Grippe : dramatisation politique de la situation ou situation épidémiologique dramatique ?

 

Bonjour

Cette information mandée en urgence depuis la Présidence de la République : un additif à l’agenda du Président pour le jeudi 12 janvier 2017, 9 heures :

« Réunion ministérielle sur l’épidémie de grippe en présence de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP et Christophe Devys, directeur général de l’ARS Ile de France »

Puis ce complément :

« Nous vous prions de noter que Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, fera une déclaration presse dans la cour de l’Elysée à l’issue de la réunion. Comme indiqué ci-dessous, la cour de l’Elysée sera ouverte à partir de 9h05. Accréditations auprès du service de presse de la Présidence de la République. »

Et puis encore, s’inscrivant dans la dynamique jacobine observée ce matin, la précision prophétique de Mme Touraine annonçant que le bilan de l’épidémie sera « probablement lourd ». « Chaque année, il y a des victimes de la grippe », mais cette année, l’épidémie est « particulièrement intense » et le nombre de personnes malades « particulièrement important », a redit la ministre. C’était lors d’un nouveau point de presse sur cette épidémie, qui devrait atteindre son pic la semaine prochaine. Que dira-t-elle de plus demain dans la cour du Palais de l’Elysée ?

Soignants et soignés

Des chiffres ? Le nombre de personnes qui ont consulté leur médecin pour des « symptômes grippaux » a atteint 395 pour 100.000 habitants la semaine dernière (contre 326 la semaine précédente).  En revanche le nombre de passages aux urgences associés à cette infection virale commence à diminuer de même que les hospitalisations. Dès lors où est l’urgence ? « L’enjeu, c’est de garantir qu’il y a des lits d’hospitalisation disponibles » explique la ministre. « Toute personne qui a besoin d’être soignée l’est » a-t-elle certifié lors des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Le contraire serait troublant.

On recense 142 hôpitaux (sur les 850 du pays) qui se sont déclarés « établissement de santé en tension » un dispositif qui permet notamment de déprogrammer des soins et des opérations non urgentes. Certains établissements ont déjà utilisé cette dernière possibilité, mais Marisol Touraine vient de les pousser à faire davantage « si nécessaire ». L’était-ce ? La ministre de la Santé a aussi invité les médecins libéraux à traiter le plus possible les malades « à leur cabinet ou au domicile », pour éviter d’augmenter le nombre des hospitalisations. Ne le faisait-ils pas ?

François Fillon et François Hollande

A ce stade les nuages politiques arrivent immanquablement dans le ciel médiatique. « On a fermé trop de lits au cours des vingt dernières années, notamment des lits conventionnels qui pouvaient accueillir des patients des urgences en cas de besoin » a redit, BFMTV, le Dr Patrick Pelloux. Urgentiste et syndicaliste le Dr Pelloux, ancien de Charlie Hebdo, est un proche de François Hollande. Il appelle aujourd’hui à une « politique de réouverture de lits d’hôpitaux ». Le président de la République l’entend-il ?

A l’autre extrémité du spectre : le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et député européen (Les Républicains). Il a déclaré, sur RTL : « La grippe, c’est tous les ans, et tous les ans nous connaissons cette situation d’engorgement, et pourtant rien ne change ». François Fillon comprend-il ?

Rien ne change ? Selon Santé publique France, depuis le 1er novembre, cinquante-deux personnes sont décédées des suites d’une infection grippale dans des services hospitaliers de réanimation.  L’agence constate par ailleurs une « nette hausse » de la mortalité (toutes causes confondues) sur les deux dernières semaines de 2016. Prudente, elle souligne qu’il est trop tôt pour estimer la part de cette surmortalité liée à la grippe. Pour les chiffres validés, il faudra attendre.

A demain

Rhume, alcoolémies, embolies : où est le dossier médical complet de Michel Polnareff ?

 

Bonjour

Une seule certitude : le pronostic vital est désengagé. Michel Polareff, annoncé dans un état gravissime a quitté sa chambre de l’American Hospital of Paris le 16 décembre. Il se cache depuis dans la suite d’un palace de la région parisienne où le JDD l’a retrouvé (Renaud Revel). Le journal dominical fait son miel de cette affaire médicale.  Il y  une semaine il révélait la complexité du dossier. Aujourd’hui il apporte de nouveaux éléments qui ne peuvent pas ne pas troubler. Résumé en trois points.

