Mieux que celles en chocolat, les cigarettes électroniques ouvriront-elles la voie au tabac ?

Bonjour

On l’appelle déjà « Loi Hamon ». Elle traite des tests de grossesse, du démarchage téléphonique et des plats « faits maison ». Elle traite aussi de la cigarette électronique. C’est à l’article 36, qui modifie le code de la santé publique et interdit sa vente aux mineurs. Cela donne ceci :

Simuler

L’article 36 modifie et complète l’article L. 3511-2-1 du code de la santé publique qui édicte l’interdiction de vente « à des mineurs de moins de dix-huit ans :

« 1° Des produits du tabac ou des ingrédients définis au deuxième alinéa de l’article L. 3511-1 ;

« 2° Sans préjudice des dispositions relatives à la vente au détail des produits répondant à la définition du médicament au sens de l’article L. 5111-1 :

« a) des cigarettes électroniques ou toute autre forme d’inhalateur électromécanique ou électronique simulant l’acte de fumer ;

« b) des liquides, contenant ou non de la nicotine, ayant pour objet d’être consommés avec une cigarette électronique ou avec toute autre forme d’inhalateur électromécanique ou électronique simulant l’acte de fumer ».

Sourire

Tant de sollicitude pourrait faire sourire. On grave dans le marbre de la loi l’interdiction de vendre à des mineurs des objets qui « simulent l’acte de fumer ». Et cette interdiction vaut même s’il n’y a pas de nicotine dans le e –liquide destiné à être incorporé dans « toute forme d’inhalateur électromécanique ou électronique simulant l’acte de fumer ».

La loi ne le dit pas mais le citoyen peut le supposer : il appartient désormais au débitant de cigarettes électroniques d’exiger si besoin de son client putatif potentiellement mineur une pièce d’identité (« ou de tout autre document officiel muni d’une photographie de nature à faire la preuve de l’âge de l’intéressé » – Article D 3512-3 CSP).

Empirer

Tout cela sur des présupposés. Aucune étude n’a démontré que le recours à de tels objets avant la majorité était de nature à ouvrir la voie vers le tabac. Pire : à aucun moment la puissance publique n’a cherché à savoir scientifiquement de quoi il retournait. Aucune équipe de l’Inserm, de l’InVS, de l’Ansm, du Cnrs, de l’Anses n’a été amenée à travailler le sujet.

On entend encore Marisol Touraine, ministre de la Santé expliquer (en substance) devant la presse au début de l’été 2013 que tout cela venait d’on ne savait où, que cela ressemblait furieusement à une cigarette  de tabac et qu’il fallait s’en méfier comme de la peste.

Punir

Le gouvernement et la représentation nationale en sont ici au stade des cigarettes en chocolat interdites à la vente, (quel que soit l’âge) car  considérées comme un moyen de faire de la publicité ou de la propagande en faveur du tabac au titre des articles L3511-3 et L3511-4 du code de la santé publique, délit punissable d’une amende de 100.000 euros au titre des articles L3512-2 et L3512-3 du même code.

Sourire

Tout cela peut faire sourire. Et puis soudain, entre deux chapitres du Blé en herbe (1923), nous tombons sur le travail de chercheurs californiens publié dans JAMA Pediatrics. On trouvera l’abstract ici. Travail mené par Lauren Dutra le Dr Stanton Glantz  du Center for Tobacco Research and Education (Université de Californie, San Francisco). Travail mené auprès de 40 000 lycéens et qui conclut que l’e-cigarette favorise le passage au tabagisme actif et, lorsqu’elle existait, renforce la consommation de tabac (1). Il ne semble pas exister l’équivalent en France du du Center for Tobacco Research and Education de Californie.

Entrer et sortir

On ne peut donc pas répondre à la question, essentielle, de savoir si la e-cig sera ou non une porte d’entrée adolescente sur l’enfer du tabac. Il est vrai la France ne s’est pas non plus dotée des moyens de savoir, le plus objectivement possible, si elle pouvait être une porte, nicotinée, de sortie.

Dans l’attente on promulgue des lois, on édicte des décrets et on discute du sexe, nicotiné ou pas, des séraphins ; des écoutes téléphoniques et des violences faites au secret qui (au nom sacré de la démocratie) doivent entourer les instructions judiciaires. On commence aussi à lire Golden Holocaust (voir ici) et on découvre que les secrets industriels de Big Tobacco furent autrement mieux préservés que certaines instructions judiciaires françaises d’aujourd’hui.

Monopoliser

Puis, relisant JAMA Pediatrics on en vient à faire un cauchemar : derrière la Révolution des Volutes on distingue Big Tobacco qui manipule l’ensemble des inhalations humaines, vapeurs d’eau nicotinées et nicotine engluée dans les goudrons du tabac. Big Tobacco ouvrant la porte d’entrée du tabac via le e-cig proposée aux adolescents, maîtrisant son segment historique puis la porte de sortie, toujours avec la e-cig.

Après Le blé en herbe, la nicotine pour la vie ? Il faudra songer à en parler aux autorités de la Concurrence.

