Agnès Buzyn : elle n’a jamais été aussi proche que maintenant d’un départ du gouvernement

Bonjour

La rumeur parisienne enfle. Hier encore elle n’y « réfléchissais même pas ». Interrogée sur RTL sur son départ imminent du gouvernement pour participer comme tête de liste aux élections européennes elle répond  : « Emmanuel Macron ne me l’a pas demandé. J’ai de très belles lois à porter. Les noms qui circulent dans la presse sont des spéculations. Je n’y réfléchis même pas. »

Aujourd’hui tout se précipite, comme en témoigne Le Figaro (Marcelo Wesfreid) : « Européennes: malgré de nombreux dossiers en cours, Agnès Buzyn tentée par une candidature ». « Pour beaucoup, ce n’est déjà plus une hypothèse, écrit le quotidien. Mais une certitude. ‘’Sa candidature comme tête de liste pour les européennes est fortement probable», confie un cadre de La République en marche. Agnès Buzyn a d’ailleurs rencontré le directeur de campagne Stéphane Séjourné, la semaine dernière. »

« Elle ferait une excellente tête de liste, a rajouté la garde des Sceaux Nicole Belloubet sur BFMTV. Elle a à la fois le charisme et la volonté.» «Elle est très appréciée, tant au parti qu’au groupe, et incarne le renouvellement et la société civile», souligne la porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé. Cette piste semble tenir la corde par rapport à un autre scénario, qui a également circulé: la candidature de la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau.

Et Le Figaro de préciser, comme d’autres, que la  «Mme Santé» du gouvernement cache de moins en moins bien son intérêt pour ce « changement de carrière ». Se présentant en privé (et de plus en plus en public) comme une «combattante», la ministre de la Santé parlerait du Vieux Continent avec « lyrisme ». Elle oserait comparer la construction européenne à une « cathédrale du futur », patiemment érigée, survivant à ses bâtisseurs. Et dans le même temps elle l’assure: Emmanuel Macron ne lui aurait rien demandé.

Sortir de son champ de compétences et « parler de tout »

« Ex-belle-fille de Simone Veil, fille et petite-fille de déportés à Auschwitz, Agnès Buzyn porte en elle les stigmates de l’histoire tragique du XXe siècle, écrit Le Figaro. Son entrée en lice, pour le scrutin de mai, rebattrait les cartes au gouvernement. ‘’Un remaniement pourrait intervenir en avril’’, croit savoir un macroniste historique. Sans attendre, les spéculations vont bon train. Le nom de Nicolas Revel circule d’ores et déjà pour occuper son fauteuil. Directeur de la Caisse nationale de l’assurance-maladie, c’est surtout un proche d’Emmanuel Macron (tous deux furent secrétaire général adjoint à l’Élysée, au début du quinquennat Hollande). »

La tentation sera-t-elle à ce point forte qu’elle abandonnerait ses « belles lois » qu’elle se disait heureuse de porter ?  A commencer par celle qui vise à refonder notre système de santé ? Sans oublier la révision de la loi de bioéthique et celle de la réforme des retraites. Mais il semble bien Agnès Buzyn entend quitter au plus vite sa casquette  d’experte pour entrer de plain-pied dans le grand et rutilant univers de la politique. Mais après vingt mois au pouvoir, elle se sent armée pour sauter le pas.

« J’en ai marre qu’on me cantonne uniquement à mon champ de compétences Je veux bien parler tous les jours de la grippe et des urgences mais je suis engagée sur tous les  sujet, déclarait-elle le 10 février dernier.  On a besoin d’un récit collectif. Je veux pouvoir m’autoriser à parler de tout. » Elle disait encore souhaiter, désormais, « faire de la politique et [se] lâcher » (sic). Est-ce dire que faire de la politique c’est, consubstantiellement, sortir de son champ de compétences ? Et si oui à quelles fins ?

A demain

@jynau

 

 

 

 

Non, Emmanuel Macron n’a toujours pas demandé à Agnès Buzyn de quitter le ministère de la Santé

Bonjour

Ainsi donc les leçons données par la maire Martine Aubry aux ministres de la Justice et de la Santé ont-elles porté. Et Gilles Le Gendre, patron des députés macroniens qui jugeait que la presse ne devait pas s’y intéresser n’aura guère été écouté. Plusieurs représentants du gouvernement ont pris la chose très au sérieux.

C’est d’abord Nicole Belloubet qui est revenue sur cette séquence de savoir-vivre républicain. Lundi 26 février la ministre de la Justice a indiqué qu’elle ne voulait «pas polémiquer» avec Martine Aubry. «J’ai trop de respect pour les élus, en particulier pour elle, au regard du travail qu’elle a fait pour notre pays», a-t-elle déclaré à BFM TV, en assurant que la maire de Lille avait été prévenue «et qu’elle avait même fait savoir qu’elle viendrait».

