Voici les nouveaux salariés : avec une puce RFID sous-cutanée, greffée entre pouce et index

Bonjour

C’est une information à faire froid dans le dos. Après la BBC  ou Le Figaro on la retrouve  développée, dans Le Monde, par Corinne Lesnes.  A partir de demain, 1er août 2017, les employés salariés de la compagnie Three Square Market de River Falls (Wisconsin) évolueront plus librement dans leur espace de travail ; du moins celles et ceux qui auront accepté l’offre (gratuite) de leur employeur : se faire implanter une puce électronique sous la peau, entre le pouce et l’index. Cinquante employés sur quatre-vingt ont ainsi signé pour être greffés.

« La puce, de la taille d’un grain de riz, leur sera gratuitement introduite entre le pouce et l’index, par un personnel médical « qualifié », lors d’une « chip party » au siège de la compagnie, précise Le Monde. Après quoi, un simple mouvement suffira au porteur pour ouvrir les portes, payer la cantine, débloquer son ordinateur et utiliser les photocopieuses. ’L’implantation élimine le besoin de transporter des données’’, résume la bienveillante direction. » La légèreté, nouvelle définition de la liberté : légèreté des données ingérées.

Prolétaires-cobayes

La puce-cyborg coûte, à l’unité, 300 dollars (255 euros). Elle est développée par le fabricant suédois Biohax qui est déjà passé à l’acte en Suède. Sa puce a été approuvée par la Food and Drug Administration américaine. C’est une identification par radiofréquence (RFID, Radio Frequency Identification), une technologie courante pour suivre les livraisons en transit, et qui repose sur l’utilisation de champs électromagnétiques de capturant automatique les données 1.

C’est la première fois, souligne Le Monde, qu’aux Etats-Unis une entreprise propose à ses employés de servir de cobayes aux puces RFID. Donald Trump ou pas, nous sommes toujours en démocratie : les salariés hésitants pourront bénéficier d’une « bague » ou d’un « bracelet » en lieu et place de l’implant. On ajoutera, cela ne s’invente pas, que Three Square Market est une entreprise qui commercialise un logiciel pour les distributeurs de snacks dans les entreprises.

Cette firme pionnière espère bénéficier de la publicité gratuite que lui vaut son initiative. Conscient des risques, son directeur tente toutefois de dissiper les inquiétudes relatives aux atteintes à la vie privée. La puce ne sera dotée d’aucun « dispositif de traçage de type GPS ». On se demande pourquoi. Quant aux données, elles sont cryptées comme pour les cartes de crédit. Un souci ? Un regret ? Le « microchip » pourra être retiré à tout moment « en deux secondes, comme une écharde ».

 Sisyphe et son mythe

Echarde est le mot : petit corps effilé et pointu, de bois ou de métal, qui se fiche accidentellement dans la peau ou dans la chair. Car que faire d’une écharde à moins qu’on ne cherche à l’extraire ? Une vieille affaire littéraire :

« Il n’est pas un de ses personnages [de Dostoïevski] qui ne porte cette écharde dans la chair, qui ne l’irrite ou qui n’y cherche un remède dans la sensation ou l’immoralité ». Camus, Le Mythe de Sisyphe,1942, p. 151.

Sisyphe avec RFID entre pouce et index ? Certains ne veulent voir là que la déclinaison de la technique de la carte de « paiement-contact ». Interrogé par KSTP-TV, Todd Westby, le directeur de Three Square Market, affirme que l’implantation de puces électroniques sous la peau humaine est «la prochaine grande avancée inévitable » et entend bien que lui et son entreprise ne soient pas les derniers. Cette dystopie à portée de main sera-t-elle intégrée dans la refonte du Code du Travail français ?

Comment ne pas voir que nous sommes là aux premières frontières du transhumanisme, aux marches du Temple des « hommes augmentés » ? Comment ne pas entendre Philip K. Dick et ressentir comme une sorte de froid dans le dos ?  Pour le Washington Times il faut voir là une nouvelle étape dans l’accès des êtres humains à une nouvelle liberté : celle de payer. C’est assez bien résumé.

A demain

1 Sur ce thème on peut se reporter avec grand intérêt à l’ouvrage de notre confrère Michel Alberganti : « Sous l’œil des puces : la RFID et la démocratie » Éditions Actes Sud.

Et si aller « au bout du traitement antibiotique » ne devait plus être un geste automatique ?

