A Paris, quatre policiers sont tués, poignardés par un cinquième, abattu : un « coup de folie » ?

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Dans les médias, soudain, une nouvelle vague montante d’émotion nourrie d’incompréhension. Un agent administratif de la préfecture de police de Paris (informaticien, vingt ans de maison) a, le 3 octobre, tué quatre fonctionnaires à l’arme blanche, sur son lieu de travail, avant d’être abattu. L’agression s’est produite en début d’après-midi dans les locaux de la préfecture, l’un des lieux les plus sécurisés de la capitale française, sur l’île de la Cité. « Le mobile à ce stade n’est pas connu », a déclaré Loïc Travers, secrétaire national adjoint Ile-de-France du syndicat Alliance.  Les circonstances laissent supputer qu’il a commencé dans le cadre et à proximité de son bureau avant d’en sortir et d’attaquer d’autres collègues ». 

L’assaillant est membre de la Direction du renseignement (DR-PP), qui aurait eu « un coup de folie » et « porté des coups de couteau avant d’être abattu par des fonctionnaires de police dans la cour de la préfecture ». Sourd et muet, l’agresseur a d’abord tué sa supérieure hiérarchique puis a poignardé deux autres personnes dans un escalier puis un dernier dans la cour de la préfecture où il a été abattu par un de ses collègues.

« Jamais de difficultés comportementales« 

Le parquet national antiterroriste, « en observation », a fait savoir à Reuters qu’il ne s’était pas saisi de l’affaire à ce stade. « C’est malheureusement un fait divers » (sic), a dit sur BFM TV Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du syndicat des cadres de la sécurité intérieure. Frédéric Guillot, délégué CGT à la préfecture de police de Paris : « On connaît avec beaucoup de tristesse un épisode de suicides dans la police, mais qu’un collègue se retourne contre d’autres, de mémoire ça n’est jamais arrivé ».

« L’agression s’est déroulée sur fond de malaise latent dans les rangs de la police, rappelle Reuters. Plusieurs milliers de fonctionnaires ont manifesté la veille à Paris pour exiger une amélioration de leurs conditions de travail, mais aussi clamer leur mal-être face à une ‘’haine du flic’’ qu’ils jugent de plus en plus préoccupante en France. Cinquante-deux policiers se sont suicidés depuis janvier. »

L’assaillant « n’avait jamais présenté de difficultés comportementales », a déclaré le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, ce que confirment plusieurs syndicats de police. Un « conflit personnel » ? Pour l’heure ni le ministre, ni les syndicats ni les médias n’expliquent ce que peut désigner la formule « coup de folie ». Et, déjà, certains médias annoncent que l’auteur de l’attaque s’était converti à l’islam depuis 18 mois – ajoutant aussitôt ne pas savoir s’il existe un lien entre sa conversion et ce « passage à l’acte ».

A demain @jynau

Vincent Lambert et sa mort programmée : Emmanuel Macron parlera-t-il avant le 20 mai ?

Bonjour

Il est bien des manières de militer ; bien des manières de parler de la tragédie que constitue l’affaire Vincent Lambert. L’une d’elle consiste à parler de « feuilleton », comme le fait aujourd’hui le site de France Inter (Julien Baldacchino). Un « feuilleton de six ans » et, corollaire, une « série » dont on commence à se lasser.

On peut aussi parler, au choix, de « soins » ou d’ « alimentation-hydratation ». De « handicap profond » ou d’« état végétatif chronique ». Prendre fait et cause pour les parents ou dénoncer leurs convictions religieuses « proches des catholiques intégristes ». User de cette affaire pour mener le combat au nom d’un « droit de mourir dans la dignité ».

Ces affrontements vont, dans les prochains jours aller en s’intensifiant après l’annonce faite par le Dr Vincent Sanchez (CHU de Reims) aux parents de Vincent Lambert qu’il allait interrompre les « traitements » de ce dernier durant la semaine du 20 mai. Une annonce, qui plus est, faite par courrier et révélée par l’AFP. « Je vous informe que l’arrêt des traitements et la sédation profonde et continue évoquée lors de la procédure collégiale seront initiés au cours de la semaine du 20 mai ».