Puis, le même jour, Gabriel Attal, jeune secrétaire d’État à la Jeunesse. «On a le droit d’être un peu agacé si un mail est parti trop tard, mais je pense qu’il faut aussi être un peu mesuré de temps en temps», a-t-il déclaré sur Europe 1. Et, sans élégance, de regretter le «côté madame ronchonne et toujours à se plaindre» de Martine Aubry. Puis, non sans mesquinerie : «Est-ce qu’on l’a entendu se réjouir lorsque la mairie de Lille a vu sa dotation de l’Etat augmenter d’un million d’euros en 2018, d’un million d’euros en 2019 alors qu’elle n’a pas arrêté de baisser sous François Hollande?».

« Hijab de course » français

 Aujourd’hui c’est Agnès Buzyn qui, sur RTL (Elisabeth Martichoux), monte au front et dégaine :

« Nous avons vérifié. Evidemment elle avait été prévenue une semaine avant. Je suis triste que cet événement … enfin cet incident … n’ait pas permis de parler du sujet de la visite avec l’ouverture d’un centre de recherche dédié à la prise en charge des victimes de psycho-traumatismes, victimes d’attentats, victimes de violences sexuelles ou victime d’événements traumatiques. (…) »

Et , sur la-première-radio-de-France, la ministre des Solidarités et de la Santé d’être interrogée au-delà de son champ ministériel de compétence.

. Sur les prochaines élections européennes, va -t-on rejouer le duel Macron-Le Pen de la présidentielle de 2017 ? Réponse : « Possiblement mais les enjeux ne sont pas les mêmes. »

. Sur la firme Décathlon qui va commercialiser un « hijab de course » : « C’est légal mais c’est une vision de la femme que je ne partage pas. J’aurais préféré qu’une marque française ne promeuve pas le voile. »

. Sur son départ imminent du gouvernement pour participer comme tête de liste aux élections européennes : « Emmanuel Macron ne me l’a pas demandé. J’ai de très belles lois à porter. Les noms qui circulent dans la presse sont des spéculations. Je n’y réfléchis même pas. »

. Sur Marine Le Pen qui aurait ou non porté plainte contre elle après ses récentes déclarations :« Je ne veux pas polémiquer. Je ne pense pas que Mme Le Pen elle-même ait des choses à se reprocher sur l’antisémitisme, je ne le sais pas. En tout cas elle n’a jamais prononcé de mots, de dérapages, comme son père (…) J’avais en tête des photos. »

Oxygéner le monde hospitalier 

Enfin, retour dans le « champ de compétences » : « pour la première fois, nous allons augmenter les tarifs hospitaliers ». Une « décision historique ».  Ces tarifs vont augmenter de 0,5%. « Cela va aboutir à 250 millions d’euros supplémentaires pour l’activité de médecine de chirurgie et obstétrique et de 100 millions supplémentaires sur la psychiatrie. Au total, cette année l’hôpital verra son budget passer de 80 milliards d’euros à 82 milliards d’euros ».

Cette somme va « arrêter de mettre une pression sur les professionnels (…) Cet étau permanent sur l’hôpital va pouvoir être desserré cette année. C’est une façon de reconnaître les efforts qui ont été faits à l’hôpital pour améliorer la rentabilité et de commencer cette transformation du système de santé en réorganisant la médecine de ville et en permettant aux hôpitaux de se restructurer ».

De belles lois à porter. L’Europe ? Ne pas y penser.

A demain

@jynau

1 Marine Le Pen a annoncé dimanche 17 février son intention de poursuivre Agnès Buzyn en justice après les propos de la ministre de la Santé à son encontre, qu’elle juge « injurieux ». Peu de temps avant, sur LCI, la ministre de la Santé avait indiqué : « Elle (Marine Le Pen) est contre l’antisémitisme, mais elle a plein de néo-nazis dans son entourage » et « dès qu’elle peut aller en Autriche ou à Bruxelles rejoindre les néo-nazis et mouvements d’extrême droite d’Europe et du monde entier, elle y court ». Et de conclure : « Elle mange à tous les râteliers. C’est ce que j’ai à dire aujourd’hui ».

«L’incendiaire : alcoolisée avec des antécédents psychiatriques» Dix morts, trente-trois blessés.

Bonjour

Moins de vingt-quatre heures après le drame et, déjà, les questions de fond. Des questions relatives à l’état de la psychiatrie en France, à la qualité de la prise en charge de malades mentaux, au rôle joué par l’alcool dans ce tragique incendie survenu dans la nuit du 4 au 5 février au 17 bis, rue Erlanger, à deux pas de la porte d’Auteuil dans un immeuble moderne du 16e arrondissement de Paris. Dix morts, trente-trois blessés, dont huit pompiers et un incendie « d’origine criminelle ». Ouverture d’une enquête pour « destruction volontaire par incendie ayant entraîné la mort ».

Tout va très vite. D’abord l’interpellation, durant la nuit et non loin de l’incendie, d’une habitante de l’immeuble aussitôt placée en garde à vue. Cette femme âgée de 40 ans essayait apparemment de mettre le feu à une voiture et à une poubelle. A l’issue d’un examen médical et d’un examen de comportement, elle a été placée à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police – garde à vue levée en fin de journée.

