Est-ce un bras d’honneur que Heineken® et la RATP font au ministère de la santé ?

Bonjour

Il faut faire confiance aux buralistes pour ce qui est de l’alcool. Lemondedutabac.com relate aujourd’hui une histoire qui ne manque pas de sel. Depuis le début de l’Euro 2016, les quais des stations de métro République et Bastille sont « entièrement habillés » aux couleurs d’Heineken®. On peut, ici, compléter les observations des amateurs de tabac : cette marque planétaire et ces stations parisiennes ne sont pas les seules. Il faut, gare Montparnasse, avoir la chance de tomber sur le long tapis roulant souterrain ne roulant plus pour comprendre ce qu’est un déluge coloré incitant à boire des mousses brassées fortement alcoolisées.

Cette outrance malsaine des brasseurs mariés à la RATP n’a pas été sans choquer. Notamment le Dr Bernard Jomier. Le Dr Jomier est écologiste convaincu. Il est aussi adjoint à la Maire de Paris chargé de la santé, du handicap et des relations avec l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris. C’est par ailleurs un ennemi des conflits d’intérêt et un partisan de la transparence.

 Patrimoine transparent

En avril 2013 le Dr Jomier déclarait être propriétaire de l’appartement de 74 m2 dans lequel il vit à Paris dans le 19ème arrondissement (et dont il a fini de payer l’emprunt en 2012. Il ne possèdait pas d’autre bien immobilier, ne détenait aucune valeur mobilière, aucune assurance-vie. Il avait un compte bancaire au Crédit coopératif dont le solde habituel était inférieur à 3 000 euros, un compte bancaire professionnel de médecin dans la même banque dont le solde habituel était inférieur à 2 000 euros. Il détenait un livret Agir ( livret A solidaire) au Crédit coopératif dont l’encours était de 2 135 euros ainsi qu’un un compte d’épargne retraite à la Caisse de retraite des élus locaux dont le solde était de 29 820 euros. Ajoutons que son appartement était meublé de meubles courants, qu’il ne possédait ni objets d’arts ni bijoux, aucun bien à l’étranger, pas de voiture et aucun autre bien de valeur que ceux énumérés ci-dessus.

Plus que choqué par les publicités alcooliques affichées dans le sous sol de la capitale le Dr Jomier a sommé, par courrier, la RATP de « procéder au retrait immédiat de ces publicités de grande ampleur », la régie des transports ayant selon lui  « franchi des limites rarement atteintes ». Réponse de la RATP : « Métrobus, qui commercialise les espaces publicitaires de la Régie, s’assure de la conformité des publicités aux lois et à la réglementation. La campagne en question a été déclarée conforme à la loi Evin ».

Bourbons miellés

 La loi Evin est respectée. On pourrait couvrir les villes et les campagnes de France d’affiches vantant les vertus aphrodisiaques des bourbons miellés, des whiskeys tourbés, des vodkas glacées citronnées et de pastis ensoleillés que cette loi resterait inviolée.

Et que l’on n’ennuie pas la RATP avec les mesures prises par le gouvernement visant à prévenir les violences alcoolisées autour des stades de football. Il s’agit d’interdictions de vente d’alcool, pas d’interdictions d’affichages incitant à la consommation de boissons alcooliques. Il reste d’ailleurs à prouver que l’incitation à boire massivement des liquides Heineken® soit directement la cause des sauvageries observées entre supporters d’équipes nationales.

Evin et Mélenchon

Le Dr Jomier n’a pas été seul à monter au filet. Il a été rejoint par David Belliard. M. Belliard est coprésident du Groupe écologiste de Paris. Il travaille plus particulièrement sur les questions de santé publique. Il est l’auteur de « Notre santé est-elle à vendre ? – Et 25 autres questions que tout le monde se pose sur la santé » (Textuel, 2012), et « Nous ne sommes pas coupables d’être malades ! » (avec Alix Béranger, Petits matins, 2010). « La RATP ne peut, sous prétexte d’un événement sportif, s’exonérer de ses responsabilités en matière de santé publique, surtout dans un contexte parfois tendu entre supporters ».

Pour le site des buralistes il ne s’agit là que d’une forme de « culpabilisation-bidon ». Dans la grande galaxie de la gauche la publicité et l’alcool ne semble intéresser que les Verts. Ni Anne Hidalgo, maire de Paris, ni Marisol Touraine, ministre de la Santé, ni Claude Evin, aujourd’hui avocat d’un grand cabinet international (DLA Piper), ni Jean-Luc Mélenchon, promis aux plus hautes destinées, ne se sont exprimés sur le sujet. On peut aimer le football et le regretter.

