Inventaire. 4 février 2014, François Hollande et Mme Touraine déclarent la guerre au tabac.

 

Bonjour

A compter du 9 février Marisol Touraine effectue un déplacement officiel au Liban. Objet : « la coopération franco-libanaise en matière de santé ». Sans doute est-ce une priorité. Il y a quelques jours la ministre française de la Santé rentrait du Chili. Et ensuite ? D’autres voyages à l’étranger ? C’est possible mais peu probable. Le torchon politique hexagonal brûle comme jamais. Sans doute retrouvera-t-elle plus tôt que prévu le rude combat qui l’attend pour conserver son « fief électoral » du Jardin de la France.

Ainsi Marisol Touraine n’aura pas eu le temps de se rendre en Australie. Elle aurait pu y prendre la mesure de tout ce qu’elle n’a pas fait durant les cinq années qu’elle vient de passer sous les ors de son ministère. L’affaire était rapportée il y a peu par la BBC – « How Australia is stubbing out smoking » et reprise par Slate.fr : « Comment l’Australie pourrait réussir à éradiquer le tabagisme » (Hanna Bernard).

Interdits et amendes

 Au départ la donne était la même. En Australie comme en France (grâce à la loi Evin) la publicité pour les produits du tabac était interdite. Puis vint l’interdiction de fumer dans les lieux publics.  Slate.fr :

« Au début, il n’était interdit de fumer qu’en intérieur, dans les bars, les restaurants ou les bureaux. Puis la liste s’est étendue jusqu’à marginaliser les fumeurs. Car pour fumer en Australie, il faut maintenant être à plus de 10 mètres d’une aire de jeux, à plus de 4 mètres de l’entrée d’un lieu public ou encore ne pas se trouver sur une plage ainsi que devant une station de taxi. Il est même interdit, dans la plupart des villes d’Australie, de fumer en prison. Imaginez que l’on impose un jour ce genre de règles en France.

 Si vous fumez au mauvais endroit, vous pouvez recevoir une amende allant jusqu’à 2.000 dollars australiens, soit plus de 1.400 euros. Et par ailleurs, explique la BBC, même si vous fumez au bon endroit, vous payerez de plus en plus cher vos paquets de cigarettes car les taxes sur ces derniers vont augmenter de 12,5% par an pendant quatre ans. Un paquet de cigarettes coûte actuellement environ 26 dollars australiens, soit presque 17 euros. »

Allergie électronique

On n’oubliera pas le paquet neutre et l’affichage des pathologies. Mais il y a eu, aussi des manières plus douces comme My Quit Buddy (messages d’encouragement quotidiens, distractions pour faire passer l’envie de fumer, et félicitations à chaque nouveau cap atteint). Soit une version qui n’est pas sans faire songer à « Tabac Info Service » (par ailleurs toujours aussi incompréhensiblement allergique à la cigarette électronique).

« Ces méthodes semblent assez efficaces car, en raison du prix prohibitif, de moins en moins de ‘’jeunes’’ achètent des cigarettes, résume Slate.fr. De plus, le taux de fumeurs adultes a diminué de moitié depuis les années 1980. Le gouvernement australien vise encore plus haut puisqu’il s’est engagé à réduire le nombre d’adultes fumant quotidiennement à 10% en 2018. »

Incurie

En France, cette proportion se situe allègrement au-dessus des 30%. Pourquoi ? L’absence de véritable volonté politique, le refus opposé par le gouvernement et le Parlement d’augmenter massivement et durablement les prix. Il y a aujourd’hui précisément trois ans, le 4 février 2014, François Hollande annonçait solennellement (à la Maison de la Chimie et lors de la Journée du Cancer) son ambition dans ce domaine. Il confiait à Marisol Touraine la responsabilité d’élaborer un Programme national de réduction du tabagisme. 1

Objectif : en 2019 le nombre de fumeurs devait avoir baissé de 10% par rapport à celui de 2014. Il n’a pas bougé s’il n’a pas, depuis, augmenté. C’est une assez bonne définition de l’incurie. On peut applaudir l’Australie.

