Tabagisme, pauvreté et post-vérité : le «néanmoins» assez déplacé de la MILDECA

Pour expliquer cette augmentation de la consommation de tabac parmi les catégories sociales les plus défavorisées, les services de la ministre avancent : « l’utilisation de la cigarette pour gérer le stress, la difficulté à se projeter dans l’avenir, la méfiance à l’égard des messages de prévention, le déni du risque, une dépendance nicotinique plus importante, une norme sociale en faveur du tabagisme ou des événements difficiles pendant l’enfance ».Bonjour

C’est un communiqué de presse daté du 31 mai. Une journée qui, comme chacun ne le sait pas, voit des institutions célébrer la « Journée mondiale sans tabac ». Et ce « dans le but de souligner les risques pour la santé liés au tabagisme et de plaider en faveur de politiques publiques efficaces pour réduire la consommation de tabac ».

C’est communiqué de la MILDECA 1. On attend du lénifiant et on ne se trompe pas. On nous rappelle que le tabagisme reste la première cause de mortalité prématurée évitable (73 000 cas annuels au bas mot en France). On nous annonce que le Ministère des Solidarités et de la Santé et Santé publique France « lancent une campagne de sensibilisation nationale pour inciter les fumeurs à faire une tentative d’arrêt ». Et que cette campagne « a pour objectif de lutter contre les idées reçues en rappelant que fumer n’est jamais sans risque, et en incitant les fumeurs à se faire aider ». On cite évidemment « Tabac Info Service » et on fait, comme toujours, l’impasse officielle sur la cigarette électronique.

Pauvres esclaves

Puis on cite l’enquête publiée dans le dernier BEH qui établit, chiffres à l’appui l’incurie des pouvoirs publics face à ce fléau majeur : « La France est la championne d’Europe toute catégorie des esclaves du tabac ». C’est alors que l’on peut lire ceci :

« Réalisée auprès de plus de 15 000 personnes en France métropolitaines âgées de 15 à 75 ans, l’enquête Baromètre Santé 2016, réalisée par Santé Publique France, a permis de confirmer une proportion de fumeurs quotidiens toujours élevée (28,7 %). Néanmoins, les résultats démontrent qu’entre 2010 et 2016, la fréquence du tabagisme quotidien a diminué parmi les hommes de 25 à 34 ans passant de 47,9% à 41,4% et également parmi les femmes de 15 à 24 ans dont le taux s’élève désormais à 25,2% au lieu de 30%. »

Ce « néanmoins » est terrible quand on regarde le phénomène dans sa globalité. Il l’est d’autant plus que les auteurs du communiqué font l’impasse sur l’autre réalité statistique révélée par cette enquête : de 2010 à 2016 la prévalence du tabagisme quotidien a, en France, augmenté de 35,2% à 37,5% parmi les personnes aux revenus de la tranche la plus basse, alors qu’elle a diminué de 23,5 à 20,9% parmi les personnes aux revenus de la tranche la plus haute.

Double peine

La MILDECA ne dit donc rien des raisons qui peuvent expliquer cette augmentation de la consommation de tabac parmi les catégories sociales les plus défavorisées : « l’utilisation de la cigarette pour gérer le stress, la difficulté à se projeter dans l’avenir, la méfiance à l’égard des messages de prévention, le déni du risque, une dépendance nicotinique plus importante, une norme sociale en faveur du tabagisme ou des événements difficiles pendant l’enfance ».

Ce n’est pas tout : « les écarts selon le niveau de diplôme suivent une tendance similaire, témoignant ainsi d’une augmentation des inégalités sociales en matière de tabagisme » soulignent encore les auteurs de l’enquête. Une version nouvelle, en somme, de la double peine à laquelle la MILDECA, institution placée à droite du Premier ministre, ne s’intéresse pas. Pourquoi ?

A demain

1 La mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), placée auprès du Premier ministre, anime et coordonne l’action du gouvernement en matière de lutte contre les drogues et les conduites addictives. Elle élabore à ce titre la stratégie gouvernementale en la matière dans les domaines suivants : recherche et observation ; prévention ; santé et insertion ; application de la loi ; lutte contre les trafics ; coopération internationale. Elle a aussi pour mission d’accompagner les partenaires publics, institutionnels et associatifs de la politique publique dans la mise en œuvre des orientations, en leur apportant un soutien méthodologique ou financier.

Incurie : la France est la championne d’Europe toute catégorie des esclaves du tabac

 

Bonjour

C’est un tableau désespérant. Il dit l’incapacité du politique français à peser sur la réalité tabagique. Une incapacité fortement teintée de duplicité.  Tout est dit et actualisé dans le prochain BEH 1. En octobre dernier François Bourdillon, directeur général de Santé publique France annonçait, dans les colonnes du même BEH, que 2016 serait une « année cruciale dans la lutte contre le tabagisme » – une année « marquant l’aboutissement de la volonté politique de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la santé, d’agir sur le premier déterminant de santé qu’est le tabagisme en France ». Est-il exagéré de dire, aujourd’hui, que ce fut une année catastrophique ?

Qu’apprend-on ? Qu’en France, en 2016, 34,5% des 15-75 ans fumaient du tabac ; et 28,7% quotidiennement. Rien ne change depuis 2010, après la hausse observée entre 2005 et 2010. De 2010 à 2016 la prévalence du tabagisme quotidien a augmenté de 35,2% à 37,5% parmi les personnes aux revenus de la tranche la plus basse, alors qu’elle a diminué de 23,5 à 20,9% parmi les personnes aux revenus de la tranche la plus haute. « Les écarts selon le niveau de diplôme suivent une tendance similaire, témoignant ainsi d’une augmentation des inégalités sociales en matière de tabagisme » notent les auteurs de ce travail. Une version nouvelle, en somme de la double peine.

