L’entrecôte feuilletée d’or du lièvre Ribéry, les lunettes de tortue écaillée d’Audrey Pulvar

Bonjour

Plus un débat sans violence, plus un repas sans débat. Ainsi Franck Ribéry, 35 ans, footballeur international français sur le déclin, évolue toujours néanmoins au poste d’ailier gauche du Bayern Munich. Victime, à l’âge de deux ans, d’un accident de la circulation qui lui laisse des cicatrices sur le visage,  commence le football à six ans au FC Conti de Boulogne-sur-Mer, rejoint à douze ans le centre de formation du LOSC Lille, dont il sera renvoyé quatre ans plus tard à la suite de mauvais résultats scolaires et de problèmes de comportement.  Généralement caricaturé comme un « footballeur surexcité à la syntaxe sommaire ». Converti à l’islam depuis 2006 il porte aussi le nom de Bilal Yusuf Mohammed.

Franck Ribéry vient d’insulter sans ménagement les personnes qui l’ont critiqué après un article paru dans Bild évoquant une facture de 1200 euros pour une « entrecôte recouverte d’or ». Bild avait révélé qu’en vacances à Dubaï, le célèbre joueur avait rendu visite au célèbre chef Nusret Gökçe à la Nusr-Et Steakhouse pour y déguster une des spécialités de l’établissement.

Et le quotidien allemand de se délecter, précisant que le joueur français et ses proches avaient commandé une entrecôte pailletée d’or d’une valeur de 1200 euros, déclenchant de nombreuses critiques à son égard. Une information reprise par de nombreux médias, notamment par Le Figaro.fr. Avant que l’on apprenne que la facture entrecotesque avait été largement surévaluée,  Bild confondant les euros et les dirhams émiratis. La pièce de chair coûtait un peu moins de 300 euros, et non 1200 comme indiqué.

Remettre les points sur les i et les barres sur les t…

Meurtris par les critiques, l’ancien international a violemment répondu à ses détracteurs et notamment aux médias, via les réseaux sociaux. Extrait (repris non sans délectation par Le Figaro):

«Pour 2019, remettons les points sur les i et les barres sur les t… Commençons par les envieux, les rageux, nés sûrement d’une capote trouée: n*iquez vos mères, vos grands-mères et même votre arbre généalogique. Je ne vous dois rien, ma réussite c’est avant tout grâce à Dieu, à moi et mes proches qui ont cru en moi. Pour les autres, vous n’étiez que des cailloux dans mes chaussettes!».

Ribéry poursuit, amer, regrettant notamment que les médias n’avaient pas relayé ses actions généreuses auprès des associations.

«Ensuite, concernant ces pseudo-journalistes qui ont toujours été dans la critique négative envers moi, mes actes (dernier exemple en date: le prix de ce que je mange!)… Quand je fais des dons (car on m’a appris à donner quand je reçois beaucoup), pourquoi aucun grand média national ne diffuse-t-il cela ?. Non, vous préférez parler des vacances que je passe en famille, vous scrutez mes faits et gestes, ce que je mange etc. Oh, oui, pour ce genre de futilités, vous êtes présents!»

 Puis, « pour mettre un terme à cette polémique qui n’a même pas lieu d’être », Franck Ribéry a publié une capture d’écran d’un article reprenant un tweet de l’ancienne journaliste Audrey Pulvar où elle proclamait « Je fais ce que je veux de l’argent que je gagne ». A l’époque Mme Pulvar avait été particulièrement critiquée après avoir dévoilé le prix de ses lunettes en écaille de tortue… d’une valeur de 3300 euros. Un modèle de la célèbre maison Bonnet, lunetier, dont le prix habituel est nettement plus élevé.

Or aujourd’hui la même tacle le joueur sur Twitter : « Monsieur Franck Ribéry, si vous ne savez pas quoi faire de votre argent, il reste plein de causes à financer et soutenir dans le monde » écrit celle qui désormais préside de la Fondation Nicolas Hulot. Reprise de volée de Franck Ribéry:

« J’espère que vos lunettes [en écaille de tortue] vous permettent d’entrevoir un meilleur avenir professionnel que celui de la pseudo journaliste que vous êtes actuellement ».

 A demain

@jynau

L’âge d’or du tabac à rouler. Autorisé à fumer dans le vestiaire d’une équipe de football

Bonjour

Le temps passe et l’on songe au passé. On peut lire ceci sur le site des buralistes français : « Foot, geste de courtoisie envers le coach fumeur ». C’est une anecdote qui, portée par les « réseaux sociaux » prend, un instant, une dimension symbolique. Une anecdote fidèlement rapportée par L’Equipe :

« Battus 3-1 à Naples en seizièmes de finale aller de Ligue Europa le 15 février, les joueurs du Napoli se déplacent ce 22 février à Leipzig pour tenter de renverser la tendance. Si la tâche s’annonce ardue, le club de Naples souhaite être accueilli dans les meilleures conditions. C’est pourquoi il a adressé une demande particulière au club est-allemand : l’entraîneur italien du Napoli, Maurizio Sarri, aimerait disposer d’un espace dans le vestiaire pour fumer en présence de ses joueurs.

« Aussitôt dit, aussitôt fait : le quotidien allemand Bild rapporte que les Allemands ont construit un mur en béton de 3 mètres de haut et de large dans l’espace de massage des vestiaires visiteurs pour exaucer le vœu du technicien italien. Tout cela est payé par le Napoli. Le RB Leipzig a également désactivé les détecteurs de fumée dans le vestiaire des Italiens. Décidément, les Allemands sont de bons hôtes… »

Au temps de l’ignorance

On peut aussi, sur ce même site, rêver au passé d’avant la neutralité : « Quand le papier à cigarette s’affichait en couleurs ». Où l’on apprend qu’à l’occasion de ses trente ans, le musée du papier d’Angoulême propose  pendant quelques jours encore – jusqu’au 25 février une exposition d’anciennes affiches publicitaires incitant notamment à consommer du tabac. Un retour vers le temps des « réclames » et le passé industriel de la ville.

« Les affiches datent de la fin du 19ème et du début 20ème siècle, de l’âge d’or où le tabac porte des valeurs positives – ce temps d’ignorance a existé … – et ‘’la réclame’’ le magnifie, peut-on lire sur le site des buralistes.  Les grandes maisons françaises qui fabriquent du papier à rouler ont fait appel, dès cette période, à de grands affichistes de talent pour vendre leurs produits.

