Jeux d’argent et de hasard interdits aux mineurs ? De qui Bruno Le Maire ose-t-il se moquer ?

Bonjour

8 mars 2019. Actualité : la privatisation de la Française des Jeux (FDJ) entreprise hautement rentable se nourrissant de l’addiction d’une fraction croissante de citoyens devenus dépendants. Une affaire suivie de près par les buralistes, premiers concernés. Hier les députés ont donné leur feu vert au projet de privatisation de la Française des Jeux (FDJ), dans le cadre de l’examen en commission du projet de loi Pacte.

En première lecture, début octobre, l’Assemblée nationale avait autorisé le transfert au privé de la majorité du capital de la FDJ, actuellement détenu à 72 % par l’État, malgré de vives critiques de l’opposition dénonçant la logique économique de l’opération et les risques accrus d’addiction aux jeuxLe Sénat s’y était ensuite opposé en février.

Cohérence avec le tabac et l’alcool

Mais en démocratie force revient toujours à la majorité : via un amendement du gouvernement, défendu par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, les députés ont rétabli leur version en commission. Des sous-amendements, portés par le député Christophe Blanchet (LREM, Calvados), ont ajouté au texte des dispositions pour renforcer la protection des mineurs. En d’autres termes possibilité, via une future ordonnance, de la « mise en place d’une amende sanctionnant la vente ou l’offre » de jeux d’argent et de hasard à des mineurs.

Que croyez-vous qu’il arriva ? M. Le Maire s’est dit « favorable à renforcer toutes les garanties et les protections». « L’idée d’avoir une amende qui sanctionne la vente de jeux aux mineurs, c’est cohérent par rapport à ce que nous demandons aussi en matière de vente de tabac ou de vente d’alcool ».

Posons, avec tout le respect dû à un ministre de la République, la question à Bruno Le Maire : de qui vous moquez-vous ?

Dans le dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire François Bourdillon, directeur général de Santé ­publique France, use d’un euphémisme en écrivant, dans son éditorial  que « l’interdiction de vente aux mineurs peut être considérée comme non respectée ». Les derniers résul­tats d’une enquête officielle (Escapad – OFDT)  démon­trent qu’en France les mineurs de 17 ans et moins « n’éprou­vent aucune difficulté à s’approvisionner en alcool ». Ceux qui déclarent avoir bu des boissons alcooliques « les ont achetées en magasin pour 91 % d’entre eux ». Mieux : « ils sont 77,5 % à en avoir consommé dans un débit de boissons » précise François Bourdillon.

« En 2017, 85,7 % des adolescents de 17 ans ont déclaré avoir déjà bu de l’alcool au cours de leur vie. L’usage régulier d’alcool (au moins dix fois dans le mois) concernait un jeune sur dix (8,4 %) et 44 % des jeunes de 17 ans ont déclaré une alcoolisation ponctuelle importante (API) au cours du mois. La majorité d’entre eux (52,7 %) a déclaré n’avoir jamais eu à présenter de carte d’identité pour justifier de son âge lors d’un achat en bar ou en restaurant. »

Répression de l’ivresse publique

Or, et M. Le Maire ne saurait l’ignorer, le code de la santé publique, au nom de la « protection des mineurs » et de la « répression de l’ivresse publique » dispose qu’il est interdit de vendre de ­l’alcool à des mineurs de moins de 18 ans. La personne qui délivre la boisson peut ainsi exiger du client « une preuve de sa majorité », notamment par la production d’une pièce d’identité. Il est de même ­interdit d’offrir de l’alcool à titre gratuit à des mineurs dans les débits de boissons et tous commerces ou lieux publics. Et il est interdit de recevoir dans les débits de boissons alcooliques des mineurs de moins de seize ans qui ne sont pas accompagnés de l’un de leurs parents ou d’un majeur responsable.

