COP 21: l’inquiétante frilosité du Comité national d’éthique vis-à-vis du «climatoscepticisme»

Bonjour

On avait (presque) oublié que le Comité consultatif national d’éthique  existait. Il vient de publier, sur son site internet, un document  étonnant intitulé : « Repenser la place de l’humanité dans la nature ». C’est, tout simplement, sa « contribution du à la réflexion dans le contexte de la 21ème conférence sur les changements climatiques (COP21) ». On observera que les « sages » du ‘’CCNE’’ ont jugé utile de ne pas mettre de majuscule à la Nature. Une volonté consubstantielle de désacraliser ? Une erreur de relecture ?

Que peut nous dire ici l’éthique, cette morale en marche, sur les changements climatiques ? Tout est exprimé entre les lignes de l’introduction :

« La multiplication des évènements météorologiques et climatiques extrêmes fait prendre conscience des changements de l’environnement à l’échelle planétaire et de leurs liens avec les activités humaines.  Mais cette prise de conscience demeure le plus souvent focalisée sur le seul changement climatique, sans prendre en compte l’ensemble des conséquences négatives des dégradations de l’environnement sur les conditions de vie, les inégalités sociales et la santé humaine. »

Bien-être humain

C’est un texte étonnant par sa brièveté, ses généralités hors-sol, son absence de propositions concrètes. Conclusion :

« Il y a urgence à intensifier les efforts de l’humanité pour réduire les inégalités entre les pays et entre les personnes au sein d’un même pays, en adoptant des mesures qui préservent le bien-être humain et protègent  l’environnement au-delà de sa seule composante climatique.

Pour le CCNE l’acuité des problèmes écologiques nécessite de repenser nos relations au sein de l’humanité, et celles de l’humanité au sein de la nature, en élaborant de nouveaux concepts de solidarité, de responsabilité et d’équité, dans une démarche d’anticipation et de prévention privilégiant la préservation des ressources naturelles au bénéfice de l’ensemble de l’humanité. »

Avides de comprendre

Cette initiative apparaît d’autant plus désincarnée que le CCNE avait, avec les controverses sur le réchauffement climatique (le « climatoscepticisme ») un vaste champ de réflexions dont il pouvait s’autosaisir pour éclairer les responsables politiques et les citoyens soucieux, parfois avides, de comprendre.

Il aurait pu, notamment, répondre à la question provocatrice soulevée dans Le Monde du4 novembre : « Le climatoscepticisme  relève-t-il de la science ? ». Une question soulevée par  Philippe Huneman (directeur de recherche, Institut d’histoire et de philosophie des sciences et techniques CNRS/université Paris-I-Panthéon-Sorbonne). Un texte repris et complété sur Slate.fr. Poser le débat en ces termes c’est, déjà, répondre. De fait M. Huneman ne surprend pas. Il apporte sa voix à celles qui, dans ce même quotidien, ont clairement pris position dans cette nouvelle guerre.

Architecture argumentaire

Il faut bien évidemment lire la totalité de la tribune de M. Huneman. La conclusion permet toutefois de se faire une bonne opinion sur l’architecture argumentaire qui se met en place dans cette dispute : Voici la fin de cette contribution :

« (…) Pour conclure, les positions climatosceptiques sur le fait du changement climatique relèvent souvent de la non-science. Peu ou prou, elles ressemblent à l’avis de l’homme ordinaire soutenant qu’il n’y a aucun ­réchauffement car il a fait singulièrement froid en novembre 2014 à Paris (aucune prédiction climatique – par nature probabiliste et à grande échelle – n’est ­infirmée ni même concernée par un tel fait ­local instantané).

Le discours climatosceptique sur la cause de ce fait, lui, relève souvent davantage de la science fausse, comme dans mon exemple des perturbations solaires. Il est donc réfutable, à condition de l’isoler des éléments non scientifiques qui, comme tels, restent irréfutables.