« L’élément essentiel de cette période est l’invention de la chromolithographie qui a permis de réaliser de très grandes affiches en couleur et donc d’avoir une publicité qui pouvait être posée sur des façades », explique Florent Gaillard, directeur du Musée du papier. Angoulême fut un temps célèbre pour ses fabriques de papier à cigarette. À l’époque, près de 6 000 personnes y travaillaient. Le temps passe, et l’on songe aux ignorances du passé.

A demain

 

 

La «multimère» allemande (17 enfants, dont 4 à 65 ans). Axel Kahn postule la maladie mentale

Bonjour

Pourquoi tant d’indignation ? Annegret Raunigk vient, à l’âge de 65 ans, de donner la vie à des quadruplés. Elle avait déjà donné naissance à treize enfants. L’histoire de cette enseignante allemande est racontée, en exclusivité, à la chaîne de télévision privée allemande RTL à qui elle a vendu une partie de « ses droits ».

Ukraine

Mme Raunigk avait, dit-elle, eu ses précédents enfants de cinq pères différents. Cette fois elle dit avoir eu recours à des fécondations in vitro pratiquées en Ukraine avec les cellules sexuelles d’anonymes. L’annonce de sa grossesse insolite avait déjà suscité l’intérêt de médias allemands friands de sensationnalisme. La plupart des titres de la presse allemande n’a pas obtenu d’entretien avec elle, exclu oblige.

« En dépit d’une famille déjà grande, cette Berlinoise n’a pas hésité à se rendre à l’étranger pour recourir à de multiples inséminations artificielles depuis un an et demi, afin d’exaucer le souhait de sa plus jeune fille de 9 ans, qui désirait un petit frère ou une petite sœur » raconte RTL. La dernière insémination a largement excédé ses espérances : les quatre ovocytes fécondés et implantés se sont développés. « Cela a bien sûr été un choc pour moi. J’en ai parlé avec mon gynécologue qui m’a dit : ‘’vous avez déjà 65 ans’’  mais aussi : ‘’vous êtes encore en forme, c’est à vous de voir’’.J’ai réfléchi et j’ai ensuite pris ma décision, que je connaissais déjà au fond de moi » a-t-elle confié à Bild.

17 enfants

Cette professeure d’anglais et de russe en école primaire doit prendre sa retraite cette année. « Je n’ai pas peur. Je pars du principe que je reste en bonne santé et en forme. J’ai assez d’expérience en matière d’organisation. Cela n’est pas nouveau pour moi, a assuré à RTL celle qui est désormais mère de 17 enfants. Une telle initiative doit être décidée pour soi-même. Et on ne devrait, à mon avis, pas trop se laisser influencer par les autres. »

« Sa décision laisse toutefois de nombreux Allemands perplexes. Sur le site internet de Bild, 2.346 lecteurs ont réagi en cliquant sur le bouton « colère » en bas de l’article, contre 391 « wow », rapporte L’Obs. « Ses enfants entreront à l’école quand elle aura 71 ans. L’enfance sera cruelle », réagit Barbara Nagel, une lectrice du site de RTL dans les commentaires. »

Diagnostic à distance

En France c’est Axel Kahn qui s’indigne. Il le fait aujourd’hui jour de Pentecôte dans Le Parisien (propos recueillis par Frédéric Mouchon). Généticien, éthicien et médecin le Pr Kahn ne redoute guère d’enfreindre les règles en portant le diagnostic à distance. Selon lui Mme Raunigk présente « un probable désordre psychologique ». Les conseils de la vieille mère allemande engageront-ils des poursuites ?

Le médecin français prend soin de souligner qu’il « ne stigmatise pas le désir d’enfants des femmes ménopausées ». « Je préfèrerais cependant que l’on permît aux femmes de concilier une vie de jeune mère à une brillante carrière et à une progression hiérarchique ». Le Pr Kahn est reconnaissable entre tous à son usage du circonflexe sur des verbes utilisés à des modes généralement oubliés par les enseignants d’aujourd’hui, modes désormais ignorés de leurs élèves. Qui, hormis Kahn et Luchini (1) parlent encore ainsi ?

Appétit du gain

Pour le médecin français, « outre le risque pour la mère, le risque de grave prématurité des enfants était une redoutable certitude. De fait ils sont nés à vingt-six semaines et ne pèsent sans soute pas plus de 700g [ndlr : ils font entre 655 g et 960g]. Le pire est bien entendu la perspective de graves séquelles neurologiques chez au moins certains de ces enfants. »

Le Dr Kahn ne fait pas non plus œuvre de charité confraternelle : « Je dénonce  aussi l’attitude des professionnels, que j’hésite à appeler médecins, responsables de cette grossesse multiple (…) les médecins et biologistes ukrainiens qui ont pratiqué ces assistances médicales à la procréation, sans doute par appétit du gain, ont eu un inqualifiable comportement. En France ils seraient sanctionnés à deux titres : parce qu’ils enfreignent la loi et par le Conseil de l’Ordre, parce qu’ils ne respectent pas les principes déontologiques de la profession de médecin. »

Le Pr Kahn en est-il bien certain ?

A demain

(1) Toutes affaires cessantes, courir l’écouter chanter « Le bateau ivre » au Théâtre des Mathurins. Marché noir si nécessaire.

Andreas Lubitz : a-t-il testé, lors du vol aller, la méthode qu’il utilisera deux heures après ?

Bonjour

Mercredi 6 mai 2015. Le Bureau d’enquête et d’analyses (BEA) vient de publier son rapport préliminaire sur le crash de l’A320 de Germanwings. Sur Slate.fr Jean-Marie Pottier en fait un résumé circonstancié. « Trente pages écrites dans un froid langage administratif qui contiennent un enseignement nouveau, qui avait fuité plus tôt   dans le quotidien allemand Bild: lors du vol aller entre Düsseldorf et Barcelone, ce jour-là, Andreas Lubitz avait «testé» la manœuvre consistant à programmer le pilote automatique pour effectuer une descente vers le sol, sans la mener à son terme » écrit-il.

