Parfum d’apocalypse : une bactérie résistante à vingt-six antibiotiques a tué aux Etats-Unis

Bonjour

Agée de 70 ans, la femme est morte en septembre dans le Nevada, mais les CDC américains ne révèlent son dossier qu’aujourd’hui :  « Notes from the Field: Pan-Resistant New Delhi Metallo-Beta-Lactamase-Producing Klebsiella pneumoniae — Washoe County, Nevada, 2016 ». L’affaire est reprise par la BBC : « Bug resistant to all antibiotics kills woman ». Et cette femme morte du Nevada fait froid dans le dos : elle était devenue résistante à tous les antibiotiques disponibles aux Etats-Unis – soit vingt-six principes actifs 1.

Cette malade avait effectué un voyage en Inde au cours duquel une fracture à la jambe s’était compliquée d’une infection. Hospitalisée aux Etats-Unis le 18 août elle y est décédée début septembre. Différents prélèvements biologique furent adressés aux CDC pour analyses approfondies.

Post-antibiotiques

Il est acquis que cette femme était infectée par une souche de  Klebsiella pneumoniae  avec présence de la redoutable New Delhi metallo-beta-lactamase (NDM). « Il est encore assez inhabituel pour une infection bactérienne d’être résistant à un si grand nombre d’antibiotiques, a expliqué à la BBC Dr David Brown Antibiotic Research UK  Heureusement, c’est un cas extrême, mais il pourrait bientôt devenir trop commun. Cela s’est produit ici en raison d’une histoire personnelle avec de multiples hospitalisations en Inde . Pour autant la facilité des voyages mondiaux fait que le nombre de ce type de cas va augmenter. »

Reste le cas de la fosfomycine, indisponible sous une forme injectable aux Etats-Unis. Pour la Pr Laura Piddock (Antibiotic Action, University of Birmingham) dans de telles circonstances, quand les médecins sont confrontés à l’incapacité de traiter une infection potentiellement mortelle, ils ont besoin de la souplesse nécessaire pour utiliser des antibiotiques autorisés dans d’autres pays et dont on a démontré qu’ils sont encore, eux, actifs contre la bactérie qui infecte le malade.

Certes. Et quand plus rien d’efficace n’existera, que fera-t-on ? Que fait-on pendant l’annonce de l’apocalypse ?  Comment vivra-t-on aux temps du post-antibiotiques ?

A demain

1 Extrait, éclairant, de la note des CDC : « Antimicrobial susceptibility testing in the United States indicated that the isolate was resistant to 26 antibiotics, including all aminoglycosides and polymyxins tested, and intermediately resistant to tigecycline (a tetracycline derivative developed in response to emerging antibiotic resistance). Because of a high minimum inhibitory concentration (MIC) to colistin, the isolate was tested at CDC for the mcr-1 gene, which confers plasma-mediated resistance to colistin; the results were negative. The isolate had a relatively low fosfomycin MIC of 16 μg/mL by ETEST.* However, fosfomycin is approved in the United States only as an oral treatment of uncomplicated cystitis; an intravenous formulation is available in other countries. »

Vivre à proximité des grosses artères routières pourrait conduire à la démence. Pourquoi ?

 

Bonjour

« La pollution accroît le risque de démence » titre Le Monde de ce 6 janvier. C’est un raccourci que l’on accusera d’être excessif. Ainsi, souvent, en va-t-il avec les titres-choc. Le Figaro est plus prudent qui parle de lien fragile. La BBC est plus près de la vérité scientifique : « Dementia rates ‘higher near busy roads’ ». Pour notre part nous avons développé le sujet, sur Slate.fr :   « Vivre à proximité d’une route surchargée augmente les risques de démence ».

Il faut ici bien s’entendre sur la définition de la démence. Non pas la « folie » (l’«aliénation mentale ») mais bien la réduction progressive et handicapante des capacités intellectuelles. C’est elle qui est au cœur d’une vaste étude menée auprès de 6,6 millions de personnes vivant dans l’état canadien de l’Ontario.  Dirigés par le Pr Hong Chen (Institute for Clinical Evaluative Sciences, Toronto) les auteurs publient leur travail dans The Lancet.