1 L’ordinateur du van Mercedes utilisé par Michel Polnareff confirme que le samedi 3 décembre le véhicule a quitté le très chic hôtel Peninsula (19 avenue Kléber) à 14h 52 pour atteindre l’Hôpital Américain (Neuilly) à 15h05. Or des sites d’information évoquaient la maladie de la star et le diagnostic de son médecin dès 14h55. Peut-on poser un diagnostic d’embolie pulmonaire bilatérale avant l’examen approfondi du malade ? Si oui, comment ? Et, peut-on en faire publiquement état ? Le corps d’une star est-il du domaine public ?

2 L’exemplaire du dossier médical du chanteur transmis au producteur Gilbert Coullier, à sa demande, est (selon le JDD) « incomplet » : aucune IRM ni angiographie, aucun scanner thoracique ni radio pulmonaire (seuls examens susceptibles d’attester l’existence d’une embolie) n’ont été versés à ce dossier. Dans quelles conditions peut-on transmettre un dossier médical au producteur d’une star âgée de 72 ans ? Qui, dans le cas d’une hospitalisation à l’Américain, est habilité à effectuer une telle transmission ? Que pourra, confronté à ces interrogations, nous enseigner le Conseil de l’Ordre des Médecins ?

3 Le JDD évoque, une nouvelle fois et sans fards, l’appétence qu’aurait la star pour les boissons alcooliques, cocktails de palaces ou, dernièrement, vins de Champagne – et ce « dans une attitude peu conforme à la description inquiétante livrée par son entourage ».

Et maintenant ? « On peut considérer qu’il est guéri, mais il reste en mauvais état » a déclaré sur BFMTV le désormais célèbre Dr Philippe Siou, l’un de ses médecins personnels. Il n’est pas totalement remis. Il est parti en convalescence pour plusieurs semaines. » « Guéri » de quoi ? Quel est ce « mauvais état » ? Où est le dossier médical complet ? Quand la star sera-t-elle vraiment hors de tous les dangers ?

A demain

Un seul burkini et cinq suicides d’infirmiers. Marisol Touraine accusée de manquer d’empathie

 

Bonjour

La fin approche, les coutures craquent. Emmanuel Macron nage sur d’autres plages. Les temps deviennent difficiles pour les membres du gouvernement.

Vieil hebdomadaire de gauche L’Obs ajoute parfois méchamment au malaise ambiant. Le sait-il ? Mesure-t-il les dégâts qu’il pourrait provoquer ? Ainsi, sur son site, cette lettre cruelle à une ministre restée proche du président de la République : « Marisol, encore combien de suicides d’infirmiers pour que tu daignes t’exprimer ? ». Elle est signée « Charline, infirmière libérale ».

Supplique connectée

L’anonymat, une nouvelle fois, autorise tous les tutoiements, tous les excès, toutes les outrances. Passons. Et lisons comme on lirait un cahier de doléances. Une supplique de la France d’en bas à celles et ceux qui ont tout, l’argent et le pouvoir démocratiquement attribué. Une supplique connectée. Extraits

« Je viens de passer sur ton compte Twitter et tu sembles toute peinée du décès de Sonia Rykiel. C’est vrai que c’était une chouette nana, qui a sacrément œuvré pour la mode en France et j’aurais vraiment adoré qu’elle fasse quelque chose pour nos blouses blanches mal taillées et pour ce code barre ingrat qu’ils persistent à nous coller sur le haut de nos pantalons à l’élastique trop serré. Mais Madame Rykiel avait d’autres préoccupations dans son milieu de la mode, un peu comme toi, dans ton ministère.

 « 13 juin, 24 juin, 5 juillet23 juillet, 13 août. Ce ne sont pas les dates de sortie de Pokémon Go, celle de la détérioration des baies vitrées de l’hôpital Necker ou encore celle de l’arrivée sur nos plages du burkini qui avaient réveillé chez toi un réel intérêt, non. À ces dates, cinq infirmiers se sont « simplement » donné la mort, trois fois rien. 