Fin programmée du « feuilleton » ? « Les parents ont-ils désormais de nouveaux recours pour empêcher l’application de cette troisième décision, s’interroge France Inter  Samedi 11 mai, les avocats des parents ont annoncé qu’ils allaient engager « un certain nombre de recours », sans préciser lesquels. « Nous saisissons les juridictions compétentes pour que la France soit contrainte de respecter ses engagements internationaux », a-t-il déclaré ». D’autres médias évoquent un appel solennel à Jacques Toubon, Défenseur des droits voire à Emmanuel Macron.

« N’importe quoi »

La situation est d’une particulière complexité puisque le Comité international de protection des droits des personnes handicapées de l’ONU (CIDPH) vient de demander à la France de suspendre toute décision d’arrêt des soins de Vincent Lambert, dans l’attente d’une instruction sur le fond. Et que Suite à cette demande Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé avait déclaré, sur BFM-TV :

 « Aujourd’hui, juridiquement parlant, tous les recours dans cette affaire sont arrivés au bout, et toutes les instances juridictionnelles, qu’elles soient nationales ou européennes, confirment le fait que l’équipe médicale en charge de ce dossier est en droit d’arrêter les soins.

« Les parents de Vincent Lambert se sont retournés vers ce comité qui s’occupe des personnes handicapées, et non des personnes en état végétatif comme Vincent Lambert parce qu’ils n’ont que la version des parents. Nous ne sommes pas tenus par ce comité légalement, mais bien entendu nous prenons en compte ce que dit l’ONU et nous allons leur répondre ».

Or, pour les avocats des parents, Agnès Buzyn « raconte n’importe quoi ». Selon eux « les conventions internationales obligent la France et sont supérieures à la loi en application de la Constitution ». « C’est certainement ce ressort-là que la défense des parents fera jouer pour tenter une nouvelle fois de bloquer la décision » estime France Inter.

 « Il n’y a aucune urgence médicale à arrêter l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert et rien ne justifie une violation aussi éhontée du droit international et des mesures provisoires réclamées par l’ONU », ont d’ores et déjà prévenu les avocats. Où l’on voit que l’affaire dépasse, de beaucoup, le seul Dr Vincent Sanchez.

Ce médecin encore inconnu des médias osera-t-il néanmoins passer à l’acte ? Dispose-t-il encore de l’autonomie pour le faire ? Quel sens donner à son courrier ? Que fera sa hiérarchie hospitalière en relation avec sa tutelle ministérielle ? Quelle seront les volontés exprimées depuis le Palais de l’Elysée ? Que dira l’ONU au nom des personnes handicapées ? Qui écrit la fin des tragédies ?

A demain

@jynau

 

Vincent Lambert : son médecin vient de programmer sa mort à compter du 20 mai

Bonjour

Osera-t-il passer à « l’action » ? Le Dr Vincent Sanchez (CHU de Reims) a annoncé aus parents de Vincent Lambert qu’il allait interrompre les « traitements » de ce dernier durant la semaine du 20 mai. Rappelons que par « traitements » on désigne ici l’alimentation et l’hydratation d’un homme qui n’est par alimenté artificiellement ni placé sous ventilation assistée.

« Je vous informe que l’arrêt des traitements et la sédation profonde et continue évoquée lors de la procédure collégiale seront initiés au cours de la semaine du 20 mai », écrit le Dr Sanchez dans un courrier daté du 10 mai et dont l’AFP a obtenu copie.

Ce courrier est d’autant plus étonnant que le Comité international de protection des droits des personnes handicapées de l’ONU (CIDPH) vient de demander à la France de suspendre toute décision d’arrêt des soins de Vincent Lambert, dans l’attente d’une instruction sur le fond. Suite à cette demande Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé avait déclaré, sur BFM-TV :

 « Aujourd’hui, juridiquement parlant, tous les recours dans cette affaire sont arrivés au bout, et toutes les instances juridictionnelles, qu’elles soient nationales ou européennes, confirment le fait que l’équipe médicale en charge de ce dossier est en droit d’arrêter les soins.

« Les parents de Vincent Lambert se sont retournés vers ce comité qui s’occupe des personnes handicapées, et non des personnes en état végétatif comme Vincent Lambert parce qu’ils n’ont que la version des parents. Nous ne sommes pas tenus par ce comité légalement, mais bien entendu nous prenons en compte ce que dit l’ONU et nous allons leur répondre ».