Stress ou pollution

Plusieurs travaux épidémiologiques précédents avaient déjà mis en lumière une possible corrélation entre le fait de vivre à proximité immédiate d’un fort trafic routier et la survenue de pathologies neurologiques dégénératives comme la démence mais aussi la maladie de Parkinson ou la sclérose en plaques. On évoqua alors les possibles effets chroniques de la pollution atmosphériques et /ou le stress induit par le bruit incessant du trafic. Financés par des fonds publics canadiens les chercheurs de Toronto ont voulu aller plus loin dans l’analyse de ce phénomène.

On lira, dans The Lancet ou sur Slate.fr les détails de ce travail mené de 2001 à 2012 auprès d’une population d’environ 6,6 millions de personnes âgées de 20 à 85 ans vivant en Ontario. L’analyse des données ainsi recueillies permet d’affirmer que le risque de démence diminue avec l’éloignement du trafic : il est de 7% plus élevé chez les personnes vivant à moins de 50 mètres, pour passer à une élévation de 4% entre 50 et 100 mètres puis à 2% entre 101 et 200 mètres. Aucune augmentation statistique du risque de démence n’est plus observée au-delà de cette distance.

 « La croissance démographique et l’urbanisation font que beaucoup de personnes vivent désormais à proximité de routes à fort trafic et l’augmentation, même réduite, du risque de démence pourrait constituer un lourd fardeau de santé publique, prévient le Pr Hong Chen. Nous devons travailler pour comprendre la nature précise des liens pouvant expliquer ce phénomène. » D’autres spécialistes estiment que le constat ici établi suffit, d’ores et déjà, pour prendre des mesures.

Faiblesses

« Les élévations du risque mises en lumière par les auteurs (entre 2 et 7%) sont faibles, explique à Slate.fr le Pr Antoine Flahault, spécialiste d’épidémiologie (Université de Genève). Il faut rappeler qu’un « risque relatif » de 2 représente une élévation du risque de 200%, et que pour la relation entre tabac et cancer du poumon le risque relatif de 20 représente une augmentation de risque de 2000% ! Pour ma part je ne suis pas sûr qu’une seule étude épidémiologique comme celle-ci, détectant un risque faible, permette de conclure comme le font les commentateurs du Lancet. Le risque serait alors d’ouvrir la porte à des actions intempestives. »

Le Pr Flahault rappelle que les principaux facteurs de risque connus de démence sont les mêmes que ceux des maladies cardio-vasculaires. « Cette étude est-elle suffisante pour tenir compte des facteurs de confusion qui seraient eux-mêmes des facteurs de risque cardio-vasculaires ? On peut par exemple imaginer que les personnes  qui habitent dans les endroits plus reculés du Canada (les plus éloignés des grandes voies de communication) font davantage d’exercice physique, sont plus loin des fast-food…. Comme toujours, en présence de risques faibles, la première réaction qui s’impose me semble être la prudence dans l’interprétation, et la demande que ce type d’études soit reproduites ailleurs. »

Ce type de travail sera-t-il, un jour, conduit en France où l’application (politique) d’un principe de précaution (généralement mal interprété) précède le plus souvent l’évaluation (scientifique) du risque sanitaire. Ce serait, là aussi, un bon sujet d’étude. A mener dans le calme, loin des grosses artères.

A demain

 

Nouveau-né et vitamine D : les failles de la communication officielle, le regard de la BBC

 

Bonjour

Il arrive que la BBC s’intéresse à la France médicale. C’est le cas aujourd’hui avec l’affaire du nouveau-né mort après l’administration d’une dose d’Uvestérol D : ‘’French baby death linked to vitamin dose’’. Cela donne ceci qui, à quelques erreurs ou omissions près, est un bon résumé :

« France has acted to suspend the sale of a vitamin D supplement after the death of a newborn baby who suffocated hours after being given it. The 10-day-old baby had been given a dose of Uvesterol D, widely given to French children under the age of five to prevent vitamin D deficiency. France’s medical safety agency said there was a « probable link » to that particular supplement. But officials said there were many other products that could be used.

