Résistance post-antibiotiques: une vancomycine ultra-agressive a été créée en Californie

 

Bonjour

Désespérer devant le génie infectieux des microbes pathogènes ou espérer dans le génie humain ? Question d’actualité avec cette publication des PNAS : « Peripheral modifications of [Ψ[CH2NH]Tpg4]vancomycin with added synergistic mechanisms of action provide durable and potent antibiotics » ; un sujet repris par la BBC : « Ultra-tough antibiotic to fight superbugs ».

Cœur de cible : la vancomycine. On croyait tout savoir de cet antibiotique utilisé depuis soixante ans. Famille des glycopeptides, inhibitrice de la synthèse du peptidoglycane de la paroi bactérienne. Spectre d’action exclusif : les Gram positifs. Agent bactéricide utilisable par voie intraveineuse. Risques d’effets secondaires rénaux et auditifs. Commercialisée sous ce nom.

La vancomycine n’échappe plus à la menace croissante des résistances bactériennes. On observe ainsi, depuis le milieu des années 1980 l’émergence de souches d’entérocoques résistants à la vancomycine (la structure D-Ala-D-Ala des précurseurs du peptidoglycane y est remplacée par une structure D-Ala-D-Lactate).

Génies

C’est pour tenter de prévenir cette menace qu’oeuvrent les auteurs de la publication des PNAS. Dirigés par Dale L. Boger (Department of Chemistry, The Scripps Research Institute, La Jolla) ils ont entrepris de modifier la structure de l’antibiotique pour, autant que faire se pourrait, gagner en efficacité.

Complétant leurs travaux antérieurs et usant de trois angles d’attaque moléculaire ils sont ainsi parvenus à augmenter la puissance antibactérienne d’un facteur 1000. Mieux : les premiers essais expérimentaux témoignent de l’efficacité in vitro contre des entérocoques résistants.

Selon Dale L. Boger le corps médical pourrait utiliser efficacement cette nouvelle forme de vancomycine et sans craindre de faire émerger de nouvelles résistances. Il espère que cela pourra être le cas dans cinq ans, une fois réglés les problèmes de synthèse de cette nouvelle vancomycine devenue ultra-agressive. Rien n’interdit d’espérer que le génie humain triomphe du bactérien.

A demain

Les femmes enceintes qui fument lèsent gravement le foie de leur enfant. Qui fait quoi ?

Bonjour

Dans un monde idéal, la nouvelle ministre française de la Santé (et des Solidarités) aurait déjà connaissance de cette étude qui vient de paraître dans Archives of Toxicology : « Modelling foetal exposure to maternal smoking using hepatoblasts from pluripotent stem cells ». Un sujet déjà repris par la BBC : « Scientists find that smoking harms livers of unborn babies ».

Ce travail a été dirigé par Baltasar Lucendo-Villarin et David C. Hay (Medical Research Council Centre for Regenerative MedicineUniversity of Edinburgh). Les chercheurs démontrent (à partir d’un modèle hépatique dérivé de cellules souches pluripotentes) que le cocktail de substances toxiques présentes dans la fumée de tabac (et ingéré par les femmes enceintes fumeuses) est hautement dangereux pour le développement du foie du fœtus. Il leur est aussi apparu que cette toxicité était différente selon le sexe de l’enfant à naître.

« Nous savions que la fumée de cigarette avait des effets néfastes sur le fœtus, mais nous ne disposions pas jusqu’à présent d’outils appropriés pour étudier ce phénomène de manière très détaillée, explique le Dr David Hay. Cette nouvelle approche signifie que nous avons maintenant des sources de tissus renouvelables qui nous permettront de comprendre l’effet cellulaire des cigarettes sur le fœtus à naître. »

Emile Zola / Virginie Despentes

Dans un monde idéal les conseillers de la ministre français de la Santé (et des Solidarités) auraient déjà fait le rapprochement avec la dramatique étude que vient de publier le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire ; une étude qui montre : 1 que la France est largement en tête des pays européens pour la consommation de tabac ; 2 que le tabagisme devient un marqueur social, les pauvres étant plus que les riches esclaves de cette addiction.

