Vincent Lambert : le gouvernement conteste le jugement de reprise de l’alimentation/hydratation

Bonjour

On tenait l’affaire pour devant être réglée par l’Etat français : choisir, le cas échéant, entre la décision de la Cour européenne des droits de l’homme et celle l’Organisation des Nations unies. Or voici que nous nous retrouvons à l’échelon hexagonal : les « ministères parties » dans cette affaire ont, le 31 mai, déposé un pourvoi en cassation dans contre la décision de la Cour d’appel de Paris. L’annonce en a été faite par le ministère des Solidarités et de la Santé parlant ici également au nom du ministère des Affaires étrangères.

On se souvient du texte de cette Cour ordonnant la reprise de l’alimentation et de l’hydratation ; hydratation et alimentation arrêtées quelques heures seulement avant l’annonce de la décision de la Cour, et ce au terme d’une procédure médicale collégiale.

Les deux « ministères parties » expliquent aujourd’hui dans un communiqué vouloir que la Cour de cassation  « tranche définitivement » les questions de droit soulevées par la cour d’appel de Paris – et ce pour « mettre fin à l’insécurité juridique », qu’aurait créé l’avis du Comité international des droits des personnes handicapées de l’ONU. Cette instance de avait demandé à la France, le 3 mai, de surseoir à l’arrêt de l’alimentation/hydratation dans l’attente d’un examen du dossier sur le fond. Et c’est cette position qui avait été retenue par les juges de la Cour d’appel, qui a demandé à l’Etat français de « faire respecter les mesures provisoires » demandées par ce comité.

Qui tranchera au sein de l’Etat ?

Les deux ministères, tout en appelant chacun à « respecter la douleur des membres de la famille », interrogent : « Les autorités françaises sont-elles obligées de mettre en œuvre » ces mesures provisoires « Un juge national peut-il faire obstacle à la mise en œuvre de la décision d’arrêt des traitements alors que par ailleurs, elle a été jugée conforme à la loi française et à la Convention européenne des droits de l’homme ?  » Où l’on voit le pouvoir politique demander à la justice de trancher en son sein.

Le 5 mai Agnès Buzyn avait affirmé, sur BFM-TV :

« Aujourd’hui, juridiquement parlant, tous les recours sont arrivés au bout, et toutes les instances juridictionnelles, qu’elles soient nationales ou européennes, confirment le fait que l’équipe médicale en charge de ce dossier est en droit d’arrêter les soins. Les parents de Vincent Lambert se sont retournés vers ce comité qui s’occupe des personnes handicapées, et non des personnes en état végétatif comme Vincent Lambert parce qu’ils n’ont que la version des parents.« Nous ne sommes pas tenus par ce comité légalement, mais bien entendu nous prenons en compte ce que dit l’ONU et nous allons leur répondre. »

Un mois plus tard il apparaît que le dossier est, juridiquement parlant, un peu plus complexe que ce que pouvait supposer la ministre des Solidarités et de la Santé. Que se passera-t-il, dans quelques mois, si la Cour de cassation française a une lecture différente de celle du comité des Nations unies ? Qui, au sein de l’Etat français, tranchera ?

A demain

@jynau

Nos amies les bêtes disparaissent ; un boucher bio parisien, proie des anti-spécistes

Bonjour

6 mai 2019. A Coteaux-sur-Loire, depuis le « Maroc », on a entendu le premier coucou. Argent dans la poche. Et puis la vie comme elle va, en France, via les médias. A Paris Le Monde a explosé sa manchette pour, une nouvelle fois, hurler dans le désert – tenter de dire  l’enfer qui nous attend.

Un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction dans le monde : c’est l’alerte lancée par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques. Fruit de trois ans de travail, son rapport constitue la première évaluation mondiale de l’état de la biodiversité depuis 2005, et la plus complète.

« Le rythme actuel de disparition des espèces sauvages est sans précédent dans l’histoire de l’humanité et il s’accélère, avertissent les experts. Les causes, toutes d’origine humaine, en sont la destruction des habitats naturels, la surexploitation des ressources, le changement climatique, les pollutions multiples et les espèces invasives.