« Health Minister Marisol Touraine said children were not in danger by taking vitamin D supplements in general as « it’s the specific way the product is administered that poses risks ». She promised parents « transparent, objective and reliable information. » In a statement (in French), the national medical safety agency (ANSM) said « only Uvesterol D administered with a pipette is involved ». The product is not sold in the UK.

Orally through a plastic pipette

« The baby died at home on 21 December, apparently after being given a dose of the substance orally through a plastic pipette. It showed immediate signs of suffocation before dying two hours later of cardio-respiratory arrest. News of the baby’s death was not disclosed by France’s health authorities immediately but emerged in French media on Monday.

« ANSM said that in 2006 it had imposed measures to reduce risks from taking Uvesterol D after adverse effects became known. However, until December there had been no deaths since it went on the market in 1990, it added.

The supplement drip-by-drip

« French daily Le Monde has revealed that Uvesterol D has for years been at the centre of fears over how it has been ingested, with several cases documented of serious illness. The paper cited the oily nature of the substance as being different from other types of liquid vitamin D. The supplement’s producer Crinex changed the pipette in 2006 to prevent the liquid being administered too quickly.

« Then, in 2013, the medical safety agency urged parents to give the supplement drip-by-drip before feeding and ensure the baby was in a semi-sitting position. It also reduced the recommended dosage. In 2014, health journal Prescire called for an end to the use of Uvesterol vitamin supplements for newborn babies, complaining of half-measures and procrastination from both the company and the medical safety agency. »

Ainsi donc l’Uvestérol D n’est pas commercialisé au Royaume-Uni. Ce regard de la BBC témoigne du caractère éminemment français de cette affaire. Il souligne les atermoiements d’un système centralisé de pharmacovigilance qui, paradoxalement n’entend pas les faibles bruits du terrain. Un système jacobin perverti qui se replie brutalement sur lui-même quand il est directement mis en cause.

Garder le secret

Aucun responsable de l’ANSM n’est venu, publiquement, exposer de quoi il retournait. On comprend l’embarras. Il ne saurait pourtant justifier de telles failles dans la communication quand il s’agit, avant tout de rassurer des parents inquiets. Comment les rassurer par voie de communiqué ? Pourquoi le secret de la mort était gardé depuis le 21 décembre. Combien de temps l’aurait-il été sans la révélation du Figaro ? Pourquoi est-ce l’ANSM qui (une nouvelle fois) mène l’enquête sur une affaire mortelle qui la concerne au premier chef ?

Face à ces questions le laboratoire Crinex, dont la spécialité va être suspendue du marché, a adopté une attitude responsable et sans emphase – suffisamment rare pour être soulignée. Ses responsables disent « souhaiter que les autorités en charge de la sécurité du médicament fassent toute la lumière sur le décès du nouveau-né ». Ils espèrent « que l’enquête en cours permettra de mettre en lumière tout l’enchaînement des faits qui ont conduit à ce tragique événement ». Ils ne sont pas les seuls

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« Cher John Hunter : nous vous confirmons le diagnostic que vous portâtes en 1786 »

 

Bonjour

Un présent pour la nouvelle année, un acte de foi en la médecine, un hommage à un maître- le tout doublé de cet humour impayable que nous qualifions de britannique. C’est une publication du British Medical Journal : « Dear John Hunter » 1. Deux cent trente ans plus tard on sait que le diagnostic était presque parfait. Celui porté par le Dr John Hunter (1728-1793), l’une des gloires de la chirurgie triomphante, l’un des pères de la médecine expérimentale.

Frère cadet de l’anatomiste William Hunter, médecin militaire, chirurgien du roi George III, c’est un praticien des Lumières honoré comme il se doit par les institutions de son temps. Il fut, dit-on, « un orateur carré d’une nature argumentative ». Il meurt en 1793 au sein de l’hôpital St George après une attaque lors d’une discussion sur l’admission des étudiants.

