L’étrange affaire du Levothyrox : un simple faux ou un véritable scandale sanitaire ?   

Bonjour

Comment comprendre l’étrange quand il sonne à votre porte ? Page 39 d’un Journal du Dimanche plus macron-centré que jamais on trouve une tribune signé d’André Grimaldi, diabétologue redoutable, bien connu des médias et de Jacques Young, endocrinologue. Sous le titre « Le faux scandale du Levothyrox ,» ces deux spécialistes avancent une hypothèse qui ne manque pas de déranger. Ils estiment en substance que le phénomène qui a pris le nom de cette spécialité pharmaceutique n’est que le fruit d’un effet nocebo associé à un emballement collectif né de l’activité des médias donnant écho à « certains leaders d’opinions (artistes ou autres) ».

« Et si les déclarations alarmistes, voire complotistes, avaient déclenché un effet nocebo massif ? » demandent les deux spécialistes – qui, non sans paradoxe, s’interrogent sur la question (essentielle) de la décrédibilisation des « experts ». Décrédibilisation corollaire des décideurs institutionnels et politiques. Et de qualifier d’ « absurde » la mise en cause de deux ministres (Agnès Buzyn et Bruno Le Maire) de même que celle de l’Agence nationale de sécurité du médicament.

L’absurdité n’est peut être pas là où on pourrait, rapidement, la situer. Il faut ici souligner que l’affaire Levothyrox française a connu, au minimum, un précédent comme le rapportait le site Medscape (Stéphanie Lavaud) le 13 octobre dernier.

Détresse émotionnelle

« Ce qui s’est passé en France n’est pas sans rappeler l’épisode néo-zélandais qui s’est déroulé en 2007 où un changement dans la composition d’un médicament contre l’hypothyroïdie a entraîné un boom des signalements d’effets indésirables (1400 en 18 mois contre 14 en 30 ans). La situation a fait l’objet d’un article dans le British Medical Journal  . Des analyses du médicament ont montré que la nouvelle version était bioéquivalente à l’ancienne. Et si 5% des patients pouvaient avoir expérimenté des effets secondaires liés au nouveau produit, il a été considéré que la composition de la nouvelle formule ne pouvait expliquer la majorité des effets.

« D’autres facteurs ont été suggérés pour expliquer cette recrudescence soudaine d’EI parmi lesquels le manque d’information des patients, des rumeurs autour de la production du nouveau produit, l’absence d’alternative médicamenteuse, la couverture médiatique et la relative fragilité des patients.

« ‘’Les personnes avec des plus hauts niveaux de détresse émotionnelle et d’anxiété sont plus susceptibles d’attribuer des symptômes physiques à une intervention médicale ou à une maladie, ont considéré les auteurs dans leur analyse. Les patients souffrant d’hypothyroïdie, même ceux qui prennent un traitement de substitution, sont connus pour avoir plus de stress et de symptômes qu’une personne en bonne santé’’». Selon les chercheurs, des symptômes secondaires au traitement ‘’pourraient avoir été perçus à tort comme des effets indésirables nocifs plutôt que comme un signe de la nécessité d’une réévaluation du dosage’’».

L’ANSM qui (comme la ministre de la Santé) a fait la même analyse, omet de rappeler l’antécédent néo-zélandais. Pourquoi ne l’a-t-elle pas anticipé ? Pourquoi n’a-t-elle pas pris la mesure des effets désormais hautement dangereux des effets nocebos potentiels – associés au bouillon de culture des réseaux sociaux ? De ce point de vue la mise en cause de cette agence – et celle des représentants de l’exécutif – est-elle véritablement une absurdité ?

A demain

Vaccinations et mort du nourrisson : qui osera dénoncer les assertions du Pr Luc Montagnier ?

Bonjour

Revenons sur les plus qu’étranges déclarations du Pr Luc Montagnier sur la scène d’un théâtre parisien de variétés :

« Nous sommes ici pour lancer une alerte, à tout le pays, au monde. Je voudrais alerter sur la mort subite du nourrisson. C’est quelque chose d’épouvantable, la cause est inconnue, mais il existe des faits scientifiques, montrant qu’un grand nombre de ces morts intervient après une vaccination. On ne peut pas démontrer une causalité, mais il y a une relation temporelle. [Les vaccins avec un adjuvant aluminique] sont responsables d’une tempête immunitaire chez le nourrisson (…) Ce qui est en cause, c’est la vaccination de masse, cela doit disparaître (…). » (Libération)

Le Pr Montagnier évoque aussi, selon Le Quotidien du Médecin, une « corrélation temporelle » entre vaccination contre hépatite B et sclérose en plaque. Vieil air connu auquel le Nobel 2008 de médecine aimerait redonner du souffle.

