Incroyable mais vrai : quand le café décaféiné permet de faire œuvre de sérendipité

Bonjour

C’est l’archétype de l’histoire qui incite à faire un « bon mot ». Même la select Arte n’a pas pu résister en reprenant en boucle l’AFP (Paul Ricard) : «  Deux expressos contre une maladie orpheline, c’est fort de café ». C’est d’abord et surtout un bel exemple de sérendipité. A lire dans Annals of Internal Medicine : « Caffeine and the Dyskinesia Related to Mutations in the ADCY5 Gene ». Une lettre signée de quatre médecins exerçant dans deux hôpitaux parisiens, les Prs Aurélie Méret et Emmanuel Roze et les Drs Eavan McGovern  et Domitille Gras.   

Le cas clinique rapporté est celui d’un enfant de 11 ans, chez lequel est diagnostiqué l’an dernier une dyskinésie liée au gène ADCY5. Aucun traitement n’est scientifiquement validé contre cette maladie très dyskinésie génétique très rare et invalidante. « Les bras, les jambes et le visage se mettent à bouger de manière très importante. Cet enfant ne pouvait pas faire de vélo ni même rentrer à pied de l’école, car une crise pouvait survenir n’importe quand, explique le Pr Emmanuel Flamand-Roze, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) ».

En rester bouche bée

Les spécialistes prescrivent toutefois, depuis quelques années, le recours à la consommation de café – et ce « depuis que d’autres patients ont raconté que c’était très efficace contre les troubles du mouvements. Et c’est ainsi que cet enfant consommait une tasse d’expresso le matin et une autre le soir. « Les parents ne sont pas choqués, étant originaires de Madagascar, cette boisson est souvent utilisée comme remède à différents maux » précise l’AFP.  De fait, en pratique, l’efficacité est là : durant sept heures, les mouvements incontrôlés disparaissent presque totalement.

Puis les parents constatent que le breuvage ne fait plus effet, les mouvements anormaux involontaires sont de retour. Au bout de quatre jours, ils réalisent avoir donné par erreur du décaféiné. Une fois le caféiné réintroduit, les mouvements anormaux disparaissent à nouveau. Ou comment réaliser, involontairement et sur un cas unique, un test « en double aveugle contre placebo ».

Hypothèse : la caféine se fixe sur des récepteurs liés à la protéine ADCY5 anormale, « très présente dans une région profonde du cerveau et responsable des mouvements anormaux ». Elle reste à confirmer, ce à quoi les auteurs des Annals of Internal Medicine vont s’employer. Dans l’attente la prescription d’expresso va faire autorité. Où l’on voit que les mystères de la sérendipité peuvent laisser bouche bée.

A demain @jynau

Sperme et PMA : si les importations sont licites, à quoi sert la loi française de bioéthique ?

Bonjour

Que retenir, en résumé, du long monologue jupitérien ? L’interdiction faite, désormais, aux pauvres de jeter des pierres sur les « premiers de cordée » (« sinon c’est toute la cordée qui dégringole »). Et le refus de tirer à boulets rouges sur celles et ceux qui ne partagent pas les convictions présidentielles sur l’ouverture de la PMA aux femmes seules ou homosexuelles. Car si le discours ne varie pas sur le fond le ton, lui, a bien changé. A commencer par cette précision de taille : si elle devait se faire l’ouverture des indications de PMA des outils juridiques devraient prévenir une évolution mécanique vers la GPA à laquelle Emmanuel Macron affirme avec une plus grande clarté être totalement opposé.

Pour le reste, gant de velours : « Le politique ne doit pas imposer un choix en brutalisant les consciences » ; « sujet complexe qui heurte les convictions philosophiques et religieuses ». Et volonté réitérée d’obtenir, en 2018, un climat apaisé seul garant d’un débat de qualité. Comment Emmanuel Macron apaisera-t-il les passions qui enflamment, sur ce sujet, Mmes Marlène Schiappa, jeune secrétaire d’Etat, Irène Théry, sociologue militante médiatisée et Ludovine de La Rochère, présidente de « La Manif Pour Tous ».