 Je dis « simplement » parce que ça ne t’a vraisemblablement pas touchée, enfin pas au point d’en faire un tweet, en tout cas. Ils se sont suicidés parce que leurs conditions de travail étaient telles qu’il leur était devenu inenvisageable de continuer de soigner, et de vivre. Et ils en sont morts, cinq fois cet été. Cinq morts, Marisol. Ils ne s’appelaient pas Sonia, on ne connait d’ailleurs pas leur prénom, c’était simplement des soignants, des blouses blanches mal taillées. »

Une peine sans écho ministériel

Charline ne supporte pas cette distorsion dans la communication ministérielle. Une ministre prise depuis bientôt cinq ans au piège du communiqué de presse à tout va, de l’omniprésence sur tous les supports, du nivellement médiatique.  Comment ne pas s’y brûler ?

« Pas un mot, ou deux, ou trois, pour exprimer une peine qui ferait écho à la nôtre… écrit encore cette infirmière du Tiers état. Combien faudra-t-il de morts Marisol ? Combien d’infirmiers vont se suicider avant que tu trouves opportun de t’exprimer enfin ? Alors oui, Sonia Rykiel est morte et j’en suis navrée, crois moi… Mais pourquoi son décès mériterait quelques caractères sur Twitter alors que tu persistes à conserver le silence face à la mort de tes soignants ? J’ai finis par me dire qu’il faudrait mieux être une baie vitrée qu’une infirmière, un Pokémon 1 plutôt qu’un soignant ou que je ferais mieux de me balader en burkini sur une plage pour réussir à attirer ton attention. »

Et Charline de dire sa peine. Sa peine d’imaginer que la ministre de la Santé puisse ne pas en avoir quand elle apprend que des infirmiers se sont suicidés.

A demain

1 Marisol Touraine avait, fin juillet, « félicité les joueurs de Pokémon Go qui « sortent » et « marchent » (BFMTV)

 

 

Incroyable : dans l’affaire de la Dépakine®, seul Sanofi peut démontrer qu’il est irréprochable

 

Bonjour

Tour d’ivoire. Le temps passe, Big Pharma ne change pas : irréprochable, intouchable, imperturbable.  Démonstration avec l’affaire de la Dépakine®  Le Dr Pascal Michon, directeur médical et porte-parole de Sanofi S’exprimant sur France Info, le Dr Pascal Michon, directeur médical et porte-parole de Sanofi assure que les « informations nécessaires » sur les risques encourus par une femme enceinte traitée à la Dépakine® avait été « communiquée aux autorités de santé ». Au même instant, sur Europe 1, le directeur général de l’ANSM, Dominique Martin, reconnaît qu’il y a eu « insuffisance d’information ». Cherchez l’erreur.

Résumons l’essentiel du dossier. La Dépakine® (valproate de sodium) est commercialisé en France par la multinationale Sanofi depuis 1967. C’est un médicament dont personne ne conteste l’efficacité. Un médicament dont on sait qu’il est, en dépit de ses possibles effets secondaires, indispensable dans certanes situations pathologiques. Cet antiépileptique est aujourd’hui également prescrit chez les personnes souffrant de troubles bipolaires (maladie maniaco-dépressive).

Lien de causalité

C’est dès le début des années 1980 que certains spécialistes ont commencé à suspecter que ce médicament pouvait être à l’origine de malformations congénitales (anomalies de fermeture du tube neural –spina bifida), dès lors qu’il est prescrit chez des femmes enceintes souffrant de maladies épileptiques.

Plus récemment, au début des années 2000, on a observé une augmentation du risque de retards du développement et de troubles du spectre autistique chez certains des enfants qui avaient, in utero, été exposés à ce médicament. La confirmation du lien de causalité et la prise de conscience n’ont toutefois été que progressives. La dernière alerte actualisée de l’ANSM sur ce sujet date de mai 2015. Parallèlement, l’administration sanitaire centrale avait sans trop tarder pris la mesure du sujet –grâce, notamment, à l’activité déployée par l’association APESAC (Aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anti-convulsivant). Sanofi, alors, gardait le silence.