Corrélations temporelles versus lien de causalité… Restons sur les vaccinations et la mort subite du nourrisson (MSN). Quel est la bibliographie sur le sujet ? Le rôle du vaccin coqueluche à germe entier dans la MSN fut autrefois suspecté mais non retenu. Une étude anglaise de grande ampleur (The UK accelerated immunization programme and sudden unexpected death in infancy: case–control study. Fleming P, Blair P S, Ward Platt M, Tripp J, Smith J, Golding J. (2001) BMJ, 322: 822–825) a été menée au Royaume-Uni  entre 1993 et 1996/

Protéger

Conclusions résumées : « Plus d’un tiers des morts subites inexpliquées sont survenues entre 2 et 4 mois, âges des vaccinations. Pour qu’il s’agisse plus que d’une coïncidence, il faudrait que la couverture vaccinale soit supérieure chez les enfants morts que chez les contrôles. Or, c’est le contraire qui a été constaté.  » En d’autres termes ces données suggèrent que non seulement la vaccination ne contribue pas au risque de mort subite mais qu’elle pourrait même protéger…

On connaît d’autre part les facteurs de risque de la MSN : le couchage sur le ventre ; tabagisme de la mère pendant la grossesse ; le partage du lit avec les parents ; l’hyperthermie (y compris celle provoquée par les couettes, peluches …) ; l’âge (2 -4 mois) et le sexe (plus de risque chez le garçon)

En France une enquête a été réalisée en 2007-2009 (« Les morts inattendues des nourrissons de moins de 2 ans – InVS »et n’a à aucun moment évoqué le rôle des vaccins.

S’informer

On peut aussi s’informer auprès du site de l’OMS : « Vaccination: 10 idées fausses à corriger « .

« Idée fausse n°3 : Le vaccin combiné contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche et le vaccin contre la poliomyélite sont responsables du syndrome de mort subite du nourrisson. FAUX

« Il n’existe pas de lien de cause à effet entre l’administration de ces vaccins et la mort subite du nourrisson. Toutefois, ces vaccins sont administrés à un âge où les bébés peuvent être frappés par le syndrome de mort subite du nourrisson (MSN). En d’autres termes, les décès par MSN survenant après la vaccination sont une coïncidence et se seraient produits même si le nourrisson n’avait pas été vacciné. Il est important de ne pas oublier que ces quatre maladies sont potentiellement mortelles et que les nourrissons qui n’ont pas été protégés contre celles-ci par la vaccination courent un risque de décès ou d’incapacité grave. »

Statufier

L’OMS ajoute d’autre part que l’autisme n’est pas « causé par les vaccins » : « Il s’est avéré que l’étude de 1998 qui avait soulevé de nombreuses inquiétudes quant à la possibilité d’un lien entre le vaccin rougeole-oreillons-rubéole (ROR) et l’autisme, comportait de graves irrégularités et la revue [The Lancet ndlr]qui avait publié cet article l’a ensuite retiré. Malheureusement, la publication de cet article avait semé un vent de panique et conduit à une chute des taux de vaccination puis, en conséquence, à des flambées des maladies visées. Aucune corrélation n’a pu être établie entre le vaccin ROR et l’autisme ou les troubles autistiques. »

Sur la scène de son théâtre de variétés, poursuivant son voyage vers l’irrationnel, le Pr Luc Montagnier a remis en cause le bien-fondé du retrait du Lancet  de ces travaux plus que controversés du britannique Andrew Wakefield sur le vaccin ROR et l’autisme. Le Quotidien du Médecin : « Et lorsque dans la salle Serge Rader, pharmacien militant anti-vaccin, proche de Michèle Rivasi mais aussi du Nicolas Dupont-Aignan, se lève pour estimer qu’une statue de Wakefield devrait siéger à côté de Pasteur, sa diatribe est applaudie ».

