Zika : le virus est en Europe, Marisol Touraine déconseille les voyages aux femmes enceintes

Bonjour

C’était un virus tenu depuis un demi-siècle pour ne pas être dangereux ; c’est désormais un virus qui inquiète le monde. Zika n’a pas muté mais le monde prend la mesure de ses effets cytotoxiques sur les fœtus lorsque les femmes enceintes sont infectées. C’est là une problématique nouvelle à laquelle est brutalement confrontée la science virologique. C’est aussi une affaire aux confins de la religion catholique dans la mesure où l’épidémie sévit actuellement dans des pays d’Amérique latine qui opposent des freins parfois considérables à la pratique de l’interruption médicale de grossesse, fût-elle justifiée par des raisons médicales.

Couvertures médiatiques

La dynamique épidémique américaine et les flux aériens étant ce qu’ils sont les premiers cas de personnes infectées par Zika sont depuis peu signalés en Europe. Ils commencent à faire l’objet de couvertures médiatiques dans les pays concernés. Le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, le Danemark et la Suisse ont ainsi confirmé sa présence chez des personnes rentrant d’Amérique latine. Aucune infection n’a toutefois été rapportée chez des femmes enceintes.

Nous sommes aussi au moment où les responsables politiques prennent le relais des autorités sanitaires. Aux Etats-Unis le président Barack Obama en appelle désormais publiquement  à des actions urgentes comme le rapporte la BBC . C’est, clairement, un message politique : insiste sur la nécessité de parvenir à mettre au point au plus vite une méthode de diagnostic rapide ainsi que des outils thérapeutiques et vaccinaux.

Christiane Taubira

En France c’est Marisol Touraine, ministre de la Santé, qui vient de prendre la parole. Elle l’a prise sur France Info où elle était pour l’essentiel interrogée sur le départ du gouvernement de sa collègue Christiane Taubira et sur sa position quant à la déchéance de nationalité (sujet sur lequel elle s’était rarement exprimée), la parité gouvernementale, la fin de vie (un « bouleversement », une « avancée historique»), les soins palliatifs, les violences faites aux femmes  et, plus généralement, sur l’identité de la gauche au gouvernement. Mais c’est sa position sur Zika que retiendra, finalement, en titre, France Info : « Virus Zika : Touraine recommande aux femmes enceintes de différer leurs voyages en Martinique, Guyane ou TOM ».

 « Cette épidémie est sérieuse (…) Dans des cas limités, la maladie peut être très grave avec des effets neurologiques, et, pour les femmes enceintes, des complications, des malformations pour leur bébé. Je veux dire très fortement…. Des femmes qui sont en métropole sur le territoire français et qui ont prévu d’aller en Guyane, en Martinique ou dans les territoires d’outre-mer, si elles sont enceintes, je leur recommande de différer leur voyage. Je le dis très fortement. Il y a un enjeu de santé publique. »

Recommandations actualisées

On peut penser que ce conseil dépasse les seuls départements et territoires d’outre-mer et concerne l’ensemble des pays du continent américains aujourd’hui touchés par l’épidémie. La ministre de la Santé n’a fait ici que résumer quelques-uns des conseils, très clairs, formulés dès le 22 janvier  par la Direction générale de la Santé au vu des premiers cas autochtones dans les îles de Guadeloupe, Martinique et Saint-Martin, dans les Caraïbes, ainsi que sur le littoral de la Guyane. Mme Touraine n’a pas précisé où ces informations actualisées 1 peuvent être consultées. Aux Etats-Unis (où la FDA réfléchit à des mesures concernant les donneurs de sang) les conseils sont disponibles  sur le site des CDC : « Zika Virus ». On  trouve, en France, des données générales sur le site de l’InVS : « Zika ».

A demain

1 Voici les mesures et recommandations de la DGS en date du 22 janvier :

Pour les femmes enceintes ou ayant un projet de grossesse et pour les femmes en âge de procréer vivant dans les zones touchées par une épidémie Zika, une information spécifique sur les malformations congénitales et les autres complications pouvant survenir lors d’une infection par le virus Zika sera assurée par les professionnels de santé. Un suivi médical et une prise en charge renforcée seront mis en place pour toutes les femmes enceintes dans les zones d’épidémie.

En cas de découverte à l’échographie d’anomalies congénitales, il sera nécessaire de procéder rapidement à un bilan pour en définir la cause. La patiente sera alors orientée vers un Centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN) pour une évaluation étiologique et pronostique de l’affection fœtale dont les conséquences possibles lui seront expliquées.

