Renaissance : des biologistes hollandais sont proches de la source de l’eau de Jouvence

Bonjour

Aux antipodes du politique, la biologie peut encore nous faire rêver. C’est le cas aujourd’hui avec une publication signée d’un groupe de chercheurs hollandais dirigés par Peter L. J. de Keiser (Department of Molecular Genetics, Erasmus University Medical Center Rotterdam) et qui ouvre de nouvelles perspectives quant à la maîtrise des mécanismes de sénescence. On trouve cette publication dans la revue Cell : « Targeted Apoptosis of Senescent Cells Restores Tissue Homeostasis in Response to Chemotoxicity and Aging ». Elle vient d’être reprise par la BBC : « Drug ‘reverses’ ageing in animal tests ». Et elle est développée dans Science par Mitch Leslie : « Molecule kills elderly cells, reduces signs of aging in mice ».

Le biologiste Peter de Keizer s’intéresse aux stratégies développées, à l’échelon moléculaire, par les cellules sénescentes pour rester ou non vivantes. C’est dans ce cadre, exploré depuis plusieurs décennies, qu’il explique avoir découvert une nouvelle piste via la protéine FOXO4 dans ses rapports avec celle, bien connue sous le nom de p53. Ils expliquent, schématiquement, avoir conçu une molécule, un peptide, qui en jouant sur ces mécanismes, permettrait de contrer l’évolution depuis toujours irréversible, vers la sénescence. On l’aura compris c’est là une autre manière de parler, à Rotterdam, de l’eau de la fontaine de Jouvence.

Plaisirs de fureter

Le peptide de Rotterdam a été testé sur des souris de laboratoire et les biologistes en décrivent les effets en des termes stupéfiants. Les rongeurs testés vivent environ la moitié du temps que les souris normales. Après quelques mois d’existence leurs poils commencent à tomber, leur fonction rénale se dégrade et ils entrent en léthargie. Or l’administration du peptide amplifie soudain la densité de leur pelage, rétablit la fonction rénale et les voit à nouveau se dépenser dans leurs cages. Et des phénomènes du même type sont, nous dit-on, observés chez des souris normales prenant de l’âge qui semble redécouvrir les plaisirs de fureter.

Rien n’est acquis bien sûr. Science et la BBC interrogent d’autres biologistes, enthousiastes ou réservés. Les biologistes comme les horlogers savent, depuis toujours, que l’on ne touche pas sans risque au grand balancier du temps qui passe. Pour autant, à Rotterdam, dans l’université qui porte le nom d’Erasme, on se souvient de la Renaissance et de la Jouvence : des essais cliniques devraient bientôt être menés sur des humains.

On peut, loin du désenchantement politique, préférer les horizons et les rêves des biologistes.

A demain

 

 

Des chercheurs britanniques annoncent avoir réussi à produire des embryons artificiels

 

Bonjour

Brexit ou pas, le Royaume-Uni semble voguer vers le transhumanisme. Pour l’heure il continue sa quête scientifique aux frontières des interdits éthiques du Vieux Continent.

Dernière illustration en date, cette publication de Science : « Assembly of embryonic and extra-embryonic stem cells to mimic embryogenesis in vitro ». Dirigée par Magdalena Zernicka-Goetz (Mammalian Embryo and Stem Cell Group, University of Cambridge)une équipe annonce avoir mis au point une technique inédite de production artificielle d’embryons. Non plus des embryons constitués, comme depuis la nuit des temps, de la fusion de deux cellules sexuelles mais de deux types de cellules-souches embryonnaires.

Ce n’est certes pas la première fois que des biologistes tentent de telles créations mais leurs entreprises échouaient du fait de la complexité de la machinerie cellulaire en action dans le processus de développement embryonnaire et la coordination de la morphogénèse. Les biologistes britanniques expliquent avoir ici réalisé dans une matrice extracellulaire en 3D, l’union de deux types de cellules-souches embryonnaires : d’une part celles qui formeront le blastocyste (5e-7e jour après la fécondation) et les différents stades du développement de l’organisme et, d’autre part, des cellules-souches trophoblastiques extra-embryonnaire d’où sont issus les organes annexes, dont le placenta.

