Cigarette électronique : la vérité sur le complot

Merci à Dominique Dupagne d’avoir le courage sur son blog,  d’énoncer simplement ce que beaucoup ne semblent pas bien concevoir. La cigarette électronique est un évènement majeur de santé publique. Mais les freins paradoxaux qui s’opposent à son développement sont, à notre sens, plus profonds qu’il le croit.

Dominique Dupagne : « La cigarette électronique a fait la preuve de son utilité contre le tabagisme, et rien ne permet de penser qu’elle présente la moindre toxicité. Elle constituera sans doute le plus grand progrès en termes de santé publique du début du XXIe siècle. Les raisons qui freinent son développement sont à rechercher du côté des lobbies qui vivent du tabac ou des médicaments du sevrage tabagique, et de la naïveté coupable des politiques. »

Lobbies et naïveté, donc. Ou lobbies, tout simplement si, ardent défenseur de la théorie du complot, on en vient à penser que la « naïveté » des politiques n’est que le masque de leur compromission. Rien ne permet bien évidemment d’écarter définitivement cette hypothèse de travail. Les lobbies (du tabac et de l’industrie pharmaceutique) sont bel et bien là –même si on ne les entend pas. Quant à l’action des politiques français sur un tel sujet il est aussi difficile de plaider/requérir  la naïveté que la culpabilité. Les cieux français actuels, judiciarisés, ne sont pas toujours les plus favorables à l’action politique en matière de santé publique. Quant au paradoxe sanitaire offert par la cigarette électronique il ne concerne pas que la France, loin s’en faut –certains pays en ayant interdit le commerce et l’usage.

Plasticité du grand capital

On peut d’autre part parier ici sur une forme de plasticité capitalistique des grandes multinationales. Celles du tabac ne cachent pas qu’elles vont entrer sur le marché de la e-cigarette : l’argent du profit et des actionnaires peut ne pas avoir l’odeur du goudron et des produits cancérogènes. La fragrance de la nicotine mentholée peut la remplacer. De même, le marché des substituts nicotiniques n’est pas à ce point considérable qu’il ne puisse être remplacé par d’autres spécialités pharmaceutiques d’une efficacité comparable ou plus grande.

L’obstacle principal, nous semble-t-il est plus profond. Il est dans le refus collectif d’accepter que le fumeur ne souffre pas véritablement pour expier ses péchés. Il est dans la posture (souvent cambrée) dans la gestuelle des vapoteurs que nombre de non-fumeurs perçoivent comme proprement insupportables. Il est dans la reconquête par ces nouveaux évangélisateurs de territoires publics que nous croyions (1) définitivement gagnés.

Le prix du plaisir

Il est dans l’idée  plus catholique que chrétienne (et plus présente que l’on croit) qui veut que celui qui a succombé doit payer. Et si plaisirs il a pris il devra y mettre un plus grand prix.  Comment comprendre, sinon, que l’on ne prenne pas véritablement et collectivement en charge les tentatives que fait le fumeur pour sortir de son esclavage ? Qu’il en sorte, mais seul !

Cette lecture religieuse prévaut pour partie dans les tentatives visant à faire que l’abstinence totale, radicale, définitive ne soit pas la seule issue thérapeutique pour les malades alcooliques. On la retrouve sous un visage laïc dans la fiscalisation-taxation  étatique de toutes les addictions qui ne sont pas illicites.

Si complot il y a, cher Dominique Dupagne, il nous semble être, pour l’essentiel, à ce niveau. On observera aussi qu’il est démocratiquement accepté – et que l’Eglise n’est plus dans le paysage. C’est, ma foi, un assez joli défi, politique, journalistique et de santé publique, à relever.

(1) L’auteur de ces lignes n’a jamais consommé de tabac. Ce qui ne lui interdit pas de s’intéresser à celles et ceux de ses proches qui n’ont pas eu cette chance.

 

 

 

L’affaire « Furosémide Téva » : une histoire de confusion, d’émotion, de précaution

L’hypothèse d’une erreur de conditionnement pharmaceutique déclenche une procédure d’urgence nationale hautement médiatisée. Aujourd’hui le médicament électrise, le médicament tétanise et plus de transparence ne change rien à l’affaire. La polémique sur les génériques ne manquera pas de rebondir.  