« Selon les chercheurs, il est encore possible d’enrayer la perte de la biodiversité, à condition de changements rapides et profonds dans notre consommation de ressources tirées de la nature. Il en va, soulignent-ils, de l’avenir de l’humanité. »

Maculer et à frapper des hommes

Le même jour l’AFP nous apprenait que deux personnes étaient en garde à vue après l’agression d’un boucher par des militants anti-spécistes à Paris. Ce boucher a été attaqué sur son stand du marché couvert Saint-Quentin, près de la gare de l’Est dans le 10e arrondissement de la capitale.

« Je préparais une commande pour un client. J’ai senti un liquide me toucher, j’ai mis la main à la tête, le liquide était très rouge. J’ai levé la tête, il y avait entre quinze et vingt individus devant l’étalage avec des slogans : “liberté et défense des animaux” », a témoigné le boucher sur BFM-TV.

Paradoxe ou pas cet homme vend de la « viande bio ». Il assure avoir « été frappé » et affirme que sa marchandise a été « détruite ».  « C’est un boucher qui est dans la filière bio. Ce monsieur est dans une démarche de proximité, de suivi du bien-être animal », a confirmé à l’AFP  Jean-François Guihard, président de la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs.

Depuis plusieurs mois, les actes de vandalisme se multiplient sur des boucheries et commerces de bouche tagués de revendications anti-spécistes par des activistes opposés à toute hiérarchie entre les espèces et qui prônent une alimentation végétalienne. Des activistes passionnés qui font assez peu de cas du végétal et qui, au nom des bêtes, en viennent à maculer et à frapper des hommes.

A demain

@jynau

PS : « Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, se rendra au marché couvert Saint-Quentin dans le 10ème arrondissement de Paris, mardi 7 mai à 9h, auprès de Steevens Kissouna, boucher qui a subi samedi dernier une agression de militants antispécistes. Le Ministre souhaite apporter tout son soutien au commerçant et à travers ce soutien, condamner toutes les actions violentes contre les professionnels de la filière viande. »

 

 

 

La nouvelle affaire Vincent Lambert : Agnès Buzyn exprime l’embarras français à livre ouvert

Bonjour

Que faire se demande-t-on dans les hautes sphères juridiques et politiques ? Le Comité international des droits des personnes handicapées de l’ONU (CIDPH) vient de demander à la France de suspendre toute décision d’arrêt de l’alimentation/hydratation de Vincent Lambert – et ce dans l’attente d’une instruction sur le fond, a-t-on appris samedi 4 mai auprès des avocats des parents. Quelques heures plus tard Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé faisait savoir que le gouvernement français répondrait à la demande du comité de l’ONU – et ce alors même que la France n’était pas tenue légalement de la respecter. Agnès Buzyn, sur BFM-TV :

 « Aujourd’hui, juridiquement parlant, tous les recours » dans cette affaire « sont arrivés au bout, et toutes les instances juridictionnelles, qu’elles soient nationales ou européennes, confirment le fait que l’équipe médicale en charge de ce dossier est en droit d’arrêter les soins.

« Les parents de Vincent Lambert se sont retournés vers ce comité qui s’occupe des personnes handicapées, et non des personnes en état végétatif comme Vincent Lambert [et cet organisme a demandé de surseoir à un arrêt des soins] parce qu’ils n’ont que la version des parents. Nous ne sommes pas tenus par ce comité légalement, mais bien entendu nous prenons en compte ce que dit l’ONU et nous allons leur répondre ».

Où l’on aimerait comprendre pourquoi, alors que le France n’est pas tenue de répondre à la demande de l’ONU, elle décide « bien entendu » de faire comme si tel était le cas. Que nous vaut ce bien entendu que l’on entend si mal ?

L’Etat français dispose désormais de six mois pour fournir ses observations à l’ONU. En attendant la France doit veiller à ce que l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert ne soient pas suspendues – et ce en vertu de la convention relative aux droits des personnes handicapées. Etat végétatif ou pas.