Insémination artificielle à domicile

C’est dans ce contexte qu’un autre mouvement radicalisé (« L’AVenir pour Tous ») vient d’annoncer à ses ouailles « avoir découvert sur internet que l’auto-reproduction (…) est bien une réalité consommée depuis les années 1990 et son développement via internet. En effet, l’insémination à domicile avec donneur anonyme est pratiquée et commercialisée depuis le Danemark (première banque de sperme au monde) dans plus de 100 pays dont … la France. Et ce depuis 30 ans ! ».

A dire vrai le sujet est loin d’être nouveau qui était abordé il y a quelques jours dans un documentaire diffusé sur Arte : « Bébés sur mesure ».  Pour autant il s’agit bien d’un sujet essentiel qui soulève, en France, une série de questions juridiques, médicales et éthique hautement dérangeantes et, à ce titre, régulièrement occultées. Où l’on reparle de la firme danoise Cryos International spécialisée dans le commerce de paillettes de sperme congelé. Cryos dont Libé livrait un portrait il y a dix ans déjà « Sperme de luxe ».

Cryos International, donc, ses « donneurs », la « sélection » de ses derniers, les « réservations », les « tarifs » et son mode d’emploi pour la livraison et l’insémination à domicile . Avec ces précisions :

« Expédiez-vous du sperme de donneur à des clients privés dans le monde entier pour des inséminations à domicile ?

– Oui. Cryos est une banque de tissus autorisée au titre de la directive européenne sur les tissus et cellules humains. À ce titre Cryos peut expédier du sperme de donneur ayant fait l’objet de tests de dépistage à des clients privés à des fins d’insémination à domicile, quelles que soient leur situation matrimoniale et leur orientation sexuelle. Toutefois nous recommandons toujours à tous nos clients d’être suivis par un médecin. De nombreux facteurs peuvent influer sur le résultat d’une insémination artificielle, comme les examens médicaux, le diagnostic, les analyses, le moment choisi, la stimulation hormonale ou les autres traitements médicamenteux. Un traitement est généralement plus efficace s’il est réalisé par un médecin ou dans une clinique, et présente un taux de réussite trois ou quatre fois supérieur par cycle. Le traitement peut prendre la forme d’une insémination intra-utérine (insémination directement dans la cavité utérine avec du sperme purifié) ou d’une FIV (fécondation in vitro). Ces deux méthodes ne peuvent être réalisées que par un médecin ou dans une clinique.

Le sperme de donneur est du même standard de la même qualité que celle fourni aux médecins et aux établissements de procréation médicalement assistée.

Ai-je légalement le droit d’importer du sperme de donneur?

L’Union européenne forme un espace sans frontière et la libre circulation des marchandises est garantie. Cependant, vous êtes tenu(e) de respecter la législation nationale concernant l’importation et l’utilisation des marchandises. »

Le sperme est-il une marchandise ? Que dit la législation française sur la question de l’importation des gamètes ? Qui interdit, en pratique, à des femmes seules ou homosexuelles françaises d’avoir recours à un tel service ? Et si rien ne l’interdit pourquoi modifier la loi ? Nous allons, sur ce sujet, interroger l’Agence de la biomédecine.

A demain

Méchants noms d’oiseaux à l’AP-HP – éclairante bienveillance des Hôpitaux de Genève

Bonjour

Il fallait, mardi 3 octobre, avoir le courage d’assister, sur Arte, au « documentaire » sur l’un des blocs opératoires de l’hôpital Saint-Louis (AP-HP) pour prendre la mesure de l’indicible télévisé. Officiellement il s’agissait de raconter  les conditions de travail des soignants, infirmières et médecins, anesthésistes et chirurgiens. Officiellement, toujours, le réalisateur Jérôme Le Maire aurait passé « deux ans » dans cette unité chirurgicale, dont douze mois sans filmer pour « se familiariser avec le personnel ». Deux ans pour nous dire quoi ?