Bioéthique

L’embryon artificiel ainsi obtenu, quoique non viable, est capable de se développer au-delà du stade de l’implantation utérine. Il s’agit ici d’une expérience (pour l’heure menée sur la souris) qui démontre la faisabilité de cette forme de création. Les chercheurs y voient la confirmation des échanges et communications moléculaires qu’entretiennent les deux types de cellules – communications qui assurent la formation de la structure embryonnaire. Ils soulignent aussi les similitudes existant entre les embryons naturels et leurs créations artificielles.

Bien évidemment cette équipe de biologistes espère pouvoir reproduire prochainement ces résultats à partir de des cellules-souches humaines. Il n’est pas dit que la réglementation britannique actuelle le permette. Mais cela pourrait être qu’une question rapidement réglée, comme l’explique le Pr Jonathan Montgomery (University College London) à la BBC : « Artificial ’embryos’ created in the lab ». Cette première ne manquera pas, en France, de relancer la controverse sur la légitimité de tels travaux sur l’humain. Nombre de chercheurs en biologie de la reproduction estiment être aujourd’hui pénalisés par le cadre imposé par la loi de bioéthique. Une loi qui devrait être prochainement révisée.

A demain

 

« Tuer le cancer pour 486 euros » : quand une découverte n’est pas suivie de faux espoirs

Bonjour

Contre-exemple édifiant. C’est une information à situer dans le contexte de l’étrange affaire française du test ISET « de dépistage du cancer » commercialisé 486 euros 1. Un groupe de chercheurs californien vient d’annoncer avoir mis au point un test qui pourrait permettre de fournir des éléments originaux quant au potentiel de progression d’un processus cancéreux. Ce travail vient d’être évoqué par la BBC : « Cell ‘stickiness’ could indicate cancer spread » qui reprend une publication du Biophysical Journal : « Metastatic State of Cancer Cells May Be Indicated by Adhesion Strength ».

Ce travail est signé d’un groupe de chercheurs dirigés par Adam J. Engler, (Department of Bioengineering, University of California, San Diego, La Jolla, Californie). Le test mis au point se fonde sur les caractéristiques spécifiques d’adhésivité qui signeraient le caractère cancéreux de certaines cellules potentiellement métastatiques. Il y a là, expliquent-ils, une piste qui pourrait un jour aider à identifier les patients atteints de lésions cancéreuses qui justifieraient un traitement agressif à un stade précoce. Pour autant ils avertissent que leurs travaux sont à un stade très précoce et que, si l’espérance est bien là, on est encore loin d’une possible commercialisation.

« Il n’existe aujourd’hui aucun marqueur biologique commun qui indique qu’une tumeur est plus susceptible qu’une autre de se propager. Mais, notre dispositif montre qu’il peut exister un marqueur physique prédictif de la probabilité de propagation de la lésion, explique Adam J. Engler. Les patients doivent comprendre qu’il faudra encore plusieurs années avant que nos résultats atteignent le stade des premiers essais cliniques. »

A demain

1 « ‘’Tuer le cancer’’ pour 486 euros : sur France Inter, l’affaire du Pr Paterlini-Bréchot » Journalisme et santé publique, 19 janvier 2017

« Peut-on « tuer le cancer pour 486 euros » ? Interrogé l’INCA ne répond pas. Pourquoi ? » Journalisme et santé publique, 5 février 2017

« ‘’Tuer le cancer pour 486 euros’’ ? Le bon sens médical selon Patrizia Paterlini-Bréchot » Journalisme et santé publique, 18  février 2017

« ’Tuer le cancer pour 486 euros ‘’ : l’Académie de médecine se saisira-t-elle de l’affaire ? » Journalisme et santé publique, 18  février 2017

«  ‘’Tuer le cancer® pour 486 euros’’ : la surprise, le malaise et les questions d’un oncologue » Journalisme et santé publique, 19  février 2017

 

Avant l’enfer du post-antibiotiques, l’Organisation Mondiale de la Santé prêche dans le désert

