SAMU : l’affaire de Strasbourg s’envenime soudain Que décidera, demain,  Agnès Buzyn ?

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En marge des enquêtes, la multiplication des plaintes, la collection d’un abcès. Une semaine plus tard, la révélation des circonstances ayant précédé (et suivi) la mort, le 29 décembre dernier, de Naomi Musenga continue à émouvoir, choquer, révolter. Que fera le pouvoir sanitaire exécutif ?

Pour l’heure, Me Olivier Grimaldi, avocat de l’opératrice du SAMU de Strasbourg qui s’était « moquée » de la jeune malade défend publiquement sa cliente. Sur BFMTV il rappele ses conditions de travail. « C’est un agent confirmé, qui avait bien sûr fait une journée de douze heures le 26. En Alsace c’est un jour férié, donc c’est un jour difficile, souligne-t-il. Ensuite, elle a travaillé deux jours consécutifs, et elle était sur la fin de son cycle de trois jours le 29 décembre. » Selon lui cette opératrice « n’est pas la seule responsable ».

« Dès le départ elle pense à une douleur abdominale donc son jugement est faussé » , ajoute Me Grimaldi, qui met en cause « un mécanisme de prise en charge de l’urgence » où le rôle de sa cliente est « de filtrer parce que derrière vous n’avez que deux médecins ». La direction du SAMU comme celle du CHU de Strasbourg apprécieront. Bouleversée, cette opératrice « comprend bien évidemment le chagrin et la colère de la famille » – et songe à changer de métier.

On apprend d’autre part que des agents de ce SAMU ont porté plainte pour « menaces ». La direction des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), qui a communiqué cette information, ne souhaite pas donner plus de détails sur le nombre de plaintes et les motifs. Elle invoque désormais des « impératifs de confidentialité ».

Marche blanche et double lecture

Sur France Bleu Alsace, Sylvain Poirel, délégué CGT, a fait savoir que « quatre agents [avaient] été menacés directement sur les réseaux sociaux et une sur les quatre n’[avait] pas pu rentrer chez elle par crainte de représailles d’individus présents sur le lieu de son domicile ». Dans le même temps  la plate-forme téléphonique du SAMU reçoit des appels menaçants et des « mesures de sécurité particulières » sont maintenues.

Le 16 mai, une marche blanche sera organisée en mémoire de Naomi Musenga à Strasbourg. Un rassemblement à Paris, place de l’Opéra, est aussi prévu à la même heure. « On appelle vraiment à la non-violence », déclare sur BFM-TV Gloire Musenga, un des frères de Naomi. « On ne peut pas leur en vouloir [aux opératrices du SAMU et des pompiers]. Si elles ne l’ont pas aidée, c’est dû à des problèmes qui ont eu lieu dans leur structure. (…) Elles n’avaient rien contre [Naomi] personnellement », a également dit Martial Musenga, un autre frère de la victime. » Dans le même temps la famille Musenga a déposé une plainte pour « non-assistance à personne en danger » et « mise en danger de la vie d’autrui ». Quelle lecture à venir du judiciaire ?

Où l’on retrouve la double lecture à laquelle donne lieu cette affaire : faute individuelle et/ou faillite collective 1.

Quatre mois après

Pour le Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la Société française de médecine d’urgence, cette affaire impose « une réflexion profonde et une nécessaire remise en question ». Et, déjà, émerge une proposition dont on se demande pourquoi elle ne survient que maintenant :  « une meilleure formation des auxiliaires de régulation médicale (ARM), à l’écoute empathique et à la gestion des appelants ». Comment comprendre, comment justifier qu’il n’existe pas de formation diplômante pour devenir ARM, profession accessible avec le seul baccalauréat.

 Plus généralement : se borner à « augmenter les effectifs » ou procéder à de solides « évolutions structurelles » ? C’est ainsi qu’Agnès Buzyn est, dès à présent, personnellement confrontée à ce nouveau dossier – un dossier jusqu’ici ignoré de son ministère en dépit d’un récent rapport officiel 2.  On indique, dans l’entourage de la ministre que de nouvelles mesures devraient être annoncées lors de la publication des conclusions de l’enquête flash de l’IGAS commandée par Mme Buzyn au lendemain de la révélation de l’affaire du SAMU de Strasbourg. Enquête « flash » diligentée quatre mois après les faits. La ministre songera-t-elle, alors, à féliciter le travail de l’Heb’di, lanceur d’alerte alsacien ?