A demain

(1) Complétons toutefois avec ces éléments fournis par Philippe Presles:

« L’enquête de Glantz, elle est très critiquable. Voici par exemple les critiques que cette étude soulève de la part de plusieurs chercheurs, incluant Tom Glynn de l’American Cancer Society, David Abrams du Schroeder Institute for Tobacco Research and Policy Studies at the Legacy Foundation, et Clive Bates :
Il en ressort cette conclusion : « I am quite certain that a survey would find that people who have used nicotine gum are much more likely to be smokers and to have trouble quitting, but that does not mean that gum is a gateway to smoking or makes it harder to quit. »
Au final la question n’est plus de savoir si c’est la poule qui fait l’oeuf ou l’oeuf qui fait la poule, mais comment arrêter de faire des omelettes ! »

 

Les Verts lorgnent sur le wifi des tout-petits

Bonjour

Modifier  la société puisqu’on ne  peut toucher aux marchés. Laissons l’économie et attaquons les espaces wifi. Aujourd’hui l’Assemblée nationale examinait en première lecture une proposition de loi de Mme Laurence ABEILLE et plusieurs de ses collègues « relative à la sobriété, à la transparence et à la concertation en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques ». Texte  n° 1635, déposée le 11 décembre 2013 (mis en ligne le 12 décembre 2013 à 16 heures 30).

On sait peu de choses sur Mme Laurence Abeille, femme politique française aujourd’hui âgée de 53 ans. Elle a été élue le jour de ses 52 ans députée sous l’étiquette née le 17 juin 1960 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) sous l’étiquette  Europe Écologie Les Verts  la 6e circonscription du Val-de-Marne face à député sortant UMP.  On trouvera ici son site internet officiel

Fil et connexions

C’est l’article 7 qui intéresse aujourd’hui les médias. On les comprend. Cet article  « vise à protéger les enfants des effets d’une exposition continue aux ondes électromagnétiques ». Il « interdit l’installation de wifi dans les établissements d’accueil des enfants de moins de 6 ans ». Il « permet l’utilisation du wifi dans les établissements scolaires uniquement lors d’activités le nécessitant ; il vise à privilégier les connexions filaires dans les écoles maternelles et élémentaires via l’obligation d’établir un devis mentionnant le coût d’une connexion filaire lors de l’installation d’un réseau de télécommunication ».

Hyper-électro-sensibilité

L’article 8 n’est pas non plus sans intérêt. Il «  traite de l’électro-hypersensibilité et demande au gouvernement la remise rapide d’un rapport afin d’apporter des réponses concrètes aux personnes qui souffrent ». Nous sommes là devant une équation politique et sanitaire exemplaire. On ne sait rien de l’entité électro-hypersensibilité. Rien sur sa réalité, sa physiopathologie, son épidémiologie, son évolution. Rien si ce n’est qu’elle existe aux yeux de l’Organisation mondiale de la santé. Et que les personnes qui estiment en souffrir en souffrent. C’est un cas bien connu d’impasse thérapeutique que les espositions médiatiques potentialisent. Et tous les Grenelle des ondes n’y changeront rien.

Equation sanitaire et politique plus exemplaire, caricaturale. Celles et ceux qui luttent contre les extensions des espaces wifi sont les Sisyphe de notre temps chaque jour un peu plus hyper-connecté. Comment, raisonnablement, croire que l’on coupera la tête des quatre G ? Comment vaincre les Opérateurs ? Il suffit de regarder la souffrance d’un jeune sans écran tactile pour comprendre que cela sera bien difficile. L’affaire n’est pas nouvelle et semble amplifier à chaque nouvelle tentative de conciliation, comme on l’a vu avec le dernier avis de l’Anses sur le sujet (mémoire-blog).

Le Pr Didier Sicard et la psyché

Les jeunes, voilà donc le nouveau terrain d’élection des élus Verts. Les très jeunes, les tout-petits. Ceux qui vont non plus à l’école maternelle mais – miracle de la novlangue française à la première école (1).  Et voici que ressurgit le principe de précaution utilisé sans aucune définition. En substance les Verts font savoir que des signes sont là que qu’il faut les prendre en compte. Interrogé au débotté sur cette question il y a quelques minutes (France Culture/La Grande Table) le Pr Didier Sicard fut bien en peine. Celui qui fut interniste (hôpital Cochin, Paris) avant de devenir président  du Comité d’éthique louvoya quelques instants entre les siècles la médecine et les ondes. On comprit dans le studio qu’il voulait signifier que cette hypersensibilité  était, tout bien pesé, une maladie de la psyché. Ce qu’elle est sans doute. Mais qu’est-ce  que la psyché à l’heure prochaine de la deux fois deux font quatre  G ?

Et puis, pour celles et ceux qui s’intéressent aux possibles impacts des nouvelles techniques sur la psyché et l’intellect , une proposition de lecture qui ouvre les yeux et les oreilles :  la dernière livraison de la revue Esprit (janvier 2014) intitulée « Inattention: danger! » (Les troubles de l’attention, un mal contemporain, Les nouvelles technologies empêchent-elles de penser ?, Reconstruire l’attention à l’école).

(A demain)

(1) « Changer le nom en ‘’petite école’’ ou ‘’ première école’’, c’est neutraliser d’une certaine manière la charge affective maternante du mot ‘’maternelle’’ » Sandrine Mazetier, député PS le 1er février 2013). Il s’agit ici d’un extrait de « Parlez-vous la novlangue socialiste ? », article jubilatoire  signé Stéphane Kovacs et Etienne de Montety paru dans Le Figaro daté du 22 janvier 2014). En l’espèce Mme  Mazetier a effectué l’ensemble de sa scolarité dans le 12ème arrondissement de Paris. Après une hypokhâgne et une khâgne et une licence de lettres classiques, elle poursuit des études en marketing publicité.

Ondes électromagnétiques : sobriété et/ou consommation avec modération (gouvernement français)

Trois ministres « saluent » les travaux de l’Anses au lendemain de leur publication. Et parlent ouvertement de la possible nécessité d’une « sobriété » ou, sinon, d’une « modération ».