A demain

1 Maison de la Chimie, 4 février 2014. François Hollande lance solennellement le troisième volet (2014-2019) du Plan Cancer, soutenu en cela par le Pr Olivier Lyon-Caen, son «conseiller santé».  Extrait du discours du président de la République :

« Le tabac est responsable de 30% des décès par cancer. C’est la première cause de mortalité pour les femmes, comme pour les hommes – mais de ce point de vue l’égalité est en marche, et ce n’est pas la meilleure ! Le second Plan Cancer [mis en œuvre par Nicolas Sarkozy, ndlr] avait fixé comme objectif une baisse de la prévalence du tabac, c’est-à-dire du nombre de fumeurs, de 30% à 20% dans la population. Le taux aujourd’hui est de 33%. Il y a plus de fumeurs qu’il n’y en avait il y a cinq ans. J’ai donc demandé à Marisol Touraine de présenter, avant l’été, un programme national de réduction du tabagisme, s’intégrant précisément dans la stratégie nationale de santé. Il sera élaboré par tous les acteurs concernés pour agir sur la consommation, qui devient une addiction .»

 

Murés dans un locked-in syndrome complet, quatre malades ont réussi à communiquer

 

Bonjour

Le futur frappe à nos portes. Lire les pensées…. avec une interface cerveau-ordinateur. L’affaire est bien réelle. Elle vient d’être publiée dans la revue PLOS Biology : « Brain–Computer Interface–Based Communication in the Completely Locked-In State ». Ce travail a été mené à Genève par une équipe dirigée par le Pr Niels Birbaumer  (Université de Tübingen, Wyss Center for Bio and Neuroengineering, Genève). L’affaire, reprise par la BBC, contredit les idées qui prévalaient jusqu’à présent quant aux capacités des personnes atteintes d’un locked-in syndrome complet.

On désigne ainsi un état neurologique rare dans lequel la personne est éveillée et consciente mais ne peut ni bouger ni parler, en raison d’une paralysie complète.  Il peut être la conséquence d’un accident vasculaire cérébral d’un traumatisme. Les quatre malades faisant l’objet de cette publication étaient atteintes de SLA sclérose latérale amyotrophique (SLA ou maladie de Charcot) une affection progressive des motoneurones provoquant la destruction complète de la partie du système nerveux responsable du mouvement.

Le proche infrarouge

La technique d’interface cerveau‑ordinateur de cette étude a fait appel à la spectroscopie dans le proche infrarouge combinée à un électroencéphalogramme. Elle mesure l’oxygénation sanguine et l’activité électrique au niveau cérébral. « D’autres techniques d’interface cerveau‑ordinateur ont précédemment permis à certains patients paralysés de communiquer, précisent ses promoteurs. Mais la spectroscopie proche infrarouge est jusqu’à présent la seule approche ayant réussi à rétablir la communication avec les personnes atteintes d’un locked-in syndrome complet. »

L’affaire est ainsi rapportée depuis la cité de Calvin :

« Le Pr  Niels Birbaumer, actuellement neuroscientifique au Wyss Center for Bio and Neuroengineering de Genève en Suisse et anciennement à l’université de Tübingen en Allemagne, est l’un des auteurs de l’article a déclaré: ‘’Ces résultats impressionnants démentent ma propre théorie selon laquelle les personnes atteintes d’un locked-in syndrome  complet sont incapables de communiquer. Nous avons découvert que l’ensemble les quatre sujets testés étaient en mesure de répondre aux questions personnelles que nous leur avons posées en utilisant uniquement leurs pensées. Si nous parvenions à reproduire cette étude auprès d’un plus grand nombre de patients, je pense que nous pourrions rétablir une communication utile dans les états de locked-in syndrome complet pour les personnes atteintes de maladies des motoneurones.’’