A demain

 

 

Schumacher, Chambéry : les plaintes, leur litanie

Marisol Touraine « saisit l’Institut Pasteur de Paris » dans l’affaire des trois nouveau-nés morts de Chambéry. L’hôpital porte plainte contre X. Les parents portent plainte contre l’hôpital. 

Plaintes en gestation dans l’affaire Schumacher. Contre la station de Méribel. Contre le maire de la commune, Contre le fabricant du casque. Contre celui des chaussures… La justice sommée de dire la vérité vraie. En urgence.

Résumons cette affaire qui grossit : celle  « des nouveau-nés de l’hôpital de Chambéry ». Trois nouveau-nés, parmi lesquels deux prématurés, sont morts les 6, 7 et 11 décembre, dans cet établissement. Un quatrième a pu être sauvé in extremis. C’est ce dernier qui a permis d’identifier le problème. Guy-Pierre Martin, directeur de ce centre hospitalier a précisé lors d’une conférence de presse organisée le 4 janvier que le service ne contenait pas de germes susceptibles d’avoir causé ces décès. Il a ajouté, prudent : « si la responsabilité de l’hôpital est mise en cause, nous l’assumerons ».

L’hôpital a d’ores et déjà porté plainte « contre X ». Les parents des trois nourrissons morts ont décidé de porter plainte « pour homicide involontaire » contre l’hôpital.  Pourquoi ? Pour que « ça n’arrive plus jamais ». Ils disent porter plainte mais refusent qu’on les plaigne.  Ils postulent que le fait qu’ils saisissent la justice permettra de « trouver la faille dans le système ». Sont-ils dans le vrai ? « C’est quand même étrange qu’il ait fallu attendre quatre cas avant qu’ils comprennent qu’il y avait quelque chose de grave » observe l’un d’eux. Etrange ? Leur cacherait-on quelque chose ? La machinerie hospitalière de Chambéry a-t-elle failli ?

Saisine ministérielle

Les machineries judiciaire et administrative, elles, n’ont pas dysfonctionné. Plusieurs enquêtes parallèles sont menées par l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm) et par l’Institut de veille sanitaire (InVS), pour établir au mieux les causes exactes des décès. Médiatiquement, politiquement, ce n’était peut-être pas assez. Marisol Touraine est entrée en scène dimanche 5 janvier. Elle l’a fait sur les ondes d’Europe 1 comme on peut l’entendre ici. « Accident gravissime ». « Solidarité avec les familles ». « Mobilisation de toutes les autorités sanitaires ». « Retrait de tous les produits qui semblent avoir provoqué ces décès ».

Plus tard elle dira avoir « saisi directement l’Institut Pasteur, qui est un centre de référence » et qui devra déterminer les germes en cause. La ministre de la Santé a dit vouloir des résultats « aussi vite que possible » et a promis de les communiquer « en toute transparence » aux familles. La saisine ministérielle était-elle indispensable ? Le citoyen pourrait-il imaginer, si elle ne le disait pas, que la ministre de la Santé ne fasse pas l’entière transparence ?

Le très mystérieux laboratoire

La transparence, précisément. Mme Touraine  a ajouté que le laboratoire d’où provenaient les poches d’alimentation était « parfaitement connu et identifié » mais qu’aucune mesure n’avait été prise à ce jour à son encontre. « Nous ne pouvons pas aujourd’hui incriminer la fabrication ou la composition de ces poches ; c’est toute la chaîne depuis la fabrication jusqu’à l’administration du contenu qui fait l’objet d’enquêtes multiples, a-t-elle encore expliqué. Avant la fabrication, il y a la production des composants qui interviennent dans ces poches », a-t-elle fait valoir. « Ensuite, ces poches sont fabriquées, contrôlées, transportées, stockées, administrées et c’est donc à chacune de ces étapes que nous devons pouvoir produire des enquêtes et des analyses. » Elle n’a cependant pas exclu de nouvelles mesures de précaution dans les prochains jours, en particulier si les causes exactes des décès n’était pas identifiées – ou si des doutes demeuraient. Reste ce qui cristallise l’attention médiatique: Mme Touraine dit connaître le nom du laboratoire possiblement coupable mais dit aussi ne pas vouloir nous le dire. Qu’est-ce à dire ?

Transparence ? Le parquet reconnaît que le nombre de poches contaminées est encore inconnu. « Ce sont des poches qui ont une durée de péremption assez courte et qui ne sont pas conservées quand elles ne sont pas utilisées, a expliqué la vice-procureure. Certaines ont été utilisées et n’ont rien provoqué. Quand, comment et par quoi ont été contaminées ces poches ? Pour l’instant, on l’ignore. »

Schumacher (suite)

Au CHU de Grenoble Michael Schumacher est, officiellement,  toujours « dans un état critique ». Plus le temps passe plus la transparence tarde à se faire et plus les plaintes menacent à l’horizon. Nous l’évoquions il y a quelques jours (mémoire-blog). Aujourd’hui RTL.fr actualise fort utilement le dossier.