Et M. Le Maire n’ignore pas qu’il en va de même pour les ventes de tabac chez les buralistes. Et ce alors que depuis 2003, en France, la vente de tabac est interdite aux mineurs. Afin d’évaluer l’application de cette mesure et pour connaître la perception des jeunes sur cette mesure, deux enquêtes ont été menées pour le Comité national de lutte contre le tabagisme. Il est apparu que 62 % des buralistes étaient en infraction et ont vendu du tabac à des mineurs de 12 et 17 ans – plus d’un tiers des buralistes ­acceptant de vendre du tabac à des enfants de 12 ans. Et 60 % des jeunes fumeurs ­indiquent qu’ils se procurent, sans difficulté, du tabac chez les débitants. Et ­faudrait-il rappeler que, conséquence ­immédiate de cet interdit bafoué, plus d’un jeune Français de 17 ans sur trois est, déjà, un consommateur de tabac ?

Où l’on comprend bien ici que, loin d’une politique de réduction des risques, nous sommes, compte tenu de ce que l’on sait des addictions, avec un pouvoir politique qui, par démission, mène de facto une politique d’amplification des risques. Qui se souvient que le candidat Macron avait fait de la prévention l’une des clefs de voûte de la nouvelle cathédrale politique qu’il entendait construire au sein d’un nouveau monde ?

A demain

@jynau

 

Alcool – tabac : le pouvoir a renoncé à faire respecter les interdits de vente aux adolescents 

Bonjour

« L’interdiction de vente aux mineurs peut donc être considérée comme non respectée ».  La phrase est officielle. Elle est signée de François Bourdillon, directeur général de Santé publique France. Et elle est extraite de l’éditorial publié dans le dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) thématique consacré à l’alcool en France ; éditorial au goût d’oxymore titré « Alcool et réduction des risques » 1.

On dispose sur ce thème des résultats de l’enquête « Escapad – OFDT » menée chez les jeunes mineurs de 17 ans 2.  On y apprend que les jeunes mineurs, en France, « n’éprouvent aucune difficulté à s’approvisionner en alcool ». Ceux qui déclarent avoir bu des boissons alcooliques « les ont achetées en magasin pour 91% d’entre eux ». Mieux : «  ils sont même 77,5% à en avoir consommé dans un débit de boisson » précise François Bourdillon.

« En 2017, 85,7% des adolescents de 17 ans ont déclaré avoir déjà bu de l’alcool au cours de leur vie. L’usage régulier d’alcool (au moins dix fois dans le mois) concernait un jeune sur dix (8,4%) et 44 % des jeunes de 17 ans ont déclaré une alcoolisation ponctuelle importante (API) au cours du mois. Par ailleurs, malgré l’interdiction de vente aux mineurs, les adolescents qui ont déclaré avoir bu des boissons alcoolisées dans le mois étaient 91,0% à en avoir acheté en magasin et 77,5% à en avoir consommé dans un débit de boissons. La majorité d’entre eux (52,7%) a déclaré en outre n’avoir jamais eu à présenter de carte d’identité pour justifier de son âge lors d’un achat en bar ou en restaurant. »

Rappel de l’interdit quotidiennement bafoué :

 « PROTECTION DES MINEURS ET RÉPRESSION DE L’IVRESSE PUBLIQUE

Il est interdit de vendre de l’alcool à des mineurs de moins de 18 ans. La personne qui délivre la boisson peut exiger du client une preuve de sa majorité, notamment par la production d’une pièce d’identité. Il est interdit d’offrir de l’alcool à titre gratuit à des mineurs dans les débits de boissons et tous commerces ou lieux publics. Il est interdit de recevoir dans les débits de boissons alcooliques des mineurs de moins de seize ans qui ne sont pas accompagnés de l’un de leurs parents ou d’un majeur responsable. LE NON-RESPECT DE CES INTERDICTIONS EST PASSIBLE DE POURSUITES JUDICIAIRES. CODE DE LA SANTÉ PUBLIQUE : ART. L. 3342-1, L. 3342-3 ».