Tout aurait pu être raconté sans affect particulier. Les faits, jute les faits. En n’oubliant pas de les hiérarchiser.  On aurait alors dit qu’un homme, nonagénaire vivant à Marseille serait décédé samedi 8 juin en étant  victime du mauvais conditionnement d’un lot du générique du diurétique  Furosémide Téva 40 mg. L’homme aurait utilisé pendant une semaine une boite d’un lot mal conditionné contenant un somnifère (Zopiclone Téva) à la place du traitement pour son insuffisance cardiaque grave. L’hypothèse a été évoquée par le Procureur de Marseille puis confirmée le dimanche 9 juin par l’Agence nationale de sécurité du médicament. L’ANSM avait lancé une alerte vendredi après-midi et procédé au retrait immédiat des lots mal conditionnés.

Mais où est donc l’information pratique essentielle ?

 On aurait aussi pu diffuser, par les canaux habilités à cet effet, l’information pragmatique essentielle, comme vient de le faire Dominique Dupagne sur atoute.org .  Dire qu’à ce jour, l’Agence reste prudente sur la relation de cause à effet entre les deux événements: «  Il n’est pas possible d’établir un lien de causalité entre le décès de ce patient et le problème de conditionnement signalé sur la base des éléments dont l’ANSM dispose actuellement. » Seule, l’investigation en cours et les examens toxicologiques réalisés cette semaine pourront orienter l’enquête pour tenter de savoir si la non-prise du diurétique est à l’origine de l’œdème pulmonaire aigu qui a causé la mort de cet homme de 91 ans.

On n’aurait pas, alors, manqué d’observer que la mécanique semblait avoir parfaitement fonctionné. Les lots de Furosémide TEVA 40 mg concernés par le rappel sont le Y175 (date d’expiration : 08/2015) et le Y176 (date d’expiration : 08/2015), 95 000 boites par lots. Leur vente a été bloquée dès vendredi par l’ANSM en collaboration avec le Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens.

Le numéro vert est celui du producteur. Et alors ?

Dans son communiqué, l’ANSM indiquait que les patients traités par du Furosémide Téva 40 mg doivent cesser de prendre ce médicament immédiatement et rapporter leurs boites à leur pharmacien qui leur remettra une nouvelle boîte de traitement. Elle précisait : « Si vous avez un membre de votre famille, un voisin, ou un ami traité par Furosémide ou Lasilix, vous devez le contacter le plus rapidement possible afin de : s’assurer de son état de santé ; lui transmettre l’information contenue dans ce communiqué ». Numéro vert : 0800 51 34 11.

Or il n’a pas fallu longtemps pour découvrir que le numéro vert en question était celui du laboratoire TEVA. Appeler c’est tomber  sur un message du type « Si vous appelez concernant votre diurétique suite à info media, tapez 1, si vous appelez pour questions pharmacovigilance : tapez 2… ». Puis un interlocuteur vous répond.  Le Figaro, qui consacre une large place à l’affaire s’interroge sur l’absence d’information claire concernant l’origine du numéro, ni sur le pourquoi de la non mise en place d’une ligne gérée par les autorités sanitaires, comme ces derniers l’avaient fait pour la « crise pilule ». Réponse de l’ANSM rapporté par le quotidien : «C’est au laboratoire de gérer et d’assumer ses responsabilités». On lira ici la petite mais édifiante enquête consacrée par Slate.fr aux numéros verts sanitaires.

Aucune raison industrielle identifiée

Une inspection du site de conditionnement à Sens (Yonne) diligentée par l’ANSM est en cours pour identifier la cause de l’erreur. La procédure de rappel de certaines boîtes de Furosémide Téva 40 mg avait été lancée par la firme après la découverte de comprimés somnifères  produits par le même laboratoire dans certains emballages.  Pour l’heure la filiale française de TEVA ne s’explique pas son erreur et le déclare publiquement sur différents médias dont France Info par la voix de son président Erik Roche : le problème est limité à «quelques boîtes», moins de «quelques centaines» selon lui. «Nous n’excluons aucune piste car ces deux médicaments ont été conditionnés sur des lignes différentes et à plusieurs semaines d’intervalle, nous n’avons à l’heure où je vous parle trouvé aucune raison industrielle à cette erreur » assure-t-il.

Un nouveau décès, un cas grave, d’autres signalements

Mais le temps passe et, comme toujours dans ces situations, l’affaire s’emballe. On apprenait il y a peu que, selon une information de France 3 Picardie, un autre décès pourrait être lié à la prise de Furosémide. Un retraité alerté par l’affaire du nonagénaire marseillais, a fait le parallèle avec le décès de sa mère mi-mai. Le pharmacien du fils aurait confirmé que les comprimés utilisés par sa mère provenaient des lots incriminés. L’homme est mort après avoir absorbé pendant plusieurs jours le Furosémide Teva 40 mg, provenant d’un des lots incriminés.