Heureux

« A la question « Etes-vous heureux ? », les quatre sujets ont constamment répondu « oui », et ce de manière répétée au cours des semaines d’interrogation.

« Le Pr Birbaumer a encre déclaré: «Nous étions initialement surpris des réponses positives lorsque nous avons interrogé les quatre participants atteints de locked-in syndrome complet sur leur qualité de vie. Ils avaient tous les quatre accepté la ventilation artificielle afin d’être maintenus en vie une fois la respiration devenue impossible donc, d’une certaine manière, ils avaient déjà décidé de vivre. Nous avons observé que, tant qu’ils recevaient des soins satisfaisants à domicile, ils jugeaient leur qualité de vie acceptable. Ainsi, si nous pouvions rendre cette technique largement disponible dans la pratique clinique, cela aurait un impact considérable sur la vie quotidienne des personnes atteintes de locked-in syndrome complet».

Dans l’un des cas, la famille a prié les chercheurs de demander à l’un des participants s’il acceptait que sa fille épouse Mario, son petit ami. La réponse a été «non» neuf fois sur dix. Les chercheurs ne savent toutefois pas pourquoi.

Cité de Calvin

Le  Pr John Donoghue, directeur du Wyss Center déclare : «Rétablir la communication des personnes atteintes locked-in syndrome complet constitue une première étape cruciale dans le défi de la récupération du mouvement. Le Wyss Center prévoit de s’appuyer sur les résultats de cette étude pour développer une technologie utile sur le plan clinique, qui sera disponible pour les personnes atteintes de paralysie, qu’elle ait été causée par une SLA, un accident vasculaire cérébral ou une lésion de la moelle épinière. La technologie employée dans l’étude permet également des applications plus larges qui pourraient, à notre avis, être développées davantage pour traiter et surveiller les personnes présentant un large éventail de troubles neurologiques. »

Est-ce bien, dans la cité de Calvin, le futur qui frappe aux portes de notre présent ?

A demain

Transhumanisme en marche : des biologistes annoncent avoir créé des chimères porc-homme

Bonjour

Une première, spectaculaire. Applaudir ou se taire ? Les mythes et leurs chimères 1 commencent à sortir des cornues. Lentement, certes, mais ils sortent. Des embryons de porcs contenant des traces d’humanité biologique ont été créés par une équipe de biologistes américains et espagols. Dirigée par Jun Wu and Juan Carlos Izpisua Belmonte (Salk Institute, La Jolla, Californie) l’équipe signe cette première dans la revue Cell : « Interspecies Chimerism with Mammalian Pluripotent Stem Cells ». C’est un travail d’ores et déjà salué par la communauté scientifique, comme le rapporte la BBC : « Human-pig ‘chimera embryos’ detailed » ; ainsi que The New York Times :  « New Prospects for Growing Human Replacement Organs in Animals ».

Tout est encore balbutiant. Mais on saisit les grandes lignes. Des cellules souches humaines sont injectés dans un embryon de porc. Et l’embryon chimérique est ensuite implanté dans une truie-porteuse. Sur les 2.075 embryons implantés, seuls 186 ont continué à se développer jusqu’au stade de 28 jours. Pour autant des cellules humaines vivaient bien en leur sein. Officiellement les chercheurs hésitent, pour des raisons éthiques, à s’autoriser des gestations allant à leur terme.

Mystère cérébral

« C’est la première fois que l’on voit des cellules humaines croître à l’intérieur d’un grand animal », a déclaré à la BBC le Pr Juan Carlos Izpisua Belmonte. Commentant la faible efficacité il a rappelé que les humains et les porcs sont séparés depuis longtemps sur les branches du grand arbre de l’évolution. On observera aussi que le temps de gestation de la truie n’est que de quatre mois. De ce point de vue, le bovin serait un meilleur incubateur. « C’est comme une autoroute avec une voiture allant beaucoup plus vite que l’autre – vous êtes plus susceptible d’avoir un accident » métaphorise le Pr Belmonte. Il souligne qu’il y a encore un long chemin à parcourir sur l’autoroute avant la station qui offrira des organes humanisés destinés à être transplantés (chez l’homme malade).