 Vendre du tabac à des enfants de 12 ans

On sait qu’il en va de même pour les ventes de tabac aux mineurs chez les buralistes. L’affaire est connue de longue date. Depuis 2003, en France, la vente de tabac est interdite aux mineursAfin d’évaluer l’application de cette mesure et pour connaître la perception des jeunes sur cette mesure deux enquêtes ont été menée pour le Comité national de lutte contre le tabagisme). Il est apparu que 62 % des buralistes étaient en infraction et ont vendu du tabac à des mineurs de 12 et 17 ans. Et plus d’un tiers des buralistes ont accepté de leur vendre du tabac à des enfants de 12 ans.  Et 60% des jeunes fumeurs indiquent qu’ils se procurent, sans difficulté, du tabac chez les débitants. Et faudrait-il rappler que plus d’un jeune de 17 ans sur trois consomme du tabac ?

Rappel de cet autre interdit quotidiennement bafoué :

« Interdiction de vente de tabac aux mineurs de moins de 18 ans Il est interdit de vendre ou d’offrir gratuitement, dans les débits de tabac et tous commerces ou lieux publics, à des mineurs de moins de dix-huit ans des produits du tabac ou leurs ingrédients, y compris notamment le papier et le filtre. La personne qui délivre l’un de ces produits, exige du client qu’il établisse la preuve de sa majorité.  CODE DE LA SANTÉ PUBLIQUE, ART. L.3512-12 et R.3515-5  Le non respect de cette interdiction est passible de poursuites judiciaires. »

Nous ne sommes plus, ici, à parler d’une politique de réduction des risques mais bien, compte-tenu de ce que l’on sait des addictions, d’un pouvoir politique qui, par démission, mène de facto une politique d’amplification des risques.

 A demain

@jynau

1 Bourdillon  F.  Éditorial. Alcool et réduction des risques. Bull Epidémiol Hebd. 2019;(5-6):88-9. http://invs.santepublique france.fr/beh/2019/5-6/2019_5-6_0.html

2 Philippon A, Le Nézet O, Janssen E, Cogordan C, Andler R, Richard  JB, et  al. Consommation et approvisionnement en alcool à 17 ans en France : résultats de l’enquête ESCAPAD 2017. Bull Epidémiol Hebd. 2019;(5-6):109-15. http://invs. santepubliquefrance.fr/beh/2019/5-6/2019_5-6_3.html

Agnès Buzyn : autosatisfaction des résultats contre le tabac, étrange éloge de l’insoumission

Bonjour

Achevant son discours lors des Rencontres de l’Institut national du cancer de ce 4 février, Agnès Buzyn a innové. La ministre des Solidarités et de la Santé a expliqué aux participants qu’ils venaient d’avoir la chance d’entendre Raphaël Enthoven. Ce dernier « proposait une analyse de la remise en cause de l’expertise médicale face aux croyances non fondée et créatrice de  ‘’fake news’’ ».

« Dans ses ‘’ Morales provisoires ‘’ ; il rappelle que ‘’ le courage, c’est se jeter à l’eau. C’est un geste sans cause, sans motif et sans explication. C’est une insurrection de l’individu, une façon de ne pas être soumis’’ a déclaré la ministre. Mesdames et messieurs, ne soyons pas soumis. Agissons ! »

Peu de temps Agnès Buzyn dressé un bilan des progrès accomplis dans le domaine de la lutte contres les maladies cancéreuses. Extraits :

« Quels sont les progrès dont nous pouvons nous prévaloir ? D’abord, cette année, nous avons pu objectiver la nette réduction de la prévalence tabagique en France, et j’en suis particulièrement heureuse et fière. Près d’un million de fumeurs quotidiens en moins entre 2016 et 2017, en particulier chez les personnes aux revenus les plus faibles avec un passage de 38,8 % en 2016 de fumeurs réguliers à 34 % en 2017. Nous avons donc aussi réussi à agir sur les inégalités de santé.