Et puis nouvelle étape : à l’heure même où ces lignes sont écrites l’ANSM vient de prendre la décision « par mesure de précaution » de demander aux patients de rapporter chez leur pharmacien toutes les boîtes de Furosémide Teva 40 mg qui leur auraient été délivrées, sans distinction de numéro de lots. « Cette nouvelle mesure intervient après que l’ANSM a reçu lundi matin deux nouveaux signalements de pharmacovigilance (un décès et un cas grave). Pour l’un des cas, le patient semble avoir été traité par le produit incriminé retiré de la vente vendredi (lots Y175 ou Y176). Des investigations sont encore en cours concernant le dernier signalement, afin de déterminer le lot administré. D’autres signalements sont actuellement à l’étude. »

Et maintenant ?

L’ANSM ajoute : les patients traités par Furosémide Teva 40 mg doivent se rendre dés que possible à leur pharmacie. Les pharmaciens leur remettront alors un autre médicament à base de furosémide totalement équivalent afin que leur traitement diurétique soit poursuivi. Par ailleurs  l’Ordre des pharmaciens a demandé aux officinaux d’appeler directement tous les patients à qui ils auraient vendu des boîtes de Furosémide Teva dosé à 40 mg.

Quelle seront les prochaines étapes ? A n’en pas douter, confusion et émotion aidant, de nouvelles attaques en règle contre l’innocuité des médicaments génériques. On espère se tromper. Les faits, juste les faits. Sans oublier de les hiérarchiser.

 

 

 

 

Pilules : enfer sur ordonnance et bouche cousue sur le tabac

L’affaire est loin d’être close. L’ANSM annonce vouloir modifier les règles de prescription des pilules des dernières générations. « Consternée »  CSMF dénonce une « absurdité » et refuse d’obéir. L’Académie de médecine prend position. Les blogueurs commentent souvent de manière virulente. Pendant la polémique on oublie la menace majeure que constitue le tabagisme. Incompréhensible.

 Face à la montée des inquiétudes, l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm) va demander aux prescripteurs de notifier sur l’ordonnance de pilules contraceptives de nouvelles générations   qu’ils ont bien indiqué les risques encourus à leur patiente. L’affaire est notamment exposée sur le site http://www.egora.fr/ « Pour tenter de rassurer les utilisatrices de pilules contraceptives, l’Ansm a pris deux décisions. A partir de la fin mars, le médecin prescripteur d’une pilule de nouvelle génération ou la sage-femme, devront obligatoirement notifier de manière manuscrite sur l’ordonnance que leur patiente a été informée des risques potentiels de thrombose qu’elle encourait. C’est à cette condition que le pharmacien pourra délivrer le médicament » peut-o lire sur ce site En juin 2013, toutes les boîtes de pilules de nouvelles générations devront contenir, en plus de la notice, une fiche explicative. »

Multiplier à l’infini les formulaires de consentement

Ces initiatives prises sans exposé des motifs ont aussitôt suscité l’ire de la CSMF qui « a pris connaissance avec consternation des décisions des pouvoirs publics et de l’ANSM ».  Rappelons la mesure : désormais, la délivrance de ces pilules sera conditionnée à la confirmation écrite que le médecin prescripteur a bien vérifié que l’état de santé de sa patiente était bien compatible avec ce type de contraceptifs oraux.

La CSMF s’élève « contre l’absurdité d’une telle mesure, qui rend aujourd’hui plus facile de prescrire des produits opiacés qu’un contraceptif ». Elle « dénonce une mesure qui ajoute des complications administratives inacceptables, au seul motif que l’ANSM ne prend pas ses responsabilités dans ce dossier et se construit des alibis, sans mesurer qu’elle porte gravement atteinte à la relation médecin / patient en institutionnalisant la méfiance ». La CSMF « rappelle à l’ANSM qu’en application des règles les plus élémentaires de prescription, le médecin s’assure des antécédents de son patient, de ses allergies et prescrit ce qui correspond le mieux à l’état de santé de celui-ci. C’est évidemment le cas pour les contraceptifs oraux, comme c’est le cas pour tous les autres produits dont les antibiotiques, les chimiothérapies ou l’aspirine ».

Plus grave : « les confirmations écrites exigées par l’ANSM constituent une remise en cause profonde de la prescription en général. S’engager dans cette voie aujourd’hui, conduira, demain, les médecins, ou leurs assureurs, à demander aux patients de signer des formulaires de consentement éclairé pour chaque prescription, et après-demain un juriste ou un avocat tiendra le stylo de chaque prescripteur ». En pratique la CSMF refuse d’entrer dans ce « cycle infernal » et regrette que les pouvoirs publics et les agences de santé « cèdent à la panique » et cherchent avant tout à se protéger. Et, enfin, demande au gouvernement de ne pas faire supporter aux médecins libéraux le poids de ses « contradictions ».