« Elle présente des antécédents psychiatriques », a précisé Rémy Heitz, procureur de la République de Paris. En conflit récurrent avec l’un de ses voisins, pompier, cette habitante de l’immeuble s’était disputée avec lui dans la soirée. La police s’était alors déplacée pour « un trouble de voisinage ». Le Parisien a recueilli le témoignage du voisin :

« Nous étions dérangés par ma voisine qui avait mis la musique très fort chez elle. […] Hier soir [lundi soir] ma compagne est allée frapper à sa porte, et elle s’est fait insulter. Je suis pompier professionnel à la BSPP [Brigade des sapeurs-pompiers de Paris] et c’est pour ça que j’ai appelé le 17, vers 23 h 50. J’ai attendu quarante minutes pour m’entendre dire que ce n’était pas une situation d’urgence. […] Les policiers m’ont dit de partir. Je suis sorti avec ma compagne, je voulais passer la nuit ailleurs. J’ai cru que les policiers l’avaient embarquée donc nous sommes revenus. Mais je suis tombée nez à nez avec ma voisine dans les escaliers. Les policiers étaient repartis. Après leur départ, ma voisine a essayé de défoncer ma fenêtre et ma porte pour se venger. Un voisin m’a expliqué qu’il y avait du papier devant ma porte avec du bois. Elle a dû mettre le feu chez moi pour se venger. Quand je l’ai croisée, elle m’a souhaité bon courage en me disant que j’étais pompier, et que j’aimais bien les flammes. Là, je sens l’odeur de brûlé. »

Deux témoins interrogés par BFMTV ont raconté avoir entendu dans la soirée une altercation entre la suspecte et un jeune homme. Ce dernier, qui habitait au deuxième étage, se plaignait de la musique trop forte qui émanait de l’appartement de sa voisine et cognait contre sa porte. Celle-ci lui aurait alors répondu: «Toute manière, tu es un pompier, je vais mettre le feu». «Elle hurlait, lui hurlait pour qu’elle arrête (de frapper contre la porte). Elle hurlait, elle a jeté des choses par la fenêtre, elle a jeté des assiettes».

Plusieurs hospitalisations à Sainte-Anne

Ce ne sera  qu’après 6 h 30 du matin, à l’issue de plus de cinq heures d’intervention, que les pompiers finissent par maîtriser le feu. « La France se réveille dans l’émotion »,  tweetera alors le président de la République tandis que le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, saluait, sur les lieux du sinistre, « l’immense mobilisation des sapeurs-pompiers ».

Moins de vingt-quatre heures après le drame les médias généralistes enquêtent sur le passé psychiatrique de cette femme, ses antécédents, ses traitements. La chaîne d’information LCI précise qu’elle « avait été hospitalisée plusieurs fois à Sainte-Anne et à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris ». LCI :

« Selon nos informations, la quadragénaire a séjourné en psychiatrie à plusieurs reprises ces dernières années, pour une durée totale de cinq ans. Elle a notamment été internée à l’hôpital Saint-Anne ainsi qu’à l’Institut psychiatrique de la préfecture de police de Paris. Elle est sortie de sa dernière hospitalisation le 23 janvier 2019. 

 « Le juge chargé d’étudier son cas avait alors estimé qu’elle ne présentait plus de danger pour elle ou pour les autres. Elle est donc retournée vivre chez elle, sans aucune mesure coercitive. Entre 2016 et fin 2017, cette quadragénaire avait été visée par trois procédures judiciaires, dont une pour vol dans un magasin qu’elle avait ensuite tenté d’incendier. A chaque fois, ces affaires ont été classées sans suites, notamment en raison d’un « état mental déficient ». 

« Selon nos informations, la suspecte, qui était alcoolisée au moment de son interpellation, a été vue en train d’essayer de mettre le feu à une voiture, puis a enflammé un carton pour incendier une poubelle en face de l’immeuble. Elle aurait ensuite mis le feu au 2e, au 7e et au 8e étages de l’immeuble. » 

Et demain ? Les mêmes médias généralistes ressortiront bientôt les archives récentes du grand mal de la psychiatrie française, de ses invraisemblables restrictions budgétaires, des souffrances de ses soignants et de ses patients, des ravages de l’alcoolisme … On passera, alors, du tragique fait divers au politique. Pour quelles suites ?

A demain

@jynau

 

 

Gilets Jaunes : passé le temps de la jactance, une ferrandinade et pas de carabistouilles

Bonjour

Déclaration  spontanée ou travail de communicants ? Après l’Acte V des Gilets Jaunes voici Richard Ferrand dans un entretien au Journal du Dimanche. Le président de l’Assemblée nationale assure, dit France Info, « le service après-vente des annonces d’Emmanuel Macron ».

Voici Richard Ferrand et, avec lui, un nouveau terme destiné à faire parler, rire ou – une nouvelle fois- énerver.