Peu après 7 h 20 mn

Nous sommes le 20 mars 2015, un peu après 7 h 20 mn, alors que l’avion fait route vers Barcelone. Il se trouve alors en phase de croisière au-dessus du territoire français. Le centre de contrôle aérien de Bordeaux demande à l’appareil de descendre de 2.000 pieds (de 37.000 à 35.000 pieds). Andreas Lubitz est alors seul aux commandes (le commandant de bord a quitté le poste de pilotage depuis trente secondes). Le copilote obtempère dans un premier temps puis, pendant trois secondes, fixe l’altitude programmée sur le pilote automatique à son minimum (100 pieds) puis à son maximum (49.000 pieds), avant de la refixer au niveau demandé.

« Quelques secondes plus tard, le contrôle aérien demande à l’appareil de descendre à 21.000 pieds. Là encore, Andreas Lubitz obéit dans un premier temps avant, dans un second, d’effectuer une série de variations de l’altitude, en l’amenant là encore plusieurs fois à 100 pieds, avant de la stabiliser à 25.000 pieds, écrit Jean-Marie Pottier.  Le pilote rentre ensuite dans le cockpit et le vol suit son cours normal ».

9 h 30 mn 53 s

On sait ce qui se passera moins de deux heures plus tard (à 9h 30mn 53s). Andreas Lubitz reprogramme une altitude de 100 pieds sur son tableau de bord. Le crash survient à  9h 41mn 06s.  Slate.fr, reprenant le rapport du BEA : « Le rapport dresse un listing assez terrifiant du nombre d’alertes auxquelles a été «soumis» le copilote pendant ces dix minutes de descente: pas moins de onze appels du contrôle aérien, cinq alertes correspondant au signal sonore de demande d’ouverture du poste de pilotage par le commandant de bord, onze «séquences» de coups frappés par le commandant de bord sur la porte, trois appels de la défense aérienne française et un appel d’un autre équipage. »

Où l’on voit que le puzzle du crash ne cesse de se compléter. Après les antécédents psychiatriques et médicamenteux, après la lecture militaire et médico-légale, voici la lecture aérienne. On attend toujours les résultats (essentiels) de la toxicologie post mortem. Dans l’attente les spécialistes du suicide disposent d’un dossier hors du commun : il s’enrichit aujourd’hui des traces chiffrées de ce qui ressemble fort à une tentative de passage à l’acte, moins de deux heures avant la fin. Certains spécialistes de l’inconscient pourront aussi y voir une forme d’appel à l’aide – un appel qui ne fut pas entendu comme tel.

A demain

Crash : Bild et Paris Match disent avoir visionné les derniers instants des passagers. Et après ?

Bonjour

On progresse dans l’horreur. Et nous sommes loin d’en avoir fini avec le crash de l’A320 de Germanwings. Le dernier rebondissement en date survient au moment même où les PDG de Lufthansa et de sa filiale low cost (Carsten Spohr et Thomas Winkelmann) se recueillent devant une stèle érigée à la mémoire des victimes. Il concerne « une supposée vidéo des derniers instants avant le crash ». Soit au moment où les passagers étaient conscients que l’appareil allait s’écraser.

Démenti du procureur

Cette vidéo existe bel et bien, selon l’hebdomadaire Paris Match et le journal allemand Bild, qui disent avoir visionné l’enregistrement. Or cette affirmation est « complètement fausse », selon la gendarmerie. Brice Robin, procureur de la République de Marseille, a pour sa part démenti « qu’en l’état actuel des investigations figurent à l’enquête une ou plusieurs vidéos filmant le crash de l’Airbus A320 ». « Dans l’hypothèse où une personne disposerait d’une telle vidéo, elle se doit de la remettre sans délai aux enquêteurs  de la gendarmerie afin qu’elle soit jointe à l’enquête » vient de faire savoir  Brice Robin (1).

Selon l’Agence France Presse, sur le supposé enregistrement « pris depuis l’arrière de la cabine »  Bild  et Paris Match révèlent que l’on  « entend crier Mon Dieu en plusieurs langues ». L’hebdomadaire français assure n’avoir « aucun doute » sur la provenance de l’enregistrement réalisé via un téléphone portable.

Démenti de la gendarmerie

« La scène est tellement chaotique qu’on ne distingue personne, mais les cris des passagers révèlent qu’ils étaient parfaitement conscients de ce qui allait arriver. Vers la fin, après une secousse plus forte, les cris s’intensifient. Puis plus rien », précise Paris Match. Qui ajoute : « on entend également, par trois fois au moins, des coups métalliques qui laissent penser que le pilote tente d’ouvrir la porte du cockpit au moyen d’un objet lourd ». Ce qui correspond aux informations dévoilées par enregistrements sonores de la boîte noire.

Ces affirmations sont « complètement fausses », a aussitôt déclaré réagi le lieutenant-colonel Jean-Marc Ménichini, de la gendarmerie française, interrogé par CNN. Il a précisé que les téléphones mobiles collectés sur le site du crash n’avaient pas été « encore exploités » par les enquêteurs. Ces téléphones cellulaires devraient être envoyés pour analyse à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) de Rosny-sous-Bois, près de Paris.

Pour l’heure, via Bild et Paris Match, nous progressons collectivement dans l’horreur. Et après ? Que ferons les chaînes d’information continue. Que dira, ensuite le CSA ? Jusqu’où irons-nous ?

A demain

(1) L’hebdomadaire français assure n’avoir « aucun doute » sur la provenance de l’enregistrement, en l’occurrence un téléphone portable. « Toute l’équipe éditoriale de Paris Match a également visionné l’enregistrement qui ne nous appartient pas et que nous avons refusé de publier car c’est très violent », affirme encore Paris Match ce mercredi 1er avril ,dans une vidéo où le journaliste qui a signé l’article Frédéric Helbert s’explique. « Ce n’est pas une vidéo trash » : « c’est le son qui est terrible, c’est la dimension humaine de la panique, de la détresse, des cris, des gens dans l’avion ». « C’est un élément humain très fort mais (…) qui n’apporte rien à l’enquête » précise-t-il.

Crash : « un grand nombre de médicaments » ont été retrouvés chez le pilote allemand

Bonjour

Après Bild c’est Die Welt :

“Andreas Lubitz  hatte schwere « psychosomatische Erkrankung »”.

La police allemande a découvert « un grand nombre de médicaments » destinés au traitement de troubles psychiques au domicile d’Andreas Lubitz, le copilote soupçonné d’avoir provoqué délibérément le crash de Germanwings. Un élément de plus après ceux ayant déjà fuité : une dépression sévère en 2008, un arrêt maladie qui courait encore le jour du crash, et que l’on a retrouvé déchiré.

