilettes. Le personnel, toujours en mouvement, n’arrête jamais » et « se retrouve à bout de souffle », a ajouté le député, dénonçant « le manque criant de moyens humains et matériels ».

Pour le député Bruneel les choses sont claires : « le gouvernement n’a pas pris le pouls réel de cette situation dramatique ». Et l’ancien jeune chrétien devenu communiste d’inviter Agnès Buzyn à « passer une nuit aux urgences, sans caméra ni collaborateur, cette expérience valant plus que tous les rapports écrits, passés et à venir ». La ministre des Solidarités et de la Santé, qui a déjà demandé des « rapports », n’a pas encore répondu à la fort judicieuse invite du député.

A demain @jynau

1 Ce service d’accueil des urgences « assure la prise en charge des venues non programmées dans l’établissement, 7j/7, 24h/24, de toute personne, sans sélection, se présentant en situation d’urgence, y compris psychiatrique . Les urgences sont une porte d’entrée essentielle dans le parcours de soins ».

Auto-injection d’insuline de grévistes urgentistes. Fin de l’alimentation de Vincent Lambert

Bonjour

Que restera-il, à l’avenir, du mardi 2 juillet 2019 ? « Des membres du collectif ‘’Inter-urgences’’ se sont injecté cinq piqûres d’insuline lors de la manifestation des urgentistes pour forcer le gouvernement à répondre à leurs revendications, écrit L’Obs. Une dizaine d’urgentistes avaient prévu de procéder à des injections toutes les cinq minutes, de façon à faire baisser drastiquement leur taux de sucre dans le sang, tant que le ministère la Santé, à proximité duquel ils menaient leur action, n’aura pas satisfait leurs revendications. Ils ont procédé à cinq injections mais leur action a été interrompue par les forces de l’ordre qui les ont interpellés, a constaté Reuters. A forte dose, l’insuline peut tuer mais le personnel médical qui a pris en charge les urgentistes sur place a déclaré, après un test, que les doses étaient minimes. 

On retiendra, parmi les volontaires, la présence d’Ines Gay, infirmière de 28 ans à l’hôpital de Lariboisière, à Paris. Elle faisait partie de l’équipe de nuit qui avait retrouvé une patiente morte sur un brancard dans la salle d’attente de son service, en janvier dernier. « Ça a été un électrochoc. Ça nous a complètement démolis. Plus jamais on ne veut vivre ça », a-t-elle dit à Reuters.

 « Il y a des choses que j’ai acceptées pendant quatre ans et demi, qui sont contre mes valeurs. J’ai compris qu’il fallait compresser le temps d’attente. J’étais très bonne pour être très rapide. Je sais faire une piqûre en moins d’une minute, je sais m’occuper de quelqu’un en moins de dix minutes. Mais ça n’a pas de sens de faire ça. Le système est en train d’imploser. On crie des appels à l’aide depuis quinze ans. Je préfère me mettre en danger aujourd’hui devant le ministère que mettre en danger la vie des patients et des soignants pour les vingt ans à venir.»

Le médecin n’a pas craqué

Que restera-il, à l’avenir, du mardi 2 juillet 2019 ? Ce jour -là la nutrition et l’hydratation de Vincent Lambert ont de nouveau été « interrompus » (sic) – pour la troisième fois en six ans. Dans un courriel adressé à chacun des membres de la famille de cet ancien infirmier âgé de 42 ans le Dr Vincent Sanchez, chef de l’unité de patients cérébrolésés du CHU de Reims, a appelé « à la responsabilité de chacun pour que l’accompagnement de M. Vincent Lambert soit le plus paisible, intime et personnel possible ».

Depuis midi les médias généralistes sont en alerte ; les envoyés spéciaux devant le CHU. Tous croient savoir que l’épilogue de cette affaire qui déchire la famille Lambert depuis des années semble désormais approcher à grand pas. Ces mêmes médias précisent que le protocole mis en oeuvre aujourd’hui par l’équipe médicale doit entraîner la mort de Vincent Lambert en quelques jours. Une semaine peut-être. Ils ajoutent qu’une sédation profonde et continue jusqu’au décès « a dû être mise en place ». Et de conclure : « des antalgiques devaient également être administrés pour répondre à une éventuelle douleur ».  Une soeur de Vincent Lambert favorable à l’arrêt de la nutrition a déclaré à l’AFP :« Je suis rassurée que le médecin n’ait pas craqué et ne se soit pas senti menacé par les promesses de procès ».