Face à la colère des Gilets Jaunes « l’engagement du président sera tenu »  assure l’ancien journaliste et socialiste Richard Ferrand . « Il n’y aura pas de carabistouille »  ajoute-t-il, notamment l’augmentation de 100 euros pour tous les salariés au niveau du Smic. « L’enjeu, c’est que la totalité des salariés payés au Smic en bénéficient, bien au-delà de ceux qui touchent la prime d’activité. Crédit d’impôt, baisse des charges salariales… tout est à l’étude, souligne encore ce très proche du chef de l’Etat. Si nécessaire, nous modifierons la première tranche de l’impôt sur le revenu pour que personne ne soit pénalisé. On ne reprendra pas d’une main ce qui aura été donné de l’autre. »

Richard Ferrand aurait aussi pu parler d’entourloupe comme le fit le ministre de la Transition écologique François de Rugy sur BFMTV lors d’un ahurissant  débat (« Sortir de la crise ») avec quatre gilets jaunes. En ces termes : « Comme ça il n’y a pas d’entourloupe. Le président [de la République française] je l’ai eu au téléphone il y a quelques minutes. Il m’a dit: ‘’les gens ont eu l’impression qu’il y avait une entourloupe, qu’on leur disait c’est une suspension mais hop ça reviendra après’ » ».

Raymond Devos

L’entourloupe, on connaît bien en France (plaisanterie, mauvais tour, destiné à prendre avantage sur quelqu’un) – mais la carabistouille ? Richard Ferrand ou ses communicants savent-ils que c’est un belgicisme qui s’emploie surtout au pluriel (cf. H. Baetens Beardsmore, Le Français régional de Bruxelles, 1971, p. 400).

Sans doute eût-il mieux valu parler de calembredaine ou de galéjade. Mais Richard Ferrand use ici d’un mot qu’affectionne le président de la République. Ainsi Emmanuel Macron l’avait-il  utilisé (au pluriel) lorsqu’il était, en avril dernier, invité sur le plateau de Jean-Pierre Pernaut, «pour répondre aux questions que les Français se posent» :  « Il ne faut pas raconter de carabistouilles à nos concitoyens ». Le Figaro avait alors enquêté :

« Il serait dérivé de la contraction de deux termes ‘’cara’’, dont l’origine demeure obscure, et ‘’bistouille’’, c’est-à-dire le ‘’mauvais alcool’’. Un mot dont le suffixe ‘’-ouille’’ indique un usage dans le langage argotique, voire populaire.

Bien qu’aussi mystérieux que son confrère ‘’cara’’, le CNRTL tente une explication des racines du mot. Selon le dictionnaire, ‘’bistouille’’, né d’un dialecte du Nord à l’aube du XXe siècle serait probablement dérivé du préfixe ‘’bis’’ et du verbe ‘’touiller’’. »

 Mais Richard Ferrand ne s’arrête pas là. Concernant la suite du mouvement des « gilets jaunes », le président de l’Assemblée nationale dit respecter la liberté de manifester. Il ajoute toutefois : « Mais à force de rester sur les ronds-points on tourne en rond. » Ce qui n’est pas sans faire songer à un célèbre sketch de Raymond Devos centré sur le sens giratoire. Et qui pourrait conduire à l’éclosion d’un néologisme, dans l’ombre de la raffarinade, une ferrandinade ?

A demain

@jynau

 

 

Gilets Jaunes: face à la Nation, Emmanuel Macron, dix milliards et un mea culpa a minima

Bonjour

10 décembre 2018. Ci-dessous, depuis les ors du Palais de L’Elysée : « Adresse du Président de la République Emmanuel Macron à la Nation » 1. Un document à lire. Et à commenter. Avec, en ligne de lire, la question du pouvoir d’achat et du mea culpa : « Aveu contrit d’une faute que l’on a commise, d’une erreur que l’on a faite ». D’autres préfère la métaphore  de l’homme qui mange son chapeau.

« L’on peut d’abord s’attacher à l’image. À la forme. Relever ce ton doux et posé, ce regard bienveillant et légèrement humide. S’étonner de la curieuse présence, sur le bureau présidentiel, de bibelots dorés, au moment où la France des ronds-points lui reproche d’être isolé sous les ors de l’Élysée, écrit Frédéric Says sur Slate.fr. (« Emmanuel Macron face aux ‘’gilets jaunes’’: le jour sans fin »). L’on peut voir un paradoxe, aussi, dans le vecteur de communication choisi. Au moment où Emmanuel Macron promet une décision «décentralisée», il parle depuis Paris. »

Ensuite le désaveu de nombre de ses ministres avec un train de décisions économiques – décisions qui représentent un coût de 8 à 10 milliards d’euros pour les finances publiques, a calculé sur BFMTV Olivier Dussopt, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Action et des comptes publics.

Pour l’heure, sur les chaînes d’information en continu, critiques acerbes en boucle et soutiens gouvernementaux embarrassés. Boulevard pour les ronds-points occupés. A l’évidence, pour reprendre l’étrange formule de Benjamin Griveaux porte-parole du gouvernement, on peut raisonnablement douter que le président de la République ait su « retrouver le chemin du cœur des Français ».

A demain

@jynau

1 « Françaises, Français, nous voilà ensemble au rendez-vous de notre pays et de notre avenir. Les événements de ces dernières semaines dans l’Hexagone et outremer ont profondément troublé la Nation. Ils ont mêlé des revendications légitimes et un enchaînement de violences inadmissibles et je veux vous le dire d’emblée : ces violences ne bénéficieront d’aucune indulgence.