Bonjour

Quels sont, aujourd’hui, les noms de nos pires ennemis ?  Acinetobacter baumannii, Pseudomonas aeruginosa, et toutes les entérobactéries résistance aux carbapénèmes. Qui sont ceux qui suivront ? Enterococcus fæcium, Staphylococcus aureus, Helicobacter pylori, Campylobacter spp., Salmonella, Neisseria gonorrhoeae. Et après, pour ceux qui seront encore là ? Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae, Shigella spp.,

L’Organisation mondiale de la santé a, lundi 27 février, publié la liste des familles de bactéries contre lesquelles elle juge urgent de développer de nouveaux antibiotiques en raison des risques que fait peser leur résistance aux traitements actuels. Adoptant sa posture traditionnelle l’OMS souhaite « orienter » et « promouvoir la recherche-développement de nouveaux antibiotiques ». Que ne le fait-elle ? L’organe des Nations-Unies aimerait empêcher la résurgence de maladies infectieuses incurables. Qui ne le voudrait ?

« La résistance aux antibiotiques augmente et nous épuisons rapidement nos options thérapeutiques. Si on laisse faire le marché, les nouveaux antibiotiques dont nous avons le besoin le plus urgent ne seront pas mis au point à temps », prévient le Dr Marie-Paule Kieny, sous-directrice générale à l’OMS pour les systèmes de santé et l’innovation. C’est là une alerte dont on aimerait pouvoir tenir compte. Mais la « sous-directrice générale de l’OMS pour l’innovation » a oublié de nous dire comment on ne laisse pas faire le marché.

Rituel diplomatique

La nouvelle liste des bactéries « super-résistantes prioritaires » ? « Cette liste est un nouvel outil pour veiller à ce que la recherche-développement réponde aux besoins urgents de la santé publique », indique le Dr Kieny. On peine à comprendre le raisonnement de la sous-directrice. La publication de cette liste, évoquée par la BBC, est aussi une manière d’attirer l’attention sur un rituel diplomatique : le ballet des rencontres placées à l’agenda du G 20 cette année présidé par l’Allemagne.

Dans ce cadre des « experts de la santé » vont se réunir à Berlin. « Nous avons besoin d’antibiotiques efficaces pour nos systèmes de santé et nous devons prendre des mesures communes pour un avenir en meilleure santé, a déclaré Hermann Gröhe, ministre fédéral allemand de la Santé. C’est pourquoi, nous allons discuter et attirer l’attention du G20 sur la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. La première liste mondiale de l’OMS sur les agents pathogènes prioritaires est un nouvel outil important pour assurer et orienter la recherche-développement en relation avec les nouveaux antibiotiques. »

Cette fameuse liste a été établie en collaboration avec la division des maladies infectieuses de l’Université de Tübingen (Allemagne) au moyen d’une technique d’analyse décisionnelle multicritère. Le Pr Evelina Tacconelli, chef de la division des maladies infectieuses de cette université : « Si on attend plus longtemps, les problèmes de santé publique vont s’aggraver et auront un impact dramatique sur les soins des patients ».

Pas plus que le Dr Kieny à Genève, le Pr Tacconelli ne nous dit à Tübingen, comment on contraint Big Pharma l’amorale à travailler dans un secteur qui ne l’intéresse pas.

A demain

 

Inventaire. 4 février 2014, François Hollande et Mme Touraine déclarent la guerre au tabac.

 

Bonjour

A compter du 9 février Marisol Touraine effectue un déplacement officiel au Liban. Objet : « la coopération franco-libanaise en matière de santé ». Sans doute est-ce une priorité. Il y a quelques jours la ministre française de la Santé rentrait du Chili. Et ensuite ? D’autres voyages à l’étranger ? C’est possible mais peu probable. Le torchon politique hexagonal brûle comme jamais. Sans doute retrouvera-t-elle plus tôt que prévu le rude combat qui l’attend pour conserver son « fief électoral » du Jardin de la France.