Comment capter l’attention des médias ? « D’une intervention qui voit fuser les noms d’oiseaux à des réunions de crise où se déversent des doléances concurrentes, Jérôme Le Maire capte un mal-être général qui, des aides-soignantes aux chirurgiens, « déborde, déborde, déborde », comme le planning que les gestionnaires du service n’ont de cesse de vouloir « optimiser » », indique le synopsis du film.

Le réalisateur focalise sur l’épuisement professionnel des équipes, sur l’augmentation continue de la charge de travail et sur tout ce qui en résulte. On perçoit, ici ou là, les dégâts engendrés par l’effondrement d’un système mandarinal au profit d’une priorité comptable sans queue ni tête. Ce portrait d’un hôpital « au bord de la crise de nerfs » est inspiré du livre de Pascal Chabot, « Global burn-out », précise Le Quotidien du Médecin. Très bien. Tenter de percevoir la réalité – ne pas céder à la caricature télévisée.

Soigner dans l’ancienne cité de Calvin

Il fallait, mercredi 4 octobre, avoir la chance de recevoir une information de Genève pour saisir tout ce que peut offrir un établissement hospitalier. On y apprend qu’il existe depuis un an, au sein des Hôpitaux universitaires de Genève   (HUG) une « consultation pour étudiants ». Elle s’adresse à tous les étudiants suisses et étrangers de l’Université de Genève UNIGE, de la Haute Ecole spécialisée de Suisse Occidentale HES-SO et de l’Institut des Hautes Etudes Internationales et de Développement IHEID. Soit une communauté de 18.000 personnes. La majorité de ceux qui s’adressent à la consultation n’a pas de médecin traitant ou n’a pas accès à son médecin de premier recours. La consultation reçoit des personnes anglophones pour la plupart, de sexe féminin, de niveau Master, âgées entre 19 et 29 ans. Cette consultation offre une prise en charge globale débouchant, le cas échéant, sur des consultations spécialisées.

« La consultation pour étudiants a pour mission principale d’assurer une médecine préventive et curative, ainsi qu’une éducation à la santé, précisent les HUG. Elle répond à des demandes spécifiques telles que bilans de santé, vaccins, suivi d’un asthme, inquiétude sur un signe physique, pertes de poids, fièvre, infections et certificats de santé. A cela s’ajoutent des demandes typiques des jeunes adultes telles que gestion du stress de l’étudiant, troubles du sommeil ou de la concentration, prise de produits, troubles du comportement alimentaire, pathologies psychiques, allergies, suivi gynécologique ou infections sexuellement transmissibles. »

Les soignants genevois s’adressent à ceux qui arrivent à Genève et qui ne connaissent pas le système de santé suisse ou ne parlent pas français. De nombreux étudiants consultent alors qu’ils sont démédicalisés et n’ont pas vu de médecin depuis leur dernière visite chez le pédiatre. Les prises de rendez-vous se font en ligne sur hug.plus/consultationetudiants. Combien ? Les consultations sont facturées selon le tarif uniforme appliqué en Suisse pour le remboursement des prestations ambulatoires tant dans les cabinets médicaux que dans les hôpitaux.

Ne pas caricaturer, certes. Pour autant voilà bien, mandé depuis l’ancienne cité de Calvin,  un beau sujet de réflexion pour la direction générale de l’AP-HP – sans parler de l’ensemble des services burn-outés des établissements hospitalo-universitaires français.

A demain

 

Pourquoi les Allemands fument-ils moins que les Français ? Les dérangeantes réponses d’Arte  

Bonjour

C’est acté: le Premier ministre Edouard Philippe vient de faire savoir qu’un nouveau plan de lutte contre le tabagisme serait dévoilé en septembre. Plan de lutte national qui pourrait comporter une hausse d’un euro du prix du paquet à compter du 1er janvier – et qui évoquera la nécessaire « harmonisation européenne » dans ce domaine. Une formule vide dans une Europe marquée par de profondes différences quant à la prévalence du tabagisme. Un exemple en est donné par le remarquable travail diffusé il y a peu sur Arte visant à comprendre les écarts existant des deux côtés du Rhin : « L’Allemagne éteint sa cigarette, la France en rallume une ». Un documentaire éminemment politique.