« Ces résultats sont le fruit d’une politique intégrée que nous avons tous défendue, et qui repose sur l’intervention auprès des populations les plus éloignées du système de santé, notamment via des appels à projets financés pour la première fois cette année par le fonds de lutte contre le tabac qui bénéficie d’une enveloppe de 100 millions d’euros. D’autres moyens y participent également, avec les augmentations successives du prix du paquet de cigarettes ainsi que les campagnes récurrentes d’information du grand public de l’Institut national du cancer et l’opération ‘’Mois sans tabac’’ ».

Sans nullement vouloir faire preuve d’inoumission, force est bien ici d’agir et de rappeler l’extrême fragilité du chiffre « d’un million de fumeurs quotidiens en moins entre 2016 et 2017 » -une donnée désormais reprise de manière récurrente depuis près d’un an par le pouvoir exécutif. D’où provient-il ? D’un texte signé de François Bourdillon, directeur général de Santé publique France dans le BEH daté du 29 mai 2018 : « Baisse du tabagisme en France : un million de fumeurs quotidiens de moins entre 2016 et 2017. Un succès pour la santé publique » :

« Selon les données du Baromètre santé 2017 de Santé publique France, enquête représentative de la population française, la baisse du tabagisme en France entre 2016 et 2017 est de 2,5 points, ce qui est considérable. Cela représente un million de fumeurs quotidiens de moins en un an. Ainsi, la prévalence du tabagisme quotidien passe de 29,4% en 2016 à 26,9% en 2017. Cette baisse touche particulièrement les jeunes hommes de 18 à 24 ans et les femmes de 55 à 64 ans. Elle est la plus marquée en Île-de-France et en Normandie en comparaison des données de 2014. Enfin, elle concerne particulièrement les personnes ayant les niveaux de diplômes et de revenus les moins élevés ainsi que les demandeurs d’emplois, ce qui permet de stopper, pour la première fois, l’accroissement observé depuis le début des années 2000 des inégalités sociales en matière de tabagisme. »

Un constat d’autant plus fragile et discutable que les autorités sanitaires français, comme l’expliquent les responsables de l’étude PETAL 1 n’ont pas mis en place d’ « évaluations robustes » et systématiques pour disposer d’éléments permettant de savoir si les mesures du Programme national de réduction du tabagisme ont été efficaces. Un programme lancé officiellement il y a, précisément, cinq ans.  Agissons !

A demain

@jynau

1 « Programme d’Etudes sur le Tabagisme des Adolescents en vue de sa Limitation » (PETAL). Ce projet vise à mieux comprendre les comportements liés au tabagisme des jeunes Français. L’objectif général est de documenter l’efficacité et l’équité de politiques publiques de lutte contre le tabagisme des jeunes et d’identifier des opportunités d’interventions pour le futur. PETAL mobilise des méthodes statistiques robustes afin de produire les résultats les plus justes possibles au regard des données disponibles actuellement.

Ce projet a débuté en novembre 2017 et il est financé pour 24 mois par La Ligue contre le cancer dans le cadre de l’appel à projets 2017 Priorité Cancers Tabac de La Ligue contre le cancer et l’Institut national du cancer (INCA). Les équipes de recherche impliquées sont les unités mixtes de recherche 1178 (Santé mentale et santé publique, INSERM-Paris Descartes-Paris Sud) et U1136 (Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique, INSERM-Sorbonne Université), l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Santé Publique France, l’Université de Californie San Diego et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

 

Cigarette électronique : vers un procès des politiques pour défaut de réduction des risques  

Bonjour

Il faut, pour mesurer l’ampleur des contradictions politiques et sanitaires, lire l’éditorial publié dans le dernier Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire. Intitulé « Mesurer les parts de cancers évitables pour mieux guider la lutte et la prévention » il est signé de Christopher P. Wild, directeur du Centre international de recherche sur le cancer (OMS), Norbert Ifrah, président de l’Institut national du cancer et François Bourdillon, directeur général de Santé publique France.