Sortir de la boucherie

C’est, depuis, un indéboulonnable monument britannique. Ses innombrables collections de pièces médico-chirurgicales sont pieusement conservées au Hunterian Museum, Royal College of Surgeons. A la différence criante de la France, le Royaume-Uni sait honorer son passé médical.  La BBC dit (presque) de lui qu’il fut l’un de ceux qui sortirent la chirurgie des entrailles de la boucherie pour la hisser vers les pavillons de la science.

En 1786 John Hunter le Dr Hunter reçoit un patient porteur, au niveau de la cuisse, d’une «tumeur aussi dure que l’os». Il prend des notes :

« It appeared to be a thickening of the bone, it was increasing very rapidly… On examining the diseased part, it was found to consist of a substance surrounding the lower part of the thigh bone, of the tumour kind, which seemed to originate from the bone itself. »

 Le chirurgien ampute son patient qui vivra encore quelques semaines.

« From this time he began to lose flesh and sink gradually, his breathing more and more difficult, »

L’autopsie établira par la suite une prolifération des lésions tumorales osseuses dans les organes et la région thoraciques.

Le mystère de la maladie vénérienne

2016 : une équipe de spécialistes reprend les échantillons conservés de ce cas, et les analyse sous toutes les coutures, avec les outils modernes. Outre la confirmation du diagnostic d’ostéosarcome ils expliquent que cette exploration à distance est de nature à éclairer leur discipline sur l’évolution de cette entité cancéreuse au fil du temps.

«Cela a commencé comme une forme d’exploration amusante, puis  nous avons été étonnés par l’intuition de John Hunter», a déclaré le Dr Christina Messiou (Sarcoma Unit, The Royal Marsden NHS Foundation Trust, London).

Dans le British Medical Journal le Dr Messiou et ses confrères présentent leurs excuses au Dr Hunter pour le retard mis à confirmer son diagnostic de 1786. On ne sait pas tout sur le célèbre Dr Hunter ; il se murmure encore, dans les brouillards de Londres qu’il se serait lui-même administré (« expérimentalement ») la gonorrhée (« chaude-pisse ») alors qu’il écrivait un ouvrage sur les maladies vénériennes. L’humour britannique est sans limites.

A demain

1 “Dean John Hunter”. BMJ 2016; 355 doi: http://dx.doi.org/10.1136/bmj.i6515

Christina Messiou, consultant radiologist, Daniel Vanel, consultant radiologist, Rob Pollock, consultant surgeon, Martyn Cooke, conservator, Eleanor Moskovic, consultant radiologist, Cate Savidge, radiographer,  Laurence King, medical physicist, Anisha Patel, radiology fellow, Robin L Jones, medical oncologist.

Infarctus du myocarde : la belle histoire anglaise de la troponine et des statines préventives

 

Bonjour

En cette fin d’année à nouveau ensanglantée la BBC a trouvé des raisons d’espérer : les risques d’infarctus du myocarde peuvent être détectés simplement, des années à l’avance, pour des sommes modiques, à partir d’un simple test sanguin. Et ces risques peuvent alors être réduits. Tout ceci est expliqué dans une publication du Journal of the American College of Cardiology “High-Sensitivity Cardiac Troponin, Statin Therapy, and Risk of Coronary Heart Disease”. C’est là une méthode diagnostique qui pourrait se substituer à la traditionnelle prise de la tension artérielle (plus ou moins bien effectuée) associée aux analyses récurrentes (plus ou moins bien comprises) des lipides sanguins.

Tout tourne ici autour de la « troponine ». On nomme ainsi un complexe de protéines (une protéine hétérotrimérique) qui a pour fonction de sensibiliser les cellules musculaires au calcium. C’est aussi une structure aux visages multiples que l’on trouve au sein des muscles, le cardiaque comme les squelettiques. Elle peut, de ce fait, être un reflet sanguin de la souffrance du myocarde. Depuis quelques années son dosage est ainsi demandé (en urgence) par tous les soignants qui, face à des douleurs thoraciques, redoutent la survenue un infarctus.