A demain

1 « Quelles leçons tirer de la défaillance tragique du Samu de Strasbourg ? » Slate.fr, 11 mai 2018

2 « Rapport d’information sur la situation des urgences hospitalières, en liaison avec l’organisation de la permanence des soins » Commission des affaires sociales du Sénat, juillet 2017

Stupéfiants : que veut exactement nous dire Edouard Philippe, Premier ministre?

 

Bonjour

L’interview – l’entretien – est un genre journalistique délicat. Longtemps codifié il se réduit souvent aujourd’hui à savoir qui l’emportera, de l’invité honoré ou du représentant des médias. Dernier exemple en date (déjà mémorable) : Laurent Wauquiez, ancien brillant normalien face à Ruth Elkrief (BFMTV).

Dans un genre plus calme : Edouard Philippe, Premier ministre, amateur de Louis-Ferdinand Céline, interrogé en exclusivité par Le Quotidien du Médecin. Extraits :

« Q.d.M. : Le gouvernement penche pour la contraventionnalisation de l’usage du cannabis. Cela signifie-t-il que le débat sur la dépénalisation est clos ? 

E.P. : Le gouvernement n’est pas favorable à la dépénalisation de l’usage des produits stupéfiants dont fait partie le cannabis. Par contre nous considérons que la prison n’est pas la réponse adaptée. Il nous faut également mettre l’accent sur la prévention avant tout chez les plus jeunes. »

On en restera là. Langue de bois ou piste à décrypter, la « dépénalisation » annoncée incluant le cannabis et les autres produits stupéfiants ?

Le tabac après le cannabis

« Q.d.M. : Après avoir lancé le plan « déserts médicaux » en octobre, vous êtes intervenu le 13 février pour annoncer un plan de transformation du système de santé. Cette implication personnelle signifie-t-elle que la réforme de la santé est une priorité pour le gouvernement ? Votre initiative ne risque-t-elle pas de réduire le leadership d’Agnès Buzyn sur ce dossier ?

E.P. : C’est mal me connaître. Agnès Buzyn a toute ma confiance et elle est aux avant-postes de cette réforme. Mon implication signifie que la santé est au cœur des priorités du gouvernement.

« Notre pays a la chance d’avoir un système de santé doté de professionnels de très grande valeur qui nous permet d’avoir l’une des meilleures espérances de vie au monde. Mais ce système n’est pas parfait, quand on voit par exemple la trop faible place de la prévention ou les difficultés d’accès aux soins que rencontrent certains de nos concitoyens. Il est donc essentiel de le transformer en profondeur en faisant évoluer les organisations, en ville comme à l’hôpital.

« C’est la mission d’Agnès Buzyn, qui a déjà en quelques mois su prendre plusieurs décisions courageuses, comme sur les vaccins ou sur le tabac. »

Plus généralement le Premier ministre estime que La République en Marche et son gouvernement « n’avanceront pas sans les médecins ». Laurent Wauquiez, lui, s’affiche comme une cible et dénonce ce qu’il qualifie de « cirque médiatique ». « Son plan média continue à parfaitement se dérouler, résume Slate.fr. Invité chez Ruth Elkrief pour dire sa vérité, il n’a en fait rien dit, ou rien dit de nouveau, énonçant son ‘’bullshit médiatique’’ avec brio. »

Comment traduit-on bullshit en français d’aujourd’hui ? Quant au cannabis, le pouvoir exécutif donnera-t-il un entretien pour nous en dire plus : que fera-t-il, concrètement entre son refus de la dépénalisation, son refus de la prison et son intérêt pour la prévention ?

A demain

 

 

 

Tabac : il faudra cent millions d’euros pour détruire les derniers paquets avec logos

Bonjour

C’est une information de BFM-TV (Matthieu Pechberty). C’est aussi une nouvelle démonstration de l’incurie dans le champ de la politique du tabac. Interdits à la vente depuis l’instauration du paquet neutre, quinze millions d’anciens paquets de cigarettes (avec logos) ont été renvoyés par les buralistes aux services de l’Etat. Que croyez-vous qu’il arriva ?