Outre le « kit mains libres » les Français devront-ils apprendre à téléphoner en se serrant la ceinture ? 

On va bientôt sabrer le vin de Champagne au 27-31 avenue du général Leclerc de Maisons-Alfort, siège de l’Anses. Sabrage de rigueur après les salutations gouvernementales concernant le rapport sur les ondes (mémoire-blog).

Matinée du 16 octobre, diffusion d’un communiqué de presse intitulé : « Le Gouvernement salue la publication des travaux de l’Anses sur les effets sanitaires des ondes électromagnétiques et poursuit ses travaux sur le sujet. » Le Gouvernement rappelle que c’est lui qui avait demandé à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) de mener ce travail. Et que cette demande avait été formulée à l’issue de la conférence environnementale de 2012. Il s’agissait, pour ceux qui l’auraient oublié, de mettre à jour la précédente expertise de 2009 sur les effets sanitaires des radiofréquences.

Extraits :

« Marisol TOURAINE, ministre des affaires sociales et de la santé, Philippe MARTIN, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, et Fleur PELLERIN, ministre déléguée auprès du ministre du redressement productif chargée des petites et moyennes entreprises, de l’innovation et de l’économie numérique en ont pris connaissance. Ces travaux viennent enrichir les  apports du précédent rapport de 2009. Ils constituent également une mise à niveau significative pour les travaux du Gouvernement sur ce sujet. »

Prendre acte

« Les ministres relèvent ainsi que l’analyse des études les plus récentes met en avant la prépondérance des enjeux liés à l’exposition aux terminaux mobiles. Cette analyse confirme les attitudes d’attention et de protection recommandées par le Gouvernement en matière d’exposition aux champs électromagnétiques, et notamment en matière d’utilisation des téléphones portables. En particulier, les ministres prennent acte des recommandations de l’Anses (…) : l’usage modéré du téléphone et l’utilisation des kits oreillettes mains-libres et de terminaux ou autres équipements dont le débit d’absorption spécifique (DAS) est le plus faible.

Le Gouvernement continuera à travailler sur les réponses à apporter en matière de renforcement de l’information du public et des mesures de prévention quant à l’utilisation des téléphones mobiles sur la base des préconisations du rapport de l’Anses, tel que la généralisation de l’affichage du niveau d’exposition maximal pour tous les dispositifs émetteurs de champs électromagnétiques utilisés près du corps (tablettes etc.). »

Sobriété électromagnétique 

« L’exposition aux ondes électromagnétiques issues des antennes de téléphonie constitue une source de préoccupation, notamment pour les riverains. À cet égard, le Gouvernement rappelle que le Premier ministre a confié à Messieurs Jean-François Girard conseiller d’État et Philippe Tortelier, ancien député, une mission en matière de sobriété des ondes électromagnétiques. Cette mission, qui s’appuiera sur les travaux du comité chargé d’expérimenter des baisses de l’exposition aux ondes générées par les antennes-relais (COPIC) récemment remis à Philippe MARTIN et Fleur PELLERIN et sur ce rapport de l’Anses, vise à répondre aux enjeux d’une nécessaire modération en matière d’émission électromagnétique. Elle rendra ses conclusions dans le courant du mois de novembre 2013. (…). »

Toujours deux millions d’euros par an pour l’Anses

Les ministres souhaitent d’autre part que le travail mené par l’Anses puisse se poursuivre, notamment au regard du nombre important d’études et de travaux menés sur le sujet des effets des ondes électromagnétiques et de l’évolution rapide des usages et des consommations en matière de services mobiles. Le Gouvernement a pour cela « veillé à maintenir le fonds de deux millions d’euros par an » dont dispose l’Anses pour des appels à projets de recherche consacrés aux risques associés aux ondes électromagnétiques.

Songer à traduire kit en français

Sans soute y a-t-il plusieurs explications à cette démarche assez inhabituelle. A commencer par l’intérêt d’une forte majorité de nos concitoyens pour ce qui est perçu comme une consommation (celle des ondes et des champs électromagnétiques) trop invisible pour ne pas être sans risque. Ce communiqué de presse a d’autre part été rédigé à la lumière de la présentation par la presse des travaux de l’Anses et des commentaires également rapportés par la presse qui ont suivi. Une presse apparaissant parfois comme déboussolée par des conclusions qualifiée par elle de mi-chèvre, mi-chou.  Pas de risque démontré de cancers mais la nécessité de ne pas faire n’importe quoi. Pas de danger à l’horizon mais la modération dans la consommation. Et la priorité devant être accordée à la liberté des mains via le fameux « kit » (songer à trouver un mot français ?).

L’abus d’ondes n’est peut-être pas inoffensif

Reste le concret de cette information : le Gouvernement continuera à travailler sur la manière de renforcer l’information préventive du  public et il a « veillé » à ne pas retirer deux millions d’euros à l’Anses. Est-ce dire qu’en ces temps de disette publique cet argent aurait pu être soustrait ? On retrouve assez joliment la disette dans ce communiqué de presse : via la constitution d’une mission sur la « sobriété des ondes électromagnétiques ». Cela rassurera les « hypersensibles » et ceux qui redoutent de le devenir. Cela énervera les gros consommateurs devenus dépendants aux ondes.