Le mouvement climatosceptique est difficile à saisir car, par certains côtés, il est effectivement non scientifique, tandis que par d’autres il défend des thèses scientifiques fausses. Il est à la fois dans la science et en dehors d’elle. Ce statut ambigu lui ­confère une singulière aptitude à fuir les critiques  : là où on vient réfuter une thèse fausse, le climato­sceptique peut se replier vers une position où il ­rejette en bloc la science et ses procédures usuelles, auxquelles souscrivent la majorité des climatologues, et là où on lui reproche d’être antiscientifique, il peut facilement se défendre en montrant qu’il use des mêmes méthodes que les scientifiques du ­climat, donc que le consensus scientifique que politiques et journalistes présentent comme un fait n’en est pas un… »

Journalisme idéal

On relit cette dernière phrase et ses points de suspension. Et on ne peut manquer d’être troublé par l’idée que  « politiques et journalistes présentent comme un fait » un « consensus scientifique » – consensus par ailleurs contesté. On pourrait imaginer, dans un monde idéal, une plus grande liberté d’action pour le journaliste. Songer à une époque où le sceptique, interrogeant sans cesse le niveau de véracité, demandent plus de preuves, stimulant ainsi le scientifique dans sa quête perpétuelle de déchiffrage du réel. On pourrait même, dans ce monde parfait, imaginer que le journaliste joue le rôle du sceptique.

« L’agence de presse Associated Press a récemment décidé de remplacer le terme de «sceptique», jugé péjoratif, par celui de personne qui doute («doubter»), nous apprend Slate.fr. Réhabiliter les sceptiques comme des interlocuteurs dignes d’être écoutés ou estimer que leur présence apporte au débat scientifique plus qu’elle ne lui nuit est cependant valable dans un monde où chaque participant est de bonne foi, et recherche vraiment la vérité, fait remarquer dans The Guardian, le spécialiste de l’environnement Dana Nuccitelli. En un mot, quand les règles de l’éthique de la discussion  résumées par le philosophe Jürgen Habermas sont respectées. »

Est-ce, ici, le cas ? Chacun peut en débattre, mais, malheureusement,  sans les lumières du Comité national d’éthique français. Un CCNE qui a préféré, ici, la stratosphère à la dispute, cette « discussion sur un point de théologie, de philosophie ou de science ». Ou d’éthique.

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Toxicomanie: la morphine produite dans sa cuisine vient d’entrer dans les champs du possible

Bonjour

‘’« Home-brewed morphine » made possible’’ titre la BBC (James Gallagher). Home, sweet home … Référence faite, dans Nature Chemical Biology, à un travail dirigé par John E Dueber (Université de Californie, Berkeley). Les auteurs y expliquent dans le détail avoir découvert  un procédé permettant de synthétiser des substances opioïdes à partir de sucre et de levures génétiquement modifiées. Soit une production de dérivés du pavot sans le pavot. Point n’est besoin d’être consommateur, trafiquant ou policier des stups pour percevoir la révolution que pourrait constituer cette petite affaire de cornues domestiques.

Betterave

L’équipe des six chercheurs, américains et canadiens (Université Concordia, Montréal) explique avoir découvert qu’en introduisant  un gène de betterave dans le génome de Saccharomyces cerevisiae (levure de bière ou levure du boulanger) la tyrosine (un acide aminé dérivé du sucre) – se transformait en réticuline – une protéine qui est l’un des chaînon moléculaire de la construction  de la morphine, codéine et autres antalgiques majeurs. Il pourrit s’agir là du chaînon manquant pour la maîtrise simple (à domicile) de cette synthèse chimique.

La porte semble ainsi ouverte à la production d’analgésiques moins coûteux. Induiront-ils moins de dépendance ? Quelle sera la rentabilité des fermenteurs ? Pour l’heure il semble qu’il ne faut pas moins de   300 litres d’une culture de levure génétiquement modifiée pour  synthétiser  300 milligrammes de morphine. Les chercheurs  se donnent deux ans pour parvenir  augmenter la rentabilité d’un facteur 1000.