Nous étions alors le 5 mai. L’Etat français disposait désormais de six mois pour fournir ses observations à l’ONU. En attendant la France devait veiller à ce que l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert ne soient pas suspendues – et ce en vertu de la convention relative aux droits des personnes handicapées.

Une semaine plus tard voici le Dr Vincent Sanchez, chef de l’unité de patients cérébrolésés du centre hospitalier universitaire de Reims, qui programme la mort de son patient à compter de la semaine du 20 mai. Décision ferme où coup de sonde pour juger de la réaction et de la mobilisation, médiatique et physique, de la partie adverse ?

« Il n’y a aucune urgence médicale à arrêter l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert et rien ne justifie une violation aussi éhontée du droit international et des mesures provisoires réclamées par l’ONU », préviennent d’ores et déjà les avocats des parents de Vincent Lambert. Le Dr Vincent Sanchez osera-t-il passer à l’acte ? Dispose-t-il de l’autonomie pour le faire ? Sa hiérarchie hospitalière et ministérielle interviendra-t-elle ?

A demain

@jynau

Autisme et politique : Emmanuel Macron annonce un prochain remboursement du dépistage

 

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Tout aurait dû n’être connu que demain. Mais Emmanuel Macron n’a pas résisté à brûler quelques politesses : il a ainsi, dès ce 4 avril, annoncé « au moins 340 millions d’euros prévus sur cinq ans ». Une somme destinée à « un renforcement des investissements dans la recherche sur l’autisme ». Et une annonce faite à l’occasion d’un déplacement présidentiel (perturbé) au CHU de Rouen – avec visite du président dans une unité de détection précoce.

« On va investir dans la santé, c’est essentiel. Il y a des réorganisations à faire, a expliqué le président Emmanuel Macron aux personnels de santé du CHU de Rouen. Pour moi, l’autisme, c’est une cause essentielle. Pour beaucoup de familles, ce sont des vies qui sont bouleversées. Le cœur de ce que nous voulons faire, c’est de renforcer nos investissements en matière de recherche ». a insisté le président de la République. Il était accompagné d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé et de Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées – ainsi que de son épouse Brigitte Macron.

L’unité du CHU de Rouen visitée est spécialisée dans le diagnostic précoce des troubles du spectre autistique – il faut en moyenne un an et demi pour obtenir un diagnostic en France. « Il faut avoir un diagnostic le plus tôt possible. Nous allons généraliser la formation de tous les professionnels, pédiatres, médecins, pour avoir, au 9e mois ou au 24e mois, aux consultations prévues, le réflexe de vérifier le minimum et alerter sur un trouble psycho-autistique » a déclaré Emmanuel Macron.

« En matière de politique de l’autisme, la France n’est pas au niveau , avait récemment reconnu Mme Cluzel. Les familles concernées sont trop souvent exposées à un parcours du combattant indigne de notre République et la France se trouve loin derrière de nombreux pays de l’OCDE en matière de recherche. »

Selon l’AFP, le président de la République a évoqué la mise en place d’un « forfait de remboursement pour les parents à partir du 1er janvier 2019 » pour les dépistages  ainsi que « le développement d’une école inclusive». Mais encore ? Il ne reste plus demain, au Premier ministre Edouard Philippe, que de détailler la mise en place concrète des mesures.

A demain

Météo : les personnes trisomiques auront-elles bientôt droit de cité sur les écrans de télé ?

Bonjour

Aujourd’hui la télévision montre tout, le sublime comme l’abject, la vérité comme celle qui n’a jamais existé. Peut-elle accepter le pathologique dans ces espaces de normalités ? Peut-elle même, qui sait, y trouver un intérêt ? C’est la question aujourd’hui soulevée avec « Mélanie, 21 ans », dont on commence à parler dans les gazettes qui ripolinent le réel. Cela donne des phrases comme celles-ci :

« A 21 ans, Mélanie s’est lancée comme défi de présenter la météo à la télévision. Après une campagne sur les réseaux sociaux, la jeune femme, atteinte de trisomie 21, a réussi son pari. Elle présentera la météo sur BFMTV le 27 mars.  Elle va réaliser son rêve. Sur Facebook, Mélanie, se présentait en quelques lignes pour faire part de sa démarche. Sur sa page « Mélanie peut le faire », la jeune femme expliquait être « différente » et exprimait alors son souhait: « Je veux montrer à tout le monde que je peux faire plein de choses. Je veux le prouver, en passant à la TV. »