Cela calmera-t-il les angoisses qui s’expriment chez ceux qui habitent sur les rives des antennes-relais ? Nous le saurons  dans un mois avec le rapport du Dr Jean François Girard – et de l’ancien député (PS, Ille-et-Vilaine) Philippe Tourtelier. Proposition de slogan : « Electromagnétisez – vous avec modération, l’abus d’ondes est peut-être dangereux pour la santé. »

 

 

 

 

 

Ondes électromagnétiques : désormais le scandale ne sera plus automatique

« Radiofréquences et santé »: un nouvel avis officiel a été rendu public aujourd’hui par l’Anses. Après les violentes polémiques  de ces dernières années il pourrait marquer la fin d’une époque où l’on pouvait tout dire dans les médias. Tout et parfois n’importe quoi.

Reste la question de l’addiction. Et celle de la prise en charge des « hypersensibles ».

C’est donc fait. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a rendu public, mardi 15 octobre, un avis réactualisé sur les impacts  des ondes électromagnétiques sur la biologie et la physiologie humaine. Premiers secteurs d’activités concernés : la téléphonie mobile et les antennes relais. Le hasard ou la fatalité a voulu que cet avis soit émis au moment où la « 4G » émerge sur le sol et dans le ciel français.

Soupçons « 4G »

On trouvera ici le rapport d’expertise collective et cet avis (signé de  Marc Mortureux, directeur général de l’Anses). Sémiologues et sociologues observeront demain comment cette publication sera digérée par les médias d’information générale. Souvent alimentés par les milieux associatifs postulant que cette activité ne pouvait pas ne pas avoir des conséquences délétères, une majorité de ces médias ont –en France du moins- alimenté une peur chronique vis-à-vis de l’usage de ces nouveaux moyens de communication. Ce phénomène était amplifié du fait de l’absence d’études scientifiques objectives permettant d’innocenter ces téléphones portables et les antennes sans lesquelles ils demeureraient muets. Ici encore le soupçon du conflit d’intérêt prévalait. Non sans raison. Et tout laisse penser qu’avec la « 4G » il prévaudra encore longtemps.

Le factuel et le fantasme

Côté des défenseurs de la thèse du « sans danger » on faisait observer, pragmatisme et bons sens de façade, que si un risque avait existé on l’aurait depuis longtemps perçu du fait de la consommation massive et exponentielle des communications.  Une situation à bien des égards similaire à celle de la présence des OGM dans les alimentations animales et humaines. Seules quelques institutions tentaient de faire la part du factuel et du fantasme, du réel et de l’irrationnel. Parmi elles les Académies nationales de médecine et des sciences aussitôt discréditée par les tenants du catastrophisme.

L’avis de l’Anses est là et il marque une étape dans cette controverse stérile. Les médias ne pourront plus arguer d’une étude publiée dans une obscure revue de santé environnementale pour extrapoler à l’homme les résultats incertains obtenus sur trois lapins immergés dans un bac à ondes aux intensités inhumaines. Il marque aussi la fin d’une époque où le directeur d’une agence sanitaire pouvait déclarer, à propos du même risque hypothétique associé aux « ondes », que le fait de ne pas pouvoir le mettre en évidence ne permettait pas d’affirmer que ce risque n’existait pas.

L’affaire de 2009

Incidemment le rapport de l’Anses d’aujourd’hui n’est guère différent de celui de  l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) de 2009. A cette nuance près que la direction de l’Agence n’a pas fait des conclusions scientifique une lecture type « principe de précaution au carré » ; situation qui avait alimenté une solide polémique il y a quatre ans. En 15 octobre 2009  le rapport de l’Afsset était à peine  rendu public que les responsables de l’Agence « créaient l’évènement ». Certes expliquaient-ils en substance, il n’existe pas de «démonstration probante» de l’existence d’effets autres que thermiques, mais des interrogations demeurent concernant notamment les effets biologiques sur le long terme. Pour le dire autrement «le contexte est incertain» et «on ne peut formellement montrer l’inexistence d’un risque».  Aussi fallait-il selon eux, entre autres mesures d’information à visée préventive de la population, réduire les niveaux d’exposition.

Quatre ans plus tard l’Afsset a été fondue dans l’Anses et le temps ne semble plus aux tempêtes. Après analyse de plus de 300 études scientifiques internationales publiées depuis 2009, l’Anses ne conclut pas à certes pas à l’innocuité mais à un « effet sanitaire avéré chez l’homme ». Elle  ne propose donc pas de « nouvelles valeurs limites d’exposition de la population. »

Hypersensibilité sans substrat organique

aux Sans doute observe-t-on quelques effets biologiques chez les animaux comme chez les humains mais ces effets sont fugaces et sans traductions physiologiques observables et – a fortiori – sans conséquences pathologiques. Il en va ainsi des impacts sur l’activité électrique cérébrale pendant le sommeil –voire une hausse infinitésimale de tumeur cérébrale chez les utilisateurs intensifs.

L’Anses évoque aussi, avec « le développement massif des technologies recourant aux radiofréquences et conduisant à une exposition intensive de la population » la possibilité d’une augmentation des cas d’hypersensibilité aux ondes, pathologie dont tout ou presque indique qu’elle n’a pas de substrat organique. Ce qui ne permet pas pour autant de disposer d’une thérapeutique – bien au contraire.    

L’addiction aux ondes

Le nouveau paysage n’est pas sur le fond modifié : toujours pas de preuves irréfutables d’éventuels effets sanitaires pathologiques. Traduire : un « niveau de preuve limité » ce qui interdit d’user du qualificatif « inoffensif ». Quand on balaye l’ensemble système nerveux central (sommeil, fonctions cognitives, maladies dégénératives) – appareil de reproduction – systèmes cardiovasculaire et endocrinien aucun lien de causalité n’a pu être débusqué entre des effets biologiques et d’hypothétiques effets sanitaires.