Nous avons tous vu le jeu des opportunistes qui ont essayé de profiter des colères sincères pour les dévoyer. Nous avons tous vu les irresponsables politiques dont le seul projet était de bousculer la République, cherchant le désordre et l’anarchie. Aucune colère ne justifie qu’on s’attaque à un policier, à un gendarme, qu’on dégrade un commerce ou des bâtiments publics. Notre liberté n’existe que parce que chacun peut exprimer ses opinions, que d’autres peuvent ne pas les partager sans que personne n’ait à avoir peur de ces désaccords.

Quand la violence se déchaîne, la liberté cesse. C’est donc désormais le calme et l’ordre républicain qui doivent régner. Nous y mettrons tous les moyens car rien ne se construira de durable tant qu’on aura des craintes pour la paix civile. J’ai donné en ce sens au gouvernement les instructions les plus rigoureuses.

Mais au début de tout cela, je n’oublie pas qu’il y a une colère, une indignation et cette indignation, beaucoup d’entre nous, beaucoup de Français peuvent la partager et celle-là, je ne veux pas la réduire aux comportements inacceptables que je viens de dénoncer. 

Ce fut d’abord la colère contre une taxe et le Premier ministre a apporté une réponse en annulant et en supprimant toutes les augmentations prévues pour le début d’année prochaine mais cette colère est plus profonde, je la ressens comme juste à bien des égards. Elle peut être notre chance. 

C’est celle du couple de salariés qui ne finit pas le mois et se lève chaque jour tôt et revient tard pour aller travailler loin. 

C’est celle de la mère de famille célibataire, veuve ou divorcée, qui ne vit même plus, qui n’a pas les moyens de faire garder les enfants et d’améliorer ses fins de mois et n’a plus d’espoir. Je les ai vues, ces femmes de courage pour la première fois disant cette détresse sur tant de ronds-points !

C’est celle des retraités modestes qui ont contribué toute leur vie et souvent aident à la fois parents et enfants et ne s’en sortent pas.

C’est celle des plus fragiles, des personnes en situation de handicap dont la place dans la société n’est pas encore assez reconnue. Leur détresse ne date pas d’hier mais nous avions fini lâchement par nous y habituer et au fond, tout se passait comme s’ils étaient oubliés, effacés. 

Ce sont quarante années de malaise qui ressurgissent : malaise des travailleurs qui ne s’y retrouvent plus ; malaise des territoires, villages comme quartiers où on voit les services publics se réduire et le cadre de vie disparaître ; malaise démocratique où se développe le sentiment de ne pas être entendu ; malaise face aux changements de notre société, à une laïcité bousculée et devant des modes de vie qui créent des barrières, de la distance.

Cela vient de très loin mais c’est là maintenant. 

Sans doute n’avons-nous pas su depuis un an et demi y apporter une réponse suffisamment rapide et forte. Je prends ma part de cette responsabilité. Il a pu m’arriver de vous donner le sentiment que ce n’était pas mon souci, que j’avais d’autres priorités. Je sais aussi qu’il m’est arrivé de blesser certains d’entre vous par mes propos. Je veux ce soir être très clair avec vous. Si je me suis battu pour bousculer le système politique en place, les habitudes, les hypocrisies, c’est précisément parce que je crois plus que tout dans notre pays et que je l’aime et ma légitimité, je ne la tire d’aucun titre, d’aucun parti, d’aucune coterie ; je ne la tire que de vous, de nul autre.

Nombre d’autres pays traversent ce mal vivre qui est le nôtre mais je crois profondément que nous pouvons trouver une voie pour en sortir tous ensemble. Je le veux pour la France parce que c’est notre vocation au travers de l’Histoire d’ouvrir ainsi des chemins jamais explorés pour nous-mêmes et pour le monde.

Je le veux pour nous tous Français parce qu’un peuple qui se divise à ce point, qui ne respecte plus ses lois et l’amitié qui doit l’unir est un peuple qui court à sa perte.

Je le veux aussi parce que c’est en pressentant cette crise que je me suis présenté à votre suffrage pour réconcilier et entraîner et que je n’ai pas oublié cet engagement et cette nécessité.

C’est d’abord l’état d’urgence économique et sociale que je veux décréter aujourd’hui. Nous voulons bâtir une France du mérite, du travail, une France où nos enfants vivront mieux que nous. Cela ne peut se faire que par une meilleure école, des universités, de l’apprentissage et des formations qui apprennent aux plus jeunes et aux moins jeunes ce qu’il faut pour vivre libre et travailler. 

L’investissement dans la Nation, dans l’école et la formation est inédit et je le confirme.

Nous voulons une France où l’on peut vivre dignement de son travail ? Sur ce point, nous sommes allés trop lentement. Je veux intervenir vite et concrètement sur ce sujet. Je demande au gouvernement et au Parlement de faire le nécessaire afin qu’on puisse vivre mieux de son travail dès le début de l’année prochaine. Le salaire d’un travailleur au SMIC augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coûte un euros de plus pour l’employeur.