 Les adolescents allemands fument aujourd’hui nettement moins que les adolescents français. Pourquoi ? « Cela est probablement dû à tout un travail, en profondeur, de prévention et d’accompagnement auprès des adolescents, menés par les différents länder » estime le site des buralistes français. Résumé des principaux chapitres abordés dans le documentaire d’Arte.

Les Allemands sont moins nombreux à fumer 

Il est plus facile d’acheter des cigarettes en Allemagne qu’en France. Il suffit d’aller au distributeur automatique ou au supermarché et, en moyenne, les cigarettes y sont moins chères. L’Allemagne est aussi le seul pays européen avec la Bulgarie où la publicité pour le tabac est encore partiellement autorisée (comme dans les salles de cinéma après 18 h). Et pourtant, le tabagisme recule : 25% de la population contre 35,1% en France.

« En faisant passer des lois visant à protéger les non-fumeurs, l’Allemagne a connu une profonde mutation, explique le Dr Ute Mons (Centre allemand de recherche sur le cancer). Fumer est moins bien vu qu’auparavant. Les jeunes sont moins nombreux à fumer depuis que l’usage de la cigarette est restreint dans les bars et restaurants et dans l’espace public. » Ce sont surtout les multiples augmentations du prix du tabac qui ont maintenu la jeunesse, plus sensible au prix, éloignée de la cigarette.

Les politiques anti-tabac n’empêchent pas les Français de fumer

« Les politiques menées en France ont conduit à l’interdiction de fumer dans les lieux publics et dans l’ensemble des bars et restaurants, résume Arte. Aucune publicité pour les cigarettes n’est autorisée et pour s’en procurer, il faut se rendre dans un bureau de tabac. Le prix du paquet dépasse largement les 4,74 euros que coûte en moyenne un paquet au sein de l’UE. Recouverts d’images chocs dans les deux pays, les paquets français sont standardisés en France depuis le 1er janvier. La loi qui a rendu les paquets neutres visait à réduire l’attractivité des cigarettes et, surtout, à dissuader les jeunes de fumer. En vain, pour le moment. »

Les jeunes Français fument plus, malgré des produits moins accessibles qu’en Allemagne où la limite d’âge peut être facilement contournée grâce aux distributeurs automatiques non surveillés. Dans les deux pays, l’âge minimum légal est de 18 ans. Une étude montre toutefois que 74% des buralistes français vendent du tabac aux mineurs.

Fumer, un besoin social français ?

« En théorie, les mesures de prévention fonctionnent toujours, déclare le docteur Ute Mons. Mais, quelles que soient les lois votées, le contexte culturel joue un rôle majeur. Et on a l’impression qu’en France, fumer est une pratique ancrée dans la culture. » C’est aussi la conclusion de l’historien Didier Nourrisson, auteur de Cigarette, histoire d’une allumeuse. La population française n’a réellement accès au tabac que depuis le 19e siècle, alors qu’on fume depuis plusieurs siècles en Allemagne.

« Aujourd’hui encore, fumer est un besoin social et quasiment démocratique. Ce besoin remonte à la Révolution française, moment où les Français ont non seulement réussi à accéder au pouvoir, mais aussi au tabac. C’est encore ancré dans l’esprit des gens. C’est une sorte d’héritage culturel qui se transmet inconsciemment de génération en génération » explique-t-il.

De ce point de vue la cigarette électronique constitue, selon lui, une occasion manquée. Du moins jusqu’à présent. Après les aveuglements de Marisol Touraine sur le sujet on attend, avec intérêt, le sort que lui réserve le Premier ministre Edouard Philippe et son gouvernement.

A demain

 

Brigitte parlera-t-elle à Emmanuel du « tabac chauffé moins nocif » de Philip Morris ?