Hexagone enfumé

Il faut préciser que ces données n’intègrent pas les très hypothétiques effets du remboursement (plafonné à hauteur de 150 euros annuels) des substituts nicotiniques, du paquet neutre (instauré en mai 2016 et généralisé depuis le 1er janvier 2016) ou de l’opération « Moi(s) sans tabac ».

Avec plus d’un tiers de fumeurs, la France fait de loin partie des pays les plus enfumés, devant l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique ou encore l’Italie et la Grande-Bretagne tandis que la prévalence continue de baisser aux États-Unis ou en Australie.

L’étude conclut (sans surprise) à la nécessité de poursuivre la lutte contre le tabagisme – « en veillant notamment à ce que les personnes vivant dans les conditions les plus défavorisées bénéficient de plus d’attention et d’aides spécifiques pour arrêter de fumer ». C’est admirable. On lit aussi d’autres choses admirables. Comme celle-ci :

« Si l’e-cigarette apparaît comme une aide à l’arrêt du tabac pour une partie des fumeurs, elle semble donc progressivement abandonnée par ceux qui n’arrivent pas à arrêter de fumer et qui reviennent à une consommation exclusive de cigarettes. Pour confirmer ces hypothèses, il reste nécessaire d’attendre les conclusions d’études portant sur l’efficacité de l’e-cigarette comme outil d’aide au sevrage tabagique. À l’heure actuelle, il n’y a pas de consensus sur cette question. »

La faute à qui ? Santé publique France ne le sait pas. Ou ne le dit pas. Les vapoteurs, eux, savent ce qu’ils veulent. A la veille du 31 mai, journée mondiale sans tabac et des encouragements pour aider les fumeurs à sortir du tabagisme ils dénoncent, via sovape.fr, le fait que depuis le 20 mai 2016, encourager l’une des meilleures solutions pour eux est devenu totalement illégal.

Un geste de la ministre ?

« La France a transposé la Directive européenne sur les produits du tabac avec beaucoup plus de sévérité que ce que le texte imposait, y compris pour la cigarette électronique, rappellent-ils. Rien n’obligeait le gouvernement français à interdire toute publicité, directe ou indirecte et encore moins toute « propagande ». Ainsi la vape se retrouve au même niveau que le tabac. Interdiction d’en faire la promotion, sous peine d’une amende de 100 000 €.

Aujourd’hui aucune étude n’est, selon eux, de nature à justifier une quelconque interdiction en termes de santé publique. Ils observent que là où la cigarette électronique se développe, le tabagisme recule. « Depuis de nombreuses années, les vapoteurs protestent contre les lois restrictives. Au-delà de la publicité, de nombreuses mesures contraignent la pratique de la vape et provoquent des augmentations de prix des produits, ajoutent-ils. L’interdiction de toute communication freine son essor et réduit les chances d’attirer encore plus de fumeurs, de sauver encore plus de vies. Informer les fumeurs sur les bonnes pratiques, ainsi que la profusion des matériels et des liquides, est primordial.

A l’occasion de la journée sans tabac 2017, Sovape a fait un rêve : que la nouvelle ministre de la santé, Agnès Buzyn, adresse un signal à l’attention des vapoteurs et des spécialistes – tous ceux qui ne cessent de réclamer la mise en œuvre d’une véritable politique de lutte contre le tabagisme qui intègre pleinement la réduction des risques, et donc la vape. Un signal, rien qu’un petit signal, qui romprait enfin avec le silence méprisant de Marisol Touraine.

A demain

1 « TABAC ET E-CIGARETTE EN FRANCE : NIVEAUX D’USAGE D’APRÈS LES PREMIERS RÉSULTATS DU BAROMÈTRE SANTÉ 2016 », Anne Pasquereau, Arnaud Gautier, Raphaël Andler, Romain Guignard, Jean-Baptiste Richard, Viêt Nguyen-Thanh ; le groupe Baromètre santé 2016.

Incroyable mais vrai : la «défavorisation sociale» augmenterait le risque de cancer pulmonaire

 

Bonjour

Le jargon est, aussi, un symptôme. Ouvrons la dernière livraison du Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’agence sanitaire « Santé publique France ». On y trouve une étude « la première du genre en France 1. Qu’y apprend-on ? Rien que l’on ne sache (ou pressente) déjà, à savoir que « près de 15 000 cas de cancer pourraient être évités chaque année par une amélioration des conditions de vie et de la santé des populations les plus défavorisées ». En d’autres termes l’environnement socio-économique n’est pas sans conséquences sur l’incidence de la maladie cancéreuse. Qui, hormis les fatalistes et les nouveaux adeptes de la post-vérité, en aurait un instant douté ?