Pour expliquer cette augmentation de la consommation de tabac parmi les catégories sociales les plus défavorisées, les services de la ministre avancent : « l’utilisation de la cigarette pour gérer le stress, la difficulté à se projeter dans l’avenir, la méfiance à l’égard des messages de prévention, le déni du risque, une dépendance nicotinique plus importante, une norme sociale en faveur du tabagisme ou des événements difficiles pendant l’enfance ». Y a-t-il un plus beau sujet politique et sociétal que celui-là ?

Les mêmes services pourraient rappeler à la ministre qu’en France près de 20% des femmes enceintes continuent à fumer tout au long de leur grossesse. Sont-ce les femmes des catégories sociales les plus défavorisées ? Quel Emile Zola / Virginie Despentes nous racontera cela ?

A demain

En Grande Bretagne un vapoteur sur deux est un ancien fumeur. On attend le gouvernement

 

Bonjour

C’est une belle feuille de route pour le prochain ministre français de la Santé : réussir là où Marisol Touraine a systématiquement échoué – nous ne parlons ici que de la politique de réduction des risques tabagiques. Et voici qu’une nouvelle fois l’actualité apporte sa puissance démonstratrice : face à l’incurie de l’action politique française contre le tabagisme, Brexit ou pas, le pragmatisme britannique.

Pour la première fois, plus de la moitié des utilisateurs britanniques de cigarettes électroniques ont cessé de fumer du tabac : 1,5 million de vapoteurs sont des ex-fumeurs, contre 1,3 million qui utilisent toujours du tabac. Tel est le principal enseignement d’un sondage auprès de 12 000 adultes pour « Action on Smoking and Health » (ASH) : « Large national survey finds 2.9 million people now vape in Britain: For the first time over half don’t smoke ». Un sujet repris par la BBC.

L’étude (menée par YouGov pour ASH) conclut qu’environ 2,9 millions d’adultes en Grande-Bretagne utilisent actuellement des cigarettes électroniques. Et pour la première fois elle établit qu’il existe chez les vapoteurs plus d’anciens fumeurs (1,5 million) que de fumeurs – et que la principale raison de l’usage de la cigarette électronique est bel et bien l’arrêt du tabac. Pour autant il existe encore environ 1,3 million de personnes qui utilisent la cigarette électronique sans pour autant parvenir à abandonner la consommation de tabac brûlé à forte nocivité.

Tout reste à faire

« Ce sont des nouvelles encourageantes. Le message pour les 1,3 millions de vapoteurs qui fument encore est qu’ils doivent aller plus loin et parvenir à passer complètement du tabac » commente la Pr Ann McNeill, spécialiste de la dépendance au tabac (King’s College London). Nouvelles encourageantes mais les observateurs notent que le mouvement vers la e-cigarette ralentit et qu’il existe encore, en Grande Bretagne, 9 millions de fumeurs exclusifs qui n’ont pas encore véritablement tenté la solution électronique.

L’enquête britannique montre la réalité de la cigarette électronique est encore loin d’être comprise. Ainsi seuls 13% des répondants estiment que les cigarettes électroniques sont beaucoup moins nuisibles que le tabagisme et 26% pensent encore qu’elles sont plus ou moins nocives.

« Ces nouvelles données démontrent également que les règles de la directive européenne sur les produits du tabac (DPT) quant à  la concentration de nicotine et la taille des recharges ne concerneront qu’une faible proportion d’utilisateurs d’e-cig, explique-t-on auprès de ASH. La loi entrant en vigueur à partir du 20 mai de cette année comprend une nouvelle réglementation qui s’applique aux cigarettes électroniques ainsi qu’au tabac. La concentration maximale de la nicotine autorisée dans le liquide sera de 20 mg / ml et la taille maximale de la bouteille e-liquide sera de 10 ml. L’enquête a révélé que seulement 6% des vapoteurs utilisent la nicotine au-dessus de 20 mg / ml et que seuls 1% des vapoteurs utilisent plus de 10 ml de liquide par jour. »

En France, après un quinquennat où les responsables de la politique sanitaire n’ont pas voulu comprendre ce qui se jouait au travers de la « révolution des volutes », tout reste à faire alors que tant aurait déjà pu être fait. Désespérer ? Nous sommes en mai. Que l’on ait voté blanc ou Macron, il n’est pas interdit, après ces cinq dernières années, d’espérer du prochain ministre de la Santé.

