Dignité : la trop belle vidéo de Jacqueline qui se suicidera avant la fin du quinquennat

Bonjour

Trop beau pour être vrai ? Trop laid pour être faux ? Nous sommes ici aux antipodes de l’ode aux soignants de Nicolas Philibert. C’est une vidéo paradoxalement mortifère diffusée dans deux formats par Brut (3’01 ») et Kombini  (7’35 »).

Résumons la seconde version : un échange de salon post-café, sur sofa/canapé, entre Jacqueline Jencquel, 74 ans et le bien trop jeune Hugo Clément. Le second demande à la première pourquoi elle a programmé sa mort dans moins de deux ans – et ce alors qu’elle fait tout pour montrer qu’en dépit de ses trois quarts de siècle elle est en « pleine forme. » Association étudiée de langage châtié et de vulgarité.

Nous sommes ici entre Narcisse, le mythe, et Zénon, celui de Yourcenar. Elle veut « mourir debout ». Jacqueline Jencquel, donc, qui couche ses pensées sur son blog. Et qui choque son hébergeur : Le Temps, de Genève. Précisément, lisons, lentement, Le Temps (Sylvia Revello)

« En médiatisant sa mort, Jacqueline Jencquel choque. Après avoir ouvert un blog au ‘’Temps’’, la Française de 74 ans justifie sans états d’âme sa volonté de mourir dans des vidéos tournées pour Brut et Konbini. L’aspect à la fois intime et militant de sa démarche interpelle.

« Planifier le jour de sa mort: le choix de Jacqueline Jencquel, 74 ans, choque, irrémédiablement. Elle qui ne souffre d’aucune maladie incurable ou dégénérative souhaite bénéficier d’un suicide assisté en Suisse en janvier 2020. La médiatisation volontaire de sa démarche interpelle d’autant plus. Après avoir entamé un blog sur le site du Temps, la Française a tourné deux vidéos pour Brut et Konbini, qui ont déclenché ce week-end des milliers de réactions, aussi contrastées les unes que les autres.

« Pourquoi vouloir cesser de vivre? Celle qui milite pour la légalisation du suicide assisté en France depuis plusieurs années dévoile pléthore d’arguments: l’impression d’avoir fait le tour, la peur de devenir prisonnière de son corps, infantilisée, surmédicalisée, impuissante face à la vieillesse qui progresse inexorablement. Pas question pour elle d’entendre un jour la voix d’une infirmière lui murmurer à son réveil dans un mouroir: «Alors Madame Jencquel, il fait beau aujourd’hui, on est bien.» Elle l’avoue, elle est loin d’en être là, mais la perspective de subir cette inéluctable dégradation la rebute. 

« Courage d’affronter la mort ou caprice indécent face à ceux qui n’ont vraiment pas le choix: les avis des internautes sont partagés. Certains pointent un témoignage  »difficile à entendre », mais «tellement humain». D’autres fustigent une décision  »contraire au destin », un «choix cynique»,  »comble du nihilisme et de l’égoïsme ». C’est que la mort reste un tabou. Sans raisons majeures, la vie doit être vécue, presque par défaut. La décréter bonne à jeter sonne comme un affront incongru.

« Dans l’interview accordée à Konbini, Jacqueline Jencquel fait voler en éclats cette pudeur. Elle se montre goguenarde, presque vulgaire. C’est sur un ton provocateur qu’elle répond aux questions d’Hugo Clément.  »J’ai tout fait », lâche-t-elle, en se qualifiant de  »femme libre », lucide, qui refuse de  »faire l’amour avec un mec au bide énorme » ou de finir ‘’légume’’ dans un ‘’plumard’’. 

Pimpante, en baskets et ensemble rose poudré, elle toise la caméra, confortablement installée dans un sofa. Lorsque le journaliste lui demande si elle redoute le grand saut, elle rit aux éclats à l’idée de ‘’sucer’’ des ‘’beaux mecs comme Hugo pour l’éternité’’ au paradis. Quant à la date précise de sa mort, elle ne résulte que de l’agenda de son médecin, qui rentrera tout juste de vacances. »

Pour Le Temps cette surexposition médiatique sape toute crédibilité. Un mauvais coup, en somme porté aux volontés de « mourir dans la dignité ». Pourquoi faire étalage d’un choix dont la dignité réside, précisément, dans l’intimité ?  On lira aussi, dans le quotidien suisse, l’opinion éclairée de deux médecins:  Mort planifiée: une inquiétante mise en scène du suicide. Un texte signé des Drs Mélina Andronicos et Dr Laurent Michaud, membres du Groupe romand de prévention du suicide.

A demain

 

La sidérante vidéo virale de Patrick Chêne, journaliste soutenant les soignants hospitaliers

Bonjour

Faire court. Assises du Journalisme à Tours. Quatre jours. Thème inquiétant : « Un journalisme utile ? ». Parmie les débats les plus alléchants :  « A la poursuite des millennials : les Vidéos d’Information Virales »

« Avec Emmanuel CHAIN, co-gérant de Éléphant et fondateur de Monkey ; Louis DABOUSSY, directeur éditorial de Konbini ; Johan HUFNAGEL, co-fondateur et directeur de la rédaction de Loopsider ; Guillaume LACROIX, co-fondateur et président directeur général de Brut. Animé par Chloé WOITIER, journaliste médias au Figaro. »

Faire court. Voici cinq exemples ce que peuvent apporter ces nouvelles productions de vidéos aux frontières du journalisme, insérées dans les réseaux sociaux, certaines étant vues (nous assure-t–on) des centaines de milliers voire des millions de fois :

1 La petite voix du journaliste Patrick Chêne en hommage aux soignants hospitaliers étouffés par une administration inhumaine  (Brut) https://www.facebook.com/pg/brutofficiel/videos/

2 Conseil de Jack Parker aux adolescentes qui ont envie de mourir (Loopsider) : https://www.facebook.com/Loopsider/videos/486147258453872/

3 Un vélo pour enfant autistes (Loopsider) https://www.facebook.com/Loopsider/videos/486107375124527/

4 Une vision des Ehpad (Monkey) https://www.youtube.com/watch?v=P2SnlCZmHAI

5 Regard sur l’ addiction aux réseaux sociaux (Konbini) : http://www.konbini.com/fr/tendances-2/addiction-reseaux-sociaux-resumee-video/

A demain