Bonjour

Longtemps Marisol Touraine ne daigna pas s’intéresser à la cigarette électronique. Puis elle trouva que cela ressemblait furieusement à la cigarette de tabac. On connaît (malheureusement) la suite. Tel ne fut pas le cas, on le sait, de Brigitte Macron. Mme Macron, future Première Dame à laquelle Le Monde vient de consacrer un portrait-pleine page tandis que Régis Debray apprécie, sur Arte, qu’elle ait été professeure de français.

Le changement de président (et ses innombrables effets connexes) coïncide avec le lancement, en France, de l’IQOS appareil à base de tabac « chauffé à moindre nocivité » commercialisé par le géant Philip Morris. Nous avons déjà évoqué l’affaire en dénonçant la passivité des autorités sanitaires. L’Agence France Presse revient fort utilement sur le sujet qui voit également sur les rangs les autres géants : Japan Tobacco International et sa Ploom (appareil en forme de stylo qui chauffe des petites capsules de tabac à usage unique) et British American Tobacco (et sa « chaufferette » rectangulaire Glo, dans laquelle on insère des bâtonnets de tabac).

Depuis quelques jours Philip Morris teste le marché français : IQOS est vendu sur internet (70 euros avec chargeur) et les recharges sont disponibles, sous la marque Heets, dans quatre-vingt dix bureaux de tabac en région parisienne et neuf à Nice.

22 long rifle et/ou kalachnikov

« Tabac chauffé à moindre nocivité ? » « Tout ça est absolument non avéré », avertit le Pr Albert Hirsch, pneumologue et vieux militant anti-tabac. Il faut valoir qu’il n’y a pas encore d’études indépendantes (pourquoi ?) et que l’on ne dispose pas d’un recul suffisant sur de tels produits (combien faudra-t-il attendre ?). « L’industrie du tabac nous a déjà fait le coup il y a 40 ans, avec le filtre, puis les cigarettes légères, et on s’est aperçu qu’il y avait des risques majeurs, donc il faut être extrêmement prudent », ajoute Yves Martinet ancien président de l’Alliance contre le tabac.

« Il est possible que ça soit moins toxique, mais qu’on se fasse tuer par un 22 long rifle ou par une kalachnikov, dans les deux cas, on est mort », attaque le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue-militant et spécialiste de la lutte contre le tabac. Même s’il y a « beaucoup moins de monoxyde de carbone dans l’air expiré qu’avec les cigarettes », il y en a quand même un peu, souligne-t-il. Il y a aussi des nitrosamines, substances cancérigènes naturellement présentes dans le tabac, sans même qu’il soit brûlé.

Plus grave, IQOS est selon lui « fait pour créer de la dépendance ». « Une fois allumé, on doit prendre les 10 à 15 bouffées en cinq minutes contrairement à une cigarette électronique ». Cela entraîne des « pics de nicotine », phénomène qui augmente le nombre de récepteurs de la nicotine et « entretient la dépendance ». Voilà, avec la cigarette électronique, un bien beau dossier d’actualité pour le prochain ministre de la Santé et de la réduction des risques. A fortiori s’il est incité à s’en saisir depuis le Palais de l’Elysée.

A demain

 

 

Cholestérol, frontières, mortalité vasculaire: les statines sauvent de nombreuses vies en Suisse

 

Bonjour

Il est une manière suisse de revenir sur une polémique, une manière de calmer le jeu. On sait comment, à échéance régulière certains se servent des statines pour, en France, jeter de l’huile médiatique sur le feu de la discorde médicale. L’affaire n’est ni sans justification ni, parfois, sans vertus. On se souvient  de la dernière émission télévisée sur le sujet – grosse audience sur Arte.

Arte à Genève et Zurich

Regarde-t-on la chaîne franco-allemande dans la Confédération ? C’est fort possible. «  Dernièrement, un débat public a eu lieu sur les statines et leur efficacité dans le traitement du cholestérol. Certains médias s’en sont d’ailleurs fait l’écho, ce qui a pour effet d’inquiéter certains patients, qui s’interrogent aujourd’hui sur l’opportunité de leur traitement » nous écrivent les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Le Pr François Mach, chef du service de cardiologie des HUG est également questionnés sur le sujet par ses patients. Il fallait réagir. Voici l’essentiel de ce que nous communiquent les HUG le Pr François Mach – et ce conformément à l’avis de la Société Suisse de Cardiologie :

«  Aucun autre médicament en médecine préventive ne possède un niveau de preuves d’efficacité clinique aussi élevé que les statines. Elles allongent l’espérance de vie des patients à risque, diminuent les événements cardiovasculaires (infarctus et AVC notamment) et ont un risque d’effets indésirables limité largement compensé par l’ampleur des bénéfices.