Pour le Dr Jun Wu un taux de cellules humaines de 0,1% à 1% devrait suffire en thérapeutique. Pour l’heure les biologistes ne disposent d’aucun élément de preuve pouvant laisser penser que des cellules humaines sont présentes et actives dans les cerveaux embryonnaires porcins. On ne sait pas s’ils l’espèrent. Qu’en dira Donald Trump? Applaudir ou se taire ?

A demain

1 A noter la sortie du remarquable «Que sais-je ? « Lexique des symboles de la mythologie grecque » de Sonia Darthou, maître de conférences en histoire ancienne à l’université Évry-Val-d’Essonne.

« Chimère: elle est enfantée par deux monstres: son père est le gigantesque Typhon cracheur de feu enfermé par Zeus sous l’Etna et sa mère, la dévoreuse vipère Echidna. Corps de lion, queue de serpent, tête de chèvre (…) »

 

Contre l’avortement : Trump commence à faire ce qu’il avait dit. Que dira François Fillon ?

 

Bonjour

Post-vérité ou pas, le nouveau président des Etats-Unis agit. Le 22 janvier 1973 la Cour suprême des États-Unis reconnaissait l’ avortement comme un droit constitutionnel, invalidant les lois le prohibant ou le restreignant. Au lendemain du 44ème anniversaire de cet arrêt (Roe v. Wade) Donald Trump a signé un décret interdisant le financement, par les Etats-Unis, d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement.

Cette mesure concerne notamment la Fédération internationale du planning familial, et toute ONG qui informe ou promeut l’IVG. En 2016 ce financement représentait un budget de 607 millions de dollars. On peut voir ici ce qu’en dit la BBC : « Trump executive order reverses foreign abortion policy ». Et Slate.fr (Claire Levenson) : « Donald Trump bloque les financements pour les ONG internationales pro-avortement »

Américains à naître

L’expression de cette volonté politique avait vu le jour en 1984 et avait été voulue par Ronald Reagan. On parle ici de « politique de Mexico » : elle avait été annoncée lors de la conférence de l’ONU sur la population organisée à Mexico. Annulée par le président Bill Clinton, puis remise en place par le président Georges W. Bush, elle avait de nouveau été levée par le président Obama.

« Il s’agit d’une étape cruciale sur la voie pour rendre sa grandeur à l’Amérique », a déclaré Tony Perkins, président de l’organisation pro-life Family Research Council. A l’opposé de nombreuses ONG et personnalités  se lamentent et dénoncentcette décision. Le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, a expliqué : « Le président a très clairement énoncé qu’il était un président pro-life. Il veut agir pour tous les Américains, y compris ceux qui ne sont pas encore nés ». Ce qui a le mérite de la clarté et présage des mesures similaires sur le sol des Etats-Unis

Foi personnelle

 Beaucoup a été dit, sur le Vieux Continent, quant aux conséquences désastreuses d’une telle politique : « Incidences de la « politique de Mexico » sur le libre choix d’une contraception en Europe ». La décision de Donald Trump ne pourra pas ne pas avoir d’impact sur l’actuelle campagne présidentielle française après les ambiguïtés alimentées par François Fillon (candidat républicain affiché de confession chrétienne) sur ce sujet.

Après avoir écrit dans son livre-programme que l’IVG était un «droit fondamental», l’ancien élu de la Sarthe était revenu sur ses propos lors d’un meeting en juin 2016. « Philosophiquement et compte tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l’avortement », avait-il-il expliqué.