A demain

 

 

Un utérus artificiel pour mouton mis au point aux Etats-Unis. Demain chez l’humain ?

Bonjour

C’est une publication scientifique qui renvoie immanquablement au chef d’œuvre d’Aldous Huxley. On trouve la publication dans Nature Communications du 25 avril 2017 : « An extra-uterine system to physiologically support the extreme premature lamb ». Le chef d’œuvre date de 1931 : «Le Meilleur des mondes »

La BBC (Michelle Roberts) développe le sujet de même que Le Monde (Hervé Morin). Soit un incubateur/couveuse qui reproduit au plus près la physiologie d’un utérus – et ce pour y placer les très grands prématurés. Un travail mené par l’équipe d’Alan Flake (Center for Fetal Research, Department of Surgery, The Children’s Hospital of Philadelphia).

C’est là une étape majeure qui laisse présager la mise au point d’un « utérus artificiel » qui pourrait être utilisé dans l’espèce humaine. Testé sur le mouton, le dispositif a permis de faire se développer des fœtus d’agneaux durant quatre semaines et apparemment sans séquelles. « Le but est de répondre au défi de l’extrême prématurité », explique sans détour Alan Flake. Soit en amont de vingt-trois semaines de gestation placer les embryons dans un espace entre l’utérus maternel et le monde extérieur.

« Nous avons été surpris par la qualité de la réponse physiologique des animaux, fait valoir Emily Partridge, premier auteur de l’article de Nature Communications. Les fœtus régulent eux-mêmes ces échanges. » Pour autant les animaux, après avoir été extraits et après avoir montré qu’ils pouvaient respirer spontanément ont été « humainement euthanasiés » – et leurs organes analysés. Epargné, l’un d’entre eux est aujourd’hui la preuve vivante du succès de l’opération. Des recherches pré-cliniques plus poussées seront menées et, un jour prochain, aux Etats-Unis et ailleurs, on passera à l’essai sur l’homme.

Frontière éthique

Des réactions de ce côté-ci de l’Atlantique ? Le Monde cite René Frydman qui salue « un pas supplémentaire, une étude incontestablement sérieuse » et soulève quelques objections techniques quant au passage à l’espèce humaine – sans oublier les impacts psychologiques.  Pour sa part Alan Flake estime que mission de son utérus artificiel ne visera rien d’autre que la maturation des poumons des très grands prématurés. Aucune envie « de tenter de remonter plus tôt dans la grossesse. Et aucune possibilité, assure-t-il, d’établir un pont entre l’embryon l’extrême prématurité – clef de voûte de la dystopie d’Huxley. C’est aussi le point de vue du philosophe et médecin auteur d’un remarquable ouvrage sur le sujet (L’Utérus artificiel, Seuil, 2005). 

 On rappellera toutefois qu’il y a un an une équipe dirigée par Anna Hupalowska et Magdalena Zernicka-Goetz, de l’Université de Cambridge, une équipe de biologistes annonçait être parvenue à cultiver in vitro des embryons humains jusqu’à un stade jamais atteint : treize jours 1. Ces biologistes auraient pu poursuivre leur culture. Mais ils avaient alors choisi de ne pas franchir le seuil des quatorze jours, frontière éthique mise en place il y a une quarantaine d’années et, depuis, jamais officiellement dépassée. Jusqu’à quand ?

 A demain

1 « Les premiers pas de l’utérus artificiel » Slate.fr, 12 mai 2016

 

 

«Tabac chauffé» : Philip Morris a-t-il programmé la mort de la cigarette qui tue ?

 

Bonjour

Ancien de l’Ecole Polytechnique de Lausanne, André Calantzopoulos est aujourd’hui le PDG de Philip Morris International (PMI), l’une des premières puissances mondiales du « tabac brûlé ». Son groupe s’apprête à lancer en France l’appareil IQOS et ses recharges de « tabac chauffé » présentés comme une manière de fumer « à moindre nocivité ».

L’appareil IQOS est d’ores et déjà commercialisé dans vingt pays.  Il sera bientôt (70 euros) chez les vingt-six mille buralistes de l’Hexagone – avec les paquets de vingt sticks de tabac au prix du paquet de Marlboro, (7 euros). Le tout devant les murs de « paquets neutres » avec le logo et les couleurs de Philip Morris. Le géant du tabac « brûlé » assure avoir investi trois milliards de dollars depuis 2008 pour développer des « produits à risques potentiellement réduits ». C’est, à en croire ses communicants, une véritable mutation industrielle estampillée « moindre risque ». C’est aussi une concurrence directe de la révolution que constitue la cigarette électronique.