Mieux encore ce travail confirme ce qui peut se dire de bien des manières : le « sur-risque »  des cancers des voies respiratoires et digestives hautes affecte pour l’essentiel les populations des milieux défavorisés. « La détermination sociale de certains facteurs de risque comme la consommation de tabac, les expositions professionnelles ou les polluants atmosphériques explique sans doute une partie importante des différences observées », explique Joséphine Bryère, chercheuse à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Sabir

La part des cas de cancers attribuables à un environnement socio-économique défavorisé était la plus importante pour les cancers du larynx (30 %), des lèvres-bouche-pharynx (26,6 %), du poumon (19,9 %) et de l’œsophage (16,7 %) chez les hommes, et, chez les femmes, pour les cancers des lèvres-bouche-pharynx (22,7 %) et du col de l’utérus (21 %) et de l’estomac (16,4 %). Tout cela peut se dire autrement, dans un triste sabir tricotant truismes et néologismes à connotations politiques :

« Grâce au calcul de la fraction attribuable, ce travail permet également d’estimer que, pour les localisations dont le risque augmente avec la défavorisation sociale, près de 15 000 cas de cancers pourraient être évités en France chaque année par une amélioration appropriée des conditions de vie et la promotion de la santé des populations les plus défavorisées, ce gain potentiel étant plus important chez l’homme que chez la femme et maximal pour les cancers du poumon.

« Pour faire face à ces inégalités, nos résultats confirment la nécessité de renforcer les efforts de prévention et de promotion de la santé ciblés sur les populations les plus à risque et, plus généralement, l’application du principe de l’universalisme proportionné, dans le cadre de l’allocation raisonnée de ressources toujours plus limitées. Au-delà des interventions à mettre en place dans le champ sanitaire et social, la préoccupation de réduction des inégalités sociales de santé doit être permanente dans les choix politiques intersectoriels, concernant par exemple l’éducation, l’urbanisation, les transports et l’emploi. »

Où l’on voit, plus d’un siècle après Alfred Jarry, que quand les portes ouvertes sont dépassées il n’y a vraiment plus de limites.

A demain

1 « Environnement socioéconomique et incidence des cancers en France » Joséphine Bryere et coll. U1086 Inserm-UCBN, Cancers et préventions, Équipe labellisée Ligue contre le cancer, Caen, France

 

Cancer de l’utérus et inégalité : les mieux protégées sont toujours les moins défavorisées

Bonjour

Le jargon a ses outrances. Ainsi cette phrase : « Pour mieux atteindre ces populations, des approches qualitatives ciblées devront être conduites en complément, dans une démarche d’universalisme proportionné ». On peut la lire dans le dernier numéro du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) consacré à la lutte contre le cancer du col de l’utérus.

C’est la conclusion d’une étude intitulée « Caractérisation des femmes ne réalisant pas de dépistage du cancer du col de l’utérus par frottis cervico-utérin en France » – une étude menée par des chercheurs de l’Institut national du cancer (INCa) qui confirme les inégalités majeures et inacceptables qui existent et persistent dans ce domaine. Des inégalités tueuses. Tout est dit dans l’introduction :

« Le Plan cancer 2014-2019 s’est donné pour objectif de faire reculer les inégalités face au cancer du col de l’utérus (CCU). Un nombre important de femmes échappe à tout dépistage des lésions précancéreuses et cancéreuses du col de l’utérus, principalement dans les populations vulnérables. Plus de 1 100 femmes meurent chaque année de ce cancer. C’est l’un des seuls pour lequel le pronostic se dégrade en France, avec un taux de survie à cinq ans après le diagnostic en diminution (passé de 68% en 1989-1991 à 64% en 2001-2004) et un impact démontré du niveau socioéconomique sur la mortalité. » 

« Caractéristiques socio-économiques défavorables »

L’étude en question est une analyse transversale des données de l’Échantillon généraliste des bénéficiaires (EGB) de l’Assurance maladie sur la période 2010-2013. Elle a porté sur plus de 125 000 femmes. Résultats :

« Près de 40% des femmes n’avaient réalisé aucun dépistage en quatre ans. Les taux de non-participation au dépistage augmentaient à partir de l’âge de 50 ans, chez les femmes ayant un moindre recours au système de santé, en ALD, en invalidité et présentant des caractéristiques socio-économiques défavorables. Près de 60% des femmes non-participantes résidaient dans une commune identifiée comme défavorisée et 15% étaient bénéficiaires de la CMUc. »

Pour finir, l’inimitable jargon conclusif :

« Les résultats sont cohérents avec les données issues de la littérature. La caractérisation au plan quantitatif des femmes non-participantes et des populations vulnérables permet d’évaluer les moyens que le programme de DO CCU devra déployer. Toutefois, pour mieux atteindre ces populations, des approches qualitatives ciblées devront être conduites en complément, dans une démarche d’universalisme proportionné. »

« Universalisme proportionné »

Et l’INCa de revenir aux généralités : « Grâce au frottis de dépistage, le cancer du col de l’utérus peut être évité dans 9 cas sur 10 ». Et de lancer une « nouvelle campagne de sensibilisation en partenariat avec le ministère de la Santé et les caisses d’assurance-maladie ». Cette campagne vient de s’achever. Comme toujours, le recours totalement décalé, impersonnel, réducteur, à la publicité : « Après 45 ans, le frottis, c’est surtout pas fini », expliquait le message radio. Pauvreté triste de la rime…

« Le cancer du col de l’utérus pourrait presque être éliminé en France grâce à deux leviers efficaces et complémentaires : la vaccination contre les HPV pour les jeunes filles âgées de 11 à 14 ans, et le frottis pour les femmes âgées de 25 à 65 ans », souligne l’INCa. Or, précisément, ce cancer n’est pas éliminé et une nouvelle étude de chercheurs de l’INCa dit pourquoi : « Pour mieux atteindre ces populations, des approches qualitatives ciblées devront être conduites en complément, dans une démarche d’universalisme proportionné».