A demain

 

 

Par décision ministérielle, les ivresses sont interdites durant tout le temps de la grossesse

 

Bonjour

Les mêmes causes alcooliques produisent les mêmes effets délétères et les mêmes réactions des autorités sanitaires. La France boit et le ministère de la Santé et Santé publique France viennent de lancer une campagne nationale d’information (presse et web) à l’adresse du grand public et des professionnels de santé. Un message sur une affiche : « Vous buvez un peu d’alcool, il boit beaucoup ». Objectif : promouvoir, sinon obtenir, l’abstinence totale pendant la grossesse (numéro d’alcool Info services : 0 980 980 930 7jours sur 7, de 8h à 2h).

Où l’on reparle de l’alcool, première cause non génétique de handicap mental à la naissance chez l’enfant. En France, 500 000 personnes souffriraient des conséquences d’une alcoolisation fœtale et un nouveau-né sur mille (entre 600 et 800 enfants chaque année) présente une forme complète de syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF); un syndrome identifié pour la première fois en France, par le pédiatre Paul Lemoine (1917-2006) qui mena, à partir de 1958 dans la région nantaise, une étude sur les enfants nés de femmes malades de l’alcool, à partir de laquelle il sera le premier, en 1968, à décrire de façon exhaustive le tableau clinique 1.

Un demi-siècle après

Nous sommes une demi-siècle plus tard.  « Peu de personnes ont conscience du sujet des troubles causés par l’alcoolisation fœtale » fait valoir la ministre de la Santé Agnès Buzyn qui, après tant d’autres, affiche sa détermination à lutter contre ce fléau de santé publique qu’est la malade alcoolique. Des chiffres concernant les futures mères ? Entre 18 et 25 ans, plus d’une femme sur quatre a connu plusieurs épisodes d’ivresse dans l’année – et une sur dix dans le mois. Et près du tiers des femmes enceintes consomment occasionnellement de l’alcool.

Renforcer « l’information au quotidien » ?  La ministre a annoncé l’évolution prochaine du microscopique « pictogramme »présent sur toutes les étiquettes et tenu pour alerter sur les dangers de la consommation d’alcool pendant la grossesse – un pictogramme obligatoire depuis dix ans et que personne ou presque n’a remarqué.  « Sa lisibilité et sa visibilité restent insuffisantes ou hétérogènes » avoue la ministre. Un euphémisme.

A celles et ceux qui ne le savent pas encore, précisons qu’un arrêté du 2 octobre 2006 (signé de Xavier Bertrand) impose la présence sur toutes les bouteilles d’alcool d’un pictogramme représentant une femme enceinte, un verre à la main, barrée d’un trait rouge, ou d’un message ainsi rédigé: «La consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse, même en faible quantité, peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant.» Des dispositions ignorées du plus grand nombre – à commencer par les premières intéressées.

Dérangeante étude britannique

Et puis, hasard ou fatalité voici qu’une publication britannique du BMJ pourrait, pour partie, ruiner la campagne de santé publique française : « Low alcohol consumption and pregnancy and childhood outcomes: time to change guidelines indicating apparently ‘safe’ levels of alcohol during pregnancy? A systematic review and meta-analyses ».

Les auteurs (des épidémiologistes) ont réalisé une méta-analyse incluant vingt-quatre cohortes et deux études quasi expérimentales. Conclusion : les données scientifiques actuelles sont insuffisantes pour tirer des conclusions définitives quant aux effets sur l’enfant à naître d’une consommation faible à modérée d’alcool pendant la grossesse (consommation hebdomadaire inférieure ou égale à 32 grammes d’alcool pur, soit trois à quatre verres de vin).

Selon les auteurs on ne disposerait pas de preuves indiscutables permettant de définir un effet toxique ou de fixer une limite sûre à la consommation d’alcool, même si plusieurs études relatent un risque supérieur (de 10 %) d’accoucher avant terme, et de bébé de petit poids.

Se faire entendre

En Grande-Bretagne, jusqu’en 2008, les recommandations du National Institute for Health and Clinical Excellence (NICE) préconisaient aux femmes d’éviter toute consommation d’alcool lors du projet de grossesse et du premier trimestre – puis elles indiquaient que leur consommation devait être réduite à deux unités, une à deux fois par semaine (32 gr). Depuis le Royaume-Uni a renforcé ses recommandations début 2016 et les autorités conseillent désormais aux femmes enceintes de s’abstenir de toute consommation alcoolique.