Dynamite

Ces mêmes chercheurs sont conscients de détenir de la dynamite : ils mettent en garde sur la portée de leur découverte utilisée par les narcotrafiquants. « Le moment est venu de réfléchir à des moyens d’encadrer ces recherches et de prévenir de possibles abus », explique ainsi John E. Dueber. On pourrait lui rétorquer qu’il est peut-être déjà un peu trop tard.  Trois universitaires de l’Institut de technologie du Massachusetts et de l’université de l’Alberta (Canada) en appellent, dans Nature, à une régulation de l’usage qui pourrait être fait de ce nouveau savoir. « “Drugs: Regulate ‘home-brew’ opiatesKenneth A. Oye, J. Chappell H. LawsonTania Bubela ».

Dealers

En pratique ils réclament le renforcement de la sécurité des laboratoires et la limitation de la production des souches de levure pour empêcher les dealers de s’en procurer. Ces souches pourraient par exemple être élaborées  de telle sorte qu’elles nécessitent des conditions spécifiques (et secrètes) d’utilisation. Un mirage ? Selon le Réseau mondial d’informations sur les drogues (Ginad – Global Information Network About Drugs) il existerait entre quinze et vingt et un millions de consommateurs d’héroïne dans le monde. Que se passera-t-il, à l’échelon géopolitique notamment,  si les équilibres financiers occultes issus de la culture du pavot volent en éclat ?

Saint-Antoine

Dépendance moindre ? « Je ne vois pas très bien pourquoi une morphine fabriquée selon une modalité complètement différente, à partir d’une levure génétiquement modifiée, n’aurait pas les mêmes propriétés addictives que la morphine naturelle sur le système nerveux central, a déclaré au Quotidien du Médecin le  Dr Bertrand Lebeau, spécialiste d’addictologie à l’hôpital Saint-Antoine (Paris). Les propriétés addictives ne sont pas liées au pavot lui-même, elles sont liées à la structure de la molécule de morphine. Que ce soit de la morphine produite à partir du pavot, ou que ce soit de la morphine produite par cette nouvelle technique – qui semble apparemment relativement simple à mettre en œuvre – je ne vois pas ce que ça change en terme de dépendance. Et si la molécule est modifiée, ce n’est plus de la morphine. »

Reste la possibilité des productions, sinon au domicile du moins dans des zones voisines de celles où vivent les consommateurs toxicomaniaques. Home, sweet home ?

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Inde : comment peut-on accepter d’être stérilisée, à la chaîne, pour 23 euros ?

Bonjour

Depuis quelques jours les médias occidentaux parlent de l’Inde. Images elliptiques et fortes émotions à la clef. Indignation généralisée.  On apprend brutalement que dans ce pays plus d’une dizaine de femmes ont, ces derniers jours trouvé la mort. Soixante sont hospitalisées, dans un état parfois grave. Toutes participaient, volontairement, à une campagne  de stérilisation.

1 400 roupies

Le Dr R.K. Gupta, le chirurgien qui a conduit les opérations a été arrêté le 12 novembre. Une enquête est en cours. L’émotion est très vive dans le dans l’Etat du Chhattisgarh  au centre de l’Inde, là où les faits se sont produits.  Les interventions sont pratiquées  à la chaîne dans le cadre d’un programme de stérilisation financé par l’Etat pour limiter la croissance démographique. Les femmes y sont indemnisées à hauteur de 1 400 roupies (environ 23 euros).

On apprend que le 8 novembre le chirurgien a pratiqué (ou « supervisé », les informations divergent) quatre-vingt trois interventions stérilisatrices en quelques heures – et ce dans une unité mobile. Les femmes concernées étaient de jeunes villageoises (la plus âgée avait 32 ans) chez lesquelles des ligatures des trompes étaient pratiquées par voie laparoscopique. Deux jours plus tard plusieurs de ces femmes étaient hospitalisées présentant des symptômes d’infection ou d’intoxication. A ce jour douze ou treize d’entre elles (les informations divergent) sont mortes.

Trente ligatures quotidiennes

Interrogé, le Dr Kupta  nie ne pas avoir respecté les règles d’hygiène et accuse les médicaments utilisés (1). Des autopsies ont été pratiquées dont les résultats ne sont pas encore connus des médias. Le Dr Kupta aurait été assisté de deux médecins. Le guide des bonnes pratiques fixe ici à trente le nombre des femmes pouvant être stérilisées quotidiennement par une équipe. Le 8 novembre il en aurait été  pratiqué, selon CNN,  quatre-vingt trois en six heures. Plusieurs médias indiquent que le personnel qui participe à ces campagnes de stérilisation reçoit des primes en fonction des chiffres.