 

Bonjour

Provocation ou pragmatisme ?  Dans une longue tribune documentée publiée par le British Medical Journal un groupe de spécialistes britanniques 1 remet en cause la règle (officielle et internationale)  jusqu’ici jamais contestée qui veut que l’on termine un traitement antibiotique une fois que ce dernier a été prescrit et commencé. Selon les auteurs, cela favoriserait l’antibiorésistance au lieu de la limiter. Une publication et des interrogations qui sont reprises par la BBC : « Should you finish a course of antibiotics ? » et, en France, par le Quotidien du Médecin.

Pour les auteurs cette règle aurait fait son temps. « L’idée que cesser le traitement plus tôt encourage l’antibiorésistance n’est pas prouvée, alors que prendre des antibiotiques plus longtemps que nécessaire augmente à coup sûr le risque de résistance, affirment-ils. Un traitement plus court est clairement plus bénéfique, au niveau individuel, pour un patient. Son risque de résistance dépend de son exposition passée aux antibiotiques et en plus, réduire l’exposition en réduisant la durée du traitement est associé à un risque réduit d’infection résistante. »

 « La situation change actuellement à l’hôpital, où des marqueurs de la réponse au traitement peuvent guider les médecins pour savoir quand cesser celui-ci. Mais, hors de l’hôpital, on peut simplement conseiller au patient d’arrêter le traitement quand il se sent mieux. » 

Pour les auteurs britanniques, aller au bout du traitement est « une croyance fallacieuse, profondément ancrée chez les patients et les médecins », sans doute parce qu’elle est « simple et claire », et que ne pas la suivre « est considéré comme un comportement irresponsable ». Dans le même temps ils estiment que des essais cliniques devraient être menés pour préciser quelles devraient être les meilleures durées de traitement afin d’optimiser l’efficacité de ces précieux outils thérapeutiques.

A demain

1 Martin J Llewelyn, professor of infectious diseases2 ; Jennifer M Fitzpatrick, specialist registrar in infection2 ; Elizabeth Darwin, project manager3 ; SarahTonkin-Crine, health psychologist4 ; Cliff Gorton, retired building surveyor5 ; John Paul, consultant in microbiology6 ; Tim E A Peto, professor of infectious diseases7 ; Lucy Yardley, professor of health psychology8 ; Susan Hopkins, consultant in infectious diseases and microbiology9 ; Ann Sarah Walker, professor of medical statistics and epidemiology3. Author affiliations

 

Insolite : un vaccin contre la méningite peut aussi protéger contre la gonorrhée («chaude pisse»)

 

Bonjour

L’information, spectaculaire, est publiée dans The Lancet de ce jour – et aussitôt reprise par la BBC : « First vaccine shows gonorrhoea protection » (James Gallagher). Dirigés par le Dr Helen Petousis-Harris (University of Auckland) des chercheurs néo-zélandais annoncent avoir identifié un vaccin qui pourrait réduire le risque de contracter une gonorrhée, maladie sexuellement transmissible généralement mieux connue des victimes sous l’appellation « chaude-pisse ». C’est la première fois, après un siècle de recherche, qu’une immunisation de ce type est obtenue.

Cette infection, qui touche principalement les organes génito-urinaires, est due au gonocoque (Neisseria gonorrhoeae, découvert par Albert Neisser en 1879. En l’absence de traitement par antibiotique adapté diverses complications peuvent apparaître, qui affectent principalement les femmes (inflammations pelviennes, grossesse extra-utérine et stérilité). L’incubation est habituellement de 2 à 7 jours et, jusqu’ici le seul traitement préventif était le préservatif.

L’inquiétude des autorités sanitaires internationales tient à l’émergence croissante de souches de gonocoque antibiorésistantes – y compris vis-à-vis des céphalosporines jusqu’alors utilisées en « dernier recoures ». L’OMS a, ces trois dernières années, confirmé cet inquiétant phénomène en Afrique du Sud, en Australie, en Autriche, au Canada, en France, au Japon, en Norvège, en Suède, en Slovénie et au Royaume-Uni (pays particulièrement touché).

Financée en partie par Novartis Vaccines & Diagnostics, l’étude néozélandaise ne manquera pas d’intéresser les passionnés de sérendipité. Le vaccin utilisé (« MeNZB ») avait, initialement, été développé pour lutter contre une épidémie de méningite de type B. Ce vaccin avait alors été administré dans le pays à environ un million de personnes (dont 81% de moins de 20 ans) entre 2004 et 2006.