Faut-il, comme le demandent les auteurs, mener de nouvelles recherches sur cet enjeu majeur de santé publique ? S’intéresser, par exemple, aux différences des effets de l’alcool selon les étapes de la gestation ? Ou faut-il, ici, se contenter des preuves concernant les effets tératogènes de l’alcool, les troubles causés par l’alcoolisation fœtale (TCAF) et le SAF. Tolérer les petits écarts désinhibants ou user du principe maximal de précaution en prenant le risque de n’être ni toujours entendu ni toujours compris ?

A demain.

1 Lemoine P, HarousseauH, Borteyru JP, MenuetJC.  « Les  enfants des parents alcooliques: anomalies observées à  propos de 127 cas ». Ouest Médical. 1968;21:476-82.

 

Et si aller « au bout du traitement antibiotique » ne devait plus être un geste automatique ?

 

Bonjour

Provocation ou pragmatisme ?  Dans une longue tribune documentée publiée par le British Medical Journal un groupe de spécialistes britanniques 1 remet en cause la règle (officielle et internationale)  jusqu’ici jamais contestée qui veut que l’on termine un traitement antibiotique une fois que ce dernier a été prescrit et commencé. Selon les auteurs, cela favoriserait l’antibiorésistance au lieu de la limiter. Une publication et des interrogations qui sont reprises par la BBC : « Should you finish a course of antibiotics ? » et, en France, par le Quotidien du Médecin.

Pour les auteurs cette règle aurait fait son temps. « L’idée que cesser le traitement plus tôt encourage l’antibiorésistance n’est pas prouvée, alors que prendre des antibiotiques plus longtemps que nécessaire augmente à coup sûr le risque de résistance, affirment-ils. Un traitement plus court est clairement plus bénéfique, au niveau individuel, pour un patient. Son risque de résistance dépend de son exposition passée aux antibiotiques et en plus, réduire l’exposition en réduisant la durée du traitement est associé à un risque réduit d’infection résistante. »

 « La situation change actuellement à l’hôpital, où des marqueurs de la réponse au traitement peuvent guider les médecins pour savoir quand cesser celui-ci. Mais, hors de l’hôpital, on peut simplement conseiller au patient d’arrêter le traitement quand il se sent mieux. » 

Pour les auteurs britanniques, aller au bout du traitement est « une croyance fallacieuse, profondément ancrée chez les patients et les médecins », sans doute parce qu’elle est « simple et claire », et que ne pas la suivre « est considéré comme un comportement irresponsable ». Dans le même temps ils estiment que des essais cliniques devraient être menés pour préciser quelles devraient être les meilleures durées de traitement afin d’optimiser l’efficacité de ces précieux outils thérapeutiques.

A demain

1 Martin J Llewelyn, professor of infectious diseases2 ; Jennifer M Fitzpatrick, specialist registrar in infection2 ; Elizabeth Darwin, project manager3 ; SarahTonkin-Crine, health psychologist4 ; Cliff Gorton, retired building surveyor5 ; John Paul, consultant in microbiology6 ; Tim E A Peto, professor of infectious diseases7 ; Lucy Yardley, professor of health psychology8 ; Susan Hopkins, consultant in infectious diseases and microbiology9 ; Ann Sarah Walker, professor of medical statistics and epidemiology3. Author affiliations

 

Autisme, vaccins et croyances : Luc Montagnier, ou l’étrange « revenant qui a mal tourné »

 

Bonjour

Les gazettes généralistes ne se sont guère intéressées au lièvre levé par l’Association Française pour l’Information Scientifique. Le 3 février dernier, l’AFIS diffusait le communiqué suivant : « Opération anti-vaccination au Parlement Européen : une députée européenne invite un ex-médecin radié pour fraude »:

« Le 9 février prochain, une initiative publique du mouvement anti-vaccination, accueillie par le groupe écologiste, est organisée au Parlement Européen et plus particulièrement par la députée française Michèle Rivasi. Ce n’est pas certes la première fois que cette élue ou d’autres utilisent ce lieu et cette tribune pour faire avancer des idées rejetées par la communauté scientifique concernée, on peut penser notamment aux initiatives de promotion des travaux de Gilles-Eric Séralini sur les OGM ou sur le glyphosate. Mais, c’est un nouveau cap qui vient d’être franchi sur une question majeure de santé publique : en effet, l’invité d’honneur sera Andrew Wakefield, un ex-chirurgien radié pour avoir été convaincu de fraude scientifique. Il viendra présenter son film « Vaxxed : from cover-up to catastrophe » (vaccination : de la dissimulation à la catastrophe). (…) ».