Ces trois responsables de haut niveau présentent ici les résultats d’un vaste travail de plus de quatre-vingts experts travaillant dans les principales institutions de recherche ou de santé publique françaises. C’est, depuis quelques jours, un travail repris à l’envi (mais sans commentaires) par les médias généralistes. Un travail qui conclut qu’en France quatre cancers sur dix environ étaient, en 2015, attribuables aux « facteurs de risque liés au mode de vie et à l’environnement ». En d’autres termes « 142 000 cancers auraient pu être évités, par des actions de prévention primaire, sur les 346 000 nouveaux cas diagnostiqués chez les adultes ». Un travail, aussi, qui inclut de nouveaux facteurs de risque comme l’alimentation (consommation de viandes rouges et de charcuteries, par exemple) et des expositions professionnelles plus nombreuses (trichloréthylène et gaz d’échappement diesel, par exemple).

Corollaire : une part importante des cancers est donc potentiellement évitable par une suppression ou une réduction  de l’exposition à ces facteurs de risque. « Mesurer cette part évitable permet de cibler des priorités d’action pour la prévention du cancer » expliquent doctement les trois auteurs. Ces derniers se gardent bien, toutefois, de faire ici la part entre l’action préventive politique volontariste et la responsabilité personnelle du citoyen informé de ces données.

Et cætera desunt 

Prenons, ici, l’exemple du tabac. Tabac légalement commercialisé et qui constitue le principal facteur de risque dans une France où sa consommation est parmi la plus importante d’Europe. « Les résultats soulignent à nouveau le poids de la consommation de tabac en France, cause de 20% des cancers en 2015, écrivent les trois auteurs. Aussi, la stratégie de réduction du tabagisme doit-elle être maintenue et renforcée dans les futurs plans de santé publique, ce qui est le cas avec la récente annonce de la ministre de la Santé d’un nouveau plan national de lutte contre le tabac. Le million de fumeurs quotidiens de moins entre 2016 et 2017 [chiffre contesté] est un premier signe très encourageant, de même que les augmentations programmées du prix du tabac (passage à 10 € le paquet en 2020), l’amélioration du remboursement de substituts nicotiniques, etc. »

On appréciera cet « et cætera » locution adverbiale issu du latin médiéval « et cætera desunt » utilisée pour montrer qu’une liste n’est pas exhaustive. Les trois auteurs confirment, ici, que le pouvoir exécutif français n’a toujours pas intégré la cigarette électronique parmi les outils de lutte contre le fléau du tabagisme.

« La communication des résultats de l’étude du BEH auprès du public constitue un autre point crucial, comme le montrent les résultats alarmants des Baromètres cancer sur la perception des facteurs de risque de cancer dans la population en France » écrivent encore MM Wild, Ifrah et Bourdillon. Ils révèlent qu’une étude à paraître « montrera que la part de certaines fausses croyances sur les causes de cancer a encore augmenté par rapport aux enquêtes précédentes ». « Ainsi, trop de personnes enquêtées se représentent que boire des sodas ou consommer des hamburgers serait aussi mauvais pour la santé que boire de l’alcool, ou que la pollution atmosphérique causerait davantage de cancers que l’alcool » expliquent-ils.

A qui la faute ? Et qui peut, d’ores et déjà, être tenu pour responsable de ne pas encore avoir, en France, accordé à la cigarette électronique la place qui doit être la sienne dans une politique de réduction des risques contre une consommation responsable d’un cancer sur cinq ?

A demain

Cigarette électronique : comment observer son efficacité sans parvenir à la conseiller

Bonjour

Les statistiques décrivent-elles la réalité ? Peuvent-elles peser sur elle ? Le dernier numéro du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) consent à se pencher sur la cigarette électronique 1. Et parvient à ne pas répondre à une question sanitaire essentielle : la e-cigarette est-elle un outil efficace pour l’arrêt du tabac ?