En août 2016, le ministère du Budget avait promis que les paquets non-vendus au 1er janvier 2017 seraient remboursés, rappelle BFM-TV.  Une souplesse (inhabituelle) de la réglementation qui avait été confirmée dans un autre courrier du 19 décembre dernier. Conséquence : les 26.000 buralistes français ont retourné leurs invendus. Entre la fin janvier et la fin février, Logista (qui détient le monopole de distribution en France) a reçu 250 tonnes de tabac (paquets, tabac à rouler, cigarillos…). Soit l’équivalent de plus de 15 millions de paquets de cigarettes et une valeur de près de cent millions d’euros. Faute d’être écoulés les stocks furent réceptionnés – avant, dit-on, d’être mis sur un bûcher.

Produits non conformes

« Mais entre temps, Bercy a modifié les règles de remboursement, révèle BFM-TV. Dans une lettre datée du 20 janvier, les Douanes imposent que tous les paquets soient identifiés avec leur date de livraison. Une condition impossible à remplir pour Logista qui fait l’intermédiaire entre les buralistes et l’administration. Craignant que Bercy ne règle la facture, Logista a bloqué les paiements aux buralistes depuis quelques semaines. La note par bureau de tabac représente en moyenne 3000 euros, mais les plus gros débitants ont renvoyé pour quelques dizaines de milliers d’euros de marchandise. »

Aujourd’hui les obstacles viennent d’être levés. « Nous venons d’apprendre que la Direction de la Douane vient de donner instruction à Logista pour que ces remboursements puissent être effectués, vient de faire savoir le site des buralistes. Il faut dire que les modalités de remboursement des produits non-conformes correspondent à une tâche vraiment atypique tant pour l’administration que pour la Comptabilité publique. Et les derniers problèmes administratifs et comptables – jamais prévus par le ministère de la Santé quand il a institué le paquet neutre – viennent seulement d’être levés. »

Cent millions d’euros.  Cent millions d’euros carbonisés.

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Grippe : dramatisation politique de la situation ou situation épidémiologique dramatique ?

 

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Cette information mandée en urgence depuis la Présidence de la République : un additif à l’agenda du Président pour le jeudi 12 janvier 2017, 9 heures :

« Réunion ministérielle sur l’épidémie de grippe en présence de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP et Christophe Devys, directeur général de l’ARS Ile de France »

Puis ce complément :

« Nous vous prions de noter que Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, fera une déclaration presse dans la cour de l’Elysée à l’issue de la réunion. Comme indiqué ci-dessous, la cour de l’Elysée sera ouverte à partir de 9h05. Accréditations auprès du service de presse de la Présidence de la République. »

Et puis encore, s’inscrivant dans la dynamique jacobine observée ce matin, la précision prophétique de Mme Touraine annonçant que le bilan de l’épidémie sera « probablement lourd ». « Chaque année, il y a des victimes de la grippe », mais cette année, l’épidémie est « particulièrement intense » et le nombre de personnes malades « particulièrement important », a redit la ministre. C’était lors d’un nouveau point de presse sur cette épidémie, qui devrait atteindre son pic la semaine prochaine. Que dira-t-elle de plus demain dans la cour du Palais de l’Elysée ?

Soignants et soignés

Des chiffres ? Le nombre de personnes qui ont consulté leur médecin pour des « symptômes grippaux » a atteint 395 pour 100.000 habitants la semaine dernière (contre 326 la semaine précédente).  En revanche le nombre de passages aux urgences associés à cette infection virale commence à diminuer de même que les hospitalisations. Dès lors où est l’urgence ? « L’enjeu, c’est de garantir qu’il y a des lits d’hospitalisation disponibles » explique la ministre. « Toute personne qui a besoin d’être soignée l’est » a-t-elle certifié lors des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Le contraire serait troublant.

On recense 142 hôpitaux (sur les 850 du pays) qui se sont déclarés « établissement de santé en tension » un dispositif qui permet notamment de déprogrammer des soins et des opérations non urgentes. Certains établissements ont déjà utilisé cette dernière possibilité, mais Marisol Touraine vient de les pousser à faire davantage « si nécessaire ». L’était-ce ? La ministre de la Santé a aussi invité les médecins libéraux à traiter le plus possible les malades « à leur cabinet ou au domicile », pour éviter d’augmenter le nombre des hospitalisations. Ne le faisait-ils pas ?

François Fillon et François Hollande

A ce stade les nuages politiques arrivent immanquablement dans le ciel médiatique. « On a fermé trop de lits au cours des vingt dernières années, notamment des lits conventionnels qui pouvaient accueillir des patients des urgences en cas de besoin » a redit, BFMTV, le Dr Patrick Pelloux. Urgentiste et syndicaliste le Dr Pelloux, ancien de Charlie Hebdo, est un proche de François Hollande. Il appelle aujourd’hui à une « politique de réouverture de lits d’hôpitaux ». Le président de la République l’entend-il ?