Au-delà de l’émotion qu’elle génère cette affaire conduit à s’intéresser aux conditions dans lesquelles sont pratiquées ces interventions dans le pays. En 2012, l’ONG Human Rights Law Network (HRLN) avait révélé que dans l’Etat de  Bihar (au nord de l’Inde) des soixante femmes avaient été stérilisées dans une école sans électricité, ni eau, et à l’aide de lampes torches. Les femmes étaient ensuite laissées à même le sol. On avait découvert à cette occasion que l’une d’entre elles  était enceint – alors que chaque patiente doit, régulièrement, subir un test de grossesse avant l’intervention.

« En enquêtant dans les autres Etats, nous avons réalisé que la situation est à peu près la même partout. Les droits des femmes ne sont pas respectés, elles ne sont pas informées sur les autres méthodes de contraception et les conditions sanitaires sont déplorables » explique  HRLN.

Dix euros suffiront

« Les autorités indiennes ne manquent pas d’imagination pour attirer les femmes, rapporte Le Monde depuis New Dehli (Julien Bouissou).  Dans les régions les plus récalcitrantes, des voitures sont promises aux candidates à la stérilisation, et dans les plus pauvres, les moins alphabétisées, les primes de 10 à 20 euros suffisent. Certaines familles se voient refuser des prestations sociales si elles refusent l’opération. L’Institut international des sciences de la population, basé à Bombay, a ainsi révélé en 2012 que les jeunes couples dont l’épouse subissait une stérilisation étaient prioritaires pour recevoir certaines aides. »

La stérilisation féminine est, de loin, la méthode de contraception la plus répandue en Inde. La vasectomie ne concerne qu’une fraction très faible des hommes, pour des raisons «culturelles» expliquent les observateurs – généralement sans plus de précision. En théorie les femmes indiennes sont libres de leur choix contraceptif. En pratique la plupart n’ont pas de choix. Le ministre de la Santé, Jagat Prakash Nadda évoque quant à lui un « malentendu» quant aux objectifs chiffrés de stérilisation: « Il s’agit d’un programme de promotion [de la stérilisation] sans objectif chiffré et fondé uniquement sur la demande ».

1,4 milliard d’habitants

On estime que près de 4,6 millions de femmes ont, en Inde, été stérilisées en 2012. La plupart d’entre elles sont pauvres, illettrées et vivent dans les campagnes. Il existe ainsi bien des éléments qui peuvent, en Occident, susciter l’indignation. Il faut aussi rappeler qu’entre 2001 et 2011, la population indienne (actuellement de 1,25 milliard d’habitants) a augmenté de 17,6 %. Elle devrait dépasser la population chinoise d’ici vingt ans.

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(1) Vendredi 14 novembre l’Agence France Presse indiquait que la police indienne venait d’arrêter le patron du laboratoire Mahawar Pharma et son fils, soupçonnés d’avoir détruit des preuves en lien avec la mort des femmes stérilisées. Les enquêteurs s’intéressent à la qualité des médicaments administrés.  Les deux hommes ont été arrêtés après une perquisition organisée jeudi soir par les autorités sanitaires au siège de leur société dans la capitale de l’État, Raipur.

Une perquisition a été conduite dans les locaux d’un autre fabricant pharmaceutique, Kavita Pharma, dans le district de Bilaspur. Le gouvernement du Chhattisgarh a suspendu cinq médicaments utilisés lors de ces opérations de stérilisation de masse, dont un anesthésiant et un antalgique.

Ebola : les médecins africains condamnés à ne pas être pris en charge à l’étranger

Bonjour

Un médecin sierra léonais  est mort, dimanche 14 septembre, d’une infection Ebola dans son pays. C’est le quatrième médecin  qui meurt d’Ebola en Sierra Leone. Il s’agissait, cette fois, du Dr Olivet Buck, qui dirigeait l’hôpital public Lumley, à Freetown. Elle était âgée d’une soixantaine d’années et avait été diagnostiquée positive le 9 septembre.