« La réponse à cette question reste à ce jour controversée : d’un côté, les deux essais contrôlés randomisés publiés à ce jour montrent que la e-cigarette peut être efficace pour aider à l’arrêt du tabac, de l’autre, des études de cohorte en population générale sont plus réservées quant à son efficacité, résume Anne Pasquereau (Santé Publique France), première auteure. Dans ce contexte, cette étude est la première à apporter des résultats sur le rôle de la e-cigarette parmi les fumeurs Français. Notre objectif était d’évaluer si l’utilisation régulière d’e-cigarette parmi les fumeurs quotidiens était associée 6 mois plus tard à l’arrêt du tabac. »

L’étude publiée dans le BEH est, modestement, une étude observationnelle (devenir des fumeurs en conditions réelles) et non pas stricto sensu une étude d’efficacité. Les auteurs ont interrogé à six mois d’intervalle (en septembre 2014 et mars 2015) 2 057 fumeurs âgés de 15 à 85 ans, représentatifs des fumeurs français selon la méthode des quotas. Les fumeurs qui vapotaient régulièrement – 252 « vapo-fumeurs » (sic)-  ont été comparés aux 1805 fumeurs exclusifs. Les profils socio-économiques et les caractéristiques de consommation de tabac des fumeurs ont été pris en compte dans les analyses statistiques.

Réduire sans arrêter

Voici les trois principaux constats :

. Les vapo-fumeurs sont plus nombreux que les fumeurs exclusifs à avoir réduit de moitié ou plus leur consommation quotidienne de cigarettes : 26 % versus 11 %.

. Les vapo-fumeurs sont plus nombreux que les fumeurs exclusifs à avoir tenté d’arrêter de fumer au moins 7 jours au cours du dernier mois : 23 % versus 11 %.

. Concernant l’arrêt du tabac d’au moins 7 jours à 6 mois, il n’y avait pas de différence significative entre vapo-fumeurs et fumeurs exclusifs.

Conclusions des auteurs : « Parmi les fumeurs, ceux qui utilisaient régulièrement une e-cigarette ont plus souvent essayé d’arrêter de fumer et réduit leur consommation de cigarettes au suivi à 6 mois. L’efficacité de l’e-cigarette pour arrêter de fumer reste en débat ». Conclusion de 20 minutes : « Le vapotage permet de réduire sa consommation de cigarettes, mais pas d’arrêter de fumer ».

E-cigarette gratuite

Anne Pasquereau est prudente : « Comme toute étude scientifique, celle-ci comporte aussi des limites qu’il convient de rappeler : la durée du suivi est relativement courte, l’échantillon de vapo-fumeurs est de taille modeste. Enfin le fait d’être devenu vapo-fumeur peut refléter une volonté initiale de cesser de fumer qui se traduit in fine par des tentatives d’arrêt plus fréquentes ». Et elle ajoute ceci :

« Cette étude porte sur des fumeurs de la population générale suivis en conditions réelles. Un contexte différent des essais cliniques où les fumeurs sont suivis de près et où la e-cigarette est fournie gratuitement et peut être perçue comme l’outil qui va enfin permettre d’arrêter de fumer, ce qui peut influencer le comportement des fumeurs. »

Qu’attend Santé Publique France pour fournir gratuitement les cigarettes électroniques dans des essais cliniques qui permettraient, enfin, de sortir des insupportables impasses actuelles ? Et d’en finir avec cette antienne qui, une nouvelle fois, signe l’impuissance coupables de nos autorités sanitaires :

« Santé publique France continuera à suivre l’évolution de l’usage d’e-cigarette en France via ses enquêtes Baromètres santé. Ces données et celles du domaine de la recherche permettront d’avancer dans la réflexion sur la place de la e-cigarette dans le sevrage tabagique. »

A demain

1 « CIGARETTES ÉLECTRONIQUES, TENTATIVES D’ARRÊT ET ARRÊT DU TABAC : SUIVI À 6 MOIS »  Anne Pasquereau (anne.pasquereau@santepubliquefrance.fr), Romain Guignard, Raphaël Andler, Viêt Nguyen-Thanh Santé publique France, Saint-Maurice, France

* Adapté de : Pasquereau A, Guignard R, Andler R, Nguyen-Than V. Electronic cigarettes, quit attempts and smoking cessation: a 6-month follow-up. Addiction. 2017;112(9):1620-8.