Troubles de la vision

Ce n’est pas tout. The New York Times traite d’un autre sujet, somatique celui-ci : Andreas Lubitz souffrait, depuis peu de troubles de la vision qu’il cherchait à soigner et qui auraient pu remettre en cause son aptitude à être autoriser à voler.

En dépit de ses convergences les enquêteurs se refusent encore à ne privilégier que la piste psychiatrique. C’est ce qu’a rappelé, aujourd’hui 28 mars Jean-Pierre Michel, un enquêteur français actuellement en mission à Düsseldorf. « On a un certain nombre d’éléments qui nous permettent d’avancer dans cette piste, qui est présentée comme une piste sérieuse, mais qui ne peut pas être uniquement la seule », a déclaré le général Jean-Pierre Michel, cité par l’Agence France Presse. Il n’écarte toujours pas l’hypothèse d’une « faute involontaire ou une défaillance technique ». La seconde boîte noire de l’A320 n’a toujours pas été retrouvée.

Général Michel

Jean-Pierre Michel ajoute qu’à ce stade de l’enquête, il n’y a toujours « pas d’élément particulier » dans la vie du copilote (une « rupture amoureuse » … un « problème professionnel »…). « On va essayer de comprendre ce qui dans sa vie aurait pu l’amener à ce passage à l’acte », a déclaré l’enquêteur, ajoutant que la reconstitution par l’enquête de « l’environnement d’Andreas Lubitz va être extrêmement importante et il l’est déjà parce qu’il nous permet déjà de mieux comprendre l’homme qu’il est ». Maigret, toujours Maigret. Mais un Maigret ne maîtrisant plus la presse comme Simenon aimait à nous le montrer.

Le général Michel fait partie d’une délégation de trois enquêteurs français venue à Düsseldorf pour coopérer avec les autorités allemandes. Il a expliqué qu’il s’agissait notamment de faire le lien entre les « constatations techniques » ainsi que les relevés effectués en France sur éléments sur la vie et la personnalité d’Andreas Lubitz rassemblés en Allemagne lors d’auditions et de perquisitions.

Camarades allemands

« Le travail actuellement conduit par nos camarades allemands est orienté vers la compréhension de ce qui s’est passé, sur une éventuelle préméditation ou prédisposition peut-être à ce genre d’acte », a-t-il dit.

Psychiatrie ou pas ? Le général Michel a visiblement été autorisé à parler à la presse. Cela ne signifie pas qu’il dit tout ce qu’il sait. Il arrivait à un Maigret dans le brouillard d’orienter les journalistes sur de mauvaises pistes. Pour mieux progresser.

A demain

Crash: le pilote de la Lufthansa était en arrêt maladie, avec antécédents psychiatriques

Bonjour

Le cauchemar se précise. L’insupportable avance à grand pas. Trois jours après le crash on abandonne toutes les hypothèses, terroristes ou mécaniques, pour se concentrer sur la psychiatrie. C’est elle et ceux qui la servent qui nous aideront  sinon à comprendre du moins à entrevoir  ce qui s’est passé dans le cerveau d’Andreas Lubitz, 28 ans, copilote de la Germanwings. On abandonne les portes blindées obligatoires depuis le 11 Septembre, on quitte le cockpit pour le divan, la pharmacie, la médecine des âmes.

Redonder

Manuel Valls, Premier ministre français a tenu à s’exprimer sur le sujet. Il a estimé, dans la matinée du 27 mars que tout s’orientait vers la piste d’un geste criminel, fou, suicidaire. Le Premier ministre, ce n’est pas nouveau, a une forte tendance à redonder.

L’information vient de tomber : d’Andreas Lubitz, 28 ans, avait  caché qu’il faisait l’objet d’un arrêt maladie le jour de l’accident. Murmurée par le tabloïd Bild le fait a été confirmé par le parquet de Düsseldorf .

Ne pas aller

Les enquêteurs ont retrouvé chez lui des formulaires d’ « arrêts maladie détaillés, déchirés » et qui concernaient aussi « le jour des faits », a affirmé le parquet dans un communiqué. Le parquet ne confirme pas la nature de la « maladie ». On imagine ce qui se passe actuellement chez le(s) médecin(s) qui a (ont) signé ces arrêts maladies. De même que chez ceux qui étaient en charge de les faire respecter. Sans parler de toutes celles et ceux qui avaient noté qu’Andreas n’allait pas bien ces derniers temps.

Secret médical ou pas le diagnostic porté ne tardera guère. Suivront le nom des cachets que le copilote prenait ou ne prenait pas. Bientôt  les polémiques porteront sur les nouvelles contraintes, médicales biologiques et pharmacologiques auxquelles devront se  soumettre des pilotes aériens. Bild souligne que toutes les  informations médicales concernant Andreas avaient été transmises par la Lufthansa, maison-mère de Germanwings, à l’autorité allemande de supervision du transport aérien (Luftfahrtbundesamt, LBA).

Enfermer

D’ores et déjà la Lufthansa doit s’apprêter à bien des orages. D’ores et déjà quelques mythes publicitaires sur la qualité allemande s’effondrent. Ce ne sont pas les seuls. Bild révèle que le commandant de l’Airbus A320, enfermé hors du cockpit lors de la chute de l’avion dans les Alpes françaises, a tenté de forcer la porte du poste de pilotage  avec une hache. Alors que son copilote était en train de manœuvrer l’avion vers le sol le pilote du vol Germanwings a utilisé une hache se trouvant à bord de l’appareil pour tenter de forcer la porte blindée et tenter d’empêcher la catastrophe. Bild cite ici des « sources sécuritaires ».

Une porte-parole de la compagnie allemande Germanwings a dit à Bild qu’une hache devait être à bord de l’appareil. Un tel outil «fait partie de l’équipement de sécurité d’un A320», a-t-elle précisé. Le procureur de la République de Marseille (qui dit avoir entendu le copilote respirer jusqu’à la fin) a-t-il entendu ces coups ? Des coups qui ramènent  immanquablement à un Shining inversé. Shining de King-Kubrick – et ses pathologies psychiatriques et alcooliques enfermées dans les cimes enneigées.