Ainsi Marisol Touraine n’aura pas eu le temps de se rendre en Australie. Elle aurait pu y prendre la mesure de tout ce qu’elle n’a pas fait durant les cinq années qu’elle vient de passer sous les ors de son ministère. L’affaire était rapportée il y a peu par la BBC – « How Australia is stubbing out smoking » et reprise par Slate.fr : « Comment l’Australie pourrait réussir à éradiquer le tabagisme » (Hanna Bernard).

Interdits et amendes

 Au départ la donne était la même. En Australie comme en France (grâce à la loi Evin) la publicité pour les produits du tabac était interdite. Puis vint l’interdiction de fumer dans les lieux publics.  Slate.fr :

« Au début, il n’était interdit de fumer qu’en intérieur, dans les bars, les restaurants ou les bureaux. Puis la liste s’est étendue jusqu’à marginaliser les fumeurs. Car pour fumer en Australie, il faut maintenant être à plus de 10 mètres d’une aire de jeux, à plus de 4 mètres de l’entrée d’un lieu public ou encore ne pas se trouver sur une plage ainsi que devant une station de taxi. Il est même interdit, dans la plupart des villes d’Australie, de fumer en prison. Imaginez que l’on impose un jour ce genre de règles en France.

 Si vous fumez au mauvais endroit, vous pouvez recevoir une amende allant jusqu’à 2.000 dollars australiens, soit plus de 1.400 euros. Et par ailleurs, explique la BBC, même si vous fumez au bon endroit, vous payerez de plus en plus cher vos paquets de cigarettes car les taxes sur ces derniers vont augmenter de 12,5% par an pendant quatre ans. Un paquet de cigarettes coûte actuellement environ 26 dollars australiens, soit presque 17 euros. »

Allergie électronique

On n’oubliera pas le paquet neutre et l’affichage des pathologies. Mais il y a eu, aussi des manières plus douces comme My Quit Buddy (messages d’encouragement quotidiens, distractions pour faire passer l’envie de fumer, et félicitations à chaque nouveau cap atteint). Soit une version qui n’est pas sans faire songer à « Tabac Info Service » (par ailleurs toujours aussi incompréhensiblement allergique à la cigarette électronique).

« Ces méthodes semblent assez efficaces car, en raison du prix prohibitif, de moins en moins de ‘’jeunes’’ achètent des cigarettes, résume Slate.fr. De plus, le taux de fumeurs adultes a diminué de moitié depuis les années 1980. Le gouvernement australien vise encore plus haut puisqu’il s’est engagé à réduire le nombre d’adultes fumant quotidiennement à 10% en 2018. »

Incurie

En France, cette proportion se situe allègrement au-dessus des 30%. Pourquoi ? L’absence de véritable volonté politique, le refus opposé par le gouvernement et le Parlement d’augmenter massivement et durablement les prix. Il y a aujourd’hui précisément trois ans, le 4 février 2014, François Hollande annonçait solennellement (à la Maison de la Chimie et lors de la Journée du Cancer) son ambition dans ce domaine. Il confiait à Marisol Touraine la responsabilité d’élaborer un Programme national de réduction du tabagisme. 1

Objectif : en 2019 le nombre de fumeurs devait avoir baissé de 10% par rapport à celui de 2014. Il n’a pas bougé s’il n’a pas, depuis, augmenté. C’est une assez bonne définition de l’incurie. On peut applaudir l’Australie.

A demain

1 Maison de la Chimie, 4 février 2014. François Hollande lance solennellement le troisième volet (2014-2019) du Plan Cancer, soutenu en cela par le Pr Olivier Lyon-Caen, son «conseiller santé».  Extrait du discours du président de la République :

« Le tabac est responsable de 30% des décès par cancer. C’est la première cause de mortalité pour les femmes, comme pour les hommes – mais de ce point de vue l’égalité est en marche, et ce n’est pas la meilleure ! Le second Plan Cancer [mis en œuvre par Nicolas Sarkozy, ndlr] avait fixé comme objectif une baisse de la prévalence du tabac, c’est-à-dire du nombre de fumeurs, de 30% à 20% dans la population. Le taux aujourd’hui est de 33%. Il y a plus de fumeurs qu’il n’y en avait il y a cinq ans. J’ai donc demandé à Marisol Touraine de présenter, avant l’été, un programme national de réduction du tabagisme, s’intégrant précisément dans la stratégie nationale de santé. Il sera élaboré par tous les acteurs concernés pour agir sur la consommation, qui devient une addiction .»