Oxymore ?  Qui fait quoi, à l’INCa ?

A demain

La future Première dame de l’Elysée fera-t-elle maigrir les Françaises et les Français ?

 

Bonjour

Voilà bien le parfait sujet à la confluence de la santé publique et du politique : le surpoids, le gras, l’obésité. L’épidémie de lourdeurs qui gagne et menace l’Occident et les autres continents. C’est un mal qui s’étale, l’expression paradoxale des manques. Le symptôme de ce que sont devenus l’agriculture et l’élevage, la perte de l’autonomie et du plaisir pris à cuisiner pour partager

Face à cette réalité grossissante le politique est désarmé quand il n’est pas coupablement complice. Au mieux commence-t-il à jouer de la fiscalité comportementale, cette perversité qui consiste pour l’essentiel à taxer les sucreries liquides au motif qu’elles sont mauvaises pour la santé. Une résurgence des gabelles du sel, la taxe royale devenant républicaine. Il y a aussi cette triste plaisanterie qui consiste à dire à des consommateurs de mauvais aliments qu’il faut aussi, « pour sa santé » ne pas oublier de « bouger ».

Le bourgeois n’est plus gras

Une étude publiée ce mardi 25 octobre dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire une vaste étude donne la dernière et saisissante photographie de l’épidémie du gras et du surpoids en France. Elle confirme un paradoxe qui ne surprendra personne : la lourdeur est très fortement corrélée aux inégalités sociales. Le bourgeois n’est plus gras de nos jours. Cette étude a été baptisée « Constances » et on en trouvera l’essentiel ici : « L’excès de poids des Français confirmé par la cohorte Constances » – un travail de l’Inserm et de la Caisse nationale de l’assurance-maladie des travailleurs salariés : 29 000 participants âgés de 30 à 60 ans et évaluation (par des professionnels dans des centres de santé) des « situations de surpoids ». Résultats :

«  41 % des hommes souffrent de surpoids et 15,8 % d’obésité – respectivement 25,3 % et 15,6 % pour les femmes. Soit, surpoids et obésité confondus, 56,8 % d’hommes et 40,9 % de femmes en surcharge pondérale. 

« Prise en compte de l’obésité abdominale (tour de taille d’au moins 94 cm chez un homme et 80 cm chez une femme) qui concerne 41,6 % des hommes et 48,5 % des femmes.

« Globalement, l’excès de poids continue d’augmenter légèrement au sein de la population (…) l’importance de l’obésité reste préoccupante en termes de santé publique (…) Ces chiffres montrent que l’obésité reste un problème sanitaire majeur (…) le taux d’obésité est inversement proportionnel au niveau socio-économique (…) un peu plus de 30 % d’obèses parmi les femmes ayant un revenu mensuel inférieur à 450 euros, alors que le pourcentage chute à 7 % parmi celles qui disposent d’au moins 4 200 euros. »

La conjointe de l’Elysée

 « Les populations les moins favorisées sont aussi moins touchées par les messages de prévention, a expliqué au Monde (Pierre Le Hir)  le Pr Sébastien Czernichow chef du service de nutrition de l’Hôpital européen Georges-Pompidou. Ou  elles y sont moins réceptives, comme on le constate aussi pour les campagnes sur le tabac, l’alcool ou les comportements sexuels à risque. »

Ou l’on voit que la France n’échappe pas à un fléau sanitaire qui frappe aujourd’hui la quasi-totalité de la planète. Il n’y a là aucune fatalité, pour peu que le pouvoir politique ait le courage de prendre le taureau par les cornes. Ce qui n’est presque jamais le cas (comme le démontre à l’envi les débats pré-élection présidentielle auxquels nous assistons aujourd’hui). Avec, sur la planète, une exception notable : il s’agit, aux Etats-Unis, de la First Lady  Michelle LaVaughn Robinson Obama , 52 ans, qui depuis cinq ans s’est sur le thème de l’obésité, engagée personnellement et avec talent.

Pourquoi ne pas, avant pendant et après « les primaires de la droite et du centre », demander aux candidats ce que, le cas échéant, feraient leurs conjointes à l’Elysée sur le thème de la lutte l’obésité ? Audiences assurées.

A demain

 

 

 

Non, la e-cigarette n’est pas une porte d’entrée vers le tabac … Ne le dites surtout pas !

 

Bonjour

Mieux lire le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH). Notamment celui daté du 6 octobre, entièrement consacré aux incohérences de la lute contre le tabac en France. Ce numéro est historique : il reconnaît l’échec total du plan gouvernemental contre le fléau du tabagisme et, avec mille et une contorsions, accepte le début de l’idée que la cigarette électronique pourrait peut-être ne pas être sans intérêt dans une politique de réduction des risques tabagiques.

Mais il y a aussi une autre révélation, également prononcée comme à contre-cœur. Elle nous est signalée par le Dr Philippe Presles, tabacologue et essayiste, membre du conseil scientifique de SOS Addictions.  Il s’agit d’un travail de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) montrant que, depuis 2011, le tabagisme recule chez les lycéens depuis 2011 – alors même malgré que 40 % d’entre eux ont pu tester la cigarette électronique :

«  LA CONSOMMATION DE TABAC AU COURS DES ANNÉES LYCÉE. RÉSULTATS DE L’ENQUÊTE ESPAD 2015. Olivier Le Nézet (olivier.lenezet@ofdt.fr), Marcus Ngantcha, François Beck, Stanislas Spilka Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) »

Novlangue et double négation

Le Dr Presles observe que les auteurs y écrivent la phrase suivante : « Contrairement à d’autres études, ces résultats ne permettent pas de démontrer que la cigarette électronique constitue une porte d’entrée vers la cigarette ». Et il souligne qu’en annulant la double négation, on obtient : « Ces résultats permettent de démontrer que la cigarette électronique ne constitue pas une porte d’entrée vers la cigarette ».