A l’autre extrémité du spectre : le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et député européen (Les Républicains). Il a déclaré, sur RTL : « La grippe, c’est tous les ans, et tous les ans nous connaissons cette situation d’engorgement, et pourtant rien ne change ». François Fillon comprend-il ?

Rien ne change ? Selon Santé publique France, depuis le 1er novembre, cinquante-deux personnes sont décédées des suites d’une infection grippale dans des services hospitaliers de réanimation.  L’agence constate par ailleurs une « nette hausse » de la mortalité (toutes causes confondues) sur les deux dernières semaines de 2016. Prudente, elle souligne qu’il est trop tôt pour estimer la part de cette surmortalité liée à la grippe. Pour les chiffres validés, il faudra attendre.

A demain

Rhume, alcoolémies, embolies : où est le dossier médical complet de Michel Polnareff ?

 

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Une seule certitude : le pronostic vital est désengagé. Michel Polareff, annoncé dans un état gravissime a quitté sa chambre de l’American Hospital of Paris le 16 décembre. Il se cache depuis dans la suite d’un palace de la région parisienne où le JDD l’a retrouvé (Renaud Revel). Le journal dominical fait son miel de cette affaire médicale.  Il y  une semaine il révélait la complexité du dossier. Aujourd’hui il apporte de nouveaux éléments qui ne peuvent pas ne pas troubler. Résumé en trois points.

1 L’ordinateur du van Mercedes utilisé par Michel Polnareff confirme que le samedi 3 décembre le véhicule a quitté le très chic hôtel Peninsula (19 avenue Kléber) à 14h 52 pour atteindre l’Hôpital Américain (Neuilly) à 15h05. Or des sites d’information évoquaient la maladie de la star et le diagnostic de son médecin dès 14h55. Peut-on poser un diagnostic d’embolie pulmonaire bilatérale avant l’examen approfondi du malade ? Si oui, comment ? Et, peut-on en faire publiquement état ? Le corps d’une star est-il du domaine public ?

2 L’exemplaire du dossier médical du chanteur transmis au producteur Gilbert Coullier, à sa demande, est (selon le JDD) « incomplet » : aucune IRM ni angiographie, aucun scanner thoracique ni radio pulmonaire (seuls examens susceptibles d’attester l’existence d’une embolie) n’ont été versés à ce dossier. Dans quelles conditions peut-on transmettre un dossier médical au producteur d’une star âgée de 72 ans ? Qui, dans le cas d’une hospitalisation à l’Américain, est habilité à effectuer une telle transmission ? Que pourra, confronté à ces interrogations, nous enseigner le Conseil de l’Ordre des Médecins ?

3 Le JDD évoque, une nouvelle fois et sans fards, l’appétence qu’aurait la star pour les boissons alcooliques, cocktails de palaces ou, dernièrement, vins de Champagne – et ce « dans une attitude peu conforme à la description inquiétante livrée par son entourage ».

Et maintenant ? « On peut considérer qu’il est guéri, mais il reste en mauvais état » a déclaré sur BFMTV le désormais célèbre Dr Philippe Siou, l’un de ses médecins personnels. Il n’est pas totalement remis. Il est parti en convalescence pour plusieurs semaines. » « Guéri » de quoi ? Quel est ce « mauvais état » ? Où est le dossier médical complet ? Quand la star sera-t-elle vraiment hors de tous les dangers ?

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Un seul burkini et cinq suicides d’infirmiers. Marisol Touraine accusée de manquer d’empathie

 

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La fin approche, les coutures craquent. Emmanuel Macron nage sur d’autres plages. Les temps deviennent difficiles pour les membres du gouvernement.

Vieil hebdomadaire de gauche L’Obs ajoute parfois méchamment au malaise ambiant. Le sait-il ? Mesure-t-il les dégâts qu’il pourrait provoquer ? Ainsi, sur son site, cette lettre cruelle à une ministre restée proche du président de la République : « Marisol, encore combien de suicides d’infirmiers pour que tu daignes t’exprimer ? ». Elle est signée « Charline, infirmière libérale ».