 

Murés dans un locked-in syndrome complet, quatre malades ont réussi à communiquer

 

Bonjour

Le futur frappe à nos portes. Lire les pensées…. avec une interface cerveau-ordinateur. L’affaire est bien réelle. Elle vient d’être publiée dans la revue PLOS Biology : « Brain–Computer Interface–Based Communication in the Completely Locked-In State ». Ce travail a été mené à Genève par une équipe dirigée par le Pr Niels Birbaumer  (Université de Tübingen, Wyss Center for Bio and Neuroengineering, Genève). L’affaire, reprise par la BBC, contredit les idées qui prévalaient jusqu’à présent quant aux capacités des personnes atteintes d’un locked-in syndrome complet.

On désigne ainsi un état neurologique rare dans lequel la personne est éveillée et consciente mais ne peut ni bouger ni parler, en raison d’une paralysie complète.  Il peut être la conséquence d’un accident vasculaire cérébral d’un traumatisme. Les quatre malades faisant l’objet de cette publication étaient atteintes de SLA sclérose latérale amyotrophique (SLA ou maladie de Charcot) une affection progressive des motoneurones provoquant la destruction complète de la partie du système nerveux responsable du mouvement.

Le proche infrarouge

La technique d’interface cerveau‑ordinateur de cette étude a fait appel à la spectroscopie dans le proche infrarouge combinée à un électroencéphalogramme. Elle mesure l’oxygénation sanguine et l’activité électrique au niveau cérébral. « D’autres techniques d’interface cerveau‑ordinateur ont précédemment permis à certains patients paralysés de communiquer, précisent ses promoteurs. Mais la spectroscopie proche infrarouge est jusqu’à présent la seule approche ayant réussi à rétablir la communication avec les personnes atteintes d’un locked-in syndrome complet. »

L’affaire est ainsi rapportée depuis la cité de Calvin :

« Le Pr  Niels Birbaumer, actuellement neuroscientifique au Wyss Center for Bio and Neuroengineering de Genève en Suisse et anciennement à l’université de Tübingen en Allemagne, est l’un des auteurs de l’article a déclaré: ‘’Ces résultats impressionnants démentent ma propre théorie selon laquelle les personnes atteintes d’un locked-in syndrome  complet sont incapables de communiquer. Nous avons découvert que l’ensemble les quatre sujets testés étaient en mesure de répondre aux questions personnelles que nous leur avons posées en utilisant uniquement leurs pensées. Si nous parvenions à reproduire cette étude auprès d’un plus grand nombre de patients, je pense que nous pourrions rétablir une communication utile dans les états de locked-in syndrome complet pour les personnes atteintes de maladies des motoneurones.’’

Heureux

« A la question « Etes-vous heureux ? », les quatre sujets ont constamment répondu « oui », et ce de manière répétée au cours des semaines d’interrogation.

« Le Pr Birbaumer a encre déclaré: «Nous étions initialement surpris des réponses positives lorsque nous avons interrogé les quatre participants atteints de locked-in syndrome complet sur leur qualité de vie. Ils avaient tous les quatre accepté la ventilation artificielle afin d’être maintenus en vie une fois la respiration devenue impossible donc, d’une certaine manière, ils avaient déjà décidé de vivre. Nous avons observé que, tant qu’ils recevaient des soins satisfaisants à domicile, ils jugeaient leur qualité de vie acceptable. Ainsi, si nous pouvions rendre cette technique largement disponible dans la pratique clinique, cela aurait un impact considérable sur la vie quotidienne des personnes atteintes de locked-in syndrome complet».