C’est ainsi que la novlangue post-Orwell s’insinue dans les travaux les plus rationnels touchant à l’abcès politique français que constitue la cigarette électronique. On peut aussi lire une phrase comme passages comme celle-ci :

« Quant à savoir si la cigarette électronique est un moyen pour les adolescents de réguler ou d’arrêter leur consommation de cigarettes, il est vraisemblablement trop tôt pour se prononcer et l’enquête n’offre pas vraiment les moyens de répondre à cette interrogation. »

 Pourquoi ?

Porte sur l’enfer

Ou encore ces deux phrases :

 « Signalons en outre que, parmi les lycéens, le tabagisme est souvent très récent. La question d’arrêter de fumer ne se pose donc pas encore. »

 C’est là un « signalement » bien intéressant. Ainsi l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies nous signale-t-il qu’un jeune entrant dans l’esclavage tabagique ne se pose pas, d’emblée, la question d’en sortir. Pourquoi ne pas s’intéresser à une autre question : savoir ce qui pourrait être fait pour ne pas continuer, contre vents et marées, à maintenir grande ouverte cette porte d’entrée sur l’enfer du tabac ?

A demain

 

 

 

 

 

 

 

Officiel : échec total du Plan anti-tabac gouvernemental ; la cigarette électronique existe

 

Bonjour

Parfois, se pincer. François Bourdillon est Directeur général de « Santé publique France ». Il signe l’éditorial du dernier « Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) » (sa revue) qui, « une fois n’est pas coutume », est entièrement consacré au tabagisme, première cause de mortalité prématurée évitable en France (plus de 70 000 morts par an).

Soyons bref. François Bourdillon dit de 2016 qu’elle est « une année cruciale dans la lutte contre le tabagisme ». Pourquoi ? Parce qu’elle marque « l’aboutissement de la volonté politique de Marisol Touraine d’agir sur le premier déterminant de santé qu’est le tabagisme en France ». Le caractère crucial n’est pas dans le résultat de l’action politique mais dans « l’aboutissement d’une volonté politique ». La nuance est de taille.

Cette volonté a été marquée par le lancement d’un Programme national de lutte contre le tabagisme (en septembre 2014) et le « paquet neutre » dans sa loi de modernisation de notre système de santé. Puis, aujourd’hui le malheureusement plus qu’incertain « Moi(s) sans tabac » (une imitation de la campagne annuelle Stoptober (Stop Tobacco in October) mais sans le savoir-faire ni le contexte britanniques.

« Stabilité désespérante »

Soyons court. Quel bilan de cette volonté politique de la ministre de la santé ? Ecoutons François Bourdillon :

« Le premier constat est qu’en 2015 la prévalence du tabagisme n’a pas baissé en France. Les derniers résultats du Baromètre cancer (INCa – Santé publique France) affichent une stabilité désespérante : le tabagisme concerne 34,6% des 15-75 ans, et le tabagisme quotidien est de 28,8% (33% des hommes et 25% des femmes). »

Désespérer ? François Bourdillon note « quelques embellies ». Tout d’abord chez les lycéens, « pour lesquels le tabagisme quotidien est orienté à la baisse, avec 23% de lycéens fumeurs en 2015 contre 31% en 2011 ». On parle bien de ici de tabagisme quotidien  chez des mineurs que la réglementation est censée protéger d’une addiction sévère aux conséquences hautement délétères.

Des morts à désespérer

M. Bourdillon a trouvé un autre motif de satisfaction (relative) : « Il y a aussi une embellie concernant le tabagisme à domicile, puisque 28,2% de la population déclarait en 2014 que quelqu’un fume au domicile, en baisse par rapport à 2005 (32,8%) (Baromètres santé). Mais, disons-le, ce chiffre reste trop important, en particulier lorsque vivent des enfants au domicile. »

Et puis il y a ce qui noircit, salement, ces deux « embellies » :

« Le second constat est la confirmation du fardeau des décès attribuables au tabac. La dernière estimation réalisée évalue à 73 000 le nombre de décès attribuables au tabagisme pour l’année 2013 (Santé publique France). Mais les données les plus inquiétantes sont les tendances observées entre  2000 et 2013 chez les femmes, pour qui la mortalité a été multipliée par deux, passant d’environ 8 000 à plus de 17 000 décès sur cette période. »

Intérêt électronique

 Il faut lire cet éditorial jusqu’à sa fin. Voici ce qu’écrit le Directeur général de « Santé publique France » :

« Enfin, je note avec intérêt que, désormais, les études intègrent la question de l’usage de la cigarette électronique : dans ce BEH, son usage actuel, avec des données par régions. Il ressort clairement que cet usage est étroitement lié à celui du tabac. Il faudra pour l’avenir établir des définitions précises afin de pouvoir comparer les études entre elles. Nous avons besoin en particulier de pouvoir suivre les usages quotidiens de la cigarette électronique, notion plus restrictive que la notion d’usage actuel. »

M. Bourdillon sait-il pourquoi les autorités et innombrables institutions sanitaires françaises commencent seulement à s’intéresser à la cigarette électronique comme possible levier d’action contre un fléau qui tue de manière prématurée 73 000 personnes chaque année ? Sait-il pourquoi –à la différence notable de l’Angleterre – l’exécutif sanitaire français a toujours regardé comme la peste un outil débarrassé des fumées et des goudrons et à ce titre vraie révolution dans la politique de réduction des risques ? Et pourquoi le Directeur général de « Santé publique France » ne répond-il pas à d’aussi simples questions ?