« Ce marketing bien rodé est trompeur car il entretient une certaine confusion, vient de commenter, sur France Inter, le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue-militant. C’est du tabac chauffé, non brûlé, disent-ils, mais il est un peu brûlé tout de même et il libère de toutes petites doses de monoxyde de carbone et de produits toxiques. C’est un produit du tabac, on n’est pas du tout sur une cigarette électronique, alors que Philip Morris veut entretenir la confusion et dire que c’est la même chose. »

Pas devant les enfants

André Calantzopoulos écoute-t-il  France Inter ? Répondra-t-il aux commentaires du Pr Dautzenberg ? Il faut l’espérer puisque le PDG de Philip Morris International semble goûter les médias. Il était à Londres en novembre dernier au moment du lancement d’IQOS au Royaume-Uni. Et le PDG de parler à la BBC. « Le moment viendra où nous aurons suffisamment d’adoptions de ce produit alternatif pour commencer à envisager, avec les gouvernements, l’élimination des cigarettes.  J’espère que ce moment arrivera bientôt ». Interrogé par The Times, il semblait voir le jour où PMI arrêterait de vendre des cigarettes : « Pas au cours de mon mandat de PDG, mais de mon vivant, j’espère ».

Il y a quelques semaines le quotidien suisse Le Temps interrogeait le PDG de Philip Morris dont le siège est à Lausanne. Extrait :

«  – Etes-vous fumeur?

– Je fume des cigarettes professionnellement. Je goûte les marques de la concurrence. Je m’accorde parfois aussi un cigare.

– Comment abordez-vous la question de la cigarette au sein de votre famille?

– Ma femme a arrêté de fumer quand elle était enceinte. Comme elle allaite en ce moment, il n’est pas question qu’elle reprenne. Etant père de famille, je suis convaincu par ailleurs qu’il ne faut pas fumer devant les enfants.

– Comment vivez-vous le fait de vendre un produit qui tue?

– La cigarette est un produit utilisé par plus d’un milliard de personnes, qu’il est légal de vendre. Ma fonction est d’offrir le plus de plaisir aux consommateurs sans gêner les autres. Cela fait dix-neuf ans que je travaille chez PMI et je suis fier de notre succès, de notre approche, de notre transparence et de notre volonté de dialoguer. »

A demain

 

Drogue et psychiatrie : prescrire la kétamine comme un antidépresseur majeur ?

 

Bonjour

La kétamine n’a pas fini de faire rêver. Cette amine psychotrope synthétisée en 1962 pour les laboratoires Parke-Davis est aujourd’hui utilisée comme anesthésique général. Son usage fut rapidement détourné à d’autres fins que thérapeutique et on a, ici ou là, signalé son usage sur les théâtres d’opérations militaires où l’indifférence du combattant à la douleur constitue un avantage certain. Ses propriétés stupéfiantes expliquent aussi son usage (illégal) en milieu festif 1.

Il faut aujourd’hui compter avec le texte publié par  The Lancet Psychiatry « Ketamine treatment for depression: opportunities for clinical innovation and ethical foresight » signé par le Dr Rupert McShane (Oxford Health NHS Foundation Trust, Warneford Hospital, Oxford). Un texte repris et développé par la BBC.

Selon lui la kétamine peut constituer un traitement remarquable chez certaines personnes souffrant de dépressions sévères et résistantes à toutes les autres approches médicamenteuses. Ce spécialiste estime que le moment est venu d’en savoir plus et de constituer un registre pour surveiller sn usage et en tirer au plus vite les leçons pratiques.  Dans son expérience clinique sur cent-une personnes souffrant de dépression résistante quarante-deux ont répondu à la kétamine.