Ces conclusions seront –et c’est heureux- critiquées. Elles n’en marquent pas moins un tournant vers moins de passions. Reste désormais à s’intéresser de près à l’addiction grandissante aux ondes.

 

Les vins français d’AOC sont-ils des boissons de drogués ?

Nouvelle campagne médiatique du lobby de l’inter-profession viticole. Thème : le vin n’est pas une drogue. Une fois encore deux mondes s’affrontent : professionnels de la vigne et du vin versus professionnels de l’addiction alcoolique et de la santé publique. Aucune passerelle entre ces deux mondes n’est en vue.  

Vaste (et coûteuse) expertise publique (Anses) sur les dangers inhérents aux boissons « énergisantes/excitantes » (« Red Bull® &C°). Conclusion : mieux vaut faire attention. Des voix s’élèvent pour  les taxer. D’autres voix (ou les mêmes) réclament qu’elles soient mieux « encadrées ». Comme les vins français d’appellation d’origine contrôlée ? 

Depuis quelques jours grande opération de communication (relayée notamment par le Journal du Dimanche) qui vise à bien différencier les boissons alcooliques  du vin français d’AOC. C’est le but de Vin & Société avec «ce qui va vraiment saouler les Français», «campagne de mobilisation nationale en faveur des productions viticoles de l’Hexagone». Deux images «choc» (non datées) pour faire parler de leur initiative: François Hollande et Jean-Marc Ayrault dégustant un grand verre de vin (blanc).

Le rayonnement français

Vin & Société est une association de type loi 1901. Créée en 2004, elle dit représenter «les 500.000 acteurs de la vigne et du vin en France» (production, négoce et interprofessions). Elle s’est donné pour but «de donner sa juste place à un savoir-faire traditionnel et à un secteur d’activité qui contribue à la fois à la vitalité économique et au rayonnement de la France». Il s’agit encore de «transmettre les valeurs du vin» et de «promouvoir une consommation qualitative et responsable».

Cette campagne de mobilisation vise à faire pression sur l’exécutif pour qu’il revienne sur une série de mesures selon elle aujourd’hui à l’étude.

Des mesures qui, selon ses promoteurs, porteraient atteinte à la filière vitivinicole qui, après l’aéronautique et devant l’industrie du luxe (dont elle se réclame parfois), est le deuxième secteur contributeur à la balance commerciale française: 7,8 milliards d’euros à l’export.

Mobiliser vs moraliser

«Depuis des mois, nous sentons monter un courant moralisateur qui consiste à interdire et à déresponsabiliser les Français», assurent les promoteurs de la campagne. Ils dénoncent le fait que le vin puisse, «au nom de la morale» être assimilé à une drogue. Plus que de morale, il s’agit ici de médecine et de physiologie puisque le document cité en référence est le rapport du Pr Philippe Reynaud, psychiatre et addictologue, remis à la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) en juin 2013. Mais Vin & Société dénonce le fait que des spécialistes de l’addiction puissent juger dangereux pour la santé dès l’absorption d’un verre par jour. Et s’interroge:

«La moindre consommation de vin, même mesurée, serait donc mauvaise?»

Avant de répondre:

«Nous pensons que seule une société privilégiant l’éducation, la raison, et la responsabilité est à même de lutter contre les excès et ce, dans tous les secteurs.»

«La consommation de vin [en France] a diminué de 70% en cinquante ans et de 20% sur les dix dernières années, rappellent-ils. Quelle image sommes-nous en train d’envoyer aux 31 millions de Français qui dégustent du vin raisonnablement entre amis ou en famille? Quel signal envoyons-nous au monde entier qui nous envie le vin, symbole de notre art de vivre et de notre pays?» Selon l’Institut national de prévention est d’éducation à la santé (Inpes), 83% des consommateurs de vin en France en boivent de une à deux fois par semaine. Ou plus rarement encore, selon des données de 2010.

Boisson alcoolique

La question de fond est assez simple: la puissance publique et les autorités sanitaires françaises doivent-elle ne traiter le vin que comme une boisson alcoolique? Répondre par l’affirmative c’est, pour les responsables de Vin & Société «mépriser l’histoire et le travail des cinq cent mille acteurs de la vigne et vin en France». C’est pourquoi ils réclament au président de la République et au Premier ministre la mise en place d’une instance interministérielle «pour redonner au vin toute la place qu’il mérite dans notre pays».

Cette initiative s’inscrit dans le contexte général de la prise en compte comparée des conséquences sanitaires des différentes consommations de drogues, licites ou non. Cette démarche avait été initiée en 1998 par Bernard Kouchner. Le secrétaire d’Etat à la Santé du gouvernement de Lionel Jospin avait alors demandé au Pr Bernard Roques un rapport sur le thème de la dangerosité comparés des drogues. Ce fut une étape importante (quoique sans suite concrète) dans le débat sur la dépénalisation du cannabis. Mais après la loi Evin de 1991, ce fut aussi le point de départ d’une nouvelle prise de conscience du fléau que constituent les consommations de tabac et d’alcool (entre 100.000 et 150.000 morts prématurées chaque année).

Un pamphlet chez Grasset

Lors des opérations de lobbying visant à réduire la portée de la loi Evin, les représentants de la filière vitivinicole jugèrent opportun de s’associer aux grand alcooliers industriels (qui sont pour partie présents dans cette filière, notamment en Champagne). Ils cherchent aujourd’hui à s’en démarquer; notamment en soulignant les dimensions organoleptiques et culturelles spécifiques aux vins d’appellation d’origine contrôlée. C’est notamment l’objet d’un récent pamphlet (Invignez-vous! Editions Grasset) signé de Jacques Dupont, chroniqueur vin au magazine Le Point.