Inversions courbées

Il n’est pas toujours simple de savoir finir un éditorial. François Bourdillon conclut le sien ainsi :

« À la veille de la grande opération Moi(s) sans tabac, je ne peux qu’espérer voir, dès 2017, se casser la courbe de prévalence du tabagisme et la voir évoluer vers la baisse. »

 Il ne nous dit malheureusement pas ce qui se passera si cette courbe, sans aller jusqu’à se casser, ne s’inverse pas.

A demain

 

Cigarette électronique : elle ne facilite pas le passage au tabac (étude officielle française)

 

Bonjour

Marisol Touraine lit-elle le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH) ? Le lit-on pour elle ? Sa dernière livraison comporte une étude d’importance : ses  résultats sont publiés à quelques jours du 31 mai, journée mondiale sans tabac. Ils concernent la cigarette électronique et rassureront, si besoin était, la ministre de la Santé : ils montrent qu’aucun usager régulier exclusif de la e-cigarette (en 2013) n’est devenu, un an après, consommateur de tabac. Ces résultats sont issus de l’analyse des données de la cohorte Constances, qui compte 100 000 membres. Que dire de plus ? Que dire de mieux ? Voici le résumé de ce travail :

«  UTILISATION DE LA CIGARETTE ÉLECTRONIQUE ET DU TABAC : PREMIÈRES DONNÉES DE LA COHORTE CONSTANCES, FRANCE, 2014

« Marcel Goldberg (marcel.goldberg@inserm.fr), Iris Hourani, Diane Cyr, Alice Guéguen, Marie Zins Cohortes épidémiologiques en population, UMS 11 Inserm-UVSQ, Villejuif, France Soumis le 30.11.2015. Résumé.

« Introduction –  L’usage de la cigarette électronique (E-cig) s’est très rapidement répandu. Cependant, on dispose de peu de données concernant son innocuité, son efficacité pour l’arrêt du tabagisme ou sa facilitation vers le passage au tabac. Les données préliminaires issues de la cohorte Constances décrivent la prévalence de l’usage du tabac et de la E-cig et les trajectoires sur un an.

Matériel-méthodes – Une analyse transversale (n=24 157) décrit l’usage de la E-cig et du tabac selon des caractéristiques socio-démographiques, l’état de santé perçu et la dépressivité. Sont également présentées les trajectoires de consommation sur un an (n=8 042).

Résultats – L’usage de la E-cig chez les non-fumeurs est très rare (11 sujets), un peu plus fréquent chez les ex-fumeurs (1%) ; l’usage mixte de la cigarette avec la E-cig est deux fois plus fréquent. Les prévalences sont voisines dans les deux genres et diminuent avec l’âge pour les consommateurs mixtes et ex-fumeurs. La fréquence de l’usage mixte semble plus importante parmi les employés et ouvriers. Les consommateurs mixtes présentent la plus faible proportion de personnes se jugeant en Très bon / Bon état de santé et la fréquence de dépressivité la plus élevée. Il existe un gradient de la fréquence de E-cig en fonction des paquets-années de tabac. L’évolution sur un an montre qu’aucun usager exclusif de E-cig n’est devenu fumeur un an après.

Discussion – Ces résultats préliminaires ne suggèrent pas que la E-cig puisse faciliter le passage au tabac et suggèrent qu’elle est plutôt largement utilisée pour arrêter de fumer ; un suivi de longue durée dans Constances est prévu. »

Résumons: c’est la première démonstration, chiffrée et officielle, de ce que tous les vapoteurs savent. Ces données étaient disponibles depuis le mois de novembre. Elles sont publiées six mois plus tard. Marisol Touraine lit-elle le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire ? Le lit-on pour elle ?

A demain

Tchernobyl et cancers de la thyroïde : le nuage radioactif s’est bien arrêté avant la frontière

Bonjour

Trente ans, jour pour jour : Tchernobyl. Les médias généralistes multiplient les reportages impressionnistes. Sur la centrale-sanctuaire, sur le site, sur le végétal, l’animal et l’humain. La peur de l’atome, toujours recommencée.

Les humains, précisément, et le cancer de la thyroïde.  Peut-on faire le point sur les connaissances épidémiologiques concernant l’évolution de l’incidence de ce cancer depuis trente ans ?   Le dernier Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (daté du 26 avril) s’y emploie. Il s’y emploie au risque de heurter quelques « croyances solidement ancrées dans de nombreux esprits ».

Ce numéro s’ouvre sur une synthèse éditorialisée 1 qui pourrait bien encore, trente ans plus tard, être perçu comme provocateur. Elle est signée « François Bourdillon & Jacques Repussard ». Le premier est directeur général de l’Institut de veille sanitaire et de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé. Le second est Directeur général de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. Que nous disent-ils ?