« C’est une nouvelle triste perte pour la profession » a déclaré le Dr Brima Kargbo  responsable des services médicaux sierra léonais. Il a précisé que le ministère de la Santé « déplorait la disparition d’un autre combattant dans la lutte contre Ebola ».

OMS impuissante

On avait appris peu de temps avant sa mort que l’OMS avait indiqué « ne pas pouvoir répondre favorablement » à une demande de la Sierra Leone de transporter ce médecin à l’étranger où elle aurait pu y être pris en charge de manière mieux adaptée.  Les trois autres médecins sierra léonais morts d’Ebola ces dernières semaines avaient été pris en charge localement. Les médias anglo-saxons précisent qu’un document émanant du bureau du Président Ernest Bai Koroma  avait approuvé l’évacuation du Dr Buck dans un hôpital de Hambourg, en Allemagne qui « était prêt à la recevoir ».

Ce document (vu par l’Associated Press) avait été adressé au représentant de l’OMS en Sierra Leone. Le 13 septembre un porte-parole de l’OMS faisait savoir que l’institution onusienne ne pouvait répondre à cette demande. «L’OMS n’est pas en mesure d’organiser l’évacuation des ce médecin [vers Allemagne] mais explore toutes les options sur la façon d’assurer les meilleurs soins », a déclaré le porte-parole de l’OMS Tarik Jasarevic. L’OMS facilitera les meilleurs soins possibles dans le pays pour le Dr Buck, y compris l’accès à des médicaments expérimentaux. »

Ethique minimale

La Sierra Leone a déjà perdu trois médecins infectés par Ebola, le premier avait été le  Dr. Sheik Humarr Khan son unique spécialiste en virologie. Son évacuation vers l’Europe avait un instant été envisagée. Une cinquantaine d’infirmières sont également mortes après avoir été infectées en donnant des soins aux malades. Au moment où l’OMS expliquait que le Dr Olivet Buck ne pouvait être transporté à Hambourg deux médecins néerlandais qui y travaillaient en Sierra Leone, suspects d’être infectés, ont été rapatriés aux Pays-Bas. Ils sont actuellement en quarantaine et soignés dans un hôpital de Leiden.

L’affaire se passe-t-elle de commentaires ? Elle pose, au minimum, une question éthique quant à l’égalité des prises en charge (et des chances de survie) de celles et ceux qui sont en première ligne. La Sierra Leone devrait recevoir prochainement d’importants renforts de nationalité cubaine (62 médecins et 103 infirmiers). Seront-ils ou non rapatriés s’ils s’infectent au combat ? La même question se pose dès à présent pour les soignants américains qui sont attendus dans le plan que le président  Barack Obama devrait dévoiler mardi 16 septembre si l’on en croit le Wall Street Journal ? Un début de  réponse est d’ores et déjà fourni : l’armée américaine a annoncé récemment qu’elle allait construire un hôpital de campagne de 25 lits au Liberia pour les travailleurs de santé contaminés.

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Ebola : ZMapp, l’heure du pré-miracle ?

Bonjour

L’Associated Press rapporte qu’à Monrovia une soignant » libérienne infectée par le virus Ebola et sortie d’affaire a, le 29 août, exhorté la firme californienne Mapp Biopharmaceuticals  à accélérer  sa production de ZMapp et à l’envoyer en Afrique.

Kyndy Kobbah s’était infectée au contact d’un malade.Elle est sortie de l’hôpital le 30 août.  On lui avait administré une dose de ZMapp expérimental. Dans une interview à Associated Press elle a formulé sont souhait que d’autres Africains puissent avoir sa chance. Biopharmaceuticals explique depuis des semaines que les stocks sont vides et qu’il faudra des mois avant de les reconstituer. Sans jamais expliquer pourquoi. Kyndy Kobbah ne comprend pas. Personne ne comprend. Personne ne sait même si le ZMapp sauve des vies. Personne ne sait s’il a ou non sa place au titre de la compassion et des traitements du même nom.