Inverser la charge de la mention manuscrite

Cette mesure coïncide avec celle annoncée au beau milieu de la crise par Marisol Touraine, ministre de la Santé de ne plus rembourser les pilules de 3ème génération qui l’étaient jusqu’alors. L’ANSM s’engage-t-elle là dans  une politique ouvertement destinée à freiner drastiquement la consommation des contraceptions oestroprogestatives de 3è et 4è générations, jugée excessive en France ? Est-il logique de peser sur les prescriptions via le non remboursement et ce qui sera immanquablement perçu de nouvelles contraintes ? Le Quotidien du médecin précise que ce nouveau format de délivrance est actuellement soumis pour validation aux firmes pharmaceutiques, ce que la réglementation nomme période contradictoire. Comme toujours les firmes font silence.

« Nouvelle mention manuscrite sur les prescriptions de pilules de 3ème et 4ème génération : une mesure intéressante, mais perfectible » fait valoir Dominique Dupagne sur son blog www.atoute.org où il lance une pétition. Objectif : que l’ANSM se rende compte rapidement de son erreur et inverse la charge cette mention manuscrite. « Le principe d’une information de la patiente et de la traçabilité de cette information est bon, mais la méthode est mauvaise, fait-il valoir. En effet, ce n’est pas au médecin d’écrire qu’il a bien informé la patiente, c’est à la patiente d’écrire qu’elle a bien été informée par le médecin. Seule la patiente peut réellement attester de la réalité et de la qualité de cette information. Cette procédure est à la fois bien plus fiable, bien plus impliquante (et donc pédagogique) pour la patiente et bien plus simple pour le médecin. » Le Dr Dupagne recueille aussi les signatures de celles et ceux qui « trouvent aussi idiot de faire écrire le médecin que la patiente ».

Pourquoi oublier le risque majeur du tabac ?

 Dernière voix dans ce chapitre : l’Académie de médecine qui vient de publier un communiqué sur le thème « contraception et risque vasculaire » et signé  de Philippe Bouchard, Alfred Spira, Yves Ville, Jacqueline Conard et Régine Sitruk-Ware. On y retrouve une série de dix recommandations de bon sens, la première étant  « l’éducation des médecins et des autres acteurs de la contraception, et information écrite des femmes vis à vis des risques thrombotiques, et de la façon de les reconnaitre ». Dans l’immédiat, les méthodes contraceptives existantes doivent toutes rester disponibles, en harmonie avec les décisions européennes, sous stricte surveillance, avec un renforcement du dépistage des facteurs de risque, et, une information des femmes. C’est là une des retombées majeures de la crise française. C’est seulement à ce prix que la maitrise de la contraception, et la qualité de vie des femmes resteront satisfaisantes et, permettront de diminuer encore le nombre de grossesses non désirées.

Comment comprendre que dans ce concert on ait une fois encore oublié de saisir cette opportunité pour mettre en lumière le risque majeur que constitue la consommation conjointe de tabac, toutes pilules confondues ? C’est là un gâchis majeur que rien ne justifie et qui ne parvient pas décidemment pas à mobiliser.  Sauf à imaginer que l’arrêt du tabac est –aux yeux es autorités sanitaires de la seule responsabilité de la femme. Que cette dernière  est ici pleinement responsable et qu’elle sera, le cas échéant, la coupable. On connaît de meilleures politiques de santé publique.

 

Alcoolisme : auto-thérapie à base d’encre au bout des doigts

Les drames et les dégâts de la consommation de boissons alcooliques? Ils sont omniprésents sur les pages imprimées (et sur les sites) des journaux régionaux. Avis d’obsèques prématurées. Résultats anonymes des contrôles récurrents d’alcoolémie effectués par les forces de police et de gendarmerie. Accidents de la circulation automobile causés par des conducteurs « sous l’emprise de l’alcool ». Violences en tout genre, notamment au sein des familles. Faits divers parfois tragiques. « Apéro géants » (gente éphémère). Bitures express (genre de plus en plus couru). 

Sortir de la dépendance? Voilà, en revanche, un sujet nettement moins traité. L’exemplaire affaire du Baclofène ne semble guère intéresser (et encore de manière très épisodique) que quelques titres et sites de la presse nationale. Rien ne sert de désespérer. Il existe quelques exceptions. En voici deux, en un seul jour. 