« Toujours dans nôtre rôle »

L’affaire rebondit aujourd’hui avec la publication de l’étude menée par l’ANSM et la Caisse nationale de l’assurance maladie établissant que plus de 14 000 femmes enceintes ont été exposées au valproate de sodium, entre 2007 et 2014. Ecoutons le Dr Michon :

« Depuis plus de trente ans figure, dans les documents d’information à destination des médecins et des patients, le risque concernant les malformations congénitales et depuis plus de 10 ans figure le risque concernant les retards de développement. Sanofi a toujours pro activement donné les informations nécessaires aux autorités de santé. Une autorité qui doit valider et accepter ou non les propositions que nous faisons afin de les diffuser aux différentes parties prenantes, médecins, pharmaciens et patients. Nous avons toujours été dans notre rôle et dans notre mission. »

Femmes informées

Ce n’est pas la première fois que le porte-parole et directeur médical de Sanofi s’exprime ainsi. On peut le voir ici ne pas répondre véritablement aux questions qui lui sont posées en mai 2015 sur BFM-TV. Nous sommes là aux frontières du manquement à la confraternité. C’est un document remarquable. Il permet, en trois minutes, de comprendre la logique en ivoire de l’industrie pharmaceutique.  Sanofi à toujours donné aux autorités de santé les informations sanitaires nécessaires dont il avait connaissance concernant son médicament.

« Depuis plus de trente ans les documents d’information à destination des professionnels de santé mentionnent clairement les effets indésirables, y compris les risques pendant la grossesse, y compris le risque tératogène, risque de malformations pour le fœtus » explique Sanofi.  Et depuis plus de trente ans les femmes concernées (en cas de « désir de grossesse ») sont informées de ces risques via la notice d’information présente dans chaque boîte de Dépakine®.

Résumons encore : Sanofi a, en temps et en heure, informé comme il convenait les autorités de santé, les prescripteurs et les femmes concernées des risques inhérents à la prise de Dépakine®. Qui pourrait, aujourd’hui soutenir le contraire ? Sanofi n’est en rien concerné par la désinformation des patientes, l’insouciance des prescripteurs, les failles de la pharmacovigilance. Sanofi ne connaissait rien des volumes des ventes de Dépakine® ; ne disposait d’aucun réseau de visiteurs médicaux pour rappeler les règles du bon usage de sa spécialité auprès des prescripteurs ;  ne pouvait en aucune façon se sentir éthiquement concerné par les risques majeurs inhérents à ce médicament ;  n’a jamais songé à améliorer la visibilité du risque tératogène.

Transparence et tour d’ivoire

Nous sommes en 2016. Près d’un demi-siècle de commercialisation, Plus de trente ans d’inquiétudes, de soupçons.  Comme elle s’y était engagée, Marisol Touraine a confirmé la mise en place d’un dispositif d’indemnisation pour les victimes, qui sera voté au Parlement d’ici la fin de l’année. Le gouvernement explqiue entre les lignes qu’il fera pression sur Sanofi  pour que la multinationale  participe activement aux indemnisations.

Sur France Info, le Dr Pascal Michon assure que les laboratoires Sanofi sont à la disposition de la mission d’expertise juridique du ministère. « Bien sûr nous répondrons à cette invitation comme nous le faisons à chaque fois que nous sommes sollicités dans le cadre d’une expertise, dit-il. Nous répondrons en toute transparence aux questions qui nous sont posées ». Transparence:  le Dr Michon a refusé de préciser si la multinationale Sanofi seraient prêts à participer à une indemnisation des victimes.

Tour d’ivoire. Le temps passe, Big Pharma ne change pas.«Toujours dans son rôle et sa mission. »

A demain.

Nicolas Sarkozy: il avoue être addict au sucre et au sport. « Zéro alcool … ». Mais encore ?

 

Bonjour

Il nous joue, une fois encore, l’air matois, l’éternel retour. Et les médias lui tendent les bras. On lui pardonne tout. Lorsque l’animal politique paraît le cercle médiatique applaudit à grand cris.

Or Nicolas Sarkozy est bel et bien un « animal politique ». Un grand fauve. Il le sait, il en joue, il en jouit. Il fait l’acteur comme personne et il sera demain à nouveau candidat à être candidat à la présidence de la République. Pour l’heure il ronge son frein, rôde son show.