 Mise en scène.

Serions-nous victimes d’une mise en scène ? Au moment où montaient les implorations médiatisées de Monrovia la revue Nature publiait une étude dont on n’a pas peut-être pas fini d’entendre parler. Une étude qui démontre que ZMapp semble bel et bien efficace chez le macaque. C’est redire, au grand jour, que l’on a testé (avec la bénédiction des autorités américaines) cette association d’anticorps monoclonaux « humanisés » chez l’home avant même d’avoir la preuve qu’il était efficace et sans danger chez le macaque.

Record épidémique.

Tout cela fait l’objet  de nombreux applaudissement nourris de la presse internationale anglo-saxonne. On verra ici ce qu’en dit The New York Times.

On lira ici la publication intégrale de Nature. Article reçu le 5 août, accepté le 21, publié le 29. Un record épidémique. Vingt-six auteurs principaux (canadiens, américains et chinois) dirigés par Gary P. Kobinger (National Laboratory for Zoonotic Diseases and Special Pathogens, Public Health Agency of Canada, Winnipeg, Manitoba). A ses côtés le virologue (Gene G. Olinger, United States Army Medical Research). Le « sérum » fait de trois anticorps « humanisés » a permis de guérir les dix-huit  singes infectés expérimentalement par un virus Ebola (même lorsque le traitement était administré cinq jours après le début des symptômes). A l’inverse les trois singes « contrôle » (infectés mais non traités) sont morts dans les huit jours.

Monumental

Les vingt-et-un  animaux avaient été contaminés avec la variété Ebola qui avait sévi en 1995 à Kikwit en République démocratique du Congo (RDC, ancien Zaïre). On nous explique que la souche virale de Guinée, identifiée par l’équipe de Sylvain Baize (Inserm, Lyon) n’était pas disponible lors du lancement de l’expérience.

 Officiellement le ZMapp doit encore faire l’objet d’essais cliniques pour évaluer son innocuité et son efficacité. Son administration en urgence à sept malades au moins (dont deux n’ont pas survécu) ne permet en aucune manière  de juger de son efficacité réelle. « Nous avons été surpris par le niveau insoupçonné de protection obtenu », a déclaré Gary P. Kobinger lors d’une conférence de presse. « C’est un succès monumental » peut-on lire dans  un commentaire de Nature.

ZMapp, l’autre nom du miracle ?

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Ebola : un nouveau médecin contaminé, cette fois à Lagos (Nigéria)

Bonjour

Tout s’accélère sur le front international anti-Ebola. Les Etats-Unis annoncent l’envoi de cinquante experts dans les trois pays d’Afrique de l’Ouest principalement touchés par l’épidémie (voir l’information de la BBC). L’annonce est faite alors que s’ouvre, à Washington, un important sommet Etats-Unis-Afrique. Ces experts devaient arriver dans les trente prochains jours.

Monrovia-Lomé-Lagos

Cette annonce coïncide aussi avec une nouvelle à la fois ponctuelle et potentiellement inquiétante transmise notamment par l’Associated Press et ABC News : un médecin nigérian de Lagos qui avait soigné Patrick Sawyer, un citoyen américano-libérien venu depuis Monrovia via Lomé à Lagos où il est mort de la fièvre  Ebola. C’est le deuxième cas d’Ebola recensé dans la plus grande ville d’afrique de l’Ouest (plus de dix millions d’habitants).

Trois cas suspects

L’information  a été rendue publique dans la matinée du 4 août par Onyebuchi Chukwu, ministre nigérian de la Santé. Le patient  était arrivé, contaminé,  le 20 juillet à Lagos où il avait aussitôt été hospitalisé dans une clinique privée. Il y est mort cinq jours plus tard. Le ministre de la Santé a précisé que soixante-dix personnes soupçonnées d’avoir été en contact avec le patient libérien sont sous surveillance. Huit d’entre elles ont été placées en quarantaine et trois présentent des symptômes évocateurs. Les résultats des tests biologiques ne devraient guère tarder. Une unité de mise en quarantaine a été mise en place dans la ville.