On ne lit jamais la presse quotidienne régionale. Par exemple La Nouvelle République du Centre-Ouest. Hier, 14 janvier, l’édition d’Indre-et-Loire publiait, pleine page, un peu banal témoignage avec photographie. Un papier signé Xavier Roche-Bayard et intitulé « Olivier Sully, ex-coureur à pied de très bon niveau, a décidé de parler ouvertement de son alcoolisme, à travers une biographie qu’il finit d’écrire. »

Extraits :

« Le seul liquide qu’il accepte, c’est celui de l’encre qui noircit les feuillets de son livre. Olivier Sully, Lochois pur et dur, s’apprête à dévoiler les années sombres de son existence dans une autobiographie qu’il est sur le point d’achever. L’homme âgé de 46 ans a sombré dans l’alcoolisme insidieusement, goutte à goutte au départ, par bouteille entière sur la fin. »

« Aujourd’hui, avec l’énergie de l’espoir, il mène sa propre bataille contre ce mal qui l’a torturé et qui a fait exploser son couple. Olivier Sully en a assez de l’alcool facile. D’être le soûlard titubant sur les pavés de la ville, ramené chez lui par les forces de l’ordre. En écrivant son livre, en annonçant volontairement son souhait d’être édité avant que ne se tienne la prochaine édition de de La Forêt des livres, il met son honneur en jeu. « J’ai le courage de dévoiler ma vie. Je n’ai pas honte d’en parler. Quand j’écrirai le mot fin, ce sera : point final ! Plus une goutte, plus de droit à l’erreur, mais le droit à l’auteur. Ce livre, c’est mon médicament », dit-il. Catholique pratiquant, Olivier Sully a choisi son chemin de rédemption, les voies spirituelles plutôt que spiritueuses. Sa dernière issue, après trois cures de sevrage de plusieurs mois sans succès. »

«  L’étau de la dépendance et les taux d’alcool se sont resserrés sur lui « bêtement ». Pourtant, ce Lochois au corps fatigué par les boissons, était un sportif de très bon niveau, présent sur de nombreuses épreuves de course à pied. « A 20 ans, j’ai fait mon record personnel sur le marathon des cotes de lumière en Vendée, en 2 h 45 », se souvient-il.  A Loches, il a créé le Cocap 37 pour comité d’organisation de course à pied, dont le local était à « Bardines ».  Cette initiative sportive allait être le début de sa descente aux enfers. « Il y avait un troglo aménagé avec un bar. On y faisait des fêtes. Quand je me servais un R… (alcool anisé, ndlr), c’était trois doses dans le même verre. Boire était devenu une habitude, même quand je courais. Puis une dépendance. Ma dernière bière, je l’ai mise en trophée dans ma salle de bain, je la vois tous les matins. Une bière à 11,6° ! J’en étais arrivé à voler des bouteilles de whisky au supermarché », avoue-t-il. »

« Olivier Sully a traversé une très longue période, dès 1997, trop avinée. Maçon de formation, il a vécu de petits boulots. Puis plus rien de concret. (…). Il compte : 353 demandes d’emploi envoyées. « Je suis un vrai chercheur… d’emploi », dit-il. Par conviction religieuse, il a aidé la Fondation Abbé Pierre, les Petits Frères des pauvres…  Dans son ancienne vie, avant de boire, il a été sapeur-pompier. Un passé plus humain qu’il veut retrouver. Pour se retrouver. « Je vais être grand-père bientôt », dit-il, redoutant d’être jugé dans le regard de son futur petit-fils. Il arrosera la naissance, avec un jus de carotte, sa nouvelle boisson de prédilection. »

Ce témoignage est complété par celui de l’écrivain, tourangeau d’origine,  Gonzague Saint-Bris. Il connaît cet homme, il l’a fait travaillé. Il aidera autant que faire se peut la publication de son livre. Il  veut voir en cet auteur un descendant du duc de Sully (1559-1641) célèbre et grand ministre de Henri IV.

Où sommes-nous ? Devant une presse imprimée qui vient en écho thérapeutique à un homme qui parie sur l’écriture. Imprimer pour briser un cercle infernal de dépendance ?  On connaît pire.

« Navires en perditions sur des flots éthyliques »

On ne lit jamais assez , non plus, la presse écrite nationale. Notamment quand il lui arrive –trop rarement sans doute- de traiter du même thème. Ici c’est sur le même sujet mais sous l’angle de l’ingéniosité que génère la Toile. Le même jour, dans Le Monde. Dans un encadré intitulé « C’est tout net » et signé  Marlène Duretz.