Le premier verre

En retour, plusieurs épidémiologistes, spécialistes de santé publique et alcoologues, refusent, avec plus d’énergie encore que par le passé, de faire une distinction entre les boissons alcooliques. Ils estiment que les dangers sont équivalents dès lors que la boisson consommée contient des molécules d’alcool.

C’est ainsi par exemple que l’Institut national du cancer (Inca) a publié en 2009 une brochure destinée aux professionnels de santé expliquant que les risques de cancer commençaient à augmenter à partir de la consommation d’un verre de vin quotidien. Ce qui est apparu en opposition radicale avec les assurances sanitaires données par le «régime méditerranéen», un mode d’alimentation qui inclut, précisément, une consommation raisonnée de vin. Des assurances sanitaires confortées, qui plus est, par le célèbre «paradoxe français».

Ce billet a pour une large part été publié sur Slate.fr 

 

Surenchère sanitaire : la leçon en or des petits poissons semi-carnivores

 

Il n’y a pas de risque avéré. Ce qui ne veut pas dire que le risque peut être écarté. Tel est une nouvelle fois le raisonnement tenu par les responsables de l’Agence nationale française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Il s’agit aujourd’hui d’un avis « relatif à l’analyse des risques sanitaires liés à la pratique d’immersion des pieds dans un bac d’eau contenant des poissons de l’espèce Garra rufa ». Un document édifiant, symptomatique des possibles dérives quant aux ressources collectives dépensées sous le couvert de la santé publique.

 

S’indigner sans doute pas. Mais on pourrait presque en rire. Peut-être le devrait-on, d’ailleurs. En toute rigueur. Mais personne ne rit, ni même ne sourit. Pas même Le Figaro qui rapporte l’affaire de manière factuelle dans ses pages « santé ». Chacun jugera ce qu’il convient de faire en lisant le très long avis que l’Anses vient de rendre public sur son site.  C’est un document officiel de trente-six pages, écrites serré. C’est aussi un symptôme et il n’a rien de rassurant, ce document rédigé par un groupe de sept experts présidé par le Pr Yves Levi (Université Paris sud, faculté de Pharmacie CNRS). Un groupe qui a auditionné des personnalités extérieures dont Julien Astoul, vétérinaire,  responsable de la « Division faune sauvage  captive et de la coordination sanitaire pour la faune sauvage – Bureau de la faune et de la flore sauvages ; ministère français chargé de l’écologie ». Auditionné aussi Michel Hignette, directeur de « l’aquarium tropical du Palais de la Porte Dorée ». Ce document officiel est daté du 1er février 2013 et il signé de Marc Mortureux, directeur général de l’Agence nationale française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). C’est un avis « relatif à l’analyse des risques sanitaires liés à la pratique d’immersion des pieds dans un bac d’eau contenant des poissons de l’espèce Garra rufa ».

Garra rufa ? Voir ici, wikipédia.fr en disant plus que l’avis de l’Anses. « Poisson docteur » utilisé ici ou là pour ses  pour ses vertus exfoliantes au niveau des extrémités des membres inférieurs. Poissons ventouse et sans dents décrit en1843 par l’ichtyologiste autrichien Johann Jacob Heckel (1790-1857). Ovipare pouvant le cas échant se nourrir de parties de peaux (humaines) mortes, affectées ou encore couvertes de croûte, laissant ainsi la peau en bonne santé se régénérer. Un gommage  halieutique en somme. Initiée en Turquie l’entreprise rencontre, dit-on un certain succès planétaire dans le sillage de Psoriasis Fishcure  (www.psoriasisfiscvure.com).

On ne sait pas s’il y a un risque …

Elle serait actuellement en  expansion en France (salons  d’esthétique, centre de bien-être, spas, actions de communication et.). Les promoteurs avancent des effets esthétique,  d’exfoliation et de bien-être, mais aussi dans certains cas, des allégations thérapeutiques,  comme la « régulation du flux sanguin », le « traitement du psoriasis et de l’eczéma ». De nombreuses agences régionales de santé (ARS) sont consultées pour « avis sanitaire » par les Directions départementales de la protection des  populations (DDPP) lors de l’instruction des dossiers de demande d’autorisation de  centres de « fish pédicurie ». Ces derniers, n’étant ni des structures de soins, ni des  piscines, ne relèvent actuellement d’aucune réglementation sanitaire spécifique en France. Les dénominations rencontrées sont très variables : « poissons docteurs », « fish therapy », « fish pedicure », « balnéofish », « fish spa », etc.

… ce risque est sans soute faible …

Le 30 mars 2012 la Direction générale de la santé (DGS) saisit l’Anses pour la réalisation d’un expertise ainsi dénommée: « Évaluation des risques sanitaires liés aux pratiques dite de fish therapy ou des poissons docteurs ». Au final de sa longue expertise le groupe de travail conclut : « malgré l’absence de cas d’infection documenté, le risque de transmission interhumaine ou zoonotique par le biais de l’eau ou des poissons, au cours de la pratique de ‘’fish pedicure’’, n’est pas nul ». Il ajoute qu’il « est probablement faible ». Sans toutefois pouvoir le quantifier, même les « populations d’usagers sensibles ».