Après sa longue interview au « Point« , l’homme s’est prêté au jeu des « confidences » au micro de RTL . L’émission a pour titre « Questions de confiance » et a été diffusée ce samedi 6 août, deux jours après la nuit du 4. « Le président du parti Les Républicains  a reçu une équipe de la radio dans ses anciens bureaux de chef d’État et a tiré au sort plusieurs questions personnelles. Qu’est-il, cette fois, sorti du chapeau ?

« « Excessif, gourmand, addict », se dépeint Nicolas Sarkozy à la question : « Lequel des sept péchés capitaux seriez-vous ? ». « Je peux être addict au sport, à la lecture, au sucre », ajoute-t-il, après une hésitation. « Excessif, gourmand, addict », se dépeint Nicolas Sarkozy. » Le Vatican lui pardonnera sans doute ses insuffisances théologiques.

Alcool et pétard

Mais les journalistes veillent au grain. Selon BFM TV, Nicolas Sarkozy aurait aussi déclaré lors de cette interview qu’il n’avait « jamais bu une goutte d’alcool » de sa vie. Il aurait aussi affirmé : « Je n’ai jamais fumé un pétard de ma vie, ce n’est pas du tout que je suis contre. » Cependant, aucune de ces déclarations ne figure dans l’interview diffusée samedi matin par RTL. Ce nouvel adepte de la vérité (dans le couple) aurait-il encore des choses à cacher ?

« Zéro alcool » ? Aurait-il fait semblant, menti, les quelques fois où il était en représentation chez des vignerons ? Comme le 22 avril 2012 quand, président, il arpentait les vignes et les caves de l’appellation Vouvray (chenin blanc 100%) – bras dessus bras dessous avec le jeune Bruno Lemaire ? 1.

Et, sur le fond,  que dire d’une addiction avouée au sucre chez quelqu’un qui est à ce point abstinent ? Est-ce un stage pré-fermentation de l’assuétude ? Une étape avant la chaptalisation ? On attend, sur ces questions primaires, les lumières et le décryptage des spécialistes de SOS addictions.

A demain

1 « De Tours à Vouvray, avec Gambetta, Balzac et Sarkozy » (Slate.fr, 24 avril 2012)

 

 

«Necker-Enfants malades»: bientôt broyé par la dynamique des affrontements politiques ?

Bonjour

Demain les historiens enquêteront sur « l’affaire Necker » – une affaire qui, à l’heure où nous écrivons, a moins de vingt-quatre heures.  Ils pourront alors se reporter à Slate.fr qui, sur le sujet, vient de publier une synthèse quasi-exhaustive : « Comment l’hôpital Necker est devenu le symbole de ce qui agite la France » (Mélissa Bounoua).

Il y a quelques heures, Manuel Valls, Premier ministre s’est rendu au chevet du Necker vandalisé par des casseurs en marge de la manifestation CGT anti-loi Travail (un million de participants selon la CGT, moins de cent mille selon la police). Il était accompagné de Marisol Touraine, sa ministre de la Santé.

Bloc opératoire

« J’ai tenu à marquer la solidarité du gouvernement et, j’en suis sûr, celle de tous les Français vis-à-vis des équipes de l’hôpital qui ont subi une agression intolérable. De mémoire, c’est la première fois que l’on s’attaque ainsi à un hôpital. Personne ne peut ignorer que c’est un hôpital. Derrière ces vitres, il y a en plus le bloc opératoire » a-t-il déclaré à la presse, comme le rapporte BFM TV.

 Plus généralement, alors que cinquante-huit personnes ont été interpellées en marge de cette manifestation contre le chef du gouvernement a dénoncé l’attitude des casseurs « qui non seulement s’attaquaient à des bâtiments publics, mais voulaient aussi se payer, voulaient tuer des policiers ». « Quand on balance des parpaings particulièrement lourds, c’est qu’on veut faire mal, c’est qu’on veut tuer un policier », a-t-il insisté.

Policiers assassinés

L’Assistance publique – Hôpitaux de Paris  a annoncé quelle allait  « porter plainte » après l’ « attaque inadmissible » de l’hôpital Necker-enfants malades. Les hasards veulent que ce soit dans ce même hôpital qu’avait été accueilli l’enfant âgé de 3 ans du couple de policiers assassinés, la veille et au nom de l’organisation Etat islamique, à Magnanville. Matignon a précisé que le Premier ministre devait rencontrer les équipes psychologiques qui ont pris en charge l’enfant.