Ce n’est que par la suite que les chercheurs de l’Université d’Auckland ont analysé les données de onze cliniques de « santé sexuelle » et découvert que les cas de gonorrhée avaient, ultérieurement, diminué de 31% chez les vaccinés. Il faut ici préciser que la bactérie Neisseria meningitidis ou ménigocoque, est structurellement assez proche de Neisseria gonorrhoeae. Aussi peut-on raisonnablement penser être en face d’un phénomène de « protection croisée ». La réduction de l’incidence dans le groupe des vaccinés (la protection ainsi conférée) est de 31% dans un groupe total de 14 730 personnes (1241 cas de gonorrhée; 12487 cas d’infection à chlamydia; 1002 cas de co-infection)..

« À l’heure actuelle, le mécanisme de cette réponse immunitaire est inconnu, mais nos résultats pourraient contribuer au futur développement de vaccins protecteurs à la fois contre le méningocoque et le gonocoque » explique le Dr Helen Petousis-Harris. Ce travail éclairera-t-il d’un jour nouveau les possibles bénéfices complémentaires de  l’actuel vaccin contre le méningocoque de type C – un vaccin aujourd’hui recommandé mais que le gouvernement entend rendre obligatoire avant l’âge de deux ans.

A demain

L’affaire Charlie Gard : maladie génétique, fin de vie, tweets et mises en scène diplomatiques 

 

Bonjour

C’est une affaire qui tient en haleine tous les médias britanniques. C’est aussi une histoire sans précédent où la médecine croise le droit, la religion et la diplomatie – une mise en scène où l’on voit une pathologie génétique nourrir un affrontement de deux idéologies sinon de deux logiques.

Soit Charlie Gard, un bébé aujourd’hui âgé de onze mois souffrant d’une forme rare et grave du syndrome de déplétion de l’ADN mitochondrial ; forme neurodégénérative avec myopathies ; absence de réactions au stimulations ; surdité congénitale ; épilepsie sévère ; atteintes cardiaques, hépatiques et rénales.

Arrêt des soins

Depuis plusieurs mois un litige oppose les parents de l’enfant au Great Ormond Street Hospital for Children où il est hospitalisé depuis octobre 2016. C’est un litige largement médiatisé ses parents ayant lancé un appel GoFundMe en ligne (réunissant 1,4 million d’euros) et faisant campagne pour que leur enfant bénéficie d’un traitement expérimental (aux Etats-Unis) et ce, in fine, contre l’avis de l’équipe médicale.

Une première décision de justice a donné tort aux parents, la Family Division de la High Court of England and Wales statuant que l’enfant devait être autorisé à mourir. Une décision confirmée en appel et soutenant, sur la base d’avis d’experts, que le traitement expérimental n’était pas adapté à la forme de pathologie dont souffrait cet enfant (mutation du gène RRM2B). Puis en juin la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) approuvait à son tour la décision d’arrêt de soins.

Plus de temps

La décision de la CEDH, définitive et prise à la majorité, confirme les décisions antérieures qui « étaient méticuleuses, complètes, et ont fait l’objet d’un examen à trois degrés de juridiction, avec une motivation claire et détaillée permettant d’étayer de manière pertinente et suffisante leurs conclusions » en ayant notamment entendu « tous les experts médicaux intervenus dans le traitement ainsi que les experts convoqués par les requérants ».

Le 30 juin l’équipe médical du Great Ormond Hospital acceptait de donner un plus de temps aux parents et de retarder la procédure des soins palliatifs. Puis le 3 juillet e président américain Donald Trump tweetait « If we can help little #CharlieGard, as per our friends in the U.K. and the Pope, we would be delighted to do so. » Et la Maison Blanche de préciser qu’après avoir appris la situation du bébé Charlie le président Trump essayait, autant que faire se peut, d’aider cette famille. Puis le Vatican se manifesta à son tour via, notamment, le célèbre cardinal Elio Sgreccia, ancien président de l’Académie pontificale pour la vie. Et le pape François de faire également part de son émotion.

Vie sacrée

« Pour sauver la vie de Charlie Gard, le Vatican se dit prêt à tout. Même à lui accorder au pied levé la nationalité vaticane et faciliter son transfert dans les services de l’établissement pédiatrique du Saint siège,  l’hôpital de l’Enfant-Jésus, précise le correspondant en Italie du Quotidien du Médecin. ’Le Saint-Père suit avec affection et émotion l’affaire du petit Charlie Gard et exprime sa proximité à ses parents’’, a indiqué le Vatican dans un communiqué. Depuis, les sherpas du plus petit État du monde sont en contact avec le gouvernement britannique. Le ministre des Affaires étrangères, Angelino Alfano, a également contacté son homologue britannique, Boris Johnson. Pour l’heure, le héros du Brexit, refuse les propositions italiennes au motif que le verdict de la Cour Suprême londonienne doit être respecté et les soins de l’enfant stoppés. »

Pour Londres, le transfert de Charlie au Vatican est possible – à condition que l’hôpital de l’Enfant-Jésus s’engage à respecter le verdict prononcé par la Cour suprême britannique. « Il est évident que l’hôpital du pape ne peut pas prendre une telle condition en considération car la vie est sacrée », estime la direction de l’hôpital pontifical. Un affrontement médiatisé de deux conceptions de la médecine et de la vie. Demain, une série télévisée.