Extraits :

« Certains sont portés sur la boisson, tels des navires en perdition sur des flots éthyliques. Pour les uns, le voyage est long, bien trop long, et aucun havre de paix à l’horizon pour une halte salvatrice. Pour d’autres, la traversée est plus courte, le barreur ayant radicalement changé de cap.

Internet sait être cette main secourable. Il est celui à qui se confier sans craindre le regard de l’autre et sait administrer  les « premiers soins » à qui requiert son aide. Accoudés à ce comptoir virtuel, plusieurs contributeurs d’un forum évoquent leurs affres avec l’alcool : « A vous qui avez résisté à ce poison, avez-vous réussi seul ou avec l’aide d’un médecin approprié ? », demande une femme « de plus en plus désespérée ». L’une lui livre spontanément son expérience : « Seule, effectivement, je ne peux pas, alors je fréquente des groupes de parole, où l’on me comprend et où l’on ne me juge pas. » Un autre, qui a opté pour l’abstinence, lui explique que « la seule solution pour briser  ce cercle infernal, c’est la détermination à ne pas commencer à prendre  le premier verre ». Et lui conseille de lire les témoignages sur le forum « Arrêter l’alcool » du site Atoute.org .

Autre forum, autre « Besoin d’aide » : « Comment  aider un alcoolique ? », demande cette soeur dont le frère boit depuis deux ans : « Mon frère est dans un état second, alors le dialogue est difficile. Comment montrer que je suis là sans le juger ? » (…)  Même si la consommation d’alcool en France a été divisée par deux en quarante ans, les Français de plus de 15 ans consomment 12,3 litres d’alcool pur par an, selon les chiffres 2011 de l’INPES). « Cinq millions de Français ont un problème avec l’alcool », lit-on sur la page d’accueil du site Stop-alcool.fr, l’une des associations françaises de lutte contre l’alcoolisme, et pour qui « écouter, parler, c’est déjà un grand pas vers l’abstinence ». »

Parler pour « s’en sortir ». Ecouter. Ecrire, aussi.

 

 

Deux avocats, les pilules et les médias

Durant les fêtes les affaires continuent. Nouvelle étape de celle  dite des « pilules de troisième génération ». Trois questions, désormais, sont soulevées. L’affaire prendra-t-elle vraiment corps -et à quel rythme- dans les médias ?  Jusqu’où ira l’action  des avocats directement impliqués dans les poursuites et les  indemnisations ? Pourquoi ce durable silence des agences spécialisées dans le médicament mais aussi des sociétés savantes, des prescripteurs et, plus encore peut-être, du ministère de la Santé ?   Le pôle santé publique du tribunal de grande instance  de Paris s’est saisi de ce dossier  et devra décider d’une éventuelle ouverture d’enquête préliminaire, d’une information judiciaire ou d’un classement sans suite.

 « C’est peut-être le début d’un nouveau scandale sanitaire en France ». Grave, avant même l’aube dominicale, France-Info hausse la voix, donne le ton. La veille, dans la soirée, l’Agence France Presse avait  fait parler  l’avocat. Ou  lui avait donné la parole. Un peu plus tôt encore Le Monde avait donné son « la » 1.  Nous assistons à un  nouvelle étape, un nouveau format, dans la  mise en scène d’une affaire sanitaire ; une mise en scène dont les coulisses apparaissent –autant que l’on puisse  voir – de plus en plus transparentes. Une mise en scène contagieuse aussi qui peut conduire  à des situations inédites 2.

Résumons. Le 14 décembre la France apprend qu’une jeune femme victime d’un AVC venait de porter plainte contre le directeur général de la multinationale pharmaceutique allemande Bayer et contre  le directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Dans le premier cas pour «atteinte involontaire à l’intégrité de la personne humaine»; dans le second pour ne pas avoir, en dépit du «principe de précaution»  demandé le retrait d’une pilule contraceptive du marché français. La jeune femme estimait qu’un contraceptif (commercialisé sous le nom de marque « Méliane ») était la cause directe de son AVC survenu en 2006 et du handicap (65%) qui en résultait. Accusations graves.

« Après le coupe-faim Médiator, la pilule « Méliane »? Les deux affaires n’ont a priori aucun point commun si ce n’est Me Philippe Courtois et Me Jean-Christophe Coubris. Ces deux avocats se sont spécialisés dans la défense des  intérêts des victimes de l’ancien coupe-faim des Laboratoires Servier » écrivions-nous alors sur Slate.fr le 17 décembre. Nous ajoutions que cette affaire venait relancer les questions inhérentes à l’innocuité des médicaments présents sur le marché. Et qu’elle rappelait aussi la complexité de la prise en charge médicale d’une contraception hormonale. Et enfin qu’elle mettait enfin en lumière les ambiguïtés ou les dysfonctionnements des procédures de mise sur le marché de prescription et de remboursement par la collectivité des spécialités pharmaceutiques.