C’était le 2 juillet 2019

A demain @jynau 

Crise des urgences : Agnès Buzyn condamnée à ne pas pouvoir aller au-delà de ses «avancées» ?

Bonjour

C’est un communiqué de presse qui sonne comme un aveu d’impuissance ministérielle. Il a été diffusé à la veille de la manifestation nationale de ce 2 juillet. Et il est titré ainsi : « Agnès Buzyn tient l’engagement du Gouvernement en faveur des professionnels des urgences ». Comment aurait-il pu en être autrement ? Lisons :

« Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, salue l’entrée en vigueur au 1er juillet 2019 de la prime individuelle de risque au bénéfice des professionnels des urgences, par un décret publié dimanche [ 30 juin] au Journal Officiel.

D’un montant de 100 € nets mensuels pour chaque professionnel, cette prime reconnait l’exposition à des risques particuliers et des conditions de travail spécifiques des agents (titulaires et contractuels) des services d’urgence et des SMUR: infirmiers et aides-soignants mais aussi brancardiers, agents administratifs…

 Effective depuis le 1er juillet, cette indemnité forfaitaire de risque est due à compter de cette date et sera versée si nécessaire avec effet rétroactif.  La prime fait partie de l’ensemble des mesures prises à hauteur de 70 millions d’€ dans le cadre de la stratégie d’évolution des services d’urgence, discutée le 14 juin dernier avec les représentants des professionnels concernés, des fédérations d’établissements, des ordres professionnels, des agences sanitaires et du collectif Inter-Urgences. Le décret publié le 30 juin précise en outre que la prime peut s’ajouter à l’indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants, dont le cumul était jusqu’alors impossible. »

Une attention toute particulière

On apprend encore que la ministre sera « également particulièrement attentive » aux propositions concrètes de refondation des services d’urgence qui lui seront proposées par le président du Conseil national de l’urgence hospitalière, le Pr Pierre Carli et le député (LREM) Thomas Mesnier à la tête de la mission nationale qu’elle a mandatée à cet effet.

Pour résumer Agnès Buzyn, par cet « accompagnement financier » et les « réflexions en cours » fait œuvre de pédagogie politique : elle « traduit de manière forte le soutien du Gouvernement apporté aux équipes hospitalières impliquées au quotidien et en première ligne dans la prise en charge de nos concitoyens ». En d’autres termes Bercy-Matignon-l’Elysée ne lui ont pas donné les moyens d’aller plus loin.

On imagine sans mal la traduction que fait de ce texte la communauté des soignants des urgences – soignants appelés à manifester pour « maintenir la pression » sur le gouvernement voire élargir le mouvement à tout l’hôpital d’ici à la rentrée. Communauté unifiée : l’intersyndicale CGT-SUD-FO et le collectif de paramédicaux Inter-Urgences en marche depuis  d le ministère des finances jusqu’à celui de la santé – où une délégation « devrait » être reçue. Un parcours symbolique et un conditionnel qui en dit long. Objectifs : « déverrouiller les cordons de la bourse » et « maintenir la pression »

Constat politique : Agnès Buzyn et le gouvernement ont été incapable de prévenir l’extension d’une colère largement comprise, nous disent les sondages, au sein de la population.  Selon le collectif Inter-Urgences, 153 services étaient en grève lundi, contre 106 le 14 juin lors de l’annonce du déblocage de 70 millions d’euros dont 55 millions pour financer une « prime de risque » de « 100 euros net mensuels » pour les 30 000 personnels (hors médecins) des urgences, et 15 millions pour « faciliter les recrutements » dans les services « en tension ». « La mobilisation continue », a assuré à l’Agence France-Presse Didier Birig (FO), fustigeant des « annonces insuffisantes au regard des revendications des agents » : 300 euros de hausse de salaire, des effectifs supplémentaires et un « moratoire » sur les fermetures de lits.