Il est recommandé aux femmes enceintes ou ayant un projet de grossesseet ayant le projet de se rendre dans des zones où sévit le Zika, d’envisager un report de leur projet de voyage, ou, en tout cas de consulter un médecin avant le départ pour être informées sur les complications pouvant survenir lors d’une infection par le virus Zika . Si elles ne peuvent ou ne veulent différer leur voyage, elles doivent renforcer les mesures de protection anti-vectorielles et les bonnes pratiques relatives à l’utilisation des produits insecticides et répulsifs.

 

 

Avec sa « peau humaine en 3D » l’Oréal assure sa publicité contre les animaux torturés

Bonjour

Les essais animaliers sont le cauchemar des géants de la beauté. Mais il ne faut pas en parler. C’est de l’autre côté de la vitre. Pour l’heure la BBC a rangé l’info au rayon des nouvelles technologies : ‘’L’Oreal to start 3D-printing skin’’. Nous pourrions être en rubrique dermatologie ou en économie. D’ailleurs nous y entrons de plain-pied : c’est Bloomberg qui a révélé les plans du géant français: ‘The French cosmetics giant, which has long produced skin, now wants to automate the process’’.Vite suivi par The Washington Post et une petite vidéo d’entreprise à faire rêver bien des journalistes .

Besoin de peau humaine

« Pour mettre fin aux tests de ses produits sur les animaux, le géant tricolore de la cosmétique L’Oréal (1) a besoin de peau humaine, résume L’Usine Digitale.  Il a signé le 5 mai un partenariat sur cinq ans avec la biotech californienne Organovo, révélé par Bloomberg deux semaines plus tard. Organovo (voir vidéo) est une start-up  spécialisée dans la bio-impression 3D de tissu. Elle a conçu la plate-forme ‘’NovoGen Bioprinting’’, qui fabrique une encre biologique constituée d’un mélange de cellules. Les techniques d’impression 3D permettent ensuite de projeter les particules vivantes pour constituer le tissu, couche par couche. »

Organovo aurait déjà noué des partenariats avec plusieurs groupes biopharmaceutiques, dont Merck. Il s’agirait ici de sa première incursion dans l’industrie de la beauté. Le développement de ce projet de recherche aura lieu dans le nouveau centre de L’Oréal basé en Californie ainsi que dans les locaux d’Organovo, situé  à San Diego.

Non à la vivisection

Le 3 juin prochain la Commission européenne donnera sa position vis-à-vis d’une initiative citoyenne européenne (ICE) intitulée « Stop vivisection ». Ses promoteurs réclament, vieille lune, l’interdiction de « l’utilisation d’animaux considérés comme des modèles biologiques de l’homme à des fins scientifiques ».

Cette initiative est due à l’association européenne Antidote, dont les principaux animateurs sont le Belge André Ménache, vétérinaire et zoologiste, l’Italien Gianni Tamino, professeur de biologie, et le Français Claude Reiss, biologiste et ex-directeur de laboratoire au CNRS. Le Temps (Ram Etwareea) nous apprend que la Française Françoise Barré-Sinoussi (Prix Nobel de médecine 2008 pour la découverte du VIH, avec le Pr Luc Montagnier) a, dans ce cadre, accepté de « défendre la vivisection ». « Elle n’aurait jamais obtenu de tels résultats sans l’expérimentation animale » explique le quotidien suisse.

Petits chats et grands singes

Toujours dans ce cadre le député européen allemand Vert Martin Häusling porte le débat sur le plan éthique « en décriant la souffrance des animaux ». « D’après lui, l’industrie doit explorer  » des approches non animales qui existent et sont prometteuses «  précise Le Temps.  Pour sa part, l’UE n’ignore pas le débat et a déjà considérablement limité le recours à l’expérimentation animale, notamment en l’interdisant pour les produits cosmétiques. Elle songe également à mettre fin à des tests sur les grands singes comme les gorilles, ainsi que sur des chiens et des chats. »

Désormais L’Oréal est là qui, en 3D, nous tend ses doux bras.

A demain

(1) Clarisonic, Essie, Garnier, Giorgio Armani Beauty, Kerastase, Kiehl’s, Lancome, L’Oreal Paris, Matrix, Maybelline New York, NYX, Redken, Soft-Sheen Carson, Urban Decay and Yves Saint Laurent Beaute.

Ebola : l’OMS est accusée de graves incompétences. A quand le procès ?