Supplique connectée

L’anonymat, une nouvelle fois, autorise tous les tutoiements, tous les excès, toutes les outrances. Passons. Et lisons comme on lirait un cahier de doléances. Une supplique de la France d’en bas à celles et ceux qui ont tout, l’argent et le pouvoir démocratiquement attribué. Une supplique connectée. Extraits

« Je viens de passer sur ton compte Twitter et tu sembles toute peinée du décès de Sonia Rykiel. C’est vrai que c’était une chouette nana, qui a sacrément œuvré pour la mode en France et j’aurais vraiment adoré qu’elle fasse quelque chose pour nos blouses blanches mal taillées et pour ce code barre ingrat qu’ils persistent à nous coller sur le haut de nos pantalons à l’élastique trop serré. Mais Madame Rykiel avait d’autres préoccupations dans son milieu de la mode, un peu comme toi, dans ton ministère.

 « 13 juin, 24 juin, 5 juillet23 juillet, 13 août. Ce ne sont pas les dates de sortie de Pokémon Go, celle de la détérioration des baies vitrées de l’hôpital Necker ou encore celle de l’arrivée sur nos plages du burkini qui avaient réveillé chez toi un réel intérêt, non. À ces dates, cinq infirmiers se sont « simplement » donné la mort, trois fois rien. 

 Je dis « simplement » parce que ça ne t’a vraisemblablement pas touchée, enfin pas au point d’en faire un tweet, en tout cas. Ils se sont suicidés parce que leurs conditions de travail étaient telles qu’il leur était devenu inenvisageable de continuer de soigner, et de vivre. Et ils en sont morts, cinq fois cet été. Cinq morts, Marisol. Ils ne s’appelaient pas Sonia, on ne connait d’ailleurs pas leur prénom, c’était simplement des soignants, des blouses blanches mal taillées. »

Une peine sans écho ministériel

Charline ne supporte pas cette distorsion dans la communication ministérielle. Une ministre prise depuis bientôt cinq ans au piège du communiqué de presse à tout va, de l’omniprésence sur tous les supports, du nivellement médiatique.  Comment ne pas s’y brûler ?

« Pas un mot, ou deux, ou trois, pour exprimer une peine qui ferait écho à la nôtre… écrit encore cette infirmière du Tiers état. Combien faudra-t-il de morts Marisol ? Combien d’infirmiers vont se suicider avant que tu trouves opportun de t’exprimer enfin ? Alors oui, Sonia Rykiel est morte et j’en suis navrée, crois moi… Mais pourquoi son décès mériterait quelques caractères sur Twitter alors que tu persistes à conserver le silence face à la mort de tes soignants ? J’ai finis par me dire qu’il faudrait mieux être une baie vitrée qu’une infirmière, un Pokémon 1 plutôt qu’un soignant ou que je ferais mieux de me balader en burkini sur une plage pour réussir à attirer ton attention. »

Et Charline de dire sa peine. Sa peine d’imaginer que la ministre de la Santé puisse ne pas en avoir quand elle apprend que des infirmiers se sont suicidés.

A demain

1 Marisol Touraine avait, fin juillet, « félicité les joueurs de Pokémon Go qui « sortent » et « marchent » (BFMTV)

 

 

Incroyable : dans l’affaire de la Dépakine®, seul Sanofi peut démontrer qu’il est irréprochable

 

Bonjour

Tour d’ivoire. Le temps passe, Big Pharma ne change pas : irréprochable, intouchable, imperturbable.  Démonstration avec l’affaire de la Dépakine®  Le Dr Pascal Michon, directeur médical et porte-parole de Sanofi S’exprimant sur France Info, le Dr Pascal Michon, directeur médical et porte-parole de Sanofi assure que les « informations nécessaires » sur les risques encourus par une femme enceinte traitée à la Dépakine® avait été « communiquée aux autorités de santé ». Au même instant, sur Europe 1, le directeur général de l’ANSM, Dominique Martin, reconnaît qu’il y a eu « insuffisance d’information ». Cherchez l’erreur.

Résumons l’essentiel du dossier. La Dépakine® (valproate de sodium) est commercialisé en France par la multinationale Sanofi depuis 1967. C’est un médicament dont personne ne conteste l’efficacité. Un médicament dont on sait qu’il est, en dépit de ses possibles effets secondaires, indispensable dans certanes situations pathologiques. Cet antiépileptique est aujourd’hui également prescrit chez les personnes souffrant de troubles bipolaires (maladie maniaco-dépressive).