Pression versus incitation

Dégonfler la pression ? L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a offert de créer 230 postes dans ses vingt-cinq services d’urgences et  l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France a proposé « un contrat d’objectif  “zéro brancard” dans les couloirs » avec « une incitation financière » pour les hôpitaux concernés. « Martin Hirsch [directeur général de l’AP-HP] ne peut pas nous donner 230 postes d’un côté et maintenir son plan de retour à l’équilibre et la suppression (de plusieurs centaines) de lits de gériatrie », dénonce pour sa part le médecin urgentiste et cégétiste Christophe Prudhomme, interrogé par l’AFP. Une enquête pré-estivale de l’ARS francilienne estime qu’au moins mille « plages de 12 heures » sont « non pourvues » en médecins – et autant en infirmières – pour les mois de juillet et d’août.

Une nouvelle manifestation nationale semble peu probable en plein été mais, selon Christophe Prudhomme des « opérations coup de poing » pourraient avoir lieu localement. « Grévistes et autorités sanitaires tenteront localement de gérer le manque de personnel accentué par les vacances, résume l’AFP. Pour sa part Agnès Buzyn n’a a qu’un objectif estival : des services d’urgences sans « trou dans les lignes de garde ». C’est dire si les flux sont tendus. C’est dire, aussi, que l’heure est grave.

A demain @jynau

Inespéré: avec la canicule les Français découvrent qu’ils ont un Directeur Général de la Santé

Bonjour

Depuis des décennies il n’existait médiatiquement pas, œuvrait dans l’ombre de son (plus ou moins) omniprésent-e ministre de tutelle. On le voyait parfois sur l’estrade des conférences de presse, mais muet. Seulement invité à répondre à une question technique. Interdit de politique. Et condamné à ne jamais s’exprimer sur les ondes radiophoniques et télévisées.

De ce point de vue la canicule de 2003 fut tragiquement exemplaire. Avec celle d’aujourd’hui, enfin, il émerge. Dans l’ombre d’Agnès Buzyn, certes, mais déjà bien présent, à la messe du 20 heures de France 2, sur France Info et repris par l’AFP. On cite son nom et sa fonction : Pr Jérôme Salomon, Directeur Général de la Santé.  Quand la ministre multiplie les déplacements « séquence canicule », le DGS prévient la France : « le plus dur reste à venir ».  

« Ce qui m’inquiète aujourd’hui c’est que le recours au soin commence à augmenter, le nombre d’appels au SAMU, le nombre d’appels aux services d’urgence, le recours aux services d’accueil des urgences ainsi que le nombre de signalement des épisodes de malaise. On commence à avoir un impact de la chaleur », a déclaré, mercredi 26 juin, le Pr Salomon dans une vidéo postée sur le compte Twitter du ministère de la Santé. Et ce depuis le centre de gestion de crise sanitaire où il avait été autorisé à convier la presse spécialisée (@AlerteSanitaire) »

Pr Jérôme Salomon ? Voici sa profession officielle de foi. Il est à la tête de l’une des Directions majeures du ministère en charge de la santé. Quatre grands et nobles objectifs : préserver et améliorer l’état de santé des citoyens; protéger la population des menaces sanitaires; garantir la qualité, la sécurité et l’égalité dans l’accès au système de santé; mobiliser et coordonner les partenaires. Nommé par décret du Président de la République, il exerce également la fonction de haut fonctionnaire de défense et de sécurité adjoint, chargé de la défense et de la sécurité sanitaire.

Pour mémoire : Pr Jacques Roux (1981 – 1986) ; Dr Jean-François Girard, (1985 – 1997) ; Pr Joël Ménard (1997 – 1999) ; Pr Lucien Abenhaim, (1999 – 2003) ; Pr William Dab (2003 – 2005) ; Pr Didier Houssin (2005 – 2011) ; Dr Jean-Yves Grall (2011 – 2013) ; Pr Benoît Vallet (2013-2018).

A demain @jynau