Pour sa part, au même moment, Nicolas Sarkozy a dénoncé les « événements scandaleux auxquels nous avons assistés hier [mardi] à Paris »  et « notamment ce qui s’est passé à l’hôpital Necker » « Qu’on puisse s’attaquer à un hôpital pour enfants est un scandale », s’est indigné le président des Républicains en marge d’une matinée de travail du parti sur les relations internationales.

« Je demande que soit engagée la responsabilité civile et financière de la CGT qui a organisé la manifestation. C’est trop facile. On appelle à manifester. Le spectacle donné par la France est lamentable, a martelé l’ancien président de la République. Que les organisateurs assument leurs responsabilités. » En écho François Hollande envisage désormais d’interdire les manifestations si les biens et les personnes sont menacés.

Symboliques hospitalières

Où l’on voit, en action, les dynamiques politiques se nourrir de la symbolique hospitalière – symbolique vieille de plusieurs siècles et empruntant à la charité, à l’assistance publique, à la solidarité. Un continuum bienveillant de religieux et de laïcité. Imagine-t-on un instant l’ampleur des réactions si, en lieu et place de Necker c’est l’Hôtel-Dieu qui, sur le parvis de Notre-Dame de Paris,  avait été visé ?

Au-delà de l’émotion et des redoutables addictions médiatiques qu’elle génère, au-delà de la symbolique et des passions politiciennes et idéologiques, il restera, sur le pavé, les faits. Plusieurs des images et quelques témoignages peuvent laisser penser que la violence et la cible n’étaient pas aussi claires et déterminées qu’on pourrait le redouter. Il faudra revenir sur la définition de caillasse et de caillasser toujours voisin de lapider. Sous les pavés, la plage et ne jamais travailler.

Violence d’un texte

Slate.fr rapporte également les mots du parent (anonyme) d’un enfant malade hospitalisé à Necker. Il aimerait que ces vitres brisées ne soient pas utilisées politiquement par le gouvernement, que ce caillassage ne nourrisse pas les mâchoires avides de la machine politique. Il s’exprime à contre-courant sur le site lundimatin. C’est un texte violent. On peut le lire ici : « Sur l’instrumentalisation des vitres de l’hôpital Necker ».

Une grande photographie illustre cette tribune. Nous sommes face à la façade vitrée de Necker, à l’ouest ultime du boulevard de Montparnasse et à l’approche de Duroc. Dans notre dos on pressent  le très parisien Au chien qui fume. Face à nous une station de bus. Un panneau publicitaire, comme toujours. Celui-ci est intact. Il incite à boire. Du « Label 5 ® ».

Hôpital Omar Ben Abdulaziz d’Alep

On allait mettre un point final à ce texte. C’est alors qu’on reçoit un message. Il nous est adressé par l’ONG Médecins du Monde. Le voici :

« Paris, le 15 juin 2016. Hier soir, l’hôpital Omar Ben Abdulaziz, situé à l’est d’Alep et soutenu par Médecins du Monde (MdM), a été détruit. MdM condamne avec la plus grande fermeté cet acte qui, une fois de plus, bafoue les règles les plus élémentaires du droit humanitaire international qui s’appliquent aux lieux de soins. 

 « Les attaques contre les structures de soins sont quasi quotidiennes. La situation est catastrophique: les civils et les personnels de santé sont les premières victimes. Il faut que ces attaques s’arrêtent, nous ne cessons de tirer  la sonnette d’alarme. Nous attendons une application urgente du droit international humanitaire. » 

Hôtel-Dieu, Necker- Enfants malades, Omar Ben Abdulaziz; c’est le même combat.

A demain

Cigarette électronique et paquet neutre : le gouvernement, cible de la convergence des luttes

 

Bonjour

Tabac et feux croisés sur Marisol Touraine et le gouvernement français. A droite les 25 000  buralistes ; à gauche les centaines de milliers (trois millions ?) de vapoteurs. Et dans les deux camps d’innombrables caisses de résonance. Tout cela sera mis en scène, dès aujourd’hui, par LCI et BFM TV puisque ce 20 mai correspond à l’arrivée des premiers paquets neutres dans les rayonnages à toxiques.