La suite sera bientôt connue : porteuse d’une trisomie 21, Mélanie a appelé les internautes à se mobiliser pour elle, pour son combat contre les préjugés. « A 100.000 likes, je présente la météo à la TV, » écrivait-elle. Soutenue par la fédération d’associations Unapei, Mélanie a remporté son défi haut la main. Et en deux jours seulement. Sa page Facebook cumule désormais plus de 121.000 abonnés et sa vidéo a été vue plus de deux millions de fois.

Et de réseaux sociaux en résonances diverses le mouvement a été perçu dans les hautes sphères les lucarnes qui nous observent :  émouvante, la jeune femme a été remarquée par les dirigeants des chaînes de télévision. Ainsi, alors que, le 1er mars, l’appel de Mélanie était évoqué dans la chronique La Pépite de la matinale de BFMTV les deux présentateurs Pascale de la Tour du Pin et Christophe Delay ont proposé à la jeune femme de présenter le bulletin météo sur BFMTV.

Questions inexprimables

Ce sera chose faite le 27 mars prochain, date de la journée mondiale annuelle de la Trisomie. Ce jour-là, disent les gazettes, Mélanie viendra  dans les studios de BFMTV pour réaliser son rêve. Et ce n’est pas tout : sur Twitter, Chloé Nabédian a également fait savoir que Mélanie viendrait, dès le 14 mars, présenter la météo sur l’antenne de France 2. Et, déjà, de raconter les séances de formation. Et BFMTV de rappeler qu’en 2013 déjà Laura Hayoun, une jeune femme de 19 ans atteinte de trisomie, avait déjà présenté les titres de la matinale dans Première édition sur la chaîne.

On peut, bien évidemment, comme l’Unapei, se réjouir publiquement de tout ceci : « La mobilisation spontanée du public autour de Mélanie offre un espoir à des milliers de personnes en situation de handicap qui sont encore trop souvent invisibles. Les messages de soutien prouvent que la société est prête à accueillir toutes les différences ». On peut aussi ne pas sombrer dans l’angélisme. Se souvenir, notamment, des désespérantes controverses et du rôle totalement incompréhensible du CSA lors d’une récente affaire née du fait que des personnes trisomiques s’étaient (joliment) exprimées sur des chaînes télévisuelles 1.

On peut, enfin, nourrir une crainte. Celle que la joie de Mélanie et l’acceptation des téléspectateurs de BMTV et de France 2 ne réveillent, une nouvelle fois, les violentes oppositions qui émergent dès que l’on aborde, en France, les douloureuses et inexprimables questions inhérentes à la trisomie 21, à son dépistage et à sa prise en charge.

A demain

1 « Les trisomiques peuvent-ils paraître à la télévision ? Le Conseil d’Etat dirait plutôt que non », Journalisme et santé publique, 10 novembre 2016

Cannabis : sur BFM-TV, la gauche socialiste en est restée aux questions de boutiquiers

 

Bonjour

Sympathique, le clown sympathique a assuré : « Oui j’en ai fumé… » Rires dans l’assemblée… « Mais pas ce soir… » Applaudissements dans les travées…. Le clown a pour fonction de faire redescendre la pression et Jean-Luc Bennahmias, décravaté, Vert aux yeux bleus délavés, y excelle.  M. Behnamias avait quatorze ans en 1968. Ancien  du Parti socialiste unifié (PSU) sans oublier la Ligue communiste il fut journaliste avant de s’exercer à la politique centriste et écologiste. C’est dire si on lui pardonne tout, et le reste. Il fait partie de la famille sans vraiment en être. Il fait le clown, aussi, pour y être admis, fût-ce sur une banquette.