Et nous poursuivions en publiant un entretien avec le Pr Bernard Hédon (CHU de Montpellier), nouveau président du Collège des gynécologues-obstétriciens français (CNGOF).  L’affaire avait fait l’objet de différentes reprises dans les médias. Elle avait aussi été traitée  dans quelques « blogs médicaux », dont Atoute.org, celui de Dominique Dupagne.

L’étrange lapsus où « pilules » deviennent « prothèses »

Deux semaines plus tard, et une nouvelle fois à la veille d’un week-end a priori favorable aux exploitations médiatiques en boucle, deuxième salve. Les plaintes sont au nombre de trente. Et si elles ne sont pas encore déposées , elles le seront bientôt. En janvier auprès du tribunal de Bobigny disent les avocats qui, travaillant au sein du même cabinet bordelais Courtois, Coubris & Associés  sont à nouveau en action.

Me Coubris a expliqué au Monde avoir été sollicité en quinze jours  par trente autres victimes. Comme dans l’affaire du Médiator (son cabinet assisterait 2 500 victimes) il entend « sensibiliser la population ». A d’autres médias il dira avoir reçu « des dizaines de lettres et de coups de fils » et que le nombre de trente « devrait encore « augmenter dans les semaines à venir ». Sur France Info Me Courtois s’exprime également comme on peut l’entendre ici.  Où l’on perçoit un étrange lapsus, l’avocat parlant des firmes pharmaceutiques comme étant « des fabricants de prothèses ». Lapsus signifiant ? Et si oui, signifiant quoi ? Est-ce la défense des utilisatrices des prothèses de la marque PIP dans laquelle le cabinet est également spécialisé ?

« Titulaire d’un DESS de Droit de la Santé, Philippe Courtois s’est spécialisé dans la défense et l’indemnisation des victimes d’accidents corporels, peut-on lire sur le site de son cabinet.La perte de son frère aîné dans un accident de la circulation explique sa grande motivation à conseiller et à assister les victimes d’accidents de la route et leur famille dans toutes leurs démarches pour obtenir la sanction des responsables et l’indemnisation des victimes. Issu d’une famille médicalePhilippe Courtois a été sensibilisé très tôt au problème des erreurs médicales et des contaminations post-transfusionnelles et a souhaité s’investir totalement dans la cause des victimes. »

Reste l’essentiel : la dénonciation de ce type de scandales sanitaires par voie de presse, cette amplification d’actions contentieuses à venir, sert-elle ou dessert-elle la santé publique ? Quelles sont ses conséquences positives et celels qui ne le sont pas ? Sans doute est-il un peu tôt pour répondre.

A la mi-décembre le Pr Dominique Maraninchi, directeur de l’ANSM avait déclaré à l’AFP que les pilules de «troisième génération» étaient encore beaucoup trop souvent prescrites «d’emblée» en France: elles correspondent toujours à environ 50% du volume total des ventes ce qui semble une proportion notablement trop élevée aux yeux des spécialistes de cette question.  Le Pr Maraninchi ne proposait toutefois alors aucune solution pour corriger cette situation. Une nouvelle fois, la puissance publique apparaissait comme démunie pour faire respecter les règles de prescriptions médicamenteuses et ce alors qu’elle est  la seule à les définir et à avoir les moyens d’agir. Comment comprendre? C’est l’un des mérites des « affaires » sanitaires que de conduire à soulever ce type de questions.

Pourquoi interdire le remboursement et laisser sur le marché sans expliquer ?

A la suite de l’émotion soulevée par la première plainte pour AVC  l’ANSM lançait, le 21 décembre, une nouvelle mise en garde sur son site vis-à-vis des pilules de troisième génération.  Une nouvelle fois il était demandé aux prescripteurs, afin de minimiser les risques de thrombose liés aux contraceptifs oraux, de privilégier les pilules de deuxième génération, de rechercher les facteurs de risque avant toute première prescription , d’informer les patientes des signes avant-coureurs de thrombose et de surveiller la tolérance de la pilule prescrite. Il se murmure que l’ANSM lancera par ailleurs en janvier une étude des ventes pour vérifier l’efficacité de ses mises en garde. Qu’en a-t-il été des précédentes ? Et que se passera-t-il si on découvre que, précisément, elles ne sont pas suivies d’effet ?