« Même si aucun cas documenté n’a pour l’instant été rapporté, on ne peut écarter le risque de transmission de germes ou de bactéries (dont certaines sont résistantes aux antibiotiques, comme le staphylocoque doré) », souligne Gérard Lasfargues, directeur adjoint de l’Anses. Il précise que certains usagers sont plus vulnérables: les diabétiques, les immunodéprimés et les personnes porteuses de lésions cutanées. Et dans une eau qui ne peut par définition être désinfectée, l’agent pathogène peut être introduit par les clients comme par les poissons d’élevage, souvent importés d’Asie du sud-est ou d’Europe centrale.

… mais il ne peut être écarté.

Conclusion : l’Anses va faire réaliser des analyses et il importe d’acquérir « des données en vue de caractériser le risque sanitaire et de relever les cas d’infections liées à la fréquentation d’établissements de ‘’ fish pedicure ‘’ ». Ce n’est pas tout.  Il faudra aussi dorénavant appliquer strictement la réglementation française relative à la faune sauvage captive, encadrer réglementairement la protection contre les risques d’infection pour les usagers ».Il faudra encore élaborer « des procédures d’admission et d’hygiène des usagers, d’hygiène de l’établissement sous la responsabilité de personnels qualifiés ». Sans oublier « le contrôle et l’auto-surveillance du fonctionnement des installations, de la qualité de l’eau des bacs et de l’hygiène générale de l’établissement ». Sans oublier non plus « l’obligation de traçabilité des lots et le contrôle sanitaire des poissons, l’information objective du public sur les dangers encourus lors de cette pratique, l’information des personnels, y compris les travailleurs temporaires, les stagiaires et les personnels d’entreprises extérieures intervenant au sein de l’établissement, sur les risques d’infection, en particulier par des bactéries multi-résistantes aux antibiotiques, et la nécessité du respect des règles d’hygiène au travail ».

C’est à ce prix, et à ce prix seulement,  que l’on pourra continuer à laisser se faire exfolier en nourrissant des poissons sans dents.

 

La vache folle est de retour sur la scène (1)

 

Où la presse d’information générale hésite à redécouvrir l’encéphalopathie spongiforme bovine, à évoquer les souvenirs des cadavres, de l’équarrissage et des farines de viandes et d’os. Et où l’on voit néanmoins resurgir les angoisses sanitaires que  généra, il n’y a pas si longtemps, un agent transmissible non conventionnel. Premier acte.

Deux informations destinées à (et surgies de)  la presse . Toutes les deux concernent  l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). Qui, parmi nous, a oublié cette maladie neurodégénérative apparue fin 1985 dans la trop verte campagne anglaise ? L’ESB  (mieux connue sous la dénomination parlante de  vache folle ) fut à l’origine d’une crise sanitaire alimentaires et socio-économique majeure. C’était pour l’essentiel en Europe, et à compter de 1996. On venait alors de découvrir (dans des circonstances bien rocambolesques) que l’agent transmissible «non conventionnel» (un prion pathologique)  responsable de cette maladie pouvait après plusieurs années se transmettre à l’homme et ce via la consommation de viandes bovines contaminées. Conséquences tragiques et issue toujours mortelle. 

Au total, un peu plus de 200 cas d’une nouvelle forme de la maladie humaine de Creutzfeldt-Jakob ont à ce jour été recensés. Aujourd’hui, l’ESB  est en voie d’éradication. L’heure est ainsi progressivement venue de poser une question hier encore impensable : faut-il revenir sur le dispositif sanitaire (à la fois préventif, efficace et coûteux) mis en place depuis quinze ans en Europe? Si oui sur quels arguments, à quel rythme et pour quelles raisons ?  L’autre question, connexe, est celle de savoir si tous les risques ont été appréhendés, évalués, et prévenus. Elle vient d’être soulevée d’étrange façon.   

Ouvrons tout d’abord ici le premier de ces deux dossiers.

Il nous est fourni par l’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentation environnement travail (Anses) et  concerne l’alimentation des animaux en général ; plus précisément des animaux destinés à la consommation humaine. C’est une là une question sanitaire  de grande ampleur, rarement abordée au grand jour des médias, comme sont bien peu abordées les différentes facettes, sanitaires ou éthiques, de leur élevage et de leur mise à mort. Avec la vache folle il n’était plus question de faire l’économie d’un tel sujet. Il fut an effet rapidement établi (à la fin des années 1980, par des vétérinaires et d’autres spécialistes anglais) que le prion pathologique responsable de cette affection émergente avait pour origine le recyclage des cadavres de bovins (ou d’autres mammifères d’élevage) dans l’alimentation des bovins.

Il y a quinze ans la brutale découverte dans les médias de l’existence de cette pratique suscita l’effroi général. Elle était pourtant aussi vieille que la découverte de la thermodynamique de l’inconscient. Elle pouvait aussi être présentée comme un modèle de « développement durable » et de « sécurité environnementale » à une époque où ces concepts commençaient à prendre leur essor sous la baguette magique et martiale des militants écologiques. On ne vit plus alors dans cette pratique que la luciférienne transformation par l’homme d’innocents herbivores en carnassiers ; une pratique dictée par le profit, contraire aux grands équilibres naturels (issus –plus ou moins, selon les croyances – de la darwinienne Evolution des espèces) et à ce titre mortifère.

On parla alors beaucoup des «farines animales ». Ces produits riches en protéines étaient issus de la transformation par incinération des carcasses et des cadavres d’animaux. L’Angleterre thatchérienne en avait modifié les procédures de fabrication avec les conséquences que l’on découvrait un quart de siècle plus tard. On interdit ces farines dans les circuits des alimentations animales ce qui entraîna d’innombrables conséquences environnementales et autant d’inquiétudes sanitaires.