« Nier les bienfaits d’un traitement de statine et leur impact sur l’espérance de vie réfute les faits et évidences scientifiques et peut s’avérer dangereux pour les patients qui pourraient remettre en question le bien-fondé de leur traitement. Nier les progrès thérapeutiques, porter la suspicion sur les médecins, c’est aussi ignorer l’amélioration incontestable du pronostic cardiovasculaire.

« Depuis 1990, le taux de mortalité par crise cardiaque a baissé de 40% en moyenne dans les pays membres de l’OCDE. En Suisse, l’effet est tout aussi spectaculaire, avec une diminution de la mortalité cardiovasculaire d’environ 30% pour les années 1998 à 2007 (…)

Conflits d’intérêts

« Il y a plus de 20 ans, des scientifiques ont mis en doute la relation entre cholestérol élevé et maladies cardio-neuro-vasculaires, en s’appuyant sur les résultats d’études de traitements anciens (les fibrates) diminuant peu les taux sanguins du mauvais cholestérol (le LDL-cholestérol). Par la suite, cette controverse n’a pas été confirmée par les nombreuses études incluant des participants recevant les traitements modernes de l’hypercholestérolémie, les statines (…).

« Les statines, aujourd’hui disponibles pour la plupart sous forme de médicaments génériques, diminuent de manière spectaculaire le LDL-cholestérol, avec un risque d’effets indésirables faibles, et le plus souvent bénins (crampes musculaires). Les premiers essais avec les statines ont été réalisés auprès de patients ayant fait un infarctus du myocarde. Puis, leur utilisation a été généralisée à des sujets à risque élevé d’accident coronaire ou cérébral, notamment hypertendus, diabétiques ou insuffisants rénaux. Les résultats ont fait l’objet de très nombreuses publications, rassemblés dans plusieurs publications de méta-analyses et sont convergents et sans appel: les statines diminuent le risque de futurs événements cardiovasculaires, notamment la mortalité, et ceci en prévention primaire et en prévention secondaire. »

Voilà qui est clair et compréhensible par tout citoyen de part et d’autre de la frontière. Rien n’est dit quant aux éventuels liens (voire conflits) d’intérêts. C’est, selon toute évidence une omission de ce communiqué de presse. Elle qui manquera pas d’être sous peu réparée.

A demain

Statines et cholestérol : nous étions 1,7 million assis sur nos canapés devant Arte. Et après ?

 

Bonjour

De même que le dépistage du cancer du sein (ou de la prostate) le « cholestérol » alimente des oppositions farouches. Ce sont des guerres de religions sans divinités, des affrontements d’autant plus violents que chacun veut en découdre coûte que coûte. Chacun sa part de vérité, chacun voulant démontrer, chacun sa part de méchanceté. C’est dire si l’on redoutait, l’autre soir, le documentaire suivi d’un débat que proposait Arte à grand renfort de publicités.

Bluff sur bluff

Arte diffusa. On comptabilisa : nous fûmes environ 1,7 million, le 18 octobre, sur nos canapés, à regarder des images expliquant (pas assez) qu’il nous faudrait un peu plus nous remuer. 1, 7 million et plus de 88 000 visions en différé  Un score considérable qui, incidemment, dit l’appétit du grand public pour les émissions médicales et scientifiques à connotation pédagogique. Des émissions que la télévision, le plus souvent, snobe. Pourquoi ?

