La formidable petite histoire des rince-bouches au vin rouge (de pinot noir)

Bonjour

Comment faire parler de soi dans les médias ? En publiant des travaux qui seront immanquablement cités du fait même de leur sujet – et ce quelque soit leurs résultats. L’alcool est l’un des mots-clefs qui vous feront citer. L’alcool pathologique bien sûr. Plus fort encore : l’ombre divine de l’alcool thérapeutique.

Qui lit  Agricultural and Food Chemistry (voir ici) ?  Et qui connaît l’ Instituto de Investigación en Ciencias de la Alimentación de Madrid (voir là)? Quatre chercheurs du second publient dans le premier :

“Red wine and oenological extracts display antimicrobial effects in an oral bacteria biofilm model”. (1)

The Economist attaque

C’est The Economist (31mai—6 juin) qui, le premier, a tiré : « Oral health Wine gums » (lire ici). Londres à toujours goûté les vins du sud du Vieux Continent. Ses journalistes tout particulièrement. Leurs lecteurs également. Ce qui fait (encore) beaucoup de monde. C’est pourquoi The Economist travaille le sujet dans le plus petit détail. Jusqu’à donner la méthodologie du travail espagnol – incluant un pinot noir, millésime 2010. L’anonyme journaliste ne résiste pas :

“Regrettably, this work does not suggest that a nightly glass of wine is a sensible substitute for a thorough dental brushing before you go to bed”.

 On fera remarquer à notre confrère travaillant dans un pays qui depuis des siècles est contraint d’importer les vins qu’il boit (quand il ne spécule pas) que l’étude madrilène ne suggère pas une hypothèse contraire. Le mieux n’est pas l’ennemi du bien et les moyens peuvent justifier la fin.

Le Figaro plonge

Hier c’était au Figaro (Anne-Laure Lebrun) de plonger : « Le vin rouge contre les maladies bucco-dentaires » (voir ici). Où il est expliqué que les actions anti-oxydantes de certains composés des vins rouges pourraient se substituer aux flacons multicolores des bains de bouche qui encombrent nos lavabos. Les polyphénols à l’assaut des sales bactéries sources de caries.

« En testant le vin rouge avec et sans alcool sur les colonies de bactériennes, l’équipe espagnol a noté une nette diminution de leur nombre, rapporte fidèlement  Le Figaro. Cette comparaison montre que ce n’est pas l’alcool qui inhibe la croissance bactérienne mais bien les polyphénols. Ceci car les pépins de raisins renferment la quasi-totalité des polyphénols du raisin. La canneberge est ainsi de plus en plus utilisée dans les dentifrices. »

Pépins de la Romanée

Tout est parfaitement résumé. Jusqu’à la chute : « Alors, à quand les rince-bouches au Bourgogne ? ». On eût préféré une formule mieux à même de rivaliser avec The Economist. Que pense-t-on de tout cela à Madrid ? Est-ce la fin annoncée de l’ « Eau de bouche Botot » ? L’arrivée prochaine d’une spécialité bucco-dentaire aux polyphénols des pépins de marc du domaine de la Romanée-Conti ? En exclusivité dans les meilleures pharmacies.

A demain

(1)  Voici l’abstract :

’ The antimicrobial effects of red wine and its inherent components on oral microbiota were studied by using a 5-species biofilm model of the supragingival plaque that includes Actinomyces oris, Fusobacterium nucleatum, Streptococcus oralis, Streptococcus mutans and Veillonella dispar. Microbiological analysis (CFU counting and confocal laser scanning microscopy) of the biofilms after the application of red wine, dealcoholized red wine, and red wine extract solutions spiked or not with grape seed and inactive dry yeast extracts showed that the solutions spiked with seed extract were effective against F. nucleatum, S. oralis and A. oris. Also, red wine and dealcoholized wine had an antimicrobial effect against F. nucleatum and S. oralis. Additional experiments showed almost complete and early degradation of flavan-3-ol precursors [(+)-catechin and procyanidin B2] when incubating biofilms with the red wine extract. To our knowledge, this is the first study of antimicrobial properties of wine in an oral biofilm model.’’