Déprimer

Andreas Lubitz, avait  traversé un épisode dépressif en 2009. Toujours selon Bild il était sous traitement médical particulier et régulier. Pourquoi avait-il déchiré  son dernier arrêt de travail. Pourquoi ne l’avait-il pas brûlé ? « L’Allemagne, stupéfaite, s’interrogeait vendredi sur la personnalité et les antécédents psychiatriques du copilote de l’Airbus A320 de Germanwings » nous dit l’Agence France Presse. « Cette tragédie prend une dimension totalement inconcevable, a réagi la chancelière allemande Angela Merkel dans une courte déclaration à la presse. Cela va au-delà de l’entendement. »

Immanquablement les mémoires, les angoisses, les horreurs se réveillent. Des journalistes en viennent à se reparler. « La mort est un maître venu d’Allemagne, nous dit un  vieux confrère hyper-mnésique.  C’est de Paul Celan ».

A demain

Crash: Andreas Lubitz, les vertiges du suicide chez un copilote angoissé

Bonjour

« Le suicide est  l’action de celui qui se tue lui-même». Littré le dit, qui ne se trompe jamais. Que dire, alors, de celui qui se tue en entraînant dans la mort cent quarante-neuf personnes ? Question qui s’ouvre sur le vide des vivants. Nous sommes ici aux antipodes du suicide altruiste. Où l’on retrouve, bras dessus  bras dessous, la mort et la folie.

Rhénanie-Palatinat

A l’heure où nous écrivons ces lignes des enquêteurs, dans l’ouest de l’Allemagne, effectuent des perquisitions aux deux domiciles d’Andreas Lubitz, 28 ans. Andreas habitait encore, parfois, chez ses parents, petit pavillon allemand de Montabaur (Rhénanie-Palatinat). Que trouveront-ils, ces enquêteurs, dans les chambres de cet homme ? (1)

Une image d’Andreas Lubitz fait le tour du monde et la Une de tous les quotidiens. Assis, romantique, sur la rive d’un fleuve, souriant aux anges. Où est-il ? Que veut-il nous dire ? Veut-il dire ? Prendra-t-il, dans quelques minutes, le célèbre pont auquel il tourne le dos ? Quel est son Eldorado ? Y a-t-il quelqu’un  derrière l’appareil photo ? Cette photo est celle de sa PageFacebook. Celle qu’il voulait donner de lui au monde ? « On » a désactivé sa page. Elle est partout.

Donner la mort

Les médias disent déjà tout de lui. Ou presque, comme la BBC. De même que Wikipedia engrange et engrange tout ce qui s’écrit sur la catastrophe. Comme les voisins qui, comme toujours, ne parlent que de la surface visible des choses. Un jeune homme sportif, « très compétent », serviable, qui avait toujours rêvé de voler, un jeune homme   apparemment sans histoires. Et puis la boucle qui nous dit l’exact contraire : un copilote qui refuse d’ouvrir la porte de la cabine de pilotage au commandant de bord de retour des toilettes, un fou qui actionne les commandes activant la descente de l’appareil, un malade qui inverse le sens de sa vie, qui ne rêve plus de voler, qui donne la mort en percutant les Alpes.

« Il n’avait aucune raison d’empêcher le commandant de bord de revenir dans la cabine de pilotage », a expliqué au monde entier le procureur de la République de Marseille. « Il a volontairement permis la chute de l’avion » a –t-il insisté. « Il était vivant au moment de l’impact » a-t-il encore ajouté. La preuve : « on l’entend respirer ». La vie comme une oxygénation forcée est une définition donnée par un romantique allemand.

Raison raisonnante

Qu’en sait-il, le procureur de la République française ? Que sait-il de des raisons qui ont conduit Andreas Lubitz à s’emmurer en plein vol ? Que sait-il de l’exercice de la volonté de cet homme qui respire encore ? Et que nous diront les experts psychiatres à qui la justice demandera de dire la vérité psychiatrique, cette traduction d’un langage inaudible à la raison raisonnante des procureurs  ?

Die Leiden des jungen Werthers. On sait, au moins depuis Goethe que le suicide n’est pas tout, que sa mise en scène est peut-être l’essentiel pour ceux qui restent et qui ne peuvent faire autre chose que vouloir comprendre ?

Fièvre de Werther

On connaît la trame et la tragédie de Werther,  jeune homme qui se promène dans la nature pour la dessiner car il se croit artiste, qui est invité à un bal au cours duquel il rencontre une jeune femme prénommée Charlotte,  engagée à Albert et dont il tombe immédiatement amoureux. On connaît la fin.

La Nature, l’Amour, la Mort. Le romantisme en Allemagne, une réinvention de la tragédie grecque, une fureur contagieuse de l’autre côté du Rhin puis dans cette Europe qui attendait la Révolution française. Ce sera la « fièvre de Werther » Des femmes se retrouvaient en Charlotte, des hommes en Werther : costumes jaune et bleu, comme la tenue de bal de Werther, robes roses et blanches, comme Charlotte. Et suicides en chaîne.

Au-delà de l’entendement

Andreas Lubitz, 28 ans,  avait commencé à travailler en septembre 2013 pour Germanwings, filiale low cost de Lufthansa. Il  n’avait à son actif  que 630 heures de vol, n’était « pas répertorié comme terroriste » selon les autorités allemandes.  Aucun amour connu.  On évoque un burn out, un épisode dépressif, un passage à vide. La Lufthansa le savait. La Lufthansa n’en a rien fait. On entend, déjà, dans l’ombre, les assureurs et les avocats.

« Cette tragédie prend une dimension totalement inconcevable, a réagi la chancelière Angela Merkel dans une courte déclaration à la presse. Cela va au-delà de l’entendement. » C’est très exactement cela.

« Un désespéré narcissique qui aurait prémédité son acte insensé au point d’emporter avec lui dans la mort 144 passagers et cinq membres d’équipage ? Un déséquilibré dont les troubles de la personnalité n’avaient pas été détectés ? Ou un homme ordinaire victime d’un coup de folie soudain ? » interroge, ce matin, Libération (Pierre Alonso, Eric Favereau, Jean-Christophe Féraud et Nathalie Versieux). Pour tenter d’éclairer la part d’ombre du copilote le quotidien a interrogé un sachant des inconscients. 

L’ombre de « Moloch » ?

«Quand on se suicide, c’est dans l’immense majorité des cas en solitaire, note Daniel Zagury, expert auprès des tribunaux et psychiatre des hôpitaux. Mais il y a aussi des suicides dans une sorte d’apothéose, pour marquer l’histoire : la personne va tuer massivement. Ce n’est pas de la haine contre un sujet, mais une haine indifférenciée. C’est cela, l’indifférence absolue au sort d’autrui.»