Puis le temps, comme souvent, passa. Et l’affaire revint sur le tapis en  juin 2011. Quelque temps auparavant la Commission européenne avait fait savoir, sans discrétion, qu’elle souhaitait voir prononcée la levée des mesures de police sanitaire prises entre 1990 et 2000 concernant ces farines – ou protéines animales transformées (PAT). Ces mesures d’interdiction ne connaissaient que quelques exceptions: l’utilisation de «farines de poissons» dans l’alimentation des animaux non-ruminants (mais aussi dans celle des veaux non sevrés et qui n’étaient pas «élevés sous la mère»…). Sans oublier le recyclage (méconnu de leurs maîtres) de ces PAT dans les aliments destinés aux chats et chiens domestiques.   

La suggestion de la Commission européenne de lever les actuels interdits ne concernait toutefois pas les animaux ruminants. Il ne s’agit donc pas de réintroduire différentes formes de  « cannibalisme » : Bruxelles précisait  les PAT  issues des volailles ne pourraient être inclues dans l’alimentation de ces dernières; idem a priori pour les poissons et les porcs. On n’allait que croiser les alimentations. Et Bruxelles de demander à  chaque Etat membre de l’Union d’analyser les différents paramètres, sanitaires et économiques, de l’équation. Il y a six  mois ont découvrait en France le constat du groupe de travail du Conseil national de l’alimentation (CNA) grâce à un rapport d’étape .

Le CNA est un organisme consultatif des ministères français de l’Agriculture, de la Santé et de l’Economie. Il  réunit des représentants de tous les acteurs de la chaîne alimentaire; et il est notamment —plus d’un an — en charge de la question de la possible réintroduction des farines animale. En juin 2011  ce groupe de travail estimait  que la situation sanitaire concernant l’ESB était «désormais maîtrisée». Il existait selon lui une «absence de risques pour la santé humaine» et, dans le même temps des «besoins croissants en protéines pour l’alimentation animale» ainsi que de «probables avantages environnementaux» à la réutilisation alimentaire des PAT. 

Le groupe du CNA proposait la «levée de la mesure de police sanitaire» puisque «les conditions  ayant conduit à l’interdiction des PAT dans l’alimentation des animaux destinés à la consommation humaine » n’étaient « plus d’actualité». Pour le dire autrement on pouvait, en juin, s’attendre à une réintroduction progressive de ces farines qui ne servent plus aujourd’hui –dans le meilleur des cas— qu’à alimenter les fourneaux des cimentiers. Au titre de la précaution, ces farines demeureraient toutefois prohibées dans l’alimentation des bovins et autres ruminants. C’était compter sans  la position non pas du ministre de la santé mais de celui de l’agriculture, Bruno Le Maire, expliquant alors  au « Grand jury » RTL/LCI/Le Figaro qu’il était fermement opposé à une telle mesure :  

«Tant que je serai ministre de l’Agriculture, les farines animales ne seront pas réintroduites en France. J’en prends l’engagement. J’ai en tête les 200 morts de l’ESB et les 23 décès en France (…) j’ai aussi en tête l’incapacité que l’on a eue pendant des mois et des mois à retracer l’origine de ces farines animales. Aujourd’hui, je constate que l’on ne nous donne pas de certitude (…) personne ne m’écrit noir sur blanc que cela ne pose aucun problème de sécurité sanitaire pour les Français.»

On attendait depuis l’avis (que l’on imaginait plus précautionneux) de l’’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).  C’est chose faite depuis quelques jours, cette puissante Agence ayant décidé dans ces conclusions de temporiser pour ne pas dire –ce qui serait injuste- de botter en touche.

Assouplir comme le veut la Commission européenne  les règles actuelles d’interdiction des PAT pour l’alimentation de certains animaux de rente ?  L’Anses rappelle qu’en 2009 elle avait déjà posé plusieurs conditions à un éventuel assouplissement « concernant notamment l’étanchéité des filières pour prévenir les risques de contamination croisée et la mise au point d’un test fiable de détection de l’espèce d’origine des PAT ». Dans son dernier  avis et rapport elle note « des progrès dans l’organisation des filières » mais  considère néanmoins que les conditions permettant une utilisation sécurisée des PAT (1) ne sont pas, à ce jour « totalement réunies ».

Il faudra donc attendre. Mais pour l’heure force est d’observer que ce travail d’expertise et la prise de position de l’Anses (qui a fortement déplu à Bruxelles où Paris est souvent critiqué pour sa politique frileuse en matière sanitaire) n’ont guère mobilisé l’intérêt des médias d’information générale.  Jusqu’au prochain épisode (par définition imprévisible, de ce long feuilleton.

(A suivre sous peu, le deuxième dossier) 

1 La spécialisation n’interdit pas, bien au contraire, le respect dû à la sémantique. L’Anses souligne ainsi que les PAT dont elle parle sont des matières premières protéiques produites à partir de sous-produits provenant d’animaux destinés à la consommation humaine (sous-produits de catégorie 3). Elles se distinguent de ce qui avait été appelé dans les années 1990 et 2000 « farines animales », et qui recouvraient de façon beaucoup plus large des sous-produits d’animaux de catégories 1 (destinés exclusivement à l’incinération), 2 (utilisés comme matières fertilisantes et à d’autres usages exclusivement non alimentaires) et 3. Les sous produits de catégories 3 sont définis par l’Art.10 du règlement n°1069/2009. Ce sont des coproduits d’abattage provenant d’animaux propres à la consommation humaine mais non utilisés par exemple : sang, peau, phanères, tendons, …. Dont acte