Chacun convient (sur scène ou en coulisse) que cette mesure sera totalement inefficace si elle n’est pas associée à une augmentation massive et durable des prix. Chacun sait que le gouvernement (et la majorité socialiste) ne veut pas de hausse des prix du tabac avant la fin du quinquennat – hausse que Marisol Touraine continue de porter (sic). Chacun sait, enfin, que les Français fument comme jamais. On continue, pour autant, de parler de « mesure phare », de « Programme national de réduction du tabagisme » et d’une France « mauvaise élève » (80 000 morts prématurées chaque année). Et la puissance publique de continuer à snober la cigarette électronique.

Buralistes et paquet neutre. Rien ne presse. A compter de ce 20 mai les géants du tabac ne doivent certes plus produire de paquets avec logo destinés au marché français. Mais leurs livraisons aux buralistes pourront durer jusqu’au  20 novembre (« écoulement des stocks… »).  Jusqu’au 1er janvier 2017, les paquets ennemis pourront donc coexister.

La Confédération des buralistes a annoncé, jeudi 19 mai, avoir déposé mercredi un recours contre le décret et l’arrêté d’application du paquet neutre, devant le Conseil d’Etat. Elle « demande un report de la mesure tant que l’ensemble des pays européens ne l’aura pas mis en place ». Japan Tobacco International et la Seita (filiale française du cigarettier britannique Imperial Tobacco) engage le même combat devant le Conseil d’Etat.

« Jusqu’ici, les tentatives des industriels ont échoué. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a validé le 4 mai la directive européenne permettant de renforcer la lutte contre le tabagisme, rappelle Le Monde (Pascale Santi.  Le Monde  A sa suite, la Haute Cour de justice britannique a ensuite débouté  Philip Morris, British American Tobacco, Japan Tobacco et Imperial Tobacco qui s’opposaient à la législation britannique sur l’instauration du paquet neutre, arguant d’une atteinte à la propriété intellectuelle. »

Les vapoteurs et la cigarette électronique. C’est la guerre. Après les espoirs nés du récent « 1er sommet de la vape », l’Association pour les utilisateurs de cigarette électronique (Aiduce) dénonce une nouvelle fois avec force le fait que la cigarette électronique soit assimilée à un produit du tabac. Ce qu’à l’évidence elle n’est pas : c’est un outil qui peut, précisément, aider à sortir du tabac.

Or la directive instaure des règles sur le conditionnement, l’emballage, interdit certains additifs. Elle limite à 20 milligrammes par millilitre le contenu de nicotine dans le liquide de recharge, et à 2 millilitres pour les cartouches. Au-delà de ce seuil de 20 mg/ml, le produit est considéré comme un médicament. « Ces restrictions techniques imposées par cette réglementation ne servent qu’à protéger les produits peu efficaces des filiales de l’industrie du tabac », conteste l’Aiduce. Le monde le la vape envisage lui aussi des recours.

La Fivape (Fédération interprofessionnelle de la vape) converge dans la lutte :

« Alors que le consensus en faveur de l’e-cigarette la place au fil des mois comme un outil efficace dans la réduction des risques liés au tabagisme et dans la lutte contre le tabac, l’assimilation de la vape aux produits du tabac conventionnels, pour entre autres les mesures relatives à la publicité et à la propagande, relève du grotesque, par la mise sur un pied d’égalité du poison et de l’antidote ».

Poison et antidote

Toutes les associations françaises de lutte contre le tabagisme se rejoignent aujourd’hui pour reconnaître que « la cigarette électronique est une arme de réduction massive des risques mortels liés au tabac ». Le Collège royal de médecine britannique vient de conclure que la cigarette électronique est « essentielle et efficace » dans une politique de réduction du tabagisme. Ne pas confondre, en somme, le poison de la fumée et l’antidote de la vapeur

Marisol Touraine, on ne le dira jamais assez fort, continue à faire la sourde oreille. C’est à peine si, entre mille et une sorties médiatiques elle a, le 3 mai, sur Europe 1 consenti à déclarer : « Il vaut mieux ne pas fumer. Mais mieux vaut la cigarette électronique que la cigarette tout court. »  Que ne le dit-elle plus haut, plus fort, et au plus vite ?

A demain