Autre source majeure d’incompréhension collective : Marisol Touraine, ministre de la Santé a annoncé mi-septembre sa décision de faire procéder au non remboursement par la Sécurité sociale des pilules de troisième génération. Cette mesure  prendra effet à compter du 30 septembre 2013. Cette décision a été prise après les conclusions rendues par la Commission de transparence de la Haute autorité de santé (HAS), qui a relevé « un risque de complications thrombo-veineuses  deux fois plus élevé que chez les femmes sous pilules de deuxième génération».  Entre 1,5 et 2 millions de femmes prendraient aujourd’hui ce type de contraceptif en France ; contraceptif qui apporte selon les professionnels des avantages certains pour certaines femmes mais dont rien en justifie une consommation à ce point massive. Là encore on demeure surpris que la puissance publique ne soit pas mieux documentée sur un tel sujet alors même qu’elle peut tout savoir des prescriptions, des délivrances et des remboursements de ces médicaments contraceptifs.

La puissance publique n’est pas seule. On doit pouvoir expliquer dans les médias de grande audience la réalité de la situation. Expliquer avec pédagogie, sans outrances ni conflit d’intérêt, les bénéfices et les risques de ces contraceptifs. Expliquer (aussi et surtout)  les véritables  raisons qui font que l’on décide de ne plus rembourser des médicaments largement prescrits et consommés tout en les laissant sur le marché. Expliquer pourquoi  le ministère de la Santé, l’ANSM,  la HAS, ainsi, pourquoi pas, que l’assurance-maladie et assurances complémentaires) semblent incapables de peser sur les prescriptions médicales et de corriger une situation dès lors que les recommandations en vigueur ne sont plus respectées.

Les énergies et les compétences sont là et la chose ne semble pas insurmontable. Cela pourrait par exemple prendre la forme de documentaires télévisés équilibrés suivis de débats contradictoires. Mais voilà : ce genre journalistique, en France, n’existe guère. L’expérience montre que les souhaits pour la nouvelle année ont une chance non négligeable de se réaliser. L’émergence d’un tel traitement médiatique de ces affaires sanitaires en est un que nous formulons volontiers pour l’année 2013: une année qui dans quelques heures pointera le bout ce son nez, et ce  en dépit des prophéties gentiment et  largement médiatisée d’un calendrier élaboré, nous dit-on, par les  Mayas.

 

1 Le quotidien révèle dans son édition datée des 30-31 décembre et 1er janvier que Me Jean-Christophe Coubris « a été sollicité » par « trente autres victimes des pilules de troisième et quatrième génération ». Toutes ces femmes  souhaitent porter plainte contre les laboratoires fabricants (Bayer, Schering, Merck, Pfizer). Ces femmes sont âgées de 17 à 48 ans. Elles ont « subi des AVC ‘’quinze d’entre elles’’, des embolies pulmonaires  ‘’trois cas’’, des thromboses veineuses et des phlébites ». Elles « en ont parfois gardé de graves séquelles : tétraplégie, hémiplégie, épilepsie, aphasie… L’une d’entre elles, Caroline, 25 ans, est décédée d’un AVC en 2006. »

« Ce décès est le sixième recensé par l’AVEP depuis 2009, souligne Le Monde. Depuis la publication dans Le Monde daté du 15 décembre d’une série d’articles sur le sujet, neuf femmes se sont manifestées auprès de l’association pour signaler des phlébites graves, embolies pulmonaires et un accident vasculaire cérébral (AVC). Nous avons, au Monde, reçu témoignage d’une embolie pulmonaire et d’un AVC. »

2 « Pilule : Sophie, 21 ans, sauvée par un article du « Monde ». » annonce … Le Monde en une. Page 14 un article intitulé « Pilule de 4e génération : ce Noël que Sophie, 21 ans, a failli ne jamais fêter ». Où il est  raconté l’histoire d’une jeune fille qui, à l’âge de 21 ans, « souhaite prendre la pilule pour la première fois et pour se débarrasser de quelques boutons disgracieux ».

Prescription de « Jasmine » (Bayer) par un généraliste. Remplacée par son générique à l’initiative d’une pharmacienne. Suit une longue série d’erreurs et d’insouciances médicales avant que, grâce à l’alerte lancée par Le Monde sur sa double page (datée du 15 décembre) consacrée à la première plainte déposée (alerte reçue par sa mère sur son I-Phone) le diagnostic d’embolie pulmonaire soit fait in extremis au service des urgences du CHU de Nantes.

« Pour Sophie et ses parents, les fêtes de Noël ont cette année un goût « particulièrement savoureux ». Le goût du bonheur qui a failli disparaître, emporté par l’acné, une pilule contraceptive de quatrième génération, un médecin bien léger et le scepticisme général » résume le quotidien.