Lien de causalité

C’est dès le début des années 1980 que certains spécialistes ont commencé à suspecter que ce médicament pouvait être à l’origine de malformations congénitales (anomalies de fermeture du tube neural –spina bifida), dès lors qu’il est prescrit chez des femmes enceintes souffrant de maladies épileptiques.

Plus récemment, au début des années 2000, on a observé une augmentation du risque de retards du développement et de troubles du spectre autistique chez certains des enfants qui avaient, in utero, été exposés à ce médicament. La confirmation du lien de causalité et la prise de conscience n’ont toutefois été que progressives. La dernière alerte actualisée de l’ANSM sur ce sujet date de mai 2015. Parallèlement, l’administration sanitaire centrale avait sans trop tarder pris la mesure du sujet –grâce, notamment, à l’activité déployée par l’association APESAC (Aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anti-convulsivant). Sanofi, alors, gardait le silence.

« Toujours dans nôtre rôle »

L’affaire rebondit aujourd’hui avec la publication de l’étude menée par l’ANSM et la Caisse nationale de l’assurance maladie établissant que plus de 14 000 femmes enceintes ont été exposées au valproate de sodium, entre 2007 et 2014. Ecoutons le Dr Michon :

« Depuis plus de trente ans figure, dans les documents d’information à destination des médecins et des patients, le risque concernant les malformations congénitales et depuis plus de 10 ans figure le risque concernant les retards de développement. Sanofi a toujours pro activement donné les informations nécessaires aux autorités de santé. Une autorité qui doit valider et accepter ou non les propositions que nous faisons afin de les diffuser aux différentes parties prenantes, médecins, pharmaciens et patients. Nous avons toujours été dans notre rôle et dans notre mission. »

Femmes informées

Ce n’est pas la première fois que le porte-parole et directeur médical de Sanofi s’exprime ainsi. On peut le voir ici ne pas répondre véritablement aux questions qui lui sont posées en mai 2015 sur BFM-TV. Nous sommes là aux frontières du manquement à la confraternité. C’est un document remarquable. Il permet, en trois minutes, de comprendre la logique en ivoire de l’industrie pharmaceutique.  Sanofi à toujours donné aux autorités de santé les informations sanitaires nécessaires dont il avait connaissance concernant son médicament.

« Depuis plus de trente ans les documents d’information à destination des professionnels de santé mentionnent clairement les effets indésirables, y compris les risques pendant la grossesse, y compris le risque tératogène, risque de malformations pour le fœtus » explique Sanofi.  Et depuis plus de trente ans les femmes concernées (en cas de « désir de grossesse ») sont informées de ces risques via la notice d’information présente dans chaque boîte de Dépakine®.

Résumons encore : Sanofi a, en temps et en heure, informé comme il convenait les autorités de santé, les prescripteurs et les femmes concernées des risques inhérents à la prise de Dépakine®. Qui pourrait, aujourd’hui soutenir le contraire ? Sanofi n’est en rien concerné par la désinformation des patientes, l’insouciance des prescripteurs, les failles de la pharmacovigilance. Sanofi ne connaissait rien des volumes des ventes de Dépakine® ; ne disposait d’aucun réseau de visiteurs médicaux pour rappeler les règles du bon usage de sa spécialité auprès des prescripteurs ;  ne pouvait en aucune façon se sentir éthiquement concerné par les risques majeurs inhérents à ce médicament ;  n’a jamais songé à améliorer la visibilité du risque tératogène.

Transparence et tour d’ivoire

Nous sommes en 2016. Près d’un demi-siècle de commercialisation, Plus de trente ans d’inquiétudes, de soupçons.  Comme elle s’y était engagée, Marisol Touraine a confirmé la mise en place d’un dispositif d’indemnisation pour les victimes, qui sera voté au Parlement d’ici la fin de l’année. Le gouvernement explqiue entre les lignes qu’il fera pression sur Sanofi  pour que la multinationale  participe activement aux indemnisations.

Sur France Info, le Dr Pascal Michon assure que les laboratoires Sanofi sont à la disposition de la mission d’expertise juridique du ministère. « Bien sûr nous répondrons à cette invitation comme nous le faisons à chaque fois que nous sommes sollicités dans le cadre d’une expertise, dit-il. Nous répondrons en toute transparence aux questions qui nous sont posées ». Transparence:  le Dr Michon a refusé de préciser si la multinationale Sanofi seraient prêts à participer à une indemnisation des victimes.

Tour d’ivoire. Le temps passe, Big Pharma ne change pas.«Toujours dans son rôle et sa mission. »

A demain.