Le cannabis ? On ne saura pas si les six autres candidats à la primaire en ont tâté. Encore trop risqué d’avouer, en 2017 et en France, quand on postule au poste suprême. Dimanche 15 janvier, sur BFMTV, on en est donc resté aux questions de boutiquiers qui, depuis l’adolescence de M. Bennahmias, déchirent les gauches françaises. Deux camps en présence avec un seul point fixe : Manuel Valls qui prône, crânement, les valeurs de l’interdit. Pour le reste c’est le ballet de la dépénalisation/légalisation, de la mainmise de l’Etat ou pas, de la vente en pharmacie ou dans les bureaux de tabac, de la commercialisation associée à la prévention de la consommation…

Trafics asséchés

On retiendra ce mot de Sylvia Pinel, envoyée à 39 ans sous la mitraille par la direction du PRG : « La vente de cannabis doit être encadrée pour assécher les trafics ».  Les dealers au rang des marais, en somme. François Henri Goullet de Rugy, ancien écologiste devenu socialiste et vice-président de l’Assemblée nationale : « On n’imagine pas une seconde de la prohibition sur le tabac et l’alcool (…) Dans les bureaux de tabac, on trouve tout ce qu’il faut pour faire un joint, sauf le cannabis ».

Benoît Hamon , né en 1967 : « Il faut légaliser la distribution de cannabis et mettre les moyens sur la prévention (…) Le cannabis peut conduire à des addictions extrêmement graves (…) ». Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education nationale (mai 2012-mars 2014) que l’on connut plus vaillant se borne à proposer un « débat sur la dépénalisation du cannabis avec les Français, en écoutant les personnels de santé et de sécurité ».

Hypocrisie psychoactive

Et puis Arnaud Montebourg. Il avait six ans en 1968. Aujourd’hui il botte en touche : « Ce n’est pas aux politiques publiques d’autoriser la consommation de produits nocifs (…) Je pense inutile que l’élection présidentielle se déroule autour d’un sujet de cette nature. »

On en restera là. Rien sur la réduction des risques et, au final la consommation massive d’un produit illicite considérée comme une fatalité. Aucune question sociologique et médicale sur les raisons qui, en amont, font que l’on en vient à fumer cette substance psychoactive. Aucune interrogation sur le fait que la consommation française est la plus importante du Vieux Continent. Est-ce l’offre qui nourrit la demande ? Serait-ce l’inverse ? Pourquoi fume-t-on… ? Pourquoi ce besoin de planer? Quand et chez qui survient le danger ? Non: la seule question : comment faire avec l’existant.

On rit quand Jean-Luc Bennahmias dénonça « 40 ans d’hypocrisie » face à ces « millions » de Français qui en ont déjà fumé. Et on rit de plus belle quand le clown fit mine de s’agacer : « La police a autre chose à faire que de s’occuper de petits dealers et de petits fumeurs ! ». Sacré Bennahmias… La pression redescendait. Le spectacle allait bientôt s’achever.

A demain

Si les hôpitaux publics sont malades, c’est qu’ils ressemblent toujours plus au privé (Libé)

 

Bonjour

Nouvelle « journée de mobilisation avec grève » dans le monde hospitalier. Cette fois c’est à l’initiative de la Coordination nationale infirmière – rejointe par les fédérations FO, CGT et SUD des secteurs de la santé. Il faut lire le cahier des doléances infirmières pour prendre le pouls du malaise des hôpitaux publics. A commencer par  cette adresse à François Hollande, Manuel Valls et Marisol Touraine :  « L’ensemble de la communauté des soignants de France s’indigne du peu d’égard que vous lui témoignez ! »

« Aux interpellations des professionnels de santé, suite aux suicides médiatisés cet été, vous avez, Madame Touraine, après un long silence répondu par des annonces de plan à venir sur la prévention des risques psychosociaux, puis d’amélioration de la qualité de vie au travail. Mais, tandis que les mesures concrètes se font attendre, vous poursuivez votre communication chiffrée.

Marisol Touraine sur RMC et BFM TV

« Vous affirmez au micro de RMC que les infirmiers ont été augmentés de 250 à 500 € puis, sur BFM TV, vous annoncez la hausse des salaires et des recrutements dans la fonction publique. N’est-ce pas un mensonge par omission Madame Touraine ? Pourquoi n’avez-vous pas évoqué la conversion des primes en points d’indices expliquant cette pseudo revalorisation mais qui ne traduira pas de majoration de nos revenus mensuels ?