Un argumentaire repris le 27 octobre, sur le plateau de « L’Émission politique » de France 2. « Jamais personne, et certainement pas moi, ne reviendra sur l’avortement. Je n’ai pas à m’expliquer sur mes convictions religieuses. Je suis capable de faire une différence entre ces convictions et l’intérêt général. Je considère que l’intérêt général, ce n’est pas de rouvrir ce débat ».

Il est fort possible que ce ne soit pas le cas.

A demain

 

Parfum d’apocalypse : une bactérie résistante à vingt-six antibiotiques a tué aux Etats-Unis

Bonjour

Agée de 70 ans, la femme est morte en septembre dans le Nevada, mais les CDC américains ne révèlent son dossier qu’aujourd’hui :  « Notes from the Field: Pan-Resistant New Delhi Metallo-Beta-Lactamase-Producing Klebsiella pneumoniae — Washoe County, Nevada, 2016 ». L’affaire est reprise par la BBC : « Bug resistant to all antibiotics kills woman ». Et cette femme morte du Nevada fait froid dans le dos : elle était devenue résistante à tous les antibiotiques disponibles aux Etats-Unis – soit vingt-six principes actifs 1.

Cette malade avait effectué un voyage en Inde au cours duquel une fracture à la jambe s’était compliquée d’une infection. Hospitalisée aux Etats-Unis le 18 août elle y est décédée début septembre. Différents prélèvements biologique furent adressés aux CDC pour analyses approfondies.

Post-antibiotiques

Il est acquis que cette femme était infectée par une souche de  Klebsiella pneumoniae  avec présence de la redoutable New Delhi metallo-beta-lactamase (NDM). « Il est encore assez inhabituel pour une infection bactérienne d’être résistant à un si grand nombre d’antibiotiques, a expliqué à la BBC Dr David Brown Antibiotic Research UK  Heureusement, c’est un cas extrême, mais il pourrait bientôt devenir trop commun. Cela s’est produit ici en raison d’une histoire personnelle avec de multiples hospitalisations en Inde . Pour autant la facilité des voyages mondiaux fait que le nombre de ce type de cas va augmenter. »

Reste le cas de la fosfomycine, indisponible sous une forme injectable aux Etats-Unis. Pour la Pr Laura Piddock (Antibiotic Action, University of Birmingham) dans de telles circonstances, quand les médecins sont confrontés à l’incapacité de traiter une infection potentiellement mortelle, ils ont besoin de la souplesse nécessaire pour utiliser des antibiotiques autorisés dans d’autres pays et dont on a démontré qu’ils sont encore, eux, actifs contre la bactérie qui infecte le malade.

Certes. Et quand plus rien d’efficace n’existera, que fera-t-on ? Que fait-on pendant l’annonce de l’apocalypse ?  Comment vivra-t-on aux temps du post-antibiotiques ?

A demain

1 Extrait, éclairant, de la note des CDC : « Antimicrobial susceptibility testing in the United States indicated that the isolate was resistant to 26 antibiotics, including all aminoglycosides and polymyxins tested, and intermediately resistant to tigecycline (a tetracycline derivative developed in response to emerging antibiotic resistance). Because of a high minimum inhibitory concentration (MIC) to colistin, the isolate was tested at CDC for the mcr-1 gene, which confers plasma-mediated resistance to colistin; the results were negative. The isolate had a relatively low fosfomycin MIC of 16 μg/mL by ETEST.* However, fosfomycin is approved in the United States only as an oral treatment of uncomplicated cystitis; an intravenous formulation is available in other countries. »

Vivre à proximité des grosses artères routières pourrait conduire à la démence. Pourquoi ?

 

Bonjour

« La pollution accroît le risque de démence » titre Le Monde de ce 6 janvier. C’est un raccourci que l’on accusera d’être excessif. Ainsi, souvent, en va-t-il avec les titres-choc. Le Figaro est plus prudent qui parle de lien fragile. La BBC est plus près de la vérité scientifique : « Dementia rates ‘higher near busy roads’ ». Pour notre part nous avons développé le sujet, sur Slate.fr :   « Vivre à proximité d’une route surchargée augmente les risques de démence ».