Pas de miracles

D’une grande utilité, la troponine ne permet pas, à elle seule, de réaliser des miracles. L’interprétation des résultats obtenus alimente de nombreux débats au sein de la communauté médicale spécialisée. On a en effet  observé que l’augmentation franche des taux de troponine est le plus souvent retardée par rapport aux manifestations de la douleur – et ce  même dans le cas d’un infarctus du myocarde en cours de constitution.

«Nous ne disposons que de trois méthodes pour savoir que nous sommes face à une personne victime d’un infarctus du myocarde, nous expliquait, il y a peu, le Pr François Mach, chef de service de cardiologie des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) Il y a la douleur, le tracé de l’électrocardiogramme et un dosage sanguin de la troponine.  Mais nous savons bien que la douleur peut prendre bien des visages différents et parfois même être absente. De la même manière le recours à l’électrocardiographe n’est pas toujours signifiant. Quand au dosage sanguin il est certes très utile mais ne  devient parlant  que dans les deux à quatre heures qui suivent la douleur. C’est dire toute l’importance que nous pouvons accorder à des outils qui pourraient nous renseigner de l’existence d’une rupture de plaque d’athérome au moment même où elle se produit.»

Un baromètre de la pompe cardiaque

C’est dans ce contexte que s’inscrit la publication d’une équipe de chercheurs britanniques dirigée par le Pr Nicholas L. Mills (University Centre for Cardiovascular Science, Edinburgh). Ils expliquent que des dosages sanguins réguliers de troponine associés, le cas échéant, à des prescriptions de médicaments de la famille des statines, permettent de réduire le risque d’être victime (et de mourir) d’une crise cardiaque.

Leur travail au long cours (mené contre placebo) a été mené sur 3318 hommes volontaires qui ne présentaient pas d’antécédents de pathologie cardio-vasculaires mais des anomalies sanguines modérées (LDL cholesterol concentrations 152 to 228 mg/dl). Et tout cela est dynamique. Pour la BBC l’un des auteurs de cette publication use de la métaphore atmosphérique: « la troponine est presque comme un baromètre de la santé cardiaque. Si l’aiguille monte, c’est mauvais. Si elle descend, c’est bon signe. » Et on peut influencer l’appareil en ayant recours aux statines. Tout cela sur une période allant jusqu’à quinze ans.

Cœurs féminins

«Les dosages de troponine aideront les médecins à identifier les personnes apparemment en bonne santé mais qui ont une maladie cardiaque silencieuse afin que nous puissions cibler les traitements préventifs sur ceux qui sont susceptibles d’en bénéficier le plus » souligne le Pr Mills.

Troponine ou pas, reste l’essentiel pragmatique : la meilleure façon de prévenir les affections cardiaques demeurent une alimentation saine, une activité physique régulière, le refus du surpoids. Et le refus absolu (quoi qu’il en coûte) de la consommation de tabac.

Pour l’heure le travail britannique (qui n’est pas grevé par des conflits d’intérêts) n’a été mené que sur les hommes. On voit toutefois mal pourquoi ses enseignements ne vaudraient pas également pour les cœurs féminins.

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Révélation : les femmes enceintes perdent de leur matière grise cérébrale durant la grossesse

 

Bonjour

C’est une information que l’on pressent importante mais dont on mesure mal l’exacte portée. Elle confère une nouvelle dimension aux échanges biologiques existant entre une femme enceinte et l’enfant qu’elle porte – une dimension hors de l’ordinaire touchant au cœur même de la pensée humaine : la substance grise cérébrale. C’est la conclusion d’un travail qui vient d’être publié sur le site de Nature : “Pregnancy leads to long-lasting changes in human brain structure” par des chercheurs espagnols et hollandais dirigés par Elseline Hoekzema et Erika Barba-Müller (Unitat de Recerca en Neurociència Cognitiva, Departament de Psiquiatria i Medicina Legal, Universitat Autònoma de Barcelona).