A demain

@jynau

 

L’«attaque » de La Pitié-Salpêtrière est bien, désormais, une «affaire Christophe Castaner» 

Bonjour

C’est un superbe cas d’école moderne. Ou comment l’enquête journalistique à l’ancienne (Le Monde et Libération notamment) nourries des vidéos et des réseaux parvient à rétablir une vérité maquillée à la va-vite par le pouvoir exécutif. Avec, en prime, deux titres d’un Libé de la grande époque : « Castaner sur la Pitié-Salpêtrière : c’est l’invention qui compte » (Jacques Pezet , Pauline Moullot et Fabien Leboucq) —et « La fake news venait de l’Intérieur ».

Une affaire presque bouclée en quarante-huit heures (Acte IIIActe IIActe I) qui aura vu la déconstruction médiatique d’un tweet du « premier flic de France » avec toutes les conséquences politiques que l’on peut, désormais, imaginer entre « commission d’enquête parlementaire » et la classique « démission » démocratique.

Les historiens du présente ont d’ores et déjà établi que tout a commencé le mercredi 1er mai à  20 h 18 (horloge de BFM-TV). Christophe Castaner prend la parole face aux caméras et micros réunis devant l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dans le 13arrondissement de Paris. La traditionnelle manifestation syndicale, à laquelle se sont joints Gilets Jaunes  et black blocs, finit de se disperser.

« Flanqué de son secrétaire d’Etat, Laurent Nunez, et du préfet de police de Paris, Didier Lallement, le ministre de l’intérieur dénonce l’intrusion, quelques heures plus tôt, de manifestants dans l’enceinte de l’établissement, rapporte Le Monde (Nicolas Chapuis et Olivier Faye). ‘’Des gens ont attaqué un hôpital, lance M. Castaner. Des infirmières ont dû préserver le service de réanimation, nos forces de l’ordre sont immédiatement intervenues pour sauver le service de réanimation’’. » Environ une heure plus tard, le ministre publie un message destiné aux 190 000 abonnés de son compte Twitter : ‘’ Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger’’. »

Boomerangs

Pourquoi de tels termes empruntés à la guerre ? Sur quels éléments le ministre de l’Intérieur se base-t-il ? Pourquoi Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé baisse-t-elle le lendemain d’un petit cran ( « exaction », « inqualifiable » « indigne » ) avant de se rendre (enfin) sur place et de baisser à nouveau de ton et de laisser parler son « entourage » pour se démarquer de son collègue.

« De fait, les différents témoignages et vidéos diffusés tout au long de la journée sur les réseaux sociaux, que ce soit par des manifestants ou des membres du personnel de la Pitié-Salpêtrière, tendent à battre en brèche le scénario d’une attaque caractérisée, résume Le Monde. Certes, une grille d’entrée a bien été forcée. Mais les manifestants – 32 personnes ont été placées en garde en vue, mercredi, puis libérées jeudi – semblaient chercher à se replier de manière chaotique pour échapper aux charges de la police. »

Il n’en fallait pas plus pour que l’opposition cible Christophe Castaner. Et que son « entourage » prenne la parole :

« Les faits sont là. L’enceinte de l’hôpital a été forcée, des individus ont tenté de s’introduire dans un service de réanimation. C’est un incident très grave. Il est navrant de constater qu’au lieu de condamner clairement ces faits inadmissibles certains préfèrent jouer sur les mots pour entretenir une polémique indigne. »

Et de laisser également entendre que l’opinion première de Christophe Castaner s’était forgée des premières données fournies (bien trop vite ?) par Marie-Anne Ruder, directrice de La Pitié-Salpêtrière et Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP (qui évoquait publiquement des images de vidéo surveillance « absolument édifiantes ».

Nous en sommes là. Et les premiers propos tenus par le ministre de l’Intérieur dans la soirée du 1er mai reviennent aujourd’hui tel un violent boomerang politique et politicien. Jusqu’où cette vieille arme traditionnelle ira-t-elle ?