Confrère blogueur

Ce lièvre est repris aujourd’hui par Hervé Maisonneuve sur son blog « Rédaction médicale et scientifique ». Délicieusement pointilliste notre confrère blogueur connaît à merveille le sujet. Il a évoqué plusieurs fois l’affaire Wakefield et les morts dues à des infection rougeoleuse au Royaume-Uni. Il a résumé cette affaire dans un article de La Presse Médicale en 2012. Le BMJ a décrit cette fraude en trois articles et c’est un journaliste, Brian Deer, qui avait fait réagir la communauté scientifique. Autant d’éléments que ne peut pas connaître la scientifique devenue politique Michèle Rivasi. Hervé Maisonneuve :

« En bref, un chirurgien anglais, Andrew Wakefield, a été subventionné par un cabinet d’avocats (argent venant de lobbies anti-vaccins). Il a publié en 1988 dans The Lancet une série de 12 cas d’enfants faisant évoquer un lien entre vaccination ROR (MMR) et autisme. L’article a été rétracté en 2010, et A Wakefield a perdu son diplôme de médecin. Il est allé vivre au Texas (USA) où il donne des conférences. Cette fraude a eu des conséquences majeures : résurgence de cas de maladies infantiles, quelques décès et des centaines de millions d’euros gaspillés… »

Forêt des blogs

Michèle Rivasi n’est pas non plus sans regarder la télévision : l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et ses croyances dans les vérités d’Andrew Wakefield, puis l’émergence de ce dernier dans le cortège présidentiel. Michèle Rivasi n’est pas non plus sans lire ce qu’on écrit à son endroit sur Mediapart (Yann Kindo) : « Michèle Rivasi en croisade contre la science et la santé publique ». Il semble qu’au final les portes du Parlement soient restées fermées à Andrew Wakefield. Reste que les canons sont là et les boulets aussi.

Hervé Maisonneuve souligne aussi que Michèle Rivasi avait annoncé la participation, à cette séance du Pr Luc Montagnier, pastorien définitivement émérite. Et notre confrère de qualifier le prix Nobel de médecine 2008 de « revenant qui a mal tourné ». Existe-t-il des revenants tournant bien ? Et comment comprendre la lente, longue et étrange dérive de celui qui découvrit le virus du sida ? Trente-quatre ans déjà. On regrettera que les gazettes citadines ne s’intéressent guère aux plus beaux des lièvres levés dans la forêt des blogs.

A demain

Cigarette électronique : nouvelles preuves de son efficacité et de son innocuité. Incurie politique.

 

Bonjour

Nous nous rapprochons chaque jour un peu plus de l’absurde, du scandale. Après le British Medical Journal , c’est la revue Cochrane 1 qui apporte de nouvelles preuves en faveur de l’efficacité antitabac et de l’innocuité de la cigarette électronique. « Les cigarettes électroniques peuvent-elles aider les gens à arrêter de fumer, et leur utilisation à cette fin est-elle sûre ? ».

Cette actualisation des données de 2014 est reprise et développée par le site Medscape France (Vincent Bargoin) Ainsi le Tobacco Addiction Group britannique maintient-il ses principales conclusions : les cigarettes électroniques  peuvent aider les fumeurs à arrêter de fumer et, à deux ans, aucun effet secondaire grave n’a été identifié à deux ans. La précédente revue Cochrane sur la e-cigarette incluait treize études, dont deux essais randomisés et contrôlés. La réactualisation intègre les  onze nouvelles études publiées jusqu’en janvier 2016.

« Avec le recul, les données de sécurité vont s’étoffer, mais il faudra de toute façon du temps, en fait des dizaines d’années, avant de pouvoir évaluer la sécurité à long terme. Pour justifier l’usage en contexte de sevrage, il faudrait donc pouvoir disposer de données d’efficacité plus solides qu’aujourd’hui, estime Medscape France. Les auteurs ont identifiés pas moins de quinze essais contrôlés et randomisés en cours, qui semblent éligibles pour cette revue. »

Tartufferies

Si la revue Cochrane estime que le niveau de preuve actuel est « faible » c’est moins du fait du niveau des études elles-mêmes, qui ont été « correctement réalisées », que du trop petit nombre d’études, des faibles taux d’évènements et des intervalles de confiance larges. Mais qui décide et investit pour que de telles études soient menées ? Qui fait quoi en France chez les responsables sanitaires et scientifiques sur ce sujet majeur de santé publique ? Qui justifiera les écarts majeurs entre la politique française et la britannique ?