Pour résumer, la grossesse modifie le cerveau d’une femme, a pour effet de modifier la taille et la structure des régions de la substance grise. Il apparaît, de plus, que ces modifications demeurent dans les deux années qui suivent la naissance de l’enfant. Plus troublant encore : elles semblent corrélées à l’attachement affectif entre la mère et son enfant. «  C’est tout simplement fascinant » a déclaré au New York Times le Dr Ronald E. Dahl, directeur de l’Institut du développement humain à l’Université de Californie, Berkeley : “Pregnancy Changes the Brain in Ways That May Help Mothering” (The New-York Times).

Fascinant, le sujet est d’ores et déjà repris par The Economist ; “Scanning reveals what pregnancy does to a mother’s brain” et la BBC : “Pregnancy alters woman’s brain ‘for at least two years’”.

Rien chez les hommes

Ce travail a duré plus de cinq ans et a été mené auprès de vingt-cinq femmes espagnoles âgées d’une trentaine d’années souhaitant avoir un premier enfant. Des scanners cérébraux ont été pratiqués avant qu’elles soient enceintes et peu après l’accouchement. Des examens comparables ont été effectués chez vingt femmes « témoins ».  Des réductions importantes de volume de la substance grise cérébrale n’ont été observées que chez les femmes venant de donner la vie. D’autre part aucune différence n’a été notée entre les seize femmes qui ont subi un traitement pour la fertilité et les neuf autres. La question demeurent de savoir quelles structures et composants précis de cette matière grise a été touchée.

Par acquis de conscience Les chercheurs ont également scannographié  les cerveaux d’hommes faisant ou non l’expérience de la paternité : aucune différence.  Les chercheurs ont constaté, de visu, que les régions cérébrales concernées des mères montraient une activité neuronale plus grande lorsque les femmes regardaient des photos de leurs propres bébés par rapport à des photographies d’autres enfants. Six mois après la naissance des examens psychologiques (évaluant l’attachement émotionnel, le plaisir et l’hostilité d’une femme envers son bébé) ont été effectués. Les réponses permettraient de conclure que l’importance des modifications cérébrales est en lien avec   le degré d’attachement de la mère à son enfant (et réciproquement).

The New York Times cite une étude récente allant dans le même sens : “Spontaneous mentalizing captures variability in the cortical thickness of social brain regions”.

 “Transfusion cérébrale”

Quelle signification donner à un tel phénomène, à cette « transfusion cérébrale » ? Pour Paul Thompson, spécialiste de neurosciences à l’Université de Californie du Sud (et qui n’a pas participé à l’étude) quelques pistes se dessinent. On pourrait imaginer que la perte de matière grise observée n’a rien de bénéfique et qu’elle pourrait même avoir des conséquences  négatives. Elle serait alors la simple conséquence du stress et du manque de sommeil associés à cette période de la vie des femmes.

Une autre possibilité, nettement plus séduisante, est que la perte se substance cérébrale observée est n’est que la traduction d’un programme inné mis en place au fil de l’évolution pour offrir tous les chances à l’enfant porté. Un nouveau phénomène de maturation souvent imaginé, parfois fantasmé, jamais démontré.

Les psychanalystes feront, à coup sûr, d’autres et nombreuses interprétations quant à la démonstration d’un nouveau lien biologique entre la mère et celui qu’elle porte et nourrit. On peut imaginer que ce travail mené à Barcelone ne laissera pas insensible Pedro Almodóvar.

Il y a plus polémique, et plus grave. Cela concerne la pratique des mères porteuses.  En mettant comme ils le font, sous une nouvelle lumière, l’ampleur des échanges qui existent lors de la grossesse entre la mère et l’enfant ces résultats fournissent de nouveaux arguments à celles et ceux qui s’opposent à ce nouvel esclavage.

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Migraines : le fabricant de Nurofen® est-il vraiment un « malfaisant potentiel » ?