Il faut ici bien s’entendre sur la définition de la démence. Non pas la « folie » (l’«aliénation mentale ») mais bien la réduction progressive et handicapante des capacités intellectuelles. C’est elle qui est au cœur d’une vaste étude menée auprès de 6,6 millions de personnes vivant dans l’état canadien de l’Ontario.  Dirigés par le Pr Hong Chen (Institute for Clinical Evaluative Sciences, Toronto) les auteurs publient leur travail dans The Lancet.

Stress ou pollution

Plusieurs travaux épidémiologiques précédents avaient déjà mis en lumière une possible corrélation entre le fait de vivre à proximité immédiate d’un fort trafic routier et la survenue de pathologies neurologiques dégénératives comme la démence mais aussi la maladie de Parkinson ou la sclérose en plaques. On évoqua alors les possibles effets chroniques de la pollution atmosphériques et /ou le stress induit par le bruit incessant du trafic. Financés par des fonds publics canadiens les chercheurs de Toronto ont voulu aller plus loin dans l’analyse de ce phénomène.

On lira, dans The Lancet ou sur Slate.fr les détails de ce travail mené de 2001 à 2012 auprès d’une population d’environ 6,6 millions de personnes âgées de 20 à 85 ans vivant en Ontario. L’analyse des données ainsi recueillies permet d’affirmer que le risque de démence diminue avec l’éloignement du trafic : il est de 7% plus élevé chez les personnes vivant à moins de 50 mètres, pour passer à une élévation de 4% entre 50 et 100 mètres puis à 2% entre 101 et 200 mètres. Aucune augmentation statistique du risque de démence n’est plus observée au-delà de cette distance.

 « La croissance démographique et l’urbanisation font que beaucoup de personnes vivent désormais à proximité de routes à fort trafic et l’augmentation, même réduite, du risque de démence pourrait constituer un lourd fardeau de santé publique, prévient le Pr Hong Chen. Nous devons travailler pour comprendre la nature précise des liens pouvant expliquer ce phénomène. » D’autres spécialistes estiment que le constat ici établi suffit, d’ores et déjà, pour prendre des mesures.

Faiblesses

« Les élévations du risque mises en lumière par les auteurs (entre 2 et 7%) sont faibles, explique à Slate.fr le Pr Antoine Flahault, spécialiste d’épidémiologie (Université de Genève). Il faut rappeler qu’un « risque relatif » de 2 représente une élévation du risque de 200%, et que pour la relation entre tabac et cancer du poumon le risque relatif de 20 représente une augmentation de risque de 2000% ! Pour ma part je ne suis pas sûr qu’une seule étude épidémiologique comme celle-ci, détectant un risque faible, permette de conclure comme le font les commentateurs du Lancet. Le risque serait alors d’ouvrir la porte à des actions intempestives. »

Le Pr Flahault rappelle que les principaux facteurs de risque connus de démence sont les mêmes que ceux des maladies cardio-vasculaires. « Cette étude est-elle suffisante pour tenir compte des facteurs de confusion qui seraient eux-mêmes des facteurs de risque cardio-vasculaires ? On peut par exemple imaginer que les personnes  qui habitent dans les endroits plus reculés du Canada (les plus éloignés des grandes voies de communication) font davantage d’exercice physique, sont plus loin des fast-food…. Comme toujours, en présence de risques faibles, la première réaction qui s’impose me semble être la prudence dans l’interprétation, et la demande que ce type d’études soit reproduites ailleurs. »

Ce type de travail sera-t-il, un jour, conduit en France où l’application (politique) d’un principe de précaution (généralement mal interprété) précède le plus souvent l’évaluation (scientifique) du risque sanitaire. Ce serait, là aussi, un bon sujet d’étude. A mener dans le calme, loin des grosses artères.