Pas d’automédication

Le Dr McShane espère qu’un nombre croissant de médecins l’utiliseront pour traiter ces formes de dépression. « Nous pensons que le traitement des patients devrait se faire dans des centres spécialisés et être officiellement suivi dans les registres nationaux ou internationaux, explique-t-il. Cela nous aiderait à résoudre les problèmes de sécurité ou d’abus à long terme et à réduire la dose, la fréquence, let les durées de traitement. »

Les dosages de la kétamine utilisée dans son essai clinique sont beaucoup moins élevés que les quantités utilisées par les personnes qui le prennent comme drogue illégale. Le Dr McShane met en garde contre tout type d’automédication et avertit qu’il ne s’agit en rien d’une thérapeutique miracle obtenue en une prise unique.

Prudence

Outre-Manche l’institution psychiatrique demeure prudente. Le Pr Allan Young (Collège royal des psychiatres) a estime qu’il existe toujours des « lacunes importantes » dans la connaissance de l’utilisation de la kétamine. « Avant que la kétamine puisse être recommandée en pratique clinique contre la dépression, une recherche approfondie est nécessaire pour comprendre comment utiliser de manière optimale, a-t-il déclaré. Le Collège royal des psychiatres s’inquiète de la sécurité des patients et, par conséquent, recommande aux praticiens de la santé mentale de faire preuve de prudence lorsqu’ils traitent des patients avec la kétamine ».

Pour Paul Keedwell, psychiatre à l’Université de Cardiff, « La kétamine dans le traitement de la dépression est l’une des découvertes les plus excitantes en psychiatrie depuis des années. Cependant, plus de recherche est nécessaire ainsi qu’un registre qui permette aux chercheurs de partager de nouveaux résultats, positifs ou négatifs ». Un point de vue entièrement partagé, en France, par le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions.

A demain

1 En France la kétamine en tant que matière première est inscrite sur la liste des stupéfiants par l’arrêté du 8 août 1997. Ce classement était justifié par l’apparition de cas d’abus en milieu médical et l’émergence d’une consommation de kétamine dans les milieux festifs (« rave-party »), confirmée par une enquête réalisée en 2000 et 2001. Selon cette enquête, les produits impliqués, quand ils étaient identifiés, étaient le plus souvent des médicaments vétérinaires, plus fortement dosés que les médicaments à usage humain.

Pourquoi ne pas considérer le tabac comme un scandale sanitaire d’ampleur planétaire ?

Bonjour

Près d’un milliard de personnes fument quotidiennement (du tabac) à la surface de la Terre. La moitié d’entre elles mourront prématurément des conséquences de cette addiction officiellement inscrite au sein de l’économie de marché. Les mesures politiques sont parfaitement connues qui permettent de lutter contre cette consommation mortifère: hausse massive des prix, aides véritables au sevrage, éducation et – depuis peu – cigarette électronique. Pour autant seuls quelques très rares pays les mettent en œuvre, avec succès, au sein de politiques de réduction des risques.

Il y a là tous les éléments constitutifs d’un scandale sanitaire d’ampleur planétaire. Toutes les données chiffrées de cette affaire viennent d’être actualisées dans The Lancet et reprises par la BBC. Dans le monde le nombre des fumeurs est passé de 870 millions en 1990 à plus de 930 millions en 2015. Et celui des décès prématurés attribués au tabac a augmenté de 4,7 % au cours de la même période.  Cette mortalité pourrait encore augmenter : Big Tobacco cible de manière agressive de nouveaux marchés – notamment dans les pays en développement.

Servitude volontaire

Un contre-exemple ? Le Brésil qui, en un quart de siècle, est passé de 29 % à 12% de fumeurs quotidiens. A l’inverse l’Indonésie, le Bangladesh et les Philippines se situent respectivement à 47 %, 38 % et 35 % d’hommes fumeurs et n’ont pas enregistré de progrès entre 1990 à 2015. La France arrive juste après eux.

A court et moyen terme la progression de la mortalité liée au tabac dans les pays à faibles revenus sera probablement considérable. C’est ce qu’écrit dans un commentaire du Lancet, John Britton, (UK Centre for Tobacco and Alcohol Studies, University of Nottingham). Ce dernier cible la responsabilité des géants du tabac – des géants jamais inquiétés.

On peut voir dans tout cela une forme de fatalité, l’acceptation de l’addiction et de la loi triomphante du marché. Comment faire avec le refus majoritaire de voir ici un scandale sanitaire d’ampleur planétaire ? Comment faire, dans les espaces démocratiques, avec la servitude volontaire ?

A demain