Pourquoi ne parlez-vous pas du nombre de demandes de disponibilités qui explose dans la fonction publique ? Pourquoi ne parlez-vous pas du nombre croissant de soignants qui quittent le secteur hospitalier pour s’installer, au mieux, en libéral et tenter d’exercer dans des valeurs qui leurs sont chères – au pire, pour se reconvertir ? » 

Libération de ce 7 novembre s’intéresse au sujet. Il est, étrangement, l’un des rares titres de la presse. Eric Favereau est allé glaner quelques confidences dans l’entourage de la ministre. « Au ministère de la Santé, écrit-il, on se dit ‘’vigilant’’, on insiste sur le fait que pendant ce quinquennat, Marisol Touraine s’est ‘’battue’’ pour défendre l’hôpital public. Devant le ‘’malaise’’ actuel, elle devrait annoncer fin novembre une ‘’stratégie nationale pour améliorer la qualité de vie au travail à l’hôpital’’. » Puis Libé  cite l’un des opposants hospitaliers historiques à l’économie de marché : le Pr André Grimaldi : «A quoi bon rester dans le public si c’est pour faire comme dans le privé ?». Tout est dit.

Herboriste des racines de la souffrance

Libé, est c’est heureux, est aussi allé recueillir (Amandine Cailhol) l’analyse du sociologue Frédéric Pierru. On n’écoute pas assez les sociologues qui herborisent aux racines du monde hospitalier. Spécialiste des questions de santé (et plus largement de la sociologie de l’action publique) M. Pierru est chercheur au Ceraps-Lille 2 et au CNRS. Extraits des propos d’un sociologue qui parle clair :

« Il existe des indicateurs objectifs de la souffrance au travail en milieu hospitalier. Prenez le taux d’absentéisme : il est de 10 % chez les soignants. Le turnover augmente aussi entre les services. Les gens sont cuits, donc ils vont voir ailleurs si l’herbe y est plus verte. Cela atteste d’une dégradation des conditions de travail. Il faut aussi regarder l’évolution de la productivité hospitalière, qui n’a fait que croître, alors que les effectifs ont souvent baissé. Là aussi, c’est une preuve de l’intensification de la charge de travail.

« Tous les soignants sont concernés, mais ils ne font pas face de la même manière. Il y a un ruissellement du plus haut échelon vers le plus petit. Une délégation du sale boulot. Les médecins échappent donc, en partie, aux conséquences de cette dégradation, car ils les répercutent sur les infirmiers, qui eux-mêmes répercutent sur les aides-soignants. En bas de l’échelle, les aides-soignants ont peu de marge de manœuvre. C’est donc plus difficile pour eux de lutter contre la détérioration des conditions de travail. En plus, ce sont eux qui sont au contact des patients et de leurs familles. Ils ramassent toutes les réclamations et les plaintes. »

Peut-on dater le début du mal ?

« Le vrai changement date du passage, en 2003, à la tarification à l’activité (T2A) 1 et sa logique gestionnaire perverse, qui va de pair avec le renforcement des contraintes budgétaires. Ce système a alourdi la charge mentale pour les soignants. Désormais, chaque patient se voit affecter une somme financière. Avec, d’un côté, les «rentables», et de l’autre, ceux qui ne le sont pas, les «mistigris», dont il faudrait se débarrasser. L’économique est désormais au cœur du soin. Les soignants vivent cela comme un «viol éthique». Pour eux, l’hôpital doit soigner tout le monde et non uniquement ceux qui rapportent de l’argent. Ils n’ont pas choisi ce métier pour ça. Du coup, ils ont l’impression de mal faire leur boulot, d’être dans le ‘’quick and dirty’’. »

Quick and dirty  ? Tout est dit.

A demain

1 La « tarification à l’activité » est un mode de financement des établissements de santé qui vise à « médicaliser » le financement tout en équilibrant l’allocation des ressources financières et en « responsabilisant » les acteurs de santé.

Ce mécanisme vise à la mise en place d’un cadre unique de facturation et de paiement des activités hospitalières dans lequel l’allocation des ressources est fondée à la fois sur la nature et le volume de leurs activités. La logique de moyens qui prévalait jusque-là cède la place à une logique de résultats. Ce sont les recettes issues des activités hospitalières qui vont déterminer les dépenses et non l’inverse.