Dans l’un des cas, la famille a prié les chercheurs de demander à l’un des participants s’il acceptait que sa fille épouse Mario, son petit ami. La réponse a été «non» neuf fois sur dix. Les chercheurs ne savent toutefois pas pourquoi.

Cité de Calvin

Le  Pr John Donoghue, directeur du Wyss Center déclare : «Rétablir la communication des personnes atteintes locked-in syndrome complet constitue une première étape cruciale dans le défi de la récupération du mouvement. Le Wyss Center prévoit de s’appuyer sur les résultats de cette étude pour développer une technologie utile sur le plan clinique, qui sera disponible pour les personnes atteintes de paralysie, qu’elle ait été causée par une SLA, un accident vasculaire cérébral ou une lésion de la moelle épinière. La technologie employée dans l’étude permet également des applications plus larges qui pourraient, à notre avis, être développées davantage pour traiter et surveiller les personnes présentant un large éventail de troubles neurologiques. »

Est-ce bien, dans la cité de Calvin, le futur qui frappe aux portes de notre présent ?

A demain

Transhumanisme en marche : des biologistes annoncent avoir créé des chimères porc-homme

Bonjour

Une première, spectaculaire. Applaudir ou se taire ? Les mythes et leurs chimères 1 commencent à sortir des cornues. Lentement, certes, mais ils sortent. Des embryons de porcs contenant des traces d’humanité biologique ont été créés par une équipe de biologistes américains et espagols. Dirigée par Jun Wu and Juan Carlos Izpisua Belmonte (Salk Institute, La Jolla, Californie) l’équipe signe cette première dans la revue Cell : « Interspecies Chimerism with Mammalian Pluripotent Stem Cells ». C’est un travail d’ores et déjà salué par la communauté scientifique, comme le rapporte la BBC : « Human-pig ‘chimera embryos’ detailed » ; ainsi que The New York Times :  « New Prospects for Growing Human Replacement Organs in Animals ».

Tout est encore balbutiant. Mais on saisit les grandes lignes. Des cellules souches humaines sont injectés dans un embryon de porc. Et l’embryon chimérique est ensuite implanté dans une truie-porteuse. Sur les 2.075 embryons implantés, seuls 186 ont continué à se développer jusqu’au stade de 28 jours. Pour autant des cellules humaines vivaient bien en leur sein. Officiellement les chercheurs hésitent, pour des raisons éthiques, à s’autoriser des gestations allant à leur terme.

Mystère cérébral

« C’est la première fois que l’on voit des cellules humaines croître à l’intérieur d’un grand animal », a déclaré à la BBC le Pr Juan Carlos Izpisua Belmonte. Commentant la faible efficacité il a rappelé que les humains et les porcs sont séparés depuis longtemps sur les branches du grand arbre de l’évolution. On observera aussi que le temps de gestation de la truie n’est que de quatre mois. De ce point de vue, le bovin serait un meilleur incubateur. « C’est comme une autoroute avec une voiture allant beaucoup plus vite que l’autre – vous êtes plus susceptible d’avoir un accident » métaphorise le Pr Belmonte. Il souligne qu’il y a encore un long chemin à parcourir sur l’autoroute avant la station qui offrira des organes humanisés destinés à être transplantés (chez l’homme malade).

Pour le Dr Jun Wu un taux de cellules humaines de 0,1% à 1% devrait suffire en thérapeutique. Pour l’heure les biologistes ne disposent d’aucun élément de preuve pouvant laisser penser que des cellules humaines sont présentes et actives dans les cerveaux embryonnaires porcins. On ne sait pas s’ils l’espèrent. Qu’en dira Donald Trump? Applaudir ou se taire ?

A demain

1 A noter la sortie du remarquable «Que sais-je ? « Lexique des symboles de la mythologie grecque » de Sonia Darthou, maître de conférences en histoire ancienne à l’université Évry-Val-d’Essonne.

« Chimère: elle est enfantée par deux monstres: son père est le gigantesque Typhon cracheur de feu enfermé par Zeus sous l’Etna et sa mère, la dévoreuse vipère Echidna. Corps de lion, queue de serpent, tête de chèvre (…) »