Pour l’heure la dernière publication de Cochrane vient justifier le bien-fondé de la position britannique franchement favorable à la e-cigarette – et ce depuis la publication en 2015 d’un rapport de Public Health England mettant en avant la toxicité très réduite de la e-cigarette par rapport au tabac. Pour l’heure on demeure, en France, dans une tartufferie qui ferait presque sourire si les enjeux en termes de morts prématurées n’étaient pas si importants. Tartufferie qui voit le Haut Comité de Santé Publique, en février dernier, reconnaître que la cigarette électronique « peut être considérée comme une aide pour arrêter ou réduire la consommation de tabac des fumeurs », mais recommander (entre autres freins politiques) le maintien de son interdiction dans les lieux publics.

Pour combien de temps encore cette indifférence, ce manque total de soin ou d’application dans l’exercice d’une fonction ou dans l’exécution d’une tâche, cet abandon, cette insouciance, ce laisser-aller, cette négligence, cette incurie politique ?

A demain

1 Hartmann-Boyce J,McRobbie H, Bullen C, et coll. Electronic cigarettes for smoking cessation. Base de données Cochrane de revues systématiques 2016, numéro 9. Référence : CD010216 DOI: 10.1002/14651858.CD010216.pub3.

E-cigarette : nouvelles démonstrations de son efficacité. Aveuglement officiel français

Bonjour

Un jour prochain, c’est certain, on se lassera d’en rapporter les bienfaits relatifs. Pour l’heure il faut tenir. Et, au nom de la santé publique, combattre le déni dans lequel se mure depuis trois ans la ministre de la Santé – et, jacobinisme oblige, la somme des directions, administrations, services et personnels qui travaillent sous ses ordres.

Cette fois ce sont deux études scientifiques qui viennent démontrer le bien fondé des actions de celles et ceux qui défendent le recours à la cigarette électronique au nom de la réduction des risques tabagiques.

Tout d’abord une étude menée par une équipe de l’University College London, portant sur 170 000 fumeurs ou anciens fumeurs. Elle a été publiée le 23 septembre dans le British Medical Journal (BMJ) : « Association between electronic cigarette use and changes in quit attempts, success of quit attempts, use of smoking cessation pharmacotherapy, and use of stop smoking services in England: time series analysis of population trends ».

« Stop smoking services »

Ce travail établit, après un ajustement des variables, que l’augmentation du nombre de vapoteurs en Grande-Bretagne – qui en quatre ans (entre 2012 et 2016) est passé de 700 000 à 2,8 millions – est corrélé à l’augmentation du nombre de personnes ayant réussi à arrêter le tabac.

Grâce au seul vapotage 18.000 personnes ont pu, en Angleterre, arrêter de fumer du tabac, résume la BBC: “E-cigarettes ‘help more smokers quit’”. Certes les auteurs du BMJ  restent prudents quant à un lien de causalité entre vapotage et arrêt du tabac. Pour autant le Pr Robert West, coauteur de l’étude commente en ces termes : « l’Angleterre est souvent pointée du doigt comme étant trop positive dans son attitude vis-à-vis des e-cigarettes. Ces nouvelles données suggèrent que notre approche plutôt libérale est probablement justifiée ».

Les auteurs prennent soin de souligner qu’un traitement médicamenteux associé à une prise en charge professionnelle dans l’un des (remarquables) « Stop smoking services » du pays serait trois fois plus efficace pour arrêter le tabac. Le pragmatisme voudrait que l’on parvienne à encourager les fumeurs à associer ces deux approches pour parvenir aux meilleurs résultats.

Obstination ministérielle

Conjointement à l’étude du BMJ une « revue Cochrane » (également publiée le 13 septembre et citée par Le Quotidien du Médecin –Clémentine Wallace) parvient à la même conclusion : « Electronic cigarettes for smoking cessation ». Les auteurs de la revue Cochrane signalent notamment ‘absence d’effets secondaires importants à deux ans – les complications majeures rapportées concernant principalement des irritations de la bouche et de la gorge.

Ce sont là des données scientifiques, officielles, mises à la portée de tous. Elles viennent conforter les tenants d’une politique de réduction massive des risques que Marisol Touraine se refuse obstinément à prendre en compte. D’où la nécessité de ne pas se lasser.

A demain