A demain

@jynau

Qui sont les menteurs, ou les vrais mystères de l’affaire de La Pitié-Salpêtrière

Bonjour

Qui dit la vérité vraie dans cette sombre affaire dite « de la Pitié-Salpêtrière » ? Nous sommes le 2 mai et une trentaine de personnes sont, depuis hier, toujours en garde à vue « à la suite d’une intrusion pour attroupement en vue de commettre des dégradations ou des violences ». Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris. Hier soir tout semblait tristement clair. Aujourd’hui tout est flou. Qui croire, d’un pouvoir exécutif de plus en plus embarrassé ou d’une opposition prompte à la surenchère ?

On se reportera ici au travail des journalistes du Monde (Service société et Les Décodeurs) « qui ont interrogé plusieurs témoins directs et recoupé des vidéos pour tenter de comprendre ce qui s’est vraiment passé » (Dans quelles conditions des manifestants se sont-ils introduits dans la cour de l’hôpital ? Que s’est-il passé une fois que des manifestants ont franchi la grille ? Quelles étaient les motivations de ces manifestants ? 4. Y a-t-il un lien entre cette intrusion et l’hospitalisation d’un CRS ? Y a-t-il eu des dégradations commises dans l’hôpital ?).

Plusieurs manifestants interrogés par le quotidien affirment qu’il ne s’agissait pas d’une tentative d’intrusion dans l’hôpital, mais plutôt d’une solution de repli face aux forces de l’ordre, dans une situation de grande confusion dans le cortège. Un des journalistes du Monde qui se trouvaient boulevard de l’Hôpital au même moment témoigne lui-même d’une atmosphère irrespirable, du fait des gaz lacrymogènes. Selon les témoignages, une trentaine de manifestants ainsi que plusieurs policiers blessés ou intoxiqués aux gaz ont été soignés au sein des urgences de la Pitié-Salpêtrière.

Sans violence apparente

C’est à partir de l’arrivée des manifestants dans l’enceinte extérieure de l’hôpital que les récits divergent. Pour bien comprendre la scène, il faut avoir conscience que la grille par laquelle une partie de la foule est entrée donne accès à une longue voie goudronnée qui relie plusieurs immeubles. C’est dans cet espace éclaté que des petits groupes se sont repliés, pour beaucoup sans violence apparente, comme le montrent des images amateurs qui ont circulé sur les réseaux sociaux. Le Monde :

« Dans le même temps, un groupe aurait tenté de monter un escalier extérieur qui mène au service de réanimation chirurgicale du bâtiment Gaston-Cordier. La directrice de l’hôpital, Marie-Anne Ruder, a affirmé sur France Inter qu’« une vingtaine, une trentaine de personnes » se sont dirigées vers cet accès qui mène à un service sensible, où se trouvent des patients en soins intensifs.

Selon cette dernière, « fort heureusement, le personnel – une dizaine de médecins, infirmiers, aides-soignants et internes – a eu le réflexe de se mettre derrière la porte pour empêcher l’intrusion ». Plusieurs sources tempèrent ce récit de la scène. La tentative d’intrusion n’a pas été aussi brutale que les propos de Mme Ruder peuvent le laisser croire, nous assure un membre du personnel, qui souhaite rester anonyme. »

Plus généralement les différents témoignages connus à ce jour ne permettent en rien, toujours selon Le Monde, d’affirmer qu’il s’agissait d’une tentative d’intrusion délibérée, avec la volonté de commettre des dégradations, dans un service sensible.

Pas d’intrusion délibérée

Un infirmier de l’hôpital, Mickael, présent lors de la tentative d’intrusion, a expliqué à l’Agence France-Presse que les personnes criaient « ouvrez la porte » et qu’« aucune » d’entre elles n’avait « le visage masqué, ni cagoulé ». « Est-ce qu’ils voulaient nous agresser ? Est-ce qu’ils voulaient juste échapper à quelque chose ? On ne savait pas ! (…) On comprenait leur détresse, mais on ne savait pas leur intention. » Une partie de la scène est visible sur une vidéo publiée sur Facebook.  « On ne s’est pas sentis plus agressés que cela. Nous, c’était vraiment sécuriser nos collègues, le matériel, les patients et les familles », a déclaré sur BFM-TV Gwenaëlle Bellocq, une aide-soignante du service de réanimation. « Ça s’est calmé très vite, les forces de l’ordre ont été efficaces. »