On aurait retrouvé la caméra que l’ancien champion portait sur son casque au moment de l’accident.  Pourtant tout est flou quant aux circonstances de ce dernier. Cette caméra livrera-t-elle des images susceptibles de clarifier les circonstances de la chute sur les pierres de Méribel ? Et la vitesse ? A quelle vitesse faut-il chuter pour qu’un casque de ski explose et qu’une boîte crânienne humaine soit à ce point atteinte ?

Pas d’information judiciaire

Qui est responsable ? Qui sera coupable ? Selon le quotidien allemand Bild, l’une des chaussures de Schumacher ne s’est pas désolidarisée de la fixation de son ski au moment de la chute. La police a saisi ses skis de location. Si la défaillance de la fixation est confirmée, la responsabilité du loueur peut être recherchée. Mais il faudra établir le « lien de causalité » entre ce défaut et l’accident. Le parquet n’a, pour l’heure, communiqué aucun élément en ce sens.

Le parquet d’Albertville, a fait savoir très tôt que « la présence, le rôle ou l’action d’un tiers » ne seraient vraisemblablement pas mis en cause. Aucune ouverture d’information judiciaire n’a été annoncée.

Mais les médias ajoutent en chœur : « reste la possibilité d’une plainte de la famille ». Et les médias sollicitent les avocats : une responsabilité pénale nécessite « une faute grave ou caractérisée », faute difficile à prouver. « Le hors-piste, en soi, n’exclut pas une indemnisation. C’est du cas par cas, explique Elodie-Anne Deschamps, juriste et ancienne avocate à Paris, cité par RTL.fr. Dans ce domaine, la jurisprudence est compliquée à analyser. »

Mais encore ? 

Première possibilité : mettre en cause la responsabilité du maire de Méribel devant le tribunal administratif, sur le fondement de ses « pouvoirs de police » pour assurer la sécurité dans sa commune. Le maire ne doit toutefois signaler que les « dangers exceptionnels », sur les hors-pistes « habituellement empruntés par les skieurs ». Le 31 mai 2013 le Conseil d’Etat a estimé que de simples rochers au bord d’un chemin hors-piste ne nécessitaient pas de signalisation.

Deuxième possibilité, une action visant l’exploitant de la station devant un Tribunal de grande instance. La discussion se ferait alors sur son obligation contractuelle de « baliser les pistes, signaler les dangers et en protéger les skieurs ». Les conclusions de l’enquête seraient alors cruciales sur trois points : matérialisée par des piquets rouges, sans filets, la zone apparaissait-elle clairement hors-piste ? Le rocher était-il proche de la piste au point de nécessiter une protection ? Schumacher skiait-il ou non trop vite ? Y a-t-il une vitesse autorisée quand on est hors piste ? Qui dit, ici, le droit entre la prise de risque (réclamée par les skieurs) et l’obligation de sécurité (réclamée par la famille lorsqu’il est trop tard) ?

Théories des complots

Certitude : les enjeux financiers sont considérables. Autre certitude : l’équipe médico-chirurgicale du CHU de Grenoble n’en a aucune quant aux suites à venir.

Une quasi-certitude, pour finir : les artisans des théories des complots et les diseurs de mauvaises aventures ne tarderont guère à se manifester (1). Comment expliquer, sinon, que les morts inexpliquées des trois nouveau-nés de l’hôpital de Chambéry coïncident (dans le temps et dans l’espace) avec l’affaire de l’ « ange noir de Chambéry » ?

On peut aussi redouter que ces théoriciens sachent tirer profit d’un autre rapprochement. Ainsi cette  remarque faite par le Journal du Dimanche lors d’un entretien avec  l’acteur Jean Reno, ami de Schumacher : « L’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM) semble faire corps autour de lui… ». Schumacher a, de fait, beaucoup donné d’argent pour cette institution et pour la recherche qu’on mène en son sein. On peut en voir la trace ici.

(1) Sur ce thème (et sur quelques autres qui le jouxtent) on écoutera avec le plus vif intérêt l’émission de France Culture L’Esprit Public où Philippe Meyer, Jean-Louis Bourlanges (professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris), Max Gallo (romancier et historien) et Thierry Pech (directeur de la rédaction d’Alternatives Economiques) reçoivent Gérald Bronner, sociologue spécialiste des croyances collectives et auteur du fort dérangeant essai  La démocratie des crédules (Presses Universitaires de France, 2013). Thème : « Alors que nous disposons aujourd’hui de la plus grande masse d’information jamais accumulée, les croyances et les théories du complot prennent le pas sur le discours scientifique et méthodique ».