Arte a diffusé et c’est l’heure des critiques. A commencer par celle, mordante et libre pensante de l’Association française pour l’information scientifique (AFIS) « Quand Arte nous trompe sur le cholestérol » :

« Le 18 octobre 2016, Arte, télévision du service public, diffusait un documentaire sans nuance intitulé « Cholestérol, le grand bluff », accréditant de nouveau la thèse de l’absence de lien entre cholestérol et maladie cardiovasculaire. Il aurait été regardé par 1,7 million de téléspectateurs. »

On se souvient de la violence et des brouillards de la précédente controverse sur l’usage des statines en prévention des risques cardiovasculaires. C’était en 2012 et 2013 avec la publication de deux ouvrages dont le succès tenait au caractère outrancier : Le Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux des Prs Philippe Even et Bernard Debré, La vérité sur le cholestérol, du Pr Even, préfacé par le Pr Debré.

Poursuites en justice ?

L’équation polémique est simple : niez le lien entre cholestérol et maladies cardiovasculaires et vous affirmez  l’inutilité  du traitement par les statines, médicaments pernicieux et veau d’or de Big Pharma. L’AFIS rappelle qu’en dépit des mises au point des autorités de santé et des associations professionnelles de médecins, « bon nombre de patients ont arrêté leur traitement » –elle ne dit toutefois pas combien. Elle cite d’autre part The Lancet, qui vient de publier une vaste méta-analyse (1) « confirmant de façon très nette le bénéfice des statines ». Mais cette étude s’intéresse également aux conséquences des controverses médiatiques sur ce thème :

«  Celles-ci n’ont pas concerné que la France et les auteurs estiment à environ : 200 000 personnes qui, au Royaume-Uni, ont interrompu leur traitement avec, pour conséquence, entre 2 000 et 6 000 événements cardiovasculaires supplémentaires ; 60 000 personnes qui auraient cessé la prise de statines en Australie, entraînant entre 1 500 et 3 000 crises cardiaques et AVC évitables et potentiellement mortels.

« En France, une récente étude  (juillet 2016) a cherché à évaluer l’’’impact d’un événement médiatique public sur l’utilisation des statines dans la population française’’, en l’occurrence la polémique des années 2012-2013 (2). Elle révèle que : l’arrêt de la prise de statines est passé de 8,5% par an à 11,9 % dans les neuf mois qui ont suivi la publication du livre de Philippe Even, soit une recrudescence de 40 % du nombre de patients qui ont arrêté leur traitement ; une surmortalité de 17% cette année-là, soit « entre 9 000 et 10 000 morts de plus [à l’échelle nationale] en 2013 qu’en 2011 et 2012 » pour le Pr Moore, l’un des signataires de l’étude, chef du département de pharmacologie au CHU de Bordeaux. »

Conflits d’intérêts

Julien Bezin, premier signataire de l’étude précise  toutefois qu’« il est difficile d’établir un lien direct entre communication médiatique et arrêt de traitement, on peut juste observer qu’à partir du moment où le livre est sorti, il y a eu plus d’arrêts de traitement par statines, alors que sur le plan scientifique, il n’y a pas eu de nouveautés majeures pendant la période étudiée pouvant l’expliquer» (3).

L’AFIS rappelle que les travaux scientifiques validés et les expertises collectives seront toujours une bien meilleure base pour les décisions en santé publique qu’une « expertise autoproclamée » s’affranchissant de toute évaluation scientifique. Et ce n’est pas la première fois qu’elle dénonce des « reportages mensongers » diffusés par la chaine Arte. Il faut aussi compter avec une analyse proposée par Medscape.com qui rappelle que cette guerre de tranchées se nourrit aussi des obus, innombrables,  des conflits d’intérêts.

L’émission est finie. Qui songera, demain, à se remuer ?

A demain

1  Rory Collins et al. “Interpretation of the evidence for the efficacy and safety of statin therapy”, The Lancet, Juillet 2016

2  Julien Bezin et al. “Impact of a public media event on the use of statins in the French population”, Archives of Cardiovascular Diseases, 27 juillet 2016.

3 Damien Mascret, «Cholestérol : les dangereuses conséquences des polémiques antistatines », Le Figaro, 28 juillet 2016