1 L’incidence croissante du cancer de la thyroïde. Ce cancer était relativement rare il y a 25-30 ans. Son incidence a beaucoup augmenté, partout dans le monde – avec cependant d’importantes variations géographiques, y compris en France. « Les études montrent que cette augmentation s’explique en grande partie par le diagnostic de cancers de petites tailles, de stade précoce, dont la plupart n’évoluent pas vers une expression clinique » résument les auteurs.

On peut le dire autrement : l’augmentation observée « pourrait être liée à l’évolution des pratiques de diagnostic ». Une preuve en est que  l’incidence est plus forte « dans les populations les plus consommatrices de soins ». Explication : la glande thyroïde est mieux surveillée, notamment lors d’examens réalisés au niveau de la région cervicale pour d’autres indications, et les technologies utilisées sont de plus en plus performantes.

2 Imagerie médicale et dentaire. L’évolution des pratiques diagnostiques n’explique pas tout.  D’autres facteurs de risque existent. La mieux connue est l’exposition aux rayonnements ionisants pendant l’enfance (exposition externe aux rayons X ou gamma et exposition interne suite à l’inhalation ou l’ingestion d’iode-131). « L’exposition croissante aux rayonnements ionisants liée aux examens d’imagerie médicale et dentaire est donc un sujet à traiter du point de vue de la santé publique » soulignent les éditorialistes. Ils ne disent toutefois pas comment.

3 Les retombées radioactives de l’accident. Trente ans après, l’idée selon laquelle ces retombées radioactives seraient en partie responsables de l’accroissement de ce type de cancer en France « reste solidement ancrée dans de nombreux esprits ». Et ce même si la France est très éloignée des territoires fortement contaminés (en Biélorussie, en Ukraine et en Russie).

Une illusion ? Force est bien de constater  qu’il existe de fortes disparités d’incidence de cancers de la thyroïde d’un département français à l’autre ; et que ces disparités d’incidence « ne dessinent pas un gradient géographique cohérent avec celui des retombées de Tchernobyl, dégressif d’est en ouest ». Exemple : « une incidence élevée est observée dans les registres de cancer de l’Isère, de la Gironde et de la Vendée, et une incidence faible dans ceux du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et la Manche ».

4 Laits contaminés.  Les principales conséquences de cet accident nucléaire sur l’incidence du cancer de la thyroïde (rappelées dans ce numéro du BEH) sont une augmentation très importante de ce cancer dans la population fortement exposée aux rejets d’iode radioactif à l’époque de l’accident (dans certains territoires d’Ukraine, de Biélorussie et de Russie). Il s’agit plus particulièrement les enfants ayant ingéré du lait contaminé. Le rôle de l’iode-131 dans le développement de ces pathologies a été clairement été établi.

5 La France probablement indemne. En France, les niveaux d’exposition ont été  très inférieurs à ceux des territoires proches de la centrale. « Compte tenu de l’incidence annuelle moyenne particulièrement faible chez l’enfant (moins de 1 pour 100 000), les calculs ont montré que le nombre de cas attribuables aux retombées de l’accident se situait très probablement à l’intérieur de la fourchette de variabilité du nombre total de cas survenant spontanément » écrivent les éditorialistes.

Prudents, ils ajoutent : que ce « raisonnement probabiliste » n’apporte pas la « preuve irréfutable » qu’il n’y ait pas d’excès de cas. Ils rapportent alors les enseignements des opérations de dépistage thyroïdien systématique mises en place dans les mois suivant l’accident de la centrale de Fukushima.  On bute alors sur l’écueil du phénomène de « surdiagnostic » lié au caractère systématique du dépistage.

6 Ne pas traiter. Paradoxe sanitaire, ces « surdiagnostics » « constituent en eux-mêmes une préoccupation de santé publique, car ils débouchent le plus souvent sur une intervention chirurgicale potentiellement dommageable ainsi que sur la mise en route d’un traitement dont la personne sera dépendante à vie, avec des surcoûts qui apparaissent non justifiés puisque nombre de ces cancers diagnostiqués seraient restés sans expression clinique en l’absence de traitement ».

7 Prévoir ou gémir, il faut choisir. Comment conclure ? L’éditorial s’achève entre les lignes. Les auteurs ne disent pas, pour reprendre une formule devenue culte que le nuage « s’est arrêté à la frontière » 2.  On pourrait toutefois le comprendre. L’urgence, pour eux, est de tenir compte de ces informations pour, le cas échéant, « définir une stratégie d’intervention ». Ils évoquent un dispositif qui, « associé à des mesures de prévention et de communication sur le risque radiologique » permettrait « de minimiser les incertitudes sur l’exposition de la population et contribuerait à réduire l’anxiété ». « Ne pas prévoir c’est déjà gémir » écrivait, il y a cinq siècles, Léonard de Vinci. Il avait tout prévu, ou presque.

A demain

1 Bourdillon F, Repussard J. Éditorial. « Cancer de la thyroïde et accident nucléaire : où en sommes-nous 30  ans après Tchernobyl et 5 ans après Fukushima ? » Bull Epidémiol Hebd. 2016; (11-12):198-9.

2 Sur ce thème on se reportera au remarquable montage signé de Michel Alberganti disponible sur Slate.fr :« Ce que l’on disait sur le nuage de Tchernobyl et le risque nucléaire au moment de la catastrophe [VIDEOS] »

 

Vie moderne : les bénéfices démontrés du vélo et de la marche à pied dans les cités polluées

Bonjour

Il fait bon vivre à Barcelone, cette grande ville polluée et insoumise qui entend couper au plus vite les chaînes qui la relient (encore) à Madrid. Il fait bon vivre à Barcelone quand on pédale sur las ramblas  ou  devant le Nou camp – y compris lorsque l’atmosphère catalane est chargée. C’est le message paradoxal que nous délivre ce matin (1), depuis la douceur de Saint-Maurice, le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’Institut de veille sanitaire (InVS).