Zika, dengue, paludisme : petite pique vaccinale avant les transhumances estivales

Bonjour

 Un mauvais titre peut cacher un texte de grande qualité. Nous parlons ici de l’éditorial du dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire (recommandations sanitaires pour les voyageurs) signé Éric Caumes & Daniel Camus – respectivement Président et Vice-président du « Comité des maladies liées aux voyages et des maladies d’importation » Haut Conseil de la santé publique.

Dans « Maladies vectorielles entre la fin et le début » les auteurs font, à la veille des grandes transhumances estivales, le point sur quelques épidémies toujours d’actualité. Délaissant le prophétique Charles Nicolle ils citent Mark Twain : « La catastrophe qui finit par arriver n’est jamais celle à laquelle on s’est préparé ». Illustration : Zika. L’épidémie a aujourd’hui déserté les médias généralistes. Est-ce dire que nous sommes « revenus à la normale » ?

« Dans le cas de l’infection à virus Zika, la fin de l’épidémie en Amérique latine et dans les Caraïbes met à jour une nouvelle problématique de gestion de crise, celle des recommandations dans un contexte de faible risque, comme nous l’avons déjà connu avec le chikungunya. En effet, la fin de l’épidémie de Zika dans les Amériques ne signifie pas l’absence totale de circulation du virus mais plutôt un passage à l’endémicité, avec le constat de déclarations de cas se poursuivant à un rythme faible mais persistant. »

Endémisation planétaire

Nous sommes ainsi confrontés à une sorte d’endémisation également observée dans d’autres parties du monde : le Sud-Est asiatique, les îles du Pacifique et même en Afrique, dans des territoires où le virus semble circuler à bas bruit depuis longtemps. Conduite à tenir ?

« Il faut apprendre à vivre avec la possibilité de cas sporadiques de Zika et rester extrêmement vigilant quant aux complications néonatales, dont la fréquence est certainement très élevée si l’on ne se focalise pas uniquement sur les microcéphalies, partie émergée de l’iceberg. Pour les professionnels de santé qui travaillent dans les Territoires français d’Amérique, cette situation implique le maintien d’une surveillance soutenue des grossesses. »

Et que dire aux voyageurs désireux de se rendre dans des zones de circulation du virus Zika ? On pourrait se borner à leur distribuer les recommandations du Haut Conseil de la santé publique. Ce serait un peu court.

« Le HCSP a émis des recommandations précises en regard de cette nouvelle situation mais, dans la pratique quotidienne, l’information fournie aux femmes enceintes et aux couples ayant un projet d’enfant, même si elle est ‘’claire, loyale et appropriée’’ génère, chez les consultants, si ce n’est chez les consultés, un véritable dilemme. »

 Partir en voyage sous d’autres latitudes ? L’actualité infectieuse planétaire fait qu’il faudra compter avec la réémergence de la fièvre jaune. En Angola et en République démocratique du Congo (plusieurs milliers de cas et des centaines de décès) mais aussi au Brésil, au Pérou ou en Bolivie.

Renaître de ses cendres

« Il est paradoxal de constater que c’est au moment même où la garde a été baissée en matière de vaccination contre la fièvre jaune, avec le doute grandissant sur la protection conférée par une seule injection pour la vie et dans un contexte de pénurie générale de vaccin, que cette maladie historique renaît de ses cendres. »

Que peut faire le spécialiste des maladies infectieuses ? « Il nous appartient de veiller à ce que les recommandations de vaccination soient connues du public et respectées » répondent les deux auteurs. Ils ajoutent, « en guise de conclusion » :

« On peut s’interroger sur ‘’l’ambiguïté vaccinale’’, cette attitude qui consiste à remettre en cause l’intérêt de vaccins dont l’innocuité et l’efficacité sont bien établies, tout en demandant coûte que coûte des vaccins efficaces contre la dengue, le chikungunya, le Zika ou le paludisme, autant de fléaux pour lesquels nous n’avons toujours pas de vaccins ou des vaccins insuffisamment efficaces. Quand le temps de la vaccination efficace sera arrivé, sera-t-elle pareillement remise en cause ? »

Il faut, ici, rappeler la loi de Murphy : « Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal ».