 

Bonjour

Qui ne connaît le Nurofen® médicament « de prescription médicale facultative » des laboratoires Reckitt Benckiser Healthcare France. En Australie c’est une spécialité qui fait grand bruit : “Australian court increases fine over ‘misleading’ Nurofen” (BBC). Près de 4,3 millions d’euros millions d’euros. C’est la somme que le fabriquant britannique  devra payer pour publicité mensongère sur certaines boîtes commercialisées dans ce pays.

L’affaire remonte à  décembre dernier. Reckitt Benckiser était accusée d’avoir mentionné des indications spécifiques (la « migraine » notamment) sur des emballages qui contenaient un produit identique : 342 mg du banal ibuprofène, vieux d’un demi-siècle. Pourquoi ? Il ne s’agissait que d’aider le consommateur souffrant répondait le fabricant. On trouvait ainsi, aux antipodes,  Nurofen Back Pain®, Nurofen Period Pain®, Nurofen Migraine Pain® et Nurofen Tension Headache®.

Malfaisants des antipodes

Rien de très grave, au fond, si ce n’est le fait que ces présentations étaient vendues le double des boîtes de Nurofen®. C’était peut-être le prix à payer pour une forme d’effet placebo. La justice australienne ne plaisantait pas avec le sujet, qui avait décidé que les spécialités incriminées devraient être retirés des gondoles  dans les trois mois. Reckitt Benckiser (également spécialisé dans les produits d’hygiène et de santé grand public comme les préservatifs Durex® ou le désodorisant Air Wick®) avait promis d’obéir sans pour autant s’engager à modifier ses pratiques sur ses autres marchés.

La Cour fédérale australienne avait ensuite estimé que le géant pharmaceutique s’était rendu coupable de tromperie ; elle avait condamné le groupe britannique à une amende de 1,7 million de dollars australiens. Pas assez pour l’autorité de la concurrence australienne. Et la Cour fédérale vient de porter la sanction à 6 millions de dollars australiens (4,3 millions d’euros) afin « d’assurer que Reckitt Benckiser et d’autres malfaisants potentiels y réfléchissent à deux fois et décident de ne pas agir contre l’intérêt du public ».

Le président de l’autorité de la concurrence australienne a jugé que cette amende était appropriée, « compte tenu de la durée et du caractère généralisé de ce comportement, et des ventes et profits substantiels qui ont été réalisés ». Quant au fabriquant il a démenti avoir trompé délibérément les consommateurs, ajoutant avoir collaboré avec les autorités de bout en bout. Pouvait-il faire autrement ?

France : rhume et migraine

Et la France ? Il y a un an le Nurofen®  y était commercialisé sous douze présentations. Son prix était libre.  Précisions officielles :

« Ce médicament contient un anti-inflammatoire non stéroïdien: l’ibuprofène. Il est adapté à l’adulte et à l’enfant pesant plus de 30 kg (soit environ 11-12 ans), dans le traitement de courte durée de la fièvre et/ou des douleurs telles que maux de tête, états grippaux, douleurs dentaires, courbatures, règles douloureuses. »

On trouvait aussi le Nurofen Rhume® (ibuprofène et pseudoéphédrine) : « Il est indiqué dans le traitement au cours des rhumes de l’adulte et de l’adolescent de plus de 15 ans : des sensations de nez bouché, de l’écoulement nasal clair, des maux de tête et/ou fièvre » ; le Nurofen Flash® : « Il est indiqué chez l’adulte, après au moins un avis médical, dans le traitement de la crise de migraine légère ou modérée, avec ou sans aura ».

Toutes ces marques sont aujourd’hui parfaitement mises en évidence dans les rayonnages en acajou des pharmacies d’officine.  Où l’on voit que la France  n’est, vraiment, en rien comparable à l’Australie.

A demain

1 « Nurofen® et publicité : les autorités françaises vont-elles tirer la leçon de l’affaire australienne ? » Journalisme et santé publique du 15 décembre 2015