A demain

Résistance post-antibiotiques: une vancomycine ultra-agressive a été créée en Californie

 

Bonjour

Désespérer devant le génie infectieux des microbes pathogènes ou espérer dans le génie humain ? Question d’actualité avec cette publication des PNAS : « Peripheral modifications of [Ψ[CH2NH]Tpg4]vancomycin with added synergistic mechanisms of action provide durable and potent antibiotics » ; un sujet repris par la BBC : « Ultra-tough antibiotic to fight superbugs ».

Cœur de cible : la vancomycine. On croyait tout savoir de cet antibiotique utilisé depuis soixante ans. Famille des glycopeptides, inhibitrice de la synthèse du peptidoglycane de la paroi bactérienne. Spectre d’action exclusif : les Gram positifs. Agent bactéricide utilisable par voie intraveineuse. Risques d’effets secondaires rénaux et auditifs. Commercialisée sous ce nom.

La vancomycine n’échappe plus à la menace croissante des résistances bactériennes. On observe ainsi, depuis le milieu des années 1980 l’émergence de souches d’entérocoques résistants à la vancomycine (la structure D-Ala-D-Ala des précurseurs du peptidoglycane y est remplacée par une structure D-Ala-D-Lactate).

Génies

C’est pour tenter de prévenir cette menace qu’oeuvrent les auteurs de la publication des PNAS. Dirigés par Dale L. Boger (Department of Chemistry, The Scripps Research Institute, La Jolla) ils ont entrepris de modifier la structure de l’antibiotique pour, autant que faire se pourrait, gagner en efficacité.

Complétant leurs travaux antérieurs et usant de trois angles d’attaque moléculaire ils sont ainsi parvenus à augmenter la puissance antibactérienne d’un facteur 1000. Mieux : les premiers essais expérimentaux témoignent de l’efficacité in vitro contre des entérocoques résistants.

Selon Dale L. Boger le corps médical pourrait utiliser efficacement cette nouvelle forme de vancomycine et sans craindre de faire émerger de nouvelles résistances. Il espère que cela pourra être le cas dans cinq ans, une fois réglés les problèmes de synthèse de cette nouvelle vancomycine devenue ultra-agressive. Rien n’interdit d’espérer que le génie humain triomphe du bactérien.

A demain

Les femmes enceintes qui fument lèsent gravement le foie de leur enfant. Qui fait quoi ?

Bonjour

Dans un monde idéal, la nouvelle ministre française de la Santé (et des Solidarités) aurait déjà connaissance de cette étude qui vient de paraître dans Archives of Toxicology : « Modelling foetal exposure to maternal smoking using hepatoblasts from pluripotent stem cells ». Un sujet déjà repris par la BBC : « Scientists find that smoking harms livers of unborn babies ».

Ce travail a été dirigé par Baltasar Lucendo-Villarin et David C. Hay (Medical Research Council Centre for Regenerative MedicineUniversity of Edinburgh). Les chercheurs démontrent (à partir d’un modèle hépatique dérivé de cellules souches pluripotentes) que le cocktail de substances toxiques présentes dans la fumée de tabac (et ingéré par les femmes enceintes fumeuses) est hautement dangereux pour le développement du foie du fœtus. Il leur est aussi apparu que cette toxicité était différente selon le sexe de l’enfant à naître.

« Nous savions que la fumée de cigarette avait des effets néfastes sur le fœtus, mais nous ne disposions pas jusqu’à présent d’outils appropriés pour étudier ce phénomène de manière très détaillée, explique le Dr David Hay. Cette nouvelle approche signifie que nous avons maintenant des sources de tissus renouvelables qui nous permettront de comprendre l’effet cellulaire des cigarettes sur le fœtus à naître. »

Emile Zola / Virginie Despentes

Dans un monde idéal les conseillers de la ministre français de la Santé (et des Solidarités) auraient déjà fait le rapprochement avec la dramatique étude que vient de publier le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire ; une étude qui montre : 1 que la France est largement en tête des pays européens pour la consommation de tabac ; 2 que le tabagisme devient un marqueur social, les pauvres étant plus que les riches esclaves de cette addiction.