Selon Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), des images de vidéosurveillance « absolument édifiantes » de la scène existent et seront transmises aux enquêteurs, a-t-il affirmé sur BFM-TV. De telles images pourraient notamment aider les enquêteurs à reconstituer la chronologie exacte des faits, pour savoir par exemple si les personnes qui ont tenté de rentrer dans les urgences fuyaient des membres des forces de l’ordre ou non. M. Hirsch a par ailleurs affirmé, sur France Info,  que l’on était « passé au bord d’une catastrophe».

C’est dans ce contexte, interrogée par la presse jeudi 2 mai lors de sa visite sur place, qu’Agnès Buzyn s’est refusée à trancher : « Aujourd’hui je ne peux pas pas qualifier les circonstances. Je pense qu’il y avait des personnes plus ou moins bien intentionnées, plus ou moins mal intentionnées. L’enquête nous dira à quel point des personnes souhaitaient rentrer dans l’hôpital. » Or la veille,  Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, affirmait qu’il s’agissait d’une «attaque». Et aujourd’hui le Premier ministre, Édouard Philippe, affirme que s’introduire dans un hôpital c’est «  remettre en cause des services publics». «Quelle est la logique de cette mise en cause? Quelle est la justification de cette mise en cause? C’est tout proprement inacceptable», a-t-il martelé.

Quant au leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, il dénonce le terme d’«attaque» employé par Christophe Castaner, estimant que les manifestants se sont réfugiés dans l’hôpital parisien pour échapper aux gaz lacrymogènes des forces de l’ordre. Et il accuse de mensonge le ministre de l’Intérieur.

Qui ment  ? Pour l’heure les témoignages et les images réunis par Le Monde « vont dans le sens d’un repli des manifestants fuyant la police plus que dans celui d’une action délibérée de vandalisme».

A demain

@jynau

 

Violences du 1er mai. Que s’est-il précisément passé à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière ?

Bonjour

C’est un condensé des temps violents que nous traversons. La mise en lumière du rôle de l’hôpital dans la cité. Un espace à l’approche duquel il fallait, hier encore, faire silence. Une entité aujourd’hui pénétrée par le bruit et les fureurs.

Les faits, tels que l’AFP les présente avec objectivité. Le 1er mai, en marge de l’un des défilés parisiens, une trentaine de personnes ont été placées en garde à vue à la suite d’une « intrusion » dans l’enceinte du groupe hospitalier de La Pitié-Salpêtrière. Selon plusieurs témoignages, les manifestants auraient en fait tenté de se mettre à l’abri des gaz lacrymogènes.

« Peu après 16 heures, alors que les tensions redoublent entre les manifestants qualifiés de « radicaux » et les forces de l’ordre, le cortège est séparé entre la place d’Italie et le boulevard de l’hôpital dans le 13e arrondissement de Paris, résume l’AFP.  Les manifestants sont plongés sous les gaz lacrymogènes. A cet instant, la directrice de La Pitié-Salpêtrière est informée d’une tentative d’intrusion dans l’établissement. »

« Je me suis immédiatement rendue sur place, et lorsque je suis arrivée, la grille était forcée, la chaîne avait cédé, et des dizaines de personnes étaient en train d’entrer dans l’enceinte de l’hôpital », a témoigné Marie-Anne Ruder auprès de France Inter. Parmi les « intrus », des « gilets jaunes » et des individus au visage dissimulé, a-t-elle assuré, racontant avoir appelé les services de police en raison notamment de « gestes violents et menaçants ». Mme Ruder a confirmé ses déclarations le 2 mai sur RTL, sans plus de précisions quant à la présence de gaz lacrymogènes au sein de l’espace hospitalier.