Libération : Mais la dépression, si dépression il y avait, peut-elle conduire à transformer un jeune homme en Moloch ?

«Une dépression mélancolique, cela se voit. La personne est ralentie, triste, elle parle peu, tout le monde le constate. On n’est probablement pas dans ce cas-là»,suggère Daniel Zagury, qui suspecte «des processus psychiques beaucoup plus masqués». Sans se risquer plus avant. Pour lui, le passage à l’acte peut être lié «à des facteurs conjoncturels que l’on découvrira plus tard». Mais même dans ce cas, «dans le fond, il y a quelque chose de très secret, clivé, ancien, masqué aux autres». Quand à la crise passagère, le psychiatre n’y croit pas: «On imagine une détermination absolue, et cela ne renvoie pas un acte impulsif du moment : l’ensemble de ses forces psychiques ont été mobilisées sur cette action.» Alors peut-être Andreas Lubitz était-il «déjà mort dans sa tête».

Club de vol à voile

Mort dans sa tête, mais respirant toujours, au-dessus du massif de l’Estrop, entre Digne-les-Bains et Barcelonnette. « Comme une volonté de détruire l’avion » dira le procureur de Marseille. C’est un peu réducteur.

Le site Internet du club de vol à voile d’Andreas avait déploré sa mort dans un communiqué publié avant les révélations du procureur de la République de Marseille. Il précisait qu’il était « membre depuis de longues années » de l’association. « Andreas est devenu membre du club pour accomplir son rêve de voler. Il a accompli son rêve, un rêve qu’il a payé chèrement, de sa vie. » Et cent quarante-neuf personnes avec lui.

A demain

(1) Aux dernières nouvelles (Der Spiegel et la BBC) la police allemande aurait retrouvé des preuves qu’il souffrait de maladie mentale. Selon Bild, à l’époque où sa formation a été interrompue, il souffrait  de « dépressions » et de « crises d’angoisse ». Un psychologue doit consulter ce vendredi 27 mars les documents des autorités de supervision du transport aérien, affirme encore le quotidien allemand. Ils seront ensuite récupérés par les autorités judiciaires allemandes, qui doivent les transmettre aux enquêteurs français, selon la même source.

Schumacher : secret médical sur le point d’être violé

Bonjour

Dans l’ombre portée de Vincent Lambert, Michael Schumacher. « Les pronostics sur l’état de santé de Michael Schumacher vont bon train … écrit ce martin LePoint.fr.  La famille et les proches se veulent rassurants, assurant à intervalles réguliers que l’ancien champion de F1 fait des progrès. Le corps médical est beaucoup plus circonspect, pour ne pas dire pessimiste. » Et le site de rappeler que début juin, , Gary Harstein,  ancien délégué médical de la FIA ,  s’était  montré extrêmement pessimiste sur les chances de rétablissement du malade. En usant de la litote : « J’ai bien peur et j’en ai presque la certitude que nous n’aurons jamais de bonnes nouvelles concernant Michael Schumacher ».

Bouger un doigt

Cette semaine c’est le Dr Erich Riederer, un neurologue suisse de Zurich qui prend la parole. En faisant l’économie de la litote : « Michael Schumacher restera invalide pour le reste de sa vie. Il est resté près de six mois dans le coma, ses muscles sont atrophiés et il semblerait qu’il soit squelettique. Il serait mieux que les gens gardent en mémoire le Schumi des vieilles photos. S’il pouvait s’asseoir sans aide après trois mois de rééducation, ce serait un succès. Trois mois plus tard, il sera alors peut-être en mesure de contrôler un fauteuil roulant électrique, à condition qu’il puisse bouger son doigt. » Le Dr Riederer sera-t-il poursuivi par la famille  pour avoir violé le secret médical ?

Diverses sources avaient affirmé il y a quelques jours que l’ancien champion était « sorti du coma ». Et sur RTL.fr l’ancien pilote automobile Olivier Panis a affirmé que les médecins de Michael Schumacher lui avaient assuré qu’il ne sera pas paralysé, qu’il pourrait remarcher un jour. « Tout ce qui est motricité n’a pas été touché » lui aurait-on assuré. Difficile cependant de savoir « à quelle vitesse il va récupérer ses muscles », expliquait Olivier Panis au micro de RTL. « Ce sera une rééducation très, très longue. Et au niveau cérébral, on ne sait pas, il va falloir être patient, ajoutait-il. Les sportifs de haut niveau ont une faculté de récupération plus rapide que le commun des mortels. »

50 000 euros

Au même moment on apprenait que le dossier médical de Michael Schumacher avait été volé et proposé à la vente à des médias allemands, anglais et français. Proposition : une somme (minimum) de 60 000 francs suisses (environ 50 000 euros). C’était une révélation du journal allemand Bild reprise notamment dans la soirée du 23 juin par Le Dauphiné (voir ici).  « Selon notre confrère allemand, le vol aurait pu avoir été commis au sein du CHU de Grenoble où l’ancien pilote de Formule 1 est resté hospitalisé un peu moins de six mois après son accident de ski, survenu le 29 décembre 2013 à Méribel en Savoie, avant d’être transféré, lundi 16 juin, au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) de Lausanne.

Le procureur de la République de Grenoble, Jean-Yves Coquillat, avait confirmé au Dauphiné qu’une plainte avait bel et bien été déposée le jeudi 19 juin  à l’hôtel de police de Grenoble pour « vol et violation du secret médical », par la direction du CHU de Grenoble. Les avocats suisses de la famille Schumacher ont également déposé plainte – par voie de fax adressé au procureur le 20 juin.

Document confidentiel

Selon les informations du Dauphiné ce vol serait celui des deux premières pages d’un dossier qui en compterait une dizaine. Ce sont plus précisément ces deux pages qui, pour l’heure, seraient proposées aux médias. Une enquête actuellement en cours et le système informatique sécurisé du CHU de Grenoble fait  l’objet d’une expertise : ce système a-t-il  pu être piraté ou utilisé frauduleusement pour en extraire le document confidentiel et qui aurait dû être hautement protégé.