Pour expliquer cette augmentation de la consommation de tabac parmi les catégories sociales les plus défavorisées, les services de la ministre avancent : « l’utilisation de la cigarette pour gérer le stress, la difficulté à se projeter dans l’avenir, la méfiance à l’égard des messages de prévention, le déni du risque, une dépendance nicotinique plus importante, une norme sociale en faveur du tabagisme ou des événements difficiles pendant l’enfance ». Y a-t-il un plus beau sujet politique et sociétal que celui-là ?

Les mêmes services pourraient rappeler à la ministre qu’en France près de 20% des femmes enceintes continuent à fumer tout au long de leur grossesse. Sont-ce les femmes des catégories sociales les plus défavorisées ? Quel Emile Zola / Virginie Despentes nous racontera cela ?

A demain

En Grande Bretagne un vapoteur sur deux est un ancien fumeur. On attend le gouvernement

 

Bonjour

C’est une belle feuille de route pour le prochain ministre français de la Santé : réussir là où Marisol Touraine a systématiquement échoué – nous ne parlons ici que de la politique de réduction des risques tabagiques. Et voici qu’une nouvelle fois l’actualité apporte sa puissance démonstratrice : face à l’incurie de l’action politique française contre le tabagisme, Brexit ou pas, le pragmatisme britannique.

Pour la première fois, plus de la moitié des utilisateurs britanniques de cigarettes électroniques ont cessé de fumer du tabac : 1,5 million de vapoteurs sont des ex-fumeurs, contre 1,3 million qui utilisent toujours du tabac. Tel est le principal enseignement d’un sondage auprès de 12 000 adultes pour « Action on Smoking and Health » (ASH) : « Large national survey finds 2.9 million people now vape in Britain: For the first time over half don’t smoke ». Un sujet repris par la BBC.

L’étude (menée par YouGov pour ASH) conclut qu’environ 2,9 millions d’adultes en Grande-Bretagne utilisent actuellement des cigarettes électroniques. Et pour la première fois elle établit qu’il existe chez les vapoteurs plus d’anciens fumeurs (1,5 million) que de fumeurs – et que la principale raison de l’usage de la cigarette électronique est bel et bien l’arrêt du tabac. Pour autant il existe encore environ 1,3 million de personnes qui utilisent la cigarette électronique sans pour autant parvenir à abandonner la consommation de tabac brûlé à forte nocivité.

Tout reste à faire

« Ce sont des nouvelles encourageantes. Le message pour les 1,3 millions de vapoteurs qui fument encore est qu’ils doivent aller plus loin et parvenir à passer complètement du tabac » commente la Pr Ann McNeill, spécialiste de la dépendance au tabac (King’s College London). Nouvelles encourageantes mais les observateurs notent que le mouvement vers la e-cigarette ralentit et qu’il existe encore, en Grande Bretagne, 9 millions de fumeurs exclusifs qui n’ont pas encore véritablement tenté la solution électronique.

L’enquête britannique montre la réalité de la cigarette électronique est encore loin d’être comprise. Ainsi seuls 13% des répondants estiment que les cigarettes électroniques sont beaucoup moins nuisibles que le tabagisme et 26% pensent encore qu’elles sont plus ou moins nocives.

« Ces nouvelles données démontrent également que les règles de la directive européenne sur les produits du tabac (DPT) quant à  la concentration de nicotine et la taille des recharges ne concerneront qu’une faible proportion d’utilisateurs d’e-cig, explique-t-on auprès de ASH. La loi entrant en vigueur à partir du 20 mai de cette année comprend une nouvelle réglementation qui s’applique aux cigarettes électroniques ainsi qu’au tabac. La concentration maximale de la nicotine autorisée dans le liquide sera de 20 mg / ml et la taille maximale de la bouteille e-liquide sera de 10 ml. L’enquête a révélé que seulement 6% des vapoteurs utilisent la nicotine au-dessus de 20 mg / ml et que seuls 1% des vapoteurs utilisent plus de 10 ml de liquide par jour. »

En France, après un quinquennat où les responsables de la politique sanitaire n’ont pas voulu comprendre ce qui se jouait au travers de la « révolution des volutes », tout reste à faire alors que tant aurait déjà pu être fait. Désespérer ? Nous sommes en mai. Que l’on ait voté blanc ou Macron, il n’est pas interdit, après ces cinq dernières années, d’espérer du prochain ministre de la Santé.

A demain