Je veux renouer avec une idée juste : que le surcroît de travail accepté constitue un surcroît de revenu ;  les heures supplémentaires seront versées sans impôts ni charges dès 2019. Et je veux qu’une vraie amélioration soit tout de suite perceptible ; c’est pourquoi je demanderai à tous les employeurs qui le peuvent, de verser une prime de fin d’année à leurs employés et cette prime n’aura à acquitter ni impôt ni charge.

Les retraités constituent une partie précieuse de notre Nation. Pour ceux qui touchent moins de 2.000 euros par mois, nous annulerons en 2019 la hausse de CSG subie cette année ; l’effort qui leur a été demandé, était trop important et il n’était pas juste. Dès demain, le Premier ministre présentera l’ensemble de ces décisions aux parlementaires.

Mais nous ne devons pas nous arrêter là. J’ai besoin que nos grandes entreprises, nos concitoyens les plus fortunés, aident la Nation à réussir ; je les réunirai et prendrai des décisions en ce sens dès cette semaine. Je sais que certains voudraient dans ce contexte que je revienne sur la réforme de l’impôt sur la fortune mais pendant près de 40 ans, il a existé ; vivions-nous mieux durant cette période ? Les plus riches partaient et notre pays s’affaiblissait. Conformément aux engagements pris devant vous, cet impôt a été supprimé pour ceux qui investissent dans notre économie et donc aident à créer des emplois ; et il a été maintenu au contraire pour ceux qui ont une fortune immobilière.

Revenir en arrière nous affaiblirait alors même que nous sommes en train de recréer des emplois dans tous les secteurs. Cependant, le gouvernement et le Parlement devront aller plus loin pour mettre fin aux avantages indus et aux évasions fiscales. Le dirigeant d’une entreprise française doit payer ses impôts en France et les grandes entreprises qui y font des profits doivent y payer l’impôt, c’est la simple justice.

Vous le voyez, nous répondrons à l’urgence économique et sociale par des mesures fortes, par des baisses d’impôts plus rapides, par une meilleure maîtrise des dépenses plutôt que par des reculs. 

J’entends que le gouvernement poursuive l’ambition des transformations de notre pays que le peuple a choisie il y a maintenant 18 mois ; nous avons devant nous à conduire une réforme profonde de l’Etat, de l’indemnisation du chômage et des retraites. Elles sont indispensables. Nous voulons des règles plus justes, plus simples, plus claires et qui récompensent ceux qui travaillent.

Mais aujourd’hui, c’est aussi avec notre projet collectif que nous devons renouer. Pour la France et pour l’Europe. C’est pourquoi le débat national annoncé doit être beaucoup plus large. Pour cela, nous devons avant toute chose, assumer tous ensemble tous nos devoirs. Le devoir de produire pour pouvoir redistribuer, le devoir d’apprendre pour être un citoyen libre, le devoir de changer pour tenir compte de l’urgence de notre dette climatique et budgétaire.

Pour réussir, nous devons nous rassembler et aborder ensemble toutes les questions essentielles à la Nation. Je veux que soient posées les questions qui touchent à la représentation ; la possibilité de voir les courants d’opinion mieux entendus dans leur diversité, une loi électorale plus juste, la prise en compte du vote blanc et même que soient admis à participer au débat des citoyens n’appartenant pas à des partis. Je veux que soit posée la question de l’équilibre de notre fiscalité pour qu’elle permette à la fois la justice et l’efficacité du pays. Je veux que soit posée la question de notre quotidien pour faire face aux changements climatiques : se loger, se déplacer, se chauffer. Et les bonnes solutions émergeront aussi du terrain. 

Je veux que soit posée la question de l’organisation de l’Etat, de la manière dont il est gouverné et administré depuis Paris, sans doute trop centralisé depuis des décennies. Et la question du service public dans tous nos territoires. 

Je veux aussi que nous mettions d’accord la Nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter.

Ces changements de fond qui demandent une réflexion profonde et partagée, imposent un débat sans précédent. Il devra se dérouler au niveau national dans nos institutions, chacun y aura sa part : gouvernement, assemblées, partenaires sociaux et associatifs ; vous y aurez votre part. Je veux en assurer moi-même la coordination, en recevoir les avis, prendre ainsi le pouls vivant de notre pays.

Mais un tel débat n’est pas seulement affaire de représentants institutionnels ; il doit se dérouler aussi partout sur le terrain et il est des interlocuteurs naturels, des citoyens qui doivent en recevoir les demandes et s’en faire les relais : ce sont les maires ; ils portent la République sur le terrain. C’est pourquoi je rencontrerai moi-même les maires de France, région par région, pour bâtir le socle de notre nouveau contrat pour la Nation.

Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies, comme trop souvent par le passé dans des crises semblables, sans que rien n’ait été vraiment compris et sans que rien n’ait changé. Nous sommes à un moment historique pour notre pays : par le dialogue, le respect, l’engagement, nous réussirons.

Nous sommes à la tâche et je reviendrai m’exprimer devant vous pour vous rendre compte.

Mon seul souci, c’est vous ; mon seul combat, c’est pour vous. 

Notre seule bataille, c’est pour la France.