Jacqueline Hubert, directrice générale du CHU de Grenoble a par la suite fait une déclaration à Bild : « Nous avons fait vérifier immédiatement et complètement notre système informatique par des experts afin de vérifier si une personne avait cherché à accéder au dossier de Michael Schumacher ou s’il y avait eu une intrusion depuis l’extérieur dans le système, mais nous n’avons trouvé aucune trace. » Puis Mme Hubert a confirmé ces informations à l’AFP.  Elle a également indiqué que seul un « nombre limité de personnes » avaient eu accès au dossier, qui avait été enregistré « sous une fausse identité dans le système ». Selon une source « proche de l’enquête » le dossier médical avait été masqué sous plusieurs pseudonymes dont le dernier était « Jérémy Martin ».

Cordon sanitaire

Un cordon sanitaire avait aussitôt été dressé. Sabine Kehm, porte-parole de la famille Schumacher, indiquait dans un communiqué :

« Depuis quelques jours, des documents donnés dont le fournisseur prétend qu’il s’agit du dossier médical de Michael Schumacher, sont proposés à certains représentants des médias contre rémunération. Nous ne pouvons pas juger si ces documents sont authentiques. Mais le fait est : les documents sont volés. Le vol a été dénoncé. Les autorités chargées des enquêtes ont été saisies. Nous attirons votre attention sur le fait que l’achat de tels documents ainsi que leur publication sont interdits. Les données du dossier médical sont hautement confidentielles et ne peuvent pas être accessibles au public. A l’encontre de la publication de contenus du dossier médical, nous déposerons par conséquent dans chaque cas plainte pénale pour la réalisation de toutes les infractions entrant en ligne de compte».

Secret absolu

Dès le premier jour de l’hospitalisation au CHU de Grenoble du champion allemand diverses tentatives de violation du droit à l’image ou du secret médical avaient été déjouées. La direction de l’établissement hospitalier et les membres des équipes soignantes avaient ensuite réussi à maintenir un secret absolu. Dès son transfert à Lausanne le service de presse du CHUV avait fait savoir que l’établissement observerait la même politique se refusant à tout commentaire qui pourrait donner le moindre indice sur l’état de santé du célèbre patient allemand, par ailleurs résident suisse.

Le CHUV assure avoir un protocole parfaitement au point pour préserver la sécurité et l’intimité de ses patients VIP. « Il n’est pas toutefois pas question de traiter un homme qui serait  tombé par terre dans son atelier différemment de quelqu’un qui est connu dans le monde entier, avait souligné  le Pr Richard Frackowiak, ancien doyen de l’Institut de neurologie de Queen Square de Londres, recruté à Lausanne pour développer un département interdisciplinaire de neurosciences cliniques. Chaque malade reçoit le meilleur de nos compétences et le meilleur de nos réflexions. »

Les yeux ouverts

Le journal suisse Blick, citant la société ambulancière qui a effectué le transport de Grenoble à Lausanne,  Michael Schumacher était conscient pendant le trajet et avait, la plupart du temps, les yeux ouverts. Ce transfert avait été organisé par la famille dans le plus grand secret, utilisant notamment un faux nom. Les ambulanciers avaient dû remettre leurs téléphones portables. Toujours selon Blick  le visage de Schumacher aurait beaucoup maigri. Et s’il n’a pas parlé le malade aurait communiqué avec les ambulanciers par des hochements de tête. Une information qui avait aussitôt été abusivement interprétée comme une sortie du coma de l’ancien champion automobile allemand.

Pour la BBC le nouveau combat du champion allemand est désormais le respect de sa privacy. La BBC ne nous dit pas combien de temps durera ce combat.

A demain

Schumacher, Chambéry : les plaintes, leur litanie

Marisol Touraine « saisit l’Institut Pasteur de Paris » dans l’affaire des trois nouveau-nés morts de Chambéry. L’hôpital porte plainte contre X. Les parents portent plainte contre l’hôpital. 

Plaintes en gestation dans l’affaire Schumacher. Contre la station de Méribel. Contre le maire de la commune, Contre le fabricant du casque. Contre celui des chaussures… La justice sommée de dire la vérité vraie. En urgence.

Résumons cette affaire qui grossit : celle  « des nouveau-nés de l’hôpital de Chambéry ». Trois nouveau-nés, parmi lesquels deux prématurés, sont morts les 6, 7 et 11 décembre, dans cet établissement. Un quatrième a pu être sauvé in extremis. C’est ce dernier qui a permis d’identifier le problème. Guy-Pierre Martin, directeur de ce centre hospitalier a précisé lors d’une conférence de presse organisée le 4 janvier que le service ne contenait pas de germes susceptibles d’avoir causé ces décès. Il a ajouté, prudent : « si la responsabilité de l’hôpital est mise en cause, nous l’assumerons ».

L’hôpital a d’ores et déjà porté plainte « contre X ». Les parents des trois nourrissons morts ont décidé de porter plainte « pour homicide involontaire » contre l’hôpital.  Pourquoi ? Pour que « ça n’arrive plus jamais ». Ils disent porter plainte mais refusent qu’on les plaigne.  Ils postulent que le fait qu’ils saisissent la justice permettra de « trouver la faille dans le système ». Sont-ils dans le vrai ? « C’est quand même étrange qu’il ait fallu attendre quatre cas avant qu’ils comprennent qu’il y avait quelque chose de grave » observe l’un d’eux. Etrange ? Leur cacherait-on quelque chose ? La machinerie hospitalière de Chambéry a-t-elle failli ?

Saisine ministérielle

Les machineries judiciaire et administrative, elles, n’ont pas dysfonctionné. Plusieurs enquêtes parallèles sont menées par l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm) et par l’Institut de veille sanitaire (InVS), pour établir au mieux les causes exactes des décès. Médiatiquement, politiquement, ce n’était peut-être pas assez. Marisol Touraine est entrée en scène dimanche 5 janvier. Elle l’a fait sur les ondes d’Europe 1 comme on peut l’entendre ici. « Accident gravissime ». « Solidarité avec les familles ». « Mobilisation de toutes les autorités sanitaires ». « Retrait de tous les produits qui semblent avoir provoqué ces décès ».

Plus tard elle dira avoir « saisi directement l’Institut Pasteur, qui est un centre de référence » et qui devra déterminer les germes en cause. La ministre de la Santé a dit vouloir des résultats « aussi vite que possible » et a promis de les communiquer « en toute transparence » aux familles. La saisine ministérielle était-elle indispensable ? Le citoyen pourrait-il imaginer, si elle ne le disait pas, que la ministre de la Santé ne fasse pas l’entière transparence ?