Bonjour

Elle n’avait rien compris au sida. Elle n’a rien saisi à Ebola. En trente ans cela fait beaucoup quand on est en charge de la santé publique de la planète. Deux épidémies majeures que l’on ne voit pas venir. Deux épidémies virales dont les modes de transmissions sont vite établies. Des alertes répétées lancées depuis le terrain. Les premiers chiffres épidémiques. Et puis d’autres. Et dans le cas d’Ebola toutes les conditions réunies pour que l’affaire empire.

« Perfect storm ». C’est ainsi que l’Organisation Mondiale de la Santé qualifie l’épidémie d’Ebola, dans un document interne. Un document révélé le 18 octobre par l’Associated Press et qui commence à diffuser hors des cénacles spécialisés. Un document interne dans lequel l’OMS avoue ne pas avoir anticipé et prévu le développement de la tragédie en Afrique de l’Ouest. Un document qu’il faudra relire avec précision et dans lequel la direction générale de Genève met à mal le bureau Afrique de l’organisation onusienne. L’affaire est encore peu reprise par les médias (lire ici The Independant).

 Perméabilités frontalières

« Presque tous ceux impliqués dans la réponse à l’épidémie ont raté des choses évidentes » affirme le document interne cité par l’Associated Press. Mais certains ont plus failli que d’autres. Un grand classique administratif. Le document évoque ainsi l’incompétence du personnel, cumulé à un manque d’informations.  Le document fait valoir que les experts de terrain auraient dû prendre en compte les perméabilités frontalières » et la faiblesse des systèmes de santé de cette région d’Afrique. Autant de données que Genève ne pouvait pas connaître.

Le rapport accuse nommément : il « est particulièrement alarmant que le représentant de l’OMS en Guinée n’ait pas prévu ce qui arrivait et n’ait pas octroyé les visas à une équipe médicale qui venait travailler sur la situation ». Sans doute la face du monde épidémique en aurait-elle été bouleversée.

Fausse transparence

Ces critiques ne sont pas nouvelles. On peut y voir le symptôme d’une situation interne détestable. Et comme une odeur de règlements de compte dans un monde cadenassé bien loin de l’image de transparence humanitaire qui lui est souvent associée. L’Associated Press le rappelle. En juin dernier, le Dr Bruce Aylward (en charge de l’éradication de la poliomyélite) avait fait part de ses préoccupations concernant la direction de l’OMS en Afrique.

Dans un mail envoyé à la directrice de l’OMS Margaret Chan, il écrivait que les partenaires de l’agence ainsi que les organismes de santé nationaux estimaient que l’action de l’agence de l’ONU « compromettait » les chances de succès de la lutte pour contenir le virus. Et ensuite ?

Terrible euphémisme

Ce n’est pas tout : le Pr Peter Piot (co-découvreur du virus Ebola, « historique » de la lutte contre le sida, ancien directeur exécutif d’Onusida, aujourd’hui directeur de la London School of Hygiene and Tropical Medicine,) vient de donner un entretien sur le sujet. Selon lui aucun doute n’est permis : l’OMS a « agi trop lentement »C’est un euphémisme.  Le Pr Piot déplore que l’organisation onusienne ait attendu cinq mois et mille morts avant de déclarer Ebola comme étant une urgence sanitaire.

Chats à fouetter

Nul, à Genève, ne semble avoir entendu ses alertes pour une autre réponse au drame qui s’annonçait. On lui aurait fait comprendre qu’il avait certainement d’autres chats à fouetter. Hors de notre pré carré. MSF a fait de même. Mais MSF est une ONG. Pas voix au chapitre.

Margaret Chan, la directrice générale de l’OMS a admis du bout des lèvres auprès de Bloomberg  qu’elle « n’avait pas été été suffisamment informée de l’évolution de l’épidémie.  Nous avons répondu, mais notre réponse n’a peut-être pas été adaptée à l’échelle de la situation et à sa complexité. »

Tempête parfaite

Comme le parfum d’un aveu. Mais l’air de la défense est connu : « Si nous sommes à blâmer, tout le monde est à blâmer ». De la dilution onusienne, en somme,  des responsabilités. Le 18 octobre l’OMS a promis de rendre public un examen complet de sa réponse à l’épidémie Ebola en Afrique de l’Ouest. Elle le fera une fois que la crise sera sous contrôle.

Terrible paradoxe : faute de l’avoir prise à temps cette crise est bien loin d’être sous contrôle. Pour la réponse de Genève, on attendra. A perfect storm.

A demain