Ces personnes « se sont précipitées en montant un escalier, en passant une passerelle vers le service de réanimation chirurgicale », qui accueille des « patients particulièrement vulnérables », a pour sa part déclaré Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, sur la chaîne BFMTV. Sur la foi d’images de vidéosurveillance « absolument édifiantes » (et qui seront transmises aux enquêteurs) il a décrit la tentative d’intrusion « alors que s’interposaient des infirmières, un interne (…) qui tenaient la porte avec toute la force qu’ils pouvaient avoir en criant “attention, ici il y a des patients” ».

Compter avec les vidéos des réseaux sociaux

Les forces de l’ordre sont arrivées après « une dizaine de minutes » et les ont délogés, selon Mme Ruder. « Plus de trente individus ont été placés en garde à vue à la suite de l’intrusion à la Pitié-Salpêtrière », a indiqué le parquet de Paris à l’AFP – sans plus de précisions.

En déplacement dans l’établissement hospitalier (où un CRS avait été admis pour une blessure à la tête) Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur a évoqué une « attaque » menée par des militants anticapitalistes black blocs. « Des infirmières ont dû préserver le service de réanimation. Nos forces de l’ordre sont immédiatement intervenues », a-t-il affirmé devant la presse.

« Je ne connais pas les motivations de cette intrusion inexplicable. Je ne pense pas que ça ait un lien » avec l’hospitalisation du CRS, a pour sa part déclaré Martin Hirsch, qui a annoncé avoir porté plainte.  Il n’y a pas eu de dégradations, grâce au sang-froid de l’équipe qui a tenu la porte, et grâce à la police qui est intervenue rapidement, a-t-il précisé.  Je ne les ai pas vus crier à la recherche d’un blessé particulier. Je ne sais pas si c’est une invasion d’hôpital, s’ils fuyaient quelque chose. »

 « ‘’Intolérable’’, ‘’inexcusable’’ : les réactions indignées ont animé Twitter, observe l’AFP.‘’S’en prendre à un hôpital est inqualifiable’’, a notamment déploré Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. 1 »

Mais il faut aussi, comme toujours dans ce type de situation, compter avec plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux « Elles montrent des manifestants – femmes, hommes, avec ou sans gilets jaunes –, sans signes visibles d’agressivité, stationner dans l’enceinte de la Pitié-Salpêtrière et tout près de l’entrée d’un bâtiment, du côté de l’entrée au n° 97 du boulevard de l’Hôpital, résume l’AFP. On y voit également des policiers arriver par cette même entrée et faire ressortir les manifestants vers le boulevard. Des images et un témoignage diffusés par le journaliste indépendant David Dufresne sur Twitter, notamment, indiquent plutôt que les manifestants ont été repoussés par une colonne de CRS dans l’enceinte de l’hôpital, où ils ont tenté de se réfugier. »

Une journaliste de l’AFP a également vu à cet endroit des manifestants se mettre à l’abri dans l’enceinte de l’hôpital pour échapper aux gaz lacrymogènes, avant d’être pourchassés par les forces de l’ordre, et certains interpellés. En résumé, à ce stade des informations disponibles, rien ne permet de dire si ces personnes visibles sur les vidéos ou celles vues par la journaliste de l’AFP sont les mêmes que celles dont ont parlé MM. Castaner et Hirsch ou Mme Ruder.

On se souvient peut-être que le 14 juin 2016, des vitres de l’hôpital Necker-Enfants malades avaient été brisées en marge d’un « défilé contre la loi travail ». Les dégâts contre l’hôpital Necker avaient été attribués par les autorités à une « horde » de casseurs, mais les vidéos et les témoignages recueillis par plusieurs journalistes avaient pointé l’« acte isolé » d’un seul manifestant masqué. La direction de l’AP-HP avait alors lancé un collecte de dons pour financer les réparations, initiative qui avait fait polémique.