Vive la République, vive la France. »

Jactance et Gilets Jaunes : annulation du moratorium, pas de détricotage, zéro entourloupe

Bonjour

Les crises politiques voient émerger des mots généralement inusités sous les ors et dans les médias. C’est tout particulièrement vrai avec celle des Gilets Jaunes, une crise violente qui soulève également des difficultés linguistiques comme le rapporte Slate.fr 1. Une crise qui voit le pouvoir exécutif ne plus savoir comment dire ce qu’il entend peut-être faire.

5 décembre 2018. Après la suspension des taxes et la mise en place d’un « moratoire » justifié et développé par le Premier ministre voici que la foudre est venue, à la nuit tombée, des horloges du Palais de l’Elysée : le moratorium n’est plus vive l’annulation des taxes programmées pour janvier.

« Annulation » : Action d’annuler, de s’annuler; résultat de cette action. Annulation de mariage; cas d’annulation; demander l’annulationDroit d’annulation, recours en annulation, demande en annulation, procédure d’annulation; annulation des actes, des délibérations, des élections, des contrats, d’un testament.

« Un des résultats les plus considérables de cette annulation de l’autorité royale par des causes pourtant presque opposées, c’est que la loi salique devient inutile ». Hugo, Le Rhin,1842, p. 448.

La psychanalyse parle aussi d’annulation rétro-active.  « Défense caractérisant notamment la névrose obsessionnelle par laquelle une action est accomplie pour abolir magiquement une action antérieure. »  (Piéron 1963).

Tricoteuses

Le 5 décembre 2018 vit aussi réémerger « détricoter »  dans un pays où les femmes ne tricotent plus guère. Dans le champ politique ce verbe avait notamment été utilisé par Marisol Touraine quand, quoique ministre de la Santé de François Hollande, elle n’avait rien pu faire contre le détricotage d’une partie alcoolique de la loi Evin.

Emmanuel Macron, s’est ainsi opposé au cours du conseil des ministres, à tout rétablissement de l’Impôt sur la fortune (ISF), a rapporté l’Elysée, confirmant une information des Echos. « Nous ne détricoterons rien de ce qui a été fait depuis dix-huit mois », a déclaré le chef de l’Etat.

« Détricoter » : Défaire les mailles d’un tricot. Familier. Défaire point par point ce qui avait été soigneusement élaboré : Détricoter une loi. Peut aussi, dans l’inconscient collectif français, renvoyer aux heures sombres des formidables « Tricoteuses »;

 A cette occasion le chef de l’Etat a « recadré » la très imprudente Marlène Schiappa qui, benoîtement, pensait pouvoir exprimer une opinion contraire à la sienne. « Recadrer » : rappeler à l’ordre après un comportement ou des propos jugés  inappropriés. Remettre dans le droit chemin.

Jactance et bobards

Et puis, après la peu banale jactance républicaine, l’émergence d’ « entourloupe ».

Les augmentations de taxes sur les carburants sont « annulées pour l’année 2019 », a confirmé le ministre de la Transition écologique François de Rugy sur BFMTV lors d’un ahurissant  débat (« Sortir de la crise ») avec quatre gilets jaunes. En ces termes : « Comme ça il n’y a pas d’entourloupe. Le président [de la République française] je l’ai eu au téléphone il y a quelques minutes. Il m’a dit: ‘’les gens ont eu l’impression qu’il y avait une entourloupe, qu’on leur disait c’est une suspension mais hop ça reviendra après' » ».

« Entourloupe » : Plaisanterie, mauvais tour, destiné à prendre avantage sur quelqu’un.  Synon. fam. crasse. « Alors, ils se montaient des bobards, des entourloupes monumentales, ils rêvaient tous de réussites, de carambouilles formidables… » (Céline, Mort à crédit,1936 p. 342)

Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, sur France Inter, à l’aube du 6 décembre : « Si nous ne réformons pas, le pays est foutu ».

A demain

@jyanu

1 « Le défi posé aux médias par les ‘’gilets jaunes’’ est aussi linguistique »  Thomas Deslogis Slate.fr 5 décembre 2018

A lire aussi: «  La crise des ‘’gilets jaunes’’ révèle l’histoire d’une France qui disparaît » Daniel Behar Slate.fr 5 décembre 2018

 

 

«Bêtises» d’Emmanuel Macron et «fake news» de Donald Trump : de quoi sont-elles le nom ?

Bonjour

Le pouvoir, généralement, n’aime guère la presse qui ne la flatte pas. Une détestation proportionnelle au degré de puissance. Ainsi, à l’aube, une information de l’AFP. Arthur Gregg Sulzberger, 37 ans et directeur du New York Times a déclaré, dimanche 29 juillet, avoir vigoureusement mis en garde Donald Trump sur ses attaques répétées contre la presse lors d’une rencontre à la Maison Blanche. Il qualifie notamment le discours du président américain sur les « fake news » de « dangereux et nuisible ».