A demain

 

 

Post mortem & post-vérité : les premiers pas des certificats de décès électronisés

 

Bonjour

Notre époque, dit-on, est à la dématérialisation. A quelle vitesse ? Il aura fallu quatorze années, pas moins, pour que l’on commence à tenter d’abandonner le papier des certificats médicaux de décès. Tout avait commencé en 2003, au lendemain de la canicule 1. Tremblant devant un risque majeur gravement sous-estimé quelques responsables politiques avaient alors pris la mesure d’une faille majeure du système d’alerte sanitaire. C’est ainsi que l’on commença à parler de « certification électronique des décès », un système permettant de disposer en temps réel de données médicalement fiables tout en allégeant la charge logistique. Soit un gain de plusieurs mois dans la collecte et l’analyse des données -essentiel en cas d’émergence d’une urgence sanitaire.

Quatorze ans plus tard, à l’occasion de la « Paris Healthcare Week », la Direction Générale de la Santé (DGS) vient d’annoncer le lancement de la première expérimentation de dématérialisation de la totalité des certificats de décès (volet médical et administratif). Cela se fera, comme le rapporte le site Medscape (Stéphanie Lavaud) « en situation de mobilité, via l’application CertDc » 2. En pratique l’expérimentation commence (pour une durée de six mois), dans six villes de taille moyenne disposant d’un EHPAD : les cités d’Antibes, d’Aurillac, de Créteil, de La Rochelle, de Montluçon et de Villejuif. Les médecins hospitaliers seront prévenus par leurs établissements et leur Agence régionale de santé ; les libéraux via les Conseils nationaux et départementaux de l’Ordre des médecins. La participation ne se fera toutefois (pourquoi ?) que sur la base du volontariat.

Présidence Macron et ubérisation

Il faut ici compter avec les freins, matériels ou psychologiques au changement des pratiques. Depuis 2007 la mise au point de l’application web CertDc permet aux médecins qui le souhaitent de saisir en ligne un certificat de décès et d’en transmettre « quasi immédiatement » le volet médical auprès des services en charge de l’analyse des causes de décès (CépiDc-Inserm) et de Santé publique France. Mais une étude publiée dans le BEH établissait qu’en 2011 moins de 5% de la mortalité nationale était certifiée électroniquement, avec une répartition hétérogène par département. Fiasco, ou presque.

Aujourd’hui la nouvelle mouture de l’appli Cert Dc permet de déclarer les décès « en situation de mobilité » (au domicile, en EHPAD, sur la voie publique) – soit près de 40% des décès. Elle est aussi dotée du volet administratif (à destination de l’opérateur funéraire et de la mairie du lieu de décès). « Un bon moyen de s’affranchir de la nécessité d’imprimer ce document pour envoi par voie postale…et du risque d’erreur quand l’employé de l’état civil n’arrive pas à déchiffrer l’écriture du médecin » note Medscape.

En ce mois de juin 2017 on évoque déjà une généralisation à l’ensemble de l’Hexagone pour 2018. A l’heure de la présidence Macron et de l’ubérisation les médecins français se révéleront-ils des vecteurs zélés de la dématérialisation

A demain

1 Sur ce thème : « Décès ‘’ internetement ‘’ certifiés : la France piétine ». Rev Med Suisse 2012; 340-341

2 Cette application est disponible sous Android et Apple. La connexion est sécurisée au même titre que la messagerie de santé (CPS). Le remplissage du formulaire peut se faire hors réseau et la présentation est la même que le certificat de décès papier. Enfin le scan de la bande MRZ qui figure au bas des papiers d’identité (CNI, passeport, permis de conduire) permet de prévenir les erreurs.