A demain

@jynau

1 Officiel: « Suite aux manifestations du 1er mai 2019, et aux intrusions au sein de l’hôpital de la Pitié – Salpêtrière, Mme Agnès BUZYN se rendra à l’hôpital de la Pitié – Salpêtrière, pour saluer le courage des soignants, jeudi 02 mai 2019 à  11h45

Déroulé prévisionnel 11h45 Visite de la ministre Pool presse : TV : France 2 / Rédaction :  AFP / Radio : France Info 12h15 Micro – tendu (heure approximative)Toute presse accréditée Afin de respecter leur intimité, les photographies et vidéos des patients ne sont pas autorisées. »

 

 

Agnès Buzyn : elle n’a jamais été aussi proche que maintenant d’un départ du gouvernement

Bonjour

La rumeur parisienne enfle. Hier encore elle n’y « réfléchissais même pas ». Interrogée sur RTL sur son départ imminent du gouvernement pour participer comme tête de liste aux élections européennes elle répond  : « Emmanuel Macron ne me l’a pas demandé. J’ai de très belles lois à porter. Les noms qui circulent dans la presse sont des spéculations. Je n’y réfléchis même pas. »

Aujourd’hui tout se précipite, comme en témoigne Le Figaro (Marcelo Wesfreid) : « Européennes: malgré de nombreux dossiers en cours, Agnès Buzyn tentée par une candidature ». « Pour beaucoup, ce n’est déjà plus une hypothèse, écrit le quotidien. Mais une certitude. ‘’Sa candidature comme tête de liste pour les européennes est fortement probable», confie un cadre de La République en marche. Agnès Buzyn a d’ailleurs rencontré le directeur de campagne Stéphane Séjourné, la semaine dernière. »

« Elle ferait une excellente tête de liste, a rajouté la garde des Sceaux Nicole Belloubet sur BFMTV. Elle a à la fois le charisme et la volonté.» «Elle est très appréciée, tant au parti qu’au groupe, et incarne le renouvellement et la société civile», souligne la porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé. Cette piste semble tenir la corde par rapport à un autre scénario, qui a également circulé: la candidature de la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau.

Et Le Figaro de préciser, comme d’autres, que la  «Mme Santé» du gouvernement cache de moins en moins bien son intérêt pour ce « changement de carrière ». Se présentant en privé (et de plus en plus en public) comme une «combattante», la ministre de la Santé parlerait du Vieux Continent avec « lyrisme ». Elle oserait comparer la construction européenne à une « cathédrale du futur », patiemment érigée, survivant à ses bâtisseurs. Et dans le même temps elle l’assure: Emmanuel Macron ne lui aurait rien demandé.

Sortir de son champ de compétences et « parler de tout »

« Ex-belle-fille de Simone Veil, fille et petite-fille de déportés à Auschwitz, Agnès Buzyn porte en elle les stigmates de l’histoire tragique du XXe siècle, écrit Le Figaro. Son entrée en lice, pour le scrutin de mai, rebattrait les cartes au gouvernement. ‘’Un remaniement pourrait intervenir en avril’’, croit savoir un macroniste historique. Sans attendre, les spéculations vont bon train. Le nom de Nicolas Revel circule d’ores et déjà pour occuper son fauteuil. Directeur de la Caisse nationale de l’assurance-maladie, c’est surtout un proche d’Emmanuel Macron (tous deux furent secrétaire général adjoint à l’Élysée, au début du quinquennat Hollande). »

La tentation sera-t-elle à ce point forte qu’elle abandonnerait ses « belles lois » qu’elle se disait heureuse de porter ?  A commencer par celle qui vise à refonder notre système de santé ? Sans oublier la révision de la loi de bioéthique et celle de la réforme des retraites. Mais il semble bien Agnès Buzyn entend quitter au plus vite sa casquette  d’experte pour entrer de plain-pied dans le grand et rutilant univers de la politique. Mais après vingt mois au pouvoir, elle se sent armée pour sauter le pas.

« J’en ai marre qu’on me cantonne uniquement à mon champ de compétences Je veux bien parler tous les jours de la grippe et des urgences mais je suis engagée sur tous les  sujet, déclarait-elle le 10 février dernier.  On a besoin d’un récit collectif. Je veux pouvoir m’autoriser à parler de tout. » Elle disait encore souhaiter, désormais, « faire de la politique et [se] lâcher » (sic). Est-ce dire que faire de la politique c’est, consubstantiellement, sortir de son champ de compétences ? Et si oui à quelles fins ?

A demain

@jynau