C’est M. Trump lui-même qui avait révélé, un peu plus tôt, dans un tweet, avoir discuté de « fausses informations » avec M. Sulzberger. On sait  que Donald Trump qualifie régulièrement de « fake news » (fausses informations) les médias généralistes américains – du moins ceux qui se montrent très critiques sur sa présidence et sur sa personne. « Ce tweet a conduit M. Sulzberger à publier un communiqué sur cette rencontre, qui était supposée rester confidentielle, comme toutes les réunions que les dirigeants des grands médias américains ont régulièrement avec les responsables du gouvernement » précise l’AFP.

 « Mon objectif principal en acceptant cette rencontre était de soulever mes inquiétudes au sujet de la rhétorique anti-presse extrêmement troublante du président, a expliqué celui qui a succédé début 2018 à son père, Arthur Ochs Sulzberger, comme directeur de la publication du Times. J’ai dit franchement au président que je pensais que son discours n’était pas seulement facteur de division mais qu’il était de plus en plus dangereux. »

« Je lui ai dit que bien que l’expression “fake news” soit fausse et nuisible, j’étais beaucoup plus préoccupé par sa façon de caractériser les journalistes comme des “ennemis du peuple”. »

« Je l’ai prévenu que ce langage incendiaire contribuait à une augmentation des menaces contre les journalistes et allait inciter à la violence. C’est particulièrement vrai à l’étranger. La rhétorique du président est utilisée par certains régimes pour justifier des répressions d’ampleur contre les journalistes. »

 « Je l’ai imploré de revenir sur ses vastes attaques contre le journalisme, que je pense être dangereuses et nuisibles pour notre pays. »

Et l’AFP de rappeler que les « diatribes » contre la presse font partie du « cocktail idéologique » de Donald Trump, qui cherche à décrire des élites, dont la presse, éloignées des préoccupations du pays.

Pendant ce temps, en France

Le 25 juillet, en déplacement à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), Emmanuel Macron s’est exprimé pour la première fois devant les journalistes au sujet de l’affaire Benalla. Le président de la République a accusé les médias d’avoir « dit beaucoup de bêtises » sur cette affaire. « Vous avez dit ces derniers jours beaucoup de bêtises sur soi-disant des salaires, des avantages. Tout cela était faux », a déclaré le chef de l’État à deux journalistes, l’un de BFMTV, l’autre de CNEWS.  « Je ne vais pas chercher des fusibles parce que vous avez envie de voir du sang et des larmes dans le tournant de l’été », leur a-t-il encore lancé.

La veille, face aux parlementaires de son parti, le président de la République avait déclaré, dans une anaphore :

‘’Alexandre Benalla n’a jamais détenu de codes nucléaires. Alexandre Benalla n’a jamais occupé un 300 m2 à l’Alma. Alexandre Benalla n’a jamais gagné 10 000 €. Alexandre Benalla, lui non plus, n’a jamais été mon amant. Alexandre Benalla, quoique bagagiste d’un jour, n’a jamais eu ces fonctions dans la durée’’.

La part du vrai, la part du faux ? « Prenons Emmanuel Macron au mot. Tous ces faits n’ont pourtant pas été relayés par les médias traditionnels, souligne, fort justement Le Parisien (Nicolas Berrod). Emmanuel Macron évoque ici, sur un pied d’égalité, des contenus parodiques, des informations contestées par l’Elysée, des faits avérés et des rumeurs de caniveau », soulignait le Monde . Qu’en est-il réellement ? » Et Le Parisien de faire, à son tour le décryptage de la parole présidentielle, qu’il s’agisse de ses contenus parodiques ou des rumeurs infondées. Sans oublier les nombreux éléments concernant Alexandre Benalla qui ont été révélés par plusieurs médias avant d’être confirmés… par le palais de l’Elysée.

Excès et suffisance

Quant à Libération, il règle linguistiquement l’affaire dans un édito réunissant Alexandre Benalla et Emannuel Macron : (Jonathan Bouchet-Petersen) :

«  Pour tacler le travail du «pouvoir médiatique» sur l’affaire Benalla – ce qu’il fait dès qu’il en a l’occasion (…) , Emmanuel Macron a affirmé que les journalistes avaient raconté beaucoup de «bêtises». Autrement appelées «fadaises» dans la langue un peu surannée dont le chef de l’Etat use aussi naturellement que la novlangue managériale d’anglicismes. On notera que, parmi les «bêtises» que la presse aurait diffusées ces derniers jours – Macron prenant un malin plaisir à mélanger fake news virales et articles journalistiques -, bien des informations auraient été plus précises si l’Elysée avait réellement privilégié la transparence à l’opacité.

 Chez Alexandre Benalla, le terme «bêtise» vient euphémiser, dans l’interview fleuve qu’il a accordée au Monde, ses actes du 1er Mai. Dans ce cas-là, bêtise signifie «action ou parole sotte ou maladroite», quand Macron convoque, lui, une autre définition : un «manque d’intelligence et de jugement». Dans les deux cas, le terme est inapproprié. Excessif chez Macron, insuffisant chez Benalla. »

 De l’excès à la suffisance. Où l’on perçoit que, tout bien pesé, la langue française demeure plus riche que la novlangue ( le néoparler) qui, outre Atlantique, ne cesse de gagner du terrain.

A demain