Le très mystérieux laboratoire

La transparence, précisément. Mme Touraine  a ajouté que le laboratoire d’où provenaient les poches d’alimentation était « parfaitement connu et identifié » mais qu’aucune mesure n’avait été prise à ce jour à son encontre. « Nous ne pouvons pas aujourd’hui incriminer la fabrication ou la composition de ces poches ; c’est toute la chaîne depuis la fabrication jusqu’à l’administration du contenu qui fait l’objet d’enquêtes multiples, a-t-elle encore expliqué. Avant la fabrication, il y a la production des composants qui interviennent dans ces poches », a-t-elle fait valoir. « Ensuite, ces poches sont fabriquées, contrôlées, transportées, stockées, administrées et c’est donc à chacune de ces étapes que nous devons pouvoir produire des enquêtes et des analyses. » Elle n’a cependant pas exclu de nouvelles mesures de précaution dans les prochains jours, en particulier si les causes exactes des décès n’était pas identifiées – ou si des doutes demeuraient. Reste ce qui cristallise l’attention médiatique: Mme Touraine dit connaître le nom du laboratoire possiblement coupable mais dit aussi ne pas vouloir nous le dire. Qu’est-ce à dire ?

Transparence ? Le parquet reconnaît que le nombre de poches contaminées est encore inconnu. « Ce sont des poches qui ont une durée de péremption assez courte et qui ne sont pas conservées quand elles ne sont pas utilisées, a expliqué la vice-procureure. Certaines ont été utilisées et n’ont rien provoqué. Quand, comment et par quoi ont été contaminées ces poches ? Pour l’instant, on l’ignore. »

Schumacher (suite)

Au CHU de Grenoble Michael Schumacher est, officiellement,  toujours « dans un état critique ». Plus le temps passe plus la transparence tarde à se faire et plus les plaintes menacent à l’horizon. Nous l’évoquions il y a quelques jours (mémoire-blog). Aujourd’hui RTL.fr actualise fort utilement le dossier.

On aurait retrouvé la caméra que l’ancien champion portait sur son casque au moment de l’accident.  Pourtant tout est flou quant aux circonstances de ce dernier. Cette caméra livrera-t-elle des images susceptibles de clarifier les circonstances de la chute sur les pierres de Méribel ? Et la vitesse ? A quelle vitesse faut-il chuter pour qu’un casque de ski explose et qu’une boîte crânienne humaine soit à ce point atteinte ?

Pas d’information judiciaire

Qui est responsable ? Qui sera coupable ? Selon le quotidien allemand Bild, l’une des chaussures de Schumacher ne s’est pas désolidarisée de la fixation de son ski au moment de la chute. La police a saisi ses skis de location. Si la défaillance de la fixation est confirmée, la responsabilité du loueur peut être recherchée. Mais il faudra établir le « lien de causalité » entre ce défaut et l’accident. Le parquet n’a, pour l’heure, communiqué aucun élément en ce sens.

Le parquet d’Albertville, a fait savoir très tôt que « la présence, le rôle ou l’action d’un tiers » ne seraient vraisemblablement pas mis en cause. Aucune ouverture d’information judiciaire n’a été annoncée.

Mais les médias ajoutent en chœur : « reste la possibilité d’une plainte de la famille ». Et les médias sollicitent les avocats : une responsabilité pénale nécessite « une faute grave ou caractérisée », faute difficile à prouver. « Le hors-piste, en soi, n’exclut pas une indemnisation. C’est du cas par cas, explique Elodie-Anne Deschamps, juriste et ancienne avocate à Paris, cité par RTL.fr. Dans ce domaine, la jurisprudence est compliquée à analyser. »

Mais encore ? 

Première possibilité : mettre en cause la responsabilité du maire de Méribel devant le tribunal administratif, sur le fondement de ses « pouvoirs de police » pour assurer la sécurité dans sa commune. Le maire ne doit toutefois signaler que les « dangers exceptionnels », sur les hors-pistes « habituellement empruntés par les skieurs ». Le 31 mai 2013 le Conseil d’Etat a estimé que de simples rochers au bord d’un chemin hors-piste ne nécessitaient pas de signalisation.

Deuxième possibilité, une action visant l’exploitant de la station devant un Tribunal de grande instance. La discussion se ferait alors sur son obligation contractuelle de « baliser les pistes, signaler les dangers et en protéger les skieurs ». Les conclusions de l’enquête seraient alors cruciales sur trois points : matérialisée par des piquets rouges, sans filets, la zone apparaissait-elle clairement hors-piste ? Le rocher était-il proche de la piste au point de nécessiter une protection ? Schumacher skiait-il ou non trop vite ? Y a-t-il une vitesse autorisée quand on est hors piste ? Qui dit, ici, le droit entre la prise de risque (réclamée par les skieurs) et l’obligation de sécurité (réclamée par la famille lorsqu’il est trop tard) ?

Théories des complots

Certitude : les enjeux financiers sont considérables. Autre certitude : l’équipe médico-chirurgicale du CHU de Grenoble n’en a aucune quant aux suites à venir.

Une quasi-certitude, pour finir : les artisans des théories des complots et les diseurs de mauvaises aventures ne tarderont guère à se manifester (1). Comment expliquer, sinon, que les morts inexpliquées des trois nouveau-nés de l’hôpital de Chambéry coïncident (dans le temps et dans l’espace) avec l’affaire de l’ « ange noir de Chambéry » ?

On peut aussi redouter que ces théoriciens sachent tirer profit d’un autre rapprochement. Ainsi cette  remarque faite par le Journal du Dimanche lors d’un entretien avec  l’acteur Jean Reno, ami de Schumacher : « L’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM) semble faire corps autour de lui… ». Schumacher a, de fait, beaucoup donné d’argent pour cette institution et pour la recherche qu’on mène en son sein. On peut en voir la trace ici.

(1) Sur ce thème (et sur quelques autres qui le jouxtent) on écoutera avec le plus vif intérêt l’émission de France Culture L’Esprit Public où Philippe Meyer, Jean-Louis Bourlanges (professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris), Max Gallo (romancier et historien) et Thierry Pech (directeur de la rédaction d’Alternatives Economiques) reçoivent Gérald Bronner, sociologue spécialiste des croyances collectives et auteur du fort dérangeant essai  La démocratie des crédules (Presses Universitaires de France, 2013). Thème : « Alors que nous disposons aujourd’hui de la plus grande masse d’information jamais accumulée, les croyances et les théories du complot prennent le pas sur le discours scientifique et méthodique ».