A demain

 

Nouveau-né et vitamine D : les failles de la communication officielle, le regard de la BBC

 

Bonjour

Il arrive que la BBC s’intéresse à la France médicale. C’est le cas aujourd’hui avec l’affaire du nouveau-né mort après l’administration d’une dose d’Uvestérol D : ‘’French baby death linked to vitamin dose’’. Cela donne ceci qui, à quelques erreurs ou omissions près, est un bon résumé :

« France has acted to suspend the sale of a vitamin D supplement after the death of a newborn baby who suffocated hours after being given it. The 10-day-old baby had been given a dose of Uvesterol D, widely given to French children under the age of five to prevent vitamin D deficiency. France’s medical safety agency said there was a « probable link » to that particular supplement. But officials said there were many other products that could be used.

« Health Minister Marisol Touraine said children were not in danger by taking vitamin D supplements in general as « it’s the specific way the product is administered that poses risks ». She promised parents « transparent, objective and reliable information. » In a statement (in French), the national medical safety agency (ANSM) said « only Uvesterol D administered with a pipette is involved ». The product is not sold in the UK.

Orally through a plastic pipette

« The baby died at home on 21 December, apparently after being given a dose of the substance orally through a plastic pipette. It showed immediate signs of suffocation before dying two hours later of cardio-respiratory arrest. News of the baby’s death was not disclosed by France’s health authorities immediately but emerged in French media on Monday.

« ANSM said that in 2006 it had imposed measures to reduce risks from taking Uvesterol D after adverse effects became known. However, until December there had been no deaths since it went on the market in 1990, it added.

The supplement drip-by-drip

« French daily Le Monde has revealed that Uvesterol D has for years been at the centre of fears over how it has been ingested, with several cases documented of serious illness. The paper cited the oily nature of the substance as being different from other types of liquid vitamin D. The supplement’s producer Crinex changed the pipette in 2006 to prevent the liquid being administered too quickly.

« Then, in 2013, the medical safety agency urged parents to give the supplement drip-by-drip before feeding and ensure the baby was in a semi-sitting position. It also reduced the recommended dosage. In 2014, health journal Prescire called for an end to the use of Uvesterol vitamin supplements for newborn babies, complaining of half-measures and procrastination from both the company and the medical safety agency. »

Ainsi donc l’Uvestérol D n’est pas commercialisé au Royaume-Uni. Ce regard de la BBC témoigne du caractère éminemment français de cette affaire. Il souligne les atermoiements d’un système centralisé de pharmacovigilance qui, paradoxalement n’entend pas les faibles bruits du terrain. Un système jacobin perverti qui se replie brutalement sur lui-même quand il est directement mis en cause.

Garder le secret

Aucun responsable de l’ANSM n’est venu, publiquement, exposer de quoi il retournait. On comprend l’embarras. Il ne saurait pourtant justifier de telles failles dans la communication quand il s’agit, avant tout de rassurer des parents inquiets. Comment les rassurer par voie de communiqué ? Pourquoi le secret de la mort était gardé depuis le 21 décembre. Combien de temps l’aurait-il été sans la révélation du Figaro ? Pourquoi est-ce l’ANSM qui (une nouvelle fois) mène l’enquête sur une affaire mortelle qui la concerne au premier chef ?

Face à ces questions le laboratoire Crinex, dont la spécialité va être suspendue du marché, a adopté une attitude responsable et sans emphase – suffisamment rare pour être soulignée. Ses responsables disent « souhaiter que les autorités en charge de la sécurité du médicament fassent toute la lumière sur le décès du nouveau-né ». Ils espèrent « que l’enquête en cours permettra de mettre en lumière tout l’enchaînement des faits qui ont conduit à ce tragique événement ». Ils ne sont pas les seuls

A demain