Corneille

Résumons : il s’agit ici de la publication d’une étude  menée par un consortium (finement) intitulé TAPAS (Transportation, Air pollution and Physical ActivitieS) http://tapas-program.org . C’est là un programme européen de recherche élaboré « dans l’optique d’aider les décideurs à concevoir des politiques urbaines qui contribuent à la lutte contre le changement climatique et encouragent des pratiques favorables à la santé tout en réduisant les risques potentiels liés à ces pratiques ». On voit le dilemme, cornélien :

« La promotion de la marche et du vélo comme modes de déplacement présente plusieurs avantages tels que la réduction des émissions de polluants et l’augmentation de l’activité physique de la population. Mais, dans le même temps, les personnes qui adoptent ces modes de transport actifs peuvent se trouver exposées à un risque accru d’accidents de la circulation et d’inhalation de polluants. »

Bruxelles

C’est peu dire qu’à Bruxelles on a phosphoré :

« Des modèles quantitatifs d’évaluation d’impact sanitaire (EIS) ont été développés dans le cadre d’une approche multidisciplinaire pour estimer les impacts globaux, dans six villes européennes, de politiques de promotion des transports actifs. »

Aujourd’hui les résultats présentés sont donc ceux de Barcelone (3,2 millions d’habitants).  Et plus précisément « l’impact de l’installation d’un système de vélos en libre-service et celui de scénarios de report de l’utilisation de la voiture vers le vélo et les transports en commun ». Nous sont ainsi détaillés « les impacts sur la mortalité et la morbidité, au regard des risques liés à une augmentation de l’inhalation de polluants et d’accidents de la circulation, et celui de l’activité physique ».

Bénéfices

Résultats : « Quel que soit le scénario, les bénéfices liés à l’activité physique induite par les modes de transport actif ou lors du report vers les transports en commun sont supérieurs aux risques associés à l’accroissement de l’exposition à la pollution de l’air et aux accidents de circulation. On observe également une diminution des émissions de gaz à effet de serre, par exemple de 9 000 tonnes par an dans le cas de la mise en place du système de vélos en libre-service à Barcelone. »

Conclusions : «  Les bénéfices sur la santé des populations de politiques urbaines visant à promouvoir la marche et le vélo sont supérieurs aux risques liés à une augmentation de l’exposition à la pollution atmosphérique et aux accidents de circulation. Pour apprécier complètement ces bénéfices, de nouvelles EIS sont nécessaires en vue d’identifier les politiques de promotion des transports actifs les plus efficaces et cerner les caractéristiques des personnes les plus à même d’adopter ces modes de transports, avec un risque environnemental et individuel le plus réduit possible. »

Masques

Il reste sans doute désormais à étudier l’impact des masques qui ornent le visage des cyclistes urbains et filtrent un air tenu pour dangereux à respirer. Mais, pour l’heure, Corneille ou pas, rien ne permet d’affirmer que ce qui est vrai de l’autre côté des Pyrénées ne le soit pas en deçà.

Ségolène Royal l’a bien compris qui, avec un sens inné des sujets sociétaux  vient d’annoncer la mise en place d’une indemnité kilométrique versée aux salariés cyclistes (volontaires) par des employeurs (volontaires). Il reste à préciser si cette indemnité kilométrique sera plus élevée avec un vélo électrique.

Londres

« Quel que soit le scénario, les bénéfices pour la santé liés au passage d’un mode de transport passif à un mode de transport actif sont largement supérieurs aux risques associés à une augmentation de l’inhalation de polluants atmosphériques et à une plus grande exposition aux accidents de la route,  a assuré à l’AFP Audrey de Nazelle (attachée à l’Imperial College de Londres), première auteure de ce travail. Selon le modèle retenu pour cette étude, le système de vélos en libre-service  aurait permis, en augmentant l’activité physique des individus d’épargner douze vies par an contre une augmentation de 0,03 décès par an dus aux accidents de la circulation et 0,13 décès par an liés à une inhalation plus importante de polluants  durant ces trajets. »

Amsterdam

Dimension politique de santé publique :  la pratique du vélo et de la marche bénéficie non seulement aux cyclistes et marcheurs mais aussi à la population générale d’une ville en réduisant le niveau de pollution. Ainsila mise en service des vélos en libre-service à Barcelone a conduit à une réduction des émissions de CO2, estimée à 9.000 tonnes chaque année. Et les bénéfices sur la santé de la population générale d’un air un peu plus pur sont « beaucoup moins importants que les bénéfices liés à l’activité physique »  du vélo et de la marche pour ceux qui les pratiquent, indique ce travail.

Pour l’heure, en France, entre 2 et 15% des transports dans les grandes villes françaises se font à bicyclette. Dans certaines villes européennes (en particulier dans le nord) comme Amsterdam, ce taux dépasse allègrement les 20%. Pourquoi ?

A demain

(1) de Nazelle A, pour le consortium TAPAS. Transports actifs et santé : programme européen TAPAS et évaluation d’impact sanitaire à Barcelone (Espagne). Bull Epidémiol Hebd. 2015;(30-31):570-9. http://www.invs.sante.fr/beh/2015/30-31/ 2015_30-31_4.html