Comprendre

Il reste à comprendre. Comment un médecin, pleinement informé du risque infectieux, a-t-il pu contracter l’infection, qui plus est en milieu médicalisé ?

Le Nigéria devient ainsi le quatrième pays africain officiellement touché par l’épidémie. A Lagos trois autres cas suspects font actuellement l’objet d’analyses biologiques. Le Nigéria compte près de 180 millions d’habitants.

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Alcool à sniffer : bientôt sur le marché. Indispensable pour vos « soirées cartables »

Bonjour

Il devait arriver sur le sol américain. Le Bureau de taxation et du commerce de l’alcool et du tabac américain avait donné son feu vert. Mais par une obscure manœuvre de dernière minute l’affaire ne s’est pas faite. Une manœuvre commerciale pour mieux faire monter la pression ? Associated Press raconte l’affaire ici. Reste que  les sachets d’alcool en poudre sont là, estanpillés « Palcohol » par la firme Lipsmark.

Palcohol : Pal (copain) et alcohol

Par une astuce technique brevetée leur contenu  permet d’obtenir du « rhum » (version « R » ou de la « vodka »(version « V ») (avec ajout d’eau) ou des cocktails (« Cosmopolitan », « Mojito », « Powderita » and « Lemon Drop ») en diluant avec du jus d’orange ou du soda). Ces sachets peuvent aisément tenir dans une poche. C’est là, explique en substance le fabriquant, une manière simple de se détendre après des activité sportives ou touristiques sans avoir à transporter de lourdes bouteilles ou d’encombrantes canettes.

Voie nasale

Pour le site lemondedutabac.com, proche des buralistes, l’un des problèmes est ici « l’utilisation détournée possible de la poudre par voie nasale ». Le site ajoute que  Lipsmark a mis un gros « warning » sur son site : « ne faites pas cela, ce serait irresponsable et pas une manière intelligente d’utiliser ce produit ». En  précisant qu’il faudrait sniffer au moins 60 grammes de cette poudre pour avoir l’équivalent d’un verre d’alcool.

« Il n’empêche que la poudre pourrait aussi être saupoudrée sur des aliments » ajoute lemondedutabac.com. L’alcool en poudre n’est pas une nouveauté : il est courant au Japon depuis une dizaine d’années. Depuis fin 2013, une société américaine vend déjà de la bière en poudre, un concentré de houblon qui, mélangé à de l’eau gazéifiée, est supposé donner une bonne pinte. »

Brevets

L’affaire passionne la presse américaine. John Coupland, un spécialiste de la Penn State University, eplique qu’il existe plusieurs brevets sur ce thème déposés depuis des années, dont l’un de la General Foods Corp. datant des années 1970.

CBS met en garde contre les dangers à venir.

 Globalnews fait de la pédagogie pratique.

CNN et Fortune racontent toute l’histoire par le menu.

Clubbing

En France le Dr Laurent Karila,  addictologue à l’hôpital Paul-Brousse (Villejuif) s’est exprimé sur le site pourquoidocteur.   « C’est probablement un beau coup marketing, mais ce n’est pas bon pour nos jeunes, explique-t-il.  L’alcool en poudre s’adresse d’abord à « une population jeune et clubbing, avec tous les risques déjà présent : binge drinking, neknomination, intoxication aiguë… C’est le pire coup marketing qui puisse arriver à des jeunes. Et il y a un risque de détourner l’usage de la poudre et la sniffer directement. »

Comas

Hier 26 avril le 20 heures de France 2 montrait sous quelques coutures la gigantesques « soirée cartable » organisée à Rennes. 13 comas éthyliques (on peut voir la vidéo ici) ? Fatigués, plus que blasés, soixante policiers fouillent les sacs et jettent  leurs saisies dans des containers. 900 bouteilles d’alcool dans les cartables. Bien évidemment les jeunes trouvent de multiples astuces pour contourner la vigilance des forces de l’ordre. Demain à Rennes, en Bretagne et partout ailleurs,  la tâche de ces adolescents sera facilitée. Et les gendarmes seront dépassés. Grâce à Palcohol, l’indispensable des « soirées cartables ».

A demain